A propos de la théorie des trois mondes (1977)

[Publié dans Front Rouge, novembre – décembre 1977 et début 1978.]

.La division du monde en trois mondes, pour définir la situation internationale actuelle, n’est pas une thèse toute récente. Le Parti communiste chinois l’a formulée dans les années 73-74. En janvier 1975, Chou En-Laï, dans son “Rapport sur les activités du gouvernement présenté à la première session de la IVe Assemblée populaire nationale de la République populaire de Chine”, la développe explicitement.

Bien avant cela, les dirigeants du Parti communiste chinois avaient à de nombreuses reprises parlé en terme de “Tiers monde”, précisément Mao Tsé-toung, en juin 1973, lors d’une entrevue avec un dirigeant africain ; et dans le rapport présenté au Xe Congrès du PCC en août de la même année, Chou En-Iaï indiquait : “La prise de conscience du Tiers monde et la croissance de sa force constituent un évènement de grande importance dans les relations internationales de notre temps”.

Pourtant, de façon assez curieuse, c’est seulement après la mort de Mao Tsé-toung, à partir de l’automne 76, qu’une polémique va s’engager sur la définition de la situation internationale en terme de trois mondes et sur la notion de tiers monde, au sens où l’entendent Mao Tsé-toung, Chou En-laï, le parti communiste chinois et de nombreux partis communistes dans le monde.

A cette polémique, participent non seulement les différents courants trotskystes, qui ont toujours entretenu de profondes divergences avec les marxistes-léninistes sur l’analyse de la situation internationale, entre autres points, et particulièrement sur les mouvements de libération nationale et la lutte contre l’impérialisme, depuis le traité de Brest-Litowsk jusqu’aux luttes des peuples d’Indochine, mais aussi des groupes et partis qui se définissent comme marxistes-léninistes.

De ce côté, les auteurs de la théorie des trois mondes sont tout à coup qualifiés d’opportunistes, d’éléments anti-marxistes… au fil d’une polémique dont le ton s’enfle, sans que les éléments de démonstration et les arguments ne se précisent.

Comme il est fréquent dans de pareils cas, la thèse critiquée, la thèse des trois mondes, est présentée de façon déformée et la polémique se nourrit, dans une large mesure, des éléments qu’elle apporte elle-même.

Toutefois, comme son propos est bien de discréditer la thèse des trois mondes, il est indispensable de vérifier la pertinence des critiques formulées, et ce faisant, de vérifier aussi les fondements de la thèse des trois mondes. C’est ce que nous commençons à faire ici, particulièrement en examinant la notion de tiers-monde.

En premier lieu, la théorie des trois mondes est opposée à l’analyse du monde selon les contradictions fondamentales de notre époque. Cette remarque semble, à première vue, pertinente. En effet, le mouvement communiste a toujours analysé la situation internationale à partir des contradictions fondamentales qui permettent de la comprendre.

Au lendemain de la Révolution d’Octobre et de la première guerre mondiale, la situation du monde s’est trouvée profondément changée. L’époque qui s’est engagée alors, et dans laquelle nous nous trouvons encore est bien celle que définissait Lénine: l’époque de l’impérialisme agonisant et des révolutions prolétariennes.

Tout au long de cette époque, la réalité du monde est définie par le développement des contradictions qui permettent d’en décrire l’essence: les contradictions fondamentales. Tous les changements qui se produisent dans la situation internationale sont provoqués par le développement de ces contradictions.

Après la révolution bolchévique de 1917, ces contradictions, au nombre de quatre, peuvent être ainsi définies :
-la contradiction bourgeoisie – prolétariat dans les pays capitalistes.
-La contradiction entre les pays impérialistes et les peuples et les nations opprimées
-La contradiction entre les différents pays impérialistes
-La contradiction entre l’URSS socialiste et les pays impérialistes

Avec les transformations provoquées par ces contradictions dans la situation du monde, les termes opposés de ces contradictions se modifient.

Ainsi, après l’apparition, au terme de la seconde guerre mondiale, d’un vaste ensemble de pays socialistes, unis entre eux et organisés en un camp opposé au camp impérialiste organisé par l’impérialisme US, les termes de la contradiction fondamentale (URSS socialiste – pays impérialistes) ont changé, la même contradiction fondamentale entre le socialisme et l’impérialisme se jouant alors entre un camp socialiste et un camp impérialiste.

En retour, lorsque l’Union soviétique a dégénéré en un pays social-impérialiste, après avoir rétabli le capitalisme, alors que le camp impérialiste lui-même voyait dissocier ses liens internes et contester l’hégémonie américaine, la contradiction impérialisme- socialisme s’exprimait dans les termes: la contradiction qui oppose les pays socialistes aux pays impérialistes et au social-impérialisme.

Dans le même temps, l’Union soviétique, qui au lendemain de 1917 constituait le seul pays socialiste, en se transformant vers 1968 et au moment de l’invasion de la Tchécoslovaquie, en un pays social-impérialiste, se trouve totalement concernée par la contradiction fondamentale qui oppose entre eux les pays impérialistes.

Ainsi les termes des contradictions fondamentales se modifient-ils avec les progrès -et les reculs temporaires qui ne contredisent pas la progression d’ensemble de la révolution prolétarienne mondiale- dans le développement de ces contradictions.

Celles-ci caractérisent l’ensemble de l’époque ouverte par la première guerre mondiale et le succès de la révolution bolchévique.

Ces contradictions sont indissociablement unies entre elles, il n’est possible, pour penser la situation mondiale, ni d’en prendre une seule en considération -par exemple d’envisager l’évolution de la situation mondiale uniquement à partir de la contradiction fondamentale bourgeoisie-prolétariat, ce que font les trotskystes-, ni de négliger les liens qui existent entre ces quatre contradictions.

Dans le débat au sein du Mouvement communiste international qui s’est déroulé dans les années 60 et au cours duquel les partis marxistes-léninistes authentiques ont mené la lutte contre le révisionnisme moderne, ce point fut particulièrement mis en lumière.

Ainsi dans la “lettre en 25 points” rédigée par le Parti communiste chinois en 1963, il était dit, à propos des contradictions fondamentales: “Ces contradictions, de même que les luttes qu’elles entraînent, sont liées entre elles et influent les unes sur les autres.

Personne ne peut nier une seule de ces contradictions fondamentales, ni prendre subjectivement l’une d’elles pour la substituer aux autres” et aussi, pour préciser ce point, par rapport à la position du parti révisionniste de l’Union soviétique, qui réduisait l’ensemble des contradictions fondamentales à la contradiction camp socialiste, camp impérialiste: “La contradiction entre le camp socialiste et le camp impérialiste est celle entre deux systèmes sociaux radicalement différents, le socialisme et le capitalisme. Elle est indubitablement très aiguë.

Mais les marxistes-léninistes ne doivent pas considérer les contradictions à l’échelle mondiale comme réduites simplement et uniquement à celle entre le camp socialiste et le camp impérialiste”.

Les quatre contradictions fondamentales doivent donc être envisagées simultanément dans leur liaison interne, lorsque l’on tente de saisir ce phénomène extrêmement complexe que constitue la situation mondiale; aussi s’agit-il d’apprécier correctement l’état de développement de chacune de ces contradictions, la position respective de chacun des contraires qui les définissent.

Cette étude dialectique de la réalité n’est pas du tout résolue lorsque l’on se contente de rappeler, comme nous venons de le faire, la nature des contradictions fondamentales en acte dans le monde, tout au long de l’époque engagée par la première guerre mondiale et la révolution d’Octobre 17.

L’essentiel reste à faire, c’est-à-dire l’analyse concrète de l’état de la lutte entre bourgeoisie et prolétariat dans les pays capitalistes, entre les pays impérialistes et les peuples et nations opprimées, entre les pays impérialistes eux-mêmes, entre les pays socialistes et les pays impérialistes.

Réaliser cette analyse concrète est une tâche de très grande ampleur, puisqu’elle embrasse tous les aspects de la lutte qui se mène à l’échelle mondiale entre classes antagonistes, systèmes sociaux opposés, ainsi que les contradictions inter-impérialistes et entre l’impérialisme et le mouvement de libération nationale ; or, la diversité de ces aspects se trouve très rarement rassemblée à l’intérieur d’un même pays, de même qu’il est quasiment impossible de saisir la réalité d’un pays à partir de l’énoncé d’une seule de ces contradictions fondamentales.

De ce fait, des différences d’appréciation peuvent se faire jour entre partis communistes sur des aspects plus ou moins importants de l’évolution de la situation mondiale. Ces différences ont existé, y compris lorsque l’ensemble des partis communistes au plan mondial se trouvaient rassemblés au sein de l’Internationale communiste, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

La mise en oeuvre commune des principes de l’internationalisme prolétarien et la discussion approfondie entre partis communistes réduit ces différences inévitables d’appréciation.

A une étape donnée du développement des quatre contradictions fondamentales peut apparaître une contradiction principale, qui ne se confond pas avec ces contradictions fondamentales, mais résulte de leur développement. Cette contradiction principale n’existe pas, de part en part, tout au long de l’existence du phénomène envisagé, mais caractérise un moment de l’existence de ce phénomène.

C’est ce qui est nettement apparu au cours de la deuxième guerre mondiale, où deux camps opposés se sont clairement dessinés: le camp comprenant les états fascistes (Allemagne, Italie, Japon) et le camp antifasciste qui regroupait un pays socialiste: l’URSS, des pays capitalistes (Grande-Bretagne, États-Unis), à l’intérieur des pays capitalistes le prolétariat uni à d’autres classes, et couches dans la résistance anti-fasciste, des mouvements de libération nationale engagés dans la révolution de démocratie nouvelle (Chine, Vietnam).

Une fois cette guerre achevée et cette contradiction principale résolue par la victoire du camp antifasciste, le développement des contradictions fonda- mentales a pris un nouvel essor.

La définition du monde, au cours de la deuxième guerre mondiale, en deux camps n’avait pas pour origine la dissimulation des contradictions fondamentales, qui continuaient à agir pendant cette période, mais bien un bilan scientifique, une synthèse rigoureuse de l’état de développement de l’ensemble de ces contradictions fondamentales.

Aussi l’analyse de la situation mondiale, à partir des quatre contradictions fondamentales n’est-elle “pas contradictoire avec la définition d’une contradiction principale caractérisant un moment de l’époque envisagée, ni avec une appréciation du partage du monde à une période de cette époque. C’est d’ailleurs ce que faisait Lénine lorsqu’il exposait dans son ” Rapport sur la situation internationale” au IIème Congrès de l’Internationale Communiste en 1920, comment, à la suite de la première guerre mondiale et du développement inégal des impérialismes, que l’on aboutissait à une division de caractère politique entre trois groupes de pays dans le monde:

“Cela nous donne, en ses traits généraux, le tableau du monde tel qu’il apparaît après la guerre impérialiste.

Un milliard et quart d’hommes dans les colonies opprimées, les pays démembrés comme la Perse, la Turquie, la Chine et les pays vaincus, réduits à l’état de colonies (NDRL : empire austro-hongrois, Allemagne, Bulgarie et Union Soviétique) ; un quart de milliard d’hommes dans les pays qui se sont maintenus dans leur situation d’antan, mais qui sont tombés sous la dépendance économique de l’Amérique et qui, durant toute la guerre, furent sous sa dépendance militaire…

Enfin l’on compte encore un quart de milliard d’habitants, tout au plus, dans les pays (NDLR : USA, Japon, Grande-Bretagne ) dont, bien entendu, seul le haut du panier, seuls les capitalistes ont profité du partage du globe… Je tiens à vous rappeler ce tableau du monde, car toutes les contradictions fondamentales du capitalisme, de l’impérialisme qui mènent à la révolution, toutes les contradictions fondamentales du mouvement ouvrier qui ont amené la lutte acharnée contre la deuxième internationale, tout cela est lié au partage de la population du globe”. (Pékin Information N° 45- 1977).

Ces groupes de pays, de même que le partage du monde pendant la 2ème guerre mondiale en un camp du fascisme et un camp anti-fasciste, sont délimités non par l’homogénéité des régimes sociaux et économiques, mais par le regroupement des forces politiques du monde.

C’est pourquoi la possibilité de tels regroupements entre des forces sociales distinctes, des pays à régime social et économique différent, quand elle se fait jour, implique un bilan systématique du développement des contradictions fondamentales.

La théorie des trois mondes se fonde justement sur un tel bilan. C’est ce que précise le rapport présenté au XIème Congrès du PCC par Hua Kuo Feng : “Appliquant la méthode de l’analyse de classe, le Président Mao étudie le développement des contradictions fondamentales du monde contemporain et les changements qu’elles ont connus ; il analyse la division et le regroupement des différentes forces politiques ainsi que la position politique et économique des divers pays sur le plan international et il en dégage une synthèse scientifique de la situation stratégique du monde actuel”.

Ainsi, la théorie des trois mondes ne se présente-t-elle pas comme distincte ou en opposition à l’analyse des contradictions fondamentales mais, au contraire, comme la synthèse de la situation mondiale définie par le développement des quatre contradictions fondamentales.

Aussi, il n’est pas possible de critiquer sérieusement cette théorie sans discuter de façon systématique l’ensemble des éléments d’analyse dont elle constitue la synthèse, sans apprécier l’état réel de développement des contradictions fondamentales du monde contemporain.

En clair, ou l’on soutient que l’analyse du regroupement des forces politiques à l’échelle du monde n’est pas conforme au marxisme-léninisme et dissimule les contradictions fondamentales – et on tire ce faisant un trait sur soixante ans de léninisme – ou bien on critique les limites et les fondements de ces regroupements, et on lui oppose une analyse distincte du développement des contradictions fondamentales du monde contemporain -et force est de constater que jusqu’ici la polémique développée contre la théorie des trois mondes ne s’est pas acquittée de cette tâche.

Prenons un simple exemple: les auteurs de la polémique engagée contre la théorie des trois mondes s’efforcent bien d’évoquer la réalité du monde contemporain, mais quand ils traitent, par exemple, du développement de la contradiction bourgeoisie-prolétariat dans les pays capitalistes, contradiction qui nous concerne tout particulièrement en France, quelles indications apportent-ils ?

Après avoir souligné que “les conditions objectives deviennent chaque jour plus favorables à la révolution” et que “la révolution prolétarienne y est un problème posé et à résoudre”, ce qui fait déjà un certain temps, quelles importantes précisions sont-elles fournies sur le développement des conditions subjectives de la révolution ?

A vrai dire peu de choses, et parfois même des choses étonnantes.

Ainsi des syndicats présentés en général comme luttant “de toutes les manières et par tous les moyens pour désorienter les travailleurs, pour saboter leur lutte révolutionnaire”, ainsi du danger du fascisme présenté comme “toujours plus menaçant” (positions avancées dans le rapport présenté au VIIème Congrès du Parti du Travail d’Albanie), ainsi surtout de la situation subjective du prolétariat convaincu par la situation “que le temps est venu” pour mettre un terme aux sacrifices sans nombre, de consentir “le sacrifice suprême, de se dresser pour la révolution et d’instaurer la dictature du prolétariat” (Brochure intitulée: “l’attitude prolétarienne du PTA en vue du juste développement de la lutte de classe à l’échelle internationale”).

Pour ne reprendre que ces points, ils ne manquent pas de laisser circonspects les marxistes-léninistes qui mènent la lutte de classe dans un pays capitaliste comme le nôtre.

Comment, alors même qu’une lutte difficile et prolongée est engagée depuis des années contre le révisionnisme moderne, qui tente par tous les moyens de dissuader la classe ouvrière de s’engager dans la voie de la révolution, alors que s’effectue, de façon très encourageante, mais reconnaissons-le avec honnêteté, encore limitée, une première accumulation des forces révolutionnaires, que se font jour des victoires ponctuelles sur le révisionnisme, comment peut-on avancer que la classe ouvrière, encore largement influencée par le révisionnisme, en est arrivée à la conviction que le temps est venu de “consentir le sacrifice suprême” ?

Une telle affirmation n’a strictement aucun rapport avec la réalité; elle ne renvoie à aucun bilan sérieux de l’avancée de la contradiction bourgeoisie-prolétariat dans notre pays et, à notre connaissance, dans les pays capitalistes.

Quant aux autres affirmations touchant aux syndicats, elles sont tout à fait unilatérales et négligent la claire démonstration de Lénine sur les syndicats dans “La maladie infantile du communisme, le gauchisme”.

Touchant à la menace du fascisme, n’est-il pas inquiétant de voir cette menace évoquée à propos de l’Espagne quelques mois après la mort de Franco, au moment même où la bourgeoisie espagnole se voit contrainte de concéder, sous la pression des masses, des libertés démocratiques bourgeoises qu’elle avait abolies pendant une quarantaine d’années ?

Ces affirmations, on le voit bien, ne sont pas sérieuses; peut-on s’engager de manière aussi légère dans une réfutation bruyante mais peu convaincante de la théorie des trois mondes, avec des arguments aussi précaires ? Il serait plus conforme à l’esprit et à la méthode du marxisme-léninisme d’établir un bilan scientifique du développement des contradictions fondamentales du monde.

Un second exemple est de ce point de vue tout aussi éclairant: c’est celui que développent largement les auteurs de la polémique sur les trois mondes: l’exemple du Tiers Monde.

Le concept de Tiers monde, qui est apparu après la deuxième guerre mondiale, n’a pas été forgé par les marxistes-léninistes.

Par analogie à la définition des classes populaires avant la Révolution bourgeoise de 1789 sous le nom de Tiers-Etat, cette notion a servi à désigner le vaste ensemble de pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine qui ont subi et subissaient encore la domination coloniale et néo-coloniale, mais parvenaient de plus en plus nombreux à l’indépendance politique, sinon économique.

Regroupant des pays à régimes sociaux différents et dépendants à des degrés très divers de l’impérialisme, cette notion n’avait pas, au moment où elle a été formulée, de claire implication. Elle renvoyait alors à un certain nombre de caractéristiques économiques voisines, du point de vue du développement des forces productives qui caractérisait improprement ces pays.

Aussi, tant qu’il en était ainsi, les marxistes n’employaient pas cette notion et en organisaient la critique.

Cependant, avec l’essor du mouvement de libération nationale, la victoire de nombreux peuples contre le colonialisme et le néo-colonialisme, la défaite militaire de l’impérialisme américain en Indochine, français en Indochine et en Algérie, Portugais en Afrique… s’est dessiné avec de plus en plus de force un mouvement des pays nouvellement indépendants, qui a joué, depuis le début des années 70, un rôle politique marquant.

Ce regroupement politique a adopté, de manière de plus en plus fréquente, des positions de lutte relativement unifiées contre l’impérialisme. Si l’on considère l’évolution de ce mouvement depuis la réunion afro-asiatique de Bandoeng en 1955, il est évident qu’il a, dans l’ensemble, considérablement progressé dans son extension à de nouveaux pays et dans sa résolution à engager la lutte, malgré des reculs momentanés ou partiels.

Ce regroupement est constitué de pays à régimes sociaux et économiques différents, il englobe des pays dans lesquels le prolétariat, loin de diriger, est souvent exploité et réprimé; dans lesquels des luttes acharnées se déroulent parfois entre les masses populaires et la bourgeoisie dirigeante.

La réalité de ce regroupement politique doit être soigneusement examinée.

Elle pose trois questions: Qu’est-ce qu’en fait que le Tiers Monde ? Lutte-t-il vraiment contre l’impérialisme ? Quelle attitude doivent adopter à son endroit les marxistes-léninistes ?

A ces trois questions, certains répondent: le Tiers Monde est une notion confusionniste qui masque les contradictions de classe, les pays qui sont censés le composer sont dépendants de l’impérialisme, quant aux marxistes-léninistes, ils doivent balayer cet amalgame douteux où l’on voit les émirs côtoyer les pays socialistes. Telle est en substance leur réponse.

Mais qu’en est-il effectivement ?

Qu’est-ce qu’en fait que le Tiers Monde ? Dans un “Document international” publié en janvier 1974 par le PCC, il se trouve ainsi défini : “Le Tiers Monde est une force montante, qui s’est développée pas à pas depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Les pays du Tiers Monde, qui étaient depuis longtemps victimes de l’oppression de l’impérialisme et du colonialisme, et qui aujourd’hui font face à l’oppression, à la vexation et à la menace des superpuissances et du colonialisme ancien et nouveau, sont tous en voie de développement sur le plan économique.

La grande majorité des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine appartiennent au Tiers Monde.

Les régions d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine occupent une place importante dans le monde. Leur superficie totale représente 63 % du territoire de la planète. Elles sont dotées de très abondantes ressources naturelles et leur population compte pour presque les trois quarts de la population totale du monde entier.

La formation du concept de Tiers Monde a connu un certain processus. Il est apparu lorsque, après la seconde guerre mondiale, les mouvements de libération nationale en Asie, en Afrique et en Amérique Latine se sont déchaînés, et que des dizaines de pays, s’étant débarrassés l’un après l’autre du joug colonial, ont conquis l’indépendance nationale.

C’est dans ce contexte que le concept de Tiers-Monde commença a être utilisé. Dans les années 50, certains appelèrent le camp impérialiste le premier monde, le camp socialiste le deuxième monde, et les pays qui avaient obtenu leur indépendance nationale le Tiers Monde.

Au fur et à mesure du développement de la lutte révolutionnaire des peuples du monde, et de l’accentuation des différentes contradictions fondamentales mondiales, une situation de grand bouleversement, de grandes divisions et de grandes réorganisations s’instaura sur la scène internationale.

Le déclin constant de l’impérialisme américain conduisit à la scission et à la désorganisation du camp impérialiste. De même, le camp socialiste cessa d’exister dès le moment où la restauration du capitalisme par la clique renégate du révisionnisme soviétique fit dégénérer l’Union soviétique, de socialiste qu’elle était, en social-impérialiste. Dans le même temps, le Tiers-Monde gagnait en vigueur, en devenant chaque jour plus fort, plus conscient et plus uni.

Mais l’impérialisme américain ne se résigne pas à se retirer de la scène de l’histoire, tandis que le social-impérialisme soviétique rêve de le remplacer pour dominer le monde, bien que ses forces ne soient pas à. la mesure de ses ambitions. Les deux superpuissances se disputent l’hégémonie mondiale et entreprennent partout agression, expansion, subversion et intervention..

Devant une telle situation, les nouveaux pays du Tiers-Monde font cause commune pour mener à bien la tâche de lutter contre l’impérialisme et le colonialisme ancien et nouveau, s’opposer à l’hégémonisme et à la politique du plus fort des super-puissances, combattre le racisme et le sionisme, conquérir et sauvegarder l’indépendance nationale, défendre la souveraineté et les ressources du pays, développer l’économie et la culture nationales, établir des forces armées nationales indépendantes capables de défendre leur patrie et de lutter pour les intérêts de l’immense majorité de la population.

Ces pays renforcent sans cesse leur solidarité dans la lutte et jouent un rôle de plus en plus important dans les affaires mondiales.

“La Chine socialiste appartient au Tiers-Monde. La Chine, qui est elle aussi un pays en voie de développement, a souffert des mêmes maux que les autres pays et peuples du Tiers-Monde, doit affronter les mêmes ennemis et lutter dans un combat commun. La Chine et les peuples du Tiers-Monde se témoignent une sympathie réciproque, se soutiennent mutuellement, et avancent du même pas dans leur lutte contre l’impérialisme, le colonialisme et l’hégémonisme.”

Cette définition souligne le rôle de force politique du regroupement que constitue le Tiers monde, en même temps que l’évolution progressive de cette force dans la détermination de ses objectifs. Né des succès du mouvement de libération nationale, le mouvement du Tiers Monde s’emploie à liquider les vestiges du colonialisme.

Le soutien qu’il apporte aux mouvements de libération nationale, et particulièrement en Afrique australe, ne peut être nié, comme à la Révolution palestinienne et hier aux luttes des peuples d’Indochine.

Son soutien militaire, matériel et politique aux luttes de libération nationale est une réalité, toutes les fois où ces luttes ont pour cible directe les puissances impérialistes. Mais avec l’accession à l’indépendance politique d’un grand nombre de nouveaux pays, les relations politiques et économiques existant dans le monde actuel qui visent à perpétuer la suprématie des puissances impérialistes sont également mises en cause.

Bien sûr, la domination des puissances impérialistes est loin d’être réellement ébranlée aujourd’hui, les liens qui rattachent la plupart des pays du Tiers Monde à l’impérialisme restent solides, et il serait illusoire de croire que ces liens pourront être rompus sans que les rapports de classe, à l’intérieur même des pays du Tiers Monde soient profondément modifiés, dans le sens des intérêts du prolétariat et des masses populaires, mais il est tout à fait erroné de nier la réalité concrète de la force politique constituée aujourd’hui par le Tiers Monde, tel qu’il est, dans la diversité des systèmes économiques et sociaux qui le définissent et de sous-estimer les coups que cette force porte à l’impérialisme.

Le mouvement, majoritaire à l’Assemblée générale de l’ONU a commencé à poser avec force la question de l’échange inégal, du prix des matières premières, de la nationalisation des biens impérialistes ; s’il est exact que la plupart des résolutions formulées par le mouvement du Tiers Monde, n’ont reçu la plupart du temps qu’un commencement très limité d’exécution, la tendance qui se dessine nettement depuis une vingtaine d’années va dans le sens de contrer les intérêts de l’impérialisme et de progresser en audace et fermeté dans cette lutte, sous la double pression du mouvement de libération nationale et des masses populaires des nouveaux pays.

Quant à la pression exercée sur les pays impérialistes pour qu’ils accordent l’indépendance à leurs vestiges coloniaux ou qu’ils réduisent leur soutien aux régimes racistes d’Afrique, elle ne constitue pas une démarche velléitaire, mais un fait indéniable.

C’est pourquoi, les premiers pas conséquents engagés dans la lutte contre l’impérialisme ne peuvent être traités comme de simples faux-semblants, de la poudre aux yeux jetée en direction de leurs propres peuples par les forces dirigeantes des pays du Tiers-Monde.

Ils constituent en vérité, l’amorce d’un mouvement de grande ampleur, au cours duquel la tendance à la conciliation avec l’impérialisme des couches dirigeantes de ces pays sera inévitablement battue en brèche par le prolétariat et les masses populaires, au cours duquel la confrontation politique avec l’impérialisme et en premier lieu, les superpuissances se développera nécessairement en luttes armées.

La diversité des pays regroupés dans le mouvement politique du Tiers Monde est flagrante et il est facile de souligner le caractère odieux de la répression exercée sur les masses populaires par un certain nombre de dirigeants de ces pays, comme le caractère réactionnaire, obscurantiste et parfois féodal de certains régimes, mais ces critères ne disent pas tout de la réalité politique du Tiers Monde et ne permettent pas à eux seuls de déterminer la position des communistes par rapport au mouvement du Tiers Monde.

Dans la mesure où le Tiers Monde s’affronte à l’impérialisme, le rôle et l’intérêt du prolétariat international est de le soutenir activement dans cette lutte, dans la mesure où les classes dirigeantes répriment et exploitent le peuple, le rôle du prolétariat est de faire la révolution et de renverser le pouvoir de ces classes.

Cette double tâche n’est contradictoire qu’en apparence. En vérité elle se fonde sur la diversité et la liaison interne des tâches de la révolution prolétarienne mondiale. Celle-ci pour triompher, doit éliminer l’impérialisme, et en premier lieu, les super-puissances impérialistes.

Tout coup porté à l’impérialisme favorise la révolution prolétarienne. C’est dans ce sens que Staline -dont les auteurs de la polémique engagée contre la théorie des trois mondes, disent avec force qu’il a “maintenu toujours pure la théorie marxiste-léniniste”- indiquait dans les Principes du Léninisme :

“Dans les conditions de l’oppression impérialiste, le caractère révolutionnaire du mouvement national n’implique pas nécessairement l’existence d’éléments prolétariens dans le mouvement, l’existence d’un programme révolutionnaire ou républicain du mouvement, l’existence d’une base démocratique du mouvement.

La lutte de l’émir de l’Afghanistan est objectivement une lutte révolutionnaire, malgré le ton monarchique des conceptions de l’émir et de ses partisans; car elle affaiblit, elle sape et désagrège l’impérialisme…

Lénine a raison lorsqu’il dit que le mouvement national des pays opprimés doit être apprécié, non du point de vue de la démocratie formelle, mais du point de vue de ses résultats effectifs dans la balance générale de la lutte contre l’impérialisme, c’est-à-dire à l’échelle mondiale et non pas isolément.

Les mêmes raisons font que la lutte des marchands et des intellectuels bourgeois égyptiens pour l’indépendance de l’Egypte est une lutte objectivement révolutionnaire, malgré l’origine bourgeoise et la qualité bourgeoise des leaders du mouvement national égyptien, et bien qu’ils soient contre le socialisme”. (Les principes du Léninisme).

De même, Mao Tsé-toung développait dans De la démocratie nouvelle: “Peu importe chez les peuples opprimés, quelles classes, quels partis, quels individus participent à la révolution et peu importe qu’ils soient conscients ou non de ce que nous venons d’exposer, qu’ils le comprennent ou non, il suffit qu’ils s’opposent à l’impérialisme pour que la révolution devienne une partie de la révolution socialiste et qu’ils en soient les alliés. “

Aussi, le prolétariat doit-il assumer cette double tâche: abattre sa propre bourgeoisie pour établir le socialisme, puis le communisme, tout en participant à la lutte mondiale des peuples, nations et pays opprimés contre l’impérialisme et particulièrement les deux super- puissances.

Loin de détourner le prolétariat international de la lutte révolutionnaire, la théorie des trois mondes -au point où nous l’avons examinée- l’arme, au contraire, d’une claire vision de l’ensemble de ses tâches stratégiques. Nous examinerons dans le prochain numéro de Front Rouge, ce qu’il en est, selon la théorie des 3 mondes, du premier et du second monde, de la guerre et de la révolution. 

Dans le dernier numéro de Front Rouge, le texte “A propos de la théorie des trois mondes” avait examiné comment l’évolution et l’interaction des contradictions fondamentales du monde contemporain, à l’époque de l’impérialisme, amenait selon les étapes du développement, à délimiter politiquement des groupements de pays et à faire apparaître une contradiction principale, qui ne se confond pas pour autant avec ces contradictions fondamentales mais résulte de leur développement.

Il avait montré d’autre part comment, par exemple, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, les succès du mouvement de libération nationale, la liquidation accélérée du colonialisme, l’aspiration persistante de ces peuples à une indépendance complète, avaient amené une situation nouvelle: tout un ensemble de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, pour un grand nombre d’entre eux indépendants depuis peu, ont commencé à se constituer en une force politique, capable, malgré leurs disparités et leurs contradictions, de s’unir et, dans plusieurs domaines, de porter des coups à l’impérialisme et au social-impérialisme.

Si l’on considère à présent, l’évolution des pays impérialistes depuis la deuxième guerre mondiale, elle est marquée par deux grands phénomènes : d’une part, la désagrégation du camp impérialiste -qui s’était constitué autour des États- Unis, d’autre part, l’apparition, à la fin des années 60, d’un nouvel impérialisme, le social-impérialisme soviétique sur la base de la restauration du capitalisme en URSS.

LA DESAGREGATION DU CAMP IMPERIALISTE

L’impérialisme américain avait en effet, à la faveur de la guerre, acquis une supériorité décisive, militaire et économique sur les impérialismes européens et japonais, ou bien vaincus, ou de toute façon sortis très affaiblis de l’affrontement. Son territoire national était resté hors de portée des puissances de l’axe. L’appareil de production avait tourné à plein, drainant en particulier l’or des alliés.

Sa machine de guerre, développée à un rythme très rapide, en quelques années, surpassait très nettement ce qui subsistait des armées ouest- européennes, ou de l’armée japonaise défaite, aussi bien quantitativement, que du point de vue de la technologie.

Il est seul alors à disposer de la bombe atomique. A peine la guerre terminée, sous couvert d’organiser la défense du “monde libre” contre le communisme, les États-Unis ont mis à profit cette supériorité, à travers des mécanismes “d’aide” économique type plan Marshall et des pactes militaires, pour assurer leur mainmise et leur contrôle sur les pays ouest-européens et le Japon.

Ce qui s’accompagne en même temps d’une pénétration en force des USA à l’intérieur de ce qui constituait jusque là les domaines coloniaux des vieilles puissances européennes.

Dès août 1946, Mao Tsé-Toung indiquait: “A l’heure actuelle, le slogan d’une guerre contre l’Union Soviétique lancé par les États-Unis signifie en fait l’oppression du peuple américain et l’expansion des forces agressives des États-Unis dans le monde capitaliste”.

Ainsi, au début des années 50, l’impérialisme américain, en dehors des pays qui forment encore le camp socialiste, dicte sa loi au reste du monde, tenant sous sa coupe les autres impérialismes.

Le développement inégal de l’impérialisme, profondément accéléré et accentué par la guerre, aboutissait donc, à ce moment là, pour la première fois à placer un seul d’entre eux, les États-Unis, en position d’hégémonie. Le camp impérialiste, sa cohésion et son organisation, avaient pour fondement la suprématie et la tutelle américaines.

Mais cette position ne sera guère durable et bientôt remise en cause d’un côté par le développement des contradictions au sein même de ce qui formait le camp impérialiste et d’un autre côté, à la fin des années 60, par un phénomène qui bouleverse les données de la situation mondiale: le surgissement de l’Union Soviétique comme nouvel impérialisme.

Dans son entreprise hégémonique, Washington va être en effet amené à déployer ses forces sur la quasi-totalité du globe, et, devenu gendarme mondial, à assumer l’essentiel du dispositif et des interventions contre-révolutionnaires face au développement impétueux des mouvements de libération nationale.

Avec toutes les conséquences économiques et politiques qui en découlent: l’affaiblissement chronique du dollar, patent dès le début des années 1970, la détérioration rapide de son image internationale qui de “libérateur” et “dé-colonisateur” le fait bientôt apparaître comme l’ennemi N° 1 des peuples du monde.

Pendant ce temps, à l’ombre de la tutelle américaine, la plupart des puissances ouest-européennes et le Japon avaient pu reconstruire leur potentiel économique et, animés d’un regain de dynamisme, se sentaient en mesure de contester sur plusieurs points (le commerce, la monnaie) la suprématie américaine.

Les prises de position gaullistes au milieu des années 60 ne faisaient que traduire de façon plus politique et plus ostensible les modifications opérées dans le rapport de forces et la volonté, pour les impérialismes relégués à un rang secondaire, de revendiquer et d’élargir leur marge d’indépendance.

Et c’est à la fin des années 60 que s’esquisse le projet d’une Europe occidentale, s’unifiant progressivement économiquement et politiquement et qui serait capable alors de jouer dans l’arène internationale, un rôle propre contrebalançant celui des USA et aussi de l’URSS.

La restauration du capitalisme en URSS favorise, pendant un certain temps, cette évolution: de 1956 à 1968 (l’invasion de la Tchécoslovaquie) la transformation interne de l’URSS khrouchtchevienne laisse penser qu’il n’y a plus lieu de contenir autant qu’auparavant “le danger communiste”, le grand épouvantail qui justifiait la politique de Foster Dulles d’encerclement du camp socialiste et de guerre froide.

Les États-Unis eux-mêmes, notamment avec Kennedy, vont donner l’exemple en infléchissant leur attitude dans le sens de la coexistence pacifique prônée par Khrouchtchev.

Du coup, les impérialismes européens, la France gaulliste en tête, auront de nouvelles raisons de remettre en cause la tutelle américaine, dont la “guerre froide” était l’une des principales justifications et chercherait à tirer eux aussi profit, pour leur propre compte, de “l’ouverture” de l’URSS et des pays de l’Est, qui laisse alors escompter de vastes et fructueuses transactions économiques.

C’est l’époque où de Gaulle prône “l’entente, la détente et la coopération” avec l’Est et parle d’une Europe allant “de l’Atlantique à l’Oural”.

Comme si l’URSS, sous la direction des Khrouchtchev et autres, allait effectivement s’absorber dans la réalisation du “communisme du goulash” et consacrer ses efforts à se transformer progressivement en un capitalisme proche par son organisation sociale, ses choix économiques, son fonctionnement et ses modes de vie des capitalismes occidentaux.

LE SOCIAL- IMPERIALISME, NOUVEAU VENU

L’invasion de la Tchécoslovaquie, en août 68, engage le reflux de ces illusions et de ces spéculations. Elle souligne spectaculairement la réalité du phénomène qui bouleverse dès lors les rapports de forces entre impérialismes: l’avènement de l’Union Soviétique comme puissance impérialiste.

D’emblée elle se caractérise par des traits nouveaux et particuliers qui s’affirmeront, jusqu’à aujourd’hui, durant les dix années suivantes.

D’une part son potentiel militaire, économique et humain en fait une grande puissance qui, d’un point de vue d’ensemble, ne peut être comparée qu’aux USA. Mais surgie la dernière, elle est d’autant plus agressive qu’elle n’a d’autre issue que d’imposer un repartage du monde, en sa faveur et donc de conquérir et s’approprier les positions acquises et conservées par les autres impérialismes et avant tout l’impérialisme américain.

D’autre part, cette stratégie offensive est d’autant plus nécessaire au social-impérialisme que son potentiel économique ainsi que ses bases d’exploitation au plan mondial restent relativement faibles, par rapport à ceux des USA.

Ces dernières années ont montré avec de plus en plus de netteté que, dans cette situation, les dirigeants soviétiques avaient délibérément fait le choix d’orienter prioritairement l’effort économique et technologique vers la production des armements et les préparatifs de guerre.

L’URSS consacre une proportion deux fois plus importante de son produit national brut, comparativement aux USA. Des secteurs entiers de l’économie, qui ne servent pas directement l’effort de guerre, (en particulier ceux destinés à la consommation des masses) sont relégués au second plan, sacrifiés ou compensés par l’appel aux capitaux ou aux fournitures venant de l’Ouest.

L’accroissement effrené des armements indique clairement leurs buts offensifs: production massive de blindés et autres armes conventionnelles désormais très supérieures à ceux de l’OTAN en nombre sur le front européen, développement foudroyant, en quelques an- nées, d’une marine offensive, approchant le tonnage de celle des USA et se déployant en permanence sur tous les océans et en Méditerranée.

Sans parler évidemment des armes nucléaires stratégiques où Moscou, après s’être assuré la supériorité en nombre de missiles et en puissance de frappe, cherch6 à présent à rattraper les USA du point de vue de la sophistication.

Cet effort de guerre continu -et c’est là la troisième caractéristique du social-impérialisme -est rendu possible par le type de capitalisme qui s’est instauré en URSS : l’économie socialiste centralisée s’y est transformée en un capitalisme d’État extrêmement concentré.

Et la dictature du prolétariat en une dictature fasciste, capable d’imposer par un système d’oppression et d’exploitation hautement centralisé une militarisation, dans tous les domaines, de la société soviétique.

Le quatrième caractère spécifique de ce nouvel impérialisme est qu’il s’est efforcé, autant que possible, d’utiliser dans les relations internationales, le prestige de la Révolution d’Octobre et son passé de premier État socialiste.

Ce masque socialiste et progressiste, bien qu’il soit de plus en plus fréquemment percé à jour, lui permet encore néanmoins, vis-à-vis des peuples et notamment des peuples et pays du Tiers Monde, de camoufler ses interventions, subversions et agressions en actions de solidarité, contre les anciens impérialismes, les USA en particulier, qui, eux, ont été de longue date et à travers de multiples luttes, dénoncés, condamnés et combattus comme tels.

L’HÉGÉMONISME

Ainsi, au début des années 70, les rapports de force entre impérialismes se sont trouvés profondément bouleversés: les États Unis, qui avaient vu se distendre leur tutelle sur les autres impérialismes européens et japonais perdent d’autant plus leur position hégémonique qu’ils se trouvent confrontés à un nouveau rival, le social-impérialisme.

C’est une situation nouvelle : dans le passé, plusieurs impérialismes, de force à peu près comparable, entraient en lutte et, au besoin formaient des blocs, pour tenter de s’assurer l’hégémonie.

Après la Seconde Guerre Mondiale, l’impérialisme US avait acquis une position d’hégémonie, mais d’hégémonie relative, face à un camp socialiste qui paraissait puissant. Aujourd’hui, aucun impérialisme, sauf deux, les USA et l’URSS ne se trouve en mesure de poursuivre leur logique, de prétendre à l’hégémonie mondiale.

Ainsi s’est creusé un écart qualitatif entre ces deux impérialismes d’un côté, et les autres, dont il faut tirer toutes les conséquences.

En effet, entre les superpuissances et les autres impérialismes, la différence n’est pas seulement quantitative: elle ne se mesure pas seulement en termes de production, de ressources, de population ou d’étendue territoriale.

L’important, c’est que leur histoire politique, les liens de domination qu’ils ont établis, la puissance économique qu’il se sont acquise convergent pour leur conférer une supériorité décisive sur tous les autres impérialismes.

Cet écart décisif se marque d’abord au plan militaire : aussi bien du point de vue de l’URSS que des USA, leur supériorité militaire, en armements nucléaires et non-nucléaires, est incontestable, écrasante face à n’importe quel autre impérialisme (même si en l’état actuel ces impérialismes secondaires regroupaient leurs forces).

D’autre part, l’URSS et les USA sont les seules puissances à disposer de vastes “chasses gardées”, c’est-à-dire de pays entiers (souvent assez développés industriellement) où ils font la loi: ce sont, pour l’URSS les pays de l’Est européens, et, pour les USA, l’Amérique Latine et la vaste sphère du Pacifique et de l’Asie du Sud-Est (Philippines, Indonésie, Thaïlande, etc.).

Certes, ces chasses sont plus ou moins rigoureusement gardées, d’autres impérialismes peuvent y avoir accès, mais de façon très restreinte et très subordonnée à la superpuissance dominante. Aucun impérialisme de second rang, même si, comme la France, ils peuvent entretenir avec plusieurs pays des rapports coloniaux ou néo-coloniaux, ne dispose et de loin de telles “réserves”, aussi amples et aussi fermement assujetties.

Cette différence parmi les pays impérialistes entre d’une part deux super puissances et d’autre part des puissances de second rang constitue une donnée nouvelle, extrêmement importante de la situation internationale actuelle.

Les contradictions entre pays impérialistes, quels qu’ils soient, demeurent fondamentalement de même nature mais se trouvent pourtant profondément et durablement modifiées : l’hégémonisme ne peut plus être le fait que des deux seules super- puissances. Cela signifie que pour les autres impérialismes, leurs contradictions avec les deux superpuissances ont pour enjeu à terme, non plus le partage et le repartage du monde, mais leur existence autonome elle-même en tant que tels.

LES DEUX SUPER-PUISSANCES, ENNEMI PRINCIPAL DES PEUPLES

La logique de la rivalité pour l’hégémonie mondiale implique que chacune des deux superpuissances cherche à s’assurer un avantage décisif qui lui permette de supplanter l’autre et de la réduire à sa merci.

C’est cette logique qui amène la croissance des facteurs de guerre et contient en germe le déclenchement d’une troisième guerre mondiale. Il est hors de question qu’un impérialisme secondaire se hasarde à provoquer par lui-même, un conflit mondial: il n’aurait aucun moyen d’espérer seulement en retirer le moindre avantage.

C’est pourquoi, à l’heure actuelle, les deux superpuissances sont les principaux fauteurs de guerre et, en tant que tels, l’ennemi principal des peuples.

Dans cette rivalité pour l’hégémonie, les deux protagonistes ne se trouvent pas néanmoins dans une position semblable: d’un côté l’URSS, pour compenser son handicap de dernière venue et pallier la relative faiblesse de sa base économique, s’est mise en position d’offensive, pousse à fond ses capacités de militarisation et exploite, autant qu’elle le peut encore, sa possibilité de tromper les peuples et les pays pour camoufler sa politique impérialiste.

Elle cherche, coûte que coûte à déstabiliser en sa faveur par la subversion, l’intervention et l’agression, les rapports de domination hérités du passé et qui bénéficient en premier lieu aux USA.

Les États-Unis de leur côté, se trouvent plutôt en position de défensive: ayant subi toute une série de revers en prétendant écraser les mouvements de libération nationale, largement dénoncés comme oppresseurs et comme exploiteurs, ils cherchent avant tout à conserver leurs positions acquises, à trouver pour cela des moyens si possible non militaires ou n’impliquant pas leur intervention directe, tout en veillant à ce que le rapport de forces militaire global avec l’URSS ne se détériore pas en leur défaveur.

C’est en ce sens que si les deux superpuissances sont, toutes deux, l’ennemi principal des peuples et le principal fauteur de guerres et d’un troisième conflit mondial, c’est l’URSS qui est, de par sa position historique, la plus dangereuse et la plus agressive des deux.

L’EUROPE, ENJEU STRATEGIQUE DE LA RIVALITE POUR L ‘HEGEMONIE

Ces dix dernières années, cependant que Washington et Moscou poursuivaient la course aux armements, leur rivalité acharnée s’est manifestée de façon ouverte, le plus souvent dans les pays du Tiers Monde, pour le repartage des zones d’influence: mainmise soviétique sur Cuba, guerre du Biafra, intervention indienne au Pakistan oriental, renversements d’alliance au Proche Orient, offensives soviétiques en Angola et dans la Corne de l’Afrique, coup d’État en Afghanistan -pour ne citer que quelques- uns des épisodes les plus visibles.

Toutefois, il n’apparaît pas que, stratégiquement, aucune des deux superpuissances puisse envisager d’obtenir sur ce terrain d’affrontement une supériorité décisive sur sa rivale.

Les conditions sont ainsi bien différentes de celles de 1914, où effectivement la guerre impérialiste avait, comme l’un de ses enjeux principaux, le repartage entre plusieurs impérialismes, d’empires coloniaux et de zones d’influence qui couvraient toute la planète.

D’une part, parce que à la suite de la dislocation des empires coloniaux sous la poussée des mouvements de libération nationale, la capacité d’autonomie des peuples et des pays nouvellement indépendants a tendu à s’affirmer et rend de plus en plus précaires, en général, les tentatives de main-mise durables sur l’un ou l’autre d’entre eux.

Nombre de revirements spectaculaires d’alliances l’ont montré depuis quelques années. Ensuite, parce qu’aucun pays, aucune zone même du Tiers Monde, à supposer qu’une superpuissance puisse se l’assujettir durablement au détriment de l’autre ne semblent en mesure de faire basculer de façon décisive le rapport de forces entre les USA et l’URSS.

La rivalité incessante pour le contrôle de ces vastes régions du monde a davantage pour but d’affaiblir l’autre, de le priver de réserves importantes et de points d’appui militaires.

Stratégiquement, c’est le contrôle de l’Europe occidentale qui constitue l’enjeu décisif. L’ensemble des pays ouest-européens représente en effet un potentiel économique, technologique et humain qui peut se comparer sous plusieurs aspects à celui des États-Unis.

Or les USA, même s’ils n’y exercent plus une tutelle comparable à celle de l’immédiat après-guerre, continuent à y être rattachés par mille liens, à y disposer d’énormes intérêts.

En tant que marché et que zone d’investissements l’Europe occidentale occupe pour eux une place privilégiée, et s’imbrique étroitement dans leur système économique. D’autre part, de par sa position géographique l’Europe est une sorte d’avant-poste, de l’autre côté de l’Atlantique, articulé sur l’Afrique et le Proche Orient, en contact direct -avec l’empire soviétique.

Assurément, pour l’URSS, la mainmise sur l’Europe Occidentale représenterait un atout décisif par rapport aux États-Unis qui ferait basculer sans conteste en sa faveur le rapport de forces.

C’est pourquoi nulle part ailleurs dans le monde il n’y a une telle concentration des forces, un tel face à face des dispositifs militaires des deux superpuissances. Leurs affrontements dans le reste du monde, au Moyen Orient et en Afrique par exemple entrent souvent dans la perspective de préparer à terme les conditions de la bataille décisive à engager en Europe.

Depuis plusieurs années, l’offensive systématique du social-impérialisme en Afrique utilise sans doute tous les facteurs d’instabilité propres à ce continent, mais s’inscrit en même temps dans une logique: de la Mer Rouge à la Corne de l’ Afrique en passant par le Zaïre, l’Angola et d’autres pays de la côte Ouest, il s’agit bien, délibérément, de menacer des voies et des sources d’approvisionnement en pétrole et autres matières premières dont les économies impérialistes ouest-européennes se sont rendues dépendantes pour une bonne part.

Cette, entreprise d’asphyxie se conjugue de plus avec une pénétration navale soviétique renforcée sur le flanc atlantique Nord de l’Europe.

LE DEUXIEME MONDE

Ainsi les impérialismes de second rang essentiellement les pays ouest-européens, le Japon et aussi quelques autres comme l’Australie ou le Canada se trouvent dans une situation particulière: d’une part, en tant qu’impérialismes ils maintiennent des rapports d’oppression et d’exploitation avec des pays du Tiers Monde, mais d’autre part, ils sont en butte aux vexations et pressions des deux puissances hégémonistes qui menacent, à terme, leur existence autonome elle-même.

Les contradictions qui se sont révélées entre impérialismes ouest-européens et États-Unis sur la conception de la défense de l’Europe sont significatives à cet égard : la RFA, par exemple, s’inquiète des scénarios de guerre US, selon lesquels toute une partie de son territoire serait “sacrifiée” en cas d’attaque soviétique.

Quoique liés (sauf la France) aux USA par un pacte militaire, les pays européens ne forment pas un véritable bloc avec les USA: pour eux, le déclenchement d’une guerre mondiale aurait toutes chances de les transformer en champ de bataille.

C’est leur existence même qui serait mise en jeu et leur assujettissement à l’une ou l’autre superpuissance qui serait posé. Pour les USA et l’URSS au contraire, ils auraient sans doute les moyens de protéger leurs territoires nationaux respectifs: l’Europe ne constituerait pour eux qu’un champ de bataille et, éventuellement, un objet de tractations, dans le cadre d’un “arrangement” global, selon les résultats de la guerre.

Les pays impérialistes de second rang occupent ainsi, si l’on envisage les rapports de force au plan mondial, une position intermédiaire: il est commode de les désigner par le terme de “second monde” pour les délimiter à la fois du Tiers Monde et du premier monde (c’est-à-dire les deux puissances hégémonistes).

Ce partage du monde en trois est la résultante actuelle du développement des contradictions fondamentales, de la lutte des classes au plan international.

La constitution du tiers monde en force politique, les progrès qui ont pu être accomplis dans son unité face à l’impérialisme et au social-impérialisme proviennent avant tout de plus de trente années de lutte menée par les peuples de ces pays contre le colonialisme, la domination impérialiste, pour leur indépendance nationale.

Et c’est la volonté de ces peuples d’être véritablement maîtres de leur propre destin qui continue à constituer le moteur du mouvement historique du tiers monde et à entraîner leur pays dans leur opposition à l’impérialisme et à l’hégémonisme. La victoire de la révolution chinoise, et l’édification de la Chine socialiste ont joué et jouent un rôle important pour favoriser et consolider l’unité politique des pays du tiers monde, dont elle fait partie.

En revanche, la transformation de l’Union Soviétique, premier État socialiste, en un capitalisme d’État – ce qui représente une défaite pour le prolétariat – a eu pour conséquence, comme on l’a vu, de bouleverser les données de la situation internationale et de faire surgir un nouvel impérialisme, seul capable de rivaliser avec les USA pour l’hégémonie mondiale.

D’un autre côté, la relative stagnation du mouvement ouvrier, après la seconde guerre et sous l’influence notamment du révisionnisme moderne, a permis aux impérialismes européens de subsister et, pendant un temps, d’accroître sensiblement leur potentiel économique.

LES FORCES QUI S’OPPOSENT A L’HEGEMONISME

Or si l’on examine les rapports de force au niveau mondial qui se sont ainsi constitués, il apparaît nettement, du point de vue du prolétariat révolutionnaire, que le premier monde, les deux superpuissances constituent l’ennemi principal des peuples, les plus grands oppresseurs et exploiteurs et les principaux fauteurs de guerre.

Elles forment l’obstacle et la menace la plus lourde pour le prolétariat et les peuples en lutte pour leur émancipation, l’URSS étant la superpuissance la plus dangereuse et la plus agressive des deux.

En menant la lutte, dans chaque pays, contre ses ennemis de classe, pour la transformation révolutionnaire de la société, la classe ouvrière de chaque pays inscrit nécessairement son combat particulier dans l’affrontement de l’ensemble du prolétariat, dans le monde, à l’époque de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne, pour l’émancipation de l’humanité et selon les données de l’évolution des contradictions fondamentales, fait converger, au plan international, ses coups contre ses ennemis principaux, pour les isoler et pour les abattre.

Il en a été ainsi notamment durant la Seconde Guerre Mondiale où le prolétariat révolutionnaire et l’URSS socialiste ont eu pour tâche de se porter à l’avant-garde de la lutte contre les puissances fascistes et d’unir tout ce qui pouvait être uni pour les vaincre.

Aujourd’hui, pour isoler et combattre l’ennemi principal des peuples, les deux superpuissances, les pays socialistes et le prolétariat international doivent donc se placer à la pointe du combat. Ils constituent la force la plus clairvoyante et la plus conséquente.

Mais il est extrêmement important qu’ils unissent dans ce combat tout ce qui peut être uni et que se constitue ainsi un front uni mondial de toutes les forces qui peuvent s’opposer, à des degrés divers, à l’hégémonisme des deux superpuissances.

Les peuples et les pays du tiers monde représentent la grande majorité de la population du globe. Les peuples de ces pays ont pour la plupart déjà mené (et pour certains mènent encore) de grandes luttes contre le colonialisme et y ont acquis une expérience et une détermination considérablement renforcées à combattre l’impérialisme et en particulier l’hégémonisme.

Ils se sont dotés de moyens nouveaux : de nombreux pays, ayant conquis leur indépendance et éliminé, à des degrés divers, les séquelles du colonialisme, ont créé leur propre armée.

Aujourd’hui, la plupart de ces pays dont l’impérialisme a dû reconnaître l’indépendance, ne peuvent en rester là, ils sont confrontés à la nécessité de conquérir pleinement leur indépendance, au plan politique et économique.

C’est une tâche de longue haleine, où ils se heurteront durant toute une période aux positions de monopole économique, aux moyens multiformes d’intervention, de subversion, d’agression et de chantage militaire qu’utilisent contre eux l’impérialisme et, en premier lieu, les deux super- puissances.

Déjà cet affrontement au plan mondial est engagé et alors que les peuples ont montré qu’ils osaient se dresser contre un pays plus fort et vaincre, les pays du tiers monde ont commencé à remporter d’incontestables succès pour s’unir, dans différents domaines, face à l’impérialisme et à l’hégémonisme et se constituer en une force politique au plan mondial qui joue un rôle grandissant.

L’impérialisme et, d’abord les deux superpuissances ne peuvent renoncer d’eux-mêmes aux rapports d’oppression et de pillage qu’ils continuent à imposer aux peuples et pays du tiers monde: pendant une longue période, ces peuples et pays devront poursuivre une lutte acharnée et mener des guerres pour assurer leur indépendance, leur existence et leur développement.

Cette lutte portera inévitablement des coups d’autant plus durs aux puissances impérialistes et notamment aux superpuissances qu’elles ne sont pas capables d’assurer un contrôle rigoureux sur d’aussi vastes régions du globe et y rivalisent constamment.

Si on les rapporte au degré de développement du mouvement révolutionnaire du prolétariat dans la plupart des pays développés et dans son ensemble, tous ces facteurs font que les peuples et les pays du tiers monde constituent, pour des années, la principale des forces opposées à l’impérialisme et à l’hégémonisme.

Cela ne veut pas dire pour autant que le prolétariat international n’ait pas les plus grandes responsabilités à assumer dans la lutte contre l’impérialisme et l’hégémonisme : au contraire, parce qu’elle est inséparable de la lutte pour le socialisme, il doit s’y porter à l’avant-garde, jouer un rôle d’exemple, soutenir résolument la lutte des peuples, faire en sorte qu’elle suive une orientation juste et parvienne à la victoire.

Les peuples du second monde et du premier monde participent également, sous des formes variées et à des degrés divers à la lutte contre les deux superpuissances.

Enfin les pays du second monde eux aussi sont amenés à s’opposer aux pressions, à la mainmise et aux menaces de guerre des deux super- puissances.

FORMER LE FRONT UNI MONDIAL ANTI-HEGEMONIQUE

Ainsi les forces qui s’opposent ou qui sont susceptibles de s’opposer à l’hégémonisme ont un poids inégal et des caractères de classe différents, voire antagonistes.

Est-ce pour autant qu’il faudrait renoncer à encourager, faire converger et unir leurs efforts pour isoler l’ennemi principal ?

S’y refuser serait méconnaître complètement la nécessité pour le prolétariat international dans sa lutte révolutionnaire, de nouer les alliances les plus larges pour concentrer, à chaque étape, les coups contre l’ennemi principal,

Il s’agit au plan mondial de rapprocher ces forces en un front contre l’hégémonisme, non pas sur la base d’une nature commune qui n’existe pas, mais sur la base de leur intérêt commun, à combattre les deux superpuissances.

Ces forces sont traversées de contradictions évidentes: entre les peuples du tiers monde et la plupart de leurs régimes, le plus souvent dictatoriaux, entre les peuples et pays du Tiers Monde et les pays du second monde, entre les peuples du second monde et leurs bourgeoisies.

Ces contradictions subsistent et se développent. La nécessité de rassembler le front uni mondial anti-hégémonique n’implique pas du tout qu’on s’efforcerait de les atténuer.

Au contraire tout succès remporté par le prolétariat et le peuple dans chaque pays du tiers monde ou du second monde renforce d’autant la possibilité de consolider le front uni. Inversement, tout progrès dans la constitution de ce front uni au plan mondial en éloignant notamment les dangers de guerre, crée des conditions plus favorables au développement de la lutte révolutionnaire des peuples.

Les forces qui peuvent constituer ce front uni, pèsent d’autre part, d’un poids inégal: alors que le prolétariat et les peuples sont portés, de par leurs intérêts de classe, à s’opposer résolument à l’impérialisme et aux superpuissances, il n’en va pas de même des bourgeoisies dirigeantes des pays du Tiers monde pour autant qu’elles exploitent et oppriment leurs propres peuples et continuent à être plus ou moins dépendantes de puissances impérialistes.

Il n’en va surtout pas de même des pays du second monde : parce qu’ils exploitent eux-mêmes leur propre peuple, et qu’ils étendent leur domination sur des pays et peuples du tiers monde, ils sont particulièrement hésitants, velléitaires et inconséquents dans leurs oppositions aux deux superpuissances qui semblent, malgré tout, garantir la perpétuation du système d’exploitation impérialiste.

Le front uni mondial anti-hégémonique n’est pas constitué comme réalité organique: son rassemblement résulte des bouleversements qui se sont opérés dans la situation mondiale, des grands courants qui s’y manifestent. Pour les communistes et le prolétariat, elle implique une claire conscience du rapport des forces: ils ont à déterminer, dans chaque pays, le chemin de la révolution, mais ils ne sauraient le faire indépendamment de la situation mondiale. 

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