Heureux les simples d’esprit

Un des propos rapportés du Christ est le suivant :

« Heureux les simples d’esprit, car le royaume des cieux leur appartient. »

Que voulait dire Jésus ?

Il parle, en fait, des arriérés mentaux et il considère qu’ils ont de la chance, car ils ne connaissent pas l’affrontement entre la joie et la peine, l’euphorie et la dépression, le « bien » et le « mal » qui caractérise l’être humain comme animal sorti de la Nature et traumatisé par l’émergence de son esprit, et des échos qui s’y produisent.

Ils sont préservés du déchirement intérieur qui se produit dans l’esprit.

En ce sens, ils anticipent le monde futur où il n’y aura plus cette déchirure, et ce monde futur est un écho du monde ancien, d’Adam et Ève, qui date d’avant la déchirure, d’avant la « connaissance du bien et du mal ».

Statue du Bouddha,
1er ou du 2d siècle de notre ère, Gandhara

Jésus reflète ici sa profonde compréhension de la psychologie humaine et il exprime résolument une conception primitive du communisme.

Pour lui, il s’agit d’éteindre le feu qui déchire l’esprit, par cette opposition entre la joie et la peine, le bonheur et le malheur.

Car son approche révèle son propre fondement lorsqu’on voit qu’il ne dit pas que c’est le bonheur qui va triompher, mais une sorte de neutralisation absolue, où il n’y a plus lieu d’opposer le bonheur et le malheur.

Bien sûr, à la fin, Dieu gagne et le diable perd.

Mais la victoire de Dieu annule l’existence du diable et son opposition ; il y a donc « extinction » des contradictions (et non pas dépassement).

Une parabole du Christ, ici racontée par Luc, est tout à fait exemplaire de cette question de la neutralisation comme reconstitution de la personne.

Jésus est un médecin des esprits, tout le Nouveau Testament raconte d’ailleurs ses guérisons de gens « paralysés », possédés, aveugles.

Le Christ n’est, en fait, pas le sauveur, mais le grand annulateur.

11 Il dit encore : « Un homme avait deux fils.

12 Le plus jeune dit à son père : « Mon père, donne-moi la part de l’héritage qui doit me revenir. » Le père leur partagea alors ses biens.

13 Peu de jours après, le plus jeune fils ramassa tout et partit pour un pays éloigné, où il gaspilla sa fortune en vivant dans la débauche.

14 Alors qu’il avait tout dépensé, une importante famine survint dans ce pays et il commença à se trouver dans le besoin.

15 Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.

16 Il aurait bien voulu se nourrir des caroubes que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait.

17 Il se mit à réfléchir et se dit : « Combien d’ouvriers chez mon père ont du pain en abondance et moi, ici, je meurs de faim !

18 Je vais retourner vers mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi

19 je ne suis plus digne d’être appelé ton fils, traite-moi comme l’un de tes ouvriers.

20 Il se leva et alla vers son père. Alors qu’il était encore loin, son père le vit et fut rempli de compassion, il courut se jeter à son cou et l’embrassa.

21 Le fils lui dit : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. »

22 Mais le père dit à ses serviteurs : « Apportez [vite] le plus beau vêtement et mettez-le-lui ; passez-lui un anneau au doigt et mettez-lui des sandales aux pieds.

23 Amenez le veau qu’on a engraissé et tuez-le ! Mangeons et réjouissons-nous,

24 car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé. » Et ils commencèrent à faire la fête.

25 Or le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses.

26 Il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait.

27 Le serviteur lui dit : « Ton frère est de retour et ton père a tué le veau engraissé parce qu’il l’a retrouvé en bonne santé. »

28 Le fils aîné se mit en colère et il ne voulait pas entrer. Son père sortit le supplier d’entrer,

29 mais il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je suis à ton service sans jamais désobéir à tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je fasse la fête avec mes amis.

30 Mais quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé tes biens avec des prostituées, pour lui tu as tué le veau engraissé ! »

31 « Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi et tout ce que j’ai est à toi,

32 mais il fallait bien faire la fête et nous réjouir, parce que ton frère que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.

On ressuscite quand on se retrouve ; la dialectique du paradis et de l’enfer ne se situent pas après la mort, mais dans la vie elle-même, au sein de l’esprit humain tourmenté par sa sortie de la Nature.

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La religion comme psychologie neutralisante
de l’humanité sortie de la Nature