La Kabbale et les “émanations”

La théorie kabbaliste est une continuation du néo-platonisme, son prolongement le plus ultime.

Non seulement on a la théorie de l’émanation : l’énergie vient d’en haut, il faut que sa propre âme rejoigne la source divine… Mais on a, en plus, la conception selon laquelle on peut envoyer de l’énergie du bas vers le haut, par la prière.

Nous avons vu comment la Bible mentionne des sacrifices satisfaisant Dieu ; la Kabbale a la même conception pour la prière.

Un texte kabbaliste résume cela ainsi :

« Le souffle qui sort de la bouche de l’homme [lors de la prière] est comme un sacrifice, une odeur apaisante, et il est le diadème du Saint béni soit-il, qu’il soit béni et exalté, et [ce souffle] chemine et nourrit les puissances du cosmos.

La partie limpide du souffle est une nourriture pour les anges assurant le service divin. La partie la plus limpide, le tiers, est destiné au culte de son Nom, béni soit-il, comme une allusion l’indique : « Le tiers d’Israël sera (…) une bénédiction » (Es. 19:24). La prière d’Israël est la chose principale de l’univers et elle est la nourriture de tous les mondes. »
(R. Joseph de Hamadan, Sefer Ta’amé ha-Mitsvot)

Pour autant, la prière doit être adéquate, il faut bien prononcer les mots ; de plus, ici chaque lettre en hébreu est en même temps un chiffre et il y a un important jeu sur les chiffres, les équivalences, etc. (c’est la gematria, où soi-disant des informations scientifiques cachées, des prophéties, etc. se cacheraient dans la Bible, ou encore d’ailleurs le Coran pour les musulmans, etc.).

A cela s’ajoute une grande « sagesse » de la personne priant. Le Bahir, ouvrage kabbaliste d’importance, explique ainsi, en se fondant sur ce principe des « parallèles » et de l’analogie (approches anti-matérialistes et anti-dialectique) :

« A chaque fois qu’un homme étudie la Torah de façon désintéressée, la Torah d’en haut se réunit au Saint béni soit-il (…). 

Cette Torah [d’en haut] dont tu parles, quelle est-elle ? C’est une fiancée qui est ornée, couronnée et parée de tous les commandements, elle est le trésor de la Torah et elle est la fiancée du Saint béni soit-il, ainsi qu’il est écrit : « La Torah que nous a prescrite Moïse est un héritage pour l’assemblée de Jacob » (Deut. 33:4). Ne lis pas morachah (héritage), mais me’ourassah (fiancée).

Et de quelle manière ? Quand les Israélites s’adonnent à la Torah de façon désintéressée, elle est la fiancée du Saint béni soit-il et quand elle est la fiancée du Saint béni soit-il, elle est un héritage pour Israël. »

Il y a ici des allusions typiques : prier de manière correcte permet à la « fiancée », c’est-à-dire la communauté juive, de s’unir à Dieu.

La kabbale utilise ici dix étapes entre Dieu et la communauté juive, dix sephirot (« émanations ») :  ‎

1. Kether – Couronne 

2. Ḥokhma – Sagesse 

3. Bina – Compréhension 

4. Ḥessed – Miséricorde 

5. Guebhoura – Force 

6. Tiph’ereth – Beauté 

7. Neṣaḥ – Victoire 

8. Hod – Gloire 

9. Yessod – Fondation 

10. Malkhouth – Royaume 

Kether est en fait Dieu, l’infini (en sof) et tout en bas il y a le monde. La réunion des deux, par les prières adéquates, permet de redonner sa puissance à la Chekhina, la « résidence » de Dieu dans la communauté juive.

Représentation de l’Adam Qadmon, l’Adam primordial . Il s’agit en fait l’univers formé des dix émanations. Tiré de l’ouvrage américain de 1888 Qabbalah,
par Isaac Myer.

Le grand classique de la kabbale, le Zohar, du 13e siècle, dit ainsi :

« Au début, par les chants et les louanges que les anges du Très-Haut disent en haut, et par l’arrangement des louanges que les Israélites disent en bas, Elle [la Chekhina] se pare et s’embellit de ses bijoux comme une femme qui se pare pour son époux. » 

On doit noter l’importance de l’allégorie du « couple. » C’est de la théorie du « miroir » que vient toute une série de remarques comme quoi tout est complémentaire : l’homme et la femme, l’animal et son abattage, etc., dans une logique de la dépendance d’une chose à une autre qui pour le coup est totalement emprunté à Aristote (qui en arrivait, dans la même logique d’une chose n’existant que de par sa fonction, à expliquer que l’esclave était là pour le maître, et inversement).

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