La peinture de Raphaël interpelle par son harmonie.
Il est vrai que, formellement, c’est l’idéalisme qui porte sa démarche : à l’arrière-plan, on a la religion catholique romaine et l’aristocratie italienne qui s’imaginent représenter quelque chose de pur, vers lequel tout le monde doit tendre ou, sinon, se soumettre.

Néanmoins, l’idéalisme est une invention humaine et il n’existe pas d’idéal, même pas virtuel, qui pourrait agir véritablement.
Seule existe la réalité et, si l’on veut, un certain « modèle » de réalité. Il n’y a pas de chose pure, flottante au-delà du réel, vers laquelle se tourner.
L’harmonie doit donc être recherchée ailleurs que dans l’idéal. C’est d’autant plus vrai que l’idéal prétend qu’il n’y a pas de contradiction.
Dans la lecture « idéale » de la réalité, le beau appelle le beau, le bon appelle le bon.
Cela ne fonctionne pas ainsi et il faut savoir où est l’harmonie si flagrante, par exemple dans La Sainte Famille sous un chêne, de 1518-1520.
Alors, avec le matérialisme dialectique, on constate la chose suivante : les éléments s’agencent entre eux de manière douce, rien n’empiète sur autre chose, tout se combine tranquillement.
Devant un tableau de Raphaël, on ne ressent ni inquiétude ni tension, au sens où la peinture ne présente rien de menaçant ou de brûlant pour l’esprit.
Ce qu’on retrouve, ce n’est en fait pas l’idéalisme de l’Antiquité, mais le goût panthéiste de la contemplation propre au polythéisme.
C’est un matérialisme passif, dont la clé est de porter un ensemble rassurant.
Les deux pôles de la tension – la joie et la tristesse, le bonheur et le malheur, l’épanouissement et les peines – sont exclus.
C’est un moment, finalement, populaire.
Car c’est le peuple qui recherche cette harmonie, ces moments tranquilles perdus depuis la sortie du Jardin d’Éden (c’est-à-dire en fait la sortie de la Nature, et qu’on ne retrouvera que dans le Communisme avec le retour à la Nature en fructifiant les acquis du parcours historique de l’humanité).
En fait, l’erreur est simple. On veut voir en Raphaël un intellectuel, un aristocrate de la pensée, dont la peinture serait une démonstration de l’esprit.
D’où la théorie de « l’idéal » qui définirait son travail artistique.
La peinture de Raphaël obéit en réalité au parcours historique du besoin de Communisme d’une humanité sortie de la Nature et déboussolée.
C’est la tranquillité de l’âme que Raphaël affirme ainsi, ou plus exactement qu’il redécouvre.
L’humanité a atteint un certain niveau lui permettant d’avancer de nouveau vers son passé, qu’elle ne retrouvera que dans le futur.
La Vierge de l’Impannata, de 1512-1513 résonne en nous, car on n’est pas pris au dépourvu, on se repère aisément dans ce qu’on voit, aucune menace n’apparaît.

Il y a ici une réelle dimension populaire et cela se lit dans l’expression des figures religieuses, qui sont là pour nous, qui existent vraiment en tant que personnes représentées et sont donc en mesure de nous aider.
Raphaël parvient à incarner la prétention des figures religieuses à porter le Paradis, c’est là sa force.
=>Retour au sommaire du dossier sur
Raphaël, l’exemplarité dans la clarté