Víctor Zavala Cataño (6 mars 1932 – 24 juin 2021) est une grande figure du théâtre péruvien, et même mondial de par sa dimension historique. Il a, en effet, mis en place un « théâtre paysan », qui se focalise sur l’incarnation de situations typiques propres au peuple péruvien de la sierra, c’est-à-dire des hauts plateaux des Andes.
Un tel théâtre n’est pas « engagé » au sens militant, il se veut une retranscription du réel, à travers un exemple caractéristique. L’arrière-plan n’est pas là pour diriger directement et abstraitement, mais pour indiquer, telle une pensée, le chemin à suivre.
C’est là une différence essentielle, qui puise sa source dans le parcours de Víctor Zavala Cataño.

Initialement, il fit des études pour être acteur, avec un parcours d’études au sein de la Escuela Nacional de Arte Escénico de 1956 à 1960, à Lima.
Il devint ensuite enseignant à la Universidad Nacional de Educación Enrique Guzmán y Valle, pour finalement exercer le même rôle, à partir de 1964, à la Universidad Nacional San Cristóbal de Huamanga.
Dans cette université, il géra le théâtre universitaire, dont les acteurs étaient des étudiants, et il fit le choix de se lier aux masses paysannes.
Cela amena la publication d’un ouvrage en 1969, Teatro campesino (Théâtre paysan), avec un groupe de théâtre s’alignant sur la démarche mise en place, fondé le 10 février 1970.
La première pièce jouée le fut en mars de la même année, dans le jardin de la Universidad Nacional de Educación à Lima.
Une seconde pièce fut jouée juste après dans une salle de classe, amenant le public à devoir se déplacer, et soulignant le principe de conquête de territoires où le théâtre ne va pas normalement.

Car tel est le sens de ce théâtre, qui s’appuie sur des pièces d’autour d’une demi-heure, avec quelques personnages seulement, un décor facile à mettre en place.
Le modèle est aisément reproductible et les pièces ont été véhiculées par les syndicats, par les associations de quartier, des regroupements culturels, des communautés paysannes, etc.
Pour cette raison, les représentations eurent lieu dans les endroits les plus divers : dans les rues, sur des places, souvent sur des parvis d’églises, dans un puits de mine, dans un hangar de tonte d’alpagas, dans un ancien enclos d’où on avait retiré les cochons, sur une zone sablonneuse au bord d’un fleuve, dans des salons d’anciennes demeures de maîtres, dans des grandes pièces d’habitation, sur des terrains de football, dans des cours d’école, etc.
On est dans un théâtre du peuple, par le peuple et pour le peuple. Une différence avec le théâtre traditionnel tient d’ailleurs à la présence de chants, une grande tradition populaire au Pérou.
On en trouve au moins une fois par pièce, sous la forme d’une sorte de poésie mélodique établissant une petite complainte.

On a également une grande attention portée à l’expression populaire, avec de nombreuses scènes de pantomimes – c’est-à-dire sans paroles, et parfois l’emploi de masques.
Le succès de la démarche fut très important lors du Festival du théâtre de 1981 dans la ville minière Cerro de Pasco (à 4 330 mètres d’altitude, au sommet de la cordillère des Andes), 18 des 30 troupes étaient alignées sur le « théâtre paysan ».
C’est que le sens de ce théâtre, c’est d’être un écho de la réalité de la sierra andine.
On retrouve ici, de manière systématique, la réalité historique péruvienne, celle décrite par José Carlos Mariátegui (1894-1930), et Víctor Zavala Cataño adhère en fait à la Pensée Mariátegui mise en place comme ligne directrice par le Parti Communiste du Pérou alors en reconstruction.
Il avait rencontré Abimael Guzmán dit Gonzalo dès 1965 et devint un cadre communiste, adhérant au marxisme-léninisme-maoïsme.

Après avoir fondé Teatro Popular Cuzco, puis le groupe de théâtre Escena Contemporánea, il rejoignit le camp de la guerre populaire commencée en 1980 ; il fit partie du Comité Central du Parti Communiste du Pérou (« Camarada Rolando ») et fut notamment sous-secrétaire du Secours Populaire du Pérou, un organisme généré par le Parti.
Il fit une année de prison en 1987-1988, puis fut longuement emprisonné à partir de 1991, jusqu’en juin 2016.
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et le théâtre paysan péruvien