La proclamation de la république populaire de Chine et l’URSS

Finalement, tout alla plus vite encore que prévu. Le Parti Communiste de Chine tablait sur une victoire en 1951, cela fut 1949. De début juillet à fin octobre 1948, le Kuomintang perd un million d’hommes et l’équilibre numérique des forces s’établit ainsi.

En octobre 1948, 24,5 % de la Chine est d’ailleurs sous le contrôle de l’Armée Populaire de Libération, avec 35,3 % de la population (soit 2,3 millions de kilomètres carrés et 168 millions de personnes). 29 % des 2 009 villes du pays en font partie.

Pour cette raison, Mao Zedong multiplie les remarques et analyses sur les principes d’organisation, sur la nécessaire administration à organiser ; les tentatives du Kuomintang de gagner du temps, y compris avec l’intervention de navires britanniques organisant une provocation armée, furent également déjouées.

Rien n’y fera et le premier octobre 1949, c’est à Pékin que Mao Zedong proclame la République populaire de Chine. Le Kuomintang s’est quant à lui replié sur l’île de Taiwan.

La proclamation de la République populaire de Chine,
en 1949 à Pékin

La Chine populaire s’inscrivant dans le Mouvement Communiste International, les rapports avec l’URSS devaient acquérir une importance capitale.

Après la victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie et le Japon militariste, Staline avait conseillé au Parti Communiste de Chine de négocier une paix avec le Kuomintang. Staline pensait en effet que le rapport de force ne serait pas suffisant, notamment avec l’élan de l’intervention américaine dans la région.

Staline pensait que les forces communistes chinoises ne pourraient pas franchir le Yangzi Jiang, le troisième plus long fleuve du monde, qui traverse la Chine d’ouest en est, sans avoir à être confrontées à une intervention militaire américaine.

Ce conseil de Staline ne fut pas suivi et Mao Zedong mena donc la révolution chinoise à la victoire. Staline reconnut par la suite son erreur lors du processus de rapprochement au plus haut niveau qui suivit la victoire chinoise.

La première chose qu’il dit à Mao Zedong lors de leur rencontre en décembre 1949 à Moscou fut ainsi :

« On ne juge pas les vainqueurs. Les vainqueurs ne peuvent pas être jugés, c’est une loi fondamentale. »

C’est cela qui explique également l’approche que l’on retrouve, dans ce télégramme de Staline, du début de l’année 1949, envoyé au Parti Communiste de Chine :

« Nous vous prions de considérer nos conseils précisément comme des conseils, qui ne vous engagent en rien et que vous êtes en mesure d’accepter ou de refuser.

Vous pouvez être convaincus du fait que le refus de nos conseils n’influencera pas nos relations et que nous resterons pour vous les mêmes amis que nous avons toujours été. »

Anastase Mikoyan fut envoyé à la fin du mois de janvier 1949 à Xibaipo, dans le Hebei, où était basé la direction du Parti Communiste de Chine. Les discussions s’engagèrent sur les aides soviétiques à la Chine nouvelle.

Un envoyé spécial, Ivan Kovalev, resta à cette occasion en Chine, rencontrant de manière régulière Mao Zedong.

Au même moment, tactiquement, l’ambassadeur soviétique en Chine expliquait à son homologue américain que si les communistes prenaient le pouvoir dans le pays, ce serait comme « chevaucher un tigre », qu’il ne devait pas s’inquiéter, que l’histoire a montré que le pays avait de telles forces centrifuges qu’il n’était pas gouvernable de manière centralisée, etc.

À partir d’avril, une délégation fut organisée pour aller en URSS, mais Staline demanda explicitement que Mao ne vienne pas, le chemin étant encore trop risqué alors qu’il était d’une importance centrale pour la révolution chinoise.

C’est pour cette raison Liu Shaoqi, qui dirige la délégation, qui arrive à Moscou le 26 juin 1949, dont un événement marquant fut l’appel de Staline à trinquer à ce que bientôt le petit frère rattrape le grand et le dépasse.

Affiche chinoise du début des années 1950,
sur l’amitié et l’aide mutuelle sino-soviétiques

Mao Zedong vint ensuite en URSS, du 16 décembre 1949 au 17 janvier 1950, Mao demandant en particulier à être présent pour féliciter Staline pour son 70e anniversaire. Mao avait à ce moment-là lui-même 56 ans.

Lors du convoi amenant Mao en train à Moscou, des gardes surveillaient les rails sur tout le parcours ; dans toutes les stations en URSS se tenait un représentant du PCUS(b) saluant le convoi, alors que le vice-premier ministre des affaires étrangères attendait lors du passage de à la frontière.

La délégation menée par Mao Zedong fut très étonné de la rigueur du protocole diplomatique soviétique, car elle fut reçu non pas en tant que délégation partidaire, mais en tant que délégation gouvernementale. À ce titre, Mao Zedong fut présenté comme « Monsieur Mao Zedong » et non comme un camarade, comme le protocole diplomatique l’exigeait, ce qui étonna la délégation chinoise.

Mao Zedong rencontra Staline dès son jour d’arrivée, à 18 heures au Kremlin. Les discussions portèrent notamment sur le contenu du Traité d’amitié, d’alliance et d’aide mutuelle, qui devait instaurer le cadre général des rapports sino-soviétiques.

« Avec le grand soutien de l’Union Soviétique, et notre propre grande force, nous réaliserons pas à pas l’industrialisation de notre nation ! », affiche chinoise de 1953

Mao Zedong demanda également la venue d’un haut cadre du PCUS(b) pour l’aider à la publication de ses propres œuvres ; ce fut Pavel Yudin qui vint en Chine, entre juillet 1950 et octobre 1951, afin de participer à la mise en place des tomes 1 et 2 des œuvres choisies de Mao Zedong, qui furent publiées en Chine et en URSS au tout début des années 1950.

Lors de la célébration de l’anniversaire de Staline, au Bolchoï le 21 décembre, Mao Zedong fut placé à la droite de Staline, lui-même ayant Kaganovitch à sa droite.

Mao Zedong et Staline

Mao Zedong fut également le premier étranger à avoir la parole après le communiqué officiel soviétique ; son discours fut interrompu cinq fois par des applaudissements avec le public se levant à la fin, ce qui se passa seulement pour lui.

Par la suite eut lieu un spectacle, Mao Zedong étant assis à côté de Staline, les deux étant salués par leurs nom par le public à la fin de celui-ci.

Affiche soviétique sur l’amitié sino-soviétique : Staline sert la main de Mao Zedong tenant un ouvrage de Lénine

Le lendemain, lors d’une fête avec un programme culturel, Mao Zedong fut également placé à côté de Staline.

Le 4 janvier 1950, la Pravda publia un discours de Liu Shaoqi tenu à la conférence des syndicats des pays d’Asie et d’Océanie, où la voie militaire employée en Chine est présentée comme le modèle à suivre pour les pays coloniaux et semi-coloniaux.

Le lendemain fut publié un article sur les fonctions de la dictature du prolétariat dans les pays de régime populaire, où il était expliqué que « la lutte du peuple chinois est un exemple pour tous les peuples colonisés et dépendants en lutte pour leur indépendance », avec également des citations de Mao Zedong.

La Pravda commença également une série de 18 articles sur la Chine écrits par le romancier soviétique Constantin Simonov, le dernier étant un éloge de Mao Zedong.

La révolution chinoise avait rejoint la révolution russe.

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Le message du Parti Communiste de Chine au XIXe congrès du PCUS(b)

Six membres du Parti Communiste de Chine, dont Liu Shao-qi, ont assisté au XIXe congrès du PCUS(b). Voici le message envoyé par le Comité Central au XIXe congrès, lu à la tribune.

Cher camarade Staline ! (Applaudissements)

Chers camarades, délégués au XIXe Congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchevik) !

Le Comité central du Parti Communiste de Chine, au nom de tous les membres du parti, adresse ses sincères salutations et ses chaleureuses félicitations au XIXe Congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchevik). (Applaudissements prolongés)

Créé et promu par Lénine et Staline, le Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchevik) a remporté une grande victoire dans une longue lutte, sans précédent dans l’histoire du monde.

Sous la direction du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchevik), la grande Révolution Socialiste d’octobre a été lancée, inaugurant une nouvelle ère dans l’histoire de l’humanité, marquant le passage radical du vieux monde capitaliste à un nouveau monde socialiste.

Sous la direction du parti bolchevik, le peuple soviétique a triomphé dans le socialisme, a créé un nouveau système social qui ignore l’exploitation de l’homme par l’homme.

Sous sa direction, le peuple soviétique et l’armée soviétique remportèrent la victoire, sauvant ainsi l’humanité de l’esclavage par le fascisme germano-italien et japonais et ouvrant la voie à la lutte des peuples du monde entier pour une paix durable et une démocratie populaire.

Sous sa direction, le peuple soviétique, dans la lutte pour la réalisation du cinquième plan de développement quinquennal de l’Union soviétique, progresse vers une excellente société communiste.

Tout cela constitue une contribution considérable à la cause du mouvement communiste et inspire infiniment les travailleurs du monde entier, renforce leur confiance dans la lutte pour leur libération, pour le grand avenir communiste.

Les noms de Lénine et de Staline sont la bannière qui dirige les travailleurs du monde entier. Le Parti Communiste d’Union Soviétique est un exemple pour tous les partis communistes et ouvriers. (Applaudissements prolongés)

L’Union soviétique, dirigée par le Parti communiste, le parti de Lénine-Staline, est un puissant bastion de la paix et de la démocratie dans le monde entier.

Toute entreprise progressiste sur le globe est inextricablement liée à l’existence et au développement de l’Union soviétique.

Les yeux des peuples de la terre entière sont tournés vers l’Union soviétique, dans laquelle ils voient leur avenir et leur espoir.

Les nations opprimées de l’Est, asservies depuis longtemps par l’impérialisme, voient les succès de la construction en Union soviétique et les efforts de celle-ci dans la lutte pour la paix dans le monde, ce qui renforce leur confiance dans la lutte pour la libération nationale. (Applaudissements)

Le Parti Communiste de Chine a été créé sous l’influence directe de la Grande Révolution socialiste d’octobre et à l’instar du Parti communiste d’Union soviétique.

Les brillantes instructions du camarade Staline sur la révolution chinoise revêtent une importance capitale et inestimable pour la victoire que le peuple chinois a remportée dans la révolution sous la direction du Parti communiste chinois.

La victoire de la révolution chinoise et les grandes réalisations de la construction au cours des trois années écoulées depuis la fondation de la République populaire de Chine prouvent que, lorsque les enseignements de Marx-Engels-Lénine-Staline sont appliqués, l’expérience acquise est appliquée correctement.

Le Parti communiste de l’Union soviétique dans la révolution et la construction – la victoire est toujours assurée. (Applaudissements prolongés et tempétueux)

Le XIXe Congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchevik) est le plus grand événement d’importance internationale. Ce congrès va profondément inspirer les travailleurs du monde entier, tous les peuples épris de paix, et leur insuffler une nouvelle énergie.

Nous souhaitons du succès au congrès !

Nous souhaitons au Parti communiste de l’Union soviétique, dirigeant le peuple soviétique, de nouvelles victoires, encore plus grandioses, dans la glorieuse cause de la construction du communisme et de la défense de la paix dans le monde ! (Applaudissements tempétueux).

Vive le grand et glorieux Parti Communiste d’Union Soviétique ! (Applaudissements prolongés)

Vive la victoire du marxisme-léninisme! (Applaudissements prolongés)

Vive le grand dirigeant et enseignant des travailleurs du monde entier, le camarade Staline ! (Applaudissements violents se transformant en une ovation debout. Tout le monde se lève. Exclamations: « Hourra! », « Longue vie au camarade Staline! »).

Vive l’éternelle puissante amitié et union des peuples chinois et soviétique ! (Applaudissements prolongés et tempétueux, se transformant en une ovation debout. Tout le monde se lève).

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Le révisionnisme de Deng Xiaoping : science et philosophie

Deng Xiaoping a réussi à couper la science de la philosophie, ce qui signifie qu’il rejetait l’aspect universel du matérialisme dialectique. Il y aurait d’un côté la science, de l’autre la philosophie.

Cette « double vérité » était nécessaire pour légitimer la domination du Parti « Communiste » révisionniste. La science doit servir le capitalisme, et le Parti « Communiste » devrait être la nouvelle bourgeoisie.

Le rejet du mouvement de 1989 a été le rejet de l’option de dépasser cette « double vérité ». Le problème est bien sûr que plus la science devient contrôlée par les éléments bourgeois, plus elle est non-productive et aussi un facteur de libéralisme.

C’est pourquoi l’idéologie du Parti « Communiste » révisionniste a de plus en plus tendance à se déplacer au-delà de la formule de Deng Xiaoping et à réhabiliter Hu Yaobang. En fait, le mouvement de 1989 est venu trop tôt, mais sa ligne est de plus en plus acceptée par le révisionnisme.

Fondamentalement, le même processus a existé en Union Soviétique ou dans le Parti « Communiste » français. Le parti dirigeant faisait semblant d’être toujours sur une ligne politique communiste, mais en fait, dans tous les domaines et tous les sujets, il était sur ​une voie libérale.

Contaminée, l’option politique s’est effondrée à la fin. C’est pourquoi Mao Zedong a formulé la GRCP comme une lutte dans tous les domaines et tous les sujets, pour défendre le socialisme dans les domaines culturel et scientifique.

Citons ici Friedrich Engels, qui, dans Dialectique de la Nature explique comment les chercheurs ont besoin de suivre la philosophie d’être vraiment scientifique :

« Les savants croient se libérer de la philosophie en l’ignorant ou en la vitupérant.

Mais, comme, sans pensée, ils ne progressent pas d’un pas et que, pour penser, ils ont besoin de catégories logiques, comme, d’autre part, ils prennent ces catégories, sans en faire la critique, soit dans la conscience commune des gens soi-disant cultivés, conscience qui est dominée par des restes de philosophies depuis longtemps périmées, soit dans les bribes de philosophie recueillies dans les cours obligatoires de l’université (ce qui représente non seulement des vues fragmentaires, mais aussi un pêle-mêle des opinions de gens appartenant aux écoles les plus diverses et la plupart du temps les plus mauvaises), soit encore dans la lecture désordonnée et sans critique de productions philosophiques de toute espèce, ils n’en sont pas moins sous le joug de la philosophie, et la plupart du temps, hélas, de la plus mauvaise.

Ceux qui vitupèrent le plus la philosophie sont précisément esclaves des pires restes vulgarisés des pires doctrines philosophiques.

Les savants ont beau faire, ils sont dominés par la philosophie. La question est seulement de savoir s’ils veulent être dominés par quelque mauvaise philosophie à la mode, ou s’ils veulent se laisser guider par une forme de pensée théorique qui repose sur la connaissance de l’histoire de la pensée et de ses acquisitions.

Physique, garde-toi de la métaphysique ! [phrase attribuée à Newton] C’est tout à fait juste, mais dans un autre sens [Engels renverse Newton].

Les savants gardent à la philosophie un reste de vie factice en tirant parti des déchets de l’ancienne métaphysique.

Ce n’est que lorsque la science de la nature et de l’histoire aura assimilé la dialectique que tout le bric-à-brac philosophique — à l’exception de la pure théorie de la pensée — deviendra superflu et se perdra dans la science positive. »

 Dialectique de la Nature 

Le révisionnisme chinois s’est déplacé exactement dans le sens opposé: il a séparé la science de la philosophie, ce qui est impossible.

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Le révisionnisme de Deng Xiaoping : Zha Ruqiang

Comme nous l’avons vu, l’émergence du libéralisme dans le domaine de la cosmologie a changé la situation pour le révisionnisme chinois. En effet, l’émergence de scientifiques dans ce cadre ouvert par le révisionnisme chinois a donné une contribution importante à l’idéologie de contre-révolution bourgeoise ouverte, au point que le régime révisionniste en a lui-même été mis en difficulté.

Étudions plus précisément ce processus.

Le rejet révisionniste de la cosmologie de Mao Zedong

Au début des années 1980, l’objectif du révisionnisme chinois était de détruire la conception maoïste de la matière comme inépuisable, intarissable parce que chaque niveau de la matière est divisible, le processus étant infini.

Les armes pour faire cela n’étaient pas originales : il s’agissait bien entendu, d’une part, de la mécanique quantique, qui théorisé le micro-monde comme étant observable et prévisible grâce aux probabilités : sont ici importants le « principe d’incertitude » de Heisenberg et l’école de Copenhague avec Niels Bohr.

Ensuite, l’autre arme était le Big Bang : il y aurait une origine de l’univers et la matière ne serait pas infinie, la matière étant limitée et pour ainsi dire étirée dans un univers en expansion.

Déjà en 1973, dans le premier numéro de la nouvelle série de la Revue d’études en philosophie, qui avait été arrêtée auparavant, un article écrit par Fang Lizhi et Yin Dengxiang attaqua les enseignements effectués dans la revue Journal de la dialectique de la nature, qui soutenait la cosmologie de Mao Zedong.

Il exprimait la nécessité de considérer que l’univers était « fini » selon la science naturelle et « infini » du point de vue de la philosophie. C’était une façon de promouvoir le relativisme et le libéralisme.

Fang Lizhi

En fait, dans la science, les scientifiques bourgeois faisaient la promotion de la même chose que Deng Xiaoping en économie : tout serait trop compliqué, nécessitant une nouvelle formulation, avec la nécessité d’être « flexible », et non pas dogmatique, etc.

L’infinie divisibilité de la matière peut être vrai, mais pas de la manière que l’on pensait auparavant, tout doit être reconsidéré, etc.

L’influence du relativisme

Dès que les « débats » sur l’indivisibilité de la matière ont été ouverts, la dialectique de la nature pouvait être mise de côté, en particulier sous l’influence de Fang Lizhi, un droitier qui a aidé Deng Xiaoping et était l’un des activistes majeurs donnant naissance au mouvement de 1989 (il a été expulsé du Parti « communiste » en 1987 et a demandé l’asile à l’ambassade américaine à Pékin en 1989).

Néanmoins, et en parallèle avec la réforme de Deng Xiaoping, le rejet officiel de la divisibilité de la matière a pris du temps. Deng Xiaoping a progressivement transformé l’idéologie officielle, au nom de la modernisation, de la science et de la technologie qui serait « nouvelles » et devraient être adoptées.

De la même manière, Zha Ruqiang joua un rôle majeur dans le domaine de la science du révisionnisme chinois. Il a été le principal promoteur de la conception dengiste dans la science, produisant de nombreux documents, en essayant de produire une toute nouvelle conception de la science, libérale d’un côté, mais avec l’apparence du marxisme.

Au début des années 1980, la Chine a connu une grande offensive idéologique des conceptions réactionnaires traditionnelles occidentales : en psychologie cette offensive est venue par Freud, Jung, Adler, Rogers, en philosophie à travers Foucault, Heidegger, Lévi-Strauss, Derrida.

La tendance était de considérer que la science devait être « autonome » de la philosophie, que le libéralisme complet était nécessaire, avec une forte influence des conceptions réactionnaires de Karl Popper, Thomas Kuhn et Imre Lakatos.

Le rôle de Zha Ruqiang

Dans ce contexte, Zha Ruqiang a joué le rôle de défenseur de l’hégémonie du Parti « communiste » révisionniste.

D’un côté, selon Zha Ruqiang, c’était le temps de la « troisième révolution industrielle », avec la théorie quantique et la relativité, l’énergie nucléaire et la technologie spatiale, la technologie informatique, il y avait la nécessité d’une science « pratique ».

Ce fut directement utile pour la ligne de modernisation de Deng Xiaoping.

De l’autre côté, Zha Ruqiang défendait le « marxisme », et ainsi la théorie de l’indivisibilité de la matière, parce que c’était une thèse nécessaire pour justifier la nécessité scientifique du Parti « communiste » révisionniste.

Ainsi, il a exprimé son désaccord avec Lukacs, Marcuse, Sartre, Merleau-Ponty, Sidney Hook, ce qui signifiait qu’il refusait les courants idéologiques occidentaux « de gauche », et a essayé de forger une continuité idéologique avec le passé.

La tâche était pratiquement impossible : comment était-il possible de dire que la théorie de la divisibilité de la matière était correcte, quand Mao Zedong l’avait formulé durant la période de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne, une période entièrement rejetée par Deng Xiaoping et le régime chinois?

Conséquence de la position théorique impossible du révisionnisme chinois

En effet, une fois que cette approche « pratique », c’est-à-dire « dengiste », avait commencé, Zha Ruqiang pouvait lui-même être rejeté pour avoir maintenu le concept de dialectique de la nature, même si « adapté ».

Le « nouveau » marxisme du révisionnisme chinois résumait le matérialisme dialectique à la méthode de considérer un phénomène à travers son développement et son changement.

C’est, de fait, exactement comment le Parti « Communiste » français a toujours limité les enseignements de Marx et Engels (ou Lénine et Staline) ; c’est le rejet révisionniste du « dogmatisme », de la « scolastique », du « stalinisme », etc.

Ainsi, en 1986, la position de Zha Ruqiang a été fortement attaquée par Fang Lizhi, Dong Guangbi, Ji Wulun, Han Zenglu ; l’objectif principal était la philosophie, qui pouvait être considérée comme un « outil utile », mais jamais comme un guide. Hegel a été considéré comme la source des erreurs, Kant et le positivisme ont été valorisés.

La tendance était à un rejet ouvert du matérialisme dialectique.

Le choix du régime par le social-fascisme

Il était clair que si la critique du matérialisme dialectique était généralisée, alors la science devait être libéralisée, et si c’était le cas, alors le Parti « communiste » ne pouvait prétendre à aucune légitimité idéologique.

Ce n’était pas la voie choisie par le Parti « communiste » révisionniste en Chine, qui fit un plénum en septembre 1986 et a décidé de rejeter la « libéralisation bourgeoise ».

Conséquence de cela, en novembre, des manifestations étudiantes commencèrent dans l’Anhui, où Fang Lizhi appelé à « lutter », puis à Shanghai et à Beijing.

Le Parti « communiste » révisionniste réprima ces manifestations, Fang Lizhi a été expulsé du « Parti communiste » et Hu Yaobang, qui était secrétaire général du parti de 1982 à 1987, a été mis de côté en raison de son « soutien » aux manifestations.

Lorsque Hu Yaobang est mort en 1989, le 15 Avril, ce fut prétexte à de nouvelles manifestations d’étudiants, soutenant ses options, et c’est devenu la célèbre protestations de la place Tian’anmen de 1989.

En effet, les Sept demandes faites à la mi-avril 1989 étaient les suivantes :

1. Affirmer que les conceptions de Hu Yaobang sur la démocratie et la liberté sont correctes ;

2. Admettre que les campagnes de lutte contre la pollution spirituelle et la libéralisation bourgeoise étaient erronées ;

3. Publier des informations sur les revenus des dirigeants de l’État et des membres de leur famille ;

4. Mettre fin à l’interdiction de journaux privés et arrêter la censure de la presse ;

5. Augmenter le financement pour l’éducation et augmenter la rémunération des intellectuels ;

6. Mettre un terme aux restrictions sur les manifestations à Beijing ;

7. Fournir une couverture objective sur les étudiants dans les médias officiels.

Cela signifiait, pour être précis, d’aller jusqu’au bout du processus de lutte contre la cosmologie de Mao Zedong, à savoir le matérialisme dialectique. Mais le régime social-fasciste n’était pas en mesure de perdre sa position politique, et il lui fallait le « socialisme » comme prétexte.

Par conséquent, la sixième plénum du Parti « communiste » de Chine (12e Comité central), en septembre 1986, fit une résolution sur la civilisation spirituelle, s’opposant le marxisme comme dogme (ce qui signifie: le véritable matérialisme dialectique), mais aussi à l’idée que le marxisme était dépassé .

Et pour cette raison, le mouvement de 1989 a été écrasé et la modernisation a pris un nouveau développement, que nous pouvons tous voir aujourd’hui.

Conclusion

Fang Lizhi a évité la participation directe dans le mouvement de 1989 alors que cela a dégénéré en mai, mais en juin un mandat d’arrêt a été fait contre lui, car il était considéré comme le principal organisateur des manifestations.

Il a ensuite cherché refuge à l’ambassade américaine ; après une année, il a été autorisé à quitter le pays. Il a joué ensuite un rôle aux États-Unis dans la mobilisation en faveur de la naissance d’une classe bureaucratique chinoise liée à ce pays.

Mais, historiquement, une autre direction a été prise en Chine, qui est maintenant pratiquement dans la même situation que la Russie tsariste : un pays réactionnaire, largement ouvert à l’impérialisme, mais en essayant de gérer une indépendance bourgeoise à travers les possibilités d’un pays riche, qui ne peut arrivé bien entendu que par le fascisme.

Et nous pouvons voir ici un exemple intéressant de la façon dont le révisionnisme n’a pas un seul visage, mais deux face ; il y avait deux possibilités pour révisionnisme chinois. Toute évaluation de la contre-révolution chinoise après la mort de Mao Zedong doit prendre cela en compte.

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Le révisionnisme de Deng Xiaoping : face aux « double soutien inconditionnel »

Comment Deng Xiaoping a-t-il lancé à la lutte contre le matérialisme dialectique? Il a dû apparaître comme menant la réorganisation de l’idéologie, comme la remettant sur son chemin.

Par conséquent, Deng Xiaoping prétendait agir au nom de la « vérité ».

Lutte bourgeoise contre le « double soutien inconditionnel »

Le 19 Septembre 1977, l’information a été donnée comme quoi Deng a expliqué que « chercher la vérité des faits » était « la quintessence de la pensée philosophique de Mao Zedong », en parlant avec la figure la plus importante du ministère de l’Éducation.

Six mois plus tard, le 11 mai 1978, le Guangming Ribao (le Quotidien de Guangming) publia un article intitulé La pratique est le seul critère pour tester la vérité, qui était l’attaque de la ligne pragmatique contre le « double soutien inconditionnel », qui représente la fidélité au matérialisme dialectique.

Voici comment Deng Xiaoping explique le « double soutien inconditionnel » :

« Il y a quelques jours, deux camarades responsables de l’Administration générale du Comité central m’ont rendu visite, et je leur ai dit que c’était une erreur de pratiquer le « double soutien inconditionnel » [Il s’agit de : « Soutenir résolument toutes les décisions du Président Mao et soutenir invariablement toutes ses directives »].

Si l’on s’y conformait, on ne pourrait ni expliquer pourquoi il a fallu me réhabiliter, ni affirmer que les activités menées par les larges masses populaires en 1976, sur la place Tian’anmen, « allaient dans le sens du sentiment et de la raison » [Allusion à la manifestation anti-communiste du 5 avril, en conséquence de quoi Deng Xiaoping fut considéré comme « contre-révolutionnaire » par Mao Zedong et le bureau politique du Comité central].

Il est, en effet, impossible d’appliquer ce que le camarade Mao Zedong a dit au sujet d’un problème spécifique, en un lieu donné, à une époque précise et dans des conditions particulières, à un autre problème surgi en un lieu différent, à un autre moment et dans d’autres conditions.

Le camarade Mao Zedong lui-même a déclaré à maintes reprises que certaines de ses paroles n’étaient pas tout à fait exactes (…).

Le camarade Mao Zedong a avoué que lui-même avait également commis des erreurs. Il a affirmé qu’il n’existe personne qui soit dans la vérité à tout moment et en toute chose, et dont chaque parole soit correcte.

Il disait encore : Ce serait déjà positif si les mérites et les erreurs d’une personne pouvaient être évalués dans un rapport de 70 à 30 pour cent ; après ma mort, si le jugement de la postérité m’accorde un tel rapport, je serai très content, très satisfait. »

Le « double soutien inconditionnel » est le contraire du marxisme, 24 mai 1977

Ce n’était pas tout. Deng Xiaoping a dû faire appel à une réinterprétation des enseignements de Mao, toujours dans l’esprit du rejet de la divisibilité de la matière. Deng Xiaoping a pu réduire ce qui est apparu comme le maoïsme, dans une sorte de « pensée Mao Zedong », qui était juste une « méthode. »

Deng Xiaoping a ainsi expliqué:

« La pensée de Mao Zedong a développé le marxisme-léninisme dans beaucoup de domaines. Elle forme un système, qui n’est autre que le marxisme-léninisme développé.

Je propose donc que les camarades versés dans le travail théorique, tout en menant à bien la compilation et la publication des œuvres de Mao Zedong, consacrent de grands efforts à l’explication, sous différents angles, de sa pensée en tant que système. »

Pour une compréhension intégrale et correcte de la pensée de Mao Zedong, 21 juillet 1977

Le mouvement bourgeois de 1989

Cela nous amène directement au mouvement de 1989. Ce qui s’est passé est la chose suivante: le 15 avril, Hu Yaobang décéda.

Après avoir été l’un des responsables du Parti visés par la GRCP, il est devenu le chef de file des réformes économiques en Chine pendant les années 1980 ; il était l’homme de Deng Xiaoping, le numéro 2 du régime social-fasciste.

Hu Yaobang et Deng Xiaoping

Néanmoins, Hu Yaobang a estimé que le mouvement de libéralisation devait aller plus rapidement. Pour cette raison, il a refusé de critiquer le mouvement de protestation lancé en décembre 1986.

Cette protestation était basée à l’Université des Sciences et Technologies de Hefei, avec l’astrophysicien Fang Lizhi comme figure principale.

Fang Lizhi a dû travailler dans une mine de charbon au cours de la GRCP, il a été très actif dans la promotion de la conception bourgeoise du monde : il était le principal promoteur de la conception du « Big Bang », à l’encontre du principe de la divisibilité de la matière.

Les responsables du mouvement de 1986 furent exclus du Parti « communiste », et Hu Yaobang lui-même a été mis de côté pour être sur la même ligne qu’eux.

Lorsqu’il est mort, en 1989, le mouvement libéral bourgeois a commencé une nouvelle offensive. 50 000 étudiants ont défilé 22 avril 1989 sur la place Tiananmen afin de participer à la cérémonie commémorative pour la mort de Hu Yaobang et appeler au libéralisme.

Ce fut le début des protestations de la place Tiananmen, en 1989. Fang Lizhi choisit alors de demander asile à l’ambassade américaine, et a ensuite déménagé aux États-Unis.

Le mouvement de 1989 était le produit de la contradiction inévitable entre le révisionnisme et l’utilisation du libéralisme dans le domaine de la cosmologie.

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Le révisionnisme de Deng Xiaoping : la science et la technologie comme composante des forces productives

Comme nous traitons de la question de savoir comment le révisionnisme chinois a rompu avec le principe maoïste de la divisibilité de la matière, nous allons porter un regard approfondi quant à la conception de la science chez Deng Xiaoping.

Deng Xiaoping

C’est cette conception qui a été le principal outil pour promouvoir et faire triompher le révisionnisme. Cette arme idéologique réactionnaire doit être comprise, de sorte de ne pas arriver au même révisionnisme qui consiste à voir le marxisme comme une « méthode ».

Deng Xiaoping ne doit pas être considéré comme un « individu » qui a trahi, mais comme le porteur d’une vision du monde toute entière. Après la mort de Mao Zedong, il avait une façon bourgeoise de « comprendre » le maoïsme, afin de réorganiser l’Etat suivant les besoins de la bourgeoisie.

Cette voie bourgeoise consiste principalement en une compréhension particulière de la science, nous allons voir de quelles positions il s’agissait … ou il s’agit, vu qu’il y a encore des « maoïstes » qui sont en fait des dengistes cachés.

La thèse de la neutralité de la recherche et les décisions d’en haut

Selon le matérialisme dialectique, la pensée est le reflet du mouvement de la matière, les communistes luttent pour que cette pensée soit conforme à la réalité.

Une fois le mouvement éternel de la matière rejeté, il n’y a pas de place pour une telle conception. Il n’y aurait pas de pensée, mais seulement une bataille et une construction. Le marxisme serait une « méthode » et de ce fait, ce qui est nécessaire n’est pas un cadre révolutionnaire à chaque niveau, mais un « expert ».

C’est pourquoi Deng Xiaoping pourrait promouvoir le socialisme « par en haut », comme quand il dit:

« Il convient de sélectionner quelques milliers de sujets d’élite dans les milieux scientifiques et techniques, pour lesquels on créera les conditions nécessaires afin qu’ils puissent se consacrer entièrement à leurs travaux de recherche. »

Respecter les connaissances et les hommes de talent, 14 mai 1977

Cette approche voit la « science » comme neutre dans son contenu et son développement. Dans un autre document, Deng Xiaoping dit :

« Que l’on fasse du travail manuel ou intellectuel, on est un travailleur dans la société socialiste (…).

En déformant la notion de la division du travail – manuel et intellectuel – existant aujourd’hui dans notre société, pour la présenter comme un antagonisme de classes, la bande des Quatre cherchait en fait à attaquer et à persécuter les intellectuels, à miner l’alliance des ouvriers et des paysans avec les intellectuels, à détruire les forces productives sociales et à saper notre révolution et notre édification socialistes.

La science et la technologie sont une partie des forces productives. »

Discours à la conférence nationale sur les sciences, 18 mars 1978

Deng Xiaoping contre la GRCP

La Grande Révolution Culturelle Prolétarienne (GRCP) affirmait exactement le contraire. Ce n’était pas seulement une tentative de bloquer une restauration réactionnaire ; la GRCP était un moyen de progresser dans les domaines du matérialisme dialectique.

Dans la GRCP, la science et la technologie étaient considérées comme une manière d’approcher la réalité, et de cette façon elles ne sont pas des « forces productives », mais des choix idéologiques, qui reflètent un caractère de classe. Les communes populaires n’ont rien à voir avec la Chine capitaliste des années 2000.

Deng Xiaoping était bien conscient de cela, comme il était le principal ennemi de la GRCP. Mais s’il a réussi à prendre la tête de la Chine après la mort de Mao, c’est parce qu’il a réussi à prendre un aspect du maoïsme – le développement du pays – mais pour le transformer dans le sens d’un développement pragmatique.

C’est pourquoi le révisionnisme pouvait réussir: il est apparu comme une amélioration de la situation, la réorganisation apparente de l’économie, mais en fait pour la transformer. Voici comment Deng Xiaoping explique son point de vue:

« La « révolution culturelle » a certainement été une grave erreur, mais notre Parti a brisé les cliques contre-révolutionnaires de Lin Piao et des Quatre, et mis fin à cette « révolution culturelle », ce qui nous a permis d’arriver où nous en sommes (…).

Quand nous disons « rétablir le cours normal des choses », nous entendons justement réparer les ravages causés par Lin Piao et les Quatre, critiquer les erreurs commises par le camarade Mao Zedong dans les dernières années de sa vie, et ramener toutes les activités dans la juste voie de la pensée Mao Zedong. »
(Entretien du 25 octobre 1980 avec des camarades responsables du Comité central)

Deng Xiaoping à propos de la science et de la production

L’astuce tactique de Deng Xiaoping était ainsi d’assimiler la science et de la production. C’est très proche du révisionnisme soviétique: comme les forces productives croissantes sont la preuve du développement du socialisme, alors tout ce qui aide est « socialiste ».

Ce qui compte n’est pas le choix de comment et de savoir ce qui doit être produit, mais la production en elle-même. Il s’agit d’une conception bourgeoise mécanique, visant seulement à satisfaire le besoin du capital à se développer.

Voici comment Deng Xiaoping explique cela :

« Il faut comprendre que la science et la technique constituent une force productive. La bande des Quatre a fait beaucoup de tapage autour de cette question, inversant la vérité et jetant la confusion dans les esprits.

Le marxisme a toujours considéré que la science et la technique font partie des forces productives. Il y a un peu plus d’un siècle déjà, Marx avait dit que l’essor de la production mécanisée impliquait l’application consciente des sciences de la nature. Et d’ajouter que « les forces productives comprennent aussi la science. »

Le progrès de la science et de la technique modernes resserre chaque jour davantage les liens entre la science et la production. Le rôle considérable de la science et de la technique en tant que forces productives s’affirme avec toujours plus d’évidence. »

Discours à la conférence nationale sur les sciences, 18 mars 1978

La conception de Deng Xiaoping n’a servi que le capital.

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Le révisionnisme de Deng Xiaoping : le caractère de classe de la science, de la technologie et de la gestion

Quelle est la clé du révisionnisme, en URSS et en République Populaire de Chine? C’est l’idéologie, il y avait un espace ouvert pour révisionnisme en URSS et en République populaire de Chine, où les éléments bourgeois ont pu s’agglutiner et ensuite faire un coup d’État.

En URSS, cet espace était dans le domaine de la biologie. La conception bourgeoise de l’ADN comme support de tout ce qu’est la vie a été bien comprise comme une illusion réactionnaire.

Néanmoins, cela a été confronté avec la conception erronée de modifier la matière depuis l’extérieur, sans suivre le principe selon lequel la contradiction est interne.

Lyssenko prétendait modifier la matière d’une manière conforme à la volonté des êtres humains, ce qui a conduit à un échec scientifique et a permis au révisionnisme, plein de subjectivisme bourgeois, de s’organiser.

Nikita Khrouchtchev n’a pas rejeté Lyssenko après la mort de Staline, au contraire, il a nié tous les enseignements matérialistes dialectiques, mais a conservé Lyssenko comme valable. Le révisionnisme prétendait changer la nature, la réalité, depuis l’extérieur, selon la volonté.

Mao Zedong a réussi à « réparer » matérialisme dialectique avec la conception selon laquelle la contradiction est interne, comme quoi rien n’est indivisible. Le révisionnisme a dû lutter contre cela.

Pour cette raison, le révisionnisme chinois vint de ce domaine. Les promoteurs du mouvement de Tien’anmen en 1989 viennent directement de ce domaine de la cosmologie. Ils étaient protégés par Deng Xiaoping.

Couverture du Time, avec Deng Xiaoping.
“CHINE
S’écartant de Marx”

Mais comment a-t-il été possible pour le révisionnisme chinois de lutter contre la cosmologie de Mao ? Ici, Deng Xiaoping apparaît avec ce que nous devons considérer comme une idéologie : le dengisme.

Selon le dengisme, la technologie n’est pas une superstructure, mais une infrastructure. Il a formulé cela dans une phrase célèbre: « Ce n’est pas grave si un chat est blanc ou noir, pourvu qu’il attrape les souris. »

Quand on voit cela, il est facile de comprendre que la plupart des « maoïstes » dans le monde sont des dengistes ; ils maintiennent encore quelques enseignements de Mao Zedong, mais ils ont la même conception pragmatique d’une méthode suprême. Comme Deng Xiaoping, ils résument Mao Zedong à quelques livres, notamment De la pratique ; ce n’est pas une surprise que la plupart de ces « maoïstes » aient viré en « marxistes-léninistes » pro-albanais.

Le pragmatisme est la base même du dengisme. Il rejette le principe de l’indivisibilité de la matière ; il considère que le monde obéit à un mouvement mécanique, où il est possible de pousser dans une direction ou une autre.

Le prachandisme au Népal, l’avakianisme aux Etats-Unis … sont des idéologies empruntant directement leurs conceptions au dengisme, depuis une incompréhension du maoïsme, de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne (GRCP).

Le GRCP voulait mettre l’idéologie au poste de commande dans tous les domaines, alors que le dengisme limite l’idéologie à une méthode en politique. En fait, les « maoïstes » qui ne parlent jamais de la culture, de la science, de l’histoire … révèlent leur nature dengiste avec cette conception étroite.

Ces faux « maoïstes » acceptent les valeurs bourgeoises dans tous les domaines, mais pas dans la politique, en tout cas ils le prétendent. Leur refus de reconnaître la crise écologique, de rejeter la destruction de la nature et l’utilisation des êtres vivants, est une grande preuve de leur approche non matérialiste dialectique. En fait, ils sont gens rêvant d’être les gestionnaires d’une réorganisation du capitalisme – comme Deng Xiaoping.

Couverture du Time, avec Deng Xiaoping.
“Bannissant le fantôme de Mao”

Voici ce que Deng Xiaoping a répondu à la question de savoir si, finalement, le capitalisme n’est pas si mal que ça:

« Il importe d’éclaircir ce qu’est le capitalisme. Le capitalisme marque une supériorité par rapport au féodalisme. Il est certaines choses qui ne sauraient être qualifiées de capitalistes.

Par exemple, la technologie et la gestion dans la production relèvent du domaine de la science ; elles sont utiles à n’importe quelle société et à n’importe quel pays.

Nous avons l’intention d’acquérir des compétences techniques, scientifiques et de gestion avancées pour servir notre production socialiste. Et ces choses en tant que tels n’ont pas de caractère de classe. »

Réponses aux questions de la journaliste italienne Oriana Fallaci, août 1980

« Ces choses en tant que tels n’ont pas de caractère de classe » – c’est la grande ligne révisionniste, exactement ce qui a été combattu par la GRCP.

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