La psychologie dans son rapport à la législation : Dieu comme support idéologique

La neutralisation qu’effectue la religion se produit lors d’un moment de crise historique ; elle empêche l’implosion de l’esprit humain, alors qu’on passe d’une situation générale à une autre.

Se produit alors une contradiction : celle entre la mentalité neutralisée que prône la religion d’un côté, les modifications juridiques et politiques de l’autre.

La religion apparaît toujours à mi-chemin entre moral et politique, justement.

Cela provient du fait que ce n’est pas la religion qui provoque la crise historique, mais la crise historique qui produit la religion.

Martin Luther,
par Lucas Cranach l’Ancien, 1628

Autrement dit, la religion dérive du changement des mentalités et accompagne comme pansement le passage brutal d’une étape à une autre.

Pour bien le comprendre, on peut se tourner vers les fameux dix commandements.

Ils ont une dimension juridique, naturellement.

Cependant, leur caractère moral est évident et ce d’autant plus si on prend en compte le caractère barbare de l’époque précédente, que justement les commandements rejettent.

Il s’agit d’inverser la compréhension des commandements, pour bien les comprendre : ce n’est pas Dieu qui donne les commandements, ce sont les commandements qui donnent Dieu.

Dieu devient le support de ces commandements.

C’est la raison pour laquelle leur présentation contient également de nombreuses formulations relevant de l’accompagnement psychologique.

On a systématiquement le thème de la parole, de la terre remise mais à la condition d’obéir à la voix.

On lit ainsi dans la Bible :

4 Vous avez vu ce que j’ai fait à l’Égypte et la façon dont je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi.

5 Maintenant, si vous écoutez ma voix et si vous gardez mon alliance, vous m’appartiendrez personnellement parmi tous les peuples, car toute la terre m’appartient.

6 Vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte.’ Voilà les paroles que tu diras aux Israélites.

7 Moïse vint appeler les anciens du peuple et leur exposa toutes ces paroles, comme l’Éternel le lui avait ordonné.

8 Le peuple tout entier répondit : « Nous ferons tout ce que l’Éternel a dit. » Moïse rapporta les paroles du peuple à l’Éternel (…).

25 Moïse descendit vers le peuple et lui parla.

(20) Alors Dieu prononça toutes ces paroles :

2 « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir d’Égypte, de la maison d’esclavage (…).

12 Honore ton père et ta mère afin de vivre longtemps dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. »

Un passage du Livre de Jérémie est emblématique de cette liaison entre le droit et la psychologie, dans un souci d’unité et de neutralisation.

« Car voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, dit l’Éternel : Je mettrai ma Torah au-dedans d’eux, et je l’écrirai dans leur cœur ; je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. »

Si on considère que la crise historique produit la religion et non l’inverse, on voit très bien comment Dieu apparaît ici comme le dérivé d’une situation juridico-morale nouvelle.

C’est un support idéologique, mais certainement pas abstrait : cela joue sur le plan des mentalités, dans ce qu’il y a de plus en plus concret.

La religion vient légitimer la législation, tout en étant elle-même ce droit.

Dialectiquement, cette situation où tout se mélange est due à une profonde arriération de la conscience humaine, dont le cerveau distingue mal ce qui est personnel de ce qui relève des principes généraux.

L’idéologie dominante est un système embarqué assez instable de par le matériau humain ; les êtres humains n’ont guère de recul sur leurs mentalités.

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La religion comme psychologie neutralisante
de l’humanité sortie de la Nature