Rembrandt, l’honneur des Pays-Bas

Si Rubens est une fierté belge, car un immense producteur, la célébration néerlandaise de Rembrandt possède une nature entièrement différente.

Tout est chez lui toujours ancré dans la réalité néerlandaise, que ce soit de manière ouverte, graphiquement, ou dans la subtilité, pleine de nuances, de l’attitude.

Le protestantisme n’est pas ici le vecteur d’un cosmopolitisme, et c’est logique car il accompagne idéologiquement une activité manuelle concrète : celle du commerçant, du marchand, de l’artisan, etc.

On a des personnalités qui sont « actives » intérieurement, qui ont prise sur la vie avec une action depuis leur intériorité.

Le sens du protestantisme rejoint ici celui du judaïsme et on ne peut pas être étonné que Rembrandt ait peint de nombreuses figures juives.

Ce qui compte, c’est la participation au réel, avec des conséquences qui rejaillissent sur l’esprit. Le portrait de Jacob de Gheyn (III), qui fut graveur, peintre, architecte, paysagiste, reflète cette approche à la fois concrète et spirituelle.

Même une situation banale peut relever d’un sens général de l’action. Il faut pouvoir voir physiquement La fille de cuisine, datant de 1651, pour saisir comment Rembrandt parvient à donner de l’incarnation au personnage représenté, qui ne travaille pas à ce moment précis, et qui pourtant témoigne de son action.

On a, avec toute une finesse dans l’attitude, tout un sentiment de présence réelle ; on sait que cette personne a une activité transformatrice, que son esprit est vivant.

Le fait d’accorder une dignité à tout le monde implique de les voir comme une seule communauté, et c’est un aspect très important de la culture néerlandaise, comme dans tous les pays protestants, où les festivités communes sont incontournables.

La peinture de Rembrandt est donc honorable ; elle est l’honneur des Pays-Bas, au sens où il y a une unité dialectique entre l’artiste et la nation en qui il fait écho, et dont il est lui-même l’écho.

Cela est tellement vrai que Rembrandt parvient à aller jusqu’au réalisme en tant que tel, avec sa présentation d’une situation typique dans un cadre typique. Il fallait, pour que ce soit possible, qu’il y ait une capacité de synthèse non pas simplement au niveau de l’artiste, mais au niveau de la société elle-même, de l’époque toute entière.

L a Leçon d’anatomie du docteur Tulp, datant de 1632, pour une taille de 1,69 mètre sur 2,16 mètres, est à ce titre un manifeste du réalisme.

Si les personnes présentes réagissent de manière peut-être trop marquée, le fait même que ce tableau existe, qu’il témoigne d’une telle activité interdite si longtemps par les temps obscurs, présente une portée qu’on doit qualifier de révolutionnaire.

Rembrandt montre les faits, les faits s’imposent, ils triomphent.

Les syndics, connus sous le nom de Le Syndic de la guilde des drapiers, est l’œuvre majeure dans cette perspective, si on considère qu’elle est davantage ramassée que La ronde de nuit, qui a une portée décorative et démonstrative.

C’est la guilde des drapiers qui a elle-même commandé l’œuvre à Rembrandt.

D’une taille de 1,91 mètre sur 2,79 mètres, il montre non pas les dirigeants de la guilde, mais cinq inspecteurs de tissus, avec un valet présent en permanence au siège de la guilde.

Ces cinq inspecteurs consistaient en deux catholiques et trois protestants (un mennonite, un remontrant, réformé).

Les Provinces-Unies comme projet historique, comme nation néerlandaise née dans la libération du féodalisme, sont résumées en substance en un tableau.

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l’intimisme de Rembrandt et l’exubérance de Rubens