Maurice Thorez et le PCF comme Parti de l’unité syndicale

La démocratie syndicale

Maurice Thorez est  parvenu à la direction du PCF car ce dernier était devenu un appareil bureaucratique, coupé de la base. Maurice Thorez s’est fait le porte-parole de la base, en réclamant :

« l’élection régulière des directions de cellules, de rayons, de régions et du Comité central, et l’obligation pour toutes les directions de rendre compte de leur activité »

Démocratie syndicale

Dans le fameux article « Pas de “mannequins” », il développe longuement cette ligne, affirmant que :

« La tendance à la secte, c’est-à-dire à la méfiance vis-à-vis des masses, a comme conséquence la méfiance à l’égard même du Parti et de ses militants […]. Elle aboutit, consciemment ou non, à la formation, à l’intérieur du Parti, de petits clans fermés, étroits. »

Dans l’article Les bouches s’ouvrent, il cite plusieurs lettres de soutien qu’on lui a envoyé et qui réclament le droit à la parole dans le Parti. C’est également le cas de l’article « “Enfin, on va discuter” ».  « “Jetons la pagaïe !” » témoigne du succès final de la ligne de Maurice Thorez.

Toutefois, cette ligne ne revendique en fin de compte que la démocratie syndicale. Dans l’article « La lutte pour l’unité syndicale », il se contente d’expliquer que :

« Les ouvriers veulent l’unité syndicale […]. Nous autres communistes, selon la célèbre formule du Manifeste de Marx et d’Engels, nous n’avons pas d’intérêts qui nous séparent de l’ensemble du prolétariat. Nous luttons pour le pain et la paix. Nous désirons donc ardemment l’union des forces ouvrières. Nous sommes des unitaires. »

L’horizon de Maurice Thorez n’est ainsi nullement la bataille idéologique, mais l’unité sur une base « radicale ».

Cela signifie qu’il fait du PCF, en quelque sorte, le Parti contribuant à l’unité, à la réalisation du projet syndicaliste-révolutionnaire de syndicat unique menant la révolution.

Le PCF, Parti de l’unité syndicale

La ligne « Classe contre classe » assumée alors par le PCF n’était donc pas une ligne idéologique opposant les « rouges » aux « blancs », mais une position pragmatique-machiavélique considérant que l’unité ouvrière était le levier de la révolution.

L’opposition aux dirigeants socialistes repose sur le fait qu’ils sont considérés comme des obstacles à cette unité. Pour cette raison, Maurice Thorez peut affirmer :

« Nous ne voulons pas laisser croire à l’union possible dans un seul parti, des prolétaires communistes et des bourgeois et autres « parvenus » qui dirigent le parti socialiste.

Nous n’avons rien de commun avec les Paul Boncour et les Blum. Nous sommes des marxistes et des révolutionnaires. Ils sont des idéologues petits-bourgeois et des démocrates vulgaires. »

Cela signifie que, concrètement, le PCF soutient la 3e Internationale et l’URSS et qu’il s’oppose à la bourgeoisie. Mais, sur le plan idéologique, la ligne n’est pas le marxisme-léninisme. C’est une idéologie assumant les thèses économiques de Karl Marx et quelques thèses de Lénine, principalement la nécessité de la révolution socialiste.

Maurice Thorez

Maurice Thorez parvient à la direction du PCF en tant que figure combinant la position des réformistes ayant adhéré à la révolution russe et celle des anarcho-syndicalistes prêts à accepter le syndicalisme révolutionnaire avec un parti chapeautant le processus.

C’est en ce sens que Maurice Thorez a été, au début des années 1930, le liquidateur de l’ancienne direction, dite « groupe Barbé-Celor ». Une direction dont non seulement la ligne apparaît comme nébuleuse, plus ou moins gauchiste, mais, qui plus est, dont les deux principaux protagonistes, Pierre Celor et Henri Barbé furent les dirigeants de la Jeunesse Communiste et soutinrent par la suite Jacques Doriot, l’occupation nazie, pour finir catholiques traditionalistes dans les années 1950.

On a là un flou absolu dont la nature tient au caractère purement syndical, anti-politique, des débats au sein du PCF.

Le point de vue de l’Internationale communiste sur la question syndicale

L’approche de Maurice Thorez sautait aux yeux pour tout observateur idéologiquement expérimenté au sein de l’Internationale communiste. Il faut ici rappeler que le PCF dépend de cette dernière et que les rectifications ont été nombreuses.

Aussi, on peut facilement comprendre que dans l’extrait suivant, si c’est Maurice Thorez qui est l’auteur officiel de l’article, le bilan établi est nécessairement soit écrit par l’Internationale communiste, soit directement supervisé par elle.

Voici donc ce qu’il est dit dans l’organe théorique du PCF, Les Cahiers du bolchévisme, le 15 octobre 1932, dans l’article « Pour un travail bolchévik de masse »  signé Maurice Thorez :

« 1. Notre Parti n’est pas encore un parti bolchévik, ayant assimilé parfaitement la théorie et la pratique du marxisme-léninisme. Entre autres vestiges du passé, nous souffrons particulièrement de survivances anarcho-syndicalistes : tendances à la spontanéité, mépris du mouvement de masse, gesticulations et gymnastiques « grévistes », actions déclenchées sans revendications accessibles aux masses et acceptées par elles, etc.

2. Les survivances anarcho-syndicalistes d’une part, les traditions social-démocrates sur le rôle du Parti d’autre part, font que ne sont pas encore établis des rapports justes entre le Parti et les syndicats, avec une compréhension exacte des tâches du Parti, chef et organisateur de la classe ouvrière, et du travail spécifique des syndicat.

3. Les efforts entrepris depuis un an pour une juste lutte sur les deux fronts, en liaison avec la dénonciation du groupe Barbé, n’ont pas encore abouti à l’élimination du sectarisme, qui reste l’obstacle principal dressé contre la bonne application de la politique de l’Internationale communiste en France. On a liquidé le groupe Barbé sans parvenir encore à rompre radicalement dans tout le Parti avec l’idéologie et la pratique sectaire du groupe, avec l’étroitesse politique dont il fut l’expression. »

Ce bilan ne peut pas avoir été écrit par Maurice Thorez, pour la simple raison qu’il est extrêmement rude. Si l’on suit ces trois points, alors on voit que le Parti Communiste n’a pas de base idéologique solide, que ses cadres sont profondément influencés par l’anarcho-syndicalisme, que la direction précédente a été particulièrement erronée.

C’est, pour le moins, une vision extrêmement négative du PCF, surtout si l’on compare avec des Partis Communistes hautement développés comme en Chine, en Allemagne ou en Tchécoslovaquie.

Dans un autre document de Maurice Thorez, intitulé « Pour un travail révolutionnaire de masse », datant du 22 octobre 1932 et constituant un rapport au Comité Central sur les travaux de la 12e session plénière du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste, on lit pareillement :

« L’Internationale communiste ne méconnaît pas les succès remportés par notre Parti dans ces derniers temps, mais il apparaît, surtout en rapport avec le rôle de premier plan de l’impérialisme français, que l’activité de masse du Parti est trop faible, que dans son ensemble, le Parti n’avance pas, que sur des points aussi sensibles que son activité syndicale, en particulier, la régression n’a pas été enrayée.

Quelles sont les causes profondes d’un tel état de choses ? D’abord, l’insuffisance, sinon l’absence du travail de masse, l’inattention aux revendications, le sectarisme, et aussi l’absence de direction collective susceptible d’impulser effectivement toutes les organisations du Parti en vue de la réalisation effective, vérifiée, de la ligne générale du Parti. »

Cela revient à dire que, malgré la diffusion de l’Humanité à 250 000 exemplaires, il n’y a derrière pas un véritable Parti Communiste solidement établi.

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