Baldassare Castiglione est un écrivain et diplomate italien ; il est surtout connu pour son ouvrage en italien Le Livre du courtisan,publié en 1528 et qui aura une renommée européenne.

Raphaël a fait un portrait de lui, qui est intéressant, car on sort de la composition où c’est l’harmonie qui est recherchée avant tout.
On la retrouve bien sûr ici, car la peinture de Raphaël se fonde sur cette approche de neutralisation et de calme.
Toutefois, le réalisme du personnage prime et on est directement parallèle à la peinture flamande et à l’affirmation protestante de la dignité du réel.
On devine ici quel arrière-plan il y a derrière des œuvres de Raphaël qui n’ont rien à voir avec celle-ci, pour qu’il soit justement en mesure de faire un tel tableau.
Baldassare Castiglione a rédigé un poème en latin à la mort de Raphaël ; Giorgio Vasari le cite en entier dans ses Vies des peintres, sculpteurs et architectes,écrit trente ans après la mort du peintre.
Or, que voit-on dans le poème ?
Que Raphaël est présenté comme une composante de la Renaissance italienne, comme un contributeur parti trop tôt (puisqu’à l’âge de 37 ans).
On est dans l’esthétisme.
Il n’y a pas de dimension esthétique au sens strict, et encore moins en rapport avec la réalité, avec le regard matérialiste sur la réalité, avec la représentation fidèle au réel.
Voici le poème.
Quod lacerum corpus medica sanaverit arte,
Hippolytum Stygiis et revocarit aquis,
Ad Stygas ipse est raptus Epidaurius undas :
Sic pretium vitae mors fuit artifici.
Tu quoque dum toto laniatam corpore Romam
Componis miro, Raphaël, ingenio.
Atque Urbis lacerum ferro, igni, annisque cadaver
Ad vitam, antiquum jam revocasque decus,
Movisti Superum invidiam ; indignataque mors est,
Te dudum extinctis reddere posse animam.
Et quod longa dies paullatim aboleverat, hoc te
Mortali spreta lege parare iterum.
Sic miser heu prima cadis intercepte juventa ;
Deberi et morti, nostraque, nosque mones.
Voici sa traduction.
Celui qui, par l’art médical, guérit un corps déchiré
et rappela Hippolyte des eaux du Styx,
l’Épidaurien lui-même fut enlevé aux ondes stygiennes :
ainsi la mort fut le prix de la vie pour l’artisan.Toi aussi, tandis que, par ton génie merveilleux, Raphaël,
tu recomposais Rome, déchirée dans tout son corps,
et que tu rappelais à la vie le cadavre de la Ville,
meurtri par le fer, le feu et les années,
lui rendant son antique splendeur,tu excitais l’envie des dieux d’en haut ; et la Mort, indignée,
ne supporta pas que tu puisses rendre une âme
à ce qui depuis longtemps était éteint,
et recréer, en méprisant la loi mortelle,
ce que le long passage des jours avait peu à peu détruit.Ainsi, hélas, malheureux, tu tombes, fauché dans ta première jeunesse,
et tu nous rappelles que nous sommes dus à la mort,
comme elle nous est due à nous-mêmes.
Ce qu’on trouve ici, c’est indéniablement l’affirmation de l’intégration de Raphaël à une séquence historique.
Le peintre est indissociable de sa société et de son temps.
Et il ne transcende ni sa société, ni son époque.
C’est très important, car cela indique bien que, malgré l’apport historique de Raphaël et des peintres de la Renaissance italienne en général, tous ensemble ils n’atteignent pas la dimension historique au sens strict, de par leur voie détournée vers le réalisme.
Raphaël contribue, il apporte, en tant que figure charnière, mais il ne porte pas le nouveau.
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Raphaël, l’exemplarité dans la clarté