L’origine de la religion comme neutralisation du système embarqué défaillant de l’être humain en proie à des tourments psychologiques

Même si l’hypothèse qu’un être humain ait « deux cerveaux » est erronée, elle met en perspective les principes de l’instabilité de l’action d’un être humain.

En effet, il est facile de voir que même si une personne a d’intenses problèmes psychiques, psychologiques, psychiatriques… elle est capable, à différents degrés, de continuer à mener sa vie.

Cela veut nécessairement dire qu’il y a un secteur protégé des défaillances : c’est le système embarqué permettant de gérer les choses en général, permettant de manger, boire, socialiser, acheter des vêtements, utiliser son téléphone, etc.

Et l’autre secteur, le second cerveau possiblement, consiste en toutes les liaisons immédiates avec la vie quotidienne du point de vue le plus personnel ; c’est cet aspect qui déraille.

Cependant, et là est le piège, si ce second aspect déraille, c’est que le premier n’est pas capable de l’encadrer de manière adéquate, de valoriser adéquatement ce qui doit l’être, de fournir les orientations adéquates.

C’est là où intervient la religion.

Chaque religion suit, en effet, le même principe : il faut neutraliser le système embarqué.

Andreï Roublev, Icône de la Trinité, 1410

On croit souvent que la religion est un dogme qui veut façonner les gens, établir un système embarqué.

Ce n’est pas vrai ; si c’était le cas, les religions seraient toujours rentrées en conflit direct avec les institutions politiques.

Elles n’auraient pas été non plus en mesure de se maintenir sur le long terme.

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu une tendance en ce sens, ni que des factions religieuses n’ont pas tenté de le faire.

Toutefois, ce n’est pas la base de la religion, dont la nature et la fonction est de neutraliser le système embarqué afin de « calmer » les gens sinon en train de dérailler.

Le Harmandir Sahib, principal temple sikh, à Amritsar

C’est la raison pour laquelle la religion apparaît dans des moments de crise ; elle forme le support mental dans une phase de transformation.

Les grands fondateurs de religion, Moïse, Zarathoustra, Bouddha, Lao Tseu, Jésus, Mahomet, Quetzalcoatl, Nanak… sont des psychologues, qui ont donc tous la même approche : il y a deux pôles, un positif et un négatif, et il faut trouver un moyen de naviguer avec un calme relatif entre ces deux pôles.

Naturellement, chaque grand prophète affirme qu’un pôle est à suivre et l’autre à rejeter, mais tout leur discours consiste à dire que ce n’est pas possible, que seule une infime minorité y parvient, et que pour tous les autres, il y a des moyens techniques pour s’y retrouver.

La preuve de cela, c’est que jamais les religions n’ont voulu précipiter l’ensemble des masses au niveau maximum de leurs propres valeurs.

Elles ont toujours considéré que les masses ne pouvaient pas y arriver, qu’il fallait un clergé pour les épauler ou les encadrer dans leur démarche.

Les religions n’ont jamais proposé un modèle idéal, car elles l’ont toujours placé comme horizon inaccessible, et là est le grand paradoxe historique qui révèle le fond de la démarche.

Bible hébraïque en araméen, 11e siècle, Irak actuel

Vu ainsi, on comprend bien mieux l’Inquisition.

Celle-ci, lors de son développement en Espagne, ne visait pas les pratiques non conformes.

Elles visaient les populations juive et musulmane converties, en raison de leurs habitudes et de leurs mentalités risquant de modifier tendanciellement les pratiques traditionnelles du catholicisme.

Et ce n’est pas l’Église qui a porté l’Inquisition, mais la monarchie espagnole.

Le souci n’était pas de maintenir un carcan religieux comme idéologie, mais de maintenir une neutralisation la plus stricte des masses.

Car là est le but de la religion, au sens strict.

La religion met du baume au cœur, les grands prophètes sont des psychologues qui tentent de calmer les gens.

Ils ont senti la profondeur immense de la question, sans la comprendre : seul le matérialisme dialectique permet de saisir scientifiquement que l’être humain est un animal profondément traumatisé d’être sorti de la Nature.

Il doit y retourner, c’est ce qu’on appelle le Communisme.

Le Paradis, par Lucas Cranach l’Ancien, 1530

Les grands prophètes, même sans voir cela, « tapent » psychologiquement à ce niveau, dans la mesure où ils sont le fruit d’une recherche sur la joie et la peine, le bien-être et la souffrance, deux pôles que l’esprit en développement de l’animal humain a découverts à travers un grand traumatisme, ne sachant pas de quoi il s’agit.

Les religions sont ainsi différentes, non pas seulement en raison de leurs différents parcours historiques, mais également en fonction de là où elles mettent l’accent dans la psychologie.

Certains viseront la répétition de rites pour donner des repères au quotidien, d’autres des sacrifices pour marquer les esprits.

Certaines prôneront la méditation et le détachement, d’autres une forme d’engagement et d’identification.

Mais toutes sont l’expression historique transitoire d’une humanité transitoire : il n’y avait pas de religion avant la sortie de la Nature, il n’y en aura pas après le retour en son sein.

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La religion comme psychologie neutralisante
de l’humanité sortie de la Nature