Aristote, la falsafa et le bicaméralisme

Il est très intéressant de constater une chose si on suit Julian Jaynes : son hypothèse explique la possibilité historique de la falsafa, c’est-à-dire de la philosophie arabo-persane qui défendit le matérialisme d’Aristote, tout en reconnaissant le Coran.

Aristote est un matérialiste.

Il dit : l’être humain ne pense pas, il réfléchit.

Lorsqu’il réfléchit bien, c’est qu’il retrouve une vérité universelle.

L’univers est, en effet, toujours le même et son existence correspond à une série de vérités universelles, formant un intellect agent.

Les êtres humains n’ont qu’un intellect patient et la seule chose qu’ils peuvent faire, c’est réfléchir de telle manière à être conforme à la réalité.

Il y a une conjonction entre l’intellect patient et l’intellect agent.

Ainsi, les êtres humains meurent, les intellects patients disparaissent. L’intellect agent, lui, est éternel.

La réalité est éternelle, la science consiste en sa compréhension, bien « penser » c’est réfléchir adéquatement.

Or, qu’est-ce qui empêche, si on suit Julian Jaynes, de dire que l’intellect patient est l’hémisphère gauche, l’intellect agent l’hémisphère droit ?

Que, quand on raisonne bien, qu’on a une synthèse qui se précipite dans sa tête, c’est un raisonnement scientifique qui émerge comme propulsé dans son esprit, comme s’il était de l’extérieur ou en tout cas conforme au monde extérieur ?

En quelque sorte, l’hémisphère gauche représente la qualité, l’hémisphère droit la quantité, mais ce serait un raccourci que de dire cela.

Mais ce n’est pas tout.

Ce que dit Julian Jaynes n’est pas seulement inspirant pour saisir ce que dit Aristote, il y a donc les philosophes arabo-persans.

Ils sont matérialistes, à différents degrés, mais reconnaissent le Coran.

Avicenne représenté en 1271

Al Farabi, Avicenne et Averroès, pour citer les trois titans de la falsafa arabo-persane, reconnaissent à la fois le chemin de la science matérialiste pure et dure – en conjonction avec l’intellect agent, car l’être humain ne pense pas mais « reflète » la réalité – et l’inspiration divine qu’est le Coran !

Ici, il faut bien reconnaître qu’il raisonnait comme Julian Jaynes.

Ce dernier dirait que les trois admettent à la fois l’inspiration non-bicamérale et l’inspiration bicamérale.

Et il dirait que les trois ont compris que c’était une seule et même chose, avec comme seule différence que dans un cas on sait qu’on se parle à soi-même, que dans l’autre on ne sait pas.

Julian Jaynes est ici possiblement formidable si on le remet sur ses pieds et qu’on le remet sur une base matérialiste.

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La dialectique du cerveau: le bicaméralisme de Julian Jaynes