Quand on lit le Coran, on ne peut qu’être marqué de l’omniprésence des flammes de l’enfer.
La Géhenne, les flammes, le brasier, la flamme ardente… sont incontournables lorsqu’on lit les versets écrits à La Mecque.
Ceux écrits à Médine, par la suite, abordent le thème de la communauté constituée et sont davantage d’esprit juridique.
C’est que Mahomet pose d’abord la psychologie, et ensuite la juridiction.
Cette dernière, ce n’est en fait pas lui qui la pose ; il l’accompagne dans le cadre d’une crise historique.
Il joue, par ailleurs, lui-même un immense rôle dans cette crise, catalysant le besoin historique des Arabes d’une unification au moyen d’un féodalisme constitué par en haut.

et voit des femmes pendues par la langue à un crochet,
pour avoir critiqué leurs maris et être sorties sans leur permission
Que nous dit le thème des flammes, de l’enfer… qu’on trouve dans le Coran, du point de vue du matérialisme dialectique ?
C’est simple : il suffit de se tourner vers l’être humain sorti de la Nature.
On a affaire à un animal découvrant son propre esprit, caisse de résonance des joies et des peines, du bonheur et du malheur, de l’épanouissement et de la souffrance.
On comprend alors le moteur dialectique du paradis et de l’enfer dans le Coran.
Lorsque Mahomet parle des flammes qui dévorent, il ne désigne pas le monde après la mort si on se comporte de manière erronée.
Il retranscrit la dépression inévitable pour qui sort des rails de la vie telle qu’elle est alors possible.
Bien sûr, Mahomet transpose cela dans un autre monde, car il ne comprend pas de manière matérialiste les enjeux de la conscience humaine.
Toutefois, de par la dignité du réel, il constate la dialectique qui y est à l’œuvre.
Il oppose donc le bien au mal et, Dieu étant la vérité, celui qui bascule du mauvais côté est obligé d’être rongé, de tomber en déliquescence, de s’effondrer mentalement.
Voici ce qu’on lit dans la sourate La caverne :
« Et dis : »La vérité émane de votre Seigneur. »
Quiconque le veut, qu’il croie, quiconque le veut qu’il mécroie. »
Nous avons préparé pour les injustes un Feu dont les flammes les cernent.
Et s’ils implorent à boire on les abreuvera d’une eau comme du métal fondu brûlant les visages.
Quelle mauvaise boisson et quelle détestable demeure ! »
C’est une mauvaise demeure pour l’esprit que de nier la vérité, et Dieu est le support de la compréhension de cette vérité.
Il faut bien se rappeler ici que les religions ne disent jamais qu’il faut absolument suivre les règles divines, même si formellement elles le font.
Elles considèrent que le peuple est incapable et qu’il lui faut un clergé, afin de l’encadrer.
Aussi, on doit comprendre ici qu’on tend au paradis, ou qu’on tend à l’enfer; c’est une tendance, propre à l’esprit.
Le but de la religion est d’aider à aller dans un sens, plutôt qu’un autre.
Et s’il y a ce risque d’aller dans un mauvais sens, c’est parce que l’esprit humain est ébranlé par une crise historique.
La religion vient se greffer alors sur les consciences, pour épauler le processus d’acceptation de la nouvelle période.

Elle le fait en opposant le paradis et l’enfer, présentés comme concernant l’après-vie, mais résonnant dans les esprits comme une question immédiate, liée à la vie quotidienne.
La peur de l’enfer et l’espoir du paradis ne sont jamais dans les masses une réflexion consciente relevant de la théologie ; c’est une polarisation dialectique qui fait immédiatement écho à la vie quotidienne, en raison des conditions de vie difficiles, du manque de développement des forces productives.
Ce sont d’ailleurs ces masses, dans cette situation, qui produisent la religion.
C’est le sens exact de ce que veut dire Karl Marx dans la Critique de la philosophie du droit de Hegel.
« Le fondement de la critique irréligieuse est : c’est l’homme qui fait la religion, ce n’est pas la religion qui fait l’homme.
Certes, la religion est la conscience de soi et le sentiment de soi qu’a l’homme qui ne s’est pas encore trouvé lui-même, ou bien s’est déjà reperdu.
Mais l’homme, ce n’est pas un être abstrait blotti quelque part hors du monde. L’homme, c’est le monde de l’homme, l’État, la société.
Cet État, cette société produisent la religion, conscience inversée du monde, parce qu’ils sont eux-mêmes un monde à l’envers.
La religion est la théorie générale de ce monde, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa consolation et sa justification universelles.
Elle est la réalisation fantastique de l’être humain, parce que l’être humain ne possède pas de vraie réalité.
Lutter contre la religion c’est donc indirectement lutter contre ce monde-là, dont la religion est l’arôme spirituel.
La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle.
La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu.
Elle est l’opium du peuple.
L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel.
Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions.
La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole. »
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La religion comme psychologie neutralisante
de l’humanité sortie de la Nature