Déclaration du Centre MLM de Belgique et du PCF(mlm) pour le 200e anniversaire de la naissance de Friedrich Engels

Nous voulons ici saluer la figure de Friedrich Engels, à l’occasion du 200e anniversaire de sa naissance le 28 novembre 1820 !

Nous le faisons d’autant plus volontiers que Friedrich Engels a été d’une abnégation complète et d’une grande humilité. Il avait compris que Karl Marx était parvenu à forger une vision du monde scientifique et il s’est mis pour cette raison entièrement à son service.

Friedrich Engels est par conséquent une figure dans l’ombre de l’immense Karl Marx, notre maître, mais une figure exemplaire. Il mérite d’être mis en lumière, d’autant plus qu’en raison du développement inégal, un rôle d’importance lui a été attribué.

Karl Marx s’est en effet précipité dans ses études matérialistes historiques, dont le célèbre Capital. Pour cette raison, il a mis de côté les études portant sur le développement des sciences naturelles et c’est Friedrich Engels qui s’en est chargé, en étant bien entendu supervisé. C’est dans ce cadre que Friedrich Engels a écrit sur la dialectique de la nature.

Nous affirmons par conséquent que les figures de Karl Marx et Friedrich Engels sont inséparables. C’est un point sur lequel nous ne saurions insister assez en ce bicentenaire de la naissance de Friedrich Engels.

Lorsque Friedrich Engels écrit sur la dialectique de la nature, il le fait en liaison avec Karl Marx, au service de Karl Marx. La relecture d’un Karl Marx simplement « matérialiste historique » relève de la fiction, de la trahison de ce qu’a été le tandem Karl Marx-Friedrich Engels.

Une telle relecture est d’ailleurs courante précisément parce qu’elle sert la bourgeoisie. La littérature bourgeoise pullule d’affirmations selon lesquelles Friedrich Engels aurait modifié la démarche de Karl Marx, comme quoi il en aurait fait un dogme.

Friedrich Engels serait à l’origine d’une lecture « totalitaire » en affirmant l’universalité de la dialectique. L’objectif est de briser le marxisme de l’intérieur en opposant Karl Marx à Friedrich Engels et inversement. Les classiques du marxisme – Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao Zedong – ont quant à eux toujours souligné que Karl Marx et Friedrich Engels forment un tout parfaitement cohérent.

Honorer Friedrich Engels, c’est donc souligner qu’il est indissociable de Karl Marx et en même temps affirmer la dialectique de la nature comme vision du monde communiste.

Ne pas le faire, c’est avoir la même position que la social-démocratie de la fin du XIXe siècle et nous pouvons voir qu’une telle position est courante pour ne pas dire systématique à travers le monde dans les mouvements se réclamant du marxisme. C’est très lourd de sens selon nous, cela montre la force de l’idéologie bourgeoise.

Friedrich Engels a joué un rôle très important dans ses contributions à Karl Marx et au marxisme, en généralisant les précisions sur le matérialisme dialectique, notamment avec ses nombreux feuillets sur la « dialectique de la nature », que les archivistes sociaux-démocrates avaient cependant mis de côté. Friedrich Engels fut lui-même un acteur de la fondation de la seconde Internationale (1889-1914), qui rassembla les organisations politiques du mouvement ouvrier.

La dialectique de la nature était toutefois considérée comme une question au mieux secondaire, alors que de toutes façons de nombreux Partis récusaient le marxisme, comme le Parti Ouvrier Belge et le Parti Socialiste Section Française de l’Internationale Ouvrière.

Heureusement, ces écrits sur la dialectique de la nature furent publiés en URSS dans les années 1920. Cela souligne le rôle très important de Lénine et de l’URSS de Staline pour remettre les choses à leur juste place. Ne pas valoriser cette étape, c’est pratiquer le révisionnisme ! C’est nier la substance du marxisme !

Et c’est là le cœur de la question. Ceux qui ont réussi à transformer le monde l’ont fait précisément en s’appuyant sur la dialectique de la nature.

Lénine insista particulièrement sur la nécessité d’avoir le matérialisme dialectique comme vision du monde ; son écrit intitulé Matérialisme et empirio-criticisme est un manifeste en ce sens. Ce fut la base de l’idéologie du Parti bolchévik.

Staline systématisa de manière très pédagogique cette vision du monde et il fit en sorte qu’à tous les niveaux, le matérialisme dialectique soit le fondement des recherches scientifiques dans tous les domaines en URSS. Le révisionnisme de Khrouchtchev a consisté en la négation du matérialisme dialectique, à tous les niveaux.

La Chine populaire, avec Mao Zedong, a maintenu debout le drapeau du matérialisme dialectique, plus particulièrement à partir de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, qui a amené de grandes avancées dans sa compréhension.

Il en fut de même pour le Parti Communiste du Pérou dirigé par Gonzalo, dont voici les principes basiques exposés dans le programme de 1988, le premier principe portant précisément et évidemment sur le matérialisme dialectique :

« La contradiction, seule loi fondamentale de la transformation incessante de la matière éternelle ;

Les masses font l’histoire et « on a raison de se révolter » ;

Lutte de classe, dictature du prolétariat et internationalisme prolétarien ;

La nécessité pour le Parti communiste marxiste-léniniste-maoïste d’appliquer fermement l’indépendance, les propres décisions et l’autosuffisance ;

Combattre l’impérialisme, le révisionnisme et la réaction de manière indélébile et implacable ;

Conquérir et défendre le pouvoir avec la guerre populaire ;

La militarisation du Parti et la construction concentrique des trois instruments de la révolution ;

La lutte de deux lignes comme force motrice du développement du parti ;

La transformation idéologique constante et toujours mettre la politique au poste de commande ;

Servir le peuple et la révolution prolétarienne mondiale ; et

Désintérêt absolu et un style de travail juste et correct. »

Tout cela est juste. Le matérialisme dialectique est la vision du monde des communistes : en réfuter les fondements, c’est récuser le communisme, c’est nier que la matière va au communisme comme l’a toujours souligné le Parti Communiste du Pérou.

Nous pensons qu’il est opportun ici de donner l’exemple d’une réfutation tout à fait typique dans son anticommunisme et pour cette raison mentionnant naturellement Friedrich Engels. Le groupe français d’ultra-gauche « Parti Communiste Maoïste » dénonçait le PCF(mlm) en 2012 en ces termes justement:

« Le p « c » « mlm » prétend détenir la vérité dans tous les domaines, être le parti de la science.

Il avance la thèse de l’inéluctable marche vers le communisme de l’Univers et d’autres déclarations délirantes du même acabit.

Il confond souvent les hypothèses et les lois avérées qui sont d’ailleurs relatives aux connaissances acquises, complétées, modifiées ou rendues obsolètes par de nouvelles découvertes.

Il se prend pour le nouvel Engels et le théoricien d’une «nouvelle» «Dialectique de la Nature». Il est vrai que le p « c » « mlm » est plus mégalomane que modeste.

Qu’il s’en tienne à la vulgarisation de thèses scientifiques ou indique les
meilleures vulgarisations mais un peu de modestie et de prudence en matière de science ou de jugement culturel. »

On a ici des critiques que connaissaient déjà le marxisme et Friedrich Engels : le matérialisme dialectique serait une mystique, il ne faut pas aborder les questions scientifiques d’un point de vue communiste, le Parti ne doit pas avoir un avis dans tous les domaines il faut en rester à un relativisme prudent, etc.

Ce sont précisément ces réfutations empirio-criticistes, empiristes– critiques, simplement fondées sur l’expérience immédiate et une

sorte de critique subjectiviste, que dénonçait Lénine ! Ce sont précisément ces conceptions qui ont été écrasées en URSS avec Staline, le matérialisme dialectique étant considéré comme le seul moyen d’analyser la réalité. Ce sont précisément ces conceptions qui ont été combattues durant la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne !

Qui est communiste transforme la réalité et qui transforme la réalité saisit que le mouvement est dialectique tout le temps et partout. C’est parce qu’ils étaient des révolutionnaires concrets que Karl Marx et Friedrich Engels ont pu porter l’idéologie communiste.

Qui reconnaît véritablement la dignité du réel saisit l’universel dans le particulier et comprend la nature dialectique de la matière éternelle.

Pour les révisionnistes, le matérialisme dialectique est une fantasmagorie, une aventure intellectuelle, une chose à combattre, car à l’arrière-plan la bourgeoisie est à l’œuvre et pour elle la reconnaissance de l’universalité de la dialectique est à la fois incompréhensible et criminelle.

La dialectique, comme la lutte armée, représente pour la bourgeoisie sa négation.

Voilà pourquoi il y a une pression gigantesque contre tout ce qui s’y rattache, tout ce qui la porte. Honorer Friedrich Engels en son bicentenaire a ainsi une portée révolutionnaire, car c’est honorer celui qui a joué un rôle notable dans la mise en place du dispositif idéologique communiste, qui a contribué à mettre en place le matérialisme dialectique.

Honorer Friedrich Engels, c’est le considérer comme un classique, aux côtés de son frère d’armes Karl Marx, de Lénine et de Staline, de Mao Zedong.

Honorer Friedrich Engels, c’est arborer, défendre et appliquer le matérialisme dialectique !

Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste de Belgique
Parti Communiste de France (marxiste-léniniste-maoïste)

Novembre 2020

Le chemin au PCF(mlm)

[Article du prochain numéro de Bolchevik.]

Le chemin menant au PCF(mlm) consiste en une série de sauts qualitatifs nécessaires historiquement. Il s’ouvre au début des années 1990.

Action Directe a été une organisation de lutte armée issue du mouvement autonome de la fin des années 1970 et des milieux anarchistes. Elle se fait écraser dans la seconde partie des années 1980. Au début des années 1990, il y a dans la mouvance d’Action Directe deux courants, l’un de type « guévariste » et publiant la revue Guérilla, l’autre exigeant des analyses politiques en développement et qui publiera la revue trimestrielle Front Social dans la seconde partie des années 1990.

La revue Front Social

De par leur orientation, les gens de la revue Front Social se lièrent de manière approfondie (ou très approfondie) à l’extrême-gauche turque, principalement les milieux du TKP(ML) et du DHKC. Concrètement, on peut considérer la revue Front Social comme relevant des milieux de l’extrême-gauche turque durant tout son parcours.

Il y avait également eu des discussions approfondies avec les quelques sympathisants en France de la revue maoïste internationale Un monde à gagner (notamment du Bangladesh) et avec le Mouvement Populaire Pérou, émanation du Parti Communiste du Pérou pour le travail à l’étranger.

Mais le milieu principal où agissaient les gens de la revue Front Social était celui de l’extrême-gauche turque. C’était alors vu par eux comme inévitable. La position était de considérer que seuls les milieux alternatifs pouvaient tenir le choc face au 24 heures sur 24 du capitalisme, mais que malheureusement il n’existait pas en France de scène comme en Allemagne avec les autonomes, qui disposaient de bases comme les squats, les centres sociaux, des organisations « souterraines » échappant aux surveillances étatiques.

Les milieux de l’extrême-gauche turque formait donc un véritable refuge, puisque de toutes façons il était estimé qu’il fallait se tourner politiquement vers les expériences les plus avancées relevant forcément d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. C’était une application de la ligne « anti-impérialiste » et ce n’est pas un secret que la RAF allemande était ici la référence.

La contradiction dans la revue Front Social

La tension existante dans la revue Front Social était la suivante : d’un côté, il y avait l’étude, la valorisation et les contacts avec les milieux alternatifs, en ayant conscience de leurs limites, mais considérant que c’était un espace possible pour l’expression d’un véritable antagonisme dans un pays capitaliste aseptisé. De l’autre, il y avait l’appui à des expériences politiques très avancées, très structurées, comme celles de Turquie et du Pérou.

Il fallait faire un choix :

– soit proposer une ligne activiste dans les milieux alternatifs et militants, en profitant des acquis effectués… en considérant que le niveau atteint était tel qu’il y avait les moyens de concrétiser quelque chose ayant une petite ampleur ;

– soit considérer qu’il fallait prolonger le tir, parvenir à une synthèse idéologico-politique, en se mettant encore plus à l’écart de ce qui se passe comme activisme ou pseudo-activisme dans la métropole impérialiste.

Il va de soi que les perspectives étaient opposées et que la tension entre les deux positions ne pouvaient qu’aller en grandissant. Il en résultait surtout qu’attendre, c’était placer la revue Front Social dans une situation très délicate face à la répression, de par les perspectives proposées. Le rapport des Renseignements Généraux ayant « fuité » en 2000 fut considéré comme le bon moment pour cesser Front Social et cela provoqua la séparation des tenants des deux positions.

DES ELECTRONS LIBRES

o Nostalgiques de l’ex-Action Directe

– Les Noyaux Autonomes pour le Communisme

Apparu en début d’année 1995 sous la dénomination initiale de Noyaux Anti-Capitalistes, le mouvement Noyaux Autonomes pour le Communisme s’est organisé autour de la publication “Front Social”.

Revue trimestrielle lancée à l’automne 1995, et ferraillant sur le créneau de la “Triple oppression” -racisme, sexisme et capitalisme comme fondements et piliers des sociétés contemporaines-, elle prône la réappropriation sociale, un front anti-impérialiste et antifasciste, les luttes sociales d’offensive anticapitaliste, la création de “cercles actions” ; “l’autonomie de classe” .…

Aspirant, entre autres, au communisme, à la révolution, au “Marxisme-Léninisme – Maoïsme”, les N.A.C., bien que donnant dans l’intellectualisme, revendiquent en privé l’héritage de l’ex-Action Directe.

La structure reprend d’ailleurs l’emblème de l’étoile à cinq branches en ajoutant, en son centre, un poing fermé. Bien qu’elle prétende travailler “à la construction d’un rassemblement des révolutionnaires, sur une base d’avant-garde et selon les principes marxistes-léninistes-maoïstes”, l’organisation compte au mieux une vingtaine de membres.

Vulgarisant nombre de textes célébrant “les antifascistes kurdes en France”, les Cellules Communistes Combattantes (C.C.C.) de Belgique, l’I.N.L.A. en Irlande, les G.R.A.P.O. d’Espagne, la R.A.F., les Brigades Rouges, l’ex-Action Directe…, les N.A.C. sont en relation avec des éléments peu ou prou impliqués au sein des organisations terroristes concernées.

C’est ainsi que le leader des N.A.C., *** a effectué, en Italie, divers séjours le mettant en rapport avec “l’Autonomie Ouvrière” et a, en janvier 1998, contribué à animer en Allemagne des rencontres avec des proches de la R.A.F. et des Brigades Rouges tandis qu’il correspond par ailleurs avec les leaders emprisonnés de l’ex-Action Directe.

De son côté, ***, révolutionnaire de longue date, dispose de relations anciennes avec les sympathisants de la R.A.F. et des proches de l’ex-Action Directe tandis que ***, désormais en retrait, aurait des accointances en direction de l’I.N.L.A..

D’une manière générale, la structure semble entretenir des contacts plus particuliers avec d’anciens brigadistes ayant appartenu à la “Cellule pour la Constitution du Parti Communiste Combattant” (C.C.-P.C.C.). A noter toutefois que, bien que les N.A.C. ne soient pas peu fiers de rappeler que la Fédération Anarchiste a interdit leur revue dans sa librairie, dès son numéro 1, en les suspectant de vouloir “reformer un bras armé de type R.A.F./A.D.”, rien n’est venu pour l’heure étayer de tels soupçons. La menace reste virtuelle.

– Le Collectif Communiste Résistance Offensive

D’apparition récente, présentant une certaine porosité avec les N.A.C. dont il fait figure, tantôt de complément, tantôt de dissidence, ce groupuscule qui ne regrouperait guère qu’une dizaine de militants, est localisé dans les Hauts-de-Seine. L’un de ses principaux animateurs, ***, ancien numéro 2 des N.A.C. a, par ailleurs, été responsable du Bureau d’Information des Amis du Front Révolutionnaire de Libération du Peuple Kurde (B.I.A.-D.H.K.C.) jusqu’à son auto-dissolution.

– Collectif pour un Secours Rouge

Constitué au cours de l’été 1999 “pour faire connaître l’existence de prisonniers politiques en France, les causes et les conséquences de leur incarcération et créer un mouvement de solidarité en vue de faire respecter leurs droits et exiger leur libération”, le Collectif pour un Secours Rouge a vocation à sensibiliser l’opinion à la situation des militants incarcérés de l’ultra gauche européenne.

La structure est domiciliée au siège d’une association évoluant en périphérie du Collectif Communiste Résistance Offensive, à savoir ***.

Pour le PCMLM

La dissolution de Front Social en 2000 s’accompagna d’une séparation déjà inévitable entre ce qu’on peut appeler les « mouvementistes » et les « idéologiques ». Les premiers, qui contribuèrent notamment à Résistance Offensive, n’aboutirent à rien, alors que les seconds purent établir la ligne « pour le Parti Communiste Marxiste-Léniniste-Maoïste ».

Ils agirent dans toute la première partie des années 2000, en relevant de tout le milieu maoïste lié au Mouvement Populaire Pérou. Ce processus d’affirmation « idéologique » fut alors marqué par trois positions déterminantes :

– la valorisation de la révolte des banlieues françaises de 2005 – une position totalement isolée alors – comme expression d’un antagonisme refaisant enfin surface dans la société française ;

– la considération que le « non » au référendum sur la constitution européenne, la même année, marquait l’ouverture d’un conflit au sein de la bourgeoisie entre la fraction nationaliste agressive et la fraction moderniste ;

– la réfutation du développement du révisionnisme dans la guerre populaire au Népal – une position isolée alors en apparence dans le mouvement maoïste international, mais reflétant en fait la position du Mouvement Populaire Pérou et qui fut embrayée par de nombreuses organisations (PC populaire d’Argentine, URC MLM du Chili, UOC(MLM) de Colombie, etc.).

On peut considérer qu’en 2006, tout en étant restreint numériquement, le travail pour le PCMLM a établi une base idéologique, une approche, réaffirmant le maoïsme en France.

La contradiction dans le PCMLM

De la même manière que dans la revue Front Social, il y eut une opposition entre « mouvementistes » et « idéologiques » et le PCMLM fut travaillé dans les années 2000 par une grande tension entre deux tendances. Cela se cristallisa à travers l’affirmation, dans la seconde partie des années 2000, de la nécessité de groupes se définissant comme « Action antifasciste ».

Il est significatif que la mouvance anarchiste ait pu récupérer cette dénomination par la suite, ce qui est une aberration à tous les niveaux. C’est une conséquence de l’activité des « mouvementistes », qui remplacèrent l’unité antifasciste par la fusion de tous les points de vue contestataires dans un grand pack « antifasciste ». Les « mouvementistes » firent imploser en 2010 les différents groupes de l’Action antifasciste, proposant leur propre version qui fut éphémère et laissa l’espace vacant aux anarchistes.

Cela donna également naissance à une sorte de mouvance maoïste éclectique de style anarchiste, relevant des milieux d’ultra-gauche et puisant largement dans leur style et leurs conceptions, totalement coupée de la culture autonome et des expériences de la lutte armée. Cette mouvance subsista et se développa durant tous les années 2000 en racolant de manière systématique sur les réseaux sociaux. Leur méthode était de proposer un « maoïsme » en mode prêt à porter à bas prix, sur une base totalement spontanéiste et anti-idéologique, à la fois pro-CGT et de style anarchiste, aux pratiques oscillant entre charité chrétienne, syndicalisme traditionnel et agitation bruyante anarchiste.

En apparence, les « idéologiques » avaient été isolés, mais en réalité ils connaissaient un saut qualitatif extrêmement marquant. La quantité des « mouvementistes » était le pendant opportuniste du déploiement de la qualité des « idéologiques », dont l’isolement apparent provenait du développement inégal.

C’est que les « idéologiques » étaient incroyablement en avance concernant les questions écologique et animale. Si cela était totalement décalé au milieu des années 2000, c’était tout à fait en phase avec son époque ; la saisie des concepts de Biosphère, de véganisme, de mouvement unifié de la matière à travers pourtant différents niveaux… amenait et provenait d’une maîtrise approfondie du matérialisme dialectique.

Cela débloqua toute une mise en perspective de l’évolution historique et permit la production d’analyses matérialistes historiques en série, notamment concernant l’histoire de France. Pour ne mentionner que différents aspects, on a la compréhension de la signification du calvinisme et de son écrasement, celle de la pose des bases de la nation française au XVIe et XVIIe siècles, la lecture de la monarchie absolue de Louis XIV comme stade suprême de la féodalité, la saisie de la forme romantique fasciste française du début du XXe siècle, l’analyse du retour de De Gaulle en 1958 comme coup d’État, etc.

C’est de là que vint la modification du nom, de PCMLM à PCF(mlm), pour souligner que le cadre national avait bien été saisi, que tout cosmopolitisme avait été réfuté.

Une précision sur la nature des « idéologiques »

Le capitalisme produit une intense contradiction entre le travail manuel et le travail intellectuel. Il arrive ainsi régulièrement que, voyant la capacité intellectuelle des « idéologiques », il en soit déduit qu’il n’y ait pas de pratique. C’est là une conception bourgeoise : personne peut produire quelque chose de valeur intellectuellement s’il n’est pas dialectiquement lié à la pratique. C’est d’ailleurs vrai inversement : une absence d’approche intellectuelle amène une pratique sans intérêt.

Le profil des gens agissant dans le cadre du PCMLM/PCF(mlm) a d’ailleurs historiquement grosso modo toujours été assez proche. Il s’agit de gens ayant été des activistes de manière quasi permanente dans leur jeunesse, très à l’aise dans certains milieux contestataires et hautement socialisés en leur sein, mais comprenant qu’il fallait du recul et une mise en perspective.

Les « idéologiques » s’appuient concrètement sur une vraie activité les ayant justement menés au Parti, pour trouver une base à leur action. Personne n’a envie de lutter et de s’apercevoir que ce qu’il fait ne mène à rien, ne sert à rien. Qui lutte veut ancrer son travail, lui donner une signification. Il se tourne alors vers ce qui a de la profondeur, une profondeur qu’il a lui-même compris de par sa pratique.

Il faut souligner ici qu’il y a eu d’ailleurs énormément d’hypocrites, de gens restant à la marge du PCMLM/PCF(mlm), puisant largement chez lui pour trafiquer dans leur coin au moyen de versions édulcorées, délavées, rendues acceptables pour le folklore d’ultra-gauche, etc. C’était une version «mouvementiste » en dehors de l’organisation, avec laquelle convergeaient les « mouvementistes » au sein de l’organisation.

Ce trafic a pu avoir parfois un véritable succès, provoquant d’indéniables torts au développement de l’organisation, mais n’a jamais relevé en même temps que d’une époque arriérée et corrompue. De tels sous-produits d’un développement authentique sont inévitables en général, et en particulier dans un capitalisme permettant à des couches petites-bourgeoises de massivement exister, et donc de chercher à parasiter, dévier, dénoncer, calomnier, etc.

De fait, les « mouvementistes » n’ont jamais pu vivre que dans l’ombre des « idéologiques », cherchant autant que possible à arracher des morceaux de lumière pour tromper, trafiquer, tenter de subsister en se donnant une image révolutionnaire. Cela peut sembler frustrant, mais cela n’est qu’un incident propre à une époque qui n’est pas encore la bonne. Quand les dés de l’Histoire sont tombés, tout est alors bien différent. Et c’est là que le chemin menant au PCF(mlm) permet l’incarnation de la révolution.

Le matérialisme dialectique et l’univers en oignon comme contradiction du développement inégal et de la différence

Longue vie à l’auteur de la constitution de la société socialiste, le chef du peuple soviétique, le grand Staline !

Tout contraste est une différence, toute différence une contradiction. Si les choses ne se développent pas simultanément, alors il y a déjà différence.

C’est également vrai si les choses existent déjà de manière différente : des choses différentes se développant de manière différente vont de pair avec l’existence de contradictions entre ces choses, de par leur différence.

Une erreur commise de par le passé fut la suivante :

– puisqu’il y a différence, il y a indépendance de la contradiction d’une chose, car elle est différente ;

– s’il y a indépendance de la contradiction, alors son développement lui est propre ;

– si le développement lui est propre, alors il est particulier ;

– s’il est particulier, alors il y a négation de la négation au sein de ce particulier ;

– s’il y a négation de la négation au sein de ce particulier, alors on peut forcer l’existence de cette négation de la négation puisqu’elle est elle-même particulière.

C’est l’erreur commise en URSS au début des années 1950 et qui a permis aux révisionnistes de prendre le dessus. Une erreur connue est celle de Trofim Lyssenko qui considérait qu’il pouvait modifier le développement de l’agriculture en « forçant » des changements de réaction des végétaux, par exemple en plantant plusieurs graines dans un même trou.

C’était une lecture idéaliste en terme de choses isolées, sur la base de la « négation de la négation » appliquée à une chose en particulier ; le pendant exact de cette démarche est la lecture du tout génétique qui, pareillement, prend les choses isolément en les fixant unilatéralement sur la base de l’ADN. Dans l’agriculture et pour le vivant en général, ce sont notamment les Organismes Génétiquement Modifiés.

On a ici une incompréhension du rapport du particulier au général, une réduction du processus de mouvement à une chose isolée, sur la base d’une « négation de la négation ».

Un autre exemple connu est la campagne contre les « quatre nuisibles » en Chine populaire, visant les rats, les mouches, les moustiques et les moineaux friquets. Cette campagne commencée en 1958 fut cessée en 1960, car il était clair que les déséquilibres écologiques provoqués par la campagne amenaient dans le mur.

On comprend pourquoi la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne produisit d’intenses recherches sur la cosmologie, sur les liens entre les différentes couches de l’univers, alors que Mao Zedong rejeta le concept de négation de négation.

Mao Zedong salue ainsi les efforts du physicien japonais Shoichi Sakata, qui chercha à formuler les liens entre les différentes « couches » de matière, ce qu’on peut résumer par l’image d’un univers en oignon. Shoichi Sakata nous dit dans Physiques théoriques et dialectique de la nature, en juin 1947 :

« La science actuelle a trouvé que, dans la nature, il existe deux « niveaux » qualitatifs différents : la forme du mouvement, par exemple une série de niveaux comme particules élémentaires-noyaux-atomes-molécules-masses-corps célestes-nébuleuses.

Ces niveaux forment des points nodaux variés qui restreignent les différents modes qualitatifs de l’existence de la matière en général. Et ainsi ils ne sont simplement reliés de manière directe comme décrit ci-dessus. 

Les « niveaux » sont également connectés dans une direction comme molécules-colloïdes-cellules-organes-individus-sociétés. Même dans les masses semblables, il existe des « niveaux » d’états correspondant aux solides-liquides-gaz.

Dit de manière métaphorique, ces circonstances peuvent être décrites comme ayant une sorte de structure multi-dimensionnelle du type d’un filet de pêche ou, plutôt serait-il mieux de dire, qu’ils ont une structure du type des oignons, en phases successives.

Ces niveaux ne sont en rien isolés mutuellement et indépendants, mais sont connectés mutuellement, dépendants et constamment « transformés » les uns en les autres.

Un atome, par exemple, est construit à partir des particules élémentaires et une molécule est construite à partir d’atomes et, inversement, peut être fait la décomposition d’une molécule en atomes, d’un atome en particules élémentaires.

Ces types de transformation arrivent constamment, avec la création d’une nouvelle qualité et la destruction des autres, dans des changements incessants. »

Il y a ici, forcément, deux aspects.

Le premier, c’est le développement inégal qui caractérise tout mouvement et implique des différences au sein de cet univers en oignon.

Le second, c’est la différence, puisque chaque couche est différente, ce qui est déjà une contradiction. On a ainsi une contradiction dans le mouvement tout comme entre les couches du mouvement.

La crise du Covid-19 est ainsi le produit d’une contradiction entre deux couches, l’humanité et la Biosphère ; pour donner un exemple de développement inégal du mouvement, on peut prendre l’émergence de la sexualité chez l’adolescent, qui apparaît comme une rupture/saut qualitatif dans le mouvement de développement de la personne.

En dernier ressort, tout cela apparaît comme la contradiction du général et du particulier. Cette contradiction est universelle, elle exige de saisir les différences entre les couches de l’univers et apparaît comme contradiction du développement inégal et de la différence.

Le matérialisme dialectique et la loi de la contradiction comme loi de la complémentarité oppositionnelle: la théorie des deux points

Le sport en URSS – le sport de millions !

Le matérialisme dialectique considère que chaque phénomène forme une unité des contraires, ceux-ci étant en lutte, en opposition. C’est la loi de la contradiction, loi universelle de la matière éternelle et inépuisable en marche vers le communisme.

Le terme de contraire est dans ce cadre souvent assimilé à celui d’opposé. Dans ses notes philosophiques, Lénine dit ainsi :

« Au sens strict, la dialectique est la recherche des contradictions dans l’essence des choses elles-mêmes. »

« Le développement est la « lutte » des opposés. »

Les termes de contraire et d’opposé sont aisément interchangeables et dans les faits il est facilement passé d’un terme à l’autre, avec à l’esprit qu’ils seraient équivalents.

Dans la langue française, il existe d’ailleurs une grande ambiguïté dans la définition des deux termes ; on a tendance à définir quelque chose de contraire comme opposé, et quelque chose d’opposé comme un contraire, même s’il y a des nuances, selon le contexte.

La base de ces nuances est la suivante. Opposer est un terme venant du latin, c’est poser vers, devant, c’est-à-dire poser en face, contre. Il y a une idée de face à face.

La contradiction, c’est ce qui vient contre-dire ; le terme vient également du latin. Il y a une idée d’annulation.

Les langues latines et le russe suivent pareillement ce schéma ; en allemand cela revient au même avec pour le terme contradiction widerspruch (wider signifiant à l’encontre, spruch le fait de dire) ; le terme gegensatz, opposition, signifie quant à lui au sens strict contre-phrase ou anti-phrase. Karl Marx et Friedrich Engels utilisent le terme de widerspruch, mais dans le sens de gegensatz ; la distinction n’est pas opérative.

Le langage mathématique fait quant à lui une distinction nette en apparence, mais on peut voir que cela revient au même.

L’opposé de 1 est -1, -2 pour 2, -3 pour 3, etc. L’opposé se pose contre, on retrouve l’idée de face à face : face à 1 il y a -1, face à 2 il y a -2, etc.

La contradiction est dénommée « inverse ». L’inverse désigne un nombre permettant d’arriver à 1 si on le multiplie par lui : 0,2 est l’inverse de 5, car 5 x 0,2=1 ; 0,01 est l’inverse de 100 car 0,01 x 100=1, etc.

Cet inverse contre-dit en fait un nombre, car il l’empêche de parvenir à 1, c’est-à-dire qu’il l’empêche de former une unité, d’être lui-même. L’inverse annule le nombre, il anéantit son identité, il le contre-dit. On retrouve ici l’idée de contre-affirmation à une affirmation.

Cependant, si on raisonne en termes de tension, de conflit, on voit mal de prime abord une différence entre contraire et opposé, même dans le langage mathématique. On a en effet toujours deux aspects, qui se font face, l’un ne pouvant exister sans l’autre.

Les termes de contraire et d’opposé sont ainsi en rapport étroit, voire interchangeables, car ils ont en commun de signifier la négation. Les nuances existantes ont trait avec les modalités de cette négation, mais leur substance est commune : leur rapport dialectique, à la fois lié (donc positif) et négatif.

Ces nuances négatives se retrouvent inlassablement dans tout langage cherchant à décrire les processus matériels. On parlera ainsi d’un vent contraire pour dire que le vent intervient et s’oppose au mouvement initial, formant une annulation.

Le terme opposé lui implique l’idée de résistance, d’un obstacle : on dira qu’on a fait face à une opposition. Il y a une forte idée de tension.

On dira cependant indifféremment au contraire ou bien à l’opposé.

Il est ici utile de se tourner vers la langue chinoise. Le terme de contradiction choisi initialement en chinois par Mao Zedong, Mao-dun, est composé de 矛, signifiant lance, et de 盾, signifiant bouclier. Il s’appuie sur une vieille histoire, racontée par Han Fei Zi (280 – 233 avant notre ère) :

« Un quidam, désireux de vendre sa lance et son bouclier, vantait l’excellence de celui-ci en ces termes : « Sa résistance est telle que rien ne peut l’entamer. Ce bouclier est absolument impénétrable. »

Passant à la lance, il poursuivait : « Sa pointe est si bien affilée qu’il n’est rien qu’elle ne puisse entamer. Elle est omni-pénétrante. »

– Comment, objecta l’interlocuteur, votre lance peut-elle entamer votre bouclier ?

L’homme ne sut que répondre. Il s’était contredit. Logiquement, un bouclier absolument impénétrable et une lance omni-pénétrable ne peuvent aller de pair. »

On a ici une contradiction, quelque chose vient contre-dire autre chose, il y a annulation, même si l’idée de lance et de bouclier implique également une tension, donc une opposition.

Il y a d’autres expressions chinoises qu’il faut noter, telles 一分為二, yifenweier, signifiant un devient deux, chaque chose a deux côtés, etc. ; 对立统, duili tongyi, signifiant l’unité des opposés ; 相反相承, xiangfan xiangcheng, signifiant s’opposer et se promouvoir mutuellement ; 两點論, liangdian lun, qu’on peut traduire par la théorie des deux points.

Toutes ces expressions ont été utilisées en Chine populaire à l’époque de Mao Zedong, notamment au moment de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne. Elles sont utiles pour montrer que le terme de contradiction ne permet pas de cerner, en soi, de manière adéquate la complémentarité et la tension ; inversement, la notion d’opposé ne permet pas de saisir l’unité des deux pôles, qui est bien plus apparente avec le terme de contradiction.

Concrètement, contradiction et opposé forment deux aspects d’une même contradiction/opposition, les deux termes se rejoignant et se repoussant.

Si l’on veut éviter un tel va-et-vient, l’expression « théorie des deux points » semble plus abstraite de prime abord, mais elle permet de poser le cadre opératif dialectique.

L’expression a notamment été utilisé dans un article pour les cinquante ans du Parti Communiste de Chine, publié simultanément dans le Renmin Ribao (le Quotidien du peuple), le Hongqi (le Drapeau rouge, l’organe théorique), le Jiefangjun Bao (le Quotidien de l’Armée Populaire de Libération).

Ce document de 1971 retrace l’histoire du Parti, avec les luttes de deux lignes, entre la ligne rouge et la ligne noire à chaque étape, depuis la guerre révolutionnaire jusqu’à la construction du socialisme et la lutte contre les forces de la restauration capitaliste, avec donc la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne lancée en 1966, tout en soulignant qu’il en faudrait plusieurs.

La longue conclusion porte sur le fait de bien apprendre et mentionne l’importance de la théorie des deux points :

« Nous devons suivre la théorie des deux points, pas la théorie d’un seul point.

Tout en portant notre attention sur la tendance principale, nous devons prendre note de l’autre tendance qui est possiblement masquée.

Nous devons prendre totalement en considération et fermement saisir l’aspect principal et en même temps résoudre un par un les problèmes soulevés par l’aspect non principal.

Nous devons voir les aspects négatifs des choses tout comme leurs aspects positifs. Nous devons voir les problèmes qui se sont déjà soulevés et également anticiper les problèmes pas encore perçus, mais pouvant se soulever. »

Hsueh Li précisa cela dans un article de 1972, La théorie des deux points, où il expliqua dès le départ que :

« Qu’est-ce que la théorie des deux points ?

C’est ce que nous appelons usuellement le matérialisme dialectique ; c’est la théorie marxiste-léniniste de la loi fondamentale de l’univers.

Le président Mao nous a donné une explication compréhensible et pénétrante dans son De la contradiction. »

Après avoir rappelé les fondamentaux du matérialisme dialectique, il conclut de la manière suivante :

« Parvenir à porter la théorie des deux points et à dépasser la théorie d’un seul point n’est pas simplement une question de méthode, mais de vision du monde.

La théorie des deux points appartient à la vision du monde prolétarienne et la théorie d’un seul point appartient à la vision du monde de la bourgeoisie et de toutes les classes exploiteuses.

Sans exception, la pensée des gens vivant une société de classe est marquée par une marque de classe et est invariablement influencée par l’orientation politique de la classe à laquelle ils appartiennent.

Même si des personnes ne relèvent pas des classes exploiteuses, elles sont immanquablement affectées par l’idéalisme et la métaphysique existant universellement dans la société de classe.

C’est pourquoi chaque personne des rangs révolutionnaires doit faire en sorte que soit éliminé de son esprit tout point de vue idéaliste et métaphysique, et doit faire des efforts constants pour remodeler son monde subjectif tout en changeant le monde objectif.

Ce n’est qu’ainsi que la théorie des deux points peut être soutenue et la théorie d’un seul point dépassée. »

L’expression « théorie des deux points » permet de ne pas se focaliser sur l’idée d’annulation que peut impliquer abstraitement le terme de contradiction – et on notera que les révisionnistes chinois sont passés par là en disant que justement il fallait accepter l’existence de la contradiction, accepter les choses négatives, etc.

L’expression « théorie des deux points » permet également de ne pas employer le terme d’opposition, qui perd de vue l’unité et risque d’amener à réfuter même l’unité des contraires, sur un mode gauchiste.

L’expression « théorie des deux points » souligne qui plus est immédiatement l’existence de deux aspects, ce qui est important à une époque où la bourgeoisie cherche à nier la dialectique, comme en témoigne la réfutation nihiliste de l’existence de l’homme et de la femme.

Elle permet de modifier son état d’esprit tout en transformant la réalité : ai-je bien suivi la théorie des deux points, ai-je bien vu les deux aspects, en m’appuyant sur la tendance principale pour voir dans quel sens aller ?

L’expression permet ainsi de mettre l’accent sur la pratique : c’est un bon équivalent aux termes contradiction et opposition, qui sont eux-mêmes « deux points ».

Le matérialisme dialectique et l’assimilation des concepts d’unité, d’identité, de coïncidence, d’équivalence des contraires

Selon le matérialisme dialectique, chaque phénomène a deux aspects, qui forment une unité et qui, en même temps, sont en lutte. L’unité permet l’existence de phénomènes, cependant la lutte interne est la base de sa transformation (et donc de son existence). L’unité et la lutte forment elles-mêmes une contradiction.

La question s’est posée de savoir dans quelle mesure les termes d’unité et d’identité (des contraires) étaient équivalents ou lequel il fallait privilégier. On s’est vite aperçu que, plutôt que réduire le principe à un seul concept, il était plus adéquat d’élargir le champ des termes qu’on pouvait employer.

Lénine, dans ses remarques au sujet de la dialectique, souligne le caractère commun de ces deux termes d’unité et d’identité ; il déplace la question vers le rapport du général et du particulier. Il dit ainsi :

« Les contraires (le particulier est le contraire du général) sont identiques : le particulier n’existe pas autrement que dans cette liaison qui conduit au général. Le général n’existe que dans le particulier, par le particulier.

Tout particulier est (de façon ou d’autre) général. Tout général est (une parcelle ou un côté où une essence) du particulier. Tout général n’englobe qu’approximativement tous les objets particuliers. Tout particulier entre incomplètement dans le général, etc., etc. »

Il assimile de ce fait le terme unité à d’autres termes : coïncidence, identité, équivalence ; voici ce qu’il expose :

« L’unité (coïncidence, identité, équivalence) des contraires est conditionnelle, temporaire, transitoire, relative. La lutte entre contraires s’excluant mutuellement est absolue, comme sont absolus le développement et le mouvement. »

Puisque le mouvement est absolu, l’unité est particulière et relative ; de ce fait le rapport entre les contraires de cette unité des contraires est lui-même particulier et relatif. Il échappe à toute absolutisation en un seul terme.

Dans son immense classique De la contradiction, Mao Zedong présente la chose de la même manière, en élargissant les termes équivalents ou approximativement équivalents :

« L’identité, l’unité, la coïncidence, l’interpénétration, l’imprégnation réciproque, l’interdépendance (ou bien le conditionnement mutuel), la liaison réciproque ou la coopération mutuelle – tous ces termes ont la même signification et se rapportent aux deux points suivants : premièrement, chacun des deux aspects d’une contradiction dans le processus de développement d’une chose ou d’un phénomène présuppose l’existence de l’autre aspect qui est son contraire, tous deux coexistant dans l’unité ; deuxièmement, chacun des deux aspects contradictoires tend à se transformer en son contraire dans des conditions déterminées.

C’est ce qu’on appelle l’identité. »

On ainsi un rapprochement ou une assimilation des termes suivants :

– unité ;

– identité ;

– coïncidence ;

– équivalence ;

– interpénétration ;

– imprégnation réciproque ;

– interdépendance ;

– conditionnement mutuel ;

– liaison réciproque ;

– coopération mutuelle.

On a alors le paradoxe : le mouvement est absolu et pourtant on le définit de manière statique, alors que l’unité est relative (et statique) et pourtant on en a une définition mouvante, changeante, en mouvement, au moyen de différents termes pour essayer de la caractériser.

Ce paradoxe est en réalité lui-même dialectique. L’unité est en effet statique mais le statique est en mouvement, de par l’identité des contraires ; de même le mouvement est identique au statique, et donc il n’est pas en mouvement.

C’est que l’identité, l’unité, la coïncidence… des contraires est présente partout, pour tout phénomène ; cela fait qu’elle est présente :

– dans le phénomène lui-même, dans le rapport entre l’unité et la lutte des contraires, unité et lutte formant elles-mêmes une contradiction ! ;

– dans le rapport qu’on peut avoir au phénomène : la saisie d’un phénomène au moyen de l’intellect est elle-même dialectique et donc contradictoire.

Ainsi, l’identité des contraires est valable pour la saisie de cette identité des contraires elle-même – la dialectique de la matière est dialectique et ne peut être saisie que dialectiquement.

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