Raffaello Sanzio (1483-1520) est une figure éminente de la Renaissance italienne ; connu sous le nom de Raphaël, il est considéré comme un innovateur essentiel sur le plan historique.
Avec lui, en effet, on a enfin un peintre qui cesse d’être avant tout façonné dans un esprit religieux.
Largement marqué par l’humanisme qui puise massivement dans l’Antiquité gréco-romaine, Raphaël peint avant tout avec l’esprit clair.
C’est le vrai sens de sa peinture : elle est claire.
Elle a résolument coupé avec les aspects particuliers de la peinture du Moyen Âge : le fait d’être chargée, obscure, portée sur le symbolisme, figée dans la composition, incohérente dans les proportions.
C’est que le peintre du Moyen Âge agissait dans un cadre bien particulier : il était un illustrateur religieux avant tout.
Le peintre de la Renaissance italienne agit quant à lui comme artiste indépendant, même s’il est au service des couches dominantes aristocratique et religieuse.
Là où la peinture du Moyen Âge était façonnée par le cadre historique de son époque, la peinture de la Renaissance italienne est conditionnée par le cadre historique de son époque.
C’est très différent.
La Madone à la prairie, une œuvre datant d’autour de 1506, représente bien l’approche de Raphaël.
Les traits sont bien ordonnés, les couleurs sont en phase avec ceux-ci.
Ce qu’on voit est cohérent ; on ne saurait dire que c’est une scène réelle, car il y a un agencement artificiel.

Néanmoins, la dimension humaine des personnages prime ouvertement sur le contenu.
Pour dire simplement les choses : le contenu à portée religieuse cède ouvertement la primauté à une harmonie qui semble comme flottante.
Elle s’appuie sur ce qui a été retenu de l’Antiquité gréco-romaine, à savoir l’idéalisme de Platon.
En raison de cette approche, Raphaël a très puissamment influencé la peinture. Il a posé une fluidité dans la composition qui est incontournable, et qui est le fruit de sa capacité à incarner les figures peintes, au lieu de simplement les poser.
Mais cette incarnation est idéalisée et, de par l’absence de réel, ses œuvres restent empreintes de formalisme.
L’œuvre la plus connue de Raphaël est ainsi, finalement, bien moins célèbre et populaire qu’une foule d’autres tableaux d’autres peintres.
La Madone Sixtine est un chef d’œuvre ; peinte en 1512-1514, elle fait 2,69 mètres sur 2 mètres.
Le titre provient du fait qu’on trouve, aux côtés de la Vierge, Sixte, qui fut pape en 257-258 et considéré comme un saint du point de vue du catholicisme romain.

L’ œuvre était destinée à l’église du monastère Saint-Sixte de Plaisance.
Elle ne parlera pas forcément à grand monde, mais si l’on indique les deux anges en bas, tout le monde les connaît.
Plutôt que deux anges, il vaut mieux parler de deux très jeunes enfants à qui on a ajouté des ailes.
On est typiquement dans l’approche de Raphaël d’une représentation sur une base réaliste mais basculant dans l’idéalisation, par volonté d’affirmer l’harmonie avant tout.
La force de son œuvre est ainsi d’être plaisante. Le défaut, c’est que c’est plaisant avant tout.
Néanmoins, cela a les caractéristiques d’une révolution graphique, car cela correspond à l’irruption du plaisant dans une humanité qui, dans l’Italie d’alors, retrouvait une aisance matérielle qui avait été celle de l’Antiquité gréco-romaine, permettant un certain raffinement et des plaisirs esthétiques.
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Raphaël, l’exemplarité dans la clarté