Giorgio Vasari et le moelleux chez Raphaël

Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes est un ouvrage très célèbre, écrit par Giorgio Vasari à la fin du 16e siècle.

Il y parle de 200 artistes depuis le 13e siècle, décrivant leurs œuvres et indiquant les aspects importants de leur parcours.

Voici les passages les plus importants concernant Raphaël.

« Raphaël naquit à Urbin, le vendredi saint de l’année 1483, à trois heures après minuit.

Son père, Giovanni de’Santi, peintre médiocre, mais homme de sens et de jugement, se trouva capable de le diriger dans la bonne voie, que malheureusement il n’avait pu connaître lui-même dans sa jeunesse (…).

Lorsque Pietro [Perugino] vit les dessins de Raphaël, sa jolie figure, ses gentilles manières et son air naïf et gracieux, il en porta d’avance le jugement que depuis la postérité a ratifié.

Raphaël s’empara si bien du style du Perugino, que l’on ne pouvait distinguer les copies de l’un des originaux de l’autre, et que leurs ouvrages semblaient sortis d’une seule main (…).

Nous devons remarquer ici que ce fut après avoir vu et étudié les œuvres des plus grands maîtres à Florence, que Raphaël changea et embellit tellement sa manière, que dès lors ses productions semblèrent appartenir à plusieurs artistes habiles, mais dont les uns surpasseraient de beaucoup les autres en talent et en perfection (…).

La renommée de Raphaël était grande alors ; mais, quoique l’on admirât sa manière et qu’il eût vu et étudié sans cesse les antiques de Rome, il n’avait cependant point encore donné à ses figures cette sublimité et cette noblesse qu’il leur imprima depuis (…).

Si, comme on le pense généralement, Raphaël l’emporte en moelleux et en une certaine facilité naturelle, néanmoins est-il vrai qu’il ne lui fut point supérieur dans l’art de l’invention et de l’expression, où peu d’artistes se sont élevés à la hauteur du Vinci.

Mais Raphaël est celui de tous qui s’en est le plus rapproché, particulièrement par la grâce du coloris (…).

Lorsque Raphaël voulut changer et améliorer son style, il ne s’était jamais livré à l’étude approfondie du nu.

Jusqu’alors il s’était borné à dessiner d’après nature dans la manière du Perugino, son maître, en y ajoutant toutefois cette expression gracieuse qui chez lui semble un don de la nature.

Il s’attacha donc à comparer la musculature des écorchés et des sujets vivants, et à étudier tous les divers effets de son mécanisme sur les parties ou l’ensemble du corps humain.

En outre, il examina avec attention les articulations des os, les attaches des tendons, et les réseaux formés par les veines.

Il réunit ainsi toutes les connaissances qui constituent un grand peintre.

Mais il reconnut qu’à l’égard de la science anatomique il ne pouvait arriver à la perfection de Michel-Ange.

En homme judicieux, il considéra que la peinture ne consiste pas seulement à la représentation du nu, qu’elle offre un plus vaste champ, et que parmi les plus grands peintres on peut compter ceux qui savent rendre avec intelligence et facilité les scènes historiques, et ceux qui se distinguent par la conception d’idées ingénieuses auxquelles président le goût et cette juste mesure qui, dans chaque sujet, empêche de tomber dans la confusion du trop ou la pauvreté du trop peu.

Alors il s’appliqua à réunir dans ses compositions la variété des fonds et des perspectives, des fabriques, des paysages, et des effets de lumière, la propriété des costumes et la beauté des têtes chez les enfants, les femmes, les jeunes gens, les vieillards, auxquels il savait imprimer le mouvement et la vivacité nécessaires.

Il sentit encore combien est important l’art de peindre avec vérité la fuite des chevaux dans les batailles et la férocité des soldats, d’imiter toutes sortes d’animaux, et surtout de rendre les portraits si ressemblants qu’on puisse les croire vivants.

Il étudia avec soin les vêtements, les chaussures, les casques, les armures, les coiffures de femmes, les cheveux, les barbes, les vases, les arbres, les cavernes, les rochers, les feux, l’air troublé ou calme, les nuages, les pluies, la foudre, le temps serein, la nuit, les clairs de lune, les effets de soleil et beaucoup d’autres choses dont la connaissance est indispensable en peinture. »

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Raphaël, l’exemplarité dans la clarté