Il faut expliquer brièvement la séparation entre les parties sud et nord des Pays-Bas, donnant naissance à Rubens et Rembrandt. Elle est issue de la « guerre de quatre-vingts ans », qui dura de 1568 à 1648.
Pour commencer, il faut se tourner vers la Bourgogne, une région historique du centre-est de la France.
De 1384 à 1477, les seigneurs bourguignons firent l’acquisition de très nombreux territoires, par des mariages, des achats, des captations d’héritage.
Les figures majeures de la Bourgogne sont Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire ; cette puissance mis en place fut telle que cela formait un vrai contrepoids à la puissance du roi de France, avec comme principaux centres Dijon, Bruxelles, La Haye et Lille.
Initialement, les Pays-Bas étaient relativement unifiés de par la conquête par l’État bourguignon ; le terme de « Pays-Bas » désignait les territoires « par-delà » la Bourgogne et la Franche-Comté.

Ces territoires riches connaissaient une grande croissance économique ; entre la fin du 14e et celle du 15e siècle, Tournai comptait six fois plus de tapissiers, Bruxelles avait augmenté de 70 % le nombre d’artisans du métal (orfèvres, fondeurs de cuivres, armuriers, etc.).
En termes de masse, c’était très important, puisqu’on parle d’autour de deux millions d’habitants, déjà fortement urbanisés : 34 % de la population vivaient dans des villes, avec des pourcentages atteignant 36 % en Flandres et 45 % en Hollande.
Des villes comme Gand, Bruges, Anvers, Liège, avaient d’ailleurs une population de plus de 25 000 personnes, les mettant sur le même pied que Paris ou Londres.
Bruges aurait pu jouer le rôle central, cependant, la baie du Zwin s’ensabla progressivement, ce qui laissa le champ libre à Anvers. Cette dernière avait 5 000 habitants en 1274 ; elle en aura 20 000 autour de 1440, et 100 000 vers 1500.
La ville d’Anvers ne participa pas à l’interdiction de l’importation des draps d’Angleterre aux Pays-Bas.
Son port devint la plaque tournante des échanges avec l’Angleterre et les territoires allemands du Nord, ces derniers étant eux-mêmes des intermédiaires avec l’Italie, les Alpes, les Sudètes, les Carpathes.
Par la suite, le Portugal commença à coloniser et se procura du métal auprès de marchands d’Allemagne du Nord pour l’utiliser comme « pacotille » en Afrique. Anvers joua le rôle d’intermédiaire, devenant le lieu où le Portugal écoulait son pillage colonial, qui se développa par la suite également au Brésil et aux Indes.
De 1495 à 1521 furent envoyés à Anvers plus d’un million de livres de poivre, 17 250 kilos de sucre, 40 000 livres de cannelle, avec en retour 5200 tonnes de minerai de cuivre, 1250 tonnes de bassins et bracelets et autres produits en cuivre, 3250 kilos d’argent, etc.

Les grands marchands allemands eux-mêmes passaient par Anvers, comme les riches familles devenant des puissances financières (Fugger, Höchstetter, Welser, Tucher, Imhof).
En 1546, les Fugger avaient 500 000 florins de cuivre, contre 200 000 19 ans auparavant.
Les marchands vénitiens et génois eux-mêmes durent passer en partie par Anvers.
Dans ce cadre, le commerce de la Hanse, en Europe du Nord, déclina, alors que les marchands hollandais se montraient toujours plus comme des intermédiaires incontournables.
L’empire des Habsbourg lui-même finit par emprunter aux banquiers d’Anvers, alors que le Portugal ne tenait financièrement que par la vente d’épices à Anvers (en 1543 la dette du Portugal à Anvers était de 2 millions de cruzados, et de 3 millions en 1552).
Car les Habsbourg avaient réussi à s’approprier les Pays-Bas, par un jeu d’alliances et de mariage, l’État bourguignon se désagrégeant face aux grands blocs que formaient l’Espagne et l’Autriche, la France et le Saint-Empire romain germanique.
Charles Quint leur accorda, par la « pragmatique Sanction » de 1549, une certaine unité politique et administrative.
Ce fut ensuite la branche espagnole des Habsbourg qui reçut ces territoires, ceux-ci se révoltant finalement sous le drapeau du protestantisme et, en fait, celui du capitalisme.
L’intervention espagnole fut commandée par Ferdinand Alvare de Tolède, duc d’Albe dont la position avait triomphé en 1566.
L’entrée à Bruxelles de celui-ci, en août 1567, déboucha sur la formation d’un Conseil des troubles, vite surnommé Conseil du sang de par l’ampleur de la répression.
Finalement, au bout de 80 ans de guerre, sept provinces, au Nord, obtiennent leur indépendance et forment les Provinces-Unies.

Les dix autres provinces, au sud, restent, elles, sous domination espagnole, avec une petite partie conquise par Louis XIV au 18e siècle et une autre qui forma le Luxembourg.
La Révolution française bouleversa le panorama et les Provinces-Unies tenteront de prendre le contrôle de la partie sud, qui obtint finalement très rapidement son indépendance, en 1830, en tant que Belgique.
Dans le cadre de ce processus, Rubens sera considéré comme le peintre national belge.
La monarchie le célébrera notamment en 1843 en érigeant une statue de lui à Anvers, à côté de la cathédrale, sur une place anciennement un cimetière, la statue étant placée là où se trouvait auparavant une grande croix.
Rembrandt, lui sera, célébré comme le peintre national néerlandais.
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l’intimisme de Rembrandt et l’exubérance de Rubens