Document : l’exclusion de Spinoza par le clergé

Voici le texte excluant Spinoza de la communauté juive à l’initiative du clergé juif d’Amsterdam, prononcé le 27 juillet 1656.

Spinoza a alors 24 ans et n’a encore publié aucun ouvrage.

Le texte reprend une version vénitienne de 1618 et n’a servi qu’une seule autre fois, contre les Karaïtes c’est-à-dire le courant religieux juif ne reconnaissant pas la tradition de la loi orale.

Les Messieurs du Mahamad vous font savoir qu’ayant eu
connaissance depuis quelque temps des mauvaises opinions et de
la conduite de Baruch de Spinoza, ils s’efforcèrent par différents
moyens et promesses de le détourner de sa mauvaise voie.

Ne pouvant porter remède à cela, recevant par contre
chaque jour de plus amples informations sur les horribles hérésies
qu’il pratiquait et enseignait et sur les actes monstrueux qu’il
commettait et ayant de cela de nombreux témoins dignes de foi qui
déposèrent et témoignèrent sur tout en présence dudit Spinoza
qui a été reconnu coupable : tout cela ayant été examiné en
présence de Messieurs les Hahamim, les Messieurs du Mahamad
décidèrent avec l’accord des rabbins que ledit Spinoza serait exclu
et écarté de la Nation d’Israël à la suite du hérem que nous
prononçons maintenant :

A l’aide du jugement des saints et des anges, nous
excluons, chassons, maudissons et exécrons Baruch de Spinoza avec le
consentement de toute la sainte communauté en présence de nos
saints livres et des six cent treize commandements qui y sont
enfermés.

Nous formulons ce hérem comme Josué le formula à
l’encontre de Jéricho. Nous le maudissons comme Élie maudit les
enfants et avec toutes les malédictions que l’on trouve dans la Loi.
Qu’il soit maudit le jour, qu’il soit maudit la nuit ; qu’il soir
maudit pendant son sommeil et pendant qu’il veille.

Qu’il soit maudit à son entrée et qu’il soit maudit à
sa sortie.

Veuille l’Éternel ne jamais lui pardonner. Veuille
l’Éternel allumer contre cet homme toute Sa colère et déverser sur
lui tous les maux mentionnés dans le livre de la Loi : que son nom
soit effacé dans ce monde et à tout jamais et qu’il plaise à Dieu
de le séparer de toutes les tribus d’Israël en l’affligeant de
toutes les malédictions que contient la Loi.

Et vous qui restez attachés à l’Éternel, votre Dieu,
qu’Il vous conserve en vie.

Sachez que vous ne devez avoir avec Spinoza aucune
relation ni écrite ni verbale. Qu’il ne lui soit rendu aucun service
et que personne ne l’approche à moins de quatre coudées. Que
personne ne demeure sous le même toit que lui et que personne ne
lise aucun de ses écrits.

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