Peter Paul Rubens, le portrait comme prestance

Peter Paul Rubens a également peint des portraits et ce serait une erreur que de considérer que, en raison de son catholicisme, il ne puisse pas parvenir à quelque chose de profond.

Naturellement, cela ne saurait être la dimension intime, la nature personnelle, la vie intérieure… que l’on va retrouver dans de telles peintures.

La trajectoire est même inverse, puisque le poids de l’Espagne et du catholicisme ramènent en arrière historiquement, de manière réactionnaire donc.

On ne trouvera pas chez Peter Paul Rubens la dignité en soi propre à toute personne, correspondant à la profondeur d’âme chez chaque personne.

Il n’y a pas dans le portrait ce qui justement donne de la valeur à la peinture de Rembrandt, ni le caractère révolutionnaire d’une telle démarche.

Comment alors appréhender les portraits de Peter Paul Rubens ? Le portrait d’une jeune femme, vers 1603, nous indique la direction à prendre.

Ce qui est en jeu ici, dans ces portraits de personnes de valeur socialement, c’est la prestance, la conquête du rôle social.

Ce n’est pas simplement un individu se plaçant dans une certaine réalité sociale, bien hiérarchisée, ayant telle ou telle importance dans un tel cadre.

C’est un individu dont la situation se voit personnalisée par tout ce qui se surajoute au portrait individuel, avec les habits, le fourmillement de détails, la composition à laquelle cela aboutit.

C’est une scène qu’on peut, si l’on veut, qualifier de « miniaturisée ». Elle permet à la personne dont le portrait est fait d’être, en quelque sorte, plus qu’elle-même.

La personne représentée fait la conquête de sa propre situation.

Le Portrait de Brigida Spinola Doria, de 1606, avec 1,5 mètre sur 0,99 mètre, indique bien comment on dépasse la simple représentation de la femme d’un marquis italien pour passer à une composition où l’agencement souligne l’individu, lui accordant une présence conquérante, une vraie prestance.

Bien entendu, Rubens peut trouver cette voie, car il reste dans le cadre des couches supérieures de la société, des riches ornements, qui plus est dans des situations où prédomine le catholicisme et l’ostentatoire propre à la noblesse.

Néanmoins, y parvenir exige un niveau très élevé dans la capacité compositionnelle : les œuvres auraient pu être simplement formelles.

Le Portrait d’une jeune femme avec un rosaire est, pou r cette raison, une œuvre admirable.

Datant de vers 1609, d’un peu plus d’un mètre sur 0,76 mètre, elle a cela de formidable qu’on retrouve l’approche du Moyen Âge, mais cette fois en cassant la dimension figée, hiératique.

Au sens strict, cette dimension reste présente, mais elle se voit dialectiquement combinée à un remplissage d’éléments, qui fonctionnent de manière zonale comme on le voit très bien.

Le collier de perles, dont le nombre permet d’aider à compter les prières, pourrait être d’ailleurs absent de l’œuvre.

Sa présence, pourtant, est en même temps indéniablement non seulement cohérente avec l’ensemble, mais même nécessaire de par l’élan qu’on trouve dans la composition.

On n’a pas simplement un portrait, on a une personne faisant la conquête de son portrait, dans une représentation formant comme une scène en soi.

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l’intimisme de Rembrandt et l’exubérance de Rubens