La religion intervient à un moment de crise ; de là vient son discours messianique, apocalyptique, exténué et euphorique, plein d’élan et désespéré, son usage des paraboles et ses messages énigmatiques.
C’est là la source d’un discours visant à instaurer une nouvelle idéologie dans le système embarqué des êtres humains.
Et ce qui rend valide, valable la religion, c’est sa capacité à mettre de l’ordre dans le désordre.
Cependant, la religion n’étant pas une science et prenant, en raison de la faiblesse historique, la place du matérialisme dialectique dans la période de sortie de l’humanité de la Nature, elle est une construction artificielle et par là même elle apporte du désordre dans l’ordre.

Toutes les religions sont marquées par des replâtrages permanents, des adaptations et de prétendus retours aux sources, des scissions et des affrontements entre factions, des conflits d’interprétation et des luttes individuelles.
La religion vient combler un manque, en permanence ; elle correspond à une psychologie neutralisante de l’humanité sortie de la Nature.
De là vient qu’elle est toujours sur la brèche et que la religion, qui prétend être toujours la même, a toujours connu des modifications, quelle qu’elle soit.
Ni le judaïsme ni l’hindouisme, qui prétendent être millénaires, n’ont de continuité absolue des rites et de la vision du monde. Il y a eu des changements profonds, qui sont inhérents à la nature et à la fonction de la religion pour l’humanité.
Les religions ou les restes de religion se maintiendront donc de manière relative jusqu’au Communisme ; la figure de Dieu est l’opposé de la Nature et ce n’est que lorsque celle-ci sera reconnue et rejointe que le besoin et l’expression de religion s’effaceront, s’éteindront.
La religion rejoint ici l’État, qui aura la même mort ; plus précisément, la religion relève de l’État et l’État de la religion.
On a, au fond, la même réalité substantielle de construction historique secondaire, comme « superstructure » (bien qu’il n’y ait pas de « structure » pour autant), sur la réalité.
La religion est donc une source de conservatisme, car elle neutralise ; le procédé de neutralisation implique toutefois l’action des masses et, ici, dans une certaine mesure, cela peut se retourner en son contraire.

Néanmoins, la dimension populaire des religions, si elle a une immense valeur culturelle, est sans intérêt voire contre-révolutionnaire si l’on prend comme aspect celui de l’État, dans le cadre du progrès historique de l’humanité dans le cadre de la marche vers le Communisme.
La religion ne peut pas être une alliée du processus révolutionnaire ; seul le sentiment religieux des masses peut l’être.
Son contenu n’est cependant pas religieux au sens strict et se fonder sur la religion pour l’aborder est une capitulation du point de vue du Communisme.
La religion est une expression tourmentée, déformée, du besoin de communisme : en ce sens, elle exprime l’intuition du développement inégal de l’humanité dans son rapport à la Nature.
Mais dès qu’elle prend un caractère politique, la religion correspond à un anti-Communisme, un anti-matérialisme dialectique, au sens le plus strict : c’est une anti-thèse historique.
Pour l’évaluer adéquatement, il faut toujours se tourner ici vers la dialectique de l’ordre et du désordre, en fonction du contexte et des besoins historiques qui en découlent.
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La religion comme psychologie neutralisante
de l’humanité sortie de la Nature