Julian Jaynes fait du langage le moteur de l’esprit.
L’être humain est, chez lui, un primate qui a dû utiliser toujours plus de mots, donc construire des phrases.
Cela aboutit à des sentences qui sont produites par l’hémisphère gauche, mais retranscrites par l’hémisphère droit.
Comme l’hémisphère gauche réceptionne, il y a l’impression d’une voix venant de « l’extérieur » de soi-même.
Ce n’est qu’au bout d’un long processus que cette séparation des hémisphères en deux chambres séparées est dépassée, mettant fin au « bicaméralisme ».
C’est une théorie de l’information, où l’information force au changement afin qu’on puisse la suivre, l’adopter, l’adapter dans la vie concrète.
L’humanité est ici le produit de la mise en place du langage.
Voici la vision des choses de Julian Jaynes concernant ce point.
« Une fois qu’une tribu possède un répertoire de modificateurs et de commandes, la nécessité de préserver l’intégrité de l’ancien système d’appel primitif peut être assouplie pour la première fois, afin d’indiquer les référents des modificateurs ou des commandes.
Si « wahee ! » signifiait autrefois un danger imminent, avec une plus grande différenciation de l’intensité, nous pourrions avoir « wak ee ! » pour un tigre qui approche, ou « wab ee ! » pour un ours qui approche.
Ce seraient les premières phrases avec un sujet nominal et un complément circonstanciel, et elles pourraient dater d’entre 25 000 et 15 000 av. J.-C.
Il ne s’agit pas de spéculations arbitraires.
La succession des compléments circonstanciels aux impératifs, puis, seulement lorsque ces derniers se stabilisent, aux noms, n’est pas arbitraire.
La datation n’est pas non plus entièrement arbitraire.
De même que l’apparition des compléments circonstanciels coïncide avec la fabrication d’outils bien plus performants, l’apparition des noms d’animaux coïncide avec le début de la représentation d’animaux sur les parois des grottes ou sur des objets en corne.
L’étape suivante est le développement des noms de choses, en réalité un prolongement de la précédente.
Et de même que les noms d’êtres vivants ont donné naissance aux représentations d’animaux, les noms de choses engendrent de nouvelles choses.
Cette période correspond, à mon avis, à l’invention de la poterie, des pendentifs, des ornements, des harpons barbelés et des pointes de lance, ces deux dernières inventions étant extrêmement importantes pour la dispersion de l’espèce humaine vers des climats plus difficiles.
Les fossiles nous apprennent que le cerveau, en particulier le lobe temporal, a connu un développement important.
Le lobe frontal, en avant du sillon central, se développait avec une rapidité qui continue d’étonner les évolutionnistes modernes.
Et à cette époque, qui correspond peut-être à la culture magdalénienne, les aires du langage du cerveau, telles que nous les connaissons, étaient déjà développées. »
Julian Jaynes dit ainsi que le langage a accompagné les activités humaines et qu’en devenant plus complexe, il a modifié les modalités de fonctionnement de la pensée.
Cependant, l’incohérence saute aux yeux : le langage ne fait qu’accompagner, comment pourrait-il alors de lui-même devenir autonome et prendre des décisions par lui-même ?
Car ce que dit Julian Jaynes, finalement, ce n’est pas vraiment qu’il y a des paroles qui viennent d’elles-mêmes : ce qu’il dit revient à dire que le langage s’impose de lui-même dans l’esprit humain.
Julian Jaynes est, en ce sens, un structuraliste : là où certains pensent que la technique, la mer Méditerranée ou que ce soit d’autre, forme une « structure » décisive conditionnant un processus, lui fait du langage une « structure » suprême dans l’Histoire humaine.
C’est, du point de vue historique, un fétichisme d’un aspect de l’évolution humaine.
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La dialectique du cerveau: le bicaméralisme de Julian Jaynes