Le révisionnisme (1979)

[Publié dans un supplément à Front Rouge, février 1979.]

La première manifestation historique du révisionnisme

“A partir du moment où, il y a près d’un siècle, le marxisme s’est affirmé, dans le mouvement ouvrier comme la seule théorie capable de guider la classe ouvrière dans son émancipation, la principale manifestation de l’influence de la bourgeoisie sur le prolétariat a pris la forme du révisionnisme”  (Programme FR n°4 p 99)

Lénine, avant la 1ère guerre mondiale, indique que parmi les doctrines rattachées à la lutte de la classe ouvrière, et répandues principalement dans le prolétariat, le marxisme est loin d’avoir d’emblée affermi sa position. 

Il distingue plusieurs phases au cours desquelles le marxisme eut à combattre des théories qui lui étaient foncièrement hostiles.

-1840.1845 : Marx et Engels règlent leur compte aux jeunes hégéliens radicaux, qui s’en tiennent à l’idéalisme en matière de philosophie

-1845.1860 : la lutte est menée dans le domaine des doctrines économiques, contre le proudhonisme

 -1860.1870 : après avoir achevé la critique des partis et des doctrines qui s’étaient manifestés dans les bouleversements de 1848, la lutte se situe plus directement au sein du mouvement ouvrier proprement dit: le bakouninisme (libertaire) est chassé de l’Internationale (crée en 1864).

C’est vers 1890 que le marxisme l’emporte indéniablement sur toutes les autres idéologies du mouvement ouvrier. Cela se manifeste par le fait que les principaux partis ouvriers qui se sont constitués et développés -non seulement en Allemagne, mais aussi dans les pays latins- définissent leur programme et leur tactique sur la base marxiste.

Mais c’est aussi à partir des années 1890,une fois que le marxisme eut supplanté les théories adverses, qu’apparut une nouvelle forme de lutte contre le marxisme: c’est à l’intérieur même du marxisme que se constitue un courant hostile au marxisme.

Le représentant le plus en vue issu de la social-démocratie allemande, en fut d’abord Bernstein :
il entendait rectifier, réviser Marx sur une série de points. D’où le nom de révisionnisme donné à ce courant.

Le propre du révisionnisme, c’est donc de se battre non plus frontalement contre le marxisme comme les doctrines qui avaient été précédemment supplantées dans le mouvement ouvrier, mais de se battre contre le marxisme, sur le terrain général du marxisme, en se réclamant de lui et en prétendant l’adapter, le corriger etc…

En tant que courant s’attaquant au marxisme sous couvert de le corriger, de l’adapter, le révisionnisme dès sa première apparition, s’en prend à tous les aspects de la théorie marxiste :

-en matière de philosophie: remise en cause du matérialisme philosophique ; avilissement de la dialectique et glissement vers l’évolutionnisme.

-en matière d’économie politique: mise en doute du processus de concentration de la production propre au capitalisme; mise en doute du caractère inévitable des crises économiques et de la théorie de la valeur.

-en matière politique: la liberté politique, la démocratie, le suffrage universel bouleverseraient les conditions mêmes de la lutte des classes. On ne saurait, puisque c’est la “volonté de la majorité” qui prévaut, ni envisager l’Etat comme un organisme de domination de classe, ni refuser les alliances avec la bourgeoisie progressiste, social-réformatrice, contre les réactionnaires.

Ce courant, bourgeois dans son essence, va l’emporter dans la plus grande partie des partis sociaux-démocrates, (le parti bolchévik de Lénine constituant la principale exception) et, au moment du déclenchement de la 1ère guerre mondiale, la plupart des chefs sociaux-démocrates se rallient à leur propre bourgeoisie, la soutiennent, y compris en participant au gouvernement, dans la guerre impérialiste pour le repartage du monde.

De même, après la Révolution d’Octobre 1917 en Russie, beaucoup de ces chefs prendront en définitive partie contre la République des Soviets, contre la dictature du prolétariat.

Ainsi, au moment où le courant révisionniste parait le plus fort et prédominant dans les partis ouvriers, il a atteint de fait un tel degré de pourrissement que la guerre va brutalement, largement révéler sa nature bourgeoise : opposition à la révolution violente, opposition à l’instauration de la dictature du prolétariat, soumission aux intérêts de sa propre bourgeoisie impérialiste.

Il ne pourra empêcher que, au sortir de la guerre, la volonté de lutte, les mouvements révolutionnaires des masses, la solidarité de classe avec le pouvoir des Soviets prennent corps dans la constitution de partis communistes.

Lénine analysait le révisionnisme comme le produit de toute une époque de développement “pacifique” du capitalisme.

Durant cette époque, la classe ouvrière s’est assimilé et approprié des moyens de lutte importants comme l’utilisation du parlementarisme et de toutes les possibilités légales, la création d’organisations économiques et politiques de masse, d’une presse ouvrière largement diffusée etc…

Mais en même temps que la bourgeoisie devait faire ces concessions au mouvement ouvrier, elle s’efforçait de les retourner contre lui, de s’en servir pour y engendrer la tendance à nier la lutte des classes, à prôner la paix sociale, à nier le principe des organisations illégales, à admettre le patriotisme bourgeois. La politique de réforme, menée en alternance avec la politique d’intransigeance et de violence, tend à diviser le mouvement ouvrier, à renforcer le révisionnisme.

Or cette période est aussi celle où le capitalisme parvient dans les pays européens à son stade monopoliste, se transforme en impérialisme. Les bourgeoisies, en prélevant une petite part des surprofits qu’elles réalisent par l’exploitation coloniale, disposent de puissants moyens de corruption pour constituer un appui social du révisionnisme.

“Il a été calculé avant la guerre que les trois pays les plus riches -l’Angleterre, la France et l’Allemagne- obtenaient, en dehors de leurs autres revenus, par la seule exportation de leurs capitaux, de huit à dix milliards de francs par an.

Il va sans dire que de cette somme coquette il est possible de prélever au moins un demi-milliard à lancer comme un os à ronger aux leaders ouvriers, à l’aristocratie ouvrière, en vue de les corrompre de différentes manières. Le tout revient précisément à de la corruption. Ceci se fait de mille manières différentes: en élevant la culture dans les grands centres, en créant des institutions d’enseignements, en créant des milliers d’emplois agréables pour les dirigeants des sociétés coopératives, pour les chefs des trade-unions et les chefs parlementaires. Ceci se pratique là où existent des rapports modernes, civilisés, capitalistes. Et ces milliards de superprofits sont la base économique sur laquelle s’appuie l’opportunisme au sein du mouvement ouvrier”
(Lénine: Rapport sur la Situation internationale et les tâches fondamentales de l’ Internationale Communiste -juillet 1920)

Ainsi, le révisionnisme tel que le caractérise Lénine à ce moment là est le reflet de l’influence bourgeoise sur le mouvement ouvrier.

1) Parce que le mouvement ouvrier a connu une croissance rapide durant ces années, que le marxisme y est devenu l’idéologie prépondérante, la bourgeoisie d’Europe et d’Amérique, plutôt que d’attaquer de front toutes les thèses fondamentales du socialisme, de prôner le libéralisme contre le socialisme, préfère prêcher le réformisme contre la révolution socialiste.

2) Parce que le capitalisme s’est transformé en impérialisme, la bourgeoisie d’Europe et d’Amérique dispose de moyens de corruption pour constituer une aristocratie ouvrière servant d’appui social à sa politique de collaboration de classe au sein de la classe ouvrière,

3) “Le caractère relativement “pacifique” du capitalisme de la période 1871.1914 a nourri l’opportunisme, état d’esprit d’abord, tendance ensuite, et enfin groupé en couche formée par la bureaucratie ouvrière et les compagnons de route petits-bourgeois ” .
(Lénine. l’opportunisme et la faillite de la Ilè Internationale).

D’une part, en tant que reflet de l’influence de la bourgeoisie sur le prolétariat, le révisionnisme est inévitable. Il a des racines de classe dans les transformations mêmes de la société opérées par l’impérialisme.

Mais d’autre part, il est aussi le signe d’une certaine fragilité de la domination de la bourgeoisie sur le prolétariat: les éléments révisionnistes “ne pouvaient se soumettre le mouvement ouvrier qu’en reconnaissant en paroles les objectifs révolutionnaires et la tactique révolutionnaire. Ils ne pouvaient gagner la confiance des masses qu’en jurant que tout le travail “pacifique” n’était qu’une préparation à la révolution prolétarienne. Cette contra- diction était l’abcès qui devait un jour percé et qui a percé”.
Lénine -L’opportunisme et la faillite de la Ilè Internationale (1916) 

LECTURES PROPOSÉES

-Lénine “Marxisme et Révisionnisme” ( 1908) se trouve dans les éditions choisies en trois tomes (Moscou).

-Lénine “Les divergences dans le mouvement ouvrier européen” (déc. 1910).

-Lénine “La faillite de la 11° Internationale” 1915 notamment chapitres VII à IX. 

L’apparition du révisionnisme moderne  après la deuxième guerre mondiale

Le courant révisionniste, prédominant dans les partis ouvriers sociaux démocrates avant la guerre, s’est dans une large mesure déconsidéré: il a soutenu sa propre bourgeoisie dans sa guerre de rapine, il a trahi tous ses engagements de luttes contre la guerre, il se refuse en général à soutenir la révolution soviétique, quand il ne la dénigre pas, il participe directement au gouvernement et à la répression sanglante des mouvements révolutionnaires (en Allemagne, après la fin de la guerre). De la sorte il se coupe nettement de la volonté de lutte, des aspirations à la Révolution et du mouvement de solidarité avec les Soviets qui se manifestent, au sortir de la guerre, dans de larges franges de la classe ouvrière.

Il divise le mouvement ouvrier en se regroupant pour l’essentiel dans une IIè Internationale maintenue les partis qui font ainsi scission (en France la SFIO de Blum) et à qui sera désormais réservé le nom de social-démocratie, vont abandonner plus ou moins rapidement leurs références marxistes et pratiquer plus ouvertement, en général, une politique réformiste et de collaboration de classe.
Les partis communistes qui se forment alors dans les différents pays marquent une victoire sur le révisionnisme.

Ils adoptent, au moins en principe, clairement l’objectif de la révolution prolétarienne, de la dictature du prolétariat; ils combattent dans une large mesure le chauvinisme, le colonialisme et développent la solidarité avec les peuples et nations opprimés; ils s’efforcent d’appliquer le centralisme démocratique pour assurer la cohésion et renforcer la capacité offensive du Parti; ils donnent le plus souvent une orientation combative aux organisations de masse où ils s’investissent ou bien qu’ils créent; ils organisent une solidarité de classe active avec le premier Etat socialiste, contre les attaques de l’impérialisme et de la réaction.

Ces partis réunis dans la IIIè Internationale Communiste (fondée en 1919 et dissoute en 1943) ont, sur ces bases, incarné nettement la volonté révolutionnaire du prolétariat, dirigé et impulsé notamment sa lutte contre le fascisme y compris sa lutte armée dans le cours de la guerre antifasciste.

L’apparition du révisionnisme moderne, après le seconde guerre mondiale, se situe donc sur un terrain bien différent de celle du révisionnisme de la IIè Internationale:

-d’une part, il provient du processus de dégénérescence de partis qui, comme le PCF, avaient effectivement regroupé dans leurs rangs l’essentiel des ouvriers révolutionnaires, s’étaient efforcés de se transformer en partis communistes léninistes, avaient mené des actions de masse justes et organisé la lutte de résistance contre le nazisme.

-d’autre part, étant donné les liens étroits entre ces partis et le rôle très important d’exemple joué par l’Union Soviétique, la dégénérescence propre du PCUS dans les années 50, sa transformation en parti révisionniste pèse lourd pour rendre irréversible la dégénérescence des autres partis. Le révisionnisme moderne qui, en 1963, provoque la scission au sein du mouvement communiste internationale se trouve ainsi avoir une sorte de centre :
le PCUS, en dégénérant en parti révisionniste, en restaurant le capitalisme en URSS, se trouve ainsi à la tête d’un Etat puissant.

 Nous examinerons plus en détail :
-d’une part quelques éléments qui permettent d’éclairer le processus de dégénérescence du PCF en parti révisionniste
-d’autre part, les bases politiques sur lesquelles les révisionnistes modernes, avec le PCUS pour chef de file provoquent la scission du mouvement communiste international en 1963.          

ÉLÉMENTS SUR L’HISTOIRE DU PCF ET LES SOURCES DU RÉVISIONNISME MODERNE EN FRANCE

La transformation du PCF en parti bourgeois, révisionniste à la fin, des années 50 est le résultat d’une évolution historique.

Elle s’opère dans un parti qui.. dès 1944-1945, s’est donné une ligne de caractère révisionniste et qui, antérieurement, ne s’était point montré capable, quoique menant un certain nombre d’actions révolutionnaires, de s’édifier en véritable parti communiste.

– LES CONDITIONS DE CRÉATION DU PCF

Le PCF est né, en décembre 1920 au congrès de Tours, de la rupture avec le réformisme et le social-chauvinisme qui avait conduit l’ancien Parti Socialiste à collaborer ouvertement à l’effort de guerre de la bourgeoisie impérialiste française. Le Parti Socialiste français était assurément un des membres les plus dégénérés de la IIè Internationale.

Aussi, lorsqu’on examine le processus de différenciation qui se produira, à partir de 1915, au sein du Parti Socialiste (et de la CGT}, on ne peut perdre de vue ces deux caractéristiques essentielles du mouvement ouvrier d’avant-guerre :

-La domination sur une période relativement longue du réformisme (et de l’anarcho-syndicalisme).

-Le passage à la bourgeoisie de tous les “chefs” socialistes (et nombre de ceux de la CGT).

Elles contribueront de faire du PCF à sa naissance quelque chose de bien différent non seulement du Parti Bolchevik (car ce dernier s’est formé, depuis la fin du XIXe siècle par une lutte intransigeante, animée par Lénine, contre toutes les déformations du marxisme et pour le développement créateur, c’est-à-dire révolutionnaire du marxisme), mais aussi par exemple du Mouvement Révolutionnaire Allemand.

En Allemagne, si la social-démocratie, elle aussi, avait complètement dégénéré en tant que telle, elle avait en son sein des dirigeants comme Bebel, Liebknecht, Rosa Luxembourg qui avaient mené la lutte pour le maintien de la voie révolutionnaire contre le réformisme et qui, dès le premier jour du déclenchement de la guerre impérialiste, avaient appelé le prolétariat à transformer la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire.

Le ralliement de toute la direction du PS (et de la CGT) à l'”union sacrée” désarme complètement le prolétariat. Néanmoins, les premières oppositions à l’intérieur de la CGT puis du PS, commencent à se manifester dès 1915.

Cette opposition est animée par des ouvriers ou des militants du rang. D’abord nécessairement inconséquente, de caractère pacifiste, elle évolue vers des positions plus révolutionnaires. En 1919, avec le “Comité pour l’Adhésion à la IIIè Internationale” elle contribue largement à regrouper au sein du Parti Socialiste et de la CGT les éléments révolutionnaires.

Mais elle manque d’expérience et d’unification au sein des dirigeants et est confrontée à un large courant centriste, majoritaire dès 1918, au sein du PS dont les dirigeants n’acceptent que contraints et forcés de quitter la IIè Internationale (début 1920).

Après avoir recommandé une attitude très ferme, à l’égard des centristes, l’Internationale sembla envisager en 1920 une ligne de démarcation plus large à l’intérieur même du courant centriste. Sans doute parce qu’elle croyait la révolution proche en Europe de l’Ouest et ressentait donc la nécessité de partis communistes suffisamment forts y compris numériquement.

Toutefois en fixant 21 conditions pour l’adhésion du PS, la IIIè Internationale délimite un cadre politique déterminé pour le futur parti communiste (propagande pour la dictature du prolétariat, travail anticolonialiste et antimilitariste, soutien à la Révolution d’Octobre, démarcation de classe avec le réformisme et le social-chauvinisme) mais elle prévoit aussi une série de dispositions relatives aux organismes dirigeants; au groupe parlementaire, à la presse etc, en vue d’épurer les éléments sociaux-chauvins.

Au Congrès de Tours (décembre 1920), le courant centriste va ainsi se diviser :
-Une partie refusera les conditions d’adhésion, pensant qu’il serait impossible d’infléchir de l’intérieur le nouveau parti communiste. Elle suivra Blum dans la scission.
-Une autre partie du courant centriste acceptera les 21 conditions, avec pour certains des “chefs” socialistes qui animent ce courant l’idée qu’il sera possible, progressivement. d’infléchir la ligne et l’action du futur parti.

Le ralliement d’une partie du courant centriste qui gardera d’ailleurs la direction du nouveau parti à ses débuts, est une caractéristique qui jouera un rôle important dans l’évolution du parti.

-LES PREMIÈRES ANNÉES DU PCF ET LA DIFFICULTÉ A S’ÉDIFIER EN VÉRITABLE PARTI COMMUNISTE

Compte-tenu des circonstances qui ont marqué sa formation, les caractéristiques du PCF dans ses premières années sont contradictoires :

-D’une part, après avoir éliminé dans les années 22-23 une série d’éléments arrivistes, sociaux-démocrates, pacifistes, etc. il tente, sous l’impulsion de la IIIe Internationale de s’affirmer comme Parti Révolutionnaire de la classe ouvrière, reflétant et représentant un certain nombre d’aspirations révolutionnaires des masses.

Il est indéniable que le PCF regroupe tous les travailleurs qui veulent faire la révolution, qui veulent suivre la voie ouverte par les bolcheviks russes. Le PCF draine à lui les meilleurs éléments de l’ancien courant anarcho-syndicaliste, tels que, par exemple, Gaston Monmousseau. Il mène toute une série d’actions et de campagnes politiques qui tranchent aussi avec l’ancienne politique social-démocrate réformiste et chauvine: mobilisation, en rapport avec le Parti Communiste Allemand, contre l’occupation de la Ruhr; mobilisation contre la guerre du Rif; campagne contre le “bloc de gauche” de 24 etc.

Il cherche à modifier ses structures héritées de la vieille social-démocratie pour mener un travail révolutionnaire dans les entreprises.
-Mais l’action révolutionnaire du PCF se heurte à une double limite :

>>Toutes les actions engagées, pour positives qu’elles soient, ne s’accompagnent pas d’une unification en profondeur sur le plan idéologique et politique. Certes, certaines questions (la liaison parti-syndicat, le travail anti-militariste, l’attitude vis-à-vis du colonialisme…) sont abordées au fur et à mesure des campagnes à engager. Mais elles le sont d’une manière rapide et souvent superficielle. Un bilan d’ensemble du mouvement ouvrier avant 14, des différentes manifestations du réformisme et de l’anarcho-syndicalisme n’est pas réellement entrepris.

Il n’apparaît d’ailleurs pas utile et ne se pose pas comme tâche aux dirigeants du PCF : la rupture organisationnelle avec les réformistes avérés et la possibilité de faire jouer les lois de la discipline à l’égard des directives de la IIIe Internationale semblent prémunir le PCF d’une résurgence des vieilles tares et garantir son maintien dans le droit chemin.

De ce fait, les acquis politiques restent limités. Malgré des victoires partielles de la voie juste, les tendances réformistes et anarcho-syndicalistes sont toujours présentes et toujours prêtes à ressurgir dans des conditions propices.

>> Elles le sont d’autant plus que ces actions révolutionnaires ne sont pas intégrées à une ligne politique construite, consciente, qui réalise la fusion du marxisme-léninisme et de la réalité concrète de la Révolution en France. Ce qui est significatif pour le PCF de cette période, c’est que cette tâche n’ait pas véritablement entreprise, et qu’il n’y a pas de réflexion véritablement propre et autonome du PCF sur les conditions et les chemins de la Révolution en France.

Il faut à ce propos se rappeler le fonctionnement de l’Internationale d’alors :
La IIIe Internationale était constituée comme un grand parti mondial, avec des sections dans les différents pays, sections qui devaient appliquer impérativement les directives du Comité Exécutif de l’Internationale.

Ce qu’a essayé de faire le PCF, c’est seulement d’appliquer autant que possible ces directives sans tenter véritablement de se livrer par lui-même à une analyse marxiste de la réalité française, de construire par sa propre réflexion un point de vue sur cette réalité.

Une telle approche du marxisme-léninisme a eu des conséquences directes qui ont affecté la vie du PCF dans ses premières années :

En l’absence d’une ligne construite et consciente, le PCF n’a cessé d’osciller d’erreurs de droite en erreurs de “gauche”, de concessions opportunistes en tentatives aventuristes, chaque fois marquées, lorsqu’elles prenaient une trop grande extension, par des rappels à l’ordre de l’Internationale. D’autre part, la vie politique interne, de même que les rapports du parti avec les masses a toujours été marquée par un assez grand sectarisme.

On peut tirer de l’expérience des premières années du PCF que si ce parti était incontestablement un parti révolutionnaire, le parti révolutionnaire, il n’a pas su s’édifier en véritable parti communiste, noyau dirigeant de la cause du prolétariat.

-DE L’OPPORTUNISME A UNE LIGNE RÉVISIONNISTE DÉS LA LIBÉRATION

De ce que nous venons da voir, il s’ensuit naturellement une grande sensibilité, une grande perméabilité au réformisme; c’est-à-dire à la voie de la facilité.

Dès 1936, confronté à un mouvement de masse d’une large ampleur. il cède à l’opportunisme et au réformisme.

Mais c’est au lendemain de la guerre, à la libération que le PCF franchit un pas extrêmement important dans la dégénérescence en se donnant une ligne franchement révisionniste sous l’impulsion de Thorez.

Au lendemain de la guerre, la bourgeoisie qui a collaboré en grande partie avec l’occupant nazi est largement discréditée et affaiblie, politiquement, mais aussi économiquement. Elle ne dispose plus d’un appareil d’État solide, tandis qu’une partie des masses populaires -dont une bonne partie sous la direction du PCF- se trouve armée. De plus, son appareil productif est largement endommagé et son empire colonial menacé par les luttes de libération en Indochine, à Madagascar, au Maghreb. etc.

Dans cette situation que fallait-il faire ? Passer de la résistance à l’occupant étranger à la lutte pour le socialisme, ou alors aider à la restructuration d’une France soi-disant “républicaine”, c’est-à-dire capitaliste ?

Devant ce choix, c’est la ligne révisionniste qui s’est imposée à la direction du PCF. Capitulant devant la bourgeoisie et ses différentes forces politiques de même que devant les risques d’une intervention étrangère en cas de transformation révolutionnaire, socialiste, Thorez et la direction du PCF imposèrent leur point de vue réformiste parlementaire: aidons à “reconstruire” la France, le peuple tranchera ensuite dans le cadre des institutions qu’il se sera lui-même données: une “constitution démocratique”, un parlement “représentatif de la volonté populaire”, et pourra passer progressivement. s’il le désire, au socialisme. Consciente du fait qu’elle ne pourrait préserver son pouvoir et éviter la révolution qu’avec l’appui des dirigeants du PCF, la bourgeoisie leur avait concédé plusieurs postes au ministère.

La ligne et la pratique des dirigeants révisionnistes à ce moment sont connues :

– Désarmement des FTP et des milices patriotiques et ordre de s’intégrer à l’armée et à la police “régulières” placées en fait sous la direction de l’état-major et des officiers gaullistes.

– Liquidation des comités de libération qui avaient pris en mains dans certaines localités les tâches d’administration, de justice, d’épuration des collabos, etc. et ordre de se plier en tout aux administrations “régulières” désignées par le pouvoir gaulliste.

– Incitation à la “bataille pour la production”.

– Défense de la prétendue Union française et participation à la répression des peuples coloniaux.

Dans son interview au “Times”, Thorez systématisa cette ligne révisionniste en prêchant ouvertement le passage pacifique et parlementaire au socialisme. ….. L’épisode de la libération et des premières années de l’après-guerre sont une des meilleures confirmations de cette appréciation de Lénine sur le révisionnisme :
“La pratique a démontré que ceux qui sont actifs dans le mouvement ouvrier et qui adhèrent au courant opportuniste sont les meilleurs défenseurs de la bourgeoisie que la bourgeoisie elle-même. Sans leur direction sur les ouvriers, la bourgeoisie n’aurait pu rester au pouvoir”.

Sans la collaboration active des dirigeants révisionnistes, jamais la bourgeoisie n’aurait pu conserver aussi facilement son pouvoir .

A partir du moment où une ligne révisionniste a prédominé au sein de la direction du PCF, le Parti commença de subir d’importantes transformations dans sa composition, sa physionomie; des travailleurs le quittent (ou s’en trouvent exclus), notamment après la libération et lors de la guerre d’Algérie. Dans le même temps y affluent une masse d’éléments d’origine petite-bourgeoise (instituteurs, fonctionnaires d’abord) qui y accaparent souvent les postes responsables. Ceci dans la vague de l’après guerre.

Ensuite de plus en plus, des professeurs, techniciens, ingénieurs, membres de professions libérales.

L’existence d’une ligne révisionniste clairement affirmée de même que le changement déjà significatif de sa base de classe ne signifiait pas pour autant que la lutte entre les deux voies y ait été alors définitivement tranchée au profit de la voie bourgeoise.

Ce n’est qu’avec la scission opérée par les révisionnistes khroutchéviens en 1963 au sein du Mouvement Communiste International que disparaît toute possibilité de combattre de l’intérieur, pour la détruire, la ligne révisionniste du PCF. C’est alors que se constituent dans notre pays les premières forces marxistes-léninistes.          

LECTURE PROPOSÉE

Sur l’histoire du PCF ” Octobre N°1 “

LA SCISSION DU REVISIONNISME MODERNE AU SEIN DU MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’URSS n’était plus le seul pays socialiste. En se libérant de l’occupant nazi, avec l’aide de l’Armée soviétique souvent, des peuples des pays de l’Est avaient instauré des démocraties populaires. La République Populaire de Chine est proclamée en 1949. Dans la mesure où les partis qui jouent un rôle dirigeant dans ces pays parviennent à une unité politique de vue suffisante, ils constituent alors un vaste camp socialiste.

Les partis communistes, partis au pouvoir ou non, manifestent alors leur appartenance au Mouvement Communiste International en participant à des Conférences qui les réunissent (1957.1960). La IIIè Internationale avait été dissoute en effet en 1943.

C’est dans le cadre de ces conférences et de leur préparation, où il, s’agissait donc de définir la ligne générale du M.C.I., que le PCUS a avancé ses thèses révisionnistes modernes et s’est fait le chef de file de la scission, consommée en 1963, entrainant dans son sillage la plupart des partis au pouvoir dans les pays de l’Est, et de nombreux autres partis (dont le PCF).

Quelles étaient alors les principales thèses du révisionnisme moderne, que Khroutchev entendait imposer comme ligne générale du MCI ?

1) “LA CONTRADICTION ENTRE LE CAPITALISME ET LE SOCIALISME EST LA CONTRADICTION ESSENTIELLE DE NOTRE EPOQUE”.

“Le système socialiste exerce une influence grandissante sur le développement mondial; Tout le processus révolutionnaire mondial se déroule à présent sous l’action directe de la grande force que constitue l’exemple de la nouvelle vie dans les pays du socialisme”.

“A mesure que l’économie de la communauté socialiste progresse, on verra se manifester de plus en plus nettement les avantages du socialisme et la possibilité pour les travailleurs d’obtenir plus de biens matériels et spirituels que sous le capitalisme. L’élévation du niveau de vie des peuples est une grande force qui attire la classe ouvrière de tous les pays. “

“Plus le développement des forces productives des pays socialistes sera rapide, plus leur potentiel économique s’élèvera et plus forte sera l’influence de la communauté socialiste sur les cadences et l’orientation de tout le développement historique”.

 “LES FUSÉES NUCLÈAIRES, MISES AU POINT AU MILIEU DE NOTRE SIÈCLE, ONT CHANGÉ L’IDÉE QU’ON SE FAISAIT DE LA GUERRE.”

“Bien sûr personne ne peut garantir que les impérialistes n’essayeront pas de déclencher une guerre mondiale. Mais la situation de l’agresseur dans les conditions actuelles diffère radicalement de celle dans laquelle il se trouvait avant la deuxième guerre mondiale. La guerre thermonucléaire n’offre une telle perspective (de déclencher à nouveau une agression) à aucun agresseur et les impérialistes ne peuvent pas ne pas en tenir compte. La peur de la riposte la peur des représailles les empêche de déclencher une guerre mondiale.”

” Tant que le désarmement ne sera pas réalisé, la communauté socialiste doit toujours avoir la supériorité sur les impérialistes en ce qui concerne les forces armées.”

“L’Union soviétique développe au maximum son économie et sur cette base perfectionne sa défense, augmente sa puissance militaire, tient ses forces armées toujours prêtes au combat.”

“Prévenir la guerre thermonucléaire, c’est sauver la classe ouvrière, les peuples de pays et même de continents entiers de la mort.”

Ces deux points clefs de l’argumentation révisionniste moderne prétendaient prendre en compte, de façon marxiste, deux données nouvellement apparues: l’extension du camp socialiste et, selon le PCUS le rapide développement économique de l’URSS à prévoir; l’arme thermonucléaire, possédée par les USA et par l’URSS.

Il en découlait:

-La ligne de”COEXISTENCE PACIFIQUE” entre pays à systèmes sociaux différents, entendue en fait comme la collaboration plutôt que la confrontation avec l’impérialisme américain, ennemi no1 des peuples en cette période.

-La “COMPÉTITION PACIFIQUE”: la tâche des pays socialiste, dans le cadre de cette coexistence pacifique, était de développer rapidement leurs forces productives, de façon à montrer sans conteste la supériorité du système socialiste. Kroutchev proclamait alors que l’URSS rattraperait dans un délai rapproché le niveau de vie des USA et que le communisme était en vue.

-le “PASSAGE PACIFIQUE”: “La tâche de la classe ouvrière et des partis communistes consiste à utiliser au maximum les possibilités qui existent actuellement d’emprunter une voie pacifique de la révolution socialiste sans recourir à la guerre civile.”

Les possibilités nouvelles venant notamment du poids du camp socialiste, de la coexistence pacifique, du prestige acquis dans la compétition pacifique etc….

Ainsi la nouvelle bourgeoisie soviétique qui s’était emparée du parti et de l’état et qui restaurait le capitalisme en URSS entendait alors désarmer le mouvement communiste et ouvrier, en imposant une vision du monde qui estompait systématiquement les contradictions de classe, puisque leur solution dépendait de, et n’avait, en quelque sorte qu’à attendre les résultats de la compétition pacifique entre capitalisme et socialisme.

En même temps, en brandissant l’épouvantail de la guerre nucléaire, les révisionnistes modernes prétendaient contenir le développement de ces contradictions: pas de révolution violente mais plutôt le passage pacifique au socialisme, pas de guerre populaire de libération nationale mais plutôt “préparer les conditions pour la formation d’un Etat de démocratie nationale et la passage à la voie de développement non capitaliste. “

Ces thèses révisionnistes modernes ont pour particularité, dès cette période, de servir directement les intérêts à terme de la nouvelle bourgeoisie soviétique qui se constitue.

L’exigence du “renforcement de la communauté socialiste”, de la “compétition (économique) pacifique” justifie par avance”la division internationale du travail,”, l’intégration des économies des démocraties populaires et leur subordination au potentiel technologique et économique de l’URSS.

De même la mise en avant du risque de catastrophe nucléaire vise à instituer l’URSS détentrice face aux USA de l’arme nucléaire, comme la seule véritable protection militaire contre l’impérialisme américain. L’affaire des fusées de Cuba en est dès ce moment une illustration.

Le pacifisme des thèses révisionnistes contient la volonté de se constituer un empire et d’édifier une puissance capable de rivaliser avec l’impérialisme américain.

L’autre volet des thèses révisionnistes vise à dissimuler le caractère de la nouvelle domination bourgeoise en URSS, en vidant la dictature du prolétariat de son contenu. C’est la théorie de “l’Etat du peuple tout entier” et du “Parti du peuple tout entier” .

” L’ETAT DU PEUPLE TOUT ENTIER”

“On ne peut nier qu’actuellement la société soviétique est composée de deux classes essentielles: les ouvriers et les paysans, ainsi que les intellectuels, qu’aucune classe de la société soviétique n’occupe une fonction qui lui permettrait d’exploiter les autres classes. Contre qui les camarades chinois proposent-ils de réaliser la dictature, du prolétariat en URSS ?.. Après la victoire complète et définitive du socialisme, la classe ouvrière n’exerce plus son rôle dirigeant par la dictature du prolétariat.”

De même “LE PARTI REPRESENTANT TOUT LE PEUPLE” n’aurait plus lieu d’incarner les intérêts historiques du prolétariat.

Le Parti communiste chinois a combattu vigoureusement, sur la base des principes marxistes léninistes, de l’expérience historique et de l’analyse concrète de la situation concrète, les thèses révisionnistes du PCUS, notamment dans la “Réponse du Comité central du PCC” du 14 Juin 1963 (dite “lettre en 25 points”).

Il y affirme notamment :

1 – Le monde contemporain est toujours défini par quatre contradictions fondamentales. Il n’y a pas lieu d’admettre uniquement les contradictions entre camp socialiste et camp impérialiste. en négligeant ou sous-estimant les autres.

2 – “C’est dans les vastes régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine que convergent les différentes contradictions du monde contemporain, que la domination de l’impérialiste est le plus faible, et elles constituent aujourd’hui la principale zone des tempêtes de la révolution mondiale qui assène des coups directs à l’impérialisme. “

“C’est pourquoi, dans un certain sens, l’ensemble de la cause révolutionnaire du prolétariat international dépend en définitive de l’issue de la lutte révolutionnaire menée par les peuples de ces régions, qui constituent l’écrasante majorité de la population mondiale.”

3 – Le parti du prolétariat ne doit en aucun cas baser sa pensée, son orientation révolutionnaire et l’ensemble de son travail sur l’idée que l’impérialisme et la réaction accepteront la transformation pacifique.”

4 – “AU cours de la lutte révolutionnaire des nations et peuples opprimés, le parti du prolétariat doit avancer, d’une façon indépendante, un programme combattant jusqu’au bout l’impérialisme et la réaction du pays et luttant pour l’indépendance nationale et la démocratie populaire, …
…c’est seulement ainsi qu’il pourra poursuivre la révolution nationale et démocratique jusqu’au bout et l’amener sur la voie du socialisme. “

5 – “l’apparition de armes nucléaires n’a pas résolu et ne peut pas résoudre les différentes contradictions fondamentales du monde contemporain, elle n’a pas modifié et ne peut pas modifier la loi de la lutte de classe, elle n’a pas changé et ne peut pas changer la nature de l’impérialisme et de toute la réaction. “

6 – “Dans une longue période historique qui suit la conquête du pouvoir par le prolétariat, l’existence de la lutte de classe demeure une loi objective indépendante”

” la dictature du prolétariat continuera inévitablement à exister dans toute la période historique du passage du capitalisme au communisme.”
“Le parti du prolétariat est le seul qui puisse représenter les intérêts du peuple tout entier.” 

LECTURE PROPOSÉE

” Propositions concernant la ligne générale du Mouvement communiste international “

Réponse du CC du PCC au CC du PCUS (14 juin 1963). Texte appelé ” Lettre en 25 points ” a été édité en document d’étude par le Parti.

” Sur la question de Staline ” recueil de textes édité par le Parti.

LE PROJET DU PCF

La dégénérescence du PCF en parti bourgeois n’est pas la simple répétition de la dégénérescence des partis de la 2e Internationale.

a- Le PCF s’est constitué, de même que les partis de la 3e Internationale dans la lutte contre la social-démocratie, le révisionnisme de la 2e Internationale. Quand il dégénère à son tour, il ne peut purement et simplement s’aligner sur les positions de cette social-démocratie sans remettre en cause son existence même en tant que parti. Il doit, d’une façon ou d’une autre, bien que de façon qui n’a plus rien de révolutionnaire s’opposer à la social-démocratie et s’en différencier .

b- Le PCF, quand il s’est efforcé de s’édifier en parti communiste, s’est référé non seulement à la doctrine révolutionnaire de Marx et Engels (2è moitié du 19è siècle), mais aussi aux développement de cette théorie synthétisés par Lénine sur la base de l’expérience révolutionnaire du prolétariat et des peuples au début du 20e siècle. De ce passé où il a voulu mettre en oeuvre les apports du léninisme, le PCF garde un certain nombre de traits spécifiques, complètement vidés de leur contenu révolutionnaire, dans sa forme, son visage, son fonctionnement ses relations internationales. Ces traits spécifiques, qui sont évidemment de nature bourgeoise, le distinguent pour- tant nettement des partis sociaux-démocrates.

LE DETOURNEMENT DU CENTRALISME DEMOCRATIOUE:

Au cours de la lutte contre les influences révisionnistes notre parti amis en lumière le caractère de classe du centralisme démocratique, où s’unissent le centralisme prolétarien et la démocratie prolétarienne. Le PCF tout en continuant à se réclamer du principe du centralisme démocratique, l’a vidé de son contenu de classe. Mais du coup, il l’a transformé en un centralisme bureaucratique, bourgeois dans son essence. Cela lui permet d’assurer dans ces rangs, un degré de cohésion, de discipline supérieurs aux autres partis bourgeois.

Réduisant le centralisme démocratique à des mesures de fonctionnement, la direction du PCF s’en sert pour imposer son point de vue, étouffer toute contestation, exiger la discipline des militants pour appliquer sa ligne réactionnaire. Chaque fois qu’éclatent de graves contradictions, la direction peut ainsi en appeler à serrer les rangs, demander aux ouvriers de ne pas donner prise aux” tentatives de division de la droite “.

LE RAPPORT AUX MASSES ET AUX ORGANISATIONS DE MASSE:

Les partis bourgeois traditionnels préfèrent la plupart du temps parachuter leurs positions, leurs décisions indépendamment d’un certain débat dans les masses qu’ils ignorent.
Le parti révisionniste, détournant la pratique des partis communistes authentiques, tente de faire apparaître ses positions, ses décisions, comme le résultat d’un débat démocratique au sein des masses et de leurs organisations.

Il prend alors appui systématiquement sur les idées erronées qui existent dans les masses, étouffant leurs idées justes. Il utilise au maximum les postes de responsabilité dans des organisations de masse pour manipuler, téléguider les débat dans les masses.

Ce détournement de la démocratie, qui par la manipulation fait jouer la majorité contre la majorité, sème la confusion et la désorganisation dans les masses. Il serait utilisé à très vaste échelle, si le PCF parvenait à instaurer son projet de société, comme système de gouvernement et de direction dans tous les secteurs de la vie sociale.

LES RELATIONS INTERNATIONALES

La plupart des partis du MCI a suivi le parti soviétique, qui avait dégénéré et son exemple. Etant donné les liens qui existaient entre le PCF et le PCUS, dans la cadre du MCI, ces liens, une fois la dégénérescence opérée, ont continué à jouer, mais dans le sens que l’URSS, où le capitalisme était restauré, a servi de référence au PCF devenu révisionniste.

Le modèle soviétique a nécessairement, dès le début, fortement influencé l’élaboration du projet politique du PCF devenu révisionniste:

“… en dégénérant en nouveaux pays capitalistes, les anciens pays socialistes ne sont pas revenus au stade antérieur à leurs révolutions : la nouvelle bourgeoisie qui domine en URSS dans les années 60 n’est pas, pour l’essentiel, l’ancienne bourgeoisie remise en selle; ses formes de domination sur la classe ouvrière sont spécifiques et n’épousent pas celles qui ont été forgées dans les pays capitalistes occidentaux où la révolution n’a pas encore triomphé. Après son expérience historique de premier Etat de dictature du prolétariat, l’URSS, quand elle restaure le capitalisme, va dénaturer complètement, vider de leur contenu révolutionnaire les armes de la dictature du prolétariat, les transformer en leur contraire, en faire des armes au service de la nouvelle bourgeoisie contre la classe ouvrière et les peuples soviétiques.

Le parti communiste va devenir le parti de la nouvelle bourgeoisie, filière nécessaire pour la promotion des carriéristes et des ambitieux avides de participer du pouvoir; l’Etat va devenir un instrument de dictature de la nouvelle classe exploiteuse; le système économique devient un instrument d’exploitation de la classe ouvrière. Le mécanisme unique qui liait, de par l’expérience de construction du socialisme en URSS, le parti, l’Etat et le système économique, va devenir avec la restauration du capitalisme, une formidable machine de guerre contre le prolétariat et les masses populaires.

On ne saurait perdre de vue cela quand on traite du projet politique du PCF. On ne saurait douter que le PCF a puisé au moment de sa dégénérescence dans l’exemple soviétique un modèle de système politique et économique qu’il envisage toujours d’appliquer. La place qu’il entend donner au secteur nationalisé, une place hégémonique, la fusion étroite qu’il entend organiser entre l’appareil d’Etat et le secteur économique nationalisé, la place du PCF à la tête de ce secteur nationalisé, tout cela ressemble trop à du déjà vu: tout cela ressemble trop à la mise en route de la fusion étroite entre Parti, Etat, monopoles et l’image de ce qui existe dans les pays d’Europe de l’Est.”  (front rouge no4 p 69).

C’est pourquoi, les distances -récentes- que prend le PCF vis à vis de l’URSS sont limités et ne remettent jamais en cause officiellement le caractère “socialiste” de l’URSS.

De plus ,le PCF, dans la définition de son projet politique, est obligé de tenir compte de la situation internationale: il envisage donc de distendre les relations de la France avec les impérialismes occidentaux liés à la superpuissance US, pour se rapprocher nettement des pays dominés par le social-impérialisme, et du social-impérialisme lui-même.

” Voilà plusieurs traits qui permettent de décrire dans une certaine mesure ce qui sous-tend le projet politique du PCF: On voit en quoi on ne peut l’assimiler à un simple projet social-démocrate, on voit comment la révision du léninisme, l’existence d’un modèle de société et d’un camp révisionniste dominé par le social-impérialisme, posent en termes différents par rapport à celui d’un parti de la IIIe Internationale l’analyse du projet révisionniste. On voit ce qu’il signifie pour les masses: la fusion à l’échelle de la société en un mécanisme unique du Parti, de l’État et des monopoles, l’usage généralisé du détournement de la démocratie, avec son corollaire la chasse systématique aux opposants, tout cela constituant un système d’exploitation et d’oppression unique contre lequel il serait fort difficile de lutter.

On ne saurait croire qu’il s’agirai d’un simple élargissement tout le pays de ce qu’on connaît aujourd’hui dans certaines municipalités détenues par les révisionnistes. Ce serait beaucoup plus grave parce qu’une société capitaliste d’État conjuguerait au niveau de tout le pays dans les mêmes mains, le maniement de l’ensemble des forces de répression et l’encadrement systématique des travailleurs, la direction des entreprises et celles du syndicat” (front rouge n°4p70) 

LECTURES PROPOSÉES

FR 4 (3e congrès) : “Luttons contre le révisionnisme moderne” P. 65- 73

FR 2: “Le PCF et les nationalisations: ouvrir la voie au capitalisme d’État”. P. 71. 94.

FR 2 :”Le PCF : 1974 – 1975, deux ans riches d’enseignements”. P. 38- 44                   

LA CRISE DU PCF

” La défaite de la gauche a porté un coup d’arrêt aux ambitions du PCF qui pensait avoir les coudées franches pour polémiquer jusqu’au dernier moment avec son partenaire et lui arracher le maximum de concessions, compte tenu de l’avance que les sondages prêtaient à la gauche. Cette défaite outre qu’elle a pour cons6quence de repousser à de plus lointaines échéances le danger d’instauration du capitalisme d’Etat dans notre pays, a ouvert une crise grave dans les rangs du PCF, qu’il nous faut maintenant examiner.

 La crise qui secoue les rangs du PCF est par bien des aspects très positive, et interroge notre Parti sur les moyens qu’il doit se donner pour peser dessus, élargir les failles apparues dans le parti révisionniste, gagner à nous les travailleurs qui aspirent au socialisme et qui prennent conscience aujourd’hui de la voie de garage où les entraîne le parti auquel ils faisaient jusqu’à présent confiance.

Les raisons de l’éclatement de cette crise sont claires. Ces militants auxquels depuis 4 ans, on fixait un seul objectif la victoire en mars 78 et qui y avaient pour la plupart consacré de nombreux efforts, ces militants auxquels on avait demandé de renoncer aux luttes, de s’opposer à celles qui se déroulaient, ces militants à qui on avait fait critiquer et combattre, avant de corriger tardivement le tir de manière démagogique, le mouvement des femmes, le mouvement écologiste, le courant autogestionnaire, ces militants auxquels on avait fait coller un jour les affiches de Mitterrand, pour leur annoncer le lendemain que ce dernier faisait le jeu de la droite, ces militants auxquels on disait un jour il faut 25 % pour se désister pour le PS, et qui voyaient qu’avec moins de 21 % le PCF signait un accord de désistement sans aucune concession du PS, eh bien ces militants ont commencé à se poser sérieusement des questions le lendemain du 19 mars.

Non seulement la gauche était battue, mais le PCF régressait électoralement par rapport au score de 73.

Seul celui de 58 a été plus mauvais depuis la fin de la guerre. En plus le PCF régressait nettement dans une série d’endroits où il était auparavant bien implanté.

Signe révélateur c’est là où les masses depuis longtemps font l’expérience de la gestion communale ou cantonale du PCF que la baisse a été la plus accentuée, avec par exemple un recul de -3,5 % dans un département comme la Seine-St-Denis. L’ensemble des questions étouffées pendant toute la période précédente sont légitimement ressorties : sur les luttes, bloquées depuis 3 ans au nom du succès électoral; sur les mouvements nouveaux, en direction desquels le PCF est assez nettement discrédité.

Sur la manière incompréhensible dont a été menée la polémique avec le PS, parce que la face cachée des raisons, qui, pour la direction, justifient la querelle, n’était pas révélée aux militants.

Et beaucoup plus largement sur le mode de fonctionnement, la manière dont sont prises les décisions à l’intérieur du PCF. La manière dont cette crise se manifeste et continue à se manifester témoigne de son ampleur. Les signes publics les plus saillants en seront les lettres d’oppositionnels publiées dans la presse, non PCF, après avoir été refusées par L’Humanité, la liquidation de 2 journaux du PCF Paris Hebdo et Point du Jour ; la restructuration du groupe d’édition du PCF s’accompagnant de licenciements; la parution de numéros de la Nouvelle Critique critiquée par la direction à posteriori.

Mais ce sont les manifestations les moins publiques, les plus difficiles à chiffrer qui semblent engendrer le plus de difficultés pour le PCF. Les démissions très nombreuses affichées ou non, s’ajoutent à l’absentéisme très important aux réunions. Le taux de militantisme est très faible, au point que le nombre de vignettes vendues à la dernière fête de l’Humanité était considérablement réduit par rapport à celui de l’année dernière, que le nombre des points de ventes habituels des hebdomadaires du PCF sont en réduction très importante. Mais ce qui sans doute a le plus surpris la direction du PCF, c’est le caractère durable et maintenant un peu permanent de la contestation dans les rangs de ce parti. Ayant perdu un peu de son caractère spectaculaire, la crise est moins publique mais tous les signes dont on peut disposer par les discussions avec les militants du PCF montrent qu’elle persiste.

Au delà du courant représenté par Elleinstein, qui fait ouvertement campagne pour une social-démocratisation du PCF et une distinction nette des rapports du PCF avec l’URSS, au delà du courant incarné par les thèses d’Althusser qui a été amené à fournir une analyse détaillée et frappant souvent juste du mode de fonctionnement du PCF mais sans la rapporter au projet politique, à la ligne développée par le PCF, au delà donc de ces deux oppositions un peu structurées et disposant déjà d’une argumentation propre, le mouvement d’opposition se trouve presque dans toutes les cellules, à l’état dispersé, multipliant ses interrogations et ses doutes sur la ligne suivie par leur direction.

Notre Parti dans son travail l’a fréquemment rencontré: qu’il s’agisse de ces ouvriers de Cléon, révoltés par l’attitude du PCF dans la dernière lutte de Renault et qui aujourd’hui veulent travailler avec notre Parti; ou de ces camarades de lorraine, encore au PCF aujourd’hui et qui veulent tenir régulièrement des réunions communes avec nous pour répondre ensemble aux questions qu’ils se posent. Et nous pourrions citer encore plusieurs exemples de militants du PCF qui ont ouvert le dialogue régulier avec notre Parti.

Camarades,
Il faut que ces exemples encore trop peu nombreux se multiplient. Notre Parti doit prendre nettement l’offensive en direction des militants du parti révisionniste. La crise que connaît ce parti est grave, parce qu’il est aujourd’hui privé de perspective. La cassure de la gauche, la mort du Programme commun de 72 a porté un rude coup aux dirigeants révisionnistes qui n’ont d’autres perspectives que d’attendre que se renoue l’alliance avec leur partenaire socialiste, ce qui ne se dessine pas pour tout de suite.

La période de préparation du 23e congrès du parti révisionniste sera une période où ce manque de perspective va apparaître de manière criante, où l’absence de réponse de la direction aux questions posées depuis mars, sur l’attitude par rapport aux luttes, sur le fonctionnement interne, sur la nature de l’URSS, va ressortir. Cela doit être une période où notre Parti doit engager fraternellement la discussion avec les militants du PCF, trouver les formes pour mener ces discussions, répondre aux questions politiques posées, aggraver les contradictions au sein du PCF, et gagner de nouveaux camarades.”
(front rouge n°4 p71 et 72) 

LECTURE PROPOSEE

“Le PCF et le centralisme démocratique : sens d’un débat. ”  (édité par le Parti).                   

Annexe :

THOREZ : DECLARATION AU JOURNAL ANGLAIS ” THE TIMES ”  – 17 novembre 1946  – Extraits

Les élections du 10 novembre ont souligné une fois de plus le caractère national et démocratique du Parti communiste français, profondément enraciné dans les couches populaires, à la ville et à la campagne.

Les travailleurs: les républicains font confiance au Parti communiste français parce qu’il a été et qu’il demeure le parti de la clairvoyance et du courage, Seul, avant la guerre, il a dénoncé et combattu la prétendue non intervention et la capitulation de Munich, c’est-à-dire la politique de concessions qui a encouragé les agresseurs fascistes. Il a été, sur le sol national, l’organisation et le dirigeant de la lutte armée contre l’envahisseur allemand et contre la trahison vichyste. Il est depuis la libération, l’initiateur et le conducteur de l’effort populaire pour la reconstruction de la France.

Tout le monde sait qu’à l’appel du Parti communiste les mineurs français ont depuis un an, doublé notre production de charbon qui dépasse de 15% les chiffres d’avant-guerre. En même temps, grâce à l’initiative des ministres communistes, les ouvriers, les fonctionnaires, les paysans, les vieux travailleurs, les mères ont obtenu des avantages substantiels.

NOTRE PROGRAMME EST ACCEPTABLE POUR TOUS LES REPUBLICAINS

Nous avons répété expressément au cours de notre campagne électorale que nous ne demandions pas au peuple le mandat d’appliquer un programme strictement communiste, c’est-à-dire reposant sur une transformation radicale du régime actuel de la propriété et des rapports de production qui en découlent. Nous avons préconisé un programme démocratique et de reconstruction nationale, acceptable pour tous les républicains, comportant les nationalisations, mais aussi le soutien des moyennes et petites entreprises industrielles et artisanales et la défense de la propriété paysanne contre les trusts.

LES NATIONALISATIONS AIDENT AU REDRESSEMENT DU PAYS

A l’étape actuelle du développement de la société, nous avons la conviction que les nationalisations – le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés -constituent un progrès dans la voie du socialisme. Les nationalisations portent atteinte à la toute puissance des oligarchies financières, elles limitente les possibilités légales de l’exploitation de l’homme par l’homme, elles placent entre les mains d’un gouvernement démocratique des moyens appréciables pour l’oeuvre de redressement économique et social du pays.

Il est évident que le Parti communiste dans son activité gouvernemental, et dans le cadre du système parlementaire qu’il a contribué à rétablir, s’en tiendra strictement au programme démocratique qui lui a valu la confiance des masses populaires.

ON PEUT ENVISAGER POUR LA MARCHE AU SOCIALISME D’AUTRES CHEMINS QUE CELUI SUIVI PAR LES COMMUNISTES RUSSES

Les progrès de la démocratie à travers le monde, en dépit de rares exceptions qui confirment la règle, permettent d’envisager pour la marche au socialisme d’autres chemins que celui suivi par les communistes russes. De toute façon le chemin est nécessairement différent pour chaque pays. Nous avons toujours pensé et déclaré que le peuple de France, riche d’une glorieuse tradition, trouverait lui-même sa voie vers plus de démocratie, de progrès et de justice sociale. Cependant, l’histoire montre qu’il n’y a pas de progrès sans lutte. Il n’y a pas de route toute tracée sur laquelle les hommes puissent avancer sans effort. Il leur a toujours fallu surmonter bien des obstacles. C’est le sens même de la vie.

L’UNION DES FORCES OUVRIERES ET REPUBLICAINES

L’union des forces ouvrières et républicaines est le fondement de la démocratie. Le Parti ouvrier français, que nous proposons de constituer par la fusion des Partis communiste et socialiste, serait le guide de notre démocratie nouvelle et populaire. Il ouvrirait largement ses rangs aux travailleurs catholiques auxquels nous avons tendu, bien avant guerre, une main fraternelle que beaucoup ont saisie. Nombreux sont d’ailleurs les Français qui partagent notre conception de la laïcité: pas de guerre à la religion, neutralité absolue de l’enseignement au regard de la religion.

Les Français communistes désirent vivement que le caractère national et démocratique de toute leur activité soit compris en Grande-Bretagne. Il n’en peut résulter que des effets heureux dans les rapports entre nos deux pays, pour le plus grand bien de notre cause commune, la cause de tous les peuples, la cause de la liberté et de la paix.

=>Retour au dossier PCMLF, PCR(ml), VLR, UCF-ML,
Nouvelle Cause du Peuple, NAPAP, Action Directe