La voie moyenne du Bouddha

Dans son premier sermon, le Bouddha s’adresse à ses deux compagnons.

Il leur dit que leur refus de la réalité est l’équivalent de son acceptation complète.

Il oppose à cette démarche celle de la « voie moyenne ».

« Ô moines !

Il y a deux voies extrêmes qu’il convient d’éviter.

Quelles sont-elles ?

La première voie extrême à éviter est kāmasukhallikā nuyoga ; c’est la voie de la délectation des plaisirs sensoriels.

C’est la recherche du bonheur dans le plaisir des sens, l’effort pour obtenir les bénéfices matériels et sensuels.

Cette voie est vile.

Seuls les êtres qui vivent au sein de la société, les puthujana s’y adonnent.

Les ariyā ne s’y adonnent pas. Cette voie n’offre pas le moindre bénéfice.

La seconde voie extrême à éviter est attakilamathā nuyoga ; c’est la voie de toutes pratiques destinées à persécuter son corps, à le priver, à l’épuiser, à le mortifier.

C’est la recherche de la pauvreté, c’est la misère du corps et du mental, c’est le rejet de tout bien matériel.

Cette voie est tout aussi mauvaise ; elle conduit à la souffrance.

Les ariyā ne s’y adonnent pas.

Cette voie n’offre pas le moindre bénéfice.

Ô moines ! Évitez ces deux voies extrêmes.

Adoptez seulement la voie moyenne.

En évitant ces deux extrêmes, moi, Bouddha, ai développé la sagesse en pratiquant la voie moyenne (la voie modérée).

J’ai découvert les quatre nobles vérités grâce à la mise en pratique de la voie moyenne.

Seule, cette pratique est en mesure de faire surgir la sagesse. »

Quelles sont les quatre nobles vérités ?

Il y a, déjà, l’insatisfaction.

Le Bouddha dit qu’accorder un intérêt à la réalité provoque un attachement, qui devient souffrance.

 « La naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, être uni à ce que l’on n’aime pas est souffrance, être séparé de ce que l’on aime est souffrance, ne pas obtenir ce que l’on désire est aussi souffrance.

En résumé, les cinq agrégats d’attachement [à savoir la matière, la sensation, la perception, les formations mentales et la conscience] sont aussi souffrance. »

La deuxième vérité est la soif : la soif d’exister, de devenir.

La troisième est la négation de la soif : c’est l’extinction.

La quatrième vérité est le « chemin » qui mène à la suppression de la souffrance, par la vision juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, les moyens d’existence justes, l’effort juste, l’attention juste, la concentration juste.

Le caractère dialectique de cette lecture du Bouddha saute aux yeux.

La soif a comme opposé l’extinction, la souffrance a comme opposé le « chemin ».

Cela veut dire, d’une part, que la joie est un aspect secondaire de la vie, par rapport à la souffrance, et d’autre part, qu’il y a un combat permanent de l’esprit contre les attaques menées à son encontre.

Cela indique très clairement que, comme dans toutes les autres religions, le bouddhisme cherche à neutraliser l’esprit.

Il ne propose pas une victoire, il propose l’annulation, la neutralisation.

De ce fait, le Bouddha appelle à devenir un renonçant : il faut renoncer à tout, ne s’attacher à rien.

L’esprit doit être totalement indépendant de ce qui se passe autour de lui.

On ne dépasse pas les problèmes : on les évite, on se met en situation de les nier.

C’est ce qui amène le succès des religions, dans la mesure où elles justifient l’indifférence, tout en proposant inversement un niveau minimum de « compassion » et d’empathie.

Les religions condensent ici la possibilité historique du rapport entre le communisme et l’égoïsme, avec un univers divin auquel fait face un croyant isolé et pourtant malgré tout « connecté » au reste.

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La religion comme psychologie neutralisante
de l’humanité sortie de la Nature