Bref résumé du point de vue de Julian Jaynes

Voici le résumé de l’approche de Julian Jaynes.

Elle est empirique : il est le produit de son époque, son niveau idéologique est typique du chercheur en psychologie dans le capitalisme des États-Unis des années 1960.

Il ne connaît rien au matérialisme dialectique, c’est-à-dire rien à la dialectique de l’univers, rien au principe du mode de production.

Et donc, psychologue et universitaire, il connaît les travaux effectués à son époque.

L’une des découvertes est celle du rôle de ce qu’on appelle le corps calleux.

C’est que le cerveau est organisé en deux parties : il y a d’un côté l’hémisphère gauche et de l’autre l’hémisphère droit.

Le corps calleux relie les deux.

Or, à l’époque, on a opéré des gens en souffrance – dans le cadre de l’épilepsie – en séparant les deux hémisphères, ce qu’on appelle une callosotomie.

Cela a comme effet d’empêcher qu’une crise dans un hémisphère se répercute dans l’autre.

[wikipédia]

On peut vivre tout à fait normalement après une telle opération. Cependant, on se doute bien que cela n’est pas sans effet et c’est là où les chercheurs se sont aperçus que :

– l’hémisphère gauche est surtout impliqué dans le langage et la logique ;

– l’hémisphère droit est davantage impliqué dans les images, les émotions, la perception spatiale.

Il va se passer ainsi la chose suivante.

Imaginons quelqu’un qui a subi une callosotomie.

On lui présente une petite balle au niveau de son œil gauche.

Le champ visuel gauche est traité par l’hémisphère droit : il voit la balle, il peut la prendre de la main gauche.

Mais il ne peut pas dire que c’est une balle, car le langage relève de l’hémisphère gauche.

Pour que ça change, il faut que la balle soit visible par l’œil droit, qui est relié à l’hémisphère gauche.

Julian Jaynes se dit alors qu’il existe une indépendance possible de chaque hémisphère.

Reconstruction par synthèse d’image 3D des deux hémisphères du cerveau humain vue de dessus (l’avant est à droite, wikipédia)

Et, de manière tout à fait logique, il soutient alors la thèse que si les deux hémisphères sont reliés aujourd’hui, c’est qu’ils ont été reliés, et qu’alors il y a dû avoir une période où ils ne l’ont pas été.

Il se tourne alors vers des documents historiques de l’Antiquité (Grèce, Mésopotamie).

Et il constate alors une chose : les personnages dont il est parlé n’ont pas de conscience introspective.

Ils ne se questionnent pas intérieurement.

Par contre, de manière systématique, ils entendent des voix qui leur donnent des ordres : ce sont celles des dieux et des autorités.

Il se dit alors : ces voix sont produites par un hémisphère et l’autre hémisphère les reçoit pour les remettre à l’esprit.

Comme toutefois il n’y a pas de liaison entre les deux hémisphères, l’hémisphère gauche qui a remis le message « brut » à l’hémisphère droit le reçoit de nouveau retranscrit.

Cependant, lors de cette réception, il s’imagine que cela vient « d’ailleurs ».

Cet ailleurs, c’est le monde des dieux,des ancêtres, de Dieu.

Lorsque Mahomet, dans la grotte de Hira, reçoit les paroles de l’ange Gabriel, c’est en réalité de lui-même qu’il les reçoit.

Mais il ne le sait pas, car les deux hémisphères de son cerveau sont séparés.

Mahomet recevant le Coran de Gabriel, dans le Jami’ al-Tawarikh
(Histoire du Monde) de Rashid al-Din, Tabriz, Perse, 1307

Ses propres considérations, produites par l’hémisphère gauche, sont fournies par un hémisphère droit séparé, qui prend une forme étrangère, extérieure.

C’est le principe du bicaméralisme, des « deux chambres ».

Chaque hémisphère fait chambre à part dans la conscience humaine.

Mais, et c’est là où tout se joue pour nous, l’une des chambres a l’ascendant sur l’autre.

Cela fait que la chambre qui gère la vie quotidienne entend des « ordres » de la part de l’autre chambre.

La première chambre ne se sachant pas reliée à la seconde, interprète ces voix comme des appels, des ordres.

Ce sont les dieux qui parlent.

La thèse est unilatérale, mais du point de vue du matérialisme dialectique, elle tente une exposition du principe de l’idéologie, qui prend toujours le dessus sur les individus dans chaque existence sociale donnée.

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La dialectique du cerveau: le bicaméralisme de Julian Jaynes