Le Parti Socialiste SFIO et la position quant à la guerre avant 1914

La guerre est un des thèmes récurrents de la réflexion des socialistes. Les seuls débats qui existent tournent autour de la question de savoir comment la contrecarrer. La guerre envisagée est celle entre la France et l’Allemagne, mais de par la constatation de la force de la social-démocratie allemande et la croyance en la nature républicaine de la France, elle apparaît comme virtuel. Elle se présente plus pour le Parti Socialiste SFIO comme une espèce de vaste conflagration qui provoquerait un vaste soulèvement.

Lors du troisième congrès, en 1906 à Limoges, trois motions furent proposées au vote :

– celle de l’Yonne obtenant 31 mandats,

– celle du Nord obtenant 98 mandats,

– celle de la Seine, 153 mandats.

La première proposait de répondre à une déclaration de guerre « par la grève militaire et l’insurrection ». De manière intéressante, elle fut rédigée par Gustave Hervé, la grande figure d’alors de l’anti-militarisme et du refus du principe de nation. Il deviendra par la suite un ultra-nationaliste en 1914, puis un partisan acharné du fascisme.

La seconde affirmait que pour combattre une éventuelle guerre, il suffisait de lutter le plus à fond pour le socialisme.

La troisième, que voici en entier, est très clairement ambiguë avec l’établissement d’une notion de « défense » de la nation attaquée.

« Le Congrès confirme à nouveau les résolutions des Congrès internationaux antérieurs :

1° Pour l’action contre le militarisme et l’impérialisme qui ne sont autre chose que l’armement organisé de l’Etat pour le maintien de la classe ouvrière sous le joug économique et politique de la classe capitaliste ;

2° Pour rappeler à la classe ouvrière de tous les pays qu’un gouvernement ne peut menacer l’indépendance d’une nation étrangère, sans attentat contre cette nation, sa classe ouvrière, et aussi contre la classe ouvrière internationale ; que la nation et sa classe ouvrière menacées ont le devoir impérieux de sauvegarder leur indépendance et autonomie contre cet attentat, et le droit de compter sur le concours de la classe ouvrière de tous les autres pays ; que la politique antimilitariste et uniquement défensive du Parti socialiste lui commence de poursuivre, à cet effet, le désarmement militaire de la bourgeoisie et l’armement de la classe ouvrière par l’armement général du peuple. »

Cette motion allait de paire avec la demande à l’Internationale, pour son prochain congrès, d’une « action préparée et combinée » pour mobiliser « pour la prévention et l’empêchement de la guerre par tous les moyens, depuis l’intervention parlementaire, l’agitation publique, les manifestations populaires, jusqu’à la grève générale ouvrière et l’insurrection ».

Cette motion de Limoges connut par la suite un nouveau vote, après de très âpres débats. La première partie reçoit 251 voix pour, avec 23 contre et 30 abstentions, tandis que la seconde partie, consistant en la demande à l’Internationale, fut adoptée avec 169 voix pour, 126 contre et 9 abstentions.

Cependant, tout cela fut très formel. Les propos de Jules Guesde reflète la non-mise en perspective du Parti Socialiste SFIO de ce qu’est la guerre, qui est vu non pas comme une expression du capitalisme, mais comme un simple militarisme jusqu’au boutiste.

Jules Guesde peut donc tenir un discours en apparence ultra-radical :

« Je dis que ce n’est pas à propos de la guerre qu’il faut parler d’insurrection, bien plus possible en temps de paix ! Ce sont les bourgeois, bien gavés, qui prêtent aux prolétaires leur horreur de la guerre.

Mais la paix, pour les prolétaires, est plus cruelle que la guerre. Ah ! les millions de cadavres, de blessés, de veuves, d’orphelins, c’est dans la paix qu’ils s’entassent, et l’industrie moderne est un immense champ de massacre.

Si, contre tout cet amas de souffrances dont est faite la paix, malgré toute notre propagande, le prolétariat n’est pas capable de s’insurger pour s’affranchir, il en sera encore moins capable contre la guerre, au moment de la guerre. »

Ou bien encore :

« Mais, ajoute Jaurès, il faut que cette action contre la guerre, pour la paix, soit déterminée comme devant aller jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’insurrection, et c’est pourquoi il y a lieu de voter la deuxième partie dans la motion de Limoges.

Et moi, je demande comment et pourquoi cette action ouvrière socialiste, que vous voulez affirmer devoir être poussée jusqu’à l’insurrection contre la guerre, contre une guerre problématique, lointaine et qui ne viendra peut-être jamais, vous ne la poussez pas, dans vos formules et vos déclarations, jusqu’à l’insurrection, lorsqu’il s’agit de l’exploitation capitaliste à faire disparaître, en arrachant le pouvoir politique à la bourgeoisie pour socialiser la propriété.

Il y a là quelque chose de vraiment étrange et sur quoi je dois insister : vous ne demandez au prolétariat d’être héroïque, de se préparer à une Révolution violente que pour le cas où la paix serait en péril, qu’en vue de sa peau à défendre, et vous ne lui demandez pas d’être héroïque, de se préparer à la même Révolution violente, pour sa complète et définitive libération, dès qu’il le pourra ! (Applaudissements)

[Vaillant intervient : Nous l’avons toujours demandé.]

Vous ne l’avez mis dans aucune résolution de Congrès socialiste. »

Cependant, malgré la nature vaine de ces propos insurrectionnalistes ne reflétant que le blanquisme, le culte de la minorité agissante, le Parti Socialiste SFIO n’hésita pas à systématiser ses campagnes anti-guerre, dans le cadre de l’Internationale. Il y a ici une incohérence profonde, tenant à la nature même du Parti Socialiste SFIO comme projet.

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