Gauche Prolétarienne: C’est Pompidou qui paie ! (1970)

[La Cause Du Peuple n° 17, 21 février 1970.]

1 h 30 de boulot contre un carnet de métro, c’est ce qu’on veut nous faire payer maintenant pour venir engraisser Dreyfus et ses larbins.

Le métro avant et après 9 h de boulot, il faut se le taper.

Pour trouver à l’usine l’odeur des machines pas vidangées, les accidents de travail, les cadences, on est obligé de passer un temps fou, debout, serrés, sans pouvoir respirer, bousculés à chaque station.

Pour en repartir, même tabac, sauf qu’on est épuisé par le boulot. Alors il y a toujours un ou deux copains qui tombent dans les pommes.

Cette fois-ci, essayer de nous faire payer plus cher le droit d’aller engraisser le patron, ça ne passe pas !

Dès le milieu de la semaine : un tract, « Esclaves à Renault, bétail dans le métro, assez ! », passe dans les chaînes, les ateliers. Les mots d’ordre couvrent la station de métro.

Déjà, on occupe les premières, quelques groupes passent sans payer.

Pas de pétition, pas de pleurnicherie, une seule voie : la résistance par l’action directe !

LUNDI : on sort ensemble des ateliers, on se regroupe porte Zola ; là, on retrouve les copains, et les étudiants qui viennent donner un coup de main et on part, drapeau rouge en tête.

Meetings, prises de parole : les ouvriers de l’équipe se regroupent ; aux guichets, on passe, avec un signe de « complicité » des poinçonneuses : « Vous avez raison ! ».

Sur les quais, on attend les autres, les ouvriers viennent prendre des paquets de tracts et les diffusent. Rendez-vous à demain.

LES FLICS HORS DU METRO, IL EST A NOUS!

Après le coup de lundi, les flics croyaient que la résistance à la hausse, c’était le fait d’un « petit groupe de gauchistes » : il suffisait de piquer les « meneurs » et tout rentrerait dans l’ordre.

Malheureusement pour eux, les ouvriers de Renault ne sont pas des moutons !

Les liquidateurs de « L’Humanité Rouge » avaient, dès lundi soir, appliqué cette théorie des « masses moutonnières » : on ameute clan-des-ti-ne-ment 300 étudiants, on les regroupe à a sortie du soir et on les fait cavaler en gueulant: « Vive le marxisme-léninisme ! ». Mais quand on se fout de leur gueule, les ouvriers s’en rendent compte : pas un ne suivra ce ramassis qui part avant la sortie… et a lâché même les quelques gars qui les ont aperçus.

Le lendemain, dans les ateliers, on juge sans appel ce genre de démonstration : « Ces étudiants, ils radinent et ils se barrent sans qu’on, puisse dire notre mot, ils prennent le métro en payant ; et si les poulets arrivent, on se retrouve tout seuls ! ».

MARDI et MERCREDI, pour l’équipe du matin, c’est à 400 qu’on sort de Renault, drapeau rouge en tête, aux cris de : « Résistance populaire à la hausse!».

Et ce n’est plus une rame, mais 3 à 4 qui partent sans payer !

MERCREDI SOIR, une manifestation part de la porte, avec une trentaine de liquides ; arrivés au métro, ils tombent sur 50 flics : la débandade des liquides provoque d’abord la panique parmi les ouvriers ; puis, avec les maoïstes de l’usine et du quartier, ils descendent dans le métro : ce n’est plus le même folklore ; aux guichets, les flics se retrouvent devant un rang serré de manches de pioches. Trois flics téméraires s’avancent : trois de moins !

C’est le signal de la débandade, le temps de faire demi-tour, 3 ou 4 autres en prennent plein la gueule, les autres se grimpent dessus dans les escaliers, pour sortir le plus vite possible et se réfugier dans le fourgon.

Dans le métro, c’est l’enthousiasme. On se lance les képis et les matraques, on entonne l’Internationale. Le chef de train attend que tout le monde soit monté dans les wagons : « OUVRIERS RENAULT-METRO TOUS UNIS! »

JEUDI, à 14 h, pour l’équipe du matin, les flics ont compris qu’ils ne vont pas avoir à « disperser un groupuscule » ; c’est les ouvriers qu’ils doivent essayer d’empêcher de passer sans payer. Aussi, changement de tactique, ils essayent l’intimidation : 3 cars de gardes mobiles passent, dans un concert de sirènes : elles sont couvertes par les cris : « Les flics à la chaîne ! ».

Ce jour-là, on est 500 à descendre !

Au guichet, on tombe sur 8 flics de la RATP, ceux que les travailleurs du métro appellent « La maffia » : des gros malabars aux tronches de bourreaux avinés. Rigolade générale : leur sort est déjà réglé. Ils tentent de cogner, ils sont laminés à coups de poings, de pieds, de manches.

Résultat : 8 gorilles à l’hosto !

Les ouvriers protestent : « on avait rien dans les mains !

Demain, on sort par ateliers et on trouvera de quoi s’armer dans la boîte !».

Vive l’action directe. Le métro est à nous !

L’action directe a payé I Les flics qu’ils nous envoient, on les écrasera chaque fois que nous les frapperons là où nous sommes forts, là où ils ne s’y attendent pas.

Harcelons-les !

CONSTITUONS L’AUTO – DEFENSE CONTRE LA HAUSSE, PAR GROUPES D’ATELIERS ET DE DEPARTEMENTS!

Les flics se sont cavales face à notre détermination : ils n’oseront plus se pointer s’ils nous savent organisés !

Ils ont voulu nous intimider en arrêtant 4 camarades. ILS SE FOUTENT LE DOIGT DANS L’OEIL! et on le leur enfoncera dedans jusqu’au coude !

FLICS, VOUS ALLEZ DE NOUVEAU PAYER !

Les flics en uniformes ont reçu leur raclée. Les poulets déguisés en ouvriers aussi.

Il ne manquait plus que la racaille P”C”F-CGT.

VENDREDI, la police syndicale va tenter de reprendre la rue.

« S’appuyant sur la hausse des transports, dont il est responsable, le Pouvoir aux abois, lance ce qui lui reste de ses troupes gauchistes, pour tenter d’organiser des provocations que les policiers attendent avec impatience.

Des tracts intitulés : Gauche prolétarienne, maoïstes, etc… débitant de la prose à caractère fasciste, sont distribués depuis quelques Jours.

Ces soi-disant révolutionnaires, en fait émules des chemises noires d’Hitler de 1933, saccagent tout sur leur passage, dégradent les voitures du métro, barbouillent les immeubles de leurs inscriptions obscènes, essayant ainsi de discréditer la classe ouvrière. »

C.G.T. – 5-2-1970

Tout l’arsenal y est : les pontes s’époumonent au micro pour essayer de regrouper les ouvriers de l’équipe du matin, pour les empêcher de se rendre au métro avec les maoïstes.

On ne leur jette même pas un regard.

Alors, ils envoient les gros bras qui suivent la manifestation en gueulant « le fascisme ne passera pas ! ». Ils suivent, mais de loin… Finalement devant le métro, ils restent seuls sur un trottoir à se faire insulter par tous les ouvriers, regroupés en face.

Ils se barrent vite fait.

Ce tract du P”C”F donne le ton :

« Hier, 8 travailleurs de la RATP ont été blessé à coups de manche de pioche à leur poste de travail, station de métro BILLANCOURT par une trentaine de bandits arborant des drapeaux rouges.

C’est la plus grave d’une série d’agressions à laquelle ils se livrent depuis lundi.

Pour y parvenir, ils se mêlent à la foule des travailleurs en équipe qui prend le métro à cette station et qui sont tous en colère d’avoir dû payer 16,66 % plus cher leur carte de métro.

CHASSER LES PROVOCATEURS FASCISTES, NE PAS PERMETTRE L’AGRESSION CONTRE LES TRAVAILLEURS C’EST RENDRE NOTRE LUTTE PLUS EFFICACE.

Sans la protection des troupes du commissaire de BOULOGNE, le calme, la sécurité régnerait d’autant plus que tout le monde sait où trouver ces bandits.

Car aucun doute ne peut subsister aujourd’hui : déguisés en « ouvriers » comme au 49 ou dans l’Ile, ou déguisés en « étudiants » comme aux portes de l’usine, il s’agit bien de bandits, auxiliaires de la police. »

ON NE SE LAISSERA PAS PLUS FAIRE POUR LA CANTINE QUE POUR LE METRO

Déjà, ils avaient tenté d’empêcher une diffusion de tracts à la cantine du 49. Ils se sont faits jeter par tous les travailleurs, immigrés en tête.

Il faut dire qu’ils tombaient mal : empêcher la distribution d’un tract contre la hausse des transports le jour où les nouveaux bourgeois du Comité d’Entreprise annoncent l’augmentation des prix de la cantine !

Mais il y en a marre de ces mecs qui brisent toutes les luttes des ouvriers, qui refusent de l’aide aux travailleurs immigrés qui vivent dans des conditions dégueulasses, alors qu’ils se font construire un Comité Central de 1 milliard d’anciens francs.

Y EN A MARRE D’ENGRAISSER LES PONTES DU COMITE D’ENTREPRISE !, de fournir la nourriture de la fête de l’Huma avec le fric de nos repas.

Et les serveuses, elles en ont marre de travailler dans des conditions dégueulasses sans pouvoir se défendre contre leurs nouveaux exploiteurs.

LES HAUSSES DES NOUVEAUX BOURGEOIS ÇA NE PASSERA PAS PLUS QUE LA HAUSSE DES BOURGEOIS, et les flics des nouveaux bourgeois on les traitera comme les flics des bourgeois !

Si c’est trop cher, on ira bouffer à la gamelle dans leur cantine.

ET LEURS PRIX ON VA LES REAJUSTER NOUS-MEMES. On connaît le prix véritable de la salade et du bifteack, on va pas payer plus cher que dans certains restaurants ! C’EST TOUS ENSEMBLE QU’ON DECIDERA DES PRIX!

ON NE SE LAISSERA PAS PLUS FAIRE POUR LA CANTINE QUE POUR LE METRO!

L’ACTION DIRECTE PAIE. LES FLICS ET LA POLICE SYNDICALE NE NOUS ARRETERONT PAS!

La Gauche Prolétarienne R.N.U.R.

La police syndicale va combiner 2 méthodes :

— briser la lutte directe contre la hausse en intervenant militairement contre les maoïstes ;

— récupérer la révolte en démobilisant par des grèves bidons.

A la cantine, dans l’Ile Seguin, viennent maintenant des mecs en costars, cravates, pontes du C.E., gros bras, racaille hystérique… dès que nous commençons la diffusion, ils nous tombent dessus.

Des ouvriers immigrés apportent leur gamelle à la cantine, ne commandant qu’un morceau de pain. Un grand nombre de jeunes ouvriers ne paient que la moitié ou le quart de ce qu’ils mangent : la résistance s’organise.

Leur seconde offensive, c’est les grevettes bidons. Les délégués organisent des réunions par ateliers sur le thème : « Ça peut plus durer ! La grève tournante c’est la mieux, on ne perd rien et on fait perdre beaucoup au patron ». Mon oeil, les bagnoles, on les stocke à Flins en ce moment ; une heure de grève, ça ne coûte pas un sou à Dreyfus !

Pour nous, c’est une heure en moins, plus les primes qui sautent.

Nulle part ce n’est l’enthousiasme, mais dans certains ateliers le débrayage se fait à 60, 70 %.

Les ouvriers se regroupent, se baladent sur les chaînes, certains débrayent et viennent grossir le cortège.

Dans d’autres, les ouvriers refusent net. En mécanique, les gars regardent goguenards les délégués passer en criant : « Augmentez nos salaires ! ».

Ils réclament 4 %. * 4 % », c’est accepter la hausse ! Ce n’est même pas la moitié de l’augmentation réelle des prix ». « D’un côté la cantine est augmentée, de l’autre on demande une augmentation pour la payer ! ». « L’augmentation en pourcentage, c’est faire la grève pour les chefs ! Pas d’augmentation hiérarchisée ! »

Dans l’île, les jeunes maoïstes interviennent tout de même. On se retrouve en tête de la manifestation, gueulant « Vie chère, vie d’esclave, assez ! » « Résistance populaire à la hausse !» « A bas les cadences infernales ! ».

Les ouvriers reprenant les mots d’ordre avec nous, les délégués doivent couper la manif en deux. On se retrouve une centaine d’ouvriers, maos en tête, brandissant la Cause du Peuple. Un bruit va courir plus tard : « Il y a eu deux manifs, celle de la C.G.T. et celle des maos ». C’est un peu de la rigolade, mais ça donne un titre de tract C.G.T. qui fera bien rire : « La lutte pour nos revendications ne sera pas dévoyée. »

Les provocations de la police syndicale, attaques individuelles, dénonciations, les tentatives de démobilisation, c’est le signe de notre victoire durant une semaine.

Aujourd’hui on continue à passer sans payer dans le métro ; la hausse, on la brisera ! Et si on tente de nous en empêcher en envoyant flics ou syndicats… tant pis pour eux! 

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