Lorsque le Teatro campesino est mis en place, c’est sur la base du marxisme-léninisme-maoïsme Pensée Mariátegui. Toutefois, la guerre populaire n’a pas commencé : elle est déclenchée en 1980.
Il est ainsi frappant qu’on a déjà tout le contenu violent et de masse de la guerre populaire, mais avant l’expression de celle-ci.
C’est conforme au principe que la guerre populaire est le produit de la Pensée Guide, qui synthétise une réalité historique.

Une réédition de l’ouvrage compilant les pièces de Víctor Zavala Cataño eut lieu en août 1983 et là, l’auteur a senti la nécessité de faire deux précisions significatives.
Il souligne que l’apparition du « théâtre paysan » ne saurait être isolée ; elle s’inscrit dans toute une réalité.
« Elle reflète le mouvement social du pays dans lequel les masses populaires, et plus particulièrement les masses paysannes, jouent leur rôle de force populaire du développement historique de notre société. »
Ainsi :
« À quatorze années de sa première publication, nous pouvons affirmer que leTeatro campesino synthétise toute une recherche et ouvre une nouvelle étape dans l’incarnation artistique et du Pérou comme thème, et de son traitement avec des éléments et des formes propres à notre réalité.
Cela signifie aussi, selon nous, la découverte d’une nouvelle approche, produit d’une attitude correcte, quant au thème et les personnages de la sierra péruvienne [=la zone de montagnes et hauts plateaux traversée par la cordillère des Andes].
LeTeatro campesino établit la rupture avec l’image fantoche et ridicule du paysan, coupe court au lyrisme mélodramatique et pleurnichard par rapport à sa situation, accorde une personnalité moins individuelle et plus de masse aux protagonistes, et a fait avec le drame du paysan un fait important en le traitant jusqu’à l’élever au typique, en un sentiment brechtien. »
Et Víctor Zavala Cataño de préciser dans une note sur ce « sentiment brechtien » :
« Pour Bertolt Brecht, le « typique » est tout fait ou personnage « historiquement significatif », c’est-à-dire important pour le progrès de l’humanité, c’est-à-dire pour le socialisme. »
Ainsi :
« LeTeatro campesino, en tant que composante de la culture populaire au Pérou, occupe une place à part et demeure pertinent tant que les motivations qui l’ont engendré continuent d’agiter les eaux de notre société.
Le thème, et par conséquent le texte théâtral, n’a pas cessé, ne cesse pas et ne cessera pas d’être présent, tant que la majorité de la population reste essentiellement paysanne.
Cette approche, en tant que vision dramatique des caractéristiques semi-féodales de notre société, continue d’être valide si on prend en compte que le problème de la terre et ses conséquences politiques et sociales n’ont été résolus ni par une, ni par deux, ni par aucune réforme agraire.
La transformation qualitative qui s’opère dans les campagnes, avec l’incarnation de contenus sociaux et politiques nouveaux et définitifs [allusion au déclenchement de la guerre populaire en 1980], implique, en retour, un élargissement nécessaire du sens de l’ouvrage sur le théâtre paysan car, au-delà de la simple dénonciation, les pièces abordent (même si ce n’est pas en profondeur) la perspective historique des masses populaires.
Ce constat confère à cette seconde édition du volumeTeatro campesino une signification particulière aujourd’hui.
En tout cas, le peuple, le seul qui, guidé par son avant-garde, forge l’histoire, dans son voyage vers des temps nouveaux et victorieux, placera leTeatro campesino, comme tous les événements sociaux, à la place qui lui revient. »
Víctor Zavala Cataño fait ici, bien entendu, allusion au propos de Mao Zedong dans ses Interventions aux causeries sur la littérature et l’art de 1942, avec la reprise des mots de Lénine sur le rôle de l’art produit par les révolutionnaires :
« La littérature et l’art prolétarien font partie de l’ensemble de la cause révolutionnaire du prolétariat ; ils sont, comme disait Lénine, « une petite roue et une petite vis » du mécanisme général de la révolution. »
La citation de Lénine se trouve dans l’article L’Organisation du Parti et la littérature de parti ; on y lit :
« La littérature doit devenir une partie de la cause générale du prolétariat, une petite roue et une petite vis dans le grand mécanisme social-démocrate, un et indivisible, mis en mouvement par toute l’avant-garde consciente de toute la classe ouvrière. »
On n’a pas un théâtre inventé à partir de rien, sur une base propagandiste abstraite ; on a une synthèse historique de la situation péruvienne qui s’exprime par de multiples aspects, dont celui de l’art, en s’intégrant par conséquent au dispositif révolutionnaire général.
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et le théâtre paysan péruvien