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  • Rédactions du Quotidien du peuple et du Drapeau Rouge : Le pseudo-communisme de Khrouchtchev et les leçons historiques qu’il donne au monde

    Rédaction du Renmin Ribao et Rédaction du Hongqi, 14 juillet 1964

    La théorie de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat constitue l’essence même du marxisme-léninisme. La lutte entre le marxisme-léninisme et tous les révisionnistes a toujours eu pour centre le maintien de la révolution ou l’opposition à celle-ci, le maintien de la dictature du prolétariat ou l’opposition à celle-ci, et c’est sur cela qu’est centrée maintenant la lutte entre les marxistes-léninistes du monde entier et la clique révisionniste de Khrouchtchev.

    Au XXIIe Congrès du P.C.U.S., la clique révisionniste de Khrouchtchev a érigé son révisionnisme en un système complet en parachevant ses théories antirévolutionnaires de « coexistence pacifique », en proclamant que la dictature du prolétariat n’est plus nécessaire en Union soviétique et en formulant l’absurde théorie de l’« Etat du peuple tout entier » et du « parti du peuple tout entier ».

    Le Programme avancé par la clique révisionniste de Khrouchtchev au XXIIe Congrès du P.C.U.S. est un programme pseudo-communiste, un programme révisionniste dirigé contre la révolution prolétarienne et pour la suppression de la dictature du prolétariat et du parti prolétarien.

    La clique révisionniste de Khrouchtchev a supprimé la dictature du prolétariat sous le camouflage de l’« Etat du peuple tout entier », altéré le caractère prolétarien du P.C.U.S. sous le camouflage du « parti du peuple tout entier » et pavé la voie à la restauration du capitalisme sous le camouflage de l’« édification en grand du communisme ».

    Dans ses propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international, faite le 14 juin 1963, le Comité central du P.C.C. a indiqué qu’il est plus qu’absurde en théorie et extrêmement préjudiciable en pratique de substituer l’« Etat du peuple tout entier » à l’Etat de dictature du prolétariat et le « parti du peuple tout entier » au parti d’avant-garde du prolétariat. Il s’agit là d’un considérable recul historique, qui rend tout passage au communisme impossible et ne fait qu’aider à la restauration du capitalisme.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. et la presse soviétique usent d’arguments spécieux pour se justifier et traitent notre critique de l’« Etat du peuple tout entier » et du « parti du peuple tout entier » de « considérations n’ayant rien à voir avec le marxisme », de « raisonnements n’ayant aucun rapport avec la vie du peuple soviétique » et de vouloir « faire rétrograder ».

    Voyons qui n’a rien à voir avec le marxisme-léninisme, ce qu’est vraiment la vie en U.R.S.S. et qui veut faire rétrograder l’Union soviétique.

    SOCIÉTÉ SOCIALISTE ET DICTATURE DU PROLÉTARIAT

    Qu’entend-on exactement par société socialiste ? Les classes et la lutte de classe existent-elles ou non pendant toute la période socialiste ? Faut-il maintenir la dictature du prolétariat pour mener la révolution socialiste jusqu’au bout ou faut-il la supprimer pour frayer la voie à la restauration du capitalisme ? Une juste réponse doit être donnée à ces questions, sur la base de principes fondamentaux du marxisme-léninisme et de l’expérience historique de la dictature du prolétariat.

    Le remplacement de la société capitaliste par la société socialiste est un grand bon dans le développement de la société humaine. La société socialiste représente une importante période historique du passage de la société de classes à la société sans classes. Elle fera accéder l’humanité à la société communiste.

    Le système socialiste a une supériorité incomparable sur le système capitaliste. Dans la société socialiste, la dictature du prolétariat remplace la dictature de la bourgeoisie, et la propriété publique des moyens de production remplace la propriété privée des moyens de production. De classe opprimée et exploitée, le prolétariat devient une classe dominante et un changement radical se produit dans la situation sociale du peuple travailleur.

    L’État de dictature du prolétariat applique au sein des grandes masses du peuple travailleur la démocratie le plus large, qui ne peut être réalisée dans la société capitaliste, et n’exerce la dictature que sur une minorité d’exploiteurs. La nationalisation de l’industrie et la collectivisation de l’agriculture ouvrent de vastes perspectives à un développement considérable des forces productives sociales, leur assurant un rythme de croissance incomparablement plus rapide que dans n’importe quelle vieille société.

    On ne peut toutefois perdre de vue que la société socialiste est issue de la société capitaliste, qu’elle est la première phase de la société communiste. Elle n’est pas encore la société communiste, cette société parvenue à pleine maturité au point de vue économique et autre. Elle porte inévitablement les stigmates de la société capitaliste. Parlant de la société socialiste, Marx dit :

    « Ce à quoi nous avons affaire ici, c’est à une société communiste, non pas telle qu’elle s’est développée sur les bases qui lui sont propres, mais, au contraire, telle qu’elle vient de sortir de la société capitaliste ; une société, par conséquent, qui sous tous les rapports, économique, moral, intellectuel porte encore les stigmates de l’ancienne société des flancs de laquelle elle est issue » [1].

    De son côté, Lénine a fait remarquer que dans la société socialiste, premier stade du communisme,

    « le communisme ne peut pas encore, au point de vue économique, être complètement mûr, complètement affranchi des traditions ou des vestiges du capitalisme » [2].

    Les différences entre ouvriers et paysans, entre ville et campagne, entre travail manuel et travail intellectuel, continuent à exister en société socialiste, le droit bourgeois n’est pas encore aboli, et on est « incapable de détruire d’emblée l’autre injustice : la répartition des objets de consommation ‘selon le travail’ (et non selon les besoins) » [3] ; et par conséquent, existent encore les différences en fait de richesse. On ne peut faire disparaître que progressivement tous ces phénomènes et différences et le droit bourgeois, et cela exige inévitablement une très longue période.

    Comme l’a dit Marx, ce n’est qu’après la disparition de ces différences et l’abolition complète du droit bourgeois que pourra être réalisé le communisme intégral caractérisé par « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

    Le marxisme-léninisme et la pratique de l’Union soviétique, de la Chine et des autres pays socialistes nous apprennent que la société socialiste couvre une longue, très longue période historique. Durant toute la durée de celle-ci, la lutte de classe entre bourgeoisie et prolétariat se poursuit, et subsiste la question de savoir qui l’emportera, de la voie capitaliste ou de la voie socialiste, c’est-à-dire que le danger de la restauration capitaliste demeure.

    Dans ses propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international, faites le 14 juin 1963, le Comité central du P.C.C déclare :

    « Dans une très longue période historique qui suit la conquête du pouvoir par le prolétariat, l’existence d’une lutte de classe demeure une loi objective indépendante de la volonté de l’homme ; seule la forme de la lutte de classe diffère de celle qu’elle revêtait avant la conquête du pouvoir par le prolétariat.

    Après la Révolution d’Octobre, Lénine a indiqué à maintes reprises que :

    a) Les exploiteurs renversés essayent toujours et par tous les moyens de reconquérir leur ‘paradis’ perdu.

    b) L’ambiance petite-bourgeoise engendre chaque jour, à chaque heure, de nouveaux éléments bourgeois.

    c) Dans les rangs de la classe ouvrière et parmi les fonctionnaires d’Etat, il peut également apparaître des éléments dégénérés et de nouveaux éléments bourgeois en raison de l’influence bourgeoise, de l’entourage petit-bourgeois et de la corruption exercée par celui-ci.

    d) Les conditions externes qui déterminent la continuation de la lutte des classes dans les pays socialistes sont l’encerclement par le capitalisme international, la menace de l’intervention armée et les manœuvres de désagrégation pacifique auxquelles ont recours les impérialistes [4].

    Cette thèse de Lénine s’est trouvée confirmée dans la réalité de la vie. »

    La bourgeoisie et les autres classes réactionnaires, quoique renversées, conservent encore pendant assez longtemps leurs forces en société socialiste et elles sont même assez puissantes dans certains domaines. Mille liens les rattachent à la bourgeoisie internationale. Et ne se résignant pas à leur défaite, elles recherchent opiniâtrement les épreuves de force avec le prolétariat. Elles livrent, dans tous les domaines, des combats sournois ou ouverts contre le prolétariat.

    Se posant souvent en partisans du socialisme, des Soviets, du parti communiste et du marxisme-léninisme, elles sabotent le socialisme et préparent la restauration du capitalisme. Elles persistent longtemps sur le plan politique, en tant que force opposée au prolétariat, et sont prêtes à tout instant à renverser la dictature du prolétariat.

    Elles cherchent à se faufiler dans les organismes d’État, les organisations de masse, les secteurs économiques, les institutions culturelles et les établissements d’enseignement pour contrecarrer et usurper la direction détenue par le prolétariat.

    Sur le plan économique, elles usent de tous les moyens pour saboter la propriété socialiste du peuple tout entier et la propriété collective socialiste et développer les forces capitalistes. Dans les domaines idéologique, culturel et de l’éducation, elles opposent la conception bourgeoise du monde à la conception prolétarienne du monde et s’emploient à corrompre le prolétariat et les autres travailleurs par le truchement de l’idéologie bourgeoise.

    La collectivisation de l’agriculture transforme les paysans individuels en paysans collectifs et crée des conditions favorables à la complète rééducation des paysans. Toutefois, avant que la propriété collective ne deviennent la propriété du peuple tout entier et que les vestiges de l’économie privée ne disparaissent entièrement, les paysans conservent inévitablement certains des traits inhérents aux petits producteurs.

    La tendance spontanée au capitalisme existe inéluctablement dans ces circonstances, un terrain propice à l’apparition de nouveaux paysans riches subsiste, et la différenciation au sein de la paysannerie se manifestera.

    Les activités de la bourgeoisie qui viennent d’être mentionnées, leur effet corrupteur dans les domaines politique, économique, idéologique, culturel et éducatif, l’existence de la tendance spontanée au capitalisme chez les petits producteurs urbains et ruraux, le fait que le droit bourgeois n’a pas été complètement aboli et l’influence des habitudes de la vieille société, tout cela engendre constamment des éléments dégénérés dans les rangs de la classe ouvrière, les organismes du Parti et l’administration de l’État, engendre constamment de nouveaux éléments bourgeois et des déprédateurs dans les entreprises d’État appartenant au peuple tout entier, et de nouveaux intellectuels bourgeois dans les institutions culturelles et les établissements d’enseignement, ainsi que dans les milieux intellectuels.

    Pour attaquer le socialisme, ces nouveaux éléments bourgeois et ces éléments dégénérés s’entendent avec les éléments de la vieille bourgeoisie et d’autres classes exploiteuses qui, bien que renversées, n’ont pas encore été complètement liquidées.

    Particulièrement nuisibles sont les éléments dégénérés retranchés dans les organismes dirigeants, car ils soutiennent et protègent les éléments bourgeois des organismes des échelons inférieurs.

    Tant qu’existe l’impérialisme, le prolétariat des pays socialistes se doit de poursuivre la lutte à la fois contre la bourgeoisie de l’intérieur et l’impérialisme international.

    L’impérialisme recherche toutes les occasions pour intervenir par les armes contre les pays socialistes ou y provoquer pacifiquement la désagrégation. Il fait tout pour détruire les pays socialistes ou les faire dégénérer en pays capitalistes. Aussi, la lutte de classe menée sur le plan international a-t-elle inévitablement son reflet au sein des pays socialistes.

    Lénine dit :

    « La transition du capitalisme au communisme, c’est toute une époque historique. Tant qu’elle n’est pas terminée, les exploiteurs gardent inéluctablement l’espoir d’une restauration, espoir qui se transforme en tentatives de restauration » [4].

    Il dit encore : « La suppression des classes est le résultat d’une lutte de classe longue, difficile, opiniâtre, qui, après le renversement du pouvoir du Capital, après la destruction de l’Etat bourgeois, après l’instauration de la dictature du prolétariat, ne disparaît pas (comme se l’imaginent les vulgaires représentants du vieux socialisme et de la vieille social-démocratie), mais ne fait que changer de forme pour devenir plus acharnée à bien des égards » [5].

    La lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie dans les domaines politique, économique, idéologique, culturel et éducatif ne saurait prendre fin durant la période socialiste. C’est une lutte de longue haleine, toujours reprise, tortueuse et complexe.

    Comme la mer connaît le flux et le reflux, elle a tantôt des hauts et tantôt des bas, tantôt elle se relâche et tantôt elle gagne en violence. D’elle dépend le sort de la société socialiste, la marche au communisme ou le retour au capitalisme.

    La lutte de classe dans la société socialiste trouve inévitablement son reflet dans les partis communistes. La bourgeoisie et l’impérialisme international savent que pour faire dégénérer un pays socialiste en pays capitaliste, il faut en premier lieu amener son parti communiste à dégénérer en parti révisionniste.

    Les anciens et les nouveaux éléments bourgeois, les anciens et les nouveaux paysans riches, ainsi que les éléments dégénérés de toues nuances, constituent la base sociale du révisionnisme et c’est par mille moyens qu’ils recrutent des agents au sein des partis communistes.

    L’influence bourgeoise est la cause intérieure du révisionnisme. La capitulation devant la pression de l’impérialisme en est la cause extérieure. La lutte entre le marxisme-léninisme et l’opportunisme de toutes les nuances, principalement le révisionnisme, est chose inévitable au sein des partis communistes des pays socialistes durant la période socialiste.

    La caractéristique du révisionnisme, c’est qu’il adopte les positions de la bourgeoisie pour attaquer le prolétariat en niant les classes et la lutte de classe, et transforme la dictature du prolétariat en une dictature de la bourgeoisie.

    A la lumière de l’expérience du mouvement ouvrier international et tenant compte de la loi objective de la lutte de classe, les fondateurs du marxisme ont fait ressortir que le passage du capitalisme au communisme, de la société de classes à la société sans classes, dépend de la dictature du prolétariat et qu’il n’est pas d’autre voie.

    Marx dit :

    « La lutte de classe conduit nécessairement à la dictature du prolétariat » [6]. Il dit ailleurs, « Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci. A quoi correspond une période de transition politique où l’Etat ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat » [7].

    La société socialiste se développe selon un processus de révolution ininterrompue. Parlant du socialisme révolutionnaire, Marx dit :

    « Ce socialisme est la déclaration permanente de la révolution, la dictature de classe du prolétariat, comme point de transition nécessaire pour arriver à la suppression des différentes classes en général, à la suppression de tous les rapports de production sur lesquels elles reposent, à la suppression de toutes les relations sociales qui correspondent à ces rapports de production, au bouleversement de toutes les idées qui émanent de ces relations sociales » [8].

    Dans sa lutte contre l’opportunisme de la IIe Internationale, Lénine a mis en lumière et développé de manière créatrice la théorie de Marx sur la dictature du prolétariat. Il a fait ressortir :

    « La dictature du prolétariat n’est pas la fin de la lutte des classes ; c’est sa continuation sous des formes nouvelles. La dictature du prolétariat, c’est la lutte de classes du prolétariat victorieux qui a pris en main le pouvoir politique, contre la bourgeoisie vaincue, mais non anéantie, non disparue qui, loin d’avoir cessé de résister, a intensifié sa résistance » [9].

    Il dit encore :

    « La dictature du prolétariat et une lutte opiniâtre, sanglante et non sanglante, violente et pacifique, militaire et économique, pédagogique et administrative, contre les forces et les traditions de la vieille société » [10].

    Dans son célèbre De la juste solution des contradictions au sein du peuple et d’autres ouvrages, le camarade Mao Tsé-toung a, sur la base des principes fondamentaux du marxisme-léninisme et de l’expérience historique de la dictature du prolétariat, fait une analyse complète et systématique des classes et de la lutte de classe dans la société socialiste et a développé de manière créatrice la théorie marxiste-léniniste de la dictature du prolétariat.

    C’est à partir du point de vue de la dialectique matérialiste qu’il a étudié les lois objectives de la société socialiste. Il a souligné que la loi universelle de la nature et de la société humaine, que sont l’unité et la lutte des contraires, s’applique également à la société socialiste.

    Dans la société socialiste, les contradictions de classe continuent à exister et la lutte de classe ne s’éteint pas, même après la transformation socialiste de la propriété des moyens de production.

    Il y a toujours lutte entre les deux voies, le socialisme et le capitalisme, durant toute la période socialiste. Pour assurer l’édification du socialisme et empêcher la restauration du capitalisme, il est nécessaire de mener jusqu’au bout la révolution socialiste dans les domaines politique, économique, idéologique et culturel. La victoire complète du socialisme n’est pas l’affaire d’une ou de deux générations ; pour être définitive, elle exige cinq à six générations, voire davantage.

    Le camarade Mao Tsé-toung a souligné en particulier que la société socialiste connaît deux genres de contradictions sociales : les contradictions au sein du peuple et les contradictions entre nous et nos ennemis, et que les premières sont nombreuses.

    Ce n’est qu’en opérant une distinction entre ces deux genres de contradictions de nature différente et en adoptant différentes méthodes pour parvenir à une juste solution qu’il est possible d’unir plus de 90 pour cent de la population du pays, de défaire les ennemis qui n’en constituent qu’un infime pourcentage et de consolider la dictature du prolétariat.

    La dictature du prolétariat est la garantie essentielle de la consolidation et du développement du socialisme, la garantie permettant au prolétariat de vaincre la bourgeoisie et d’assurer le triomphe du socialisme, au cours de la lutte entre les deux voies.

    Le prolétariat ne peut s’émanciper définitivement qu’en émancipant l’humanité. La tâche historique de la dictature du prolétariat a deux aspects : un aspect intérieur et un aspect international.

    Sur le plan intérieur, la tâche consiste essentiellement à abolir complètement toutes les classes exploiteuses, à développer hautement l’économie socialiste, à élever la conscience communiste des masses populaires, à liquider les différences entre propriété du peuple tout entier et propriété collective, entre ouvriers et paysans, entre ville et campagne, entre travail intellectuel et travail manuel, et à faire disparaître toute possibilité de formation de classes et de restauration du capitalisme, afin de créer les conditions pour la réalisation de la société communiste caractérisée par « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

    Sur le plan international, la tâche consiste essentiellement à prévenir toute attaque de l’impérialisme international (y compris l’intervention armée et la désagrégation pacifique) et à soutenir la révolution mondiale, jusqu’à l’abolition définitive, par les peuples de l’impérialisme, du capitalisme et du système d’exploitation. Avant l’accomplissement des deux aspects de cette tâche et l’accès à la société communiste intégrale, la dictature du prolétariat est absolument indispensable.

    A en juger par la situation actuelle, la tâche de la dictature du prolétariat est encore loin d’être accomplie dans les pays socialistes. Dans tous, il y a, sans exception, classes et lutte de classe, lutte entre voie socialiste et voie capitaliste, et il s’agit toujours de mener la révolution socialiste jusqu’au bout et de prévenir la restauration du capitalisme.

    Tous les pays socialistes sont encore loin, bien loin, d’avoir éliminé les différences entre propriété du peuple tout entier et propriété collective, entre ouvriers et paysans, entre ville et campagne, entre travail intellectuel et travail manuel, et de réaliser la société communiste où prévaudra le principe de « chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

    C’est pourquoi le maintien de la dictature du prolétariat est nécessaire pour tous les pays socialistes.

    Dans ces conditions, son abolition par la clique révisionniste de Khrouchtchev est une trahison envers le socialisme et le communisme.

    CLASSES ANTAGONISTES ET LUTTE DE CLASSE EN UNION SOVIÉTIQUE

    La raison principale pour laquelle la clique révisionniste de Khrouchtchev a proclamé l’abolition de la dictature du prolétariat en Union soviétique, c’est selon elle, que les classes antagonistes y ont été éliminées et que la lutte de classe n’y existe plus.

    Mais quelle est la situation réelle en Union soviétique ? N’y a-t-il vraiment plus de classes antagonistes ni de lutte de classe ?

    Après la grande Révolution socialiste d’Octobre victorieuse, la dictature du prolétariat fut instaurée ; elle abolit la propriété privée capitaliste et établit la propriété socialiste du peuple tout entier et la propriété collective socialiste par la nationalisation de l’industrie et la collectivisation de l’agriculture, et en quelques décennies, elle parvint à de grandes réalisations dans l’édification socialiste. Ce furent des victoires ineffaçables, des victoires de grande portée historique, remportées par le P.C.U.S. et le peuple soviétique sous la direction de Lénine et de Staline.

    Cependant, la vieille bourgeoisie et les autres classes exploiteuses qui, quoique renversées, n’avaient pas été entièrement liquidées, continuèrent à exister après la nationalisation de l’industrie et la collectivisation de l’agriculture.

    L’influence politique et idéologique de la bourgeoisie subsistait. Les forces spontanées capitalistes existaient toujours dans la ville comme à la campagne. De nouveaux éléments bourgeois et koulaks apparaissaient continuellement.

    Et durant tout le temps écoulé depuis lors, la lutte de classe entre prolétariat et bourgeoisie et la lutte entre les voies socialiste et capitaliste se sont poursuivies dans les domaines politique, économique et idéologique.

    Du fait que l’Union soviétique était le premier pays, et à l’époque le seul, à édifier le socialisme et qu’elle ne disposait d’aucune expérience étrangère à laquelle se référer, du fait également que Staline s’était éloigné de la dialectique du marxisme-léninisme par son interprétation des lois de la lutte de classe dans la société socialiste, il proclama prématurément, après la réalisation essentielle de la collectivisation de l’agriculture, qu’en Union soviétique, « il n’existe plus de classes antagonistes » et qu’« elle [la société soviétique] est affranchie des collisions de classes » [11].

    Mettant l’accent uniquement sur l’unité de la société socialiste, il négligeait les contradictions au sein de celle-ci, il ne s’appuyait pas sur la classe ouvrière et les larges masses dans la lutte contre les forces capitalistes et considérait que la possibilité de restauration du capitalisme provenait uniquement de l’attaque armée de l’impérialisme international.

    Cela est faux, tant en théorie qu’en pratique. Cependant, Staline n’en demeure pas moins un grand marxiste-léniniste. Lorsqu’il dirigeait le Parti et l’État soviétiques, il maintint fermement la dictature du prolétariat et l’orientation socialiste, appliqua une ligne marxiste-léniniste et assura la marche triomphale de l’Union soviétique dans la voie du socialisme.

    Khrouchtchev, depuis qu’il détient la direction du Parti et de l’État soviétiques, a appliqué une suite de mesures politiques révisionnistes, qui ont considérablement hâté le développement des forces capitalistes et exacerbé de nouveau, en Union soviétique, la lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie, la lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste.

    Il suffit de feuilleter les journaux soviétiques de ces dernières années pour trouver de nombreux exemples montrant que, dans la société soviétique, il existe non seulement beaucoup d’éléments des vieilles classes exploiteuses, mais que de nouveaux éléments bourgeois y sont engendrés en grand nombre et que la différenciation au sein des classes s’accentue.

    Voyons tout d’abord les activités des éléments bourgeois de tout acabit dans les entreprises soviétiques à propriété du peuple tout entier.

    Les responsables de certaines usines d’État et leurs associés mettent leurs fonctions à profit et amassent des fortunes fabuleuses en utilisant l’équipement et le matériel des usines dont ils ont la charge pour créer des « ateliers clandestins » et produire à titre privé, procédant à la vente illicite des produits et se partageant le butin. Voici quelques exemples :

    A Léningrad, dans une usine travaillant pour l’armée, les responsables installant des hommes de confiance « à tous les postes-clés », avaient « transformé cette entreprise d’Etat en une entreprise privée ». Ils s’engagèrent illégalement dans la production d’articles non militaires et s’approprièrent 1 million 200 mille anciens roubles en trois ans rien que par la vente de stylos. Parmi eux se trouvait « un voleur de naissance », un homme qui « était un nepman » « dans les années 20 » [12].

    Le directeur d’une usine de tissage de soie d’Uzbékistan avait agi de connivence avec l’ingénieur en chef, le chef-comptable, le responsable de la section des fournitures et de vente, les chefs d’atelier et d’autres, et ils étaient devenus des « chefs d’entreprises de fraîche date ».

    Ils avaient acheté par des moyens illicites plus de dix tonnes de soie artificielle et naturelle pour produire des articles qui « ne sont pas entrés dans la comptabilité ». Ils avaient embauché » des ouvriers sans passer par la filière habituelle et appliquaient « la journée de travail de douze heures » [13].

    Le directeur d’une fabrique de meubles de Kharkov avait établi dans son entreprise un « atelier clandestin de bonneterie » pour la fabrication d’articles destinés à la spéculation. Cet homme « avait plusieurs femmes, plusieurs automobiles, plusieurs maisons, 176 cravates, près de cent chemises et des dizaines de complets ». C’était, en outre, un grand joueur, habitué des champs de courses » [14].

    Ces éléments ne mènent pas leurs activités isolément. Ils travaillent invariablement de connivence avec des fonctionnaires des services d’État chargé des fournitures, du commerce, et d’autres services. Ils ont leurs hommes dans la milice et les services judiciaires, qui les protègent et leur servent d’agents. Même de hauts fonctionnaires des organismes d’État les soutiennent et les couvrent. Voici quelques exemples :

    Le directeur d’une usine annexe de l’Institut de prophylaxie des maladies mentales de Moscou et ses associés avaient fondé une « entreprise clandestine » et, par des pots-de-vin, ils « s’étaient procuré 58 métiers à tricoter » et de grandes quantités de matières premières. Ils étaient entrés en relations d’affaires avec « 52 usines, coopératives artisanales et kolkhozes » et avaient réalisé en quelques années un bénéfice de 3 millions de roubles. Ils avaient soudoyé des fonctionnaires du Département contre le vol des biens socialistes et la spéculation, des contrôleurs, des inspecteurs, des vérificateurs, etc [15].

    Le directeur d’une usine de construction mécanique de la Fédération de Russie avait volé, avec la complicité du directeur adjoint d’une autre usine de construction mécanique et d’autres fonctionnaires, soit au total 43 personnes, plus de 900 métiers à tisser pour les vendre à des usines d’Asie centrale, du Kazakhstan, du Caucase et d’autres régions, machines qui furent utilisées par les responsables de ces usines pour de la production illicite [16].

    En Kirghizie, un gang de déprédateurs, comptant plus de quarante membres, se livrant à la production clandestine dans deux usines sous leur contrôle, avait volé plus de 30 millions de roubles à l’Etat. Parmi ses membres figuraient le président de la Commission de la planification de la République, un vice-ministre du Commerce, sept chefs de bureaux et de divisions du Conseil des Ministres de la République, de la Commission économique nationale et de la Commission du Contrôle d’Etat, ainsi qu’un « gros koulak échappé de l’exil » [17].

    Ces exemples montrent que les usines tombées dans les pattes de ces éléments dégénérés demeurent nominalement des entreprises socialistes, mais qu’elles sont en réalité devenues des entreprises capitalistes, instrument de leur fortune. Leurs rapports avec les ouvriers se sont mués en rapports d’exploiteurs à exploités, d’oppresseurs à opprimés.

    Ne sont-ce pas des éléments bourgeois à cent pour cent, ces dégénérés qui, détenant des moyens de production et en disposant, exploitent le travail d’autrui ? Et leurs complices au sein d’organismes d’Etat, qui s’abouchent avec eux, prennent part à toutes sortes d’exploitations, détournent des fonds, donnent et acceptent de pots-de-vin, participent au partage du butin, ne sont-ils pas eux aussi, des éléments bourgeois dans toute l’acception du terme ?

    De toute évidence, ces gens-là appartiennent à une classe hostile au prolétariat, ils appartiennent à la bourgeoisie. Leurs activités antisocialistes constituent précisément cette lutte de classe par laquelle la bourgeoisie s’attaque au prolétariat.

    Voyons maintenant en quoi consistent les activités des koulaks de toutes nuances dans les kolkhozes.

    Certains responsables de kolkhozes et leurs associés détournent des fonds, se livrent à la spéculation, à la dilapidation et à l’exploitation des kolkhoziens, sans la moindre retenue. Voici quelques exemples :

    En Uzbékistan, un président de kolkhoze faisait « régner la terreur dans tout le village ». Dans le kolkhoze, toutes les fonctions importantes étaient occupées par ses parents, alliés et amis. Il « a dilapidé plus de 132 mille roubles du kolkhoze pour la satisfaction de ses ‘besoins personnels’ ». Il avait une voiture, deux motocyclettes et trois femmes, « chacune d’elles disposant d’une villa » [18].

    Dans la région de Koursk, le président d’un kolkhoze considérait celui-ci comme son « patrimoine ». Il s’était entendu avec le comptable, le caissier, le chef de l’entrepôt, l’agronome, le directeur du magasin et d’autres personnes pour se couvrir mutuellement et « exploiter les kolkhoziens » ; et en quelques années, ils étaient parvenus à détourner plus cent mille roubles [19].

    Le président d’un kolkhoze ukrainien avait détourné plus de 50 mille roubles en falsifiant des certificats et des registres, de mèche avec sa comptable qui, citée comme « comptable modèle », avait même été envoyée à Moscou pour participer à l’Exposition des réalisations de l’économie nationale [20].

    Le président d’un kolkhoze de la région d’Alma Ata s’était spécialisé dans la spéculation commerciale. Il avait acheté « en Ukraine ou en Uzbékistan des jus de fruits, du sucre et de l’alcool à Dzambul » qui, transformés en boissons alcoolisées, furent vendus un peu partout à des prix élevés. Ce kolkhoze comprenait une entreprise vinicole produisant plus d’un million de litres par an, dont le réseau de vente couvrait toute la R.S.S du Kazakhstan, et la spéculation commerciale était une de ses principales sources de revenus [21].

    Le président d’un kolkhoze de Biélorussie « se comportait comme un seigneur dans son fief » et en tout agissait « arbitrairement ». Il logeait non au kolkhoze mais en ville, ou bien dans sa « luxueuse villa », et était constamment occupé à « diverses machinations commerciales » et « affaires illégales ».

    Il achetait du bétail ailleurs, le faisait passer pour celui de son kolkhoze et, dans ses rapports, falsifiait les résultats de la production. Et cependant, « pas mal de reportages élogieux » lui furent consacrés et il était appelé « dirigeant modèle ».

    Ces exemples montrent que les kolkhozes placés sous le contrôle de ces responsables deviennent leur propriété privée. Ils transforment l’économie collective socialiste en une nouvelle économie koulak. Ils ont en général, dans les organismes supérieurs, des gens qui les protègent. Leurs rapports avec les kolkhoziens sont devenus des rapports d’oppresseurs à opprimés, d’exploiteurs à exploités. Ne sont-ce pas de nouveaux koulaks à cent pour cent, ces nouveaux exploiteurs qui pèsent de tout leur poids sur les paysans ?

    De toute évidence, ces gens-là appartiennent à une classe hostile au prolétariat et aux paysans travailleurs, ils appartiennent à la classe des koulaks, c’est-à-dire à la bourgeoisie rurale. Leurs activités antisociales constituent précisément cette lutte de classe par laquelle la bourgeoisie s’attaque au prolétariat et aux paysans travailleurs.

    En dehors des éléments bourgeois dans les entreprises d’État et les kolkhozes, il en existe beaucoup d’autres dans les villes comme dans la campagne soviétiques.

    Certains d’entre eux ont mis sur pied des entreprises privées pour la production et la vente à titre privé ; d’autres ont organisé des équipes de construction privées qui entreprennent publiquement des travaux pour le compte de l’État ou des entreprises coopératives ; d’autres encore exploitent des hôtels privés.

    Il y avait, à Léningrad, une « capitaliste soviétique » qui engageait des ouvriers pour produire et vendre des blouses en nylon, et « gagnait 700 nouveaux roubles par jour » [22].

    Le propriétaire d’un atelier de la région de Koursk fabriquait des bottes de feutre, pour la vente à des prix élevés. Il possédait 540 paires de bottes de feutre, 8 kilos de pièces d’or, 3.000 mètres de tissus, 20 tapis, 1.200 kilos de laine et bien d’autres choses [23].

    Le propriétaire d’une entreprise privée de la région de Gomel « employait ouvriers et artisans » et, en l’espace de deux ans, avait entrepris à hauts prix la construction ou la réfection de fours à calciner dans 12 usines [24]. Dans la région d’Orenbourg, il y avait des « centaines d’hôtels privés et d’entrepôts privés », et « l’argent des kolkhozes et de l’État coulait à flots continus dans la poche des tenanciers » [25].

    D’autres se livrent à la spéculation, réalisant de gros bénéfices par l’achat à bas prix, la vente au prix fort et le transport illicite de marchandises sur de grandes distances. Moscou compte un grand nombre de spéculateurs qui s’occupent de la revente de produit agricoles.

    Ils « font venir des tonnes d’oranges, de pommes et de légumes de Moscou pour les revendre au marché noir ». « On a offert toutes facilités à ces profiteurs : des auberges près des marchés, des entrepôts et d’autres installations sont mises à leur disposition » [26].

    Une spéculatrice du territoire de Krasnodar avait instauré son propre « réseau d’agents » et « employait 12 vendeurs et 2 portiers » ; elle expédiait « des milliers de porcs, des centaines de quintaux de céréales et des centaines de tonnes de fruits », des régions rurales vers le bassin du Don, et faisait acheminer « de grandes quantités de briques de lait volées, du verre par wagons entiers » et d’autres matériaux de construction des villes vers les campagnes. Elle s’était considérablement enrichie par cette revente illicite » [27].

    D’autres encore agissent comme courtiers ou agents ayant de multiples relations sociales, et peuvent tout vous procurer si vous leur graissez la patte. Il y avait, à Léningrad, un courtier de ce genre qui « sans être ministre du Commerce, contrôlait toutes les marchandises », et « sans avoir de titre officiel dans les chemins de fer, a des wagons à sa disposition ». Il pouvait « se procurer en dehors de stocks des choses dont les stocks sont strictement contrôlés ».

    « Tous les entrepôts de Léningrad étaient à sa disposition ». Les marchandises qui passaient entre ses mains lui laissaient d’appréciables « commissions », puisque durant la seule année 1960, il toucha 700 mille roubles d’une compagnie sylvicole. A Léningrad, il y a « tout un groupe » de courtiers de ce genre » [28].

    Tous ces propriétaires d’entreprises et ces spéculateurs pratiquent une exploitation capitaliste éhontée. N’est-ce pas l’évidence même qu’ils appartiennent à la bourgeoisie, classe hostile au prolétariat ?

    En fait, la presse soviétique, elle-même, qualifie ces gens-là de « capitalistes soviétiques », « chefs d’entreprises de fraîche date », « propriétaires d’entreprises privées », « koulaks de fraîche date », « spéculateurs », « exploiteurs », etc. La clique révisionniste de Khrouchtchev ne s’applique-t-elle pas elle-même un soufflet lorsqu’elle s’obstine à prétendre qu’il n’existe pas de classes antagonistes en Union soviétique ?

    Les faits cités plus haut ne constituent qu’une partie de ceux révélés par la presse soviétique. Ils suffisent pour alarmer, mais les faits qu’elle n’a pas divulgués, les faits les plus frappants et plus graves qu’elle a cherché à cacher et à enterrer, sont bien plus nombreux. Ce que nous citons ici est une réponse à la question : les classes antagonistes et la lutte de classe existent-elles en Union soviétique ? Ces faits, beaucoup de gens peuvent les constater. Même la clique révisionniste de Khrouchtchev ne peut les nier.

    Ces faits suffisent à montrer clairement que les activités effrénées de la bourgeoisie hostile au prolétariat se multiplient en Union soviétique, dans les villes et les campagnes, dans l’industrie et l’agriculture, dans le secteur de la production et celui de la distribution, dans les branches économiques et les organismes du Parti et de l’Etat, des échelons de base jusqu’aux organismes supérieurs de direction.

    Ces activités antisocialistes ne sont pas autre chose que l’âpre lutte de classe que la bourgeoisie mène contre le prolétariat.

    Rien d’étonnant à ce qu’apparaissent dans un pays socialiste des éléments de la nouvelle et de l’ancienne bourgeoisie qui s’attaquent au socialisme. Il n’y a pas lieu de s’en effrayer tant que la direction du Parti et de l’Etat est marxiste-léniniste. Cependant, dans l’Union soviétique d’aujourd’hui, la question est grave parce que la clique révisionniste de Khrouchtchev a usurpé la direction du Parti et de l’Etat et qu’une couche privilégiée de la bourgeoisie est apparue dans la société.

    C’est de cette question que nous traitons ci-après.

    LA COUCHE PRIVILÉGIÉE DE L’UNION SOVIÉTIQUE
    ET LA CLIQUE RÉVISIONNISTE DE KHROUCHTCHEV

    Dans la société soviétique actuelle, la couche privilégiée est constituée par les éléments dégénérés des cadres dirigeants des organismes du Parti et du gouvernement, des entreprises et des kolkhozes, et les intellectuels bourgeois. Cette couche est opposée aux ouvriers, aux paysans et à la grande masse des intellectuels et des cadres.

    Au lendemain de la Révolution d’Octobre, Lénine fit remarquer que l’idéologie et les habitudes bourgeoises et petites-bourgeoises encerclaient et sapaient de partout le prolétariat et en contaminaient certaines couches.

    Cet état de choses a engendré, parmi les fonctionnaires, non seulement des bureaucrates coupés des masses, mais aussi de nouveaux éléments bourgeois. Lénine montra en outre que les salaires élevés, quoique nécessaires pour les techniciens spécialisés bourgeois demeurés à leurs postes sous le pouvoir soviétique, exerçaient une influence corruptrice sur le régime soviétique.

    C’est pour cela qu’il mit particulièrement l’accent sur la lutte à mener sans relâche contre l’influence des idéologies bourgeoise et petite-bourgeoise, la mobilisation des grandes masses pour qu’elles participent à la gestion de l’Etat, la dénonciation constante des bureaucrates et des nouveaux éléments bourgeois et leur élimination des rangs des organismes soviétiques, et la création de conditions qui empêcheraient l’existence et la réapparition de la bourgeoisie.

    Il indiqua de manière saisissante que « sans une lutte systématique et opiniâtre pour améliorer l’appareil, nous serons perdus avant d’avoir créé la base du socialisme » [29].

    En même temps, il insista tout particulièrement sur la nécessité de maintenir le principe de la Commune de Paris en matière de politique des salaires, à savoir que tous les fonctionnaires devaient toucher des salaires correspondant à ceux des ouvriers, les spécialistes bourgeois étant les seuls à percevoir des appointements élevés.

    Ces directives de Lénine furent appliquées pour l’essentiel, depuis la Révolution d’Octobre jusqu’à la période du relèvement de l’économie nationale. Les responsables des organismes du Parti et du gouvernement, les responsables des entreprises et les spécialistes communistes qui y travaillaient, touchaient un salaire équivalent grosso modo à celui des ouvriers.

    A l’époque, le Parti communiste et le gouvernement de l’Union soviétique adoptèrent une série de mesures, tant sur le plan politique et idéologique que dans le système de répartition, afin de prévenir tout abus de pouvoir de la part des cadres dirigeants des différents secteurs et de les empêcher de dégénérer moralement et politiquement.

    Avec Staline, le P.C.U.S. s’en tint à la dictature du prolétariat et à la voie du socialisme, combattit résolument les forces capitalistes. Les luttes menées par Staline contre les trotskistes, les zinoviévistes et les boukhariniens étaient, de par leur nature, le reflet au sein du Parti de la lutte de classe entre le prolétariat et la bourgeoisie, de la lutte entre les voies socialiste et capitaliste. L’issue victorieuse de ces luttes permit d’écraser le vain complot de restauration capitaliste en Union soviétique tramé par la bourgeoisie.

    Il est indéniable qu’avant la mort de Staline, un certain nombre de gens bénéficiaient d’un régime de hauts salaires et des cadres avaient dégénéré en éléments bourgeois.

    Au XIXe Congrès du P.C.U.S., qui se tint en octobre 1952, le Comité central du P.C.U.S. indiqua dans son rapport d’activité que des phénomènes de dégénérescence et de corruption étaient apparus dans des organisations du Parti. Les dirigeants de certaines organisations du Parti en avait fait de petites communautés composées exclusivement de leurs hommes, « plaçant leurs intérêts de groupe au-dessus de ceux du Parti et de l’Etat ».

    Les dirigeants de certaines entreprises industrielles « oublient que les entreprises dont on leur a confié la gestion, appartiennent à l’Etat, et s’efforcent de les transformer en leur fief ». Certains fonctionnaires des organisations du Parti, des Soviets et des organismes agricoles, « au lieu de veiller aux intérêts de l’économie publique des kolkhozes, se sont employés à voler des biens au kolkhoze ». Dans les domaines culturel, artistique et scientifique, des œuvres attaquant et salissant le système socialiste avaient fait leur apparition, et parmi des groupes d’hommes de science s’était manifesté un phénomène de monopole académique à la Araktchéev.

    Depuis l’usurpation de la direction du Parti et de l’État par Khrouchtchev, des changements radicaux sont intervenus dans la lutte de classe en Union soviétique.

    Khrouchtchev a introduit une série de mesures politiques révisionnistes dans l’intérêt de la bourgeoisie, et de ce fait les forces capitalistes ont grandi de façon foudroyante en Union soviétique.

    Sous le prétexte de « la lutte contre le culte de la personnalité », il a diffamé la dictature du prolétariat et le système socialiste, pavant en fait la voie à la restauration capitaliste en Union soviétique. En reniant complètement Staline, il a, au fond, nié le marxisme-léninisme que Staline avait maintenu, et il a ouvert ainsi les écluses au flot révisionniste.

    En substituant le « stimulant matériel » au principe socialiste « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail », Khrouchtchev, loin de réduire, a au contraire accentué l’écart existant entre les revenus d’une minorité et ceux des ouvriers, des paysans et des intellectuels en général.

    Il a épaulé les éléments dégénérés implantés aux postes de direction, les encourageant à faire preuve de moins de scrupules encore dans leurs abus de pouvoir pour s’approprier les fruits du labeur du peuple soviétique. Par là, il a accéléré la polarisation des classes dans la société soviétique.

    Khrouchtchev a sapé l’économie socialiste planifiée, appliqué le principe du profit capitaliste, développé la libre concurrence capitaliste et détruit la propriété socialiste du peuple tout entier.

    Khrouchtchev a attaqué le système de planification socialiste de l’agriculture, le qualifiant de « bureaucratique », de « superflu ». C’est avec ferveur qu’il a pris des leçons auprès des fermiers américains, préconisé le mode d’exploitation capitaliste, encouragé l’économie des paysans riches et miné l’économie collective socialiste.

    Il a prêché l’idéologie bourgeoise, les concepts bourgeois de liberté, d’égalité, de fraternité et d’humanité. Il inculque au peuple soviétique la métaphysique et l’idéalisme bourgeois, ainsi que les idées réactionnaires que représentent l’individualisme, l’humanisme et le pacifisme de la bourgeoisie ; il ruine la morale socialiste ; la culture décadente bourgeoise de l’Occident connaît la vogue, tandis que la culture socialiste est mise à l’écart et attaquée.

    Sous le couvert de la « coexistence pacifique », Khrouchtchev s’est entendu avec l’impérialisme américain, a miné le camp socialiste et le mouvement communiste international, s’est opposé à la lutte révolutionnaire des nations et des peuples opprimés, a pratiqué le chauvinisme de grande puissance et l’égoïsme national, trahi l’internationalisme prolétarien. Et tout cela afin de maintenir les intérêts acquis fondamentaux des peuples de l’Union soviétique, du camp socialiste et du monde entier.

    La ligne adoptée par Khrouchtchev est révisionniste à cent pour cent. Elle a non seulement poussé d’anciens éléments bourgeois à se déchaîner, mais a encore engendré un grand nombre de nouveaux éléments bourgeois parmi les cadres dirigeants du Parti et du gouvernement soviétiques, parmi les responsables des entreprises d’État et des kolkhozes, ainsi que parmi les intellectuels occupant de hautes positions dans les domaines de la culture, de l’art, de la science et de la technologie.

    Dans l’Union soviétique d’aujourd’hui, les nouveaux éléments bourgeois ont grandi en nombre d’une manière sans précédent et leur situation sociale a radicalement changé. Avant l’arrivée de Khrouchtchev au pouvoir, ils ne dominaient pas dans la société soviétique. Leurs activités étaient limitées et sanctionnées.

    Mais, depuis que Khrouchtchev a pris le pouvoir et usurpé graduellement la direction du Parti et de l’État, ces nouveaux éléments bourgeois sont parvenus à des positions dominantes au sein du Parti et du gouvernement et dans les domaines économique, culturel et autres, et sont devenus une couche privilégiée de la société soviétique.

    Cette couche privilégiée est l’élément principal de la bourgeoisie dans l’Union soviétique de nos jours et la principale base sociale de la clique révisionniste de Khrouchtchev. Et celle-ci est le représentant politique de la bourgeoisie soviétique, en particulier de la couche privilégiée de cette classe.

    De l’autorité centrale aux autorités locales, des organismes dirigeants du Parti et du gouvernement aux secteurs économiques, aux institutions culturelles et aux établissements d’enseignement, la clique révisionniste de Khrouchtchev a procédé à des épurations successives dans tout le pays, révoqué et remplacé un grand nombre de cadres, écarté ceux qui n’ont pas sa confiance et installés ses créatures aux postes de direction.

    Voyons, par exemple, le Comité central du P.C.U.S. Les chiffres montrent qu’à l’issue des XXe et XXIIe Congrès du P.C.U.S. réunis respectivement en 1956 et 1961, près de 70 pour cent de ses membres élus par le XIXe Congrès du P.C.U.S. en 1952 ont été éliminés. Et près de 50 pour cent de ses membres élus par le XXe Congrès ont été épurés au XXIIe Congrès.

    Autre exemple : les organisations locales des divers échelons. Selon les chiffres incomplets, à la veille du XXIIe Congrès du P.C.U.S., la clique révisionniste de Khrouchtchev tira prétexte du « renouvellement des cadres » pour révoquer et remplacer 45 pour cent des membres des comités centraux des républiques fédérées, des comités du Parti des territoires et régions, et 40 pour cent des membres des comités municipaux et des comités d’arrondissements.

    En 1963, sous prétexte de constituer des « comités du parti pour l’industrie » et des « comités du parti pour l’agriculture », la clique de Khrouchtchev a révoqué et remplacé plus de la moitié des membres des comités centraux des républiques fédérées et des comités du Parti des régions.

    Toutes ces mutations ont permis à la couche privilégiée de contrôler le Parti, le gouvernement et les autres secteurs importants.

    Cette couche privilégiée a transformé en prérogatives la fonction qui était de servir le peuple afin de soumettre les masses populaires à sa domination, et elle abuse de son pouvoir de gestion des moyens de production et d’existence, afin de poursuivre ses propres intérêts.

    Elle s’est approprié les fruits du labeur du peuple soviétique, et elle a des revenus qui sont de dizaines de fois, voire plus de cent fois, supérieur à ceux des ouvriers et des paysans ordinaires.

    Non seulement elle s’assure de grosses rentrées, sous forme de hauts traitements, de primes élevées, d’importants droits d’auteur, et d’une grande variété de subsides, mais elle use également de ses prérogatives pour frauder, accepter des pots-de-vin et s’approprier les biens publics. Complètement coupée du peuple travailleur soviétique, elle vit en parasite une existence bourgeoise et corrompue.

    Cette couche privilégiée a complètement dégénéré sur le plan idéologique, elle a rompu totalement avec les traditions révolutionnaires du parti bolchévik et a rejeté les idéaux sublimes de la classe ouvrière soviétique. Elle est contre le marxisme-léninisme et le socialisme.

    Elle a trahi la révolution et n’admet pas que les autres fassent la révolution. Elle ne songe qu’à consolider ses positions économiques et sa domination politique. Elle n’a d’activités qu’en fonction de ses intérêts privés.

    Après avoir usurpé la direction du Parti et de l’Etat soviétique, la clique Khrouchtchev a entrepris de transformer le P.C.U.S., parti marxiste-léniniste au glorieux passé révolutionnaire, en un parti révisionniste, de transformer l’Etat soviétique de dictature du prolétariat en un Etat sous la dictature de la clique révisionniste de Khrouchtchev, de transformer progressivement la propriété socialiste du peuple tout entier et la propriété collective socialiste en une propriété de la couche privilégiée.

    On sait qu’après que la clique de Tito se fut engagée sur la voie du révisionnisme en dépit de l’enseigne « socialiste » qu’elle continue d’arborer, la Yougoslavie a vu se former graduellement une bourgeoisie bureaucratique opposée au peuple yougoslave ; d’un Etat de dictature du prolétariat, elle est devenue un Etat de dictature de la bourgeoise bureaucratique ; et son économie socialiste à propriété publique s’est transformée en capitalisme d’Etat.

    Et on voit maintenant que la clique de Khrouchtchev a emprunté la voie parcourue par la clique Tito. Khrouchtchev tient Belgrade pour un lieu saint, il a exprimé à plusieurs reprises le désir d’étudier l’expérience de la clique Tito et déclaré que lui-même et la clique Tito « ont une seule et même idéologie et sont guidés par la même théorie ». Rien d’étonnant à cela.

    Le premier Etat socialiste du monde créé par le grand peuple soviétique au prix de son sang est placé aujourd’hui par le révisionnisme de Khrouchtchev devant un danger d’une gravité sans précédent, celui de la restauration du capitalisme.

    La clique Khrouchtchev propage qu’« il n’y a plus de classes antagonistes ni de lutte de classe en Union soviétique », simplement pour masquer la réalité de la cruelle lutte de classe qu’elle mène contre le peuple soviétique.

    La couche privilégiée soviétique que représente la clique révisionniste de Khrouchtchev ne constitue qu’un faible pourcentage de la population soviétique. Elle n’est qu’une infime minorité des rangs des cadres soviétiques. Elle est diamétralement à l’opposé du peuple qui constitue plus de 90 pour cent de la population, elle est à l’opposé des larges masses des cadres et des communistes soviétiques. Les contradictions entre elle et le peuple sont actuellement les principales contradictions existant en U.R.S.S., contradictions de classe inconciliables et de caractère antagoniste.

    Le glorieux P.C.U.S., fondé par Lénine, et le grand peuple soviétique ont fait montre, au cours de la Révolution socialiste d’Octobre, d’un esprit créateur révolutionnaire inconnu dans l’histoire, et ont été héroïques dans l’âpre combat mené contre les gardes blancs et l’intervention armée menée par plus de dix puissances impérialistes.

    Ils ont obtenu de brillants succès qui sont sans précédent dans la lutte pour l’industrialisation, pour la collectivisation de l’agriculture. Dans la guerre patriotique contre le fascisme allemand, ils ont remporté une grande victoire qui sauva l’humanité tout entière.

    Même sous la domination de la clique Khrouchtchev, la masse des membres du P.C.U.S. et le peuple poursuivent les glorieuses traditions révolutionnaires cultivées par Lénine et Staline, s’en tiennent au socialisme et aspirent au communisme.

    La grande masse des ouvriers, des kolkhoziens et des intellectuels soviétiques exhale son mécontentement face à l’oppression et à l’exploitation exercées par la couche privilégiée. Elle discerne de plus en plus clairement le visage révisionniste de la clique Khrouchtchev qui a trahi le socialisme et prépare la restauration du capitalisme.

    Parmi les cadres soviétiques nombreux sont ceux qui s’en tiennent toujours aux positions révolutionnaires du prolétariat et à la voie socialiste, qui sont fermement contre le révisionnisme de Khrouchtchev.

    La grande masse du peuple, des communistes et des cadres soviétiques use de tous les moyens possibles pour contrecarrer et combattre la ligne révisionniste de la clique Khrouchtchev, afin d’empêcher celle-ci de restaurer le capitalisme à sa guise. Le grand peuple soviétique lutte pour défendre les glorieuses traditions de la grande Révolution d’Octobre, pour sauvegarder les grandes conquêtes socialistes et briser le complot de restauration du capitalisme.

    DE L’« ÉTAT DU PEUPLE TOUT ENTIER »

    Au XXIIe Congrès du P.C.U.S., Khrouchtchev a ouvertement arboré l’étendard de l’opposition à la dictature du prolétariat, proclamant le remplacement de l’Etat de la dictature du prolétariat par un « État du peuple tout entier ». Il est dit dans le Programme du P.C.U.S. que « la dictature du prolétariat… a cessé d’être une nécessité en U.R.S.S. L’État a surgi comme État de la dictature du prolétariat, s’est converti à l’étape actuelle en État du peuple tout entier ».

    Tous ceux qui ont quelques notions de marxisme-léninisme savent que l’État est un concept de classe. Lénine a dit :

    « Ainsi, le trait distinctif de l’État, c’est l’existence d’une classe particulière d’individus détenant le pouvoir » [30].

    L’État est une arme de la lutte de classe, une machine au moyen de laquelle une classe en opprime une autre. Chaque État est un État de dictature d’une classe donnée. Aussi longtemps qu’il existe, il est impossible à l’État d’être au-dessus des classes ou d’être au peuple tout entier.

    Le prolétariat et son parti n’ont jamais dissimulé leurs points de vue. Ils proclament de façon nette et précise que la révolution socialiste prolétarienne a pour objectif de renverser la domination bourgeoise et d’instaurer la dictature du prolétariat, et qu’après la révolution socialiste victorieuse, le prolétariat et son parti doivent œuvrer sans défaillance à l’accomplissement des tâches historiques de la dictature du prolétariat, éliminer toutes les classes et les différences de classe, pour permettre à l’État de dépérir.

    Seuls la bourgeoisie et ses partis cherchent par tous les moyens à cacher la nature de classe du pouvoir et s’évertuent à présenter l’appareil d’État qu’ils contrôlent comme appartenant au « peuple tout entier » et étant « au-dessus des classes », pour essayer de mystifier les masses.

    Le fait que Khrouchtchev a annoncé l’abolition de la dictature du prolétariat en Union soviétique et proclamé l’« État du peuple tout entier » montre qu’il a remplacé la doctrine marxiste-léniniste de l’État par des mensonges bourgeois.

    Des marxistes-léninistes ayant critiqué ses inepties, la clique révisionniste de Khrouchtchev s’empressa de se justifier et s’évertua à fabriquer des fondements « théoriques » pour l’« État du peuple tout entier ». Elle prétend maintenant que la période historique de la dictature du prolétariat dont parlaient Marx et Lénine n’a trait qu’à la période du passage du capitalisme au premier stade du communisme et non à son stade supérieur.

    Elle prétend en outre que « la dictature du prolétariat perd sa raison d’être avant que ne disparaisse l’État » [31] et qu’après la dictature du prolétariat, il y a encore un stade, celui de l’« État du peuple tout entier ».

    C’est de la sophistication pure et simple.

    Dans sa « Critique du programme de Gotha », Marx a formulé la célèbre thèse de la dictature du prolétariat, État de la période du passage du capitalisme au communisme. Et Lénine a clairement expliqué cette thèse marxiste.

    Il a dit :

    « Marx a écrit dans sa Critique du programme de Gotha : ‘Entre la société capitaliste et la société communiste se place la période de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci. A quoi correspond une période de transition politique où l’État ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat’. Jusqu’à présent, cette vérité était hors de discussion pour les socialistes ; or, elle implique la reconnaissance de l’État jusqu’au moment où le socialisme victorieux sera passé au communisme intégral » [32].

    Lénine disait en outre :

    « Ceux-là seuls ont assimilé l’essence de la doctrine de Marx sur l’État, qui ont compris que la dictature d’une classe est nécessaire non seulement pour toute société de classes en général, non seulement pour le prolétariat qui aura renversé la bourgeoisie, mais encore pour toute la période historique qui sépare le capitalisme de la ‘société sans classes’, du communisme » [33].

    Il est parfaitement clair que la période historique où existe l’Etat de dictature du prolétariat, dont parlaient Marx et Lénine, ne couvre pas seulement, comme le prétend la clique révisionniste de Khrouchtchev, la période du passage du capitalisme au premier stade du communisme, mais se rapporte à la période du passage du capitalisme « communisme intégral », où toutes les différences de classe auront été éliminées et où la « société sans classes », aura été instaurée, c’est-à-dire la période du passage du capitalisme au stade supérieur du communisme.

    Il est tout aussi évident que l’État de la période de transition dont ont parlé Marx et Lénine ne peut être que la dictature du prolétariat et non quelque chose d’autre. La dictature du prolétariat est la forme d’État de la période du passage du capitalisme au stade supérieur du communisme, et également la dernière forme d’État de l’histoire de l’humanité.

    Le dépérissement de la dictature du prolétariat signifie la disparition de l’État. Lénine a dit : « De toute l’histoire du socialisme et de la lutte politique, Marx a déduit que l’État devrait disparaître et que la forme transitoire de sa disparition (passage de l’État au non-Etat) sera ‘le prolétariat organisé en classe dominante’ » [34].

    Au cours de l’histoire, la dictature du prolétariat peut prendre différentes formes dans tel ou tel pays, à telle ou telle période, mais elle restera inchangée dans sa nature. Lénine a dit :

    « Le passage du capitalisme au communisme ne peut évidemment manquer de fournir une grande abondance et une large diversité de formes politiques, mais leur essence sera nécessairement une : la dictature du prolétariat » [35].

    On voit également que soutenir que la dictature du prolétariat perd sa raison d’être avant que ne disparaisse l’État et qu’après la disparition de la dictature du prolétariat, il y aura encore un stade, celui de l’« État du peuple tout entier », n’a absolument rien à voir avec les vues de Marx et Lénine, que ce n’est là qu’une invention du révisionnisme Khrouchtchev.

    En défendant leurs vues anti-marxistes-léninistes, des membres de la clique révisionniste de Khrouchtchev se sont donné beaucoup de mal pour trouver une phrase de Marx et l’ont déformée en l’isolant de son contexte.

    Ils prétendent que « la nature de l’Etat [Staatwesen – en allemand] futur dans la société communiste » mentionné par Marx dans sa « Critique du programme de Gotha » est « l’‘État dans la société communiste’ qui n’est plus la dictature du prolétariat » [36]. Ils ont affirmé présomptueusement que les Chinois n’oseraient pas citer cette phrase de Marx. La clique révisionniste de Khrouchtchev considère, semble-t-il, cette phrase de Marx comme pouvant effectivement leur être de quelque utilité.

    Il semble que Lénine a prévu que les révisionnistes recourraient à cette phrase pour altérer le marxisme. Il en a donné une remarquable explication dans le cahier « Le Marxisme au sujet de l’État ».

    « La dictature du prolétariat, dit-il, est une ‘période de transition politique’ », « mais Marx continue de parler de « la nature de l’État [Staatwesen, en allemand] futur dans la société communiste’ !! N’y a-t-il pas là une contradiction ? » « Non », répond Lénine. Il a ensuite fait le schéma des trois étapes du processus de développement, depuis l’État bourgeois jusqu’au dépérissement de l’État :

    La première : dans la société capitaliste, la bourgeoisie a besoin d’un État, et c’est l’État bourgeois.

    La deuxième : dans la période du passage du capitalisme au communisme, le prolétariat a besoin d’un État, et c’est l’État de dictature du prolétariat.

    La troisième : dans la société communiste, l’État est superflu, il dépérit.

    Lénine concluait en ces termes : « Conséquence logique et clarté absolues !! ».

    Dans ce schéma ne figurent que l’État bourgeois, l’État de dictature du prolétariat et le dépérissement de l’État. C’est par là que Lénine a démontré qu’avec le communisme, l’État dépérira et que l’État deviendra non existant.

    L’ironie, c’est qu’en justifiant ses erreurs, la clique révisionniste de Khrouchtchev en soit arrivée à citer, elle aussi, le même passage du cahier de Lénine, « Le Marxisme au sujet de l’État ». Et après l’avoir cité, voilà qu’elle déclare stupidement :

    « Dans notre pays les deux premières étapes, telles que Lénine les a soulignées dans son jugement, sont déjà une chose du passé. En Union soviétique est apparu l’État du peuple tout entier – l’État communiste, c’est-à-dire, l’État du premier stade du communisme, qui ne cesse de se développer » [37].

    Si les deux premières étapes dont parle Lénine sont devenues chose du passé en Union soviétique, l’État aurait déjà dû dépérir. Et d’où aurait surgi cet « État du peuple tout entier » ? Si l’État n’a pas dépéri, il ne peut être que la dictature du prolétariat et en aucun cas un « État du peuple tout entier ».

    En défendant son « État du peuple tout entier », la clique révisionniste de Khrouchtchev ne cesse de calomnier la dictature du prolétariat, de prétendre qu’elle n’est pas démocratique. Elle affirme que la démocratie ne peut être développée et transformée en une « véritable démocratie du peuple tout entier » que si l’on substitue l’« État du peuple tout entier » à l’État de dictature du prolétariat.

    Khrouchtchev va même jusqu’à se vanter de ce que l’abolition de la dictature du prolétariat montre la « ligne du développement maximum de la démocratie », que « la démocratie prolétarienne s’est de plus en plus transformée en démocratie socialiste du peuple » [38].

    Ces propos montrent uniquement que leur auteur ignore totalement la théorie marxiste-léniniste sur l’État ou qu’il l’a déforme dans un but malhonnête.

    Tous ceux qui ont quelques notions du marxisme-léninisme savent que, en tant que forme d’État, la démocratie est un concept de classe tout comme la dictature. Il ne peut y avoir que démocratie de classe et non « démocratie du peuple tout entier ».

    Lénine dit :

    « Démocratie pour l’immense majorité du peuple et répression par la force, c’est-à-dire exclusion de la démocratie pour les exploiteurs, les oppresseurs du peuple ; telle est la modification que subit la démocratie lors de la transition du capitalisme au communisme » [39].

    Dictature à l’égard des classes exploiteuses et démocratie pour le peuple travailleur, voilà les deux aspects de la dictature du prolétariat. Seule la dictature du prolétariat permet à la démocratie des masses travailleuses de se développer et de s’étendre à un degré sans précédent. Sans dictature du prolétariat, il ne peut y avoir de vraie démocratie pour le peuple travailleur.

    Là où il y a démocratie bourgeoise, il n’y a pas de démocratie prolétarienne ; et là où il y a démocratie prolétarienne, il n’y a pas de démocratie bourgeoise. L’une exclut l’autre. La chose est inévitable et il n’est pas de compromis.

    Plus radicalement la démocratie bourgeoise est liquidée, plus la démocratie prolétarienne se développe. Or, aux yeux de la bourgeoisie, tout pays où cela se pratique est dépourvu de démocratie. Mais cela signifie, en fait, promouvoir la démocratie prolétarienne et éliminer la démocratie bourgeoise. Le développement de la démocratie prolétarienne élimine la démocratie bourgeoise.

    La clique révisionniste de Khrouchtchev s’oppose à cette vue marxiste-léniniste fondamentale. Au fond, elle estime qu’il n’y a pas de démocratie tant que des ennemis sont soumis à la dictature, et que pour développer la démocratie, le seul moyen est d’abolir la dictature et la répression à l’égard de l’ennemi et d’instaurer la « démocratie du peuple tout entier ».

    Cette vue sort du même moule que le concept de « démocratie pure », du renégat Kautsky.

    Critiquant Kautsky, Lénine disait :

    « La ‘démocratie pure’ est non seulement une formule d’ignorant qui ne comprend rien à la lutte des classes ni à la nature de l’Etat, mais encore une formule triplement creuse, car dans la société communiste, la démocratie, transformée et devenue une habitude, dépérira, mais ne sera jamais une démocratie ‘pure’ » [40].

    Il fit remarquer aussi :

    « Du despotisme à la démocratie bourgeoise, de la démocratie bourgeoise à la démocratie prolétarienne, de la démocratie prolétarienne à la non-démocratie – tel est le développement dialectique (processus) » [41].

    Cela signifie qu’au stade supérieur du communisme, la démocratie prolétarienne disparaîtra avec l’élimination des classes et le dépérissement de la dictature prolétarienne.

    Pour parler franchement, la « démocratie du peuple tout entier » autour de laquelle Khrouchtchev mène un grand tapage n’est, comme l’« État du peuple tout entier », que pure duperie. Si Khrouchtchev a ramassé les oripeaux de la bourgeoisie et des vieux révisionnistes pour les rapiécer et les frapper de son sigle, il l’a fait uniquement dans l’intention de tromper le peuple soviétique et les révolutionnaires du monde entier, et de masquer sa trahison de la dictature du prolétariat, son opposition au socialisme.

    Qu’elle est l’essence même de son « État du peuple tout entier ? »

    Khrouchtchev a supprimé la dictature du prolétariat et a instauré en Union soviétique la dictature de la clique révisionniste, dont il est la tête, c’est-à-dire la dictature d’une couche privilégiée de la bourgeoisie soviétique.

    Son « État du peuple tout entier » n’est en rien un État de dictature du prolétariat, mais bien un État où sa petite clique révisionniste applique sa dictature à la grande masse des ouvriers, des paysans et des intellectuels révolutionnaires.

    Sous la domination de la clique Khrouchtchev il n’y a pas la moindre démocratie pour le peuple travailleur ; il n’y a démocratie que pour la poignée de gens de la clique révisionniste de Khrouchtchev, pour la couche privilégiée, pour les nouveaux et les anciens éléments bourgeois.

    Aussi, la « démocratie du peuple tout entier » est-elle une démocratie bourgeoise à cent pour cent, autrement dit, la dictature de la clique Khrouchtchev sur le peule soviétique.

    Aujourd’hui, en Union soviétique, tous ceux qui restent fidèles à la position prolétarienne, s’en tiennent au marxisme-léninisme et ont le courage de parler, de résister et de lutter, sont surveillés, filés, ou assignés à comparaître, voire même arrêtés ou incarcérés. Ils sont aussi traités de « malades mentaux » et envoyés dans des « asiles d’aliénés ».

    Tout dernièrement, la presse soviétique déclarait que des « luttes seront engagées » contre tous ceux qui manifeste le moindre mécontentement. Même ceux qui ne font que « des mots » à propos de la politique agricole de Khrouchtchev sont traités de « pourriture » et des « coups impitoyables » leur seront portés [42].

    Ce qui est particulièrement étonnant, c’est que la clique révisionniste de Khrouchtchev en est venue à plusieurs reprises à recourir à la répression sanglante contre les ouvriers en grève et les masses qui résistaient.

    La formule « supprimer la dictature du prolétariat et sauvegarder l’État de tout le peuple » montre le secret de la clique révisionniste de Khrouchtchev : s’opposer résolument à la dictature du prolétariat, tout en se cramponnant désespérément au pouvoir.

    La clique révisionniste de Khrouchtchev se rend bien compte de l’extrême importance qu’il y a de détenir le pouvoir. Elle a besoin de l’appareil d’État pour réprimer le peuple travailleur et les marxistes-léninistes soviétiques.

    Elle a besoin de l’appareil d’État pour paver la voie à la restauration du capitalisme en Union soviétique.

    Voilà les buts qu’avait réellement Khrouchtchev lorsqu’il leva l’étendard de l’« État du peuple tout entier » et de la « démocratie du peuple tout entier ».

    DU « PARTI DU PEUPLE TOUT ENTIER »

    Au XXIIe Congrès du P.C.U.S., Khrouchtchev a aussi arboré ouvertement un autre étendard, celui de l’altération du caractère prolétarien du P.C.U.S. Il proclama la substitution du « parti du peuple tout entier », au parti du prolétariat. Le Programme du P.C.U.S. dit à ce sujet :

    « Par suite de la victoire du socialisme en U.R.S.S., du renforcement de l’unité de la société soviétique, le parti communiste de la classe ouvrière est devenu l’avant-garde du peuple soviétique, le parti de tout le peuple ». La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. affirme que le Parti « est devenu une organisation politique du peuple tout entier ».

    Affirmation absurde et ridicule !

    L’abc du marxisme-léninisme nous apprend que, tout comme l’État, le parti politique est un instrument de la lutte de classes. Tous les partis politiques ont un caractère de classe. L’esprit de parti est l’expression concentrée du caractère de classes.

    Il n’y a pas et il n’y a jamais eu de parti en marge des classes ou au-dessus d’elles, et il n’existe pas de « parti du peuple tout entier », qui ne représenterait pas les intérêts d’une certaine classe.

    Un parti prolétarien est bâti conformément à la théorie révolutionnaire et au style révolutionnaire du marxisme-léninisme ; il est formé par les éléments d’avant-garde qui sont d’une fidélité à toute épreuve envers la mission historique du prolétariat ; il est le détachement avancé et organisé du prolétariat et la forme suprême de son organisation. Le parti du prolétariat représente les intérêts du prolétariat et est l’expression concentrée de sa volonté.

    Le parti du prolétariat est également le seul parti qui puisse représenter les intérêts de plus de 90 pour cent de la population.

    Ceci parce que les intérêts du prolétariat sont identiques à ceux des larges masses travailleuses ; parce qu’il est capable d’envisager les problèmes en fonction de la place que le prolétariat occupe dans l’histoire, en fonction des intérêts présents et futurs du prolétariat et des masses laborieuses ; et parce qu’il est capable d’envisager les problèmes en fonction des intérêts majeurs de l’écrasante majorité du peuple, qu’il est capable d’assumer une direction correcte conformément au marxisme-léninisme.

    Le parti prolétarien comprend, outres les militants d’origine ouvrière, des militants issus d’autres classes. Mais ce n’est pas en tant que représentants d’autres classes que ceux d’origine non prolétarienne adhèrent au parti. Dès le jour de leur adhésion, il leur faut renoncer aux positions de leur classe originelle et se placer sur les positions du prolétariat. Marx et Engels ont dit :

    « Si des gens issus d’autres classes adhèrent au mouvement prolétarien, la première condition est qu’ils ne doivent apporter avec eux aucun vestige des préjugés bourgeois, petits-bourgeois, etc., mais adopter de tout cœur la conception prolétarienne du monde » [43].

    Il y a longtemps que tous ces principes fondamentaux touchant au caractère du parti prolétarien ont été mis en lumière par le marxisme-léninisme. Mais aux yeux de la clique révisionniste de Khrouchtchev, ce ne sont que des « formules stéréotypées », tandis que leur « parti du peuple tout entier » participerait du « développement dialectique et réaliste du parti » [44].

    La clique révisionniste de Khrouchtchev s’est donné beaucoup de mal pour procurer quelques justifications au « parti du peuple tout entier ». Lors des entretiens entre les Partis chinois et soviétique en juillet 1963 et dans la presse soviétique, elle a affirmé qu’elle avait transformé le P.C.U.S. en un « parti du peuple tout entier » parce que :

    1. Le P.C.U.S. « exprime les intérêts du peuple tout entier ».

    2. Le peuple tout entier a accepté la conception marxiste-léniniste du monde, celle de la classe ouvrière, et l’objectif de la classe ouvrière, à savoir la construction du communisme, est devenu l’objectif du peuple tout entier.

    3. Les rangs du P.C.U.S. sont formés par les meilleurs représentants des ouvriers, des kolkhoziens et des intellectuels. Le P.C.U.S. unit des communistes de plus de cent nationalités et races.

    4. Les méthodes démocratiques utilisées dans les activités du Parti sont aussi en accord avec le caractère du parti du peuple tout entier.

    On voit du premier coup d’œil que de toutes ces raisons imaginées par la clique révisionniste de Khrouchtchev, il n’en est aucune qui permette de dire qu’elle a traité avec sérieux une question qui est sérieuse.

    Dans sa lutte contre les opportunistes qui parlaient à tort et à travers, Lénine déclara :

    « Peut-on discuter sur un ton sérieux avec des gens manifestement incapables de traiter sérieusement des questions sérieuses ? C’est difficile, camarades, très difficile ! Cependant, une question dont certains sont incapables de parler sérieusement est par elle-même assez sérieuse pour qu’il ne soit pas inutile d’analyser même les réponses manifestement peu sérieuses qui lui sont faites » [45].

    Maintenant, rien ne nous empêche d’analyser la réponse manifestement peu sérieuse donnée par la clique révisionniste de Khrouchtchev à une question aussi sérieuse que celle du parti du prolétariat.

    Au dire de la clique révisionniste de Khrouchtchev, le parti communiste devrait devenir un « parti du peuple tout entier » parce qu’il exprime les intérêts de tout le peuple. En découlera-t-il que ce parti aurait dû être, dès le départ, un « parti du peuple tout entier », et non un parti du prolétariat ?

    Au dire de la clique révisionniste de Khrouchtchev, le parti communiste devrait devenir un « parti du peuple tout entier » parce que le peuple tout entier a accepté la conception marxiste-léniniste du monde, celle de la classe ouvrière.

    Mais comment peut-on affirmer que la conception marxiste-léniniste du monde est acceptée par tous dans cette société soviétique qui connaît une forte différenciation au sein des classes et une lutte de classes acharnée ? Les anciens et les nouveaux éléments bourgeois qui se comptent par dizaines de milliers chez vous, seraient-ils tous des marxistes-léninistes ?

    Si, à vous en croire, le marxisme-léninisme est réellement devenu la conception du monde de tout le peuple, ne s’ensuit-il pas qu’il n’y a plus de différence entre parti et non-parti dans la société et que le parti n’a donc plus aucune raison d’être. Et dans ce cas, pourquoi un « parti du peuple tout entier » ?

    Au dire de la clique révisionniste de Khrouchtchev, le parti communiste devrait devenir un « ‘parti du peuple tout entier » parce que ses membres sont des ouvriers, des paysans, des intellectuels de différentes nationalités et races. Se pourrait-il qu’avant son XXIIe Congrès, où le « parti du peuple tout entier » fut formulé, le P.C.U.S. n’avait pas de membres issus de classes autres que la classe ouvrière ? Se pourrait-il que les membres du Parti étaient d’une seule et même nationalité, à l’exclusion des autres nationalités et races ?

    Si le caractère d’un parti était déterminé uniquement par la composition sociale de ses membres, n’en découlerait-il pas que les multiples partis politiques existant au monde, et dont les membres sont aussi issus de classes, nationalités et races différentes, sont tous des « partis du peuple tout entier » ?

    Au dire de la clique révisionniste de Khrouchtchev, le parti est un « parti du peuple tout entier » parce que les méthodes qu’il utilise dans ses activités sont démocratiques de par leur nature. Le parti communiste a pour fondement, dès ses débuts, le principe du centralisme démocratique et il doit appliquer la méthode de la ligne de masse et la méthode démocratique de persuasion et d’éducation lorsqu’il entreprend son travail au sein du peuple. Partant, ne serait-il pas un « parti du peuple tout entier » depuis le jour même de sa fondation ?

    Bref, de toutes les « raisons » invoquées par la clique révisionniste de Khrouchtchev, il n’en est pas une qui tienne debout.

    Khrouchtchev ne s’est pas contenté de faire grand bruit au sujet du « parti du peuple tout entier » ; il a divisé le Parti en un « parti industriel » et un « parti agricole » sous prétexte d’« établir les organisations du Parti sur la base de la production » [46].

    La clique révisionniste de Khrouchtchev affirme qu’elle a agi de la sorte parce que « dans les conditions du socialisme, l’économie est plus importante que la politique » [47] et qu’elle veut « placer les problèmes économiques et de production, dont la prédominance a été confirmée par tout le processus de l’édification du communisme, au centre des activités des organisations du Parti, et leur donner la priorité dans tout le travail de ces organisations » [48].

    Khrouchtchev a déclaré : « Pour parler net, la principale chose dans le travail des organismes du Parti, c’est la production » [49]. Qui plus est, la clique révisionniste a prêté pareil point de vue à Lénine en prétendant qu’elle agit en accord avec les principes de Lénine.

    Cependant, il suffit de connaître tant soit peu l’histoire du P.C.U.S. pour savoir qu’il ne s’agit pas du tout d’un point de vue de Lénine, mais, au contraire, d’un point de vue antiléniniste, du point de vue de Trotsky. Là également, Khrouchtchev est bel et bien un digne disciple de Trotsky.

    Critiquant Trotsky et Boukharine, Lénine disait :

    « la politique est l’expression concentrée de l’économie … la politique ne peut manquer d’avoir la primauté sur l’économie. Raisonner autrement c’est oublier l’abc du marxisme ». Il ajoutait : « … sans une position politique juste, une classe donnée ne peut pas maintenir sa domination et, par conséquent, elle ne peut pas non plus s’acquitter de sa tâche dans la production » [50].

    Les faits sont on ne peut plus clairs, le véritable objectif poursuivi par la clique révisionniste de Khrouchtchev lorsqu’elle avance la formule du « parti du peuple tout entier » est de transformer radicalement le caractère prolétarien du P.C.U.S. et de faire du parti marxiste-léniniste un parti révisionniste.

    Le grand P.C.U.S. se trouve devant un grave danger, celui de la dégénérescence d’un parti prolétarien en un parti bourgeois, d’un parti marxiste-léniniste en un parti révisionniste.

    Lénine disait :

    « Un parti qui veut exister ne peut tolérer la moindre tergiversation sur la question de son existence ni aucun compromis avec ceux qui pourraient l’enterrer » [51].

    C’est précisément ce grave problème que la clique révisionniste de Khrouchtchev vient de poser de nouveau devant la masse des membres du grand P.C.U.S.

    LE PSEUDO-COMMUNISME DE KHROUCHTCHEV

    Au XXIIe Congrès du P.C.U.S., Khrouchtchev a proclamé l’entrée de l’Union soviétique dans la phase de l’édification en grand de la société communiste. Et d’ajouter : « … nous construirons la société communiste pour l’essentiel en vingt ans » [52]. C’est pure tromperie.

    Comment peut-on parler de l’édification du communisme lorsque la clique révisionniste de Khrouchtchev mène l’Union soviétique dans la voie du retour au capitalisme et que le peuple soviétique court le grave danger de perdre les conquêtes socialistes ?

    Le vrai but poursuivi par Khrouchtchev lorsqu’il hisse l’enseigne de l’« édification du communisme » est de masquer les traits réels de son révisionnisme. Cependant, dévoiler pareille tromperie n’est guère difficile. De même qu’un œil de poisson ne peut être confondu avec une perle, le révisionnisme ne peut se faire passer pour du communisme.

    Le communisme scientifique a été défini de manière précise. Selon le marxisme-léninisme, la société communiste est une société d’où sont complètement abolies les classes et les différences de classes, où le peuple tout entier est parvenu à un haut degré de conscience politique et de moralité communistes, fait preuve d’une initiative et d’un enthousiasme débordants au travail, où les produits sociaux se trouvent en grande abondance, où prévaut le principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins », où l’État a dépéri.

    Marx a affirmé :

    « Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l’asservissante subordination des individus à la division du travail, et avec elle, l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais deviendra lui-même le premier besoin vital ; quand, avec le développement multiple des individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l’horizon borné du droit bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » [53].

    Selon la théorie marxiste-léniniste, le maintien de la dictature du prolétariat durant la période de la société socialistes a précisément pour but la progression vers le communisme, Lénine a dit :

    « La marche en avant, c’est-à-dire vers le communisme, se fait en passant par la dictature du prolétariat ; et elle ne peut faire autrement » [54].

    Puisque la clique révisionniste de Khrouchtchev a abandonné la dictature du prolétariat en Union soviétique, cela signifie qu’il n’y a pas progression mais régression, pas de progression vers le communisme mais régression vers le capitalisme.

    La progression vers le communisme signifie développement dans le sens de l’abolition de toutes les classes et des différences de classes. On n’imagine pas une société communiste qui aurait maintenu des classes, moins encore des classes exploiteuses.

    Or, Khrouchtchev a fait s’accentuer la différenciation au sein des classes en épaulant une nouvelle bourgeoisie, en restaurant et développant le système d‘exploitation en Union soviétique. Une couche privilégiée de la bourgeoisie opposée au peuple soviétique occupe maintenant la place dominante au sein du Parti et du gouvernement et dans les domaines économique, culturel et autres. Y a-t-il là quoi que ce soit de communiste ?

    La progression vers le communisme signifie développement dans le sens d’un système unitaire de propriété du peuple tout entier des moyens de production. On n’imagine pas une société communiste où coexisteraient plusieurs systèmes de propriété. Or, Khrouchtchev est en train de faire dégénérer graduellement les entreprises à propriété du peuple tout entier en entreprises à caractère capitaliste et la propriété collective des kolkhozes en économie de koulak. Y a-t-il là aussi quoi que ce soit de communiste ?

    La progression vers le communisme signifie développement dans le sens de l’abondance extrême des produits sociaux et du principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ». On n’imagine pas une société communiste fondée sur l’enrichissement d‘une poignée de gens et l’appauvrissement de la grande masse du peuple.

    Sous le système socialiste, le grand peuple soviétique a développé les forces productives sociales à un rythme sans précédent. Cependant, le fléau révisionniste khrouchtchevien a causé de grands ravages à l’économie socialiste soviétique.

    Se débattant dans d’innombrables contradictions, Khrouchtchev fait fréquemment volte-face, change de politique en matière d’économie du jour au lendemain, plongeant l’économie nationale soviétique dans le chaos.

    Khrouchtchev est un incorrigible dissipateur. Il a dilapidé toutes les réserves alimentaires accumulées au temps de Staline et introduit de grandes difficultés dans la vie du peuple soviétique. Il a dénaturé et saboté le principe de répartition socialiste : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail », permettant ainsi à une poignée de gens de s’approprier les fruits du labeur de la grande masse du peuple soviétique. Rien que sous cet angle-là, on constate que la voie prise par Khrouchtchev est éloignée du communisme.

    La progression vers le communisme signifie développement dans le sens de l’élévation constante de la conscience politique communiste des masses populaires. On n’imagine pas une société communiste où les idées bourgeoises se répandent sans frein.

    Or, Khrouchtchev fait du zèle pour ressusciter l’idéologie bourgeoise en Union soviétique et agit comme un missionnaire en faveur de la culture décadente américaine.

    Prônant le stimulant matériel, il a réduit les rapports entre les hommes à des rapports d’argent et développé l’individualisme et l’égoïsme. C’est lui qui a déconsidéré à nouveau le travail manuel et rendu gloire aux jouissances tirées de l’appropriation des fruits du labeur d’autrui. Le climat moral et les mœurs encouragés par Khrouchtchev sont à dix mille lieues du communisme.

    La progression vers le communisme signifie développement dans le sens du dépérissement de l’État. On n’imagine pas une société communiste dotée d’un appareil d’État servant à opprimer le peuple.

    L’État de dictature du prolétariat n’est plus l’État au sens originel, car ce n’est plus un appareil utilisé par une minorité d’exploiteurs pour opprimer l’écrasante majorité du peuple, mais un appareil assurant la démocratie à cette dernière en exerçant la dictature uniquement sur une infime minorité d’exploiteurs.

    En modifiant le caractère du pouvoir soviétique, Khrouchtchev fait dégénérer la dictature du prolétariat en un instrument par lequel une poignée d’éléments bourgeois, la couche privilégiée, exerce une dictature sur les larges masses ouvrières, paysannes et intellectuelles soviétiques. Khrouchtchev continue à renforcer son appareil d’État dictatorial et à intensifier sa répression du peuple soviétique. Parler de communisme dans de telles conditions tient vraiment de la raillerie.

    La comparaison entre tout cela et les principes du communisme scientifique fait ressortir aussitôt que la clique révisionniste de Khrouchtchev détourne en tout l’Union soviétique de la voie du socialisme et l’amène sur la voie du capitalisme, et par conséquent, l’éloigne de plus en plus, au lieu de la rapprocher, de l’objectif communiste : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

    Khrouchtchev nourrit des buts inavoués en arborant son panneau communiste. Il l’utilise non seulement pour mystifier le peuple soviétique et maquiller la restauration du capitalisme, mais aussi pour mystifier le prolétariat international, les révolutionnaires du monde entier et pour trahir l’internationalisme prolétarien.

    C’est sous ce couvert que la clique Khrouchtchev s’est soustraire à son devoir internationaliste prolétarien, cherche à s’entendre avec l’impérialisme américain pour opérer le partage du monde, et qu’elle s’évertue à amener les pays frères socialistes à s’incliner devant ses propres intérêts, qu’elle leur interdit de combattre l’impérialisme, de soutenir la révolution des nations et des peuples opprimés, et qu’elle les soumet à son contrôle politique, économique et militaire pour les transformer en dépendances et colonies effectives.

    Elle veut aussi amener toutes les nations et tous les peuples opprimés à s’incliner devant ses intérêts propres, renoncer à leurs luttes révolutionnaires, à ne pas troubler son beau rêve d’entente avec l’impérialisme pour le partage du monde, et à se soumettre à l’asservissement et à la pression de impérialistes sur leurs laquais.

    Bref, « construire le communisme pour l’essentiel en vingt ans » en Union soviétique, ce mot d’ordre de Khrouchtchev est aussi hypocrite que réactionnaire.

    Les Chinois « en sont arrivés même à mettre en doute le droit de notre Parti, de notre peuple de construire le communisme » [55], affirme la clique révisionniste de Khrouchtchev. C’est là une tentative d’une maladresse extrême qui vise à tromper le peuple soviétique et à saper l’amitié des peuples chinois et soviétique. Jamais nous n’avons douté que le grand peuple soviétique accédera un jour à la société communiste.

    Cependant, la clique révisionniste de Khrouchtchev est en voie de détruire les conquêtes socialistes du peuple soviétique, et le frustre du droit de marcher au communisme. Dans ces conditions, au peuple soviétique ne se pose nullement la question de savoir comment édifier le communisme, mais de savoir comment combattre et contrecarrer les tentatives de restauration du capitalisme par Khrouchtchev.

    La clique révisionniste de Khrouchtchev dit aussi que

    « nous incriminant le fait que notre Parti se donne pour tâche de lutter pour une vie meilleure du peuple, les dirigeants du P.C.C. font allusion à un ‘embourgeoisement’ et à une ‘dégénérescence’ de la société soviétique » [56].

    C’est une tentative stupide et déplorable pour détourner le mécontentement exhalé par le peuple soviétique. Au peuple soviétique, nous souhaitons sincèrement une vie chaque jour meilleure. Mais le « souci du bien-être du peuple » et « laisser chacun vivre une belle vie » dont se vante Khrouchtchev est fausseté et démagogie à l’état pur.

    Pour la masse du peuple soviétique, la vie entre les mains de Khrouchtchev est déjà suffisamment misérable. La clique révisionniste de Khrouchtchev recherche uniquement une « vie meilleure » pour les éléments de la couche privilégiée, pour les nouveaux et les anciens bourgeois d’Union soviétique.

    Ces gens-là s’approprient les fruits du labeur du peuple soviétique et mènent une existence seigneuriale. C’est à cent pour cent qu’ils sont embourgeoisés.

    Le « communisme » de Khrouchtchev est dans son essence une variante du socialisme bourgeois. Pour lui, le communisme n’est pas l’abolition totale des classes et des différences de classes, et il le décrit comme « un plat plein de produits du travail manuel et du travail spirituel, que chacun peut obtenir » [57].

    Pour lui, la lutte de la classe ouvrière pour le communisme n’est pas une lutte pour l’émancipation totale de la classe ouvrière et de l’humanité toute entière, et il la décrit comme une lutte pour « un plat de goulasch ». Il n’y a plus la moindre trace de communisme scientifique dans son cœur, mais une société de bourgeois ignares et affreux.

    Le « communisme » de Khrouchtchev a les États-Unis pour modèle. Il porte son imitation de leur mode d’exploitation capitaliste et de leur mode de vie bourgeois au rang d’une politique d’Etat. Il affirme qu’il « apprécie hautement » leurs réalisations. Il « se réjouit de ces réalisations et parfois les envie » [58].

    Il porte aux nues une lettre de Garst, gros fermier américain, qui prône le système capitaliste [59], et prend en fait cette lettre pour programme dans le domaine tant agricole qu’industriel, et, plus particulièrement, il veut s’inspirer du principe du projet des entreprises capitalistes américaines.

    Il témoigne d’une profonde admiration pour le mode de vie américain, prétendant que le peuple américain « ne vit pas mal » sous la domination et l’esclavage du capital monopoleur [60].

    En outre, Khrouchtchev espère édifier le communisme avec des prêts accordés par l’impérialisme américain. Lors de son voyage aux États-Unis et en Hongrie, il a exprimé à maintes reprises son désir d’« obtenir des crédits du diable lui-même ».

    On voit par là que le « communisme » de Khrouchtchev est un « communisme pour le goulasch » un « communisme au mode de vie américain », un « communisme bâti avec des crédits du diable ». Rien d’étonnant à ce que Khrouchtchev ait souvent déclaré aux représentants du capital monopoleur de l’Occident qu’un tel « communisme » une fois réalisé, « vous irez au communisme sans que je vous y invite » [61].

    Rien de neuf dans ce communisme-là. C’est tout simplement un nom de rechange du capitalisme. Ce n’est qu’une étiquette, une enseigne, un placard publicitaire de la bourgeoisie. En se moquant des vieux partis révisionnistes qui se cachaient derrière l’enseigne du marxisme, Lénine disait :

    « Là où le marxisme est populaire parmi les ouvriers, ce courant politique, ce parti ouvrier bourgeois’, invoquera avec véhémence le nom de Marx. On ne peut le leur interdire, comme on ne peut interdire à une firme commerciale de faire usage de n’importe quelle étiquette, de n’importe quelle enseigne publicitaire » [62].

    Il est donc facile de comprendre pourquoi le « communisme » de Khrouchtchev est apprécié par l’impérialisme et le capital monopoleur. Le secrétaire d’État américain Dean Rusk a déclaré :

    « … dans la mesure ou le goulasch, la deuxième paire de pantalon, et d’autres questions du genre, prennent davantage d’importance en Union soviétique, une certaine influence modératrice, je crois est apparue sur la scène actuelle » [63].

    Le premier ministre britannique Home a affirmé de son côté :

    « M. Khrouchtchev a dit que le communisme à la russe met l’éducation et le goulasch au premier plan. Voilà qui est bien ; le communisme pour le goulasch est préférable au communisme belliqueux, et je suis heureux de voir confirmer par là notre vue selon laquelle des communistes gros et aisés sont préférables à des communistes maigres et affamés » [64].

    Le révisionnisme de Khrouchtchev répond entièrement aux besoins de la politique d’« évolution pacifique » que l’impérialisme américain pratique à l’égard de l’Union soviétique et des autres pays socialistes. Dulles disait :

    « on constate en Union soviétique l’apparition de forces qui tendent vers un plus grand libéralisme ; si elles persistaient, elles pourraient opérer un changement fondamental en Union soviétique même » [65].

    Les forces libérales dont parlait Dulles sont des forces capitalistes. Le changement fondamental que souhaitait Dulles est la dégénérescence du socialisme en capitalisme. Khrouchtchev opère maintenant le « changement fondamental » dont rêvait Dulles.

    Combien grands sont les espoirs que les impérialistes placent dans la restauration capitaliste en Union soviétique ! Et comme ils jubilent !

    Que ces seigneurs impérialistes ne se réjouissent pas trop tôt !

    Car aucun service rendu par la clique révisionniste de Khrouchtchev ne saurait préserver l’impérialisme de sa fin inéluctable. La clique dominante révisionniste souffre de la même maladie que la clique dominante impérialiste ; antagonistes envers les masses populaires qui représentent plus de 90 pour cent de la population, elles sont donc faibles et impuissantes et sont toutes deux des tigres en papier.

    Pas plus que le bouddha en argile qui traverse à gué la rivière, la clique révisionniste de Khrouchtchev ne peut se sauver ; comment pourrait-elle prodiguer à l’impérialisme des bénédictions lui assurant longue vie ?

    LES ENSEIGNEMENTS HISTORIQUES
    DE LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT

    Le révisionnisme de Khrouchtchev a causé de graves préjudices au mouvement communiste international, mais en même temps il a éduqué par la négative les marxistes-léninistes et les révolutionnaires de partout dans le monde.

    Si la grande Révolution d’Octobre a fourni aux marxistes-léninistes de tous les pays la plus importante expérience positive et frayé le chemin à la prise du pouvoir politique par le prolétariat, le révisionnisme de Khrouchtchev a, pour sa part, procuré aux marxistes-léninistes de tous les pays la plus importante expérience négative, leur permettant ainsi de tirer les leçons qui s’imposaient pour empêcher la dégénérescence du parti prolétarien et des pays socialistes.

    Tout au long de l’histoire, les révolutions de tous les pays ont subi des revers et connu des tours et des détours. Lénine disait :

    « si l’on considère le fond de la question, a-t-on jamais vu dans l’histoire qu’un nouveau mode de production ait réussi du premier coup, sans une longue suite d’insuccès, d’erreurs, de récidives ? » [66].

    La révolution prolétarienne internationale a moins de cent ans d’histoire, si l’on compte à partir de 1871 où le prolétariat de la Commune de Paris tenta héroïquement, pour la première fois, de saisir le pouvoir, ou à peine un demi-siècle, si l’on compte à partir de la Révolution d’Octobre.

    Elle est la plus grande révolution de l’histoire de l’humanité, celle qui remplace le capitalisme par le socialisme, la propriété privée par la propriété publique et extirpe les systèmes d’exploitation et les classes exploiteuses. Il est donc tout naturel qu’une révolution aussi bouleversante ait à passer par des luttes de classes sérieuses et acharnées, et il est inévitable que le cours qu’elle a à emprunter soit long, qu’il ait des zigzags et passe par des vicissitudes.

    L’histoire a connu des cas de défaite subie par le régime prolétarien face à la répression armée de la bourgeoisie, par exemple la Commune de Paris et la République des Soviets de Hongrie en 1919. L’époque contemporaine aussi a vu éclater la rébellion contre-révolutionnaire en Hongrie, en 1956, lorsque le pouvoir du prolétariat fut presque renversé.

    Cette forme-là de restauration capitaliste est aisément décelable, on est sur ses gardes, on maintient une vigilance plus grande.

    Toutefois, lorsqu’il s’agit d’une autre forme de restauration capitaliste, on ne peut la déceler aisément, et souvent on ne se garde pas et on manque de vigilance ; celle-là présente donc un danger bien plus grand.

    C’est de ceci qu’il s’agit : l’État de dictature du prolétariat prend la voie du révisionnisme, la voie de l’« évolution pacifique », par suite de la dégénérescence de la direction du Parti et de l’État. Une leçon de ce genre nous a été fournie il y a longtemps par la clique révisionniste de Tito qui a fait dégénérer la Yougoslavie socialiste en pays capitaliste. Cependant, la leçon yougoslave n’a pas suffi à éveiller la pleine attention des gens. Certains ont pu penser que c’était peut-être accidentel.

    Mais la clique révisionniste de Khrouchtchev a usurpé la direction du Parti et de l’État et le grave danger de la restauration capitaliste est là, en Union soviétique, le pays de la grande Révolution d’Octobre et de plusieurs décennies d’édification socialiste.

    C’est un cri d’alarme lancé à tous les pays socialistes, y compris la Chine, et à tous le partis communistes et ouvriers, dont le P.C.C. La plus grande attention a inévitablement été éveillée et les marxistes-léninistes et les révolutionnaires du monde entier ont à réfléchir sérieusement et à maintenir une haute vigilance.

    L’apparition du révisionnisme de Khrouchtchev est un fait à la fois négatif et positif. Tant que les pays où le socialisme a triomphé et ceux qui s’engageront dans la voie socialiste étudient sérieusement les leçons de l’« évolution pacifique » pratiquée en Union soviétique par la clique révisionniste de Khrouchtchev et adoptent des mesures appropriées, ils seront à même non seulement de repousser toute attaque armée de l’ennemi, mais aussi de prévenir l’« évolution pacifique ». Et la victoire de la révolution prolétarienne mondiale n’en sera que plus certaine.

    Le P.C.C. a quarante-trois ans d’histoire. Durant la longue période de la lutte révolutionnaire, notre Parti a combattu à la fois les erreurs opportunistes de droite et les erreurs opportunistes « de gauche », et il a donné à son Comité central une direction marxiste-léniniste ayant le camarade Mao Tsé-toung à sa tête.

    Le camarade Mao Tsé-toung a étroitement uni la vérité universelle du marxisme-léninisme et la pratique concrète de la révolution et de l’édification chinoises, et il a mené le peuple chinois de victoire en victoire. Le Comité central du P.C.C. et le camarade Mao Tsé-toung nous ont enseigné comment lutter inlassablement sur le plan tant théorique et politique que de l’organisation et du travail pratique pour combattre le révisionnisme et prévenir la restauration capitaliste.

    Le peuple chinois a livré une longue lutte armée révolutionnaire et a de glorieuses traditions révolutionnaires. L’Armée populaire chinoise de Libération est armée par la pensée de Mao Tsé-toung et elle est la chair de la chair du peuple. La grande masse des cadres du P.C.C. a été éduquée et forgée dans les mouvements de rectification du style de travail et dans l’âpre lutte de classe. Tous ces facteurs rendent la restauration capitaliste très difficile dans notre pays.

    Notre société est-elle donc impeccablement propre ? Non, elle ne l’est pas. Classes et luttes de classes y existent encore, les classes réactionnaires renversées y complotent encore leur retour, les anciens et les nouveaux éléments bourgeois y spéculent encore et les déprédateurs, dilapidateurs et éléments dégénérés s’y livrent encore à des attaques désespérées.

    Il y a aussi des cas de dégénérescence dans un petit nombre d’organisations de base ; qui plus est, les éléments dégénérés font tout pour se trouver des protecteurs et agents au sein des organismes des échelons supérieurs. Nous ne devons relâcher en rien notre vigilance envers ces manifestations et devons toujours être pleinement sur nos gardes.

    La lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste, entre les forces capitalistes qui veulent un retour en arrière et les forces qui les combattent, est inévitable dans les pays socialistes. Mais la restauration du capitalisme dans les pays socialistes et la dégénérescence des pays socialistes en pays capitalistes ne sont certainement pas inéluctables. Tant que nous disposons d’une juste direction et avons une juste compréhension du problème, que nous nous en tenons à la ligne révolutionnaire marxiste-léniniste, adoptons des mesures correctes et luttons longuement et inlassablement, nous pouvons empêcher la restauration capitaliste.

    La lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste peut devenir ainsi une force motrice du développement social.

    Comment la restauration du capitalisme peut-elle être prévenue ?

    Le camarade Mao Tsé-toung a formulé une série de théories et de mesures politiques à propos de cette question, après avoir fait le bilan de l’expérience de la dictature du prolétariat en Chine et étudié l’expérience positive et négative d’autres pays, notamment celle de l’Union soviétique, conformément aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme, et il a enrichi et développé ainsi la théorie marxiste-léniniste sur la dictature du prolétariat.

    Voici l’essentiel des théories et des mesures politiques formulées à ce sujet par le camarade Mao Tsé-toung :

    1. Nous devons appliquer la loi marxiste-léniniste de l’unité des contraires à l’étude de la société socialiste. La loi de contradiction inhérente aux choses, à savoir la loi de l’unité des contraires, est une loi fondamentale de la dialectique matérialiste. Elle régit aussi bien la nature, que la société humaine ou la pensée de l’homme.

    Les contraires en contradiction s’unissent et se combattent, poussant les choses à se mouvoir et à se transformer. La société socialiste ne fait pas exception. Il y existe deux genres de contradictions sociales : les contradictions au sein du peuple et les contradictions entre nous et nos ennemis.

    Ces deux genres de contradictions sont de nature entièrement différente, et les méthodes pour les résoudre doivent aussi être différentes. Leur juste solution permet de consolider chaque jour davantage la dictature du prolétariat, de consolider et développer continuellement la société socialiste.

    Nombreux sont ceux qui admettent la loi de l’unité des contraires, mais sont incapables de l’appliquer à l’étude et à la solution des problèmes en société socialiste.

    Ils refusent d’admettre qu’il y a des contradictions en société socialiste, qu’il y existe non seulement des contradictions entre nous et nos ennemis, mais aussi des contradictions au sein du peuple, et ils ne savent pas opérer de juste distinction entre ces deux genres de contradictions sociales, leur trouver une juste solution, et par conséquent, ils ne savent pas non plus traiter correctement la question de la dictature du prolétariat.

    2. La société socialiste embrasse une très longue période historique. Classes, lutte de classes et lutte entre voie socialiste et voie capitaliste y existent toujours.

    La révolution socialiste dans le seul domaine économique (en ce qui concerne la propriété des moyens de production) ne suffit pas, et n’assure pas d’ailleurs la stabilité. Il doit y avoir aussi révolution socialiste complète dans les domaines politique et idéologique.

    La lutte pour savoir qui l’emportera, du socialisme ou du capitalisme, dans les domaines politique et idéologique exige une très longue période de temps avant qu’il ne soit décidé de son issue. Quelques dizaines d’années, sont nécessaires à la victoire. Question temps, mieux vaut donc se préparer à une période plutôt longue que courte.

    Question travail, mieux vaut l’envisager comme une tâche plutôt difficile que facile. Il y a plus d’avantages que d’inconvénients à penser et agir de cette façon. Celui qui ne saisit pas clairement cette situation, ou ne la saisit pas du tout, commettra des erreurs énormes.

    Dans cette période historique sociale, nous devons maintenir la dictature du prolétariat, mener la révolution socialiste jusqu’au bout si nous voulons empêcher la restauration capitaliste et entreprendre l’édification socialiste, afin de créer les conditions pour le passage au communisme.

    3. La dictature du prolétariat est placée sous la direction de la classe ouvrière et basée sur l’alliance des ouvriers et des paysans.

    Elle signifie que la classe ouvrière et, sous sa direction, le peuple, exercent leur dictature sur les classes réactionnaires, les réactionnaires et les éléments qui s’opposent à la transformation socialiste et à l’édification du socialisme. Le centralisme démocratique est appliqué dans le rang du peuple. Cette démocratie qui est nôtre est la démocratie la plus large qui soit, et qui est impossible dans n’importe quel État bourgeois.

    4. Dans la révolution socialiste de l’édification socialiste, il est indispensable de s’en tenir à la ligne de masse, de mobiliser les masses sans réserve et de développer à grande échelle les mouvements de masse. La ligne de masse dite « Venir des masses et retourner aux masses » est la ligne fondamentale de tout le travail de notre Parti.

    La ferme confiance dans la majorité du peuple est nécessaire et avant tout dans la majorité de la masse fondamentale des ouvriers et des paysans. Savoir consulter les masses dans notre travail est nécessaire et se garder de ne jamais se couper d’elles.

    Le caporalisme et la condescendance doivent être combattus. La pleine et franche expression des avis au cours de grands débats est une importante forme de la lutte révolutionnaire, une forme de lutte pour résoudre les contradictions au sein du peuple et les contradictions entre nous et nos ennemis en comptant sur les masses.

    5. Tant dans la révolution socialiste que dans l’édification du socialisme, il importe de donner une solution à la question de savoir sur qui s’appuyer, qui rallier et à qui s’opposer.

    Le prolétariat et son avant-garde doivent faire une analyse de classe de la société socialiste, s’appuyer sur les forces réellement dignes de confiance fermement engagées dans la voie socialiste, gagner à leur cause le maximum d’alliées et s’unir avec le peuple, qui constitue plus de 95 pour cent de la population, dans la lutte commune entre les ennemis du socialisme.

    Dans les régions rurales, même après la collectivisation de l’agriculture, s’appuyer sur les paysans pauvres et la couche inférieure des paysans moyens reste l’unique voie permettant de consolider la dictature du prolétariat et l’alliance ouvrière et paysanne, de défaire les forces capitalistes spontanément apparues, de renforcer et d’étendre continuellement les positions du socialisme.

    6. Il est nécessaire de mener à grande envergure le mouvement d’éducation socialiste et de façon constante, à la ville comme à la campagne.

    Dans ce mouvement d’éducation du peuple, nous devons savoir organiser les forces de classe révolutionnaires, élever leur conscience de classe, apporter une juste solution aux contradictions au sein du peuple et unir toutes les forces susceptibles d’être unies.

    Dans ce mouvement, nous devons mener une lutte acharnée, qui rend coup pour coup, contre les forces capitalistes et féodales qui se montrent hostiles au socialisme, contre les propriétaires terriens, les paysans riches, les contre-révolutionnaires et les droitiers bourgeois, contre les déprédateurs, les dilapidateurs et les éléments dégénérés, refouler leurs attaques contre le socialisme et convertir la majorité d’entre eux en hommes nouveaux pour la rééducation.

    7. L’une des tâches fondamentales de la dictature du prolétariat consiste à œuvrer au développement de l’économie socialiste.

    Il est nécessaire de réaliser pas à pas la modernisation de l’industrie, de l’agriculture, de la science, de la technique et de la défense nationale, à la lumière du principe général du développement de l’économie nationale, qui a l’agriculture pour base et l’industrie pour facteur dirigeant. Il est nécessaire d’élever graduellement et de manière générale le niveau de vie du peuple sur la base du développement de la production.

    8. La propriété du peuple tout entier et la propriété collective sont les deux formes de l’économie socialiste. Le passage de la propriété collective à celle du peuple tout entier, de deux genres de propriété à la propriété unique du peuple tout entier, suppose un assez long processus de développement.

    Et la propriété collective elle-même grandit, passant d’un stade inférieur à un stade supérieur, d’une envergure réduite à une vaste envergure. La commune populaire créée par le peuple chinois est une forme d’organisation propre à résoudre cette question du passage.

    9. La politique « Que cent fleurs s’épanouissent et que cent écoles rivalisent » stimule le développement de l’art et le progrès de la science, elle stimule l’épanouissement de la culture socialiste. L’éducation doit être au service de la politique du prolétariat et doit être combinée avec le travail productif.

    Les travailleurs doivent approfondir leur acquis intellectuel et les intellectuels doivent faire corps avec les travailleurs. La promotion de l’idéologie prolétarienne et la destruction de l’idéologie bourgeoise dans les domaines scientifiques, culturel, artistique et de l’éducation impliquent une lutte de classe prolongée et acharnée.

    Par la révolution culturelle et la pratique révolutionnaire de la lutte de classe, du combat pour la production et de l’expérimentation scientifique, nous devons créer une grande armée d’intellectuels de la classe ouvrière, au service du socialisme et à la fois rouges et experts (conscients politiquement et professionnellement compétents).

    10. Nous devons nous en tenir au système participatif des cadres au travail productif collectif. Les cadres de notre Parti et de notre Etat sont des travailleurs ordinaires ; ce ne sont pas des seigneurs pesant de tout leur poids sur le peuple. En prenant part au travail productif collectif, les cadres maintiennent de la façon la plus large des liens constants et étroits avec le peuple travailleur. C’est là une mesure majeure, d’importance fondamentale, en régime socialiste, qui contribue à vaincre le bureaucratisme et à empêcher le révisionnisme et le dogmatisme.

    11. Le système des hauts salaires ne doit jamais être appliqué à un petit nombre de gens. L’écart entre le revenu personnel des cadres du Parti, du gouvernement, des entreprises et des communes populaires, d’une part, et celui des masses populaires, de l’autre, ne doit pas être élargi mais réduit rationnellement et graduellement, et chaque cadre doit être mis dans l’impossibilité d’abuser de ses pouvoirs, de jouir de privilèges spéciaux.

    12. Les forces armées populaires d’un pays socialiste doivent être maintenues sous la direction du parti prolétarien et la surveillance des masses populaires, et doivent perpétuer les glorieuses traditions qui sont celles d’une armée du peuple, préserver l’unité entre l’armée et le peuple, entre les officiers et les soldats.

    Nous devons nous en tenir au système où les officiers vont servir comme simples soldats. Nous devons pratiquer la démocratie en matière militaire, politique et économique. En outre, l’organisation et l’entraînement de la milice doivent être généralisés afin de faire de la nation tout entière une nation en armes. Les fusils doivent être à jamais entre les mains du Parti et du peuple et on ne peut en aucun cas les laisser devenir l’instrument des arrivistes.

    13. Les organismes de la sécurité publique du peuple doivent être maintenus sous la direction du parti prolétarien et la surveillance des masses populaires. Il faut appliquer la politique consistant à compter sur les efforts conjugués des organismes de sécurité et des larges masses dans la lutte pour la défense des conquêtes du socialisme et des intérêts du peuple, afin qu’aucun élément malfaisant ne puisse échapper et qu’aucun honnête homme ne soit lésé.

    Tous les contre-révolutionnaires, une fois découverts, doivent être réprimés, et toutes les erreurs commises redressées.

    14. En politique étrangère, il est nécessaire de maintenir l’internationalisme prolétarien, de combattre le chauvinisme de grande puissance et l’égoïsme national. Le camp socialiste est le produit de la lutte du prolétariat mondial et des peuples travailleurs.

    Il n’appartient pas seulement aux peuples des pays socialistes, mais aussi au prolétariat mondial et aux peuples travailleurs. Nous devons vraiment faire passer dans la réalité les mots d’ordre militants : « Prolétaires de tous pays, unissez-vous ! » et « Prolétaires et nations opprimées du monde, unissez-vous ! », combattre résolument la politique anticommuniste, antipopulaire et antirévolutionnaire de l’impérialisme et de la réaction mondiale, soutenir la lutte révolutionnaire de toutes les classes opprimées et de toutes les nations opprimées.

    Les rapports entre pays socialistes doivent être fondés sur l’indépendance et l’égalité complète, sur le principe internationaliste prolétarien du soutien mutuel et de l’entraide. Chaque pays socialiste doit compter principalement sur ses propres efforts dans son œuvre d’édification.

    Si un quelconque pays socialiste verse dans l’égoïsme national en politique étrangère, ou même travaille avec zèle au partage du monde de connivence avec l’impérialisme, il y a dégénérescence et trahison envers l’internationalisme prolétarien.

    15. En tant qu’avant-garde du prolétariat, le parti communiste doit exister tant qu’existe la dictature du prolétariat. Le parti communiste est la forme d’organisation suprême du prolétariat. C’est par l’intermédiaire de sa direction que le prolétariat assume son rôle dirigeant. La direction du comité du Parti doit prévaloir en tant que système dans tous les secteurs.

    Durant la période de la dictature du prolétariat, le parti prolétarien doit maintenir et resserrer les liens étroits qu’il a avec le prolétariat et les grandes masses travailleuses, maintenir et développer son vigoureux style révolutionnaire, s’en tenir au principe de l’union de la vérité universelle du marxisme-léninisme et de la pratique concrète de son propre pays, et persévérer dans la lutte contre le révisionnisme, le dogmatisme et les opportunismes de tout acabit.

    A la lumière des enseignements historiques de la dictature du prolétariat, le camarade Mao Tsé-toung a fait ressortir :

    « la lutte des classes, la lutte pour la production et l’expérience scientifique sont les trois grands mouvements révolutionnaires de l’édification d’un pays socialiste puissant.

    Ces mouvements constituent une sûre garantie permettant aux communistes de se débarrasser du bureaucratisme, de se prémunir contre le révisionnisme et le dogmatisme et de demeurer toujours invincibles, une sûre garantie permettant au prolétariat de s’unir avec les larges masses travailleuses et de pratiquer une dictature démocratique.

    Si, en l’absence de ces mouvements, on laissait se déchaîner les propriétaires fonciers, les paysans riches, les contre-révolutionnaires, les éléments malfaisants et les monstres en tous genres, tandis que nos cadres fermeraient les yeux et n’opéreraient même pas de distinction entre l’ennemi et nous dans nombre de cas, mais collaboreraient avec l’ennemi et se laisseraient gagner par la corruption et la démoralisation, si nos cadres étaient ainsi entraînés dans le camp ennemi ou si l’ennemi parvenait à s’infiltrer dans nos rangs, et si beaucoup de nos ouvriers, paysans et intellectuels étaient laissés sans défense face aux tactiques tant enveloppantes que brutales de l’ennemi, alors peu de temps se passerait, peut-être quelques années ou une décennie, et tout au plus quelques décennies, avant qu’une restauration contre-révolutionnaire n’ait inévitablement lieu à l’échelle nationale, que le parti marxiste-léniniste ne devienne un parti révisionniste ou un parti fasciste et que toute la Chine ne change » [67].

    Le camarade Mao Tsé-toung montre que pour garantir notre Parti et notre pays contre ce changement, nous devons non seulement avoir une juste ligne et une juste politique, mais former et entraîner des millions de successeurs qui poursuivront la révolution prolétarienne.

    En dernière analyse, former des successeurs pour la cause révolutionnaire du prolétariat consiste à savoir s’il existe une jeune génération capable de poursuivre la cause révolutionnaire marxiste-léniniste entamée par la vieille génération des révolutionnaires prolétariens, si la direction de notre Parti et de notre pays sera toujours entre les mains des révolutionnaires prolétariens, si nos descendants continueront à avancer dans la bonne voie tracée par le marxisme-léninisme, si nous pouvons parvenir à empêcher un révisionnisme à la Khrouchtchev de se manifester en Chine. Bref, la question est d’une importance fondamentale pour la cause révolutionnaire du prolétariat pour une période de cent, mille ou dix mille ans. Les changements intervenus en Union soviétique ont amené les prophètes impérialistes à placer leurs espoirs d’une « évolution pacifique » dans la troisième ou la quatrième génération du Parti chinois.

    Nous devons faire mentir cette prophétie impérialiste. Nos organisations de partout, des échelons supérieurs aux échelons inférieurs, doivent attacher une attention soutenue à la formation et à l’entraînement des successeurs de la cause révolutionnaire.

    Quelles sont les conditions requises des dignes successeurs de la cause révolutionnaire du prolétariat ?

    Ils doivent être d’authentiques marxistes-léninistes et non, comme Khrouchtchev, des révisionnistes se parant du marxisme-léninisme.

    Ils doivent être des révolutionnaires corps et âme au service de l’écrasante majorité de la population de la Chine et du monde, et non agir comme Khrouchtchev qui sert les intérêts d’une poignée de gens, de la couche privilégiée de la bourgeoisie de son pays, ainsi que les intérêts des impérialistes et des réactionnaires du monde entier.

    Ils doivent être des hommes d’État prolétariens capables de s’unir avec l’écrasante majorité et de travailler de concert avec elle. Ils doivent non seulement s’unir avec ceux qui partagent leurs vues, mais encore savoir s’unir avec ceux qui ne les partagent pas, avec ceux qui leur étaient opposés et dont la pratique a prouvé l’erreur.

    Cependant, ils doivent être particulièrement vigilants vis-à-vis des arrivistes et des conspirateurs du genre Khrouchtchev et les empêcher d’usurper la direction du Parti et de l’État à tous les échelons.

    Ils doivent être des exemples dans l’application du centralisme démocratique du Parti, maîtriser la méthode de direction basée sur le principe de « venir des masses et retourner aux masses » et nourrir un style de travail démocratique qui les rend capables d’entendre les masses. Ils ne doivent pas, à l’instar de Khrouchtchev, saper le centralisme démocratique du Parti, se prévaloir d’un pouvoir autocratique, attaquer les camarades par surprise, refuser de comprendre et agir en dictateur.

    Ils doivent être modestes et prudents, se prémunir contre l’arrogance et la présomption, être capables de se soumettre à l’autocritique et avoir le courage de corriger toutes les insuffisances et erreurs dans leur travail. Ils ne doivent en aucun cas celer leurs erreurs, s’attribuer tous les mérites et rejeter toutes les fautes sur autrui, à l’exemple de Khrouchtchev.

    Les successeurs de la cause révolutionnaire du prolétariat, ce sont les luttes de masse qui les voient naître, et ce sont les grandes tempêtes révolutionnaires qui les forgent. Il faut savoir évaluer la valeur des cadres, choisir et former les successeurs au cours des luttes de masse prolongées.

    Ces principes énoncés par le camarade Mao Tsé-toung constituent un développement créateur du marxisme-léninisme et ajoutent à l’arsenal théorique du marxisme-léninisme des armes nouvelles qui sont pour nous d’une importance décisive dans notre lutte pour prévenir toute restauration capitaliste. Tant que nous nous en tiendrons à ces principes, nous serons à même de consolider la dictature du prolétariat, d’assurer que notre Parti et notre État ne changeront jamais de nature, de mener à bien la révolution socialiste et l’édification du socialisme, de soutenir le mouvement révolutionnaire de tous les peuples pour renverser l’impérialisme et ses laquais, d’assurer le futur passage du socialisme au communisme.

    [1] K. Marx : « Critique du programme de Gotha », Œuvres complètes de Marx et d’Engels, tome 19.

    [2] V. I. Lénine : « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25.

    [3] Ibidem.

    [4] V. I. Lénine : « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky », Œuvres, tome 28.

    [5] V. I. Lénine : « Salut aux ouvriers hongrois », Œuvres, tome 29.

    [6] « Marx à J. Weydemayer, 5 mars 1852 », Œuvres choisies de Marx et d’Engels (en deux volumes), tome II.

    [7] K. Marx : « Critique du programme de Gotha », Œuvres complètes de Marx et d’Engels, tome 19.

    [8] K. Marx : Les luttes de classes en France 1848-1850.

    [9] V. I. Lénine : « Préface à l’édition du discours ‘Comment on trompe le peuple avec les mots d’ordre de liberté et d’égalité’ », Œuvres, tome 29.

    [10] V. I. Lénine : « La Maladie infantile du communisme (le ‘gauchisme’) », Œuvres, tome 31.

    [11] J. Staline : « Rapport au XVIIIe Congrès du P.C.(b) de l’U.R.S.S. », Les Questions du léninisme.

    [12] Krasnaya Zvezda, 19 mai 1962.

    [13] Pravda Vostoka, 8 octobre 1963.

    [14] Pravda Ukrainy, 18 mai 1962.

    [15] Izvestia, 20 octobre 1963 et Negelva (Izvestia, Supplément du dimanche), n° 12, 1964.

    [16] Komsomolskaya Pravda, 9 août 1963.

    [17] Kirghiz Soviet, 9 janvier 1962.

    [18] Selskaya Zhizn, 26 juin 1962.

    [19] Ekonomitcheskaya Gazeta, n° 35, 1963.

    [20] Selskaya Zhizn, 14 août 1963.

    [21] Pravda, 14 janvier 1962.

    [22] Izvestia, 9 avril 1963.

    [23] Sovietskaya Rossia, 9 octobre 1960.

    [24] Izvestia, 18 octobre 1960.

    [25] Selskaya Zhizn, 17 juillet 1963.

    [26] Ekonomitcheskaya Gazeta, n° 27, 1963.

    [27] Literaturnaya Gazeta, 27 juillet, 217 août 1963.

    [28] Sovietskaya Rossia, 27 janvier 1961.

    [29] V. I. Lénine : « Plan de la brochure ‘L’Impôt en nature’ », Œuvres, tome 32.

    [30] V. I. Lénine : « Le Contenu économique du populisme et la critique qu’en fait dans son livre M. Strouvé », Œuvres, tome 1.

    [31] « Le Programme d’édification du communisme », par la Rédaction de la Pravda, 18 août 1961.

    [32] V. I. Lénine : « Bilan d’une discussion sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes », Œuvres, tome 22.

    [33] V. I. Lénine : « L’Etat de la révolution », Œuvres, tome 25.

    [34] Ibidem

    [35] Ibidem

    [36] Rapport de M. Souslov présenté en février 1964 à la session plénière du Comité central du P.C.U.S.

    [37] « Du parti de la classe ouvrière au parti de tout le peuple soviétique », par la Rédaction de Partii Zhizn, n° 8, 1964.

    [38] Rapport sur le Programme du P.C.U.S. et rapport d’activité présentés par Khrouchtchev en octobre 1961 au XXIIe Congrès du P.C.U.S.

    [39] V. I. Lénine : « L’État et la révolution », Œuvres, tome 25.

    [40] V. I. Lénine : « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky », Œuvres, tome 28.

    [41] V. I. Lénine : Le Marxisme au sujet de l’État.

    [42] Izvestia, 10 mars 1964

    [43] K. Marx et F. Engels : « ‘Circulaire’ de Marx et d’Engels à A. Bebel, W. Liebknecht, W. Bracke et autres (17-18 septembre 1879) », Œuvres complètes de Marx et d’Engels, tome 19.

    [44] « Du parti de la classe ouvrière au parti de tout le peuple soviétique », par la Rédaction de Partii Zhizn, n° 8, 1964.

    [45] V. I. Lénine : « De la clarté avant tout », Œuvres, tome 20.

    [46] Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé en novembre 1962 à la session plénière du Comité central du P.C.U.S.

    [47] « Etudier, comprendre et agir », éditorial de l’Ekonomitcheskaya Gazeta, n° 50, 1962.

    [48] « Les Communistes et la production », éditorial du Kommunist, n° 2, 1963.

    [49] Discours de N.S. Khrouchtchev à la réunion électorale organisée le 27 février 1963 dans la circonscription Kalinine de la ville de Moscou, Pravda, 27 février 1963.

    [50] V. I. Lénine : « A nouveau les syndicats, la situation actuelle et les erreurs de Trotsky et Boukharine », Œuvres, tome 32.

    [51] V. I. Lénine : « Comment V. Zassoulitch démolit le liquidationnisme », Œuvres, tome 19.

    [52] Rapport sur le Programme du P.C.U.S. présenté par N.S. Khrouchtchev en octobre 1961 au XXIIe Congrès du P.C.U.S.

    [53] K. Marx : « Critique du programme de Gotha », Œuvres complètes de Marx et d’Engels, tome 19.

    [54] V. I. Lénine : « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25.

    [55] Rapport de M. Souslov présenté en février 1964 à la session plénière du Comité central du P.C.U.S.

    [56] Lettre ouverte du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union soviétique, 14 juillet 1963.

    [57] Discours télévisé de N.S. Khrouchtchev en Autriche le 7 juillet 1960.

    [58] Entretien de N.S. Khrouchtchev avec des dirigeants du Congrès américain et des membres du Comité sénatorial des Relations étrangères, 16 septembre 1959.

    [59] Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé en février 1964 à la session plénière du Comité central du P.C.U.S.

    [60] Entretien de N.S. Khrouchtchev avec des personnalités et des hommes d’affaires américains, 24 septembre 1959.

    [61] Entretien de N.S. Khrouchtchev avec des parlementaires français, 25 mars 1960.

    [62] V. I. Lénine : « L’impérialisme et la scission du socialisme », Œuvres, tome 23.

    [63] Interview télévisée de D. Rusk à la B.B.C., « Encounter », 10 mai 1964.

    [64] Discours de Douglas-Home fait le 6 avril 1964 à Norwich.

    [65] Conférence de presse donnée par J.F. Dulles, 15 mai 1956.

    [66] V. I. Lénine, « La Grande initiative », Œuvres, tome 29.

    [67] Note de Mao Tsé-toung sur les « Sept bons documents de la province du Tchékiang sur la participation des cadres au travail manuel », 9 mai 1963.

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  • Rédactions du Quotidien du peuple et du Drapeau Rouge : La révolution prolétarienne et le révisionnisme de Khrouchtchev

    Rédaction du Renmin Ribao et Rédaction du Hongqi, 31 mars 1964

    Cet article est consacré à une question célèbre, celle du « passage pacifique ». Elle est célèbre et a reçu la plus grande attention, parce que Khrouchtchev l’a posée devant le XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique, lui a donné force de programme au XXIIe Congrès, opposant ainsi ses vues révisionnistes aux vues marxistes-léninistes. Et la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. du 14 juillet 1963 a repris la chanson.

    Dans l’histoire du mouvement communiste international, la trahison du marxisme et du prolétariat par les révisionnistes se traduit toujours et essentiellement par l’opposition à la révolution violente, à la dictature du prolétariat et par le prêche en faveur du passage pacifique du capitalisme au socialisme. Et tel est aussi le cas avec le révisionnisme de Khrouchtchev. Par là, Khrouchtchev est tout autant le disciple de Bernstein et Kautsky que de Browder et Tito.

    Le révisionnisme de Browder, le révisionnisme de Tito et la théorie des « réformes de structure » ont fait leur apparition à partir de la Seconde Guerre mondiale. Mais ces courants n’étaient qu’un problème local pour le mouvement communiste international.

    L’apparition du révisionnisme de Khrouchtchev et sa prédominance à la direction du P.C.U.S. en ont fait un problème important de caractère général, pour le mouvement communiste international, qui met en question l’aboutissement de la cause révolutionnaire du prolétariat international.

    Nous avons donc tenu à rédiger le présent article en vue de répondre aux révisionnistes en termes encore plus explicites.

    DISCIPLE DE BERNSTEIN ET DE KAUTSKY

    C’est à partir du XXe Congrès du P.C.U.S. que Khrouchtchev avança la voie du « passage pacifique », autrement dit le « passage au socialisme par la voie parlementaire » [1], qui est diamétralement opposée à la voie de la Révolution d’Octobre.

    Voyons donc ce qu’est cette pacotille, la « voie parlementaire », que Khrouchtchev et ses semblables cherchent à placer.

    Khrouchtchev estime que sous la dictature de la bourgeoisie, et conformément à la loi électorale bourgeoise, le prolétariat peut conquérir une majorité parlementaire stable. D’après lui, dans les pays capitalistes, « la classe ouvrière, ralliant autour d’elle la paysannerie travailleuse, les intellectuels, toutes les forces patriotiques et infligeant une riposte décisive aux éléments opportunistes incapables de renoncer à la politique d’entente avec les capitalistes et les grands propriétaires fonciers, est en mesure d’infliger une défaite aux forces réactionnaires et antipopulaires, de conquérir une solide majorité au parlement [2].

    Khrouchtchev estime que si le prolétariat parvient à emporter la majorité au parlement, cela équivaudrait à la conquête du pouvoir et à la destruction de la machine d’Etat de la bourgeoise. Selon lui, pour la classe ouvrière « acquérir la majorité au parlement, transformer ce dernier en un organe du pouvoir populaire dans les conditions de l’existence d’un puissant mouvement révolutionnaire dans le pays, signifie briser la machine militaire et bureaucratique de la bourgeoisie et créer un nouveau régime d’Etat populaire et prolétarien de forme parlementaire » [3].

    Khrouchtchev estime que si le prolétariat parvient à conquérir une majorité parlementaire stable, il sera à même de réaliser la transformation socialiste de la société. Il affirme que la conquête d’une solide majorité parlementaire « créerait pour la classe ouvrière d’un certain nombre de pays capitalistes et d’anciens pays coloniaux, des conditions assurant des transformation sociales radicales » [4].

    Il dit encore que « dans les conditions actuelles la classe ouvrière d’un certain nombre de pays capitalises a la possibilité réelle d’unir sous sa direction l’immense majorité du peuple et d’assurer le passage des principaux moyens de production aux mains du peuple » [5].

    Le programme du P.C.U.S. soutient que « la classe ouvrière de nombreux pays, même avant le renversement du capitalisme, peut obliger la bourgeoisie à réaliser des mesures… dépassant le cadre des réformes ordinaires » [6].

    Il va jusqu’à affirmer que dans certains pays, sous dictature bourgeoise, la situation pourrait devenir telle qu’« il sera plus avantageux pour la bourgeoisie d’accepter qu’on lui rachète les principaux moyens de production » [7].

    La pacotille vantée par Khrouchtchev n’a rien d’original et est une nouvelle mouture du révisionnisme de la IIe Internationale, une résurgence du bernsteinisme et du kautskisme.

    La trahison du marxisme par Bernstein est essentiellement marquée par son plaidoyer en faveur de la voie légale, parlementaire, son opposition à la révolution violente, à la destruction du vieil appareil d’Etat et à la dictature du prolétariat.

    Bernstein soutint que le capitalisme pouvait « s’intégrer dans le socialisme », pacifiquement. Selon lui, les institutions politiques de la société capitaliste moderne « n’ont pas besoin d’être détruites. Il n’y a qu’à les développer davantage » [8]. « De nos jours, nous réalisons, au moyen du bulletin de vote, des manifestations et d’autres moyens analogues de pression, des réformes qui, il y a cent ans, auraient nécessité des révolutions sanglantes » [9].

    Il soutint que la voie légale, parlementaire, était la seule qui pût conduire au socialisme. A son avis, il suffisait à la classe ouvrière d’avoir « le droit de vote universel et égal, et le principe social constituant la condition fondamentale de la libération est acquis » [10].

    Il soutint qu’« un jour viendra où elle [la classe ouvrière] sera devenue si puissante en nombre et jouera un si grand rôle pour l’ensemble de la société que le palais des dominateurs ne pourra plus résister à sa pression et s’effondrera pratiquement tout seul » [11].

    Lénine disait : « Les bersteiniens ont admis et admettent le marxisme à l’exception de son aspect directement révolutionnaire. Ils considèrent la lutte parlementaire non comme un moyen de lutte convenant parfaitement à certaines époques historiques, mais comme la principale et pour ainsi dire la seule forme de combat et qui rend la ‘violence’, la ‘saisie’, la ‘dictature’ inutiles » [12].

    Monsieur Kautsky fut le digne héritier de Bernstein. Tout comme lui, il prêcha avec force la voie parlementaire, s’opposa à la révolution violente et à la dictature du prolétariat. Sous le régime de la démocratie bourgeoise, dit-il, « il n’y a plus de place pour la lutte armée dans la solution des conflits de classes » [13] et préconiser néanmoins « le renversement du gouvernement par la violence serait ridicule » [14].

    Il attaqua Lénine et le Parti bolchévik, les comparant à « une sage-femme impatiente, recourant à la violence pour faire accoucher à cinq mois au lieu de neuf » [15].

    Kautsky était d’un crétinisme parlementaire parfait. On lui doit la fameuse déclaration : « Le but de notre lutte politique reste donc, comme par le passé, la conquête du pouvoir par l’acquisition de la majorité au parlement et la transformation de ce dernier en maître du gouvernement » [16].

    Il dit aussi : « La république parlementaire – avec ou sans oligarchie monarchique à l’anglaise – est, à mon avis, la base à partir de laquelle peuvent grandir la dictature du prolétariat et la société socialiste. Cette république est le ‘futur Etat’ pour lequel nous devons œuvrer » [17].

    Lénine critiqua sévèrement ces absurdités de Kautsky. Il le flétrit en ces termes : « Seuls des misérables ou des benêts peuvent croire que le prolétariat doit d’abord conquérir la majorité en participant aux élections organisées sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l’esclavage salarié, et après seulement conquérir le pouvoir. C’est le comble de la stupidité ou de l’hypocrisie, c’est substituer à la lutte des classes et à la révolution des votes sous l’ancien régime, sous l’ancien pouvoir » [18].

    Et à propos de la voie parlementaire prônée par Kautsky, Lénine remarqua fort pertinemment : « Voilà bien l’opportunisme le plus pur et le plus plat ; c’est renoncer en fait à la révolution tout en la reconnaissant en paroles » [19].

    Il ajouta par ailleurs qu’en interprétant l’idée de dictature du prolétariat « de façon à en éliminer la violence révolutionnaire de la classe opprimée sur les oppresseurs, Kautsky a battu le record mondial de la déformation libérale de Marx » [20].

    Nous citons abondamment Khrouchtchev, Bernstein et Kautsky dans cet article, ainsi que des critiques faites par Lénine au sujet des deux derniers, pour prouver que le révisionnisme de Khrouchtchev est purement et simplement du bernsteinisme et du kautskisme modernes. Khrouchtchev a renié le marxisme de la même façon que Bernstein et Kautsky : sa trahison est illustrée essentiellement par le fait qu’il s’oppose à la violence révolutionnaire, qu’il veut « éliminer la violence révolutionnaire ».

    Bernstein et Kautsky ont évidemment perdu le titre mondial qu’ils détenaient dans ce domaine, puisque Khrouchtchev a établi un nouveau record. Digne disciple de Bernstein et de Kautksy, Khrouchtchev l’emporte sur ses maîtres.

    LA RÉVOLUTION VIOLENTE,
    LOI GÉNÉRALE DE LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE

    Comme nous le montre toute l’histoire du mouvement ouvrier, reconnaître ou non la révolution violente comme loi générale de la révolution prolétarienne, reconnaître ou non la nécessité de détruire la vieille machine d’État, de remplacer la dictature de la bourgeoisie par la dictature du prolétariat, a toujours constitué la ligne de partage entre le marxisme et toutes les variantes de l’opportunisme et du révisionnisme, entre les révolutionnaires prolétariens et tous les renégats du prolétariat.

    Conformément aux théories fondamentales du marxisme-léninisme, le problème-clé de toute révolution est celui du pouvoir. Et le problème-clé de la révolution prolétarienne est celui de la conquête du pouvoir par la violence, de la destruction de l’appareil d’État bourgeois, de l’instauration de sa propre dictature de classe et du remplacement de l’État bourgeois par l’État prolétarien.

    Le marxisme a toujours proclamé l’inéluctabilité de la révolution violente. Il a toujours fait ressortir que celle-ci est l’accoucheuse qui met au monde la société socialiste, qu’elle est la voie inéluctable qui permet de remplacer la dictature de la bourgeoisie par la dictature du prolétariat, une loi générale de la révolution prolétarienne.

    Le marxisme nous apprend que l’État est la violence en soi. Les pièces maîtresses de la machine d’État sont l’armée et la police. L’histoire montre que toutes les classes régnantes se sont appuyées sur la violence pour maintenir leur domination.

    Le prolétariat préférerait évidemment conquérir le pouvoir par des moyens pacifiques. Mais d’innombrables faits historiques prouvent que les classes réactionnaires n’ont jamais abdiqué de leur propre gré, quelles ont toujours été les premières à user de la violence pour réprimer les mouvements révolutionnaires des masses, pour déclencher la guerre civile, inscrivant ainsi la lutte armée à l’ordre du jour.

    Lénine a parlé de la guerre civile, « dont aucune grande révolution ne s’est encore passée dans l’histoire, sans laquelle aucun marxiste sérieux n’a conçu le passage du capitalisme au socialisme » [21].

    Les grandes révolutions de l’histoire auxquelles se référait Lénine englobaient la révolution bourgeoise. Si celle-ci ne peut se faire sans guerre civile, alors qu’elle n’est que le renversement d’une classe exploiteuse par une autre, à plus forte raison est-il impossible d’accomplir sans guerre civile la révolution prolétarienne qui, elle, vise à l’élimination radicale de toutes les classes exploiteuses et de tous les systèmes d’exploitation.

    En traitant de la révolution violente considérée comme loi générale de la révolution prolétarienne, Lénine a indiqué à plusieurs reprises « qu’entre le capitalisme et le socialisme s’étend une longue période d’’enfantement douloureux ‘, que la violence est toujours l’accoucheuse de la veille société » [22], que « l’État bourgeois… ne peut céder la place à l’État prolétarien (à la dictature du prolétariat) par voie d’’extinction’, mais seulement, en règle générale, par une révolution violente » [23], que « la nécessité d’inculquer systématiquement aux masses cette idée – et précisément celle-là – de la révolution violente est à la base de toute la doctrine de Marx et Engels » [24].

    Staline aussi disait de la révolution violente du prolétariat, de la dictature du prolétariat, qu’elle est « la condition inévitable et indispensable » [25] pour avancer vers le socialisme dans tous les pays dominés par le capital.

    La transformation radicale du régime bourgeois est-elle possible sans révolution violente, sans la dictature du prolétariat ? Voici la réponse de Staline : « Il est clair que non. Penser que l’on puisse opérer une telle révolution pacifiquement, dans le cadre de la démocratie bourgeoise appropriée à la domination de la bourgeoisie, – c’est ou bien avoir perdu la raison et toutes notions humaines normales ou bien renier brutalement et ouvertement la révolution prolétarienne » [26].

    Partant de la théorie marxiste-léniniste sur la révolution violente et à la lumière de la nouvelle expérience de la révolution prolétarienne et de la révolution démocratique populaire dirigée par le prolétariat, le camarade Mao Tsé-toung formula la thèse célèbre : « Le pouvoir est au bout du fusil ».

    « Dans la société de classes, dit-il, les révolutions et les guerres révolutionnaires sont inévitables… Sans elles, il ne peut y avoir de bond dans le développement de la société, ni de renversement de la classe réactionnaire dominante afin que le peuple prenne le pouvoir » [27].

    Il dit encore : « La tâche centrale et la forme suprême de la révolution, c’est la conquête du pouvoir par la lutte armée, c’est-à-cire la solution de ce problème par la guerre. Ce principe révolutionnaire du marxisme-léninisme est valable partout, en Chine comme dans les autres pays » [28].

    Il ajouta : « L’expérience de la lutte des classes à l’époque de l’impérialisme montre que la classe ouvrière et les masses travailleuses ne peuvent vaincre les classes armées de la bourgeoisie et des propriétaires fonciers que par la force des fusils. En ce sens, on peut dire qu’il n’est possible de transformer le monde qu’avec le fusil » [29].

    Bref, la révolution prolétarienne a la révolution violente pour loi générale. C’est là une des thèses les plus importantes du marxisme-léninisme. Et c’est précisément sur ce point que Khrouchtchev trahit le marxisme-léninisme.

    NOTRE LUTTE CONTRE
    LE RÉVISIONNISME DE KHROUCHTCHEV

    Lorsque Khrouchtchev avança pour la première fois la « voie parlementaire » au XXe Congrès du P.C.U.S., le Parti communiste chinois estima qu’il s’agissait là d’une grave erreur, d’une violation des principes fondamentaux du marxisme-léninisme, que c’était absolument inadmissible.

    Mais comme le révisionnisme de Khrouchtchev n’en était encore qu’à ses débuts, que les dirigeants du P.C.U.S. n’avaient pas encore provoqué de polémiques ouvertes, nous nous sommes abstenus, pendant un certain temps, de dénoncer et de critiquer publiquement cette erreur de Khrouchtchev. Toutefois, dans nos documents et articles, nous avons, pour notre part, exposé positivement les points de vue marxistes-léninistes en opposition à cette thèse erronée. En outre, nous avons engagé la lutte indispensable et appropriée contre elle, au cours des entretiens et des réunions entre partis frères.

    Dans le rapport politique du Comité central présenté en septembre 1956 au VIIIe Congrès du Parti communiste chinois, nous avons déclaré sans ambiguïté, en parlant du bilan des expériences de la révolution chinoise :

    « Tout en faisant de son mieux pour réaliser une réforme pacifique, notre Parti est loin de renoncer à la vigilance, de renoncer aux forces armées populaires ».

    « Contrairement aux réactionnaires-, le peuple n’est pas belliqueux… Mais, quand le peuple se voit dans l’obligation de prendre les armes, il est tout à fait juste qu’il le fasse. S’opposer à ce que le peuple agisse ainsi, exiger de lui qu’il fasse sa soumission devant l’ennemi qui l’attaque, c’est là une ligne opportuniste. Ici, fallait-il enfin adopter la ligne révolutionnaire ou celle de l’opportunisme ? C’était là le grand problème, celui de savoir si 600 millions d’hommes devaient ou non prendre le pouvoir alors que les conditions étaient mûres. Notre Parti a suivi la ligne révolutionnaire, et nous avons aujourd’hui la République populaire de Chine ».

    Dans cette question, les vues marxistes-léninistes du VIIIe Congrès du P.C.C. sont diamétralement à l’opposé des vues révisionnistes du XXe Congrès du P.C.U.S.

    Puis, en décembre 1956, dans l’article « Encore une fois à propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat », nous avons montré positivement la justesse de la voie de la Révolution d’Octobre, critiquant en fait la « voie parlementaire » de Khrouchtchev qui lui est opposée.

    Les camarades dirigeants du Comité central du P.C.C ont critiqué sérieusement les vues erronées de Khrouchtchev au cours de nombreux entretiens qu’ils ont eus en privé avec les dirigeants du P.C.U.S. Nous espérions, en toute sincérité, que Khrouchtchev redresserait ses erreurs.

    A la Conférence de 1957 des Représentants des Partis communistes et ouvriers, la délégation du P.C.C. engagea une vive controverse avec la délégation du P.C.U.S. sur la question du passage du capitalisme au socialisme.

    Dans le premier projet de déclaration qu’il y a proposé, au cours des travaux préparatoires, le Comité central du P.C.U.S. envisageait une seule possibilité, celle du passage pacifique, et ne soufflait mot de l’autre possibilité, le passage non pacifique ; il évoquait uniquement la possibilité de la voie parlementaire sans parler d’aucune autre forme de lutte ; de surcroît, il plaçait ses espoirs dans « les actions conjuguées des communistes et des socialistes » pour la prise de pouvoir par la voie parlementaire. Le Comité central du P.C.C. ne put évidemment admettre que ces vues erronées, contraires au marxisme-léninisme, fussent portées dans le document-programme de tous les partis communistes et ouvriers.

    La délégation du P.C.C. ayant formulé ses critiques, le Comité central du P.C.U.S. avança un second projet de déclaration. Des phrases sur la possibilité du passage non pacifique y avaient été incluses, mais la formulation de la question du passage pacifique continuait à exprimer les vues révisionnistes avancées par Khrouchtchev au XXe Congrès du P.C.U.S.

    La délégation du P.C.C. manifesta explicitement son désaccord avec ces vues erronées et exposa de façon systématique, le 10 novembre 1957, au Comité central du P.C.U.S., notre point de vue sur la question du passage du capitalisme au socialisme et lui présenta en même temps nos thèses par écrit. Elles avaient pour pointe essentiels :

    Il est utile, du point de vue tactique, d’exprimer le désir de réaliser le passage pacifique, mais il ne convient pas de trop insister sur la possibilité d’un tel passage ; il faut être prêt à tout instant à faire face aux attaques contre-révolutionnaires et, au moment crucial de la révolution, alors que la classe ouvrière prendra la pouvoir, être prêt à abattre la bourgeoisie par la force au cas où celle-ci aurait recours à la force pour réprimer la révolution du peuple (en général, elle y recourt inévitablement).

    Nous devons pleinement recourir à la forme de la lutte parlementaire, mais cette lutte n’aura qu’un effet limité, et le plus important est de procéder au travail ardu qu’est l’accumulation des forces révolutionnaires ; le passage pacifique ne doit pas être interprété uniquement comme un passage par la majorité parlementaire.

    Le problème essentiel est celui de l’appareil d’Etat, autrement dit celui de la destruction de la vieille machine d’Etat (principalement les forces armées) et de l’établissement de la nouvelle machine d’Etat (principalement les forces armées). Les partis socialistes ne sont pas vraiment socialistes. Abstraction faite de certaines ailes gauches, ils ne sont qu’une variante des partis bourgeois. Sur la question de la révolution socialiste, notre position diffère radicalement de la leur. Nous ne devons pas estomper cette ligne qui nous sépare.

    Ce sont là nos vues et elles sont tout à fait conformes au marxisme-léninisme.

    Les camarades de la délégation du Comité central du P.C.U.S. ne purent les contester, mais ils insistèrent pour que nous tenions compte de leurs besoins intérieurs et souhaitèrent qu’il y eût concordance entre la formulation de la question du passage pacifique faite dans le projet de déclaration et la formulation utilisée par XXe Congrès du P.C.U.S.

    Considérant que nous avions déjà réfuté les vues erronées des dirigeants du P.C.U.S. et exposé nos thèses par écrit, la délégation du Parti communiste chinois tint compte, dans l’intérêt de la lutte commune contre l’ennemi, du désir maintes fois exprimé par les camarades du P.C.U.S. ; elle consentit à prendre comme base le projet du Comité central du P.C.U.S. sur cette question, auquel il ne fut touché que sur quelques points.

    Nous avions espéré qu’à l’issue de ce débat, les camarades du P.C.U.S., prendraient conscience de leurs erreurs et les corrigeraient. Mais les dirigeants du P.C.U.S. n’en ont rien fait, contrairement à notre attente.

    A la conférence des partis frères du 1960, la délégation du P.C.C. eut à nouveau de multiples et violentes controverses avec la délégation du P.C.U.S. sur cette même question du passage du capitalisme au socialisme. Nous avons complètement dévoilé et réfuté les vues révisionnistes de Khrouchtchev.

    Au cours de la conférence, les parties chinoise et soviétique ne purent aboutir à un accord, chacune restant sur ses positions. Finalement la délégation du P.C.C., prenant en considération le désir général des partis frères de voir naître un document commun à l’issue de cette conférence, fit de nouveau des concessions à ce sujet en tenant compte, une fois encore, des besoins de la direction du P.C.U.S. Nous avons donné notre accord pour que les passages en question de la Déclaration de 1957 fussent intégralement repris dans celle de 1960.

    Nous avons distribué, en même temps à cette conférence, les Thèses sur le problème du passage pacifique formulées, le 10 novembre 1957, par le Parti communiste chinois, et nous avons précisé que c’était la dernière fois que nous prenions les difficultés des dirigeants du P.C.U.S. en considération, que nous n’agirions plus jamais de la sorte.

    Si des camarades estiment que nous avons eu tort d’avoir fait des concessions à la direction du P.C.U.S., nous accepterons volontiers leurs critiques.

    La formulation concernant le problème du passage pacifique étant basée, dans les deux Déclarations, sur le projet du P.C.U.S., et reprenant en certains endroits celles du XXe Congrès du P.C.U.S., elle présente de ce fait de sérieuses faiblesses et erreurs, malgré certains replâtrages.

    Ces deux documents, tout en indiquant que les classes dominantes n’abandonnent pas de bon gré le pouvoir, prétendent que, dans un certain nombre de pays capitalistes, la prise du pouvoir peut s’effectuer sans guerre civile ; tout en recommandant un ample développement de la lutte de masse en dehors du parlement pour briser la résistance des forces de la réaction, ils affirment qu’il est possible d’obtenir une solide majorité au parlement et de transformer celui-ci en un instrument au service du peuple travailleur ; et là où ils abordent le passage non pacifique, ils n’insistent pas sur la loi générale qu’est la révolution violente.

    La direction du P.C.U.S. a précisément exploité ces faiblesses et ces erreurs pour placer le révisionnisme de Khrouchtchev.

    Il est de notre devoir de déclarer solennellement que le Parti communiste chinois a toujours maintenu sa position quant à la formulation des Déclarations de 1957 et de 1960 sur la question du passage du capitalisme au socialisme. Nous n’avons jamais caché notre point de vue. Nous soutenons que dans l’intérêt de la révolution prolétarienne mondiale, et pour enlever aux révisionnistes toute possibilité d’exploiter ces documents qui ont valeur de programme pour les partis frères, cette formulation doit être amendée conformément aux principes révolutionnaires du marxisme-léninisme et par consultation entre partis communistes et ouvriers.

    Nous reproduisons in extenso, une fois de plus, en annexe au présent article, les Thèses sur le problème du passage pacifique, présentées le 10 novembre 1957 par la délégation du P.C.C. au Comité central du P.C.U.S., pour permettre de prendre connaissance de l’ensemble des vues du P.C.C. sur la question [30].

    La lutte menée ces huit dernières années par les partis marxistes-léninistes et les marxistes-léninistes du monde entier contre le révisionnisme de Khrouchtchev s’est fort développée. De plus en plus nombreux sont ceux qui ont éventé le révisionnisme de Khrouchtchev. Les dirigeants du P.C.U.S. continuent néanmoins à user de subterfuges et d’arguties, cherchant par tous les moyens à colporter leur pacotille.

    Il est donc nécessaire que nous réfutions encore une fois toutes leurs inepties sur le « passage pacifique ».

    LES SOPHISMES NE MODIFIERONT PAS L’HISTOIRE

    Pour justifier leur trahison du marxisme-léninisme et motiver leur ligne révisionniste, les dirigeants du P.C.U.S. ont ouvertement altéré les œuvres de Marx et Lénine, déformé leur histoire.

    Selon eux, Marx « admettait ces possibilités [du passage pacifique] en Grande-Bretagne et aux États-Unis » [31]. En fait, c’est là un argument emprunté au renégat Kautsky. Ce dernier altérait de la même façon les vues de Marx pour combattre la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat.

    Il est vrai que dans les années 1870, Marx a dit que dans des pays comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, « les ouvriers peuvent parvenir à leur but par des moyens pacifiques », mais il soulignait aussi que ce serait exceptionnel. « Même s’il en est ainsi, nous devons également admettre, disait-il, que dans la plupart des pays du continent, la force doit servir de levier à notre révolution » [32].

    Marx dit encore : « Tant que la bourgeoisie britannique aura le monopole du droit de vote, elle se montrera toujours prête à accepter les décisions de la majorité. Mais croyez-moi, lorsqu’elle estimera se trouver en minorité dans des questions d’importance vitale pour elle, nous aurons à faire face à une nouvelle guerre des maîtres esclavagistes » [33].

    Critiquant le renégat Kautsky, Lénine disait : « Alléguer que Marx, dans les années 70, a admis la possibilité du passage pacifique au socialisme en Angleterre et en Amérique est un argument de sophiste, ou, pour parler plus simplement, de filou qui triche à coup de citations et de références.

    En premier lieu, Marx considérait dès cette époque cette possibilité comme exceptionnelle. En second lieu, le capitalisme monopoliste, c’est-à-dire l’impérialisme, n’existait pas encore. En troisième lieu, précisément en Angleterre et en Amérique, il n’y avait pas alors de clique militaire – (elle existe aujourd’hui) – en tant que pièce maîtresse de la machine d’État bourgeoise » [34].

    L’impérialisme, dit Lénine, se distingue en raison de ses caractères économiques primordiaux « par le minimum de pacifisme et de libéralisme, par le développement maximum et le plus généralisé du militarisme. ‘Ne pas remarquer’ cela », quand on examine la question du passage pacifique ou du passage violent, « c’est tomber au niveau du plus vulgaire laquais de la bourgeoisie » [35].

    Et les dirigeants du P.C.U.S. n’en sont-ils pas là, lorsqu’ils reprennent la vieille rengaine de Kautsky ?

    Ils argumentent aussi en affirmant que Lénine « admettait en principe la possibilité de la révolution pacifique » [36]. Voilà encore un sophisme, et des pires.

    Peu après la révolution de février 1917, Lénine pensait qu’« en Russie, cette révolution est possible, à titre d’exception, sous une forme pacifique » [37]. Lénine dit bien ‘exception’, en raison des circonstances particulières : « Les armes entre les mains du peuple, l’absence de toute contrainte extérieure pesant sur le peuple, tel était le fond des choses » [38].

    Mais en juillet, la répression armée des masses par le gouvernement bourgeois contre-révolutionnaire plongea les rues de Petrograd dans le sang des ouvriers et des soldats. Après ces événements, Lénine fit remarquer que « tous les espoirs fondés sur le développement pacifique de la révolution russe se sont à jamais évanouis » [39]. En octobre 1917, Lénine et le Parti bolchévik prirent résolument la direction des ouvriers et des soldats, déclenchèrent l’insurrection armée et arrachèrent le pouvoir. En janvier 1918, Lénine fit remarquer que « la lutte des classes… s’est transformée en guerre civile » [40].

    Et l’État soviétique ne put consolider la révolution victorieuse qu’après trois ans et demi de guerre révolutionnaire, au prix de lourds sacrifices et par l’écrasement de la rébellion contre-révolutionnaire de l’intérieur et l’écrasement de l’intervention armée étrangère. En 1919, Lénine déclara : « En Octobre la violence … la violence révolutionnaire en un mot nous a valu de brillants succès ».

    Maintenant, les dirigeants du P.C.U.S. en viennent à affirmer que la Révolution d’Octobre fut « la moins sanglante de toutes les révolutions » [41], et qu’« elle a été accomplie presque pacifiquement » [42]. Leurs affirmations vont tout à fait à l’encontre de la vérité historique. La mémoire des martyrs révolutionnaires, qui ont donné leur vie pour que naisse le premier État socialiste au monde, ne leur inspire-t-elle aucun sentiment de culpabilité ?

    Lorsque nous faisons remarquer qu’il n’existe aucun précédent en fait de passage pacifique du capitalisme au socialisme, les dirigeants du P.C.U.S. ergotent. « L’expérience pratique de la réalisation de la révolution socialiste sous une forme pacifique existe », disent-ils. Fermant les yeux sur la réalité, ils allèguent qu’« en 1919, la dictature du prolétariat fut instaurée en Hongrie par la voie pacifique » [43].

    Est-ce exact ? Pas du tout. Voyons ce qu’en a dit Bela Kun, le dirigeant de la révolution hongroise.

    Le Parti communiste hongrois fut fondé en novembre 1918. Ce jeune parti entra immédiatement dans la lutte révolutionnaire sous le mot d’ordre de la révolution socialiste : « Désarmer la bourgeoisie, armer le prolétariat et instaurer le pouvoir des Soviets » [44].

    Il travailla activement dans tous les domaines en vue de l’insurrection armée. Il arma les travailleurs, s’employa à rallier à sa cause les troupes gouvernementales et à organiser les soldats démobilisés, à organiser des manifestations armées, la lutte des ouvriers pour chasser les patrons et occuper les entreprises, et les ouvriers agricoles pour qu’ils occupent les grands domaines, désarma les officiers, les troupes et la police réactionnaires, lia les grèves à l’insurrection armée, etc.

    En fait, la révolution hongroise abonde en luttes armées de formes et d’envergures diverses. Bela Kun écrivait : « De la fondation du Parti communiste à la prise du pouvoir, les conflits armés avec les organes du pouvoir bourgeois sont devenus de plus en plus fréquents. Depuis le 12 décembre 1918, jour où la garnison de Budapest, les armes à la main, descendit dans la rue et manifesta contre le ministre de la guerre du gouvernement provisoire … il ne se passa probablement pas un seul jour sans que la presse ne rapportât des conflits sanglants entre ouvriers et soldats révolutionnaires et les forces armées gouvernementales, notamment la police. Les communistes organisèrent un grand nombre de soulèvements non seulement à Budapest, mais encore en province » [45].

    Les dirigeants du P.C.U.S. mentent donc grossièrement lorsqu’ils prétendent que la révolution hongroise s’est faite pacifiquement.

    Les publications du P.C.U.S. prétendent que le gouvernement bourgeois « démissionna de son propre gré » [46] ; c’est là probablement le seul élément sur lequel se fondent le dirigeants du P.C.U.S. Mais quels sont les faits ?

    Karolyi, alors à la tête du gouvernement bourgeois hongrois, est parfaitement explicite à ce sujet. « Je signai la déclaration, dit-il, sur ma démission et le transfert du pouvoir au prolétariat, mais en réalité le prolétariat avait déjà pris le pouvoir bien avant et l’avait proclamé… Je n’ai pas transféré le pouvoir au prolétariat, puisqu’il l’avait déjà, grâce à la création d’une armée socialiste selon un plan préétabli ».

    C’est pourquoi Bela Kun estima qu’affirmer que la bourgeoisie avait transféré le pouvoir au prolétariat de son propre chef était une hypocrite « légende » [47].

    La Révolution hongroise de 1919 échoua. Faisant l’analyse des leçons essentielles à tirer de cette défaite, Lénine a dit que l’erreur qui fut fatale au jeune Parti communiste hongrois avait été son manque de fermeté dans l’exercice de sa dictature sur l’ennemi et son hésitation au moment crucial.

    Par ailleurs, le Parti hongrois n’avait pas appliqué les justes mesures qui s’imposaient pour donner satisfaction à la paysannerie impatiente de régler le problème agraire, se coupant ainsi des grandes masses paysannes. Une autre raison importante de l’échec de la révolution fut la fusion du Parti communiste avec le Parti social-démocrate opportuniste.

    Les dirigeants du P.C.U.S. présentent la Révolution hongroise de 1918-1919 comme un modèle de « passage pacifique », et c’est là une véritable falsification de l’histoire.

    Ils affirment aussi que la classe ouvrière tchécoslovaque a « pris le pouvoir par des moyens pacifiques » [48]. C’est là une autre falsification absurde de l’histoire.

    En Tchécoslovaquie, le pouvoir démocratique populaire a été instauré pendant la guerre antifasciste et n’a pas été obtenu « pacifiquement » des mains de la bourgeoisie. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le Parti communiste dirigea le peuple dans la guerre des partisans et les insurrections armées contre les fascistes. Et avec l’appui de l’Armée soviétique, il parvint à anéantir les troupes fascistes allemandes en Tchécoslovaquie et le pouvoir de leurs laquais, constitua un gouvernement front national de coalition, qui était par essence une dictature de démocratie populaire sous la direction du prolétariat, c’est-à-dire une des formes par lesquelles s’exerce la dictature du prolétariat.

    En février 1948, les réactionnaires de l’intérieur, épaulés par les impérialistes américains, fomentèrent un coup d’État contre-révolutionnaire et se préparèrent à passer à la rébellion armée pour renverser le pouvoir populaire. Mais dirigé par le Parti communiste, le gouvernement mit immédiatement ses forces armées en ligne et, en même temps, organisa les masses dans des manifestations armées, faisant ainsi avorter le complot bourgeois visant à la restauration de la contre-révolution.

    Il est clair, que loin d’être un exemple de la prise « pacifique » du pouvoir de la classe ouvrière des mains de la bourgeoisie, les Événements de Février sont un exemple de coup d’État contre-révolutionnaire bourgeois écrasé par la classe ouvrière au moyen de son appareil d’État et principalement de ses forces armées.

    En en dressant le bilan, Gottwald déclarait : « Dès avant les Événements de Février, nous avions précisé qu’en comparant cette période à l’avant-guerre, un des changements fondamentaux résidait précisément dans le fait que le pouvoir n’est plus au service des anciennes classes dominantes mais des nouvelles classes. En ce sens, les Événements de Février démontrent que le pouvoir d’État a joué un rôle remarquable » [49].

    Comment tous ces faits peuvent-ils être tenus pour des précédents du « passage pacifique » ?

    Lénine disait : « Subterfuges, sophismes, falsifications, Kautsky a besoin de tout cela pour esquiver la révolution violente, pour voiler son reniement, son passage du côté de la politique ouvrière libérale, c’est-à-dire du côté de la bourgeoisie. C’est là que gît le lièvre » [50].

    Pourquoi Khrouchtchev a-t-il altéré aussi effrontément les œuvres de Marx et de Lénine, falsifié l’histoire et recouru à la fraude ? C’est là aussi que gît le lièvre.

    LES MENSONGES NE PEUVENT MASQUER LA RÉALITÉ

    Le principal argument utilisé par les dirigeants du P.C.U.S. pour justifier leur ligne de « passage pacifique » opposée à la révolution, c’est que les conditions historiques ont changé.

    L’appréciation faite par les marxistes-léninistes des changements intervenus dans les conditions historiques après la Seconde Guerre mondiale et les conclusions qu’ils en tirent sont foncièrement différentes de celles de Khrouchtchev.

    Les marxistes-léninistes soutiennent qu’après cette guerre les conditions historiques ont fondamentalement changé. Le changement s’est affirmé surtout par l’accroissement considérable des forces socialistes prolétariennes et l’énorme affaiblissement des forces impérialistes.

    L’après-guerre a vu surgir un camp socialiste puissant, un grand nombre d’États nouvellement indépendants, une succession de luttes armées révolutionnaires, un nouvel essor des mouvements de masse dans les pays capitalistes et un grand élargissement des rangs du mouvement communiste international. Le mouvement révolutionnaire socialiste du prolétariat international et le mouvement révolutionnaire national et démocratique d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine sont devenus les deux courants historiques majeurs de notre temps.

    Peu après la guerre, le camarade Mao Tsé-toung a fait ressortir à plusieurs reprises que le rapport des forces sur le plan mondial était à notre avantage et non à celui de l’ennemi, et que cette nouvelle situation « a ouvert pour la libération de la classe ouvrière et des nations opprimées du monde des possibilités encore plus larges et des voies encore plus efficaces » [51].

    Le camarade Mao Tsé-toung soulignait par ailleurs : « Provocation de troubles, échec, nouvelle provocation, nouvel échec, et cela jusqu’à leur ruine – telle est la logique des impérialistes et de tous les réactionnaires du monde à l’égard de la cause du peuple ; et jamais ils n’iront contre cette logique. C’est là une loi marxiste. Quand nous disons : ‘l’impérialisme est féroce’, nous entendons que sa nature ne changera pas, et que les impérialistes ne voudront jamais déposer leur couteau de boucher, ni ne deviendront jamais des bouddhas, et cela jusqu’à leur ruine » [52].

    Partant du fait que les changements intervenus dans les conditions de l’après-guerre jouent encore plus en faveur de la révolution, et de la loi de l’immuabilité de la nature même de l’impérialisme et de la réaction, les marxistes-léninistes ont tiré des conclusions révolutionnaires, estimant qu’il faut pleinement mettre à profit l’excellent situation révolutionnaire qui se présente, œuvrer activement pour développer les luttes révolutionnaires et se préparer à faire triompher la révolution, en fonction des conditions spécifiques de chaque pays.

    Mais Khrouchtchev, lui, en a conclu qu’il faut s’opposer à la révolution et la rejeter. Il soutient qu’avec le changement dans le rapport des forces sur le plan mondial, la nature de l’impérialisme et de la réaction a changé, la loi de la lutte des classes a changé, la voie commune de la Révolution d’Octobre n’a plus cours et que la théorie marxiste-léniniste sur la révolution prolétarienne est devenue désuète.

    Khrouchtchev et autres s’ingénient à accréditer des contes fantastiques à la Mille et une nuits. Selon eux, « des conditions internationales et intérieures favorables à la révolution socialiste par voie pacifique sont en train de se créer pour la classe ouvrière dans de nombreux pays capitalistes » [53].

    Ils ont aussi déclaré : « Entre la Première et la Seconde Guerres mondiales, la bourgeoisie réactionnaire de nombreux pays européens n’a cessé de développer et de perfectionner son appareil policier et bureaucratique et de réprimer avec sauvagerie les mouvements de masse du peuple travailleur, et il a donc été impossible à celui-ci de réaliser la révolution socialiste, par la voie pacifique ». Et ils prétendent que la situation a changé [54].

    Ils ajoutent qu’à présent, « le changement radical favorable au socialisme intervenu dans le rapport des forces sur le plan mondial… a paralysé l’ingérence de la réaction internationale dans les affaires intérieures des pays en révolution » [55], et que « cela diminue les possibilités potentielles pour la bourgeoisie de déclencher la guerre civile » [56].

    Cependant, les mensonges de Khrouchtchev et de ses semblables ne peuvent masquer la réalité.

    Deux phénomènes marquants illustrent la période de l’après-guerre : partout l’impérialisme et la réaction renforcent leur appareil de violence et répriment cruellement les masses populaires ; partout l’impérialisme, États-Unis en tête, pratique l’intervention armée contre-révolutionnaire.

    Les États-Unis sont plus militarisés qu’ils ne l’ont jamais été, leurs effectifs ont été portés à plus de 2.700.000 hommes, c’est-à-dire onze fois le chiffre de 1934 et neuf fois le chiffre de 1939. Leurs forces de police et leurs services secrets sont en si grand nombre que certains de leurs grands capitalistes ont admis qu’à cet égard, les États-Unis viennent en tête et surpassent même et de loin l’Allemagne hitlérienne.

    La Grande-Bretagne a porté son armée permanente de plus de 250.000 hommes en 1934 à plus de 420.00 en 1963 et sa police de 67.000 hommes en 1934 à 87.000 en 1963.

    En France, les effectifs de l’armée permanente sont passés de 650.000 hommes en 1934 à plus de 740.000 hommes en 1963, et ceux de la police et des Compagnies républicaines de Sécurité (C.R.S.) de 80.000 en 1934 à plus de 120.000 en 1963.

    Les autres pays impérialistes, et les pays capitalistes en général, ont tous, sans exception, renforcé considérablement leurs forces armées et policières.

    Khrouchtchev utilise avec le plus grand zèle le mot d’ordre de désarmement général et complet pour endormir les masses. Il le serine depuis des années, mais la vie réelle n’offre pas la moindre trace de ce désarmement général et complet. Dans tout le camp impérialiste, qui a les États-Unis pour chef de file, ce n’est qu’accroissement général et complet des armements, expansion et renforcement de l’appareil de répression par la violence.

    Pourquoi la bourgeoisie renforce-t-elle avec tant de fièvre ses forces armées et policières en temps de paix ? Ne serait-ce plus pour réprimer les mouvements de masse du peuple travailleur, mais pour lui assurer la prise du pouvoir par la voie pacifique ?

    La bourgeoisie régnante n’a-t-elle pas commis suffisamment d’actes de violence, dans les dix-neuf années écoulées depuis la fin de la guerre, par l’intermédiaire de son armée et de sa police pour réprimer les ouvriers en grève et les masses populaires en lutte pour leurs droits démocratiques ?

    Au cours des dix-neuf dernières années, l’impérialisme américain a créé des blocs militaires et conclu toutes sortes de traités militaires avec plus quarante pays. Il a installé plus de 2.200 bases et dispositifs militaires dans tous les coins du monde capitaliste.

    Ses forces armées à l’étranger se chiffrent à plus de 1.00.000 d’hommes. Son « Strike Command » assure la direction d’une force aéro-terrestre mobile, prête à être envoyée à tout moment pour réprimer les révolutions populaires.

    Ces dix-neuf dernières années, les impérialistes américains et autres ont non seulement soutenu et aidé par tous les moyens les réactionnaires des autres pays à réprimer les mouvements révolutionnaires des peuples, mais ils sont aussi passés directement à l’action en préparant et perpétrant de nombreuses agressions et interventions armées contre-révolutionnaires, autrement dit, ils ont exporté la contre-révolution.

    Prenons l’impérialisme américain. En Chine, il a aidé Tchiang Kaï-chek à livrer la guerre civile, il a envoyé des troupes en Grèce et assumé le commandement des attaques contre les régions libérées par le peuple, il a mené une guerre d’agression contre la Corée, il a débarqué des troupes au Liban pour menacer la révolution irakienne, il a soutenu et aidé la réaction du Laos à étendre la guerre civile, il a organisé les soi-disant forces de l’O.N.U., placées sous son commandement, pour réprimer le mouvement d’indépendance nationale au Congo, et contre Cuba, il a monté des invasions contre-révolutionnaires.

    Il se bat toujours pour étouffer la lutte de libération du peuple sud-vietnamien. Tout dernièrement, il réprimait, par les armes, la juste lutte du peuple panaméen pour sa souveraineté, et il participe à l’intervention armée contre Chypre.

    L’impérialisme américain non seulement poursuit implacablement des activités de répression et d’intervention contre toutes les révolutions populaires et tous les mouvements de libération nationale, mais il se promet aussi de se débarrasser de tout régime bourgeois teinté tant soit peu de nationalisme.

    Le gouvernement américain a machiné à maintes reprises, depuis dix-neuf ans, des coups d’Etat militaires contre-révolutionnaires dans un certain nombre de pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Il a même recouru à la violence pour liquider les laquais mis en place par ses propres soins, une fois que ceux-ci ne répondent plus à ses désirs, comme ce fut le cas avec Ngo Dinh Diem et ses semblables. L’âne qui ne peut plus faire tourner la meule est sacrifié, dit le dicton.

    Les faits ont suffisamment démontré que pour les nations et les peuples opprimés qui veulent faire leur révolution et se libérer, il ne suffit pas de tenir tête à la répression violente exercée par la classe dominante réactionnaire de leur pays, ils doivent aussi être suffisamment préparés à faire face à l’intervention armée de l’impérialisme, et de l’impérialisme américain en particulier.

    Sans pareille préparation et sans riposte résolue à la violence contre-révolutionnaire par la violence révolutionnaire, lorsque cela s’impose, il ne saurait être question de révolution, et moins encore de faire triompher la révolution.

    Les pays qui ont conquis leur indépendance nationale ne pourront pas la conserver, et encore moins assurer le développement de la cause révolutionnaire, s’ils ne renforcent pas leur puissance armée, ne se préparent pas suffisamment pour pouvoir faire face à l’agression et à l’intervention armées de l’impérialisme, et renoncent au principe de la lutte contre lui.

    Aux dirigeants du P.C.U.S., nous demandons : « quand vous parlez d’abondance des nouvelles caractéristiques de l’après-guerre, pourquoi omettez-vous délibérément celle, extrêmement importante et manifeste, ayant trait à l’impérialisme américain et à d’autres impérialismes étouffant partout la révolution ? Vous nous rebattez les oreilles avec le passage pacifique, mais pourquoi ne soufflez-vous mot de la manière dont doit être combattue la gigantesque machinerie de répression par la violence montée par les impérialistes et les réactionnaires ? Pourquoi masquez-vous cyniquement la réalité sanglante de la sauvage oppression, par l’impérialisme et la réaction, des mouvements de libération nationale et des mouvements révolutionnaires des peuples, tout en propageant des illusions sur la possibilité pour les nations et peuples opprimés d’obtenir la victoire pacifiquement. N’est-il pas clair que vous essayez d’émousser la vigilance des peuples d’apaiser la colère des masses en faisant miroiter de brillants mirages et que vous vous opposez à ce qu’ils fassent la révolution, que vous agissez donc en fait comme des complices de l’impérialisme et de la réaction ?

    A ce sujet, il n’est pas inutile de citer une fois de plus John Foster Dulles, feu le secrétaire d’Etat américain, « professeur par l’exemple négatif ».

    Dulles déclarait, dans un discours prononcé le 21 juin 1956, que, jusque-là, tous les pays socialistes avaient été établis « par la violence ». Il ajoutait que « maintenant, les gouvernements soviétiques déclarent qu’ils renonceront à la violence… Nous saluons et encourageons cette évolution » [57].

    Fidèle défenseur du système capitaliste, Dulles comprenait fort bien le rôle important de la violence dans la lutte de classe et, en saluant l’abandon de la révolution par la violence, préconisé par Khrouchtchev, il insistait sur la nécessité pour la bourgeoisie de renforcer la violence contre-révolutionnaire en vue de maintenir son règne.

    Dans un autre discours, il disait que « de toutes les tâches du gouvernement, la tâche essentielle est de protéger ses citoyens

    [lisez : « les classes dominantes réactionnaires »]

    contre la violence » et que « dans toute société civilisée, les membres contribuent à entretenir une force de police, arme pour le maintien de l’ordre et de la loi » [58].

    Dulles disait ici la vérité. La base politique du règne de l’impérialisme et de toute la réaction n’est rien d’autre qu’une « force de police » et tant qu’elle n’est pas entamée, rien au fond n’a vraiment d’importance et leur domination ne peut être ébranlée. Plus les dirigeants du P.C.U.S. dissimulent que la bourgeoisie règle par la violence et prêchent le mythique passage pacifique jadis salué par Dulles, plus ils se révèlent comme les compères de l’impérialisme dans l’opposition à la révolution.

    RÉFUTATION DE LA « VOIE PARLEMENTAIRE »

    Lénine a totalement réfuté la théorie de la « voie parlementaire » prônée par les révisionnistes de la IIe Internationale et il y a beau temps qu’elle a fait faillite. Mais soudain, après la Seconde Guerre mondiale, la « voie parlementaire » semble être devenue efficace aux yeux de Khrouchtchev.

    Est-elle vraiment efficace ? Bien sûr que non.

    Les événements intervenus depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale montrent une fois de plus que l’organe principal de la machine d’État bourgeoise est la force armée et non le parlement. Le parlement n’est qu’un ornement, un paravent de la domination bourgeoise. Ce sont les besoins et les intérêts de celle-ci qui font adopter ou supprimer le système parlementaire, investir le parlement de pouvoirs étendus ou limités, appliquer un certain système électoral plutôt qu’un autre.

    Tant que la bourgeoisie détient l’appareil bureaucratique militaire, il est impossible, pour le prolétariat, d’obtenir une « majorité solide au parlement », par les élections, et l’aurait-il, qu’elle ne serait nullement stable. La réalisation du socialisme par la « voie parlementaire » est totalement impossible et en parler, c’est tromper les autres et soi-même.

    Environ la moitié des partis communistes des pays capitalistes sont dans l’illégalité et, pour des partis qui ne jouissent même pas d’un statut légal, la question de la majorité parlementaire ne se pose évidemment pas.

    Par exemple, le Parti communiste espagnol vit toujours sous le régime de la terreur blanche et il n’a même pas la possibilité de participer aux élections. Il est donc tout à fait absurde et tragique que des dirigeants du Parti espagnol comme Ibárruri emboîtent le pas à Khrouchtchev et prêchent la réalisation du « passage pacifique » en Espagne.

    Dans certains pays capitalistes les partis communistes ont un statut légal et peuvent participer aux élections, mais sous la domination bourgeoise et par suite de diverses dispositions inéquitables du système électoral bourgeois, il leur est très difficile d’obtenir une majorité aux élections. Et l’obtiendraient-ils que la bourgeoisie pourrait toujours, d’une façon ou de l’autre, les empêcher d’enlever la majorité des sièges au parlement, notamment en révisant la loi électorale.

    Par exemple, depuis la Seconde Guerre mondiale, la bourgeoisie monopoliste française a, à deux reprises, amendé les lois électorales, ce qui se traduisit, chaque fois, pour le Parti communiste français, par une sensible diminution de ses sièges au parlement. Au cours des élections de 1946, le P.C.F. obtint 182 sièges.

    Mais en 1951, la révision des lois électorales par la bourgeoisie monopolise en fit brusquement tomber le nombre à 103 (soit une diminution de 79 sièges). En 1956, le P.C.F. obtint 150 sièges. Mais lors des élections parlementaires de 1958, la bourgeoisie monopolise révisa de nouveau son système électoral et le P .C.F. n’eut plus que 10 sièges en ayant perdu 140.

    Dans certaines circonstances, même si un parti communiste emportait la majorité au parlement, ou participait au gouvernement grâce à des succès électoraux, cela ne signifierait en aucune façon un changement du caractère bourgeois du parlement et du gouvernement, encore moins l’écrasement de la vieille machine d’Etat et l’installation d’une nouvelle machine d’Etat.

    Il est absolument impossible de parvenir à une transformation radicale de la société en prenant appui sur un parlement ou un gouvernement bourgeois. La bourgeoisie réactionnaire qui contrôle la machine d’Etat a toute latitude d’annuler les élections, de dissoudre le parlement, d’expulser les communistes du gouvernement, d’interdire le parti communiste et de recourir à la force brutale pour réprimer les masses populaires et les forces progressistes.

    En 1946, par exemple, le Parti communiste chilien épaula le Parti radical bourgeois pour qu’il triomphe aux élections et forme un gouvernement de coalition comprenant des communistes. Les dirigeants du Parti communiste chilien qualifièrent même ce gouvernement contrôlé par la bourgeoisie de « gouvernement démocratique populaire ». Moins d’un an après, la bourgeoisie mettait les communistes en demeure de quitter le gouvernement, en arrêtait un grand nombre, et, en 1948, proclamait le Parti communiste chilien hors la loi.

    Lorsqu’un parti ouvrier dégénère, devient un parti à la solde de la bourgeoisie, il se peut que la bourgeoisie lui permette de détenir la majorité au parlement, voire de former le gouvernement. Tel est le cas, dans certains pays, avec les partis sociaux-démocrates à caractère bourgeois.

    Mais ceci ne fait que maintenir et consolider la dictature de la bourgeoisie, ne change rien à l’état d’oppression et d’exploitation dans lequel se trouve le prolétariat et ne peut en rien le changer. Ces exemples sont autant de nouveaux témoignages de la faillite de la « voie parlementaire ».

    Les événements survenus depuis la Seconde Guerre mondiale montrent également que si les dirigeants d’un parti communiste se fient à la « voie parlementaire », et sont touchés par le « crétinisme parlementaire », ce mal incurable, ils ne parviennent à rien, sombreront inévitablement dans le bourbier du révisionnisme et finiront par enterrer la cause révolutionnaire prolétarienne.

    Il y a depuis toujours divergence fondamentale entre marxistes-léninistes, d’une part, et opportunistes et révisionnistes, de l’autre, sur l’attitude à adopter envers les parlements bourgeois.

    Depuis toujours, les marxistes-léninistes estiment que, dans certaines conditions, le parti prolétarien doit participer à la lutte parlementaire, utiliser la tribune du parlement pour dénoncer le caractère réactionnaire de la bourgeoisie, éduquer le masses populaires et accumuler des forces révolutionnaires.

    Il est faux de ne pas utiliser cette forme de combat légale quand cela s’avère nécessaire. Mais jamais le parti prolétarien ne doit substituer la lutte parlementaire à la révolution prolétarienne, ni rêver de réaliser le passage au socialisme par la « voie parlementaire ». Le parti prolétarien doit, en tout temps, concentrer son attention sur la lutte des masses.

    Lénine disait : « Le parti du prolétariat révolutionnaire doit participer au parlementarisme bourgeois pour instruire les masses, grâce aux élections et à la lutte parlementaire des partis. Mais limiter la lutte des classes à la lutte parlementaire ou bien considérer cette dernière comme la forme de lutte supérieure, décisive, à laquelle doivent être subordonnées toutes les autres, c’est passer en fait aux côtés de la bourgeoisie contre le prolétariat » [59].

    Lénine a reproché aux révisionnistes de la IIe Internationale de s’être bercés d’illusions au sujet du système parlementaire, d’avoir abandonné la tâche révolutionnaire qui était de prendre le pouvoir, et d’avoir transformé les partis prolétariens en parti électoraux, en partis parlementaires, en appendices de la bourgeoisie et en instruments de défense de la dictature bourgeoise.

    En prônant à présent la « voie parlementaire », Khrouchtchev et ses disciples ne peuvent que retomber dans les erreurs mêmes des révisionnistes de la IIe Internationale.

    RÉFUTATION DE
    L’« OPPOSITION A L’OPPORTUNISME DE GAUCHE »

    Dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. a forgé une série de mensonges en traitant de la révolution prolétarienne.

    Il prétend que le P.C.C. est pour le mot d’ordre de la révolution prolétarienne immédiate », même en l’absence d’une situation révolutionnaire, qu’il préconise l’abandon de la « lutte pour les droits démocratiques et les intérêts vitaux des travailleurs des pays capitalistes » [60], et qu’il élève la lutte armée au rang de moyen « absolu » [61], etc.

    Les dirigeants du P.C.U.S. taxent continuellement le P.C.C. d’« opportunisme de gauche », « d’aventurisme de gauche » et de « trotskisme ».

    Le fait est qu’ils font tout ce tintamarre pour masquer leur ligne révisionniste qui s’oppose à la révolution et la rejette. Ce qu’ils traitent et attaquent comme étant de l’« opportunisme de gauche », n’est rien d’autre que la ligne révolutionnaire marxiste-léniniste.

    Nous avons toujours maintenu que la révolution ne peut être déclenchée comme on l’entend et qu’elle est impossible si la situation n’est pas favorable. Mais son éclatement et son triomphe ne dépendent pas seulement d’une situation objective révolutionnaire, ils dépendent aussi des préparatifs faits et de l’action menée par les forces révolutionnaires subjectives.

    Il y a aventurisme « de gauche » si le parti prolétarien, faute d’une juste estimation de la situation objective et des facteurs subjectifs, déclenche la révolution à la légère, alors que les conditions ne sont pas encore mûres.

    Et opportunisme de droite, révisionnisme, s’il n’est pas fait de préparatifs actifs en vue de la révolution, lorsqu’il n’y a pas encore de situation révolutionnaire, ou si le parti prolétarien n’ose prendre la direction de la révolution et saisir le pouvoir, alors que les conditions sont mûres et qu’une situation révolutionnaire se présente.

    La question fondamentale et d’importance capitale pour le parti prolétarien est de porter toute son attention au travail ardu que requiert l’accroissement des forces révolutionnaires en attendant l’heure propice à la conquête du pouvoir.

    Le but essentiel de la lutte quotidienne et de sa direction active est de bâtir une puissance révolutionnaire et de se préparer à arracher la victoire lorsque les conditions sont mûres.

    Le parti prolétarien doit utiliser toutes les formes de la lutte quotidienne pour élever la conscience politique du prolétariat et des masses populaires, former ses propres forces de classe, forger leur combativité et préparer la révolution sur les plans idéologique et politique, sur celui de l’organisation, et sur le plan militaire.

    Et c’est seulement en agissant ainsi qu’il pourra saisir le moment propice pour faire triompher la révolution lorsque les conditions auront mûri. Sinon, il laissera tout simplement échapper ce moment, même si la situation révolutionnaire objective joue en sa faveur.

    Comment le parti du prolétariat doit-il mener son combat révolutionnaire quotidien, comment doit-il accroître les forces révolutionnaires avant l’apparition d’une situation révolutionnaire ? Les dirigeants du P.C.U.S. n’en soufflent mot.

    Mais, par contre, ils répètent à tout bout de champ qu’aucune révolution ne peut être entreprise s’il n’y a pas de situation révolutionnaire. En fait, l’absence de situation révolutionnaire est le prétexte dont ils usent pour supprimer carrément les tâches d’accroissement des forces révolutionnaires et de préparation de la révolution.

    Lénine a donné une excellente description de l’attitude du renégat Kautsky envers la situation révolutionnaire : « Si oui,

    [une situation révolutionnaire se présente]

    il est prêt, lui aussi, à se faire révolutionnaire ! Mais alors, dirons-nous, la première canaille venue … n’aurait qu’à se déclarer révolutionnaire ! … Sinon, Kautsky se détourne de la révolution ! » Lénine fit remarquer que Kautsky agissait comme le « philistin » typique qu’il était, et que la différence entre un philistin et un marxiste révolutionnaire réside dans le courage de « préparer le prolétariat et toutes les masses travailleuses et exploitées [à la révolution] » [62]. On jugera si, oui ou non, Khrouchtchev et ses disciples ressemblent aux philistins à la Kautsky flétris par Lénine.

    Nous avons toujours estimé que dans les pays capitalistes, le parti prolétarien doit tout d’abord diriger activement la classe ouvrière et les autres travailleurs dans la lutte contre le capital monopolise, pour la défense des droits démocratiques, pour l’amélioration des conditions de vie, contre l’accroissement des armements et les préparatifs de guerre de l’impérialisme, pour la défense de la paix mondiale, et qu’il doit soutenir activement la lutte révolutionnaire des nations opprimées.

    Dans tous les pays capitalistes victimes de l’agression, du contrôle, de l’intervention et des vexations de l’impérialisme américain, les partis prolétariens doivent lever haut le drapeau de la lutte nationale contre ce dernier, diriger principalement la lutte des masses contre lui, contre le capital monopoliste qui trahit les intérêts de la nation et contre les autres forces réactionnaires du pays. Ils doivent rallier toutes les forces susceptibles d’être ralliées pour former un front uni contre l’impérialisme américain et ses laquais.

    Ces dernières années, la classe ouvrière et les autres travailleurs de nombreux pays capitalistes ont entrepris des luttes de masse de grande envergure. Celles-ci ont non seulement frappé le capital monopoliste et les autres forces réactionnaires du pays, mais ont été un soutien énergique à la lutte révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ainsi qu’aux pays du camp socialiste. Ceci a toujours été pleinement apprécié par nous.

    Tout en dirigeant activement les luttes d’intérêt immédiat, les communistes doivent allier celles-ci à la lutte d’intérêt général à long terme, éduquer les masses dans l’esprit révolutionnaire du prolétariat, élever sans cesse leur conscience politique, accumuler les forces révolutionnaires afin d’arracher la victoire lorsque sonnera l’heure de la révolution.

    Notre point de vue est entièrement marxiste-léniniste.

    Les dirigeants du P.C.U.S. propagent, contrairement aux vues des marxistes-léninistes, que « dans les pays capitalistes hautement développés, les tâches démocratiques et socialistes sont liées si étroitement les unes aux autres qu’il est difficile de tracer une ligne de démarcation entre elles » [63]. C’est substituer la lutte d’intérêt immédiat à la lutte à long terme, le réformisme à la révolution prolétarienne.

    Lénine a dit qu’« aucune réforme ne peut être définitivement acquise, réelle et sérieuse, si elle n’est pas soutenue par des méthodes révolutionnaires de lutte des masses », qu’un parti de la classe ouvrière qui « n’allie pas cette lutte pour les réformes aux méthodes révolutionnaires du mouvement ouvrier risque de devenir une secte, de se couper des masses et que c’est là le danger le plus grave, qui met en cause le succès du véritable socialisme révolutionnaire » [64].

    Il a dit aussi que « toute revendication démocratique… est subordonnée, pour les ouvriers conscients, aux intérêts supérieurs du socialisme » [65]. Se référant à Engels dans L’État et la révolution, il soulignait que si l’on oublie les grandes considérations essentielles face aux intérêts momentanées du jour, dans la course aux succès éphémères sans se préoccuper des conséquences ultérieures, et que l’on abandonne l’avenir du mouvement en le sacrifiant au présent, c’est de l’opportunisme et du plus dangereux.

    C’est précisément pour cette raison que Lénine critiqua Kautsky qui s’était mis « à louer le réformisme et la subordination à la bourgeoisie impérialiste, à blâmer la révolution, à la renier » [66].

    Lénine a affirmé que si « le prolétariat lutte pour le renversement révolutionnaire de la bourgeoisie impérialiste », Kautsky, lui, voulait le « perfectionnement » réformiste de l’impérialisme, pour s’y adapter et en se subordonnant à lui » [67].

    La critique de Kautsky par Lénine est une bonne image des dirigeants du P.C.U.S. d’aujourd’hui.

    Nous avons toujours estimé que pour pouvoir diriger la classe ouvrière et les masses dans la révolution, le parti prolétarien doit maîtriser tous les modes de combat, les coordonner, et substituer rapidement un mode à un autre lorsque changent les conditions de la lutte. Il ne pourra faire face à chaque éventualité et être vraiment invincible que s’il maîtrise toutes les formes de combat, tant pacifiques qu’armées, ouvertes et clandestines, légales et illégales, la lutte parlementaire et la lutte de masse, la lutte à l’intérieur du pays et la lutte sur le plan international, etc.

    Le triomphe de la révolution chinoise résulte précisément du fait que, ayant assimilé l’expérience historique de la lutte du prolétariat international, les communistes chinois ont su parfaitement maîtriser, dans leur ensemble, tous les modes de combat, conformément aux caractéristiques concrètes de la révolution chinoise. La principale forme revêtue par la révolution chinoise fut la lutte armée. Cependant la révolution chinoise n’aurait pas triomphé s’il n’y avait eu coordination entre les différentes formes de lutte.

    Le P.C.C. a combattu sur deux fronts au cours de la révolution. Il a combattu et la déviation de droite qu’est le légalisme et la déviation de « gauche » qu’est l’illégalisme, et il a combiné avec justesse les luttes légales et illégales.

    Nous avons, partout dans le pays, lié avec justesse la lutte des bases révolutionnaires à celle des régions sous domination kuomintanienne et dans celles-ci, le travail légal au travail clandestin, nous avons pleinement utilisé les possibilités légales, tout en observant strictement les règles du Parti en matière de travail clandestin. La révolution chinoise a engendré toute une série de modes de combat extrêmement complexes et diversifiés, adaptés à ses propres conditions.

    La longue expérience pratique du P.C.C. lui a fait pleinement saisir qu’il est faux de refuser toute lutte légale, de restreindre le travail du Parti à un cadre limité et de séparer ainsi le Parti des masses. Mais le légalisme colporté par les révisionnistes ne peut en aucun cas être toléré.

    Ces derniers rejettent la lutte armée ainsi que toute lutte illégale et se contentent de la lutte et des activités légales qui confinent les activités du Parti et les luttes de masses dans les limites autorisées par la classe dominante. Ils réduisent le programme essentiel du Parti jusqu’à l’abandonner, renonçant à la révolution pour se plier aux lois et décrets de la réaction.

    Comme Lénine le disait, les révisionnistes du genre Kautsky étaient corrompus et obsédés par la légalité bourgeoise. « On a vendu le droit du prolétariat à la révolution en échange du plat de lentilles des organisations autorisées par l’actuelle loi policière » [68].

    Les dirigeants du P.C.U.S. et leurs disciples font mine de s’intéresser aux différents modes de combat, mais ils préconisent en fait le légalisme et ont renoncé au but qu’est la révolution prolétarienne, sous prétexte de changer de mode de combat. Là aussi, ils ont remplacé le léninisme par le kautskisme.

    Les dirigeants du P.C.U.S. recourent souvent à la grande œuvre de Lénine, La maladie infantile du communisme (le « gauchisme »), pour justifier leur ligne erronée et « asseoir » leurs attaques contre le Parti communiste chinois.

    C’est évidemment peine perdue. Comme toutes les autres œuvres de Lénine, celle-ci ne peut servir d’arme qu’aux marxistes-léninistes dans leur lutte contre l’opportunisme de toutes nuances et non d’instrument aux révisionnistes pour se justifier.

    Lénine a critiqué le « gauchisme » après avoir rompu avec les révisionnistes de la IIe Internationale et fondé la IIIe Internationale, pour appeler les partis du prolétariat à employer habilement les tactiques révolutionnaires et à préparer mieux encore la révolution.

    Il a souligné dans ce même ouvrage qu’à l’époque, les principaux ennemis du mouvement ouvrier mondial étaient les opportunistes à la Kautsky.

    Il a maintes fois recommandé qu’il fallait d’abord rompre une fois pour toutes avec le révisionnisme, et qu’ensuite seulement, il pourrait être question d’apprendre à maîtriser les tactiques révolutionnaires.

    Les camarades atteints de cette maladie et que Lénine critiqua, étaient encore pour la révolution, tandis que de nos jours, le révisionnistes Khrouchtchev s’y oppose. Il est donc à rejeter dans la même catégorie que Kautsky et il ne lui appartient pas de discourir sur l’opposition au « gauchisme ».

    Les dirigeants du P.C.U.S. ont voulu imposer l’étiquette de « trotskisme » au P.C.C. Il n’est rien de plus absurde. En fait, c’est Khrouchtchev et nul autre qui a hérité de Trotsky et qui se tient aux côtés des trotskistes d’aujourd’hui.

    Le trostskisme se manifeste différemment selon les questions et porte souvent le masque du « gauchisme extrême ». Mais son essence, c’est l’opposition à la révolution, le rejet de la révolution.

    Par le combat contre la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat, qui sont le problème fondamental, le trotskisme s’affirme, par son essence, être de la même famille que le révisionnisme de la IIe Internationale.

    C’est pour cela que Staline a affirmé à plusieurs reprises que le trotskisme est une variété du menchévisme, qu’il est du kautskisme, de la social-démocratie, le détachement d’avant-garde de la bourgeoisie contre-révolutionnaire.

    L’essence du révisionnisme de Khrouchtchev est également l’opposition à la révolution et le rejet de la révolution. C’est pourquoi, on ne peut qu’arriver à la conclusion suivante : le révisionnisme de Khrouchtchev a non seulement la même origine que le kautskisme, mais de plus poursuit le même but que le trotskisme, et Khrouchtchev ferait donc bien mieux de garder l’étiquette de « trotskisme » pour lui.

    DEUX LIGNES, DEUX RÉSULTATS

    L’histoire est le meilleur des témoins. Le mouvement communiste international et la lutte révolutionnaire des peuples ont beaucoup gagné en expérience depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il y a eu l’expérience des succès et aussi celle des échecs. Les communistes et les peuples révolutionnaires du monde entier doivent en tirer de justes conclusions.

    C’est en suivant une ligne marxiste-léniniste révolutionnaire et en empruntant la voie de la Révolution d’Octobre que la révolution socialiste a triomphé, depuis la fin de la guerre, dans toute une série de pays en Europe orientale, en Asie et en Amérique latine. Outre l’expérience de la Révolution d’Octobre, il y a aujourd’hui l’expérience des révolutions de Chine, des pays socialistes d’Europe orientale, de Corée, du Vietnam, de Cuba. Les révolutions victorieuses de ces pays ont enrichi et développé le marxisme-léninisme et l’expérience de la Révolution d’Octobre.

    On voit que, de la Chine à Cuba, la révolution, sans exception, n’a triomphé que par la lutte armée et le combat contre l’agression et l’intervention armées de l’impérialisme.

    Le peuple chinois n’a pu faire triompher sa révolution qu’au prix de vingt-deux années de guerres révolutionnaires, après avoir écrasé complètement, au cours de la Guerre de Libération populaire des trois dernières années de cette période, la réaction tchiankaïchiste qui avait l’appui total de l’impérialisme américain.

    Le peuple coréen, après quinze années de lutte armée révolutionnaire contre l’impérialisme japonais, à partir de 1930, a créé, développé ses forces armées révolutionnaires et a fini par remporter la victoire avec l’aide de l’Armée soviétique. Après la fondation de la République démocratique populaire de Corée, il a combattu trois années encore l’agression armée de l’impérialisme américain, avant de pouvoir consolider sa révolution triomphante.

    Le peuple vietnamien a conquis le pouvoir par le soulèvement armé d’août 1945, il a ensuite mené, pendant huit ans, la Guerre de Libération nationale contre l’impérialisme français, mis en échec l’intervention militaire de l’impérialisme américain et finalement remporté la victoire dans le nord du Vietnam. Le peuple du sud du pays continue à combattre héroïquement l’agression armée de l’impérialisme américain.

    Le peuple cubain est passé au soulèvement armé dès 1953. Plus tard, après plus de deux ans de guerre révolutionnaire populaire, il a jeté par-dessus bord la domination de l’impérialisme américain et de son laquais Batista. Après la révolution victorieuse, il a dû écraser une invasion armée de mercenaires de l’impérialisme américain pour sauvegarder les conquêtes de sa révolution.

    Et les autres pays socialistes ont tous été fondés de même, par la lutte armée.

    Quels sont les principaux enseignements à tirer des révolutions accomplies après la Seconde Guerre mondiale par le prolétariat dans toute une série de pays, depuis la Chine jusqu’à Cuba ?

    1. La révolution violente est une loi générale de la révolution prolétarienne. Pour réaliser le passage au socialisme, le prolétariat doit engager la lutte armée, briser la vieille machine d’Etat et instaurer la dictature du prolétariat.

    2. Les paysans sont les plus sûrs alliés du prolétariat. Le prolétariat doit s’appuyer solidement sur les paysans, créer un large front uni fondé sur l’alliance ouvrière et paysanne et garder fermement la direction de la révolution.

    3. L’impérialisme américain est le principal ennemi de la révolution populaire de tous les pays. Le prolétariat doit maintenir haut le drapeau de la lutte nationale contre les Etats-Unis et oser combattre résolument les impérialistes américains et leurs laquais.

    4. La révolution des nations opprimées est l’alliée indispensable de la révolution prolétarienne. Les prolétaires du monde entier doivent s’unir, ils doivent s’unir avec toutes les nations opprimées et toutes les forces qui s’opposent à l’impérialisme et à ses laquais pour former un large front uni international.

    5. La révolution est impossible sans parti révolutionnaire. La révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat ne peuvent triompher sans un parti prolétarien révolutionnaire édifié selon les théories et le style révolutionnaires marxistes-léninistes, ayant une position intransigeante vis-à-vis des révisionnistes et des opportunistes et une position révolutionnaire vis-à-vis des classes réactionnaires régnantes et de leur pouvoir.

    Persévérer dans la lutte armée révolutionnaire est non seulement d’une importance primordiale pour la révolution prolétarienne, mais aussi pour la révolution nationale et démocratique des nations opprimées. Par sa guerre victorieuse de libération nationale, l’Algérie a fourni un bon exemple dans ce domaine.

    L’histoire de l’après-guerre de tous les partis prolétariens nous montre que tout parti prolétarien, qui a suivi une ligne révolutionnaire, adopté une stratégie et des tactiques correctes et dirigé activement les masses populaires dans leur lutte révolutionnaire, a fait progresser la cause révolutionnaire vers la victoire et a vu ses propres forces se développer vigoureusement.

    En revanche, tout parti prolétarien qui suit une ligne opportuniste et non révolutionnaire et a accepté la ligne du « passage pacifique » de Khrouchtchev, porte un grave préjudice à la cause révolutionnaire, se transforme en un parti réformiste privé de toute vitalité, voire dégénère complètement pour devenir un instrument antiprolétarien de la bourgeoisie. Les cas ne manquent pas.

    Les camarades du Parti communiste irakien étaient pleins de dynamisme révolutionnaire. Mais des pressions extérieures les ont contraints à accepter la ligne révisionniste de Khrouchtchev et ils ont relâché leur vigilance envers la contre-révolution. Pendant le coup d’État armé de la contre-révolution, une partie des camarades dirigeants ont péri héroïquement, des milliers et des milliers de communistes et révolutionnaires irakiens ont été massacrés, le puissant Parti communiste irakien fut brisé et la cause révolutionnaire subit un rude échec en Irak. Voilà une sanglante et tragique leçon de l’histoire de la révolution prolétarienne.

    Les dirigeants du Parti communiste algérien, obéissant docilement à la baguette de Khrouchtchev et des dirigeants du Parti communiste français, ont accepté intégralement la ligne révisionniste opposée à la lutte armée. Mais le peuple algérien n’en voulut rien savoir, il combattit résolument l’impérialisme, lutta pour l’indépendance nationale, contraignit finalement le gouvernement français à reconnaître son indépendance. D’autre part, le Parti communiste algérien, en suivant la ligne révisionniste de la direction du P.C.U.S., a perdu la confiance du peuple et sa place dans la vie politique algérienne.

    Au cours de la révolution cubaine, certains dirigeants du Parti socialiste populaire de l’époque refusèrent la ligne révolutionnaire marxiste-léniniste et la juste ligne de la lutte armée révolutionnaire, pour suivre la ligne révisionniste de Khrouchtchev se prononçant pour le « passage pacifique » et s’opposant à la révolution violente.

    Dans ces circonstances, les marxistes-léninistes cubains, non-membres ou membres du Parti, représentés par le camarade Fidel Castro, écartèrent à juste titre ces « dirigeants » opposés à la révolution violente, ils allèrent à la révolution, la poursuivirent avec le peuple révolutionnaire et enlevèrent enfin une victoire de grande portée historique.

    Certains dirigeants du Parti communiste français, représentés par Maurice Thorez, pratiquent depuis longtemps, une ligne révisionniste, prônent, sous la baguette de Khrouchtchev, la « voie parlementaire » et ont, en fait, abaissé le parti communiste au rang de parti social-démocrate. Ils ne soutiennent pas activement les aspirations révolutionnaires des masses populaires, et ont rengainé l’étendard de la lutte nationale contre l’impérialisme américain.

    C’est parce qu’ils ont suivi cette ligne révisionniste, qu’ils ont de plus en plus isolé et fait tomber en décadence un parti qui avait une grande influence sur les masses.

    Certains dirigeants du Parti communiste indien, représentés par Dange, appliquent depuis longtemps une ligne révisionniste, rejettent l’étendard de la révolution et abandonnent la direction des luttes révolutionnaires, nationales et démocratiques, des masses populaires. La clique de Dange glisse de plus en plus bas sur la pente du révisionnisme, dégénère en une faction chauvine, en un instrument de la politique réactionnaire des gros propriétaires fonciers et de la grande bourgeoisie de l’Inde, et en renégate du prolétariat.

    Il est clair comme le jour que ces deux lignes foncièrement différentes ont donné deux résultats complètement différents. Toutes ces leçons et enseignements méritent une étude sérieuse.

    DE BROWDER ET TITO A KHROUCHTCHEV

    Le révisionnisme de Khrouchtchev a de profondes racines historiques et sociales et porte l’empreinte de l’époque. Comme le disait Lénine, « l’opportunisme n’est pas un effet du hasard, ni un péché, ni une bévue, ni la trahison d’individus isolés, mais le produit social de toute une époque historique » [69].

    Alors qu’il connaissait un énorme essor depuis la Seconde Guerre mondiale, le mouvement communiste international a vu surgir, dans ses rangs, son antithèse, un contre-courant révisionniste qui s’oppose au socialisme, au marxisme-léninisme et à la révolution prolétarienne.

    Ce contre-courant a trouvé son expression concentrée en la personne de Browder d’abord, en celle de Tito ensuite et aujourd’hui en celle de Khrouchtchev. Le révisionnisme de ce dernier n’est que la continuation et le développement de celui de Browder et de Tito.

    Browder commença à manifester son révisionnisme aux environs de 1935, par l’apologie de la démocratie bourgeoise, l’abandon de la critique nécessaire à l’égard du gouvernement bourgeois et l’assimilation de la dictature bourgeoise à un paradis communiste, sous le mot d’ordre : « Le communisme est l’américanisme du XXe siècle » [70].

    Un front uni antifasciste ayant été créé sur le plan international et national durant la Seconde guerre mondiale, Browder devint obsédé par la « démocratie », le « progrès » et la « sagesse » de la bourgeoisie, se prosterna devant la bourgeoisie et dégénéra en parfait capitulationniste. Il propagea toute une série d’opinions révisionnistes, enjolivant la bourgeoisie, combattant et rejetant la révolution.

    Il proclama que la Déclaration de Téhéran de l’Union soviétique, des États-Unis et de la Grande-Bretagne inaugurait pour le monde une ère de confiance et de collaboration à long terme » entre le capitalisme et le socialisme et qu’elle était capable d’assurer « la paix pendant de nombreuses générations » [71].

    Il déclara que les accords internationaux conclus entre l’Union soviétique, les États-Unis et la Grande-Bretagne « représentent sans exception les intérêts vitaux de toutes les nations et de tous les peuples du monde » [72], et que « la perspective d’un chaos intérieur [aux États-Unis] est incompatible avec celle de l’ordre international ». Par conséquent, il était nécessaire, ajoutait-il, de s’opposer au « déclenchement des conflits de classe de notre pays », de « réduire autant que possible » la lutte des classes dans le pays et de la « confiner dans des limites bien déterminées » [73].

    Il propagea aussi l’idée qu’une nouvelle guerre serait « une destruction véritablement catastrophique d’une grande partie du globe », « plongerait… la majeure partie du monde dans un état de barbarie pour une cinquantaine ou une centaine d’années », et que pour éliminer les désastres d’une guerre, il était nécessaire « de mettre l’accent sur l’unité au-dessus de toute distinction de classe » [74].

    Il se fit l’avocat d’« un appui total sur la persuasion démocratique et la conviction » [75], pour réaliser le socialisme et prôna qu’après la Seconde Guerre mondiale, « les conditions permettant de réaliser un passage pacifique au socialisme étaient réunies » dans certains pays.

    Il nia l’indépendance des partis prolétariens, affirmant que les communistes « prévoient que les buts politiques pratiques qu’ils se sont fixés coïncideront, pour une longue période et sur tous les points essentiels, avec les buts des non-communistes, de beaucoup plus nombreux » [76]. Guidé par ces idées, il procéda à la dissolution du Parti communiste des États-Unis.

    Le révisionnisme de Browder amena, pour un certain temps, la cause révolutionnaire du prolétariat des États-Unis au bord de l’abîme et de plus, des partis prolétariens d’autres pays furent contaminés, touchés par le poison du liquidationnisme.

    La ligne révisionniste de Browder qui se heurta à l’opposition de bien des communistes américains ayant le camarade William Z. Foster à leur tête, fut rejetée et répudiée par la plupart des partis frères.

    Néanmoins, dans son ensemble, le mouvement communiste international n’a pas procédé à une critique sans merci ni à la liquidation complète de la tendance révisionniste représentée par le browderisme. Le courant révisionniste connut de nouveaux développements dans les conditions nouvelles de l’après-guerre, au sein des partis communistes de certains pays.

    Dans les pays capitalistes, le développement du courant révisionniste se manifeste avant tout par le fait que les dirigeants de certains partis communistes ont abandonné la ligne marxiste-léniniste révolutionnaire et proclamé la ligne du « passage pacifique ».

    Le modèle même de cette ligne est la théorie des « réformes de structure » de Togliatti, qui se propose d’assurer au prolétariat la direction de l’Etat en empruntant la voie légale de la démocratie bourgeoise et de réaliser la transformation socialiste de l’économie nationale par les « nationalisations ».

    Cela revient à dire qu’il est possible d’établir des rapports de production, nouveaux, socialistes et de réaliser le passage au socialisme sans briser la machine d’Etat bourgeoise. En fait, c’est là amener le communisme à dégénérer en social-démocratie.

    Dans les pays socialistes, le courant révisionniste est apparu tout d’abord en Yougoslavie. Une des caractéristiques importantes du révisionnisme de Tito, c’est sa capitulation devant l’impérialisme américain. La clique de Tito s’aligne entièrement sur celui-ci et non seulement elle a rétabli le capitalisme en Yougoslavie, mais s’est aussi faite l’instrument de l’impérialisme pour saper le camp socialiste et le mouvement communiste international et joue le rôle de détachement spécial de l’impérialisme américain dans le sabotage de la révolution mondiale.

    Afin de servir l’impérialisme américain, de supprimer et de combattre la révolution prolétarienne, la clique de Tito déclara carrément que la révolution violente était devenue « de plus en plus superflue en tant que moyen pour résoudre les contradictions sociales » [77], que la « réalisation de l’évolution au socialisme », par le parlement bourgeois, « est non seulement possible, mais est déjà un fait » [78].

    Ce groupe va jusqu’à ne plus faire de distinction entre capitalisme et socialisme, alléguant que le monde d’aujourd’hui « est, dans son ensemble si profondément plongé dans le socialisme qu’il est devenu socialiste » [79]. Et encore : « Aujourd’hui, la question de savoir s’il s’agit de socialisme ou de capitalisme est désormais résolue sur le plan mondial » [80].

    Le révisionnisme de Browder, la théorie des « réformes de structure » et le révisionnisme de Tito sont les principales pressions des courants révisionnistes surgis depuis la Seconde Guerre mondiale.

    Du XXe au XXIIe Congrès du P.C.U.S., la ligne révisionniste de « passage pacifique », de « coexistence pacifique » et de « compétition pacifique » de Khrouchtchev s’est développée en un véritable système. Il le colporte partout comme une « création » personnelle. A vrai dire, il n’y a là rien de neuf. Ce n’est rien d’autre qu’une anthologie du révisionnisme de Browder, de la théorie des « réformes de structure » et du révisionnisme de Tito, du plagiat bien présenté. Sur le plan international, le révisionnisme de Khrouchtchev prône la capitulation devant l’impérialisme américain ; dans les pays impérialistes et capitalistes, il prêche la capitulation devant la classe dominante réactionnaire ; et dans les pays socialistes, il encourage le développement des forces capitalistes.

    Si, dans la période qui précéda la Première Guerre mondiale et dans l’après-guerre, les révisionnistes de la IIe Internationale, Bernstein, Kautsky et autres, étaient de la même lignée, d’une seule et même famille, il en est de même, après la Seconde Guerre mondiale, avec Browder, Tito et Khrouchtchev.

    Browder a été explicite. En 1960, il écrivait : « Maintenant Nikita Khrouchtchev accepte ‘l’hérésie’ pour laquelle j’ai été éjecté du Parti communiste en 1945 ». Il a déclaré que la nouvelle politique de Khrouchtchev « est presque mot pour mot identique à la ligne que je préconisais il y a quinze ans, c’est pourquoi mon crime est devenu – du moins pour le moment – une nouvelle orthodoxie » [81].

    Khrouchtchev a aussi admis que la clique de Tito et lui-même « ont une seule et même idéologie et sont guidés par la même théorie ».

    Comparé au révisionnisme de Bernstein, Kautsky, Browder et Tito, celui de Khrouchtchev est bien plus pernicieux. Pourquoi ? Parce que l’Union soviétique est le premier État socialiste, une grande puissance du camp socialiste et le pays où Lénine vit le jour ; parce que le P.C.U.S. est un grand parti, fondé par Lénine et qu’il jouit dans le mouvement communiste international d’un prestige que lui a conféré l’histoire. C’est en exploitant sa position de dirigeant d’un tel parti et d’un tel pays que Khrouchtchev répand obstinément sa ligne révisionniste.

    Il la qualifie de ligne « léniniste » et utilise le prestige du grand Lénine et du grand Parti bolchévik pour égarer et berner les gens.

    Abusant du prestige historique du P.C.U.S. et de la position d’un grand parti et d’une grande puissance, il agite sa baguette et impose aux autres sa ligne révisionniste par tous les moyens politiques, économiques et diplomatiques.

    En coordination avec la politique de corruption de l’aristocratie ouvrière, pratiquée par les impérialistes, il achète, au sein du mouvement communiste international, certains communistes embourgeoisés qui ont trahi le marxisme-léninisme pour qu’ils acclament et servent fidèlement la ligne d’opposition à la révolution appliquée par la direction du P.C.U.S. C’est pourquoi il surpasse tous les révisionnistes d’hier et d’aujourd’hui.

    Ainsi que le dit la Déclaration de 1957, les origines sociales du révisionnisme moderne sont, sur le plan extérieur, la capitulation devant la pression de l’impérialisme et, sur le plan intérieur, l’acceptation de l’influence bourgeoise.

    Tout comme leurs aînés, les révisionnistes modernes sont, ainsi que l’a dit Lénine « – objectivement – un détachement politique de la bourgeoisie, le canal par lequel elle exerce son influence, … ses agents au sein du mouvement ouvrier » [82].

    Comme pour le vieux révisionnisme, la base économique qui engendre le révisionnisme moderne réside, toujours d’après Lénine, dans « la couche insignifiante des ‘élites’ du mouvement ouvrier » [83].

    Le révisionnisme moderne est le produit de la politique de l’impérialisme, les Etats-Unis en tête, et de la bourgeoisie monopoliste internationale. Paralysés par la politique de chantage nucléaire et obnubilés par la politique de corruption, les révisionnistes modernes sont devenus les valets de l’impérialisme américain et de ses laquais dans l’opposition à la révolution.

    Le révisionniste Khrouchtchev, lui aussi terrifié par l’hystérie de guerre de l’impérialisme américain, croit que « l’Arche de Noé » – la terre – risque à tout moment d’être détruite, il a totalement perdu confiance dans l’avenir de l’humanité.

    Soumis avant tout à l’égoïsme national, il craint que la révolution des classes et des nations opprimées ne lui crée des ennuis ; il s’oppose donc par tous les moyens à chaque révolution, et va jusqu’à étouffer la révolution populaire, comme il l’a fait au Congo, de concert avec l’impérialisme américain.

    Ce faisant, il pense que, d’une part, il ne court aucun risque et que, d’autre part, il pourrait partager avec l’impérialisme américain le monde en sphères d’influence. Ne serait-ce pas là, faire d’une pierre deux coups ? Mais en fait, cela montre uniquement que Khrouchtchev est le plus grand capitulard de l’histoire. L’application de cette politique néfaste de Khrouchtchev causera inévitablement un préjudice incalculable à la grande Union soviétique.

    Comment le révisionnisme de Khrouchtchev a-t-il pu naître en U.R.S.S., pays socialiste né voici plusieurs dizaines d’années ? Il n’y a là rien d’étonnant. Car dans n’importe quel pays socialiste, la question est de savoir « qui l’emportera », du socialisme ou du capitalisme, exige une longue période historique pour être résolue progressivement. Tant que subsistent les forces capitalistes et les classes, subsiste aussi, dans la société, un terrain propice à la naissance du révisionnisme.

    Khrouchtchev prétend qu’en Union soviétique les classes sont liquidées, que le danger de la restauration du capitalisme n’y existe plus et que l’édification du communisme y a commencé. Ce ne sont là que mensonges.

    En réalité, dans la société soviétique, les forces capitalistes se déchaînent furieusement dans tous les domaines, politique, économique, culturel, idéologique et autres, du fait même de la domination révisionniste de Khrouchtchev, du fait qu’il a proclamé publiquement que l’État soviétique a changé de nature et n’est plus une dictature du prolétariat, et du fait qu’il applique une politique intérieure et extérieure erronée. L’origine sociale du révisionnisme de Khrouchtchev réside précisément dans ces forces capitalistes en pleine expansion en Union soviétique.

    Le révisionnisme de Khrouchtchev représente les intérêts de ces forces capitalistes et s’est mis à leur service. Il ne pourra donc jamais apporter le communisme au peuple soviétique, les conquêtes du socialisme même se trouvant gravement menacées, car il ouvre toute grande la porte à la restauration du capitalisme. C’est là la voie de l’« évolution pacifique » dont rêve l’impérialisme américain.

    Toute l’histoire de la dictature du prolétariat nous enseigne que le passage pacifique du capitalisme au socialisme est impossible. Alors qu’il existe déjà un précédent de l’« évolution pacifique » du socialisme au capitalisme – la Yougoslavie. Et maintenant, le révisionnisme de Khrouchtchev mène l’Union soviétique dans cette même voie.

    C’est la plus sérieuse leçon de l’histoire de la dictature du prolétariat. Les marxistes-léninistes, les révolutionnaires et les générations futures n’ont pas le droit de l’oublier.

    NOTRE ESPOIR

    Huit années seulement se sont écoulées depuis le XXe Congrès du P.C.U.S. Le révisionnisme de Khrouchtchev a déjà infligé, en cette courte période, des préjudices considérables et sérieux à l’Union soviétique et à la cause révolutionnaire du prolétariat international.

    Il est grand temps maintenant de le condamner et de le liquider !

    Nous voudrions donner un conseil aux camarades dirigeants du P.C.U.S. : tant d’opportunistes et de révisionnistes ont déjà été jetés à la poubelle de l’histoire, pourquoi vous obstinez-vous à marcher sur leurs traces ?

    Nous formons aussi l’espoir que les camarades dirigeants des partis frères, tombés dans les erreurs du révisionnisme, réfléchiront sérieusement à ce qu’ils ont gagné en adoptant la ligne révisionniste des dirigeants du P.C.U.S.

    Nous savons qu’à part ceux qui se sont enlisés profondément dans le bourbier du révisionnisme, bon nombre de camarades ont été soit induits en erreur par les illusions, soit trompés ou même forcés à s’engager dans cette mauvaise voie. Nous sommes persuadés que tous les vrais révolutionnaires prolétariens finiront par choisir la ligne révolutionnaire et rejeter la ligne d’opposition à la révolution, finiront par choisir le marxisme-léninisme et rejeter le révisionnisme. A ce sujet, nous avons de grands espoirs.

    Le révisionnisme est incapable d’arrêter la roue de l’histoire révolutionnaire. Les dirigeants révisionnistes ne veulent pas faire la révolution, mais ils ne parviendront jamais à empêcher les vrais marxistes et les révolutionnaires de la faire.

    Dans « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautksy », Lénine dit que lorsque Kautsky se fit renégat, le marxiste allemand Liebknecht ne put que formuler ainsi son appel à la classe ouvrière : « repousser de tels ‘chefs’, … se dresser malgré eux, en dehors d’eux, par-dessus leur tête, vers la révolution, pour la révolution ! ».

    Quand le révisionnisme de la IIe Internationale dominait dans de nombreux partis européens, Lénine fit grand cas des vues du communiste français Paul Golay.

    Paul Golay disait : « Nos adversaires crièrent à la faillite du socialisme. C’est aller un peu vite en besogne. Qui oserait prétendre cependant qu’ils ont tout à fait tort ? Ce qui meurt à cette heure, ce n’est point le socialisme, mais une variété de socialisme, édulcoré, sans esprit d’idéalisme et sans passion, aux allures de fonctionnaire bedonnant et de père de famille sérieux, un socialisme sans hardiesse et sans folie, amateur de statistique et le nez enfoui dans les contrats de bonne entente avec le capitalisme, un socialisme préoccupé des seules formes et ayant, pour un plat de lentilles, vendu son droit d’aînesse, un socialisme qui apparaît à la bourgeoisie comme un régulateur des impatiences populaires et un serre-frein automatique des audaces prolétarienne » [84].

    Description magnifique ! Lénine disait que c’était la voix d’un communiste français honnête. Et aujourd’hui les gens se disent : le révisionnisme moderne n’appartient-il pas, en fait, au « socialisme mort » de ce genre ? Ils peuvent aussi constater combien est retentissante la voix des innombrables communistes honnêtes dans les partis dominés par le révisionnisme.

    « Près de l’épave passent les voiles par milliers ; près de l’arbre mort croît une forêt vigoureuse ». Le socialisme de pacotille est mort, tandis que le socialisme scientifique est plein de jeunesse et de vitalité, et il avance à grands pas. Le socialisme révolutionnaire, plein de vie, surmontera toutes les difficultés et tous les obstacles, il ira, d’étape en étape, vers la victoire dans le monde entier.

    Reprenons la conclusion du Manifeste du Parti communiste pour terminer notre article :

    « Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste ! Les prolétaires n’y ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner ».

    « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

    [1] Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en février 1956 au XXe Congrès du P.C.U.S.

    [2] Ibidem.

    [3] Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté le 6 janvier 1961 à la réunion générale des organisations du Parti de l’Ecole supérieure du Parti, de l’Académie des Sciences sociales et de l’Institut du marxisme-léninisme près le Comité central du P.C.U.S.

    [4] Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en février 1956 au XXe Congrès du P.C.U.S.

    [5] Ibidem.

    [6] Programme du P.C.U.S. adopté au XXIIe Congrès du P.C.U.S.

    [7] Ibidem.

    [8] E. Bernstein : Les Prémisses du socialisme et les tâches de la social-démocratie.

    [9] Ibidem.

    [10] E. Bernstein : Qu’est-ce que le socialisme ?

    [11] E. Bernstein : La Grève politique des masses et la situation politique de la social-démocratie allemande.

    [12] V. I. Lénine : « La Victoire des Cadets et les tâches du parti ouvrier », Œuvres, tome 10.

    [13] K. Kautsky : La Conception matérialiste de l’histoire.

    [14] K. Kautsky : La social-démocratie contre le communisme.

    [15] L. Kautsky : La Révolution prolétarienne et son programme.

    [16] K. Kautsky : Nouvelle tactique.

    [17] Lettre de K. Kautsky à F. Mehring, 15 juillet 1893.

    [18] V. I. Lénine : « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25.

    [19] V.I. Lénine, « L’État et la révolution », Œuvres, tome 25.

    [20] V. I. Lénine : « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky », Œuvres, tome

    [21] V. I. Lénine : « Paroles prophétiques », Œuvres, tome 27.

    [22] V. I. Lénine : « Ceux qui sont effrayés par la faillite de l’ancien et ceux qui luttent pour le nouveau », Œuvres, tome 26.

    [23] V. I. Lénine : « L’État et la révolution », Œuvres, tome 25.

    [24] Ibidem.

    [25] J. Staline : « Conclusion du rapport ‘A propos de la déviation social-démocrate dans notre Parti‘ », Œuvres, tome 8.

    [26] J. Staline : « Questions du léninisme », Œuvres, tome 8.

    [27] Mao Tsé-toung : De la contradiction.

    [28] « Problèmes de la guerre et de la stratégie », Écrits militaires de Mao Tsé-toung.

    [29] Ibidem.

    [30] Voir « Les Divergences entre la direction du P.C.U.S. et nous – leur origine et leur évolution »

    [31] O. Kuusinen et autres : Fondements du marxisme-léninisme.

    [32] K. Marx : « Discours prononcé au meeting d’Amsterdam après la clôture du Congrès de la Haye », Œuvres complètes de Marx et d’Engels, tome 18.

    [33] K. Marx : « Notes sur les entretiens de Karl Marx avec le correspondant du journal The World », Œuvres complètes de Marx et d’Engels, tome 17.

    [34] V. I. Lénine : « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky (9 octobre 1918) », Œuvres, tome 28.

    [35] Ibidem.

    [36] « La théorie de Lénine sur la révolution socialiste et la réalité actuelle »,Kommunist, n° 13, 1960.

    [37] V. I. Lénine : « Discours sur l’attitude envers le gouvernement provisoire prononcé au Premier Congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats de Russie », Œuvres, tome 25.

    [38] V. I. Lénine : « A propos des mots d’ordre », Œuvres, tome 25.

    [39] V.I. Lénine : « La situation politique », Œuvres, tome 25.

    [40] V. I. Lénine : « Des gens de l’autre monde », Œuvres, tome 26.

    [41] « Lénine et notre époque » Kommunist, n° 5, 1960.

    [42] Allocution de A.I. Mikoian prononcée le 16 février 1956 au XXe Congrès du P.C.U.S.

    [43] « Le marxisme-léninisme – fondement de l’unité du mouvement communiste » par la Rédaction de Kommunist, n° 15, 1963.

    [44] Bela Kun : « Les leçons de la révolution prolétarienne en Hongrie ».

    [45] Bela Kun : « Pourquoi la révolution prolétarienne a triomphé en Hongrie ».

    [46] « Du développement de la révolution mondiale », Sovietskaya Rossia, 1er août 1963.

    [47] Bela Kun : Les leçons de la révolution prolétarienne en Hongrie.

    [48] Allocution de L.I. Brejnev prononcée le 4 décembre 1962 au XIIe Congrès du Parti communiste tchécoslovaque.

    [49] Allocution de K. Gottwald prononcée le 17 novembre 1948 à la session plénière du Comité central du Parti communiste de Tchécoslovaquie.

    [50] V.I.Lénine : « La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky », Oeuvres, tomes 28.

    [51] « Forces révolutionnaires du monde entier, unissez-vous, combattez l’agression impérialiste ! », Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome IV.

    [52] « Rejetez vos illusions et préparez-vous à la lutte », Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome IV.

    [53] « La Guerre et la révolution », Kommunist, N°4, 1961

    [54] O. Kuusinen et autres : « Fondements du marxisme-­léninisme »

    [55] « La théorie de Lénine sur la révolution socialiste et la réalité actuelle », Kommunist, n° 13, 1960.

    [56] « La Guerre et la révolution », Kommunist, n° 4, 1961.

    [57] Discours de J.F. Dulles prononcé le 21 juin 1956 à la 41e Convention annuelle de Kiwanis International.

    [58] Allocution de J.F. Dulles prononcée le 22 avril 1957 au déjeuner annuel de l’Associated Press à New York.

    [59] V.I. Lénine : « Les Élections à l’Assemblée constituante et la dictature du prolétariat », Œuvres, tome 30

    [60] Lettre ouverte du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique aux organisations du parti et à tous les communistes de l’Union soviétique, 14 juillet 1963.

    [61] « Le marxisme-léninisme – fondement de l’unité du mouvement communiste », par la Rédaction du Kommunist, n° 15, 1963.

    [62] V. I. Lénine : « La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky », Œuvres, tome 28.

    [63] « La théorie de Lénine sur la révolution socialiste et la réalité actuelle », Kommunist, n° 13, 1960.

    [64] V. I. Lénine : « Au secrétariat de la Ligue pour la propagande socialiste », Œuvres, tome 21.

    [65] V.I. Lénine : « Une caricature du marxisme et à propos de l’’économie impérialiste’ », Œuvres, tome 23.

    [66] V.I. Lénine : « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky », Œuvres, tome 28.

    [67] Ibidem.

    [68] V. I. Lénine : « La Faillite de la Ile Internationale »

    [69] V.I. Lénine : « La faillite de la IIe Internationale », Œuvres, tome 21.

    [70] Voir W.Z. Foster : Histoire du Parti communiste des États-Unis.

    [71] E. Browder : Téhéran : notre voie dans la guerre et la paix.

    [72] Ibidem.

    [73] E. Browder : Téhéran et les Etats-Unis.

    [74] E. Browder : Les Communistes et l’unité nationale.

    [75] E. Browder : La Voie vers la victoire.

    [76] E. Browder : Le Communisme mondial et la politique extérieure des Etats-Unis.

    [77] I. Kosanovic : Le Matérialisme historique.

    [78] E. Kardelj : La Démocratie socialiste dans la pratique yougoslave.

    [79] M. Todorovic : De la déclaration sur les relations entre la L.C.Y. et le P.C.U.S.

    [80] M. Perovic : L’Economie politique.

    [81] E. Browder : Comment Staline a ruiné le Parti communiste des Etats-Unis.

    [82] V. I. Lénine : « La Faillite de la IIe Internationale », Œuvres, tome 21.

    [83] V. I. Lénine : « L’Opportunisme et la faillite de la IIe Internationale », Œuvres, tome 21.

    [84] V.I. Lénine : « La voix d’un socialiste français honnête », Œuvres, tomes 21.

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  • Rédactions du Quotidien du peuple et du Drapeau Rouge : Les dirigeants du P.C.U.S. – Les plus grands scissionnistes de notre temps

    Rédaction du Renmin Ribao et Rédaction du Hongqi, 4 février 1964

    Jamais l’unité du mouvement communiste international n’a été aussi menacée qu’aujourd’hui par le déferlement du courant du révisionnisme moderne. Une lutte acharnée se livre entre marxisme-léninisme et révisionnisme, tant sur le plan international qu’au sein de certains partis. Le mouvement communiste international se trouve placé devant un danger de scission d’une gravité sans précédent.

    Défendre l’unité du camp socialiste et du mouvement communiste international est la tâche urgente des communistes, du prolétariat et de tous les révolutionnaires du monde.

    Le Parti communiste chinois s’en est toujours tenu au marxisme-léninisme et aux principes révolutionnaires des Déclarations de 1957 et de 1960 et s’est efforcé sans relâche de défendre et de renforcer cette unité. Dans le passé, comme à l’heure actuelle et à l’avenir, sa position a été, est et sera inébranlablement : s’en tenir aux principes, maintenir l’unité, aplanir les divergences et mener en commun la lutte contre l’ennemi.

    Les dirigeants du P.C.U.S. ont emprunté la voie du révisionnisme, et depuis lors n’ont cessé d’affirmer qu’ils sont eux aussi attachés à l’unité du mouvement communiste international. Ils se sont particulièrement dépensés, ces derniers temps, pour en appeler à l’« unité ».

    Ce qui remet en mémoire ces paroles d’Engels d’il y a 90 ans : « On ne doit pas se laisser abuser par le cri ‘unité’. Ceux qui ont le plus souvent ce mot à la bouche sont ceux-là mêmes qui sèment le plus la dissension » et « à des moments donnés, les plus grands sectaires, braillards et scélérats vocifèrent en faveur de l’unité, plus fort que les autres » [1].

    Tout en se présentant comme des champions de l’« unité », les dirigeants du P.C.U.S. tentent d’accoler au Parti communiste chinois l’étiquette de scissionniste ». Le Comité central du P.C.U.S. dit dans sa lettre ouverte : « Les dirigeants chinois sapent la cohésion non seulement du camp socialiste, mais aussi de tout le mouvement communiste mondial en bafouant les principes de l’internationalisme prolétarien, en violant grossièrement les normes des rapports entre les partis frères ». Et depuis lors, la presse soviétique n’a cessé d’accuser les communistes chinois d’être des « sectaires » et des « scissionnistes ».

    Mais quels sont les faits ? Qui sape l’unité du camp socialiste ? Qui sape l’unité du mouvement communiste international ? Qui bafoue les principes de l’internationalisme prolétarien ? Et qui viole grossièrement les normes des rapports entre partis frères ? Bref, qui est l’authentique scissionniste, le scissionniste à cent pour cent ?

    C’est seulement après avoir tiré ces questions au clair qu’il nous sera possible de trouver le moyen de défendre et de renforcer l’unité du camp socialiste et du mouvement communiste international, d’écarter le danger de scission.

    COUP D’ŒIL SUR L’HISTOIRE

    Revoyons l’histoire du mouvement communiste international des quelque cent dernières années afin de discerner clairement la nature du scissionnisme dans le mouvement communiste international actuel et de le combattre de la manière juste.

    L’histoire du développement du mouvement communiste est marquée par la lutte entre le marxisme-léninisme et l’opportunisme, entre les forces en faveur de l’unité et les forces engendrant la scission. Cela vaut sur le plan national comme sur le plan mondial.

    Marx, Engels et Lénine ont exposé, au cours de cette longue lutte, l’essence même de l’unité du prolétariat sous forme de théories et, par leurs actes, ont donné de brillants exemples du combat contre l’opportunisme, le révisionnisme et le scissionnisme.

    En 1847, Marx et Engels fondaient la première organisation internationale de la classe ouvrière, la Ligue des communistes.

    Dans le Manifeste du Parti communiste, le programme qu’ils rédigèrent pour elle, ils lancèrent l’appel de combat : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » et exposèrent le communisme scientifique de façon systématique et exhaustive, jetant ainsi les fondements idéologiques de l’unité du prolétariat international.

    Ils ont œuvré inlassablement, leur vie durant, à l’unité du prolétariat international sur la base de ces principes.

    En 1864, ils créaient l’Association Internationale des Travailleurs, la Première Internationale, afin de faire l’unité des mouvements ouvriers de tous les pays. Durant toute l’existence de la Ière Internationale, ils ont combattu sans transiger les bakouninistes, proudhoniens, blanquistes, lassaliens, etc., et une lutte particulièrement violente fut livrée contre les scissionnistes bakouninistes.

    Les bakouninistes attaquèrent d’emblée les théories de Marx. Ils accusèrent Marx de « vouloir faire prévaloir son propre programme et sa doctrine personnelle au sein de l’Internationale ». En fait, cependant, eux-mêmes cherchaient à imposer à l’Internationale les dogmes de leur secte, à remplacer le programme de l’Internationale par le programme opportuniste de Bakounine. Recourant à toutes les intrigues et ne reculant devant rien pour rassembler une « majorité », ils se livraient à des activités sectaires et scissionnistes.

    Pour défendre la véritable unité du prolétariat international, Marx et Engels adoptèrent une position intransigeante en matière de principes, face au défi public lancé par les bakouninistes et destiné à diviser la Ière Internationale.

    En 1872, les bakouninistes, qui s’obstinaient dans leur tendance scissionniste, furent exclus de la Ière Internationale au Congrès de La Haye, auquel participait Marx.

    Engels a dit que si les marxistes, renonçant à tout principe, avaient adopté une attitude conciliante envers les bakouninistes à La Haye, il en serait résulté de graves conséquences pour le mouvement ouvrier international. Il fit ressortir qu’alors, l’Internationale se serait effectivement désagrégée – désagrégée pour l’unité ! » [2].

    Dirigée par Marx et Engels, la Ière Internationale combattit l’opportunisme et le scissionnisme, et jeta les bases de la prédominance du marxisme dans le mouvement ouvrier international.

    De nombreux pays virent naître des partis ouvriers socialistes de masse après que la fin de la Ière Internationale eut été annoncée en 1876. Marx et Engels suivirent de très près la formation et le développement de ces partis et souhaitaient qu’ils prennent le communisme scientifique pour base de leur formation et développement.

    Ils accordèrent une attention et un intérêt tout particulier au parti ouvrier allemand qui occupait alors une place importante dans le mouvement ouvrier d’Europe. Ils critiquèrent vivement et à maintes reprises l’esprit pourri, qui prévalait dans le Parti social-démocrate allemand, tendant au compromis avec les opportunistes sous prétexte de rechercher l’« unité ».

    En 1875, ils critiquèrent le Parti social-démocrate allemand pour avoir fusionné avec la tendance lassallienne, au mépris de tout principe, ainsi que le « Programme de Gotha » qui en avait résulté. Marx fit ressorti que la fusion était « trop chèrement payée » et que c’était là « un programme qui … est absolument condamnable et qui démoralise le Parti » [3].

    De son côté, Engels fit remarquer que c’était « tout le prolétariat social-démocrate à genoux devant les lassaliens » ; il dit : « je suis persuadé qu’une fusion sur une pareille base ne durera pas un an » [4].

    Dans sa « Critique du Programme de Gotha », Marx énonça le célèbre principe : un marxiste « ne s’engagerait dans aucun marchandage de principes » [5].

    Plus tard, Marx et Engels critiquèrent de nouveau vivement les dirigeants du Parti allemand qui toléraient les activités des opportunistes au sein du Parti. Marx disait de ces opportunistes qu’ils cherchaient à remplacer la base matérialiste … par la mythologie moderne avec ses déesses de justice, liberté, égalité et fraternité » [6], et que c’était là un « avilissement de la théorie du parti » [7].

    Dans la « Circulaire » aux dirigeants du Parti allemand, Marx et Engels disaient : « Pendant près de quarante années, nous avons mis au premier plan la lutte de classes, en tant que force motrice immédiate de l’histoire, et en particulier la lutte de classes entre la bourgeoisie et le prolétariat en tant que puissant levier de la révolution sociale de notre temps ; c’est pourquoi il est absolument impossible pour nous de cheminer ensemble avec ceux qui cherchent à radier cette lutte de classes du mouvement » [8].

    En 1889, la IIe Internationale fut fondée sous l’influence d’Engels, elle coïncida avec une période de développement « pacifique » du capitalisme, période qui vit, d’une part, le marxisme se répandre largement et le Manifeste du Parti communiste devenir le programme commun de millions d’ouvriers de par le monde, et d’autre part, les partis socialistes de nombreux pays adorer aveuglément, au lieu de l’utiliser, la légalité bourgeoise, et devenir des légalistes, ce qui ouvrit tout grand les portes à l’opportunisme.

    Voilà pourquoi, durant toute la période de la IIe Internationale, le mouvement ouvrier international fut divisé en deux factions principales : les marxistes révolutionnaires et les opportunistes soi-disant marxistes.

    Engels combattit implacablement les opportunistes. Il réfutait avec une vigueur toute particulière leur absurde intégration pacifique du capitalisme au socialisme. Il disait au sujet de ces opportunistes qui se faisaient passer pour des marxistes, que « probablement il [Marx] dirait de ces messieurs ce que Heine disait de ses imitateurs : j’ai semé des dragons et j’ai récolté des puces » .

    Après la mort de Engels en 1895, ces « puces » se mirent à réviser publiquement et systématiquement le marxisme et s’emparèrent petit à petit de la direction de le IIe Internationale.

    Le grand Lénine, le plus éminent révolutionnaire du mouvement ouvrier international après Engels, prit sur lui la lourde responsabilité de défendre le marxisme et de combattre le révisionnisme de la IIe Internationale.

    Lorsque les révisionnistes de la IIe Internationale proclamèrent le marxisme « incomplet » et « périmé », Lénine déclara solennellement : nous nous plaçons entièrement sur le terrain de la théorie de Marx, car seule cette théorie peut unir tous les socialistes [9].

    Lénine combattit avant tout pour créer un parti marxiste en Russie. Il le fit avec intransigeance contre les diverses tendances antimarxistes du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, afin de fonder un parti politique de type nouveau, foncièrement différent des partis opportunistes de la IIe Internationale.

    A l’époque, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, comme les autres partis de la IIe Internationale, comprenait une tendance révolutionnaire et une tendance opportuniste. La première était constituée par les bolcheviks, dirigés par Lénine, et la seconde était celle des menchéviks.

    Les bolcheviks, dirigés par Lénine, menèrent une longue lutte contre les menchéviks tant dans le domaine de la théorie que sur le plan politique, pour la défense de la pureté dans les rangs et de l’unité du parti prolétarien. Ce combat se termina par l’exclusion du parti, en 1912, des menchéviks qui s’obstinaient dans l’opportunisme et le scissionnisme.

    Tous les groupes opportunistes opposés à Lénine l’injurièrent dans les termes les plus perfides. Ils cherchèrent par tous les moyens à le faire passer pour un « scissionniste ». Trotski rassembla tous les groupes opposés à Lénine et, au nom du « non-fractionnisme » [10], attaqua délibérément Lénine et le parti bolchévik, qualifiant Lénine d’« usurpateur » et de « fractionnel ». Lénine répondit que Trotski qui se targuait d’être « non-fractionnel », était « le représentant des pires vestiges du fractionnisme », et les « pires dissidents ».

    Lénine le dit clairement : « L’unité est une grande chose et un grand mot d’ordre ! Mais ce qu’il faut à la cause ouvrière, c’est l’unité des marxistes, et non l’unité des marxistes avec les ennemis et les falsificateurs du marxisme » [11].

    Le combat de Lénine contre les menchéviks était d’une grande portée mondiale, car le menchévisme était une forme et une variante russes du révisionnisme de la IIe Internationale et avait l’appui des dirigeants révisionnistes de la IIe Internationale.

    C’est pour cette raison que, tout en combattant les menchéviks, Lénine mena de nombreuses luttes contre le révisionnisme de la IIe Internationale.

    Il critiqua les révisionnistes de la IIe Internationale, tant sur le plan de la théorie que sur celui de la politique, et les combattit lors des Conférences de Stuttgart et de Copenhague, avant la Première Guerre mondiale.

    Celle-ci ayant éclaté, les dirigeants de la IIe Internationale trahirent ouvertement le prolétariat. Servant les intérêts de l’impérialisme, ils poussèrent les prolétaires des différents pays à s’entretuer et provoquèrent ainsi la plus grave des scissions dans les rangs du prolétariat international. Comme l’a dit Rosa Luxembourg, par les révisionnistes « le vieux et fier mot d’ordre ‘prolétaires de tous les pays, unissez-vous !’ a été transformé sur les champs de bataille en ‘prolétaires de tous les pays, entr’égorgez-vous !’ » [12].

    Le Parti social-démocrate d’Allemagne, pays natal de Marx, était alors le parti le plus puissant et le plus influent de la IIe Internationale. Il fut le premier à passer du côté des impérialistes de ce pays, et fut ainsi le principal coupable de la scission du mouvement ouvrier international.

    Lénine s’avança en ce moment critique et combattit résolument pour la défense de l’unité du prolétariat international.

    Dans « Les Tâches de la Social-Démocratie révolutionnaire dans la guerre européenne », qu’il publia en août 1914, il déclara la faillite de la IIe Internationale et condamna sévèrement la majorité de ses dirigeants, en particulier ceux du Parti social-démocrate allemand, qui avaient trahi carrément le socialisme.

    Les révisionnistes de la IIe Internationale étant passés de l’alliance secrète à l’alliance ouverte avec la bourgeoisie, et ayant rendu la scission du mouvement ouvrier international irrémédiable, Lénine déclara : « On ne saurait accomplir actuellement les tâches du socialisme, on ne saurait réaliser le véritable rassemblement international des ouvriers sans rompre résolument avec l’opportunisme et sans faire comprendre aux masses que son fiasco est inévitable » [13].

    C’est pour cela que Lénine soutint résolument les marxistes de nombreux pays européens qui rompaient avec les opportunistes, et en appela courageusement à la création d’une troisième Internationale, en remplacement de la IIe qui avait fait faillite, afin de rebâtir l’unité révolutionnaire du prolétariat international.

    En mars 1919, la IIIe Internationale était fondée. Elle héritait des réalisations positives de la IIe Internationale, balaya ses déchets opportunistes, social-chauvins, bourgeois et petits-bourgeois, et permit à la cause révolutionnaire du prolétariat international de gagner en ampleur et en profondeur.

    La théorie et la pratique de Lénine ont porté le marxisme à une nouvelle étape de son développement, celle du léninisme. L’unité du prolétariat international et du mouvement communiste international fut renforcée et développée davantage, sur la base du marxisme-léninisme.

    LEÇONS ET EXPÉRIENCE

    Qui fait apparaître l’histoire du développement du mouvement communiste international ?

    Premièrement, elle montre que, comme toute chose au monde, le mouvement ouvrier international a tendance à se diviser en deux. La lutte des classes, entre le prolétariat et la bourgeoisie, se manifeste inévitablement dans les rangs du mouvement communiste.

    L’apparition de l’opportunisme sous une forme ou l’autre, les activités scissionnistes des opportunistes contre le marxisme-léninisme et la lutte des marxistes-léninistes contre l’opportunisme et le scissionnisme sont inévitables au cours du développement du mouvement communiste.

    Le marxisme-léninisme et le mouvement ouvrier international se sont développés au travers de cette lutte des contraires. C’est également au cours de cette lutte que l’unité du mouvement ouvrier international s’est consolidée et renforcée sur la base du marxisme-léninisme.

    Engels a dit : « Le mouvement du prolétariat passe nécessairement par différentes étapes de développement ; à chaque étape, il y en a qui restent en panne et n’avancent plus ; et par cela seul s’explique pourquoi, dans la réalité, la ‘solidarité du prolétariat’ se réalise avant tout dans les différents groupements de partis en lutte à mort » [14].

    C’est exactement ce qui est arrivé. La Ligue des Communistes, la Ière Internationale et la IIe Internationale, unies à l’origine, se sont divisées au cours de leur développement et sont devenues, chacune, deux parties adverses.

    La lutte sur le plan international contre l’opportunisme et le scissionnisme a fait passer, à chaque fois, le mouvement ouvrier international à une étape nouvelle et lui a permis de réaliser une unité plus solide et plus large, sur une base nouvelle. La victorieuse Révolution d’Octobre et la fondation de la IIIe Internationale ont été le plus grands succès de la lutte contre le révisionnisme et le scissionnisme de la IIe Internationale.

    Unité, lutte, voire la scission, pour arriver à une unité nouvelle sur une base nouvelle, voilà la dialectique du développement du mouvement ouvrier international.

    Deuxièmement, l’histoire du mouvement communiste international montre aussi qu’au cours de toutes les périodes de son développement, la lutte entre les défenseurs de l’unité et les scissionnistes est, par essence, une lutte entre le marxisme-léninisme et l’opportunisme-révisionnisme, une lutte entre les défenseurs du marxisme et les traîtres au marxisme.

    La véritable unité prolétarienne n’est possible que sur la base du marxisme-léninisme, qu’il s’agisse du domaine international ou national.

    Et là où l’opportunisme et le révisionnisme ont cours, la scission dans les rangs du prolétariat devient inévitable, qu’il s’agisse du domaine international ou national. Toute scission du mouvement communiste ne provient jamais que des opportunistes et des révisionnistes, opposés et traîtres au marxisme-léninisme.

    Qu’est-ce que le scissionnisme ?

    C’est la rupture d’avec le marxisme-léninisme. Est scissionniste celui qui s’oppose au marxisme-léninisme et le renie, qui sape les bases de l’unité prolétarienne.

    C’est la rupture d’avec le parti révolutionnaire prolétarien. Est scissionniste celui qui s’obstine dans la ligne révisionniste et transforme un parti révolutionnaire prolétarien en un parti réformiste bourgeois.

    C’est la rupture d’avec le prolétariat révolutionnaire et les grandes masses travailleuses. Est scissionniste celui qui applique un programme et une ligne allant à l’encontre de la volonté révolutionnaire et des intérêts fondamentaux du prolétariat et des masses travailleuses.

    Lénine disait : « Là où la majorité des ouvriers conscients s’est groupée autour de décisions claires et précises, il y a unité d’opinion et d’action » [15], et l’opportunisme, « c’est très précisément le scissionnisme, dans le sens de la violation la plus impudente de la volonté de la majorité des ouvriers » [16].

    En rompant l’unité du prolétariat, le scissionnisme sert la bourgeoisie et répond à ses besoins. La bourgeoisie a pour politique constante de provoquer la scission dans les rangs du prolétariat. Et y trouver par la corruption et y cultiver des agents est son moyen le plus perfide. Or, les opportunistes et les révisionnistes sont bien des agents de la bourgeoisie.

    Au lieu de rechercher l’unité du prolétariat pour lutter contre la bourgeoisie, ils veulent amener le prolétariat à coopérer avec la bourgeoisie. C’est ce qu’ont fait les révisionnistes de la IIe Internationale, les Bernstein, Kautsky, etc.

    Ils se manifestèrent pour provoquer la scission au sein du mouvement ouvrier international et prêcher la collaboration entre prolétariat et bourgeoisie au moment où l’impérialisme redoutait le plus de voir le prolétariat de tous les pays s’unir et transformer la guerre impérialiste en guerres civiles.

    Dans les rangs du mouvement communiste, sont scissionnistes ceux qui, se pliant aux exigences de la bourgeoisie, rompent avec le marxisme-léninisme, avec le parti révolutionnaire prolétarien, le prolétariat révolutionnaire et la grande masse des travailleurs, même s’ils détiennent momentanément la majorité, voire les postes de direction.

    A l’époque de la IIe Internationale, les révisionnistes représentés par Bernstein, Kautsky et consorts, étaient la majorité, et les marxistes représentés par Lénine, la minorité. Mais, de toute évidence, les scissionnistes étaient les Bernstein, Kautsky et autres opportunistes et non les révolutionnaires représentés par Lénine.

    En 1904, les mencheviks n’étaient pas moins les scissionnistes bien qu’ils eussent usurpé les postes de direction dans les organes centraux du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, Lénine souligna à l’époque que « les organes centraux (l’Organe central, le Comité central et le Conseil général) ont rompu avec le Parti, et « se sont placés en dehors du Parti. Il n’y a pas de terrain intermédiaire ; on est soit avec les organes centraux, soit avec le Parti » [17].

    En un mot, l’opportunisme et le révisionnisme sont les racines profondes et idéologiques du scissionnisme. Et le scissionnisme est la manifestation de l’opportunisme et du révisionnisme sur le plan de l’organisation. Il peut être affirmé également qu’opportunisme et révisionnisme sont du scissionnisme aussi bien que du sectarisme. Les révisionnistes sont les plus grands et les pires scissionnistes et sectaires du mouvement communiste.

    Troisièmement : l’histoire du mouvement communiste international montre encore que l’unité du prolétariat s’est consolidée et développée par la lutte contre l’opportunisme, le révisionnisme et le scissionnisme. La lutte pour l’unité est indissolublement liée à la lutte pour les principes.

    L’unité dont le prolétariat a besoin, c’est l’unité de classe, l’unité révolutionnaire, l’unité dans la lutte contre l’ennemi commun et pour le grand objectif qu’est le communisme. Le fondement théorique et politique de l’unité du prolétariat mondial se trouve dans le marxisme-léninisme. Seule l’unanimité sur les plans de la théorie et de la politique peut donner au prolétariat mondial l’unité sur le plan de l’organisation et l’unité d’action.

    La véritable unité révolutionnaire du prolétariat ne peut être réalisée que si l’on s’en tient aux principes et au marxisme-léninisme.

    L’unité au prix du renoncement aux principes et du croupissement dans le bourbier de l’opportunisme cesse d’être de l’unité prolétarienne et, comme l’a dit Lénine, « signifie en réalité l’unité du prolétariat avec la bourgeoisie nationale et la scission du prolétariat international, l’unité des laquais et la scission des révolutionnaires » [18].

    Lénine fit remarquer en outre que « de même que la bourgeoisie ne mourra pas tant qu’elle n’aura pas été renversée », de même le courant opportuniste soudoyé et soutenu par elle « ne mourra pas, si on n’annule pas entièrement son influence sur le prolétariat socialiste ». Il faut par conséquent livrer « une lutte implacable contre le courant opportuniste » [19].

    Défiés par les opportunistes et les révisionnistes qui veulent une scission ouverte du mouvement communiste international, les marxistes-léninistes ne peuvent transiger sur les principes, il ne leur reste qu’à combattre résolument le scissionnisme. C’est là un des grands enseignements de Marx, Engels et Lénine, et également la juste voie, la seule qui permette de sauvegarder l’unité du mouvement communiste international.

    LES PLUS GRANDS SCISSIONNISTES DE NOTRE TEMPS

    Les faits qui se sont produits ces dernières années montrent que les dirigeants du P.C.U.S., avec Khrouchtchev à leur tête, sont devenus les principaux représentants du révisionnisme moderne et aussi les plus grands scissionnistes au sein du mouvement communiste international.

    Le révisionnisme des dirigeants du P.C.U.S. s’est élaboré en un système complet du XXe au XXIIe Congrès du P.C.U.S. Ils ont formulé une ligne révisionniste opposée à la révolution prolétarienne et à la dictature du prolétariat, leur ligne révisionniste de « coexistence pacifique », de « compétition pacifique », de « passage pacifique », d’« Etat du peuple tout entier » et de « parti du peuple tout entier ».

    Ils s’obstinent à l’imposer à tous les partis frères, à la substituer à la ligne commune du mouvement communiste international que les deux conférences des partis frères de 1957 et de 1960 ont définie. Et ils attaquent tous ceux qui s’en tiennent à la ligne marxiste-léniniste, qui résistent à leur ligne révisionniste.

    Ce sont les dirigeants du P.C.U.S. qui ont sapé les bases de l’unité du mouvement communiste international et provoqué le grave danger de scission actuel, en trahissant le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien et en mettant leur ligne révisionniste et scissionniste en avant.

    Loin d’œuvrer à la consolidation et au renforcement du camp socialiste, ils s’efforcent de le diviser et de le désagréger, plongeant ainsi le magnifique camp socialiste dans un beau gâchis.

    Ils violent les principes régissant les rapports entre pays frères, tels les Déclarations de 1957 et de 1960 les définissent, poursuivent une politique chauvine de grande puissance et d’égoïsme national envers les pays socialistes frères et ont sapé, par là, l’unité du camp socialiste.

    Ils empiètent résolument sur la souveraineté des pays frères, ils interviennent dans leurs affaires intérieures, recourent à la subversion et font tout pour réduire les pays frères à leur merci sur tous les plans.

    Ils combattent, au nom de la « division internationale du travail », la politique des pays frères consistant à édifier le socialisme par leurs propres efforts, à développer leur économie dans l’indépendance, pour essayer de les transformer en des économies annexes. Ils cherchent à contraindre les pays frères, relativement en retard du point de vue économique, pour qu’ils abandonnent l’industrialisation et deviennent de la sorte leurs fournisseurs de matières premières et des clients pour leurs surplus.

    Les dirigeants du P.C.U.S. sont sans scrupule dans leur politique chauvine de grande puissance. Ils font sans cesse pression, politiquement, économiquement et même militairement, sur les pays frères.

    Ils ont fait publiquement appel au renversement de la direction du Parti et de l’Etat albanais, rompu scandaleusement toutes relations économiques et diplomatiques avec ce pays et l’ont privé arbitrairement de ses droits légitimes de membre de l’Organisation du Traité de Varsovie et du Conseil d’entraide économique.

    Violant le Traité sino-soviétique d’amitié, d’alliance et d’assistance mutuelle, les dirigeants du P.C.U.S. décidèrent unilatéralement de rappeler les 1.390 spécialistes soviétiques travaillant en Chine, déchirèrent 343 contrats et annexes relatifs aux spécialistes, annulèrent 257 projets de coopération scientifique et technique, et poursuivent contre la Chine une politique de restriction et de discrimination dans le domaine commercial.

    Ils ont provoqué des incidents à la frontière sino-soviétique et se sont livrés à la subversion en grand dans la région de Sinkiang, en Chine.

    Khrouchtchev est allé jusqu’à dire, à plus d’une reprise, à des camarades dirigeants du Comité central du P.C.C. que certains éléments antiparti du P.C.C. sont de « grands amis » à lui. Il a loué ces éléments antiparti pour avoir attaqué la ligne générale du Parti chinois pour l’édification du socialisme, le grand bond en avant et la commune populaire, en présentant leur action comme témoignant de « courage ».

    Des pas d’une telle gravité, visant à la détérioration des rapports entre Etats, sont extrêmement rares même entre pays capitalistes. Cependant, les dirigeants du P.C.U.S. ont recouru maintes et maintes fois à des procédés stupéfiants et extrêmes de ce genre à l’encontre des pays socialistes frères. Or, ils vont répétant qu’ils sont « fidèles à l’internationalisme prolétarien ». Nous leur demandons : « y a-t-il la moindre trace d’internationalisme dans tous ces actes accomplis par vous ?

    Le chauvinisme de grande puissance et le scissionnisme des dirigeants du P.C.U.S. se manifestent aussi de façon flagrante dans leur conduite envers les partis frères.

    Dès le XXe Congrès du P.C.U.S., les dirigeants du P.C.U.S. essayent, sous prétexte de la « lutte contre le culte de la personnalité », de modifier, à leur gré, la direction des partis frères. Ces derniers temps encore, ils s’obstinent à considérer la « lutte contre le culte de la personnalité » comme condition au rétablissement de l’unité et comme principe » que « tout parti communiste doit observer » [20].

    Contrairement aux normes régissant les rapports entre partis frères définies par les deux Déclarations, ils ignorent le statut d’indépendance et d’égalité des partis frères, s’obstinent à établir une sorte de régime féodal de patriarcat dans le mouvement communiste international et à transformer les relations entre partis frères en rapports de père à fils. Khrouchtchev a plus d’une fois qualifié les partis frères de « gamins stupides » et s’est targué d’être une « mère » pour eux [21]. Tout sentiment de honte a été aboli par la mégalomanie féodale qui le domine.

    Les dirigeants du P.C.U.S. ignorent tout simplement le principe de l’unanimité entre partis frères par voie de consultations, et ont l’habitude des voies dictatoriales, de donner des ordres. Ils déchirent selon leur bon plaisir les accords signés avec des partis frères, prennent des décisions arbitraires dans des questions importantes intéressant les partis frères, et contraignent ces derniers à accepter des faits accomplis.

    Ils ont enfreint le principe du règlement des divergences entre partis frères par voie de consultations intérieures ; se servant tout d’abord d’un congrès de leur parti, et ensuite des congrès des autres partis frères, ils ont lancé des attaques publiques de grand style contre les partis frères qui s’en tiennent au marxisme-léninisme.

    Ils considèrent les partis frères comme des pions de leur échiquier diplomatique. Agissant avec inconstance, Khrouchtchev change d’idée à tout instant, parle d’une façon aujourd’hui et demain d’une autre, mais s’obstine à faire virevolter les partis frères dans l’ahurissement le plus complet, sur son air du moment.

    Les dirigeants du P.C.U.S. ont créé des dissensions et la scission dans de nombreux partis communistes, en y encourageant les partisans de leur ligne révisionniste à attaquer la direction, à usurper des postes de direction ou à persécuter et même exclure les marxistes-léninistes à l’encontre de toutes les règles. C’est cette politique scissionniste des dirigeants du P.C.U.S. qui a provoqué la division organique des partis frères de nombreux pays capitalistes.

    Ils ont transformé « Problèmes de la Paix et du Socialisme », la revue internationale des partis frères, en un instrument d’expansion du révisionnisme, du sectarisme et du scissionnisme, et y ont attaqué sans aucun scrupule les partis frères marxistes-léninistes, en violation de l’accord réalisé à la réunion inaugurant la revue.

    En outre, ils imposent leur ligne révisionniste aux organisations démocratiques internationales, pour essayer d’en modifier la juste orientation et y créer la division.

    Les dirigeants du P.C.U.S. intervertissent complètement le rôle des ennemis et des amis. Ils tournent contre les partis et les pays frères marxistes-léninistes le fer de lance qui doit être dirigé contre l’impérialisme américain et ses laquais.

    Ils s’acharnent à vouloir la coopération soviéto-américaine pour dominer le monde. Ils prennent l’impérialisme américain, le pire ennemi des peuples du monde, pour leur ami le plus sûr, et traitent en ennemis les partis et les pays frères qui s’en tiennent au marxisme-léninisme.

    Ils agissent de collusion avec l’impérialisme américain, les réactionnaires, la clique du renégat Tito et les social-démocrates de droite en une association dirigée contre les pays socialistes frères, les partis frères, les marxistes-léninistes et les révolutionnaires de partout.

    Lorsque croyant avoir trouvé chez Eisenhower, Kennedy ou quelque autre la brindille qui les sauverait, les dirigeants du P.C.U.S. s’imaginent que tout va pour le mieux pour eux, ils ne se sentent plus de joie, concentrent leurs coups sur les partis et les pays frères qui s’en tiennent au marxisme-léninisme, et s’efforcent vainement de sacrifier les partis et les pays frères dans leur marchandage politique avec l’impérialisme américain.

    Lorsque leur politique erronée essuie une rebuffade et qu’ils se trouvent mal en point, les dirigeants du P.C.U.S. entrent en colère et se déchaînent contre les partis et les pays frères qui s’en tiennent au marxisme-léninisme, essayant de les transformer en boucs émissaires.

    Tous ces faits montrent que les dirigeants du P.C.U.S. se sont engagés dans la voie de la trahison totale de l’internationalisme prolétarien, à l’encontre des intérêts du peuple soviétique, des intérêts du camp socialiste et du mouvement communiste international, et des intérêts de tous les révolutionnaires.

    Ces faits montrent tout aussi clairement que les dirigeants du P.C.U.S. opposent leur révisionnisme au marxisme-léninisme, leur chauvinisme de grande puissance et leur égoïsme national à l’internationalisme prolétarien, leur sectarisme et leur scissionnisme à l’unité internationale du prolétariat.

    Ainsi, comme tous les opportunistes et révisionnistes de l’histoire, ils se sont transformés en artisans de la scission de l’ensemble du mouvement communiste international, du camp socialiste et de nombreux partis frères.

    Le révisionnisme et le scissionnisme des dirigeants du P.C.U.S. constituent un danger plus grand que celui qu’ont pu représenter ou représentent tous les autres opportunistes et scissionnistes d’hier et d’aujourd’hui.

    Ce révisionnisme-ci, on le sait, s’est manifesté au sein du P.C.U.S., au sein du parti fondé par Lénine et jouissant du plus grand prestige dans le monde ; il s’est manifesté dans la grande Union soviétique, le premier pays socialiste au monde. Les marxistes-léninistes et les révolutionnaires de partout ont longtemps tenu le P.C.U.S. en haute estime et vu en l’Union soviétique la base de la révolution mondiale et un exemple de lutte.

    Et les dirigeants du P.C.U.S. profitent de tout ceci, du prestige du Parti fondé par Lénine et du premier pays socialiste, pour camoufler leur nature révisionniste et scissionniste, pour tromper ceux qui ne voient pas la vérité.

    Ils ont en même temps l’habitude de pratiquer le double jeu, de scander « unité ! », « unité ! » tout en travaillant en fait à la scission. Leur tactique induit effectivement des gens en erreur, jusqu’à un certain point et pendant un temps. La traditionnelle confiance dans le P.C.U.S. et l’ignorance des faits ont empêché bon nombre de gens de discerner en temps utile le révisionnisme et le scissionnisme des dirigeants du P.C.U.S.

    Et parce que les dirigeants du P.C.U.S. détiennent le pouvoir dans un grand pays socialiste et exercent une vaste influence dans le monde, le préjudice que leur ligne révisionniste et scissionniste a porté au mouvement communiste international et à la révolution mondiale du prolétariat est bien au-delà de tout ce que les opportunistes et scissionnistes du passé ont pu lui occasionner.

    On est en droit d’affirmer que les dirigeants du P.C.U.S. sont les plus grands révisionnistes, de même qu’ils sont les plus grands sectaires et les plus grands scissionnistes que l’histoire ait connus.

    Il est clair que leur révisionnisme et leur scissionnisme ont considérablement aidé le courant révisionniste à s’étendre dans le monde et a rendu d’éminents services à l’impérialisme et aux réactionnaires des différents pays.

    Le révisionnisme et le scissionnisme des dirigeants du P.C.U.S. sont un produit de l’accroissement et de l’expansion des facteurs bourgeois dans le pays, un produit de la politique impérialiste, et tout particulièrement de la politique de chantage nucléaire et d’« évolution pacifique » de l’impérialisme américain.

    En retour, leurs théorie et politique révisionnistes et scissionnistes servent les forces du capitalisme en expansion dans le pays et aussi l’impérialisme, et ont pour effet de paralyser la volonté révolutionnaire et d’entraver la lutte révolutionnaire des peuples du monde.

    En fait, les dirigeants du P.C.U.S. ont déjà été loués et applaudis chaleureusement par l’impérialisme et ses laquais.

    Les impérialistes américains ont tout particulièrement vanté Khrouchtchev pour ses activités scissionnistes dans le mouvement communiste international. Ils disent : « Il semble clair que Khrouchtchev est assez sincère dans son désir de détente avec l’Occident, pour courir le risque d’une scission du mouvement communiste » [22].

    Nikita Khrouchtchev, disent-ils, a irrémédiablement brisé le bloc uni du temps de Staline. Peut-être est-ce là le plus grand service rendu par Khrouchtchev, non au communisme, mais au monde occidental » [23]. « Nous devrions lui être reconnaissants d’avoir mal mené ses rapports avec les Chinois … Nous devrions lui être reconnaissants d’avoir jeté le désarroi dans le mouvement communiste international par des initiatives présomptueuses et intempestives » [24].

    Ils croient fermement que Khrouchtchev « est le meilleur premier ministre soviétique avec lequel l’Occident puisse traiter » et que l’Occident « doit s’abstenir pour le moment de toute action susceptible d’affaiblir davantage sa position » [25]. « Le gouvernement, disent-ils, est maintenant convaincu que les États-Unis doivent soutenir Khrouchtchev au maximum dans son différend avec la Chine rouge » [26].

    Les trotskistes, qui ont depuis longtemps fait faillite sur le plan politique, figurent parmi les supporters des dirigeants du P.C.U.S. Ils appuient activement les dirigeants du P.C.U.S. dans des questions fondamentales, telle l’attitude à adopter envers Staline, l’impérialisme américain et le révisionnisme yougoslave.

    Ils disent : « La situation créée par le XXe Congrès du P.C.U.S. et plus encore par le XXIIe Congrès, est éminemment favorable à une relance de notre mouvement dans les Etats ouvriers eux-mêmes » [27].

    « Nous nous y sommes préparés pendant plus de vingt-cinq ans. Maintenant, nous devons nous y introduire, et agir énergiquement » [28]. Ils déclarent qu’« en ce qui concerne la tendance Khrouchtchev, nous donnerons un appui critique à sa lutte pour la déstabilisation contre les tendances plus conservatrices » [29].

    Voyez ! Tous les ennemis de la révolution épaulent avec empressement les dirigeants du P.C.U.S. La raison est qu’ils ont trouvé un langage commun dans leur façon d’envisager le marxisme-léninisme et la révolution mondiale. Et que la ligne révisionniste et scissionniste des dirigeants du P.C.U.S. répond aux besoins contre-révolutionnaires de l’impérialisme américain.

    Comme le disait Lénine, la bourgeoisie comprend que « les militants du mouvement ouvrier qui appartiennent à la tendance opportuniste sont de meilleurs défenseurs de la bourgeoisie que les bourgeois eux-mêmes » [30].

    C’est avec grande satisfaction que les seigneurs impérialistes laissent les dirigeants du P.C.U.S. frayer la voie à la destruction de la révolution mondiale du prolétariat.

    Ayant suscité un sérieux danger de scission dans le mouvement communiste international, les dirigeants du P.C.U.S. cherchent à imputer le crime aux autres, accusent le Parti communiste chinois et d’autres partis marxistes-léninistes de « scissionnisme », de « sectarisme », et forgent contre eux une foule d’accusations gratuites.

    Nous estimons nécessaire de relever ici quelques-unes des principales calomnies qu’ils ont lancées contre nous et de les réfuter une à une.

    DE L’ACCUSATION D’« ANTISOVIETISME »

    Les dirigeants du P.C.U.S. qualifient d’« antisoviétiques « tous ceux qui refusent et critiquent leur révisionnisme et leur scissionnisme. L’accusation est effrayante. S’opposer au premier Etat socialiste au monde, au parti fondé par le grand Lénine, quelle profanation !

    Nous conseillons aux dirigeants du P.C.U.S. de ne pas se complaire dans la comédie. « Antisoviétique » est une épithète qui ne pourra jamais nous être appliquée.

    Nous conseillons aussi aux dirigeants du P.C.U.S. de ne pas se réjouir trop tôt. L’accusation d’« antisoviétisme » ne fera jamais taire les marxistes-léninistes.

    Nous, communiste chinois, et les communistes et les révolutionnaires du partout dans le monde, nous avons toujours eu le plus grand respect et la plus profonde affection pour le grand peuple soviétique, le grand Etat soviétique et le grand Parti communiste de l’Union soviétique.

    Et ceci parce que le peuple soviétique, sous la direction du parti de Lénine, a allumé le victorieux flambeau de la Révolution d’Octobre, ouvert l’ère nouvelle de la révolution prolétarienne mondiale, et au cours des années qui suivirent, marché en tête dans la voie vers le communisme.

    Parce que, sous la direction de Lénine et de Staline, le P.C.U.S. et l’Etat soviétique ont appliqué une politique intérieure et extérieure marxiste-léniniste, remporté des succès sans précédent dans l’édification socialiste, fait la plus grandiose contribution à la guerre antifasciste et accordé une aide internationaliste à la lutte révolutionnaire du prolétariat et des travailleurs de tous les pays.

    Peu avant sa mort, Staline disait : « … les représentants des partis frères, en admiration devant le courage et les progrès de notre Parti, lui ont donné le titre de ‘Brigade de choc’ du mouvement révolutionnaire et ouvrier mondial. Ils disaient ainsi l’espoir que les succès de la ‘Brigade de choc’ allégeraient le sort des peuples qui gémissent sous le joug du capitalisme. Je pense que notre Parti a justifié ces espoirs » [31].

    Staline disait vrai en affirmant que le P.C.U.S., fondé par Lénine, n’avait pas déçu les espoirs des communistes du monde entier. Ce Parti était digne de l’admiration et du soutien de tous les partis frères, y compris le P.C.C.

    Mais des dirigeants du P.C.U.S., ayant Khrouchtchev à leur tête, qui ont commencé par répudier Staline à leur XXe Congrès et se sont engagés dans la voie du révisionnisme, peut-on dire qu’ils ont justifié les espoirs des communistes du monde ? Non, évidemment.

    Dans ses propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international, le Comité central du P.C.C. a fait remarquer que les peuples de pays socialistes, le prolétariat et les travailleurs du monde entier exigent de tous les partis communistes des pays socialistes :

    1) « qu’ils s’en tiennent à la ligne marxiste-léniniste et appliquent une juste politique marxiste-léniniste tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur » ;

    2) « qu’ils consolident la dictature du prolétariat, l’alliance des ouvriers et des paysans sous la direction du prolétariat, et mènent jusqu’au bout la révolution socialiste sur les fronts économique, politique et idéologique » ;

    3) « qu’ils stimulent l’activité et l’initiative créatrice des larges masses populaires, entreprennent l’édification socialiste de façon planifiée, développent la production, améliorent les conditions de vie du peuple et consolident la défense nationale » ;

    4) « qu’ils renforcent l’unité du camp socialiste sur la base du marxisme-léninisme, réalisent le soutien mutuel entre pays socialistes sur la base de l’internationalisme prolétarien » ;

    5) « qu’ils luttent contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme, et pour la défense de la paix mondiale » ;

    6) « qu’ils combattent la politique anticommuniste, antipopulaire et contre-révolutionnaire de la réaction des différents pays » ;

    7) « qu’ils soutiennent et aident la lutte révolutionnaire des classes et nations opprimées du monde entier ».

    Le Comité central du P.C.C. ajoutait que les partis communistes des pays socialistes « avaient pour devoir envers leur propre peuple et aussi envers le prolétariat mondial et les peuples travailleurs », de répondre à ces exigences.

    Or, les dirigeants du P.C.U.S. ont tourné le dos à ces demandes, déçu les espoirs des partis frères, et appliqué une ligne révisionniste et scissionniste. Ceci va à l’encontre non seulement des intérêts du prolétariat et des travailleurs du monde entier, mais aussi des intérêts du P.C.U.S., de l’État soviétique et du peuple soviétique.

    Antisoviétiques, ce sont les dirigeants du P.C.U.S., avec Khrouchtchev à leur tête, qui le sont. Ils ont totalement rejeté Staline et dit la première dictature du prolétariat et du premier régime socialiste qu’ils n’étaient que noirceur et terreur. N’est-ce pas là de l’antisoviétisme ?

    Ils ont proclamé la dictature du prolétariat abolie, ils altèrent le caractère prolétarien du P.C.U.S. et ouvrent tout grand la porte aux forces capitalistes envahissantes. N’est-ce pas là de l’antisoviétisme ?

    Ils recherchent la coopération américano-soviétique, ne se lassent pas de flatter l’impérialisme américain, de lui prodiguer des marques de servilité, et, par là, déshonorent la grande Union soviétique. N’est-ce pas là de l’antisoviétisme ?

    Ils mènent une politique chauvine de grande puissance, traitent les pays socialistes frères comme des pays dépendants et, par là, minent le prestige de l’Etat soviétique. N’est-ce pas là de l’antisoviétisme ?

    Ils s’opposent et font obstacle à la lutte révolutionnaire des peuples, se font les défenseurs de l’impérialisme et du néo-colonialisme, et, par là, souillent la glorieuse tradition internationaliste du parti de Lénine. N’est-ce pas de l’antisoviétisme ?

    En somme, ce sont les actes mêmes des dirigeants du P.C.U.S. qui ont couvert d’opprobre la grande Union soviétique et le grand P.C.U.S., et lésé gravement les intérêts fondamentaux du peuple soviétique. Ce sont des actes antisoviétiques, dans toute l’acception du terme.

    Etant donné ces circonstances, le P.C.C., les autres partis marxistes-léninistes, et les marxistes-léninistes, guidés par le principe de l’internationalisme prolétarien, ne peuvent évidemment pas s’abstenir de critiquer sévèrement la ligne révisionniste et scissionniste des dirigeants du P.C.U.S., s’ils veulent défendre la pureté du marxisme-léninisme et l’unité du mouvement communiste international.

    Nous ne faisons que combattre l’erreur révisionniste et scissionniste des dirigeants du P.C.U.S. Et si nous le faisons, c’est précisément pour sauvegarder le P.C.U.S., fondé par Lénine, pour défendre les intérêts fondamentaux de l’Union soviétique, premier pays socialiste, et du peuple soviétique. Qui peut qualifier ceci d’ « antisoviétisme » ?

    La démarcation entre défense de l’Union soviétique et opposition à l’Union soviétique consiste à savoir si l’on défend réellement ou non la ligne marxiste-léniniste et le principe de l’internationalisme prolétarien, si l’on défend réellement ou non les intérêts fondamentaux du P.C.U.S. de l’Union soviétique et du peuple soviétique.

    Critiquer sérieusement le révisionnisme et le scissionnisme des dirigeants du P.C.U.S., c’est défendre l’Union soviétique. Par contre, appliquer une ligne révisionniste et scissionniste, comme le font les dirigeants du P.C.U.S., c’est vraiment combattre l’Union soviétique ; et suivre cette ligne erronée et s’y soumettre n’est pas défendre l’Union soviétique, mais aider les dirigeants du P.C.U.S. à porter atteinte aux intérêts fondamentaux du peuple soviétique.

    Il n’est pas inutile de rappeler ici l’attitude de Lénine envers les dirigeants du Parti social-démocrate allemand, dans les premières années du XXe siècle. Ce parti était alors le parti le plus puissant et le plus influent de la IIe Internationale.

    Mais dès que Lénine eut décelé des tendances opportunistes chez ses dirigeants, il fit comprendre aux social-démocrates russes qu’ils ne devaient pas adopter « les traits les moins honorables des social-démocrates allemands comme un exemple à suivre » [32].

    Et d’ajouter : « Nous devons critiquer les erreurs des dirigeants allemands sans hésitation et en toute franchise si nous voulons être fidèles à l’esprit de Marx et aider les socialistes russes à être à la hauteur des tâches actuelles du mouvement ouvrier » [33].

    C’est dans cet esprit de Lénine que nous voulons dire carrément aux dirigeants du P.C.U.S. : « Si vous ne redressez pas vos erreurs révisionnistes, nous continuerons à vous critiquer « sans hésitation et en toute franchise », dans l’intérêt du P.C.U.S., de l’État soviétique et du peuple soviétique, et pour l’unité du camp socialiste et du mouvement communiste international.

    DE L’ACCUSATION « S’EMPARER DE LA DIRECTION »

    Les dirigeants du P.C.U.S. imputent notre critique et notre opposition à leur ligne révisionniste et scissionniste au désir de « nous emparer de la direction ».

    Tout d’abord, nous demandons aux dirigeants du P.C.U.S. : « Vous dites que nous voulons « nous emparer de la direction ». Aux dépens de qui ? Qui détient maintenant la direction ? Y a-t-il dans le mouvement communiste international une espèce de direction dominant tous les partis frères ? Et cette direction est-elle entre vos mains ?

    Apparemment, les dirigeants du P.C.U.S. se considèrent vraiment comme les dirigeants naturels dominant tous les partis frères. Suivant leur logique, leurs programme, résolutions ou déclarations font loi. Chaque parole ou chaque mot prononcé par Khrouchtchev équivaut à un édit impérial, quelque erroné ou saugrenu qu’il soit.

    Tous les partis frères doivent écouter, obéir servilement, et toute critique ou opposition est totalement inadmissible. C’est de la tyrannie à cent pour cent. C’est, purement et simplement, une conception d’autocrate féodal.

    Cependant, nous tenons à dire aux dirigeants du P.C.U.S. que le mouvement communiste international n’est pas un rassemblement féodal.

    Tous les partis frères, grands ou petits, nouveaux ou vieux, au pouvoir ou non, sont indépendants et égaux entre eux. Aucune conférence internationale des partis frères, aucun accord adopté à l’unanimité par eux, n’a jamais stipulé qu’il existe des partis supérieurs et des partis subalternes, un parti dirigeant et des partis dirigés, partis père et partis fils, ou que les dirigeants du P.C.U.S. sont les maîtres supérieurs des partis frères.

    L’histoire du mouvement révolutionnaire prolétarien international montre que, par suite du développement inégal de la révolution, le prolétariat et son parti, de tel ou tel pays, ont pris la tête du mouvement à une étape historique donnée.

    Marx et Engels ont fait ressortir que le mouvement trade-unioniste britannique et la lutte politique de la classe ouvrière française ont été tour à tour au premier rang du mouvement prolétarien international.

    Après l’échec de la Commune de Paris, Engels déclara que « la classe ouvrière allemande se trouve désormais à l’avant-garde de la lutte du prolétariat ». Engels dit encore des ouvriers allemands qu’« on ne saurait prédire combien de temps les événements leur laisseront ce poste d’honneur ». « Mais, avant tout, il s’agit de maintenir le véritable esprit international qui n’admet aucun chauvinisme patriotique et qui salue avec joie tout nouveau progrès du mouvement prolétarien, de quelque nation qu’il provienne » [34].

    Au début du XXe siècle, la classe ouvrière russe, aux avant-postes du mouvement prolétarien international, remporta une première victoire dans l’histoire de la révolution prolétarienne.

    Lénine dit en 1919 : « Pour un laps de temps de courte durée, cela va de soi, l’hégémonie dans l’Internationale prolétarienne révolutionnaire est passée aux Russes, comme, à diverses époques du XIXe siècle, elle a appartenu aux Anglais, puis aux Français, enfin aux Allemands » [35].

    L’« avant-garde » dont parlait Engels, ou l’« hégémonie » dont parlait Lénine, n’implique nullement que le parti à l’avant-garde du mouvement ouvrier international puisse donner des ordres aux autres parti frères, ni que les autres partis frères doivent lui obéir. Lorsque le Parti social-démocrate allemand était à l’avant-garde du mouvement, Engels dit : « le Parti ouvrier allemand, n’a pas le droit de parler au nom du prolétariat européen, et encore moins d’avancer des choses fausses » [36].

    Lorsque le Parti bolchevik russe se trouvait aux avancées du mouvement, Lénine dit : « Il faut, en envisageant tous les stades de développement des autres pays, ne rien décréter de Moscou » [37].

    Même la position d’avant-garde dont parlaient Engels et Lénine ne dure pas toujours, elle se déplace en fonction des conditions changeantes. Ce déplacement n’est pas déterminé par le souhait tout subjectif de quelque individu ou parti politique, mais par les conditions que crée l’histoire.

    Si les conditions changent, d’autres partis peuvent se porter à l’avant-garde du mouvement. Lorsqu’un parti, qui est l’avant-garde, prend la voie du révisionnisme, il perd inéluctablement sa position d’avant-garde, même s’il est le parti le plus grand et le plus influent. Ce fut le cas avec l’ancien Parti social-démocrate allemand.

    Dans l’histoire du mouvement communiste international, il y eu l’Internationale communiste qui était la direction centralisée de tous les partis communistes. Elle a joué un grand rôle historique dans la création et le développement des partis communistes. Mais lorsque les partis communistes eurent grandi et que la situation du mouvement communiste international fut devenue de plus en plus complexe, la direction centralisée de l’Internationale communiste cessa d’être nécessaire et possible.

    En 1943, le Présidium du Comité exécutif de l’Internationale communiste souligna, dans une résolution proposant la dissolution de l’Internationale communiste : « Étant donné que la situation intérieure de chaque pays de même que la situation internationale sont devenues plus complexes, la solution des problèmes du mouvement ouvrier de chaque pays par l’intermédiaire d’un centre international se heurterait à des obstacles infranchissables ». Les faits ont montré que cette résolution répondait à la réalité, qu’elle était juste.

    A l’heure actuelle, dans le mouvement communiste international, la question de savoir à qui revient le droit de diriger ne se pose tout simplement pas. Les partis frères sont indépendants, complètement égaux entre eux, en même temps qu’unis. Ils doivent parvenir à l’unanimité de vue par voie de consultations pour ce qui est des problèmes d’intérêt commun et concerter leur action dans la lutte pour le but commun.

    Ces normes régissant les rapports entre partis frères sont définies explicitement dans les Déclarations de 1957 et de 1960.

    Les dirigeants du P.C.U.S. violent complètement les normes régissant les rapports entre partis frères, telles qu’elles sont définies dans les deux Déclarations, en se considérant comme les dirigeants du mouvement communiste international et en traitant les autres partis frères en subordonnés.

    En raison de conditions historiques différentes, la situation dans laquelle se trouve chaque parti frère n’est pas entièrement la même. Les partis qui ont fait triompher la révolution diffèrent de ceux qui n’ont pas encore remporté la victoire, et les partis qui l’ont remportée plus tôt diffèrent de ceux qui l’on remportée plus tard.

    Mais, cette distinction signifie uniquement que les partis victorieux, et en particulier les partis qui ont remporté plus tôt la victoire, ont de plus grandes obligations internationalistes à assumer dans le soutien aux autres partis frères, et ils n’ont nullement le droit de contrôler d’autres partis frères.

    Le P.C.U.S. fut fondé par Lénine et Staline. Il fut le premier parti à faire triompher la révolution prolétarienne, à exercer la dictature du prolétariat et à s’engager dans l’édification du socialisme. Il est logique qu’il poursuive la tradition révolutionnaire de Lénine et de Staline, qu’il prenne sur lui une plus grande responsabilité dans le soutien aux autres partis et pays frères, et se tienne au premier rang du mouvement communiste international.

    Compte tenu de ces conditions historiques, le P.C.C. a exprimé le sincère espoir de voir le P.C.U.S. assumer cette glorieuse mission historique. Sa délégation à la conférence des partis frères de Moscou en 1957 a souligné que le camp socialiste devait avoir l’Union soviétique à sa tête, étant donné que les dirigeants du P.C.U.S., malgré certaines erreurs commises, finirent par accepter la Déclaration de Moscou qui fut élaborée en commun par les partis frères. Notre proposition sur le camp socialiste ayant à sa tête l’Union soviétique fut portée dans la Déclaration.

    Nous estimons que le fait d’être à la tête n’est nullement en contradiction avec le principe de l’égalité entre partis frères. Cela n’a donné au P.C.U.S. aucun droit de disposer des autres partis frères, mais l’a seulement chargé d’une responsabilité et d’un devoir plus grands.

    Néanmoins, les dirigeants du P.C.U.S. n’étaient pas satisfaits d’être « à la tête ». Khrouchtchev s’en est plaint à plusieurs reprises. Il disait : « Qu’est-ce que cette ‘ tête’ peut nous apporter sur le plan matériel ? Ni lait ni beurre, ni pommes de terre ni légumes, ni appartements. Qu’est-ce qu’elle peut nous valoir sur le plan moral ? Rien » [38]. Et d’ajouter : « A quoi bon cette ‘tête ‘ ? Qu’elle aille au diable ! » [39].

    Les dirigeants du P.C.U.S. disent qu’ils ne veulent pas être « à la tête », mais en fait, ils réclament le privilège de régenter tous les partis frères. Leur exigence envers eux-mêmes n’est pas d’être à l’avant-garde du mouvement communiste international dans l’application de la ligne marxiste-léniniste et l’accomplissement de leur devoir internationaliste prolétarien, mais ils veulent voir tous les partis frères leur obéir à la baguette et les suivre dans la voie du révisionnisme et du scissionnisme.

    Ayant emprunté cette voie, ils n’ont plus qualité pour être à la « tête » du mouvement communiste international. Si l’on utilise encore le mot « tête » à leur sujet, il ne peut s’agir que de la tête du révisionnisme et du scissionnisme.

    La question qui se pose aujourd’hui à tous les communistes, à l’ensemble du mouvement communiste international, n’est pas de savoir qui doit diriger, mais de savoir si l’on doit s’en tenir au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien ou se soumettre au révisionnisme et au scissionnisme des dirigeants du P.C.U.S. En nous accusant de vouloir « nous emparer de la direction », les dirigeants du P.C.U.S. s’emploient en fait à nous assujettir, nous et tous les autres partis frères à leur direction révisionniste et scissionniste.

    DES CALOMNIES « CONTRECARRER LA VOLONTÉ DE LA MAJORITÉ » ET « VIOLER LA DISCIPLINE INTERNATIONALE

    Dans les attaques que les dirigeants du P.C.U.S. lancent depuis 1960 contre le P.C.C., l’accusation de « contrecarrer la volonté de la majorité » et de « violer la discipline internationale » revient le plus souvent. Passons donc en revue notre controverse à ce sujet.

    A la rencontre de Bucarest de juin 1960, les dirigeants du P.C.U.S. lancèrent une attaque surprise, en distribuant une lettre d’information attaquant le P.C.C. et ils racolèrent une majorité en vue de soumettre celui-ci. Leur tentative échoua.

    Mais après cette rencontre, ils avancèrent l’argument selon lequel la minorité doit s’incliner devant la majorité pour ce qui est des rapports entre partis frères. Ils soulignèrent que les délégués de dizaines de partis étaient opposés aux points de vue du P.C.C. et exigèrent de celui-ci qu’il « respectât » les « vues et volonté unanimement exprimées » à la rencontre de Bucarest.

    Le comité central du P.C.C. a réfuté ce faux argument dans sa réponse du 10 septembre 1960 à la lettre d’information du Comité central du P.C.U.S. Il fit remarquer que : « la question de savoir qui a raison et qui a tort vis-à-vis des principes fondamentaux du marxisme-léninisme ne saurait être tranchée dans tous les cas à la majorité des voix. La vérité reste toujours la vérité. L’erreur ne saurait, en aucune façon, être transformée en vérité, du fait d’une position temporairement majoritaire, pas plus que la vérité ne peut devenir erreur, du fait d’une position provisoirement minoritaire ».

    Cependant, dans sa lettre du 5 novembre 1960, le comité central du P.C.U.S. a réitéré l’absurde assertion exigeant la soumission de ma minorité à la majorité dans le mouvement communiste international. Citant un passage de l’article de Lénine : « Le groupe des 7 à la Douma », il accusa le P.C.C. de « ne pas respecter l’opinion de la majorité des partis frères » et de « s’opposer en fait à l’unité et à la cohésion du mouvement communiste international ».

    A la conférence des partis frères tenue à Moscou en 1960, la délégation du P.C.C. réfuta cette assertion des dirigeants du P.C.U.S. d’une façon plus approfondie. Elle déclara que dans les conditions concrètes de l’heure, où une direction centralisée comme celle de l’Internationale communiste n’existe pas et ne doit pas exister, il est tout à fait faux d’appliquer le principe exigeant la soumission de la minorité à la majorité dans les rapports entre partis frères.

    Au sein d’un parti, le principe de la soumission de la minorité à la majorité et des échelons inférieurs aux échelons supérieurs doit être observé. Mais il ne peut s’appliquer aux relations entre partis frères. Dans leurs rapports entre eux, les partis frères s’unissent chacun aux autres, chacun maintenant son indépendance.

    Là, il ne s’agit pas de soumission de la minorité à la majorité, et encore moins des échelons inférieurs aux échelons supérieurs. La seule voie à suivre dans le règlement des problèmes d’intérêt commun aux partis frères est de discuter pour parvenir à un accord unanime conformément au principe de la consultation.

    La délégation du P.C.C. fit remarquer qu’en formulant dans sa lettre le principe exigeant la soumission de la minorité à la majorité, le Comité central du P.C.U.S. avait manifestement répudié le principe de la consultation. Elle demanda : « De quels statuts super-parti s’autorise le Comité central du P.C.U.S. pour avancer un tel principe d’organisation ? Quand et où les partis communistes et ouvriers des différents pays auraient-ils adopté de tels statuts super-parti ? »

    Puis, la délégation du P.C.C. fit ressortir que le Comité central du P.C.U.S. en citant dans sa lettre un passage de l’article de Lénine : « Le groupe des 7 à la Douma », passage relatif à la situation au sein du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, avait biffé intentionnellement le mot « russe » du texte original, pour essayer d’étendre au domaine des rapports entre partis frères le principe exigeant la soumission de la minorité à la majorité, qui est d’application au sein d’un parti.

    La délégation du P.C.C. souligna ensuite : « Même à l’intérieur d’un parti, où il faut observer sur le plan de l’organisation le principe selon lequel la minorité se soumet à la majorité, on ne peut pas dire pourtant que le juste et le faux sur le problème de la connaissance idéologique puissent être toujours déterminés selon la majorité et la minorité. C’est précisément dans cet article intitulé « Le groupe des 7 à la Douma » que Lénine a critiqué sévèrement la bassesse des sept liquidateurs du groupe du parti à la Douma, qui profitaient de la majorité d’une voix pour exercer une pression sur les marxistes en minorité.

    Lénine a indiqué que quoique les sept liquidateurs fussent en majorité, ils ne pouvaient pas représenter la volonté unitaire, la résolution unitaire et la tactique unitaire de la majorité des ouvriers avancés et conscients de Russie qui s’étaient organisés dans l’esprit du marxisme, et que par conséquent tout leur bavardage concernant l’unité n’était autre chose qu’une hypocrisie totale. Lénine a dit que ‘7 éléments sans esprit de parti tentent de manger 6 marxistes et veulent qu’on appelle cela l’unité !’

    Lénine a ajouté que c’étaient précisément les actes des six marxistes faisant partie du groupe du parti à la Douma, qui étaient « conformes à la volonté de la grande majorité du prolétariat » et que l’unité et la cohérence ne pourraient être maintenues que si les sept députés ‘renonçaient à leur politique de pression’ ».

    La délégation du P.C.C. dit encore que les paroles de Lénine montrent « que même dans une cellule d’un parti, la majorité n’est pas toujours juste, que la majorité doit au contraire parfois ‘renoncer à la politique de pression’ pour maintenir l’unité. Et à plus forte raison entre partis frères. Les camarades du Comité central du P.C.U.S. se sont empressés de citer des paroles de Lénine sans même en avoir bien saisi le sens. De plus, ils ont omis exprès un mot important. Même ainsi, ils ne sont pas parvenus à leur but ».

    Nous avons cité en détail quelques passages de l’intervention de la délégation du P.C.C. à la conférence des partis frères tenue à Moscou en 1960 en vue de montrer qu’il y a longtemps que nous avons démoli totalement l’argumentation absurde des dirigeants du P.C.U.S. qui nous accusent de « contrecarrer la volonté de la majorité ». C’est précisément parce que le P.C.C. et les autres partis frères marxistes-léninistes se sont fermement opposés à cet argument fallacieux des dirigeants du P.C.U.S. que le principe de l’unanimité par voie de consultation entre partis frères a pu être inscrit dans la Déclaration de 1960.

    Cependant, les dirigeants du P.C.U.S. ne cessent de proclamer que « la minorité doit se soumettre à la majorité ». Cela ne peut que montrer leur désir de nier l’indépendance et l’égalité entre partis frères, d’abolir le principe de l’unanimité par voie de consultations entre partis frères.

    Ils cherchent à contraindre certains partis frères à obéir à leur volonté sous le couvert d’une « majorité » et à profiter de la fausse prépondérance ainsi obtenue pour attaquer les partis frères marxistes-léninistes. Ces actes des dirigeants du P.C.U.S. participent du sectarisme et du scissionnisme, et vont à l’encontre des Déclarations de 1957 et de 1960.

    Aujourd’hui, si l’on parle de discipline internationale liant tous les partis communistes, il ne peut s’agir que du respect des principes régissant les rapports entre partis frères, tels que les deux Déclarations les ont définis. Nous avons cité un grand nombre de faits pour monter que ces principes qu’il faut respecter n’ont été violés par personne d’autre que les dirigeants du P.C.U.S.

    Si ceux-ci s’obstinent à vouloir tracer une ligne entre »majorité » et « minorité », nous leur dirons franchement que nous ne reconnaissons pas leur majorité. La majorité dont vous vous targuez est une fausse majorité. La vraie majorité n’est pas de votre côté. Les membres des partis frères qui s’en tiennent au marxisme-léninisme seraient-ils en minorité dans le mouvement communiste international ? Vous et vos partisans être sérieusement coupés des masses ; la grande masse des membres des partis et du peuple qui n’approuvent pas votre ligne erronée pourrait-elle donc être comptée dans votre « majorité » ?

    La question fondamentale est de savoir qui est avec la grande masse des peuples, qui représente leurs intérêts fondamentaux et qui est l’expression de leur volonté révolutionnaire.

    Parlant de la situation dans le Parti social-démocrate allemand, Lénine disait en 1916 : « Liebknecht et Rühle, cela ne fait que deux contre cent huit. Mais ces deux représentent des millions d’individus, les masses exploitées, l’énorme majorité de la population, l’avenir de l’humanité, la révolution qui grandit et mûrit tous les jours. Les cent huit ne représentent que l’esprit de servilité d’une petite coterie de laquais de la bourgeoisie au sein du prolétariat » [40].

    Aujourd’hui, plus de 90 pour cent de la population mondiale veut la révolution, y compris ceux qui n’ont pas encore pris, mais prendront finalement conscience. La vraie majorité, ce sont les partis révolutionnaires marxistes-léninistes et les marxistes-léninistes, qui représentent les intérêts fondamentaux des peuples, et non la poignée de révisionnistes qui les a trahis.

    DE L’ACCUSATION « SOUTENIR LES GROUPES
    ANTIPARTI DES PARTIS FRÈRES »

    Dans la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S., les dirigeants du Parti soviétique nous ont calomniés en disant que « la direction du P.C.C. organise et soutient différents groupes antiparti de renégats qui se dressent contre les partis communistes aux U.S.A., au Brésil, en Italie, en Belgique, en Australie et en Inde.

    Quels sont les faits ?

    La vérité et que la scission qui s’est manifestée ces dernières années dans certains partis communistes est due, dans une grande mesure, à l’application forcée de la ligne révisionniste et scissionniste imposée par les dirigeants du P.C.U.S.

    Les dirigeants de certains partis communistes ont détourné le mouvement révolutionnaire de leur pays de la bonne voie et porté préjudice à la cause révolutionnaire, soit qu’ils aient accepté la ligne révisionniste que leur ont imposée les dirigeants du P.C.U.S., soit que leur propre ligne révisionniste se soit vue encouragée par les dirigeants du P.C.U.S.

    Emboîtant le pas aux dirigeants du P.C.U.S. et faisant une publicité tapageuse pour ceux-ci dans la lutte entre les deux lignes au sein du mouvement communiste international, ils exercent une influence néfaste sur l’unité du mouvement. D’où, inévitablement, un mécontentement général dans leurs partis, une résistance et une opposition de la part des marxistes-léninistes de ces partis.

    Les disciples des dirigeants du P.C.U.S. transposent mécaniquement la politique scissionniste au sein de leur parti. Violant le centralisme démocratique, ils interdisent dans le Parti toute discussion normale sur les divergences au sujet de la ligne du Parti et sur les questions majeures actuelles du mouvement communiste international. Ils usent en outre de moyens illicites pour frapper d’interdit, attaquer et même exclure les communistes qui s’en tiennent aux principes. Résultat inévitable : au sein de ces partis, la lutte entre les deux lignes revêt une forme particulièrement acharnée.

    Par essence, la lutte dans ces partis communistes est une question de choix à opérer entre ligne marxiste-léniniste et ligne révisionniste, une question d’édifier le parti communiste en une véritable avant-garde et un véritable parti révolutionnaire du prolétariat, ou d’en faire un serviteur de la bourgeoisie et une variante du parti social-démocrate.

    Dans la lettre ouverte, les dirigeants du P.C.U.S. ont déformé la vérité sur la lutte dans les partis communistes des Etats-Unis, du Brésil, d’Italie, de Belgique, d’Australie et de l’Inde. Ils injurient, dans les termes les plus perfides, les marxistes-léninistes attaqués et frappés d’interdit par les groupes révisionnistes de leur parti.

    Les dirigeants du P.C.U.S. peuvent-ils camoufler et altérer la vérité sur la lutte dans ces partis communistes en faisant passer pour blanc ce qui est noir ? Cela est assurément impossible.

    Voyons par exemple la lutte au sein du Parti communiste de Belgique.

    Les divergences au sein de ce parti ne datent pas d’hier. Cette lutte a gagné en intensité, à mesure que l’ancien groupe dirigeant de ce parti, abandonnant le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien, s’enfonçait dans le bourbier du révisionnisme.

    Durant la rébellion contre-révolutionnaire en Hongrie, la clique révisionniste du Parti communiste de Belgique est allée jusqu’à faire une déclaration condamnant l’Union soviétique d’avoir aidé le peuple travailleur hongrois à écraser la rébellion.

    Cette clique révisionniste s’est prononcée contre la résistance armée du peuple congolais à la répression sanglante exercée par les colonialistes belges, et pour l’utilisation de l’O.N.U. par l’impérialisme américain en vue d’intervenir au Congo et d’y réprimer le mouvement d’indépendance nationale. Elle s’est targuée, sans honte, d’avoir été la première à en appeler à l’O.N.U. et d’avoir réclamé « l’application rapide et intégrale des décisions de l’O.N.U. » [41].

    Elle a vanté le programme révisionniste de la clique Tito, disant qu’il « contient indubitablement des idées qui enrichissent le marxisme-léninisme » [42].

    Elle a dénigré la Déclaration de 1960, prétendant qu’elle était confuse, que « toutes les vingt lignes, il y a une phrase qui contredit la ligne générale de la Déclaration » [43].

    Durant la grande grève ouvrière belge de fin 1960 et début 1961, cette clique révisionniste a cherché à paralyser la combativité des ouvriers en qualifiant la résistance des ouvriers à la répression exercée par les forces policières et la gendarmerie d’« actes légers et irresponsables » [44].

    Face à ces actes de trahison des intérêts de la classe ouvrière belge et du prolétariat international, il est tout naturel que les marxistes-léninistes belges ayant à leur tête le camarade Jacques Grippa aient combattu sérieusement cette clique révisionniste. Ils ont démasqué et critiqué ses erreurs, ils ont résisté et se sont opposés résolument à sa ligne révisionniste.

    Il est donc clair que la lutte à l’intérieur du Parti communiste de Belgique se livre entre la ligne marxiste-léniniste et la ligne révisionniste.

    Mais quelle attitude la clique révisionniste a-t-elle adoptée envers cette lutte intérieure ? Appliquant une politique sectaire et scissionniste, elle a usé de moyens illicites pour attaquer et frapper d’interdit les communistes fidèles aux principes marxistes-léninistes. Au XIVe Congrès du Parti communiste de Belgique, elle a refusé d’entendre Jacques Grippa et ses camarades et, au mépris de l’opposition de la grande masse des membres du Parti, elle a prononcé illégitimement leur exclusion du Parti.

    C’est dans ces circonstances que les marxistes-léninistes belges ayant à leur tête le camarade Jacques Grippa ont maintenu la ligne révolutionnaire, combattu résolument la ligne révisionniste et scissionniste de la clique dirigeante et lutté pour la reconstitution du Parti communiste de Belgique. Leur action n‘est-elle pas absolument juste et irréprochable ?

    En soutenant et en encourageant ouvertement la clique révisionniste du Parti communiste de Belgique à attaquer et à frapper d’interdit les marxistes-léninistes belges, les dirigeants du P.C.U.S. se sont tout simplement affichés comme les artisans de la scission des partis frères.

    Et au sein du Parti communiste indien, la situation est plus grave encore.

    Dans « Le miroir des révisionnistes », publié le 9 mars 1963 par la Rédaction du Renmin Ribao, nous avons indiqué, avec un grand nombre de faits à l’appui que la clique des renégats ayant Dange pour chef de file, a trahi le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien, la cause révolutionnaire du prolétariat et du peuple indiens et emprunté la voie du chauvinisme et du capitulationnisme de classe.

    Cette clique a usurpé la direction du Parti communiste indien et, conformément à la volonté de la grande bourgeoisie et des gros propriétaires fonciers de l’Inde, elle a transformé le Parti communiste indien en un laquais du gouvernement Nehru qui est le représentant de leurs intérêts.

    Et que s’est-il produit depuis lors au sein du Parti communiste indien ?

    Le monde entier peut constater maintenant que la clique Dange continue dans la voie de la trahison. Elle continue à prêcher la collaboration de classe, la « réalisation » du « socialisme » indien au travers du gouvernement Nehru.

    Elle a vivement appuyé le colossal budget d’expansion des armements et de préparatifs de guerre du gouvernement Nehru et ses mesures visant à gruger le peuple. En août 1963, elle sabota la grande grève de Bombay, d’un million d’hommes, dirigée contre la politique d’actions du gouvernement Nehru.

    Elle fit obstacle à Calcutta à l’organisation d’une manifestation de masse demandant la mise en liberté des communistes incarcérés, manifestation à laquelle participèrent cent mille hommes. Elle poursuit de frénétiques activités antichinoises et appuie la politique expansionniste du gouvernement Nehru. Elle suit la politique de ce gouvernement, la mise sous l’égide de l’impérialisme américain.

    Dange et consorts se sont heurtés à l’opposition et à la résistance grandissante de la masse des membres du Parti communiste indien au fur et à mesure qu’ils se sont révélés des renégats. Et de plus en plus nombreux sont les communistes indiens qui discernent clairement que Dange et consorts sont un fléau pour le Parti communiste et le peuple indiens. Ils combattent pour rétablir la glorieuse tradition révolutionnaire du Parti communiste indien. Ils sont les authentiques représentants et l’espoir du prolétariat et du peuple indiens.

    Les dirigeants du P.C.U.S. ont mené grand bruit autour du soutien du P.C.C. aux « renégats » et aux « traitres » ; cependant ce sont eux-mêmes qui soutiennent les renégats et les traîtres à cent pour cent, tels Dange et consorts, et personne d’autre.

    Les dirigeants du P.C.U.S. ont insulté les communistes de nombreux pays qui osent combattre le révisionnisme et le scissionnisme, les qualifiant de « renégats », « traîtres » et « éléments antiparti ». Mais, qu’ont-ils donc fait, ces communistes ?

    Rien, sinon s’en tenir au marxisme-léninisme et insister pour avoir un parti révolutionnaire et une ligne révolutionnaire. Les dirigeants du P.C.U.S. croient-ils vraiment que leurs insultes peuvent faire fléchir ces marxistes-léninistes, les amener à abandonner leur combat pour le maintien de la juste ligne et contre la ligne erronée, à s’abstenir de le mener jusqu’au bout ? Leurs beaux desseins ne se réaliseront jamais.

    Depuis toujours, les vrais révolutionnaires, les vrais combattants révolutionnaires prolétariens, les vrais marxistes-léninistes, partisans du matérialisme militant, sont sans peur et ne craignent pas les insultes des réactionnaires et des révisionnistes.

    Car ils savent que l’avenir n’est pas avec les réactionnaires et les révisionnistes, en apparence des géants qui en imposent, mais avec les « gens de peu » comme eux. Tous les grands hommes furent des « gens de peu » au départ. Ceux qui semblent tout d’abord insignifiants finiront par l’emporter, s’ils ont la vérité pour eux et bénéficient du soutien des masses. Ce fut le cas avec Lénine et la IIIe Internationale.

    Alors que les manitous et les grands groupements sont voués au déclin, deviennent insignifiants et nauséabonds, lorsque la vérité n’est plus avec eux et que l’appui des masses leur échappe. Ce fut le cas avec Bernstein, Kautsky et la IIe Internationale. Dans des conditions données, les choses se transforment invariablement en leur contraire.

    Les communistes sont les artisans de la révolution. S’ils refusent de la faire, ils cessent d’être des marxistes-léninistes et deviennent des révisionnistes ou autre chose. En tant que marxistes-léninistes, ils ont pour devoir sacré de rester sur leurs positions révolutionnaires et de combattre le révisionnisme. De même, les partis marxistes-léninistes se doivent de soutenir fermement les révolutionnaires, de soutenir les communistes qui combattent le révisionnisme.

    Le P.C.C. n’a jamais caché sa position. Nous soutenons les camarades révolutionnaires du monde entier qui s’en tiennent au marxisme-léninisme.

    Dans le mouvement communiste international, nous maintenons même encore des contacts avec les révisionnistes ; alors pourquoi ne pourrions-nous en faire autant avec les marxistes-léninistes ? Les dirigeants du P.C.U.S. ont qualifié notre soutien aux marxistes-léninistes d’autres pays d’actes scissionnistes. A notre avis, il s’agit simplement là d’une obligation internationaliste prolétarienne que nous nous devons de remplir.

    Ne craignant pas la tyrannie ni les difficultés, maintenant la vérité et osant passer au combat, les marxistes-léninistes de tous les pays ont fait preuve du grand esprit révolutionnaire des combattants communistes.

    Tels sont les héroïques combattants, les communistes belges représentés par Jacques Grippa et d’autres camarades, les communistes brésiliens représentés par Joâo Amazonas, Mauricio Grabois et d’autres camarades, les communistes australiens représentés par E.F. Hill et d’autres camarades, les communistes ceylanais représenté par Premalal Kumarasiri, N. Sanmugathasan et d’autres camarades, ainsi que les marxistes-léninistes qui sont à l’intérieur ou en dehors des partis communistes de l’Inde, d’Italie, de France, des États-Unis et d’autres pays.

    Ils ont fait d’importantes contributions à la cause commune du prolétariat mondial en s’en tenant à la théorie révolutionnaire du marxisme-léninisme, en œuvrant inlassablement pour bâtir des partis révolutionnaires, avant-garde du prolétariat, armés des principes marxistes-léninistes, et en persévérant dans la ligne révolutionnaire qui répond aux intérêts fondamentaux du prolétariat et des autres travailleurs de leurs pays. Il est tout à fait naturel qu’ils aient gagné le respect, la sympathie et le soutien de tous ceux qui luttent pour le triomphe du communisme à travers le monde.

    Bref, dans n’importe quel pays ou région du monde, où il y a oppression, il y a résistance ; où il y a des révisionnistes, il y a des marxistes-léninistes pour les combattre : et là où, à l’égard des marxistes-léninistes, il est recouru à l’exclusion du Parti et autres méthodes scissionnistes, d’éminents marxistes-léninistes et de puissants partis révolutionnaires surgissent. Des changements allant à l’encontre des vœux des révisionnistes modernes sont en cours. Ces derniers engendrent leurs propres contraires qui finiront par les enterrer. C’est une loi objective, inexorable.

    LE DÉBAT PUBLIC EN COURS

    Marxisme-léninisme ou révisionnisme, internationalisme prolétarien ou chauvinisme de grande puissance, unité ou scission, tel est le fond du grand débat qui se poursuit actuellement au sein du mouvement communiste international. Cette controverse qui touche aux principes fondamentaux, a surgi dès après le XXe Congrès du P.C.U.S., et, pendant une période assez longue, elle s’est poursuivie dans les entretiens entre partis frères, pour devenir publique il y a un peu plus de deux ans.

    Chacun sait que ce débat public a été déclenché par les dirigeants du P.C.U.S. et ce sont eux qui s’obstinent à le poursuivre.

    A leur XXIIe Congrès, en octobre 1961, ils attaquèrent publiquement le Parti du Travail d’Albanie. Le camarade Chou En-laï, chef de la délégation du P.C.C., s’opposa, dans son allocution au Congrès, à la manière d’agir des dirigeants du P.C.U.S. et fit remarquer qu’il ne s’agissait pas là d’une attitude marxiste-léniniste sérieuse.

    Que répondirent les dirigeants du P.S.C.US ? Ils prétendirent qu’ils avaient « vu juste » [45] en ouvrant le débat public, que c’était « l’unique position de principe, juste et véritablement marxiste-léniniste » [46].

    Puis, en janvier 1962, le Parti des Travailleurs du Vietnam proposa que « fin soit mise aux attaques mutuelles entre les Partis à la radio et dans la presse », et le P.C.C., le Parti du Travail d’Albanie et d’autres partis frères soutinrent cette proposition.

    Cependant, les dirigeants du P.C.U.S. refusèrent en fait de prendre un engagement définitif quant à l’arrêt de la polémique ouverte. Et loin de cesser leurs attaques publiques contre le Parti du Travail d’Albanie, ils organisèrent l’attaque ouverte contre le P.C.C. à cinq congrès de partis frères d’Europe, fin 1962 et début 1963, provoquant ainsi une polémique ouverte d’une ampleur bien plus grande. C’est ce qui nous obligea à répliquer publiquement aux attaquants.

    Alors que nous n’avions pas encore répondu à toutes les attaques des partis frères, le Comité central du P.C.C. déclara en mars 1963, dans sa lettre-réponse au Comité central du P.C.U.S., que dans le but de créer une atmosphère favorable aux entretiens prévus entre les Partis chinois et soviétique, il cesserait provisoirement, à parti du 9 mars 1963, de répondre publiquement par la voie de la presse, tout en se réservant le droit de le faire.

    Cependant, à la veille des entretiens entre les deux Partis, les dirigeants du P.C.U.S. en vinrent à attaquer publiquement et nommément le P.C.C., par la publication de déclarations et l’adoption de résolutions.

    Le 14 juillet, alors que se déroulaient à Moscou les entretiens entre les délégations des Partis chinois et soviétique, le Comité central du P.C.U.S. fit paraître une lettre ouverte aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union soviétique, lettre qui, par la déformation des faits, la confusion du vrai et du faux, le recours à la démagogie et aux insultes de toutes sortes, s’en prenait outrageusement au P.C.C. et au camarade Mao Tsé-toung. Les dirigeants du P.C.U.S. relançaient ainsi le débat public et lui donnaient une envergure sans précédent.

    A partir du 15 juillet 1963, les dirigeants du P.C.U.S. se mirent à calomnier et à attaquer la Chine comme s’il s’agissait de leur ennemi n° 1, par tous les moyens à leur disposition, depuis les déclarations gouvernementales jusqu’aux articles de presse, en passant par des discours de dirigeants et des meetings ; ils mirent toute leur machine de propagande en action, presse nationale et presse locale, stations de radio et de télévision.

    Du 15 juillet à fin octobre, les vingt-six journaux et périodiques à circulation nationale de l’Union soviétique publièrent en tout 1.119 articles de leurs rédactions, éditoriaux, commentaires, articles signés, lettres de lecteurs, caricatures, etc. attaquant nommément le P.C.C. et ses dirigeants, les camarades Mao-Tés-toung, Liou Chao-chi, Chou En-laï et d’autres. Quant à la presse locale soviétique, selon des chiffres incomplets portant sur les quinze organes des républiques fédérées, elle publia 728 articles, etc. attaquant la Chine pendant la même période.

    Nous avons publié tous les matériaux d’une certaine importance de la propagande antichinoise, et notamment, à deux reprises et dans son intégrité, la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. qui a en outre été radiodiffusée dans plus d’une dizaine de langues étrangères au cours de nos émissions destinées à l’étranger, afin de porter le point de vue des dirigeants du P.C.U.S. à la connaissance de ceux qui s’intéressent au début public. Nous n’avons pas publié tous les articles antichinois de l’Union soviétique, tout simplement parce qu’ils sont tellement nombreux et dans la plupart des cas se copient l’un l’autre, et parce que notre presse dispose d’une place limitée. Nos maisons d’édition ont rassemblé tous ces articles et les sortiront au fur et à mesure sous forme de livres.

    Le côté soviétique a déjà publié contre la Chine près de deux mille articles et autres. Selon le principe de l’égalité entre partis frères, le côté chinois est en droit de donner un nombre de réponses approprié.

    Etant donné que la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. touche à un assez grand nombre de questions, à une série de principes fondamentaux du marxisme-léninisme et à de nombreux événements importants survenus ces sept ou huit dernières années dans le mouvement communiste international, les rédactions du Renmin Ribao et du Honqi ont commencé à publier, suite à une étude sérieuse, une série de commentaires, à partir du 6 septembre 1963. Nous n’avons publié à ce jour, compte tenu du présent article, que sept commentaires sur la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S.

    Nous n’avons pas fini de la commenter, et nous n’avons pas encore répondu au grand nombre d’articles antichinois de la presse nationale et locale de l’Union soviétique.

    Répondant à des journalistes le 25 octobre 1963, Khrouchtchev préconisa la fin du débat public. Cependant, la presse soviétique n’en poursuivit pas moins ses attaques contre la Chine.

    Tout récemment, les dirigeants du P.C.U.S. ont proposé une nouvelle fois de mettre fin au débat public et déclaré qu’il « a porté un grave préjudice au mouvement communiste ». Nous demandons aux dirigeants du P.C.U.S. : vous avez pourtant affirmé que le débat public était « dans l’intérêt de l’ensemble du mouvement communiste international », et qu’il répondait à la « seule position de principe, juste et véritablement marxiste-léniniste ». Vous dites tantôt ceci, tantôt cela, que manigancez-vous en définitive ?

    Nous disons encore aux dirigeants du P.C.U.S. : nous demander de renoncer à répondre alors que nous n’avons même pas publié dix articles en réponse à vos deux mille articles et autre matériaux antichinois ni même fini de répondre à la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S., cela correspond-il au principe d’égalité entre partis frères ?

    Vous qui avez tant parlé et si longtemps, vous vous impatientez, vous vous sentez déjà à bout et refusez de nous écouter, alors que nous commençons seulement de parler ; cela correspondrait-il aux principes de la discussion démocratique ?

    Nous demandons encore aux dirigeants du P.C.U.S. : dans la Déclaration du Gouvernement soviétique du 21 septembre 1963, vous avez dit que si les Chinois poursuivent le débat, « ils doivent se rendre bien compte que dans cette voie, ils se heurteront à la riposte la plus résolue de la part du P.C.U.S. et du peuple soviétique tout entier ».

    Cette hâblerie des dirigeants du P.C.U.S., est-elle autre chose qu’intimidation et menace flagrantes ? Croyez-vous vraiment qu’il vous suffit de donner des ordres pour qu’on vous obéisse docilement, et de crier, pour que l’on tremble ? A vrai dire, depuis le 21 septembre, nous attendons avec curiosité de voir en quoi consisterait « la riposte la plus résolue ».

    Camarades et amis, vous vous trompez sur toute la ligne. Puisque le débat public est engagé, il faut le mener selon les règles. Si vous estimez avoir assez parlé, laissez donc votre interlocuteur vous répondre. Si vous estimez avoir encore beaucoup à dire, alors dites-le, s’il vous plaît. Mais lorsque vous l’aurez fait, laissez votre interlocuteur dire ce qu’il a à dire.

    En un mot, à chacun sa chance. N’avez-vous pas affirmé que les partis frères sont égaux entre eux ? Dans ces conditions, pourquoi pourriez-vous provoquer un débat public quand l’envie vous prend d’attaquer des partis frères, et pourquoi pourriez-vous priver les partis frères attaqués de leur droit de répondre publiquement quand l’envie vous prend de cesser le débat ?

    Les dirigeants du P.C.U.S. ont sans aucun scrupule provoqué le débat public, ils l’ont élargi et se sont obstinés à le mener. Puis, ils se mettent maintenant à en demander la fin à grands cris. Qu’est-ce que cela cache ?

    Les événements, semble-t-il, ont évolué contrairement à l’attente de ceux qui ont provoqué le débat public. Les dirigeants du P.C.U.S. ont d’abord cru qu’il serait à leur avantage, mais il évolue dans un sens qui va à l’encontre de leurs désirs.

    La vérité n’est pas de leur côté, et c’est pour cela que dans leurs attaques, ils ne peuvent compter que sur le mensonge, la calomnie, la déformation des faits et la confusion du vrai et du faux. Mais quand la discussion se développe, qu’il s’agit d’avancer des faits et de raisonner, ils sentent la terre se dérober sous leurs pas et ils prennent peur.

    Lénine a dit que, pour les révisionnistes, « il n’est rien de plus désagréable, de plus indésirable, de plus inacceptable que de porter au grand jour les principaux points de désaccord concernant la théorie, le programme, la tactique et l’organisation » [47].

    C’est exactement la situation dans laquelle se trouvent actuellement les dirigeants du P.C.U.S.

    La position du P.C.C. à l’égard du débat public est connue de tous. Dès le début, nous avons estimé que les divergences entre partis frères doivent être réglées par voie de consultations intérieures. Le débat public n’a été ni provoqué ni voulu par nous.

    Mais puisqu’il est ouvert, et que les dirigeants du P.C.U.S. ont déclaré que le mener, c’est « agir selon le style de Lénine » [48], il doit donc se dérouler sur la base de la discussion en toute démocratie, par des apports de faits et une argumentation sensée, jusqu’à ce que toute la vérité soit établie au grand jour.

    Ce qui est le plus important encore, c’est que les dirigeants du P.C.U.S. ayant trahi ouvertement le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien, et déchiré publiquement les Déclarations de 1957 et de 1960, ils ne peuvent s’attendre à ce que nous nous abstenions de défendre le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien, les principes révolutionnaires des deux Déclarations.

    Puisque le débat concerne les questions de principe du mouvement communiste international, celles-ci doivent donc être complètement éclaircies. C’est là aussi une attitude marxiste-léniniste sérieuse.

    Le fond du problème tient dans ce que les divergences actuelles au sein du mouvement communiste international sont celles existant entre marxisme-léninisme et révisionnisme, entre internationalisme prolétarien et chauvinisme de grande puissance.

    Mettre fin au débat public ne peut apporter de solution radicale à des divergences de principe d’une telle importance. Au contraire, c’est seulement par lui, par la production des faits, par le raisonnement, qu’il sera possible de clarifier les choses, de distinguer entre le vrai et le faux, de sauvegarder et de renforcer l’unité du mouvement communiste international sur la base du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien.

    Le marxisme-léninisme est une science, et la science ne craint pas le débat, seul le craint ce qui n’est pas de la science. Le grand débat qui se déroule actuellement au sein du mouvement communiste international incite les communistes, les révolutionnaires, les masses révolutionnaires de tous les pays à réfléchir aux problèmes, à méditer sérieusement les questions de la révolution dans leur propre pays et de la révolution mondiale, conformément aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme. Par ce grand débat, les gens seront mieux à même de distinguer entre le vrai et le faux, entre véritable marxisme-léninisme et faux marxisme-léninisme.

    Par ce grand débat, les éléments révolutionnaires du monde entier seront mobilisés, tous les marxistes-léninistes se tremperont idéologiquement et politiquement, et pourront mieux encore unir le marxisme-léninisme à la pratique concrète de leur propre pays. Le marxisme-léninisme en sera certainement enrichi, développé et sera porté à de nouveaux sommets.

    LA VOIE DE LA SAUVEGARDE
    ET DU RENFORCEMENT DE L’UNITÉ

    Le révisionnisme et le chauvinisme de grande puissance des dirigeants du P.C.U.S. constituent une menace d’une gravité sans précédent pour l’unité du camp socialiste et l’unité du mouvement communiste international. En adoptant une position révisionniste et chauvine de grande puissance, les dirigeants du P.C.U.S. se prononcent en fait pour la scission.

    Quelle que soit la volubilité avec laquelle ils parlent d’« unité », et leur façon de traiter les autres de « scissionnistes » et de « sectaires », aussi longtemps qu’ils restent sur pareille position, ils travaillent en fait à une unité factice et à une scission réelle.

    Le P.C.C., de même que tous les autres partis marxistes-léninistes et tous les marxistes-léninistes s’en tiennent au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien. Cette position est la seule juste qui permette de sauvegarder et de renforcer la véritable unité du camp socialiste et du mouvement communiste international.

    Le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien sont à la base de l’unité du camp socialiste et du mouvement communiste international. C’est seulement sur cette base que l’unité des partis frères et pays frères peut être bâtie. Sans cette base, impossible de parler d’unité. Lutter pour le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien revient à lutter pour l’unité du mouvement communiste international. Persévérer dans les principes et s’en tenir à l‘unité sont choses inséparables.

    Si les dirigeants du P.C.U.S. veulent vraiment l’unité et non pas seulement en apparence, ils doivent s’en tenir fidèlement aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme, à la théorie marxiste-léniniste sur les classes et la lutte des classes, sur l’État et la révolution, et en particulier sur la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat. Ils ne peuvent en aucun cas substituer la collaboration de classe ou la capitulation de classe à la lutte de classe, le réformisme social ou le pacifisme social à la révolution prolétarienne, ni abolir la dictature du prolétariat, sous quelque prétexte que ce soit.

    Si les dirigeants du P.C.U.S. veulent vraiment l’unité et non pas seulement en apparence, ils doivent observer strictement les principes révolutionnaires des Déclarations de 1957 et de 1960. Il est absolument inadmissible qu’ils substituent le programme de leur propre Parti au programme adopté d’un commun accord par tous les partis frères.

    Si les dirigeants du P.C.U.S. veulent vraiment l’unité et non pas seulement en apparence, ils doivent tracer une nette ligne de démarcation entre amis et ennemis, ils doivent s’unir à tous les pays socialistes, à tous les partis frères marxistes-léninistes, à tous les prolétaires, à tous les peuples et nations opprimés du monde et à tous les pays et tous les hommes attachés à la paix, pour s’opposer à l’impérialisme américain, principal ennemi des peuples du monde, et à ses laquais.

    Ils ne doivent en aucun cas confondre l’ami et l’ennemi, prendre l’ennemi pour l’ami et l’ami pour l’ennemi, ni s’allier à l’impérialisme américain, aux réactionnaires des différents pays et à la clique du renégat Tito, pour s’opposer aux pays frères, aux partis frères et aux révolutionnaires de partout, dans le vain espoir de dominer le monde grâce à une collaboration américano-soviétique.

    Si les dirigeants du P.C.U.S. veulent réellement l’unité et non pas seulement en apparence, ils doivent être fidèles à l’internationalisme prolétarien et s’en tenir strictement aux principes régissant les rapports entre partis et pays frères, tels qu’ils sont définis dans les deux Déclarations. Ils ne doivent pas remplacer ces principes par le chauvinisme de grande puissance et l’égoïsme national. C’est-à-dire qu’ils doivent :

    respecter le principe de soutien, et ne jamais inciter certains partis frères à attaquer d’autres partis frères, ni se livrer à des activités sectaires et scissionnistes ;

    respecter le principe de soutien et d’aide mutuels, et ne jamais tenter de contrôler les autres sous le couvert de l’aide ni, sous prétexte de « division internationale du travail », porter atteinte à la souveraineté et aux intérêts des pays frères et s’opposer à l’édification du socialisme entrepris par ces pays en comptant sur leurs propres efforts ;

    respecter le principe d’indépendance et d’égalité, et ne jamais se situer au-dessus des autres partis frères ni imposer aux autres partis le programme, la ligne et les résolutions de leur propre Parti. Ne jamais s’ingérer dans les affaires intérieures des autres partis frères ni entreprendre d’activités subversives sous prétexte de « lutte contre le culte de la personnalité ». Ne jamais traiter les partis frères comme des annexes, ni les pays frères comme de pays dépendants ;

    respecter le principe de l’unanimité par voie de consultation et ne jamais imposer la ligne erronée de leur propre Parti sous couvert d’une soi-disant majorité, ni utiliser le congrès de leur Parti et d’autres partis frères pour attaquer publiquement et nommément d’autre partis frères, par l’adoption de résolutions, de déclarations, des discours des dirigeants, etc., ni aller jusqu’à étendre les divergences idéologiques entre partis frères au domaine des rapports entre Etats.

    Bref, si les dirigeants du P.C.U.S. veulent vraiment l’unité du camp socialiste et du mouvement communiste international, ils doivent renoncer complètement à leur ligne révisionniste, chauvine de grande puissance et scissionniste.

    C’est seulement en étant fidèle, en actes et non seulement en paroles, au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien, en combattant le révisionnisme moderne, le dogmatisme moderne, le chauvinisme de grande puissance et les autres formes du nationalisme bourgeois, le sectarisme et le scissionnisme, que l’on pourra préserver et renforcer l’unité du camp socialiste et du mouvement communiste international. C’est là la seule voie qui permette de la sauvegarder et de la renforcer.

    La situation mondiale actuelle est excellente dans son ensemble. Le mouvement communiste international a remporté de brillantes victoires et modifié radicalement le rapport des forces de classe sur le plan international. Il est en butte aujourd’hui aux assauts du courant adverse que sont le révisionnisme et le scissionnisme ; ce phénomène est en concordance avec la loi du développement historique. Il en est résulté des difficultés temporaires pour le mouvement communiste international et certains partis frères, mais en se montrant tels qu’ils sont, les révisionnistes ont suscité une lutte entre marxisme-léninisme et révisionnisme, et c’est là un fait positif.

    Nul doute que le marxisme-léninisme continuera à faire preuve de son ardeur juvénile et s’épanouira dans le monde entier, que le mouvement communiste international sera plus fort, plus uni encore sur la base du marxisme-léninisme.

    La cause du prolétariat international et la révolution des peuples du monde remporteront à coup sûr des victoires plus brillantes encore. Le révisionnisme moderne est voué à une faillite certaine.

    Nous voudrions conseiller aux dirigeants du P.C.U.S. d’envisager les choses calmement : que gagnerez-vous en vous cramponnant au révisionnisme et au scissionnisme ?

    Nous tenons à en appeler sincèrement, et une fois de plus, aux dirigeants du P.U.C.S. pour qu’ils reviennent au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien, aux principes révolutionnaires des Déclarations de 1957 et de 1960 et aux principes régissant les rapports entre partis et pays frères tels qu’ils sont définis dans les deux Déclarations, afin d’éliminer les divergences, de renforcer l’unité du mouvement communiste international, l’unité du camp socialiste et l’unité entre la Chine et l’Union soviétique sur la base des principes.

    Malgré les graves divergences existant entre les dirigeants du P.C.U.S. et nous, nous avons toujours pleine confiance dans la grande masse des membres du P.C.U.S. et dans le peuple de l’Union soviétique qui ont grandi dans l’enseignement de Lénine et de Staline. Les communistes et le peuple chinois poursuivront, comme toujours, leurs efforts pour sauvegarder l’unité entre la Chine et l’Union soviétique, pour consolider et développer la profonde amitié qui lie les peuples chinois et soviétique.

    Communistes de tous les pays, unissons-nous sur la base du marxisme-léninisme !

    [1] Lettres choisies de Marx et d’Engels.

    [2] Lettres choisies de Marx et d’Engels.

    [3] Œuvres choisies de Marx et d’Engels (en deux volumes), tome II.

    [4] Ibidem.

    [5] Ibidem.

    [6] Lettres choisies de Marx et d’Engels.

    [7] Ibidem.

    [8] Lettre à Paul Lafargue, 27 octobre 1890.

    [9] Voir V. I. Lénine : « Notre programme », Œuvres, tome 4.

    [10] V. I. Lénine : « La Violation de l’unité aux cris de ‘Vive l’unité’ », Œuvres, tome 20.

    [11] 1V. I. Lénine : « La Désagrégation du bloc ‘d’août’ », Œuvres, tome 20.

    [12] Discours et textes choisis de Rosa Luxembourg, tome 2.

    [13] V. I. Lénine : « La Guerre et la social-démocratie russe », Œuvres, tome 21.

    [14] Lettres choisies de Marx et d’Engels.

    [15] V. I. Lénine : « La Violation de l’unité aux cris de ‘Vive l’unité !’ », Œuvres, tome 20.

    [16] Ibidem.

    [17] V. I. Lénine : « Lettre de Lénine au groupe bolchévik de Zurich », Œuvres, tome 8

    [18] V. I. Lénine : « La Voix d’un socialiste français honnête », Œuvres, tome 21.

    [19] Ibidem

    [20] « Pour l’unité et la cohésion du mouvement communiste international », par la Rédaction de la Pravda, 6 décembre 1963.

    [21] Entretien de Khrouchtchev avec Cowles, éditeur du magazine américain Look, 20 avril 1962, et rapport de Khrouchtchev au Soviet suprême en décembre 1962.

    [22] « Ouverture diplomatique : le bloc se fissure », The Nation, 9 février 1963.

    [23] « Moscou-Pékin, où en la brèche ? », Newsweek, 26 mars 1962.

    [24] « Avec le Traité d’interdiction des essais nucléaires, Khrouchtchev a-t-il changé sa façon d’agir ? », U.S. News & World Report, 30 septembre 1963.

    [25] « L’Unité communiste est considérée aux Etats-Unis comme passée », The Times, 17 janvier 1962.

    [26] « Le périscope », Newsweek, 1er juillet 1963.

    [27] « La Situation internationale et notre tâche », résolution adoptée en juin 1963 par le Congrès de réunification de la « IVe Internationale » (trotskiste).

    [28] « La Nouvelle étape de la révolution russe et la crise du stalinisme », résolution adoptée par la réunion du Comité national du Parti ouvrier socialiste (trotskiste) des États-Unis du 13 au 15 avril 1956.

    [29] « La Répercussion du XXIIe Congrès du P.C.U.S. », résolution adoptée le 5 décembre 1961 par le Secrétariat international de la « IVe Internationale » (trotskiste).

    [30] V. I. Lénine : « Le IIe Congrès de l’Internationale communiste », Œuvres, tome 31.

    [31] J. Staline : Discours prononcé au XIXe Congrès du Parti.

    [32] V. I. Lénine : « Congrès international des partis socialistes à Stuttgart », Œuvres, tome 13.

    [33] V. I. Lénine : « Préface à la brochure de Voinov (A.V. Lounatcharski) sur l’attitude du Parti envers les syndicats », Œuvres, tome 13.

    [34] F. Engels : « Guerre des paysans en Allemagne », Introduction, Œuvres choisies de Marx et Engels (en deux volumes), tome I.

    [35] V. I. Lénine : « La IIIe Internationale et sa place dans l’histoire », Œuvres, tome 29.

    [36] Lettres choisies de Marx et d’Engels.

    [37] V. I. Lénine : « Rapport sur le Programme du Parti présenté au VIIIe Congrès du P.C.(b)R. », Œuvres, tome 29.

    [38] Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 4 février 1960 au dîner offert en l’honneur des délégations des partis frères des pays socialistes.

    [39] Discours de N.S. Khrouchtchev prononcée le 24 juin 1960 à la Rencontre de Bucarest des représentants des partis frères de douze pays.

    [40] V. I. Lénine : « Lettre ouverte à Boris Souvarine », Œuvres, tome 23.

    [41] Interview d’E. Burnelle à l’Humanité à propos de la question du Congo : « Les travailleurs belges veulent l’application rapide et intégrale des décisions de l’O.N.U., Le Drapeau Rouge, 26 juillet 1960.

    [42] « Le Parti communiste de Belgique et le Congrès de la Ligue des Communistes de Yougoslavie », Le Drapeau Rouge, 22 avril 1958.

    [43] J. Blume, au Congrès fédéral de Bruxelles du 3 décembre 1961, cité par Jacques Grippa dans « Pour l’unité marxiste-léniniste du Parti et pour l’unité marxiste-léniniste du mouvement communiste international », Le Drapeau Rouge, 22 février 1962.

    [44] J. Blume : « Pour une victoire totale et rapide : deux propositions communistes », Le Drapeau Rouge, 29 décembre 1960.

    [45] Discours de clôture de N.S. Khrouchtchev prononcé en octobre 1961 au XXIIe Congrès du P.C.U.S.

    [46] « Le Drapeau de notre époque », par la Rédaction de la Pravda, 21 février 1962.

    [47] V. I. Lénine : « Encore un mot sur le Bureau socialiste international et les liquidateurs », Œuvres, tome 20.

    [48] « Congrès historique du Parti léniniste », éditorial de la Pravda, 4 novembre 1961.

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  • Rédactions du Quotidien du peuple et du Drapeau Rouge : Deux politiques de coexistence pacifique diamétralement opposées

    Rédaction du Renmin Ribao et Rédaction du Hongqi

    12 décembre 1963

    La coexistence pacifique doit être la chose dont Khrouchtchev et d’autres camarades parlent le plus depuis le XXe Congrès du P.C.U.S.

    Les dirigeants du P.C.U.S. répètent à tout bout de champ qu’ils sont fidèles à la politique de coexistence pacifique de Lénine et qu’ils l’ont développée de manière créatrice. Ils portent au crédit de leur politique de « coexistence pacifique » toutes les victoires arrachées par les peuples au prix de longues luttes révolutionnaires.

    Ils claironnent que l’impérialisme, et l’impérialisme américain en particulier, est pour la coexistence pacifique et calomnient à plaisir le Parti communiste chinois et tous les autres partis marxistes-léninistes, les disant des adversaires de la coexistence pacifique. La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. prétend même que la Chine voudrait que l’on s’engage avec l’impérialisme « dans une compétition… pour déclencher la guerre ».

    Ils présentent comme étant conformes à la politique de coexistence pacifique de Lénine, les nombreux actes et propos par lesquels ils ont renié le marxisme-léninisme, trahi la révolution prolétarienne mondiale et la cause révolutionnaire des peuples et nations opprimés du monde.

    Mais les mots « coexistence pacifique » auraient-ils, pour la direction du P.C.U.S., une vertu talismanique qui la protégerait dans sa trahison du marxisme-léninisme ? Non, c’est vraiment et totalement impossible.

    Nous nous trouvons devant deux politiques de coexistence pacifique, diamétralement opposées l’une à l’autre.

    L’une est la politique de coexistence pacifique de Lénine et de Staline, celle que préconisent tous les marxistes-léninistes, y compris les communistes chinois.

    L’autre est la politique de coexistence pacifique antiléniniste que constitue la ligne générale dite de coexistence pacifique préconisée par Khrouchtchev et d’autres.

    Voyons de plus près la politique de coexistence pacifique de Lénine et de Staline et ce que Khrouchtchev et d’autres appellent la ligne générale de coexistence pacifique.

    LA POLITIQUE DE COEXISTENCE PACIFIQUE
    DE LÉNINE ET DE STALINE

    C’est à Lénine que l’on dit l’idée de l’application par les pays socialistes de la politique de coexistence pacifique avec les pays à systèmes sociaux différents. Cette juste politique fut celle que pratiquèrent le Parti communiste et le gouvernement de l’Union soviétique durant les années de la direction de Lénine et de Staline.

    Avant la Révolution d’Octobre, la question de la coexistence pacifique entre pays socialistes et pays capitalistes ne se posait évidemment pas, étant donné qu’il n’y avait pas un seul pays socialiste au monde.

    Et cependant, vers les années 1915-1916, partant d’une analyse scientifique de l’impérialisme, Lénine prévoyait déjà : « le socialisme ne peut triompher simultanément dans tous les pays. Il triomphera d’abord dans un seul ou dans plusieurs pays, tandis que les autres resteront pendant un certain temps des pays bourgeois ou prébourgeois » [1].

    Cela revenait à dire que le monde connaîtrait pendant un certain temps une situation où il y aurait coexistence entre pays socialistes et pays capitalistes ou pré-capitalistes. La nature même du système socialiste implique, pour les pays socialistes, l’application d’une politique extérieure de paix. Lénine dit : « Seule la classe ouvrière pourra, quand elle aura conquis le pouvoir, mener une politique de paix en réalité et pas seulement en paroles » [2].

    On peut dire que ce point de vue de Lénine est le fondement même de l’idée de la politique de coexistence pacifique.

    Après la victorieuse Révolution d’Octobre, Lénine proclama à maintes reprises, devant le monde entier, que le pays des Soviets pratiquait une politique extérieure de paix. Cependant, les impérialistes ne cherchaient qu’à étrangler la jeune République socialiste au berceau et passèrent à l’intervention armée contre elle. Lénine, face à cette situation, soulignait : « Sans défendre la république socialiste par les armes, nous ne pouvions pas exister » [3].

    En 1920, le grand peuple soviétique triomphait de l’intervention armée impérialiste. Alors un « équilibre relatif se fit jour entre le pays des Soviets et les pays impérialistes. Plusieurs années d’épreuves de force ne firent pas lâcher pied au pays des Soviets. Engagé jusque-là dans la guerre, il commença à se tourner vers l’édification pacifique. C’est dans ces circonstances que Lénine formula l’idée de la politique de coexistence pacifique. En fait, c’est aussi à partir de ce moment que l’impérialisme se vit obligé d’accepter de « coexister » avec le pays des Soviets.

    Du vivant de Lénine, cet équilibre fut toujours fort instable, la République socialiste soviétique étant l’objet d’un encerclement capitaliste très sérieux. Lénine souligna plus d’une fois qu’étant donné la nature agressive de l’impérialisme, il était impossible de garantir que le socialisme et le capitalisme vivraient longtemps en paix.

    Dans les conditions historiques de l’époque, Lénine ne pouvait pas encore détailler le contenu de la politique de coexistence pacifique entre pays à système sociaux différents. Cependant, le grand Lénine élabora une juste politique extérieure pour le premier Etat de dictature de prolétariat et formula les idées fondamentales de la politique de coexistence pacifique.

    En quoi consistent ces idées fondamentales ?

    1° Lénine souligna que l’Etat socialiste existe entièrement contre la volonté des impérialistes. Qu’il applique avec persévérance une politique étrangère de paix, les impérialistes n’ont pas pour autant le désir de vivre en paix avec lui et s’efforcent invariablement de tout exploiter et de saisir chaque occasion pour le combattre, voire même le détruire.

    Lénine dit : « Par sa situation objective, de même qu’en raison des intérêts économiques de la classe capitaliste qu’il incarnait, l’impérialisme international … ne pouvait en aucun cas, sous aucune condition, s’accommoder d’une existence aux côtés de la République des Soviets » [4].

    Il dit encore : « … l’existence de la République soviétique à côté d’États impérialistes est impensable pendant une longue période. En fin de compte, l’un ou l’autre doit l’emporter. Et avant que cette fin arrive, un certain nombre de terribles conflits entre la République soviétique et les États bourgeois est inévitable » [5].

    Aussi Lénine souligna-t-il à maintes reprises que l’État socialiste doit maintenir une vigilance de tous les instants face à l’impérialisme. Il dit : la « leçon que tous les ouvriers et paysans doivent assimiler, c’est de nous tenir sur nos gardes, de nous souvenir que nous sommes entouré d’hommes, de classes et de gouvernements qui expriment ouvertement la haine la plus farouche à notre égard. On ne doit pas oublier que nous sommes constamment à un cheveu de l’invasion » [6].

    2° Lénine souligna que seule la lutte permettrait au pays des Soviets de vivre en paix avec les pays impérialistes. C’était là le résultat de multiples épreuves de force entre les pays impérialistes et le pays des Soviets, qui appliquait une politique juste, comptait sur l’appui du prolétariat et des nations opprimées du monde entier et exploitait les contradictions entre impérialistes.

    Lénine dit en novembre 1919 : « Il arrive souvent que l’ennemi une fois battu, il revient à de meilleurs sentiments. Nous avons dit plus d’une fois à messieurs les impérialistes d’Europe que nous voulions bien faire la paix, mais eux rêvaient d’asservir la Russie. Maintenant ils ont compris que leurs rêves ne se réaliseraient jamais » [7].

    Lénine fit ressortir en 1921 que « les puissances impérialistes, malgré toute leur haine et leur désir de se ruer sur la Russie soviétique, ont renoncé à ce dessein, parce que la décomposition du monde capitaliste va en progressant et que son unité ne cesse de diminuer, tandis que la pression exercée par les peuples coloniaux opprimés qui comptent plus d’un milliard d’habitants, s’accentue chaque année, chaque mois et même chaque semaine » [8].

    3° Dans l’application de la politique de coexistence pacifique, Lénine adopta des politiques différentes vis-à-vis des différents genres de pays du monde capitaliste.

    Il accordait une importance toute particulière à l’établissement de relations amicales avec les pays humiliés et opprimés par les impérialistes. Il remarqua que « les intérêts fondamentaux sont les mêmes chez tous les peuples qui souffrent sous le joug de l’impérialisme ».

    « Cette politique mondiale de l’impérialisme provoque le rapprochement, l’alliance et l’amitié de tous les peuples opprimés ». Il ajouta que la politique de paix du pays des Soviets obligeait la R.S.F.S.R. [République socialiste fédérative soviétique de Russie] à se lier de plus en plus étroitement avec un nombre sans cesse accru d’États voisins » [9].

    Lénine dit aussi que « Nous nous fixons actuellement comme tâche essentielle de vaincre les exploiteurs et de gagner à nous les hésitants ; c’est là une tâche universelle. L’on trouve parmi ces hésitants un grand nombre d’États bourgeois qui, en tant que tels, nous détestent, mais préfèrent d’autre part conclure avec nous la paix, en tant qu’États assujettis » [10].

    En ce qui concerne les pays impérialistes, tels que les Etats-Unis, Lénine dit : « ‘Les bases de la paix avec l’Amérique ?’ Que les capitalistes américains ne nous touchent pas ». « Les obstacles à une telle paix ? Aucun de notre part. L’impérialisme de la part des capitalistes américains (comme de tous les autres) » [11].

    4° La politique de coexistence pacifique de Lénine est la politique que le prolétariat au pouvoir poursuit envers les pays à systèmes sociaux différents. Lénine n’a jamais fait de la coexistence pacifique le contenu exclusif de la politique extérieure de l’Etat socialiste. Il a souligné explicitement et à maintes reprises que le principe fondamental de l’Etat socialiste en matière de politique extérieure, c’est l’internationalisme prolétarien.

    Il dit : « La Russie soviétique estime que sa plus grande fierté est d’aider les ouvriers du monde entier dans leur lutte difficile pour le renversement du capitalisme » [12].

    Dans le décret sur la paix qu’il promulgua au lendemain de la Révolution d’Octobre, Lénine, tout en proposant à tous les pays belligérants d’établir immédiatement une paix sans annexions et sans indemnités de guerre, en appela aux ouvriers conscients des pays capitalistes, disant que « ces ouvriers, par leur activité multiple, décisive, par leur énergie sans réserve, nous aideront à mener avec succès jusqu’au bout la lutte pour la paix et, en même temps, la lutte pour l’affranchissement des masses laborieuses et exploitées de tout esclavage et de toute exploitation » [13].

    Dans le Brouillon du projet de programme du Parti que Lénine fit pour le VIIe Congrès du Parti communiste de Russie, il était dit en termes clairs et précis que « soutenir le mouvement révolutionnaire du prolétariat socialiste, en premier lieu dans les pays avancés » et « soutenir le mouvement démocratique et révolutionnaire dans tous les pays en général, en particulier dans les colonies et les pays dépendants » constituent une part importante de la politique internationale du Parti » [14].

    5° Lénine a toujours soutenu que les classes opprimées et le classes oppresseuses, les nations opprimées et les nations oppresseuses ne peuvent coexister pacifiquement.

    Dans les « Thèses sur les tâches fondamentales du IIe Congrès de l’Internationale communiste », Lénine fit remarquer : « la bourgeoisie, même la plus éclairée et la plus démocratique, ne s’arrête plus devant aucun mensonge, ni devant aucun crime, devant le massacre de millions d’ouvriers et de paysans pour sauver la propriété privée des moyens de production ».

    Et il conclut : « … Le fait d’admettre l’idée d’une paisible soumission des capitalistes à la volonté de la majorité des exploités, et d’une évolution pacifique, réformiste vers le socialisme, n’est pas seulement le signe d’une extrême stupidité petite-bourgeoise, c’est aussi duper manifestement les ouvriers, idéaliser l’esclavage salariés capitaliste, dissimuler la vérité » [15].

    Lénine ne cessa d’insister sur l’hypocrisie de « l’égalité des nations » prêchée par l’impérialisme. Il dit : « La Société des Nations et toute la politique d’après-guerre de l’Entente révèlent cette vérité d’une manière encore plus claire et plus nette, renforçant partout la lutte révolutionnaire, aussi bien du prolétariat des pays avancés que de toutes les masses laborieuses des pays coloniaux et dépendants, hâtant la faillite des illusions nationales petites-bourgeoises sur la possibilité de la coexistence pacifique et de l’égalité des nations en régime capitaliste » [16].

    Telles sont les idées fondamentales de Lénine au sujet de la politique de coexistence pacifique.

    Staline s’en tint fermement à la politique de coexistence pacifique de Lénine. Durant les trente années où il assuma la direction de l’Etat soviétique, il appliqua toujours cette politique de coexistence pacifique. C’est seulement lorsque les impérialistes et les réactionnaires déclenchèrent la guerre d’agression ou de provocations armées contre l’Union soviétique que celle-ci se vit obligée d’entreprendre la Grande Guerre patriotique et de riposter en légitime défense.

    Staline souligna : « Le fondement de nos relations avec les pays capitalistes réside dans le fait que les deux systèmes opposés peuvent coexister ». « Maintenir des rapports pacifiques avec les pays capitalistes, voilà la tâche que nous devons assumer » [17].

    Il souligna aussi que « la coexistence pacifique entre le régime capitaliste et le régime communiste est pleinement possible, s’il existe un désir mutuel de coopérer, si l’on est prêt à remplir les engagements contractés, si l’on observe le principe de l’égalité et de la non-immixtion dans les affaires intérieures des autres Etats » [18].

    Tout en se tenant à la politique de coexistence pacifique de Lénine, Staline était résolument contre l’arrêt du soutien aux révolutions populaires, qui aurait pour but de s’attirer les bonnes grâces de l’impérialisme. Il mit nettement en relief les deux lignes opposées en matière de politique extérieure, et il fallait « choisir ou l’une ou l’autre » :

    « Ou bien, dit-il, nous continuerons à l’avenir à appliquer une politique révolutionnaire, à rassembler les prolétaires et les opprimés de tous les pays autour de la classe ouvrière de l’U.R.S.S. – dans ce cas, le capital international s’emploiera par tous les moyens à nous empêcher d’aller de l’avant ;

    « Ou bien nous renonçons à notre politique révolutionnaire et faisons des concessions de principe au capital international – dans ce cas, le capital international, sans doute, ne s’opposera pas à nous ‘aider’ à faire de notre pays socialiste une ‘bienveillante’ république bourgeoise ».

    Staline donna un exemple : « Les États-Unis nous demandent de renoncer par principe à notre politique de soutien au mouvement d’émancipation de la classe ouvrière des autres pays, et disent que si nous faisons pareille concession, tout ira bien … Peut-être devrions-nous faire cette concession ? »

    Il répondit par la négative : « nous ne pouvons faire cette concession ou d’autres du genre, sans nous renier nous-mêmes » [19].

    Ces paroles de Staline sont, aujourd’hui encore, d’une grande portée pratique. Il existe effectivement deux politiques étrangères et deux politiques de coexistence pacifique, qui sont diamétralement opposées.

    Tous les marxistes-léninistes ont donc pour tâche impérieuse de savoir distinguer entre ces deux politiques de nature différente, de s’en tenir fermement à la politique de Lénine et de Staline, de combattre résolument la politique de trahison, de capitulation et d’abstention en matière de soutien à la révolution, politique que Staline avait vigoureusement dénoncée, de combattre résolument la politique visant à faire dégénérer un pays socialiste en une « bienveillante » république bourgeoise.

    LE PARTI COMMUNISTE CHINOIS S’EN TIENT FERMEMENT A LA POLITIQUE DE COEXISTENCE PACIFIQUE DE LÉNINE

    La lettre ouverte du C.C. du P.C.U.S. accuse le Parti communiste chinois de « manquer de confiance dans la possibilité de la coexistence pacifique », et le calomnie, prétendant qu’il s’oppose à la politique de coexistence pacifique de Lénine.

    Est-ce exact ? Bien sûr que non.

    Tous ceux qui respectent les faits peuvent voir clairement que le Parti communiste chinois et le gouvernement de la République populaire de Chine s’en sont tenus invariablement à la politique de coexistence pacifique de Lénine et qu’ils ont remporté de grands succès.

    Un changement radical est intervenu dans le rapport international des forces de classe depuis la Seconde Guerre mondiale. Le socialisme a triomphé dans un bon nombre de pays et le camp socialise est né.

    Le mouvement de libération nationale a pris une extension sans précédent, un grand nombre de jeunes pays nationalistes ayant obtenu l’indépendance politique sont apparus. Le camp impérialiste a été considérablement affaibli et les contradictions entre pays impérialistes se font de plus en plus aiguës. Cette situation procure aux pays socialistes des conditions encore plus favorables pour l’application d’une politique de coexistence pacifique avec les pays à systèmes sociaux différents.

    C’est dans ces nouvelles conditions historiques que le Parti communiste et le gouvernement chinois ont, par son application, enrichi la politique de coexistence pacifique de Lénine.

    Le camarade Mao Tsé-toung a déclaré à la veille de la fondation de la République populaire de Chine : « Nous proclamons devant le monde entier que ce que nous combattons est exclusivement le système impérialiste et les complots de l’impérialisme contre le peuple chinois. Nous sommes prêts à entamer des négociations avec tout gouvernement étranger pour établir des relations diplomatiques fondées sur les principes d’égalité, de l’avantage réciproque ainsi que du respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, à condition qu’il soit disposé à rompre ses relations avec les réactionnaires chinois, cesse de conspirer avec eux ou de les aider et adopte à l’égard de la Chine populaire une attitude amicale qui soit véritable et non hypocrite. Le peuple chinois est prêt à coopérer amicalement avec les peuples de tous les pays, à rétablir et à développer le commerce avec l’étranger afin de favoriser la production et de faire prospérer l’économie » [20].

    Conformément à cette orientation, formulée par le camarade Mao Tsé-toung, nous avons défini explicitement notre politique étrangère de paix dans le Programme commun adopté en septembre 1949 par la Conférence consultative politique du peuple chinois, et par la suite, dans la Constitution de la République populaire de Chine approuvée en septembre 1954 par l’Assemblée populaire nationale.

    Le gouvernement chinois prit en 1954 l’initiative de formuler les célèbres cinq principes de la coexistence pacifique qui sont : respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté, non-agression mutuelle, non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures, égalité et avantages réciproques, coexistence pacifique. Puis, à la Conférence de Bandung de 1955 et sur la base des Cinq principes, nous avons élaboré avec les pays d’Asie et d’Afrique, les Dix principes.

    En 1956, le camarade Mao Tsé-toung fit le bilan de l’expérience acquise par notre pays dans le domaine des affaires internationales et exposa plus amplement l’orientation générale de notre politique étrangère.

    Il dit : « Pour gagner une paix durable dans le monde, il nous faut développer davantage notre coopération amicale avec les pays frères du camp socialiste et renforcer notre union avec tous les pays qui aiment la paix. Nous devons faire tous nos efforts pour établir, avec tous les pays désireux de vivre en paix avec nous, des relations diplomatiques normales sur la base du respect mutuel de l’intégrité territoriale et de la souveraineté ainsi que l’égalité et des avantages réciproques. Au mouvement de libération et d’indépendance nationale dans les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, au mouvement de paix et aux justes luttes dans tous les pays du monde, nous devons apporter un soutien actif » [21].

    En 1957, le camarade Mao Tsé-toung déclara : « Renforcer notre unité avec l’Union soviétique, avec tous les pays socialistes : elle est notre politique fondamentale, là sont nos intérêts essentiels. »

    « Ensuite, nous devons renforcer et développer notre solidarité avec les pays d’Asie et d’Afrique, ainsi qu’avec tous les pays et tous les peuples épris de paix ».

    « Pour ce qui est des pays impérialistes, nous devons également nous unir avec leurs peuples et nous efforcer de réaliser la coexistence pacifique avec ces pays, faire du commerce avec eux et prévenir toute guerre éventuelle. Mais à l’égard de ces pays, nous ne devons en aucun cas nourrir des vues qui ne correspondent pas à la réalité » [22].

    Ces quatorze dernières années, nous avons adopté, dans les affaires internationales, une politique faite de distinctions entre les divers genres de pays et selon la situation de chacun des pays d’un même genre.

    1) Nous opérons une distinction entre pays socialistes et pays capitalistes. Pour ce qui est des pays socialistes, nous nous en sommes fermement tenus au principe internationaliste prolétarien de l’aide mutuelle. Notre politique étrangère a pour règle fondamentale le maintien et le renforcement de l’unité des pays du camp socialiste.

    2) Nous opérons une distinction entre pays nationalistes qui ont nouvellement conquis leur indépendance politique et pays impérialistes.

    Par leur système politico-social, les pays nationalistes se différencient foncièrement des pays socialistes. Mais de profondes contradictions les opposent à l’impérialisme. Dans la lutte contre l’impérialisme, pour la sauvegarde de l’indépendance nationale et de la paix mondiale, leurs intérêts sont identiques à ceux des pays socialistes.

    Il en résulte une vaste et réelle possibilité d’établissement de relations de coexistence pacifique, d’amitié et de coopération entre pays socialistes et pays nationalistes. L’établissement de pareilles relations est d’une grande signification pour le renforcement de l’unité des forces anti-impérialistes et le développement de la lutte commune des peuples contre l’impérialisme.

    Nous nous en sommes toujours tenus à la politique de consolidation et de développement des liens de coexistence pacifique et de coopération amicale avec les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Nous avons, en même temps, mené les luttes indispensables et appropriées vis-à-vis des pays, telle l’Inde, qui ont violé et saboté les Cinq principes.

    3) Nous opérons une distinction entre pays impérialistes et pays capitalistes en général, et aussi entre les différents pays impérialistes.

    Alors que le rapport international des forces de classe évolue sans cesse à l’avantage du socialisme, que l’impérialisme s’affaiblit et que ses contradictions internes s’aiguisent de jour en jour, la possibilité existe pour les pays socialistes de faire en sorte que l’un ou l’autre pays impérialiste se voie obligé de consentir à l’établissement de relations tenant dans une certaine mesure de la coexistence pacifique, et cela en prenant appui sur le renforcement de leurs propres forces, sur le développement des forces révolutionnaires des peuples, sur l’union des pays socialistes avec les pays nationalistes, sur la lutte de tous les peuples attachés à la paix, ainsi que par l’utilisation des contradictions internes de l’impérialisme.

    Nous remplissons nos obligations internationalistes prolétariennes avec une fermeté inébranlable, tout en maintenant résolument la coexistence pacifique avec les pays à systèmes sociaux différents.

    Nous soutenons activement le mouvement de libération nationale des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, le mouvement ouvrier des pays d’Europe occidentale, d’Amérique du Nord et d’Océanie ; nous soutenons activement la lutte révolutionnaire des peuples et leur lutte contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme et pour la défense de la paix mondiale.

    Tout ceci tend vers un seul but : Rassembler autour du camp socialiste et du prolétariat international toutes les forces qui peuvent être unies et établir un vaste front uni contre l’impérialisme américain et ses laquais.

    Au cours des dix et quelques dernières années, et conformément aux cinq principes de la coexistence pacifique, le gouvernement chinois a établi des relations amicales et développé les échanges économiques et culturels avec nombre de pays à systèmes sociaux différents. La Chine a conclu différents traités avec le Yémen, la Birmanie, le Népal, l’Afghanistan, la Guinée, le Cambodge, l’Indonésie et le Ghana, traités d’amitié, traités de paix et d’amitié, traités d’amitié et d’entraide, traités de non-agression. En outre, elle a réglé de façon satisfaisante les questions de frontières héritées de l’histoire, avec des pays dont la Birmanie, le Népal, le Pakistan et l’Afghanistan.

    Nul ne peut effacer les nombreux et importants succès que le Parti communiste et le gouvernement chinois ont remportés en s’en tenant fermement à la politique de coexistence pacifique de Lénine.

    En inventant que la Chine est contre la coexistence pacifique, la direction du P.C.U.S. est mue par des buts cachés. Pour parler franchement, elle cherche à masquer son ignominieuse trahison envers l’internationalisme prolétarien et sa complicité avec l’impérialisme.

    LA LIGNE GÉNÉRALE DITE DE « COEXISTENCE PACIFIQUE » DE LA DIRECTION DU P.C.U.S.

    La politique de coexistence pacifique de Lénine est violée en fait non pas par nous, mais par la direction du P.C.U.S.

    La direction du P.C.U.S. a glorifié à outrance la coexistence pacifique telle qu’elle l’entend. Quels sont donc ses principaux points de vue à ce sujet ?

    1) La direction du P.C.U.S. estime que la coexistence pacifique est le principe suprême, qui doit prédominer dans le règlement des problèmes sociaux de notre époque. Elle prétend que la coexistence pacifique est l’« impératif suprême des temps modernes » et la « souveraine exigence de l’époque » [23]. Elle dit aussi que « la coexistence pacifique est la meilleure et la seule voie acceptable pour régler les problèmes les plus importants avec lesquels la société se trouve confrontée » [24] et que le principe de la coexistence pacifique doit devenir une « loi fondamentale de la vie de toutes les sociétés modernes » [25].

    2) La direction du P.C.U.S. estime que l’impérialisme est maintenant disposé à accepter la coexistence pacifique et qu’il ne constitue plus un obstacle à celle-ci. Elle affirme que « beaucoup de gouvernements et de dirigeants des pays occidentaux sont maintenant partisans de la paix et de la coexistence pacifique » [26] et « comprennent toujours mieux la nécessité de la coexistence pacifique » [27]. Elle propage en particulier l’idée que le président des Etats-Unis « a reconnu le bien-fondé et le caractère réaliste de la coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents » [28].

    3) La direction du P.C.U.S. préconise la « coopération générale » avec les pays impérialistes, en particulier les Etats-Unis. Elle prétend que l’Union soviétique et les Etats-Unis « peuvent trouver une base d’actions et d’efforts concertés pour le bien de toute l’humanité » [29] et « peuvent avancer la main dans la main dans la voie du raffermissement de la paix et de l’établissement d’une véritable coopération internationale entre tous les pays » [30].

    4) La direction du P.C.U.S. soutient que la coexistence pacifique est la « ligne générale de la politique extérieure de l’Union soviétique et des autres pays du camp socialiste » [31].

    5) Elle soutient, en outre, que « le principe de la coexistence pacifique détermine maintenant la ligne générale de la politique extérieure du P.C.U.S. et des autres partis marxistes-léninistes » [32], qu’il est le « fondement stratégique du communisme » à notre époque, et que les communistes du monde entier doivent « faire de la lutte pour la coexistence pacifique le principe général de leur politique » [33].

    6) La direction du P.C.U.S. considère la coexistence pacifique comme le préalable de la victoire de la lutte révolutionnaire des peuples. Elle estime que les nombreuses victoires des peuples « ont été remportées dans les conditions de la coexistence pacifique entre États à régimes sociaux différents » [34]. Elle dit encore que « c’est précisément dans les conditions de la coexistence pacifique des États à régimes sociaux différents que s’est accomplie la révolution socialiste à Cuba, que le peuple algérien et que plus de quarante autres pays ont conquis leur indépendance nationale, que se sont renforcés et qu’ont grandi les partis frères, qu’a augmenté l’influence du mouvement communiste mondial » [35].

    7) La direction du P.C.U.S. estime que la coexistence pacifique est « le meilleur moyen d’aider le mouvement ouvrier révolutionnaire international à atteindre ses principaux objectifs de classe » [36]. Elle dit que dans les conditions de la coexistence pacifique, la possibilité du passage pacifique des pays capitalistes au socialisme s’est accrue. Elle maintient, en outre, que la victoire du socialisme dans la compétition économique « équivaudra à porter un coup écrasant à tout le système des rapports capitalistes » [37]. « Lorsque le peuple soviétique jouira des bienfaits du communisme, d’autres centaines de millions d’hommes sur la terre diront : ‘nous sommes pour le communisme !’ » [38]. A ce moment-là, même des capitalistes « passeront au Parti communiste ».

    Ces vues de la direction du P.C.U.S. ont-elles quoi que ce soit en commun avec la politique de coexistence pacifique de Lénine ?

    La politique de coexistence pacifique de Lénine est la politique suivie par les pays socialistes dans leurs relations avec les pays à systèmes sociaux différents, mais Khrouchtchev qualifie la coexistence pacifique de principe suprême de la vie de la société moderne.

    La politique de coexistence pacifique de Lénine est un aspect de la politique internationale du prolétariat au pouvoir, mais Khrouchtchev étend la signification de la coexistence pacifique et en fait la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes et, qui plus est, la ligne générale des partis communistes du monde entier.

    La politique de coexistence pacifique de Lénine s’oppose à la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme, tandis que la « coexistence pacifique » de Khrouchtchev se plie aux exigences de l’impérialisme et favorise la politique d’agression et de guerre de ce dernier.

    La politique de coexistence pacifique de Lénine part du concept de la lutte internationale de classe, tandis que la « coexistence pacifique » de Khrouchtchev substitue la collaboration des classes à la lutte de classe sur le plan international.

    La politique de coexistence pacifique de Lénine est dictée par la mission historique du prolétariat international, et exige donc des pays socialistes que, tout en l’appliquant, ils soutiennent résolument la lutte révolutionnaire de tous les peuples et nations opprimés. Mais la « coexistence pacifique » de Khrouchtchev, elle, substitue le pacifisme à la révolution mondiale prolétarienne et trahit l’internationalisme prolétarien.

    Khrouchtchev a fait de la politique de coexistence pacifique une politique de capitulation de classe. Au nom de la coexistence pacifique, il a trahi les principes révolutionnaires des Déclarations de 1957 et de 1960, dépouillé le marxisme-léninisme de son contenu révolutionnaire et l’a déformé et altéré au point de le rendre méconnaissable.

    C’est là une trahison non dissimulée du marxisme-léninisme !

    TROIS DIVERGENCES DE PRINCIPE

    Dans la question de la coexistence pacifique, les divergences entre la direction du P.C.U.S. d’une part et nous ainsi que les autres partis marxistes-léninistes et tous les marxistes-léninistes d’autre part portent sur les principes ; il ne s’agit pas de savoir si les pays socialistes doivent ou non appliquer la politique de coexistence pacifique, mais il s’agit de l’attitude correcte à adopter vis-à-vis de la politique de coexistence pacifique de Lénine. Ces divergences se ramènent, en somme, à trois questions :

    Premièrement : Est-il nécessaire de combattre l’impérialisme et la réaction bourgeoise pour réaliser la coexistence pacifique ? La coexistence pacifique peut-elle mettre fin à l’antagonisme et à la lutte entre le socialisme et l’impérialisme ?

    Les marxistes-léninistes ont toujours estimé qu’en ce qui concerne les pays socialistes, l’application de la coexistence pacifique entre pays à système sociaux différents ne présente pas la moindre difficulté. Les obstacles à la coexistence pacifique viennent toujours de l’impérialisme et de la réaction bourgeoise.

    Les cinq principes de la coexistence pacifique ont été formulés pour contrecarrer la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme. Dans les relations internationales, ces principes interdisent de porter atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale d’autres pays, d’intervenir dans leurs affaires intérieures, d’empiéter sur leurs intérêts et leur statut d’égalité et de déclencher des guerres d’agression.

    Mais l’agression et l’asservissement des autres pays et nations participent de l’impérialisme lui-même ? Et celui-ci ne changera pas de nature, tant qu’il vivra. Aussi, de par sa nature même, l’impérialisme ne peut-il absolument pas admettre les cinq principes de la coexistence pacifique. Dès que la possibilité lui en est donnée, il œuvre au sabotage des pays socialistes, voire même à leur destruction, il se livre à l’agression contre d’autres pays et nations et s’emploie à les asservir.

    L’histoire montre que c’est précisément par suite de toutes sortes de raisons objectives qui lui étaient défavorables que l’impérialisme n’a pas osé s’aventurer à déclencher la guerre contre les pays socialistes, ou que, dans d’autres cas, il s’est vu obligé de cesser les hostilités et d’accepter une certaine coexistence pacifique.

    L’histoire montre également que des luttes aiguës et complexes se déroulent constamment entre pays impérialistes et pays socialistes, et parfois même, des conflits militaires et la guerre les mettent directement aux prises.

    Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qu’il y ait ou non guerre chaude, l’impérialisme n’a cessé de poursuivre la guerre froide. Tout en se consacrant activement à l’accroissement des armements et aux préparatifs de guerre, les pays impérialistes usent toujours de mille et un moyens pour combattre les pays socialistes dans les domaines politique, économique, idéologique et autres, allant même jusqu’à la provocation militaire et à les menacer de guerre.

    L’impérialisme livre une guerre froide aux pays socialistes, ceux-ci luttent contre cette guerre froide, et c’est là une manifestation de la lutte de classe à l’échelle mondiale.

    L’impérialisme applique ses plans d’agression et de guerre non seulement vis-à-vis des pays socialistes, mais encore partout dans le monde, et il s’emploie à y réprimer le mouvement révolutionnaire des peuples et nations opprimés.

    Dans ces circonstances, les pays socialistes doivent de concert avec les peuples du monde entier, combattre résolument la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme, mener contre lui une lutte qui lui réponde du tac au tac. Cette lutte de classe, tantôt intense, tantôt moins tendue, est inéluctable.

    Or, Khrouchtchev ne tient pas compte de ces faits pourtant indéniables. Il ne cesse de propager que l’impérialisme a désormais reconnu la nécessité de la coexistence pacifique, et il considère la lutte menée par les pays socialistes et les peuples du monde entier contre l’impérialisme comme étant incompatible avec la politique de coexistence pacifique.

    Pour lui, même lorsque l’impérialisme ou les réactionnaires bourgeois menacent militairement les pays socialistes, attaquent ceux-ci par les armes ou affichent des prétentions humiliantes qui violent la souveraineté et la dignité des pays socialistes, ces derniers ne peuvent que faire concession sur concession, accommodement sur accommodement.

    C’est précisément en partant de cette logique que Khrouchtchev a qualifié de « victoire de la coexistence pacifique » les concessions qu’il a faites, les unes après les autres, le trafic des principes auquel il s’est livré et son acceptation servile des exigences humiliantes imposées par l’impérialisme américain, lors de la crise des Caraïbes.

    C’est encore en suivant cette même logique que Khrouchtchev a présenté comme un acte de « sabotage de la coexistence pacifique » le maintien résolu par la Chine des justes principes dans la question de la frontière sino-indienne et la riposte en légitime défense que la Chine, lorsqu’elle se vit poussée à bout, opposa à l’attaque armée des réactionnaires indiens.

    Parfois, Khrouchtchev parle lui aussi, de la lutte entre les deux systèmes sociaux différents. Mais comment l’envisage-t-il ?

    Il dit : « Il importe de faire des efforts afin de transformer la lutte inévitable entre les deux systèmes en une lutte entre deux idéologies » [39]. Ici, la lutte politique a été escamotée !

    Khrouchtchev dit encore que « le principe léniniste de la coexistence pacifique entre Etats appartenant à des régimes sociaux, économiques et politiques différents ne signifie pas simplement l’absence de guerre, pas simplement un état de trêve provisoire.

    Il suppose des relations amicales, économiques et politiques entre ces Etats, l’établissement et le développement de formes variées de coopération pacifique internationale » [40]. Là, il n’y a plus de lutte du tout, sous quelque forme que ce soit !

    Tel un illusionniste, Khrouchtchev par de multiples tours de passe-passe, transforme les grandes choses en petites et réduit les petites à zéro. Il efface l’antagonisme fondamental entre les systèmes socialiste et capitaliste ainsi que les contradictions fondamentales entre camp socialiste et camp impérialiste, il biffe la lutte de classe à l’échelle internationale. Il transforme la coexistence pacifique entre les deux systèmes et les deux camps en une « coopération générale ».

    Deuxièmement : La coexistence pacifique peut-elle être prise pour ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes ?

    Nous estimons que la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes doit traduire le principe fondamental de la politique extérieure des pays socialistes et englober le contenu essentiel de celle-ci.

    Et quel est ce principe ? C’est l’internationalisme prolétarien.

    Lénine a dit : « L’alliance avec les révolutionnaires des pays avancés et avec tous les peuples opprimés contre les impérialistes de tout poil, telle est la politique extérieure du prolétariat » [41]. L’internationalisme prolétarien, ce principe qui fut formulé par Lénine, doit être l’orientation de la politique extérieure des pays socialistes.

    Depuis que s’est constitué le camp socialiste, chaque pays socialiste a eu à traiter, en matière de politique extérieure, trois sortes de relations, à savoir : relations avec les autres pays socialistes, relations avec les pays à système sociaux différents, relations avec les peuples et nations opprimés.

    Aussi la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes, doit-elle, selon nous, avoir ceci pour contenu : développer, sur la base du principe de l’internationalisme prolétarien, les relations d’amitié, d’entraide et de coopération entre les pays du camp socialiste ; sur la base des Cinq principes, chercher la coexistence pacifique avec les pays à systèmes sociaux différents, et lutter contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme ; soutenir la lutte révolutionnaire de tous les peuples et nations opprimés. Ces trois aspects sont reliés entre eux et aucun d’eux ne peut être absent.

    Puisque la direction du P.C.U.S. réduit la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes à la seule coexistence pacifique, nous voudrions lui demander : que doivent être les rapports d’un pays socialiste avec les autres pays socialistes ? Peut-il s’agir simplement de rapports de coexistence pacifique ?

    Il est évident qu’entre pays socialistes aussi, le respect mutuel des Cinq principes est exigé. La violation de l’intégrité territoriale, de l’indépendance et de la souveraineté d’un pays frère, l’intervention dans ses affaires intérieures, les activités subversives entreprises au sein de ce pays, la violation du principe de l’égalité et de l’avantage mutuel dans ses rapports avec d’autres pays frères sont choses absolument inadmissibles. Cependant la seule application de ces principes est loin d’être suffisante.

    La Déclaration de 1957 dit : « Ces principes importants ne sont toutefois pas les seuls qui définissent l’essence des rapports entre les pays socialistes. L’entraide fraternelle des pays socialistes est partie intégrante de leurs rapports. Cette entraide est l’expression effective du principe de l’internationalisme socialiste ».

    Ériger la coexistence pacifique en ligne générale de la politique extérieure, comme le fait la direction du P.C.U.S., revient en fait à supprimer les relations d’entraide et de coopération internationalistes prolétariennes entre pays socialistes, à mettre sur un même pied pays socialistes frères et pays capitalistes, et équivaut en fait à liquider le camp socialiste.

    Puisque la direction du P.C.U.S. réduit la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes à la seule coexistence pacifique, nous voudrions lui demander : comment les pays socialistes doivent-ils mener leurs relations avec les peuples et nations opprimés ? Se pourrait-il que les rapports du prolétariat au pouvoir avec ses frères de classe qui ne se sont pas encore libérés et les peuples et nations opprimés ne soient pas des rapports de soutien mutuel, mais seulement de coexistence pacifique ?

    Après la Révolution d’Octobre, Lénine a déclaré à maintes reprises que le pays socialiste où la dictature prolétarienne a été instaurée était une base pour la promotion de la révolution mondiale du prolétariat.

    Staline aussi a déclaré : « La révolution victorieuse dans un pays ne doit pas se considérer comme une entité indépendante, mais comme une aide et un moyen pour accélérer la victoire du prolétariat de tous les pays du monde » [42]. « Elle est une base puissante pour le développement de la révolution mondiale » [43].

    Aussi la politique extérieure d’un pays socialiste ne peut-elle, en aucune façon, couvrir seulement ses relations avec les pays ayant d’autres systèmes sociaux, mais doit-elle encore permettre le règlement correct de ses relations avec les autres pays socialistes, avec les peuples et nations opprimés. Les pays socialistes doivent faire du soutien à la lutte révolutionnaire de ces derniers leur devoir internationaliste et une part importante de leur politique extérieure.

    A l’inverse de Lénine et Staline, Khrouchtchev présente la coexistence pacifique comme la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes, ce qui revient à exclure de cette politique la tâche internationaliste prolétarienne qu’est le soutien à la lutte révolutionnaire des peuples et nations opprimés. Ce n’est là en aucune manière un « développement créateur » de la politique de coexistence pacifique, mais bien un reniement de l’internationalisme prolétarien, sous prétexte de « coexistence pacifique ».

    Troisièmement : La politique de coexistence pacifique poursuivie par les pays socialistes peut-elle être prise pour la ligne générale de tous les partis communistes du monde et du mouvement communiste international ? Peut-elle remplacer la révolution des peuples ?

    Nous estimons que la coexistence pacifique touche aux rapports entre pays à systèmes sociaux différents, entre pays souverains indépendants.

    C’est seulement après avoir fait triompher la révolution qu’il est possible pour le prolétariat et qu’il lui est nécessaire d’appliquer une politique de coexistence pacifique. Pour ce qui est des peuples et des nations opprimés, ils ont pour tâche de renverser la domination de l’impérialisme et de ses laquais, de lutter pour leur propre libération, ils ne doivent pas et ne peuvent pas appliquer la coexistence pacifique avec l’impérialisme et ses laquais.

    Aussi est-il faux d’étendre la coexistence pacifique aux rapports entre classes opprimées et classes oppresseuses, entre nations opprimées et nations oppresseuses, de faire de la politique de coexistence pacifique des pays socialistes la politique des partis communistes et du peuple révolutionnaire des pays du monde capitaliste, ou bien de subordonner la lutte révolutionnaire des peuples et des nations opprimés à la politique de coexistence pacifique des pays socialistes.

    Nous avons toujours soutenu que l’application correcte par les pays socialistes de la politique de coexistence pacifique de Lénine est favorable à l’accroissement de la puissance des pays socialistes, à la dénonciation de la politique d‘agression et de guerre de l’impérialisme, à l’union avec tous les peuples et pays qui combattent ce dernier, et que, de ce fait elle est favorable à la lutte des peuples contre l’impérialisme et ses laquais.

    De même, la lutte révolutionnaire des peuples contre l’impérialisme et ses valets frappe et affaiblit directement les forces d’agression, les forces de la guerre et de la réaction, elle est favorable à la cause de la paix mondiale et du progrès de l’humanité et, par conséquent, à l’action des pays socialistes en faveur de la réalisation de la coexistence pacifique avec les pays à systèmes sociaux différents. C’est pourquoi l’application correcte par les pays socialistes de la politique de coexistence pacifique de Lénine répond aux intérêts de la lutte révolutionnaire de peuples.

    Toutefois, l’action des pays socialistes en faveur de la coexistence pacifique avec les pays à systèmes sociaux différents et les révolutions des peuples sont deux choses totalement différentes.

    La réponse du 14 juin du Comité central du P.C.C. au Comité central du P.C.U.S. dit : « … la coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents est une chose. Entre pays qui pratiquent la coexistence pacifique, il est tout à fait inadmissible et absolument impossible de toucher même à un cheveu de leur système social respectif.

    Autre chose est la lutte de classe dans les différents pays, la lutte pour la libération nationale, le passage du capitalisme au socialisme. Ce sont des luttes révolutionnaires âpres, sans merci, qui visent à changer le système social. La coexistence pacifique ne peut nullement remplacer la lutte révolutionnaire des peuples. Le passage du capitalisme au socialisme dans n’importe quel pays ne peut s’effectuer qu’à travers la révolution du prolétariat de ce pays et la dictature du prolétariat ».

    Considérer la coexistence pacifique, dans la société de classes, comme « la meilleure et la seule voie acceptable pour régler les problèmes les plus importants avec lesquels la société se trouve confrontée », ou comme « la loi fondamentale de la vie de toutes les sociétés modernes », participe du social-pacifisme, qui est faux de bout en bout et renie la lutte de classes, et c’est une trahison flagrante du marxisme-léninisme.

    Dès 1946, le camarade Mao Tsé-toung opérait une nette distinction entre ces deux problèmes différents et fit remarquer explicitement que les compromis entre l’Union soviétique, d’une part, et les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, de l’autre, sur certains problèmes, « n’exigent pas des peuples des différents pays du monde capitaliste qu’ils fassent en conséquence des compromis dans leur propre pays. Les peuples de ces pays continueront à engager des luttes différentes selon les conditions différentes » [44].

    C’est là une juste orientation marxiste-léniniste. Et c’est précisément à la lumière de cette orientation indiquée par le camarade Mao Tsé-toung que le peuple chinois mena avec détermination la révolution jusqu’au bout et remporta la grande victoire de la révolution chinoise.

    A l’inverse de cette orientation marxiste-léniniste, la direction du P.C.U.S. confond la politique appliquée par le prolétariat au pouvoir en matière de règlement des relations avec les États à systèmes sociaux différents avec la ligne générale des partis communistes du monde entier, et ce faisant, elle tente de substituer la première à la seconde.

    Elle exige des partis communistes et des peuples révolutionnaires qu’ils obéissent tous à ce que la direction du P.C.U.S. appelle la ligne générale de la coexistence pacifique. Elle ne veut pas de la révolution et elle interdit aux autres de la faire. Elle ne combat pas l’impérialisme, et elle interdit aux autres de le combattre.

    La lettre ouverte du C.C. du P.C.U.S., de même que les propos récents de Khrouchtchev se sont efforcés de nier ceci. Ils affirment que le fait d’accuser la direction du P.C.U.S. d’avoir étendu la coexistence pacifique aux rapports entre classes opprimées et oppresseuses, entre nations opprimées et oppresseuses constitue une « diffamation honteuse ».

    Ils ont même feint l’innocence, disant que la coexistence pacifique « ne pouvait s’appliquer à la lutte des classes menée contre le capital dans les pays capitalistes et au mouvement de libération nationale ». Mais ce reniement n’a pas de sens.

    Nous voudrions vous demander, dirigeants du P.C.U.S. : la politique de coexistence pacifique n’étant qu’un aspect de la politique étrangère des pays socialistes, pourquoi avez-vous déclaré ces derniers temps encore quelle est « une ligne stratégique pour toute la période du passage du capitalisme au socialisme à l’échelle mondiale » [45] ?

    Vous exigez des partis communistes de tous les pays capitalistes et nations opprimées qu’ils prennent la coexistence pacifique pour leur ligne générale, et cela ne revient-il pas à substituer votre politique de « coexistence pacifique » à la ligne révolutionnaire des partis communistes et à étendre par là, comme bon vous semble, la politique de coexistence pacifique aux rapports entre classes opprimées et oppresseuses, entre nations opprimées et oppresseuses ?

    Nous voudrions encore vous demander : puisque les peuples ne peuvent remporter la victoire dans leur révolution qu’en comptant essentiellement sur leur propre lutte, comment pareille victoire devrait-elle avoir la coexistence pacifique pour préalable et peut-elle être décrite comme en étant le résultat ? Cette affirmation de votre part ne tend-elle pas à subordonner la lutte révolutionnaire des peuples à votre politique dite de coexistence pacifique ?

    Nous voudrions encore vous demander : les succès obtenus par les pays socialistes dans le domaine économique et les victoires remportées par eux dans leur compétition économique avec les pays capitalistes constituent sans aucun doute un exemple et un encouragement pour les peuples et nations opprimés. Comment peut-on affirmer qu’il est possible de faire triompher le socialisme dans le monde entier par la coexistence pacifique et la compétition pacifique sans passer par les luttes révolutionnaires des peuples ?

    La direction du P.C.U.S. proclame bruyamment que, par la coexistence pacifique et la compétition pacifique, il est possible de « porter un coup écrasant » à tout le système des rapports capitalistes et de réaliser dans le monde entier le passage pacifique au socialisme.

    Cela revient en fait à estimer que les peuples et nations opprimés n’ont nul besoin de lutter, nul besoin de se dresser pour faire la révolution, ni de renverser la domination réactionnaire de l’impérialisme, du colonialisme et de leurs laquais, qu’il leur suffit d’attendre tranquillement que l’Union soviétique ait dépassé les pays capitalistes les plus avancés en fait de production et de niveau de vie pour que tous les opprimés et exploités de par le monde puissent accéder au communisme, en compagnie des oppresseurs et des exploiteurs.

    Cela ne prouve-t-il pas précisément que la direction du P.C.U.S. veut ainsi substituer la soi-disant « coexistence pacifique » à la lutte révolutionnaire des peuples, et liquider cette lutte ?

    L’analyse de ces trois questions permet de constater clairement que nos divergences avec la direction du P.C.U.S. sont des divergences majeures de principe.

    Le fond de ces divergences réside dans le fait que notre politique de coexistence pacifique est une politique léniniste fondée sur le principe de l’internationalisme prolétarien et en faveur de la lutte contre l’impérialisme et pour la défense de la paix mondiale, une politique qui est conforme aux intérêts de la lutte révolutionnaire des nations et peuples opprimés du monde entier, tandis que la ligne générale dite « de coexistence pacifique » de la direction du P.C.U.S. est une ligne antiléniniste qui rejette le principe de l’internationalisme prolétarien, nuit à la lutte contre l’impérialisme et pour la paix mondiale, et va à l’encontre des intérêts de la lutte révolutionnaire des peuples et nations opprimés du monde entier.

    LA LIGNE GÉNÉRALE DE « COEXISTENCE PACIFIQUE » DE LA DIRECTION DU P.C.U.S. POURVOIT AUX BESOINS DE L’IMPÉRIALISME AMÉRICAIN

    La ligne générale dite de « coexistence pacifique » de la direction du P.C.U.S. est fermement rejetée par tous les partis marxistes-léninistes et les peuples révolutionnaires, tandis qu’elle est chaleureusement applaudie par l’impérialisme.

    Les porte-parole de la bourgeoisie monopoliste occidentale ne cachent pas le moins du monde qu’ils l’apprécient beaucoup. Ils voient en Khrouchtchev « le meilleur ami de l’Occident à Moscou » [46], et disent que le « premier ministre soviétique Nikita Khrouchtchev ressemble à une homme politique américain » [47].

    Ils affirment que « pour le monde libre, le camarade Khrouchtchev est le meilleur premier ministre que les Russes aient eu » et qu’« il croit réellement à la coexistence pacifique » [48]. Ils ont laissé entendre publiquement que « cette possibilité d’améliorer les relations soviéto-américaines a fait penser certains cercles du Département d’Etat que les Etats-Unis devraient dans une certaine mesure faciliter la tâche de Khrouchtchev » [49].

    Les impérialistes ont toujours été hostiles à la politique de coexistence pacifique des pays socialistes, ils ont proclamé « Ce mot ‘coexistence’ est à la fois horrible et présomptueux », « reléguons aux ordures la notion d’une provisoire et gênante coexistence » [50].

    Pourquoi alors prennent-ils maintenant pareil intérêt à la ligne générale de « coexistence pacifique » de Khrouchtchev ? Ceci s’explique par le fait qu’ils se sont rendu compte que cette ligne générale de Khrouchtchev présente des avantages pour eux.

    Pour réaliser ses objectifs stratégiques qui sont la liquidation de la révolution des peuples, l’anéantissement du camp socialiste et sa domination sur le monde, l’impérialisme américain a toujours recouru à une double tactique, de guerre et de « paix ».

    La situation internationale se développant d’une manière qui lui est toujours plus défavorable, il a besoin, tout en continuant à accroître ses armements et à préparer la guerre, de se livrer plus souvent à des manœuvres de paix.

    Dès 1958, Dulles déclarait que les Etats-Unis devaient se consacrer à une « noble stratégie » de « triomphe pacifique » [51].

    Après son investiture, Kennedy reprit à son compte et développa cette « stratégie pacifique » de Dulles, et parla d’abondance de « coexistence pacifique ». Il déclara : « Nous avons besoin d’une arme de loin meilleure que la bombe H… et cette arme est la coopération pacifique » [52].

    Cela signifie-t-il que l’impérialisme américain accepte vraiment la coexistence pacifique ou bien pour reprendre les termes de la direction du P.C.U.S., qu’il a admis « le bien-fondé et le caractère réaliste de la coexistence pacifique ? ». Il n’en est évidemment rien.

    Il suffit d’analyser les choses avec un tant soit peu de sérieux pour réaliser la signification réelle que l’impérialisme américain donne à la coexistence pacifique et le but qu’il lui assigne.

    Que sont donc cette signification réelle et ce but ?

    1° L’impérialisme américain cherche à lier les mains à l’Union soviétique et aux pays socialistes au moyen de la dite « coexistence pacifique », et à leur interdire de soutenir la lutte révolutionnaire des peuples des pays du monde capitaliste.

    Dulles a dit : « En ce qui concerne le gouvernement soviétique, s’il se soustrait à l’orientation fixée par le communisme international pour rechercher essentiellement le bien-être de l’Etat et du peuple russe, il pourra mettre fin à la ‘guerre froide’. Si, de même, le communisme international renonçait à ses objectifs mondiaux … la ‘guerre froide’ pourrait connaître un terme » [53].

    Kennedy a déclaré de son côté que si l’on désirait une amélioration des relations entre les États-Unis et l’U.R.S.S. celle-ci devrait renoncer à son plan de « communisation du monde entier, « ne s’occuper que de ses intérêts nationaux et veiller seulement à ce que son peuple mène une vie heureuse dans des conditions de paix » [54].

    Rusk s’est exprimé d’une manière encore plus cynique. Il a déclaré : « La paix ne peut pas être assurée et maintenue avant que les leaders communistes aient renoncé à leur objectif de révolution mondiale ». Il a ajouté : des indices montrent que les leaders soviétiques « sont réticents quant au fardeau et aux risques qui leur sont imposés par leurs engagements envers le mouvement communiste mondial ».

    Il demanda même ouvertement aux dirigeants soviétiques qu’ils « repartent de l’avant à partir de cela, en laissant de côté l’illusion d’un triomphe mondial du communisme » [55].

    Le sens de ces paroles est on ne peut plus clair. L’impérialisme américain présente les luttes révolutionnaires des nations et des peuples opprimés du monde capitaliste pour leur propre émancipation comme étant le résultat de la « communisation du monde » par les pays socialistes. Ils disent aux dirigeants soviétiques : vous souhaitez la coexistence pacifique avec les États-Unis ?

    Parfait ! à condition que vous vous absteniez de tout soutien à la lutte révolutionnaire des nations et des peuples opprimés du monde capitaliste et vous engagiez à ce qu’ils ne se dressent pas pour faire la révolution. De cette façon, l’impérialisme américain pourrait, selon son heureux calcul, avoir les mains libres pour étouffer le mouvement révolutionnaire dans les pays du monde capitaliste et placer sous son esclavage et sa domination les deux tiers de la population mondiale qui y vivent.

    2) L’impérialisme américain applique, au nom de la prétendue coexistence pacifique, la politique de l’« évolution pacifique » [56] à l’égard de l’Union soviétique et des pays socialistes, cherchant à y réaliser la restauration du régime capitaliste.

    Dulles a dit que « le renoncement à la force … n’implique pas le maintien du statu quo, mais le changement pacifique », qu’il « ne suffit pas de se tenir sur la défensive, la liberté doit être une force positive pénétrante » , « Nous espérons encourager une évolution au sein du monde soviétique » [57].

    Eisenhower a dit que les États-Unis feraient tout ce qu’ils pourraient, par des « moyens pacifiques », pour « que les peuples qui vivent sous la contrainte de la dictature tyrannique puissent jouir en fin de compte du droit de décider eux-mêmes de leur sort par un suffrage libre » [58].

    Kennedy a déclaré que les États-Unis « ont pour tâche de tout mettre en œuvre » pour qu’« un changement qui s’opère … dans l’empire soviétique et sur les différents continents apporte à un plus grand nombre de gens une liberté plus grande, de même que la paix mondiale » [59]. Il annonça en outre qu’il appliquerait envers les pays socialistes d’Europe orientale « une politique de patient encouragement à la liberté et de prudente pression contre la tyrannie », afin de procurer aux peuples de ces pays un « libre choix » [60].

    Ces paroles, elles aussi, sont dépourvues de toute équivoque. Les impérialistes américains qualifient le régime socialiste de « dictature » et de « tyrannie » et la restauration du capitalisme de « libre choix ». Ils disent aux dirigeants soviétiques : vous souhaitez la coexistence pacifique avec les États-Unis ? Cela peut se faire, mais cela ne signifie nullement que les États-Unis admettent le statu quo dans les pays socialistes : tout au contraire, le régime capitaliste doit y être restauré. Cela signifie que l’impérialisme américain ne s’est en aucune façon résigné à ce que les peuples qui représentent un tiers de la population mondiale se soient engagés dans la voie du socialisme et qu’il rêve toujours d’anéantir tous les pays socialistes.

    En somme, la signification de la « coexistence pacifique » prônée par l’impérialisme américain est qu’il n’est pas permis aux peuples sous le joug et la domination impérialistes, d’œuvrer à leur libération, que les peuples déjà libérés doivent être asservis et dominés de nouveau par l’impérialisme et que le monde entier doit être intégré dans ce que les États-Unis appellent « la communauté du monde libre ».

    On constate sans peine que la ligne générale de « coexistence pacifique » de la direction du P.C.U.S. répond exactement au goût de l’impérialisme américain.

    Sous prétexte de « coexistence pacifique », la direction du P.C.U.S. fait l’impossible pour s’attirer les bonnes grâces de l’impérialisme américain et ne cesse de propager l’idée que les représentants de celui-ci « se soucient de la paix ». Cela répond exactement aux exigences de la mensongère politique de paix de l’impérialisme américain.

    Sous prétexte de « coexistence pacifique », la direction du P.C.U.S. étend celle-ci aux rapports entre classes opprimées et oppresseuses, entre nations opprimées et oppresseuses, s’oppose à la révolution et entend la liquider. Cela répond précisément aux exigences de l’impérialisme américain qui veut empêcher les pays socialistes de soutenir la révolution des peuples des pays du monde capitaliste.

    Sous prétexte de « coexistence pacifique », la direction du P.C.U.S. substitue la coopération des classes à la lutte de classe sur le plan international, prône la « coopération générale » entre le socialisme et le capitalisme, ouvrant toutes grandes les portes à la pénétration de l’impérialisme dans les pays socialistes. Cela répond précisément aux exigences de la politique d’« évolution pacifique » de l’impérialisme américain.

    L’impérialisme a toujours été le meilleur professeur par la négative. Il n’est pas inutile de reproduire ci-dessous deux passages des propos tenus par Dulles après le XXe Congrès du P.C.U.S.

    Dulles a dit : « Des indices montrent qu’en Union soviétique, il existe des forces qui aspirent à un plus grand libéralisme… Si ces forces continuent à se développer et à s’amplifier de jour en jour en U.R.S.S., nous pouvons croire, et nous avons aussi toute raison d’espérer, comme je l’ai dit, qu’en l’espace de dix années ou d’une génération, nous pourrons atteindre le grandiose objectif de notre politique, à savoir l’avènement d’une Russie dominée par des gens sensibles aux vœux du peuple russe, qui ont renoncé à leur ambition de dominer le monde entier et agissent selon les principes des pays civilisés et les principes exprimés dans la Charte des Nations Unies » [61].

    Dulles ajoutait : « La perspective à longue échéance, je veux parler en réalité de ce qui à longue échéance est inévitable, est que la politique actuelle des dirigeants soviétiques évoluera, de sorte qu’ils seront plus nationalistes et moins internationalistes » [62].

    Il semble que le spectre de Dulles hante ceux qui ont trahi le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien, tant et si bien que, envoûtés par la soi-disant ligne générale de coexistence pacifique, ils ne veulent pas du tout se demander à quel point leurs agissements répondent aux espoirs de l’impérialisme américain.

    LA COOPÉRATION SOVIÉTO-AMERICAINE, AME DE LA LIGNE GÉNÉRALE DE « COEXISTENCE PACIFIQUE » DE LA DIRECTION DU P.C.U.S.

    Ces dernières années, la direction du P.C.U.S. ne jure plus que par la « coexistence pacifique ». Mais en fait, son attitude envers la Chine et certains autres pays socialistes non seulement va à l’encontre de l’internationalisme prolétarien, mais encore ne s’accorde pas avec les cinq principes de la coexistence pacifique.

    Pour aller droit au but, disons que si la direction du P.C.U.S. prêche sans cesse la coexistence pacifique en tant que ligne générale de sa politique extérieure, c’est qu’elle veut des pays socialistes et de tous les partis communistes qu’ils s’alignent sur la coopération soviéto-américaine qui hante ses rêves depuis des années.

    La coopération soviéto-américaine décidant du sort du monde, telle est l’âme de la ligne générale de « coexistence pacifique » de la direction du P.C.U.S.

    Passons donc en revue les perles qu’elle a débitées !

    « Les deux super-puissances de l’époque, l’Union soviétique et les États-Unis d’Amérique, laissent loin derrière elles n’importe quel autre pays du monde » [63].

    « Chacune de ces deux puissances se trouve à la tête d’un grand nombre de pays – l’Union soviétique à la tête du système socialiste mondial, les Etats-Unis d’Amérique – à la tête du camp capitaliste » [64].

    « Nous

    [l’U.R.S.S. et les États-Unis]

    sommes les pays les plus puissants du monde. Si nous nous unissons dans l’intérêt de la paix, il n’y aura pas de guerre. Et si un fou s’avisait alors de déclencher la guerre, il nous suffirait de le menacer du doigt pour qu’il se calme ».

    « Si un accord est conclu entre le chef du Gouvernement soviétique, N.S. Khrouchtchev, et le président des Etats-Unis, J. Kennedy, il sera trouvé une solution aux problèmes internationaux dont dépend le sort de l’humanité » [65].

    Nous voulons demander aux dirigeants du P.C.U.S. : « L’impérialisme américain étant l’ennemi le plus féroce des peuples du monde entier et la principale force d’agression et de guerre, ce qui est très explicitement stipulé dans les Déclarations de 1957 et de 1960, comment pouvez-vous « vous unir » avec le principal ennemi de la paix mondiale pour « assurer la paix » ?

    Nous voulons encore demander aux dirigeants du P.C.U.S. : La bonne centaine de pays que compte le monde, et les plus de trois milliards d’hommes qui constituent la population mondiale n’ont-ils pas le droit de décider de leur propre sort ? Doivent-ils laisser docilement les deux « géants », les deux « super-puissances » l’Union soviétique et les États-Unis, disposer de leur sort ? Cette insolente absurdité, n’est-ce pas du chauvinisme de grande puissance à cent pour cent ? N’est-ce pas, dans toute l’acception du terme, la politique du plus fort ?

    Nous voulons encore demander aux dirigeants du P.C.U.S. : Pensez-vous vraiment qu’il suffit qu’intervienne un accord entre l’Union soviétique et les États-Unis, entre les deux « grands hommes », pour que le sort de toute l’humanité soit tranché, pour que tous les problèmes internationaux soient réglés ? Vous vous trompez, et sur toute la ligne.

    Jamais les choses n’ont été telles, depuis que le monde est monde, et d’autant moins dans les années 60 du XXe siècle. Le monde d’aujourd’hui est un complexe enchevêtrement de contradictions : contradictions entre le camp socialiste et le camp impérialiste, contradictions entre le prolétariat et la bourgeoisie au sein des pays capitalistes, contradictions entre nations opprimées et impérialisme, contradictions entre pays impérialistes, et contradictions entre groupes monopolistes impérialistes. Ces contradictions disparaîtraient-elles une fois un accord intervenant entre l’Union soviétique et les États-Unis ?

    La direction du P.C.U.S. n’a d’yeux que pour un seul pays : les États-Unis. Dans sa recherche de la coopération soviéto-américaine, elle n’hésite pas à trahir les vrais amis et alliés du peuple soviétique, les frères de classe, ainsi que toutes les nations et tous les peuples opprimés qui, aujourd’hui encore, vivent sous le régime capitaliste-impérialiste.

    La direction du P.C.U.S. fait tout pour ruiner le camp socialiste. Elle s’en est prise au Parti communiste chinois par le mensonge et la diffamation, jusqu’à épuiser tout ce qui existe en la matière, elle a usé de pressions politiques et économiques contre la Chine. Quant à l’Albanie socialiste, elle ne se tiendra pas pour satisfaite avant de l’avoir détruite. De concert avec l’impérialisme américain, elle a fait pression sur Cuba révolutionnaire, exigeant le sacrifice de sa souveraineté et de sa dignité.

    La direction du P.C.U.S. fait l’impossible pour saboter la lutte révolutionnaire des peuples contre l’impérialisme et ses laquais. Elle se fait le prédicateur du social-réformisme, désagrège la combativité révolutionnaire du prolétariat et de son Parti politique. S’adaptant aux besoins de l’impérialisme, elle s’emploie à saper le mouvement de libération nationale, se faisant de plus en plus manifestement le défenseur du néo-colonialisme américain.

    Et qu’a donc obtenu de l’impérialisme américain la direction du P.C.U.S., elle qui, dans la recherche de la coopération soviéto-américaine, a dépensé d’incalculables sommes d’énergie et payé un si lourd tribut ?

    Dès 1959, Khrouchtchev a été fasciné par les rencontres au sommet entre l’Union soviétique et les États-Unis. Quels rêves mirifiques n’a-t-il pas faits à ce sujet, et quelles illusions n’a-t-il pas répandues !

    Il a fait un vif éloge d’Eisenhower, le disant « un grand homme » qui « comprend la grande politique » [66], et il a félicité chaleureusement Kennedy, affirmant que celui-ci « se rendait compte de la grande responsabilité qui incombe aux gouvernements de deux États aussi puissants » [67].

    La direction du P.C.U.S. a exalté tapageusement le soi-disant « esprit de Camp David » et proclamé à cor et à cri que la rencontre de Vienne était un « événement d’une importance historique ». La presse soviétique lança l’idée que lorsque les chefs de gouvernement soviétique et américain seraient assis face à face, l’histoire de l’humanité accéderait à « un nouveau tournant ». Et qu’une « ère nouvelle » serait inaugurée dans les relations internationales par la première poignée de main des deux grands hommes.

    Mais comment l’impérialisme américain, lui, traite-t-il la direction du P.C.U.S. ? Un peu plus d’un mois après les entretiens de Camp Davis, Eisenhower déclarait ouvertement : « J’ignore s’il y a un quelconque esprit de Camp David ».

    Un peu plus de sept mois après ces mêmes entretiens, Eisenhower envoyait un avion-espion U-2 violer l’espace aérien de l’U.R.S.S, torpillant de ce fait, la Conférence des chefs de gouvernement des quatre puissances.

    Peu après la rencontre de Vienne, Kennedy posait ouvertement d’insolentes conditions pour une paix de vingt ans entre l’Union soviétique et les États-Unis, à savoir : abstention soviétique en matière de soutien à la lutte révolutionnaire des peuples ; restauration du régime capitaliste dans les pays socialistes d’Europe orientale.

    Et un peu plus d’un an après la rencontre de Vienne, Kennedy ordonnait un blocus militaire de Cuba dans le style pirate, créant ainsi la crise des Caraïbes.

    « Du plus haut des cieux au plus profond des enfers, l’immensité informe et vague ne recèle rien », et où sont donc passés « l’esprit de Camp David », le « tournant de l’histoire de l’humanité, l’« ère nouvelle dans les relations internationales » et tout ce qui valut si grand tapage pendant un temps ?

    Après la conclusion du traité tripartite sur l’interdiction partielle des essais nucléaires, la direction du P.C.U.S. se mit en devoir d’exalter outrancièrement le soi-disant « esprit de Moscou ». Elle prétendit qu’il faut « battre le fer tant qu’il est chaud », que « toutes les conditions favorables sont réunies » pour un nouvel accord entre l’Union soviétique et les Etats-Unis et qu’il ne faut pas « laisser passer le temps » et aller « sans précipitation » [68].

    Quel est donc cet « esprit de Moscou ? » Voyons les événements récents.

    En vue de créer une meilleure ambiance pour la « coopération soviéto-américaine », la direction du P.C.U.S., en même temps qu’elle organisait à Moscou un meeting pour fêter le 30ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre l’Union soviétique et les États-Unis, envoyait une délégation culturelle aux États-Unis à des fins d’activités commémoratives. Et comment son « enthousiasme » a-t-il été payé en retour ?

    Tout le personnel de l’Ambassade des États-Unis en Union soviétique a refusé d’assister au meeting de célébration à Moscou. Et le Département d’État a publié un mémorandum spécial invitant le public américain à boycotter la délégation culturelle soviétique, qu’il qualifia de « gens extrêmement dangereux et suspects ».

    Alors que la direction du P.C.U.S. vantait bruyamment la « coopération soviéto-américaine », les Etats-Unis envoyait un espion, Barghoorn, s’occuper en Union soviétique. L’arrestation de celui-ci par le gouvernement soviétique était parfaitement légitime. Mais lorsque Kennedy eut crié que le marché pour le blé entre les U.S.A. et l’U.R.S.S. « dépendait d’une atmosphère raisonnable dans les deux pays » et que « cette atmosphère avait été considérablement détériorée par l’arrestation de Barghoorn », le gouvernement soviétique, sous prétexte de « l’intérêt porté par de hauts fonctionnaires américains au sort de Barghoorn », s’empressa, sans autre forme de procès, de remettre en liberté cet espion américain dont la « culpabilité en matière d’activités d’espionnage contre l’U.R.S.S… avait été confirmé par l’enquête ».

    Est-ce tout cela, l’« esprit de Moscou » ? Si oui, ce serait vraiment très triste.

    Qui aurait jamais pensé que Moscou, la capitale du premier pays socialiste, ce nom lumineux si cher à des millions et des millions d’hommes dans le monde depuis la grande Révolution d’Octobre, viendrait à être utilisé par la direction du P.C.U.S. pour masquer sa sordide complicité avec l’impérialisme américain, et ainsi à se couvrir d’opprobre !

    Bref, pour quémander l’ « amitié » et la « confiance » de l’impérialisme américain, que de bonnes paroles la direction du P.C.U.S. ne lui a-t-elle pas adressées ? Quelles marques de déférence n’a-t-elle pas sollicitées auprès de lui ? A quelles colères ne s’est-elle pas laissée aller contre des pays frères et des partis frères ? Quelles pressions n’a-t-elle pas exercées sur eux ?

    A quels artifices et mystifications n’a-t-elle pas recouru contre les peuples révolutionnaires ? Mais, les fleurs enamourées ont beau faire pleuvoir leurs pétales, le ruisseau poursuit son cours impassible. Et de l’impérialisme américain, la direction du P.C.U.S. n’a obtenu en tout et pour tout qu’humiliation, et rien d’autre que de l’humiliation.

    UN CONSEIL A LA DIRECTION DU P.C.U.S.

    Dans les jours très difficiles de la résistance à l’intervention armée de l’impérialisme comme dans le feu de la Guerre patriotique, le grand peuple soviétique, dirigé par Lénine et Staline, s’est-il jamais laissé abattre par les difficultés ?

    Aujourd’hui, une excellente conjoncture révolutionnaire s’est affirmée dans le monde, le socialisme est plus puissant que jamais, la situation de l’impérialisme est plus difficile que jamais, et en revanche, nous voyons le premier pays socialiste, ce pays dont Lénine fut le fondateur, à ce point malmené par l’impérialisme américain et l’honneur du camp socialiste si outrageusement sali par la direction du P.C.U.S. Comment nous serait-il possible à nous, à tous les marxistes-léninistes et aux peuples révolutionnaires du monde, de ne pas être immensément affligés ?

    Ici, nous voulons donner un conseil sincère à la direction du P.C.U.S.

    Les États-Unis sont le pays impérialiste le plus féroce. L’objectif stratégique de l’impérialisme américain, son rêve illusoire, est la conquête du monde entier. Il réprime avec frénésie la lutte révolutionnaire des nations et des peuples opprimés et affirme publiquement son intention d’œuvrer au retour des pays d’Europe orientale dans la prétendue « communauté du monde libre ». Dirigeants du P.C.U.S., comment pouvez-vous imaginer que, dans le plan agressif de l’impérialisme américain pour la conquête du globe, le coup le plus dur ne sera pas porté à l’Union soviétique, mais le sera à d’autres ?

    Les États-Unis sont un pays impérialiste, l’Union soviétique elle, est un pays socialiste. Comment pouvez-vous concevoir une « coopération générale » entre ces deux pays aux systèmes sociaux diamétralement opposés ?

    Comment pouvez-vous imaginer les États-Unis, pays impérialiste, et l’Union soviétique, pays socialiste, coexistant en toute harmonie alors même qu’entre les États-Unis et les autres puissances impérialistes, intrigues et rivalités sont monnaie courante et que les États-Unis n’auront de cesse avant d’avoir foulé leurs propres alliés aux pieds ?

    Camarades dirigeants du P.C.U.S. ! Réfléchissez-y donc froidement : si jamais un orage se déchaînait dans le monde pourrait-on faire confiance à l’impérialisme américain ? Non, on ne peut compter sur l’impérialisme américain, ni sur aucun impérialiste ou réactionnaire. Les seuls vrais alliés, les sûrs alliés de l’Union soviétique sont les pays frères du camp socialiste, les partis frères marxistes-léninistes et les nations et les peuples opprimés.

    La loi du développement de l’histoire est indépendante de la volonté de l’homme. Nul ne peut anéantir le camp socialiste et étouffer le mouvement révolutionnaire des nations et des peuples opprimés du monde entier, nul ne peut entraver leur développement.

    Quiconque trahit les peuples du camp socialiste et tous les peuples du monde et nourrit l’illusoire ambition de s’associer avec l’impérialisme américain pour décider du sort du monde, n’aura pas de fin heureuse. Les agissements de la direction du P.C.U.S. sont erronés et dangereux à l’extrême. Il n’est pas trop tard pour arrêter le cheval au bord du précipice.

    Il est temps pour la direction du P.C.U.S. de renoncer à sa ligne générale de « coexistence pacifique » pour revenir à la voie de la politique de coexistence pacifique de Lénine, à la voie du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien.

    [1] V. I. Lénine : « Le programme militaire de la révolution prolétarienne », Œuvres, tome 23.

    [2] V. I. Lénine : « Projet de résolution sur la situation politique actuelle », Œuvres, tome 25.

    [3] V. I. Lénine : « Rapport d’activité du Comité central présenté au VIIIe Congrès du P.C.(b)R », Œuvres, tome 29.

    [4] V. I. Lénine : « Rapport sur la guerre et la paix présenté au VIIe Congrès du P.C.(b)R », Œuvres, tome 27.

    [5] V. I. Lénine : « Rapport d’activité du Comité central présenté au VIIIe Congrès du P.C.(b)R », Œuvres, tome 29

    [6] V. I. Lénine : « La politique extérieure et intérieure de la République, rapport présenté au IXe Congrès des Soviets de Russie », Œuvres, tome 33.

    [7] V. I. Lénine : « Discours à la Ière Conférence de Russie sur le travail du Parti à la campagne », Œuvres, tome 30.

    [8] V. I. Lénine : « Discours de clôture de la Conférence du Xe Congrès du P.C.(b)R », Œuvres, tome 32.

    [9] V. I. Lénine : « Rapport sur l’activité du Conseil des commissaires du peuple présenté au VIIIe Congrès de Soviets de Russie », Œuvres, tome 31.

    [10] V.I. Lénine : « Rapport d’activité du Comité exécutif central de Russie et du Conseil des commissaires au peuple », Œuvres, tome 30.

    [11] V. I.Lénine : « Réponse aux questions de Karl Wigand, correspondant à Berlin de l’Agence d’information américaine ‘Universal service’ », Œuvres, Tome 30.

    [12] V. I.Lénine : « Au IVe Congrès mondial de l’Internationale communiste, au Soviet des députés des ouvriers et des soldats rouges de Petrograd », Œuvres, tome 33.

    [13] V. I.Lénine : « Rapport sur la paix présenté au Deuxième Congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats de Russie », Œuvres, tome 26.

    [14] 14 V. I.Lénine : Œuvres, tome 27.

    [15] 14 V. I.Lénine : Œuvres, tome 31.

    [16] V. I. Lénine : « Première ébauche des thèses sur les questions nationale et coloniale », Œuvres, tome 31.

    [17] J. Staline : Rapport politique du Comité central au XVe Congrès du Parti communiste(b) de l’U.R.S.S., Œuvres, tome 10.

    [18] J. Staline : « Réponse aux questions posées par des rédacteurs de la presse américaine, Pravda, 2 avril 1952.

    [19] J. Staline : « Sur les travaux de la séance conjointe du mois d’avril du Comité central et de la Commission centrale de Contrôle », Œuvres, tome 11.

    [20] « Allocution au Comité préparatoire de la Nouvelle Conférence consultative politique », Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome IV.

    [21] Mao Tsé-toung : Allocution d’ouverture au VIIIe Congrès national du Parti communiste chinois.

    [22] Mao Tsé-toung : « De la juste solution des contradictions au sein du peuple ».

    [23] B.N. Ponomarev, « Le Victorieux Drapeau des communistes du monde entier », Pravda, 18 novembre 1962.

    [24] A. Roumiantsev : « Notre arme idéologique commune », Nouvelle Revue internationale, n° 1, 1962.

    [25] Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 23 septembre 1960 à l’Assemblée générale des Nations Unies.

    [26] Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 21 février 1960 à l’Université nationale indonésienne « Gadjah Mada », Djokjakartta.

    [27] Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en janvier 1960 à la session du Soviet suprême.

    [28] A propos de l’interview avec le président Kennedy » par la Rédaction des Izvestia, 4 décembre 1961.

    [29] Message adressé le 30 décembre 1961 par N.S. Khrouchtchev et L.I. Bréjnev à J.F. Kennedy.

    [30] Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 23 septembre 1960 devant l’Assemblée générale des Nations-Unies.

    [31] Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 5 juillet 1961 à la réception à l’Ambassade de la République Démocratique populaire de Corée en U.R.S.S.

    [32] B.N. Ponomarev : « Problèmes du mouvement révolutionnaire », Nouvelle Revue internationale, n° 12, 1962.

    [33] « La Coexistence pacifique et la révolution », Kommunist, n° 2, 1962.

    [34] B.N. Ponomarev : « Une nouvelle phase dans la crise générale du capitalisme », Pravda, 8 février 1961.

    [35] Lettre du Comité central du P.C.U.S. au Comité central du P.C.C., 30 mars 1963.

    [36] Lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union soviétique, le 14 juillet 1963.

    [37] B.N. Ponomarev : « Problèmes du mouvement révolutionnaire », Nouvelle Revue internationale, n° 12, 1962.

    [38] Programme du P.C.U.S. adopté au XXIIe Congrès du P.C.U.S.

    [39] Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en janvier 1960 devant la session du Soviet suprême.

    [40] Réponse de N.S. Khrouchtchev aux questions du professeur autrichien Hans Thirring, Pravda, 3 janvier 1962.

    [41] V. I. Lénine : « La politique extérieure de la révolution russe », Œuvres, tome 25.

    [42] J. Staline : « La Révolution d’Octobre et les tactiques des communistes russes », Œuvres, tome 6.

    [43] Ibidem.

    [44] Quelques appréciations sur la situation internationale actuelle », Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome IV.

    [45] « Pour l’unité et la cohésion du mouvement communiste international », par la Rédaction de la Pravda, 6 décembre 1963.

    [46] « Jusqu’où note gentillesse envers Nikita doit-elle aller ? », Time, 9 mars 1962.

    [47] Interview télévisée donnée par le sous-secrétaire d’Etat américain W.A. Harriman le 18 août 1963.

    [48] « Kennedy aide Khrouchtchev », Time and Tide, 18-24 avril 1963.

    [49] Dépêche A.F.P., datée de Washington, 14 juillet 1963, sur les commentaires faits par de hauts fonctionnaires du gouvernement américain au sujet de la lettre ouverte du P.C.U.S.

    [50] Discours de D. Dillon, ancien sous-secrétaire d’Etat américain, sur la politique extérieure des Etats-Unis prononcé le 20 avril 1960.

    [51] Discours de J.F. Dulles prononcé le 4 décembre 1958 devant la Chambre de commerce de l’Etat de Californie.

    [52] Discours de J.F. Kennedy prononcé le 20 septembre 1963 devant l’Assemblée générale des Nations Unies.

    [53] Déposition de J.F. Dulles du 29 janvier 1959 devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des Représentants.

    [54] Entretien de J.F. Kennedy avec A. Adjoubei, rédacteur en chef des Izvestia, 25 novembre 1961.

    [55] Discours de D. Rusk prononcé le 10 septembre 1963 au Congrès national de l’American Legion.

    [56] Discours de J.F. Dulles au dîner offert par l’Association du Barreau de l’État de New York le 31 janvier 1959 à l’occasion de la remise des prix.

    [57] Discours de J.F. Dulles prononcé le 4 décembre 1958 devant la Chambre de commerce de l’État de Californie.

    [58] Discours d’Eisenhower prononcé le 30 septembre 1960 à Chicago au Congrès des Américains d’origine polonaise.

    [59] Kennedy, « Sommes-nous à la hauteur de la tâche ? », La stratégie de paix

    [60] Discours de J.F. Kennedy prononcé le 1er octobre 1960 au Congrès des Américains d’origine polonaise.

    [61] Déclaration de J.F. Dulles du 15 mai 1956 à une conférence de presse.

    [62] Déclaration de J.F. Dulles du 28 octobre 1958 à une conférence de presse.

    [63] N.N. Yakovlev, Depuis trente ans… (Brochure éditée par l’U.R.S.S. à l’occasion du 30ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre l’U.R.S.S. et les U.S.A.).

    [64] Ibidem.

    [65] Discours de A.A. Gromyko prononcé le 13 décembre 1962 à la session du Soviet suprême.

    [66] Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 17 septembre 1959 au déjeuner offert par le maire de New York.

    [67] Discours télévisé de N.S. Khrouchtchev, 15 juin 1961.

    [68] « Le Temps n’attend pas », article du commentateur des Izvestia du 21 août 1963.

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    contre l’hégémonie des superpuissances

  • Rédactions du Quotidien du peuple et du Drapeau Rouge : Deux lignes différentes dans la question de la guerre et de la paix

    Rédaction du Renmin Ribao et Rédaction du Hongqi, 19 novembre 1963

    Le monde entier discute de la question de la guerre et de la paix.

    Source de tous les maux, le système impérialiste a valu aux peuples des guerres sans nombre, dont les catastrophes que furent les deux conflits mondiaux. Les guerres impérialistes ont infligé de grandes souffrances aux peuples qui en ont, par ailleurs, tiré des leçons.

    Après la Seconde Guerre mondiale, les peuples de partout ont exigé vigoureusement la sauvegarde de la paix mondiale. De plus en plus nombreux sont ceux qui comprennent qu’il est indispensable de combattre la politique impérialiste d’agression et de guerre si l’on veut sauvegarder la paix.

    Les marxistes-léninistes du monde entier ont pour devoir de veiller précieusement sur l’amour de la paix qui habite les masses populaires et d’être aux premiers rangs de la lutte pour la défense de la paix mondiale. Ils ont pour devoir de combattre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme, de dénoncer ses mystifications et de mettre ses plans de guerre en échec. Ils ont pour devoir d’éduquer les masses, d’élever leur conscience politique et d’imprimer une juste orientation à la lutte pour la défense de la paix mondiale.

    Contrairement aux marxistes-léninistes, les révisionnistes modernes se plient aux exigences de la politique de l‘impérialisme en aidant celui-ci à duper les masses populaires, en s’évertuant à détourner l’attention des peuples, en affaiblissant et minant la lutte contre l’impérialisme, en couvrant le plan impérialiste de préparation à une nouvelle guerre.

    Dans la question de la guerre et de la paix, la ligne marxiste-léniniste est diamétralement à l’opposé de la ligne révisionniste.

    La ligne marxiste-léniniste est la juste ligne pour assurer la paix mondiale. Elle est celle que tous les partis marxistes-léninistes, y compris le Parti communiste chinois, et tous les marxistes-léninistes ont toujours maintenue.

    La ligne révisionniste est une ligne erronée qui aide à aggraver le danger d’une nouvelle guerre. Elle est celle que les dirigeants du P.C.U.S. ont graduellement développée depuis son XXe Congrès.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S., ainsi que les nombreux propos tenus par les dirigeants de ce Parti, abondent en mensonges sur la question de la guerre et de la paix, mensonges créés pour diffamer les communistes chinois, mais qui ne permettent cependant pas de dissimuler la nature même des divergences en cause.

    Analysons les principales divergences qui, dans la question de la guerre et de la paix, opposent la ligne du marxisme-léninisme à la ligne du révisionnisme moderne.

    LES LEÇONS DE L’HISTOIRE

    Depuis que le capitalisme s’est mué en impérialisme, la question de la guerre et de la paix a toujours eu une importance majeure dans la lutte entre marxisme-léninisme et révisionnisme.

    L’impérialisme est la source des guerres modernes. Il applique indifféremment une politique de « paix » et une politique de guerre. Il use couramment de la paix pour mentir, en vue de couvrir ses crimes d’agression et ses préparatifs pour une nouvelle guerre.

    Lénine et Staline en ont inlassablement appelé à tous les peuples pour qu’ils combattent la supercherie de paix de l’impérialisme.

    Lénine a déclaré que les gouvernements impérialistes « en parole ne font tous que parler de paix, de justice, mais… en fait mènent des guerres de conquête et de rapine » [1].

    Staline a affirmé qu’en prônant le pacifisme, les impérialistes n’« ont qu’un seul but : duper les masses par des phrases sonores au sujet de la paix en vue de préparer une nouvelle guerre » [2].

    Il ajoutait que « beaucoup de gens croient que le pacifisme de l’impérialisme est un instrument de paix. Cela est absolument faux. Le pacifisme de l’impérialisme est un instrument pour préparer la guerre, un instrument pour couvrir cette préparation par une phraséologie hypocritement pacifiste. Sans ce pacifisme et son instrument, la Société des Nations, la préparation à la guerre dans les conditions présentes serait impossible » [3].

    A l’inverse de Lénine et de Staline, les révisionnistes de la IIe Internationale, ces renégats de la classe ouvrière, aidèrent l’impérialisme à tromper les masses et furent donc de complicité dans le déclenchement des deux guerres mondiales.

    Avant la Première Guerre mondiale, les révisionnistes, qui avaient Bernstein et Kautsky pour représentants, s’efforcèrent de paralyser la combativité révolutionnaire des peuples et de couvrir les plans impérialistes de préparation à la guerre mondiale par de la cauteleuse phraséologie pacifiste.

    Dès avant le déchaînement de la Première Guerre mondiale et aussitôt après, les vieux révisionnistes se débarrassèrent les uns après les autres de leur masque de « paix », se rangèrent du côté du gouvernement impérialiste de leur pays, donnèrent leur appui à cette guerre que les impérialistes menaient pour procéder à un nouveau partage du monde, votèrent les crédits militaires au parlement et, en bons hypocrites qu’ils étaient, se gargarisèrent avec la « défense de la patrie », incitant ainsi la classe ouvrière de leur pays à entrer dans la guerre pour massacrer leurs frères de classe d’autres pays.

    Lorsque les impérialistes voulurent réaliser une trêve aux conditions qui leur convenaient, les révisionnistes, représentés par Kautsky, essayèrent de duper le peuple et de combattre la révolution par de doucereuses paroles, du genre de : « Rien ne me rend plus heureux que la paix conciliante fondée sur le principe : ‘Vivre et laisser vivre’ » [4].

    Après la Première Guerre mondiale, le renégat Kautsky et ses successeurs se firent plus cyniquement encore les hérauts de la mensongère paix impérialiste.

    Les révisionnistes de la IIe Internationale ont répandu des tas de mensonges sur la question de la guerre et de la paix.

    1. Ils enjolivaient l’impérialisme et cherchaient à détourner les peuples des objectifs de leur lutte. Kautsky disait que « la menace de l’impérialisme à la paix mondiale est encore insignifiante. Une menace plus grave vient des visées nationales de l’Orient et des diverses dictatures » [5]. C’était vouloir faire croire que la source de la guerre n’était pas l’impérialisme, mais les nations opprimées d’Orient et le pays des Soviets, grand rempart de la paix.

    2. Ils aidaient l’impérialisme à celer le danger d’une nouvelle guerre et à paralyser la volonté de combat des masses. Kautsky disant en 1928 que « si, aujourd’hui, vous parlez toujours du danger d’une guerre impérialiste, vous vous fondez sur une formule traditionnelle et non sur l’observation de notre époque » [6]. Ces vieux révisionnistes disaient de ceux qui estimaient la guerre impérialiste inévitable qu’ils sont obsédés par une conception fataliste de l’histoire » [7].

    3. Ils intimidaient les masses en alléguant que la guerre détruirait l’humanité. Kautsky disait que « la prochaine guerre apportera non seulement privation et misère, mais mettra définitivement un terme à la civilisation et ne laissera, tout au moins en Europe, que des ruines fumantes et des cadavres en décomposition » [8]. Ces vieux révisionnistes ajoutaient : « La dernière guerre a amené le monde au bord de l’abîme, la prochaine le détruirait complètement. La préparation d’une nouvelle guerre pourrait, à elle seule, perdre le monde » [9].

    4. Ils ne faisaient pas de distinction entre guerres justes et guerres injustes et n’admettaient pas qu’on fasse la révolution. Kautsky disait en 1914 : « Dans les conditions actuelles, il n’est pas une seule guerre qui ne soit un malheur pour les nations en général et pour le prolétariat en particulier. Ce que nous discutons c’est par quel moyen nous pouvons prévenir une guerre qui menace, et non pas quelles guerres sont utiles et lesquelles sont nuisibles » [10]. Il disait aussi : « L’aspiration à une paix perpétuelle ne cesse d’aiguillonner la majorité des pays civilisés. Elle relègue momentanément au second plan le problème primordial de notre époque » [11].

    5. Ils propageaient la théorie des armes décidant de tout et étaient contre la lutte armée révolutionnaire. Kautsky disait : « Une des raisons pour lesquelles les luttes révolutionnaires à venir seront vraisemblablement moins livrées à l’aide de moyens militaires, ainsi que cela a été souvent souligné, gît dans l’immense supériorité en armes des troupes des États modernes sur les armes à la disposition des ‘civils’, qui rend généralement sans espoir, dès le début, tout soulèvement de ces derniers » [12].

    6. Ils propageaient l’absurdité selon laquelle la paix dans le monde et l’égalité entre les nations pourraient être assurées par le désarmement. Bernstein disait : « Paix sur terre aux hommes de bonne volonté » Nous ne pouvons nous arrêter ni nous reposer, nous devons veiller à ce que la société se développe sans heurts vers le bonheur dans l’intérêt de tous, vers l’égalité en droits entre nations par un accord international et le désarmement » [13].

    7. Ils propageaient l’idée saugrenue que l’argent économisé grâce au désarmement pourrait être affecté à l’aide aux pays retardataires. Kautsky disait : « Moins l’Europe occidentale a de charges militaires, plus grands seront les moyens disponibles pour construire des chemins de fer en Chine, en Perse, en Turquie, en Amérique du Sud, etc., et leur construction, en comparaison de celle des « dreadnoughts », est un moyen beaucoup plus efficace pour promouvoir le développement industriel » [14].

    8. Ils se faisaient des brain-trusts de l’impérialisme en matière de « stratégie de paix ». Kautsky disait : « Les nations de l’Europe civilisée (et également les Américains) sont plus à même de maintenir la paix dans le Proche-Orient et en Extrême-Orient à l’aide de leurs moyens économiques et intellectuels que par des bâtiments de guerre et des avions » [15].

    9. Ils vantaient tapageusement la Société des Nations, que contrôlait l’impérialisme. Kautsky disait : « L’existence même de la Société des Nations est un grand succès de la cause de la paix. Elle est, par elle-même, un instrument pour la défense de la paix qu’aucun organisme ne peut assurer » [16].

    10. Ils propageaient l’illusion qu’il fallait s’appuyer sur l’impérialisme américain pour maintenir la paix dans le monde. Kautsky disait : « Aujourd’hui, les États-Unis sont le plus puissant pays au monde et, une fois qu’ils se trouveront au sein de la Société des Nations ou qu’ils œuvreront avec elle pour empêcher la guerre, ils la rendront irrésistible » [17].

    Lénine a impitoyablement dévoilé le vrai visage de Kautsky et consorts. Il a fait remarquer que le pacifisme des révisionnistes de la IIe Internationale n’était « que consolation des peuples … que moyen d’aider les gouvernements à s’assurer la docilité des masses pour la continuation de la boucherie impérialiste ! » [18].

    Staline disait : « Et le plus important dans tout ceci, c’est que la social-démocratie est le principal propagateur du pacifisme de l’impérialisme au sein de la classe ouvrière, c’est-à-dire que dans la préparation de nouvelles guerres et interventions, elle est le principal pilier du capitalisme au sein de la classe ouvrière » [19].

    Si l’on parcourt les déclarations du camarade Khrouchtchev sur la question de la guerre et de la paix et si on les compare aux propos tenus par Bernstein, Kautsky et leurs semblables, on s’aperçoit qu’elles n’offrent rien de nouveau, que ces vues sont une nouvelle mouture du révisionnisme de la IIe Internationale.

    Dans la question de la guerre et de la paix, qui touche au sort de l’humanité, Khrouchtchev marche sur les traces de Bernstein et de Kautsky. L’expérience atteste que c’est une voie excessivement dangereuse pour la paix mondiale.

    Les marxistes-léninistes et tous les peuples pacifiques du monde doivent rejeter et combattre la ligne erronée de Khrouchtchev, afin de défendre efficacement la paix et de prévenir une nouvelle guerre mondiale.

    LA PLUS MONSTRUEUSE DES MYSTIFICATIONS

    Il n’y a pas de mensonge plus monstrueux que celui présentant l’ennemi principal de la paix mondiale comme un ange de paix.

    Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les impérialistes américains ont chaussé les bottes des fascistes allemands, italiens et japonais, et se sont efforcés d’instaurer dans le monde un empire d’une ampleur jusque-là inconnue. Leur « stratégie mondiale » a pour objet l’agression et le contrôle des zones intermédiaires situées entre les États-Unis et le camp socialiste, l’étouffement des révolutions des nations et des peuples opprimés, et, par suite, la destruction des pays socialistes et la domination sur le monde entier.

    Pour réaliser leur rêve d’hégémonie mondiale, ils n’ont cessé, durant les dix-huit années qui se sont écoulées depuis la Seconde Guerre mondiale, de mener des guerres d’agression, de passer à l’intervention armée contre-révolutionnaire dans toutes les parties du monde et de préparer activement une nouvelle guerre mondiale.

    Il est indiscutable que l’impérialisme demeure la source des guerres modernes, et que l’impérialisme américain est la principale force d’agression et de guerre de notre époque. Les Déclarations de 1957 et de 1960 l’affirment clairement.

    Les dirigeants du P.C.U.S. estiment cependant que les principaux représentants de l’impérialisme américain sont attachés à la paix. Ils prétendent que sont apparus des hommes « sensés » capable d’envisager lucidement la situation. Et Eisenhower et Kennedy sont les représentants de ces hommes « sensés ».

    Khrouchtchev a fait l’éloge d’Eisenhower, il l’a dit quelqu’un qui « jouit de la confiance absolue de son peuple », « aspire sincèrement à la paix » et « se soucie autant que nous d’assurer la paix ».

    Maintenant, il loue Kennedy, disant qu’il serait plus qualifié encore qu’Eisenhower pour endosser la responsabilité du maintien de la paix dans le monde, qu’il « se soucie du maintien de la paix » [20] et qu’on peut raisonnablement s’attendre à ce qu’il « crée les conditions sûres pour une vie pacifique et un travail créateur sur le globe » [21].

    Khrouchtchev se dépense autant que les révisionnistes de la IIe Internationale pour propager le mensonge et enjoliver l’impérialisme.

    A ceux qui ne croient pas à ces mensonges, la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. demande : « Est-ce qu’ils pensent réellement que les gouvernements bourgeois n’ont pas un grain de bon sens dans toutes leurs actions ? »

    Il est évident que les auteurs de la lettre veulent ignorer jusqu’aux données les plus élémentaires du marxisme-léninisme. Dans une société de classes, il n’existe pas de bon sens situé au-dessus des classes. Le prolétariat a son bon sens à lui et la bourgeoisie a le sien. Et par bon sens, on entend la capacité d’élaborer une politique en fonction des intérêts fondamentaux de sa classe et d’agir en fonction de la position fondamentale de sa classe. Le bon sens de Kennedy et consorts consiste à agir en fonction des intérêts fondamentaux de la bourgeoisie monopoliste des États-Unis et est du bon sens impérialiste.

    Alors que le rapport international des forces de classe devient de plus en plus défavorable pour l’impérialisme, que la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme américain connaît constamment l’échec, les impérialistes américains se voient obligés de se camoufler de plus en plus souvent sous le manteau de la paix.

    Il est vrai que Kennedy est assez habile dans l’utilisation de phrases au sujet de la « paix » et le recours aux tactiques de « paix ». Mais, de même que sa politique de guerre, sa politique de paix mensongère est au service de la « stratégie mondiale » de l’impérialisme américain.

    La « stratégie de paix » de Kennedy tend à intégrer le globe dans « la communauté du monde libre » qui a pour fondement « les lois et la justice » de l’impérialisme américain.

    La « stratégie de paix » de Kennedy se ramène essentiellement à ceci :

    Promouvoir le néo-colonialisme américain en Asie, en Afrique et en Amérique latine en usant de subterfuges « pacifiques ».

    S’infiltrer dans d’autres pays impérialistes et capitalistes et les contrôler en usant de subterfuges « pacifiques ».

    Pousser les pays socialistes, en usant de subterfuges « pacifiques » pour qu’ils prennent la voie de l’« évolution pacifique » à l’instar de la Yougoslavie.

    Affaiblir et miner, en usant de subterfuges « pacifiques » le combat des peuples du monde entier contre l’impérialisme.

    Dans un discours récent prononcé à l’Assemblée générale des Nations Unies, Kennedy a posé insolemment les conditions pour la paix entre les États-Unis et l’Union soviétique :

    a) La République démocratique allemande doit être incorporée à l’Allemagne occidentale ;

    b) Cuba socialiste ne doit pas exister ;

    c) Les pays socialistes d’Europe orientale doivent pouvoir faire « le libre choix », c’est-à-dire que le capitalisme doit y être restauré ;

    d) Les pays socialistes ne doivent pas soutenir les luttes révolutionnaires des nations et des peuples opprimés.

    Le recours aux « moyens pacifiques », lorsque cela est possible, est aussi une tactique habituelle des impérialistes et des colonialistes pour parvenir à leur but.

    Les classes réactionnaires recourent invariablement à deux tactiques pour maintenir leur domination et appliquer leur politique expansionniste. La première est la duperie par l’onction, l’autre la répression sanglante. La politique de paix mensongère et la politique de guerre de l’impérialisme ont toujours été au service l’une de l’autre, et elles se complètent. Le bons sens dont Kennedy fait preuve en tant que représentant de la bourgeoisie monopoliste américaine ne peut que s’exprimer par une utilisation plus sournoise de ces deux tactiques.

    La violence a toujours été la principale tactique des classes dominantes réactionnaires. La duperie par l’onction n’en a jamais été qu’un auxiliaire. Les impérialistes délimitent leurs sphères d’influence à partir de leurs positions de force. Kennedy a été parfaitement clair à ce sujet. Il a déclaré qu’« en fin de compte, le seul moyen de défendre la paix est d’être prêt à se battre pour notre pays à la dernière extrémité, et de le vouloir vraiment » [22].

    Et depuis qu’il est au pouvoir, il applique une stratégie dite de « riposte en souplesse », il a demandé la création accélérée de « forces militaires multiformes » et le renforcement de la « puissance globale », pour que les États-Unis puissent, à leur guise, livrer toutes les guerres, qu’elles soient totales ou limitées, nucléaires ou conventionnelles, grandes ou petites. Ce plan insensé de Kennedy a porté l’accroissement des armements et les préparatifs de guerre des États-Unis à un point sans précédent. Voyons quelques données officielles fournies par les États-Unis :

    1. Les dépenses militaires du gouvernement américain qui étaient de 46,7 milliards de dollars pour l’année fiscale 1960 passeront, selon les prévisions, à 60 milliards pour l’année fiscale 1964, chiffre le plus élevé du temps de paix et chiffre supérieur à celui du temps de la guerre de Corée.

    2. Kennedy a déclaré récemment que depuis deux ans le nombre des armes nucléaires détenues par les « troupes d’alerte stratégiques », des États-Unis a augmenté de 100 pour cent, celui des divisions terrestres prêtes au combat de 45 pour cent, que l’acquisition d’appareils pour le pont aérien a augmenté de 175 pour cent et les effectifs des « unités spéciales de guérillas », et des « unités anti-rébellion » de près de cinq fois [23].

    3. Le Joint Strategic Target Planning Staff des États-Unis a élaboré un plan de guerre nucléaire dirigé contre l’Union soviétique et les autres pays socialistes. Au début de l’année, le secrétaire américain à la Défense McNamara déclara que « nous nous sommes assurés, pour la période envisagée, la capacité de détruire virtuellement tous les objectifs militaires « mous » et « semi-durs »

    [bases au sol et bases demi-souterraines]

    en Union soviétique ainsi qu’un grand nombre de ses bases de missiles extrêmement solides, avec une capacité additionnelle sous la forme d’une force bien protégée pouvant être utilisée ou tenue en réserve contre les régions urbaines et industrielles » [24].

    Les États-Unis ont renforcé leur réseau de bases de missiles nucléaires dirigées contre le camp socialiste, et considérablement renforcé leur dispositif, à l’étranger, de sous-marins atomiques porteurs de missiles.

    En même temps, les forces armées de l’O.T.A.N., sous commandement des Etats-Unis, ont poussé vers l’Est, cette année, et sont près des frontières de la République démocratique allemande et de la Tchécoslovaquie.

    4. L’Administration Kennedy a renforcé son dispositif militaire en Asie, en Amérique latine, en Afrique et, en outre, elle a considérablement accru les effectifs des « forces spéciales » des armées de terre, de l’air et de mer, en vue de pouvoir faire face au mouvement révolutionnaire populaire de ces régions. Les États-Unis ont transformé le Sud-Vietnam en un terrain d’essai de leur « guerre spéciale », et leurs troupes y sont passées à plus de 16.000 hommes.

    5. L’Administration Kennedy a renforcé les organismes opérationnels. Elle a établi un « Strike Command », qui assure la direction unifiée d’une force aérienne et terrestre combinée maintenue à un haut degré de préparation au combat, afin de pouvoir au moment voulu l’envoyer dans n’importe quelle partie du monde pour y déclencher la guerre.

    Elle a instauré ces centres terrestres et souterrains de commandement national militaire et, en même temps, mis sur pied l’Emergency Airborne Command Post ainsi que l’Emergency Command Post at Sea, ces deux organismes se trouvant logés respectivement à bord d’avions et de bâtiments de guerre.

    Ces faits prouvent que les impérialistes américains sont les militaristes les plus forcenés des temps modernes, les fomentateurs d’une nouvelle guerre mondiale, les pires ennemis de la paix mondiale.

    Il en ressort que les impérialistes américains ne sont pas devenus de mignons angelots quoique Khrouchtchev leur ait lu la Bible et ait entonné un psaume. Ils ne sont pas devenus de miséricordieux bouddhas quoique Khrouchtchev leur ait donné des coups d’encensoir et les ait adorés.

    Quelque effort que fasse Khrouchtchev pour aider les impérialistes américains, ceux-ci ne lui en témoignent aucune reconnaissance. Ils continueront à se dépouiller de leur manteau de paix par leurs nouvelles et nombreuses activités d’agression et de guerre et, ce faisant, ils continueront à infliger des soufflets à Khrouchtchev et consommeront la faillite de ses théories absurdes qui enjolivent l’impérialisme américain. C’est vraiment triste pour celui qui s’est fait volontairement le défenseur de l’impérialisme américain.

    SUR LA POSSIBILITÉ DE CONJURER
    UNE NOUVELLE GUERRE MONDIALE

    Il est établi que les impérialistes, États-Unis en tête, préparent activement une nouvelle guerre mondiale et que le danger de guerre existe. Nous devons poser clairement ce fait devant les masses populaires.

    Mais une nouvelle guerre mondiale peut-elle être conjurée ?

    Le point de vue des communistes chinois a toujours été des plus limpides.

    Le camarade Mao Tsé-toung a formulé après la fin de la Seconde Guerre mondiale sa thèse sur la possibilité de conjurer une nouvelle guerre mondiale, par l’analyse scientifique de la situation internationale.

    Dès 1946, lors d’un entretien, devenu célèbre, avec la journaliste américaine Anna Louise Strong, le camarade Mao Tsé-toung disait : « les réactionnaires américains font aujourd’hui, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, un tel tapage à propos d’une guerre américano-soviétique – au point d’empoisonner l’atmosphère internationale – que nous sommes obligés d’examiner de plus près leurs véritables intentions.

    Il apparaît alors que, sous le couvert de slogans antisoviétiques, ils se livrent à des attaques frénétiques contre les ouvriers et les milieux démocratiques de leur pays et transforment en dépendance américaines tous les pays visés par l’expansion des États-Unis.

    A mon avis, le peuple américain et les peuples de tous les pays menacés par l’agression américaine doivent s’unir et lutter contre les attaques des réactionnaires américains et de leurs laquais dans ces pays. Seule la victoire remportée dans cette lutte permettra d’éviter une troisième guerre mondiale ; sinon, celle-ci est inévitable » [25].

    Ces paroles du camarade Mao Tsé-toung visaient les appréciations pessimistes formulées à l’époque à propos de la situation internationale. L’impérialisme, dirigé par les États-Unis, et toute la réaction intensifiaient de jour en jour leurs activités antisoviétiques, anticommunistes et antipopulaires et proclamaient qu’une « guerre entre les États-Unis et l’Union soviétique était inévitable », qu’« une troisième guerre mondiale devait inévitablement éclater ».

    La réaction tchiangkaïchiste menait également une propagande tapageuse à ce sujet dans le but d’intimider le peuple chinois. Certains camarades s’effrayèrent de ce chantage et, face aux attaques armées de la clique réactionnaire de Tchiang Kaï-chek, épaulée par l’impérialisme américain, ils se montrèrent faibles, n’osant pas opposer résolument la guerre révolutionnaire à la guerre contre-révolutionnaire.

    Tout autre était l’attitude du camarade Mao Tsé-toung. Celui-ci fit ressortir que si la lutte était menée résolument et efficacement contre les forces réactionnaires mondiales, une nouvelle guerre mondiale pouvait être conjurée.

    La thèse scientifique du camarade Mao Tsé-toung fut confirmée par la grande victoire de la révolution chinoise.

    La révolution chinoise triomphante provoqua un immense changement dans le rapport international des forces de classes. Le camarade Mao Tsé-toung fit remarquer en juin 1950 :

    « La menace de guerre du camp impérialiste demeure. La possibilité d’une troisième guerre mondiale demeure. Mais les forces qui luttent pour mettre fin au danger de guerre, pour éviter l’éclatement d’une troisième guerre mondiale se développent rapidement, et le niveau de conscience de la grande majorité du peuple est en train de s’élever.

    Une nouvelle guerre mondiale peut être conjurée si tous les partis communistes du monde parviennent à maintenir l’unité de toutes les forces de paix et de démocratie pouvant être unies et œuvrent pour qu’elles connaissent un plus grand développement » [26].

    En novembre 1957, à la conférence des partis frères, le camarade Mao Tsé-toung fit une analyse détaillée des changements intervenus dans les relations internationales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et montra que la situation internationale était parvenue à un nouveau tournant. Il décrivit cette situation de façon vivante par l’expression « le vent d’Est l’emporte sur le vent d’Ouest », empruntée à un roman classique chinois.

    Il dit : « A mon avis, la caractéristique de la situation actuelle est que le vent d’Est l’emporte sur le vent d’Ouest. Ce qui signifie que les forces socialistes ont acquis une supériorité écrasante sur les forces impérialistes » [27].

    Le camarade Mao Tsé-toung a tiré cette conclusion d’une analyse du rapport international des classes. Il plaça sans équivoque possible, du côté du « vent d’Est », le camp socialiste, la classe ouvrière mondiale, les partis communistes, les peuples et nations opprimés, les peuples et les pays pacifiques, et réserva « le vent d’Ouest » aux forces de guerre de l’impérialisme et des réactionnaires.

    Le sens politique de cette métaphore est on ne peut plus clair et précis. Les dirigeants du P.C.U.S. et leurs disciples ont fait l’impossible pour la déformer et la présenter comme une conception géographique, raciale ou météorologique, et ils ont ainsi témoigné leur volonté de se faufiler dans les rangs de l’« Ouest » pour s’attirer les bonnes grâces de l’impérialisme et attiser le chauvinisme en Europe et en Amérique du Nord.

    En déclarant que « le vent d’Est l’emporte sur le vent d’Ouest », le camarade Mao Tsé-toung visait essentiellement à démontrer que la possibilité de conjurer une nouvelle guerre mondiale avait grandi, de même que la possibilité pour les pays socialistes d’assurer à leur édification une ambiance de paix.

    Ces formulations du camarade Mao Tsé-toung représentent les vues que le Parti communiste chinois a toujours fermement maintenues.

    Il en ressort que l’allégation suivant laquelle le P.C.C. « ne croit pas en la possibilité d’éviter une nouvelle guerre mondiale » [28] est un mensonge inventé à dessein par la direction du PC.U.S.

    Il en ressort également que la thèse concernant la possibilité de conjurer une troisième guerre mondiale a été avancée il y a bien longtemps par les marxistes-léninistes, qu’elle n’a pas été formulée tout d’abord au XXe Congrès du P.C.U.S. et qu’elle n’est pas une « création » de Khrouchtchev.

    Mais Khrouchtchev n’aurait-il vraiment rien créé ? Si, il a créé. Malheureusement, ces « créations » n’ont absolument rien de marxiste-léniniste, elles sont révisionnistes.

    Primo, Khrouchtchev a affirmé intentionnellement que la possibilité de conjurer une nouvelle guerre mondiale est la seule possibilité existante, et qu’il n’y a pas de danger de voir éclater une nouvelle guerre mondiale.

    Les marxistes-léninistes estiment que tout en indiquant la possibilité de prévenir une nouvelle guerre mondiale, il convient de faire remarquer que le danger du déclenchement d’une guerre mondiale par l’impérialisme existe toujours. C’est seulement en faisant ressortir ces deux possibilités, en adoptant une politique correcte et en se préparant à ces deux éventualités que l’on peut mobiliser effectivement les masses populaires pour qu’elles luttent pour la défense de la paix mondiale.

    Et c’est seulement ainsi que les pays socialistes et leurs peuples, les pays et les peuples pacifiques du monde entier ne se trouveront pas dans un état de totale impréparation et pris au dépourvu au cas où l’impérialisme imposerait une guerre mondiale aux peuples.

    Or, Khrouchtchev et les autres s’opposent à ce que l’on dénonce le danger que représente l’impérialisme fomentant une nouvelle guerre. Selon eux, l’impérialisme en serait arrivé à aimer la paix. C’est là aider l’impérialisme à endormir les masses, à émousser leur volonté de combat pour qu’elles abandonnent leur vigilance vis-à-vis du danger d’une nouvelle guerre fomentée par l’impérialisme.

    Secundo, Khrouchtchev a affirmé intentionnellement que la possibilité d’empêcher une nouvelle guerre mondiale signifie la possibilité d’empêcher toutes les guerres et que la théorie léniniste sur l’inévitabilité des guerres tant qu’existe l’impérialisme est périmée.

    La possibilité d’empêcher une nouvelle guerre mondiale est une chose, celle d’empêcher toutes les guerres, y compris les guerres révolutionnaires est autre chose. Et il est tout à fait faux de confondre les deux.

    Il existe un terrain propice pour la guerre tant sur subsiste l’impérialisme et le système d’exploitation de l’homme par l’homme. C’est une loi objective découverte par Lénine après de longues études scientifiques.

    Traitant de la possibilité d’éviter une nouvelle guerre mondiale, Staline disait en 1952 : « Pour supprimer les guerres inévitables, il faut détruire l’impérialisme » [29].

    Lénine et Staline ont raison, tandis que Khrouchtchev est dans l’erreur.

    L’histoire nous enseigne que si l’impérialisme n’a déclenché la guerre mondiale qu’à deux reprises, par contre, les autres guerres qu’il a déclenchées sont en nombre incalculable. Après la Seconde Guerre mondiale, la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme, qui a les États-Unis pour chef de file, n’a cessé de provoquer des guerres locales et des conflits armés de toutes sortes dans les différentes régions du monde, et particulièrement en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

    Les faits montrent clairement que la guerre de libération nationale est inévitable au cas où l’impérialisme, surtout l’impérialisme américain, envoie ses troupes ou utilise ses laquais pour réprimer dans le sang les nations et les pays opprimés en lutte pour conquérir ou maintenir leur indépendance.

    Lénine disait : « Nier toute possibilité de guerre nationale à l’époque de l’impérialisme est théoriquement faux : historiquement, c’est une erreur manifeste ; pratiquement, c’est du chauvinisme européen » [30].

    Les faits montrent avant tout autant de clarté qu’au cas où la réaction bourgeoise use de la force pour réprimer le peuple de son propre pays, la guerre civile révolutionnaire est tout aussi inévitable.

    Lénine disait : « Les guerres civiles sont aussi des guerres. Quiconque reconnaît la lutte des classes ne peut pas ne pas admettre les guerres civiles qui, dans toute société divisée en classes, sont la prolongation, l’extension, l’aggravation naturelles, et dans certaines conditions, inévitables, de la lutte des classes. Toutes les grandes révolutions le confirment. Ne pas admettre les guerres civiles ou les oublier, ce serait tomber dans un opportunisme extrême et renier la révolution socialiste » [31].

    De toutes les grandes révolutions que les pays ont connues au cours de l’histoire, il n’y en a pour ainsi dire pas une qui ne soit passée par la guerre révolutionnaire. La Guerre de l’Indépendance américaine et la Guerre de Sécession nous en fournissent un exemple. La Révolution française nous en donne un autre. La Révolution russe et la Révolution chinoise sont aussi des exemples. Les révolutions vietnamienne, cubaine, algérienne, etc., sont autant d’exemples que tout le monde connaît.

    En 1871, faisant le bilan de la Commune de Paris dans un discours prononcé à l’occasion du VIIe anniversaire de la Ière Internationale, Marx formula les conditions nécessaires pour en finir avec la domination de classe et l’oppression de classe. Il déclara : « Pour que cette transformation devienne possible, il faut d’abord instaurer la dictature du prolétariat, dont les forces armées prolétariennes constituent la condition primordiale. La classe ouvrière doit conquérir son droit à l’émancipation sur le champ de bataille » [32].

    Le camarade Mao Tsé-toung, parlant en 1938 de l’expérience des révolutions russe et chinoise, a formulé, selon les principes du marxisme-léninisme, la thèse célèbre : « le pouvoir est au bout du fusil ». Cette thèse est, elle aussi, devenue l’objet des attaques des dirigeants du P.C.U.S. Ils affirment qu’elle est la preuve du « bellicisme » de la Chine.

    Chers amis, le camarade Mao Tsé-toung a réfuté, il y a vingt-cinq ans déjà, les calomnies du genre des vôtres. Il a dit : « Du point de vue de la doctrine marxiste sur l’État, l’armée est la partie constitutive principale du pouvoir d’État.

    Celui qui veut s’emparer du pouvoir d’État et le conserver doit posséder une forte armée. Certains ironisent sur notre compte en nous traitant de partisans de ‘l’omnipotence de la guerre’. Eh bien, oui ! Nous sommes pour l’omnipotence de la guerre révolutionnaire. Ce n’est pas mal faire, c’est bien faire, c’est être marxiste » [33].

    En quoi ces paroles du camarade Mao Tsé-toung seraient-elles erronées ? Seuls ceux qui contestent toute l’expérience historique de plusieurs siècles de révolutions bourgeoises et prolétariennes contestent la thèse formulée par le camarade Mao Tsé-toung.

    C’est avec des fusils que le peuple chinois a créé le pouvoir socialiste. Tout le monde, à l’exception des impérialistes et de leurs laquais, comprend aisément que ce fut là une bonne chose, que c’est un important facteur contribuant à défendre la paix mondiale et à empêcher la troisième guerre mondiale.

    Les marxistes-léninistes ne dissimulent jamais leurs vues. Nous soutenons de tout cœur les guerres révolutionnaires des peuples. Comme le disait Lénine, ces guerres révolutionnaires sont « de toutes les guerres de l’histoire les seules qui soient raisonnables, légitimes, justes et réellement grandes » [34]. Nous accuser de bellicisme pour cette raison-là, c’est prouver uniquement que nous sommes vraiment avec les nations et les peuples opprimés, que nous sommes d’authentiques marxistes-léninistes.

    Les impérialistes et les révisionnistes n’ont cessé d’invectiver les bolchéviks, en les accusant de « bellicistes », ils n’ont cessé d’injurier les dirigeants révolutionnaires comme Lénine et Staline en les traitant également de « bellicistes ». Que les mêmes invectives nous soient adressées aujourd’hui par les impérialistes et les révisionnistes montre précisément que nous portons haut le drapeau révolutionnaire du marxisme-léninisme.

    Khrouchtchev et les autres proclament bruyamment qu’il est possible d’éviter toutes les guerres et de réaliser un « monde sans armes, sans armées et sans guerres » alors que le système impérialiste existe encore. Cette rengaine s’identifie à la théorie de « l’ultra-impérialisme » de Kautsky qui a fait faillite il y a bien longtemps. Leur but n’est que trop clair ; ils veulent faire accroire aux peuples que sous le système impérialiste, il est possible de réaliser une paix perpétuelle, et par là, ils entendent supprimer la révolution, supprimer la guerre de libération nationale et la guerre civile révolutionnaire contre l’impérialisme et ses valets, aidant en fait l’impérialisme à préparer une nouvelle guerre.

    LE CULTE DE L’ARME NUCLÉAIRE ET LE CHANTAGE NUCLÉAIRE – FONDEMENT THÉORIQUE ET ORIENTATION POLITIQUE DU RÉVISIONNISME MODERNE

    Le fondement même de la théorie des dirigeants du P.C.U.S. dans la question de la guerre et de la paix, c’est que tout aurait changé avec l’apparition de l’arme nucléaire, que les lois de la lutte de classe auraient changé.

    Dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. dit que « les armes nucléaires et les fusées, mises au point au milieu de notre siècle, ont changé l’idée que l’on se faisait de la guerre ». En quoi a-t-elle été changée ?

    Selon la direction du P.C.U.S., avec l’apparition de l’arme nucléaire, il n’y a plus de distinction entre guerres justes et guerres injustes. « La bombe atomique, dit-elle, n’observe aucun principe de classe », « la bombe atomique ne se pose pas la question de savoir où est l’impérialiste et où est le travailleur, elle frappe des superficies entières ; pour un monopoleur on anéantirait donc des millions d’ouvriers » [35].

    La direction du P.C.U.S. soutient qu’avec l’apparition de l’arme nucléaire, les nations et les peuples opprimés doivent renoncer à la révolution, renoncer aux guerres justes que sont la guerre révolutionnaire populaire et la guerre de libération nationale. Sinon, l’humanité se verrait anéantie.

    Elle affirme qu’« une petite ‘guerre locale’ quelconque risque d’être l’étincelle qui allumerait la guerre mondiale » ; qu’« aujourd’hui, n’importe quelle guerre, même quand elle débute par une guerre ordinaire, non nucléaire, pourrait se transformer en une guerre destructrice nucléaire et de fusées » [36] et qu’ainsi « nous détruirons notre Arche de Noé – la terre ».

    La direction du P.C.U.S. estime que devant le chantage nucléaire et la menace de guerre de l’impérialisme, il ne reste aux pays socialistes qu’à s’incliner, toute résistance étant inadmissible.

    Khrouchtchev a dit : « Il ne fait aucun doute que si des maniaques impérialistes déclenchaient la guerre thermonucléaire mondiale, le système capitaliste qui engendre les guerres périrait inévitablement. Mais les pays socialistes, la cause de la lutte pour le socialisme dans le monde entier gagneraient-ils à une catastrophe thermonucléaire mondiale ?

    Seuls les gens qui veulent sciemment ignorer les faits peuvent le croire. Quant aux marxistes-léninistes, ils ne peuvent songer à ériger une civilisation communiste sur les ruines des centres de la culture mondiale, sur un sol dévasté et contaminé par les retombées radio-actives. Sans mentionner que pour beaucoup de peuples la question du socialisme ne se poserait même plus, car ils seraient physiquement supprimés de la face de notre planète » [37].

    En un mot, pour la direction du P.C.U.S., depuis l’apparition de l’arme nucléaire, les contradictions entre le camp socialiste et le camp impérialiste, entre le prolétariat et la bourgeoisie des pays capitalistes, entre les nations opprimées et l’impérialisme ont toutes disparu. Toutes les contradictions de classe dans le monde auraient cessé d’être.

    Et la direction du P.C.U.S. considère les contradictions du monde contemporain comme n’en faisant plus qu’une, une contradiction de leur cru qui se résume à ceci : l’impérialisme et les classes et les nations opprimées se maintiendront tous en vie ou bien périront tous ensemble.

    Chez les dirigeants du P.C.U.S. , on ne trouve plus trace de ce qui est marxisme-léninisme, Déclarations de 1957 et de 1960, socialisme et communisme ; il ne reste plus rien, le vent a tout emporté.

    Voyez la franchise avec laquelle s’exprime la Pravda : « Si la tête tombe, de quelle utilité sont encore les principes ? » [38].

    Cela revient à dire que les révolutionnaires qui sont tombés sous les coups des réactionnaires pour que triomphent les révolutions russes et la Révolution d’Octobre, les combattants qui ont donné héroïquement leur vie durant la guerre antifasciste, les héros qui ont versé leur sang dans la lutte contre l’impérialisme et pour l’indépendance nationale, les martyrs qui ont, à toutes les époques, donné leur vie pour la cause révolutionnaire étaient des imbéciles. Quel besoin avaient-ils de donner jusqu’à leur tête pour maintenir les principes ?

    C’est là pure philosophie de renégat. C’est une infamie que l’on ne doit trouver que dans la confession d’un traître.

    C’est guidée par cette « théorie » du culte de l’arme nucléaire et du chantage nucléaire que la direction du P.C.U.S. estime que la voie pour sauvegarder la paix mondiale n’est pas celle de l’union de toutes les forces de notre époque qui défendent la paix et de la formation par elles du front uni le plus large pour lutter contre l’impérialisme américain et ses laquais, mais celle de la coopération entre les deux grandes puissances nucléaires, l’Union soviétique et les États-Unis, en vue de régler les problèmes mondiaux.

    Khrouchtchev a dit : « Nous [l’U.R.S.S. et les États-Unis] sommes les pays les plus puissants au monde. Si nous nous unissons dans l’intérêt de la paix, il n’y aura pas de guerre. Et si un fou s’avisait alors de déclencher la guerre, il nous suffirait de le menacer du doigt pour qu’il se calme » [39].

    Tout le monde peut y voir clairement où en sont arrivés les dirigeants soviétiques, eux qui prennent l’ennemi pour l’ami.

    Pour couvrir ses erreurs, la direction du P.C.U.S. n’hésite pas à s’en prendre à la juste ligne du P.C.C. par le mensonge et la calomnie. Elle continue à maintenir qu’en préconisant le soutien à la guerre de libération nationale et à la guerre civile révolutionnaire des peuples, le P.C.C. veut provoquer une guerre nucléaire mondiale.

    Le mensonge est étrange.

    Le P.C.C. a toujours estimé que les pays socialistes doivent soutenir activement la lutte révolutionnaire des peuples, y compris la guerre de libération nationale et la guerre civile révolutionnaire. Ne pas le faire équivaudrait, pour eux, à renoncer aux devoirs qu’implique l’internationalisme prolétarien. En même temps, nous estimons que les nations et les peuples opprimés ne peuvent réaliser leur libération qu’en comptant sur leur propre lutte révolutionnaire résolue, que nul ne peut les remplacer dans cette tâche.

    Nous avons toujours estimé que les pays socialistes ne doivent pas utiliser l’arme nucléaire, et n’en ont pas besoin, dans leur soutien à la guerre de libération nationale et à la guerre civile révolutionnaire des peuples.

    Nous avons toujours estimé que les pays socialistes doivent s’assurer et conserver la supériorité nucléaire. C’est seulement ainsi qu’il sera possible de contraindre l’impérialisme à renoncer à la guerre nucléaire et de favoriser l’interdiction totale des armes nucléaires.

    Nous avons toujours estimé qu’aux mains des pays socialistes, l’arme nucléaire n’est jamais qu’une arme défensive qui doit leur permettre de résister à la menace nucléaire de l’impérialisme. Les pays socialistes ne doivent en aucun cas utiliser les premiers l’arme nucléaire, pas plus qu’ils ne peuvent jouer avec cette arme, opérer du chantage nucléaire ou miser sur l’arme nucléaire.

    Nous nous opposons à la façon d’agir erronée des dirigeants du P.C.U.S. qui refusent de soutenir la lutte révolutionnaire des peuples, nous nous élevons également contre leur attitude envers l’arme nucléaire, qui est erronée. Au lieu d’examiner sérieusement leurs erreurs, ils en sont arrivés à nous accuser de vouloir que les États-Unis et l’Union soviétique « se heurtent de front » [40] , de vouloir les précipiter dans la guerre nucléaire.

    Nous leur répondons : Non, chers amis. Ne recourez plus à ces mensonges et calomnies monstrueux. Le P.C.C. non seulement se déclare fermement opposé à ce que l’Union soviétique et les États-Unis se heurtent de front, mais il prouve par les actes qu’il cherche à empêcher un conflit armé direct entre les deux grandes puissances.

    La guerre de Corée pour résister à l’agression américaine, que nous avons menée avec les camarades coréens, et notre lutte contre l’impérialisme américain dans le Détroit de Taïwan en sont des exemples.

    Nous avons pris sur nous le lourd fardeau des sacrifices indispensables, et nous nous sommes placés au premier rang de la lutte pour la défense du camp socialiste, de sorte que l’Union soviétique pouvait se trouver en seconde ligne. Y a-t-il encore la moindre moralité prolétarienne chez les dirigeants du P.C.U.S. pour qu’ils en soient à tenir de tels propos mensongers ?

    En fait, ce n’est pas nous mais la direction du P.C.U.S. qui s’est fréquemment vantée de ce qu’elle utiliserait l’arme nucléaire pour aider tel ou tel pays dans sa lutte anti-impérialiste.

    Tout le monde sait que les nations et les peuples opprimés ne disposent pas d’armes nucléaires et que, par ailleurs, ils ne pourraient pas et n’auraient nul besoin de les utiliser pour faire la révolution. La direction du P.C.U.S. a, elle-même, admis que dans les guerres de libération nationale et les guerres civiles, il n’y a souvent pas de ligne de front séparant nettement les adversaires et que, par conséquent, l’utilisation de l’arme nucléaire y est hors de question.

    Eh bien, nous voulons lui demander : Quel besoin un pays socialiste a-t-il d’appuyer les luttes révolutionnaires des peuples par l’arme nucléaire ?

    Nous voulons aussi lui demander : Et de quelle façon un pays socialiste utiliserait-il l’arme nucléaire pour soutenir la lutte révolutionnaire des nations et des peuples opprimés ? L’utiliserait-il là où se poursuit une guerre de libération nationale ou une guerre civile, soumettant par là et les révolutionnaires et les impérialistes à l’attaque nucléaire ?

    Ou prendrait-il l’initiative d’utiliser l’arme nucléaire contre un pays impérialiste qui mènerait une guerre d’agression avec des armes conventionnelles ? Il est évident que dans l’un et l’autre cas, l’utilisation de l’arme nucléaire par un pays socialiste est absolument inadmissible.

    En fait, lorsqu’elle brandit l’arme nucléaire, la direction du P.C.U.S. ne vise pas vraiment à soutenir la lutte anti-impérialiste des peuples.

    Parfois, elle se contente de publier une déclaration qu’elle ne compte nullement honorer, ceci pour s’assurer du prestige à bon marché.

    D’autres fois, par exemple dans la crise des Caraïbes, elle entre, en misant sur la chance, par opportunisme et par manque du sens des responsabilités, dans quelque partie nucléaire, et cela a un but caché.

    Et dès que l’adversaire a percé son chantage nucléaire à jour et lui oppose le sien, elle bat précipitamment en retraite, passe de l’aventurisme au capitulationnisme, et perd tout l’enjeu qu’elle a jeté dans la partie nucléaire.

    Nous tenons à faire remarquer que le grand peuple soviétique et la grande Armée rouge ont été, sont et resteront une grande force de la défense de la paix. Mais la stratégie militaire de Khrouchtchev, fondée sur le culte de l’arme nucléaire et le chantage nucléaire, est totalement fausse.

    Khrouchtchev ne voit que l’arme nucléaire. Selon lui, « avec le développement, à l’époque actuelle, de la technique militaire, l’aviation et la marine de guerre ont perdu l’importance qu’elles avaient. Ces armes seront remplacées et non pas réduites » [41].

    Évidemment, les unités et les hommes chargés des opérations terrestres ont moins d’importance encore. Il dit qu’« à présent, ce qui décide de la capacité de la défense nationale, ce n’est pas le nombre de soldats qui ont l’arme à la bretelle, le nombre d’hommes portant des capotes ». « La capacité défensive d’un État dépend, à un degré décisif, de la puissance de feu, des moyens de lancement qu’il détient » [42].

    Quant à la milice et aux masses populaires, elles sont d’autant plus sans importance. Khrouchtchev a eu de mot fameux : maintenant que nous possédons des armes modernes, la milice n’est plus une armée, mais tout juste de la chair humaine [43].

    Toutes ces théories militaires de Khrouchtchev vont entièrement à l’encontre de la théorie marxiste-léniniste sur la guerre et l’armée. Agir suivant cette orientation erronée ne peut que désagréger l’armée et la désarmer moralement.

    De toute évidence, si un pays socialise accepte la stratégie erronée de Khrouchtchev, il se placera inévitablement dans une situation des plus dangereuses.

    Khrouchtchev a toute latitude de s’octroyer le tire de « grand combattant de la paix », de se décerner le « prix de la paix », de se décorer de médailles de héros. Mais il a beau se vanter, il ne peut dissimuler le jeu dangereux des armes nucléaires auquel il se livre de façon irréfléchie et téméraire, ni sa soumission servile face au chantage nucléaire de l’impérialisme.

    COMBATTRE OU CAPITULER

    La paix mondiale ne peut être gagnée que par la lutte des peuples, et non en la quémandant aux impérialistes. La paix ne peut être sauvegardée efficacement que si l’on s’appuie sur les masses populaires et engage une lutte qui réponde du tac au tac à la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme. C’est là la juste politique.

    La lutte du tac au tac est une importante conclusion tirée par le peuple chinois de sa longue lutte contre l’impérialisme et ses valets.

    Le camarade Mao Tsé-toung a dit : « Tchiang Kaï-chek cherche toujours à arracher au peuple la moindre parcelle de pouvoir, le moindre avantage conquis. Et nous ? Notre politique consiste à lui riposter du tac au tac et à nous battre pour chaque pouce de terre. Nous agissons de la même manière que lui ».

    Il a ajouté : « Tchiang Kaï-chek cherche toujours à imposer la guerre au peuple, une épée à la main gauche, une autre à la main droite. A son exemple, nous prenons, nous aussi, des épées » [44].

    Analysant la situation politique intérieure en 1945, le camarade Mao Tsé-toung disait : « La manière de ‘riposter du tac au tac’ dépend de la situation. Parfois, ne pas aller négocier, c’est riposter du tac au tac ; parfois, aller négocier, c’est aussi riposter du tac au tac… Si l’on vient pour se battre, nous nous battrons. Nous nous battrons pour gagner la paix. La paix ne viendra pas si nous ne portons pas des coups sévères aux réactionnaires qui osent attaquer les régions libérées » [45].

    Faisant le bilan des leçons de l’histoire, suite à l’échec de la Révolution chinoise de 1924-27, le camarade Mao Tsé-toung disait : « Face aux attaques contre-révolutionnaires lancées contre le peuple, Tchen Tou-sieou n’adopta pas la politique de riposter du tac au tac et de se battre pour chaque pouce de terre ; si bien qu’en 1927, dans l’espace de quelques mois, il fit perdre au peuple tous les droits que celui-ci avait conquis » [46].

    Les communistes chinois savent ce qu’est la politique de la riposte du tac au tac et ils s’en tiennent fermement à elle. Nous sommes à la fois contre le capitulationnisme et contre l’aventurisme. Cette juste politique fit triompher la révolution chinoise, elle assura également les grands succès remportés par le peuple chinois après la révolution victorieuse, dans la lutte contre l’impérialisme.

    Tous les révolutionnaires approuvent et saluent cette juste politique de combat formulée par les communistes chinois. Tous les impérialistes et les réactionnaires la craignent et la haïssent.

    Qu’elle soit devenue l’objet des attaques perfides de la direction du P.C.U.S. prouve uniquement que celle-ci ne veut en aucune façon s’opposer à l’impérialisme. Ses attaques et calomnies contre cette politique visent simplement à dissimuler la ligne erronée par laquelle elle va au-devant de l’impérialisme et capitule devant lui.

    La direction du P.C.U.S. dit : Mener contre l’impérialisme une lutte qui lui réponde du tac au tac, mais cela ne conduirait-il pas à la tension internationale ? Et ne serait-ce pas de la folie ?

    Selon cette logique, seules l’agression et la menace impérialistes seraient permises et les victimes de l’agression impérialiste n’auraient pas le droit de combattre, seule l’oppression impérialiste serait permise et les opprimés ne seraient pas en droit de résister. C’est là une tentative non déguisée d’absoudre les impérialistes de leurs crimes d’agression. Et c’est tout bonnement la philosophie du plus fort.

    La tension internationale résulte de la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme. Face à l’agression et à la menace de l’impérialisme, les peuples doivent évidemment engager résolument le combat. Les faits prouvent que seule la lutte permet de faire reculer l’impérialisme et d’obtenir une détente réelle de la situation internationale. Céder en toutes choses devant l’impérialisme ne mène pas à la détente réelle et ne peut que l’encourager à passer à l’agression.

    Nous nous sommes toujours opposés à la création de la tension internationale par l’impérialisme et nous avons toujours été partisans du relâchement de la tension internationale. Mais les impérialistes s’obstinent à mener partout l’agression, à créer partout la tension, et l’aboutissement ne peut en être que le contraire de ce qu’ils souhaitent.

    Le camarade Mao Tsé-toung a dit : « Les impérialistes américains se figurent que la situation de tension leur est toujours avantageuse, mais en réalité, cette situation qu’ils ont créée est allée à l’encontre de leur désir : elle a eu pour effet de mobiliser les peuples du monde entier contre les agresseurs américains ».

    Il a dit aussi : « Si les groupes monopoleurs des Etats-Unis persistent à appliquer leur politique d’agression et de guerre, un jour viendra où ils seront pendus par les peuples du monde entier » [47].

    La Déclaration de 1957 le dit à juste titre : « Par leur politique, ces forces impérialistes et agressives antipopulaires préparent elles-mêmes leur perte et créent leurs propres fossoyeurs ».

    C’est là la dialectique de l’histoire. Les philistins qui révèrent les impérialistes auront beaucoup de difficultés à comprendre cette vérité.

    La direction du P.C.U.S. dit : La riposte du tac au tac que vous préconisez signifie le refus de la négociation. C’est là un mensonge de plus.

    Nous avons toujours soutenu que ceux qui refusent la négociation en toutes circonstances ne sont certainement pas des marxistes-léninistes.

    Au cours de la guerre civile révolutionnaire, les communistes chinois ont mené à plusieurs reprises des négociations avec le Kuomintang. Même à la veille de la libération de la Chine, ils n’ont pas refusé la négociation.

    Le camarade Mao Tsé-toung a dit en mars 1949 : Qu’il s’agisse de négociations de paix sur un plan général ou de pourparlers de caractère local, nous devons toujours nous tenir prêts. « Nous ne devons pas refuser de négocier par crainte des complications ou par souci de la tranquillité, nous ne devons pas non plus y aller avec des idées brumeuses. Nous devons être fermes sur les principes, et aussi avoir toute la souplesse que permet et qu’exige l’application de nos principes » [48].

    Sur le plan international, dans la lutte contre l’impérialisme et la réaction, les communiste chinois ont adopté la même juste attitude vis-à-vis de la négociation.

    A propos des pourparlers d’armistice en Corée, le camarade Mao Tsé-toung a dit en octobre 1951 : « Nous avons signifié il y a longtemps que la question coréenne devait être réglée pacifiquement.

    Cela reste valable pour aujourd’hui. A condition que le gouvernement américain veuille régler la question sur une base juste et équitable et n’use plus, comme par le passé, de toutes sortes de moyens honteux pour saboter et entraver le déroulement des pourparlers d’armistice en Corée, ceux-ci pourront aboutir ; dans le cas contraire, cela sera impossible » [49].

    La lutte résolue menée contre l’impérialisme américain l’a obligé à accepter l’accord d’armistice en Corée.

    Nous avons participé activement à la Conférence de Genève de 1954 et contribué au rétablissement de la paix en Indochine.

    Nous sommes également pour la négociation, même avec les États-Unis qui occupent notre terre de Taïwan. Les entretiens sino-américains au niveau des ambassadeurs durent depuis plus de huit ans.

    Nous avons participé activement à la Conférence de Genève de 1961 sur la question du Laos et concouru à la signature des Accords de Genève sur le respect de l’indépendance et de la neutralité du Laos.

    Les communistes chinois ne permettraient-ils qu’à eux-mêmes de négocier avec les pays impérialistes et seraient-ils opposés à ce que les dirigeants du P.C.U.S. négocient avec les dirigeants des pays impérialistes ?

    Bien sûr que non.

    En fait, nous avons toujours soutenu énergiquement toutes les négociations favorables et non préjudiciables à la défense de la paix mondiale que le gouvernement soviétique a menées avec des pays impérialistes.

    Le camarade Mao Tsé-toung déclarait le 14 mai 1960 : « Nous soutenons la convocation de la Conférence au Sommet, qu’une telle conférence aboutisse ou non à un succès et qu’elle que soit l’importance de celui-ci. Cependant, pour obtenir la paix mondiale, on doit s’appuyer essentiellement sur la lutte résolue des peuples » [50].

    Nous sommes pour la négociation avec les pays impérialistes. Mais il est inadmissible de fonder les espoirs d’une paix mondiale sur la négociation, de répandre des illusions au sujet de la négociation et, de ce fait, paralyser la volonté de combat des peuples, comme le fait Khrouchtchev.

    A vrai dire, l’attitude erronée qu’il a adoptée vis-à-vis de la négociation nuit à la négociation.

    Plus Khrouchtchev cèdera aux impérialistes et en escomptera n’importe quelle faveur, plus ils seront insatiables. Khrouchtchev apparaît comme étant le plus grand coureur de négociations qu’ait connu l’histoire, ses sentiments sont si mal payés de retour et il est souvent tourné en dérision.

    Les faits historiques sont innombrables qui montrent que les impérialistes et les réactionnaires ne se soucient jamais de ménager les capitulards.

    LA VOIE DE LA DÉFENSE DE LA PAIX ET LA VOIE QUI MÈNE A LA GUERRE

    Il ressort de tout ce qui précède que la divergence entre la direction du P.C.U.S. et nous dans la question de la guerre et de la paix est une divergence entre deux lignes différentes : il s’agit de savoir s’il faut ou non combattre l’impérialisme, s’il faut ou non soutenir la lutte révolutionnaire, s’il faut ou non mobiliser les peuples du monde entier pour s’opposer au plan de guerre de l’impérialisme, s’il faut ou non s’en tenir au marxisme-léninisme.

    Le P.C.C., comme tous les autres partis authentiquement révolutionnaires, s’est toujours trouvé à la pointe du combat contre l’impérialisme et pour la défense de la paix mondiale. Nous soutenons que pour sauvegarder la paix mondiale, il faut sans cesse dénoncer l’impérialisme, mobiliser et organiser les masses populaires pour qu’elles luttent contre l’impérialisme, qui ont les Etats-Unis pour chef de file, il faut compter sur le développement des forces du camp socialiste, sur les luttes révolutionnaires du prolétariat et des travailleurs de tous les pays, sur la lutte de libération des nations opprimées, sur la lutte de tous les peuples et de tous les pays pacifiques, sur le vaste front uni contre l’impérialisme américain et ses laquais.

    La ligne que nous préconisons est conforme à la ligne commune des partis communistes telle qu’elle est définie dans les Déclarations de 1957 et de 1960.

    Cette ligne contribue à élever continuellement la conscience des masses populaires et permet à la lutte pour la paix mondiale de se développer dans la juste direction.

    Cette ligne permet de renforcer sans cesse les forces mondiales de la paix qui ont le camp socialiste pour noyau et de frapper et d’affaiblir sans cesse les forces de guerre de l’impérialisme.

    Cette ligne permet à la révolution des peuples de se développer et de gagner sans cesse en ampleur, elle permet de lier les mains aux impérialistes.

    Cette ligne permet de faire jouer pleinement tous les facteurs existants, y compris les contradictions entre les impérialistes américains et les autres impérialistes, et d’isoler au maximum l’impérialisme américain.

    Cette ligne permet de briser le chantage nucléaire de l’impérialisme américain et de faire échouer son plan de déclenchement d’une nouvelle guerre mondiale.

    C’est la ligne qui permet aux peuples de faire triompher à la fois la révolution et la paix mondiale. C’est, pour la défense de la paix mondiale, la voie juste et efficace.

    La ligne suivie par la direction du P.C.U.S. est diamétralement à l’opposé de la nôtre, à l’opposé de la ligne commune aux marxistes-léninistes et à tous les révolutionnaires.

    Au lieu de diriger sa lutte contre l’ennemi de la paix mondiale, la direction du P.C.U.S. la dirige contre le camp socialiste, affaiblissant et sabotant par là le noyau des forces de la paix mondiale.

    La direction du P.C.U.S. recourt au chantage nucléaire pour intimider les peuples des pays socialistes et elle ne leur permet pas de soutenir la lutte révolutionnaire des nations et des peuples opprimés, aidant par là l’impérialisme américain à isoler le camp socialiste et à réprimer la révolution des peuples.

    La direction du P.C.U.S. recourt au chantage nucléaire pour intimider les nations et les peuples opprimés du monde entier, elle ne leur permet pas de faire la révolution et elle collabore avec l’impérialisme américain pour étouffer l’« étincelle » de la révolution, l’aidant ainsi à appliquer en toute liberté sa politique d’agression et de guerre dans les zones intermédiaires situées entre les États-Unis et le camp socialiste.

    La direction du P.C.U.S. use, en outre, d’intimidation envers les alliés des États-Unis et ne tolère pas qu’ils combattent l’emprise de ceux-ci, aidant par-là l’impérialisme américain à asservir ces pays et à consolider ses positions.

    La pratique adoptée par les dirigeants du P.C.U.S. revient à supprimer carrément la lutte contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme.

    Elle revient à supprimer carrément le front uni contre l’impérialisme américain et ses laquais et pour la défense de la paix mondiale.

    C’est là une ligne adaptée à la « stratégie mondiale » de l’impérialisme américain.

    Ce n’est pas la voie de la défense de la paix mondiale, mais la voie qui accentue le danger de guerre et qui mène à la guerre.

    Aujourd’hui, le monde est loin d’être ce qu’il était à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Il y a maintenant un puissant camp socialiste. En Asie, en Afrique et en Amérique latine, le mouvement de libération national bat en tempête. La conscience politique des peuples du monde entier s’est considérablement élevée. La force des peuples révolutionnaires s’est accrue dans de grandes proportions. Le peuple soviétique, les peuples des autres pays socialistes et les peuples du monde entier ne toléreront jamais qu’il soit décidé de leur sort par les forces de guerre impérialistes et ceux qui claironnent leur gloire.

    Les actes d’agression et de guerre des impérialistes et des réactionnaires contribuent à l’élévation graduelle de la conscience politique des peuples. La pratique sociale est l’unique critère de la vérité. Nous sommes persuadés que nombre de ceux qui ont des vues erronées sur la question de la guerre et de la paix reviendront à une juste conception, grâce aux leçons par la négative des impérialistes et des réactionnaires. A ce sujet, nous avons bon espoir.

    Nous sommes convaincus que les communistes et les peuples du monde entier déjoueront le plan impérialiste d’une nouvelle guerre mondiale et assureront la paix mondiale, à condition qu’ils soient à même de dénoncer la duperie impérialiste, de percer à jour le mensonge révisionniste et d’assumer la tâche qu’est la défense de la paix mondiale.

    [1] V. I. Lénine : « Rapport sur la paix présenté au Deuxième Congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats de Russie », Œuvres, tome 26.

    [2] J. Staline : « Sur la situation internationale », Œuvres, tome 6.

    [3] J. Staline : Bilan de la session plénière de juillet du Comité central du Parti communiste (b) de l’U.R.S.S », Œuvres, tome 11.

    [4] K. Kautsky : Problèmes nationaux.

    [5] K. Kautsky : Défense nationale et social-démocratie.

    [6] Ibidem.

    [7] Intervention de Haase sur la question de l’impérialisme au Congrès du Parti social-démocrate allemand, Chemnitz, 1912, Cahiers des Congrès du parti social-démocrate 1910-1913, tome II.

    [8] K. Kautsky : Guerre et démocratie, Introduction.

    [9] Résolution sur la Société des Nations adoptée en 1919 à la conférence de Berne de l’Internationale socialiste.

    [10] K. Kautsky : La social-démocratie durant la guerre.

    [11] K. Kautsky : Guerre et démocratie, Introduction.

    [12] K. Kautsky : Un Catéchisme social-démocrate.

    [13] Intervention de E. Bernstein sur la question du désarmement au Congrès du Parti social-démocrate allemand, Chemnitz, 1912, Cahiers des Congrès du Parti social-démocrate 1910-1913, tome II.

    [14] K. Kautsky : Encore une fois le désarmement.

    [15] K. Kautsky : Défense nationale et social-démocratie.

    [16] Ibidem.

    [17] K. Kautsky : Les Socialistes et la guerre.

    [18] V. I. Lénine : « Aux ouvriers qui soutiennent la lutte contre la guerre et contre les socialistes ralliés à leurs gouvernements », Œuvres, tome 23.

    [19] J. Staline : « Bilan de la session plénière de juillet du Comité central du Parti communiste (b) de l’U.R.S.S., Œuvres, tome 11.

    [20] Lettre de N.S. Khrouchtchev à J.F. Kennedy, 27 octobre 1962.

    [21] Message de N.S. Khrouchtchev et de L.I. Brejnev à J.F. Kennedy à l’occasion du Nouvel An, Izvestia, 3 janvier 1963.

    [22] Discours de J.F. Kennedy prononcé le 11 novembre 1961 à la Cérémonie du VIIIe anniversaire du jour des vétérans.

    [23] Discours de J.F. Kennedy prononcé le 30 octobre 1963 à un dîner organisé par le Parti démocrate pour la collecte de fonds.

    [24] Déclaration de R.S. McNamara du 30 janvier 1963 devant le Armed Services Committee de la Chambre des Représentants.

    [25] Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome IV.

    [26] Mao Tsé-toung : « Luttons pour une amélioration fondamentale de la situation financière et économique du pays », Renmin Ribao, 13 juin 1950.

    [27] Mao Tsé-toung sur « L’impérialisme et tous les réactionnaires sont des tigres en papier ».

    [28] Lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union soviétique, 14 juillet 1963.

    [29] J. Staline : « Les problèmes économiques du socialisme en U.R.S.S. »

    [30] V. I. Lénine : « Le Programme militaire de la révolution prolétarienne », Œuvres, tome 23.

    [31] Ibidem.

    [32] Œuvres complètes de Marx et d’Engels, tome 17.

    [33] « Problèmes de la guerre et de la stratégie », Écrits militaires de Mao Tsé-toung.

    [34] V. I. Lénine : « Les Jours de révolution », Œuvres, tome 8.

    [35] Lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union soviétique, 14 juillet 1963.

    [36] Discours télévisé de N.S. Krouchtchev, 15 juin 1961.

    [37] Allocution de N.S. Krouchtchev prononcée le 16 janvier 1963 au VIe Congrès du Parti socialiste unifié d’Allemagne.

    [38] « A gauche du bon sens », Pravda, 16 août 1963.

    [39] Entretien de N.S. Krouchtchev avec C.L. Sulzberger le 5 septembre 1961, Pravda, 10 septembre 1961.

    [40] « La Ligne générale du mouvement communiste international et le programme schismatique des dirigeants chinois », par la Rédaction du Kommunist, n° 14, 1963.

    [41] Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en janvier 1960 à la session du Soviet suprême.

    [42] Ibidem.

    [43] Allocution de N.S. Khrouchtchev prononcée le 24 juin 1960 à la Rencontre de Bucarest des représentants des partis frères de douze pays.

    [44] La Situation et notre politique après la victoire dans la guerre de résistance contre le Japon », Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome IV.

    [45] « Sur les négociations de Tchongking », Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome IV.

    [46] « La Situation et notre politique après la victoire dans la guerre de résistance contre le Japon », Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome IV.

    [47] Allocution du président Mao Tsé-toung à la Conférence suprême d’Etat, Renmin Ribao, 9 septembre 1958.

    [48] « Rapport à la deuxième session plénière du comité central issu du VIIe Congrès du Parti communiste chinois », Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome IV.

    [49] Mao Tsé-toung : Allocution d’ouverture à la troisième session du Premier Comité national de la Conférence consultative du Peuple chinois, Renmin Ribao, 24 octobre 1951.

    [50] Importants entretiens du président Mao Tsé-toung avec des personnalités d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

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    contre l’hégémonie des superpuissances

  • Rédactions du Quotidien du peuple et du Drapeau Rouge : Sur la question de Staline

    Rédaction du Renmin Ribao et Rédaction du Hongqi, 13 Septembre 1963

    A propos de la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. (II)

    La question de Staline est une grande question, une question d’importance mondiale qui a eu des répercussions au sein de toutes les classes du monde et qui, jusqu’à présent encore, est largement controversée. Les classes et les partis politiques ou factions politiques qui représentent les différentes classes ont des opinions divergentes sur cette question. Et il est à prévoir qu’une conclusion définitive ne puisse lui être donnée en ce siècle.

    Cependant, au sein de la classe ouvrière internationale et des peuples révolutionnaires, la majorité des gens ont, au fond, des opinions semblables ; ils n’approuvent pas la répudiation totale de Staline et ne font que témoigner d’un attachement accru à la mémoire de ce dernier. Il en est de même en Union soviétique. Nos controverses avec les dirigeants soviétiques ne sont que des controverses avec une fraction d’hommes. Notre espoir est de pouvoir convaincre cette fraction d’hommes, afin de faire progresser la cause de la révolution. C’est là le but que nous nous proposons d’atteindre en écrivant le présent article.

    Le Parti communiste chinois a toujours soutenu que la répudiation totale de Staline par le camarade Khrouchtchev au titre de la « lutte contre le culte de la personnalité » est entièrement erronée, qu’elle a été faite dans des intentions inavouées.

    La lettre du 14 juin dernier du Comité central du P.C.C. souligne que la « lutte contre le culte de la personnalité » va à rencontre de la doctrine intégrale de Lénine concernant les rapports entre les chefs, le Parti, les classes et les masses et porte atteinte au principe du centralisme démocratique du Parti.

    La lettre ouverte du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique évite de répondre aux arguments de principes avancés par nous, mais se contente d’accoler aux communistes chinois les étiquettes de « défenseurs du culte de la personnalité », de « propagateurs des idées erronées de Staline ».

    Lorsqu’il luttait contre les menchéviks, Lénine a dit : « Ne pas répondre à l’argument de principe de l’adversaire et se contenter de lui imposer une imputation d’’excitation’ – cela signifie ne pas débattre mais injurier » [1]. L’attitude qu’à adoptée dans sa lettre ouverte le Comité central du P.C.U.S. est exactement celle des menchéviks.

    Bien que la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. ait substitué les injures au débat, nous, de notre côté, préférons ne répondre à cette lettre qu’en utilisant des arguments de principe et en apportant nombre de faits.

    La grande Union soviétique est, dans le monde, le premier Etat de la dictature du prolétariat. Ce fut tout d’abord Lénine qui a été le principal dirigeant du Parti et du gouvernement de cet Etat de la dictature du prolétariat. Après la mort de Lénine, ce fut Staline.

    Après la mort de Lénine, Staline non seulement fut le dirigeant du Parti et du gouvernement de l’Union soviétique, mais aussi le guide universellement reconnu du mouvement communiste international.

    Le premier Etat socialiste inauguré par la Révolution d’Octobre ne compte jusqu’ici qu’une histoire de quarante-six ans. Et Staline a été le principal dirigeant de cet Etat pendant une période qui a duré près de trente ans. Par toute son activité, Staline a occupé une place extrêmement importante aussi bien dans l’histoire de la dictature du prolétariat que dans celle du mouvement communiste international.

    Le P.C.C. a toujours soutenu, à propos de l’appréciation à porter sur Staline et de l’attitude à adopter à son égard, qu’il ne s’agit pas seulement de porter un jugement sur sa personne, mais, ce qui est plus important, de faire le bilan de l’expérience historique de la dictature du prolétariat et du mouvement communiste international depuis la mort de Lénine.

    Au XXe Congrès du P.C.U.S., le camarade Khrouchtchev a répudié totalement Staline. Sur une telle question de principe, qui concerne le mouvement communiste international, les partis frères n’ont pas été consultés d’avance, on a voulu les obliger à accepter le fait accompli. Quiconque porte sur Staline une appréciation autre que celle de la direction du P.C.U.S. est considéré non seulement comme le « défenseur du culte de la personnalité » mais comme l’auteur d’une « intervention » dans les affaires intérieures du P.C.U.S. Cependant, nul ne peut nier la portée internationale de l’expérience historique du premier État de dictature du prolétariat, ni le fait historique que Staline a été le dirigeant du mouvement communiste international ; par conséquent, nul ne peut non plus contester que la question du jugement à porter sur Staline est une question de principe d’importance majeure, une question qui concerne en commun le mouvement communiste international. Alors quelles raisons les dirigeants du P.C.U.S. ont-ils d’interdire aux autres partis frères de faire une analyse sur Staline et de donner une appréciation sur lui qui répondent aux faits ?

    Le P.C.C. a toujours estimé qu’il faut faire une analyse complète, objective et scientifique des mérites et des erreurs de Staline, en recourant à la méthode du matérialisme historique et en représentant l’histoire telle qu’elle est, et non pas répudier Staline de façon totale, subjective et grossière, en recourant à la méthode de l’idéalisme historique, en déformant et en altérant à plaisir l’histoire.

    Le P.C.C. a toujours considéré que Staline a commis un certain nombre d’erreurs qui ont une source ou idéologique ou sociale et historique. La critique des erreurs de Staline, celles qui effectivement furent commises par lui et non pas celles qu’on lui attribue sans aucun fondement, est chose nécessaire lorsqu’elle est faite à partir d’une position et par des méthodes correctes. Mais nous avons toujours été contre la critique de Staline lorsqu’elle est faite d’une façon incorrecte, c’est-à-dire à partir d’une position et par des méthodes erronées.

    Du vivant de Lénine, Staline lutta contre le tsarisme et pour la diffusion du marxisme ; après sa participation à la direction du Comité central du Parti bolchevik ayant à sa tête Lénine, il lutta pour préparer la Révolution de 1917 ; après la Révolution d’Octobre, il lutta pour défendre les conquêtes de la révolution prolétarienne.

    Après la mort de Lénine, c’est sous la direction de Staline que le Parti communiste et le peuple de l’Union soviétique ont mené contre tous les ennemis, ceux de l’intérieur et ceux de l’extérieur, une lutte résolue qui permit de défendre et de consolider le premier État socialiste dans le monde.

    C’est sous la direction de Staline que le Parti communiste et le peuple de l’Union soviétique ont appliqué avec persévérance la ligne de l’industrialisation socialiste et de la collectivisation agricole, et remporté de grands succès dans la transformation et l’édification socialistes.

    C’est sous la direction de Staline que le Parti communiste, le peuple et l’armée de l’Union soviétique ont mené un combat des plus acharnés et fait aboutir la guerre antifasciste à une victoire grandiose.

    C’est Staline qui, dans la lutte contre les opportunistes de toutes nuances, contre les ennemis du léninisme, trotskistes, zinoviévistes, boukhariniens et autres agents de la bourgeoisie, a défendu et développé le marxisme-léninisme.

    C’est Staline qui, par une série d’œuvres théoriques, littérature immortelle du marxisme-léninisme, a apporté une contribution ineffaçable au mouvement communiste international.

    C’est sous la direction de Staline que le Parti et le gouvernement de l’Union soviétique ont appliqué une politique extérieure qui, dans son ensemble, fut conforme à l’internationalisme prolétarien, et apporté une aide immense à la lutte révolutionnaire des peuples du monde, dont celle du peuple chinois.

    Staline se tint en tête du courant historique pour diriger la lutte, il fut l’ennemi irréconciliable de l’impérialisme et de toute la réaction.

    L’activité de Staline fut étroitement liée à la lutte du grand Parti communiste et du grand peuple de l’Union soviétique ; elle est inséparable de la lutte révolutionnaire des peuples du monde entier.

    La vie de Staline fut celle d’un grand marxiste-léniniste, d’un grand révolutionnaire prolétarien.

    Il est vrai que tout en accomplissant des exploits méritoires en faveur du peuple soviétique et du mouvement communiste international, le grand marxiste-léniniste et révolutionnaire prolétarien que fut Staline commit aussi des erreurs. Des erreurs de Staline, certaines sont des erreurs de principe, d’autres furent commises dans le travail pratique ; certaines auraient pu être évitées tandis que d’autres étaient difficilement évitables en l’absence de tout précédent dans la dictature du prolétariat auquel on pût se référer.

    Dans certains problèmes, la méthode de pensée de Staline s’écarta du matérialisme dialectique pour tomber dans la métaphysique et le subjectivisme, et, de ce fait, il lui arriva parfois de s’écarter de la réalité et de se détacher des masses.

    Dans les luttes menées au sein du Parti comme en dehors, il confondit, à certains moments et dans certains problèmes, les deux catégories de contradictions de nature différente contradictions entre l’ennemi et nous, et contradictions au sein du peuple de même que les méthodes différentes pour la solution de ces deux catégories de contradictions. Le travail de liquidation de la contre-révolution, entrepris sous sa direction, permit de châtier à juste titre nombre d’éléments contre-révolutionnaires qui devaient l’être ; cependant, des gens honnêtes furent aussi injustement condamnés, et ainsi il commit l’erreur d’élargir le cadre de la répression en 1937 et 1938.

    Dans les organisations du Parti et les organismes de l’Etat, Staline ne fit pas une application pleine et entière du centralisme démocratique du prolétariat ou y contrevint partiellement. Dans les rapports entre partis frères et entre pays frères, il commit aussi des erreurs. Par ailleurs, il formula, au sein du mouvement communiste international, certains conseils erronés. Toutes ces erreurs ont causé des dommages à l’Union soviétique et au mouvement communiste international.

    Les mérites que Staline s’était acquis durant sa vie aussi bien que les erreurs dont il fut l’auteur sont un fait objectif de l’histoire. Si l’on met en parallèle ses mérites et ses erreurs, ce sont ses mérites qui prédominent. Car, dans l’activité de Staline, ce qui est juste constitue l’aspect essentiel, ses erreurs n’occupant qu’une place secondaire.

    Lorsqu’il s’agit de dresser le bilan de toute l’activité idéologique et de tout le travail de Staline, chaque communiste honnête ; qui respecte l’histoire, saura tout d’abord avoir en vue ce qui fut essentiel chez Staline. Aussi, lorsqu’il s’agit de connaître et de critiquer correctement les erreurs de Staline et de les surmonter, doit-on sauvegarder ce qui était l’essentiel de sa vie, sauvegarder le marxisme-léninisme qu’il a défendu et développé.

    Pour ce qui est des erreurs de Staline, lesquelles occupent seulement une place secondaire, elles doivent être considérées comme une leçon de l’histoire, une mise en garde pour les communistes de l’Union soviétique et ceux des autres pays, afin qu’ils ne commettent pas, à leur tour, pareilles erreurs ou en commettent moins ; et cela n’est pas inutile. L’expérience historique, sous son aspect positif ou négatif, est utile à tous les communistes lorsqu’on en fait un bilan correct, correspondant à la réalité historique, et qu’on s’abstient de lui faire subir toute déformation.

    Lénine indiqua à plus d’une reprise que les marxistes se distinguent totalement des révisionnistes de la IIe Internationale quant à leur attitude envers des gens comme Bebel et Rosa Luxembourg, qui, en dépit de leurs erreurs, n’en restèrent pas moins de grands révolutionnaires prolétariens. Les marxistes ne cachent pas les erreurs de Bebel, de Rosa Luxembourg et d’autres ; par l’exemple de ces erreurs, ils « apprennent à les éviter, et se mettent à la hauteur des plus strictes exigences du marxisme révolutionnaire » [2].

    Au contraire, les révisionnistes « prennent un mauvais plaisir » aux erreurs de Bebel et de Rosa Luxembourg et « caquettent » là-dessus. A cet effet, Lénine a cité une fable russe pour se moquer des révisionnistes :

    « II arrive parfois que les aigles volent plus bas que les poules, mais les poules ne parviendront jamais à s’élever à la hauteur des aigles ! » Bebel et Rosa Luxembourg furent de « grands communistes » et bien qu’il leur fût arrivé de commettre des erreurs, ils demeurèrent des « aigles » tandis que les révisionnistes n’étaient que la « volaille » sur « le tas de fumier » de « l’arrière-cour du mouvement ouvrier » [3].

    Le rôle joué dans l’histoire par Bebel, Rosa Luxembourg et autres est loin de pouvoir être comparé à celui de Staline. L’appréciation de la personne de Staline doit se faire avec d’autant plus de circonspection que celui-ci fut, durant toute une époque historique, un grand dirigeant de la dictature du prolétariat et du mouvement communiste international.

    Les dirigeants du P.C.U.S. accusent le P.C.C. de « défendre » Staline. Oui, nous le défendons et nous voulons le défendre. Du moment que Khrouchtchev déforme l’histoire et répudie totalement Staline, nous avons naturellement le devoir irrécusable, dans l’intérêt du mouvement communiste international, de nous dresser pour le défendre.

    En prenant la défense de Staline, le P.C.C. défend ce qu’il eut de juste, il défend la glorieuse histoire de la lutte du premier Etat de la dictature du prolétariat instauré dans le monde par la Révolution d’Octobre, il défend la glorieuse histoire de la lutte du P.C.U.S., il défend le renom du mouvement communiste international auprès des peuples laborieux du monde entier.

    En un mot, il défend tant la théorie du marxisme-léninisme que sa pratique. Les communistes chinois ne sont pas seuls à agir ainsi, tous les communistes fidèles au marxisme-léninisme, tous les hommes qui sont décidés à faire la révolution, tous les honnêtes gens ont agi de la sorte ou sont en train de le faire.

    Lorsque nous prenons la défense de Staline, ce ne sont pas ses erreurs que nous défendons. Les communistes chinois ont, il y a longtemps, fait par eux-mêmes l’expérience personnelle de certaines erreurs de Staline.

    Des erreurs de ligne furent commises au sein du P.C.C., ce fut tantôt l’opportunisme « de gauche », tantôt celui de droite. Pour ce qui est de leurs causes internationales, quelques-unes d’entre elles se firent jour sous l’influence de certaines erreurs de Staline. Dès la fin des années 20, puis durant les années 30, enfin au début et au milieu des années 40, les marxistes-léninistes chinois, ayant les camarades Mao Tsé-toung et Liou Chao-chi pour représentants, s’attachaient à enrayer l’influence de certaines erreurs de Staline, puis, après être progressivement venus à bout des lignes erronées, celles des opportunismes « de gauche » et de droite, ils ont fini par mener la révolution chinoise à la victoire.

    Cependant, certains points de vue erronés préconisés par Staline ayant été acceptés et mis en application par des camarades chinois, nous, les Chinois, devions nous-mêmes en porter la responsabilité. Aussi la lutte menée par notre Parti contre l’opportunisme « de gauche » et de droite se limitait-elle toujours à la critique de ceux de nos camarades qui avaient commis clés erreurs, au lieu de faire retomber la responsabilité sur Staline.

    Notre but, en faisant ces critiques, c’était de distinguer le vrai du faux, tirer des leçons et faire progresser la cause de la révolution. Tout ce qu’on demandait aux camarades qui avaient commis des erreurs, c’était de se corriger. S’ils ne se corrigeaient pas, on pouvait encore attendre qu’ils prennent progressivement conscience par l’expérience pratique, à condition qu’ils n’organisent pas de groupes secrets et s’abstiennent de toute activité de sape.

    La méthode que nous avons adoptée était la méthode normale de la critique et de l’autocritique au sein du Parti, elle consistait à partir du désir d’unité pour arriver à la critique ou la lutte à une unité nouvelle, sur une base nouvelle ; c’est pourquoi nous avons obtenu de bons résultats. Nous estimions qu’il s’agissait de contradictions au sein du peuple et non de contradictions entre l’ennemi et nous, et c’est pourquoi il nous fallait adopter une telle méthode pour les résoudre.

    Et quelle a été à l’égard de Staline l’attitude du camarade Khrouchtchev et de certains autres dirigeants du P.C.U.S. depuis le XXe Congrès ?

    Au lieu de faire une analyse complète, historique et scientifique de l’œuvre accomplie par Staline tout au long de sa vie, ils l’ont répudiée en bloc sans distinguer le vrai du faux ; au lieu de traiter Staline en camarade, ils le traitent comme l’on traite l’ennemi ;

    au lieu d’adopter la méthode de la critique et de l’autocritique de faire le bilan des expériences et d’en tirer des leçons, ils rejettent toutes les erreurs sur Staline ou bien lui imputent des « erreurs » inventées à loisir ;

    au lieu de raisonner, les faits à l’appui, ils s’en prennent à la personne de Staline, en usant d’un langage insidieux et démagogique.

    Khrouchtchev a couvert d’injures Staline, disant qu’il fut « un assassin », « un criminel », « un bandit » [4], « un joueur », « un despote du type d’Ivan le Terrible », « le plus grand dictateur de l’histoire russe », « un imbécile » [5], « un idiot » [6]… Nous craignons vraiment de souiller notre papier et notre plume lorsque nous nous voyons dans l’obligation d’énumérer des épithètes aussi grossières, aussi vulgaires et infamantes.

    Khrouchtchev a injurié Staline, disant qu’il fut « le plus grand dictateur de l’histoire russe ». Cela ne revient-il pas à dire que le peuple soviétique a vécu trente ans durant, non pas en système socialiste, mais sous la « tyrannie » du « plus grand dictateur de l’histoire russe » ? Jamais le grand peuple soviétique et tous les peuples révolutionnaires du monde n’approuveront pareille calomnie !

    Khrouchtchev a injurié Staline, le taxant de « despote du type d’Ivan le Terrible ». Cela ne revient-il pas à dire que l’expérience offerte en trente années par le grand P.C.U.S. et le grand peuple soviétique aux peuples du monde entier n’est pas celle de la dictature du prolétariat, mais est celle de la vie sous la domination d’un « despote » féodal ?

    Jamais le grand peuple soviétique, les communistes soviétiques et tous les marxistes-léninistes du monde n’approuveront pareille calomnie !

    Khrouchtchev a injurié Staline, le qualifiant de « bandit ». Cela ne revient-il pas à dire que pendant une longue période le premier pays socialiste du monde a eu à sa tête un « bandit » ? Jamais le grand peuple soviétique et tous les peuples révolutionnaires du monde n’approuveront pareille calomnie !

    Khrouchtchev a injurié Staline, le traitant d’ »imbécile ». Cela ne revient-il pas à dire que le P.C.U.S., qui a mené une lutte révolutionnaire héroïque pendant plusieurs dizaines d’années, a eu un « imbécile » pour chef ? Jamais les communistes soviétiques et tous les marxistes-léninistes du monde n’approuveront pareille calomnie !

    Khrouchtchev a injurié Staline, disant qu’il était un ’’idiot ». Cela ne revient-il pas à dire que la grande Armée soviétique sortie victorieuse de la guerre antifasciste a eu un « idiot » pour commandant suprême ? Jamais les glorieux officiers et soldats de l’Armée soviétique et tous les combattants antifascistes du monde n’approuveront pareille calomnie !

    Khrouchtchev a injurié Staline, le considérant comme un « assassin ». Cela ne revient-il pas à dire que durant plusieurs décennies le mouvement communiste international a eu un « assassin » pour éducateur ? Jamais les communistes du monde entier, y compris ceux de l’Union soviétique, n’approuveront pareille calomnie !

    Khrouchtchev a injurié Staline, affirmant qu’il était un « joueur ». Cela ne revient-il pas à dire que les peuples révolutionnaires en lutte contre l’impérialisme et.la réaction ont pris un « joueur » comme porte-drapeau ? Jamais les peuples révolutionnaires du monde, y compris le peuple soviétique, n’approuveront pareille calomnie !

    De telles injures lancées par Khrouchtchev contre Staline sont la plus grande insulte que l’on puisse faire au grand peuple soviétique, au P.C.U.S. et à l’Armée soviétique, la plus grande insulte que l’on puisse faire à la dictature du prolétariat et au système socialiste, la plus grande insulte que l’on puisse faire au mouvement communiste international, aux peuples révolutionnaires du monde, au marxisme-léninisme.

    Lorsqu’il bombe le torse, martèle la table et crie de toute sa force en injuriant Staline, sur quelle position Khrouchtchev se place-t-il, lui qui, du temps de Staline, participa à la direction du Parti et de l’Etat ? Se place-t-il sur la position d’un complice d’ »assassin » et de « bandit » ? ou bien sur celle d’un « imbécile » et d’un « idiot » ?

    Quelle différence y a-t-il entre ces injures adressées par Khrouchtchev à Staline et les injures vomies sur ce dernier par les impérialistes, les réactionnaires et les renégats du communisme ? Pourquoi cette haine mortelle pour Staline ? Pourquoi s’en prendre à lui avec plus de férocité même qu’à l’ennemi ?

    Lorsqu’il combat Staline, c’est en vérité contre le régime soviétique et l’Etat soviétique que se déchaîne Khrouchtchev. Et en la matière, le langage qu’il utilise, loin de le céder à celui de Kautsky, de Trotski, de Tito, de Djilas et d’autres renégats, le dépasse encore en violence.

    On devrait précisément interpeller Khrouchtchev en lui citant ce passage de la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. : « Comment ont-ils le courage de dire des choses pareilles à l’adresse du Parti du grand Lénine, de la patrie du socialisme, du peuple qui, le premier au monde, a fait la révolution socialiste, a sauvegardé ses grandes conquêtes dans des combats acharnés contre l’impérialisme international et la contrerévolution intérieure, qui manifeste des miracles d’héroïsme et d’abnégation dans la lutte pour l’édification du communisme, en s’acquittant honnêtement de son devoir international envers les travailleurs du monde. »

    Dans l’article « De la signification politique des injures », Lénine a dit : « … en politique, les injures cachent fréquemment l’absence d’idées et l’impuissance totale, l’impuissance hargneuse des insulteurs. » N’est-ce pas précisément le cas des dirigeants du P.C.U.S. qui, constamment hantés par le spectre de Staline, essaient, par des injures contre ce dernier, de couvrir leur absence d’idées, leur impuissance totale, leur impuissance hargneuse ?

    Les Soviétiques, dans leur écrasante majorité, n’approuvent pas qu’on injurie ainsi Staline. Ils se montrent toujours plus attachés à sa mémoire. Les dirigeants du P.C.U.S. se sont dangereusement détachés des masses. Si, à tout moment, ils se sentent hantés et menacés par le spectre de Staline, c’est en réalité qu’ils se heurtent au profond mécontentement des larges masses populaires à l’égard de la répudiation totale de Staline.

    Khrouchtchev n’ose toujours pas faire connaître au peuple soviétique et aux peuples de tout le camp socialiste le rapport secret répudiant totalement Staline qu’il prononça au XXe Congrès, car c’est bien d’un rapport indigne qu’il s’agit, d’un rapport qui l’éloignerait dangereusement des masses.

    Ce qui mérite une attention toute particulière, c’est que les dirigeants du P.C.U.S., tout en s’appliquant à injurier Staline, expriment « respect et confiance » [7] à Eisenhower, à Kennedy et à leurs congénères ! On impose à Staline des qualificatifs comme « despote du type d’Ivan le Terrible », « le plus grand dictateur de l’histoire russe », par contre, ce sont des compliments qu’on adresse à Eisenhower et à Kennedy, affirmant qu’ils ’’jouissent du soutien de l’écrasante majorité du peuple américain » ! [8].

    On injurie Staline en le traitant d’ »idiot » et par contre, on fait l’éloge de la « lucidité » d’Eisenhower et de Kennedy ! D’une part, on flétrit impitoyablement celui qui fut un grand marxiste-léniniste, un grand révolutionnaire prolétarien, un grand chef du mouvement communiste international, d’autre part on fait le panégyrique du chef de file de l’impérialisme. Se pourrait-il que la connexion entre ces phénomènes soit le fait du hasard ? N’est-elle pas l’aboutissement logique de la répudiation du marxisme-léninisme ?

    Si Khrouchtchev n’a pas la mémoire courte, il doit se rappeler que c’est lui précisément qui, à l’occasion d’un meeting tenu à Moscou en janvier 1937, condamna avec raison ceux qui attaquaient Staline, disant « qu’en attaquant le camarade Staline, ils nous attaquent nous tous, ils attaquent la classe ouvrière et le peuple travailleur ! Qu’en attaquant le camarade Staline, ils attaquent les doctrines de Marx, d’Engels et de Lénine ! »

    Il doit se rappeler qu’il a lui-même, à maintes reprises, loué Staline, en disant que celui-ci était un « proche ami et compagnon d’armes du grand Lénine » [9], « le plus grand génie, éducateur et chef de l’humanité » [10], « le grand maréchal toujours victorieux » [11], « l’ami sincère du peuple » [12], qu’il a été son « propre père » [13] .

    Si l’on compare les remarques faites par Khrouchtchev du vivant de Staline à celles qu’il a faites après sa mort, on verra qu’il a fait volte-face dans le jugement porté sur Staline.

    Khrouchtchev, s’il n’a pas la mémoire courte, devrait évidemment se souvenir qu’il a lui-même soutenu et appliqué avec un zèle particulier, au temps de la direction de Staline, la politique de liquidation de la contre-révolution.

    Le 6 juin 1937, à la Cinquième Conférence du Parti de la Région de Moscou, Khrouchtchev a dit : « Notre Parti écrasera sans pitié la bande de traîtres et de renégats, éliminera de la surface de la terre toute la canaille trotskiste de droite. … Le gage en est la direction inébranlable de notre Comité central, la direction inébranlable de notre chef, le camarade Staline . . . Nous détruirons tous les ennemis, jusqu’au dernier homme et disperserons leurs cendres au vent. »

    Le 8 juin 1938, Khrouchtchev a déclaré à la Quatrième Conférence du Parti de la Région de Kiev :

    « Les Yakyirs, les Balyitskys, les Lyubcjenkys, les Zatonskys et autre racaille veulent introduire en Ukraine les propriétaires fonciers polonais, veulent amener ici les fascistes, propriétaires fonciers et capitalistes allemands… Nous avons liquidé pas mal d’ennemis, mais pas encore tous. C’est pourquoi il faut nous tenir sur nos gardes. Nous devons bien retenir ce qu’a dit le camarade Staline : Tant qu’existé l’encerclement capitaliste, les espions et les saboteurs s’introduiront dans notre pays ».

    Pourquoi Khrouchtchev, qui participa à la direction du Parti et de l’Etat du temps de Staline et qui soutint activement et appliqua résolument, à l’époque, la politique de liquidation de la contre-révolution, répudie il en bloc tout ce qui a été fait pendant cette période et rejette-il toutes les erreurs sur Staline, tout en ayant soin de s’en laver lui-même les mains ?

    Lorsqu’il s’était trompé, Staline était encore capable de se critiquer. Par exemple, Staline avait donné des conseils erronés à propos de la révolution chinoise, mais après la victoire de celle-ci, il reconnut son erreur. Même les erreurs commises dans l’épuration du Parti, il les avait reconnues dans son rapport au XVIIIe Congrès du P.C. (b) de l’U.R.S.S. en 1939.

    Et qu’en est-il pour Khrouchtchev ? Il ne sait pas ce que c’est que l’autocritique. Il ne sait qu’une seule chose : rejeter toutes les erreurs sur les autres et s’attribuer tous les mérites.

    Que ces actes indignes aient été commis par Khrouchtchev, à une époque où déferle le révisionnisme moderne, n’est pas fait pour surprendre.

    Comme l’a dit Lénine en 1915 lorsqu’il critiquait les actes par lesquels les révisionnistes de la IIe Internationale avaient trahi le marxisme : « A notre époque de mots oubliés, de principes perdus, de conceptions du monde renversées, de résolutions et de promesses solennelles mises au rebut, il n’y a là rien dont on puisse s’étonner. » [14]

    La série d’événements survenus depuis le XXe Congrès du P.C.U.S. prouve à suffisance la gravité des conséquences qu’a entraînées la répudiation totale de Staline par la direction du P.C.U.S.

    La répudiation totale de Staline fournit à l’impérialisme et à toute la réaction des munitions antisoviétiques et anticommunistes qu’ils ne sont que trop heureux d’obtenir.

    Aussitôt après que le XXe Congrès du P.C.U.S. eut clôturé ses travaux, l’impérialisme utilisa le rapport secret de Khrouchtchev contre Staline pour déclencher dans le monde une vaste campagne antisoviétique et anticommuniste. L’impérialisme, la réaction, la clique Tito et les opportunistes de toutes nuances ont tous sauté sur l’occasion pour prendre à partie l’Union soviétique, le camp socialiste, les partis communistes, tant et si bien que nombre de partis frères et de pays frères se trouvèrent dans une situation très difficile.

    La folle campagne de la direction du P.C.U.S. contre Staline fit que les trotskistes, qui depuis longtemps n’étaient plus que des cadavres politiques, se ranimèrent et clamèrent qu’il fallait « réhabiliter » Trotski.

    Lorsque le XXIIe Congrès du P.C.U.S. allait se clôturer, en novembre 1961, dans une « Lettre au XXIIe Congrès du P.C.U.S. et au Comité central du P.C.U.S. », le Secrétariat international de la soi-disant IVe Internationale écrivit que Trotski avait déclaré en 1937 qu’à l’avenir « un monument serait érigé en l’honneur des victimes de Staline », « aujourd’hui, affirme la lettre, cette prédiction se vérifie. Devant votre Congrès, le premier secrétaire de votre Parti a promis l’érection de ce monument ».

    La lettre demande en particulier que le nom de Trotski soit « gravé en lettres d’or sur le monument érigé en l’honneur des victimes de Staline ». Les trotskistes ne dissimulaient pas leur joie, ils estimaient que le mouvement lancé par la direction du P.C.U.S. contre Staline avait « ouvert la porte au trotskisme » et que ce mouvement était « très favorable à la progression du trotskisme et de son organisation – la IVe Internationale ».

    En répudiant totalement Staline, la direction du P.C.U.S. a des fins inavouées.
    Staline est mort en 1953 ; trois ans après, au XXe Congrès, la direction du P.C.U.S. déclencha de violentes attaques contre lui ; huit ans après sa mort, au XXIIe Congrès, elle s’en prit encore une fois à Staline dont elle fit enlever et incinérer la dépouille mortelle.

    En s’acharnant encore et encore sur Staline, la direction du P.C.U.S. a voulu effacer l’influence impérissable de ce grand révolutionnaire prolétarien sur le peuple soviétique et les autres peuples du monde, et aussi frayer la voie à sa répudiation du marxisme-léninisme, que Staline avait défendu et développé, et à l’application généralisée de sa ligne révisionniste.

    La ligne révisionniste de la direction du P.C.U.S. débuta précisément avec le XXe Congrès pour devenir un système achevé au XXIIe Congrès. Les événements ont, par la suite, prouvé avec toujours plus de clarté que l’altération par la direction du P.C.U.S. de la doctrine marxiste-léniniste sur l’impérialisme, la guerre et la paix, la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat, la révolution dans les colonies et semi-colonies, le parti du prolétariat, etc. est liée à sa répudiation totale de Staline.

    La répudiation totale de Staline par la direction du P.C.U.S. a été faite sous l’enseigne de la « lutte contre le culte de la personnalité ».

    La « lutte contre le culte de la personnalité » formulée par la direction du P.C.U.S. ne tend nullement, comme elle le proclame, à rétablir ce qu’elle appelle les « principes léninistes de la vie intérieure et de la direction du Parti ». Tout au contraire, elle contrevient à la doctrine de Lénine concernant les rapports entre les chefs, le Parti, les classes et les masses, et au principe du centralisme démocratique du Parti.

    Les marxistes-léninistes soutiennent que pour devenir un véritable état-major de combat du prolétariat, le parti révolutionnaire du prolétariat doit résoudre correctement les rapports entre les chefs, le Parti, les classes et les masses et s’organiser selon le principe du centralisme démocratique.

    Un tel parti doit avoir un noyau dirigeant relativement stable. Celui-ci doit être constitué par des chefs éprouvés, des chefs qui sachent unir la vérité universelle du marxisme-léninisme à la pratique concrète de la révolution.

    C’est dans la lutte de classes et le mouvement révolutionnaire des masses que surgissent les chefs du parti prolétarien, ces chefs, qu’ils soient membres du Comité central ou d’un comité local du Parti, sont d’une fidélité absolue envers les masses, ils sont la chair de la chair des masses, ils savent rassembler de façon correcte les idées des masses et en faire une application conséquente. De tels chefs sont les vrais représentants du prolétariat.

    Ils sont reconnus des masses. La présence de tels chefs à la tête d’un parti du prolétariat est la manifestation de sa maturité politique, et c’est en cette présence que réside l’espoir de la victoire de la cause du prolétariat.

    Lénine dit avec justesse : « Aucune classe dans l’histoire n’est parvenue à la domination sans avoir trouvé dans son sein des chefs politiques, des représentants d’avant-garde capables d’organiser le mouvement et de le diriger » [15] . « Les chefs expérimentés et influents du Parti, dit-il aussi, se forment lentement et difficilement. Or, sans cela, la dictature du prolétariat, ’l’unité de sa volonté’ est une phrase creuse. » [16]

    Le P.C.C. s’en est toujours tenu fermement à la doctrine du marxisme-léninisme sur le rôle des masses populaires et de l’individu dans l’histoire, à la doctrine du marxisme-léninisme sur les rapports entre les chefs, le Parti, les classes et les masses, au centralisme démocratique du Parti. Il a toujours persisté dans la direction collective mais il s’oppose à ce que l’on rabaisse le rôle des dirigeants.

    Il accorde de l’importance au rôle de ces derniers, mais s’oppose à ce qu’on fasse un éloge outré de l’individu, un éloge qui ne correspond pas à la réalité, à ce qu’on exagère le rôle de l’individu. Dès 1949, suivant une proposition du camarade Mao Tsé-toung, le Comité central du P.C.C. décida d’interdire toute manifestation en l’honneur des dirigeants du Parti à l’occasion de leur anniversaire, et l’emploi du nom d’un dirigeant du Parti comme nom de lieu, de rue, d’entreprise.

    Ces vues que nous avons toujours maintenues, et qui sont correctes, se différencient foncièrement de la ’lutte contre le culte de la personnalité » préconisée par la direction du P.C.U.S.

    Il devient toujours plus clair qu’en fait, en proclamant ce qu’elle appelle la ’lutte contre le culte de la personnalité », la direction du P.C.U.S. ne vise point, comme elle le prétend, à développer la démocratie, à appliquer une direction collective, à s’opposer à l’exagération du rôle de l’individu, mais a en vue un tout autre objectif.

    En quoi consiste donc au fond la prétendue « lutte contre le culte de la personnalité » menée par la direction du P.C.U.S.?

    Le fond de la question, pour aller droit au but, n’est autre que ceci :

    1) Sous le prétexte de la ’lutte contre le culte de la personnalité », opposer le dirigeant du Parti, Staline, à l’organisation du Parti, au prolétariat, aux masses populaires ;

    2) Sous le prétexte de la « lutte contre le culte de la personnalité », défigurer le parti du prolétariat, défigurer la dictature du prolétariat, défigurer le système socialiste ;

    3) Sous le prétexte de la « lutte contre le culte de la personnalité », faire valoir sa propre personnalité, attaquer les révolutionnaires fidèles au marxisme-léninisme et frayer le chemin aux intrigants révisionnistes pour qu’ils puissent usurper la direction du Parti et de l’Etat ;

    4) Sous le prétexte de la « lutte contre le culte de la personnalité », s’ingérer dans les affaires intérieures des partis frères et des pays frères et s’appliquer à entreprendre, à sa convenance, la subversion de la direction de partis frères et de pays frères ;

    5) Sous le prétexte de la « lutte contre le culte de la personnalité », frapper les partis frères qui s’en tiennent avec fermeté au marxisme-léninisme et créer la scission dans le mouvement communiste international.

    Khrouchtchev, en formulant la « lutte contre le culte de la personnalité’’, ne poursuit qu’une ignoble machination politique. Comme celui que décrit Marx, « s’il est une nullité en tant que théoricien, en tant qu’intrigant, il est dans son élément » [17].

    Dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. a dit qu’ »en dénonçant le culte de la personnalité et en luttant contre ses conséquences », il ’’apprécie hautement » « les personnalités » qui « jouissent d’un prestige bien mérité ». Que veut-on entendre par là ? Simplement ceci : La direction du P.C.U.S. foule aux pieds Staline tout en portant Khrouchtchev aux nues.

    Elle exalte Khrouchtchev qui n’était pas encore communiste au moment de la Révolution d’Octobre, qui était un cadre subalterne du travail politique durant la guerre civile en le présentant comme le « créateur actif de l’Armée rouge » [18].

    Elle attribue entièrement à Khrouchtchev le grand mérite de la bataille décisive de la Grande guerre patriotique de l’Union soviétique, prétendant que dans la bataille de Stalingrad on « entendait très fréquemment la voix de Khrouchtchev » [19], que « Khrouchtchev était l’âme de ceux de Stalingrad » [20].

    Elle inscrit entièrement à actif de Khrouchtchev les grandes réalisations obtenues dans le domaine de l’arme nucléaire et de la technique des fusées, et l’appelle le « père du cosmos » [21].

    Or, nul n’ignore que la fabrication par l’Union soviétique des bombes atomiques et à hydrogène fut de grandes réalisations accomplies, du temps de la direction de Staline, par le personnel scientifique et technique et le peuple travailleur de l’U.R.S.S. C’est durant cette période également que furent jetés les fondements de la technique des fusées. Comment peut-on biffer d’un trait de plume ces faits historiques d’importance ? Comment peut-on attribuer tous les mérites à Khrouchtchev ?

    La direction du P.C.U.S. exalte Khrouchtchev qui a révisé les principes fondamentaux du marxisme-léninisme et qui considère le léninisme comme périmé, prétendant qu’il a donné un « brillant exemple de développement et d’enrichissement créateurs de la théorie du marxisme-léninisme » [22].

    Tout ceci qui a été fait par la direction du P.C.U.S., sous le couvert du mot d’ordre de la « lutte contre le culte de la personnalité », revient en réalité, comme l’a dit Lénine, à substituer « des chefs nouveaux qui débitent des choses prodigieusement stupides et embrouillées » « aux anciens chefs qui s’en tenaient à des idées humaines sur les choses simples » [23].

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. qualifie calomnieusement notre position qui est de s’en tenir fermement au marxisme-léninisme de « tentative d’imposer aux autres partis l’ordre des choses, l’idéologie, la morale, les formes et les méthodes de direction qui dominaient durant la période du culte de la personnalité ». Pareille assertion ne fait que révéler davantage l’absurde et le ridicule de la « lutte contre le culte de la personnalité ».

    À entendre les dirigeants du P.C.U.S., après que la Révolution d’Octobre eut mis fin à la période du capitalisme en Russie, il serait apparu en Union soviétique une « période du culte de la personnalité ».

    À ce qu’il semble, le « régime social », les « idéologie et morale » de cette période ne seraient pas socialistes. Durant cette période, le peuple travailleur soviétique aurait supporté un « terrible fardeau », il aurait régné un « climat de crainte, de suspicion, d’incertitude qui empoisonnait la vie du peuple » [24], et le développement de la société soviétique aurait été entravé.

    Dans son discours au Meeting de l’Amitié soviéto-hongroise, le 19 juillet 1963, Khrouchtchev s’étendit sur la domination « terroriste » de Staline, prétendant que celui-ci « maintenait son pouvoir par la hache ». Décrivant l’ordre social d’alors, il affirma qu’ »à l’époque, il arrivait souvent qu’on partît au travail sans savoir si on reviendrait chez soi, si on reverrait sa femme et ses enfants ».

    La « période du culte de la personnalité » dont parle la direction du P.C.U.S. aurait donc été celle d’une société qui, littéralement, fut plus « haïssable » et plus « barbare » que celles du féodalisme et du capitalisme ?

    Suivant les affirmations de la direction du P.C.U.S., la dictature du prolétariat, le régime social socialiste instaurés par la Révolution d’Octobre n’auraient pas, durant toutes ces décennies, délivré le peuple travailleur du fardeau qu’il supportait, n’aurait pas accéléré le développement de la société soviétique ; et c’est après le XXe Congrès du P.C.U.S., lequel entreprit la « lutte contre le culte de la personnalité », que le peuple travailleur a été délivré de son « terrible fardeau » et le « développement de la société soviétique » subitement « accéléré » [25].

    Khrouchtchev a dit : « Ah ! si seulement Staline était mort dix ans plus tôt [26] ! » On sait que Staline est mort en 1953 ; s’il était mort dix ans plus tôt, cela aurait été en 1943 exactement, année où l’Union soviétique passa à la contre-offensive dans la Grande guerre patriotique. Qui souhaitait alors la mort de Staline ? Hitler !

    Dans l’histoire du mouvement communiste international, l’utilisation par les ennemis du marxisme-léninisme de mots d’ordre du genre de celui de la « lutte contre le culte de la personnalité » pour diffamer les dirigeants du prolétariat et saper la cause du prolétariat n’est pas une nouveauté, mais une manœuvre ignoble depuis longtemps mise en lumière.

    Bakounine, conspirateur de l’époque de la Ière Internationale, utilisa des propos de ce genre dans ses invectives contre Marx. Au début, pour gagner la confiance de Marx, il écrivit : « Je suis ton disciple et je suis fier de l’être [27]. » Par la suite, lorsque sa tentative d’usurper la direction de la Ière Internationale eut échoué, il en vint à injurier Marx en ces termes : « En tant qu’Allemand et Juif, il est un autoritaire de la tête aux pieds » [28], « un dictateur » [29].

    Kautsky, renégat de l’époque de la IIe Internationale, utilisa également des propos du même genre pour injurier Lénine. Il calomnia Lénine, le présentant comme « le Dieu des monothéistes » qui avait « réduit le marxisme non seulement au statut d’une religion d’Etat, mais encore à une foi médiévale ou orientale » [30].

    Trotski, renégat de l’époque de la IIIe Internationale, fit de même, en injuriant Staline en termes analogues. Il dit que Staline était « un despote » [31] et que « le bureaucrate Staline a entretenu un vil culte du chef, en attribuant à celui-ci on caractère sacré » [32].

    La clique Tito, une clique de révisionnistes modernes, a aussi utilisé des termes analogues pour injurier Staline, prétendant que celui-ci était un « dictateur » d’un « pouvoir absolu » [33].

    Il ressort de tout ceci que le mot d’ordre de la « lutte contre le culte de la personnalité » lancé par la direction du P.C.U.S. vient en droite ligne de chez Bakounine, Kautsky, Trotski et Tito, qu’il sert à combattre les chefs du prolétariat et à saper le mouvement révolutionnaire du prolétariat.

    Les opportunistes dans l’histoire du mouvement communiste international n’ont pu oblitérer l’œuvre de Marx, Engels et Lénine par la diffamation. Khrouchtchev, non plus, ne parviendra à effacer l’œuvre de Staline en usant du même moyen.

    Lénine a indiqué qu’une position privilégiée n’assure pas le succès de la diffamation.
    Khrouchtchev a pu profiter de sa position privilégiée pour faire retirer du Mausolée de Lénine la dépouille mortelle de Staline, mais s’il veut profiter de cette même position privilégiée pour effacer la grande figure de Staline dans le cœur du peuple soviétique et des peuples du monde entier, il n’y parviendra jamais.

    Khrouchtchev peut profiter de sa position privilégiée pour apporter telle ou telle altération au marxisme-léninisme, mais, jamais il ne parviendra à son but s’il veut profiter de cette position privilégiée pour abattre le marxisme-léninisme que Staline et les marxistes-léninistes du monde entier ont défendu.

    Nous voudrions donner sincèrement ce conseil au camarade Khrouchtchev : nous espérons que vous reviendrez de vos égarements, et que, quittant une voie totalement erronée, vous reprendrez le chemin du marxisme-léninisme.

    Vive la grande doctrine révolutionnaire de Marx, Engels, Lénine et Staline !


    [1] V.I. Lénine : « Quelques remarques sur la ‘réponse’ de P. Maslov », Œuvres, tome 15.

    [2] V.I. Lénine : « Préface à la brochure de Voinov (A. Lunacharsky) sur l’attitude du Parti envers les syndicats », Œuvres, tome 13.

    [3] V.I. Lénine : « Note d’un publiciste », Œuvre, tome 33.

    [4] Déclaration de N.S . Khrouchtchev au cours de son entretien avec la délégation du Parti communiste chinois le 22 octobre 1961.

    [5] Allocution de N.S . Khrouchtchev à la réception donnée par le gouvernement soviétique à l’occasion du 1er Mai 1962.

    [6] Déclaration de N.S . Khrouchtchev au cours de son entretien avec la délégation du Parti communiste chinois le 22 octobre 1961.

    [7] Réponse de N.S . Khrouchtchev à J.F. Kennedy du 28 octobre 1962.

    [8] Interview accordée par N.S . Khrouchtchev aux rédacteurs en chef de la Pravda et des Izvestia, Pravda, 15 juin 1963.

    [9] N.S . Khrouchtchev : « Staline et la grande amitié des nationalités soviétiques », Pravda du 21 décembre 1939.

    [10] Intervention de N.S . Khrouchtchev au XVIIIe Congrès du P.C.(b) de l’U.R.S.S., Pravda, 15 mars 1939.

    [11] Lettre adressée par N.S . Khrouchtchev et d’autres aux officiers et soldats de l’Armée rouge soviétique, Pravda, 13 mai 1945.

    [12] N.S . Khrouchtchev : « Staline et la grande amitié des nationalités soviétiques », Pravda du 21 décembre 1939.

    [13] N.S . Khrouchtchev : « L’amitié stalinienne des peuples, gage de l’invincibilité de notre Patrie », Pravda du 21 décembre 1949.

    [14] V.I. Lénine : « Préface à la brochure de N. Boukharine ‘L’Economie mondiale et l’impérialisme’ », Œuvres, tome 22.

    [15] V.I. Lénine : « Les objectifs immédiats de notre mouvement », Œuvres, tome 4.

    [16] V.I. Lénine : « Lettre aux communistes allemands », Œuvres, tomes 32.

    [17] K. Marx : « K. Marx à F. Bolte », Œuvres choisie de Marx et d’Engels (en deux volumes), tome II.

    [18] « Vie pour le peuple », Zarya Voltoka, 17 décembre 1961.

    [19] « Créé et éduqué par le Parti », Agitator, N°2, 1963

    [20] Allocution de V.I. Chuikov à la commémoration de XXe anniversaire de la Grande guerre patriotique de l’Union soviétique, Pravda, 22 juin 1961

    [21] Allocution de G.S. Titov prononcée le 26 octobre 1961 au XXIIe Congrès du P.C.U.S.

    [22] Allocution de A.N. Kossyguine prononcée le 21 octobre 1961 au XXIIe Congrès du P.C.U.S.

    [23] V.I. Lénine : « La maladie infantile du communisme (le ‘gauchisme’) », Œuvres, tome 31.

    [24] Lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union soviétique, 14 juillet 1963.

    [25] Ibidem.

    [26] Allocution de N.S. Khrouchtchev prononcée le 19 juillet 1963 à Moscou au Meeting de l’amitié soviéto-hongroise.

    [27] Lettre de M.A. Bakounine à K. Marx du 22 décembre 1868, Neue Zeit, N°1, 1900

    [28] Voir F. Mehring : « Karl Marx, histoire de sa vie ».

    [29] Voir « Lettre de F. Engels à A. Bebel », 20 juin 1873, Œuvres choisies de Marx et d’Engels (en deux volumes), tome II.

    [30] K. Kautsky : « La social-démocratie contre le communisme »

    [31] L. Trotski : « Staline, l’homme et son influence »

    [32] L. Trotski : « La bureaucratie stalinienne et l’assassinat de Kirov »

    [33] E. Kardelj : « Cinq ans après », Borda, 28 juin 1953.

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  • Rédactions du Quotidien du peuple et du Drapeau Rouge : Des défenseurs du néo-colonialisme

    Rédaction du Renmin Ribao et Rédaction du Hongqi, 22 octobre 1963

    La révolution bat violemment en tempête en Asie, en Afrique et en Amérique latine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’indépendance a été proclamée dans plus de cinquante pays d’Asie et d’Afrique. La Chine, le Vietnam, la Corée et Cuba ont pris la voie du socialisme. Le visage de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine a connu des changements énormes.

    Si la révolution des colonies et semi-colonies a subi de sérieux revers, après la Première Guerre mondiale, suite à la répression par l’impérialisme et ses laquais, la situation est toute différente depuis la Seconde Guerre mondiale.  Ceux-ci ne sont plus à même d’éteindre le grand feu de prairie de la libération nationale.

    Le vieux système colonial des impérialistes se désagrège rapidement. Les arrières des impérialistes sont devenus un front où le combat anti-impérialiste fait rage.  La domination de l’impérialisme a été renversée dans un certain nombre de colonies et de pays dépendants et elle vacille dans d’autres, sous les coups violents, d’où affaiblissement et ébranlement inéluctables des fondements de sa domination sur son propre terrain.

    Les victoires remportées par les révolutions populaires d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, venues s’ajouter à la montée du camp socialiste, sont un hymne triomphal et retentissant à notre époque.

    La révolution populaire qui bat en tempête en Asie, en Afrique et en Amérique latine exige de toutes les forces politiques du monde qu’elles prennent parti. Les impérialistes et les colonialistes tremblent devant cette grande tempête révolutionnaire, tandis que les peuples révolutionnaires du monde entier l’acclament. Les impérialistes et les colonialistes disent : « C’est effroyable, effroyable ! ». 

    Et les révolutionnaires, eux : « C’est bien, très bien ! »  Les impérialistes et les colonialistes disent : « C’est de la révolution, c’est un droit du peuple et c’est un courant historique que nul ne peut endiguer ».

    L’attitude adoptée envers ce problème, le plus aigu de la politique mondiale actuelle, constitue la ligne de partage essentielle entre marxistes-léninistes et révisionnistes modernes. Les marxistes-léninistes sont fermement avec les nations opprimées et soutiennent activement le mouvement de libération nationale. Les révisionnistes modernes se rangent en fait du côté des impérialistes et des colonialistes, et ils renient et combattent le mouvement de libération nationale par tous les moyens.

    Les dirigeants du P.C.U.S. n’osent pas encore rejeter complètement en paroles les mots d’ordre de soutien au mouvement de libération nationale, et parfois, tenant compte de leurs intérêts, ils adoptent même des mesures qui donnent l’impression d’être un soutien.  Mais si l’on va au fond des choses et si l’on prend en bloc leurs vues et leur politique de ces dernières années, on voit clairement que leur attitude envers le combat pour la libération des nations opprimées d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine est passive, ou méprisante, ou négative, et qu’ils se font les défenseurs du néo-colonialisme.

    Sur la question du mouvement de libération nationale, les camarades du P.C.U.S. ont, par la lettre ouverte du 14 juillet 1963 du Comité central du P.C.U.S. et nombre d’articles et de déclarations, beaucoup fait pour défendre leurs vues fausses et ont attaqué le Parti communiste chinois. Mais, de tout cela, il n’est résulté que la confirmation de la position anti-marxiste-léniniste et antirévolutionnaire de la direction du P.C.U.S. sur le sujet.

    Voyons maintenant ce qu’est la « théorie » et la pratique des dirigeants du P.C.U.S. dans la question du mouvement de libération nationale.

    SUPPRESSION DE LA TACHE DE COMBAT
    CONTRE L’IMPÉRIALISME ET LE COLONIALISME

    De grandes victoires de portée historique ont déjà été remportées par le mouvement de libération nationale en Asie, en Afrique et en Amérique latine.  Et ceci, personne ne peut le nier. Mais peut-on affirmer que la tâche des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine de combattre l’impérialisme, le colonialisme et leurs agents soit achevée ?

    Nous estimons que non.  Elle est loin d’être achevée.

    Cependant, les dirigeants du P.C.U.S. répandent fréquemment des vues selon lesquelles le colonialisme aurait disparu ou serait près de disparaître de la scène du monde.

    Ils soulignent que « dans le monde, il n’y a plus que 50 millions d’hommes gémissant sous le joug colonial » [Allocution de Mirzo Tursún-Zadé, chef de la délégation soviétique, prononcée le 5 février 1963 à la IIIe Conférence de solidarité des peuples afro-asiatiques], qu’il ne reste des débris du colonialisme que dans des contrées comme l’Angola et le Mozambique sous domination portugaise, en Afrique, et que la liquidation du colonialisme en est déjà à la « phase finale » [Rapport de N.S. Khrouchtchev sur le Programme du P.C.U.S. présenté en octobre 1961 au XXIIe Congrès du P.C.U.S.].

    Que disent les faits ?

    Voyons, tout d’abord, la situation en Asie et en Afrique. 

    Tout un groupe de pays y a proclamé son indépendance. Mais nombre d’entre eux ne se sont pas entièrement débarrassés du contrôle et de l’asservissement impérialistes et colonialistes, ils sont toujours soumis au pillage et à l’agression impérialistes et demeurent des arènes de combat où se mesurent colonialistes et néo-colonialistes. 

    Dans certains de ces pays, les vieux colonialistes se sont métamorphosés en néo-colonialistes et maintiennent leur domination coloniale par l’intermédiaire des agents qu’ils ont formés. 

    Dans d’autres, le loup a été chassé par la porte de devant, mais le tigre est entré par la porte de derrière, le vieux colonialisme étant remplacé par un colonialisme nouveau, plus puissant, plus dangereux, l’américain. Les tentacules du néo-colonialisme, représenté par l’impérialisme américain, menacent sérieusement les peuples d’Asie et d’Afrique.

    Ecoutez donc la voix des peuples d’Amérique latine.

    La Seconde Déclaration de La Havane dit, « Aujourd’hui, l’Amérique latine subit le joug d’un impérialisme plus féroce, beaucoup plus puissant et plus impitoyable que l’empire colonial espagnol ».

    Elle dit encore : « Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, « les investissements nord-américains, dépassent 10 milliards de dollars.  De plus, l’Amérique latine fournit des matières premières à bon marché et paie les articles manufacturés à des prix élevés…  Un torrent d’argent roule de façon ininterrompue d’Amérique latine aux Etats-Unis : quelque 4.000 dollars par minute, 5 millions de dollars par jour, 2 milliards de dollars par an, 10 milliards de dollars tous les cinq ans.  Pour chaque tranche de mille dollars qui nous quitte, c’est un cadavre qui nous reste.  Mille dollars par mort, voilà le prix de ce qu’on appelle l’impérialisme ».

    Les faits sont clairs : Après la Seconde Guerre mondiale, l’impérialisme n’a en aucun cas renoncé au colonialisme. Il a tout au plus adopté une forme nouvelle, celle du néo-colonialisme. 

    Une ces caractéristiques importantes du néo-colonialisme est comme suit : l’impérialisme a été forcé de modifier sa domination coloniale directe ancienne manière et a adopté une forme nouvelle par laquelle il exerce sa domination et son exploitation coloniales par l’intermédiaire d’agents qu’il a choisis et formés.

    Par l’organisation de blocs militaires, la création de bases militaires et l’établissement de « fédérations » et de « communautés », les impérialistes, qui ont les Etats-Unis pour chef de file, nourrissent des régimes fantoches et placent sous leur contrôle ou leur asservissement les pays coloniaux et les pays qui ont déjà proclamé leur indépendance. 

    Et par l’« aide » économique et d’autres méthodes, ils continuent à transformer ces pays en déversoir pour leurs propres marchandises, en source de matières premières et en cibles pour leurs exportations de capitaux, à piller les ressources de ces pays et à soutirer le sang du peuple. Les Nations Unies leur sont un précieux instrument pour intervenir dans les affaires intérieures de ces pays et pour les soumettre à l’agression militaire, économique et culturelle.  Lorsqu’ils se trouvent dans l’incapacité de maintenir leur domination par les moyens « pacifiques », ils montent des coups d’Etat militaires, pratiquent la subversion ou recourent même à l’intervention armée et à l’agression.

    Dans la pratique du néo-colonialisme, ce sont les Etats-Unis qui sont les plus actifs et les plus sournois.  Par l’arme qu’est le néo-colonialisme, les impérialistes américains s’efforcent d’accaparer les colonies et sphères d’influence des autres impérialistes pour établir leur hégémonie mondiale.

    Ce colonialisme de type nouveau est plus sournois et plus sinistre.

    On aimerait demander aux dirigeants du P.C.U.S. : Comment pouvez-vous dire, dans ces conditions, que la liquidation du colonialisme en est déjà à la « phase finale » ?

    Pour étayer pareils mensonges, les dirigeants du P.C.U.S. vont jusqu’à rechercher de l’aide dans la Déclaration de 1960.  La Déclaration de 1960, disent-ils, ne parle-t-elle pas de la rapide désagrégation du système colonial ?  Mais ceci ne peut en rien soutenir leur argumentation sur la disparition du colonialisme.

    La Déclaration fait clairement ressortir que « les Etats-Unis d’Amérique sont le bastion principal du colonialisme actuel », que « les impérialistes, Etats-Unis en tête, tentent des efforts désespérés pour maintenir l’exploitation coloniale des peuples des anciennes colonies par de nouvelles méthodes et sous des formes nouvelles » et qu’ils « s’appliquent à garder en main le contrôle économique et à maintenir leur influence politique dans les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ».  Par ces phrases, la Déclaration dit exactement ce que la direction du P.C.U.S. s’évertue à cacher.

    La direction du P.C.U.S. a aussi créé la « théorie » du passage du mouvement de libération nationale à une « phase nouvelle » axée, selon elle, sur les tâches économiques. 

    Leur argumentation, c’est que « auparavant, la lutte était menée essentiellement dans le domaine politique », alors que, aujourd’hui, le problème économique est devenu la « tâche centrale » et « le maillon fondamental du développement ultérieur de la révolution » [« Au détriment de la lutte des peuples », Pravda, 17 septembre 1963].

    En effet, le mouvement de libération nationale est entré dans une phase nouvelle. 

    Mais ce n’est en aucun cas une « phase nouvelle » axée sur les tâches économiques, comme l’affirme la direction du P.C.U.S. Dans cette phase nouvelle, les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine connaissent un éveil sans précédent, ont un mouvement révolutionnaire plus impétueux que jamais et exigent impérieusement la liquidation totale des forces de l’impérialisme et de ses laquais dans leurs pays, afin de conquérir l’indépendance complète, tant politique qu’économique.

    La tâche première et la plus urgente qui confronte ces pays demeure le développement à donner à la lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme et leurs laquais.  Cette lutte se poursuit toujours avec acharnement dans les domaines politique, économique, militaire, culturel, idéologique et tous les autres domaines. 

    Et les luttes livrées dans tous ces domaines trouvent toujours leur expression concentrée dans la lutte politique qui, bien souvent, lorsque les impérialistes recourent à la répression armée directe ou indirecte, se développe inéluctablement en lutte armée.

    Pour les pays nouvellement indépendants, le développement d’une économie nationale indépendante est chose importante. Cependant, cette tâche ne peut en aucune façon être séparée de la lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme et leurs laquais.

    Tout comme la théorie de la « disparition du colonialisme », celle de la « phase nouvelle », prêchée par la direction du P.C.U.S., vise de toute évidence à parer sous de belles couleurs l’agression et le pillage de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine par le néo-colonialisme, incarné par les Etats-Unis, à camoufler la contradiction aiguë qui oppose impérialisme et nations opprimées, et par là à émousser la lutte révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

    A en croire cette « théorie », puisque le colonialisme est près de disparaître et que le développement économique est devenu la tâche centrale du mouvement de libération national, il est évident que lutter contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo-colonialisme et leurs laquais ne s’impose plus. 

    Et ne s’ensuit-il pas que l’on peut tout aussi bien se débarrasser du mouvement de libération nationale ? On peut comprendre par là que la « phase nouvelle » dont parlent les dirigeants du P.C.U.S. et dans laquelle les tâches économiques sont au centre des préoccupations, n’est autre que la phase de la non-opposition à l’impérialisme, au colonialisme classique et nouveau et à leurs laquais, phase d’où le mouvement de libération nationale est banni.

    RECETTES POUR LIQUIDER
    LA RÉVOLUTION DES NATIONS OPPRIMÉES

    En accord avec leurs «théories » erronées, les dirigeants du P.C.U.S. se sont ingéniés à élaborer tout un choix de recettes aptes à guérir tous les maux dont souffrent les nations opprimées. Examinons-les.

    La première recette est appelée coexistence pacifique et compétition pacifique.

    Les dirigeants du P.C.U.S. attribuent constamment à ce qu’ils nomment «coexistence pacifique » et « compétition pacifique » les grandes victoires remportées dans l’après-guerre par le mouvement de libération nationale en Asie, en Afrique et en Amérique latine. La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. dit : « Ces dernières années, de nouvelles victoires importantes ont été obtenues dans la lutte de classe du prolétariat et dans la lutte des peuples pour la libération nationale, le processus révolutionnaire mondial se développe avec succès, et cela dans la coexistence pacifique ».

    De même, ils disent fréquemment que le mouvement de libération nationale s’est «développé dans les conditions de coexistence pacifique des pays à systèmes sociaux différents et de compétition économique des deux systèmes sociaux antagonistes » [« La ligne générale du mouvement communiste international et le programme schismatique des dirigeants chinois », par la Rédaction du Kommunist, n° 14, 1963], que la coexistence pacifique et la compétition pacifique « stimulent le processus libérateur qui délivre les peuples en lutte de la domination des organisations monopolistes «étrangères»

    [ibidem]

    , qu’elles permettent de « porter un coup foudroyant à l’ensemble des rapports capitalistes » [B.N. Ponomarev : « Quelques problèmes du mouvement révolutionnaire », La Nouvelle Revue internationale, n° 12, 1962].

    Les pays socialistes doivent appliquer la politique léniniste de la coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents.  Cependant la coexistence pacifique et la compétition pacifique ne peuvent en aucun cas être substituées à la lutte révolutionnaire des peuples du monde. Les colonies et pays dépendants ne remporteront la victoire dans leur révolution nationale que s’ils s’appuient avant tout sur la lutte révolutionnaire de leurs propres peuples, que ne peut remplacer celle d’aucun autre pays.

    Les dirigeants du P.C.U.S. estiment que les succès de la révolution de libération nationale ne sont pas avant tout le fait de la lutte révolutionnaire des masses, que le peuple ne peut s’émanciper lui-même et qu’il doit attendre que l’impérialisme croule de lui-même au cours de la coexistence pacifique et de la compétition pacifique.  En fait, cela revient à dire aux nations opprimées qu’elles doivent tolérer à jamais le pillage et l’asservissement impérialistes, qu’elles ne doivent pas se dresser pour résister et faire la révolution.

    La deuxième recette est appelée aide aux pays retardataires.

    Les dirigeants du P.C.U.S. vantent au maximum le rôle joué par leur aide économique aux pays nouvellement indépendants. Le camarade Khrouchtchev a déclaré que cette aide peut permettre à ces pays « d’éviter un nouvel esclavage, de stimuler leur marche en avant et d‘encourager la progression sans heurt et l’accélération de leurs processus internes, qui les engageront dans la grande voie du développement social, la grande voie du socialisme » [N.S. Khrouchtchev : « Problèmes vitaux du développement du système socialiste », La Nouvelle Revue internationale, n° 9, 1962].

    Pour les pays socialistes, il est nécessaire, selon le principe de l’internationalisme, d’aider économiquement les pays nouvellement indépendants, et cette aide est d’une grande signification.  Mais, il ne peut être affirmé d’aucune façon que l’indépendance nationale et le progrès social de ces pays sont dus entièrement à l’aide économique qu’ils reçoivent des pays socialistes et non pour l’essentiel à la lutte révolutionnaire de leurs propres peuples.

    En outre, et pour parler franchement, la politique menée et le but poursuivi, au cours des dernières années, par les dirigeants du P.C.U.S. dans leur aide aux pays nouvellement indépendants sont sujet à caution.  Les dirigeants du P.C.U.S. adoptent souvent une attitude faire de chauvinisme de grande puissance et d’égoïsme national dans leur aide aux pays nouvellement indépendants, et portent préjudice aux intérêts économiques et politiques des pays bénéficiaires, d’où discrédit jeté sur les pays socialistes. 

    Quant à leur aide à l’Inde, leurs motifs cachés n’en sont que plus évidents.  L’Inde vient en tête des pays nouvellement indépendants que l’Union soviétique aide économiquement.  Cette aide vise de toute évidence à encourager le gouvernement Nehru dans sa politique dirigée contre le communisme, le peuple et les pays socialistes.  Même les impérialistes américains ont déclaré que pareille aide soviétique « est conforme à nos intérêts » [Interview télévisée donnée par W.A. Harriman le 9 décembre 1962].

    De plus, les dirigeants du P.C.U.S. proposent ouvertement de coopérer avec l’impérialisme américain « dans l’aide aux pays retardataires ».  Dans un discours fait en septembre 1959 aux Etats-Unis, Khrouchtchev disait : « Nos succès économiques, à vous et à nous, seront salués par le monde entier qui attend que nos deux grandes puissances aident à se mettre plus rapidement sur pied les peuples qui ont un retard séculaire dans leur développement économique ».

    Voyez ! Le principal bastion du colonialisme actuel va aider les nations opprimées à « se mettre plus rapidement sur pied » ! Il est vraiment ahurissant que les dirigeants du P.C.U.S. se soient volontiers faits les associés des néo-colonialistes et qu’ils soient fiers de l’être !

    La troisième recette est appelée désarmement.

    Khrouchtchev a dit : « Le désarmement signifie le désarmement des forces de la guerre, la suppression du militarisme, l’exclusion de l’ingérence militaire dans les affaires intérieures de n’importe quel pays, la liquidation totale et définitive de toutes les formes du colonialisme » [Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 10 juillet 1962 à la conférence mondiale pour le désarmement général et la paix.].

    Il a dit aussi : « Le désarmement assurerait les conditions nécessaires à une énorme extension de l’aide aux jeunes Etats nationaux.  Si, sur la somme totale des dépenses militaires dans le monde, égale à 120 milliards de dollars, on allouait à ces fins seulement 8 à 10 %, on pourrait liquider en vingt ans la famine, les maladies et l’analphabétisme dans les régions du globe sujettes aux calamités » [ibidem].

    C’est pour dévoiler et combattre l’accroissement des armements et la préparation à la guerre de l’impérialisme que nous avons toujours préconisé la lutte pour le désarmement général.  Mais rien ne permet d’affirmer que le colonialisme sera éliminé par la voie du désarmement.

    Là, Khrouchtchev a tout à fait l’air d’un prêtre faisant un sermon : Eprouvés du monde entier, vous êtes vraiment bénis ! Il vous suffit d’attendre que les impérialistes déposent leurs armes, et la liberté descendra sur vous.  Attendez jusqu’à ce que les impérialistes se montrent miséricordieux et les régions appauvries du monde deviendront un paradis où couleront lait et miel !

    Ce n’est pas simplement de l’illusion ; c’est de l’opium pour endormir le peuple.

    La quatrième recette est appelée élimination du colonialisme par voie des Nations Unies.

    Khrouchtchev soutient que si les Nations Unies prennent des mesures pour extirper le système colonial, « les peuples qui souffrent actuellement de l’humiliation née de la domination étrangère se débarrasseraient du joug étranger et disposeraient d’une perspective claire et immédiate quant à leur libération pacifique » [Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 23 septembre 1960 devant l’Assemblée générale des Nations Unies].

    Dans un discours à l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 1960, Khrouchtchev demanda : « Qui, sinon l’Organisation des Nations Unies, doit œuvrer pour la liquidation du régime d’administration coloniale.. ? »

    La question est étrange ! Selon Khrouchtchev, les peuples révolutionnaires d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ne devraient pas et ne seraient pas à même d’éliminer le colonialisme, et ils ne peuvent que s’en remettre aux Nations Unies.

    A cette Assemblée générale de l’O.N.U., Khrouchtchev déclara aussi : « C’est pourquoi nous nous adressons à la raison et à la perspicacité des peuples des pays occidentaux, à leurs gouvernements et représentants à cette haute assemblée : Concertons les mesures visant à abolir le régime d‘administration coloniale et accélérons ainsi ce processus historique qui est dans la logique des choses … » 

    On voit que lorsque Khrouchtchev souhaite l’aide des Nations Unies, il entend l’aide des impérialistes.  Les faits prouvent que l’O.N.U., contrôlée aujourd’hui encore par l’impérialisme, ne fait qu’aider au maintien et au renforcement de la domination coloniale et non à l’élimination de quelque forme que ce soit du colonialisme.

    En un mot, la panacée confectionnée par les dirigeants su P.C.U.S. pour le mouvement de libération nationale est destinée à faire croire que l’impérialisme renoncera au colonialisme, qu’il octroiera la liberté et la libération aux nations et peuples opprimés, et que, de ce fait, toutes les théories, idées et luttes révolutionnaires sont dépassées, superflues et devraient nécessairement être abandonnées.

    OPPOSITION A LA GUERRE DE LIBÉRATION NATIONALE

    Si les dirigeants du P.C.U.S. cherchent par tous les moyens à faire renoncer les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine à leur lutte révolutionnaire, c’est qu’ils tremblent devant la révolution qui bat en tempête, quoiqu’ils parlent du soutien aux mouvements et aux guerres de libération.

    Ils disposent d’une fameuse « théorie », celle qui prétend que « même une petite étincelle peut engendrer une guerre mondiale » [1 Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en octobre 1959 à la session du Soviet suprême]  et une guerre mondiale est nécessairement thermonucléaire et signifie anéantissement de l’humanité. 

    Aussi Khrouchtchev vocifère-t-il qu’« à notre époque, les ‘guerres locales’ sont fort dangereuses » [Déclaration de N.S. Khrouchtchev du 8 juillet 1960 à une conférence de presse à Vienne ]et que « nous travaillerons dur … pour étouffer les étincelles qui pourraient faire surgir les flammes de la guerre » [Interview donnée par N.S. Khrouchtchev le 16 septembre 1959 à Washington au U.S. National Press Club]. 

    Là, il ne fait aucune distinction entre guerres justes et guerres injustes et, de ce fait, a abandonné la position communiste de soutien aux guerres justes.

    Les dix-huit années écoulées depuis la Seconde Guerre mondiale montrent que les guerres de libération nationale sont inéluctables aussi longtemps que les impérialistes et leurs laquais essaient de maintenir leur domination brutale par les baïonnettes et qu’ils recourent à la force pour réprimer les révolutions des nations opprimées.

    Les guerres révolutionnaires de toute envergure, dirigées contre les impérialistes et leurs laquais, et qui n’ont jamais cessé, ont durement frappé les forces de guerre impérialistes, renforcé les forces qui défendent la paix mondiale et déjoué avec énergie le plan de l’impérialisme visant à déclencher une guerre mondiale. Pour parler franchement, le cri de Khrouchtchev sur la nécessité d’« étouffer » les étincelles de la révolution dans l’intérêt de la paix est une tentative de combattre la révolution au nom de la défense de la paix.

    A partir précisément de ces vues politique erronées, les dirigeants du P.C.U.S. non seulement demandent que les nations opprimées renoncent à la lutte révolutionnaire pour la libération et « coexistent pacifiquement » avec les impérialistes et les colonialistes, mais se rangent du même côté de l’impérialisme, et recourent à diverses méthodes pour étouffer les étincelles de la révolution en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

    Prenons par exemple la guerre de libération nationale du peuple algérien. La direction du P.C.U.S. s’est non seulement abstenue de tout soutien pendant longtemps, mais elle s’était rangée du côté d l’impérialisme français.  Khrouchtchev considérait l’indépendance nationale de l’Algérie comme une « affaire intérieure » française. 

    Parlant de la question algérienne le 3 octobre 1955, il déclarait : « En premier lieu, je considérais et je considère que l’Union soviétique ne doit pas intervenir dans les affaires intérieures des autres pays ». 

    Et dans une interview accordée le 19 mars 1958 à un correspondant du journal français Le Figaro, il déclarait encore : « Nous ne désirons pas que la France s’affaiblisse, nous désirons qu’elle devienne plus grande encore ».

    Pour s’attirer les bonnes grâces des impérialistes français, la direction du P.C.U.S. n’osa pas, pendant longtemps, reconnaître le gouvernement provisoire de la République algérienne ; c’est seulement lorsque la victoire de la guerre de résistance contre la France menée par le peuple algérien ne fit plus de doute et que la France fut forcée d’admettre l’indépendance algérienne qu’elle reconnut précipitamment l’Algérie.  Son attitude indigne couvrit les pays socialistes de honte. 

    Et cependant la direction du P.C.U.S. tire gloire de sa honte et prétend que la victoire payée par le peuple algérien au prix de son sang doit également être portée au crédit de sa politique de « coexistence pacifique ».

    Voyons maintenant le rôle joué par les dirigeants du P.C.U.S. dans la question du Congo.  Ils ont non seulement refusé de soutenir activement la lutte armée du peuple congolais contre le colonialisme, mais étaient anxieux de « coopérer » avec l’impérialisme américain pour étouffer l’étincelle au Congo.

    Le 13 juillet 1960, l’Union soviétique vota avec les Etats-Unis la résolution du Conseil de Sécurité sur l’envoi des forces de l’O.N.U. au Congo ; elle aida ainsi l’impérialisme américain à utiliser le drapeau des Nations Unies et à intervenir au Congo par les armes.  Elle procura des moyens de transport aux forces de l’O.N.U.  Khrouchtchev disait le 15 juillet, dans un télégramme à Kasavubu et Lumumba, que « le Conseil de Sécurité des Nations Unies a fait œuvre utile ». 

    Après cela, la presse soviétique prodigua un flot de louanges aux Nations Unies pour « avoir aidé le gouvernement de la république du Congo, à sauvegarder l’indépendance et la souveraineté nationales » [Izvestia, 21 juillet 1960], elle exprima l’espoir que les Nations Unies « adopteraient des mesures énergiques » [Komsomolskaïa Pravda, 30 juillet 1960]. 

    Dans ses déclarations du 21 août et du 10 septembre, le gouvernement soviétique louait encore les Nations Unies qui étaient occupées à réprimer le peuple congolais.

    En 1961, la direction du P.C.U.S. persuada Gizenga d’assister au Parlement congolais réuni sous la « protection » des troupes de l’O.N.U. et de participer au gouvernement fantoche.  Elle déclara mensongèrement que la convocation du Parlement congolais était un « grand événement dans la vie de la jeune République » et une « victoire des forces nationales » [Pravda, 18 juillet 1961].

    De toute évidence, cette politique erronée de la direction du P.C.U.S. a rendu un grand service à l’impérialisme américain dans son agression au Congo.  Lumumba fut assassiné, Gizenga emprisonné, nombre d’autres patriotes furent persécutés et la lutte du Congo pour son indépendance nationale subit un recul.  La direction du P.C.U.S. ne se sent-elle aucunement responsable de tout cela ?

    LES RÉGIONS OU CONVERGENT
    LES CONTRADICTIONS DU MONDE ACTUEL

    Il est tout à fait naturel que les révolutionnaires d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine aient rejeté les paroles et les actes des dirigeants du P.C.U.S. contre le mouvement libération nationale et les guerres de libération nationale.  Mais les dirigeants du P.C.U.S. n’en ont pas tiré la leçon qui s’imposait et ils n’ont pas modifié leur ligne et leur politique erronée. 

    Au contraire, rendus furieux par l’humiliation subie, ils ont déclenché une série d’attaques diffamatoires contre le Parti Communiste chinois et d’autres partis marxistes-léninistes.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. accuse le P.C.C. d’avoir avancé une «nouvelle théorie ».  Elle dit : « On le voit par leur nouvelle ‘théorie’ selon laquelle la contradiction essentielle de notre époque c’est, voyez-vous, la contradiction non pas entre le socialisme et l’impérialisme, mais entre le mouvement de libération nationale et l’impérialisme.

    De l’avis des camarades chinois, la force décisive dans la lutte contre l’impérialisme, ce n’est pas le système mondial du socialisme et la lutte de la classe ouvrière internationale, mais le mouvement de libération nationale ».

    C’est tout d’abord de l’invention.  Dans notre lettre du 14 juin, nous avons fait ressortir que les contradictions fondamentales du monde actuel sont les suivantes : contradiction entre le camp socialiste et le camp impérialiste, contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie dans chacun des pays capitalistes, contradiction entre les nations opprimées et l’impérialisme, et contradiction entre les pays impérialistes et entre les groupes du capital monopoliste.

    Nous avons encore indiqué : La contradiction entre le camp socialiste et le camp impérialiste est celle entre deux systèmes sociaux radicalement différents, le socialisme et le capitalisme.  Elle est indubitablement très aiguë.  Mais les marxistes-léninistes ne doivent pas considérer les contradictions à l’échelle mondiale comme réduites simplement et uniquement à celle entre le camp socialiste et le camp impérialiste.

    Notre point de vue est clair comme le jour.

    Dans notre lettre du 14 juin, nous avons traité de la situation révolutionnaire en Asie, en Afrique et en Amérique latine et de la signification et du rôle du mouvement de libération nationale.  Voici ce que nous avons dit :

    1)    « C’est dans les vastes régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine que convergent les différentes contradictions du monde contemporain, que la domination impérialiste est le plus faible, et elles constituent aujourd’hui la principale zone des tempêtes de la révolution mondiale qui assène des coups directs à l’impérialisme. »

    2)    « Le mouvement révolutionnaire national et démocratique de ces régions et le mouvement révolutionnaire socialiste dans le monde sont les deux grands courants historiques de notre époque. »

    3)    « Les révolutions nationales et démocratiques de ces régions constituent une partie intégrante importante de la révolution mondiale prolétarienne de notre époque. »

    4)    « La lutte révolutionnaire anti-impérialiste des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine frappe et mine sérieusement les bases de la domination de l’impérialisme, du colonialisme et du néo-colonialisme, elle est une force puissante dans la défense de la paix mondiale de notre temps. »

    5)    « C’est pourquoi, dans un certain sens, l’ensemble de la cause révolutionnaire du prolétariat international dépend en définitive de l’issue de la lutte révolutionnaire menée par les peuples de ces régions, qui constituent l’écrasante majorité de la population mondiale. »

    6)    « C’est pourquoi la lutte révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine contre l’impérialisme n’est pas du tout une question à caractère régional, mais une question qui concerne l’ensemble de la cause de la révolution mondiale du prolétariat international. »

    Ce sont là des thèses marxistes-léninistes.  Ce sont des conclusions tirées de l’analyse scientifique des réalités de notre époque.

    Nul ne peut nier qu’une situation révolutionnaire très favorable existe à l’heure actuelle en Asie, en Afrique et en Amérique latine. Les révolutions de libération nationale d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine sont aujourd’hui les forces les plus importantes qui frappent l’impérialisme de plein fouet.  L’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine sont les régions où les contradictions du monde convergent.

    Le point de convergence des contradictions du monde, le point de convergence de la lutte politique mondiale, n’est pas fixe, mais se déplace en fonction des fluctuations de la lutte à l’échelle internationale et de la conjoncture révolutionnaire.  Nous sommes persuadés qu’avec le développement des contradictions et de la lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie, le grand jour viendra où un grand combat se livrera en Europe occidentale et en Amérique du Nord, berceau du capitalisme et centre nerveux de l’impérialisme. Il est hors de doute qu’à ce moment-là, l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord deviendront le point de convergence de la lutte politique mondiale, le point de convergence des contradictions du monde.

    Lénine disait en 1913 que « s’ouvrait en Asie une nouvelle source de graves tempêtes mondiales…  Nous vivons aujourd’hui justement à l’époque de ces tempêtes et de leurs ‘répercussions en sens inverse’ en Europe » [V.I. Lénine : « Les Destinées historiques de la doctrine de Karl Marx »,Œuvres, tome 18].

    Staline disait en 1925 : « Les pays coloniaux constituent l’arrière principal de l’impérialisme.  Conditionner révolutionnairement cet arrière doit inévitablement miner l’impérialisme, non seulement dans le sens où il sera privé de ses arrières, mais aussi dans le sens où la révolution de l’Orient doit inévitablement jouer un rôle décisif dans l’intensification de la crise révolutionnaire en Occident » [J. Staline : « Sur le mouvement révolutionnaire en Orient », Œuvres, tome 7].

    Se pourrait-il que Lénine et Staline se soient trompés ?  Ces raisonnements font d’ailleurs depuis longtemps partie de l’abc du marxisme-léninisme.  Maintenant que les dirigeants du PC.U.S. s’acharnent à minimiser le mouvement de libération nationale, il est clair qu’ils veulent même ignorer l’abc du marxisme-léninisme et les faits patents qui se trouvent sous leur nez.

    DÉFORMATION DE LA CONCEPTION LÉNINISTE
    DU RÔLE DIRIGEANT DANS LA RÉVOLUTION

    Dans sa lettre ouverte du 14 juillet, le Comité central du P.C.U.S. s’en prend également au point de vue du P.C.C. sur la direction du prolétariat au sein du mouvement de libération nationale.  La lettre dit : « Les camarades chinois veulent ‘corriger’ Lénine et prouver que ce ne serait pas la classe ouvrière mais la petite bourgeoisie ou la bourgeoisie nationale et même ‘certains roi, princes et aristocrates animés de patriotisme’ qui doivent être la force prédominante dans la lutte mondiale contre l’impérialisme ».

    C’est là une déformation voulue du point de vue du P.C.C.

    Traitant de la nécessité pour le prolétariat d’assumer la direction du mouvement de libération nationale, la lettre du 14 juin du Comité central du P.C.C dit : L’histoire a confié aux partis prolétariens d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine la glorieuse mission « de porter haut le drapeau anti-impérialiste, anticolonialiste et anti-néo-colonialiste, le drapeau de l’indépendance nationale et de la démocratie populaire, d’être aux premiers rangs du mouvement révolutionnaire national et démocratique, et de lutter pour l’avenir du socialisme… 

    Sur la base d’alliance des ouvriers et des paysans, le prolétariat et son parti doivent unir toutes les couches pouvant être unies et organiser un large front uni contre l’impérialisme et ses laquais.  La consolidation et le développement de ce front uni exigent du parti prolétarien qu’il maintienne son indépendance dans les domaines idéologique, politique et d’organisation, et qu’il tienne fermement la direction de la révolution en main ».

    Traitant de la nécessité d’établir un vaste front uni anti-impérialiste au sein du mouvement de libération nationale, la lettre du 14 juin du Comité central du P.C.C. dit : « Les nations et peuples opprimés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine se trouvent placés devant la tâche urgente qu’est la lutte contre l’impérialisme et ses laquais…  Dans ces régions, des couches extrêmement larges de la population refusent l’esclavage impérialiste.  Elles englobent non seulement des ouvriers, des paysans, des intellectuels et des éléments petits-bourgeois, mais aussi la bourgeoisie nationale patriote, et même certains rois, princes et aristocrates patriotes ».

    Ces vues sont parfaitement claires.  Il est nécessaire, au sein du mouvement de libération nationale, de mettre à la fois l’accent sur la direction prolétarienne et sur la création d’un vaste front uni anti-impérialiste.  Qu’ont-elles d’erroné, ces vues ?  Pourquoi la direction du P.C.U.S. déforme-t-elle et attaque-t-elle ces vues qui sont justes ?

    Ce n’est pas nous qui avons abandonné la conception de Lénine sur la direction prolétarienne de la révolution, mais bien les dirigeants du P.C.U.S.

    Abandonner complètement la tâche de combat contre l’impérialisme et le colonialisme et s’opposer totalement à la guerre de libération nationale, conformément à la ligne erronée des dirigeants du P.C.U.S. équivaudraient pour le prolétariat et les partis communistes des nations et pays opprimés à rengainer l’étendard patriotique du combat contre l’impérialisme et de la lutte pour l’indépendance nationale et à l’offrir à d’autres. 

    Et s’il en allait ainsi, comment pourrait-il encore être question d’un front uni anti-impérialiste ou de la direction prolétarienne ?

    Une autre idée fréquemment propagée par les dirigeants du P.C.U.S., c’est qu’un pays peut édifier le socialisme, quelle que soit la direction dont il dispose, même s’il s’agit de celle d’un nationaliste réactionnaire comme Nehru.  Ceci est bien plus éloigné encore de l’idée de la direction prolétarienne.

    Dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. interprète à tort les relations de soutien mutuel existant entre camp socialiste et mouvement ouvrier des pays capitalistes d’une part, et mouvement de libération nationale d’autre part, affirmant que celui-ci devrait être « dirigé » par les pays socialistes et par le mouvement ouvrier des métropoles.  Il s’obstine à prétendre qu’il se « base » sur la conception de Lénine en fait de direction prolétarienne. 

    C’est là, de toute évidence, une grossière déformation et altération de la pensée de Lénine.  Et cela montre que les dirigeants du P.C.U.S. veulent imposer au mouvement révolutionnaire des nations opprimées leur ligne d’élimination de la révolution.

    LA VOIE DU NATIONALISME ET DE LA DÉGÉNÉRESCENCE

    Dans leur lettre ouverte du 14 juillet, les dirigeants du P.C.U.S. cherchent à faire endosser un crime au P.C.C., en prétendant que les camarades chinois « isolent le mouvement de libération nationale de la classe ouvrière internationale et de son œuvre, le système mondiale du socialisme ». 

    Ils nous accusent aussi d’« avoir détaché » le mouvement de libération nationale du système socialiste et du mouvement ouvrier des pays capitalistes occidentaux, et de l’avoir « opposé » à ceux-ci.  Et il y a des communistes, du genre des dirigeants du Parti communiste français qui leur font écho à tue-tête.

    Mais que disent les faits ?  Ce sont les dirigeants du P.C.U.S. en personne et leurs disciples qui, s’abstenant de tout soutien, et faisant même obstacle au mouvement de libération nationale, opposent ce mouvement au camp socialiste et au mouvement ouvrier des pays capitalistes occidentaux.

    Le P.C.C. a toujours estimé que les luttes révolutionnaires des peuples se soutiennent mutuellement. Nous avons toujours envisagé le mouvement de libération nationale du point de vue du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien, du point de vue de la révolution prolétarienne mondiale prise dans son ensemble.  Nous maintenons que le développement victorieux de la révolution de libération nationale est d’une importance énorme pour le camp socialiste, le mouvement ouvrier des pays capitalistes et la cause de la paix mondiale.

    Mais les dirigeants du P.C.U.S. et leurs disciples se refusent à l’admettre.  Ils ne parlent que du soutien apporté par le camp socialiste au mouvement de libération nationale et nient le soutien apporté par celui-ci au camp socialiste.  Ils parlent uniquement du rôle que joue le mouvement ouvrier des pays capitalistes occidentaux en frappant l’impérialisme, et minimisent ou nient le rôle joué dans le même domaine par le mouvement de libération nationale.  Leur position va à l’encontre du marxisme-léninisme, elle dédaigne les faits, et elle est donc erronée.

    La façon d’envisager le rapport entre pays socialistes et révolution des nations opprimées, entre mouvement ouvrier des pays capitalistes et révolution des nations opprimées est une importante question de principe : savoir si l’on maintient ou si l’on abandonne le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien.

    Selon le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien, chaque pays socialiste dont la révolution a été couronnée par la victoire, doit soutenir et aider activement la lutte des nations opprimées pour leur libération.  Les pays socialistes, une fois que la révolution a triomphé chez eux, doivent devenir des bases pour le soutien et le développement de la révolution des nations et peuples opprimés du monde entier, ils doivent faire l’alliance la plus étroite avec ceux-ci et mener la révolution prolétarienne mondiale jusqu’au bout.

    Or, en pratique, les dirigeants du P.C.U.S. considèrent la victoire du socialisme dans un seul ou dans quelques pays comme l’aboutissement de la révolution prolétarienne mondiale. Ils veulent subordonner la révolution de libération nationale à leur ligne générale de coexistence pacifique et aux intérêts nationaux de leur propre pays.

    Lorsque Staline combattait en 1925 les liquidationnistes, représentés par les trotskistes et les zinoviévistes, il fit ressortir qu’une des caractéristiques du danger du liquidationnisme était « le manque de confiance dans la révolution prolétarienne internationale, le manque de conviction dans sa victoire, le scepticisme à l’égard du mouvement de libération nationale des colonies et pays dépendants… l’inaptitude à comprendre l’exigence élémentaire de l’internationalisme, en vertu de laquelle le socialisme dans un pays n’est pas une fin en soi, mais un moyen de développer et de soutenir la révolution dans d’autres pays » [J. Staline, « Questions et réponses », Œuvres, tome 7.].

    Staline ajoutait : « C’est la voie du nationalisme et de la dégénérescence, la voie de la liquidation totale de la politique internationale du prolétariat, car ceux qui souffrent de ce mal ne considèrent pas notre pays comme une partie intégrante de ce qu’on appelle le mouvement révolutionnaire mondial, mais comme le début et la fin de ce mouvement, et ils estiment que les intérêts de tous les autres pays doivent être sacrifiés en faveur des nôtres » [ibidem].

    Staline décrivit comme suit les idées liquidationnistes : « Soutenir le mouvement de libération de la Chine ?  Et pourquoi ? Cela ne serait-il pas dangereux ?  Cela ne nous mènerait-il pas à des conflits avec d’autres pays ? Ne vaudrait-il pas mieux pour nous de délimiter des ‘sphères d’influence’ en Chine de concert avec d’autres puissances ‘avancées’, d’arracher à la Chine quelque chose qui nous serait profitable ?  Ce serait à la fois utile et sans danger… etc ? Etc. » [ibidem].

    Staline concluait : « Tel est ‘l’état d’esprit’ nationaliste nouvelle manière, qui essaie de liquider la politique étrangère de la Révolution d’Octobre et cultive les éléments de la dégénérescence»

    [ibidem]

    .

    Les dirigeants actuels du P.C.U.S. ne le cèdent en rien aux vieux liquidationnistes et vont même plus loin.  Se croyant très habiles, ils n’adoptent que ce qui est « à la fois utile et sans danger ».  Ils craignent terriblement le conflit avec les pays impérialistes et ils se sont mis dans la tête de s’opposer au mouvement de libération nationale.  Et l’idée des deux super-puissances établissant des « sphères d’influence » dans le monde les enivre.

    La critique des liquidationnistes par Staline est une belle description des dirigeants actuels du P.C.U.S.  Emboîtant le pas aux liquidationnistes, ils ont liquidé la politique étrangère de la Révolution d’Octobre et pris la voie du nationalisme et de la dégénérescence.

    Staline avait mis en garde : « Il est évident que le premier pays à être victorieux ne peut maintenir son rôle de porte-drapeau du mouvement révolutionnaire mondial que sur la base d’un internationalisme conséquent, sur la base de la politique étrangère de la Révolution d’Octobre, et que la voie de la moindre résistance et du nationalisme en politique étrangère est la voie de l’isolement et de la décadence du premier pays être victorieux » [ibidem]. 

    Cet avertissement de Staline a gardé tous son sens et son caractère pratique pour les dirigeants actuels du P.C.U.S.

    UN CAS TYPIQUE DE SOCIAL-CHAUVINISME

    De même, selon l’internationalisme prolétarien, le prolétariat et les communistes des nations oppresseuses doivent soutenir activement le droit des nations opprimées à l’indépendance et leur lutte pour la libération.  Ce n’est qu’avec le soutien des nations opprimées que le prolétariat des nations oppresseuses disposera d’une possibilité plus grande de faire triompher sa révolution.

    Lénine frappait juste lorsqu’il disait : « Le mouvement révolutionnaire des pays avancés ne serait, en fait, qu’une simple duperie sans l’union complète et la plus étroite dans la lutte des ouvriers en Europe et en Amérique contre le capital et les centaines et centaines de millions d’esclaves ‘coloniaux’ opprimés par ce capital » [V.I. Lénine : « Le IIe Congrès de l’Internationale communiste », Œuvres, tome 31].

    Or, certains qui se prétendent marxistes-léninistes ont renoncé au marxisme-léninisme sur ce point précis, qui est un principe fondamental.  Les dirigeants du Parti communiste français fournissent un exemple typique dans ce domaine.

    Depuis de longues années, ils ont abandonné la lutte contre l’impérialisme américain, se refusant à s’opposer énergiquement au contrôle et aux entraves imposés par celui-ci à la France dans les domaines politique, économique et militaire et remettant ainsi définitivement à de Gaulle et autres le drapeau français de la lutte nationale contre l’impérialisme américain ; et d’autre part, ils ont usé des prétextes et des moyens les plus divers pour défendre les intérêts coloniaux des impérialistes français, ils ont refusé leur appui, et se sont même opposés, aux mouvements de libération nationale des colonies françaises, aux guerres révolutionnaires nationales en particulier, et ils ont sombré dans le bourbier du chauvinisme.

    Lénine disait : « Les Européens oublient souvent que les peuples coloniaux sont aussi des nations, mais tolérer un tel ‘oubli’ c’est tolérer le chauvinisme » [V. I. Lénine : « Une caricature du Marxisme et à propos de l’Economie impérialiste », Œuvres, tome 23]. 

    Et cependant, la direction du P.C.F., représentée par le camarade Thorez, a non seulement toléré cet « oubli », mais a considéré carrément les peuples des colonies françaises comme des «Français naturalisés » [Discours de M. Thorez prononcé en février 1939 à Alger], refusé d’admettre leur droit de se détacher de la France et d’accéder à l’indépendance nationale et soutenu publiquement la politique d’«assimilation nationale » poursuivie par l’impérialisme français.

    Durant la dernière dizaine d’années, les dirigeants du P.C.F. ont suivi la politique coloniale des impérialistes français, ils se sont mis à la remorque de la bourgeoisie monopoliste française. 

    En 1946, lorsque les dirigeants français, ceux des monopoles, usèrent d’une ruse néo-colonialiste et proposèrent d’instaurer l’Union française, les dirigeants du P.C.F. suivirent le mouvement, ils se vantèrent : « …nous avons toujours considéré cette union comme une union libre de peuples libres » [Allocution de L. Feix prononcée en juin 1959 au XVe Congrès du Parti communiste français]  et « la fondation de l’Union française permettra de régler sur une base nouvelle la question des rapports entre le peuple français et les peuples d’outre-mer jadis dépendants de la France » [Discours de M. Thorez à la séance d’ouverture du 10 octobre 1955 de l’Ecole centrale du Parti].

    En 1958, lorsque l’Union française s’écroula et que le gouvernement français se proposa d’établir la « Communauté française » afin de maintenir son système colonial, les dirigeants du P.C.F. suivirent une fois de plus le mouvement et proclamèrent : » Nous croyons que la création d’une véritable Communauté serait un événement positif » [Allocution de L. Feix prononcée en juin 1959 au XVe Congrès du Parti communiste français] .

    En outre, en prenant parti contre l’indépendance nationale que réclament les peuples des colonies françaises, ils essayèrent même d’user de l’intimidation et déclarèrent : Toute tentative de se séparer de l’Union française ne peut qu’aboutir au renforcement de l’impérialisme, quoiqu’elle permette l’obtention d’une indépendance, celle-ci ne sera que nominale, provisoire et factice.  Et par ailleurs, les dirigeants du P.C.F. déclarèrent carrément : « La question est de savoir si cette indépendance, désormais inéluctable, se fera avec la France ou sans elle et contre elle. L’intérêt de notre pays, c’est que ce soit avec lui » [Raymond Barbé : « L’Afrique noire à l’heure de la Guinée ? », Démocratie nouvelle, numéro de novembre 1958].

    Dans la question algérienne, les dirigeants du P.C.F. adoptèrent une attitude chauvine.  Ils ont essayé de se justifier, ces derniers temps, en affirmant que depuis des années ils ont reconnu la légitime demande de liberté du peuple algérien.  Mais que montrent les faits ?

    Les dirigeants du P.C.F. n’ont, pendant longtemps, reconnu aucunement le droit de l’Algérie à l’indépendance nationale ; ils suivaient la bourgeoisie monopoliste française, clamaient que « l’Algérie est une partie inaliénable de la France » [Documents de l’Assemblée nationale constituante, séance du 24 septembre 1946, annexe II, n°1013] ; que celle-ci « est et doit rester une grande puissance africaine » [Allocation de F. Bonte prononcée en 1944 à l’Assemblée constituante].

    L’intérêt de Thorez et d’autres portait surtout sur le fait que l’Algérie pouvait fournir annuellement à la France « un million de moutons », de grandes quantités de blé et donc résoudre le problème du « manque de viande » et «combler notre déficit en céréales » [Rapport de M. Thorez prononcé en 1945 au Xe Congrès du Parti communiste français].

    Voyez à quel degré de frénésie atteint le chauvinisme des dirigeants du P.C.F.  Y a-t-il chez eux une ombre d’internationalisme prolétarien ? Y a-t-il quoi que ce soit du révolutionnaire prolétarien en eux ? Par l’adoption de cette position chauvine, ils ont trahi les intérêts fondamentaux du prolétariat international, du prolétariat français et les véritables intérêts de la nation française.

    RÉFUTATION DE LA « THÉORIE DU RACISME »
    ET DE LA « THÉORIE DU PERIL JAUNE »

    Ayant usé toutes leurs armes magiques dans leur opposition au mouvement de libération nationale, les dirigeants du P.C.U.S. en sont réduits à rechercher l’aide du racisme, la plus réactionnaire des théories impérialistes. 

    Ils ont qualifié la juste position du P.C.C. de soutien résolu au mouvement de libération nationale comme « créant des barrières de couleurs, de races et géographiques », « remplaçant le point de vue de classe par le point de vue de la race », et comme « spéculant sur les préjugés nationaux, et même raciaux, des peuples d’Asie et d’Afrique ».

    Si le marxisme-léninisme n’existait pas, pareils mensonges pourraient peut-être prendre sur certains.  Mais les inventeurs de ces mensonges détonnent aujourd’hui, malheureusement pour eux, car le marxisme-léninisme s’est déjà frayé un chemin au plus profond du cœur des hommes. 

    Comme Staline le remarqua justement, le léninisme « a détruit le mur qui séparait Blancs et noirs, Européens et Asiatiques, esclaves ‘civilisés’ et ‘non-civilisés’ de l’impérialisme » [J. Staline, Des principes du léninisme].  Il est futile pour les dirigeants du P.C.U.S. d’essayer de réédifier le mur du racisme.

    Dans le monde actuel, la question nationale est, en dernière analyse, une question de lutte de classe, une question de lutte contre l’impérialisme.  Les ouvriers, les paysans, les intellectuels révolutionnaires, les éléments patriotes et anti-impérialistes de la bourgeoisie et les autres éléments éclairés, patriotes et anti-impérialistes, de toutes les races, blanche, noire, jaune ou brune, ont formé un large front uni contre l’impérialisme qui est dirigé par les Etats-Unis et contre ses laquais.  Ce front uni s’élargit et se renforce.

    Ici, la question n’est pas de savoir si l’on est avec les Blancs ou les gens de couleur, mais si l’on est avec les nations et les peuples opprimés ou avec la poignée d’impérialistes et de réactionnaires.

    Le point de vue marxiste-léniniste de classe veut que les nations opprimées établissent une nette démarcation entre elles-mêmes et les impérialistes et colonialistes.  Estomper cette démarcation constitue une démarche national-chauvine qui sert l’impérialisme et le colonialisme.

    Lénine disait : « … le programme social-démocrate doit être centré sur la division des nations en nations oppresseuses et nations opprimées, division qui constitue l’essence de l’impérialisme et qu’éludent sournoisement les social-chauvins et Kautsky » [V. I. Lénine : « Le Prolétariat révolutionnaire et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes », Œuvres, tome 21].

    Et lorsqu’ils colportent la « théorie du racisme » et font passer le mouvement de libération nationale d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine pour un mouvement des races de couleur contre la race blanche, ils visent clairement à susciter la haine raciale au cœur des Blancs d’Europe et d’Amérique du Nord, à détourner les peuples du monde des objectifs de la lutte contre l’impérialisme et à faire s’écarter le mouvement ouvrier international de la lutte contre le révisionnisme moderne.

    Ils ont parlé à cor et à cri du « péril jaune » et de la « menace de Gengis Khan ».  Cela ne vaut vraiment pas la peine qu’on le réfute.  Nous n’avons pas l’intention, dans cet article, de juger du rôle historique de Gengis Khan ou du développement des nations mongole, russe et chinoise et du processus de leur formation en tant qu’Etats. 

    Nous tenons seulement à rappeler aux dirigeants du P.C.U.S. qu’il serait utile pour eux de revoir leurs leçons d’histoire avant de fabriquer de pareils mensonges.  Gengis Khan était un Khan de Mongolie, et à son époque la Chine et la Russie avaient toutes deux subi l’agression mongole.  Gengis Khan envahit une partie du nord-ouest et du nord de la Chine en 1215, et la Russie en 1223.  Après sa mort, ses successeurs soumirent la Russie en 1240, et quarante ans après, en 1279, ils conquéraient toute la Chine.

    Lou Sin, le célèbre écrivain chinois, a consacré à Gengis Khan un paragraphe d’un article qu’il écrivit en 1934.  Nous le donnons ici, pour référence, étant donné qu’il peut être utile aux dirigeants du P.C.U.S.

    Lou Sin écrivait : à l’âge  de vingt ans « … j’avais entendu dire que ‘notre’ Gengis Khan avait conquis l’Europe et ouvert la période la plus florissante de ‘notre’ histoire.  C’est à vingt-cinq ans seulement que je découvris que la prétendue période la plus florissante de ‘notre’ histoire était en fait l’époque où les Mongols conquirent la Chine et où nous devînmes esclaves.  Et ce n’est qu’en août dernier, alors que je feuilletais trois ouvrages sur la Mongolie, à la recherche d’anecdotes historiques, que je découvris que la conquête de la Russie par les Mongols et leur invasion de la Hongrie et de l’Autriche se situaient avant leur conquête de la Chine et que le Gengis Khan de l’époque n’était donc pas notre Khan.  Les Russes avaient été réduits en esclavage avant nous, et ce sont donc eux qui pourraient dire : ‘Lorsque notre Gengis Khan conquit la Chine, il ouvrit la période la plus florissante de notre histoire’ » [Lou Sin, Œuvres complètes, tome 6].

    Celui qui a quelques notions de l’histoire du monde moderne sait que la « théorie du péril jaune », au sujet de laquelle la direction du P.C.U.S. a fait tant de bruit, est un legs de l’empereur d’Allemagne Guillaume II. Il y a un demi-siècle, Guillaume II déclarait : « Je crois au péril jaune ».

    Le but que recherchait l’empereur d’Allemagne en propageant la « théorie du péril jaune », c’était de poursuivre le démembrement de la Chine, d’envahir l’Asie, de réprimer la révolution en Asie, de détourner les peuples d’Europe de la révolution et de se servir de cette théorie comme d’un écran de fumée pour se préparer activement à la guerre mondiale impérialiste, pour l’hégémonie mondiale.

    Lorsque Guillaume II propagea la « théorie du péril jaune », la bourgeoisie européenne était déjà en pleine décadence, réactionnaire à l’extrême, et la révolution démocratique balayait la Chine, la Turquie, la Perse et touchait l’Inde, à l’époque de la Révolution russe de 1905.  C’était aussi l’époque où Lénine lança son mot célèbre sur «l’Europe arriérée et l’Asie avancée ».

    Guillaume II était un grand personnage. Mais, au fond, la preuve fut faite qu’il n’était qu’un bonhomme de neige au soleil.  Ce manitou réactionnaire disparut de la scène en fort peu de temps, avec la théorie réactionnaire qu’il avait créée.  Le grand Lénine, lui, et sa brillante pensée vivront à jamais.

    Cinquante ans ont passé ; l’impérialisme d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord s’est fait plus moribond et plus réactionnaire encore, et ses jours sont comptés. Entre-temps, la tempête révolutionnaire qui fait rage en Asie, en Afrique et en Amérique latine est devenue plusieurs fois plus puissante qu’à l’époque de Lénine.  On a peine à s’imaginer qu’il existe encore, aujourd’hui, des gens qui veulent succéder à Guillaume II.  C’est là, vraiment, une dérision de l’histoire.

    RETOUR DU VIEUX RÉVISIONNISME
    SOUS UN NOUVEAU TRAVESTI

    La politique de la direction du P.C.U.S. dans la question nationale et coloniale n’est autre que celle des révisionnistes de la IIe Internationale qui a fait faillite.  La seule différence, c’est que la dernière servait le vieux colonialisme des impérialistes tandis que la politique des révisionnistes modernes sert le néo-colonialisme des impérialistes.

    Les vieux révisionnistes chantaient sur l’air des vieux colonialistes et Khrouchtchev, lui, chante sur l’air des néo-colonialistes.

    Les héros de la IIe Internationale, représentés par Bernstein et Kautsky, étaient des défenseurs de la vieille domination coloniale de l’impérialisme. Ils déclaraient ouvertement que la domination coloniale était progressiste, qu’elle apportait une haute civilisation aux colonies et y développait les forces productives.  Ils prétendaient même que la suppression des colonies « signifierait le retour à la barbarie » [Allocution de E. David prononcée en 1907 sur la question coloniale au Congrès international des partis socialistes à Stuttgart].

    Sur ce point, Khrouchtchev se distingue quelque peu des premiers révisionnistes.  Il a suffisamment de hardiesse pour dénoncer le vieux système colonial.

    Comment se fait-il que Khrouchtchev soit aussi hardi ?  C’est que les impérialistes ont changé d’air.

    Après la Seconde guerre mondiale, sous le double coup de la révolution socialiste et de la révolution de libération nationale, l’impérialisme fut forcé d’admettre que « si les pays occidentaux essaient de maintenir le statu quo colonialiste, il en résultera inévitablement la révolution par la violence et la défaite » [J.F. Dulles : Guerre ou paix]. 

    Le vieux mode de domination coloniale « pourrait fort bien se transformer en un ‘chancre’ qui drainerait toute la vigueur économique et morale d’un Etat » [J. Strachey : La Fin de l’Empire].  Il devenait donc nécessaire de changer de méthode et d’appliquer le néo-colonialisme.

    D’où aussi, Khrouchtchev chantant sur l’air des néo-colonialistes et faisant étalage de « la théorie de la disparition du colonialisme », afin de camoufler le néo-colonialisme.  De plus, il essaie d’induire les nations opprimées à embrasser le néo-colonialisme.

    Il propage activement l’idée que la « coexistence pacifique » entre nations opprimées et impérialisme civilisé amènera « une élévation rapide de l’économie nationale » et un « développement des forces productives », fera que « la capacité du marché intérieur de ces pays [nations opprimées] deviendra incomparablement plus grande », permettra de « fournir davantage de matières premières, de différentes denrées et marchandises nécessaires à l’économie des pays à industrie développée » [Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 23 septembre 1960 devant l’Assemblée générale des Nations Unies] et en même temps «mènera à un mieux-être incessant des peuples… des pays plus évolués » [La Liquidation du colonialisme – exigence de l’époque », Kommunist, n° 2, 1961].

    Khrouchtchev n’ pas oublié non plus de ramasser et de fourbir certaines armes démodées de l’arsenal des révisionnistes de la IIe Internationale.

    En voici quelques exemples :

    Les vieux révisionnistes étaient opposés aux guerres de libération nationale et maintenaient que la question nationale « ne devrait être réglée qu’au moyen de consultations internationales » [Résolution sur la question territoriale adoptée en 1919 à la Conférence de Berne sur l’Internationale socialiste]. 

    Sur ce point, Khrouchtchev a vraiment adopté toute la ligne de conduite des révisionnistes de la IIe Internationale ; il préconise d’ « enterrer tranquillement le système colonial » [Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 23 septembre 1960 devant l’Assemblée générale des Nations Unies].

    Les vieux révisionnistes attaquaient les marxistes révolutionnaires, ils leur lançaient que «le bolchevisme est en fait une espèce de socialisme belliqueux » [Déclaration de O. Bauer de 1925, sur la question d’Orient au Congrès international des partis socialistes à Marseille] et que l’Internationale communiste rêve d’utiliser les baïonnettes de l’invincible Armée rouge pour libérer les ouvriers et croit qu’il est nécessaire de déclencher une nouvelle guerre mondiale pour réaliser la révolution mondiale » [Résolution sur la question d’Orient adoptée en 1925 par le Congrès international des partis socialistes à Marseille].

    Le langage que Khrouchtchev tient aujourd’hui pour le P.C.C. et d’autres partis frères marxistes-léninistes est exactement celui dont usaient les vieux révisionnistes pour diffamer les bolcheviks. 

    On aurait beaucoup de peine à découvrir quelque différence. Il doit être dit que pour ce qui est de servir le néo-colonialisme des impérialistes, Khrouchtchev n’est en rien inférieur aux vieux révisionnistes qui étaient au service du vieux colonialisme de l’impérialisme.

    Lénine a montré comment la politique impérialiste amenait le mouvement ouvrier international à se scinder en deux, en fraction révolutionnaire et en fraction opportuniste. Les révolutionnaires étaient pour les nations opprimées et contre les impérialistes et les colonialistes. 

    De l’autre côté, les opportunistes se nourrissaient des restes du butin que les impérialistes et les colonialistes tiraient du peuple des colonies et des semi-colonies.  Ils étaient avec les impérialistes et les colonialistes et s’opposaient à la révolution libératrice des nations opprimées.

    Le même genre de division, entre les révolutionnaires et les opportunistes du mouvement ouvrier international, que celui décrit par Lénine est apparu non seulement dans le mouvement ouvrier des pays capitalistes, mais aussi dans des pays socialistes où le prolétariat exerce le pouvoir.

    L’histoire montre que pour remporter la victoire complète, le mouvement de libération nationale doit se lier par une solide alliance au mouvement ouvrier révolutionnaire, établir une nette démarcation entre lui-même et les révisionnistes, qui se sont mis au service des impérialistes et des colonialistes, et se débarrasser résolument de leur influence.

    Elle montre que pour remporter la victoire complète, le mouvement ouvrier d’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord doit établir une alliance étroite avec le mouvement de libération nationale d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, tracer une nette démarcation entre lui et les révisionnistes et liquider résolument l’influence de ceux-ci.

    Les révisionnistes sont des agents de l’impérialisme dans les rangs du mouvement ouvrier international.  Lénine disait : « … si elle n’est pas indissolublement liée à la lutte contre l’opportunisme, la lutte contre l’impérialisme est une phrase creuse et mensongère » [V. I. Lénine : « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », Œuvres, tome 22]. 

    Il est donc évident que le combat d’aujourd’hui contre l’impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme doit être lié étroitement à la lutte contre les défenseurs du néo-colonialisme.

    Quelle que soit la force que les impérialistes mettront à camoufler leurs intentions et à se démener, et quelle que soit la force que les défenseurs du néo-colonialisme mettront à enjoliver et à aider l’impérialisme et le colonialisme, ceux-ci ne peuvent échapper à leur destin.  La victoire de la révolution de libération nationale ne peut être empêchée. Les défenseurs du néo-colonialisme connaîtront tôt ou tard la faillite.

    Prolétaires du monde entier et nations opprimées, unissez-vous !

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    contre l’hégémonie des superpuissances

  • Rédactions du Quotidien du peuple et du Drapeau Rouge: La Yougoslavie est-elle un pays socialiste?

    Rédaction du Renmin Ribao et Rédaction du Hongqi, 26 septembre 1963


    La question ici n’est pas seulement de savoir comment déterminer la nature de l’Etat yougoslave, mais encore de savoir quelle voie les pays socialistes doivent suivre, la voie de la Révolution d’Octobre, afin de poursuivre la révolution socialiste jusqu’au bout, ou bien celle de la Yougoslavie, menant à la restauration du capitalisme. Il s’agit également de savoir si la clique Tito est un parti frère et une force anti-impérialiste ou un groupe de renégats du mouvement communiste international et de laquais de l’impérialisme.

    Sur cette question, des divergences fondamentales existent entre, d’une part, la direction du Parti communiste de l’Union soviétique et, d’autre part, nous et tous les autres marxistes-léninistes du monde.

    Tous les marxistes-léninistes estiment que la Yougoslavie n’est pas un pays socialiste. Ayant trahi le marxisme-léninisme, trahi le peuple yougoslave, les milieux dirigeants de la Ligue des Communistes de Yougoslavie sont des renégats du mouvement communiste international et des laquais de l’impérialisme.

    La direction du P.C.U.S. soutient, cependant, que la Yougoslavie est un pays socialiste, que la Ligue des Communistes de Yougoslavie se fonde sur le marxisme-léninisme, qu’elle compte parmi les partis frères et fait partie des forces anti-impérialistes.

    Dans sa lettre ouverte du 14 juillet dernier, le Comité central du P.C.U.S. proclamé la Yougoslavie « pays socialiste » et la clique Tito « parti frère au pouvoir ».

    Le camarade Khrouchtchev a visité récemment la Yougoslavie, il y a prononcé de nombreux discours, dans lesquels il a révélé plus clairement que jamais, le véritable point de vue de la direction du P.C.U.S., levant une fois pour toutes le voile pudique dont elle s’était servie pour se couvrir dans cette question.

    Aux yeux de Khrouchtchev, la Yougoslavie est non seulement un pays socialiste, mais encore un pays socialiste « avancé », un pays où l’on n’entend pas de « bavardages sur la révolution » mais où l’on constate « l’édification concrète du socialisme », un pays dont le développement apporte « une contribution concrète à l’ensemble du mouvement ouvrier révolutionnaire international » (Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 30 août 1963 au Meeting de Velenje, en Yougoslavie).

    Khrouchtchev considère que tout cela mérite d’être admiré et étudié par lui.

    Aux yeux de Khrouchtchev, la direction du P.C.U.S. et la clique Tito sont « non seulement des frères de classe », mais aussi des « frères liés … par les objectifs communs qu’ils ont devant eux », et la direction du P.C.U.S. est « une alliée sûre et fidèle » de la clique Tito (Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 21 août 1963 dans une usine à Rakovica, en Yougoslavie).

    Khrouchtchev estime qu’il a trouvé au sein de la clique Tito le vrai « marxisme-léninisme ».  Or, dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. disait que « des désaccords sur plusieurs questions idéologiques de principe demeurent entre le P.C.U.S. et la Ligue des Communistes de Yougoslavie ». C’était une feinte, car maintenant Khrouchtchev déclare aux dirigeants yougoslaves: « Nous avons une seule et même ‘idéologie et sommes guidés par la même théorie », avec la même position « marxiste-léniniste » (Interview accordée par N.S. Khrouchtchev le 28 août 1963 dans l’île yougoslave de Brioni. D’après les informations de Tanjug).

    Il y a longtemps que Khrouchtchev a jeté par-dessus bord la Déclaration de 1960. La Déclaration dit: « Les Partis communistes ont condamné à l’unanimité la variante yougoslave de l’opportunisme international, qui est une expression concentrée des ‘théories’ des révisionnistes contemporains. »

    Elle poursuit: « Ayant trahi le marxisme-léninisme, proclamé par eux périmé, les dirigeants de la Ligue des Communistes de Yougoslavie ont opposé à la Déclaration de 1957 leur propre programme révisionniste et anti-léniniste. Ils ont opposé la L.C.Y. à tout le mouvement communiste international . . . »

    Elle dit encore: Ils ont ‘fait dépendre la Yougoslavie « de la soi-disant ‘aide’ des impérialistes, américains et autres, et ont mis ainsi le peuple yougoslave en danger de perdre les conquêtes révolutionnaires qu’il avait acquises au prix d’une lutte héroïque ».

    Elle ajoute: « Les révisionnistes yougoslaves se livrent à des agissements subversifs contre le camp socialiste et le mouvement communiste mondial. » « . . . ils déploient une activité qui porte préjudice à l’unité de toutes les forces et de tous les Etats pacifiques. »

    La Déclaration est on ne peut plus claire, et pourtant la direction du P.C.U.S. ose affirmer: « Conformément à la Déclaration de 1960, nous estimons que la Yougoslavie est un pays socialiste » (« Pour le triomphe du marxisme-léninisme créateur, contre la politique de révision du mouvement communiste mondial », par la Rédaction du Kommunist, N°112, 1963).

    Quelle impudence! Nous voudrions demander :

    Un pays qui, comme le dit la Déclaration, a pour guide les théories du révisionnisme contemporain, variante de l’opportunisme international, peut-il être un pays socialiste?

    Un pays qui, comme le dit la Déclaration, a trahi le marxisme-léninisme et s’est opposé à tout le mouvement communiste international, peut-il être un pays socialiste?

    Un pays qui, comme le dit la Déclaration, se livre à des agissements subversifs contre le camp socialiste et le mouvement communiste mondial, peut-il être un pays socialiste?

    Un pays qui, comme le dit la Déclaration, déploie une activité qui porte préjudice à l’unité de toutes les forces et de tous les Etats pacifiques, peut-il être un pays socialiste?

    Un pays qui est entretenu au prix de plusieurs milliards de dollars américains par les pays impérialistes, ayant les Etats-Unis pour chef de file, peut-il être un pays socialiste?

    Ce serait vraiment là un phénomène étrange, inouï!

    Il semble que le camarade Togliatti soit plus explicite que le camarade Khrouchtchev. Ainsi, Togliatti a dit sans ambages que la position de la Déclaration de 1960 vis-à-vis de la clique Tito était « erronée » (P. Togliatti : « Ramenons la discussion à ses termes réels », Unità, 10 janvier 1963).

    Puisque Khrouchtchev s’obstine à réhabiliter la clique Tito, il devrait s’exprimer avec plus de franchise, sans avoir nullement besoin de faire mine de défendre la Déclaration.

    La conclusion de la Déclaration sur la Yougoslavie est-elle erronée? Doit-elle être rejetée? Togliatti a dit qu’elle était erronée et devait être rejetée. En réalité, Khrouchtchev, lui aussi, a dit qu’elle était erronée et devait être rejetée. 

    Nous disons, quant à nous, qu’elle n’est pas erronée et qu’elle ne doit en aucun cas être rejetée. Les autres partis frères qui s’en tiennent fermement au marxisme-léninisme, qui défendent la Déclaration de 1960 affirment tous, eux aussi, qu’elle n’est pas erronée, et qu’il n’y a pas lieu de la rejeter.

    La direction du P.C.U.S. estime qu’agir comme nous le faisons, c’est maintenir une « formule stéréotypée », c’est s’en tenir à la « loi de la jungle du monde capitaliste »
    (Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en décembre 1962 à la session du Soviet suprême), c’est « ‘excommunier’ la Yougoslavie du socialisme » (Lettre ouverte au Comité central du P.C.U.S. aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union soviétique).

    Elle soutient, de surcroît, que celui qui dit que la Yougoslavie n’est pas un pays socialiste verse dans le « subjectivisme », « ne tenant point compte des faits » (Ibidem).

    Tandis que lorsqu’elle affirme, les yeux fermés, que la Yougoslavie est un pays socialiste, la direction du P.C.U.S., elle, aurait « procédé à partir des lois objectives, de la théorie du marxisme-léninisme » et dégagé une conclusion découlant d’ »une analyse approfondie de la réalité » (Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en décembre 1962 à la session du Soviet suprême).

    Quelle est donc la situation réelle en Yougoslavie et à quelle conclusion parvient-on lorsque, partant des lois objectives et de la doctrine du marxisme-léninisme, on ‘procède à une analyse approfondie de la réalité en Yougoslavie?


    Examinons maintenant cette question.

    LE DÉVELOPPEMENT DU CAPITAL PRIVÉ
    DANS LES VILLES YOUGOSLAVES

    L’un des arguments dont Khrouchtchev se sert pour affirmer que la Yougoslavie est un pays socialiste est que, dans ce pays, il n’y a pas de capital privé, pas d’entreprises privées, pas de capitalistes.

    En est-il vraiment ainsi?  Absolument pas. La vérité est que le capital privé et les entreprises privées existent en Yougoslavie sur une grande échelle et qu’ils se développent rapidement.

    Compte tenu de la situation existant en général dans les pays socialistes, il n’est pas étonnant que divers secteurs économiques, y compris le secteur du capital privé, subsistent dans l’économie nationale pendant une période assez longue après la prise du pouvoir par le prolétariat.

    Il s’agit de savoir quelle politique est adoptée par le pouvoir à l’égard de l’économie du capital privé, la politique d’utilisation, de limitation, de transformation et d’élimination, ou la politique de laisser-faire, de soutien et d’encouragement. C’est là un critère important permettant de» juger si un pays se développe dans le sens du socialisme ou dans celui du capitalisme.

    En ce qui concerne cette question, la clique Tito a tourné le dos au socialisme. Les réformes sociales qui furent appliquées par la Yougoslavie dans les premiers temps de l’après-guerre n’étaient déjà pas radicales. Après que la clique Tito eut consommé sa trahison, la politique adoptée par elle n’a pas été celle de la transformation et de l’élimination du capital privé et des entreprises privées, mais une politique consistant à les soutenir et à les développer.

    Une réglementation rendue publique par la clique Tito en 1953 stipule que « des groupes de citoyens » ont le droit de « fonder des entreprises » et d’ »employer de la main-d’œuvre ». Aux tenues d’un décret promulgué dans la même année par la clique Tito, les particuliers ont le droit d’acquérir des biens immobiliers appartenant aux organisations économiques d’Etat.

    En 1956, par sa politique fiscale et diverses autres mesures, la clique Tito a encouragé les autorités locales à donner appui au capital privé.

    En 1961, la clique Tito décida que les particuliers auraient le droit d’acheter des devises étrangères.

    En 1963, la clique Tito inscrit sa politique de développement du capital privé dans sa Constitution. Celle-ci stipule qu’en Yougoslavie, les particuliers peuvent fonder des entreprises et employer de la main-d’œuvre.

    Avec l’aide et l’encouragement de la clique Tito, les entreprises privées et le capital privé se sont très rapidement développés dans les villes yougoslaves.

    Selon le Mémento de statistiques de Yougoslavie, 1963, publication officielle de Belgrade, on compte en Yougoslavie plus de 115.000 entreprises « artisanales » privées. En fait, beaucoup de leurs propriétaires ne sont pas des « artisans », mais de typiques capitalistes.

    Comme l’admet la clique Tito, bien que la loi ne permette pas aux propriétaires d’employer plus de cinq ouvriers, il en est qui dépassent ce chiffre de dix fois ou de plus de vingt fois; certains même emploient « cinq à six cents ouvriers » (M. Todorovic : La Lutte sur deux fronts. Nasha Stvarnost, numéro de mars 1954).

    Et un certain nombre d’entreprises privées réalisent chaque année un chiffre d’affaires supérieur à 100 millions de dinars (Vesnik u sredu, 27 décembre 1961).

    Le Politika de Yougoslavie a révélé le 7 décembre 1961 que bien souvent ces propriétaires d’entreprises privées sont de « gros propriétaires », « Il serait difficile de préciser l’étendue de leur réseau et le nombre d’ouvriers employés par eux. Aux termes de la loi, ils ont le droit d’employer cinq ouvriers pour les aider. Mais ceux qui connaissent bien la question savent que ces cinq ouvriers sont en fait cinq entrepreneurs qui, à leur tour, ont leurs propres ‘sous-entrepreneurs’ », « Souvent, ces entrepreneurs ne travaillent plus eux-mêmes, mais donnent des ordres, font des plans, vont en automobile d’une entreprise à l’autre et signent des contrats. »

    D’ailleurs, des, profits réalisés par ces propriétaires privés, il ressort que ceux-ci sont purement et simplement des capitalistes. Le journal yougoslave Svet écrivait le 8 décembre 1961 que « le revenu net de certains artisans privés atteint un million de dinars par mois »; le Vecernje novosti de Belgrade écrivait le 20 décembre 1961 qu’à Belgrade « les propriétaires de 116 entreprises privées ont eu chacun, l’année dernière, un revenu supérieur à 10 millions de dinars », certains propriétaires « ont obtenu en une seule année un revenu se montant à environ 70 millions de dinars », chiffre équivalant à près de 100.000 dollars américains au taux de change officiel.

    Dans les villes de Yougoslavie, il existe non seulement des industries privées, des entreprises privées de services publics, des établissements commerciaux privés, des sociétés immobilières privées, des affaires de transport privées, mais encore des usuriers connus sous le nom de « banquiers privés ». Ces derniers mènent leur activité au grand jour et font même paraître dans les journaux des annonces de ce genre: « Offre prêt de 300.000 dinars pour trois mois, remboursement 400.000 dinars, nantissement exigé » (Vesnik u sredu, 6 décembre 1961).

    Ce sont là autant de faits incontestables.

    Nous voudrions demander à ceux qui s’attachent à réhabiliter la clique Tito: À moins que vous ne cherchiez à mystifier les gens, comment pouvez-vous prétendre qu’en Yougoslavie il n’y a ni capital privé, ni entreprises privées, ni capitalistes?

    LE CAPITALISME ENVAHIT
    LES RÉGIONS RURALES YOUGOSLAVES

    Examinons maintenant la situation dans les régions rurales de Yougoslavie.

    N’existe-il vraiment plus de capitalistes dans les campagnes yougoslaves, ainsi que le prétend Khrouchtchev?

    Si. Les faits sont encore là pour le prouver.

    C’est dans les régions rurales que la pénétration du capitalisme se manifeste avec le plus d’évidence.

    Le marxisme-léninisme nous enseigne que l’économie individuelle et la petite exploitation engendrent le capitalisme chaque jour, chaque heure, et que seule la collectivisation peut engager l’agriculture dans la voie du socialisme.

    Staline a souligné: « Lénine dit que tant que l’économie des paysans individuels, qui engendre des capitalisa tes et le capitalisme, prédomine dans le pays, le danger d’une restauration du capitalisme existera. Évidemment, aussi longtemps qu’existe ce danger, on ne peut parler sérieusement de la victoire de la construction socialiste dans notre pays » ( J. Staline : « Le prélèvement des excédents et l’avenir du développement de l’agriculture », Œuvres, tome 11).

    Dans cette question, la clique Tito suit une ligne qui est diamétralement à l’opposé du socialisme.

    Dans les premiers temps de l’après-guerre, la Yougoslavie avait effectué une réforme agraire et organisé un certain nombre de coopératives paysannes de travail, cependant, l’économie des paysans riches restait pour l’essentiel intacte.

    En 1951, la clique Tito proclama ouvertement son abandon de la voie de la collectivisation agricole et commença à dissoudre les coopératives paysannes de travail; elle commençait ainsi à s’engager sérieusement dans la voie de la trahison du socialisme.

    Alors qu’en 1950 le nombre de ces coopératives était de 6.900 et quelques, en 1953, il dépassait à peine 1.200, et, en 1960 il n’y avait plus que 147 coopératives paysannes de travail, les campagnes yougoslaves ont sombré dans l’océan de l’économie individuelle.

    La clique Tito a dit ouvertement que la collectivisation ne peut réussir en Yougoslavie. Elle l’a dénigrée perfidement en affirmant que « collectivisation est synonyme d’expropriation » (Allocution d’ouverture de E. Kardelj prononcée le 5 mai 1959 au neuvième plénum du Quatrième Comité fédéral de l’Union socialiste des Travailleurs de Yougoslavie), et qu’elle est une voie qui sert à « maintenir aussi longtemps que possible le servage et la pauvreté » (Intervention de V. Bakaric au Vie Congrès de la L.C.Y).

    Par ailleurs, elle avance l’idée absurde de développer l’agriculture « sur la base de la libre compétition des forces économiques » (E. Kardelj : « Sur quelques problèmes de notre politique dans les villages », Komunist, N° 4, 1954).

    Tout en procédant à la dissolution massive des coopératives paysannes de travail, la clique Tito a promulgué depuis 1953 une série de lois et décrets portant application dans les campagnes de l’achat, de la vente et de l’affermage libres des terres, ainsi que du libre emploi de la main-d’œuvre, elle a abrogé le système d’achat planifié des produits agricoles et instauré le libre commerce dans ce domaine, tout ceci en vue d’encourager l’expansion du capitalisme dans les régions rurales.

    Avec une telle politique, les forces du capitalisme ont rapidement envahi les campagnes et le processus de différenciation s’est accéléré de jour en jour. C’est là un aspect important des efforts de la clique Tito pour restaurer le capitalisme.


    Le processus de différenciation dans les régions rurales se manifeste en premier lieu par des changements dans l’appartenance des terres. L’ancien secrétaire fédéral à l’Agriculture et à la Sylviculture de Yougoslavie, Komar, a avoué qu’en 1959, dans les campagnes yougoslaves, les familles de paysans pauvres qui avaient moins de cinq hectares de terre, et qui représentaient 70 pour cent du total des familles paysannes, ne possédaient que 43 pour cent des terres privées, alors que les familles de paysans aisés qui avaient chacune plus de huit hectares, et qui ne représentaient que 13 pour cent du total des foyers paysans possédaient 33 pour cent des terres privées.

    Komar a avoué en outre que, chaque année, environ 10 pour cent des familles paysannes vendaient ou achetaient des terres (S. Komar: Quelques problèmes concernant la campagne et les familles paysannes. Socializam, N° 5, 1962).

    Parmi celles qui ont dû vendre des terres, la majorité sont des familles de paysans pauvres.

    En ce qui concerne la concentration de la terre, la situation réelle est beaucoup plus sérieuse que ne le laissent apparaître les données susmentionnées. Le Borba, porte-parole de la clique Tito, révélait le 19 juillet 1963: dans un seul district, « des milliers de foyers détiennent des terres dépassant largement le maximum légal de dix hectares ». Dans la région de Bijeljina, « on a constaté que cinq cents foyers paysans avaient de 10 à 30 hectares ». De pareils cas ne sont pas isolés.

    Le processus de différenciation dans les régions rurales se manifeste encore par une grande inégalité dans la propriété du bétail et des instruments aratoires. Parmi les 308.000 foyers paysans de la province de Voïvodine, principale région productrice de céréales, 55 pour cent ne possèdent pas de bétail. Les familles paysannes ayant moins de deux hectares représentent dans cette région 40,7 pour cent du total des familles paysannes, mais elles ne possèdent que 4,4 pour cent du nombre total des charrues, soit en moyenne une charrue pour vingt familles.

    Tandis que les paysans riches de cette région détiennent non seulement un grand nombre de charrues et de véhicules à traction animale, mais encore plus de 1.300 tracteurs et de nombreuses autres machines agricoles ( Indeks, N° 2, 1962).

    Le processus de différenciation se manifeste encore par le développement du système du travail salarié et d’autres formes d’exploitation capitaliste.

    Dans son numéro du 7 février 1958, l’hebdomadaire Komunist a révélé qu’en 1956, en Serbie, 52 pour cent des familles paysannes possédant plus de huit hectares employaient de la main-d’œuvre salariée.

    Komar a dit en 1962: « Ces dernières années, les chefs de certains foyers paysans « sont devenus de plus en plus puissants. Leurs revenus ne proviennent pas de leur propre travail, mais du commerce illicite, de la transformation non seulement de leurs propres produits, mais aussi de ceux des autres, de la distillation privée des vins, de l’obtention de terres dépassant le maximum prescrit de dix hectares, terres obtenues par achat, ou plus souvent par affermage, par partage fictif des terres, par empiétement ou dissimulation de terres publiques, ils proviennent aussi de l’acquisition de tracteurs par des moyens spéculatifs et de l’exploitation de leurs voisins pauvres par la culture mécanisée des terres de ces derniers » (S. Komar : Quelques problèmes concernant la campagne et les familles paysannes).

    Le Borba a déclaré le 30 août 1962: « Les soi-disant bons producteurs » sont des « fermiers exploitant les terres d’autrui, des employeurs de main-d’œuvre et des commerçants expérimentés ». « Ce ne sont pas des producteurs, mais des propriétaires d’entreprises. De toute l’année, certains d’entre eux ne prennent pas la houe en mains une seule fois. Ils emploient de la main-d’œuvre … et se contentent de surveiller les travaux des champs et de faire du commerce. »

    Les usuriers aussi sont particulièrement actifs dans les campagnes yougoslaves, le taux d’intérêt s’élevant très souvent à plus de cent pour cent. En outre, il se trouve des gens qui, tirant avantage de la situation difficile des chômeurs, monopolisent le marché du travail et, jouant le rôle d’intermédiaires, se livrent à l’exploitation.

    Privés de terres et d’autres moyens de production, nombre de paysans pauvres ne peuvent subsister qu’en vendant leur force de travail. Selon les données rendues publiques le 20 août 1962 par le Politika, en 1961, les familles paysannes ayant moins de deux hectares de terre ont obtenu environ 70 pour cent de leurs revenus en espèces par la vente de leur force de travail. Exploitées de toutes sortes de manières, elles vivent dans la misère.

    Les faits prouvent que dans les campagnes yougoslaves, ce sont les classes exploiteuses qui occupent la position dominante.

    En soutenant que la Yougoslavie est un pays socialiste, la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. prétend que le « secteur socialiste » est passé de 6 à 15 pour cent dans les régions rurales yougoslaves.

    Hélas, ces modestes pourcentages eux-mêmes ne relèvent pas du secteur socialiste.

    Les 15 pour cent qui, pour la direction du P.C.U.S., constituent le « secteur socialiste » ne sont autres que les « fermes agricoles », les « coopératives générales des travailleurs agricoles » et autres organisations agricoles instaurées par la clique Tito. Or, ces « fermes agricoles » sont en fait des fermes capitalistes, et ces « coopératives générales des travailleurs agricoles », des organisations économiques capitalistes qui s’occupent essentiellement d’activités commerciales. Non seulement elles n’affectent pas la propriété privée de la terre, mais de plus, leur rôle principal est d’encourager le développement de l’économie des paysans riches.

    Dans l’ouvrage Problèmes de l’Agriculture en Yougoslavie, publié à Belgrade, il est dit à propos des coopératives qu’ »à en juger par leur état actuel et leur fonctionnement, elles ne signifient en aucune façon la transformation socialiste de l’agriculture et des régions rurales. Elles n’œuvrent pas à la création de bases socialistes à la campagne, mais cherchent plutôt à développer et à aider les facteurs capitalistes. Il existe des cas où ces coopératives sont devenues des associations de koulaks ».

    La clique Tito a attribué aux « coopératives générales des travailleurs agricoles » le monopole de l’achat des produits agricoles aux paysans. Usant de ce privilège «ans leurs activités commerciales et profitant de la constante fluctuation des prix agricoles, ces « coopératives » s’adonnent à une intense spéculation au moyen de laquelle elles exploitent les paysans.

    En 1958, l’agriculture yougoslave connut une baisse de production. Les « coopératives » et autres organismes commerciaux profitèrent de l’occasion pour provoquer une hausse massive des prix de vente des produits agricoles. En 1959, la production agricole s’étant accrue, les « coopératives » violèrent les contrats d’achat qu’elles avaient passés avec les paysans et réduisirent leurs achats, n’hésitant pas à laisser les récoltes pourrir dans les champs.

    Les « coopératives générales des travailleurs agricoles » et les « fermes agricoles » emploient un grand nombre d’ouvriers, entre autres des journaliers, qu’elles exploitent durement. Selon l’Annuaire de statistiques de la République fédérale populaire de Yougoslavie de 1962, plus de cent mille ouvriers étaient employés de façon permanente en 1961 par les différentes « coopératives ». Un grand nombre de journaliers venaient s’y ajouter.

    Le Rad du 1er décembre 1962 a révélé que ces ouvriers salariés « sont souvent victimes d’une impitoyable exploitation (la journée de travail est de 15 heures) et leurs revenus individuels sont en général extrêmement bas ». Il ressort de tout ceci que ces organisations agricoles que l’on prétend être du « secteur socialiste » ne sont que des organisations agricoles de caractère capitaliste.

    Expropriation des paysans pauvres et extension des fermes capitalistes, telle est la politique fondamentale de la clique Tito sur le plan agricole. En 1955, Tito a déclaré: « Nous n’écartons pas l’idée qu’en Yougoslavie les petites exploitations puissent fusionner sous une forme ou sous une autre . . . En Amérique, cela est déjà fait. Nous devons trouver une solution à cette question. »

    En vue de suivre la voie capitaliste, la clique Tito a élaboré en 1959 la « Loi sur l’utilisation des terres agricoles », loi stipulant que si les paysans individuels sont dans l’impossibilité de cultiver leurs terres selon les conditions requises, celles-ci devront être placées sous l’ »administration obligatoire » des « coopératives générales des travailleurs agricoles » ou des « fermes agricoles »; ceci revient en fait à développer les fermes capitalistes par l’expropriation des paysans pauvres et l’annexion forcée de leurs terres. Cette voie est authentiquement celle du développement de l’agriculture capitaliste.

    A propos du passage de la petite exploitation paysanne à la grande exploitation, Staline a dit: « Il existe ici deux voies, la voie capitaliste et la voie socialiste; la voie en avant, vers le socialisme et la voie en arrière, vers le capitalisme ».

    Y a-t-il encore une troisième voie en dehors de la voie socialiste et de la voie capitaliste? Staline dit à ce sujet : « La prétendue troisième voie n’est en réalité que la seconde, la voie du retour au capitalisme. » « En effet, que signifie revenir à l’économie individuelle et rétablir la classe des koulaks? C’est rétablir le joug du koulak, c’est rétablir l’exploitation de la paysannerie par les koulaks, c’est donner le pouvoir à ces-derniers.

    Mais peut-on rétablir la classe des koulaks et conserver en même temps le pouvoir des Soviets? Non. Le rétablissement de la classe des koulaks mènerait à la création d’un pouvoir koulak et à la destruction du pouvoir des Soviets.

    Par conséquent, il conduirait à la formation d’un gouvernement bourgeois.

    Et la formation d’un gouvernement bourgeois, à son tour, conduirait au rétablissement des grands propriétaires fonciers et des capitalistes, au rétablissement du capitalisme. » (J. Staline : Discours prononcé devant le Ier Congrès national des brigades de choc de fermes collectives, Œuvres, tome 13).
    La voie suivie durant ces dix dernières années et quelques par l’agriculture yougoslave est précisément la voie du rétablissement du capitalisme.

    Ce sont là autant de faits indéniables.

    Nous voudrions demander à ceux qui s’emploient à réhabiliter la clique Tito: A moins que vous ne cherchiez à tromper les gens, comment pouvez-vous prétendre qu’il n’y a plus de capitalistes en Yougoslavie?


    L’ÉCONOMIE SOCIALISTE DU PEUPLE ENTIER
    DÉGÉNÈRE EN ÉCONOMIE CAPITALISTE

    La restauration du capitalisme en Yougoslavie ne se manifeste pas uniquement par le fait que le capitalisme privé s’étend librement, tant dans les villes qu’à la campagne. Chose plus importante encore, c’est que les entreprises « publiques », qui occupaient une place déterminante dans l’économie de la Yougoslavie, ont dégénéré et changé de nature.

    L’économie d’ »autogestion ouvrière » de la clique Tito est un capitalisme d’Etat d’un genre particulier.

    Ce capitalisme d’Etat n’est pas celui existant dans les conditions de la dictature du prolétariat, c’est un capitalisme d’Etat existant dans de tout autres conditions, celles d’une dégénérescence de la dictature du prolétariat, transformée par la clique Tito en dictature de la bourgeoisie bureaucratique et compradore.

    Les moyens de production des entreprises d »‘autogestion ouvrière » n’appartiennent pas à un ou plusieurs capitalistes, ils appartiennent en réalité à la bourgeoisie bureaucratique et compradore d’un type nouveau, représentée par la clique Tito et englobant bureaucrates et gérants. Cette bourgeoisie, usurpant le nom de l’Etat, se subordonnant à l’impérialisme américain et s’abritant sous le manteau du « socialisme », s’est approprié les biens qui appartenaient aux travailleurs.

    Le système d’ »autogestion ouvrière » est en fait un système d’exploitation féroce sous la domination du capital bureaucratique et compradore.

    Depuis 1950, la clique Tito a promulgué une série de lois et décrets qui portent application de l’ »autogestion, ouvrière » dans les usines, les mines, les transports et communications, le commerce, l’agriculture, la sylviculture, les services publics et toutes les autres entreprises d’Etat.

    Le contenu essentiel de cette « autogestion ouvrière » consiste à placer ces entreprises sous la gestion de « collectivités de travail ». Ces entreprises achètent elles-mêmes les matières premières, fixent la variété des articles à produire, leur quantité et leurs prix, vendent elles-mêmes leurs produits sur le marché, fixent elles-mêmes les salaires et décident de la répartition d’une partie des bénéfices.

    La loi yougoslave stipule en outre que les entreprises ont le droit de vendre, d’acheter et de louer des biens immobiliers.

    La clique Tito qualifie le système de propriété des entreprises placées sous l »‘autogestion ouvrière » de « forme supérieure de la propriété socialiste ». Elle prétend que c’est seulement .avec l’ »autogestion ouvrière » qu’il est possible d’ »édifier réellement le socialisme ».

    C’est là une pure duperie.

    Si l’on se place du point de vue théorique, tous ceux qui ont tant soit peu connaissance du marxisme savent que les mots d’ordre du genre d’ »autogestion ouvrière », d’ »‘usines aux ouvriers » n’ont jamais été des mots d’ordre marxistes, mais bien des mots d’ordre avancés par les anarcho-syndicalistes, les socialistes bourgeois, les vieux opportunistes, les vieux révisionnistes.

    Les « théories » d’ »autogestion ouvrière » et d’ »usines aux ouvriers » sont diamétralement à l’opposé des principes fondamentaux du marxisme sur le socialisme. Elles ont été entièrement réfutées il y a longtemps par les auteurs marxistes classiques.

    Dans le Manifeste du Parti communiste, Marx et Engels indiquent : « Le prolétariat se servira de sa suprématie politique pour arracher petit à petit tout le capital à la bourgeoisie, pour centraliser tous les instruments de production entre les mains de l’Etat ».

    Dans Anti-Dühring, Engels indique: « Le prolétariat s’empare du pouvoir d’Etat et transforme les moyens de production d’abord en propriété d’Etat. »

    Après la prise du pouvoir, le prolétariat doit concentrer les moyens de production entre les mains de l’Etat, Etat de dictature du prolétariat. Il s’agit là d’un principe fondamental du socialisme.

    Dans les premiers temps du pouvoir des Soviets, au lendemain de la Révolution d’Octobre, lorsque certains suggérèrent de remettre les usines aux « producteurs » pour qu’ils puissent directement « organiser la production », Lénine critiqua sévèrement ce point de vue, soulignant qu’il revenait en fait à s’opposer à la dictature du prolétariat.

    Lénine indiqua à juste titre : « Toute légalisation, directe ou indirecte, soit de la possession de leur propre production par les ouvriers d’une usine ou d’une profession prise en particulier, soit du droit de ceux-ci d’affaiblir ou d’entraver l’application des décrets du pouvoir d’Etat, constituerait la plus grande altération des principes fondamentaux du pouvoir des Soviets et l’abandon total du socialisme. » (V.I. Lénine : Sur la démocratie et le caractère socialiste du pouvoir des Soviets)

    Il ressort de tout ceci que l’ »autogestion ouvrière » n’a rien à voir avec le socialisme.

    En fait, l’ »autogestion ouvrière » que vante la clique Tito ne revient nullement à confier la gestion aux ouvriers eux-mêmes; elle n’est qu’un rideau de fumée.

    Les entreprises où est appliquée l’ »autogestion ouvrière » sont en fait sous l’emprise de la bourgeoisie bureaucratique et compradore de type nouveau, représentée par la clique Tito. Celle-ci contrôle tant les finances que le personnel des entreprises et s’approprie la majeure partie de leurs revenus.

    Par l’intermédiaire des banques, la clique Tito contrôle les crédits du pays entier, les fonds d’investissements et les fonds de roulement de toutes les entreprises et surveille leurs finances.

    Par des moyens tels que la perception fiscale et les intérêts, la clique Tito s’approprie les revenus des entreprises. D’après les données du Rapport d’activité de 1961 du Conseil exécutif fédéral de Yougoslavie, elle s’est emparée de cette façon des trois quarts environ des revenus nets des entreprises.

    Les fruits du travail du peuple dont la clique Tito se saisit, servent essentiellement à satisfaire les dilapidations de cette clique de bureaucrates, à maintenir sa domination réactionnaire, à renforcer l’appareil de répression contre le peuple travailleur et à payer tribut aux impérialistes sous forme de versement des intérêts des dettes étrangères et de remboursement de ces dettes elles-mêmes.

    Par ailleurs, la clique Tito contrôle les entreprises par l’intermédiaire de leurs gérants.
    Nominalement, ceux-ci sont recrutés par les entreprises, mais en fait, ils sont désignés par la clique Tito. Ils sont les agents de la bourgeoisie bureaucratique et compradore au sein de ces entreprises.

    Dans ces entreprises, dites d »‘auto-gestion ouvrière », les rapports entre gérants et ouvriers sont, en réalité, des rapports entre employeurs et employés, entre exploiteurs et exploités.

    Le fait est que le gérant a le droit de décider du plan de production et de l’orientation des affaires, de disposer des moyens de production, de décider de la répartition des revenus de l’entreprise, d’embaucher ou de licencier des ouvriers et de rejeter les résolutions du « conseil ouvrier » ou du « comité d’administration ».

    Les très nombreuses données publiées dans les journaux et périodiques yougoslaves prouvent que le « conseil ouvrier » n’est qu’une « machine à voter », existant uniquement pour la forme, et que, dans l’entreprise, « tout le pouvoir est entre les mains du gérant ».

    Du fait qu’ils contrôlent les moyens de production et la répartition des revenus des entreprises, les gérants ont la possibilité d’user de privilèges de toutes sortes pour s’approprier les fruits du travail des ouvriers.

    La clique Tito, elle-même, admet que dans ces entreprises, il existe un grand écart entre gérants et ouvriers quant à leurs salaires et à la répartition des dividendes. Dans certaines entreprises, le montant des dividendes que touche le groupe de dirigeants équivaut au montant global des salaires de toute la collectivité. » (Lettre ouverte adressée le 17 février 1958 par le Comité central de la L.C.Y. aux organisations et aux dirigeants de tous les échelons)

    Par ailleurs, les gérants des entreprises, profitant de leurs privilèges, s’accaparent de fortes sommes par toutes sortes de subterfuges. Pots-de-vin, détournements de fonds et vols sont pour eux une plus grande source de richesse.

    Les larges masses ouvrières vivent dans la pauvreté. Les ouvriers n’ont pas la sécurité de l’emploi. De nombreux ouvriers ont été jetés sur le pavé parce que leurs entreprises ont fait faillite. Suivant une statistique officielle, le nombre des chômeurs en février 1963 était de 339.000, soit environ 10 pour cent du nombre total des personnes ayant un emploi. De plus, chaque année, un grand nombre d’ouvriers émigrent à l’étranger.

    Le Politika du 25 septembre 1961 admet qu’ »un profond fossé sépare certains ouvriers et employés, les premiers considérant les seconds comme des ‘bureaucrates’ qui ‘engloutissent’ leurs salaires ».

    Ces faits montrent que dans les entreprises dites d’ »autogestion ouvrière » de Yougoslavie, il s’est formé un nouveau groupe social constitué par une minorité qui s’approprie les fruits du travail de la majorité. Il constitue une partie importante de la nouvelle bourgeoisie bureaucratique et compradore.

    L’ »autogestion ouvrière » appliquée par la clique Tito a fait que les entreprises, qui à l’origine relevaient de la propriété du peuple entier, se sont totalement écartées de l’orbite de l’économie socialiste.

    Les principales manifestations de ce phénomène sont :

    Premièrement: La suppression du plan économique unifié de l’Etat.

    Deuxièmement: Le profit est considéré comme le principal stimulant de la marche des entreprises. Pour accroître leurs revenus et bénéfices, les entreprises peuvent recourir à leur gré à toutes sortes de moyens. En d’autres termes, la production des entreprises dites d’ »autogestion ouvrière » ne vise nullement à satisfaire les besoins de la société, mais sert à réaliser des bénéfices, exactement comme les entreprises capitalistes.

    Troisièmement: L’application d’une politique encourageant la libre concurrence capitaliste. Tito a déclaré aux gérants des entreprises : « La concurrence sera avantageuse pour les simples gens, pour les consommateurs ».  La clique Tito a, en outre, déclaré ouvertement que si « la concurrence, la recherche du profit, la spéculation et autres phénomènes semblables » sont autorisés, c’est parce qu’ »ils stimulent l’initiative des producteurs, de leurs collectivités, des communes, etc. » (Rapport de V. Bakaric présenté le 7 avril 1959 au IVe Congrès de la Ligue des Communistes de Croatie)

    Quatrièmement: L’utilisation du crédit et des banques en tant que leviers importants pour épauler la libre concurrence capitaliste. Le système bancaire et de crédit du régime de Tito accorde des prêts à celui qui offre les meilleures conditions: à celui qui est en mesure de rembourser dans le délai le plus bref, moyennant le taux d’intérêt le plus élevé. Pour reprendre les propres termes des titistes, c’est « utiliser la concurrence comme méthode courante pour la répartition des crédits investis » (A. Papic : « Financement des investissements en Yougoslavie ». Voir Annals of Collective Economy, avril-novembre 1959, imprimé à Belgrade)


    Cinquièmement: Les rapports entre les entreprises ne sont pas des rapports socialistes d’entraide et de coordination établis selon un plan d’Etat unique, mais des rapports capitalistes de concurrence et d’évincement sur le marché libre.

    Tout cela a ébranlé les fondements mêmes de l’économie socialiste planifiée.

    Lénine a dit: « Le socialisme est impossible… sans une organisation d’Etat méthodique qui subordonne des dizaines de millions d’hommes à l’observation la plus rigoureuse d’une norme unique dans la production et la répartition des produits » (V.I. Lénine : « Sur l’infantilisme ‘de gauche’ et les idées petites-bourgeoises » Œuvres, tome 27).

    Lénine a dit encore: « sans un vaste recensement et contrôle exercés par l’Etat sur la production et la répartition des produits, le pouvoir des travailleurs, la liberté des travailleurs, ne pourront pas se maintenir, et le retour sous le joug du capitalisme sera inévitable » (V.I. Lénine : Les tâches immédiates du pouvoir des soviets », Œuvres, tome 27).

    Sous l’enseigne de l’ »autogestion ouvrière », une concurrence capitaliste acharnée règne entre les différentes branches économiques et entreprises de Yougoslavie. Pour battre leurs concurrents sur le marché et réaliser le maximum de bénéfices, il est courant que les entreprises dites d’ »autogestion ouvrière » se livrent à des actions frauduleuses, spéculent, accaparent et stockent les marchandises, haussent les prix, détournent des fonds, distribuent des pots-de-vin, fassent le blocus des secrets techniques, s’arrachent les techniciens et même utilisent la presse et la radio pour faire du tort aux autres.

    Cette concurrence acharnée entre les entreprises yougoslaves ne se manifeste pas seulement sur le marché intérieur, mais aussi dans le domaine du commerce extérieur. La presse yougoslave révèle qu’il arrive souvent que sur un seul et même marché extérieur surviennent 20 ou 30 représentants d’entreprises yougoslaves de commerce extérieur, qui entrent en concurrence les uns avec les autres et se disputent les clients. « Pour des raisons égoïstes », ces entreprises faisant du commerce extérieur « s’efforcent de gagner de l’argent à tout prix et par tous les moyens ».

    La concurrence acharnée a entraîné une confusion extrême sur le marché yougoslave. Les prix varient considérablement, non seulement entre différentes villes ou régions, mais aussi entre différents magasins d’un même endroit, et même entre les marchandises d’une même catégorie provenant du même producteur.

    Pour maintenir un prix élevé, certaines entreprises n’hésitent pas à détruire de grandes quantités de produits agricoles.

    Par suite de la concurrence acharnée, un grand nombre d’entreprises yougoslaves ont fait faillite. Suivant les données publiées par le Bulletin officiel de la R.F.P.Y., durant ces dernières années, il a été enregistré annuellement la faillite de cinq à six cents entreprises.

    Il ressort de tout ceci que l’économie « publique » de la Yougoslavie n’est pas une économie régie par les lois de l’économie socialiste planifiée, mais par les lois de la concurrence capitaliste et de la production anarchique, que les entreprises d »‘auto-gestion ouvrière » de la clique Tito ne sont point des entreprises de caractère socialiste mais bien des entreprises de caractère capitaliste.

    Nous voudrions demander à ceux qui s’emploient à réhabiliter la clique Tito: A moins que vous ne vouliez duper les gens, comment pouvez-vous présenter le capitalisme d’Etat se trouvant sous l’emprise de la bourgeoisie bureaucratique et compradore comme une économie socialiste?

    UN APPENDICE DE L’IMPÉRIALISME AMÉRICAIN

    Le processus de restauration du capitalisme en Yougoslavie se confond avec le processus d’alignement de la clique Tito sur l’impérialisme américain, le processus de dégénérescence de la Yougoslavie, devenue un appendice de l’impérialisme américain.

    En répudiant le marxisme-léninisme, la clique Tito s’est engagée dans une voie honteuse, mettant à l’encan la souveraineté nationale et vivant des aumônes de  l’impérialisme américain.

    Selon des statistiques, d’ailleurs incomplètes, il apparaît que de la fin de la Seconde guerre mondiale à janvier 1963, les Etats-Unis et d’autres puissances impérialistes ont accordé à la clique Tito différentes sortes d’ »aides » s’élevant au total à environ 5.460 millions de dollars américains, sur lesquels l’ »aide » américaine représente plus de 60 pour cent, soit 3.500 millions de dollars. La majeure partie de l’aide américaine a été octroyée après 1050.

    L’aide américaine constitue la pierre angulaire des finances et de l’économie yougoslaves. Selon des statistiques officielles, les crédits que la clique Tito a obtenus en 1961 des Etats-Unis ou d’organisations financières internationales contrôlées par ceux-ci se montaient au total à un peu plus de 346 millions de dollars américains, soit 47,4 pour cent des recettes budgétaires fédérales de cette même année. Si l’on y ajoute le montant de l’aide d’autres pays occidentaux, l’aide que la clique Tito a reçue en 1961 des pays occidentaux représentait un total d’environ 493 millions de dollars américains, soit 67,6 pour cent des recettes budgétaires fédérales de la même année.

    Pour obtenir l’aide américaine, la clique Tito a conclu avec les Etats-Unis une série de traités et accords par lesquels elle a vendu le pays.

    Les notes échangées en 1951 entre la Yougoslavie et les Etats-Unis au sujet de l’ »Accord sur l’assistance en matière de défense commune » prévoient que les hauts fonctionnaires du gouvernement américain peuvent « en toute liberté et sans restriction aucune » inspecter et surveiller à travers la Yougoslavie la réception et la répartition du matériel fourni sous forme d’aide militaire américaine et qu’ils ont le droit de jouir de « toutes les facilités de communications et de renseignements ». Il y est encore stipulé que la Yougoslavie doit fournir aux Etats-Unis des matières premières stratégiques.

    L’ »Accord sur l’aide militaire » conclu en 1951 entre la Yougoslavie et les Etats-Unis stipule que la Yougoslavie doit « apporter la plus grande contribution … à la puissance défensive du monde libre » et être prête à mettre des forces armées à la disposition de l’O.N.U. La mission militaire envoyée par les Etats-Unis aux termes de cet accord contrôle et entraîne directement les troupes yougoslaves.

    L’ »Accord sur la coopération économique » conclu en 1952 entre la Yougoslavie et les Etats-Unis prévoit que l’aide américaine doit être utilisée par la Yougoslavie pour « la promotion des droits fondamentaux de l’individu, de la liberté et des institutions démocratiques », en d’autres termes, pour la promotion du système capitaliste.

    En 1954, la Yougoslavie conclut un Traité d’Alliance, de Coopération politique et d’Assistance mutuelle avec la Grèce et la Turquie, Etats membres de l’O.T.A.N.
    Ce traité stipule que les trois pays agissent en coordination sur le plan militaire et diplomatique, faisant ainsi en fait de la Yougoslavie un membre des blocs militaires placés sous le contrôle des Etats-Unis.

    Après 1954, la Yougoslavie a signé avec les Etats-Unis une série d’accords par lesquels elle a vendu sa souveraineté; rien qu’entre 1957 et 1962, plus de 50 accords ont été ainsi conclus.

    Par suite de la signature de ces traités et accords, et du fait que la clique Tito a transformé la Yougoslavie en un appendice de l’impérialisme américain, les Etats-Unis ont obtenu de ce pays:

    1) le droit de contrôler ses affaires militaires;

    2) le droit de contrôler ses affaires extérieures;

    3) le droit d’intervenir dans ses affaires intérieures;

    4) le droit de contrôler les finances et la monnaie;

    5) le droit de contrôler son commerce extérieur;

    6) le droit d’accaparer ses matériaux stratégiques;

    7) le droit de recueillir en Yougoslavie des renseignements militaires et économiques.

    C’est ainsi que l’indépendance et la souveraineté de la Yougoslavie ont été mises à l’encan par la clique Tito.

    Outre la conclusion d’une série de traités inégaux avec les Etats-Unis, traités par lesquels elle a vendu la souveraineté du pays, la clique Tito, en vue d’obtenir l’aide américaine, a pris diverses autres mesures sur le plan de la politique intérieure et extérieure, afin de pourvoir aux besoins du capital monopoliste occidental dans sa pénétration en Yougoslavie.

    Dès 1950, elle a mis fin au monopole du commerce extérieur jusque-là détenu par l’Etat.

    Le « Décret sur le commerce extérieur », promulgué en 1953, autorise les entreprises à faire du commerce extérieur en toute indépendance, à commercer directement avec les entreprises du capital monopoliste de l’Occident.

    En 1961, le régime de Tito procéda à une nouvelle « réforme » du système concernant les devises étrangères et le commerce extérieur. Le contenu essentiel de cette réforme résidait en un nouveau relâchement des restrictions sur l’importation et l’exportation. L’importation d’importants produits semi-finis et de certains articles de consommation bénéficia d’une « libéralisation totale » et les limitations imposées à l’importation d’autres marchandises furent réduites à des degrés divers.

    Toutes les restrictions furent levées à l’octroi des devises destinées à l’acquisition de marchandises dites d’importation libre.

    Nul n’ignore que le monopole du commerce extérieur par l’Etat est un principe fondamental du socialisme.

    A propos du prolétariat industriel, Lénine a dit: qu’il « n’est absolument pas en état de relever notre industrie et de faire de la Russie un pays industriel sans la protection de l’industrie, laquelle ne signifie nullement la protection par la politique douanière, mais seulement et exclusivement par le monopole du commerce extérieur » (V.I. Lénine : « Le monopole du commerce extérieur », Œuvres, tome 33).

    Staline a dit que « le monopole du commerce extérieur est l’une des assises de la plateforme du gouvernement soviétique » et que la suppression de ce monopole, c’est « l’abandon de l’industrialisation » du pays, c’est « l’envahissement du marché soviétique par les marchandises des pays capitalistes », c’est « la transformation de notre pays, de pays indépendant en pays semi colonial » (J. Staline : « Entretien avec la première délégation ouvrière américaine », Œuvres complètes, tome 10).

    En abolissant le monopole du commerce extérieur par l’Etat, le régime de Tito ouvre toutes grandes ses portes au capital monopoliste de l’impérialisme.

    Quelles ont été les conséquences sur le plan économique du fait que la clique Tito a reçu une aide américaine massive et ouvert toutes grandes ses portes à l’impérialisme?

    Primo : La Yougoslavie est devenue un marché sur lequel l’impérialisme pratique le dumping.

    De grandes quantités de produits industriels et agricoles des pays impérialistes ont envahi le marché yougoslave. En quête de profits égoïstes, les capitalistes compradores de Yougoslavie, qui ont fait des fortunes colossales en servant le capital monopoliste étranger, ont importé d’énormes quantités de marchandises que le pays est capable de produire ou dont il possède même d’importants stocks. Comme l’a admis le Politika du 25 juillet 1961, l’industrie yougoslave « est en butte aux coups de la constante et très complexe concurrence des industries étrangères, cela se voit partout ».

    Secundo : La Yougoslavie est devenue une sphère d’investissements de l’impérialisme.

    Nombre d’entreprises industrielles yougoslaves ont été mises sur pied grâce à l’ »aide » des Etats-Unis et d’autres pays impérialistes. Le capital monopoliste étranger a pénétré massivement et directement en Yougoslavie.

    Selon Papic, directeur général de la Banque nationale d’Investissements de Yougoslavie, dans la période allant de 1952 à 1956, « la participation des capitaux étrangers atteignait 32,5 pour cent de la valeur totale des investissements économiques ». Le secrétaire d’Etat américain Dean Rusk a dit le 5 février 1962 que les capitaux de la Yougoslavie « proviennent en majeure partie de l’Occident ».

    Tertio : La Yougoslavie est devenue une source de matières premières pour l’impérialisme.

    Depuis 1951, aux termes de l’ »Accord sur l’aide militaire » conclu entre les Etats-Unis et la Yougoslavie, la clique Tito a fourni à flot continu des matières premières stratégiques aux Etats-Unis. L’Annuaire de statistiques de la République fédérale populaire de Yougoslavie, de 1961, montre que depuis 1957, environ la moitié des exportations yougoslaves de magnésium, de plomb, de zinc, d’antimoine et d’autres métaux importants est allée aux Etats-Unis.

    Quarto : Les entreprises industrielles yougoslaves sont devenues des ateliers de montage pour les entreprises monopolistes de l’Occident.

    Nombre d’industries essentielles de la Yougoslavie produisent sous licence des pays occidentaux et avec des produits semi-finis, des pièces détachées, des pièces de rechange et des articles semi-manufactures importés. Leur production est placée sous la coupe des entreprises monopolistes de l’Occident.

    En fait, un grand nombre de produits industriels vendus en Yougoslavie comme marchandises du pays sont des assemblages de pièces détachées importées de l’étranger, sur lesquels figurent des marques de fabrique yougoslaves. Le Vesnik u sredu du 25 avril 1962 écrivait: « Certaines de nos entreprises industrielles commencent à se transformer en organisations commerciales d’un genre particulier. Au lieu de produire, elles s’occupent du montage, et ne font que coller leurs marques sur les produits d’autrui. »

    Dans ces circonstances, la Yougoslavie est devenue une partie intégrante du marché mondial du capital monopoliste occidental. Que ce soit dans le domaine des finances ou dans celui de l’économie, la Yougoslavie est indissolublement liée au marché mondial capitaliste, elle est devenue un appendice de l’impérialisme, plus particulièrement de l’impérialisme américain.

    Quand un pays socialiste aliène son indépendance et « sa souveraineté et devient un appendice de l’impérialisme, cela mène inévitablement à la restauration du régime capitaliste.

    La soi-disant voie spécifique d’édification du « socialisme » avec l’aide américaine, voie exaltée par la clique Tito, n’est rien d’autre que la voie de la transformation du système socialiste en système capitaliste en fonction des besoins de l’impérialisme, la voie qui conduit un pays indépendant à dégénérer en semi-colonie.

    Or, Khrouchtchev persiste à dire que cet appendice de l’impérialisme américain « édifie le socialisme ». N’est-ce pas absolument fantastique! Une variété nouvelle de « socialisme » portant l’estampille « aide américaine » est venue s’ajouter à ces faux socialismes de toutes nuances qui furent critiqués par Marx, Engels et Lénine. Il s’agit probablement de la « grande contribution » apportée par Tito et Khrouchtchev au « développement créateur du marxisme-léninisme »!

    UN DÉTACHEMENT CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE
    DE L’IMPÉRIALISME AMÉRICAIN

    À en juger par le rôle contre-révolutionnaire joué par la clique Tito dans les relations internationales, de même que par la politique étrangère réactionnaire appliquée par elle, on peut affirmer que la Yougoslavie est loin d’être un pays socialiste.

    Dans l’arène internationale, la clique Tito est un détachement spécial de l’impérialisme américain pour le sabotage de la révolution mondiale.

    Par son exemple de restauration du capitalisme en Yougoslavie, la clique Tito aide l’impérialisme américain à appliquer sa politique consistant à promouvoir dans les pays, socialistes  l’ »évolution pacifique ».

    Sous l’enseigne de pays socialiste, la clique Tito s’oppose avec frénésie au camp socialiste, s’emploie à le saper et est devenue un groupe de choc dans la campagne antichinoise.

    Sous le couvert du « non-engagement » et de la « coexistence active », elle cherche à saper le mouvement de libération nationale d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, et s’est mise au service du néocolonialisme américain.

    La clique Tito ne ménage aucun effort pour enjoliver l’impérialisme américain et paralyser la volonté de lutte des peuples du monde contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme.

    Sous l’enseigne de la lutte contre le « stalinisme », elle répand partout son venin révisionniste et s’oppose aux révolutions des peuples.

    Lors des nombreux événements internationaux importants survenus dans le monde durant ces dix et quelques dernières années, la clique Tito a invariablement joué le rôle de laquais de l’impérialisme américain.

    1. Révolution grecque. Le 10 juillet 1949, Tito annonça que la frontière entre la Yougoslavie et la Grèce était fermée aux partisans grecs. Mais dans le même temps il permettait aux troupes royalistes fascistes de Grèce de traverser le territoire yougoslave pour les prendre à revers. C’est de cette façon que la clique Tito aida les impérialistes américains et britanniques à étouffer la révolution du peuple grec.

    2. Guerre de Corée. Le 6 septembre 1950, Kardelj, alors ministre des Affaires étrangères de Yougoslavie, fit une déclaration dans laquelle il calomnia ouvertement la juste guerre de résistance du peuple coréen contre l’agression, et prit la défense de l’impérialisme américain. Le 1er décembre, dans son intervention au Conseil de Sécurité de l’O.N.U., le délégué de la clique Tito accusa la Chine de s’immiscer activement dans la guerre de Corée ». En outre, la clique Tito vota à l’O.N.U. pour l’application de l’ »embargo » contre la Chine et la Corée.

    3. Guerre de libération du peuple vietnamien. En avril 1954, à la veille de la Conférence de Genève sur la question de l’Indochine, la clique Tito s’évertua à calomnier la juste lutte du peuple vietnamien, prétendant que Moscou et Pékin se servaient du peuple vietnamien comme d’un « pion dans leur politique de guerre froide d’après-guerre » [1].

    Elle insinua que la glorieuse bataille du peuple vietnamien pour la libération de Bien Bien Phu « n’était pas un acte de bonne volonté » [2].

    4. Activités subversives contre l’Albanie. La clique Tito se livre depuis longtemps à des activités subversives et à des provocations armées contre l’Albanie socialiste. Elle a manigancé en 1944,1948, 1956 et 1960 quatre affaires de haute trahison. Entre 1948 et 1958, elle a entrepris, à plus de 470 reprises, des provocations armées à la frontière albano-yougoslave. En 1960, la clique Tito et les réactionnaires grecs, en coordination avec la Vie Flotte américaine en Méditerranée, complotèrent une attaque armée contre l’Albanie.

    5. Rébellion contre-révolutionnaire en Hongrie. La clique Tito joua le rôle honteux d’interventionniste et de provocateur dans la rébellion contre-révolutionnaire qui éclata en Hongrie, en octobre 1956. Après le déclenchement de la rébellion contre-révolutionnaire, Tito publia une lettre dans laquelle il exprimait son soutien aux mesures contre-révolutionnaires prises par le renégat Nagy.

    Le 3 novembre, la clique Tito informa Nagy qu’il trouverait asile à l’ambassade de Yougoslavie en Hongrie. Le 11 novembre, Tito déclara que la rébellion contre-révolutionnaire était une résistance des « éléments progressistes » et formula avec insolence la question de savoir qui l’emporterait, « la ligne yougoslave » ou « la ligne stalinienne ».

    6. Événements du Moyen-Orient. En 1958, l’impérialisme américain envoya des troupes occuper le Liban, et l’impérialisme britannique fit de même pour occuper la Jordanie. Cela suscita dans le monde une gigantesque vague de protestations, l’opinion exigea le retrait immédiat des troupes américaines et britanniques.

    À la session extraordinaire de l’Assemblée générale de l’O.N.U. réunie pour discuter de la situation au Moyen-Orient, Koca Popovic, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de Yougoslavie, déclara: « la question n’est pas de savoir si nous devons insister sur la condamnation ou l’approbation de l’action entreprise par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ». Il préconisa en outre une intervention de l’O.N.U., organisation placée sous le contrôle de l’impérialisme américain.

    7. Événements du détroit de Taïwan.  En automne 1958, l’Armée populaire de Libération de Chine effectua des bombardements d’artillerie sur l’île de Kinmen pour porter un coup aux activités provocatrices de l’impérialisme américain dans le détroit de Taïwan et châtier la bande de Tchiang Kaï-chek, laquais de l’impérialisme américain. La clique Tito calomnia la juste lutte menée par la Chine, en prétendant que c’était un « danger pour le monde entier » [3] « préjudiciable à la paix » [4].

    8. Incident de l’U2. En I960, les Etats-Unis envoyèrent un avion espion U2 dans l’espace aérien de l’U.R.S.S. et, de ce fait, torpillèrent la conférence au sommet des quatre puissances qui allait se tenir à Paris. Le 17 mai, Tito fit une déclaration attaquant la juste position prise alors par le gouvernement soviétique, prétendant que ce dernier avait créé un « différend d’envergure ».

    9. Lutte patriotique du peuple japonais contre l’impérialisme américain. En juin 1960, le peuple japonais engagea une juste lutte patriotique contré l’impérialisme américain, d’une envergure sans précédent. Or, la clique Tito défendit l’impérialisme américain, alléguant que l’occupation du Japon [5] par les Etats-Unis avait « concouru à la démocratisation de la vie politique au Japon ». Par la suite, elle s’en prit à Asanuma Yinejiro, alors président du Parti socialiste japonais, qui avait déclaré que « l’impérialisme américain est l’ennemi commun des peuples japonais et chinois », l’accusant de « préconiser une ligne extrémiste » [6].

    10. Lutte du peuple indonésien. La clique Tito s’est employée à saper la lutte du peuple indonésien contre l’impérialisme. Elle s’est livrée à des activités odieuses, cherchant à empêcher la constitution du cabinet « Nasakum » en Indonésie, c’est-à-dire d’un gouvernement d’union nationale, avec la participation des nationalistes, des milieux religieux et des communistes.

    11. Événements du Congo. En été 1960, lorsque l’impérialisme américain entreprit, sous le drapeau de l’O.N.U., une agression armée contre le Congo, la clique Tito non seulement vota à l’O.N.U. en faveur de l’impérialisme américain, mais encore, conformément à la volonté de ce dernier, envoya du personnel de l’aviation militaire participer directement à la sanglante répression du peuple congolais.

    12. Question laotienne. Lorsque l’impérialisme américain élargit son intervention au Laos en janvier 1961, la clique Tito répandit l’idée que les Etats-Unis « se souciaient réellement de la paix au Laos et de sa neutralisation » [7]. Lorsque l’impérialisme américain organisa en mai 1963 des assassinats politiques et des conflits armés au Laos, la clique Tito s’en prit aux forces patriotiques du Laos, les accusant de « tout imputer aux Etats-Unis » [8].

    13. Programme américain d’ »Alliance pour le Progrès ». En août 1961, les Etats-Unis contraignirent des pays d’Amérique latine à établir avec eux un programme dit d’ »Alliance pour le Progrès », nouvel instrument aux mains de l’impérialisme américain pour asservir les peuples d’Amérique latine. Ce programme d’agression se heurta à l’opposition véhémente des peuples de l’Amérique latine, mais la clique Tito en fit l’éloge, disant qu’il « répond dans une grande mesure aux exigences des pays de l’Amérique latine » [9].

    14. Conflit frontalier sino-indien. Depuis que les réactionnaires indiens ont créé en 1959 une tension à la frontière sino-indienne, la clique Tito n’a cessé de soutenir leur politique d’expansion et d’agression et leurs activités provocatrices contre la Chine.

    Elle a fait courir le bruit que « la démarcation de la frontière avait été achevée au début de ce siècle sous la forme de la fameuse ligne McMahon » [10], et, faisant l’impossible pour présenter les faits à l’envers, elle a accusé calomnieusement la Chine, en disant qu’ »elle s’est permise de réviser à son gré et par la force sa frontière avec l’Inde » [11], de se livrer à l’ »agression » contre l’Inde [12].

    15. Révolution cubaine et crise des Caraïbes. La clique Tito a fait un grand nombre de commentaires accusant Cuba de « ne croire qu’à la révolution » 13 et prétendant que la révolution cubaine « n’est pas un modèle mais plutôt une exception dans la voie révolutionnaire » [14].

    Lors de la crise des Caraïbes en automne 1962, la clique Tito défendit l’agression de l’impérialisme américain, disant que « les difficultés ont commencé lorsque la révolution cubaine s’attaqua au point sensible des compagnies américaines » [15] et qu’ »il est compréhensible que les Etats-Unis soient irrités par l’établissement de bases de fusées à Cuba, leur voisin immédiat » [16].

    De tout ce qui précède, on peut constater sans peine que durant ces dix et quelques dernières années, la clique Tito s’est opposée avec frénésie aux pays socialistes, qu’elle s’est employée à saper le mouvement de libération nationale et à diffamer la lutte révolutionnaire antiimpérialiste des peuples, qu’elle sert avec zèle l’impérialisme, plus particulièrement l’impérialisme américain.

    Khrouchtchev ne cesse de répéter que dans les problèmes internationaux, la position de la direction du P.C.U.S. « coïncide » et est en « accord » avec celle de la clique Tito [17].

    Bon, très bien! mais alors, nous voudrions vous demander si vos agissements coïncident et sont en accord avec toutes les criminelles machinations contre-révolutionnaires de la clique Tito. Vous êtes priés de répondre, si toutefois vous en avez le courage!


    [Notes des sources :

    1 Borda, 23 avril 1954.
    2 Borda, 8 mai 1954
    3 Slobodni Dom, 4 septembre 1958
    4 Slovenski Porocevalec, 9septembre 1958.
    5 Kommunist, 2 juin 1960.
    6 Bulletin de politique étrangère, Ier février 1962.
    7 Borda, 13 janvier 1961.
    8 Politika, 5 mai 1963.
    9 Kommunist, 17 août 1961.
    10 Rad, 12 septembre 1959.
    11 Borda, 26 décembre 1960.
    12 Politika, 3 septembre 1959.
    13 La Rébellion de Cuba, édité à Belgrade en novembre 1962.
    14 Politika, 1er janvier 1963.
    15 Kommunist, 13 septembre 1962.
    16 Politika, 13 novembre 1962.
    17 Allocution de N.S. Khrouchtchev prononcée le 24 août 1963 au Meeting de Split, en Yougoslavie.]

    LA DICTATURE PROLÉTARIENNE DÉGÉNÈRE
    EN DICTATURE BOURGEOISE

    Le fait que le capitalisme ait envahi la Yougoslavie, dans les villes comme à la campagne, que le secteur économique de la propriété du peuple entier ait dégénéré en économie du capitalisme d’Etat et que la Yougoslavie se soit transformée en un appendice de l’impérialisme américain, est dû, en dernière analyse, à la dégénérescence du Parti et du pouvoir politique.

    Au cours de la Seconde guerre mondiale, le Parti communiste de Yougoslavie et le peuple yougoslave menèrent une lutte héroïque contre les agresseurs fascistes allemands et italiens, renversèrent la domination réactionnaire de l’impérialisme et de ses laquais et instaurèrent un régime démocratique populaire de dictature du prolétariat.

    Peu après, le groupe dirigeant du Parti communiste de Yougoslavie, trahissant le marxisme-léninisme, s’engagea dans la voie du révisionnisme, c’est ainsi qu’en Yougoslavie le Parti et le pouvoir ont dégénéré et changé graduellement de nature.

    Le Parti communiste de Yougoslavie possédait une glorieuse tradition révolutionnaire. La trahison de la clique Tito se heurta d’abord à une vive opposition au sein du Parti. Pour réprimer cette opposition, la clique Tito usa du pouvoir détenu par elle pour évincer et exclure du Parti un grand nombre de communistes fidèles au marxisme-léninisme. Rien qu’entre 1948 et 1952, plus de 200.000 membres du Parti furent ainsi exclus, soit la moitié de l’effectif original du Parti communiste de Yougoslavie.

    Des marxistes-léninistes, des cadres révolutionnaires et de simples citoyens aux convictions révolutionnaires, accusés d’être des « éléments du Kominform », furent arrêtés en masse et exécutés. Le nombre des communistes et des éléments révolutionnaires actifs, arrêtés et emprisonnés, dépassa à lui seul 30.000. Dans le même temps, la clique Tito ouvrit les portes toutes grandes aux contrerévolutionnaires, aux éléments bourgeois, aux éléments antisocialistes de toutes nuances, et aux arrivistes qui cherchaient à monter en grade et à faire fortune au moyen de la carte du Parti.

    En novembre 1952, la clique Tito proclama que « le nom de Parti n’était plus approprié ». Elle changea le nom du Parti communiste de Yougoslavie, qui devint la Ligue des Communistes de Yougoslavie. Allant à l’encontre de la volonté de tous les communistes honnêtes du pays, la clique Tito altéra le caractère du Parti, celui de détachement d’avant-garde du prolétariat, et c’est de cette façon que la Ligue des Communistes de Yougoslavie est devenue, en fait, un instrument servant à maintenir le pouvoir dictatorial de la clique Tito.

    Dans les pays socialistes, le pouvoir se trouve sous la direction du Parti communiste. Que le Parti communiste dégénère en parti bourgeois, et le pouvoir change inévitablement de nature, la dictature du prolétariat dégénère en dictature bourgeoise.

    Le régime de dictature du prolétariat en Yougoslavie était le fruit d’une longue et héroïque lutte du peuple yougoslave. Mais après la trahison de la clique Tito, ce pouvoir changea de nature.

    La clique Tito proclame: « La dictature révolutionnaire du prolétariat, c’est-à-dire un moyen utilisé par le régime d’Etat socialiste, devient de moins en moins nécessaire » [E. Kardelj : « La nouvelle constitution de la Yougoslavie socialiste », Borda, 29 septembre 1962].

    N’existerait-il donc plus de dictature en Yougoslavie? Si, il y a dictature. La dictature du prolétariat a certes disparu, mais elle a été remplacée par la dictature bourgeoise, et c’est, une dictature fasciste des plus sauvages.

    Le régime de Tito a instauré un grand nombre de prisons et de camps de concentration de type fasciste ou des dizaines de milliers de révolutionnaires sont morts sous les tortures les plus inhumaines. En même temps, il a gracié de nombreux contre-révolutionnaires et éléments ayant trahi le pays lors de la guerre antifasciste.

    Dans une interview accordée le 7 janvier 1951 à un correspondant de l’United Press, Tito dit que 11.000 détenus politiques avaient été amnistiés en Yougoslavie. Le 13 mars 1962, 150.000 contre-révolutionnaires qui vivaient en exil à l’étranger furent, à leur tour, l’objet d’une amnistie. La dictature n’existe effectivement plus à l’égard de ces ennemis du peuple, et ceux-ci ont pu jouir de la « démocratie ».

    Quelles que soient les belles phrases dont use la clique Tito, sa soi-disant « démocratie » est une démocratie s’exerçant uniquement à l’égard d’un petit nombre d’éléments bourgeois, anciens et nouveaux; pour la grande masse des travailleurs, c’est la plus pure dictature.

    La clique Tito a transformé la machine d’Etat révolutionnaire, qui avait été instaurée en Yougoslavie pour réprimer une minorité de gens formant la classe exploiteuse, en une machine d’Etat ayant pour objectif la répression du prolétariat et de la grande masse des travailleurs.

    La dégénérescence du pouvoir d’Etat en Yougoslavie s’est produite non au moyen du renversement de l’ancien pouvoir par la violence et de l’établissement d’un nouveau pouvoir, mais par une « évolution pacifique ». Les mêmes individus — la clique Tito — détiennent le pouvoir. Mais en fait, ces gens ne représentent plus les intérêts des ouvriers, des paysans, les intérêts de tous les travailleurs, mais ceux de l’impérialisme et de la bourgeoisie, ancienne et nouvelle, de Yougoslavie.

    Utilisant le pouvoir, la clique Tito contrôle toutes les artères de l’économie nationale, exploite à outrance le peuple travailleur; c’est ainsi que s’est formée en Yougoslavie une bourgeoisie bureaucratique. Par ailleurs, du fait que celle-ci dépend « de l’impérialisme américain et possède un caractère comprador très accentué, elle est en même temps une bourgeoisie compradore. Le pouvoir détenu par la clique Tito est une dictature exercée par cette bourgeoisie bureaucratique et compradore.

    Les faits précités montrent, sous différents aspects, que la politique poursuivie par le régime de Tito est une politique de restauration et de développement du capitalisme, qui ramène la Yougoslavie à l’état de pays semi-colonial ou dépendant.

    La dégénérescence du pouvoir d’Etat en Yougoslavie a abouti à la destruction du système économique socialiste et à la restauration du système économique capitaliste. Quand le système économique capitaliste est rétabli sous une nouvelle forme et qu’une bourgeoisie bureaucratique et compradore de type nouveau s’est formée graduellement, celle-ci exige le renforcement de la dictature bourgeoise et le développement d’un système politique correspondant au système économique capitaliste afin de consolider sa position dominante.

    C’est précisément de cette manière que s’est réalisée pas à pas, en Yougoslavie, la dégénérescence du Parti et du pouvoir qui a abouti à la restauration du capitalisme dans l’ensemble du système socio-économique. Le processus de dégénérescence de la Yougoslavie se poursuit depuis quinze années. Il constitue une véritable histoire de l’ »évolution pacifique » par laquelle un pays socialiste devient un pays capitaliste.

    C’est en s’appuyant sur l’impérialisme américain, sur la machine d’Etat de la dictature de la bourgeoisie bureaucratique et compradore, sur l’aristocratie ouvrière à sa solde et sur les paysans riches à la campagne que la clique Tito maintient sa domination en Yougoslavie; en même temps, elle recourt à toutes sortes de moyens trompeurs pour masquer sa physionomie réactionnaire et mystifier les masses populaires.

    Cependant, sa politique réactionnaire est des plus impopulaires.

    Que la Yougoslavie, de pays socialiste, ait dégénéré en pays capitaliste, de pays indépendant, soit tombée au rang de semi-colonie ou de dépendance de l’impérialisme, ce sont là des phénomènes nuisibles aux intérêts fondamentaux du peuple yougoslave, qui ne peuvent que se heurter à l’opposition de tous les communistes honnêtes et des masses populaires yougoslaves, dans leur écrasante majorité.

    Nous éprouvons une profonde sympathie pour le peuple et les communistes yougoslaves actuellement dans une situation difficile. La clique Tito peut dicter sa loi pendant un certain temps, mais nous sommes persuadés que quelles que soient les pressions et les manœuvres trompeuses auxquelles il a recours, aucun groupe au pouvoir, s’il est hostile au peuple, ne peut avoir de fin heureuse.

    Il est évident que la clique Tito ne fera pas exception. Les hommes qui sont victimes d’une mystification finissent toujours par en prendre conscience. Le peuple et les communistes yougoslaves, qui possèdent une glorieuse histoire, ne laisseront pas cette clique de renégats disposer indéfiniment de leur sort. Le peuple yougoslave a devant lui un avenir radieux.


    LA POSITION DE PRINCIPE DU PARTI COMMUNISTE DE CHINE SUR LA QUESTION DE LA YOUGOSLAVIE

    Dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. prétend qu’il fut un temps où « les dirigeants du P.C.C. n’avaient aucun doute quant au caractère du régime socialiste en Yougoslavie » et qu’à présent, les dirigeants chinois « ont changé radicalement leur position dans la question yougoslave ».

    Certes, la Yougoslavie a été un pays socialiste et pendant un certain temps ce pays progressait dans la voie du socialisme.

    Mais avec la trahison de la clique Tito, le système social de la Yougoslavie ne tarda pas à dégénérer.

    En 1954, lorsque Khrouchtchev proposa l’amélioration des relations avec la Yougoslavie, nous consentîmes à la considérer comme un pays socialiste frère en vue d’œuvrer à son retour dans la voie du socialisme et de continuer à observer l’évolution de la clique Tito.

    Mais déjà à ce moment-là, nous ne mettions pas de trop grands espoirs en la clique Tito. Dans sa lettre du 10 juin 1954 adressée au Comité central du P.C.U.S., le Comité central du P.C.C. a souligné: On doit tenir compte du fait que les dirigeants yougoslaves étant déjà allés bien loin dans leurs rapports avec l’impérialisme, il se pourrait qu’ils repoussent les efforts tendant à les rallier, qu’ils refusent de revenir dans la voie socialiste, mais que « même si une telle situation apparaissait, le camp de la paix, de la démocratie et du socialisme n’en souffrirait pas sur le plan politique, tout au contraire, l’hypocrisie des dirigeants yougoslaves n’en apparaîtrait que mieux aux yeux du peuple yougoslave et des peuples du monde entier ».

    Hélas, nous avions vu juste! Comme on pouvait s’y attendre, la clique Tito a repoussé tous les efforts que nous avions déployés pour la rallier, elle est allée toujours plus loin dans la voie du révisionnisme.

    Après avoir refusé d’apposer sa signature au bas de la Déclaration de 1957, la clique Tito a avancé en 1958 un programme à cent pour cent révisionniste, elle a levé cette grande bannière du révisionnisme moderne et l’a opposée à la Déclaration de 1957, programme commun reconnu par tous les partis communistes et ouvriers. En Yougoslavie, le processus de restauration du capitalisme s’est accompli graduellement. Sur le plan international, la clique Tito se montre de plus en plus zélée en tant que détachement contre-révolutionnaire de l’impérialisme américain.

    Dans ces circonstances, l’attitude de chaque parti marxiste-léniniste vis-à-vis de la clique Tito n’est plus celle qui se doit envers un parti frère, un pays frère, ni celle consistant à la rallier, il s’agit de démasquer et de combattre résolument et de façon conséquente cette clique de renégats. La Déclaration de 1960 a clairement précisé ce point.

    La lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. élude à dessein toute une série de faits importants survenus après la Conférence des partis frères de novembre 1957, ainsi que les conclusions unanimes de la Conférence des partis frères de 1960, et c’est bien en vain qu’elle a cité, pour défendre la position erronée de la direction du P.C.U.S., une phrase de l’éditorial du Renmin Ribao du 12 septembre 1957 concernant la Yougoslavie.

    Les faits prouvent que notre position vis-à-vis de la clique Tito correspond à la réalité, qu’elle est une position de principe, qu’elle est conforme à l’accord commun de la Conférence de 1960 des partis frères. Et en s’efforçant par tous les moyens de réhabiliter la clique Tito, la direction du P.C.U.S. a montré par là même qu’elle a trahi le marxisme-léninisme, rejeté la Déclaration de 1960, qu’elle apporte son aide à l’impérialisme américain et à ses valets et cherche à tromper le peuple yougoslave et les autres peuples du monde.

    EST-CE TITO QUI « A ÉLIMINÉ SES ERREURS » OU BIEN KHROUCHTCHEV QUI A PRIS TITO POUR MAÎTRE?

    Khrouchtchev a dit que les dirigeants yougoslaves avaient éliminé beaucoup de ce qui était considéré comme erroné.

    Mais la clique Tito n’ayant pas reconnu qu’elle avait commis des erreurs, encore moins pourrait-il être question pour elle de les corriger. Elle a dit qu’elle « n’a nul besoin » [1] de se corriger, et que vouloir qu’elle le fasse, « ce serait tout simplement perdre son temps » [2], ce serait « tout bonnement superflu et ridicule » [3].

    Quels sont les faits? La clique Tito a-t-elle modifié son programme révisionniste? Non. A-t-elle accepté les Déclarations de 1957 et de 1960? Non plus. A-t-elle modifié sa politique révisionniste, tant intérieure qu’extérieure? Pas le moins du monde.

    La nouvelle Constitution adoptée en avril 1963 par l’Assemblée nationale fédérale de Yougoslavie a montré on ne peut plus clairement, que la clique Tito n’a modifié en rien sa position révisionniste. Cette Constitution a consacré sous forme juridique son programme à cent pour cent révisionniste. Dans son rapport sur le projet de la nouvelle Constitution, Kardelj a déclaré que cette Constitution est la « concrétisation sur les plans juridico-politique et d’organisation » des conceptions du programme de la L.C.Y.

    Si Khrouchtchev se met à fraterniser avec la clique Tito, si la plus grande intimité s’est établie entre eux, ce n’est pas parce que celle-ci a corrigé certaines de ses erreurs, mais bien parce que Khrouchtchev lui a emboîté le pas.

    Ici encore voyons les faits!

    1. En s’opposant à Staline, Tito s’oppose au marxisme-léninisme jusque dans ses fondements. C’est dans le même but que Khrouchtchev répudie totalement Staline.

    2. Tito et Khrouchtchev répudient les principes fondamentaux du marxisme-léninisme et attaquent les communistes chinois et les autres communistes qui s’en tiennent fermement au marxisme-léninisme, les qualifiant de « dogmatiques »; en même temps, ils dépeignent leur propre altération du marxisme-léninisme comme étant un « développement créateur » du marxisme-léninisme.

    3. Tito et Khrouchtchev s’attachent à faire l’éloge des chefs de file de l’impérialisme américain. Tito dit qu’Eisenhower « est un homme qui cherche à sauvegarder la paix » [4] et que les efforts de Kennedy « contribuent à l’amélioration des relations internationales et au règlement pacifique des problèmes brûlants du monde » [5] Khrouchtchev affirme, de son côté, qu’Eisenhower « aspire sincèrement à la paix » [6] et que Kennedy « se soucie du maintien de la paix » [7].

    4. Tito et Khrouchtchev s’efforcent d’aviver la terreur de la guerre nucléaire, afin d’intimider les peuples du monde pour qu’ils renoncent à la lutte révolutionnaire. Tito dit que la guerre nucléaire signifie l’ »anéantissement de l’humanité » [8]. Khrouchtchev affirme, lui aussi, à propos de l’éclatement d’une guerre nucléaire: « Nous détruirons notre Arche de Noé — la terre » [9].

    5. Tito et Khrouchtchev prêchent qu’ »un monde sans armes, sans armées et sans guerres » peut être réalisé alors même que l’impérialisme existe encore.

    6. Tito proclame que la « coexistence pacifique active » est la « pierre angulaire » [10] de la politique extérieure de la Yougoslavie. Khrouchtchev affirmé que la « coexistence pacifique » est la « ligne générale de la politique extérieure » de l’Union soviétique [11].

    7. Tito et Khrouchtchev prétendent que la possibilité du « passage pacifique du capitalisme au socialisme » est devenue plus grande. La clique Tito dit que « l’humanité pénètre irrésistiblement dans l’ère du socialisme par des voies variées » [12].

    Khrouchtchev dit que l’on peut remplacer la voie de la Révolution d’Octobre par la « voie parlementaire ».

    8. Tito prêche « l’intégration politique et l’intégration économique » dans le monde par la « compétition pacifique » [13].

    Khrouchtchev, lui aussi, préconise la « coopération générale » avec l’impérialisme par la « compétition économique pacifique ».

    9. La clique Tito s’emploie à saper dans tous les domaines le mouvement de libération nationale et les guerres de libération nationale. Khrouchtchev s’oppose au mouvement de libération nationale et aux guerres de libération nationale sous prétexte que « n’importe quelle petite ‘guerre locale’ renferme des étincelles susceptibles d’allumer un incendie mondial » [14].

    10. La clique Tito a supprimé la dictature du prolétariat. Sous le mot d’ordre: « l’Etat du peuple tout entier » Khrouchtchev a, lui aussi, supprimé la dictature du prolétariat.

    11. La clique Tito nie que le Parti communiste doive être le détachement d’avant-garde de la classe ouvrière. Khrouchtchev, de son côté, dit que le P.C.U.S. « est devenu le Parti du peuple tout entier » [15].

    12. Tito se déclare « en marge des blocs » et s’oppose au camp socialiste. Khrouchtchev dit que « les mots bloc et autres ne sont que choses temporaires »[16], ce qu’ils veulent, tous deux, c’est la suppression du camp socialiste.

    Et ainsi de suite.

    De tous ces faits, on ne peut que tirer la conclusion suivante: Sur le plan de la politique, tant extérieure qu’intérieure, Khrouchtchev a pris en fait Tito pour maître et, en suivant celui-ci pas à pas, il est tombé dans le révisionnisme.

    Jamais le grand peuple soviétique, riche de glorieuses traditions révolutionnaires, et l’écrasante majorité des communistes soviétiques et des cadres de tous les échelons, ne toléreront que Khrouchtchev trahisse le marxisme-léninisme, déchire la
    Déclaration de 1960 et fasse cause commune avec la clique du renégat Tito, cela étant tout à fait contraire aux intérêts de l’Union soviétique, aux intérêts du peuple soviétique et des peuples du monde entier.

    Jamais le grand peuple soviétique et les membres du P.C.U.S. ne consentiront à ce que Khrouchtchev pactise avec la clique Tito pour s’opposer aux partis frères qui s’en tiennent fermement au Marxisme-léninisme.

    Jamais le grand peuple soviétique et les membres du P.C.U.S. n’admettront que Khrouchtchev pactise avec la clique Tito et s’allie avec l’impérialisme pour combattre la Chine, l’Albanie socialistes et d’autres pays frères, pour saper le camp socialiste.

    Jamais le grand peuple soviétique et les membres du P.C.U.S. ne consentiront à ce que Khrouchtchev pactise avec la clique Tito et s’associe à la réaction pour combattre les peuples et s’opposer à la révolution.

    Jamais le grand peuple soviétique et les membres du P.C.U.S. ne consentiront à ce que Khrouchtchev entreprenne, à l’instar du révisionnisme yougoslave, de changer la nature du Parti et de l’Etat, de frayer la voie à la restauration du capitalisme.

    Khrouchtchev a assombri le ciel de l’Union soviétique, premier Etat socialiste du monde. Mais tant dans l’histoire du P.C.U.S. que dans celle de l’Union soviétique, ce ne sera qu’un intermède. Les hommes qui ont été induits en erreur et mystifiés pendant un certain temps finissent toujours par prendre conscience. L’histoire a prouvé et elle continuera à prouver que quiconque cherche à détourner le peuple soviétique de sa marche en avant, fait comme la mante qui veut barrer la route au char, jamais il ne parviendra à son but.

    [Source des notes :

    1 Allocution de J. Tito prononcée le 20 décembre 1962 à la gare de Belgrade.
    2 Intervention de J. Tito prononcée en avril 1958 au VIIe Congrès de la L.C.Y.
    3 Allocution de J. Tito prononcée le 20 décembre 1962 à la gare de Belgrade.
    4 Entretien de J. Tito avec le commentateur du New York Times le 20 février 1958
    5 Message de J. Tito à J.F. Kennedy, Borda, 21 janvier 1961
    6 Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en mai 1960 à la session de Soviet suprême.
    7 Lettre de N.S. Khrouchtchev à J.F. Kennedy du 27 septembre 1962.
    8 Rapport présenté le 19 avril 1958 par J. Tito à l’Assemblée nationale fédérale de Yougoslavie.
    9 Allocution de N.S. Khrouchtchev prononcée le 2 juillet 1960 à l’Association Autriche-U.R.S.S.
    10 Rapport de K. Popovic sur la politique extérieure présenté à l’Assemblée nationale fédérale de Yougoslavie, Borda, 27 février 1957.
    11 N.S. Khrouchtchev : rapport d’activité du Comité central du P.C.U.S. au XXe Congrès du Parti, février 1956.
    12 Programme de la L.C.Y.
    13 Interview accordée par J. Tito à D. Pearson, envoyé spécial du Washington Post, Borda, le 12 août 1962.
    14 Déclaration de N.S. Khrouchtchev du 8 juillet 1960 à une conférence de presse à Vienne.
    15 Rapport de N.S. Khrouchtchev sur le programme du P.C.U.S. présenté en octobre 1961 au XXIe Congrès du P.C.U.S.
    16 Interview accordée par N.S. Khrouchtchev le 28 août 1963 dans l’île yougoslave de Brioni.]

    BRÈVE CONCLUSION

    La restauration du capitalisme en Yougoslavie constitue pour le mouvement communiste international un nouvel enseignement historique.

    Elle nous apprend qu’après la prise du pouvoir par la classe ouvrière, il existe encore une lutte de classes entre la bourgeoisie et le prolétariat, une lutte entre les deux voies — capitalisme et socialisme, et que le danger de la restauration du capitalisme subsiste. La Yougoslavie fournit un exemple bien caractéristique de restauration du capitalisme.

    La restauration du capitalisme en Yougoslavie nous apprend qu’un parti de .la classe ouvrière peut, avant son accession au pouvoir, tomber sous la coupe de l’aristocratie ouvrière, dégénérer en un parti bourgeois et devenir un valet de l’impérialisme et même après son accession au pouvoir, tomber sous la coupe des nouveaux éléments bourgeois, dégénérer en un parti bourgeois et devenir un valet de l’impérialisme. La Ligue des Communistes de Yougoslavie fournit un parfait exemple de pareille dégénérescence.

    La restauration du capitalisme en Yougoslavie nous apprend que dans un pays socialiste, la restauration du capitalisme ne s’opère pas nécessairement par un coup d’Etat contre-révolutionnaire ni par une invasion armée de l’impérialisme, qu’elle peut se faire aussi par la dégénérescence du groupe dirigeant du pays. Il est toujours plus facile de prendre une forteresse de l’intérieur. La Yougoslavie en fournit un excellent exemple.

    La restauration du capitalisme en Yougoslavie nous apprend que le révisionnisme est le produit de la politique impérialiste. Le vieux révisionnisme fut le produit de la politique impérialiste de corruption et d’entretien de l’aristocratie ouvrière. Le révisionnisme moderne, lui aussi, a été engendré de cette façon.

    À présent, ces tentatives de corruption entreprises par l’impérialisme ont atteint une envergure telle que celui-ci est prêt à acheter à n’importe quel prix les groupes dirigeants des pays socialistes, pour réaliser par leur intermédiaire la politique d’ »évolution pacifique » prônée par lui.

    Si l’impérialisme américain considère la Yougoslavie comme le « bélier meneur du troupeau », c’est parce que celle-ci fournit un excellent exemple à cet égard. La restauration du capitalisme en Yougoslavie dessillera les yeux de tous les marxistes-léninistes du monde, ils se rendront compte, plus clairement encore, de la nécessité impérieuse qu’il y a de s’opposer au révisionnisme moderne.

    Il apparaît qu’aussi longtemps que l’impérialisme subsistera dans le monde, il n’y aura, pas lieu de dire que le danger d’une restauration du capitalisme dans les pays socialistes a disparu.

    La direction du P.C.U.S. proclame à cor et à cri qu’elle a déjà éliminé dans son pays le danger d’une restauration du capitalisme et qu’elle a entrepris l’édification du communisme. Bien entendu, s’il en était vraiment ainsi, nous nous en réjouirions.

    Mais force nous est de constater qu’elle imite la Yougoslavie en tous points et qu’elle s’est engagée dans une voie extrêmement dangereuse. Cet état de choses nous préoccupe beaucoup et nous affligé profondément.

    Avec tout l’attachement que nous éprouvons pour la grande Union soviétique et pour le grand P.C.U.S., nous voudrions lancer cet appel sincère aux dirigeants du P.C.U.S.: Camarades et amis, la voie yougoslave n’est absolument pas une voie à suivre! Revenez vite sur vos pas avant qu’il ne soit trop tard !

    =>Retour aux documents de la bataille chinoise contre le révisionnisme

  • Rédactions du Quotidien du peuple et du Drapeau Rouge : Les divergences entre la direction du P.C.U.S. et nous – leur origine et leur évolution (1963)

    Rédaction du Renmin Ribao et Rédaction du Hongqi, 6 septembre 1963

    Plus d’un mois s’est écoulé depuis que le Comité central du Parti Communiste de l’Union soviétique a publié, le 14 juillet, la lettre ouverte aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union soviétique. La publication de cette lettre par la direction du P.C.U.S. et les actions entreprises ultérieurement par elles ont porté les relations sino-soviétiques au bord de la rupture et les divergences du mouvement communiste international à une phase d’une gravité sans précèdent.

    A présent, la plus grande intimité s’est établie entre Moscou, Washington, New Delhi et Belgrade; et les journaux et périodiques soviétiques publient des pages entières d’arguments étranges par lesquels on s’en prend à la Chine.

    Trahissant ouvertement le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien, répudiant avec impudence les Déclarations de 1957 et de 1960 et violant d’une manière flagrante le Traité sino-soviétique d’Amitié, d’Alliance et d’Assistance mutuelle, la direction du P.C.U.S. s’est alliée à l’impérialisme américain, aux réactionnaires indiens et à la clique du renégat Tito pour s’opposer à la Chine socialiste et à tous les partis marxistes-léninistes.

    Les divergences existant actuellement au sein du mouvement communiste international, celles entre les Partis chinois et soviétique concernent une série de questions de principe importantes. Dans sa lettre du 14 juin au Comité central du P.C.U.S., le Comité central du P.C.C. a exposé de façon systématique le fond de ces divergences sous tous leurs aspects.

    Il a souligné dans cette lettre qu’elles consistent en dernière analyse en ce qui suit : rester fidèle aux principes révolutionnaires des Déclarations de 1957 et de 1960, ou les abandonner, s’en tenir au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien ou les rejeter, vouloir ou non faire la révolution et lutter contre l’impérialisme, vouloir ou non l’unité du camp socialiste et celle du mouvement communiste international.

    Comment les divergences du mouvement communiste international, les divergences entre la direction du P.C.U.S. et nous ont-elles surgi? Comment se sont-elles développées jusqu’à atteindre la gravité qu’elles connaissent actuellement? Ce sont là des questions auxquelles tout le monde s’intéresse.

    Dans l’article « D’où proviennent les divergences? »(Editorial du Renmin Ribao du 27 février 1963), nous avions exposé succinctement l’origine et l’évolution des divergences au sein du mouvement communiste international. A l’époque, nous avons volontairement laissé de côté certains faits ayant trait à cette question, et en particulier certains faits importants impliquant les dirigeants du P.C.U.S., cela afin de leur laisser une issue, tout en étant prêts à mettre la vérité en lumière et à tirer au clair le vrai et le faux en cas de nécessité. Mais comme la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S abonde en mensonges sur la question de l’origine des divergences et de leur évolution et altère complètement la vérité, nous nous voyons dans l’obligation de donner une explication plus détaillée en rappelant certains faits.

    Dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. n’ose pas faire connaître la vérité aux membres du Parti et aux masses populaires. Au lieu d’agir en toute clarté et de rechercher la vérité à partir des faits, attitude que tout marxiste-léniniste se doit d’observer, la direction du P.C.U.S. a recours à la déformation des faits, inverse le vrai et le faux, méthodes couramment employées par les politiciens bourgeois, et ce faisant, elle s’emploie à rejeter sur le P.C.C. la responsabilité de l’apparition et de l’extension de ces divergences.

    Lénine a dit : « L’honnêteté en politique est l’expression de la force, et l’hypocrisie — l’expression de la faiblesse. » (V.I. Lénine :  » Notes polémiques « , Œuvres, tome 17)

    Les marxistes-léninistes ont toujours adopté une attitude d’honnêteté et respecté les faits. Seuls ceux qui ont dégénéré sur le plan politique se nourrissent de mensonges.

    Rien n’est plus éloquent que les faits. Ce sont les faits qui apportent le meilleur témoignage. Passons-les donc en revue !

    LES DIVERGENCES ONT SURGI
    AVEC LE XXe CONGRES DU P.C.U.S.

    Un dicton chinois dit : « Trois pieds de glace ne peuvent être l’œuvre d’un jour de gel ». Les divergences actuelles au sein du mouvement communiste international ne datent évidemment pas d’aujourd’hui. La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. répand l’idée que les divergences du mouvement communiste international auraient été provoquées par la publication en avril 1960 de trois articles contenus dans « Vive le léninisme ». C’est là un mensonge de taille.

    Et en quoi consiste la réalité?

    La réalité est que les divergences de principe au sein du mouvement communiste international ont pris naissance il y a plus de sept ans.

    Pour parler plus concrètement, elles ont surgi en 1956 avec le XXe Congrès du P.C.U.S.

    Le XXe Congrès du P.C.U.S. fut le premier pas de la direction du P.C.U.S. dans la voie du révisionnisme. Et depuis, la ligne révisionniste de la direction du P.C.U.S, a connu le processus suivant: naissance, formation, développement et systématisation. La connaissance de cette ligne révisionniste a passé également par un processus d’approfondissement graduel.

    Nous avons toujours soutenu que nombre de vues formulées par le XXe Congrès du P.C.U.S. à propos des luttes internationales et du mouvement communiste international actuels sont erronées et contraires au marxisme-léninisme.  La répudiation totale de Staline sous prétexte de « lutte contre le culte de la personnalité » et le passage pacifique au socialisme par la soi-disant « voie parlementaire » constituent, en particulier, deux erreurs de principe d’une extrême gravité.

    La critique de Staline par le XXe Congrès du P.C.U.S. fut erronée, aussi bien du point de vue du principe que de celui de la méthode.

    La vie de Staline fut celle d’un grand marxiste-léniniste, d’un grand révolutionnaire prolétarien. Dans les trente années qui suivirent la mort de Lénine, Staline fut le principal dirigeant du P.C.U.S. et du gouvernement soviétique, le guide universellement reconnu du mouvement communiste international, le porte-drapeau de la révolution mondiale.

    Durant sa vie, Staline a commis des erreurs graves, mais en comparaison de ses grands mérites, ces erreurs sont malgré tout d’importance secondaire. Staline a de grands mérites dans le développement de l’Union soviétique et du mouvement communiste international.

    Nous avons souligné dans A propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat publié en avril 1956 :

    Après la mort de Lénine, Staline, en tant que dirigeant principal du Parti et de l’Etat, a appliqué et développé de façon créatrice le marxisme-léninisme. Dans la lutte pour la défense de l’héritage du léninisme contre ses ennemis — les trotskystes, les zinoviévistes et autres agents de la bourgeoisie —, Staline a traduit la volonté du peuple et s’est avéré un combattant éminent du marxisme-léninisme.

    Si Staline a gagné le soutien du peuple soviétique et a joué un important rôle historique, c’est avant tout parce qu’il a défendu, avec les autres dirigeants du Parti communiste de l’Union soviétique, la ligne de Lénine relative à l’industrialisation du pays des Soviets et à la collectivisation de son agriculture.

    Le Parti communiste de l’Union soviétique, en mettant à exécution cette ligne, a fait triompher le socialisme dans son pays et a créé les conditions pour la victoire de l’Union soviétique dans la guerre contre Hitler. Toutes ces victoires remportées par le peuple soviétique s’accordent avec les intérêts de la classe ouvrière du monde entier et de toute l’humanité progressiste, c’est pourquoi le nom de Staline jouit, tout naturellement, d’une immense gloire dans le monde.

    Les erreurs de Staline doivent être critiquées. Mais dans son rapport secret au XXe Congrès du P.C.U.S., le camarade Khrouchtchev a complètement répudié Staline, défigurant la dictature du prolétariat, le système socialiste, le grand Parti communiste de l’Union soviétique, la grande Union soviétique et le mouvement communiste international.

    Loin d’utiliser la méthode de critique et d’autocritique qui est celle d’un parti révolutionnaire prolétarien et de faire consciencieusement et avec tout le sérieux nécessaire l’analyse et la synthèse de l’expérience historique de la dictature du prolétariat, il utilisa contre Staline des méthodes que l’on emploie contre l’ennemi, mettant toutes les erreurs sur le compte de Staline.

    Dans ce rapport secret, Khrouchtchev fabriqua quantité de mensonges, usa avec perfidie de paroles démagogiques, accusant Staline de « folie de la persécution », « d’arbitraire le plus grand », de « s’être engagé dans la voie des persécutions massives et de la terreur », de « n’étudier la situation intérieure et l’agriculture que d’après les films », d’ »élaborer les plans de batailles sur la mappemonde », prétendant encore que la direction de Staline était « devenue un obstacle sérieux sur la voie du développement de la société soviétique », etc. 

    Il nia tous les mérites que Staline s’était acquis en dirigeant le peuple soviétique dans la lutte résolue contre les ennemis de l’intérieur et de l’extérieur et ses efforts qui lui permirent de remporter de grands succès dans la transformation et l’édification socialistes ; il nia tous les mérites que Staline s’était acquis en dirigeant le peuple soviétique dans la défense et la consolidation du premier Etat socialiste du monde et ses efforts qui lui permirent de remporter la grande victoire de la guerre antifasciste; il nia tous les mérites que Staline s’était acquis en défendant et en développant le marxisme-léninisme.

    En répudiant totalement Staline au XXe Congrès du P.C.U.S., Khrouchtchev a au fond nié la dictature du prolétariat, nié les principes fondamentaux du marxisme-léninisme que Staline avait défendus et développés. C’est à ce Congrès précisément que Khrouchtchev commença, dans son rapport d’activité, à répudier le marxisme-léninisme dans une série de questions de principe.

    Dans son rapport, sous prétexte de « changements essentiels » intervenus, selon lui, dans le monde, Khrouchtchev avança la thèse du « passage pacifique ». La voie de la Révolution d’Octobre, a-t-il dit, était « la seule voie juste dans les conditions historiques d’alors »; mais maintenant que la situation a changé, a-t-il ajouté, il est possible de passer du capitalisme au socialisme par la « voie parlementaire ». Cette thèse erronée est, dans le fond, une révision manifeste de la doctrine marxiste- léniniste sur l’Etat et la révolution, une négation manifeste de la portée universelle de la voie de la Révolution d’Octobre.

    Egalement sous prétexte de « changements essentiels »  intervenus, selon lui, dans la situation mondiale, Khrouchtchev souleva dans ce même rapport la question de savoir si les principes du léninisme sur l’impérialisme, sur la guerre et la paix restaient valables, et ce fut, en fait, une altération de la doctrine de Lénine.

    Khrouchtchev considère le gouvernement américain et son chef comme étant de ceux qui résistent aux forces de guerre, et non pas comme les représentants des forces de guerre de l’impérialisme. Il dit: « … aux Etats-Unis sont encore fortes les positions des partisans de la solution par la guerre des problèmes non résolus et ces partisans continuent à faire énergiquement pression sur le président et le gouvernement ». Les impérialistes, ajoute Khrouchtchev, commencent à admettre la faillite de la politique des positions de force, et « certains symptômes de dégrisement commencent à se manifester » parmi eux.

    Ceci revient à dire qu’il est possible que le gouvernement américain et son chef ne représentent pas les intérêts de la bourgeoisie monopoliste des Etats-Unis, qu’ils renoncent à leur politique d’agression et de guerre et deviennent des forces défendant la paix.

    Khrouchtchev déclare: « Nous voulons être amis avec les Etats-Unis et coopérer avec eux dans la lutte pour la paix et la sécurité des peuples, ainsi que dans les domaines économique et culturel. » C’est précisément ce point de vue erroné qui, par la suite, se développa pour devenir la ligne de « coopération soviéto-américaine pour le règlement des problèmes mondiaux ».

    En déformant le juste principe de la coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents, principe énoncé par Lénine, Khrouchtchev présenta la coexistence pacifique comme la « ligne générale de la politique extérieure » de l’Union soviétique. Cela revient à exclure de la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes — ou à subordonner à sa politique dite de coexistence pacifique — l’entraide et la coopération entre eux, le soutien aux luttes révolutionnaires des peuples et nations opprimés.

    La série de questions soulevées par la direction du P.C.U.S. au XXe Congrès, en particulier la question de Staline et celle du « passage pacifique », ne constituent en aucune façon une affaire intérieure du P.C.U.S. seul, mais des questions importantes concernant tous les partis frères. Sans aucune consultation préalable des partis frères, la direction du P.C.U.S. tira des conclusions arbitraires, mit les partis frères devant le fait accompli et, sous prétexte de la « lutte contre le culte de la personnalité », intervint grossièrement dans les affaires intérieures de partis frères et de pays frères, subvertit leur direction et appliqua au sein du mouvement communiste international sa politique de sectarisme et de scissionnisme.

    Par la suite, le cours des événements a montré, toujours plus clairement, que c’est en partant de ces erreurs que les dirigeants du P.C.U.S. se sont mis à trahir et à altérer le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien.

    Le P.C.C. a toujours eu sur le plan des principes des opinions différentes au sujet du XXe Congrès du P.C.U.S. Les camarades dirigeants du P.C.U.S. le savent parfaitement.

    Cependant, la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. prétend obstinément que, dans le passé, le P.C.C. a donné un appui total au XXe Congrès du P.C.U.S. et que maintenant nous avons « fait volte-face » dans l’appréciation de ce Congrès, elle dit de notre position qu’elle consiste en « hésitations », « incertitudes » et « fausses déclarations », la direction du P.C.U.S. a l’ambition de masquer le ciel d’une seule main, cela est chose impossible.

    Laissons donc la parole aux faits :

    En fait, après le XXe Congrès, des camarades dirigeants du Comité central du P.C.C. ont, à plusieurs reprises, au cours d’entretiens inter-partis, solennellement critiqué les erreurs de la direction du P.C.U.S.

    En avril 1956, soit moins de deux mois après le XXe Congrès du P.C.U.S., le camarade Mao Tsé-toung a eu des entretiens, respectivement avec le camarade Mikoyan, membre du Présidium du Comité central du P.C.U.S. et l’ambassadeur de l’Union soviétique en Chine, et leur a fait part de notre opinion sur la question de Staline. Il a souligné notamment que « les mérites de Staline l’emportent sur ses erreurs » et qu’il importait de « faire une analyse concrète » et « une appréciation d’ensemble » à propos de Staline.

    Le 23 octobre 1956, alors qu’il recevait l’ambassadeur soviétique en Chine, le camarade Mao Tsé-toung a indiqué: « II est nécessaire de critiquer Staline, mais nous ne sommes pas d’accord avec la méthode utilisée. Il y a d’autres questions encore sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord ».  

    Le 30 novembre 1956, lorsqu’il recevait l’ambassadeur soviétique en Chine, le camarade Mao Tsé-toung a encore souligné que la politique et la ligne fondamentale appliquée durant la période où Staline était au pouvoir étaient justes, et qu’on ne devait pas traiter un camarade comme on traite un ennemi.

    Le camarade Liou Chao-chi, dans sa conversation avec des dirigeants du P.C.U.S. en octobre 1956, le camarade Chou Enlaï, dans sa conversation avec la délégation du P.C.U.S. au VIIIème Congrès du P.C.C. le 1er octobre 1956, de même qu’avec des dirigeants du P.C.U.S. le 18 janvier 1957, ont encore une fois exposé notre opinion sur la question de Staline et critiqué les erreurs commises par les dirigeants du P.C.U.S. Leurs principales erreurs sont: « absence totale d’une analyse d’ensemble » de Staline, « absence d’autocritique », et « absence de consultations préalables avec les autres partis frères ».

    Sur la question du passage pacifique, des camarades dirigeants du Comité central du P.C.C. ont exposé nos opinions divergentes lors des entretiens interpartis avec les camarades du P.C.U.S. En novembre 1957, le Comité central du P.C.C. a par ailleurs présenté par écrit au Comité central du P.C.U.S. ses « Thèses sur la question du passage pacifique » dans lesquelles sont exposés de façon complète et en termes explicites les points de vue du P.C.C.

    Au cours des entretiens inter-partis qu’ils ont eus à plusieurs reprises avec les camarades du P.C.U.S., des camarades dirigeants du Comité central du P.C.C. ont exposé de façon systématique nos points de vue sur la situation internationale et la stratégie du mouvement communiste international en se référant directement aux erreurs du XXe Congrès du P.C.U.S.

    Tous ces faits sont clairs comme le jour. Comment la direction du P.C.U.S. peut-elle mentir aussi effrontément et les rejeter catégoriquement ?

    Dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. tente de dissimuler ces faits importants, citant hors du contexte certaines paroles prononcées en public par les camarades Mao Tsé-toung, Liou Chao-chi et Teng Siao-ping, afin de démontrer que le P.C.C. a approuvé en bloc le XXe Congrès du P.C.U.S., mais c’est là peine perdue.

    En fait, à aucun moment et en aucun lieu, le P.C.C. n’a approuvé en bloc le XXe Congrès du P.C.U.S., il ne s’est jamais montré d’accord avec la répudiation totale de Staline et le point de vue du passage pacifique au socialisme par la « voie parlementaire ».

    Nous avons publié le 5 avril 1956, soit peu après le XXe Congrès du P.C.U.S., « A propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat »; puis, le 29 décembre 1956, « Encore une fois à propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat ».

    Tout en réfutant les calomnies anticommunistes de l’impérialisme et de la réaction, ces deux articles ont fait une analyse complète de la vie de Staline, affirmé la portée universelle de la voie de la Révolution d’Octobre, dressé le bilan de l’expérience historique de la dictature du prolétariat et critiqué en termes mesurés mais des plus explicites les thèses erronées du XXe Congrès du P.C.U.S. N’est-ce pas là un fait connu dans le monde entier?

    Après le XXe Congrès du P.C.U.S., le P.C.C. a continué de placer le portrait de Staline auprès des portraits des grands guides révolutionnaires Marx, Engels et Lénine. Cela n’est-il pas également un fait connu de tout le monde?

    Bien entendu, il convient de noter que du fait que l’impérialisme et les réactionnaires des différents pays exploitaient les erreurs du XXe Congrès du P.C.U.S. et se livraient avec frénésie à des activités antisoviétiques, anticommunistes et antipopulaires, nous n’avons pas, à l’époque, critiqué publiquement les erreurs du XXe Congrès, soucieux de l’intérêt de l’unité face à l’ennemi, prenant en considération l’embarras dans lequel se trouvaient les dirigeants du P.C.U.S., et compte tenu du fait que la direction du P.C.U.S. ne s’était pas encore aventurée aussi loin qu’aujourd’hui dans la répudiation du marxisme-léninisme. Nous espérions vivement que la direction du P.C.U.S. s’amenderait. Aussi nous sommes-nous toujours efforcés de rechercher ce qui était positif de sa part, et de lui accorder l’appui qui convenait et s’imposait quand les circonstances appelaient à s’exprimer publiquement.

    Mais même dans ces conditions, les camarades dirigeants du P.C.C. ont, toujours dans leurs discours publics exposé notre position à l’égard du XXe Congrès du P.C.U.S. essentiellement par une argumentation positive et du point de vue des principes.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. dit que le camarade Liou Chao-chi a approuvé en bloc le XXe Congrès du P.C.U.S. dans son rapport politique au VIIIe Congrès du P.C.C. Or, c’est précisément dans ce rapport que le camarade Liou Chao-chi a exposé l’expérience de la révolution chinoise, soulignant que la voie dite du « passage pacifique » est erronée et impossible.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. dit que le camarade Teng Siao-ping a approuvé intégralement, dans son rapport sur les modifications des Statuts du Parti présenté au VIlle Congrès du P.C.C., la  » lutte contre le culte de la personnalité  » menée par le XXe Congrès du P.C.U.S. Or, c’est justement dans ce rapport que le camarade Teng Siao-ping a exposé en détail la question du centralisme démocratique du Parti et la question des rapports entre les chefs et les masses et présenté le style correct et conséquent de notre Parti, critiquant en fait l’erreur de la « lutte contre le culte de la personnalité » du XXe Congrès du P.C.U.S.

    En quoi avons-nous eu tort en agissant de la sorte? N’est-ce pas précisément s’en tenir fermement aux principes et à l’unité, attitude que tout parti marxiste-léniniste se doit d’adopter?

    Comment peut-on affirmer que la position juste et conséquente du P.C.C. vis-à-vis du XXe Congrès du P.C.U.S. consiste en « hésitations », « incertitudes » et « fausses déclarations », et prétendre que c’est là une « volteface »?

    En lançant contre nous pareille accusation dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. croyait sans doute qu’il pourrait nier les critiques que nous avions faites dans le passé, car seul un petit nombre de dirigeants du P.C.U.S. en avaient connaissance, et qu’il pourrait recourir à des mensonges pour tromper les membres du P.C.U.S. et le peuple soviétique. Mais cette façon d’agir ne témoigne-t-elle pas précisément de leur propre hypocrisie?

    LES GRAVES CONSÉQUENCES
    DU XXe CONGRES DU P.C.U.S.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. proclame à cor et à cri que le XXe Congrès du P.C.U.S. a obtenu d’ »admirables résultats » et des  » résultats grandioses « .

    Mais l’histoire ne peut s’effacer. Tous ceux qui n’ont pas la mémoire courte se souviendront que les erreurs du XXe Congrès du P.C.U.S. n’ont nullement apporté ce que l’on a appelé « admirables résultats » ou « résultats grandioses », mais, au contraire, ont discrédité l’Union soviétique, la dictature du prolétariat, le socialisme et le communisme, donné à l’impérialisme, aux réactionnaires et à tous les autres ennemis du communisme une excellente occasion d’en tirer profit et entraîné des conséquences extrêmement graves au sein du mouvement communiste international.

    A l’époque, l’impérialisme et les réactionnaires ont fait montre d’une arrogance insolente et déclenché à l’échelle mondiale une vaste campagne antisoviétique, anticommuniste et antipopulaire. Considérant la violente lutte engagée contre Staline par la direction du P.C.U.S. comme un acte « convenant plus que jamais à nos objectifs » (Discours radiodiffusé de T.C. Streibert, directeur du U.S. Information Agency, 11 juin 1956), les impérialistes américains ont prétendu ouvertement se servir du rapport secret de Khrouchtchev comme d’une « arme pour détruire le prestige et l’influence du mouvement communiste » (La crise du communisme, éditorial du New York Times, 2 juin 1956) et ont saisi l’occasion pour prêcher l’ »évolution pacifique » (Déclaration de J.F. Dulles du 3 avril 1956 à une conférence de presse) de l’Union soviétique.

    A ce moment, la clique Tito manifesta une extrême insolence. Sous le slogan réactionnaire de l’ »anti-stalinisme », elle déchaîna des attaques furieuses contre la dictature du prolétariat et le système socialiste. Elle déclara bruyamment que le XXe Congrès du P.C.U.S. avait « créé bien des facteurs » pour « la nouvelle tendance » apparue en Yougoslavie et qu’ »il s’agit maintenant de savoir si c’est cette ligne qui triomphera ou bien si la ligne stalinienne régnera de nouveau ». (Discours de J. Tito fait à Pula le 11 novembre 1956)

    En ce temps-là, les trotskistes, ennemis du communisme, qui étaient aux abois, menaient des activités fébriles. La IVe Internationale déclara dans son « Manifeste aux travailleurs et aux peuples du monde entier »: « … lorsque les dirigeants du Kremlin avouent eux-mêmes les crimes de Staline, ils reconnaissent implicitement que la lutte inlassablement menée… par le mouvement trotskiste mondial contre la dégénérescence de l’Etat ouvrier était pleinement justifiée. »

    Les erreurs du XXe Congrès ont provoqué une confusion idéologique extrême au sein du mouvement communiste international et permis au courant révisionniste de s’étendre. Dans nombre de Partis communistes, des renégats ont lancé, de concert avec l’impérialisme, les réactionnaires et la clique Tito, des attaques contre le marxisme-léninisme et le mouvement communiste international.

    Les événements les plus saillants qui se sont produits durant cette période concernent les relations soviéto-polonaises et la rébellion contre-révolutionnaire en Hongrie. Ils sont différents de par leur nature, mais dans les deux cas, la direction du P.C.U.S. a commis de graves erreurs.

    Elle a commis l’erreur du chauvinisme de grande puissance, en mobilisant des troupes pour soumettre par la force les camarades polonais. Au moment critique où les forces contre-révolutionnaires de Hongrie occupaient Budapest, la direction du P.C.U.S. avait tenté à un moment donné d’adopter une politique capitulationniste et d’abandonner la Hongrie socialiste à la contre-révolution.

    Ces erreurs commises par la direction du P.C.U.S. ont donné lieu à des activités effrénées parmi tous les ennemis du communisme, créant de graves difficultés à bon nombre de partis frères et portant un sérieux préjudice au mouvement communiste international.

    Face à une telle situation, les communistes chinois, avec d’autres partis frères qui s’en tiennent fermement au marxisme-léninisme, ont soutenu, avec force, qu’il fallait repousser l’offensive de l’impérialisme et de la réaction en vue de sauvegarder le camp socialiste et le mouvement communiste international.

    A ce moment-là, nous préconisions énergiquement l’adoption de toute mesure s’avérant nécessaire pour écraser la rébellion contre-révolutionnaire en Hongrie et nous étions fermement contre l’abandon de la Hongrie socialiste. Nous soutenions avec force qu’il fallait adopter des principes corrects pour régler les problèmes existant entre partis frères et entre pays frères, renforcer l’unité du camp socialiste, rejeter résolument les méthodes erronées de chauvinisme de grande puissance. En même temps, nous avons fait de grands efforts pour sauvegarder le prestige du P.C.U.S.

    La direction du P.C.U.S. fit sienne notre proposition, et, dans la « Déclaration sur le développement et le renforcement continuel des bases de l’amitié et de la coopération entre l’Union soviétique et les autres pays socialistes », publiée le 30 octobre 1956 par le gouvernement soviétique, elle fit un examen de certaines erreurs qu’elle avait commises dans le règlement des rapports entre pays frères. Le 1er novembre, le gouvernement chinois fit une déclaration, soutenant celle du gouvernement soviétique.

    Nous avons agi de la sorte dans l’intérêt du mouvement communiste international et aussi pour amener la direction du P.C.U.S. à en tirer la leçon sans retard, afin de se corriger et ne pas glisser encore plus bas dans la voie de la répudiation du marxisme-léninisme. Cependant, les faits ont prouvé par la suite que la direction du P.C.U.S. nous en avait gardé rancune et considérait le P.C.C., parti qui s’en tient fermement à l’internationalisme prolétarien, comme le plus grand obstacle à l’application de sa ligne erronée.

    LA CONFÉRENCE DES PARTIS FRÈRES
    RÉUNIE EN 1957 À MOSCOU

    La Conférence de 1957 des Représentante des Partis communistes et ouvriers s’est réunie à Moscou alors que venaient d’être repoussées les graves attaques de l’impérialisme et de toute la réaction contre le mouvement communiste international.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. déclare que le XXe Congrès du P.C.U.S. a joué un « rôle très important » dans l’élaboration de la ligne générale du mouvement communiste international. Les faits prouvent exactement le contraire. La conférence des partis frères de 1957 rejeta et rectifia précisément sur une série d’importantes questions de principe les vues erronées du .XXe Congrès.

    La célèbre Déclaration de 1957 adoptée par la Conférence de Moscou a fait le bilan des expériences du mouvement communiste international, formulé les tâches communes que les Partis communistes ont à accomplir dans leur lutte, affirmé la portée générale de la voie de la Révolution d’Octobre, dégagé les lois communes de la révolution et de l’édification socialistes, défini les normes régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères.

    La ligne commune du mouvement communiste international élaborée à la Conférence reflète les principes révolutionnaires du marxisme-léninisme, elle est à l’opposé des vues erronées, contraires au marxisme-léninisme, formulées par le XXe Congrès. Les normes régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères, définies dans la Déclaration, reflètent les principes de l’internationalisme prolétarien, elles sont à l’opposé du chauvinisme de grande puissance et du sectarisme de la direction du P.C.U.S.

    La délégation du P.C.C., qui était conduite par le camarade Mao Tsé-toung lui-même, accomplit un important travail durant la Conférence. D’une part, elle procéda à d’amples consultations avec la direction du P.C.U.S., engagea contre celle-ci une lutte nécessaire, appropriée, l’aidant à corriger ses erreurs; d’autre part, elle procéda à maintes reprises à un échange de vues avec les dirigeants d’autres partis frères, afin qu’un document commun, acceptable par tous, puisse être adopté.

    A cette Conférence, nos discussions avec la délégation du P.C.U.S. portaient essentiellement sur le passage du capitalisme au socialisme. Dans le projet de déclaration avancé à l’origine par elle, la direction du P.C.U.S. avait absolument tenu à insérer le point de vue erroné du XXe Congrès du P.C.U.S. sur le passage pacifique.

    Ce projet de déclaration ne mentionnait nulle part le passage non pacifique, mais traitait uniquement du passage pacifique qu’il présentait par surcroît comme « la conquête d’une majorité parlementaire et la transformation du parlement, instrument de la dictature bourgeoise, en un instrument authentique du pouvoir populaire ». Il s’agissait, en fait, de substituer la « voie parlementaire » prônée par les opportunistes de la Ile Internationale à la voie de la Révolution d’Octobre, d’altérer les principes fondamentaux du marxisme-léninisme sur l’Etat et la révolution.

    Le P.C.C. s’opposa résolument aux vues erronées formulées par la direction du P.C.U.S. dans son projet de déclaration. Nous fîmes connaître nos points de vue sur les premier et second projets de déclaration avancés par le Comité central du P.C.U.S. et, après y avoir fait un assez grand nombre de modifications importantes revêtant un caractère de principe, nous présentâmes notre propre projet révisé, sur la base duquel les délégations du P.C.C. et du P.C.U.S. engagèrent ensuite plusieurs discussions et élaborèrent le « Projet de déclaration rédigé en commun par le P.C.U.S. et le P.C.C. » qu’elles soumirent à l’examen des délégations des autres partis frères.

    Par suite des efforts conjugués de la délégation du P.C.C. et des délégations d’autres partis frères, la Conférence adopta finalement une déclaration qui présente, par rapport au projet initial de la direction du P.C.U.S.; deux modifications importantes sur la question du passage du capitalisme au socialisme.

    Primo, tout en faisant état de la possibilité du passage pacifique, elle indique la voie du passage non pacifique et souligne que « le léninisme enseigne et l’expérience historique confirme que les classes dominantes n’abandonnent pas de bon gré le pouvoir ». Secundo, tout en parlant de la conquête « d’une solide majorité parlementaire », elle met l’accent sur la nécessité « de développer largement la lutte de masse extraparlementaire, de briser la résistance des forces de la réaction et de créer les conditions nécessaires à la réalisation pacifique de la révolution socialiste ».

    En dépit de ces modifications, nous n’étions toujours pas satisfaits de la façon dont la question du passage du capitalisme au socialisme était exposée dans la Déclaration. Si nous fîmes des concessions, ce fut uniquement parce que nous tenions compte du désir, manifesté à plusieurs reprises par la direction du P.C.U.S. de voir la formule présentée en connexion avec celle du XXe Congrès du P.C.U.S.

    A l’époque, nous remîmes au Comité central du P.C.U.S. nos thèses sur la question du passage pacifique; nous y exposions de façon complète et claire les points de vue du P.C.C. sur cette question. Ces thèses soulignent notamment :

    « Dans la situation actuelle du mouvement communiste international, il serait avantageux, du point de vue tactique, d’émettre le désir de réaliser le passage pacifique, mais il ne convient pas d’insister trop sur la possibilité du passage pacifique. »  « Il faut être prêt à tout instant à faire face à une attaque contrerévolutionnaire et, au moment crucial de la révolution, alors que la classe ouvrière prendra le pouvoir, être prêt à abattre la bourgeoisie par la force au cas où celle-ci aurait recours à la force pour réprimer la révolution du peuple (recours qui est en général inévitable). » 

    « Conquérir une majorité parlementaire ne signifie pas briser la vieille machine d’Etat (principalement les forces armées), ni établir une nouvelle machine d’Etat (principalement les forces armées).  Si la machine d’Etat militaire et bureaucratique de la bourgeoisie n’est pas brisée, ou bien il sera impossible pour le prolétariat et ses sûrs alliés d’obtenir la majorité dans le parlement », « ou bien cette majorité demeurera précaire ». (Voir annexe I)

    Par suite des efforts communs de la délégation du P.C.C. et des délégations d’autres partis frères, la Déclaration de 1957 rectifia également les vues erronées formulées par la direction du P.C.U.S. au XXe Congrès à propos de l’impérialisme, de la guerre et de la paix, et des additifs ou des compléments importants furent apportés à son contenu sur une série de questions de principe.

    Rappelons les principaux : L’impérialisme américain est le centre de la réaction mondiale, le pire ennemi des masses populaires; si les impérialistes déclenchent une guerre mondiale, ils signeront leur propre condamnation; les lois communes de la révolution et de l’édification socialistes; le principe de l’union entre la vérité générale du marxisme-léninisme et la pratique concrète de la révolution et de la construction de chaque pays; l’importance de l’application du matérialisme dialectique au travail pratique; la prise du pouvoir par la classe ouvrière n’est que le début de la révolution, et non son couronnement; pour répondre à la question « qui l’emportera? » — le capitalisme ou le socialisme, il faut un laps de temps assez prolongé; l’influence bourgeoise est la source intérieure du révisionnisme, et la capitulation devant la pression de l’impérialisme en est la source extérieure; etc.

    En même temps, la délégation du P.C.C. fit des compromis nécessaires.

    La formulation concernant la question du passage pacifique mise à part, nous n’étions pas d’accord avec le passage sur le XXe Congrès du P.C.U.S. et nous proposâmes des modifications. Mais, prenant en considération la situation difficile dans laquelle la direction du P.C.U.S. se trouvait, nous n’insistâmes point pour que ce passage fût modifié. Nul n’aurait pu penser que ces concessions, que nous avions faites en tenant compte de l’intérêt général, seraient utilisées par la direction du P.C.U.S. comme prétexte pour approfondir les divergences et créer la division au sein du mouvement communiste international.

    A présent, la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. s’emploie, à tout propos, à assimiler les résolutions du XXe Congrès du P.C.U.S. à la Déclaration de 1957 pour tenter de substituer la ligne erronée du XXe Congrès à la ligne commune du mouvement communiste international.

    Nous avons dit il y a longtemps, et nous estimons aujourd’hui nécessaire de l’indiquer une fois de plus, qu’en fonction du principe d’indépendance et d’égalité entre partis frères, nul n’a le droit de forcer les autres partis frères à accepter les résolutions du Congrès d’un parti frère ou quoi que ce soit d’autre.

    Les résolutions d’un congrès d’un parti frère, quel qu’il soit, ne peuvent être considérées comme la ligne commune du mouvement communiste international, elles n’ont pas force de loi pour les autres partis frères. Seuls le marxisme-léninisme et les documents concertés des partis frères constituent les principes communs d’action qui ont force de loi pour nous comme pour tous les autres partis frères.

    LE DÉVELOPPEMENT DU RÉVISIONNISME
    DES DIRIGEANTS DU P.C.U.S.

    Après la Conférence de Moscou de 1957, nous avions espéré qu’avec la déclaration concertée des partis frères, la direction du P.C.U.S. saurait suivre la ligne définie par celle-ci et corriger ses erreurs. Malheureusement, contrairement à notre désir et à celui de tous les partis frères marxistes-léninistes, la direction du P.C.U.S. a transgressé de plus en plus sérieusement les principes révolutionnaires de la Déclaration et les normes régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères, elle s’est écartée toujours davantage de la voie du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien.

    Le révisionnisme pratiqué par la direction du P.C.U.S. a connu un nouveau développement. Ceci a accentué les divergences au sein du mouvement communiste international et les a amenées à un nouveau stade de développement.

    Ne tenant aucun compte de la conclusion commune de la Déclaration de 1957 selon laquelle l’impérialisme américain est l’ennemi des peuples du monde entier, la direction du P.C.U.S. s’est attachée avec zèle à rechercher la coopération avec l’impérialisme américain et à faire en sorte que les problèmes mondiaux soient réglés par les chefs de gouvernement de l’Union soviétique et des Etats-Unis.

    Particulièrement dans la période qui précéda et suivit les entretiens de Camp David, en septembre 1959, Khrouchtchev avait littéralement porté Eisenhower aux nues, le décrivant comme un homme qui « jouit de la confiance absolue de son peuple » (Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 28 septembre 1959 au Meeting de Moscou) et « se soucie autant que nous d’assurer la paix » (Conférence de presse donnée par N.S. Khrouchtchev à Washington le 27 Février 1959).

    Des camarades du P.C.U.S. exaltèrent autant qu’ils purent le soi-disant « esprit de Camp David » qu’Eisenhower avait lui-même nié, prétendant qu’il s’agissait d’ »une ère nouvelle dans les relations internationales » (Allocution de A.A. Gromyko présentée le 31 octobre 1959 à la session de Soviet suprême), d’ »un tournant de l’histoire » (Message adressé le 1er janvier 1960 par N.S. Khrouchtchev et K.Y. Vorochilov à D.D. Eisenhower à l’occasion de Nouvel An).

    Ne tenant aucun compte de la ligne révolutionnaire de la Déclaration de 1957, la direction du P.C.U.S. s’est employée, à travers les déclarations de Khrouchtchev et au moyen des journaux et périodiques soviétiques, à prôner bruyamment leur ligne révisionniste de  »coexistence pacifique », de « compétition pacifique » et de « passage pacifique », à exalter la « lucidité » et la « bonne volonté » de l’impérialisme, à proclamer qu’un « monde sans armes, sans armées et sans guerres » (Interview accordée par N.S. Khrouchtchev à R.J. Noble, directeur du journal argentin Clarin, le 30 décembre 1959) peut se réaliser, alors que la plupart des régions du monde sont encore dominées et contrôlées par l’impérialisme et que le désarmement général et complet « peut inaugurer une ère nouvelle dans le développement économique de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine » (Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 18 septembre 1959 devant l’Assemblée générale des Nations unies.), etc.

    Le P.C.U.S. a publié de nombreux ouvrages et articles dans lesquels il a altéré les principes fondamentaux du marxisme-léninisme, vidé celui-ci de son âme révolutionnaire et propagé ses vues révisionnistes à propos d’une série d’importantes questions de principe dans les domaines de la philosophie, de l’économie politique, de la doctrine du socialisme et du communisme, de l’histoire, de la littérature et des arts.

    La direction du P.C.U.S. s’est évertuée à imposer quantité de ses vues erronées aux organisations démocratiques internationales et à modifier leur ligne jusque-là correcte. La façon d’agir des camarades soviétiques à la session du Conseil général de la Fédération syndicale mondiale, tenue en juin 1960 à Pékin, en est un exemple frappant.


    Ne tenant aucun compte des principes régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères, principes définis par la Déclaration de 1957, la direction du P.C.U.S., tout en cherchant de mille façons à s’attirer les bonnes grâces de l’impérialisme américain, mena des activités outrancières contre la Chine.

    Elle considérait le P.C.C. qui s’en tenait fermement au marxisme-léninisme comme un obstacle à l’application de sa ligne révisionniste. Croyant avoir résolu ses problèmes intérieurs et « stabilisé » sa position, elle pensait pouvoir appliquer plus avant sa politique « d’amitié envers l’ennemi et d’inimitié envers l’ami ».

    La demande injustifiable formulée en 1958 par la direction du P.C.U.S. visant à placer la Chine sous son contrôle militaire se heurta au refus légitime et résolu du gouvernement chinois. Peu de temps après, en juin 1959, le gouvernement soviétique annula unilatéralement l’Accord sino-soviétique sur les techniques nouvelles de la défense nationale signé en octobre 1957 et refusa de fournir à la Chine les échantillons de bombes atomiques et les données techniques relatives à leur fabrication.

    Puis, à la veille de la visite de Khrouchtchev aux Etats-Unis, ne tenant nullement compte de ce que la Chine avait à maintes reprises exprimé une opinion différente, la direction du P.C.U.S. s’empressa de faire publier par l’Agence Tass, le 9 septembre 1959, une déclaration sur l’incident frontalier sino-indien, par laquelle elle prenait le parti de la réaction indienne. La direction du P.C.U.S. avait ainsi étalé les divergences sino-soviétiques devant le monde entier.

    L’annulation de l’accord sur les techniques nouvelles de la défense nationale et la publication de la déclaration sur le conflit frontalier sino-indien par la direction du P.C.U.S. constituaient un cadeau offert à Eisenhower par Khrouchtchev à la veille de sa visite aux Etats-Unis, dans le but de s’attirer les bonnes grâces de l’impérialisme américain et de préparer l’ »esprit de Camp David ».

    Les dirigeants du P.C.U.S. et les journaux et périodiques soviétiques ont lancé quantité d’attaques perfides contre la politique intérieure et extérieure du P.C.C. Et presque chaque fois, ce fut Khrouchtchev lui-même qui prit la tête de ces attaques.

    Ce dernier s’en est pris, par allusions, à l’édification socialiste de la Chine, disant qu’elle « est passée au-delà de l’étape appropriée » et que c’est du « communisme égalitaire » (N.S. Khrouchtchev : Rapport d’activité du Comité central du P.C.U.S. au XXIème Congrès du Parti, janvier 1959); il s’est attaqué aux communes populaires chinoises, prétendant qu’elles sont « en fait réactionnaires » (Entretien de N.S. Khrouchtchev avec le sénateur américain H.H. Humphrey le 1er décembre 1959). 

    Par des attaques voilées contre la Chine, il a laissé entendre que celle-ci était belliciste et coupable d’ »aventurisme » (Rapport de N.S. Khrouchtchev présenté en octobre 1959 à la seccion du Soviet suprême), etc. Après les entretiens de Camp David, il en vint à vanter à la Chine le plan des Etats-Unis visant à créer « deux Chines » et, lors du banquet d’Etat pour la célébration du Xe anniversaire de la République populaire de Chine, entreprit de lui faire la leçon en disant qu’il ne fallait pas « essayer de sonder par la force la stabilité du système capitaliste ».

    La ligne révisionniste et scissionniste suivie par la direction du P.C.U.S. a suscité une grande confusion dans les rangs du mouvement communiste international. L’impérialisme américain ne serait plus le pire ennemi des peuples du monde.

    Eisenhower a été accueilli par certains communistes comme un « messager de la paix ». Le marxisme-léninisme et la Déclaration de 1957 seraient périmés.

    Dans ces circonstances, pour défendre le marxisme-léninisme, sauvegarder la Déclaration de 1957, clarifier la confusion idéologique au sein du mouvement communiste international, le P.C.C. a fait paraître en avril 1960 le recueil de trois articles Vive le léninisme.

    Partant de notre position conséquente de maintien des principes et de l’unité, nous avons, dans ces trois articles, mis l’accent sur l’exposé des thèses révolutionnaires de la Déclaration de 1957, des principes fondamentaux du marxisme-léninisme sur l’impérialisme, la guerre et la paix, la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat.

    Les vues exprimées dans ces trois articles sont diamétralement à l’opposé de la série de vues erronées diffusées par la direction du P.C.U.S. Cependant, prenant en considération l’intérêt général, nous nous étions alors abstenus de critiquer publiquement les camarades du P.C.U.S. et avions dirigé principalement notre lutte contre les impérialistes et les révisionnistes yougoslaves.

    Dans sa lettre ouverte, le Comité central du P.C.U.S. s’est évertué à déformer et à attaquer le recueil de trois articles Vive le léninisme, sans pouvoir cependant avancer le moindre argument convaincant pour justifier ses attaques.

    Nous tenons à demander: Dans ces circonstances, aurions-nous dû garder le silence sur les vues erronées et les propos absurdes alors en vogue? N’est-il pas de notre droit et de notre devoir de nous dresser pour défendre le marxisme-léninisme et la Déclaration de 1957?

    L’ATTAQUE-SURPRISE
    DE LA DIRECTION DU P.C.U.S. CONTRE LE P.C.C.

    Huit jours à peine après la publication du recueil de trois articles Vive le léninisme, il se produisit deux événements: la violation de l’espace aérien de l’Union soviétique par un avion américain U2 et le sabotage de la conférence au sommet des quatre puissances par les Etats-Unis. C’en était fait de l’ »esprit de Camp David ». Le cours des événements a prouvé l’entière justesse de nos thèses.

    Face à l’ennemi, la nécessité s’imposait aux partis chinois et soviétique, ainsi qu’à tous les autres partis frères, d’éliminer les divergences, de renforcer l’unité et de mener la lutte en commun contre l’ennemi. Cependant, les choses sont allées à rencontre de ce souhait: En été 1960, les divergences au sein du mouvement communiste international s’élargirent, une vaste campagne dirigée contre le P.C.C. fut lancée et la direction du P.C.U.S. étendit les divergences idéologiques entre les partis chinois et soviétique au domaine des rapports entre Etats.

    Au début de juin 1960, le Comité central du P.C.U.S. avait proposé de réunir, à la faveur du IIIe Congrès du Parti ouvrier roumain qui allait se tenir le même mois à Bucarest, une conférence des représentants des partis communistes et ouvriers des pays socialistes afin d’y procéder à un échange de vues sur la situation internationale apparue à la suite du sabotage par les Etats-Unis de la conférence au sommet des quatre puissances. Le P.C.C. n’approuvait pas l’idée d’une réunion hâtive ni celle d’une rencontre des seuls représentants des partis communistes et ouvriers des pays socialistes.

    Nous avions alors formulé une proposition constructive visant à la convocation d’une conférence des représentants de tous les partis communistes et ouvriers du monde et estimions que d’amples préparatifs étaient indispensables pour assurer le succès de cette rencontre internationale. Notre proposition reçut l’approbation du P.C.U.S. Les deux Partis ont convenu par ailleurs que pour préparer une telle rencontre internationale, les représentants des partis frères au IIIe Congrès du Parti ouvrier roumain pouvaient procéder à un échange préliminaire d’opinions sur la date et le lieu de la réunion, sans prendre cependant aucune décision.

    A Bucarest, contrairement à toute attente, la direction du P.C.U.S. contrevint à ce qui avait été convenu et lança une attaque-surprise contre le P.C.C., dirigeant la lutte contre celui-ci au lieu de la diriger contre l’impérialisme américain. La Rencontre de Bucarest des représentants de partis frères eut lieu du 24 au 26 juin. En qualifiant cette Rencontre d’ »aide amicale » au P.C.C., la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. fait un pur mensonge.

    En fait, à la veille de la Rencontre, la délégation du P.C.U.S. conduite par Khrouchtchev distribua aux représentants de certains partis frères la lettre d’information du 21 juin du Comité central du P.C.U.S. au Comité central du P.C.C. ou en donna lecture aux représentants des autres partis frères. Cette lettre d’information qui calomnie et lance des attaques gratuites contre le P.C.C. dans tous les domaines est le programme de la campagne antichinoise déclenchée par la direction du P.C.U.S.

    Au cours de la Rencontre, Khrouchtchev prit l’initiative d’organiser une attaque convergente de grand style contre le P.C.C. Dans son discours, il se répandit en calomnies contre le P.C.C., le qualifiant de « fou », l’accusant de « vouloir déclencher une guerre », de « reprendre la bannière de la bourgeoisie monopoliste impérialiste », de faire preuve « du plus pur nationalisme » dans la question de la frontière sino-indienne, d’agir « à la Trotski » vis-à-vis du P.C.U.S. Des représentants de certains partis frères qui obéissaient à Khrouchtchev lui emboîtèrent le pas en lançant une vive attaque contre le P.C.C., l’accusant d’être « dogmatiste », « aventuriste gauchiste », « pseudo-révolutionnaire », « sectaire » et « pire que la Yougoslavie », etc.

    La campagne antichinoise déclenchée par Khrouchtchev lors de la Rencontre est également, de l’avis de nombreux partis frères, une attaque-surprise. Les représentants d’un certain nombre de partis frères marxistes-léninistes n’étaient pas d’accord avec ce procédé erroné de la direction du P.C.U.S.

    Au cours de la Rencontre, la délégation du Parti du Travail d’Albanie ayant refusé d’obéir à la baguette de la direction du P.C.U.S. et s’étant opposée avec fermeté à son activité scissionniste, celle-ci considéra le Parti du Travail d’Albanie comme une épine dans son pied. Depuis lors, elle a mené avec toujours plus d’acharnement des activités contre ce parti.

    Peut-on qualifier d’ »aide amicale » au P.C.C. l’attaque perfide lancée contre lui par la direction du P.C.U.S.? Absolument pas. Ce fut une grande démonstration antichinoise, montée d’avance par la direction du P.C.U.S. une grave et grossière violation des normes régissant les rapports entre partis frères telles qu’elles sont définies dans la Déclaration de 1957, une attaque de grande envergure des révisionnistes représentés par la direction du P.C.U.S. contre un parti marxiste-léniniste.

    Dans ces circonstances, pour défendre les positions du marxisme-léninisme et les normes régissant les rapports entre partis frères telles qu’elles sont définies dans la Déclaration, le P.C.C. engagea une lutte contre la direction du P.C.U.S. en lui répondant du tac au tac.

    Prenant en considération la situation générale, la délégation du P.C.C. à la Rencontre de Bucarest signa le communiqué de la Rencontre, mais elle distribua par ailleurs le 26 juin 1960, conformément aux directives du Comité central du P.C.C., une déclaration écrite dans laquelle elle soulignait que la façon d’agir de Khrouchtchev à la Rencontre de Bucarest avait inauguré un précédent des plus indignes dans le mouvement communiste international. La délégation du P.C.C. déclara solennellement :

    « Il existe entre le camarade Khrouchtchev et nous des divergences sur une série de principes fondamentaux du marxisme-léninisme « .   » L’avenir du mouvement communiste international dépend des exigences et de la lutte des peuples, de même que de la direction assurée par le marxisme-léninisme, il ne dépendra jamais de la baguette de qui que ce soit « . 

     » Notre Parti croit et obéit seulement à la vérité du marxisme-léninisme, et ne s’inclinera jamais devant les points de vue erronés, contraires au marxisme-léninisme ». (Voir annexe II)

    La direction du P.C.U.S. qui n’était pas parvenue, lors de la Rencontre de Bucarest, à soumettre le P.C.C. ne se résigna pas. Aussitôt après cette Rencontre, elle renforça sa pression sur la Chine en prenant toute une série de mesures pour étendre les divergences idéologiques entre les partis chinois et soviétique au domaine des rapports entre Etats.

    En juillet, le gouvernement soviétique décida brusquement et de façon unilatérale de retirer en un mois tous les experts soviétiques travaillant en Chine, déchirant ainsi plusieurs centaines d’accords et de contrats. L’Union soviétique déchira aussi de façon unilatérale l’accord portant d’une part sur la publication de la revue Drouzba (Amitié) par la Chine en Union soviétique et de la revue Su Zhong You Hao (Amitié soviéto-chinoise) par l’Union soviétique en Chine, et d’autre part sur leur diffusion sur une base de réciprocité, demanda sans raison valable au gouvernement chinois le rappel d’un membre de l’Ambassade de Chine et créa des complications à la frontière sino-soviétique.

    Il est évident que la direction du P.C.U.S. croyait qu’en agitant sa baguette de commandement, en rassemblant des nervis pour lancer une attaque convergente et en exerçant une forte pression politique et économique, elle pouvait forcer le P.C.C. à abandonner sa position fondée sur le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien, le forcer à se plier à sa volonté inspirée par le révisionnisme et le chauvinisme de grande puissance.

    Mais le P.C.C. et le peuple chinois, longtemps éprouvés et aguerris, ne sauraient se laisser abattre par les coups ni soumettre par la pression. Ceux qui s’imaginaient pouvoir nous faire fléchir en organisant une attaque convergente ou en faisant pression sur nous se sont totalement trompés dans leurs calculs.

    Quant à la vérité sur la détérioration par la direction du P.C.U.S. des relations sino-soviétiques, nous en traiterons de façon détaillée dans d’autres articles. Ici, nous nous bornerons à faire remarquer qu’à propos des relations sino-soviétiques, la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. est allée jusqu’à accuser la Chine d’avoir étendu les divergences idéologiques au domaine des rapports entre Etats ainsi que d’avoir réduit les relations commerciales sino-soviétiques, dissimulant ainsi délibérément le fait que le gouvernement soviétique a rappelé tous ses experts et déchiré unilatéralement plusieurs centaines d’accords et de contrats, et que ce sont précisément ces actions unilatérales de l’Union soviétique qui ont donné lieu à une réduction du commerce sino-soviétique.

    Il est vraiment navrant que la direction du P.C.U.S. en soit venue à tromper avec tant d’impudence les membres du P.C.U.S. et le peuple soviétique.

    LA LUTTE ENTRE LES DEUX LIGNES À LA CONFÉRENCE DES PARTIS FRÈRES RÉUNIE EN 1960

    Durant le second semestre de 1960, une lutte intense se développa dans les rangs du mouvement communiste international, autour de la convocation de la Conférence des Représentants des Partis communistes et ouvriers. Il s’agissait d’une lutte entre deux lignes, celle du marxisme-léninisme et celle du révisionnisme, et entre deux politiques, celle du maintien des principes et de l’unité et celle de l’abandon des principes et de la création de la scission.

    Avant la convocation de la conférence des partis frères, nombre d’indices montraient que la direction du P.C.U.S. s’accrochait obstinément à ses positions erronées, et s’efforçait, de surcroît, d’imposer sa ligne erronée au mouvement communiste international.

    Le P.C.C. était profondément conscient de la gravité des divergences. Dans l’intérêt du mouvement communiste international, nous avons déployé beaucoup d’efforts, espérant que la direction du P.C.U.S. n’irait pas trop loin dans la voie de l’erreur.

    Le 10 septembre 1960, le Comité central du P.C.C. répondit à la lettre d’information du 21 juin du Comité central du P.C.U.S. Dans cette réponse, le Comité central du P.C.C., raisonnant avec faits à l’appui, exposa systématiquement ses points de vue sur une série d’impôt tantes questions de principe relatives à la situation mondiale et au mouvement communiste international, réfuta les attaques portées contre nous par la direction du P.C.U.S., critiqua les points de vue erronés de celle-ci et remit au Comité central du P.C.U.S. une proposition constructive en cinq points pour le règlement des divergences et la réalisation de l’unité. (Pour cette proposition, voir annexe III)

    Peu après, dans le courant du mois de septembre, le Comité central du P.C.C. envoya une délégation à Moscou pour y avoir des entretiens avec la délégation du P.C.U.S. Au cours des entretiens, la délégation du P.C.C. indiqua que la direction du P.C.U.S., tout en enjolivant l’impérialisme américain, s’était vivement attaquée à la Chine et avait porté les divergences idéologiques entre les deux Partis au domaine des rapports entre Etats, traitant les frères en ennemis et les ennemis en frères. La délégation du P.C.C. invita maintes fois la direction du P.C.U.S. à se départir de cette position erronée, à revenir aux normes régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères, à renforcer l’unité entre les deux Partis, l’unité entre les Etats chinois et soviétique, à s’opposer à l’ennemi commun. Mais la direction du P.C.U.S. n’avait pas la moindre intention de corriger ses erreurs.

    Ainsi, une lutte acerbe était inévitable. Cette lutte s’engagea d’abord à la Commission de Rédaction où siégeaient les représentants de 26 partis frères, commission chargée de préparer les documents pour la conférence des partis frères. Par la suite, elle connut un acharnement sans précédent à la Conférence des Représentants des 81 Partis frères.

    Dans le courant du mois d’octobre, à la Commission de Rédaction réunie à Moscou, la direction du P.C.U.S. essaya de forcer l’adoption de son propre projet de déclaration qui contenait une série de vues erronées. Grâce à la lutte engagée par la délégation du P.C.C. et les délégations d’autres partis frères pour le maintien des principes, la Commission de Rédaction apporta, à l’issue d’un débat acharné, nombre de modifications ayant une importance de principe au projet de déclaration avancé par le P.C.U.S. Elle parvint à un accord sur la majeure partie du projet.

    Cependant, la direction du P.C.U.S, décidée à poursuivre la controverse, refusa de parvenir à un accord sur quelques problèmes importants, sujets à divergences, qui restaient à résoudre dans le projet de déclaration; de plus, Khrouchtchev, qui revenait justement de New York, alla jusqu’à rejeter les accords qui avaient été déjà conclus sur certains problèmes.

    En novembre 1960 se tint à Moscou la Conférence des Représentants des 81 Partis frères. Au mépris du désir de la délégation du P.C.C. et des délégations de nombreux autres partis frères d’éliminer les divergences et de renforcer l’unité, la direction du P.C.U.S. alla jusqu’à faire distribuer, à la veille de la Conférence, aux représentants des partis frères rassemblés à Moscou, une lettre de plus de 60.000 mots dans laquelle elle attaquait plus brutalement encore le P.C.C., soulevant ainsi une controverse plus acerbe que jamais.

    C’est dans cette ambiance des plus anormales que fut convoquée la Conférence des Représentants des 81 Partis frères. Le procédé indigne utilisé par la direction du P.C.U.S. porta la Conférence au bord de la rupture. Du fait que la délégation du P.C.C. et les délégations d’autres partis frères s’en étaient fermement tenus aux principes, avaient persisté dans la lutte et maintenu l’unité, et que, par ailleurs, les délégations de la grande majorité des partis frères voulaient l’unité et s’opposaient à la scission, la Conférence finit par aboutir à un accord et à des résultats positifs.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. dit qu’à cette Conférence, la délégation du P.C.C. « signa la déclaration seulement en voyant la menace de son isolement total ». C’est là un mensonge de plus.

    Où est la vérité?

    Durant la Conférence, comme dans la période qui la précéda, la direction du P.C.U.S. avait effectivement organisé une attaque convergente des représentants d’un certain nombre de partis frères contre le P.C.C., elle avait effectivement compté sur la soi-disant majorité pour amener à la soumission la délégation du P.C.C. et les délégations d’autres partis frères marxistes-léninistes, elle avait effectivement cherché à les obliger à accepter la ligne et les vues révisionnistes de la direction du P.C.U.S.

    Mais à la commission des 26 partis frères pour l’élaboration des projets comme à la Conférence des Représentants des 81 Partis frères, les tentatives de la direction du P.C.U.S. d’imposer sa volonté aux autres firent échec.

    Le fait est que nombre de thèses erronées contenues dans le projet de déclaration formulé par la direction du P.C.U.S. furent rejetées. En voici quelques exemples:

    Sa thèse erronée suivant laquelle la coexistence pacifique et la compétition économique sont la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes.

    Sa thèse erronée suivant laquelle l’apparition d’une nouvelle phase dans la crise générale du capitalisme résulterait de la coexistence pacifique et de la compétition pacifique.

    Sa thèse erronée sur la possibilité croissante du passage pacifique.

    Sa thèse erronée d’après laquelle les pays socialistes ne peuvent « agir isolément », thèse qui s’oppose en fait à ce que les pays socialistes suivent dans leur édification le principe consistant à s’appuyer essentiellement sur leurs propres forces.

    Sa thèse erronée concernant l’opposition à ce qu’elle appelle les « activités de groupes et de fractions » au sein du mouvement communiste international, thèse qui tend en réalité à faire obéir les partis frères à la baguette de la direction du P.C.U.S., à liquider les principes d’indépendance et d’égalité régissant les rapports entre partis frères, et à substituer au principe d’unanimité par voie de consultations le recours à la pression de la majorité pour soumettre la minorité.

    Sa thèse erronée sur la sous-estimation du grave danger que représente le révisionnisme moderne.

    Le fait est que nombre d’opinions correctes importantes, ayant un caractère de principe, formulées par la délégation du P.C.C. et les délégations d’autres partis frères furent inscrites dans la Déclaration.

    Ces opinions portent sur les thèmes suivants: la nature de l’impérialisme n’a pas changé; l’impérialisme américain est l’ennemi des peuples du monde entier; la formation du front uni le plus large contre l’impérialisme américain; le mouvement de libération nationale est une force importante pour prévenir une guerre mondiale; la réalisation complète de la révolution nationale et démocratique par les pays nouvellement indépendants; le soutien des pays socialistes et du mouvement ouvrier international à la lutte de libération nationale; dans certains pays capitalistes évolués placés sous la domination politique, économique et militaire de l’impérialisme américain, la classe ouvrière et les masses populaires dirigent le coup principal contre la domination de l’impérialisme américain de même que contre le capital monopoliste et d’autres forces de la réaction intérieure qui trahissent les intérêts nationaux; le principe de l’unanimité entre partis frères par voie de consultations; la lutte contre le révisionnisme qui vide le marxisme-léninisme de son âme révolutionnaire; les dirigeants de la Ligue des Communistes de Yougoslavie ont trahi le marxisme-léninisme; etc.

    Évidemment, il doit être signalé également que lorsque la direction du P.C.U.S. eut donné son accord pour que les thèses erronées formulées par elle ne figurent pas dans le projet de déclaration, et eut accepté les opinions justes d’autres partis frères, la délégation du P.C.C. et les délégations d’autres partis frères firent également des concessions.

    Par exemple, notre opinion différait sur la question du XXe Congrès du P.C.U.S. comme sur celle des formes du passage du capitalisme au socialisme, et ce n’est qu’en prenant en considération les besoins du P.C.U.S. et de certains autres partis frères que nous avons donné notre accord pour que les formulations de la Déclaration de 1957 concernant ces deux questions soient reprises intégralement dans celle de 1960.

    Mais, en même temps, nous avons dit à la direction du P.C.U.S. que c’était la dernière fois que nous lui concédions l’emploi de sa formulation concernant le XXe Congrès du P.C.U.S. et qu’à l’avenir nous ne le ferions plus.

    Des faits précités il ressort que la Conférence de Moscou de 1960 fut, du début à la fin, une lutte entre les deux lignes existant au sein du mouvement communiste international. Les erreurs de la direction du P.C.U.S. qui se manifestèrent à cette Conférence s’étaient encore développées par rapport à la période précédente. 

    Il ressortait clairement de son projet de déclaration et de ses interventions à la Conférence que la direction du P.C.U.S. cherchait à imposer aux partis frères sa ligne erronée qui, sur le plan politique, avait comme contenu essentiel ses vues erronées sur la « coexistence pacifique », la « compétition pacifique », le « passage pacifique » et, sur le plan d’organisation, la poursuite d’une politique erronée faite de sectarisme et de scissionnisme.

    C’était une ligne révisionniste, ligne diamétralement à l’opposé du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien. La délégation du P.C.C. et les délégations des autres partis frères marxistes-léninistes s’opposèrent résolument à cette ligne, et elles défendirent fermement la ligne du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien.

    Le résultat de la lutte menée à cette Conférence fut que la ligne et les vues révisionnistes de la direction du P.C.U.S. ont été, pour l’essentiel, rejetées et que la ligne marxiste-léniniste a remporté une victoire importante. Les principes révolutionnaires qui trouvent leur expression dans la Déclaration adoptée par la Conférence sont une arme efficace pour les partis frères du monde dans la lutte contre l’impérialisme, pour la paix mondiale, la libération nationale, la démocratie populaire et le socialisme, une arme efficace pour les marxistes-léninistes de tous les pays dans leur lutte contre le révisionnisme moderne.

    Au cours de cette Conférence, une critique sérieuse des vues erronées de la direction du P.C.U.S. ayant été faite par les partis frères fidèles au marxisme-léninisme, celle-ci se vit obligée d’accepter bon nombre d’opinions justes de partis frères.

    Ainsi prit fin une situation des plus anormales où il n’était pas toléré de critiquer, tant soit peu, les erreurs de la direction du P.C.U.S., cette dernière n’ayant qu’à ouvrir la bouche pour que ses paroles soient entérinées. Ce fut, au sein du mouvement communiste international, un événement d’une grande portée historique.

    Le Comité central du P.C.U.S. prétend dans sa lettre ouverte qu’à cette Conférence, la délégation du P.C.C. se trouvait dans un « isolement total ». La direction du P.C.U.S. ne cherche-t-elle pas tout simplement à se faire les joues rebondies en se frappant le visage.

    Cette Conférence refléta en outre le principe tant d’union que d’indépendance et d’égalité entre partis frères, le principe d’unanimité par voie de consultations; la façon d’agir erronée de la direction du P.C.U.S. qui chercha à utiliser la majorité pour soumettre la minorité, et à imposer ses opinions aux partis frères y fut mise en échec. Cette Conférence prouva une fois de plus que lorsqu’il s’agit de régler des divergences entre partis frères, il est absolument indispensable que les partis marxistes-léninistes s’en tiennent fermement aux principes, persévèrent dans la lutte et maintiennent l’unité.

    LA SYSTÉMATISATION DU RÉVISIONNISME
    DES DIRIGEANTS DU P.C.U.S.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. dit: « … leur signature au bas de la Déclaration de 1960 n’était pour les dirigeants du P.C.C. qu’une manœuvre ». Les faits sont-ils tels qu’on les présente? Non, c’est le contraire précisément : Ce n’est pas nous qui manœuvrons, mais la direction du P.C.U.S.

    Une série de faits prouvent que c’est parce qu’elle ne put faire autrement que la direction du P.C.U.S. consentit, à la Conférence des partis frères de 1960, à ce que des thèses erronées de son projet de déclaration soient élaguées; que son acceptation des thèses justes des partis frères n’était pas sincère. La direction du P.C.U.S. n’a aucune considération pour les documents concertés des partis frères. L’encre des signatures était à peine sèche au bas de la Déclaration de 1960 que la direction du P.C.U.S. entreprit de la violer.

    Khrouchtchev apposa sa signature sur la Déclaration, le 1er décembre, au nom du Comité central du P.C.U.S., et vingt-quatre heures après, en violation de l’accord des partis frères, le même Khrouchtchev parlait à profusion de la Yougoslavie, la présentant comme un pays socialiste, lors du banquet en l’honneur des délégations des partis frères.

    Après la Conférence des 81 Partis frères, la direction du P.C.U.S. viola toujours plus impudemment les Déclarations de 1957 et de 1960. Considérant comme un ami l’impérialisme américain, pourtant proclamé ennemi des peuples par la Déclaration de 1960, elle appelait à « la coopération américano-soviétique » et exprimait son désir d’œuvrer avec Kennedy pour « entreprendre la construction d’un solide pont de confiance, de compréhension mutuelle et d’amitié » (Message adressé le 4 juillet 1961 par N.S. Khrouchtchev et L.I. Brejnev à J.F. Kennedy à l’occasion du 185e anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis) ; en même temps, considérant certains partis et certains pays frères comme des ennemis, elle accélérait la détérioration des relations soviéto-albanaises.

    Le XXIIe Congrès du P.C.U.S., qui eut lieu en octobre 1961, marqua un nouveau sommet dans les efforts de la direction du P.C.U.S. pour s’opposer au marxisme-léninisme et pour diviser le camp socialiste et le mouvement communiste international. Il marqua la systématisation du révisionnisme que la direction du P.C.U.S. avait développé graduellement depuis le XXe Congrès.

    A ce Congrès, la direction du P.C.U.S. lança ouvertement de grandes attaques contre le Parti du Travail d’Albanie. Dans son intervention, Khrouchtchev alla jusqu’à appeler publiquement à renverser la direction des camarades Enver Hodja et Mehmet Shehu. C’est de cette façon que la direction du P.C.U.S. inaugura un précédent indigne en attaquant publiquement un parti frère au Congres d’un autre parti.

    Une autre entreprise d’envergure de la direction du P.C.U.S. à ce Congrès, fut de concentrer une fois de plus son action contre Staline, huit ans après la mort de celui-ci et cinq ans après sa répudiation totale par le XXe Congrès.

    Si la direction du P.C.U.S. a agi de cette façon, c’était en fin de compte pour rejeter les Déclarations, s’opposer au marxisme-léninisme et mettre en application une ligne révisionniste systématique.

    Le révisionnisme de la direction du P.C.U.S. trouve son expression concentrée dans le nouveau Programme du P.C.U.S. adopté à ce Congrès.

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. présente la ligne du XXIIe Congrès comme une ligne « qui a été approuvée aux Conférences des Représentants des Partis communistes et exprimé dans les Déclarations ». En affirmant pareille chose, la direction du P.C.U.S. ne se montre-t-elle pas trop étourdie? Comment peut-on dire que ce qui s’est passé en 1961 ait été « approuvé » ou « exprimé » en 1960 et même en 1957?

    Mais laissons de côté pour le moment cette absurde vantardise, il importe avant tout de voir quelle sorte de pacotille est le Programme du P.C.U.S. adopté au XXIIe Congrès.

    Que l’on examine, tant soit peu, le Programme et le rapport de Khrouchtchev, et l’on découvrira sans peine que la direction du P.C.U.S. a avancé un programme à cent pour cent révisionniste qui contrevient totalement aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme et aux principes révolutionnaires des Déclarations.

    Sur de nombreuses questions de principe importantes, ce Programme va à rencontre des Déclarations de 1957 et de 1960. Nombre de vues erronées de la direction du P.C.U.S., qui avaient été rejetées à la Conférence des partis frères de 1960, réapparaissent dans le Programme du P.C.U.S. Par exemple il fait de la coexistence pacifique le principe général de la politique extérieure, insiste unilatéralement sur la possibilité du passage pacifique et s’en prend au principe des pays socialistes consistant à s’appuyer sur leurs propres forces pour mener à bien leur édification, les accusant calomnieusement d’ »agit isolément », etc.

    Ce Programme pousse plus loin la systématisation de la ligne erronée appliquée depuis le XX Congrès par la direction du P.C.U.S.; le contenu essentiel de cette ligne est la  » coexistence pacifique », la « compétition pacifique » et le « passage pacifique ».

    Ce Programme soumet à une révision grossière la doctrine sur la révolution et la dictature prolétarienne et sur le parti du prolétariat, doctrine qui constitue le noyau du marxisme-léninisme, proclame que la dictature du prolétariat n’est déjà plus nécessaire en Union soviétique, que le P.C.U.S., détachement d’avant-garde du prolétariat, a changé de caractère, et avance la thèse absurde de l’  » Etat du peuple tout entier  » et du  » parti du peuple tout entier « .

    A la théorie marxiste-léniniste de la lutte de classes, ce Programme substitue l’humanitarisme; à l’idéal communiste il substitue le mot d’ordre bourgeois  » liberté « ,  « égalité  » et   » fraternité  « .

    C’est un programme par lequel on s’oppose à ce que les peuples qui vivent encore sous le joug de l’impérialisme et du capitalisme et qui représentent les deux tiers de la population mondiale fassent la révolution: un programme par lequel on s’oppose à ce que les peuples engagés dans la voie du socialisme et qui représentent le tiers de la population mondiale mènent la révolution jusqu’au bout; c’est un programme révisionniste de maintien et de restauration du capitalisme.

    Le P.C.C. s’oppose résolument aux erreurs du XXIIème Congrès du P.C.U.S. Le camarade Chou En-Laï, chef de la délégation du P.C.C. invitée au Congrès, y exposa dans son allocution la position de notre Parti et, par la suite, lors des entretiens avec Khrouchtchev et d’autres dirigeants du P.C.U.S., il critiqua en toute franchise les erreurs de la direction du P.C.U.S.

    Dans ses entretiens avec la délégation du P.C.C., Khrouchtchev rejeta complètement les critiques et conseils de celle-ci et même exprima ouvertement son soutien aux éléments antiparti du P.C.C.

    Khrouchtchev ne chercha nullement à dissimuler qu’après le XXème Congrès, lorsque les dirigeants du P.C.U.S. commencèrent à suivre « une autre voie que celle empruntée par Staline » (il s’agit, en l’occurrence, de la voie révisionniste), ils avaient encore besoin de l’appui des partis frères. Il dit notamment : « La voix du P.C.C. était alors d’une grande importance pour nous », « mais maintenant la situation a changé, « notre situation est bonne »; et « nous suivrons notre propre voie ».

    Ces propos de Khrouchtchev montrent que les dirigeants du P.C.U.S. ont pris le parti de poursuivre la voie du révisionnisme et de la scission. Aux conseils réitérés donnés en toute camaraderie par le P.C.C., ils ont fait la sourde oreille et n’ont pas manifesté le moindre signe de repentir.

    UN COURANT ANTI-MARXISTE-LÉNINISTE DE SCISSION
    DU MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL

    La lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. s’évertue à créditer qu’après le XXIIe Congrès, la direction du P.C.U.S. a « entrepris de nouvelles tentatives » pour améliorer les relations entre les deux partis, chinois et soviétique, et renforcer l’unité entre partis frères et entre pays frères.

    C’est là un mensonge de plus.

    Qu’en est-il en réalité?

    Les faits montrent que depuis le XXIIe Congrès la direction du P.C.U.S. viole de façon encore plus flagrante les principes régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères, et applique une politique de chauvinisme de grande puissance, de sectarisme et de scissionnisme, afin de mettre en application la ligne révisionniste systématique élaborée par elle et qui s’écarte totalement du marxisme-léninisme.
    Tout ceci a eu pour effet de détériorer toujours davantage les relations sino-soviétiques et de faire subir un grave préjudice à l’unité entre partis frères et entre pays frères.

    Voici les principaux faits relatifs au sabotage de l’unité sino-soviétique, de l’unité entre partis frères et entre pays frères, entrepris par la direction du P.C.U.S. depuis le XXIIe Congrès :

    1. La direction du P.C.U.S. s’efforce d’imposer sa ligne erronée au mouvement communiste international et de substituer son Programme révisionniste aux Déclarations.

    Elle présente sa ligne erronée comme « toute la série de principes léninistes du mouvement communiste international de ces dernières années » (Y. Andropov : « Le XXIIe Congrès du P.C.U.S. et le développement du système socialiste mondial », Pravda 2 décembre 1961), et son Programme révisionniste comme « le véritable Manifeste communiste de notre époque » (Discours de N.S. Khrouchtchev prononcé le 16 novembre 1961 à la réunion des travailleurs agricoles de l’Uzbékistan et autres républiques), comme « le programme commun des partis communistes et ouvriers et de tous les peuples de la communauté socialiste » (« L’Unité décuple les forces du communisme », éditorial de la Pravda du 25 août 1961).

    Si un parti frère n’accepte pas la ligne et le programme erronés du P.C.U.S. et s’en tient fermement aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme et aux principes révolutionnaires des deux Déclarations, il est considéré comme un ennemi par la direction du P.C.U.S. qui recourt à toutes sortes de procédés pour s’opposer à lui, l’attaquer, lui porter atteinte, et même a recours à la subversion contre sa direction.

    2. La direction du P.C.U.S. a entrepris, envers et contre tout, une action sans précédent dans l’histoire des relations entre partis frères et entre pays frères, en rompant les relations diplomatiques avec l’Albanie socialiste.

    3. La direction du P.C.U.S. a continué à faire pression sur la Chine, elle a attaqué perfidement le P.C.C. Dans sa lettre du 22 février 1962 au Comité central du P.C.C., le Comité central du P.C.U.S. nous a accusés d’avoir adopté ce qu’il appelait une « position particulière » et d’avoir suivi une ligne différente de l’orientation commune des partis frères, et même a considéré comme un crime le fait que nous soutenions le Parti du Travail d’Albanie, parti marxiste-léniniste.

    Comme condition à l’amélioration des relations sino-soviétiques, la direction du P.C.U.S. a en outre cherché à contraindre le P.C.C. à renoncer à la position du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien, à abandonner la ligne qu’il a toujours maintenue et qui correspond entièrement aux principes révolutionnaires des Déclarations, à accepter sa ligne erronée et à admettre comme un fait accompli sa violation des normes régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères.

    Que la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. ait fait grand cas des lettres adressées par celui-ci au Comité central du P.C.C. durant cette période, que Khrouchtchev ait tenu en octobre 1962 devant l’ambassadeur de Chine en U.R.S.S. des propos sur la nécessité de l’unité, etc., tout cela visait en fait ce but ignoble.

    4. Le Comité central du P.C.U.S. a repoussé la proposition des partis d’Indonésie, du Vietnam, de Nouvelle-Zélande et d’autres partis frères de convoquer une conférence des partis frères ainsi que la proposition constructive en cinq points pour préparer une conférence des partis frères, formulée par le Comité central du P.C.C. dans sa lettre du 7 avril 1962 au Comité central du P.C.U.S.

    Dans sa réponse du 30 mai 1962 au Comité central du P.C.C., le Comité central du P.C.U.S. a même exigé que les camarades albanais abandonnent leur position, en tant que condition préalable à l’amélioration des relations soviéto-albanaises et à la convocation d’une conférence des partis frères.

    5. En avril et mai 1962, la direction du P.C.U.S., par l’intermédiaire des organismes et du personnel soviétiques se trouvant en Chine, dans le Sinkiang, entreprit dans la région d’Ili des activités subversives de grande envergure, usant de promesses et de menaces pour attirer des dizaines de milliers de citoyens chinois en territoire soviétique.

    Malgré les protestations et démarches réitérées du gouvernement chinois, le gouvernement soviétique refusa de rapatrier ces citoyens chinois en invoquant « la légalité soviétique » (Mémorandum remis le 9 août 1962 par l’Ambassade de l’U.R.S.S. en Chine au Ministère des affaires étrangères de Chine) et ‘l’humanitarisme » (Mémorandum remis le 29 avril 1962 par l’Ambassade de l’U.R.S.S. en Chine au Ministère des affaires étrangères de Chine).

    Jusqu’à maintenant, cet incident n’a pas trouvé de solution. C’est là un fait stupéfiant, sans précédent dans l’histoire des relations entre pays socialistes.

    6. En août 1962, le gouvernement soviétique notifia formellement à la Chine que l’Union soviétique parviendrait à un accord avec les Etats-Unis sur la prévention de la dissémination nucléaire. Il s’agissait d’une conspiration soviéto-américaine tendant à monopoliser l’arme nucléaire et à priver la Chine du droit de posséder des armes nucléaires lui permettant de résister à la menace nucléaire des Etats-Unis. Le gouvernement chinois a plus d’une fois élevé des protestations à ce sujet.

    7. La direction du P.C.U.S. s’attache avec un zèle croissant à conclure des marchés politiques avec l’impérialisme américain et ne pense qu’à contracter une alliance réactionnaire avec Kennedy, n’hésitant pas, pour ce faire, à sacrifier les intérêts du camp socialiste et du mouvement communiste international.

    L’exemple frappant est la crise des Caraïbes au cours de laquelle la direction du P.C.U.S. versa dans le capitulationnisme en cédant au chantage nucléaire de l’impérialisme américain et en acceptant la proposition du gouvernement américain d’ »inspection internationale » qui était une atteinte à la souveraineté de Cuba.

    8. Avec un zèle croissant, la direction du P.C.U.S. entre en collusion avec les réactionnaires indiens, et s’emploie obstinément à former une alliance réactionnaire avec Nehru pour s’opposer à la Chine socialiste. Se tenant ouvertement du côté de la réaction indienne, la direction du P.C.U.S. et ses journaux et périodiques attaquent la juste position prise par la Chine dans le conflit surgi à la frontière sino-indienne et défendent le gouvernement Nehru.

    Les deux tiers de l’aide économique accordés à l’Inde par l’Union soviétique l’ont été après la provocation par les réactionnaires indiens du conflit frontalier sino-indien. La direction du P.C.U.S. a continué à accorder aux réactionnaires indiens une aide militaire même après l’éclatement, à la frontière sino-indienne, d’un conflit armé de grande envergure en automne 1962.

    9. Avec un empressement grandissant, la direction du P.C.U.S. entre en collusion avec la clique Tito, cherchant par tous les moyens à contracter une alliance réactionnaire avec le renégat Tito pour s’opposer à tous les partis marxistes-léninistes. Après le XXIIe Congrès, la direction du P.C.U.S. entreprit une série d’actions par lesquelles elle déchirait ouvertement la Déclaration de 1960 en vue de casser la condamnation frappant la clique Tito.

    10. Dès novembre 1962, la direction du P.C.U.S. entreprit, dans le cadre international, de s’opposer avec plus d’acharnement encore au P.C.C. et aux autres partis marxistes-léninistes, provoquant un nouveau contrecourant visant à diviser le camp socialiste et le mouvement communiste international.

    Le P.C.C. fut pris à partie sur toute une série de questions dans les très nombreux discours prononcés par Khrouchtchev ainsi que dans plusieurs centaines d’articles auxquels les journaux et périodiques soviétiques ont consacré des pages entières.

    Sous le commandement des dirigeants du P.C.U.S. les congrès de cinq partis frères: bulgare, hongrois, tchécoslovaque, italien et de la République démocratique allemande, devinrent le théâtre d’une grande démonstration antichinoise; plus de quarante partis frères publièrent des résolutions, déclarations ou articles par lesquels ils attaquaient le P.C.C. et d’autres partis marxistes-léninistes.

    La direction du P.C.U.S. est incapable de nier les faits précités. Ces faits incontestables montrent que les « nouvelles tentatives » entreprises par elle après le XXIIe Congrès du P.C.U.S. ne visaient nullement à rechercher une amélioration des relations sino-soviétiques, ni à renforcer l’unité des partis frères et des pays frères, mais tout au contraire, à renforcer sa collusion avec l’impérialisme américain, les réactionnaires indiens et la clique du renégat Tito, et à accentuer la division du camp socialiste et du mouvement communiste international.

    Dans des circonstances aussi graves, le P.C.C. n’a pu faire autrement que de répondre publiquement aux attaques d’un certain nombre de partis frères. Ainsi, du 15 décembre 1962 au 8 mars 1963, nous avons publié sept articles dans ce but. Dans ces articles, nous avons malgré tout ménagé une marge de retraite à la direction du P.C.U.S., en nous abstenant de la critiquer publiquement et nommément.

    Bien que par la faute de la direction du P.C.U.S. les relations sino-soviétiques aient été aussi gravement détériorées, le P.C.C. a consenti à envoyer une délégation à Moscou pour les entretiens entre les partis chinois et soviétique; en outre, en vue d’y procéder à un échange de vues systématique, il formula, dans sa réponse du 14 juin à la lettre du Comité central du P.C.U.S., ses propositions concernant la ligne générale du mouvement communiste international.

    Les faits ultérieurs ont montré non seulement que la direction du P.C.U.S. n’avait nullement le désir d’éliminer les divergences et de renforcer l’unité, mais encore qu’elle avait utilisé les entretiens entre les partis chinois et soviétique comme un écran de fumée pour détériorer davantage les relations sino-soviétiques.

    A la veille des entretiens entre les deux partis, par la publication d’une déclaration et l’adoption d’une résolution, la direction du P.C.U.S. attaquait publiquement et nommément le P.C.C.; dans le même temps, elle expulsa sans raison valable des membres du personnel de l’Ambassade de Chine en Union soviétique et des étudiants chinois.

    Alors que se déroulaient les entretiens, la direction du P.C.U.S. s’empressa de publier, le 14 juillet, c’est-à-dire à la veille des négociations tripartites américano-anglo-soviétiques, une lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. aux organisations du Parti et à tous les communistes de l’Union soviétique, dans laquelle elle lançait des attaques effrénées contre le P.C.C. Ce fut encore un « précieux » cadeau offert par la direction du P.C.U.S. à l’impérialisme américain pour s’attirer ses bonnes grâces.

    Aussitôt après, la direction du P.C.U.S. trahit ouvertement les intérêts du peuple soviétique, des peuples du camp socialiste, y compris ceux du peuple chinois, les intérêts de tous les peuples pacifiques, en concluant à Moscou avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne le traité sur l’arrêt partiel des essais nucléaires; les contacts se multiplièrent entre l’Union soviétique et l’Inde; et Khrouchtchev passa ses « vacances » en Yougoslavie; la presse soviétique déclencha une folle campagne antichinoise…

    Tous ces événements montrent avec évidence que la direction du P.C.U.S., passant outre à toutes les considérations, a pactisé avec l’impérialisme, avec la réaction et avec la clique du renégat Tito dans la lutte contre les pays frères socialistes et les partis frères marxistes-léninistes. Ceci a pleinement mis en lumière la ligne révisionniste et scissionniste de la direction du P.C.U.S.

    Actuellement, les clameurs du « chœur antichinois » de l’impérialisme, de la réaction et des révisionnistes redoublent d’intensité. Le mouvement anti-marxiste-léniniste, que dirige Khrouchtchev et qui crée la scission dans le camp socialiste et dans les rangs des communistes du monde entier, se poursuit avec toujours plus d’ampleur.

    QUE MONTRENT LES FAITS SURVENUS
    CES SEPT DERNIÈRES ANNÉES?

    En rappelant en détail l’origine des divergences et leur évolution, notre but est de faire une mise au point sur les faits déformés par la lettre ouverte du Comité central du P.C.U.S. et de faire connaître la vérité aux membres de notre Parti et à notre peuple, de même qu’à tous les marxistes-léninistes et tous les peuples révolutionnaires du monde.

    Les faits survenus ces sept dernières années montrent pleinement que les divergences qui ont surgi entre le P.C.C. et le P.C.U.S. et au sein du mouvement communiste international sont dues entièrement au fait que la direction du P.C.U.S. a répudié le marxisme-léninisme, répudié les principes révolutionnaires des Déclarations de 1957 et de 1960, appliqué une ligne révisionniste, scissionniste, au sein du mouvement communiste international. Le processus par lequel la direction du P.C.U.S. s’enfonce de plus en plus dans la voie révisionniste et scissionniste est le processus même du développement des divergences et de leur aggravation.

    Les faits survenus ces sept dernières années montrent pleinement que les divergences actuelles au sein du mouvement communiste international opposent ceux qui s’en tiennent à la ligne marxiste-léniniste à ceux qui s’en tiennent à la ligne révisionniste. Il s’agit de divergences entre ceux qui s’en tiennent à la ligne révolutionnaire et ceux qui s’en tiennent à la ligne non-révolutionnaire, à une ligne opposée à la révolution; de divergences entre ceux qui s’en tiennent à la ligne anti-impérialiste et ceux qui s’en tiennent à la ligne ce capitulation devant l’impérialisme; de divergences entre ceux qui s’en tiennent à l’internationalisme prolétarien et ceux qui s’en tiennent au chauvinisme de grande puissance, au sectarisme et au scissionnisme.

    Les faits survenus ces sept dernières années montrent pleinement que la voie suivie par la direction du P.C.U.S. est une voie qui mène à s’allier à l’impérialisme pour s’opposer au socialisme, à s’allier aux Etats-Unis pour s’opposer à la Chine, à s’allier à toute la réaction pour s’opposer à tous les peuples du monde, à s’allier à la clique du renégat Tito pour s’opposer aux partis frères marxistes-léninistes.

    Cette voie erronée de la direction du P.C.U.S. a permis aux idées révisionnistes de s’étendre sur le plan international, mis le mouvement communiste international face à un danger de scission d’une gravité sans précédent et fait subir un sérieux préjudice à la cause des peuples en lutte pour la paix mondiale, la libération nationale, la démocratie populaire et le socialisme.

    Les faits survenus ces sept dernières années montrent pleinement aussi que le P.C.C. a déployé de multiples efforts pour empêcher l’aggravation des événements, maintenir les principes, éliminer les divergences, renforcer l’unité et mener une lutte commune contre l’ennemi. Nous avons fait preuve d’une très grande retenue et du maximum de longanimité.

    Le P.C.C. a toujours souligné l’importance de l’unité des partis chinois et soviétique et des deux pays. Il a toujours éprouvé de l’estime pour le P.C.U.S. dont le grand
    Lénine est le fondateur.

    Nous avons toujours été animés d’un profond sentiment de fraternité prolétarienne pour le grand Parti communiste et le grand peuple de l’Union soviétique. Nous nous sommes toujours réjouis des réalisations obtenues par le P.C.U.S. et le peuple soviétique et affligés des erreurs de la direction du P.C.U.S., préjudiciables au camp socialiste et au mouvement communiste international.

    Ce n’est pas d’aujourd’hui seulement que les communistes chinois s’aperçoivent des erreurs de la direction du P.C.U.S. Dès le XXe Congrès du P.C.U.S., nous avons vu avec inquiétude la direction du P.C.U.S. s’engager dans la voie du révisionnisme.

    Dans des circonstances aussi graves, notre Parti s’est demandé maintes et maintes fois pendant assez longtemps ce qu’il fallait faire.

    Nous nous sommes demandés: Devons-nous nous aligner sur la direction du P.C.U.S. et agir en tout selon son avis? Évidemment, pareille façon d’agir aurait plu à la direction du P.C.U.S., mais alors, ne serions-nous pas nous-mêmes devenus des révisionnistes?

    Nous nous sommes encore demandés: Devons-nous garder le silence sur les erreurs de la direction du P.C.U.S.? Nous estimons qu’il ne s’agit pas d’erreurs fortuites, isolées et sans grandes conséquences, mais d’une série d’erreurs de principe, menaçant les intérêts de tout le camp socialiste et de tout le mouvement communiste international.

    En tant que membre du mouvement communiste international, comment pouvions-nous rester indifférents et garder le silence devant pareilles erreurs de la direction du P.C.U.S.? En agissant de la sorte, n’aurions-nous pas rejeté la responsabilité qui nous incombe de défendre le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien?

    Nous avons également pris en considération que notre critique des erreurs de la direction du P.C.U.S. nous attirerait des représailles de sa part et que cela causerait inévitablement un grave dommage à l’œuvre d’édification socialiste de la Chine. Mais comment des communistes pourraient-ils adopter une position d’égoïsme national et ne pas avoir le courage de s’en tenir à la vérité, par crainte de représailles? Comment des communistes pourraient-ils se mettre à marchander avec les principes?

    Considérant, en outre, que le P.C.U.S. est le parti créé par Lénine, le parti du premier pays socialiste et que, de ce fait, il jouit d’un haut prestige dans le mouvement communiste international et parmi les peuples du monde, nous avons veillé, pendant assez longtemps, à le critiquer avec une circonspection et une patience toutes particulières, et avons fait tout notre possible pour limiter ces critiques au cadre des entretiens intérieurs entre les dirigeants des partis chinois et soviétique, pour que les divergences puissent être réglées par voie de discussions intérieures et éviter qu’elles tournent en polémique ouverte.

    Cependant, les critiques et conseils adressés en toute camaraderie à la direction du P.C.U.S. par des camarades responsables du P.C.C., à l’occasion de plusieurs dizaines d’entretiens intérieurs, ne purent la faire revenir dans la bonne voie.

    Elle est allée de plus en plus loin dans la voie du révisionnisme et du scissionnisme.

    Elle a répondu aux conseils que nous lui avions prodigués dans les meilleures intentions, en nous soumettant à de multiples pressions sur les plans politique, économique et militaire, en lançant contre nous des attaques toujours plus brutales.

    La direction du P.C.U.S. a la mauvaise habitude d’imposer à tort et à travers des étiquettes à qui la critique.

    « Vous faites de l’antisoviétisme! » disent-ils. Mais non, amis! L’étiquette d’antisoviétisme ne nous sied pas. Si nous critiquons vos erreurs, c’est précisément pour défendre le grand P.C.U.S. et la grande Union soviétique pour que leur prestige ne soit pas gâché par vous. Pour dire la vérité, ce n’est pas nous mais bien vous qui faites réellement de l’antisoviétisme, qui noircissez et discréditez le P.C.U.S. et l’Union soviétique. Depuis la répudiation totale de Staline par le XXe Congrès du P.C.U.S., vous n’avez cessé de commettre un nombre incalculable de ces mauvaises actions. Les eaux de la Volga ne pourraient laver la honte dont vous avez couvert le P.C.U.S. et l’Union soviétique.

    « Vous voulez vous emparer de la direction! » disent-ils. Mais non, amis! Une telle calomnie n’est vraiment pas intelligente.

    A vous entendre, on croirait que des gens sont en train de vous disputer la « direction ». Cela ne revient-il pas à proclamer sans la moindre pudeur qu’il existe dans le mouvement communiste international une « direction » et que celle-ci est assurée par vous?

    Cette façon que vous avez de donner à votre parti des airs de patriarche est une habitude des plus exécrables. C’est là quelque chose de tout à fait illégal. Les Déclarations de 1957 et de 1960 stipulent en termes clairs et précis que les partis communistes sont indépendants et égaux entre eux. Suivant ce principe, il ne doit pas y avoir entre eux de relations de parti dirigeant à parti dirigé, et encore moins de relations de père de famille face à ses enfants.

    Nous nous sommes toujours opposés à ce qu’un parti quelconque commande aux autres partis frères et jamais il ne nous est venu à l’idée de commander à d’autres partis frères, donc il ne saurait nullement être question pour nous de disputer la direction.

    La question qui se pose actuellement au mouvement communiste international n’est pas de savoir si c’est un parti ou un autre qui doit diriger, mais de savoir s’il faut obéir à la baguette de commandement révisionniste ou s’en tenir fermement aux principes révolutionnaires des deux Déclarations et à la ligne révolutionnaire marxiste-léniniste. Nous critiquons la direction du P.C.U.S. précisément parce qu’elle cherche à se placer au-dessus des partis frères et à leur imposer sa propre ligne révisionniste et scissionniste.

    Ce que nous voulons, c’est simplement le statut d’indépendance et d’égalité des partis frères, tel que le définissent les Déclarations, c’est simplement l’unité entre partis frères basée sur le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien.

    Le grand débat qui se poursuit actuellement dans le mouvement communiste international a été soulevé et élargi par la direction du P.C.U.S., et par elle seule, et c’est elle encore qui nous l’a imposé.

    Puisque la direction du P.C.U.S. a lancé de grandes attaques contre nous, ne reculant devant aucun moyen pour nous diffamer de mille manières, puisqu’elle a trahi ouvertement le marxisme-léninisme et l’internationalisme prolétarien et déchiré publiquement les Déclarations, elle ne peut s’attendre à ce que nous nous abstenions de répliquer, de démentir ses calomnies et de défendre les Déclarations, de défendre le marxisme-léninisme. Du moment que le débat est ouvert, il faut tirer tout à fait au clair le vrai et le faux.

    Les communistes chinois s’en sont tenus/s’en tiennent et s’en tiendront toujours fermement aux principes et à l’unité. Au moment même où nous engageons un débat avec la direction du P.C.U.S., nous n’en souhaitons pas moins qu’elle puisse se rendre compte de l’immense danger que présente la voie du renoncement à la révolution, de l’abandon de tous les peuples révolutionnaires, de l’abandon de l’unité du camp socialiste et du mouvement communiste international, la voie de la coopération empressée avec l’impérialisme américain, avec la réaction mondiale et avec la clique du renégat Tito.

    Il est de l’intérêt des peuples chinois et soviétique, de l’intérêt du camp socialiste, de l’intérêt du mouvement communiste international, de l’intérêt de tous les peuples du monde que tous les partis communistes et ouvriers s’unissent pour lutter contre l’ennemi commun.

    Nous tenons ici à appeler une fois encore la direction du P.C.U.S. à corriger ses erreurs, à revenir dans la voie du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien et dans la voie des Déclarations de 1957 et de 1960.

    Le mouvement communiste international traverse actuellement une période cruciale. Du débat qui se poursuit actuellement dépend l’avenir de la révolution mondiale prolétarienne et le destin de l’humanité. L’histoire prouvera qu’à l’issue de ce grand débat, le marxisme-léninisme rayonnera d’un plus vif éclat, que la cause révolutionnaire du prolétariat international et des peuples du monde remportera de plus grandes victoires.

    ANNEXE I

    THESES SUR LE PROBLEME DU PASSAGE PACIFIQUE

    (10 novembre 1957)


    (I) Sur le problème de la transition du capitalisme au socialisme, il faut, au lieu de parler d’une seule possibilité, montrer les deux possibilités: celle du passage pacifique et celle du passage non-pacifique; cela nous procurera une plus grande souplesse et nous assurera à tout instant l’initiative politique.

    1. Le fait d’indiquer la possibilité du passage pacifique montre que, sur la question du recours à la violence, nous sommes avant tout, sur la défensive; ceci permet aux partis communistes des pays capitalistes d’éviter les attaques qui leur sont lancées à ce sujet, et apporte des avantages sur le plan politique: contribuer à gagner les masses, à enlever tout prétexte à la bourgeoisie et à l’isoler.

    2. Si, à l’avenir, dans les conditions où un brusque changement surviendrait dans la situation internationale ou dans la situation intérieure d’un pays déterminé, la possibilité réelle du passage pacifique se présentait pour ce pays, il serait aisé de saisir l’occasion et de gagner le soutien des masses pour résoudre la question du pouvoir d’Etat par les moyens pacifiques.

    3. Cependant, nous ne devons pas nous lier les mains à cause de ce désir. La bourgeoisie ne se retire pas volontairement de la scène de l’histoire, c’est là une loi générale de la lutte de classe. Le prolétariat et le parti communiste de tout pays ne doivent nullement relâcher leur effort pour préparer la révolution. Il faut être prêt à tout instant à faire face à une attaque contre-révolutionnaire et, au moment crucial de la révolution, alors que la classe ouvrière prendra le pouvoir, être prêt à abattre la bourgeoisie par la force au cas où celle-ci aurait recours à la force pour réprimer la révolution du peuple (recours qui est en général inévitable).

    (II) Dans la situation actuelle du mouvement communiste international, il serait avantageux, du point de vue tactique, d’émettre le désir de réaliser le passage pacifique, mais il ne convient pas d’insister trop sur la possibilité du passage pacifique. En voici les raisons:

    1. La possibilité et la réalité, le désir et la réalisation de ce désir, sont deux choses différentes. Nous devons émettre notre désir de réaliser le passage pacifique, mais nous ne devons pas placer principalement notre espoir là-dessus. Il ne faut donc pas trop insister sur cet aspect du problème.

    2. Si l’on mettait trop l’accent sur la possibilité du passage pacifique et, surtout sur la possibilité de prendre le pouvoir par la conquête d’une majorité parlementaire, cela pourrait facilement entraîner le relâchement de la volonté révolutionnaire du prolétariat, du peuple travailleur et du parti communiste, et les désarmerait sur le plan moral.

    3. A notre connaissance, il n’y a pas encore un seul pays pour lequel une telle possibilité revête une signification réelle. Et il ne conviendrait pas non plus de trop insister sur cette possibilité, même si elle se manifestait un peu plus dans un pays particulier, étant donné qu’elle n’est pas réelle dans l’immense majorité des pays. Lorsque cette possibilité se présentera effectivement dans un pays donné, le parti communiste devra, d’une part, essayer d’en faire une réalité et, d’autre part, se préparer à faire face, à tout instant, à une attaque armée de la bourgeoisie.

    4. L’insistance sur une telle possibilité ne peut avoir pour effet d’atténuer le caractère réactionnaire de la bourgeoisie, ni d’endormir la bourgeoisie.

    5. En ce qui concerne les partis socialistes, cela ne peut non plus les rendre révolutionnaires.

    6. Cela ne donnera pas non plus un plus grand développement aux partis communistes des différents pays. Au contraire, s’il y a des partis communistes qui estompent par là leur visage révolutionnaire et se confondent aux yeux des masses avec les partis socialistes, cela ne pourra qu’affaiblir les partis communistes.

    7. La tâche la plus ardue est d’accumuler les forces et se préparer à la révolution, et la lutte parlementaire est, après tout, une chose plus aisée. Nous devons pleinement utiliser la forme de la lutte parlementaire, mais cette lutte n’aura qu’un effet limité, et le plus important est de procéder à ce travail ardu qu’est l’accumulation des forces révolutionnaires.

    (III) Conquérir une majorité parlementaire ne signifie pas briser la vieille machine d’Etat (principalement les forces armées), ni établir une nouvelle machine d’Etat (principalement les forces armées). Si la machine d’Etat militaire et bureaucratique de la bourgeoisie n’est pas brisée, ou bien il sera impossible pour le prolétariat et ses sûrs alliés d’obtenir la majorité dans le parlement (car la bourgeoisie pourra à tout moment réviser la Constitution selon ses besoins dans le but de consolider sa dictature), ou bien cette majorité demeurera précaire (par exemple: annuler les élections, mettre le parti communiste hors la loi, dissoudre le parlement, etc.).

    (IV) Le passage pacifique au socialisme ne doit pas être interprété uniquement comme pouvant être réalisé par une majorité parlementaire. Le problème essentiel est celui de l’appareil d’Etat. Dans les années 70 du XIXe siècle, Marx avait estimé qu’il serait possible pour le socialisme de triompher pacifiquement en Angleterre, parce que l’Angleterre « était, à l’époque, l’Etat qui avait le moins de militarisme et de bureaucratie ».

    Pendant la période qui suivit la Révolution de Février, Lénine avait espéré, par la réalisation du mot d’ordre: « Tout le pouvoir aux Soviets », conduire la révolution à la victoire par un développement pacifique, parce qu’en ce temps-là, « les armes étaient dans les mains du peuple ». Ni Marx ni Lénine n’entendaient par-là réaliser la transition pacifique en utilisant la vieille machine d’Etat. Lénine a expliqué, à maintes reprises, la célèbre phrase de Marx et d’Engels: « La classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre la machine de l’Etat toute prête et de la faire fonctionner pour son propre compte. »

    (V) Les partis socialistes ne sont pas des partis ayant pour objectif le socialisme. Ils sont au service de la bourgeoisie et du capitalisme, exception faite d’une infime minorité constituée par l’aile gauche de ces partis, et constituent une variante des partis bourgeois. Sur la question de la révolution socialiste, notre position est foncièrement différente de celle des partis socialistes, Nous ne devons pas estomper cette ligne de démarcation.

    Les chefs de ces partis socialistes en profiteraient pour tromper les masses et nous serions désavantagés dans notre travail pour gagner les masses qui sont sous l’influence des partis socialistes. Cependant, il est hors de doute que le renforcement du travail auprès des partis socialistes et la lutte pour l’établissement d’un front uni avec l’aile gauche et les éléments centristes de ces partis sont très importants.

    (VI) Voilà comment nous comprenons ce problème. Nous avons en effet une opinion différente, et diverses considérations nous ont empêchés d’exprimer notre opinion à ce sujet après le XXe Congrès du P.C.U.S. Maintenant qu’une déclaration commune va être publiée, nous nous voyons dans l’obligation d’exposer notre point de vue.

    Mais cela n’empêchera pas de trouver un langage commun sur le projet de déclaration. En vue de démontrer que sur ce problème, le projet de déclaration était en connexion avec la formulation du XXe Congrès du P.C.U.S., nous consentons à prendre comme base le projet soumis aujourd’hui par le Comité central du P.C.U.S. tout en proposant des modifications sur certains points.


    ANNEXE IIDÉCLARATION DE LA DÉLÉGATION DU PARTI COMMUNISTE DE CHINE A LA RENCONTRE DE BUCAREST DES PARTIS FRÈRES
    (26 juin 1960)



    I. Le Comité central du Parti communiste de Chine estime que, durant cette Rencontre, le camarade Khrouchtchev de la délégation du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique a complètement violé le principe du règlement des problèmes communs par voie de consultations entre partis frères, principe observé de tout temps dans le mouvement communiste international, et a totalement violé l’accord réalisé avant la Rencontre, selon lequel il était convenu de limiter celle-ci à un échange de vues et de n’y prendre aucune décision, et cela en présentant, par une attaque-surprise, un projet de communiqué de la Rencontre, sans avoir consulté au préalable les partis frères sur le contenu de ce communiqué ni même permettre comme il se devait, d’engager d’amples discussions au cours de la Rencontre. 

    C’est là un abus du crédit acquis par le P.C.U.S. au sein du mouvement communiste international pendant une longue période depuis le vivant de Lénine, un acte d’une extrême brutalité, visant à imposer sa propre volonté aux autres. Un tel comportement n’a rien de commun avec le style de Lénine. Une telle façon d’agir a créé, au sein du mouvement communiste international, un précédent des plus indignes. Le Comité central du P.C.C. est d’avis que cette attitude et cette façon d’agir du camarade Khrouchtchev entraîneront des conséquences d’une extrême gravité au sein du mouvement communiste international.

    II. Le P.C.C. est toujours resté fidèle au marxisme-léninisme et a toujours maintenu les positions théoriques du marxisme-léninisme; depuis plus de deux ans, il fait preuve d’une fidélité absolue à l’égard de la Déclaration de Moscou de 1957, et s’en tient fermement à toutes les thèses marxistes-léninistes contenues dans la Déclaration. Il existe entre le camarade Khrouchtchev et nous des divergences sur une série de principes fondamentaux du marxisme-léninisme.

    Ces divergences concernent les intérêts de l’ensemble du camp socialiste aussi bien que les intérêts du prolétariat et des peuples travailleurs du monde entier, elles ont trait à la question de savoir si les peuples du monde pourront sauvegarder la paix mondiale et conjurer une guerre impérialiste, elles ont rapport à la question de savoir si le socialisme pourra continuer à triompher dans le monde capitaliste qui représente les deux tiers de la population de l’humanité et les trois quarts de la superficie du globe. Face à ces divergences, tous les marxistes-léninistes doivent adopter une attitude sérieuse, faire de sérieuses réflexions et mener des discussions entre camarades, afin d’aboutir à une conclusion unanime.

    Cependant, l’attitude prise par le camarade Khrouchtchev est une attitude toute patriarcale, arbitraire et despotique. En réalité, il ne considère pas les relations existant entre le grand P.C.U.S. et notre parti comme des relations de partis frères, mais comme des rapports entre père et fils. Au cours de cette Rencontre, il a tenté d’exercer une pression pour que notre parti s’incline devant ses points de vue étrangers au marxisme-léninisme.

    Nous déclarons ici solennellement que notre parti croit et obéit seulement à la vérité du marxisme-léninisme, et ne s’inclinera jamais devant les points de vue erronés, contraires au marxisme-léninisme. Nous estimons que dans le discours prononcé par le camarade Khrouchtchev au IIIème Congrès du Parti ouvrier roumain, certains points de vue sont erronés et contraires à la Déclaration de Moscou. Son discours est de nature à se faire applaudir par les impérialistes et la clique Tito et ceux-ci l’ont effectivement applaudi.

    Nous sommes disposés, désormais, à poursuivre, lorsque l’occasion se présentera, des discussions sérieuses avec le P.C.U.S. et d’autres partis frères sur les divergences de vues existant entre le camarade Khrouchtchev et nous.

    En ce qui concerne « la Lettre d’Information du P.C.U.S. au P.C.C. » distribuée par le camarade Khrouchtchev à Bucarest lors de la Rencontre, le Comité central du P.C.C. y répondra en détail quand il l’aura étudiée avec soin pour expliquer les divergences de principe entre les deux Partis et faire éclater la vérité au grand jour, et il entamera en toute camaraderie des discussions sérieuses et consciencieuses avec les partis frères des différents pays. Nous sommes convaincus que, malgré tout, la vérité du marxisme-léninisme finira par triompher. La vérité ne craint pas la discussion. En fin de compte, la vérité ne pourra être prise pour l’erreur, l’erreur ne pourra être prise pour la vérité. L’avenir du mouvement communiste international dépend des exigences et de la lutte des peuples de même que de la direction assumée par le marxisme-léninisme, il ne dépendra jamais de la baguette de qui que ce soit.

    III. Nous, le P.C.C., nous avons toujours lutté pour sauvegarder l’unité entre les partis communistes de différents pays et celle entre les pays socialistes.

    En vue de l’unité réelle des rangs du communisme international, et dans l’intérêt de la lutte commune contre l’impérialisme et les forces réactionnaires, nous sommes d’avis qu’il est nécessaire d’engager des discussions normales sur les problèmes qui nous divisent, qu’il ne faut pas recourir à des moyens anormaux, ni à un simple vote pour régler à la hâte les sérieux problèmes de principe, et qu’on ne doit pas contraindre les autres à accepter ses points de vue arbitraires qui n’ont pas été mis à l’épreuve ou dont la fausseté a été prouvée par des faits.

    La manière dont le camarade Khrouchtchev a procédé au cours de cette Rencontre est absolument préjudiciable à l’unité du communisme international. 

    Néanmoins, quelle que soit la façon d’agir du camarade Khrouchtchev, l’unité entre les partis chinois et soviétique de même que l’unité entre les partis communistes et ouvriers des différents pays ne manqueront pas de continuer à se consolider et à se développer. Nous sommes profondément convaincus qu’avec le développement du mouvement communiste international et du marxisme-léninisme, l’unité de nos rangs se consolidera et se développera sans cesse.

    IV. Du point de vue des relations entre nos deux partis prises dans leur ensemble, les divergences de vues qui existent entre le camarade Khrouchtchev et nous, et dont il est question plus haut, ne revêtent qu’un caractère partiel. Nous estimons que la lutte commune et l’unité de nos deux partis pour la cause commune restent le point capital, nos deux pays étant des pays socialistes, nos deux partis étant des partis fondés selon les principes du marxisme-léninisme, des partis qui luttent pour faire progresser la cause de tout le camp socialiste, pour s’opposer à l’agression impérialiste et pour gagner la paix mondiale.

    Nous sommes persuadés que nous pourrons, de concert avec le camarade Khrouchtchev et le Comité central du P.C.U.S., trouver l’occasion de nous entretenir dans le calme et en toute camaraderie, pour éliminer les divergences d’opinions existant entre nous, resserrer et consolider encore davantage les relations entre les partis chinois et soviétique. Si nous agissons ensemble de la sorte, ce sera extrêmement profitable à la cause de la lutte du camp socialiste et des peuples du monde entier contre l’agression impérialiste et pour la paix mondiale.

    V. Nous sommes très heureux de constater que « le projet du communiqué de la Rencontre » présenté lors de cette Rencontre a confirmé la justesse de la Déclaration de Moscou. Cependant, l’explication que donne ce projet des diverses thèses marxistes-léninistes contenues dans la Déclaration de Moscou est inexacte et unilatérale. Par ailleurs, ce projet n’a pas pris position sur les problèmes importants de la situation internationale actuelle et n’a soufflé mot du révisionnisme moderne — principal danger au sein du mouvement ouvrier international; c’est là une erreur. Par conséquent, nous ne pouvons pas accepter ce projet. En vue de s’unir étroitement et de mener en commun la lutte contre l’ennemi, nous présentons un projet révisé et proposons d’en discuter. Si on ne peut pas aboutir à un accord cette fois ci, nous proposons d’établir une commission spéciale de rédaction, qui sera chargée d’élaborer, après de suffisantes discussions, un document acceptable pour tous.


    ANNEXE III

    PROPOSITION EN CINQ POINTS POUR LE RÈGLEMENT DES DIVERGENCES ET LA RÉALISATION DE L’UNITÉ CONTENUE DANS LA RÉPONSE DU COMITE CENTRAL DU P.C.C. À LA LETTRE D’INFORMATION, DU COMITE CENTRAL DU P.C.U.S.

    (10 septembre 1960)



    En vue de régler heureusement les divergences et de parvenir à l’unité, nous présentons sincèrement la position suivante:

    I. Les principes fondamentaux du marxisme-léninisme et les principes de la Déclaration et du Manifeste de la Paix de la Conférence de Moscou de 1957 constituent la base idéologique de l’unité de nos deux partis et de celle de tous les partis frères. Nous devons rester absolument fidèles, dans toutes nos paroles et dans tous nos actes, aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme et aux principes de la Déclaration de Moscou, et les prendre comme critère permettant de distinguer le vrai du faux.

    II. Les rapports entre pays socialistes et entre partis frères doivent se conformer strictement aux principes de l’égalité, de la camaraderie et de l’internationalisme, tels qu’ils sont définis dans la Déclaration de Moscou.

    III. Toutes les controverses surgies dans les rapports entre pays socialistes et entre partis frères doivent être réglées, comme il est indiqué dans la Déclaration de Moscou, par des discussions menées en toute camaraderie et sans précipitation.

    Assumant de grandes responsabilités dans la situation internationale et le mouvement communiste international, l’Union soviétique et la Chine et leurs partis doivent sur tous les problèmes importants d’intérêt commun, procéder à d’amples consultations et discuter sans précipitation en vue d’aboutir à une unité d’action.

    Au cas où la controverse entre le P.C.C. et le P.C.U.S. ne pourrait être réglée, pour le moment, dans le cadre des entretiens bipartis, il faudra poursuivre les discussions en prenant tout son temps. En cas de nécessité, on soumettra d’une façon toute objective les opinions des deux parties à tous les partis communistes et ouvriers pour qu’ils puissent, après un examen sérieux, y porter un jugement juste à la lumière des principes du marxisme-léninisme et de la Déclaration de Moscou.

    IV. Le plus important pour les communistes, c’est de faire une distinction bien nette entre l’ennemi et nous, entre le vrai et le faux. Nos deux partis doivent avoir à cœur leur amitié et mener en commun la lutte contre l’ennemi; et ils doivent s’abstenir de tout propos et de tout acte susceptibles de compromettre l’unité entre nos deux partis, entre nos deux pays et de donner prise à l’ennemi.

    V. Nos deux partis doivent, sur la base susmentionnée, de concert avec tous les autres partis communistes et ouvriers et après des préparations suffisantes et d’amples consultations, contribuer au succès de la conférence des représentants des partis communistes et ouvriers qui aura lieu au mois de novembre à Moscou et élaborer, au cours de cette conférence, un document conforme aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme et aux principes de la Déclaration de Moscou de 1957, qui deviendra un programme de combat à observer en commun et autour duquel nous pourrons réaliser notre unité pour lutter contre l’ennemi.

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  • Parti Communiste de Chine : Propositions concernant la ligne générale du Mouvement Communiste International (1963)

    Réponse du Comité Central du Parti Communiste de Chine à la lettre du 30 mars 1963 du Comité Central du Parti Communiste de l’Union Soviétique – 14 juin 1963 [document surtout connu sous le nom de « Lettre en 25 points ».]

    Au Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique

    Chers Camarades,

    Le Comité central du Parti communiste chinois a étudié la lettre du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique datée du 30 mars 1963.

    Tous ceux qui ont l’unité du camp socialiste et du mouvement communiste international à cœur s’intéressent vivement aux entretiens entre les Partis chinois et soviétique et espèrent que ces entretiens aideront à éliminer les divergences, à renforcer l’unité, et créeront des conditions favorables à la convocation d’une conférence des représentants des Partis communistes et ouvriers du monde.

    Maintenir et renforcer l’unité des rangs du mouvement communiste international constituent un devoir sacré, commun à tous les partis communistes et ouvriers. Les Partis chinois et soviétique ont des obligations plus grandes encore envers l’unité de l’ensemble du camp socialiste et du mouvement communiste international tout entier et se doivent évidemment de faire des efforts plus grands dans ce domaine.

    Un certain nombre d’importantes divergences de principe existent actuellement au sein du mouvement communiste international. Mais quelle qu’en soit la gravité, nous devons tous avoir suffisamment de patience pour rechercher la voie qui mènera à leur élimination, afin d’unir nos forces et de renforcer la lutte engagée contre l’ennemi commun.

    C’est animé de ce désir sincère que le Comité central du Parti communiste chinois envisage les prochains entretiens entre les Partis chinois et soviétique.

    Dans sa lettre du 30 mars, le Comité central du P.C.U.S. a exposé systématiquement son point de vue sur les questions qui devraient être soumises à discussion lors des entretiens entre les Partis chinois et soviétique, et tout particulièrement sur la question de la ligne générale du mouvement communiste international. De notre côté, nous voudrions aussi, dans cette lettre, et en tant que proposition de notre part, exposer notre point de vue sur la ligne générale du mouvement communiste international et sur certaines questions de principe qui s’y rapportent.

    Nous espérons que cet exposé contribuera à la compréhension entre nos deux Partis et à la discussion détaillée, point par point, lors des entretiens.

    Nous espérons aussi que cette façon d’agir contribuera à la compréhension de notre point de vue par les différents partis frères et à un ample échange d’idées à la conférence internationale des partis frères.

    1) La ligne générale du mouvement communiste international doit être fondée sur la théorie révolutionnaire marxiste-léniniste relative à la mission historique du prolétariat, et ne doit pas s’en écarter.

    Les deux Conférences de Moscou de 1957 et de 1960 ont toutes deux adopté une déclaration après un ample échange d’idées et conformément au principe de l’unanimité par voie de consultations. Les deux documents adoptés ont fait ressortir les caractéristiques de notre époque, les lois communes à la révolution et à l’édification socialistes et ont défini la ligne commune de tous les partis communistes et ouvriers. Ils constituent le programme commun du mouvement communiste international.

    Il est vrai que, depuis plusieurs années, différentes manières de comprendre les Déclarations de 1957 et de 1960 et différentes attitudes à leur égard existent au sein du mouvement communiste international. Ici, la question qui importe est de savoir si l’on reconnaît ou non les principes révolutionnaires de ces deux Déclarations.

    En définitive, il s’agit de savoir si l’on admet ou non la vérité universelle du marxisme-léninisme, la portée universelle de la voie de la Révolution d’Octobre, si l’on admet ou non la nécessité pour les peuples qui vivent encore sous le régime impérialiste et capitaliste, et qui englobent les deux tiers de la population du monde, de faire la révolution, et la nécessité pour les peuples déjà engagés dans la voie socialiste, et qui représentent un tiers de la population mondiale, de mener la révolution jusqu’au bout.

    Défendre résolument les principes révolutionnaires des deux Déclarations de 1957 et de 1960 est devenu une tâche importante et urgente du mouvement communiste international.

    Il n’est possible d’avoir une juste compréhension des principes révolutionnaires des deux Déclarations et une juste attitude envers eux que si l’on s’en tient fermement à la doctrine révolutionnaire marxiste-léniniste et persiste dans la voie commune de la
    Révolution d’Octobre.

    2) En quoi consistent les principes révolutionnaires des deux Déclarations?

    Ils peuvent être résumés comme suit :

    Union de tous les prolétaires du monde, union de tous les prolétaires et de tous les peuples et nations opprimés du monde pour combattre l’impérialisme et la réaction des différents pays, assurer la paix mondiale, faire triompher la libération nationale, la démocratie populaire et le socialisme, consolider le camp socialiste et accroître sa puissance, conduire la révolution mondiale du prolétariat étape par étape à la victoire totale et bâtir un monde nouveau sans impérialisme, sans capitalisme et sans exploitation de l’homme par l’homme.

    Voilà, à notre avis, la ligne générale du mouvement communiste international dans la phase actuelle.

    3) Cette ligne générale est définie en partant de la réalité mondiale existante, prise dans son ensemble, d’une analyse de classe des contradictions fondamentales du monde contemporain, et elle est dirigée contre la stratégie mondiale contre-révolutionnaire de l’impérialisme américain.

    Cette ligne générale consiste dans la formation, avec le camp socialiste et le prolétariat international comme noyau, d’un large front uni contre l’impérialisme et la réaction qui ont les Etats-Unis pour chef de file; c’est une ligne qui permet de mobiliser hardiment les masses, d’accroître les forces révolutionnaires, de gagner les forces intermédiaires et d’isoler les forces de la réaction.

    C’est une ligne générale qui est fermement pour le combat révolutionnaire des peuples de tous les pays, qui mène la révolution mondiale du prolétariat vers son but final, et qui est aussi la plus efficace dans la lutte contre l’impérialisme et pour la défense de la paix mondiale.

    Réduire la ligne générale du mouvement communiste international à la « coexistence pacifique », à la « compétition pacifique » ou au « passage pacifique » revient à violer les principes révolutionnaires des Déclarations de 1957 et de 1960, à renoncer à la mission historique de la révolution mondiale prolétarienne et à trahir la doctrine révolutionnaire du marxisme-léninisme.

    La ligne générale du mouvement communiste international doit refléter la loi générale du développement de l’histoire mondiale. Les luttes révolutionnaires du prolétariat et des peuples des différents pays peuvent passer par des phases différentes et elles auront des traits qui leur seront propres, mais aucune d’entre elles n’échappera à la loi générale du développement de l’histoire mondiale. Cette ligne doit donner une orientation générale aux luttes révolutionnaires du prolétariat et des peuples de tous les pays.

    Lorsque les partis communistes et ouvriers du monde définissent la ligne et les politiques concrètes de leur pays, il est de la plus haute importance pour eux de s’en tenir au principe suivant: unir la vérité universelle du marxisme-léninisme et la pratique concrète de la révolution et de l’édification dans leur propre pays.

    4) La définition de la ligne générale du mouvement communiste international a pour point de départ l’analyse de classe concrète de la situation politique et économique du inonde prise dans son ensemble et celle des situations concrètes dans le monde, en d’autres termes, l’analyse de classe concrète des contradictions fondamentales du monde contemporain.

    Si l’on écarte l’analyse de classe concrète, ou si l’on saisit au hasard certains phénomènes superficiels, pour en arriver à des conjectures subjectives, on n’aboutira jamais à des conclusions correctes quant à la ligne générale du mouvement communiste international, et on glissera inévitablement dans une voie foncièrement différente de la voie du marxisme-léninisme.

    Quelles sont les contradictions fondamentales du monde contemporain? Les marxistes-léninistes ont toujours estimé qu’elles sont les suivantes :

    Contradiction entre le camp socialiste et le camp impérialiste;

    Contradiction entre le prolétariat et la bourgeoisie au sein des pays capitalistes;

    Contradiction entre les nations opprimées et l’impérialisme;

    Contradiction entre pays impérialistes, entre groupes monopolistes.

    La contradiction entre le camp socialiste et le camp impérialiste est celle entre deux systèmes sociaux radicalement différents, le socialisme et le capitalisme. Elle est indubitablement très aiguë. Mais les marxistes-léninistes ne doivent pas considérer les contradictions à l’échelle mondiale comme réduites simplement et uniquement à celle entre le camp socialiste et le camp impérialiste.

    Le rapport des forces dans le monde a changé, il est devenu de plus en plus favorable au socialisme et à tous les peuples et nations opprimés du monde, et de beaucoup plus défavorable aux impérialistes et aux réactionnaires des différents Pays. Néanmoins, les contradictions mentionnées plus haut existent toujours objectivement.

    Ces contradictions, de même que les luttes qu’elles entraînent, sont liées entre elles et influent les unes sur les autres. Personne ne peut nier une seule de ces contradictions fondamentales, ni prendre subjectivement l’une d’elles pour la substituer aux autres.

    Ces contradictions donneront inévitablement naissance à des révolutions populaires, seules à pouvoir les résoudre.

    5) Quant aux contradictions fondamentales du monde contemporain, les points de vue erronés suivants doivent être rejetés :

    a) Effacer le contenu de classe des contradictions entre le camp socialiste et le camp impérialiste, ne pas considérer ces contradictions comme étant celles entre les pays sous dictature du prolétariat et les pays sous dictature du capital monopoliste.

    b) Admettre uniquement les contradictions entre le camp socialiste et le camp impérialiste et négliger ou sous-estimer les contradictions entre le prolétariat et la bourgeoisie dans le monde capitaliste, entre les nations opprimées et l’impérialisme, entre les pays impérialistes et entre les groupes monopolistes, ainsi que les luttes auxquelles ces contradictions donnent lieu.

    c) Prétendre qu’au sein du monde capitaliste, les contradictions entre le prolétariat et la bourgeoisie d’un pays donné peuvent être résolues sans révolution prolétarienne dans ce pays, ou que les contradictions entre les nations opprimées et l’impérialisme peuvent être résolues sans révolution des nations opprimées.

    d) Nier que le développement des contradictions inhérentes au monde capitaliste contemporain mène inévitablement à une situation nouvelle où les pays impérialistes engageront une lutte acharnée entre eux; prétendre qu’il peut y avoir conciliation ou même élimination des contradictions entre les pays impérialistes par la conclusion d’ »accords internationaux entre grands monopoles ».

    e) Prétendre que les contradictions entre les deux systèmes mondiaux, le socialisme et le capitalisme, disparaîtront automatiquement au cours de la « compétition économique », que, par-là, les autres contradictions fondamentales dans le monde disparaîtront automatiquement et que naîtra un « monde sans guerres », un monde nouveau de « coopération générale ».

    Il est évident que ces points de vue erronés mèneront inévitablement à des orientations politiques erronées et nuisibles, et feront subir des revers et pertes d’une sorte ou d’une autre à la cause du peuple et à la cause du socialisme.

    6) Le rapport des forces entre l’impérialisme et le socialisme a connu un changement radical après la Seconde guerre mondiale. Ce changement est marqué principalement par le fait qu’il ne s’agit plus seulement d’un pays socialiste, mais d’une série de pays socialistes, formant un puissant camp socialiste, et que les peuples engagés dans la voie socialiste sont un milliard d’hommes, soit un tiers de la population mondiale, au lieu de près de 200 millions.

    Le camp socialiste est le produit de la lutte du prolétariat et des travailleurs du monde entier. Il appartient non seulement aux peuples des pays socialistes, mais aussi au prolétariat et aux travailleurs du monde entier.

    Ce que les peuples des pays du camp socialiste, le prolétariat et les travailleurs du monde entier exigent en commun des partis communistes et ouvriers des pays du camp socialiste, c’est principalement :

    qu’ils s’en tiennent à la ligne marxiste-léniniste et appliquent une juste politique marxiste-léniniste tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur;

    qu’ils consolident la dictature du prolétariat, l’alliance des ouvriers et des paysans sous la direction du prolétariat, et mènent jusqu’au bout la révolution socialiste sur les fronts économique, politique et idéologique;

    qu’ils stimulent l’activité et l’initiative créatrice des larges masses populaires, entreprennent l’édification socialiste de façon planifiée, développent la production, améliorent les conditions de vie du peuple et consolident la défense nationale; qu’ils renforcent l’unité du camp socialiste sur la base du marxisme-léninisme, réalisent le soutien mutuel entre pays socialistes sur la base de l’internationalisme prolétarien;

    qu’ils luttent contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme, et pour la défense de la paix mondiale;

    qu’ils combattent la politique anticommuniste, antipopulaire et contre-révolutionnaire de la réaction des différents pays;

    qu’ils soutiennent et aident la lutte révolutionnaire des classes et nations opprimées du monde entier.

    Tous les partis communistes et ouvriers du camp socialiste ont pour devoir envers leur propre peuple et aussi envers le prolétariat mondial et les peuples travailleurs de réaliser ces demandes.

    C’est en satisfaisant à ces exigences que le camp socialiste exercera une influence décisive sur le cours de l’histoire.

    C’est précisément pour cela que les impérialistes et les réactionnaires essayent toujours et par tous les moyens d’influencer la politique intérieure et extérieure des pays du camp socialiste, de désagréger le camp socialiste, de saper l’union entre les pays socialistes et en particulier celle entre la Chine et l’Union soviétique. Ils se sont toujours efforcés de s’infiltrer dans les pays socialistes et de les renverser, et ils cherchent même à liquider le camp socialiste.

    La juste attitude à adopter à l’égard du camp socialiste est une question de principe de haute importance qui se pose à tous les partis communistes et ouvriers.

    C’est dans des conditions historiques nouvelles que les partis communistes et ouvriers réalisent l’unité et la lutte selon le principe de l’internationalisme prolétarien. Lorsqu’il n’existait qu’un seul pays socialiste et que ce pays se heurtait à l’hostilité des impérialistes et des réactionnaires et se trouvait menacé par eux en raison de sa ferme application de la juste ligne et de la juste politique marxiste-léniniste, la défense résolue de ce seul pays socialiste constituait la pierre de touche de l’internationalisme prolétarien pour chaque parti communiste.

    Il existe actuellement un camp socialiste composé de treize pays : l’Albanie, la République démocratique allemande, la Bulgarie, la Chine, la République populaire démocratique de Corée, Cuba, la Hongrie, la Mongolie, la Pologne, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, l’U.R.S.S. et la République démocratique du Vietnam.

    Dans ces circonstances, la défense résolue de tout le camp socialiste, la sauvegarde de l’unité, sur la base du marxisme-léninisme, de tous les pays formant ce camp, et de la ligne et de la politique marxistes-léninistes que doivent appliquer les pays socialistes deviennent donc la pierre de touche de l’internationalisme prolétarien pour chaque parti communiste.

    Celui qui n’applique pas une juste ligne et une juste politique marxistes-léninistes ni ne défend l’unité du camp socialiste, mais crée la tension au sein du camp socialiste, provoque la scission et va jusqu’à se mettre à la remorque de la politique des révisionnistes yougoslaves pour essayer de liquider le camp socialiste ou jusqu’à aider des pays capitalistes à attaquer des pays frères socialistes, celui-là trahit les intérêts de l’ensemble du prolétariat international et de tous les peuples du monde.

    Celui qui, se mettant à la remorque d’autrui, prend la défense de la ligne et de la politique opportunistes erronées d’un pays socialiste au lieu de défendre la juste ligne et la juste politique marxistes-léninistes que doivent appliquer les pays socialistes, prend la défense de la politique scissionniste au lieu de défendre la politique d’unité, celui-là s’éloigne du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien.

    7) Mettant à profit la situation née après la Seconde guerre mondiale et ayant pris la relève des fascistes allemands, italiens et japonais, les impérialistes américains essaient d’établir un immense empire mondial sans précédent dans l’histoire.

    Leur objectif stratégique a toujours été d’envahir et de dominer la zone intermédiaire située entre les Etats-Unis et le camp socialiste, d’étouffer la révolution des peuples et nations opprimés, de passer à la destruction des pays socialistes, et, par-là, de placer tous les peuples, tous les pays du monde, y compris les alliés des Etats-Unis, sous la servitude et la domination du capital monopoleur américain.

    Après la Seconde guerre mondiale, les impérialistes américains n’ont cessé de prêcher la guerre contre l’Union soviétique et le camp socialiste. Il y a à cela deux aspects: D’une part, ils se préparent effectivement à une guerre contre l’Union soviétique et le camp socialiste, mais d’autre part, cette propagande leur sert aussi d’écran de fumée pour masquer l’oppression qu’ils exercent sur le peuple américain et l’expansion de leurs forces d’agression dans le monde capitaliste.

    La Déclaration de 1960 souligne :

    « L’impérialisme américain est devenu le plus grand exploiteur international »;

    « Les Etats-Unis d’Amérique sont le bastion principal du colonialisme actuel »;

    « L’impérialisme américain est la principale force d’agression et de guerre »;

    « Le cours des événements internationaux des dernières années a apporté beaucoup de preuves nouvelles du fait que l’impérialisme américain est le rempart principal de la réaction mondiale, le gendarme international, l’ennemi des peuples du monde entier ».

    Les impérialistes américains poursuivent une politique d’agression et de guerre dans le monde, mais le résultat n’en peut être que le contraire de ce qu’ils attendent, il ne peut que hâter la prise de conscience des peuples et impulser la révolution des peuples dans le monde.

    Ainsi, les impérialistes américains se sont mis en opposition avec les peuples du monde entier et se trouvent encerclés par eux. Il est nécessaire et possible pour le prolétariat mondial d’unir toutes les forces susceptibles d’être unies, de mettre à profit les contradictions internes de l’ennemi et de créer le front uni le plus large contre l’impérialisme américain et ses laquais.

    S’en remettre, pour le sort des peuples du monde et celui de l’humanité, à l’unité et à la lutte du prolétariat mondial, à l’unité et à la lutte des peuples du monde, voilà la voie réaliste et juste.

    Par contre, ne pas opérer de distinction entre ennemis, amis et nous-mêmes, s’en remettre, pour le sort des peuples du monde et celui de l’humanité, à la collaboration avec l’impérialisme américain seraient mener le peuple dans une voie fausse. Les événements des dernières années ont détruit cette illusion.

    8) C’est dans les vastes régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine que convergent les différentes contradictions du monde contemporain, que la domination impérialiste est le plus faible, et elles constituent aujourd’hui la principale zone des tempêtes de la révolution mondiale qui assène des coups directs à l’impérialisme.

    Le mouvement révolutionnaire national et démocratique de ces régions et le mouvement révolutionnaire socialiste dans le monde sont les deux grands courants historiques de notre époque.

    Les révolutions nationales et démocratiques de ces régions constituent une partie intégrante importante de la révolution mondiale prolétarienne de notre époque.

    La lutte révolutionnaire antiimpérialiste des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine frappe et mine sérieusement les bases de la domination de l’impérialisme, du colonialisme et du néocolonialisme, elle est une force puissante dans la défense de la paix mondiale de notre temps.

    C’est pourquoi, dans un certain sens, l’ensemble de la cause révolutionnaire du prolétariat international dépend en définitive de l’issue de la lutte révolutionnaire menée par les peuples de ces régions, qui constituent l’écrasante majorité de la population mondiale.

    C’est pourquoi la lutte révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine contre l’impérialisme n’est pas du tout une question à caractère régional, mais une question qui concerne l’ensemble de la cause de la révolution mondiale du prolétariat.

    Certains nient même la grande portée internationale de la lutte révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine contre l’impérialisme et, sous prétexte de faire tomber les barrières de la nationalité, de la couleur de la peau et de la localisation géographique, ils essaient par tous les moyens d’effacer la ligne de démarcation entre nations opprimées et nations oppresseuses, entre pays opprimés et pays oppresseurs, d’étouffer la lutte révolutionnaire des peuples de ces régions ; cela revient en fait à pourvoir aux besoins des impérialistes et à créer une « théorie » nouvelle pour justifier la domination et la poursuite de la politique colonialiste et néocolonialiste des impérialistes dans ces régions.

    Cette « théorie » ne vise pas réellement à faire tomber les barrières de la nationalité, de la couleur de la peau et de la localisation géographique, mais à maintenir la domination des « nations supérieures » sur les nations opprimées. Il est tout naturel que cette « théorie » trompeuse se heurte à l’opposition des peuples de ces régions.

    La classe ouvrière de chaque pays socialiste et de chaque pays capitaliste doit mettre réellement en application les mots d’ordre de combat de « prolétaires de tous les pays, unissez-vous! » et « prolétaires de tous les pays et peuples opprimés, unissez-vous! »; elle doit étudier l’expérience révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, soutenir fermement leur action révolutionnaire, et considérer la cause de leur libération comme le soutien le plus sûr pour elle-même, comme son intérêt direct.

    Seule cette façon d’agir permet réellement de faire tomber les barrières de la nationalité, de la couleur et de la localisation géographique, et est l’expression du véritable internationalisme prolétarien.

    Sans l’union avec les nations opprimées, sans la libération de celles-ci, la classe ouvrière des pays capitalistes d’Europe et d’Amérique n’aura jamais sa libération. Lénine a fort bien dit: « Le mouvement révolutionnaire des pays avancés ne serait, en fait, » qu’une simple duperie sans l’union complète et la plus étroite dans la lutte des ouvriers en Europe et en Amérique contre le capital et des centaines et des centaines de millions d’esclaves ‘coloniaux’ opprimés par ce capital. » (V.I. Lénine: Le IIe Congrès de l’Internationale communiste, Œuvres, tome 31)

    Actuellement, dans les rangs du mouvement communiste international, certains vont jusqu’à mépriser la lutte libératrice des nations opprimées et à adopter une attitude passive et négative envers elle; en fait, ils ne font que défendre les intérêts du capital monopoliste, trahir les intérêts du prolétariat et, ce faisant, ils dégénèrent et deviennent des social-démocrate.

    L’attitude envers la lutte révolutionnaire des peuples des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine est un important critère qui permet de distinguer ceux qui veulent faire la révolution de ceux qui ne le veulent pas, ceux qui défendent véritablement la paix mondiale de ceux qui encouragent les forces d’agression et de guerre.

    9) Les nations et peuples opprimés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine se trouvent placés devant la tâche urgente qu’est la lutte contre l’impérialisme et ses laquais.

    L’histoire a confié aux partis prolétariens de ces régions la glorieuse mission de porter haut le drapeau antiimpérialiste, anticolonialiste et anti néocolonialiste, le drapeau de l’indépendance nationale et de la démocratie populaire, d’être aux premiers rangs du mouvement révolutionnaire national et démocratique, et de lutter pour l’avenir du socialisme.

    Dans ces régions, des couches extrêmement larges de la population refusent l’esclavage impérialiste. Elles englobent non seulement des ouvriers, des paysans, des intellectuels et des éléments petits-bourgeois, mais aussi la bourgeoisie nationale patriote, et même certains rois, princes et aristocrates patriotes.

    Le prolétariat et son parti doivent avoir confiance dans la force des masses populaires, ils doivent avant tout s’unir aux paysans pour établir une solide alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie. Il est d’importance primordiale pour les éléments d’avant-garde du prolétariat de travailler à la campagne, d’aider les paysans à s’organiser, d’élever leur conscience de classe, de stimuler leur sentiment de dignité nationale et leur confiance en eux-mêmes.

    Sur la base de l’alliance des ouvriers et des paysans, le prolétariat et son parti doivent unir toutes les couches pouvant être unies et organiser un large front uni contre l’impérialisme et ses laquais. La consolidation et le développement de ce front uni exigent du parti prolétarien qu’il maintienne son indépendance dans les domaines idéologique, politique et d’organisation, et qu’il tienne fermement la direction de la révolution en main.

    Le parti prolétarien et le peuple révolutionnaire doivent savoir mener la lutte sous toutes ses formes, y compris la lutte armée. Au cas où les impérialistes et leurs laquais recourraient à la répression armée, ils doivent vaincre les forces armées contre-révolutionnaires avec des forces armées révolutionnaires.

    Les pays nationalistes qui ont récemment conquis leur indépendance politique ont encore devant eux les tâches ardues de la consolidation de l’indépendance politique, de la liquidation complète des forces impérialistes et de la réaction intérieure, de la réalisation de la réforme agraire et d’autres réformes sociales, et du développement de l’économie et de la culture nationales. Il est d’une importance pratique vitale pour ces pays de rester vigilants et de combattre la politique néocolonialiste adoptée par les vieux colonialistes pour préserver leurs intérêts, et plus particulièrement ils doivent se montrer vigilants et combattre le néocolonialisme des Etats-Unis.

    Dans certains pays nouvellement indépendants, la bourgeoisie nationale patriote demeure aux côtés du peuple dans la lutte contre l’impérialisme et le colonialisme et elle introduit certaines mesures favorables au progrès social. Le parti du prolétariat doit alors prendre pleinement en considération le rôle progressiste de la bourgeoisie nationale patriote et renforcer l’union avec elle.

    Dans d’autres pays nouvellement indépendants, à mesure que s’aggravent les contradictions sociales à l’intérieur du pays et que s’intensifie la lutte de classe sur le plan international, la bourgeoisie, et surtout la grande bourgeoisie, s’appuie de plus en plus sur l’impérialisme et poursuit une politique antipopulaire, anticommuniste et contre-révolutionnaire.

    Là, le parti du prolétariat doit combattre fermement cette politique réactionnaire.

    Généralement, la bourgeoisie de ces pays a un double caractère. Lorsque le parti du prolétariat forme un front uni avec la bourgeoisie, il doit adopter une politique et d’union et de lutte: politique d’union vis-à-vis de la tendance progressiste anti-impérialiste et anti-féodale de la bourgeoisie, et politique de lutte vis-à-vis de sa tendance réactionnaire au compromis et à la collusion avec l’impérialisme et les forces féodales.

    Pour ce qui est de la question nationale, le parti prolétarien a l’internationalisme pour conception du monde et non le nationalisme. Dans la lutte révolutionnaire, il soutient le nationalisme progressiste et s’oppose au nationalisme réactionnaire. Il doit, dans tous les cas, tracer une ligne de démarcation bien nette entre lui-même et le nationalisme bourgeois et ne doit jamais devenir prisonnier de ce dernier.

    La Déclaration de 1960 affirme: « Les communistes dénoncent les tentatives de l’aile réactionnaire de la bourgeoisie de faire passer ses intérêts égoïstes de classe pour les intérêts de toute la nation; ils dénoncent l’utilisation démagogique, faite dans le même but, des mots d’ordre socialistes par des politiciens bourgeois. »

    Si le prolétariat se met à la remorque des propriétaires fonciers et de la bourgeoisie dans la révolution, il lui sera impossible de remporter une victoire véritable et complète dans la révolution nationale et démocratique, et si même une certaine victoire est obtenue, il lui sera impossible de la consolider.

    Au cours de la lutte révolutionnaire des nations et peuples opprimés, le parti du prolétariat doit avancer, d’une façon indépendante, un programme combattant jusqu’au bout l’impérialisme et la réaction du pays et luttant pour l’indépendance nationale et la démocratie populaire, il doit mener un travail indépendant parmi les masses, accroître continuellement les forces progressistes, gagner les forces intermédiaires, isoler les forces réactionnaires; c’est seulement ainsi qu’il pourra poursuivre la révolution nationale et démocratique jusqu’au bout et l’amener sur la voie du socialisme.

    10) Dans les pays impérialistes et capitalistes, il est nécessaire de faire triompher la révolution prolétarienne et d’établir la dictature du prolétariat pour résoudre à fond les contradictions de la société capitaliste.

    En luttant pour la réalisation de cette tâche, le parti du prolétariat doit, dans les circonstances actuelles, diriger activement la classe ouvrière et le peuple travailleur dans leur lutte contre le capital monopoleur, pour la défense des droits démocratiques, contre le danger fasciste, pour l’amélioration des conditions de vie, contre l’expansion des armements et les préparatifs de guerre de l’impérialisme, pour la défense de la paix mondiale, et il doit soutenir énergiquement la lutte révolutionnaire des nations opprimées.

    Dans les pays capitalistes que les impérialistes américains contrôlent ou essaient de contrôler, la classe ouvrière et les masses populaires doivent diriger principalement leurs attaques contre l’impérialisme américain, et aussi contre le capital monopoliste et les autres forces de la réaction intérieure qui trahissent les intérêts de la nation.

    Les différentes luttes de masse qui ont pris ces dernières années une grande ampleur dans les pays capitalistes ont montré que la classe ouvrière et le peuple travailleur y connaissent un éveil nouveau. Leurs luttes, qui portent des coups au capital monopoliste et aux autres forces réactionnaires, ont non seulement ouvert de brillantes perspectives à la cause révolutionnaire de leur propre pays, mais constituent aussi un soutien énergique à la lutte révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, ainsi qu’aux pays du camp socialiste.

    En dirigeant la lutte révolutionnaire dans les pays impérialistes et capitalistes, les partis prolétariens doivent maintenir leur indépendance sur le plan idéologique, politique et de l’organisation. Ils doivent en même temps unir toutes les forces susceptibles d’être unies pour former un large front uni contre le capital monopoliste et contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme.

    Tout en dirigeant activement les luttes d’intérêt immédiat, les communistes des pays capitalistes doivent les lier à la lutte d’intérêt général et à long terme, éduquer les masses dans l’esprit révolutionnaire du marxisme-léninisme, élever sans cesse leur conscience politique et assumer la tâche historique de la révolution prolétarienne.

    Si l’on n’agit pas ainsi, si l’on prend le mouvement d’intérêt immédiat pour le tout, si l’on ne cherche qu’à s’en tirer momentanément, si l’on ne fait que se plier aux événements de l’heure, en sacrifiant les intérêts vitaux du prolétariat, c’est de la social-démocratie à cent pour cent.

    La social-démocratie est un courant idéologique bourgeois. Lénine a indiqué, il y a longtemps, que le parti social-démocrate est un détachement politique de la bourgeoisie, qu’il est l’agent de cette classe dans le mouvement ouvrier et son principal pilier social.

    Les communistes doivent, en toutes circonstances, tracer une ligne de démarcation bien nette entre eux-mêmes et le parti social-démocrate sur les questions fondamentales de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat, et liquider l’influence idéologique de la social-démocratie au sein du mouvement ouvrier international et parmi les masses ouvrières. Ils doivent, sans aucun doute, chercher à gagner à eux les masses influencées par le parti social-démocrate, les éléments de gauche et les éléments intermédiaires du parti social-démocrate qui sont prêts à combattre la domination du capital monopoliste de leur pays et celle de l’impérialisme étranger et réaliser avec eux l’unité d’action la plus large dans les luttes quotidiennes du mouvement ouvrier et dans la lutte pour la défense de la paix mondiale.

    En vue de diriger les prolétaires et les autres travailleurs dans la révolution, le parti marxiste-léniniste doit savoir maîtriser tous les modes de combat et savoir substituer un mode de combat à un autre dès que changent les conditions de la lutte. L’avant-garde du prolétariat ne deviendra invincible en toutes circonstances que si elle maîtrise tous les modes de combat, pacifique et armé, ouvert et clandestin, légal et illégal, la lutte parlementaire et la lutte de masse, etc.

    Il est faux de refuser d’utiliser la lutte parlementaire et d’autres formes légales de combat lorsqu’elles doivent et peuvent l’être. Mais quand le parti tombe dans le crétinisme parlementaire ou le légalisme, qu’il circonscrit la lutte dans les limites autorisées par la bourgeoisie, l’aboutissement en sera inévitablement l’abandon de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat.

    11) En traitant la question du passage du capitalisme au socialisme, le parti prolétarien doit partir du point de vue de la lutte de classe et de la révolution, et il doit se baser sur la théorie marxiste-léniniste de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat.

    Les communistes ont toujours souhaité le passage au socialisme par la voie pacifique. Mais le passage par la voie pacifique peut-il être érigé en un nouveau principe stratégique mondial du mouvement communiste international?  Absolument pas.

    Le marxisme-léninisme a toujours affirmé que le problème fondamental de toute révolution est celui du pouvoir.

    Les Déclarations de 1957 et de 1960 ont nettement souligné: « le léninisme enseigne et l’expérience historique confirme que les closes dominantes n’abandonnent pas le pouvoir de bon gré ». Aucun régime suranné ne s’écroulera, même à l’époque des crises, si on ne le pousse pas. C’est là une loi générale de la lutte de classe.

    Marx et Lénine ont parlé, dans des conditions historiques données, de la possibilité pour la révolution de se développer pacifiquement. Mais, comme l’a dit Lénine, la possibilité du développement pacifique de la révolution est « extrêmement rare dans l’histoire des révolutions ».

    En fait, il n’existe pas de précédent historique du passage pacifique du capitalisme au socialisme.

    Certains disent qu’il n’existait pas de précédent quand Marx prévoyait que le socialisme prendrait inévitablement la place du capitalisme, alors pourquoi ne peut-on prédire le passage pacifique du capitalisme au socialisme, malgré l’absence de précédent?

    Ce parallèle est absurde. Marx est parti du matérialisme dialectique et du matérialisme historique pour analyser les contradictions de la société capitaliste, il a découvert les lois objectives du développement de la société et est arrivé à des conclusions scientifiques; tandis que les prophètes qui placent tous leurs espoirs dans le « passage pacifique » sont partis de l’idéalisme historique, nient les contradictions les plus fondamentales de la société capitaliste, répudient la théorie marxiste-léniniste de la lutte de classe, et en arrivent à des conclusions subjectives, dénuées de tout fondement. Comment ceux qui répudient le marxisme pourraient-ils trouver appui chez Marx?

    Tout le monde a pu constater que les pays capitalistes renforcent chacun leur machine d’Etat, et surtout leur appareil militaire, dans le but avant tout de réprimer leur propre peuple.

    Le parti du prolétariat ne doit en aucun cas baser sa pensée, son orientation révolutionnaire et l’ensemble de son travail sur l’idée que l’impérialisme et la réaction accepteront la transformation pacifique.

    Il faut que le parti du prolétariat se prépare à deux éventualités, c’est-à-dire que tout en se préparant au développement pacifique de la révolution, il doit se préparer pleinement au développement non pacifique.

    Le parti du prolétariat doit porter principalement son attention sur la rude tâche d’accumuler les forces révolutionnaires, afin d’être prêt à arracher la victoire lorsque les conditions seront mûres pour la révolution ou à riposter puissamment à l’impérialisme et à la réaction au cas où ceux-ci passeraient à l’attaque par surprise et par les armes.

    Si le parti du prolétariat ne fait pas de tels préparatifs, il paralysera la volonté révolutionnaire du prolétariat, il sera désarmé idéologiquement et sombrera dans une passivité totale, sans aucune préparation sur le plan politique et de l’organisation, et la cause révolutionnaire du prolétariat sera ainsi enterrée.

    12) Les révolutions sociales sont historiquement inévitables aux différentes étapes de l’histoire de l’humanité et se produisent en fonction de lois objectives indépendantes de la volonté de l’homme. L’histoire montre qu’il n’y a pas de révolution qui n’ait connu de vicissitudes ni de révolution qui soit parvenue à la victoire sans certains sacrifices.

    La tâche du parti du prolétariat est d’analyser, sur la base des théories marxistes-léninistes, les conditions historiques concrètes, d’élaborer une stratégie et des tactiques justes et de diriger les masses populaires pour qu’elles contournent les écueils, évitent certains sacrifices inutiles et parviennent au but pas à pas. Est-il possible d’éviter complètement les sacrifices.

    Ce n’est pas le cas avec les révolutions des esclaves, les révolutions des serfs, les révolutions bourgeoises et les révolutions nationales; et cela n’est pas non plus le cas avec les révolutions prolétariennes.

    Même si la ligne directrice de la révolution est juste, on ne peut garantir complètement que la révolution ne connaîtra pas certains revers ou certains sacrifices. Mais si l’on persiste dans une ligne correcte, la révolution doit aboutir tôt ou tard à la victoire. Renoncer à la révolution sous prétexte d’éviter les sacrifices, c’est en réalité demander au peuple de rester esclave et d’endurer à jamais des souffrances et des sacrifices indicibles.

    L’abc du marxisme-léninisme nous apprend que l’accouchement d’une révolution est de loin moins douloureux que l’agonie sans fin dans la vieille société. Lénine a fort bien dit que le système capitaliste « exigeait toujours et inévitablement, même pendant le cours le plus pacifique des événements, d’innombrables sacrifices de la classe ouvrière » (V. I. Lénine: « Une nouvelle bataille », Œuvres, tome 5).

    Celui qui prétend que la révolution ne peut être entreprise que si elle se développe sans à-coups, que si elle est garantie préalablement contre tout sacrifice et échec n’est nullement un révolutionnaire.

    Quelles que soient les difficultés dans lesquelles ils se trouvent, quels que soient les sacrifices et les échecs qu’ils connaissent dans la révolution, les révolutionnaires prolétariens doivent toujours éduquer les masses dans l’esprit de la révolution, ils doivent toujours tenir fermement le drapeau de la révolution et non l’abandonner.

    Ce serait de l’aventurisme « de gauche » si le parti du prolétariat déclenchait une révolution à la légère alors que les conditions objectives ne sont pas encore parvenues à maturité, et de l’opportunisme de droite, s’il n’osait pas diriger la révolution et conquérir le pouvoir alors que les conditions objectives sont parvenues à maturité.

    Même en temps ordinaire et tout en dirigeant les masses dans leurs luttes quotidiennes, le parti du prolétariat doit entreprendre, dans ses rangs et parmi les masses populaires, des préparatifs pour la révolution sur le plan idéologique, politique et de l’organisation et faire progresser la lutte révolutionnaire, afin de saisir l’occasion pour renverser la domination réactionnaire et établir un régime nouveau lorsque les conditions pour la révolution sont mûres.

    Sinon, même quand les conditions objectives seront mûres, le parti du prolétariat laissera tout simplement échapper l’occasion de saisir la victoire.

    Le parti du prolétariat doit s’en tenir fermement aux principes et en même temps faire preuve de souplesse; il doit accepter parfois les compromis qui s’avèrent nécessaires et qui sont favorables à la révolution. Mais il ne doit jamais abandonner les politiques de principe ni le but de la révolution au nom de la souplesse ou de compromis nécessaires.

    Tout en dirigeant les masses populaires dans la lutte contre l’ennemi, le parti du prolétariat doit également savoir mettre à profit les contradictions existant entre les ennemis. Mais si l’on utilise ces contradictions, c’est pour atteindre plus facilement le but de la lutte révolutionnaire du peuple et non pour, supprimer cette lutte.

    Des faits innombrables ont montré que là où la sombre domination des impérialistes et des réactionnaires existe, le peuple, qui constitue plus de 90 pour cent de la population, se dressera tôt ou tard pour faire la révolution.

    Si les communistes tournent le dos aux aspirations révolutionnaires des masses populaires, ils perdront inévitablement la confiance de celles-ci et seront remisés à l’arrière par le courant révolutionnaire.

    Si le groupe dirigeant du parti adopte une ligne non révolutionnaire et fait de celui-ci un parti réformiste, alors les marxistes-léninistes au sein ou en dehors du parti prendront sa place pour mener le peuple à faire la révolution. Dans d’autres situations, la fraction révolutionnaire de la bourgeoisie viendra diriger la révolution et le parti du prolétariat en perdra la direction.

    Et lorsque la bourgeoisie réactionnaire trahit la révolution et réprime le peuple, une ligne opportuniste fera subir aux communistes et aux masses révolutionnaires des pertes lourdes et inutiles.

    Si les communistes glissent sur la pente de l’opportunisme, ils dégénéreront en nationalistes bourgeois et deviendront une annexe de l’impérialisme et de la bourgeoisie réactionnaire.

    Actuellement, il y en a qui prétendent avoir fait les apports créateurs les plus grands à la théorie révolutionnaire depuis Lénine et ils se considèrent comme les seuls à avoir raison. Ont-ils vraiment pris en considération l’expérience générale de l’ensemble du mouvement communiste mondial?

    Ont-ils vraiment veillé aux intérêts, au but et aux tâches du mouvement prolétarien international dans son ensemble? Ont-ils une ligne générale vraiment conforme au marxisme-léninisme pour le mouvement communiste international?

    Tout cela est sujet à caution.

    Ces dernières années ont été riches en expériences et en enseignements pour le mouvement communiste international et le mouvement de libération nationale. Certaines expériences méritent d’être louées et d’autres sont affligeantes. Les communistes et les peuples révolutionnaires de tous les pays doivent bien méditer et étudier ces expériences, ces succès et ces échecs, afin d’en tirer de justes conclusions et d’utiles enseignements.

    13) Les pays socialistes et les luttes révolutionnaires des peuples et nations opprimés se soutiennent et s’aident mutuellement.

    Le mouvement de libération nationale en Asie, en Afrique et en Amérique latine et le mouvement révolutionnaire des peuples des pays capitalistes constituent un puissant soutien pour les pays socialistes. Le nier serait tout à fait faux.

    Les pays socialistes doivent adopter une attitude de sympathie agissante et de soutien actif vis-à-vis des luttes révolutionnaires des peuples et nations opprimés et nullement une attitude purement formelle, d’égoïsme national ou de chauvinisme de grande puissance.

    Lénine a dit: « L’alliance avec les révolutionnaires des pays avancés et avec tous les peuples opprimés contre les impérialistes de tout poil, telle est la politique extérieure du prolétariat » (V. I. Lénine: La Politique extérieure de la révolution russe, Œuvres, tome 25).

    Qui ne comprend pas ce point-là et considère, cornue un fardeau ou une faveur, le soutien et l’aide accordés par un pays socialiste aux peuples et nations opprimés tourne le dos au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien.

    La supériorité du système socialiste et les réalisations des pays socialistes dans l’édification servent d’exemple et constituent un encouragement pour les peuples et nations opprimés.

    Cependant, cet exemple et cet encouragement ne peuvent en aucun cas remplacer la lutte révolutionnaire des peuples et nations opprimés. Ce n’est que par leur propre lutte révolutionnaire résolue que tous les peuples et nations opprimés obtiendront leur libération.

    Or, certains exagèrent unilatéralement le rôle de la compétition pacifique entre pays socialistes et pays impérialistes et essayent de substituer la compétition pacifique à la lutte révolutionnaire de tous les peuples et nations opprimés. Selon leur sermon, l’impérialisme s’écroulerait de lui-même au cours de la compétition pacifique, et les peuples et nations opprimés n’auraient qu’à attendre tranquillement ce jour. Cela a-t-il quelque chose à voir avec la conception marxiste-léniniste?

    De plus, certains ont fabriqué une étrange histoire: la Chine e d’autres pays socialistes voudraient, disent-ils, « déclencher la guerre » et répandre le socialisme au moyen de « guerres entre Etats ». Comme l’a fait ressortir la Déclaration de 1960, pareil conte n’est que calomnies de la réaction impérialiste.

    À franchement parler, le but poursuivi par ceux qui répètent ces calomnies, c’est de dissimuler leur opposition à la révolution menée par les peuples et nations opprimés du monde et aussi au soutien donné par d’autres à cette révolution.

    14) Ces dernières années, on a beaucoup parlé, et même à suffisance, de la question de la guerre et de la paix. Notre point de vue et notre politique en la matière sont connus de tous et ne sauraient être dénaturés par qui que ce soit.

    Il est vraiment regrettable que dans le mouvement communiste international, certaines personnes, tout en parlant à profusion de leur attachement à la paix et de leur haine pour la guerre, ne veuillent pas chercher à saisir, même un tant soit peu, la vérité pure et simple exposée par Lénine sur la question de la guerre.

    Lénine a dit: « Il me semble que l’essentiel, qu’on oublie ordinairement dans la question de la guerre et à quoi on ne consacre pas assez d’attention, la raison principale de tant de débats, de débats que je qualifierais de stériles, vains et sans objet, c’est la question fondamentale du caractère de classe de la guerre, des raisons pour lesquelles elle a éclaté, des classes qui la mènent, des conditions historiques et historico-économiques qui lui ont donné naissance. » (V.I. Lénine: « La Guerre et la révolution », Œuvres, tome 24).

    Selon les marxistes-léninistes, la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, et toutes les guerres sont inséparables du système politique et des luttes politiques dont elles découlent. Si l’on s’écarte de cette thèse scientifique marxiste-léniniste confirmée par toute l’histoire de la lutte de classe dans le monde, on ne comprendra jamais la question de la guerre ni la question de la paix.

    Il y a différents genres de paix et différents genres de guerres. Les marxistes-léninistes doivent savoir discerner de quelle paix ou de quelle guerre il s’agit. Confondre guerres justes et guerres injustes et s’y opposer sans distinction est un point de vue pacifiste bourgeois et non un point de vue marxiste-léniniste.

    Certains disent que les révolutions sont tout à fait possibles sans guerre. Mais de quelle guerre s’agit-il ici? D’une guerre de libération nationale ou d’une guerre civile révolutionnaire? d’une guerre mondiale?

    Si l’on entend par là guerre de libération nationale ou guerre civile révolutionnaire, alors cette affirmation équivaut en fait à s’opposer aux guerres révolutionnaires, c’est-à-dire à s’opposer à la révolution.

    Et si l’on entend la guerre mondiale, alors cela équivaut à décocher des flèches sur une cible qui n’existe pas. Se basant sur l’histoire des deux guerres mondiales, les marxistes-léninistes ont souligné qu’une guerre mondiale entraîne inévitablement la révolution, mais aucun marxiste-léniniste n’a jamais prétendu ni ne prétendra jamais que la révolution doive se faire à l’aide d’une guerre mondiale.

    Les marxistes-léninistes ont l’élimination de la guerre pour idéal et ils sont convaincus que la guerre peut être éliminée.

    Mais comment la guerre peut-elle être éliminée?

    Voici comment Lénine envisageait la question: « Notre but, disait-il, c’est l’instauration du régime social socialiste, qui, en supprimant la division de l’humanité en classes, en supprimant toute exploitation de l’homme par l’homme et d’une nation par d’autres nations, supprimera infailliblement toute possibilité de guerre en général » (Ibidem).

    La Déclaration de 1960 l’a dit aussi avec beaucoup de clarté: « Le triomphe du socialisme dans le monde entier éliminera définitivement toutes les causes sociales et nationales du déclenchement de toute guerre. »

    Cependant, d’aucuns estiment maintenant que, dans les conditions où subsistent le système impérialiste et le système d’exploitation de l’homme par l’homme, il est possible de réaliser un « monde sans armes, sans armées et sans guerres » par le « désarmement général et complet ». C’est une illusion pure et simple.

    L’abc du marxisme-léninisme nous apprend que l’armée est l’élément principal de la machine d’Etat; un monde soi-disant sans armes et sans armées ne peut donc être qu’un monde sans Etats, .Lénine disait: « C’est seulement après que le prolétariat aura désarmé la bourgeoisie qu’il pourra, sans trahir sa mission historique universelle, jeter à la ferraille toutes les armes en général, et il ne manquera pas de le faire, mais alors seulement, et en aucune façon avant. » (V.I. Lénine: « Le Programme militaire de la révolution prolétarienne », Œuvres, tome 23).

    Or, quelle est la réalité du monde? Y a-t-il le moindre signe que les pays impérialistes, ayant les Etats-Unis comme chef de file, soient prêts à procéder au désarmement général et complet? Ne poursuivent-ils pas tous, sans exception, l’expansion générale et complète des armements?

    En vue de démasquer l’expansion des armements et la préparation à la guerre entreprises par l’impérialisme et de s’y opposer, nous avons toujours estimé qu’il est nécessaire de préconiser le désarmement général. Et il est possible de contraindre l’impérialisme à accepter un certain accord sur le désarmement par la lutte conjointe des pays du camp socialiste et des peuples du monde.

    Envisager le désarmement général et complet comme la voie essentielle permettant d’assurer la paix mondiale, répandre l’illusion que l’impérialisme déposera les armes de son plein gré et tirer prétexte du désarmement pour essayer de supprimer la lutte révolutionnaire des peuples et, nations opprimés, c’est délibérément tromper les peuples et servir la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme.

    En vue de mettre un terme à la confusion idéologique apparue au sein du mouvement ouvrier international au sujet de la guerre et de la paix, nous estimons qu’il est indispensable de rétablir la thèse de Lénine, rejetée par les révisionnistes modernes, dans l’intérêt de la lutte contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme et pour la défense de la paix mondiale.

    Conjurer une nouvelle guerre mondiale, c’est ce qu’exigent universellement tous les peuples du monde. Et il est Possible de la conjurer.

    La question ici est de savoir quelle est en définitive la voie à emprunter pour assurer la paix mondiale. Selon le point de vue léniniste, on ne peut gagner la paix mondiale que par la lutte de tous les peuples du monde et non en la quémandant auprès de l’impérialisme.

    Ce n’est qu’en s’appuyant sur le développement de la puissance du camp socialiste, sur la lutte révolutionnaire du prolétariat et du peuple travailleur des différents pays, sur la lutte de libération des nations opprimées et sur la lutte de tous les peuples et pays épris de paix qu’il est possible de défendre énergiquement la paix dans le monde.

    Voilà la politique léniniste. Toute politique contraire est incapable de conduire à la paix mondiale, elle ne peut que stimuler les ambitions de l’impérialisme et accroître le danger d’une guerre mondiale.

    Ces dernières années, certains ont affirmé et répandu qu’une toute petite étincelle de la guerre de libération nationale et de la guerre révolutionnaire populaire engendrera une conflagration mondiale qui détruira toute l’humanité.

    Mais qu’en est-il exactement? Les faits ont montré précisément le contraire. Les nombreuses guerres de libération nationale et les guerres révolutionnaires populaires qui ont éclaté après la Seconde guerre mondiale n’ont pas engendré de guerre mondiale.

    La victoire de ces guerres révolutionnaires a directement affaibli les forces impérialistes et a considérablement accru les forces en lutte pour empêcher l’impérialisme de déclencher un conflit mondial et pour sauvegarder la paix mondiale. Les faits n’ont-ils pas démontré toute l’absurdité de cette argumentation?

    15) L’interdiction générale des armes nucléaires, leur destruction totale constituent une tâche importante de la lutte pour la défense de la paix mondiale. Nous devons faire tout ce qui est possible dans ce sens.

    Les armes nucléaires ont une puissance de destruction sans précédent, et c’est pour cela que les impérialistes américains ont adopté depuis plus de dix ans la politique de chantage nucléaire, par laquelle ils cherchent à réaliser leurs ambitions: asservir tous les peuples et dominer le monde.

    Mais, quand les impérialistes menacent d’autres pays avec les armes nucléaires, ils mettent aussi le peuple de leur propre pays en danger; ils le poussent ainsi à se dresser contre les armes nucléaires et leur politique d’agression et de guerre. En même temps, en cherchant vainement à détruire la partie adverse au moyen des armes nucléaires, les impérialistes s’exposent en fait, eux aussi, au danger de la destruction.

    La possibilité d’interdire les armes nucléaires existe. Cependant, si les impérialistes se voient obligés d’accepter un accord sur l’interdiction des armes nucléaires, ce n’est certainement pas par « amour » de l’humanité, mais uniquement par suite de la pression des peuples du monde et en considération de leurs propres intérêts.

    Contrairement aux impérialistes, les pays socialistes s’appuient sur les forces populaires attachées à la justice, sur la juste politique qu’ils ont adoptée, et ils n’ont absolument pas besoin de miser sur les armes nucléaires dans l’arène internationale. Si les pays socialistes possèdent des armes nucléaires, c’est uniquement dans un but défensif et pour empêcher les impérialistes de déclencher une guerre nucléaire.

    Selon les marxistes-léninistes, le peuple fait, l’histoire. Aujourd’hui comme hier et dans la réalité de la vie, l’homme est le facteur décisif. Les marxistes-léninistes attachent une grande importance au rôle joué par les progrès techniques, mais il est faux de minimiser le rôle de l’homme et d’exagérer le rôle de la technique.

    L’apparition des armes nucléaires ne peut empêcher l’histoire de progresser ni sauver le régime impérialiste de sa ruine, pas plus que l’apparition des nouvelles techniques dans le passé n’a pu sauver les vieux régimes de la ruine.

    L’apparition des armes nucléaires n’a pas résolu et ne peut pas résoudre les différentes contradictions fondamentales du monde contemporain, elle n’a pas modifié et ne peut pas modifier la loi de la lutte de classe, elle n’a pas changé et ne peut Pas changer la nature de l’impérialisme et de toute la réaction.

    On ne peut donc pas affirmer qu’avec l’apparition des armes nucléaires, la possibilité et la nécessité d’entreprendre les révolutions sociales et nationales aient disparu ou que les principes fondamentaux du marxisme-léninisme, et en particulier ses théories sur la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat, sur la guerre et la paix, soient devenus périmés et se soient transformés en « dogmes » caducs.

    16) C’est Lénine qui a avancé l’idée qu’il est possible pour les pays socialistes de pratiquer la coexistence pacifique avec les pays capitalistes. Et l’on sait qu’après le refoulement de l’intervention armée étrangère par le grand peuple soviétique, le Parti communiste de l’Union soviétique et le gouvernement soviétique, sous la direction de Lénine et par la suite sous celle de Staline, ont invariablement appliqué la politique de coexistence pacifique. Ils ne furent obligés d’engager une guerre de légitime défense qu’au moment où les impérialistes allemands attaquèrent le pays.

    Depuis sa fondation, la République populaire de Chine a également appliqué avec fermeté et conséquence cette politique de coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents; et elle fut le promoteur des cinq principes de la coexistence pacifique.

    Cependant, il y a quelques années, d’aucuns se sont arrogé soudain la politique de coexistence pacifique avancée par Lénine comme une « grande découverte » à eux. Ils prétendent avoir le monopole de l’interprétation de cette politique. Ils considèrent la « coexistence pacifique » comme une Révélation d’En-haut, quelque chose dépassant l’entendement, d’omnipotent, et ils lui attribuent tous les mérites des peuples du monde et tous les succès que ceux-ci ont remportés par la lutte.

    De plus, tous ceux qui désapprouvent leur déformation de cette idée de Lénine, ils les qualifient d’adversaires de la coexistence pacifique, de gens qui ne comprennent absolument rien à Lénine et au léninisme, d’hérétiques méritant le bûcher.

    Comment les communistes chinois pourraient-ils être d’accord sur ces points de vue et cette façon d’agir? Ils ne peuvent pas, cela leur est impossible.

    Le principe de la coexistence pacifique avancé par Lénine est fort clair et facilement compréhensible pour de simples gens. La coexistence pacifique concerne les rapports entre pays à systèmes sociaux différents et elle ne doit pas être interprétée comme bon nous semble. Elle ne devrait jamais être étendue aux rapports entre nations opprimées et nations oppresseuses, entre pays opprimés et pays oppresseurs, entre classes opprimées et classes oppresseuses, et ne devrait jamais être considérée comme le contenu principal du passage du capitalisme au socialisme, et moins encore devrait-il être affirmé qu’elle est la voie au socialisme pour toute l’humanité.

    La raison en est que la coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents est une chose. Entre pays qui pratiquent la coexistence pacifique, il est tout à fait inadmissible et absolument impossible de toucher même à un cheveu de leur système social respectif.

    Autre chose est la lutte de classe dans les différents pays, la lutte pour la libération nationale, le passage du capitalisme au socialisme. Ce sont des luttes révolutionnaires âpres, sans merci, qui visent à changer le système social.

    La coexistence pacifique ne peut nullement remplacer la lutte révolutionnaire des peuples. Le passage du capitalisme au socialisme dans n’importe quel pays ne peut s’effectuer qu’à travers la révolution du prolétariat de ce pays et la dictature du prolétariat.

    Dans l’application de la politique de coexistence pacifique, il y a inévitablement lutte entre les pays socialistes et les pays impérialistes sur les plans politique, économique et idéologique, et il est totalement impossible qu’il y ait « coopération générale ».

    Il est nécessaire pour les pays socialistes d’engager des négociations de différentes sortes avec les pays impérialistes. Et il est possible d’aboutir à certains accords par ces négociations si l’on s’appuie sur la juste politique des pays socialistes et sur la pression des masses populaires des différents pays.

    Mais les compromis nécessaires entre pays socialistes et pays impérialistes n’exigent pas des peuples et nations opprimés qu’ils en fassent autant, qu’ils passent des compromis avec les impérialistes et leurs laquais. Personne ne devrait jamais exiger au nom de la coexistence pacifique, que les peuples et nations opprimés renoncent à leur lutte révolutionnaire.

    La politique de coexistence pacifique pratiquée par les pays socialistes est favorable à la réalisation d’une conjoncture internationale pacifique en vue de la construction du socialisme, et contribue à démasquer la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme et à isoler les forces agressives et bellicistes de celui-ci.

    Mais si l’on réduit la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes à la coexistence pacifique, il sera impossible de régler correctement les rapports entre les pays socialistes et ceux entre les pays socialistes et les peuples et nations opprimés. C’est pourquoi il est faux de considérer la coexistence pacifique comme la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes.

    Selon nous, la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes doit avoir comme contenu ce qui suit: développer, sur la base du principe de l’internationalisme prolétarien, les relations d’amitié, d’entraide et de coopération entre les pays du camp socialiste; lutter pour la coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents sur la base des Cinq Principes et contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme; soutenir la lutte révolutionnaire de tous les peuples et nations opprimés. Ces trois aspects sont liés les uns aux autres, ils sont indissolubles et aucun d’eux ne peut être omis.

    17) Dans une très longue période historique qui suit la conquête du pouvoir par le prolétariat, l’existence de la lutte de classe demeure une loi objective indépendante de la volonté de l’homme; seule la forme de la lutte de classe diffère de celle qu’elle revêtait avant la conquête du pouvoir par le prolétariat.

    Après la Révolution d’Octobre, Lénine a indiqué à maintes reprises que :

    a) Les exploiteurs renversés essayent toujours et par tous les moyens de reconquérir leur « paradis » perdu.

    b) L’ambiance petite-bourgeoise engendre chaque jour, à chaque heure, de nouveaux éléments bourgeois.

    c) Dans les rangs de la classe ouvrière et parmi les fonctionnaires d’Etat, il peut également apparaître des éléments dégénérés et de nouveaux éléments bourgeois en raison de l’influence bourgeoise, de l’entourage petit-bourgeois et de la corruption exercée par celui-ci.

    d) Les conditions externes qui déterminent la continuation de la lutte de classe dans les pays socialistes sont l’encerclement par le capitalisme international, la menace de l’intervention armée et les manœuvres de désagrégation pacifique auxquelles ont recours les impérialistes.

    Cette thèse de Lénine s’est trouvée confirmée dans la réalité de la vie.

    On ne peut pas dire que dans un pays socialiste quel qu’il soit, même quand des dizaines d’années, voire une période encore plus longue, se seront écoulées après l’industrialisation socialiste et la collectivisation de l’agriculture, il n’existe plus d’écornifleurs bourgeois, de parasites, de spéculateurs, de filous, de fainéants, de voyous, de gens qui s’approprient des biens d’Etat ni d’éléments semblables que Lénine a sans cesse condamnés; on ne peut pas dire non plus que les pays socialistes n’ont pas à s’occuper de la tâche assignée par Lénine, à savoir qu’il faut « vaincre… cette infection, cette peste, cette plaie que le capitalisme a léguées au socialisme », ou qu’ils peuvent y renoncer.

    Dans les pays socialistes, il est nécessaire de passer par une très longue période historique avant de pouvoir résoudre progressivement la question de savoir qui l’emportera, du socialisme ou du capitalisme.

    La lutte entre la voie du socialisme la voie du capitalisme s’étend sur toute une période historique. Cette lutte connaît des hauts et des bas, elle se déroule à la manière des vagues et peut parfois même être très acharnée. Les formes qu’elle revêt sont très variées.

    La Déclaration de 1957 dit avec justesse que « pour la classe ouvrière, la prise du pouvoir n’est que le début de la révolution et non son couronnement ».

    Il est erroné, contraire à la réalité et au marxisme-léninisme de nier l’existence de la lutte de classe dans la période de la dictature du prolétariat, et la nécessité d’accomplir à fond la révolution socialiste sur les fronts économique, politique et idéologique.

    18) Marx et Lénine estiment que toute la période qui précède l’accès au stade supérieur de la société communiste constitue la période du passage du capitalisme au communisme, la période de la dictature du prolétariat.

    Dans cette période de transition, la dictature du prolétariat, c’est-à-dire l’Etat prolétarien, doit passer par le processus dialectique de l’établissement, de la consolidation et du renforcement pour aboutir au dépérissement graduel.

    Dans la « Critique du Programme de Gotha », Marx a posé la question de la façon suivante: « Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci. A quoi correspond une période de transition politique où l’Etat ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat. »

    Lénine a constamment rappelé avec force la grande théorie de Marx sur la dictature du prolétariat. Il a tout particulièrement analysé, dans sa grande œuvre « L’Etat et la révolution », le processus du développement de la théorie de Marx sur la dictature du prolétariat, et il a lui-même écrit: « Le passage de la société capitaliste, qui évolue vers le communisme, à la société communiste est impossible sans une ‘période de transition politique’; et l’Etat de cette période ne peut être que la dictature révolutionnaire du prolétariat. »

    II a dit en outre: « Ceux-là seuls ont assimilé l’essence de la doctrine de Marx sur l’Etat, qui ont compris que la dictature d’une classe est nécessaire non seulement pour toute société de classes en général, non seulement pour le prolétariat qui aura renversé la bourgeoisie, mais encore pour toute la période historique qui sépare le capitalisme de la ‘société sans classes’, du communisme »(Ibidem).

    Comme il est dit plus haut, l’idée essentielle de Marx et de Lénine est la suivante: la dictature du prolétariat continuera inévitablement à exister dans toute la période historique du passage du capitalisme au communisme, c’est-à-dire dans la période qui précède la suppression de toutes les différences de classes et l’accès à une société sans classes, au stade supérieur de la société communiste.

    Qu’adviendra-t- il lorsque, à mi-chemin, on proclame que la dictature du prolétariat n’a plus sa raison d’être?

    Cela n’est-il pas foncièrement en contradiction avec la thèse de Marx et de Lénine sur l’Etat de la dictature du prolétariat?

    Cela ne signifie-t-il pas encourager le développement de « cette infection, [de] cette peste, [de] cette plaie que le capitalisme a léguées au socialisme »?

    En d’autres termes, cela entraînera des conséquences extrêmement graves et mettrait d’autant plus le passage au communisme hors de question.

    Pourrait-il y avoir un prétendu « Etat du peuple tout entier »? Pourrait-on substituer un prétendu « Etat du peuple tout entier » à l’Etat de la dictature du prolétariat?

    Ce n’est pas là une question qui relève des affaires intérieures d’un pays quelconque, mais une question fondamentale qui concerne la vérité universelle du marxisme-léninisme.

    Selon les marxistes-léninistes, il n’existe pas d’Etat sans caractère de classe ni d’Etat au-dessus des classes. Tout Etat doit invariablement avoir un caractère de classe. Tant que l’Etat existe, il ne peut être un Etat du « peuple tout entier ». Une fois Les classes disparues de la société, l’Etat cessera d’exister.

    Que serait donc ce qu’on appelle « Etat du peuple tout entier »?

    Tous ceux qui possèdent quelques notions du marxisme-léninisme savent qu’un « Etat du peuple tout entier » n’a rien de nouveau. Les représentants de la bourgeoisie ont toujours appelé l’Etat bourgeois « Etat du peuple tout entier », ou bien « Etat dans lequel le pouvoir appartient à tout le peuple ».

    D’aucuns diront que chez eux c’est déjà la société sans classes. Nous leur répondons: Non. Les classes et la lutte de classe existent dans tous les pays socialistes sans exception.

    Puisqu’on y voit encore subsister des éléments des anciennes classes exploiteuses qui tentent de restaurer leur domination, que de nouveaux éléments bourgeois y apparaissent encore continuellement et qu’il y a encore des parasites, des spéculateurs, des fainéants, des voyous, des gens qui s’approprient des biens d’Etat, etc., comment peut-on dire alors qu’il n’y a plus de classes, plus de lutte de classe? Comment peut-on dire alors que la dictature du prolétariat n’a plus sa raison d’être?

    Le marxisme-léninisme nous apprend que, outre la répression des classes adverses, la dictature du prolétariat doit encore avoir pour mission historique, au cours de l’édification socialiste, d’apporter une juste solution à la question des rapports entre la classe ouvrière et la paysannerie, de consolider leur alliance sur les plans politique et économique et de créer les conditions pour la suppression graduelle des différences de classe entre ouvriers et paysans.

    En examinant la base économique de la société socialiste, on constate que dans tous les pays socialistes sans exception, les différences entre la propriété du peuple entier et la propriété collective existent, et que la propriété individuelle existe encore.

    La propriété du peuple entier et la propriété collective constituent deux formes de propriété, deux formes de rapports de production dans la société socialiste; les ouvriers des entreprises relevant de la propriété du peuple entier et les paysans des fermes relevant de la propriété collective constituent dans la société socialiste deux catégories de travailleurs. C’est pourquoi il existe dans tous les pays socialistes, sans exception, des différences de classe entre ouvriers et paysans.

    Ces différences ne pourront disparaître que lorsqu’on aura accédé au stade supérieur du communisme. Actuellement, le niveau atteint par tous les pays socialistes dans leur développement économique est encore bien loin de celui du stade supérieur du communisme que régit le principe « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ».

    C’est pourquoi il faut encore une très très longue période avant de faire disparaître les différences de classe entre ouvriers et paysans. Et tant que ces différences de classe n’auront pas disparu, on ne peut pas dire qu’il s’agit là d’une société sans classes et que la dictature du prolétariat n’a plus sa raison d’être.

    En appelant un pays socialiste « Etat du peuple tout entier », veut-on substituer la théorie bourgeoise de l’Etat à la théorie marxiste-léniniste de l’Etat? Veut-on substituer un Etat d’un autre caractère à l’Etat de la dictature du prolétariat?

    Si c’est bien le cas, cela ne peut que signifier une régression considérable de l’histoire. Le changement de caractère du système social en Yougoslavie est à ce sujet une sérieuse leçon.

    19) Le léninisme maintient que dans un pays socialiste, le parti du prolétariat doit exister conjointement avec la dictature du prolétariat. Pendant toute la période historique de la dictature du prolétariat, l’existence du parti du prolétariat est indispensable.

    La dictature du prolétariat doit combattre les ennemis du prolétariat et du peuple, rééduquer les paysans et les autres petits producteurs, consolider constamment les rangs du prolétariat, édifier le socialisme et réaliser le passage au communisme; tout cela est impossible sans la direction du parti du prolétariat.

    Pourrait-il y avoir un « parti du peuple tout entier »? Pourrait-on substituer un soi-disant « parti du peuple tout entier » au parti de l’avant-garde du prolétariat?

    Ce n’est pas là non plus une question intérieure d’un parti quelconque, mais une question fondamentale qui concerne la vérité universelle du marxisme-léninisme.

    Selon les marxistes-léninistes, il n’existe pas de parti politique sans caractère de classe, ou de parti au-dessus des classes. Tout parti politique a un caractère de classe. L’esprit de parti est l’expression concentrée du caractère de classe.

    Le parti du prolétariat est le seul qui puisse représenter les intérêts du peuple tout entier.

    S’il le peut, c’est précisément parce qu’il est le représentant des intérêts du prolétariat, dont il concentre la pensée et la volonté.

    S’il est capable de diriger le peuple tout entier, c’est précisément parce que le prolétariat ne pourra obtenir définitivement sa libération que lorsqu’il aura libéré toute l’humanité, parce que c’est un parti qui sait aborder les problèmes en concordance avec la nature de classe du prolétariat et à la lumière des intérêts présents et futurs de celui-ci, parce qu’il fait preuve à l’égard du peuple d’un dévouement et d’un esprit d’abnégation sans bornes; et de là son centralisme démocratique et sa discipline de fer. Sans un tel parti, il est impossible de maintenir la dictature du prolétariat et de représenter les intérêts du peuple tout entier.

    Qu’adviendra-t-il quand, dans la période qui précède l’accès au stade supérieur de la société communiste, on proclame à mi-chemin que le parti du prolétariat est devenu un « parti du peuple tout entier », niant ainsi le caractère prolétarien du parti du prolétariat?

    Cela n’est-il pas foncièrement en contradiction avec la théorie de Marx et de Lénine sur le parti du prolétariat?

    Cela ne signifie-t-il pas désarmer le prolétariat et tout le peuple travailleur sur le plan idéologique et de l’organisation, et aider à la restauration du capitalisme?

    Dans ces circonstances, n’est-ce pas « aller au sud tout en dirigeant l’attelage vers le nord » que de parler du passage au communisme?

    20) Pendant ces dernières années, allant à rencontre de la doctrine intégrale de Lénine concernant les rapports entre les chefs, le Parti, les classes et les masses, certains ont soulevé la question de ce qu’on appelle « lutte contre le culte de la personnalité »; cela est erroné et nuisible.

    Cette doctrine de Lénine est formulée comme suit :

    a) Les masses se divisent en classes ;

    b) Les classes sont dirigées ordinairement par des partis politiques ;

    c) Les partis politiques sont, en règle générale, dirigés par des groupes plus ou moins stables de personnes réunissant le maximum d’autorité, d’influence, d’expérience, portées par voie d’élection aux fonctions les plus responsables et qu’on appelle les chefs.

    Lénine a dit que « tout cela, ce n’est que l’abc ».

    Le parti prolétarien est le quartier général du prolétariat dans la révolution et dans le combat. Chaque parti du prolétariat doit pratiquer le centralisme sur la base de la démocratie et établir une direction puissante basée sur le marxisme-léninisme; c’est seulement ainsi qu’il peut devenir une avant-garde organisée et d’une grande capacité de combat. Soulever la question de la « lutte contre le culte de la personnalité » revient en fait à opposer les chefs aux masses, détruire la direction unifiée reposant sur le centralisme démocratique au sein du Parti, éparpiller la force de combat du Parti et désagréger ses rangs.

    Lénine a critiqué le point de vue erroné qui consiste à opposer les chefs aux masses. Il disait que « c’est une absurdité ridicule, une sottise ».

    Le Parti communiste chinois s’est toujours opposé à ce que l’on exagère le rôle de l’individu; il a toujours préconisé et appliqué avec fermeté le système du centralisme démocratique, préconisé l’union des chefs avec les masses et estimé qu une direction juste doit savoir concentrer les vues des masses.

    En menant à grand bruit une soi-disant « lutte contre le culte de la personnalité », certains déploient en réalité tous leurs efforts pour défigurer le parti prolétarien et la dictature du prolétariat, mais dans le même temps, ils exagèrent à outrance le rôle de certains individus, en mettant toutes les erreurs sur le compte des autres et en s’attribuant le mérite de tous les succès.

    Ce qui est plus grave encore, c’est que sous prétexte de cette « lutte contre le culte de la personnalité », certains interviennent brutalement dans les affaires intérieures, des autres partis frères et pays frères et forcent d’autres partis frères à changer de dirigeants dans le but d’imposer à ces partis leur ligne erronée. Cette façon d’agir, que peut-elle être sinon du chauvinisme de grande puissance, du sectarisme et du scissionnisme, une activité subversive?

    Il est grand temps maintenant de nous mettre sérieusement à populariser sous tous ses aspects la doctrine intégrale de Lénine concernant les rapports entre les chefs, le Parti, les classes et les masses.

    21) Les rapports entre les pays socialistes sont des rapports internationaux de type nouveau. Les pays socialistes, qu’ils soient grands ou petits, économiquement développés ou non, doivent établir leurs relations sur la base des principes de l’égalité complète, du respect de l’intégrité territoriale, du respect de la souveraineté et de l’indépendance, de la non-intervention mutuelle dans les affaires intérieures, ainsi que sur la base du soutien et de l’aide mutuels conformément à l’internationalisme prolétarien.

    Dans son édification, tout pays socialiste doit s’appuyer principalement sur ses propres forces.

    Chaque pays socialiste doit avant tout, conformément à ses conditions concrètes, s’appuyer sur le travail assidu et la sagesse de son peuple, utiliser systématiquement et dans la plus grande mesure toutes ses ressources et mettre en œuvre toutes les forces potentielles de la construction du socialisme. C’est seulement ainsi qu’il pourra édifier le socialisme avec succès et développer rapidement l’économie du pays.

    C’est ainsi seulement que chaque pays socialiste pourra renforcer la puissance de l’ensemble du camp socialiste et accroître les forces destinées à aider la cause révolutionnaire du prolétariat international. C’est pourquoi l’application du principe qui consiste à compter principalement sur ses propres forces dans l’édification est l’expression concrète de l’internationalisme prolétarien.

    Si un pays socialiste, quel qu’il soit, partant uniquement de ses intérêts particuliers, exige unilatéralement des autres pays frères qu’ils se soumettent à ses besoins, s’oppose, sous prétexte de combattre ce qu’on appelle « agir tout seul » et « nationalisme », à ce qu’ils appliquent le principe consistant à s’appuyer dans l’édification essentiellement sur ses propres forces et à développer l’économie de façon indépendante, et va jusqu’à exercer sur eux une pression économique, il fait preuve d’un véritable égoïsme national.

    Il est tout à fait nécessaire que sur le plan économique les pays socialistes s’entraident, procèdent à la coopération et aux échanges mutuels pour se procurer réciproquement ce qui leur manque. Cette coopération économique doit être fondée sur les principes de l’égalité complète, de l’avantage réciproque et de l’aide mutuelle de camarade.

    Si l’on nie ces principes de base, qu’on impose, sous prétexte de « division internationale du travail » et de « spécialisation », sa volonté aux autres, qu’on porte atteinte à l’indépendance et à la souveraineté des autres pays frères et qu’on nuise aux intérêts de leurs peuples, ce sera du chauvinisme de grande puissance.

    Il est encore plus absurde de transposer dans les relations entre pays socialistes la pratique consistant à réaliser des profits aux dépens d’autrui, pratique qui caractérise les relations entre pays capitalistes, et d’aller même jusqu’à considérer que l’intégration économique » et le « Marché commun » mis sur pied par les groupes monopolistes en vue d’accaparer des débouchés et de partager les profits pourraient servir d’exemple pour les pays socialistes dans leurs assistance mutuelle et coopération économique.

    22) Les deux Déclarations de 1957 et de 1960 ont établi les principes régissant les relations entre partis frères. Ce sont: le principe de solidarité, le principe du soutien et de l’aide mutuels, le principe d’indépendance et d’égalité et le principe de l’unanimité par voie de consultations, et tout cela à mettre en pratique sur la base du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien.

    Nous avons pu remarquer que dans sa lettre du 30 mars, le Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique a dit qu’il n’y a pas de « partis supérieurs » et de « partis subalternes » dans le mouvement communiste international, que tous les partis communistes sont indépendants et égaux et qu’ils doivent tous établir leurs relations sur la base de l’internationalisme prolétarien et de l’aide mutuelle.

    Une qualité précieuse des communistes, c’est d’accorder leurs actes et leurs paroles. La seule voie juste pour sauvegarder et renforcer l’unité des partis frères est de s’en tenir réellement au principe de l’internationalisme prolétarien au lieu de le violer, et d’observer véritablement les principes régissant les rapports entre partis frères au lieu de les détruire, et cela non seulement dans les paroles mais également — ce qui est plus important encore — dans les actes.

    Si l’on reconnaissait les principes d’indépendance et d’égalité dans les relations entre partis frères, il ne serait pas permis de se placer au-dessus des autres partis frères, d’intervenir dans leurs affaires intérieures, de pratiquer le patriarcat dans les relations entre partis frères.

    Si l’on reconnaissait que dans les relations entre partis frères, il n’y a pas de « supérieurs » ni de « subalternes », il ne serait pas permis de présenter le programme, les résolutions et la ligne de son parti comme le « programme commun » du mouvement communiste international pour les imposer ensuite aux autres partis frères.

    Si l’on reconnaissait le principe de l’unanimité par voie de consultations dans les relations entre partis frères, on ne devrait pas mettre l’accent sur la question de savoir « qui est de la majorité » ou « qui est de la minorité » et s’appuyer sur une soi-disant majorité pour imposer sa ligne erronée et appliquer une politique sectaire et scissionniste.

    Si l’on était d’accord sur la nécessité de régler les différends entre les partis frères par la voie des consultations intérieures, on ne devrait pas alors attaquer publiquement et nommément d’autres partis frères en utilisant le congrès de son propre parti ou d’autres partis frères, les discours de dirigeants, ou en recourant à des résolutions, déclarations, etc., et encore moins devrait-on étendre les divergences idéologiques entre partis frères au domaine des rapports entre Etats.

    Nous estimons que dans les circonstances actuelles où il existe des divergences au sein du mouvement communiste international, il est particulièrement important de souligner la nécessité d’observer strictement les principes régissant les rapports entre partis frères, tels qu’ils sont définis dans les deux Déclarations de 1957 et de 1960.

    Actuellement, les relations entre l’Union soviétique et l’Albanie constituent une question marquante dans le domaine des rapports entre partis frères et pays frères.

    La question des relations entre les Partis et Etats soviétiques et albanais est celle de savoir quelle est l’attitude correcte à adopter à l’égard d’un parti frère et d’un pays frère, s’il faut oui ou non observer les principes régissant les rapports entre partis frères et pays frères définis dans les deux Déclarations. La juste solution de cette question revêt une importance de Principe pour la sauvegarde de l’unité du camp socialiste et de l’unité du mouvement communiste international.

    Autre chose est l’attitude à adopter à l’égard du Parti du Travail d’Albanie, parti frère marxiste-léniniste; autre chose est celle à adopter à l’égard de la clique révisionniste yougoslave, renégat du marxisme-léninisme. Il est tout à fait inadmissible de mettre sur le même plan ces deux questions de caractère fondamentalement différent.

    Dans votre lettre, vous avez dit que vous « n’abandonnez pas l’espoir que les rapports entre le Parti communiste de l’Union soviétique et le Parti du Travail d’Albanie pourront être améliorés »; mais dans le même temps, vous continuez à accuser les camarades albanais de mener des « activités scissionnistes ». Il est bien évident que cette attitude est en elle-même contradictoire et ne contribue pas à la solution de la question des rapports soviéto-albanais.

    Qui donc s’est livré à des activités scissionnistes dans les rapports soviéto-albanais?

    Qui donc a étendu les divergences idéologiques entre les Partis soviétique et albanais au domaine des rapports entre Etats?

    Qui donc a étalé devant l’ennemi les divergences entre les Partis et Etats soviétiques et albanais?

    Qui donc a appelé ouvertement à un changement dans la direction du Parti et de l’Etat albanais?

    Toutes ces questions se posent devant le monde entier dans toute leur clarté.

    Maintenant que les rapports soviéto-albanais se sont détériorés à un tel point, est-ce que les camarades dirigeants de P.C.U.S. ne se rendent vraiment pas compte de leur responsabilité?

    Nous voulons exprimer une fois de plus notre espoir sincère que les camarades dirigeants du P.C.U.S. observeront les principes régissant les rapports entre partis frères et pays frères, et prendront l’initiative de chercher un moyen efficace pour améliorer les rapports soviéto-albanais.

    Bref, l’attitude à adopter dans les rapports entre partis frères et pays frères est une question qui doit être traitée sérieusement. Seul le strict respect des principes régissant les rapports entre partis frères et pays frères constituera une réfutation des plus énergiques des calomnies lancées par les réactionnaires impérialistes, dans le genre de « la main de Moscou ».

    L’internationalisme prolétarien est exigé de tous les partis sans exception, qu’ils soient grands ou petits, qu’ils soient au pouvoir ou non. Mais, les grands partis et les partis au pouvoir assument une responsabilité particulièrement lourde à cet égard.

    Toute une série d’incidents affligeants qui se sont produits dans le camp socialiste au cours de cette dernière période, portent préjudice non seulement aux intérêts des partis frères en question, mais également à ceux des larges masses populaires dans ces pays frères. Cela démontre d’une façon convaincante que les grands pays et les grands partis doivent retenir toujours l’enseignement de Lénine, pour ne jamais commettre l’erreur du chauvinisme de grande puissance.

    Les camarades du P.C.U.S. ont déclaré dans leur lettre que « le Parti communiste de l’Union soviétique n’a jamais fait et ne fera jamais un seul pas qui puisse semer l’hostilité parmi les peuples de notre pays à l’égard du peuple frère chinois, à l’égard des autres peuples ». Nous ne voudrions pas rappeler ici les nombreux faits désagréables qui se sont produits dans le passé, mais nous souhaiterions qu’à l’avenir les camarades du P.C.U.S. puissent dans leurs actes s’en tenir strictement à cette déclaration.

    Ces dernières années, quoique nous ayons connu toute une série de graves incidents contraires aux principes régissant les rapports entre partis frères et pays frères, et malgré les grandes difficultés et pertes qui nous ont été imposées, les membres de notre Parti et notre peuple ont fait preuve d’une extrême maîtrise de soi. L’esprit d’internationalisme prolétarien des communistes chinois et du peuple chinois a résisté aux dures épreuves.

    C’est avec une fermeté inébranlable que le Parti communiste chinois reste fidèle à l’internationalisme prolétarien, maintient et défend les principes régissant les rapports entre Partis frères et pays frères, tels qu’ils sont définis dans les deux Déclarations de 1957 et de 1960, et lutte pour sauvegarder et renforcer l’unité du camp socialiste et l’unité du mouvement communiste international.

    23) Pour réaliser le programme commun du mouvement communiste international qui a fait l’objet d’un accord unanime entre tous les partis frères, il faut mener une lutte intransigeante contre l’opportunisme sous toutes ses formes, qui trahit le marxisme-léninisme.

    Il est indiqué dans les deux Déclarations que le révisionnisme, ou, en d’autres termes, l’opportunisme de droite, constitue le principal danger pour le mouvement communiste international. Le révisionnisme yougoslave est le représentant du révisionnisme moderne.

    La Déclaration de 1960 a tout particulièrement souligné: « Les partis communistes ont condamné à l’unanimité la variante yougoslave de l’opportunisme international, qui est une expression concentrée des ‘théories’ des révisionnistes contemporains ».

    Elle poursuit :

    « Ayant trahi le marxisme-léninisme, proclamé par eux périmé, les dirigeants de la Ligue des Communistes de Yougoslavie ont opposé à la Déclaration de 1957 leur propre programme révisionniste et antiléniniste. Ils ont opposé la Ligue des Communistes de Yougoslavie à tout le mouvement communiste international, ont détaché leur pays du camp socialiste, l’ont fait dépendre de la soi-disant ‘aide’ des impérialistes, américains et autres… »

    La Déclaration ajoute :

    « Les révisionnistes yougoslaves se livrent à des agissements subversifs contre le camp socialiste et le mouvement communiste mondial. Sous prétexte de mener une politique en marge des blocs, ils déploient une activité qui porte préjudice à l’unité de toutes les forces et de tous les Etats pacifiques. »

    La Déclaration en tire donc la conclusion suivante :

    « Les partis marxistes-léninistes ont toujours pour tâche impérieuse de dénoncer les dirigeants des révisionnistes yougoslaves et de lutter énergiquement pour préserver le mouvement communiste et le mouvement ouvrier des idées antiléninistes des révisionnistes yougoslaves. »

    La question soulevée ici est bien une importante question de principe du mouvement communiste international.

    Tout récemment encore, la clique Tito a déclaré ouvertement qu’elle persistait dans son programme révisionniste et dans sa position anti-marxiste-léniniste qui est en opposition avec les deux Déclarations.

    Depuis longtemps, l’impérialisme américain et ses partenaires de l’O.T.A.N. entretiennent la clique Tito et ils ont déjà dépensé pour elle plusieurs milliards de dollars américains. Sous le couvert du « marxisme-léninisme », portant le drapeau d’un « pays socialiste », la clique Tito se livre au sabotage contre le mouvement communiste international et la cause de la révolution des peuples du monde entier, servant ainsi de détachement spécial à l’impérialisme américain.

    C’est une affirmation tout à fait contraire à la réalité et dépourvue de tout fondement que de soutenir que la Yougoslavie a montré « une certaine tendance positive », qu’elle est un « pays socialiste » et que la clique Tito constitue une « force antiimpérialiste ».

    Actuellement, il y a des gens qui tentent d’introduire la clique révisionniste yougoslave dans la communauté socialiste et dans les rangs du mouvement communiste international, déchirant ainsi ouvertement l’accord unanime obtenu à la conférence des partis frères de 1960; c’est absolument inadmissible.

    Ces dernières années, le débordement du courant révisionniste au sein du mouvement ouvrier international et les nombreuses expériences et leçons acquises par le mouvement communiste international ont pleinement confirmé la justesse de la conclusion formulée dans les deux Déclarations, et selon laquelle le révisionnisme constitue le principal danger pour le mouvement communiste international d’aujourd’hui.

    Cependant, certains prétendent ouvertement que ce n’est pas le révisionnisme, mais le dogmatisme qui est le danger principal; ou encore que le dogmatisme n’est pas moins dangereux que le révisionnisme, etc. Et alors, où est le principe dans tout cela?

    Un marxiste-léniniste conséquent et un véritable parti marxiste-léniniste doivent donner la première place aux principes. On ne peut pas trafiquer avec les principes, en approuvant tantôt ceci, tantôt cela, en préconisant tantôt ceci, tantôt cela.

    En vue de sauvegarder la pureté du marxisme-léninisme et de défendre les positions de principe des deux Déclarations, les communistes chinois poursuivront, de concert avec tous les marxistes-léninistes, une lutte intransigeante contre le révisionnisme moderne.

    Tout en combattant le révisionnisme, danger principal pour le mouvement communiste international, les communistes doivent aussi combattre le dogmatisme.

    Comme l’a indiqué la Déclaration de 1957, les partis prolétariens « doivent s’en tenir fermement aux principes selon lesquels il faut associer la vérité totale du marxisme-léninisme à la pratique concrète de la révolution et de la construction dans leur pays ».

    Cela veut dire que :

    D’une part, il faut s’en tenir à chaque instant à la vérité universelle du marxisme-léninisme, sous peine de verser dans l’opportunisme de droite ou le révisionnisme.

    D’autre part, il est nécessaire de partir toujours de la réalité de la vie, de maintenir une liaison étroite avec les masses, de faire constamment le bilan des expériences de leurs luttes; d’arrêter et d’appliquer d’une façon indépendante la politique et les tactiques qui conviennent aux conditions du pays.

    Si l’on n’agit pas de la sorte, qu’on copie mécaniquement la politique et les tactiques d’un autre parti communiste, qu’on se soumette aveuglément à la volonté qui est imposée et prenne, sans en faire une analyse préalable, le programme et les résolutions d’un autre parti communiste sa propre ligne politique, on tombera alors dans le dogmatisme.

    Il se trouve aujourd’hui des gens qui agissent précisément contre ce principe fondamental déjà établi dans la Déclaration de 1957. Sous prétexte de « développer le marxisme-léninisme de façon créatrice », ils ont abandonné la vérité universelle du marxisme-léninisme. Ils font encore passer pour « vérité universelle du marxisme-léninisme » une prescription médicale quelconque de leur invention qui ne tient pas compte de la réalité et des masses, et forcent les autres à l’accepter sans réserve.

    C’est précisément ainsi que sont apparus de nombreux phénomènes graves au sein du mouvement communiste international.

    24) La plus importante expérience du mouvement communiste international, c’est que le développement et la victoire de la révolution dépendent de l’existence d’un parti révolutionnaire prolétarien.

    Il faut un parti révolutionnaire.

    Il faut un parti révolutionnaire fondé sur les théories révolutionnaires du marxisme-léninisme et ayant un style révolutionnaire marxiste-léniniste.

    Il faut un parti révolutionnaire sachant associer la vérité universelle du marxisme-léninisme à la pratique concrète de la révolution du pays.

    Il faut un parti révolutionnaire sachant lier étroitement sa direction avec les larges masses populaires.

    Il faut un parti révolutionnaire qui s’en tienne à la vérité, qui soit à même de corriger ses erreurs et de procéder à la critique et à l’autocritique.

    Seul un parti révolutionnaire de ce type est capable de conduire le prolétariat et les larges masses populaires à la victoire dans leur lutte contre l’impérialisme et ses laquais, de remporter une victoire complète dans la révolution nationale et démocratique, et de faire triompher la révolution socialiste.

    S’il s’agit d’un parti réformiste bourgeois au lieu d’un parti révolutionnaire du prolétariat; s’il s’agit d’un parti révisionniste au lieu d’un parti marxiste-léniniste ; s’il s’agit d’un parti à la remorque de la bourgeoisie au lieu d’un parti d’avant-garde du prolétariat;

    s’il s’agit d’un parti qui représente les intérêts de l’aristocratie ouvrière au lieu d’un parti qui représente les intérêts du prolétariat et des larges masses populaires;

    s’il s’agit d’un parti nationaliste au lieu d’un parti internationaliste;

    s’il s’agit d’un parti qui répète invariablement les paroles des autres, qui reprend, sans analyse préalable, les expériences d’un pays étranger, et qui tourne sous la baguette de certaines personnes d’un pays étranger, au lieu d’un parti qui sache réfléchir par lui-même, faire marcher son cerveau, qui connaisse à fond, grâce à des études et enquêtes sérieuses, les tendances précises apparues dans les différentes classes de son pays, qui sache appliquer la vérité universelle du marxisme-léninisme et la lier à la pratique concrète de son pays, s’il s’agit ainsi d’un parti qui est panaché à la fois de révisionnisme et de dogmatisme, comme une sorte de macédoine, où il y a un peu de tout, sauf les principes du marxisme-léninisme ;

    un tel parti est alors absolument incapable de diriger le prolétariat et les larges masses populaires dans la lutte révolutionnaire, de remporter la victoire dans la révolution et d’accomplir la grande mission historique du prolétariat.

    C’est une question sur laquelle les marxistes-léninistes, les ouvriers conscients et les éléments progressistes de tous les pays doivent réfléchir d’une façon approfondie.

    25) Les marxistes-léninistes ont le devoir de distinguer le vrai du faux quant aux divergences surgies au sein du mouvement communiste international. Dans l’intérêt commun de l’union contre l’ennemi, nous avons toujours préconisé de résoudre les problèmes par voie de consultations intérieures, et nous nous sommes toujours opposés à ce que les divergences soient étalées sous les yeux de l’ennemi.

    Les camarades du P.C.U.S. savent que le débat public se déroulant actuellement au sein du mouvement communiste international a été provoqué par des dirigeants de certains partis frères et nous a été imposé.

    Puisqu’il a été provoqué, ce débat public ne peut être mené que sur un pied d’égalité entre partis frères, sur une base démocratique et en procédant par le raisonnement, les faits à l’appui.

    Nous estimons que du moment que des dirigeants de certains partis ont ouvertement attaqué d’autres partis frères et provoqué le débat public, ils n’ont ni sujet, ni droit d’interdire aux partis frères attaqués de leur répondre publiquement.

    Puisque des dirigeants de certains partis ont publié une grande quantité d’articles attaquant d’autres partis frères, pourquoi n’ont-ils pas publié dans leurs propres journaux et revues les articles écrits en réponse par ces partis frères?

    Ces derniers temps, le Parti communiste chinois a été l’objet des attaques les plus absurdes. Les attaquants s’obstinent à lancer contre nous, à cor et à cri, de nombreuses accusations qu’ils ont montées de toutes pièces au mépris de la réalité. Nous avons publié dans nos journaux ces articles et propos qui nous attaquent.

    Nous avons aussi publié in extenso dans nos journaux le rapport présenté le 12 décembre 1962 par un dirigeant soviétique à la réunion du Soviet suprême, l’article de la Rédaction de la Pravda du 7 janvier 1963, l’allocution prononcée le 16 janvier 1963 par le chef de la délégation du P.C.U.S. au vie Congrès du Parti socialiste unifié d’Allemagne, ainsi que l’article de la Rédaction de la Pravda du 10 février 1963.

    Nous avons également publié le texte intégral des deux lettres du Comité central du P.C.U.S. en date du 21 février et du 30 mars 1963.

    Nous avons déjà répondu à quelques-uns des articles et propos de certains partis frères qui nous ont attaqués. Et il y en a d’autres auxquels nous n’avons pas encore répondu, par exemple, les nombreux articles et propos des camarades du P.C.U.S. auxquels nous n’avons pas fait de réponse directe.

    Du 15 décembre 1962 au 8 mars 1963, nous avons écrit au total sept articles pour répondre à ceux qui nous ont attaqués. En voici les titres :

    « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous contre l’ennemi commun! »

    « Les divergences entre le camarade Togliatti et nous »,

    « Léninisme et révisionnisme moderne »,

    « Unissons-nous sur la base des Déclarations de Moscou »,

    « D’où proviennent les divergences? — Réponse à Maurice Thorez et d’autres camarades »,

    « Encore une fois sur les divergences entre le camarade Togliatti et nous — Quelques problèmes importants du léninisme à l’époque actuelle »,

    « A propos de la déclaration du Parti communiste des États-Unis d’Amérique ».

    A la fin de votre lettre du 30 mars, vous accusez la presse chinoise d’avoir lancé des « attaques gratuites » contre le P.C.U.S., vous faites probablement allusion aux articles susmentionnés.

    Qualifier d’ »attaques » les articles que nous avons écrits en réponse
    à ceux qui nous ont attaqués, c’est inverser complètement le vrai et le faux.

    Puisque vous qualifiez nos articles d’ »attaques gratuites » et que vous les jugez si mauvais, pourquoi ne publie-vous pas, comme nous l’avons fait nous-mêmes pour vos articles, nos sept articles de soi-disant « attaques gratuites », pour que tous les camarades soviétiques et tout le peuple soviétique puissent y réfléchir et voir qui a raison?  Vous avez bien entendu toute liberté de réfuter point par point tous ces articles que vous considérez comme des « attaques gratuites ».

    Vous prétendez que nos articles sont des « attaques gratuites » et nos thèses, erronées; cependant, vous ne faites pas connaître au peuple soviétique nos véritables thèses, telles qu’elles sont.

    Cette façon d’agir ne peut tout de même pas être considérée comme une attitude sérieuse envers la discussion entre partis frères, envers la vérité, envers les masses.

    Nous espérons que le débat public entre les partis frères prendra fin.

    Ce problème doit être réglé selon les principes de l’indépendance, de l’égalité et de l’unanimité par voie de consultations entre partis frères. Au sein du mouvement communiste international, nul n’a le droit, pour poursuivre ses propres desseins, d’attaquer quand il en a envie et de donner l’ordre de « cesser le débat public » quand il veut empêcher l’autre partie de répliquer.

    Les camarades du P.C.U.S. savent que, pour créer une ambiance favorable à la convocation d’une conférence de tous les partis frères, nous avons pris la décision de cesser provisoirement, à partir du 9 mars 1963, de répondre publiquement aux attaques publiques lancées nommément contre nous par des camarades des partis frères. Nous nous réservons pourtant le droit d’y répondre publiquement.

    Dans notre lettre du 9 mars, nous avons signalé qu’au sujet de la cessation du débat public, « il est également nécessaire que nos deux Partis et les partis frères intéressés engagent des discussions afin d’aboutir à un accord équitable, acceptable pour tous ».


    * * *

    Tel est notre point de vue sur la ligne générale du mouvement communiste international et sur certaines questions de principe qui s’y rapportent. L’exposé de ces opinions que nous venons de faire en toute franchise pourra contribuer, comme nous l’avons souhaité au début de cette lettre, à la compréhension mutuelle. Naturellement, les camarades peuvent donner ou non leur accord à ces opinions.

    Mais à notre avis, les questions dont nous parlons dans cette lettre sont toutes des questions cruciales auxquelles le mouvement communiste international doit prêter attention et apporter une solution.

    Nous espérons que toutes ces questions ainsi que celles que vous avez soulevées dans votre lettre seront discutées amplement lors des entretiens entre nos deux Partis et lors de la Conférence internationale des Représentants des Partis frères.

    En outre, nous espérons également pouvoir échanger avec franchise, au cours de ces entretiens, nos points de vue sur d’autres questions d’intérêt commun, telles que: la critique sur Staline et certaines questions de principe importantes et concernant le mouvement communiste international et qui ont été soulevées aux XXe et XXIIe Congrès du P.C.U.S.

    Au sujet des entretiens entre nos deux Partis, nous avons proposé dans notre lettre du 9 mars que le camarade Khrouchtchev vienne à Pékin; et que dans le cas où cela présenterait quelque inconvénient, d’autres camarades responsables du Comité central du P.C.U.S. viennent à Pékin à la tête d’une délégation, ou bien que nous envoyions une délégation à Moscou.

    Dans votre lettre du 30 mars, vous nous avez fait connaître que le camarade Khrouchtchev ne pourrait pas venir en Chine, et vous n’avez pas non plus manifesté le désir d’envoyer une délégation en Chine; c’est pourquoi le Comité central du Parti communiste chinois a décidé d’envoyer une délégation à Moscou.

    Dans votre lettre du 30 mars, vous avez invité le camarade Mao Tsé-toung à faire une visite en Union soviétique. Le 23 février, dans sa conversation avec l’ambassadeur de l’Union soviétique en Chine, le camarade Mao Tsé-toung a déjà clairement exposé les raisons pour lesquelles il ne comptait pas pour le moment faire cette visite. Ceci, vous en étiez parfaitement au courant.

    Un camarade responsable du Comité central du Parti communiste chinois, qui a reçu le 9 mai l’ambassadeur de l’Union soviétique en Chine, vous a informé à cette occasion que le Comité central du P.C.C. enverrait une délégation à Moscou vers la mi-juin.

    Plus tard, à la demande du Comité central du P.C.U.S., nous avons été d’accord de reporter la date de nos entretiens au 5 juillet.

    Nous souhaitons sincèrement que les entretiens entre les Partis chinois et soviétique puissent aboutir à des résultats positifs et contribuer à préparer la convocation d’une conférence des représentants de tous les partis communistes et ouvriers.

    A présent, il est plus que jamais nécessaire, pour les communistes de tous les pays, de s’unir sur la base du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien et sur celle des Déclarations qui ont fait l’objet d’un accord unanime de tous les partis frères.

    De concert avec tous les partis marxistes-léninistes et tous les peuples révolutionnaires du monde, le Parti communiste chinois poursuivra ses efforts constants et inlassables pour sauvegarder les intérêts du camp socialiste et du mouvement communiste international, ceux de la cause de la libération des peuples et nations opprimés ainsi que de la lutte contre l’impérialisme et pour la paix mondiale.

    Nous espérons que ces incidents qui ne peuvent qu’affliger les nôtres et réjouir nos ennemis ne surgiront plus à l’avenir au sein du mouvement communiste international.

    Les communistes chinois sont fermement convaincus que les marxistes-léninistes, le prolétariat et les peuples révolutionnaires du monde entier s’uniront toujours plus étroitement, viendront à bout des difficultés et obstacles de toutes sortes et remporteront des victoires encore plus grandes dans lutte contre l’impérialisme, pour la sauvegarde de la paix mondiale, et pour le progrès de la cause révolutionnaire des peuples du monde entier et de la cause du communisme international.

    Pour lutter contre l’ennemi commun, prolétaires de tous les pays, unissez-vous!

    Prolétaires de tous les pays et peuples et nations opprimés, unissez-vous !

    Avec nos salutations communistes,

    Le Comité central du Parti Communiste chinois.

    Le 14 juin 1963

    =>Retour aux documents de la bataille chinoise contre le révisionnisme

  • Éditorial du Quotidien du peuple : A propos de la déclaration du Parti communiste des Etats-Unis d’Amérique

    Éditorial du Renmin Ribao, 8 mars 1963

    Le Parti communiste des États-Unis d’Amérique a publié le 9 janvier une déclaration par laquelle il attaque ouvertement le Parti communiste chinois. Par ailleurs, des camarades de ce Parti ont fait paraître un bon nombre d’attaques contre le Parti communiste chinois au cours des derniers mois.

    La déclaration diffame et calomnie avec une virulence toute particulière la position du Parti communiste chinois dans la crise des Caraïbes. Elle affirme que c’est là « une politique menant à la guerre thermonucléaire », que « cette ligne dogmatique et sectaire, prétendument de gauche, de nos camarades chinois rejoint celle des impérialistes américains les plus aventureux et constitue un encouragement pour ceux-ci ».

    Quel langage est-ce là ?! Il est pour le moins étonnant que ces honteuses calomnies viennent des communistes américains.

    La position adoptée par le Parti communiste et le peuple chinois dans la crise des Caraïbes est fort claire. Nous soutenons les justes exigences en cinq points du Gouvernement révolutionnaire de Cuba, nous estimons que la crédulité n’est pas de mise en ce qui concerne les « garanties » de Kennedy et nous nous opposons à ce qu’une « inspection internationale » soit imposée à Cuba. Nous avons toujours dirigé notre lutte contre l’impérialisme américain, agresseur de Cuba.

    Nous n’avons ni préconisé l’envoi d’engins balistiques à Cuba ni fait obstacle au retrait des armes soi-disant offensives. Nous nous sommes opposés à l’aventurisme comme au capitulationnisme.

    Nous voudrions demander : Que peut-on reprocher à notre juste position ? Comment peut-on la qualifier de « politique menant à la guerre thermonucléaire » ? Qu’a-t-elle qui « rejoint » la ligne de l’impérialisme américain ?

    Il n’est pas difficile de voir qu’il y a effectivement une ligne qui « rejoint » celle de l’impérialisme américain. Dans la question des Caraïbes, des dirigeants du Parti communiste des États-Unis ont centré leurs attaques non sur l’impérialisme américain, le criminel agresseur de Cuba, mais sur le Parti communiste chinois, qui soutient fermement Cuba. Par là, ne voient-ils pas par les mêmes yeux que les impérialistes américains, qui sont les plus aventureux des impérialistes ?

    Puisque, d’après vous, les camarades chinois, qui s’opposent résolument à l’impérialisme américain, sont « prétendument de gauche », qui donc est authentiquement de gauche ? Ceux qui ont usé de la souveraineté d’un autre pays pour opérer un marchandage politique avec l’impérialisme américain ? Si vous les tenez pour tels, nous dirons qu’ils sont, au contraire, vraiment prétendument de gauche, ou authentiquement de droite.

    Si des dirigeants du Parti communiste des États-Unis attaquent le Parti communiste chinois sur la question des Caraïbes, le hasard n’y est pour rien. Ils montrent par là que la connaissance qu’ils ont de l’impérialisme américain et la position qu’ils adoptent à son égard sont toutes deux totalement fausses.

    Des dirigeants du Parti communiste des États-Unis s’efforcent depuis bien longtemps, dans leurs rapports, propos et écrits, d’enjoliver l’impérialisme américain, son chef de file Kennedy et d’affirmer leur fidélité envers la classe dirigeante des États-Unis.

    Ils ont fort apprécié l’idée de la « nouvelle frontière », avancée par Kennedy, qui étend la sphère d’influence des États-Unis aux six continents, déclarant qu’« il est bon de parler d’une nouvelle frontière, comme le fait Kennedy » [1].

    Ils ont fait l’éloge du discours d’investiture de Kennedy dans lequel celui-ci appelait le peuple des États-Unis à faire des sacrifices pour promouvoir la cause de l’impérialisme américain, la disant « un accès possible à la voie de la paix » [2].

    Ils ont exalté le Message sur l’état de l’Union donné par Kennedy en 1961 et dans lequel celui-ci vantait les mérites de la double tactique contre-révolutionnaire :

    « L’aigle américain tient dans ses serres, à droite, le rameau d’olivier, et à gauche, un faisceau de flèches », affirmant que ce message avait été « bien accueilli par l’écrasante majorité du peuple américain » [3].

    Ils estimaient que le « principal soutien de masse de l’Administration Kennedy » résidait dans « la classe ouvrière, les Noirs, les forces de paix » et espérèrent follement en un « changement de politique en direction de la paix et de la démocratie » par l’Administration Kennedy [4]

    Du Message sur l’état de l’Union de 1962 par lequel Kennedy annonça son intention d’accélérer l’armement en vue de réaliser l’objectif américain d’hégémonie mondiale, ils conclurent que l’Administration Kennedy « peut être amenée à céder à la pression populaire » [5].

    Ils ont décrit l’appui accordé par Kennedy au groupe Rockefeller au détriment du groupe Morgan, en 1962, lors, de la hausse du prix de l’acier, comme ayant « éveillé à nouveau la tradition antimonopoliste des Américains » et « rendu un grand service » [6].

    Et en commentant le Message sur l’état de l’Union de 1963, où Kennedy a parlé de son intention de recourir au chantage nucléaire pour instaurer un « monde fondé sur l’ordre », sous direction américaine, ils en sont arrivés à propager l’affirmation de Kennedy sur ce que les États-Unis, « ne recherchent pas une victoire à l’échelle mondiale d’une nation ou d’un système mais une victoire de l’homme à l’échelle mondiale », et à voir dans ces propos absurdes et insidieux la « connaissance des réalités mondiales » de Kennedy, que « la plupart des gens ont été heureux d’entendre » et qui a suscité de l’« espoir » [7].

    Ils ont dit qu’ils peuvent à « n’importe quel moment » prêter serment de ne pas recourir à la violence pour renverser le gouvernement des États-Unis ; et quelqu’un ayant demandé : « Si l’Union soviétique attaquait les États-Unis, qui soutiendriez-vous ? », la réponse fut : « Je défendrais mon pays si je pensais qu’il est attaqué » [8].

    Les déclarations de ce genre de certains dirigeants du Parti communiste des Etats-Unis, qui enjolivent l’impérialisme américain et l’assurent de leur fidélité, n’ont rien de commun avec les conclusions marxistes-léninistes des deux Déclarations de Moscou sur l’Impérialisme américain

    Les Déclarations de Moscou donnent une analyse scientifique de l’impérialisme américain et font ressortir clairement qu’il est le plus grand exploiteur international, le centre de la réaction mondiale, le bastion principal du colonialisme actuel, le gendarme international, la principale force d’agression et de guerre, et l’ennemi des peuples du monde entier.

    L’impérialisme américain intensifie l’expansion des armements et la préparation à -la guerre tout en parlant de « paix » et de « désarmement ». Il est prêt à déclencher des guerres de tous genres : une guerre nucléaire généralisée aussi bien que des guerres limitées, et déjà il mène une « guerre spéciale ».

    Tout en se servant de la clique des révisionnistes yougoslaves comme d’un détachement à mission spéciale, il use indifféremment des armes et du dollar dans sa double tactique contre-révolutionnaire pour réprimer et saper les mouvements révolutionnaires nationaux et démocratiques et mettre son néo-colonialisme en application dans le monde, particulièrement en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

    Il pille avidement les richesses des autres pays, n’épargnant pas même ses alliés. Il a pris la place des fascistes allemands, italiens et japonais après la fin de la Seconde guerre mondiale et groupé autour de lui les forces les plus réactionnaires et les plus corrompues du monde entier. Il est le capitalisme le plus parasitaire, le plus décadent et le plus réactionnaire, et la principale source d’agression et de guerre de notre temps.

    De plus en plus nombreux sont, de par le monde, ceux qui en arrivent à voir toujours plus distinctement par sa nature réactionnaire, sa politique d’agression et de guerre et la réalité du monde, que l’impérialisme américain est l’ennemi le plus féroce des nations et peuples opprimés, l’ennemi commun de tous les peuples et le principal ennemi de la paix mondiale.

    Certains dirigeants du Parti communiste des Etats-Unis diront peut-être qu’ils ne contestent pas les criminels actes d’agression et de guerre que l’impérialisme américain commet dans toutes les régions du monde.

    Cependant, quand ils font allusion à ces activités criminelles, ils s’empressent d’ajouter qu’elles ne sont pas le fait du président des Etats-Unis, mais des « extrémistes de droite », ou, si elles le sont, que c’est sous la pression des « extrémistes de droite ». Ils présentent l’ex-président Eisenhower et l’actuel président Kennedy comme des gens « raisonnables », « réalistes » et « sensés ». Il leur arrive souvent de soutenir qu’il y a « deux centres du pouvoir à Washington, l’un à la Maison blanche, l’autre au Pentagone » et que « les généraux et amiraux du Pentagone, et la coalition de partenaires qu’ils comptent parmi les extrémistes de droite, les leaders républicains et à Wall Street » sont des forces « indépendantes de la Maison blanche ».

    Si les dirigeants, du Parti communiste des Etats-Unis adhèrent toujours à la doctrine marxiste-léniniste sur l’Etat, s’ils admettent toujours qu’aux Etats-Unis la machine d’Etat est l’instrument de la domination de classe du capital monopoliste, nous voudrions, leur demander : pourrait-il y avoir un président américain « indépendant » du capital monopoliste, un Pentagone « indépendant » de la Maison blanche, et deux centres du pouvoir adverses à Washington ?

    Voyez l’actuel président des Etats-Unis, Kennedy, par exemple. Il est lui-même un gros capitaliste. C’est lui qui a ordonné l’invasion armée de Cuba en 1961 et qui a ordonné le blocus militaire et provoqué à la guerre contre Cuba en 1962.

    C’est lui qui a appliqué l’inhumaine « guerre spéciale » au Sud-Vietnam, qui a utilisé les « forces des Nations unies » pour réprimer le mouvement de libération nationale au Congo, et qui a organisé des « troupes spéciales » pour étouffer furieusement le mouvement révolutionnaire national et démocratique dans les pays d’Amérique latine. Et depuis qu’il est au pouvoir, il a, chaque année, accru considérablement les dépenses militaires des Etats-Unis.

    Le budget des dépenses militaires présenté dernièrement par Kennedy pour 1963-1964 dépasse les 60 milliards, soit une augmentation de plus de 30 pour cent par rapport au budget des dépenses militaires présenté par Eisenhower pour 1959-1960 et qui s’élevait déjà à 45,9 milliards. Comme il est démontré par les faits, l’Administration Kennedy est bien plus aventureuse en matière de politique d’agression et de guerre.

    Quand certains dirigeants du Parti communiste des Etats-Unis s’acharnent de la sorte à présenter Kennedy comme quelqu’un de « sensé », ne se font-ils pas volontairement les défenseurs de l’impérialisme américain, pour l’aider à tromper les peuples du monde ?

    L’empressement que certains dirigeants du Parti communiste des Etats-Unis mettent à enjoliver l’impérialisme américain, à protester de leur fidélité envers la classe dirigeante des Etats-Unis nous rappelle le révisionnisme de Browder, qui a sévi un temps dans le Parti communiste des Etats-Unis.

    Renégat de la classe ouvrière, Browder nie la thèse fondamentale de Lénine sur l’impérialisme, capitalisme parasitaire, décadent et moribond, et nie le caractère impérialiste du capitalisme américain, estimant qu’il « conserve certaines des caractéristiques du jeune capitalisme », qu’il continuera à jouer un rôle progressiste pendant longtemps encore et demeure une force qui sert la paix mondiale.

    Pourquoi ces dirigeants du Parti communiste des Etats-Unis ne réfléchissent-ils pas un moment en quoi ils se différencient, somme toute, dans la façon dont ils fardent l’impérialisme américain, du révisionnisme de Browder ?

    Il est clair que le mouvement communiste international connaît à l’heure actuelle des divergences de principe sur l’appréciation à porter sur l’impérialisme américain, le grand ennemi des peuples du monde, et sur le comportement à son égard.

    Nous avons toujours estimé qu’il faut, conformément au marxisme-léninisme et en considérant les choses sous leur vrai jour, démasquer sans cesse la nature réactionnaire de l’impérialisme américain, démasquer sans cesse la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme américain et de ses hommes au pouvoir, montrer clairement que l’impérialisme américain est l’ennemi principal des peuples du monde entier, faire continuellement de la propagande révolutionnaire au sein des masses populaires, armer celles-ci idéologiquement, élever leur fermeté et leur vigilance révolutionnaires et les mobiliser pour la lutte contre l’impérialisme américain.

    Cependant, des gens qui se disent marxistes-léninistes, non contents de farder tant qu’ils peuvent l’impérialisme américain, veulent à tout prix empêcher les autres de le démasquer.

    Ils calomnient même la propagande révolutionnaire contre l’impérialisme américain, la traitant d’« injures », d’« invectives », d’« arme verbale », d’« incantations magiques », de « poignard en carton », etc. Et ils ajoutent que « les seules injures à l’adresse de l’impérialisme, si justes soient-elles, ne l’affaibliront pas ».

    Ne prendraient-ils pas ainsi tout le travail de propagande révolutionnaire accompli par les, communistes depuis la publication du Manifeste du Parti communiste, tous les écrits de Marx et d’Engels démasquant le capitalisme, tous les écrits de Lénine démasquant l’impérialisme, les deux Déclarations de Moscou élaborées en commun par les partis communistes des différents pays, etc., pour « poignard de carton » ?

    Ces gens-là sont incapables de comprendre l’immense force matérielle que devient la théorie marxiste-léniniste dès qu’elle pénètre les masses populaires. Une fois armées par l’idéologie révolutionnaire et qu’elles ont l’audace de lutter, d’arracher la victoire, les masses populaires peuvent accomplir des exploits bouleversant ciel et terre.

    Quel but poursuivent donc ces gens en s’opposant à la dénonciation de l’impérialisme et à toute propagande révolutionnaire ? Ce ne peut être que d’empêcher les masses populaires, de mener le combat révolutionnaire contre l’impérialisme. Il est évident que cette position est totalement à l’opposé du marxisme-léninisme.

    De plus, nous estimons depuis toujours, que nous devons nous appuyer sur les masses populaires pour mener contre l’impérialisme et ses valets une lutte qui réponde du « tac au tac ».

    C’est là l’expérience fondamentale acquise par le peuple chinois au cours de ses 120 années de lutte contre l’impérialisme et ses laquais. C’est aussi l’expérience commune que les nations et peuples opprimés du monde entier ont faite dans leurs luttes contre l’impérialisme et ses laquais.

    L’impérialisme et la réaction mondiale recourent à tous les moyens et à toutes les méthodes à leur disposition pour combattre le peuple révolutionnaire. Il est donc indispensable que celui-ci étudie et maîtrise chaque moyen et méthode de combat qui permettra de frapper l’ennemi et de protéger et développer ses propres forces. Par exemple : opposer un front uni révolutionnaire des peuples contre l’impérialisme et ses laquais au front uni contre-révolutionnaire de ces derniers, opposer une double tactique révolutionnaire à la double tactique contre-révolutionnaire, faire face à la guerre d’agression par la guerre de légitime défense, répondre à la négociation par la négociation, opposer la propagande révolutionnaire à la propagande contre-révolutionnaire, etc. C’est ce que-nous entendons par riposter du « tac au tac ».

    L’expérience prouve que c’est seulement en agissant ainsi que nous pouvons nous forger nous-même et accroître les forces du peuple, accumuler et enrichir l’expérience révolutionnaire et faire triompher la cause révolutionnaire. Et c’est seulement de cette façon que nous pouvons rabattre la morgue de l’impérialisme, arrêter l’agression impérialiste et sauvegarder la paix mondiale.

    Mais il y en a qui déforment intentionnellement et attaquent notre point de vue sur la nécessité de mener une lutte « du tac au tac » contre l’impérialisme, prétendant que nous sommes contre la négociation avec les impérialistes.

    Et dans sa déclaration, le Parti communiste des Etats-Unis a emboîté le pas à d’autres, et sans la moindre justification, a déformé et attaqué notre point de vue.

    En fait, ces gens-là n’ignorent pas que le Parti communiste chinois s’est toujours prononcé pour la négociation entre pays socialistes et pays impérialistes, y compris les rencontres au sommet entre grandes puissances, pour régler pacifiquement les différends internationaux et amener la détente internationale. Ils savent également que le gouvernement chinois a fait de grands efforts et d’importantes contributions dans ce domaine.

    Pourquoi s’obstinent-ils donc à déformer et à attaquer notre juste position ?

    Dans le fond, c’est parce qu’il existe des divergences de principe entre eux et nous quant à la politique à adopter dans la lutte contre l’impérialisme et pour la sauvegarde de la paix mondiale. Nous avons foi dans la grande force des masses populaires.

    Nous maintenons qu’il faut compter principalement sur la solidarité et la lutte des peuples de tous les pays, sur la lutte conjointe du camp socialiste, de la classe ouvrière internationale, du mouvement de libération nationale et de toutes les autres forces éprises de paix, pour combattre l’impérialisme et sauvegarder la paix mondiale.

    Et au contraire, ces gens-là n’ont pas confiance dans les masses populaires ; ce n’est pas dans la solidarité et la lutte des masses populaires qu’ils mettent leurs espoirs mais essentiellement dans la « sagesse » et la « bonne volonté » des impérialistes, dans les entretiens entre les chefs de gouvernement de deux grandes puissances. Ils se complaisent dans leurs illusions au sujet des rencontres au sommet qu’ils vantent comme marquant une « nouvelle étape », « un tournant de l’histoire de l’humanité », « l’apparition d’un nouveau courant dans l’histoire universelle ».

    A leur avis, le destin de l’humanité et la marche de l’histoire sont déterminés par deux grandes puissances, deux « grands hommes ». Pour eux, la déclaration selon laquelle tous les pays, grands ou petits, sont indépendants et égaux en droits n’est que paroles creuses, et la centaine de pays qu’il y a au monde devrait se plier aux ordres de ces deux grandes puissances.

    Selon eux, dire que les masses sont les créateurs de l’histoire est une autre parole creuse, et tout ce qu’il y a sous le ciel peut être réglé lorsque ces deux « grands hommes s’installent autour d’une table. Ceci n’est-il pas du chauvinisme de grande nation et de la théorie de la loi du plus fort ?

    Y a-t-il là le moindre rapport avec le marxisme-léninisme ? En réalité, cela n’a rien de neuf, cela a simplement été copié chez le renégat Browder. Celui-ci racontait, il y a longtemps, que l’« alliance » entre les deux plus grandes puissances mondiales « sera le grand bastion de la sécurité collective et du progrès de tous les peuples dans le monde d’après-guerre », et que « l’avenir du monde dépendait de l’amitié, de la compréhension et de la coopération » de ces deux plus grandes puissances du monde.

    La déclaration du Parti communiste des Etats-Unis touche à Taïwan, Hong-Kong et Macao avec quelque arrière-pensée. Elle dit que les camarades chinois « ne suivent pas, et à juste titre, pour Taïwan, Hong-Kong et Macao la politique d’aventure qu’ils préconisent pour d’autres. Pourquoi cette attitude à double critère ? »

    Nous savons d’où leur vient ce propos étrange. Et nous savons aussi le but poursuivi par celui qui l’a fabriqué.

    Nous tenons à répondre ici à tous ceux qui ont posé la question.

    Il ne s’est jamais agi pour nous d’user de « double critère ». Nous n’avons qu’un critère, qu’il s’agisse du problème de Taïwan, du problème de Hong-Kong et Macao, ou d’un problème international quelconque : le marxisme-léninisme, l’internationalisme prolétarien, l’intérêt du peuple chinois et de tous les peuples du monde, l’intérêt de la paix mondiale et de la cause révolutionnaire des peuples de tous les pays.

    Dans la lutte sur le plan international, nous sommes et contre l’aventurisme et contre le capitulationnisme. On ne pourrait en aucune manière nous décerner ces deux épithètes.

    Etant donné que certains ont mentionné Taïwan, Hong-Kong et Macao, nous nous voyons obligés de rappeler brièvement l’histoire de l’agression impérialiste contre la Chine.

    Durant un peu plus d’un siècle, antérieurement à la victoire de la révolution chinoise, les puissances impérialistes et coloniales, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France, la Russie tsariste, l’Allemagne, le Japon, l’Italie, l’Autriche, la Belgique, la Hollande, l’Espagne et le Portugal, ont attaqué frénétiquement la Chine, obligeant les anciens gouvernements chinois à signer nombre de traités inégaux : Traité de Nankin de 1842, Traité de Aigun de 1858, Traité de Tientsin de 1858, Traité de Pékin de 1860, Traité de Ili de 1881, Protocole de Lisbonne de 1887, Traité de Simonoseki de 1895, Convention de 1898 pour l’extension de Hong-Kong, Traité de 1901, etc.

    C’est par ces traités inégaux qu’elles annexèrent des parties de son territoire, ou se taillèrent des concessions sur le littoral ou à l’intérieur, dans le nord, le sud, l’est et l’ouest, que certaines s’approprièrent Taïwan et les îles Penghou, que d’autres occupèrent. Hong-Kong et se firent concéder de force Kowloon, que d’autres encore placèrent Macao sous leur occupation perpétuelle, etc.

    Après la fondation de la République populaire de Chine, notre gouvernement proclama que les traités hérités de l’histoire et signés par les gouvernements chinois avec des gouvernements étrangers seraient, suivant leur contenu, reconnus, dénoncés, révisés ou remplacés.

    A ce sujet, notre politique envers les pays socialistes est foncièrement différente de celle à l’égard des pays impérialistes ; et dans cette dernière, selon les circonstances, nous opérons des distinctions entre les divers pays impérialistes. En fait, nombre d’entre eux sont arrivés à expiration, certains ont été dénoncés, d’autres remplacés.

    Pour ce qui est des problèmes légués par l’histoire et restés en suspens, nous avons toujours estimé qu’ils doivent être réglés pacifiquement, par la négociation, une fois que les conditions sont mûres, et que le statu quo doit être maintenu avant le règlement ; il en est ainsi pour les problèmes de Hong-Kong, Kowloon, Macao par exemple, et pour tous les autres, tels ceux portant sur les frontières qui n’ont pas été formellement délimitées par les parties en cause.

    Quant à Taïwan et aux îles Penghou, ils ont été restitués à la Chine en 1945, et le problème qui se pose est celui de leur occupation par l’impérialisme américain et de l’intervention de celui-ci dans les affaires intérieures de la Chine.

    Le peuple chinois est résolu à affirmer sa souveraineté en libérant son territoire de Taïwan, tout en œuvrant, par les entretiens sino-américains au rang des ambassadeurs à Varsovie, pour régler le problème du retrait des forces armées américaines de Taïwan et de son détroit.

    Cette position répond non seulement aux intérêts du peuple chinois, mais aussi à ceux des autres peuples du camp socialiste, à ceux de tous les peuples du monde.

    Pourquoi notre juste politique est-elle devenue soudain, après la crise des Caraïbes, un sujet de discussion pour certaines gens et même un thème de leur campagne antichinoise ?

    Ces héros sont apparemment très contents d’eux-mêmes, d’avoir trouvé dans le ruisseau un caillou fangeux avec lequel ils ont cru pouvoir toucher fort les Chinois. Mais qui, ce caillou fangeux a-t-il vraiment touché ?

    Vous n’ignorez pas que les questions du genre de celles de Hong-Kong et de Macao nous viennent de l’histoire, qu’elles sont issues d’une série de traités inégaux imposés à la Chine par l’impérialisme. Demandons : Avez-vous l’intention, en soulevant des questions de ce genre, de poser tout le problème des traités inégaux et de parvenir à un règlement général ? Avez-vous jamais réfléchi à ce qu’en seraient les conséquences ? Pouvez-vous vraiment croire que cela vous serait profitable ?

    En surface, vous semblez être d’accord avec la politique de la Chine à l’égard de Hong-Kong et Macao. Néanmoins, vous comparez cette politique à la libération de Goa par l’Inde. Quiconque voit clair comprend tout de suite que vous avez pour seule intention de montrer que les Chinois sont des couards.

    A vrai dire, il n’y a nul besoin pour le peuple chinois d’administrer la preuve de son courage et de sa fermeté dans le combat contre l’impérialisme en manifestant sa force dans la question de Hong-Kong et Macao. Les impérialistes, et les impérialistes américains en particulier, ont eu l’occasion de mesurer notre courage et notre fermeté.

    Les meilleurs fils et filles du peuple chinois ont combattu, trois années durant, côte à côte avec le peuple coréen et ont versé leur sang sur les champs de bataille de Corée pour repousser les agresseurs américains. Ne croyez-vous pas qu’il est « stupide » et « déplorable » de votre part de vous gausser de nous avec la question de Hong-Kong et Macao ?

    Nous savons fort bien, et vous le savez aussi, ceci pour mettre les choses au point, que vous soulevez cette question tout bonnement pour qu’elle serve de paravent à vos honteux agissements dans la crise des Caraïbes.

    Mais tout cela est peine perdue. Il y a un critère objectif pour la vérité, tout comme il y en a un pour l’erreur. Le vrai ne peut être donné pour faux, ni le faux pour vrai.

    Tirer gloire de la honte n’ajoute pas au prestige. Comment la juste politique du peuple chinois dans la question de Hong-Kong et de Macao peut-elle être mise sur le même plan que votre politique erronée au sujet des Caraïbes ? Comment ce parallèle pourrait-il aider à vous blanchir ?

    La défense résolue de notre souveraineté pour ce qui est du Taïwan concorde totalement avec notre ferme soutien au peuple cubain défendant sa souveraineté durant la crise des Caraïbes. Comment ceci peut-il être dépeint comme une « attitude à double critère » ?

    Aux amis qui jouent les héros, nous disons : c’est vous qui avez vraiment une « attitude à double critère » et non pas nous. Des impérialistes américains, vous dites un jour qu’ils sont des pirates et le lendemain vous dites qu’ils se préoccupent de la paix.

    Quant à Cuba la révolutionnaire, vous déclarez soutenir ses exigences en cinq points pour la défense de sa souveraineté et de son indépendance, mais d’autre part, vous essayez de lui imposer une « inspection internationale ».

    Dans le différend frontalier sino-indien, vous parlez de « la Chine fraternelle » et de l’« Inde amie », mais d’autre part vous attaquez perfidement la Chine et aidez les réactionnaires indiens de différentes manières. Pour ce qui est de la question de Hong-Kong et de Macao, tout en vous donnant l’air de défendre la Chine, vous lui décochez traîtreusement votre flèche. Tous vos agissements ne relèvent-ils pas d’un « double critère » ? N’est-ce pas une manifestation de la double personnalité ?

    Les communistes et le peuple chinois et les communistes et le peuple des Etats-Unis combattent sur un même front, contre l’impérialisme américain.

    Nous tenons en haute estime le camarade William Z. Foster, fondateur du Parti communiste des Etats-Unis et éminent dirigeant du prolétariat américain. Nous n’avons pas oublié que les communistes américains, dont il fut le représentant, nous ont accordé une aide enthousiaste au cours des dures années de notre révolution et qu’ils ont jeté les fondements de l’amitié entre le Parti chinois et le Parti américain et entre les deux peuples.

    Les communistes américains sont sauvagement persécutés par le gouvernement des Etats-Unis. Notre sympathie va au Parti communiste des Etats-Unis qui est dans une situation difficile.

    Il y a un an, le Comité central du Parti communiste chinois a publié une déclaration dénonçant les brutales persécutions exercées par le gouvernement américain contre le Parti communiste des Etats-Unis. Le peuple chinois avait également lancé un mouvement de masse en signe de solidarité. Mais, pour des raisons qui nous échappent, les dirigeants du Parti communiste des Etats-Unis ont estimé qu’il ne valait pas la peine d’informer les communistes et le peuple américains de la solidarité que leur témoignaient le Parti communiste et le peuple chinois.

    Les dirigeants du Parti communiste des Etats-Unis affirment avoir conscience des obligations internationales qui leur incombent du fait qu’ils sont au cœur de l’impérialisme le plus puissant et le plus arrogant au monde. Nous ne serions que trop heureux s’ils avaient vraiment une juste compréhension de leurs obligations.

    Il y a, aux Etats-Unis, une classe ouvrière puissante, de grandes forces sociales démocratiques et progressistes, et dans les milieux scientifiques, artistiques, journalistiques, culturels et enseignants, nombre de gens honnêtes et progressistes.

    Il y a, aux Etats-Unis, des luttes ouvrières de grande envergure, la lutte des Noirs qui ne cesse de se développer, le mouvement pour la paix, la démocratie et le progrès social. Il y existe les fondements sociaux d’un vaste front uni contre le capital monopoliste et contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme américain.

    Au sein du Parti communiste des Etats-Unis comme en dehors, il y a bon nombre de communistes authentiques qui s’en tiennent fermement au marxisme-léninisme et s’opposent au révisionnisme et au dogmatisme.

    Si les dirigeants du Parti communiste des Etats-Unis poursuivent et enrichissent la tradition révolutionnaire du camarade Foster, orientent leur activité vers les masses, s’appuient sur elles et mènent un rude travail révolutionnaire parmi elles, combattent l’action dissolvante de la bourgeoisie et l’intoxication réformiste dans le mouvement ouvrier, liquident l’influence révisionniste de Lovestone et de Browder dans leurs propres rangs, et s’ils développent la lutte révolutionnaire du peuple contre la classe dirigeant€ impérialiste du pays et, en coordination avec les peuples du monde entier, frappent l’impérialisme américain dans sa citadelle, alors, ils montreront qu’ils comprennent vraiment et remplissent leurs obligations internationales.

    Le peuple chinois et tous les peuples du monde placent les plus grands espoirs dans la classe ouvrière et dans les marxistes-léninistes révolutionnaires des Etats-Unis.

    La tâche impérieuse qui est posée, aujourd’hui, aux communistes de tous les pays est d’unir les peuples du monde entier, le peuple américain y compris, pour former le front uni le plus large contre l’impérialisme ayant les Etats-Unis pour chef de file.

    Le grand mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » exalte les peuples des pays socialistes et le prolétariat mondial ; il exalte les nations et peuples opprimés du monde entier et les appelle à s’unir pour combattre côte à côte dans la lutte commune contre l’impérialisme, les Etats-Unis en tête.

    Nous, communistes du monde entier, nous devons nous unir. Nous devons nous unir sur la base du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien et sur la base des deux Déclarations de Moscou, nous devons diriger le fer de lance de notre lutte contre l’impérialisme, ayant les Etats-Unis à sa tête, et mener la grande cause des peuples du monde entier pour la paix mondiale, la libération nationale, la démocratie et le socialisme à la victoire finale !

    [1] Voir Rapport présenté par Gus Hall au Comité national du Parti communiste des États-Unis d’Amérique, Political Affairs, février 1961.

    [2] Voir The Worker, 29 janvier 1961.

    [3] Voir The Worker, 5 février 1961.

    [4] Voir Déclaration politique de Gus Hall, The Worker, 16 juillet 1961…

    [5] Voir Political Affairs, février 1962.

    [6] Voir The Worker, 22 avril 1962.

    [7] Voir The Worker, 20 janvier 1963.

    [8] Voir The Worker, 24 février 1963

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  • Éditorial du Quotidien du peuple : Le miroir des révisionnistes (1963)

    Rédaction du Renmin Ribao, mars 1963

    La clique révisionniste de Dange s’est emparé de la direction du Parti communiste d’Inde en mettant à profit, pendant les douze derniers mois, la vaste campagne antichinoise, anticommuniste et anti­peuple déclenchée par les groupes dirigeants de la grande bourgeoisie et des grands propriétaires terriens de l’Inde.

    Elle a trahi le marxisme­léninisme et l’internationalisme prolétarien, la cause révolutionnaire du prolétariat et du peuple indiens, elle s’est engagée dans la voie du chauvinisme national et du capitulationnisme de classe, créant ainsi une grande confusion au sein du Parti communiste d’Inde. Elle tente de transformer le Parti communiste d’Inde en une dépendance de la grande bourgeoisie et des grands propriétaires terriens, d’en faire le serviteur du gouvernement Nehru.

    A quel niveau Dange et consorts sont-ils tombés ? Voyons d’abord la lettre que Dange adressa le 14 novembre 1962 à Nehru, à l’occasion de l’anniversaire de celui-ci.

    La voici intégralement :

    Mon cher Panditji,

    Permettez-moi, au nom du Parti communiste d’Inde, de vous adresser nos sincères félicitations à l’occasion de votre 73ème anniversaire.

    Vous avez encouragé et guidé héroïquement la nation indienne dans sa lutte pour la liberté nationale.

    Dans la période qui a suivi l’indépendance, vous avez posé les fondements d’une nation indienne nouvelle qui s’est , engagée à suivre une politique de développement planifié, de démocratie, clé socialisme, de paix, de non-alignement et d’anticolonialisme.

    Aujourd’hui, en cette heure de grave crise née de l’agression chinoise, le pays s’est groupé autour de vous comme un seul homme, pour sauvegarder son honneur, son intégrité et sa souveraineté.

    Le Parti communiste d’Inde s’engage à soutenir sans réserve votre politique de défense nationale et d’unité nationale.

    Puissiez-vous vivre longtemps pour réaliser votre idéal d’édification d’une Inde prospère et socialiste.

    Sincèrement vôtre,

    (S. A. Dange)

    Président du Parti communiste d’Inde

    II ne s’agit pas d’une simple lettre de courtoisie. Par cette lettre, premièrement, Dange se met entièrement aux côtés de la réaction indienne, il s’oppose fanatiquement à la Chine socialiste ; deuxièmement, il garantit le soutien du Parti communiste d’Inde à la « politique de défense nationale et d’unité nationale » du gouvernement Nehru, politique anti-chinoise, anti-communiste et anti­-peuple, et il ne s’agit pas d’un soutien quelconque, mais d’un « soutien sansréserve » ; troisièmement, il met ses espoirs de voir le socialisme se réaliser en Inde dans le représentant de la grande bourgeoisie et des grands propriétaires terriens qu’est Nehru.

    Il s’agit là d’un serment, d’un engagement politique par lequel la clique Dange consomme sa trahison envers le prolétariat indien, du constat de son aliénation à la grande bourgeoisie et aux grands propriétaires terriens et au gouvernement Nehru.

    Le visage révisionniste de la clique Dange est apparu de plus en plus clairement depuis 1959. année où le gouvernement Nehru provoqua le conflit de la frontière sino-indienne.

    Plus de trois années se sont écoulées depuis, et toujours cette clique s’est tenue sur les positions de la grande bourgeoisie et des grands propriétaires terriens, elle s’est fait le défenseur et l’homme de main du gouvernement Nehru dans sa campagne antichinoise.

    1.La clique Dange ne tient aucun compte du fond historique ni de ce qu’il en est vraiment avec la frontière sino­indienne, et elle soutient sans réserve les revendications territoriales que le gouvernement Nehru formule aux dépens de la Chine. En ce qui concerne le secteur oriental de la frontière, elle s’obstine à affirmer que la ligne McMahon, qui n’a aucune légitimité, est « une ligne frontière tracée », qu’elle est la « frontière de l’Inde » ; et au sujet des secteurs occidental et central, elle qualifie de « justes » les revendications injustifiables du gouvernementNehru.

    2. La clique Dange ne tient aucun compte du fait que les milieux dirigeants indiens ont provoqué à dessein le conflit frontalier pour les besoins de leur politique intérieure et extérieure, et elle rejette la responsabilité du conflit sur la Chine, prétendant que celle­ci a « fait une appréciation politique erronée de la situation de l’Inde », et « c’est ainsi que le différend a été créé ».

    3. La clique Dange n’a rien entrepris pour* faire connaître la vérité sur les continuelles violations du territoire chinois auxquelles les troupes indiennes se livrent depuis plus de trois ans, au contraire, emboîtant le pas à Nehru et répondant aux désirs des milieux dirigeants réactionnaires de l’Inde, elle a calomnié et attaqué la Chine sans répit et avec la plus grande perfidie.

    Elle prétend que la Chine a « manqué à sa foi », qu’elle veut « régler le différend frontalier par les armes » avec l’Inde, qu’elle « insiste sur les vieilles cartes de tous ses vieux empereurs », qu’elle a la « fanatique ambition de restaurer ce qu’elle considère comme étant sa forme nationale-étatique historique et géographique », qu’elle « est prête à­donner sa vie et à combattre sbn voisin et son frère » « même pour un centimètre de haie », qu’elle est « sous l’emprise d’une sorte de bonapartisme », qu’elle a adopté une « attitude militariste et récalcitrante » et « menace même la paix mondiale », etc.

    4.La clique Dange n’a pas entrepris de condamner la position obstinée du gouvernement Nehru qui entretient une situation tendue à la frontière sino-indienne et refuse unrèglement pacifique, et, tout au contraire, elle s’efforce de défendre l’attitude de celui-ci, qui refuse la négociation. Par ailleurs, elle affirme son « soutien total » aux conditions posées par le gouvernement Nehru comme préliminaires à toute reprise des négociations.

    5.La clique Dange a même couvert l’attaque de grand style déclenchée par les troupes indiennes contre la Chine. Le 12 octobre 1962, Nehru donna l’ordre de « nettoyer » le territoire chinois des gardes­frontière chinois qui en assurent la défense, et sept jours après, Dange publiait une déclaration où il avait l’audace de prétendre que « c’était une intrusion des forces chinoises au sud de la ligne McMahon, violant ainsi le territoire indien » ; « nous tenons le rapport du gouvernement indien sur le sujet pour vrai », ajoutait­il.

    6. Après que le gouvernement Nehru eut déclenché l’attaque de grand style contre la Chine, la clique Dange appela à cor et à cri à la « défense de la patrie ». Elle publia le 1er novembre et le 2 décembre 1962, le 12 février 1963, des résolutions antichinoises, par lesquelles elle affirmait son appui total à la « politique de défense nationale et d’unité nationale » du gouvernement Nehru, dupait les masses populaires en les encourageant à consentir à de « plus grands sacrifices volontaires », soutenait « l’achat d’armes à n’importe quel pays » par le gouvernement Nehru et sa politique de collusion avec l’impérialisme américain.

    Il n’est que trop clair que Dange et ses semblables ont joué, sous leur apparence de communistes, un rôle que le gouvernement Nehru n’aurait pu jouer dans la duperie dupeuple, l’excitation des sentiments nationalistes réactionnaires et le sabotage de l’amitié sino-indienne. Aussi n’est-il pas du tout étonnant que le ministre de l’Intérieur du gouvernement Nehru ait constaté avec satisfaction il y a quelque temps : « Quelle meilleure réplique peut-il être donné à la Chine que celle du leader du Parti communiste de ce pays, M. Dange, qui lui-même condamne la position chinoise et soutient le point de vue du gouvernement de l’Inde ? »

    Le chauvinisme national de la clique Dange va non seulement à Rencontre des intérêts du prolétariat indien, mais aussi des intérêts de l’écrasante majorité des masses populaires indiennes, autrement dit des intérêts nationaux de l’Inde. A l’intérieur, il correspond aux besoins du nationalisme réactionnaire de la grande bourgeoisie et des grands propriétaires terriens ; sur le plan extérieur, il correspond aux besoins du néo­colonialisme que l’impérialisme américain veut appliquer en Inde.

    Pareille politique chauvine est un soutien au gouvernement Nehru dans ses attaques contre le peuple, dans les atteintes qu’il porte à l’indépendance nationale et pour sa politique d’alignement sur l’impérialisme. C’est trahir le prolétariat international, c’est trahir le peuple indien.

    Dès le premier jour de l’attaque armée de grand style lancée par le gouvernement Nehru, la clique Dange a multiplié les activités tendant à soutenir la politique de « défense nationale et d’unité nationale » du gouvernement Nehru, appliquant encore plus radicalement sa ligne de capitulation de classe.Un fait marquant : Le cinquième jour de l’attaque générale déclenchée par les troupes indiennes à la frontière chinoise, aussitôt que Nehru eut demandé à « tous les ouvriers de ne pas se mettre en grève », Dange s’empressa, en sa qualité de secrétaire général du Congrès pan-indien des Syndicats, d’écrire à Nehru pour lui suggérer de convoquer une conférence réunissant les représentants ouvriers, patronaux et gouvernementaux, afin de discuter des « problèmes du front de la production et de la défense ».

    Comme attendu, le gouvernement Nehru adopta la formule et la conférence fut convoquée très rapidement. Elle adopta à l’unanimité une résolution interdisant toute cessation de travail et toute grève perlée aux ouvriers, et leur demandant de faire des heures supplémentaires, de souscrire au « Fonds de la Défense nationale » et aux « Bons de la Défense ».

    Par ces agissements, Dange aida directement la grande bourgeoisie indienne à saper le mouvement ouvrier, à priver les ouvriers de leurs droits élémentaires, à accentuer l’exploitation et l’asservissement du peuple travailleur. Que Dange ait commis ces ignominies en sa qualité de président du Parti communiste d’Inde et de secrétaire général du Congrès pan-indien des Syndicats ne fait que prouver qu’il est devenu tout à fait un instrument dont la classe dirigeante se sert pour attaquer la classe ouvrière et le peuple travailleur.

    Autre fait marquant : En novembre 1962, S. G. Sardesai, membre de la clique Dange du Comité exécutif général du Parti communiste d’Inde, fit diffuser un tract ainsi libellé :

    La responsabilité morale qui nous incombe de défendre notre pays alors qu’un pays socialiste nous attaque est plus grande que celle de nos compatriotes et non pas moindre.

    C’est un sincère et fervent appel que nous adressons au parti au pouvoir ? le Congrès national indien, aussi bien qu’à tous les autres partis patriotiques, pour qu’en cette heure cruciale, nous écartions toutes nos divergences et nous nous unissions sous le drapeau national de tous. La seule épreuve et la seule pensée du moment, c’est la défense nationale.

    Nous déclarons explicitement que même si nous sommes exclus de l’effort collectif pour la défense nationale, nous n’en continuerons pas moins à nous dévouer pour la même cause avec toute notre énergie.

    Nous la mènerons à bien sans attendre la moindre récompense, même si certains de nos compatriotes tentent de nous traiter en parias.

    Le besoin crucial du moment, la grave épreuve qui confronte notre patriotisme, c’est pour tous et chacun de soutenir monolithiquement le premier ministre Nehru, de le rendre plus fort et d’exécuter ses ordres. Il est le premier feld-maréchal du pays, son commandant en chef.

    Voyez comme la clique Dange se dévoue corps et âme à Nehru ! Comme les flatteries qu’elle adresse au Congrès national indien sont écœurantes ! Et combien fanatique est son chauvinisme national !

    La clique se dépense énormément pour servir la grande bourgeoisie et les grands propriétaires terriens, pour pousser les larges masses populaires indiennes à s’opposer à la Chine socialiste. Et qu’est-ce que tout ceci a de commun avec l’internationalisme prolétarien, avec le vrai patriotisme du peuple indien ?

    Un autre fait marquant : En novembre 1962, à la session du Conseil général du Congrès pan-indien des Syndicats,

    Dange présenta un rapport dans lequel il disait :

    Nous ne posons pas de conditions pour défendre notre pays. Car le pays appartient au peuple. Je ne suis pas d’avis que dans la situation où nous nous trouvons, nous devrions établir notre conduite en vertu de ce que ce pays est le nôtre ou celui de la bourgeoisie.

    Nous soutenons, sans condition, l’effort de guerre. . . . Mon soutien inconditionnel au gouvernement Nehru est tel en matière de défense. Nous devons nous en tenir à notre nationalisme . . .

    Dans les conditions où le pays connaît l’état d’urgence, la défense et les conditions du pied de guerre requièrent des organisations du Congrès pan-indien des Syndicats qu’ils apportent une modification temporaire à leurs relations normales avec la bourgeoisie, à leur fonctionnement et à leur appréciation des problèmes de la classe ouvrière.

    En tant que classe ouvrière, nous disons que nous excluons temporairement la question de la lutte par la grève et clé la défense de nos intérêts de classe par cette méthode.

    La trêve industrielle est, en un sens, la « collaboration de classes ». Mais elle est acceptée consciemment. . .

    La question du soutien sans restriction à la bourgeoisie du pays n’est pas, en ce moment historique, en contradiction avec les principes du mouvement ouvrier.

    Ainsi, nous appuyons l’effort de guerre, nous sommes avec la bourgeoisie du pays . . . Plus d’hésitation, plus tu hésites, plus tu t’embrouilles.

    Ici, Dange nie entièrement la nature de classe de l’Etat, il prétend carrément que l’Etat placé sous la dictature de lagrande bourgeoisie et des grands propriétaires terriens est l’Etat du peuple.

    Il est passé entièrement du côté de la bourgeoisie, il prêche ouvertement le soutien sans réserve à la bourgeoisie. Il rejette complètement la théorie marxiste-léniniste de la lutte de classe et prône la collaboration de classes. Dange et consorts sont tombés si bas que les voilà les valets de pied de la grande bourgeoisie indienne.

    Le plus ahurissant, c’est que Dange et consorts font tout pour se rallier au gouvernement Nehru sous le mot d’odre d’ »unité nationale » et, d’autre part, ils s’appuient sur les milieux dirigeants indiens pour évincer, du sein du Parti communiste d’Inde, ceux qui ne sont pas de leur clique, pour le diviser au maximum.

    Quand les gardes-frontières chinois eurent appliqué le cessez-le-feu et se furent retirés, sur notre seule décision, le gouvernement Nehru opéra des arrestations massives dans tout le pays, grâce à une liste qui lui avait été transmise, et emprisonna 800 à 900 communistes fidèles au prolétariat et à la cause du peuple indien, dont des cadres formant l’ossature de l’organisation du Parti communiste d’Inde aux différents échelons.

    La clique Dange « appela tous les membres du Parti à ne pas se laisser irriter par les arrestations et à appliquer la politique du Parti avec calme et une sereine détermination », et elle profita de l’occasion que lui offraient les opérations policières pour envoyer ses hommes de confiance prendre en main les organismes dirigeants des conseils du Parti communiste d’Inde de plusieurs Etats. Par ces agissements, la clique Dange tend à adapter le Parti communiste d’Inde aux besoins de la grande bourgeoisie, à enterrer le mouvement révolutionnaire indien.

    En outre, Dange et consorts ont aidé le gouvernement Nehru à mener une campagne démagogique sous le mot d’ordre de « socialisme ». Ils flattent Nehru, l’appelant  »symbole de l’unité nationale » et ajoutant : « lorsque nous avons un tel homme à la tête de la nation et que nous [Dange et ses hommes] prenons une position correcte au sein du front commun, celui-ci devient une force dirigeante pour le développement futur. Quel développement futur ? Le socialisme ».

    La Déclaration de Moscou de 1960 dit très explicitement que les communistes doivent dénoncer l’utilisation démagogique des mots d’ordre socialistes par les politiciens bourgeois. Cependant, Dange et consorts non seulement ne démasquent pas le socialisme à la Nehru, mais veulent au contraire faire croire aux communistes et au peuple indiens que Nehru suit effectivement une politique socialiste et qu’il faut donc le soutenir sans réserve. Ils ont demandé au Congrès national indien de coopérer avec le Parti communiste d’Inde pour édifier le socialisme en Inde sous l’égide du gouvernement Nehru.

    Puisque la clique Dange estime que le socialisme peut être,réalisé en comptant sur Nehru et son parti, le Congrès national indien, quel besoin y a-t-il encore d’avoir un parti communiste contrôlé par Dange et consorts ?

    Les faits cités plus haut montrent que la clique Dange roule de plus en plus bas sur la pente du révisionnisme. Elle a substitué le mot d’ordre de collaboration de classes à la doctrine de la lutte de classe. Elle a substitué le socialisme de la bourgeoisie au socialisme du prolétariat.

    Elle défend la dictature de la grande bourgeoisie et des grands propriétaires terriens avec un dévouement total, jetant à tous les vents la cause révolutionnaire du prolétariat et du peuple indiens. Elle soutient inconditionnellement la politique d’alignement sur l’impérialisme américain du gouvernement Nehru, liquidant, au vrai sens du mot, la lutte contre l’impérialisme qui aurait dû être sa tâche.

    Elle foule aux pieds l’amitié des peuples chinois et indien, elle s’est fait le clairon de la campagne antichinoise de Nehru. Et elle a substitué le chauvinisme bourgeois à l’internationalisme prolétarien. En un mot, la clique Dange est tombée si bas qu’elle a trahi le marxisme­léninisme, l’internationalisme prolétarien, qu’elle s’enfonce de plus en plus dans le cloaque du capitulation ­nisme de classe et du chauvinisme national.

    L’apparition au sein d’un parti communiste de révisionnistes du genre de Dange et consorts n’est pas sans précédents.

    Le courant révisionniste a assailli certains partis communistes après la Seconde guerre mondiale. Nombreux sont les partis ayant leurs renégats du marxisme-léninisme. Par exemple, Browder et Gaits aux Etats-Unis, Larsen au Danemark, Shojiro Kasuga au Japon, etc.

    Il y eut des cas parmi les partis communistes des pays capitalistes, et il y eneut un aussi dans un pays où le prolétariat a détenu le pouvoir pendant un temps, la Yougoslavie où est apparue la clique révisionniste de Tito, renégat du marxisme­ léninisme. L’important pour les communistes du monde, c’est qu’ils tirent les leçons du dommage infligé à la cause du communisme par ces cliques de renégats.

    La clique Tito est un miroir ; un miroir qui montre comment une clique de renégats a corrodé un parti à l’aide d’une ligne révisionniste et de façon telle qu’un pays socialiste a dégénéré, est devenu un pays capitaliste.

    La clique Dange est un autre miroir, qui montre comment des dirigeants d’un parti communiste en pays capitaliste se sont engagés dans la voie du révisionnisme, comment ils sont descendus dans cette voie, jusqu’à devenir le valet de la bourgeoisie et d’être à sa remorque.

    Les communistes et le peuple indiens se trouvent dans une situation extrêmement difficile. Le Parti communiste et le peuple chinois ont beaucoup de sollicitude et une profonde sympathie pour les communistes indiens qui combattent avec persévérance pour le communisme, et pour le prolétariat et le peuple indiens aux glorieuses traditions révolutionnaires.

    Les réactionnaires et les révisionnistes, quels qu’ils soient, ne pourront jamais barrer la voie dans laquelle avance le peuple indien. Les forces du marxisme-léninisme grandiront, s’accroîtront, en prenant appui sur le prolétariat et les larges masses populaires, en surmontant toutes les difficultés dans la lutte qui est complexe et pleine de vicissitudes. L’histoire montrera que les vrais défenseurs des intérêts du peuple indien et des intérêts nationaux de l’Inde sont ceux qui persévèrent dans la vérité, défendent la justice, et s’en tiennent fermement au marxisme-léninisme et à l’internationalisme prolétarien. Ils sont l’avenir de l’Inde.

    Les rapports entre la Chine et l’Inde connaissent également une période difficile. Les réactionnaires et les révisionnistes de l’Inde cherchent par tous les moyens à saper l’amitié des peuples chinois et indien. Les impérialistes s’efforcent de pêcher en eau trouble et de semer la discorde.

    Mais nous n’avons aucune raison de sous-estimer la force de la grande amitié des deux peuples qui repose sur une longue tradition. Face à cette force, les réactionnaires indiens et la clique révisionniste de Dange ne sont qu’une petite poignée d’individus, une infime minorité. Et, tout compte fait, il n’est personne qui puisse détruire l’amitié qui lie peuples chinois et indien et communistes chinois et indiens.

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    contre l’hégémonie des superpuissances

  • Rédaction du Quotidien du peuple : Encore une fois sur les divergences entre le camarade Togliatti et nous (1963)

    I. INTRODUCTION

    Au Xe Congrès du Parti communiste italien, le camarade Togliatti a ouvertement attaqué le Parti communiste chinois et soulevé une controverse en public.

    Cela fait des années que le camarade Togliatti et certains autres camarades du Parti communiste italien tiennent, sur une série d’importantes questions de principe du mouvement communiste international, toutes sortes de propos erronés allant à rencontre des principes fondamentaux du marxisme-léninisme. Nous n’avons jamais approuvé de tels propos. Cependant, nous n’avons pas voulu et n’entendions pas entamer de controverse publique avec ces camarades.

    Nous avons toujours été pour le renforcement de l’unité du mouvement communiste international. Nous avons toujours été pour le règlement des rapports entre partis frères selon les principes d’indépendance, d’égalité et d’unanimité de vues par voie de consultations, définis dans les Déclarations de Moscou.

    Nous avons toujours été pour l’élimination des divergences entre partis frères par voie intérieure, au moyen de consultations, d’entretiens entre deux partis ou entre plusieurs partis ou de conférences de tous les partis frères. Nous avons toujours estimé qu’aucun parti ne peut blâmer publiquement et unilatéralement un autre parti frère, quel qu’il soit, et encore moins le calomnier et l’attaquer.

    Telle est l’attitude que nous avons inflexiblement maintenue pour défendre l’unité. Nous ne nous attendions pas à ce que Togliatti et d’autres camarades utilisent ce congrès de leur parti pour attaquer publiquement le Parti communiste chinois.

    Mais ils nous ont provoqués directement à ce débat et que nous restait-il à faire? Pouvions-nous garder le silence comme dans le passé? Serait-il dit que « le préfet est libre de mettre le feu comme bon lui semble alors que le peuple n’a même pas le droit d’allumer un lumignon »?

    Non, cela ne sera jamais, jamais toléré. Nous devions répondre, absolument. Et comme ils ne nous avaient pas laissé d’autre issue, nous ne pouvions que leur donner une réponse publique. Nous avons donc publié, dans le Renmin Ribao du 31 décembre 1962, un éditorial intitulé « Les divergences entre le camarade Togliatti et nous ».

    Cet éditorial n’étant nullement à leur goût, le camarade Togliatti et certains autres camarades du Parti communiste italien ont renouvelé leurs attaques contre nous, dans toute une suite d’articles qu’ils ont fait paraître depuis. Ils disent qu’à nos articles « manque souvent une explicite clarté », que la façon de raisonner y est « très abstraite et formelle », que « le sens des réalités » leur fait défaut (Voir P. Togliatti: « Ramenons la discussion à ses termes réels », Unità, 10 janvier 1963); que nous pouvons « ne pas être bien informés » sur la situation en Italie et le travail du Parti communiste italien (Voir P. Togliatti: « Ramenons la discussion à ses termes réels », Unità, 10 janvier 1963); que nous nous sommes livrés à une « falsification manifeste » des positions du Parti communiste italien (Voir L. Longo: « La Question du pouvoir », Unità, 16 janvier 1963); que nous sommes des « dogmatiques et [des] sectaires qui dissimulent leur opportunisme sous une phraséologie ultra-révolutionnaire » (Voir L. Longo: « La Question du pouvoir », Unità, 16 janvier 1963), etc.

    Togliatti et ces autres camarades s’obstinent à poursuivre cette controverse publique. Eh bien, poursuivons, puisqu’il en est ainsi!

    Nous nous proposons, dans cet article, de faire une analyse et une critique plus approfondies des propos erronés que Togliatti et d’autres camarades tiennent depuis des années, pour répliquer à leurs attaques répétées. Nous verrons comment ces camarades réagiront après en avoir pris connaissance.

    Viendront-ils encore nous dire qu’il nous « manque souvent une explicite clarté »? Que notre façon de raisonner est « très abstraite et formelle » et que « le sens des réalités » nous fait défaut? que nous pouvons « ne pas être bien informés » sur la situation en Italie et le travail du Parti communiste italien et que nous nous livrons à une « falsification manifeste » des positions du Parti communiste italien? que nous sommes des « dogmatiques et [des] sectaires qui dissimulent leur opportunisme sous une phraséologie ultra-révolutionnaire »?

    Attendons, et nous aviserons une fois fixés!

    Bref, il est inadmissible que le préfet soit libre de mettre le feu comme bon lui semble tandis que le peuple n’aurait même pas le droit d’allumer un lumignon. Jamais, d’aussi loin que l’on se souvienne, le peuple n’a admis loi si injuste. D’autant plus qu’entre communistes, il ne peut être adopté qu’une seule attitude pour régler nos divergences, celle de raisonner avec faits à l’appui, et en aucun cas en se comportant comme un maître envers ses serviteurs.

    L’unité des prolétaires et des communistes du monde entier doit être, mais elle ne peut reposer que sur la base des Déclarations de Moscou, sur la méthode qui consiste à raisonner, faits à l’appui, sur des consultations menées sur un pied d’égalité et dans la réciprocité, sur la base du marxisme-léninisme.

    Quand les maîtres se permettent d’agite leur trique au-dessus des serviteurs, tout en scandant « unité! unité! », ce qu’ils entendent, c’est en fait, « scission! scission! ». Les prolétaires du monde entier ne sauraient accepter ces agissements scissionnistes. C’est l’unité que nous voulons, et nous ne tolérerons jamais qu’une poignée d’individus machinent la scission.

    II. QUEL EST LE CARACTÈRE DU GRAND DÉBAT ACTUEL ENTRE LES COMMUNISTES DU MONDE?

    Un grand débat portant sur des questions de théorie, de ligne fondamentale et de politique se déroule actuellement au sein du mouvement communiste international, par suite du défi lancé aux marxistes-léninistes par les révisionnistes modernes. Il met en jeu l’ensemble de la cause du prolétariat et des peuples travailleurs du monde entier et le sort de toute l’humanité.

    Les courants d’idées qui s’y affrontent sont, en dernière analyse, d’une part, l’idéologie authentiquement prolétarienne, c’est-à-dire le marxisme-léninisme révolutionnaire et, d’autre part, l’idéologie bourgeoise qui s’est infiltrée dans les rangs ouvriers, c’est-à-dire les idées anti-marxistes-léninistes.

    Depuis qu’est né le mouvement ouvrier, la bourgeoisie s’est toujours efforcée de corrompre idéologiquement la classe ouvrière, afin de mettre le mouvement ouvrier au service de ses intérêts fondamentaux, d’affaiblir les luttes révolutionnaires des peuples et d’induire ceux-ci en erreur. A ces fins, l’idéologie bourgeoise revêt des formes différentes, selon les circonstances, se manifestant tour à tour sous des couleurs de droite ou « de gauche ».

    Les marxistes-léninistes ont donc pour tâche, ainsi que Marx, Engels, Lénine et Staline en ont donné l’exemple, de ne pas se dérober aux défis lancés par l’idéologie bourgeoise, sous quelque forme qu’elle se présente, d’être prêts à briser à tout moment ses attaques, sur le terrain de la théorie, de la ligne fondamentale, comme sur celui de la politique, et d’indiquer au prolétariat, aux peuples et aux nations opprimés la juste voie à suivre dans leur lutte pour la victoire.

    Depuis que le marxisme prédomine dans le mouvement ouvrier, les marxistes ont mené de multiples combats contre les révisionnistes et les opportunistes, au cours desquels deux grands débats furent de la plus haute importance historique, et l’actuel est le troisième.

    Le premier fut celui qui mit Lénine aux prises avec les révisionnistes et les opportunistes de la Ile Internationale, Kautsky et Bernstein entre autres, et amena le marxisme à une nouvelle étape de développement, l’étape du léninisme, qui est le marxisme de l’époque de l’impérialisme et de la révolution prolétarienne. Le second opposa les communistes d’Union soviétique et ceux d’autres pays, qui avaient à leur tête Staline, aux aventuristes « de gauche » et aux opportunistes de droite, Trotski, Boukharine et autres; il défendit le léninisme et mit en lumière les théories et tactiques de Lénine concernant la révolution prolétarienne, la dictature du prolétariat, la révolution des nations opprimées et l’édification du socialisme.

    Parallèlement, au sein du Parti communiste chinois, le camarade Mao Zedong dut mener, au cours d’une longue période, de violents débats avec les aventuristes « de gauche » et les opportunistes de droite pour unir étroitement la vérité universelle du marxisme-léninisme à la pratique concrète de la révolution chinoise.

    Le grand débat actuel, le troisième, fut tout d’abord provoqué par la clique Tito de Yougoslavie qui trahit ouvertement le marxisme-léninisme.

    Il y a bien longtemps que la clique Tito s’est engagée dans la voie du révisionnisme.

    En hiver 1956, mettant à profit la campagne antisoviétique, anticommuniste déclenchée par l’impérialisme, elle s’employa, d’une part, à faire de la propagande anti-marxiste-léniniste, et d’autre part, en coordination avec les plans dressés par l’impérialisme, entreprit des activités subversives au sein des pays socialistes. Cette propagande et cette activité de sape parvinrent à leur point culminant lors de la rébellion contre-révolutionnaire en Hongrie. Tito prononça alors le fameux discours de Pula.

    La clique Tito fit tout pour dépeindre le régime socialiste sous les couleurs les plus noires, soulignant la « nécessité » pour la Hongrie « de changements radicaux dans le système politique » (Voir Discours de Kardelj à l’Assemblée nationale de la République populaire fédérative de Yougoslavie, Borba, 8 décembre 1956) et affirmant que les camarades hongrois « n’ont pas à faire des tentatives stériles pour restaurer le Parti communiste. » (Voir Discours de Kardelj à l’Assemblée nationale de la République populaire fédérative de Yougoslavie, Borba, 8 décembre 1956) Les communistes de tous les pays menèrent une lutte sérieuse contre cette attaque de la clique Tito qui constituait une trahison.

    En avril 1956, nous avions publié l’article « De l’expérience historique de la dictature du prolétariat ». Devant cette attaque de la clique Tito, nous avons publié un autre article à la fin de décembre 1956 « Encore une fois à propos de l’expérience historique de la dictature du prolétariat « . En 1957, la Conférence des Représentants des Partis communistes et ouvriers des Pays socialistes adopta la célèbre Déclaration de Moscou. Celle-ci indiquait clairement que le révisionnisme est à l’heure actuelle le principal danger du mouvement communiste international; elle condamnait les révisionnistes modernes parce qu’ils « s’efforcent de discréditer la grande doctrine du marxisme-léninisme, déclarent qu’elle a ‘vieilli’ et prétendument perdu toute importance pour le développement social actuel ».

    La clique Tito refusa de signer cette déclaration et publia en 1958 un programme de bout en bout révisionniste, qu’elle opposa à la Déclaration de Moscou. Ce programme fut unanimement condamné par les communistes de tous, les pays.

    Cependant, par la suite, plus particulièrement depuis 1959, les dirigeants de certains partis communistes vinrent à enfreindre l’accord commun qu’ils avaient signé et approuvé, et tinrent un langage proche de celui de Tito. Puis, ces gens-là perdirent toujours plus leur contrôle, leur langage devint de plus en plus semblable à celui de Tito; ils s’efforcèrent, outre, de présenter les impérialistes américains sous les plus belles couleurs. Ils dirigèrent toute l’ardeur  de leur lutte contre les partis frères qui s’en tenaient fermement au marxisme-léninisme et aux principes révolutionnaires de la Déclaration de Moscou de 1957 et entreprirent des attaques virulentes contre ces partis.

    A la Conférence des Représentants des Partis communistes et ouvriers de 1980, à l’issue de consultations dans l’égalité, un accord fut conclu sur nombre de problèmes ayant suscité des divergences entre partis frères. La Déclaration de Moscou publiée à l’issue de cette conférence condamna sévèrement la trahison du marxisme-léninisme par les dirigeants de la Ligue des Communistes de Yougoslavie.

    Nous nous réjouissions de l’accord conclu entre partis frères, à cette conférence, et dans nos actes, l’avons strictement observé et défendu. Cependant, peu après, les dirigeants de certains partis frères en sont venus, une fois encore, à enfreindre l’accord qu’ils avaient signé et approuvé, et au congrès de leur propre parti, ils ont attaqué publiquement d’autre partis frères, étalant ainsi devant l’ennemi les divergences du mouvement communiste international. Tout en attaquant des partis frères, ils se mirent à porter aux nues la clique Tito, persistant à la suivre dans son bourbier.

    Or, la marche des événements montre que le courant du révisionnisme moderne est un produit de la politique impérialiste dans des conditions nouvelles. Ce courant d’idées a donc nécessairement un caractère international et le débat engagé entre les marxistes-léninistes et les révisionnistes modernes se développera nécessairement, comme les précédents, à l’échelle mondiale.

    Le premier grand débat entre les marxistes-léninistes et les révisionnistes et opportunistes aboutit à la victoire de la Grande Révolution socialiste d’Octobre et à la fondation, dans le monde entier, de partis révolutionnaires prolétariens de type nouveau.

    Le second vit triompher l’édification du socialisme en Union soviétique et la guerre antifasciste mondiale qui eut la grande Union soviétique pour force principale, il conduisit à la victoire de la révolution socialiste dans une série de pays d’Europe et d’Asie et à celle de la grande révolution du peuple chinois.

    Le grand débat actuel se situe, lui, à l’époque où le camp impérialiste est en voie de désagrégation, où les forces du socialisme se développent et grandissent, où les grands mouvements révolutionnaires déferlent impétueusement en Asie, en Afrique et en Amérique latine et où la grande classe ouvrière d’Europe et d’Amérique connaît un nouvel éveil.

    Ayant provoqué ce débat, les révisionnistes modernes espèrent qu’ils pourront biffer le marxisme-léninisme d’un simple trait de plume, liquider les luttes que les nations et peuples opprimés mènent pour leur libération, et sauver l’impérialisme et la réaction mondiale de la fin qui les attend. Mais il est impossible de biffer le marxisme-léninisme, de liquider les luttes de libération des peuples, de sauver les impérialistes et les réactionnaires, de l’anéantissement inéluctable, et contrairement au désir des révisionnistes modernes, ces honteuses ambitions sont vouées à l’échec.

    La tâche que le mouvement ouvrier mondial actuel pose devant tous les marxistes-léninistes est de riposter aux révisionnistes modernes qui procèdent à une révision générale du marxisme-léninisme.

    Par cette révision qui répond aux besoins présents de l’impérialisme international, des réactionnaires des différents pays et de la bourgeoisie de leur propre pays, ils cherchent à vider le marxisme-léninisme de son âme révolutionnaire et à faire table rase du principe de la lutte des classes, principe le plus élémentaire du marxisme-léninisme dont ils ne veulent conserver que l’étiquette.

    En dissertant sur les problèmes internationaux et les problèmes sociaux, les révisionnistes modernes substituent la conception bourgeoise « au-dessus des classes », qui est pure hypocrisie, à la conception marxiste-léniniste de l’analyse des classes. Ils fabriquent toutes sortes de suppositions, d »’hypothèses » dénuées de tout fondement et purement subjectives, et les substituent à l’examen scientifique, marxiste-léniniste, des conditions réelles de la société. Ils substituent le pragmatisme bourgeois au matérialisme dialectique et au matérialisme historique.

    En un mot, ils utilisent une foule de propos absurdes, à peine intelligibles et croyables pour eux-mêmes, dans le dessein d’abuser la classe ouvrière, les peuples et les nations opprimés.

    Les événements internationaux des dernières années ont sans cesse prouvé la faillite des  » théories » des révisionnistes modernes et de leur politique. Cependant, chaque fois que leur  » théorie » et leur politique les couvrent d’opprobre devant les peuples du monde entier, « ils se vantent de leur déshonneur » (V. I. Lénine: « Ce qu’il ne faut pas imiter dans le mouvement ouvrier allemand », Œuvres, tome 20), comme dit Lénine, et, ne reculant devant rien, insouciants des conséquences possibles, ils prennent pour cible les marxistes-léninistes révolutionnaires, leurs frères en d’autres pays qui les avaient prévenus de ne pas s’illusionner de la sorte et de ne pas agir aussi aveuglément.

    Ils espèrent prouver leur « victoire » en retournant leur rancœur contre ceux de leur propre camp, cherchant ainsi à isoler les marxistes-léninistes révolutionnaires, isoler tout frère qui défend les principes révolutionnaires en d’autres pays.

    Dans de telles circonstances, comment les marxistes-léninistes authentiques, révolutionnaires, pourraient-ils ne pas relever le défi des révisionnistes modernes? En ce qui concerne les divergences et controverses sur des questions de principe, les marxistes-léninistes ont le devoir de distinguer le vrai du faux, de tirer les problèmes au clair.

    Dans l’intérêt commun de l’union contre l’ennemi, nous avons toujours été partisans d’une solution obtenue par consultations intérieures, nous opposant à ce que les divergences soient exposées devant l’ennemi. Mais, puisque certains ont tenu à rendre la controverse publique, que nous reste-t-il à faire, sinon relever publiquement leur défi?

    Ces derniers temps, le Parti communiste chinois a été en butte à des attaques insensées. Les attaquants ont mené grand tapage et forgé toutes sortes d’accusations, au mépris total des faits. On comprend sans peine pourquoi et comment ces attaques furent opérées. Quant à savoir sur quelles positions se placent ceux qui ont fomenté et lancé ces attaques et aux côtés de qui ils se rangent, c’est clair comme le jour.

    Quiconque a pris connaissance des propos tenus ces dernières années par le camarade Togliatti et d’autres camarades du Parti communiste italien comprendra que ce n’est pas une question de hasard si, au récent Congrès du Parti communiste italien, ils ont fait écho aux attaques lancées contre les vues marxistes-léninistes du Parti communiste chinois.

    Les Thèses de ce Congrès, ainsi que le rapport et les conclusions que le camarade Togliatti y a présentés sont, d’un bout à l’autre, imprégnés d’idées incompatibles avec le marxisme-léninisme.

    Leur langage est semblable à celui des social-démocrates et des révisionnistes modernes, tant dans les problèmes internationaux que dans les problèmes intérieurs de l’Italie. Il suffit d’examiner dans leurs détails les Thèses et d’autres documents du Parti communiste italien pour découvrir que les nombreuses formulations et vues qu’ils contiennent ne sont guère des nouveautés mais reprennent, pour l’essentiel, ce que l’on trouve déjà chez les vieux révisionnistes et ce que, de leur côté, les révisionnistes titistes de Yougoslavie ont toujours propagé.

    Passons maintenant à l’analyse des Thèses du Parti communiste italien et d’autres documents qui s’y rattachent pour montrer à quel point Togliatti et d’autres camarades se sont éloignés du marxisme-léninisme.

    III.LES CONTRADICTIONS DU MONDE ACTUEL

    Les nouvelles conceptions du camarade Togliatti

    Le camarade Togliatti et d’autres camarades du Parti communiste italien partent essentiellement de leur appréciation de la situation internationale pour poser chaque problème.

    Et de là, ils ont élaboré de nouvelles conceptions, dont ils sont fiers, sur les questions aussi bien internationales qu’italiennes.

    1. « Il faut, dans le cadre de la lutte mondiale pour la paix et la coexistence pacifique, combattre pour une politique de coopération économique internationale permettant de venir à bout des contradictions qui, aujourd’hui, s’opposent à un développement économique plus rapide se traduisant en progrès social. » (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien)

    2. « En Europe, tout particulièrement, il est nécessaire de développer une initiative unitaire pour poser les bases d’une coopération économique européenne, même entre Etats à structure sociale différente, qui permette, dans le cadre des organismes économiques et politiques de l’O.N.U., d’intensifier les échanges, d’éliminer ou diminuer les obstacles douaniers, d’intervenir en commun pour favoriser le progrès des régions sous-développées.» (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien)

    3. « Il faut exiger que . . . se développe une action systématique qui vise à surmonter la division de l’Europe et du monde en blocs, en brisant les obstacles d’ordre politique et militaire qui maintiennent cette division… pour reconstituer de cette manière un marché mondial unique. » (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien)

    4. Avec les techniques militaires modernes, « la guerre … devient une chose qualitativement différente de ce qu’elle était autrefois. Face à ce changement de la nature de la guerre, notre doctrine elle-même exige un nouvel examen. » (P.Togliatti:
    « Unité des classes laborieuses pour avancer vers le socialisme dans la démocratie et la paix « , rapport présenté le 2 décembre 1962 au Xe Congrès du Parti communiste italien.)

    5. « En combattant pour la paix et la coexistence pacifique, nous voulons créer un monde nouveau, dont la première caractéristique sera d’être un monde sans guerre». (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien)

    6. « Le régime colonial s’est presque complètement écroulé. » (P. Togliatti: « Unité des classes laborieuses pour avancer vers le socialisme dans la démocratie et la paix », rapport présenté le 2 décembre 1962 au Xe Congrès du Parti communiste italien), « il n’existe plus, dans le monde, de sphères d’influence réservées à l’impérialisme ». (P. Togliatti: « Aujourd’hui, il est possible d’éviter la guerre », intervention faite le 21 juillet 1960 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien.)

    7. « En fait, il existe aujourd’hui, dans le monde capitaliste, une poussée pour des transformations structurelles et des réformes de caractère socialiste, poussée qui est en rapport avec le progrès économique et avec la nouvelle expansion des forces productives. » (P. Togliatti: « Unité des classes laborieuses pour avancer vers le socialisme dans la démocratie et la paix », rapport présenté le 2 décembre 1962 au Xe Congrès du Parti communiste italien.)

    8. «…le terme de dictature du prolétariat lui-même peut prendre un contenu autre que celui qu’il eut pendant les dures années de la guerre civile et de la construction socialiste entreprise pour la première fois, dans un pays encerclé par le capitalisme. » (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien, voir Unità, Supplément, 13 septembre 1962)

    9. Dans les pays capitalistes, pour « réaliser de profondes réformes dans les structures économiques et politiques actuelles », « une fonction de premier plan peut… incomber aux institutions parlementaires. » (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien)

    10. Dans un pays capitaliste tel que l’Italie peut se réaliser l’« avènement de tout le peuple à la direction du pays » (P. Togliatti: « Unité des classes laborieuses pour avancer vers le socialisme dans la démocratie et la paix », rapport présenté le 2 décembre 1962 au Xe Congrès du Parti communiste italien.) En Italie, les forces démocratiques sont à même « de s’opposer à la nature de classe et aux objectifs de classe de l’Eta tout en acceptant totalement et en défendant le pacte constitutionnel.» (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien, voir Unità, Supplément, 13 septembre 1962)

    11. La « nationalisation », la « programmation » et « l’intervention de l’Etat » dans la vie économique peuvent « devenir un moyen de lutte contre le pouvoir du grand capital, pour frapper, limiter et briser la domination des grands groupes monopolistes » (P. Togliatti: « Unité des classes laborieuses pour avancer vers le socialisme dans la démocratie et la paix » , rapport présenté le 2 décembre 1962 au Xe Congrès du Parti communiste italien.)

    12. Les groupes dirigeants bourgeois peuvent maintenant accepter « les concepts de planification et de programmation économiques considérés un temps comme une prérogative socialiste », « cela ne peut manquer de devenir un signe de maturité des conditions objectives pour le passage du capitalisme au socialisme » (P. Togliatti:  » Unité des classes laborieuses pour avancer vers le socialisme dans la démocratie et la paix », rapport présenté le 2 décembre 1962 au Xe Congrès du Parti communiste italien.)

    Bref, Togliatti et d’autres camarades nous ont brossé, avec ces nouvelles conceptions, un tableau du monde actuel tel qu’ils l’imaginentI.ls ont beau se retrancher, dans leurs Thèses et leurs écrits, derrière une terminologie marxiste-léniniste et nombre de formules trompeuses et ambiguës, il leur est impossible de voiler ce que ces nouvelles conceptions signifient dans le fond. Elles signifient qu’ils veulent substituer la collaboration de classe à la lutte de classe, les « réformes de structure » à la révolution prolétarienne, l’ »intervention commune » au mouvement de libération nationale.

    Ces nouvelles conceptions de Togliatti et d’autres camarades laissent entendre que les contradictions sociales antagonistes sont en train de disparaître à l’échelle internationale et que les forces sociales antagonistes sont en train de fusionner.

    Par exemple, les forces antagonistes que sont régime socialiste et régime capitaliste, camp socialiste et camp impérialiste, pays impérialistes différents, pays impérialistes et nations opprimées, bourgeoisie et prolétariat, ou autres couches du peuple travailleur, des pays capitalistes, ainsi que les différents groupes monopolistes des pays impérialistes, etc., seraient en train de fusionner ou fusionneront.

    Nous voyons difficilement en quoi les nouvelles conceptions de Togliatti et d’autres camarades diffèrent, en somme, des points de vue absurdes, anti-marxiste- léninistes, figurant dans le programme qui fait la triste réputation de la clique Tito.

    Sans aucun doute, ces nouvelles conceptions sont un défi, de la plus grande gravité, à la doctrine marxiste-léniniste; elles tentent de faire table rase du marxisme-léninisme. Ceci nous rappelle le titre que donna Engels à son ouvrage polémique adressé à Dühring : « M.E. Dühring bouleverse la science ». Le camarade Togliatti aurait-il l’intention d’emboîter le pas à Dühring et d’opérer à son tour un « bouleversement », celui de la doctrine marxiste-léniniste?

    Ils ont une recette pour transformer le monde, mais n’y croient pas eux-mêmes

    Comment « venir à bout des contradictions qui, aujourd’hui, s’opposent à un développement économique plus rapide se traduisant en progrès social » (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien)? Ou bien, comment parvenir à fondre les forces sociales antagonistes, internationales et intérieures?

    Togliatti et d’autre camarades répondent à la question en ces termes: « Les pays socialistes, et en premier lieu l’Union soviétique, lancent aux classes dirigeantes bourgeoises un défi pour une compétition pacifique dans l’instauration d’un ordre économique et social capable de satisfaire toutes les aspirations des hommes et des peuples à la liberté, au bien-être, à l’indépendance au développement complet et au respect total de la personne humaine, à la coopération pacifique entre tous les Etats » (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien)

    Est-ce que Togliatti et d’autres camarades entendent part là qu’ il suffit de pratiquer la compétition pacifique entre pays socialistes et pays capitalistes, sans passer par la révolution populaire, pour que soit instauré dans les pays capitalistes, « un ordre économique et social » semblable à celui qui existe dans les pays socialistes ?

    Cela ne revient-il pas à dire que le capitalisme cesserait d’être ce qu’il est, l’impérialisme aussi, et que la bourgeoisie, au lieu de poursuivre ses luttes à mort à l’intérieur comme à l’étranger pour les profits ou les surprofits, pourrait, dans le but de satisfaire toutes les aspirations de l’humanité, « coopérer pacifiquement » avec tous les pays et tous les hommes ?

    Voilà la recette imaginée par le camarade Togliatti pour transformer le monde. Toutefois, et puisque cette panacée n’a pas même prouvé son efficacité par la pratique en Italie, comment les marxistes-léninistes pourraient-ils être assez crédules pour la prendre au sérieux?

    Comme on le sait, et les marxistes-léninistes doivent l’avoir mieux en tête que les autres, au lendemain même de la Révolution d’Octobre, Lénine a avancé la politique de coexistence pacifique entre pays socialistes et pays capitalistes, et il préconisa la compétition économique entre eux.

    L’Union soviétique socialiste s’est trouvée, durant la majeure partie de ses quarante et quelques années d’existence en état de coexistence pacifique avec les pays capitalistes. Nous estimons que la politique de coexistence pacifique que pratiquaient Lénine et Staline est parfaitement juste et nécessaire.

    Elle montre que les pays socialistes ne veulent pas et n’ont nul besoin de régler les différends entre pays par le recours à la force. La supériorité du système socialiste, qui a été prouvée dans les pays qui l’appliquent, encourage énormément à l’heure actuelle les peuples et les nations opprimés.

    Après la Révolution d’Octobre, Lénine déclara à maintes reprises que l’édification socialiste de l’Union soviétique ferait figure d’exemple pour le monde entier. Il disait notamment qu’un système communiste pouvait être établi par le prolétariat victorieux et que « cette tâche a une portée universelle. » (V. I. Lénine:  » Notre situation extérieure et intérieure et les tâches du Parti « , Œuvres, tome 31)

    En 1921, lorsque la guerre civile était pour l’essentiel terminée, que le pays des Soviets commençait à s’engager dans la voie de l’édification pacifique, Lénine posa l’édification économique socialiste comme la tâche principale du pays des Soviets. «A présent, dit-il, nous exerçons notre influence sur la révolution internationale essentiellement par notre politique économique. » (V. I. Lénine: « Dixième Conférence du Parti communiste (bolchevik) de Russie », Œuvres, tome 32)

    Lénine avait raison.

    C’est précisément de cette façon que les forces du socialisme ont exercé une influence sans cesse accrue sur la situation internationale.

    Cependant Lénine n’a pas affirmé que l’édification du pays des Soviets pouvait remplacer la lutte menée par les peuples du monde pour leur libération. La quarantaine d’années d’histoire de l’Union soviétique prouve, par ailleurs, que la révolution et le changement de régime en un pays, quel qu’il soit, ne se réalisent que par son peuple, et que la politique de coexistence et de compétition pacifiques pratiquée par les pays socialistes ne peut en aucune façon transformer le système social des autres pays.

    Sur quoi Togliatti et d’autres camarades se basent-ils donc pour affirmer que, étant donné la politique de coexistence et de compétition pacifiques pratiquée par les pays socialistes, il serait possible de transformer le système social dans tout le reste du monde et d’instaurer « un ordre économique et social » répondant aux aspirations de tous ?

    Il est vrai que Togliatti et d’autres camarades ne sont pas tellement sûrs de leur recette, puisque, dans leurs Thèses, ils poursuivent: « Cependant, les groupes dirigeants des pays impérialistes ne veulent pas renoncer à la domination sur le monde entier ».

    Mais Togliatti et ces autres camarades n’ont pas cherché à comprendre, à partir des lois du développement social, pourquoi les groupes dirigeants des pays impérialistes « ne veulent pas renoncer à la domination sur le monde entier ». Ils estiment qu’il s’agirait simplement là d’une conception erronée ou d’une mauvaise « compréhension » de la situation mondiale chez les groupes dirigeants des pays impérialistes et que c’est précisément de cette conception erronée, de cette mauvaise « compréhension » que « découle l’incertitude de la situation internationale. » (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien)

    Comment peut-on, d’un point de vue marxiste-léniniste, ramener les efforts de l’impérialisme pour maintenir sa domination, l’instabilité de la situation internationale, etc., à une simple question de compréhension par les groupes dirigeants des pays impérialistes et ne pas les tenir pour des manifestations des lois du développement capitaliste-impérialiste?

    Comment peut-on supposer que le système social des différents pays sera transformé radicalement, sans lutte de classe ni révolution par les peuples, le jour où les groupes dirigeants des pays impérialistes auront une « juste compréhension » des choses et où les personnalités dirigeantes de ces pays seront devenues « raisonnables » ?

    Deux points de vue totalement différents sur les contradictions dans le monde

    En analysant la situation mondiale actuelle, les marxistes-léninistes doivent être en possession des données politiques et économiques essentielles sur les différents pays du monde et saisir les principales contradictions que voici: les contradictions entre le camp socialiste et le camp impérialiste, entre les pays impérialistes eux-mêmes, entre les pays impérialistes et les nations opprimées, et, dans les pays capitalistes, celles entre la bourgeoisie d’une part, et le prolétariat, le peuple travailleur de l’autre, entre les différents groupes monopolistes, entre la bourgeoisie monopoliste et la petite et la moyenne bourgeoisies, etc.

    Il est évident que ce n’est qu’avec la connaissance de ces contradictions, par leur analyse et celle des modifications qu’elles présentent à différentes époques, et par la localisation du point de convergence des contradictions concrètes de l’heure, que les partis de la classe ouvrière de tous les pays pourront arriver à une juste estimation de la situation internationale et intérieure et baser leur politique sur des positions théoriques sûres.

    Malheureusement, ce sont ces mêmes contradictions que Togliatti et d’autres camarades n’ont pas voulu envisager sérieusement dans leurs Thèses, et immanquablement, leur programme s’est écarté des principes mêmes du marxisme-léninisme

    Bien sûr, Togliatti et d’autres camarades ont cité également nombre de contradictions dans leurs Thèses, mais ce qui est pour le moins étonnant, c’est que le camarade Togliatti, qui prétend être un « marxiste-léniniste », a soigneusement évité d’aborder les contradictions principales.

    Voici ce que, traitant du Marché commun européen, les Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien ont énuméré en fait de contradictions se manifestant dans la situation internationale:

    « Les rivalités économiques accrues entre grands Etats capitalistes s’accompagnent toutefois d’une tendance prononcée on seulement aux accords internationaux entre grands monopoles, mais encore à la création d’ententes organiques commerciales et économiques entre groupes d’Etats.

    L’extension des marchés, qui, en Europe occidentale, est la conséquence d’une de ces ententes (le Marché commun européen), a stimulé le développement économique de quelques pays (Italie, République fédérale allemande).

    L’intégration économique, effectuée sous la direction des grands groupes monopolistes et liée à la politique atlantique de réarmement et de guerre, a toutefois fait surgir, à l’échelle internationale et dans le cadre d’un pays pris en particulier, de nouvelles contradictions: entre le progrès de quelques régions hautement industrialisées et le retard et la décadence, permanents et même relativement croissants, d’autres régions ; entre le rythme d’accroissement de la production de l’industrie et celui de l’agriculture qui traverse partout une période de graves difficultés et de crise; entre les zones, plus ou moins étendues, de bien-être et de grande consommation et les zones extrêmement étendues de bas salaires, de sous-consommation et de misère; entre, d’une part, l’énorme masse de richesse qui est détruite, non seulement pour le réarmement mais encore pour des dépenses improductives, et le luxe effréné, et d’autre part, l’impossibilité de résoudre des problèmes qui sont essentiels pour la vie des masses populaires et pour le progrès (l’habitat, l’école, la sécurité sociale, etc.). »

    Toute une série de prétendues contradictions ou « nouvelles contradictions  » est étalée dans ce passage; mais comme par un fait exprès, il n’y a nulle mention des contradictions de classes, des contradictions qui opposent l’impérialisme et ses laquais aux peuples de tous les pays, etc. Les contradictions existant « à l’échelle internationale et dans le cadre d’un pays pris en particulier » seraient, selon Togliatti et d’autres camarades, des contradictions entre régions industriellement développées et régions industriellement sous-développées, et celles entre zones riches et zones pauvres.

    Ils admettent la concurrence économique entre pays capitalistes, l’existence de grands monopoles, de groupes d’Etats, mais la conclusion qu’ils en tirent, c’est que les contradictions sont en marge ou au-dessus des classes. Ils estiment que les contradictions entre pays impérialistes sont conciliables et peuvent être éliminées par des « accords internationaux entre grands monopoles  » et  » la création d’ententes organiques commerciales et économiques entre groupes d’Etats « . Ce point de vue plagie, en fait, la théorie de l’ »ultra-impérialisme « des vieux révisionnistes, qualifiée par Lénine d »‘ultra-niaiserie ».

    On sait que c’est à l’époque de l’impérialisme que Lénine avança l’importante thèse: «l’inégalité du développement économique et politique est une loi absolue du capitalisme » (V. I. Lénine: « A propos du mot d’ordre des Etats-Unis d’Europe », Œuvres, tome 21). Le développement inégal des pays capitalistes, à l’époque de l’impérialisme, se manifeste par des sauts et des bonds; des pays restés en arrière passant d’un trait en tête et d’autres, d’abord en tête, se laissent distancer.

    Cette loi absolue du développement inégal du capitalisme n’a pas disparu après la Seconde guerre mondiale.

    Les impérialistes américains, les révisionnistes et les opportunistes débitent à longueur de journée que le développement du capitalisme américain est au-dessus de cette loi absolue, mais dans l’après-guerre, le rythme du développement économique au Japon, en Allemagne occidentale, en Italie, en France et dans d’autres pays capitalistes a, depuis plusieurs années, dépassé celui des Etats-Unis. La place occupée par les Etats-Unis dans l’économie capitaliste mondiale a diminué en importance.

    La production industrielle américaine qui, en 1948, représentait 53,4 pour cent de celle du monde capitaliste, est tombée à 44,1 pour cent en 1960 et à 43 pour cent en 1961.

    Quoique le rythme du développement économique du capitalisme américain soit tombé au-dessous de celui enregistré dans nombre d’autres pays capitalistes, les Etats-Unis n’ont pas encore complètement perdu le monopole qu’ils détiennent dans le monde capitaliste.

    D’où d’une part, les Etats-Unis qui cherchent à conserver et à étendre leur position déterminante et de monopole dans le monde capitaliste; et d’autre part, les autres pays impérialistes et pays capitalistes qui s’efforcent de se soustraire à l’emprise de l’impérialisme américain.

    C’est là une contradiction réelle du système politico-économique du capitalisme mondial, et elle est flagrante, et s’ai guise de jour en jour. En dehors d’elle, il y a encore d’autres contradictions entre certains pays impérialistes ainsi qu’entre certains pays capitalistes. Entre les pays impérialistes, elles entraîneront inéluctablement et, en fait, entraînent déjà une exacerbation de la lutte pour la conquête de marchés, de débouchés pour les capitaux et de sources de matières premières.

    A ceci viennent se mêler les luttes entre colonialistes et néo-colonialistes, pays impérialistes vainqueurs et pays impérialistes vaincus. Les événements du Congo, les querelles suscitées par le Marché commun européen et par les restrictions imposées par les Etats-Unis aux importations en provenance du Japon en sont des exemples typiques.

    Bien que les Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien aient souligné que « la prépondérance économique absolue du capitalisme américain commence à disparaître par suite du processus de développement inégal et par bonds, propre au capitalisme et à l’impérialisme », le camarade Togliatti et les autres camarades n’ont pas vu, dans ce phénomène nouveau, un élargissement et un approfondissement des contradictions du monde capitaliste ; ils n’ont pas vu non plus que ce phénomène nouveau peut engendrer une situation nouvelle, faite de luttes à mort entre les pays impérialistes, de luttes serrées entre les divers groupes monopolistes des pays impérialistes et de luttes serrées, dans les pays capitalistes, entre le prolétariat et le peuple travailleur d’une part et le capital monopoliste de l’autre.

    Et en particulier, le marché mondial, que contrôlait l’impérialisme s’est trouvé rétréci suite à la révolution socialiste victorieuse dans une série de pays; de plus, l’accession à l’indépendance nationale de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, ébranle le monopole économique de l’impérialisme dans ces dernières régions. Dans ces conditions, les luttes serrées qui se déroulent dans le monde capitaliste, loin de se relâcher, ont encore gagné en violence.

    Deux systèmes économiques mondiaux de nature différente existent, le système socialiste et le système capitaliste, et deux camps mondiaux antagonistes, le camp socialiste et le camp impérialiste. L’évolution de la situation a vu le socialisme l’emporter en puissance sur l’impérialisme.

    La force des pays socialistes, à laquelle viennent s’ajouter celle des peuples révolutionnaires du monde, celle du mouvement de libération nationale et celle du mouvement de la paix — ces forces réunies dépassent sans aucun doute et considérablement celles des impérialistes et de leurs laquais. Cela signifie que, dans le rapport mondial des forces, la supériorité appartient au socialisme et aux peuples révolutionnaires et non à l’impérialisme; la supériorité appartient aux forces qui défendent la paix mondiale et non aux forces de guerre impérialistes. Selon les communistes chinois, « le vent d’Est l’emporte sur le vent d’Ouest ».

    Il serait totalement faux de ne pas tenir compte de l’énorme changement intervenu dans le rapport des forces après la Seconde guerre mondiale. Toutefois, ce changement n’a pas supprimé les différentes contradictions inhérentes au monde capitaliste, il n’a pas modifié la « loi de la jungle », tuer ou être tué, de la société capitaliste ni, non plus, exclu la possibilité de voir les pays impérialistes se scinder en différents blocs et se lancer dans toutes sortes de conflits pour réaliser leurs intérêts particuliers.

    Comment peut-on affirmer que, suite au changement intervenu dans le rapport mondial des forces, la distinction entre les deux systèmes sociaux que sont le capitalisme et le socialisme s’estompera d’elle-même ?

    Comment peut-on affirmer que, suite au changement intervenu dans le rapport mondial des forces, les multiples contradictions internes du monde capitaliste disparaîtront d’elles-mêmes ?

    Comment peut-on affirmer que, suite au changement intervenu dans le rapport mondial des forces, les forces dominantes des pays capitalistes quitteront d’elles-mêmes l’arène de l’histoire ?

    Et cependant, on trouve cette façon de voir dans les Thèses de Togliatti et d’autres camarades.

    Le foyer des contradictions mondiales après la Seconde guerre mondiale

    Togliatti et ces autres camarades vivent dans le monde capitaliste, mais leur pensée vogue dans quelque fabuleux pays des songes.

    Les communistes vivant dans le monde capitaliste ont pour devoir d’analyser, suivant la conception marxiste-léniniste de l’analyse de classes et en partant de la situation mondiale prise dans son ensemble, non seulement les contradictions entre camp socialiste et camp impérialiste, mais encore et surtout les contradictions entre les pays impérialistes eux-mêmes, entre pays impérialistes et nations opprimées, entre la bourgeoisie, d’une part, et, d’autre part, le prolétariat et le peuple travailleur des pays impérialistes, afin de montrer la juste voie au prolétariat de leur pays et à tous les peuples et nations opprimés. Et nous trouvons regrettable que Togliatti et d’autres camarades n’agissent pas de la sorte.

    Ils ne font que débiter sur ces contradictions des futilités sans queue ni tête, et dissimulent en fait ces contradictions pour égarer le prolétariat de leur propre pays, égarer tous les peuples et nations qui sont opprimés.

    Tout comme Tito, le camarade Togliatti identifie contradictions entre camp impérialiste et camp socialiste et « l’existence et l’opposition de deux grands blocs militaires » (Voir P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien), et il prétend que le « changement de la situation » suffit à créer un monde nouveau « sans guerre » et de « coopération pacifique » (Voir P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien). Ainsi disparaîtraient les contradictions entre les deux grands systèmes sociaux du monde.

    Cette façon de voir du camarade Togliatti est par trop naïve. Il espère, jour après jour, que les dirigeants des pays impérialistes deviendront « raisonnables », mais les impérialistes ne désarmeront jamais ni ne changeront eux-mêmes leur système social, comme le souhaite le camarade Togliatti.

    Tout ce que l’on peut en déduire, c’est que cette façon de voir équivaut, en somme, à demander aux pays socialistes d’abandonner ou de supprimer leurs forces de défense, à vouloir que dans le système socialiste se produise une « évolution pacifique » ou une « évolution spontanée » vers la soi-disant libéralisation capitaliste que les impérialistes ont toujours souhaitée.

    La contradiction qui oppose camp impérialiste et camp socialiste est une contradiction entre deux systèmes sociaux, une contradiction fondamentale dans le monde, et qui, sans nul doute, est aiguë. Comment un marxiste-léniniste peut-il la considérer comme une contradiction entre deux blocs militaires et non entre deux systèmes sociaux ?

    Par ailleurs, un marxiste-léniniste ne doit pas non plus, d’une manière simpliste, tenir pour seules contradictions existant dans le monde celles entre camp impérialiste et camp socialiste.

    Sachons que, de par leur nature, les pays socialistes n’ont nul besoin d’expansion et il est impossible qu’lis la pratiquent ; ils ne le doivent pas, et ils ne se le permettent pas. Ils ont leurs marchés, et la Chine et l’Union soviétique plus que n’importe quel pays, ont les plus vastes marchés intérieurs du monde. Les pays socialistes font également du commerce international, ils le font suivant le principe d’égalité et de l’intérêt mutuel ; mais ils n’ont  pas à disputer des débouchés et des zones d’in fluence aux pays impérialistes, ils n’ont absolument pas besoin, à ce sujet, de conflits, en particulier de conflits armés avec les pays impérialistes.

    Par contre, il en va tout autrement pour les pays impérialistes.

    Tant qu’il a système capitaliste-impérialiste, les lois de l’impérialisme capitaliste continuent à jouer. Les impérialistes ne cesseront jamais d’opprimer et d’exploiter le peuple de leurs pays… et d’envahir, d’opprimer et d’exploiter les autres nations.

    Ils considéreront toujours les colonies, les semi-colonies et les diverses zones d’in fluence comme des sources de richesse qui leur reviennent. Les chacals « civilisés » impérialistes considèrent depuis toujours l’Asie l’Afrique et l’Amérique latine comme d’alléchantes proies à arracher, à dévorer. Ils ne cessent de réprimer par tous les moyens les luttes et les insurrections populaires dans les colonies et les diverses zones d’influence.

    Quelle que soit la politique adoptée par l’impérialisme capitaliste, politique colonialiste ou néocolonialiste, les contradictions entre l’impérialisme et les nations opprimées subsisteront. Ce sont des contradictions inconciliables, aiguisées à l’extrême, que rien ne peut escamoter.

    De même, entre les pays impérialistes se poursuit en permanence la lutte pour les débouchés, les sources de matières premières, les zones d’influence et pour les profits sur les transactions d’arme est munitions. Bien qu’il ait parfois quelque relâchement dans cette rivalité, que des compromis soient réalisés et qu’il se constitue même des « ententes entre groupes d’Etats », ces relâchements, compromis et ententes couvent toujours des contradictions et luttes encore plus aiguës, plus violentes et plus vastes.

    Après la Seconde guerre mondiale, les impérialistes américains ont pris la relève des fascistes allemands, italiens et japonais, et ont toujours poursuivi une politique mondiale d’expansion.

    Sous couvert d’antisoviétisme ,ils se sont tout d’abord mis à envahir, annexer ou contrôler les anciennes colonies ou les sphères d’influence de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, du Japon et de l’Italie. Toujours sous le même prétexte, ils ont profité des conditions de l’après-guerre pour mettre un bon nombre de pays capitalistes, tels que la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne occidentale, le Japon, l’Italie la Belgique, le Canada, l’Australie, sous le contrôle direct du capital monopoliste américain, contrôle qui s’étend aux domaines militaire, politique et économique.

    Cela signifie que l’impérialisme américain cherche à mettre sur pied, dans le monde capitaliste, un grand empire sans précédent dans l’histoire. La création de l’empire dont il rêve implique non seulement l’asservissement direct des pays vaincus, Allemagne occidentale, Italie et Japon, et de leurs anciennes colonies et sphères d’influence, mais encore l’asservissement direct de ses alliés du temps de guerre, Grande-Bretagne, France et Belgique, ainsi que de leurs anciennes colonies et sphères d’influence.

    Cela signifie que dans la réalisation pratique, les efforts de l’impérialisme américain pour créer ce vaste empire sans précédent portent en premier lieu sur l’annexion des zones intermédiaires, extrêmement vastes, situées entre les Etats-Unis et les pays socialistes. Et il use, en même temps, de tous les moyens pour entreprendre des activités subversives, de sabotage et d’agression contre les pays socialistes.

    Il n’est pas inutile de rappeler ici les paroles célèbres que le camarade Mao Zedong prononça au cours d’un entretien en août 1946 et par lesquelles, dévoilant le tapage antisoviétique qui n’était qu’un écran de fumée tendu par l’impérialisme américain, il résuma la situation mondiale :

    « Les Etats-Unis et l’Union soviétique sont séparés par une zone très vaste qui englobe de nombreux pays capitalistes, coloniaux et semi-coloniaux en Europe, en Asie et en Afrique. Avant que les réactionnaires américains n’aient assujetti ces pays, une attaque contre l’Union soviétique est hors de question.

    Dans le Pacifique, les Etats-Unis contrôlent maintenant des régions plus étendues que l’ensemble de toutes les anciennes sphères d’in fluence qu’y possédait la Grande-Bretagne; ils contrôlent le Japon, la partie de la Chine soumise à la domination du Kuomintang, la moitié de la Corée et le Pacifique Sud. Ils contrôlent depuis longtemps l’Amérique centraient l’Amérique du Sud.

    Ils cherchent en outre à contrôler tout l’Empire britannique et l’Europe occidentale. Sous divers prétextes, les Etats-Unis prennent des dispositions militaires de grande envergure et établissent des bases militaires dans de nombreux pays. Les réactionnaires américains disent que les bases militaires qu’ils ont établies et celles qu’ils se préparent à établir partout dans le monde sont toutes dirigées contre l’Union soviétique.

    Certes, elles visent l’Union soviétique. Mais pour le moment, ce n’est pas l’Union-soviétique mais bien les pays où ces bases militaires se trouvent établies qui ont à souffrir les premiers de l’agression américaine. Je crois que ces pays ne tarderont pas à comprendre qui, de l’Union soviétique ou des Etats-Unis, les opprime vraiment. Le jour viendra où les réactionnaires américains s’apercevront qu’ils ont contre eux les peuples du monde entier.

    Bien entendu, je ne veux pas dire que les réactionnaires américains n’aient pas l’intention d’attaquer l’Union soviétique. L’Union soviétique est le défenseur de la paix mondiale, elle est un puissant facteur qui fait obstacle à la conquête de l’hégémonie mondiale par les réactionnaires américains.

    Du fait de l’existence de l’Union soviétique, il est absolument impossible aux réactionnaires des Etats-Unis et du monde entier de réaliser leurs ambitions. C’est pourquoi les réactionnaires américains vouent une haine implacable à l’Union soviétique et rêvent effectivement de détruire cet Etat socialiste. Mais les réactionnaires américains font aujourd’hui, peu après la fin de la Seconde guerre mondiale, un tel tapage à propos d’une guerre américano-soviétique — au point d’empoisonner l’atmosphère internationale — que nous sommes obligés d’examiner de plus près leurs véritables intentions.

    Il apparaît alors que, sous le couvert de slogans antisoviétiques, ils se livrent à des attaques frénétiques contre les ouvriers et les milieux démocratiques de leur pays et transforment en dépendances américaines tous les pays visés par l’expansion des Etats-Unis. A mon avis, le peuple américain et les peuples de tous les pays menacés par l’agression américaine doivent s’unir et lutter contre les attaques des réactionnaires américains et de leurs laquais dans ces pays. Seule la victoire remportée dans cette lutte permettra d’éviter une troisième guerre mondiale; sinon, celle-ci est inévitable » (Mao Zedong: Entretien avec la journaliste américaine Anna Louise Strong, Œuvres choisies tome 4)

    C’est ainsi que le camarade Mao Zedong montrait il y a seize ans, en termes on ne peut plus clairs, comment les impérialistes américains s’y prennent pour mettre leur grand empire mondial sur pied. Il indiquait en même temps, en termes tout aussi explicites, comment il faut procéder pour mettre en échec ce plan insensé des impérialistes américains qui vise à asservir le monde entier et comment orienter nos efforts pour éviter une troisième guerre mondiale à l’humanité.

    Ces paroles du camarade Mao Zedong montrent qu’il existe, entre l’impérialisme américain et les pays socialistes, une très vaste zone intermédiaire, englobant l’ensemble du monde capitaliste, exception faite des Etats-Unis. Les cris de guerre lancés par l’impérialisme américain contre le camp socialiste indiquent, d’une part, qu’il se prépare effectivement à une guerre d’agression contre les pays socialistes, qu’il rêve de les faire disparaître, et d’autre part, qu’ il s’agit là d’un écran de fumée derrière lequel il camoufle ses objectifs réels, l’agression et l’asservissement de la zone intermédiaire.

    Cette politique ambitieuse d’agression et d’asservissement par laquelle l’impérialisme américain cherche à asseoir son hégémonie dans le monde se heurte en premier lieu à la résistance des nations et peuples opprimés de la zone intermédiaire, en particulier ceux d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

    Cette politique réactionnaire de l’impérialisme américain est devenue, en fait, une sorte d’amorce révolutionnaire pour les nations et peuples opprimés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine; elle y a fait lever les flammes révolutionnaires qui s’y propagent depuis une dizaine d’années. Dans ces régions, le feu de la révolution ébranle encore plus fortement les fondements de la domination impérialiste. Il s’é tend et gagnera à coup sûr des régions plus vastes.

    En outre, la politique d’hégémonie mondiale de l’impérialisme américain accentuera nécessairement les rivalités entre pays impérialistes et entre colonialistes et néocolonialistes, pour la possession de colonies et de sphères d’influence; elle aiguisera la lutte entre les impérialistes américains et les autres impérialistes, ceux-là voulant imposer leur contrôle et ceux-ci s’efforçant de s’y soustraire. Cette lutte touchant à leurs intérêts vitaux, les impérialistes sont impitoyables entre eux, chacun ne cherchant qu’à étrangler le rival.

    Les impérialistes américains et leurs acolytes appliquent vis-à-vis de la lutte de libération des nations et peuples opprimés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, une politique ultra-réactionnaire, faite de répression et de duperie. Les pays socialistes pratiquent à l’égard de la lutte révolutionnaire nationale et démocratique dans ces régions — cela va de soi, et c’est d’ailleurs un devoir auquel ils ne sauraient se dérober — une politique de sympathie et de soutien.

    Il s’agit là de deux politiques foncièrement différentes, et les contradictions qui les opposent ne peuvent manquer de se manifester de façon flagrante dans ces régions. La politique adoptée par les révisionnistes modernes à l’égard de celles-ci sert en réalité la politique de l’impérialisme. Il s’ensuit que les contradictions entre la politique des marxistes-léninistes et celle des révisionnistes modernes ne peuvent manquer non plus de se manifester avec évidence dans ces mêmes régions.

    La population de ces régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine représente plus des deux tiers de la population du monde capitaliste. La montée constante de la marée révolutionnaire dans ces régions, la lutte entre les pays impérialistes, et entre les colonialistes et les néocolonialistes pour la possession de ces régions font ressortir avec force que là se trouve le point de convergence de toutes les contradictions du monde capitaliste, et l’on peut dire également que le foyer des contradictions mondiales est là. Ces régions constituent le maillon le plus faible de l’impérialisme, la source principale de la révolution mondiale actuelle qui bat en tempête.

    L’expérience de ces seize dernières années a confirmé toute la justesse de la thèse du camarade Mao Zedong sur la localisation du foyer des contradictions mondiales après la Seconde guerre mondiale.

    Le foyer des contradictions mondiales s’est-il déplacé ?

    D’énormes changements sont intervenus dans le monde au cours des seize dernières années. Voici les principaux:

    Premièrement: Une série de pays socialistes sont nés en Europe et en Asie, le peuple chinois a triomphé dans sa révolution, et ils ont formé avec l’Union soviétique le camp socialiste comprenant douze pays: Albanie, Bulgarie, Hongrie, Vietnam, République démocratique allemande, Chine, Corée, Mongolie, Pologne, Roumanie, Union soviétique et Tchécoslovaquie, et comptant un milliard d’hommes. Le rapport des forces dans le monde en a été radicalement modifié.

    Deuxièmement: Les forces de l’Union soviétique, ainsi que de l’ensemble du monde socialiste, se sont considérablement accrues et l’influence du monde socialiste s’est grandement élargie.

    Troisièmement: Le mouvement de libération nationale et le mouvement révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine ont détruit et continuent à détruire, dans de vastes régions et avec une puissance foudroyante, les positions des impérialistes américains et de leurs acolytes. L’héroïque peuple cubain a renversé le régime réactionnaire des laquais de l’impérialisme américain, sa grande révolution est victorieuse et il s’est engagé dans la voie du socialisme.

    Quatrièmement: La lutte pour les droits démocratiques et le socialisme menée par la classe ouvrière et le peuple travailleur dans les pays capitalistes européens et américains a pris un nouvel essor et connu un nouveau développement.

    Cinquièmement: Le développement inégal des pays capitalistes s’est accentué. Les forces capitalistes de la France ont acquis un développement nouveau, et déjà elles commencent à se sentir de taille à affronter les Etats-Unis.

    Les contradictions entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis se sont encore aggravées. Les pays vaincus de la Seconde guerre mondiale, Allemagne occidentale, Italie et Japon, se sont redressés, avec le soutien des Etats-Unis, et cherchent, l’un plus, l’autre moins, à se dégager de la domination américaine.

    L’Allemagne occidentale et le Japon, où le militarisme renaît, deviennent une fois de plus des foyers de guerre. L’Allemagne et le Japon étaient, avant la. Seconde guerre mondiale, les principaux concurrents de l’impérialisme américain. Aujourd’hui, de nouveau en tant que principale concurrente, l’Allemagne occidentale s’est retrouvée avec les impérialistes américains sur le marché mondial capitaliste; le sentier est étroit et aucun des deux ne tient à céder le passage à l’autre. La concurrence entre le Japon et les Etats-Unis s’intensifie également de jour en jour.

    Sixièmement: L’inégalité accrue du développement économique et politique entre les pays capitalistes s’est accompagnée d’une concurrence encore plus vive entre les différents groupes monopolistes.

    Ces changements nous apprennent que si les peuples prennent conscience et s’unissent, ils pourront vaincre les impérialistes américains et leurs laquais et gagner la liberté et leur émancipation.

    Ils nous apprennent aussi que plus les forces des pays socialistes se développent, plus l’unité du camp socialiste se renforce, plus le mouvement de libération des nations opprimées gagne en ampleur, plus la lutte du prolétariat et d’autres couches populaires opprimées des pays capitalistes s’étend, plus grande devient alors la possibilité de lier pieds et mains aux impérialistes, de les obliger à ne plus dédaigner l’opinion mondiale, d’empêcher une nouvelle guerre mondiale et de sauvegarder la paix mondiale.

    Ils nous apprennent encore que les contradictions entre l’impérialisme américain et les autres puissances impérialistes s’aggravent de plus en plus et deviennent toujours plus aiguës, et que de nouveaux conflits se développent entre eux.

    La révolution victorieuse du peuple chinois, les victoires des pays socialistes dans leur édification, la révolution nationale et démocratique victorieuse dans de nombreux pays et la révolution victorieuse du peuple cubain ont porté un coup extrêmement sévère au plan insensé, d’asservissement mondial, de l’impérialisme américain.

    En vue de poursuivre leur politique d’agression, les impérialistes américains mènent ces dernières années, en dehors de leur propagande antisoviétique, une propagande particulièrement nourrie contre la Chine.

    L’objectif de leur propagande antichinoise est naturellement de perpétuer leur mainmise sur le territoire chinois du Taïwan, et de poursuivre toutes sortes d’activités criminelles de sabotage et d’intimidation contre notre pays. Par ailleurs, il est évident pour tout le monde qu’à la faveur de leur propagande antichinoise, les impérialistes américains tentent en même temps d’atteindre un important but pratique: le contrôle et l’asservissement du Japon, de la Corée du Sud et de l’ensemble du Sud-est asiatique. Les soi-disant « Pacte de sécurité nippo-américain », « Organisation du Traité de défense collective de l’Asie du Sud-est », etc., sont des instruments aux Etats-Unis à contrôler et asservir un bon nombre de pays des régions intéressées.

    Depuis des années, les impérialistes américains soutiennent, publiquement ou secrètement, les réactionnaires indiens, soutiennent le gouvernement Nehru. Quel est leur but réel? Ils voudraient, par un tour de passepasse, placer l’Inde, ancienne colonie britannique et toujours membre du Commonwealth, dans la sphère d’in fluence des Etats-Unis, et escamoter le joyau qui orna la couronne de l’Empire britannique pour le sertir dans la couronne de l’Empire du Dollar. Pour y parvenir, il leur faut tout d’abord trouver un prétexte et tendre un rideau de fumée, devant le peuple indien et les peuples du monde entier, d’où la « campagne antichinoise » et l’opposition à la prétendue « agression chinoise », bien qu’ils ne croient nullement à cette agression-ci.

    Les impérialistes américains considèrent l’action militaire antichinoise du gouvernement Nehru comme une occasion magnifique pour placer l’Inde sous leur contrôle.

    Après que Nehru eut déclenché le conflit frontalier sino-indien, ils se sont introduits en Inde avec un sans-gêne superbe, en invoquant la « campagne antichinoise », y étendant ainsi leur influence dans les domaines militaire, politique et économique.

    Cette intrusion d’envergure constitue un pas important du plan néo-colonialiste appliqué par les réactionnaires américains en Inde, et un événement important dans le cadre de la lutte actuelle, ouverte ou sournoise, entre les pays impérialistes pour l’accaparement de marchés, de sphères d’influence et pour un nouveau partage du monde. Ces agissements des impérialistes américains contribueront immanquablement à une nouvelle prise de conscience du peuple indien et aggraveront nécessairement les contradictions qui opposent impérialisme américain et impérialisme britannique en Inde.

    Par suite de la perte des colonies, du développement du mouvement de révolution nationale et du rétrécissement du marché mondial capitaliste, les disputes entre pays impérialistes, non seulement continuent à se manifester dans de nombreuses régions d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Australie, mais apparaissent encore en Europe occidentale, berceau du capitalisme.

    Jamais encore dans l’histoire. La rivalité entre pays impérialistes n’a pris une telle ampleur en temps de paix, gagnant tous les coins de l’Europe occidentale, jamais non plus, ces pays ne se sont disputés à tel point des régions industriellement développées comme l’Europe occidentale.

    Le Marché commun européen, formé par six pays, dont l’Allemagne occidentale, la France et l’Italie, et l’Association européenne de Libre-échange, constituée par sept pays et ayant à sa tête la Grande-Bretagne, ainsi que la Communauté atlantique dont la mise sur pied est vivement encouragée par les Etats-Unis sont autant de preuves que la dispute des marchés de l’Europe occidentale entre les pays impérialistes s’aggrave de plus en plus. Le « développement du commerce italien dans toutes les directions » (Thèses du Xème congrès du Parti communiste italien), dont parlent Togliatti et d’autres camarades, reflète en fait l’aspiration de la bourgeoisie monopoliste italienne à l’accaparement des marchés.

    En dehors de l’Europe occidentale, la querelle ouverte suscitée par les restrictions imposées dernièrement par les Etats-Unis aux importations de cotonnades japonaises, montre qu’entre les Etats-Unis et le Japon, la dispute des marchés s’extériorise de plus en plus.

    Togliatti et certains camarades disent: « Le régime colonial s’est presque complètement écroulé » (P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien), « il n’existe plus, dans le monde, de sphères d’influence réservées à l’impérialisme ». (P. Togliatti: Intervention faite le 21 juillet 1960 à la session Plénière du Comité central du Parti communiste italien) D’autre disent que « dans le monde, il n’y a plus que 50 millions d’homme gémissant sous le joug colonialiste », que du système colonial il ne reste plus que des séquelles. A leurs yeux, la lutte contre l’impérialisme n’est déjà plus une tâche importante pour les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

    Cette façon de présenter les choses ne repose sur aucun fait. En Asie, en Afrique et en Amérique latine, la plupart des pays sont toujours en butte à l’agression et à l’oppression impérialistes, ils sont toujours sous l’asservissement colonialiste et néocolonialiste. Ces dernières années, de nombreux pays sont devenus indépendants, mais leur économie se trouve toujours sous l’emprise du capital monopoliste étranger. Les vieux colonialistes ont été chassés de certains pays, mais les néocolonialistes, plus puissants et dangereux, ont fait irruption, menaçant gravement l’existence de nombreuses nations.

    La lutte que les peuples de ces régions ont à mener contre l’impérialisme est bien loin d’être accomplie. Même notre pays, la Chine, qui a achevé sa révolution nationale et démocratique et fait triompher la révolution socialiste, a encore pour tâche de lutter contre l’agression des impérialistes américains qui occupent toujours notre territoire sacré du Taïwan.

    Nombre de Pays impérialistes ne reconnaissent toujours pas l’existence de la grande République populaire de Chine, notre pays se voit jusqu’ici injustifiablement privé de son siège légitime à l’O.N.U. La lutte contre l’impérialisme, le colonialisme et le néocolonialisme reste pour les nations et les peuples opprimés des vastes régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine la tâche primordiale, la plus urgente.

    Les changements intervenus dans le monde durant les seize dernières années confirment sans cesse que les contradictions entre, d’une part, la politique d’asservissement poursuivie par les impérialistes américains et les peuples du monde d’autre part, les contradictions qui opposent la politique d’expansion mondiale, pratiquée par l’impérialisme américain, aux autres puissances impérialistes, constituent le point de convergence des contradictions dans le monde après la Seconde guerre mondiale. Celles-ci sont illustrées, plus particulièrement, par les contradictions entre les impérialistes américains et leurs laquais d’une part, et les nations et peuples opprimés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine d’autre part, ainsi que par celles entre les colonialistes et les néocolonialistes qui se disputent ces régions.

    Prolétaires de tous les pays et peuples opprimés, unissez-vous!

    L’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine ont été de longue date l’objet des rapines et de l’oppression des colonialistes européens et américains. Ces derniers se sont emparés d’immenses richesses dans ces vastes régions et s’en sont engraissés. Le sang et la sueur des peuples de ces régions leur servant d’ « engrais pour la culture et la civilisation capitalistes » (V. I. Lénine: Rapport au Ile Congrès de Russie des Organisations communistes des Peuples d’Orient Œuvres, tome 30), il en est résulté chez ces peuples une misère extrême et un immense retard sur le plan économique et culturel.

    Mais l’excès appelle la révolte. La politique d’asservissement pratiquée de longue date par ces oppresseurs étrangers, ces colonialistes et impérialistes a eu pour conséquence inévitable de leur valoir la haine des peuples de ces régions, de faire prendre conscience à ceux-ci et de les obliger à se dresser dans des luttes continuelles allant jusqu’à la résistance ou l’insurrection armées afin d’assurer leur propre existence et celle de leur nation. Ceux qui n’acceptent pas l’asservissement comprennent les couches sociales les plus larges: non seulement les ouvriers, paysans, artisans, petits bourgeois, intellectuels, mais aussi les éléments de la bourgeoisie nationale patriote et même certains éléments patriotes de la noblesse.

    La résistance que les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine opposent au colonialisme et à l’impérialisme a été sans cesse en butte à des répressions atroces et a essuyé maints échecs.

    Mais après chaque échec, ils se sont dressés de nouveau et ont repris le combat. Le camarade Mao Zedong a mis en lumière, de façon concise, l’agression de la Chine par les impérialistes, et il a montré comment cette agression a évolué vers son contraire. Lorsqu’en 1949 la grande révolution du peuple chinois remporta sa victoire fondamentale, le camarade Mao Zedong écrivit dans « Rejetez vos illusions et préparez-vous à la lutte »: « Toutes ces guerres d’agression plus l’agression et l’oppression politiques, économiques et culturelles, ont fait naître chez les Chinois la haine contre l’impérialisme, les ont amenés à se demander ce que cela pouvait bien signifier, et les ont obligés à déployer leur esprit révolutionnaire et à s’unir dans la lutte.

    Lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, nouvelle lutte encore; et ce n’est qu’au bout d’une expérience de 109 ans, faite de centaines de luttes, grandes et petites, militaires et politiques, économiques et culturelles, avec ou sans effusion de sang, que le peuple chinois a remporté la victoire fondamentale d’aujourd’hui ». (Mao Zedong: Œuvres choisies, tome IV)

    L’expérience de la lutte du peuple chinois revêt une signification actuelle pour la lutte de libération populaire de nombreux pays et territoires d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. La Grande Révolution d’Octobre a uni la lutte révolutionnaire du prolétariat au mouvement de libération des nations opprimées et a ainsi frayé un chemin nouveau à la lutte de ces dernières pour leur libération. La réussite de la révolution du peuple chinois est, pour les nations opprimées, un magnifique exemple de victoire.

    Suite à la Révolution russe d’Octobre et à la révolution chinoise, la lutte révolutionnaire du peuple a pris une ampleur sans précédent dans de vastes régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. Et les faits n’ont cessé de montrer que si les luttes dans ces régions connaissent parfois des revers, les impérialistes et leurs valets sont, de toute façon, dans l’impossibilité de résister à ce torrent.

    A l’heure actuelle, les pays impérialistes d’Europe et d’Amérique se trouvent encerclés par les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine en lutte pour leur libération. Cette lutte est un appui de la plus grande portée pour la lutte de la classe ouvrière d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord.

    Marx, Engels et Lénine ont toujours considéré la lutte des paysans des pays capitalistes et la lutte des peuples des colonies et des pays dépendants comme deux grandes alliées directes de la révolution prolétarienne des pays capitalistes.

    Comme chacun le sait, Marx a formulé l’espoir suivant en 1856: « Tout dépendra en Allemagne de la possibilité de faire appuyer la révolution prolétarienne par une réédition de la guerre des paysans. » (V. I. Lénine: « Karl Marx (Brève notice biographique comportant un exposé du marxisme), Préface », Œuvres, tome 21) Et Lénine a dénoncé sévèrement les « héros » de la Ile Internationale qui avaient éludé cette indication expresse de Marx énoncée « dans sa correspondance se rapportant … à 1856, où il formulait l’espoir de voir se réaliser, en Allemagne, l’union de la guerre paysanne, capable de créer une situation révolutionnaire, au mouvement ouvrier.

    Même cette indication expresse, ils l’éludent, ils tournent autour et à côté, comme ferait un chat autour d’une bouillie chaude. » (V. I. Lénine: « Sur notre révolution », Œuvres, tome 33) Parlant de l’importance que l’alliance avec la paysannerie représente pour l’émancipation du prolétariat, Lénine disait: « Ce n’est que dans le renforcement de l’alliance des ouvriers et des paysans que gît la libération générale de toute l’humanité de choses telles que le récent carnage impérialiste, de ces sauvages contradictions que nous apercevons maintenant dans le monde capitaliste. » (V. I. Lénine: « IXe Congrès des Soviets de Russie », Œuvres, tome 33). De son côté, Staline a dit: «…l’indifférence pour une question aussi importante que la question paysanne, à la veille de la révolution prolétarienne, est l’autre face de la négation de la dictature du prolétariat, un indice certain de trahison directe envers le marxisme. » (J. Staline: « Des principes du léninisme », Œuvres, tome 6.)

    On se rappelle aussi la phrase célèbre de Marx et d’Engels: « Un peuple qui en opprime d’autres ne saurait être libre ». En 1870, se basant sur la situation de l’époque, Marx prédisait: « Après m’être penché pendant bien des années sur la question de l’Irlande, j’en suis arrivé à la conclusion que le coup fatal aux classes dominantes anglaises … ne saurait être porté en Angleterre, mais seulement en Irlande » (K. Marx: « Lettre à S. Meyer et à A. Vogt ».) Lors de la Révolution des Taiping en Chine, Marx écrivit, en 1853, son célèbre article « La révolution en Chine et en Europe ». Il y disait notamment: « On peut augurer sans crainte de se tromper que la révolution chinoise jettera des étincelles dans la mine bourrée d’explosifs du système industriel d’aujourd’hui  et provoquera l’explosion de la crise générale, longtemps mûrie, qui, s’étendant au-delà de l’Angleterre, entraînera directement des révolutions politiques dans le continent européen » (K. Marx & F. Engels: Œuvres complètes, tome 9).

    Reprenant et développant la thèse de Marx et d’Engels, Lénine a souligné la grande importance que revêt l’union du prolétariat des pays capitalistes avec les nations opprimées pour la victoire de la révolution prolétarienne.

    Il estime juste, à notre époque, le mot d’ordre « Prolétaires de tous les pays et peuples opprimés, unissez-vous! » (Voir V. I. Lénine: « Discours à l’Assemblée des militants actifs de l’organisation de Moscou du Parti communiste (bolchévik) de Russie », Œuvres, tome 31)

    Et il indiqua: « Le mouvement révolutionnaire des pays avancés ne serait, en fait, qu’une simple duperie sans l’union complète et la plus étroite dans la lutte des ouvriers en Europe et en Amérique contre le capital et des centaines et centaines de millions d’esclaves ‘coloniaux ‘opprimés par ce capital. » (V.I. Lénine: « Le IIe Congrès de l’Internationale communiste », Œuvres, tome 31)

    Staline a repris et développé les théories de Marx, Engels et de Lénine à propos de la question nationale, et a en outre développé la thèse de Lénine selon laquelle la question nationale s’inscrit dans la question générale de la révolution socialiste mondiale. Il a souligné, dans « Des principes du léninisme « :


    Le léninisme « … a détruit le mur qui séparait Blancs et Noirs, Européens et Asiatiques, esclaves ‘civilisés’ et ‘non-civilisés’ de l’impérialisme, et il a rattaché ainsi la question nationale à la question des colonies. Par là même, la question nationale, de question particulière, de question intérieure d’Eta t, est devenue une question générale et internationale, la question universelle de la libération des peuples opprimés des pays dépendants et des colonies, du joug de l’impérialisme» (J. Staline: Œuvres, tome 6)

    Dans « La Révolution d’Octobre et la question nationale », Staline dit, en parlant de la portée mondiale de la Révolution d’Octobre, que celle-ci a « jeté . . . un pont entre l’Occident socialiste et l’Orient asservi, en créant contre l’impérialisme mondial un nouveau front de révolutions, qui s’étend des prolétaires d’Occident aux peuples opprimés de l’Orient, en passant par la Révolution russe » (J. Staline: Œuvres, tome 4)

    C’est ainsi que Marx, Engels, Lénine et Staline ont montré avec clarté les deux conditions fondamentales nécessaires au prolétariat européen et américain pour son émancipation et sa victoire. Ils considèrent qu’en tant que condition extérieure, le développement de la lutte pour la libération nationale assènera un coup décisif aux classes dominantes des métropoles capitalistes.

    Ainsi qu’on le sait, le camarade Mao Zedong puissamment contribué à mettre en lumière les thèses de Marx, Engels, Lénine et Staline sur la question des deux grands alliés du prolétariat dans la lutte pour son émancipation. Et dans la pratique de la révolution chinoise dont il assuma la direction, il a résolu concrètement et I avec succès la question paysanne et celle de la libération nationale, assurant ainsi la victoire de la grande révolution chinoise.

    Toutes les luttes pour l’existence menées par les nations opprimées ont eu la chaleureuse sympathie et fait I l’objet des éloges de Marx, Engels et Lénine.

    Bien que Marx, Engels, et même Lénine n’aient pu voir les impétueuses luttes de libération nationale et de révolution populaire qui se déroulent aujourd’hui en Asie, en Afrique et en Amérique latine, bien qu’ils n’aient pu en voir les victoires successives, les lois qu’ils ont dégagées de l’expérience de la lutte pour la libération nationale de leur époque sont confirmées de plus en plus par les faits.

    Les grands changements survenus après la Seconde guerre mondiale en Asie, en Afrique et en Amérique latine ne prouvent nullement que le principe marxiste-léniniste de la liaison entre le mouvement de libération nationale et le mouvement révolutionnaire du prolétariat soit périmé, comme certains le prétendent;  bien au contraire, ils ne font qu’apporter des preuves nouvelles de la grande vitalité de ce principe que la pratique des luttes révolutionnaires des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine a encore enrichi.

    De là découle une tâche fondamentale, à notre époque, pour le mouvement communiste international: appuyer les luttes révolutionnaires des nations et peuples opprimés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine; car elles jouent un rôle décisif pour l’ensemble de la cause du prolétariat mondial. En un certain sens, la cause révolutionnaire du prolétariat mondial dépend, en définitive, de l’issue de la lutte des peuples de ces régions qui constituent l’écrasante majorité de la population mondiale, ainsi que de l’appui qu’elle pourra trouver dans les luttes révolutionnaires de ces mêmes régions.

    Ces luttes ne peuvent être étouffées. Elles éclateront, et rien ne peut les en empêcher. Et à moins d’en assumer la direction, les partis prolétariens de ces régions se couperont inévitablement du peuple et ne pourront gagner sa confiance.

    Dans la lutte antiimpérialiste de ces régions, les alliés du prolétariat englobent les couches les plus larges. Par conséquent, il faut qu’avec son détachement d’avant-garde, le prolétariat soit aux premiers rangs de la lutte, brandisse le drapeau antiimpérialiste et de l’indépendance nationale et qu’ il sache au mieux organiser ses alliés, former un vaste front uni antiimpérialiste et antiféodal, démasquer les multiples duperies des impérialistes, des réactionnaires et des révisionnistes modernes, orienter la lutte dans la bonne voie, afin de l’acheminer vers la victoire et d’asseoir la victoire de chaque combat sur une base solide.

    Sans quoi, la lutte révolutionnaire ne saurait être victorieuse, et même si la victoire était remportée, elle ne pourrait être consolidée, les réactionnaires pourraient encore s’emparer de ses fruits, et le pays et la nation se retrouveraient sous le joug impérialiste.

    Nombreux sont les exemples, de nos jours comme dans le passé, du peuple trahi au cours de la lutte révolutionnaire, et l’échec de la révolution chinoise en 1927 est un de ces exemples, et de poids.

    De son côté, le prolétariat des pays capitalistes d’Europe et d’Amérique doit être au premier rang pour appuyer la lutte révolutionnaire des nations et peuples opprimés des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine. En l’appuyant il concourt, en fait, à sa propre émancipation.

    Car, sans le soutien de la lutte révolutionnaire des nations et peuples opprimés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, le prolétariat et les masses populaires des pays capitalistes d’Europe et d’Amérique ne parviendront pas à se débarrasser des souffrances qu’ils ont à endurer sous l’oppression du capital et de la menace de guerre que l’impérialisme fait peser sur eux. En conséquence, le parti politique du prolétariat des métropoles impérialistes doit considérer comme de son devoir d’écouter la voix des peuples révolutionnaires de ces régions, d’étudier leurs expériences de lutte, de respecter leurs sentiments révolutionnaires, d’agir en coordination avec leur lutte révolutionnaire.

    Il n’a pas le moindre droit d’a buser de sa qualité d’aîné, de son ancienneté, de jouer au grand seigneur, de se pavaner, ou d’afficher envers ces peuples un arrogant et superbe mépris, comme le camarade Thorez qui déplore leur « jeunesse et inexpérience » (M. Thorez: Rapport présenté le 15 décembre 1960 au Comité central du Parti communiste français)

    A plus forte raison, ils ont encore moins le droit d’adopter une attitude social-chauvine pour calomnier, maudire, menacer et entraver la lutte révolutionnaire des peuples de ces régions.

    Il faut bien savoir, comme l’enseigne le marxisme-léninisme, que si un parti ouvrier d’une métropole impérialiste n’a pas une position juste, une ligne et une politique justes à l’égard des mouvements de libération nationale et des mouvements révolutionnaires des peuples des pays d’Asie , d’Afrique et d’Amérique latine, il lui est impossible d’avoir une position, une ligne et une politique justes pour la lutte de la classe ouvrière et des masses populaires dans son propre pays.

    Les mouvements de libération nationale et les mouvements révolutionnaires des peuples des pays d’Asie d, ‘Afrique et d’Amérique latine constituent un appui puissant et une force très importante qui assure les pays socialistes contre l’agression de l’impérialisme .Il ne fait pas de doute que les pays socialistes doivent témoigner une chaleureuse sympathie et donner un soutien actif à ces mouvements, et ne jamais afficher de complaisance gratuite, par manière d’acquit, agir en nationalistes égoïstes ou faire montre de chauvinisme de grande nation; il est encore moins admissible de chercher à les empêcher de se dérouler, à les entraver ou à les trahir ou les torpiller.

    Les pays où le socialisme a triomphé doivent considérer comme un devoir internationaliste sacré le soutien aux luttes de libération nationale de tous les pays et aux luttes révolutionnaires des peuples. Certains estiment que pour les pays socialistes, ce soutien n’est qu’un « fardeau », un devoir unilatéral.

    C’est là un point de vue tout à fait erroné, anti-marxiste-léniniste. On doit savoir que ce soutien est bilatéral, réciproque. Les pays socialist.es apportent leur soutien aux luttes révolutionnaires des peuples de tous les pays et, en retour, les luttes révolutionnaires de ces peuples contribuent à soutenir et à défendre les pays socialistes.

    Sur ce point, Staline a dit très justement: « La particularité caractéristique de cette aide du pays victorieux, ce n’est pas seulement qu’elle accélère la victoire des prolétaires des autres pays, mais aussi que, facilitant cette victoire, elle assure par là même la victoire définitive du socialisme dans le premier pays victorieux. » (J. Staline: « La Révolution d’Octobre et la tactique des communistes russes », Œuvres, tome 6)

    Il y a des gens qui estiment qu’à l’heure actuelle, le principal moyen pratique par lequel les pays socialistes devraient faire face à l’impérialisme est d’engager avec lui une compétition économique pacifique. La lutte de libération nationale, la lutte révolutionnaire des peuples, la dénonciation de l’impérialisme, etc., etc., ne seraient qu’un « moyen, sans doute le meilleur marché, de lutter », « des procédés de sorciers et de rebouteurs ».

    Tels de riches seigneurs pleins de miséricorde, ils disent aux peuples de ces régions: N’affichez pas un « courage factice », ne provoquez pas d’ »étincelles », ne cherchez pas à « mourir noblement ».

    Vous ne devez pas « manquer de foi dans la possibilité de vaincre le régime capitaliste dans la compétition économique pacifique », attendez jusqu’au moment où le socialisme aura complètement battu le capitalisme dans le domaine du développement des forces productives et, alors, naturellement, vous aurez tout ce qu’il faut; quant à l’impérialisme il s’écroulera alors de lui-même. Chose étrange, ces gens-là craignent comme la peste les luttes révolutionnaires des peuples de ces régions.

    Pareille attitude n’a rien de marxiste-léniniste, elle est entièrement contraire aux intérêts des nations et des peuples opprimés et à ceux du prolétariat et du peuple travailleur du pays intéressé; elle est également entièrement contraire aux intérêts des pays socialistes eux-mêmes.

    Bref, à l’heure actuelle, la situation est excellente pour les peuples du monde. Cette situation est des plus favorables aussi bien pour les nations et peuples opprimés des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine que pour le prolétariat et le peuple travailleur des pays capitalistes, les pays socialistes et la cause de la paix mondiale.

    Cette situation n’est mauvaise que pour l’impérialisme, les réactionnaires de tous les pays et les forces d’agression et de guerre. Dans une telle situation, l’attitude adoptée à l’égard de la lutte révolutionnaire des nations et des peuples opprimés des pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine est un critère important qui permet de distinguer entre révolution et non-révolution, entre internationalisme et social-chauvinisme, entre marxisme-léninisme et révisionnisme moderne, et aussi de distinguer ceux qui défendent réellement la paix mondiale de ceux qui encouragent les forces d’agression et de guerre.

    Brèves conclusions

    Nous récapitulons ici les vues exposées plus haut sur la situation internationale:

    Premièrement: L’impérialisme américain est l’ennemi commun de tous les peuples du monde, le gendarme international réprimant les justes luttes des peuples, le principal bastion du colonialisme contemporain.

    Il a fait des efforts insensés, après la guerre, pour s’approprier les vastes zones intermédiaires situées entre les Etats-Unis et les pays socialistes, pour asservir non seulement les vaincus et leurs anciennes colonies et sphères d’influence, mais aussi contrôler ses alliés du temps de guerre, usant de tous les moyens pour réaliser sa mainmise sur leurs anciennes colonies et sphères d’influence. Mais il est encerclé par les peuples du monde; ses folles ambitions l’ont voué à un isolement de plus en plus complet parmi les pays impérialistes, et, en réalité, ses forces ne cessent de décliner alors que s’élargit continuellement le front uni des peuples du monde contre l’impérialisme ayant à sa tête les Etats-Unis.

    Le peuple américain, les nations et peuples opprimés du monde pourront vaincre l’impérialisme américain par leurs luttes. La situation n’est rien moins que brillante chez les impérialistes et les réactionnaires de tous les pays, ayant les Etats-Unis à leur tête; par contre la puissance des peuples ne cesse de croître.

    Deuxièmement: Les luttes entre les puissances impérialistes qui se disputent débouchés et zones d’influence, en Asie, Afrique, Amérique latine et même en Europe occidentale les ont amenées à de nouvelles divisions et de nouveaux regroupements.

    Les contradictions et les conflits entre pays impérialistes sont un fait objectif déterminé par la nature du système impérialiste. Vus sous l’angle des intérêts pratiques des pays impérialistes, ils sont, bien plus alarmants, directs et réels que les contradictions entre ces pays et les pays socialistes.

    Ne pas en avoir conscience revient à nier l’exacerbation des contradictions provoquées par le développement inégal du capitalisme au stade de l’impérialisme, il devient alors impossible de comprendre la politique, réelle de l’impérialisme et, dans ces conditions, impossible pour les communistes d’élaborer une ligne et une politique justes pour le combattre.

    Troisièmement: Le camp socialiste est le plus solide bastion de la défense de la paix mondiale, de la cause de la justice. La consolidation et le renforcement continuels de ce bastion empêcheront d’autan pt lus les impérialistes de l’attaquer à la légère. Car ils savent que l’attaquer est une entreprise par trop risquée, une entreprise dont ils ne retireraient que les plus grands déboires, et qui mettrait jusqu’à leur existence en jeu.

    Quatrièmement: D’aucuns tiennent, d’une manière simpliste, pour seules contradictions du monde actuel celles entre camp socialiste et camp impérialiste, ils ne voient pas, ou veulent en fait voiler les contradictions qui opposent les impérialistes, les colonialistes et néocolonialistes, et les valets de tout ce monde, aux nations et peuples opprimés d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine; ils ne voient pas, ou veulent en fait voiler les contradictions entre les pays impérialistes; ils ne voient pas, ou veulent en fait voiler le point de convergence des contradictions du monde actuel. Nous ne pouvons être d’accord avec ce point de vue.

    Cinquièmement: D’aucuns, tout en reconnaissant qu’il existe des contradictions entre le camp socialiste et le camp impérialiste, estiment qu’il suffit de supprimer ce qu’ils appellent « l’existence et l’opposition des deux grands blocs militaires » (P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien) ou qu’ il suffit aux pays socialistes de lancer « aux classes dirigeantes bourgeoises un défi pour une compétition pacifique » (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien) pour que, pratiquement, ces contradictions disparaissent, et que système socialiste et système capitaliste se fondent en un seul.

    Nous ne pouvons être d’accord avec ce point de vue.

    Sixièmement: le développement du capitalisme monopoliste d’Etat dans les pays impérialistes provient de ce que la bourgeoisie monopoliste veut renforcer par tous les moyens, et non pas laisser s’affaiblir les positions dominantes qu’elle détient dans le pays et sa position dans la concurrence à l’étranger. De même, si les impérialistes de tous les pays s’emploient fiévreusement à renforcer leur machine de guerre, ce n’est pas seulement pour piller les autres nations et éliminer leurs concurrents à l’étranger, c’est aussi pour opprimer encore davantage le peuple de leur propre pays.

    Dans les pays impérialistes, la soi-disant démocratie bourgeoise s’est avérée encore plus ouvertement comme une dictature de la tyrannie exercée par une poignée d’oligarques monopolistes sur les esclaves salariés et les grandes masses.

    N’est-ce pas du subjectivisme le plus fantaisiste que d’affirmer que, dans ces pays, le capitalisme monopoliste d’Etat est en voie de passer graduellement au socialisme, que le peuple travailleur peut accéder ou participer déjà à la direction de l’Etat, et d’en déduire qu’ « en fait, il existe aujourd’hui, dans le monde capitaliste, une poussée pour des transformations structurelles et des réformes de caractère socialiste? » (P. Togliatti : Rapport au Xème Congrès du Parti communiste italien)

    L’histoire n’appartient pas aux impérialistes et aux réactionnaires, qui ont les Etats-Unis à leur tête, elle est aux peuples du monde. Sentant la faillite approcher, ils cherchent désespérément une issue. Et dans leur imagination délirante, ils ont musé sur un prétendu « conflit sino-soviétique. »

    Il y a longtemps que les impérialistes et leurs porte-parole ont répandu cette idée. Les inqualifiables attaques et calomnies lancées ces derniers temps contre le Parti Communiste chinois par les révisionnistes modernes et leurs partisans les ont encore encouragés dans la poursuite de cette chimère.

    Ils exultent et s’en donnent à cœur joie pour semer la discorde. Mais ces rêveurs réactionnaires ont par trop sous-estimé la grande force de l’amitié des peuples chinois et soviétique et celle de la solidarité internationale prolétarienne, et par trop surestimé le rôle que jouent les révisionnistes modernes et leurs partisans. L’histoire balayera un jour toutes leurs illusions, et ce seront ces réactionnaires hallucinés qui connaîtront l’échec.

    L’erreur de Togliatti et d’autres camarades consiste en ce que leurs Thèses, rapports et conclusions touchant à la situation internationale sont foncièrement en divorce avec l’analyse scientifique marxiste-léniniste, avec l’analyse de classe.

    Lénine a raillé les populistes: « Toute leur philosophie se résout en lamentations sur ce thème: il y a la lutte et l’exploitation, mais elle ‘pourrait bien’ ne pas exister si…s’il n’y avait pas d’exploiteurs. » Il disait qu’ils « s’accommodaient toute leur vie de ‘si’  et de ‘car’ » (V.I. Lénine : « Ce que sont les ‘amis du peuple’  et comment ils luttent contre les social-démocrates », Œuvres tome I)

    Un marxiste-léniniste n’a pas à se comporter comme un populiste !

    Cependant, le fondement et l’argumentation des Thèses et rapport de Togliatti et d’autres camarades reposent justement sur une utilisation recherchée des « si  » et des « car « . Et c’est pour cela que les conceptions nouvelles qu’ils ont élaborées ne peuvent être autre chose qu’un amas de notions fort confuses.

    IV. LA GUERRE ET LA PAIX

    Le problème a ses racines dans les lois mêmes du développement social, il n’a rien d’une supposition toute subjective

    Ces dernières années, de soi-disant « marxistes-léninistes » ont discouru sans fin, écrit des quantités d’articles sur la guerre et la paix, et noyé le marché sous une masse de livres et de brochures. Mais ils n’ont pas manifesté le moindre désir d’étudier sérieusement où gît l’origine même de la guerre, la nature différente des guerres et où est la voie qui permettra d’en finir avec la guerre.

    Les anarchistes exigeaient que l’Etat soit supprimé du jour au lendemain. Aujourd’hui, alors que le système capitaliste et le système d’exploitation existent encore, des gens qui se prétendent « marxistes-léninistes » voudraient qu’apparaisse un beau matin « un monde sans armes, sans armées et sans guerres ». Ils proclament fièrement que c’est là « une grande découverte faisant époque », « un changement révolutionnaire de la conscience humaine », une « contribution créatrice » au marxisme-léninisme. Et un des crimes qu’ils reprochent aux « dogmatiques », c’est que ceux-ci se refusent à accepter le cadeau scientifique qui leur est fait.

    Il semble que le camarade Togliatti et certains autres camarades du Parti communiste italien colportent ce cadeau avec zèle. Ils prétendent que la seule stratégie à adopter pour créer un nouveau monde « sans guerres » est la « stratégie pour la coexistence pacifique », telle qu’ils l’interprètent .

    Mais celle-ci diffère totalement par le contenu de la politique de coexistence pacifique avancée par Lénine après la Révolution d’Octobre et approuvée par tous les marxistes-léninistes.

    Dominée par la bourgeoisie monopoliste, l’Italie possède actuellement, en temps de paix, une armée permanente de plus de 400.000 hommes destinée à écraser le peuple, quelque 100.000 hommes en armes dans la police et près de 80.000 dans la gendarmerie, sans parler des bases militaires américaines équipées de fusées balistiques.

    Alors, dans un pays comme celui-ci, quel sens cela a-t-il, quand vous, camarade Togliatti et d’autres camarades, demandez « la paix et la coexistence pacifique »? Si vous demandez au gouvernement italien de suivre une politique de paix et de neutralité et de pratiquer la coexistence pacifique avec les pays socialistes, évidemment, c’est juste.

    Mais à part cela, demandez-vous encore à la classe ouvrière et aux autres masses opprimées d’Italie d’adopter cette politique « de paix et de coexistence pacifique » avec la bourgeoisie monopoliste? Cette sorte de « paix et coexistence pacifique » implique-t-elle que les impérialistes américains enlèveront d’eux-mêmes leurs bases militaires d’Italie et, que les capitalistes monopolistes italiens déposeront d’eux-mêmes les armes et dissoudront leurs armées ?

    Et si ceci est une impossibilité, comment pourrait-il y avoir, en Italie, « paix et coexistence pacifique » entre classe des oppresseurs et classe opprimée? Et, d’une manière plus large, comment « un monde sans guerres » pourrait-il être créé ?

    Évidemment, ne serait-ce pas admirable si, en fait, « un monde sans armes, sans armées et sans guerres » pouvait surgir? Pourquoi n’approuverions-nous pas de tout cœur ?

    Pour les marxistes-léninistes cependant, le problème a de toute évidence, ses racines dans les lois mêmes du développement social, il n’a rien d’une supposition toute subjective.

    Dans Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine qu’il écrivit en 1936, le camarade Mao Zedong dit: « La guerre, ce monstre qui sème le massacre entre les hommes, sera en définitive éliminée au cours du développement de la société humaine » (Mao Zedong: Œuvres choisies, tome I)

    Cet idéal, le camarade Mao Zedong l’affirma une fois de plus, en 1938, pendant la Guerre de Résistance contre le Japon, dans son ouvrage De la guerre prolongée. Il y dit à ce sujet: « Les fascistes et les impérialistes veulent que les guerres se poursuivent indéfiniment. Quant à nous, nous voulons mettre un terme aux guerres dans un avenir pas très lointain » (Mao Zedong: Œuvres choisies, tome II)

    Dans ce même ouvrage, le camarade Mao Zedong déclara que la guerre par laquelle la nation chinoise cherchait à se libérer visait à une paix perpétuelle; que « notre Guerre de Résistance a le caractère d’une guerre pour la paix perpétuelle » (Mao
    Zedong: Œuvres choisies, tome II)

    Le camarade Mao Zedong y dit aussi que la guerre est née « par suite de l’apparition des classes » (Mao Zedong: Œuvres choisies, tome II) Et il ajouta: « Dès que l’humanité aura liquidé le capitalisme, elle entrera dans l’ère de la paix perpétuelle et elle n’aura plus besoin de guerres. Il n’y aura plus besoin d’armées, de vaisseaux de guerre, d’avions militaires ni de gaz toxiques. Dans tous les siècles des siècles, l’humanité ne connaîtra plus jamais de guerres » (Mao Zedong: Œuvres choisies, tome II)

    Ce point de vue du camarade Mao Zedong correspond entièrement à celui sans cesse exposé par Lénine au sujet de la guerre et de la paix.

    En 1905, lors de la première révolution russe, Lénine écrivait:

    « Les social-démocrates n’ont jamais considéré et ne considèrent pas la guerre d’un point de vue sentimental. Tout en condamnant résolument les guerres en tant que méthode brutale pour résoudre les différends de l’humanité, les social-démocrates savent que les guerres sont inévitables aussi longtemps que la société est divisée en classes, aussi longtemps que l’exploitation de l’homme par l’homme existe. Et nous ne réussirons pas à en finir avec cette exploitation sans des guerres que commencent toujours et partout les classes exploiteuses, dominantes et oppresseuses elles-mêmes » (V. I. Lénine: « L’Armée révolutionnaire et le gouvernement révolutionnaire », Œuvres, tome 8)

    En 1915, lors de la Première guerre mondiale impérialiste, il disait :

    Les marxistes « ont toujours condamné les guerres entre les peuples comme une entreprise barbare et bestiale. Mais notre attitude à l’égard de la guerre est foncièrement différente de celle des pacifistes (partisans et propagandistes de la paix) bourgeois et des anarchistes. Nous nous distinguons des premiers en ce sens que nous comprenons le lien inévitable qui rattache les guerres à la lutte des classes à l’intérieur du pays, que nous comprenons qu’il est impossible de supprimer les guerres sans supprimer les classes et sans instaurer le socialisme; et aussi en ce sens que nous reconnaissons parfaitement la légitimité, le caractère progressiste et la nécessité des guerres civiles, c’est-à-dire des guerres de la classe opprimée contre celle qui l’opprime, des esclaves contre les propriétaires d’esclaves, des paysans serfs contre les seigneurs terriens, des ouvriers salariés contre la bourgeoisie. Nous autres, marxistes, différons des pacifistes aussi bien que des anarchistes en ce sens que nous reconnaissons la nécessité d’analyser historiquement (du point de vue du matérialisme dialectique de Marx) chaque guerre prise à part » (V. I. Lénine: « Le Socialisme et la guerre », Œuvres, tome 21)

    Durant la Première guerre mondiale, Lénine, en marxiste éminemment consciencieux, consacra le plus gros de ses efforts à l’étude du problème de la guerre, l’analysant scientifiquement et dans les moindres détails. Il réfuta énergiquement les stupides arguments sur la guerre et la paix des opportunistes et des révisionnistes à la Kautsky et montra à l’humanité la juste voie menant à la suppression de la guerre.

    Aujourd’hui, il se trouve cependant des gens se prétendant « léninistes » qui parlent à tort et à travers de la guerre et de la paix sans vouloir tenir aucun compte ni des méthodes dont Lénine s’est servi pour examiner la guerre ni des conclusions scientifiques auxquelles il est arrivé dans l’étude de la question de la guerre et de la paix. Et malgré cela, ils accusent bruyamment les autres de trahir Lénine et prétendent qu’ils sont les seuls à « personnifier Lénine ».

    La thèse: « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » est-elle périmée ?

    Certains diront peut-être: Inutile de dépenser tant de salive. Nous connaissons aussi bien que vous les points de vue de Lénine sur la guerre et la paix, mais les circonstances ayant changé depuis, ces points de vue sont maintenant périmés.

    La clique Tito fut la première à traiter ouvertement la théorie fondamentale de Lénine sur la guerre et la paix de périmée.

    Elle estime que la thèse: « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », sur laquelle Lénine insistait comme étant la base théorique pour l’étude des guerres et la détermination de leur caractère n’est plus valable depuis l’apparition de l’arme atomique. D’après elle, les guerres ne sont plus, désormais, le prolongement de la politique d’une classe ou d’une autre, elles n’ont plus un contenu de classe, et on ne peut plus les différencier en guerres justes et injustes. En avançant que le caractère des guerres a changé avec les techniques militaires modernes, Togliatti et d’autres camarades ne font, en fait, que répéter ce que la clique Tito dit depuis longtemps.

    Il est évident que les impérialistes et les réactionnaires des différents pays ne se débarrasseront pas de leurs armes, ne cesseront pas de réprimer les peuples et les nations sous leur joug, ne renonceront pas aux activités d’agression et de subversion contre les pays socialistes, parce que les révisionnistes modernes répudient la thèse: « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », ni ne mettront-ils fin pour cela aux conflits qui les opposent et qui ont pour origine la lutte pour les surprofits.

    En fait, les révisionnistes modernes s’efforcent, par de tels arguments, d’influencer les peuples et les nations opprimés, de les désorienter, en leur donnant l’impression que les actes de guerre des impérialistes contre les peuples et les nations opprimés, l’accroissement de leurs armements et leurs préparatifs de guerre, ainsi que leurs conflits armés directs ou indirects pour des débouchés et sphères d’influences ne seraient pas le prolongement de la politique impérialiste. C’est ainsi que la guerre menée par les impérialistes américains pour réprimer le peuple sud-vietnamien et celle qui a éclaté au Congo, à l’instigation des colonialistes et des néocolonialistes, ne seraient pas le prolongement de la politique impérialiste.

    Les opérations militaires poursuivies par les impérialistes américains au Sud-Vietnam et les conflits armés au Congo entre colonialistes et néo-colonialistes peuvent-ils être considérés comme des guerres? S’ils ne peuvent l’être, alors que sont-ils? Et si ce sont effectivement des guerres, y a-t-il un rapport entre elles et le régime et la politique de l’impérialisme américain? Si oui, quel est ce rapport?

    Le camarade Togliatti et certains autres camarades du Parti communiste italien estiment qu’ « il est possible d’éviter de petites guerres locales » (Voir Interventions de la délégation du Parti communiste italien à la Conférence des 81 Partis communistes et ouvriers, publié en janvier 1962 par la Section de Presse et de Propagande du Comité central du Parti communiste italien); ils soutiennent également que « la guerre deviendra impossible dans la société humaine, même si le socialisme n’a pas encore vaincu partout » (Voir Interventions de la délégation du Parti communiste italien à la Conférence des 81 Partis communistes et ouvriers, publié en janvier 1962 par la Section de Presse et de Propagande du Comité central du Parti communiste italien) Ce sont là probablement les conclusions qu’ils ont tirées après « nouvelles réflexions » sur « notre doctrine elle-même ».

    C’est en novembre 1960 que Togliatti et d’autres camarades ont tenu ces propos. Or, même en laissant de côté les événements ayant eu lieu avant 1960, nous voyons qu’en cette même année 1960, il s’est produit dans diverses parties du monde différents conflits et interventions armés appartenant pour la plupart à la catégorie qualifiée par Togliatti et d’autres camarades de « petites guerres locales » :

    1960 était la sixième année de la guerre de répression entreprise par l’armée coloniale française contre le mouvement de libération nationale de l’Algérie.

    Cette année-là, la brutale oppression que continuent à exercer les impérialistes américains et leur valet Ngo dinh Diem suscite un redoublement de la résistance armée du peuple sud-vietnamien.

    En janvier et février, il y a des chocs armés entre la Syrie et Israël soutenu par les Etats-Unis.

    Le 5 février, 4.000 marines américains débarquent en République dominicaine et interviennent par les armes dans les affaires intérieures de ce pays.

    Le 1er mai, un U2 américain s’introduit dans l’espace aérien soviétique et est abattu par des unités soviétiques armées de fusées.

    Le 10 juillet, la Belgique intervient par les armes au Congo; et le 13, le Conseil de Sécurité de l’O.N.U adopte une résolution prévoyant l’envoi des « troupes de l’O.N.U. » au Congo pour y réprimer le mouvement de libération nationale.

    En août, au Laos, grâce au soutien des Etats-Unis, la clique de Savannakhet déclenche la guerre civile.

    Les événements de 1960 ne sont peut-être pas du domaine auquel Togliatti et d’autres camarades faisaient allusion; serait-ce alors les événements mondiaux des années 1961 et 1962 qui confirmeraient leur prédiction?

    Voyons les faits:

    Les forces coloniales françaises poursuivirent leur guerre criminelle contre le mouvement de libération nationale de l’Algérie jusqu’au jour où elles furent contraintes d’y mettre fin, en mars 1962. Cette guerre avait duré plus de sept ans. La « guerre spéciale » contre le peuple menée par les impérialistes américains au Sud-Vietnam se poursuit à ce jour.

    Les « troupes de l’O.N.U. »(en majeure partie des soldats indiens), au service des néo-colonialistes américains, continuent à réprimer le peuple congolais. Au début de 1961, le héros national congolais Lumumba est assassiné par les valets des impérialistes américano-belges, à l’instigation de ces derniers. De septembre 1961 à fin 1962, les « troupes de l’O.N.U. », contrôlées par les Etats-Unis, ont déjà lancé trois attaques armées contre la province du Katanga, contrôlée par les colonialistes britanniques, français et belges.

    En mars 1961, soutenus par l’impérialisme américain, les colonialistes portugais concentrent des troupes et entreprennent des opérations d’envergure, réprimant et massacrant le peuple angolais qui exige l’indépendance nationale. Cette criminelle et sanglante opération se poursuit toujours.

    Le 17 avril 1961, des mercenaires américains passent à l’agression armée contre Cuba; ils sont complètement anéantis en 72 heures sur la plage Giron par l’armée et le peuple héroïques de Cuba.

    Le 1er juillet 1961, des troupes britanniques débarquent à Koweït. Le 19, des troupes françaises attaquent le port tunisien de Bizerte.

    Les 19 et 20 novembre 1961, les Etats-Unis interviennent de nouveau en République dominicaine, avec des bâtiments de guerre et des avions militaires.

    Le 15 janvier 1962, les forces navales des colonialistes néerlandais attaquent des unités navales indonésiennes au large des côtes de l’Irian occidental.

    En avril 1962, le peuple indonésien déclenche une guerre de partisans contre les colonialistes néerlandais en Irian occidental.

    En mai 1962, les Etats-Unis fomentent au Laos une guerre civile élargie et cherchent à intervenir directement par les armes. Le 17, des troupes américaines entrent en Thaïlande; le 24, la Grande-Bretagne y envoie aussi une escadrille aérienne.

    Ces actions militaires des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne menacent directement la paix dans le Sud-Est asiatique. Grâce à la lutte résolue du peuple du Laos et aux efforts conjugués des pays socialistes et des Etats neutres, la Conférence élargie de Genève pour un règlement pacifique de la question laotienne aboutit à la signature, le 23 juillet 1962, de la « Déclaration sur la neutralité du Laos », ainsi que d’un « Protocole » s’y rapportant.

    Le 24 août 1962, des navires américains bombardent les quartiers résidentiels de la plage de La Havane.

    Le 26 septembre 1962, un coup d’Etat militaire éclate au Yémen, et les Etats-Unis poussent l’Arabie saoudite à intervenir par les armes.

    En 1962, avec le soutien de l’impérialisme américain, le gouvernement Nehru effectue de fréquentes incursions armées en territoire chinois; le 20 octobre, ce gouvernement déclenche une offensive militaire de grand style sur la frontière sino-indienne.

    Le 22 octobre 1962, les Etats-Unis, agissant en véritables pirates, font le blocus militaire de Cuba et se livrent à des provocations de guerre contre ce pays. L’événement bouleverse le monde. La lutte du peuple cubain pour la défense de sa souveraineté nationale, lutte soutenue par les pays socialistes et tous les peuples du monde; aboutit à une grande victoire.

    Au cours des deux dernières années, la cruelle exploitation, la sauvage répression et l’intervention armée entreprises par les impérialistes et leurs laquais ont continué à susciter la résistance armée des peuples dans de nombreux pays et celle des nations opprimées, notamment le soulèvement armé antibritannique du peuple du Brunei, le 8 décembre 1962.

    Les faits ont confirmé maintes et maintes fois les vérités énoncées par Lénine sur ce que « toujours et partout » les guerres sont commencées par « les classes exploiteuses, dominantes et oppresseuses elles-mêmes », et « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Les réalités d’aujourd’hui et de demain confirmeront encore ces vérités mises en lumière par Lénine.

    Que nous apprennent l’histoire et la réalité présente ?

    Étant donné que les impérialistes et les réactionnaires suscitent sans cesse des guerres dans différentes Parties du monde, pour les besoins de leur politique, il est impossible d’empêcher les peuples et nations opprimés de mener des guerres de résistance à l’oppression.

    Ceux qui se prétendent « marxistes-léninistes » peuvent ne pas considérer comme des guerres celles que nous venons de citer. Pour eux, les seules guerres sont celles qui se produisent « dans les régions civilisées hautement développées ». En fait, il n’y a rien de neuf dans cette manière de voir.

    Lénine a critiqué, il y a longtemps, l’absurdité de l’assertion: les « guerres en dehors de l’Europe ne sont pas des guerres ». Dans un discours fait en 1917, il disait ironiquement qu’il y a des « guerres que nous, Européens, ne considérons pas comme telles, car trop souvent elles ressemblent moins à des guerres qu’à un sauvage massacre, à une extermination de peuples désarmés. » (V.I. Lénine : « La guerre et la révolution », Œuvres, tome 24)

    Il existe effectivement aujourd’hui des gens pareils à ceux critiqués par Lénine. Tant qu’il n’y a pas de guerre dans leur pays, ou leurs environs, ils estiment le monde en paix. Ils ne se soucient pas du tout de ce que les impérialistes et leurs laquais se livrent à des atrocités, massacrent le peuple, entreprennent des interventions et conflits armés ou fomentent des guerres. Ce qui les préoccupe, c’est que les « étincelles » jaillissant de la résistance des nations et des peuples opprimés de ces régions ne provoquent une grande catastrophe et viennent troubler leur tranquillité. Ils n’éprouvent nullement le besoin d’étudier comment les guerres se sont produites dans ces régions, quelles classes sociales les mènent, et quelle est la nature de ces guerres. Ils les rejettent sans autre forme de procès. Peut-on dire de ce point de vue qu’il est léniniste ?

    Parlant de la guerre, d’autre soi-disant « marxistes-léninistes » ne songent qu’à la guerre entre le camp socialiste et le camp impérialiste, comme si toute guerre autre que celle entre les deux camps était inconcevable. La clique Tito fut également la première à inventer cela, et sur ce point, il s’en est trouvé qui ont joint leur voix à celle de la clique Tito. Ceux-là ne veulent tout bonnement pas voir la réalité, ni prêter attention à l’histoire.

    S’ils n’avaient pas la mémoire si courte, ils sauraient que la Première guerre mondiale a commencé alors qu’il n’y avait pas encore de pays socialiste et moins encore de camp socialiste. Et il y eut cependant guerre mondiale.

    Bien entendu, s’il n’étaient pas frappés d’amnésie, ils se rappelleraient aussi que la Seconde guerre mondiale s’est déroulée entre pays impérialistes, dans le monde capitaliste, et cela pendant près de deux ans, de septembre 1939 à juin 1941, date où éclata la guerre germano-soviétique. Pendant ces deux années, la guerre mondiale ne fut nullement une guerre entre pays socialiste et pays impérialistes.

    Si après l’attaque de Hitler contre l’Union soviétique, celle-ci devint la force principale dans cette guerre contre les hordes fascistes, il ne convient cependant pas de considérer la Seconde guerre mondiale, après juin 1941, uniquement comme une guerre entre pays socialiste et pays impérialistes. Dans les rangs de ce front antifasciste, il y avait en effet, en plus de l’Union soviétique, pays socialiste, toute une série de pays capitalistes, dont la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, la France et de nombreux pays coloniaux et semi-coloniaux, victimes de l’oppression et de l’agression.

    D’où l’on peut conclure que les deux guerres mondiales ont été, l’une comme l’autre, engendrées par les contradictions inhérentes au monde capitaliste, par les conflits d’intérêt entre pays impérialistes, et déclenchées par les pays impérialistes.

    La guerre mondiale ne naît pas du système socialiste, car au sein des pays socialistes, il n’existe pas de contradictions sociales antagonistes, qui sont le propre des pays capitalistes. La guerre d’expansion n’est nullement nécessaire, ni admissible, pour un pays socialiste. Jamais la guerre mondiale ne sera déclenchée par un pays socialiste.

    De nouveaux et importants changements continuent à se produire dans le monde grâce aux victoires des pays socialistes et à celles du mouvement révolutionnaire national et démocratique* de nombreux pays. Togliatti et d’autres camarades n’ont pas tort de dire que, par les changements intervenus dans le rapport des forces mondiales, l’impérialisme n’a plus les mains libres. En fait, Lénine l’avait déjà remarqué, peu après la Révolution d’Octobre. A la lumière des changements survenus dans le rapport des forces des classes de l’époque, il affirmait:

    « Aujourd’hui la bourgeoisie internationale n’a plus les mains libres. » (V. I. Lénine: « Le VIIème Congrès du Parti communiste (bolchevik))

    Cependant, qu’il s’agisse du passé, du présent ou de l’avenir a, lors que le rapport des forces mondiales est de plus en plus favorable au socialisme et aux peuples de tous les pays, que nous constatons que les impérialistes ne sont plus libres de faire ce qu’sil veulent, faut-il en déduire la disparition spontanée de toute possibilité de conflit engendré par les contradictions de toutes sortes inhérentes au monde capitaliste?

    Faut-il en déduire que les pays impérialistes ne rêvent plus, ni ne se préparent à une attaque contre les pays socialistes ?

    Faut-il en déduire que les pays impérialistes ne rêvent plus, ni ne se préparent à une attaque contre les pays socialistes ?

    Faut-il en déduire que les pays impérialistes renoncent à leur agression et leur oppression dans les pays coloniaux et semi-coloniaux ?

    Faut-il en déduire que les pays impérialistes ne se battront plus à mort pour des débouchés ou des sphères d’influence? Faut-il en déduire que la bourgeoisie monopoliste s’abstiendra de martyriser et de persécuter son peuple? Évidemment non.

    Le problème de la guerre et de la paix ne sera jamais compris s’il n’est pas envisagé sous l’angle des rapports sociaux, des systèmes sociaux et des lois sociales.

    Selon Kautsky, ce vieil opportuniste: « la guerre est le produit de la course aux armements », « si l’on aboutit de plein gré à des accords sur le désarmement », « on tarira une source essentielle de la guerre » (Voir K. Kautsky: « L’Etat national, l’Etat impérialiste et l’Union des Etats »)

    Lénine a vertement condamné cette façon antimarxiste de Kautsky et d’autres vieux opportunistes d’envisage l’origine de la guerre sans se baser sur le système social, sur le système d’exploitation.

    Dans « Le Programme militaire de la révolution prolétarienne », Lénine disait: « C’est seulement après que le prolétariat aura désarmé la bourgeoisie qu’il pourra, sans trahir sa mission historique universelle, jeter à la ferraille toutes les armes en général, et il ne manquera pas de le faire mais alors seulement, et en aucune façon avant. » (V. I. Lénine: Œuvres, tome 23) Telle est la loi du développement social.

    Incapables d’expliquer  la guerre et la paix sous l’optique de l’histoire et par la position de classe, les révisionnistes modernes abordent immanquablement ce problème d’une manière simpliste. Ils ne distinguent pas la guerre juste de la guerre injuste. Certains cherchent à nous faire croire qu’une fois réalisé le désarmement général et complet, les oppresseurs n’auront plus d’armes dans les mains et que par conséquent, il sera « plus que jamais facile » aux peuples d’obtenir leur émancipation.

    Nous estimons que c’est là parler à tort et à travers, se détacher entièrement de la réalité, invertir l’ordre des choses. Selon le mot de Lénine, ils procèdent ainsi « en vue de réconcilier deux classes ennemies et deux politiques ennemies au moyen d’un vocable ‘unissant’ les choses les plus différentes » (V.I. Lénine: La question de la paix, Œuvres tome 21)

    La « paix » et la « stratégie pour la coexistence pacifique » des révisionnistes modernes reviennent en fait à fonder l’espoir de gagner la paix mondiale sur la « sagesse » des personnalités dirigeantes de l’impérialisme, au lieu de s’appuyer sur l’union et la lutte des peuples du monde. Tout leur est bon pour entraver le mouvement des peuples en lutte, pour paralyser leur volonté révolutionnaire, pour les faire renoncer à l’action révolutionnaire, afin d’affaiblir les forces qui combattent l’impérialisme et qui défendent la paix mondiale. Cette façon d’agir ne peut avoir pour effet que d’encourager l’insolence réactionnaire des forces impérialistes d’agression et de guerre, et d’accroître le danger d’une guerre mondiale.

    Matérialisme historique ou la théorie: « les armes décident de tout » ?

    Aux dires des révisionnistes modernes, depuis l’apparition de l’arme atomique, les lois du développement social ne jouent plus et la théorie fondamentale du marxisme-léninisme sur la guerre et la paix est dépassée. Le camarade Togliatti partage cette manière de voir. Nous avons déjà traité, dans l’article du Renmin Rïbao du 31 décembre 1962, des principales divergences entre le camarade Togliatti et nous sur la question de l’arme et de la guerre nucléaires. Nous nous proposons d’étudier ici cette question d’une façon plus approfondie.

    Les marxistes-léninistes estiment, correctement et à sa juste valeur, le rôle des armes nouvelles et des techniques militaires nouvelles dans l’organisation des forces armées et dans la guerre.  Dans Travail salarié et capital, Marx a écrit ces lignes célèbres: « Par la découverte d’un nouvel engin de guerre, l’arme à feu, toute l’organisation interne de l’armée a été nécessairement modifiée; les conditions dans lesquelles les individus constituent une armée et peuvent agir en tant qu’armée se sont trouvées transformées, et les rapports des diverses armées entre elles en ont été changés également. » (K. Marx & F. Engels: Œuvres complètes, tome 6)

    Toutefois, les marxistes-léninistes n’ont jamais été partisans de la théorie selon laquelle « les armes décident de tout ».

    Après la Révolution d’Octobre, Lénine disait: « Celui qui gagne, dans une guerre, est celui qui possède les plus grandes réserves, les plus grandes sources de force, le plus grand soutien de la masse de son peuple. »  Et il ajoutait: « De tout cela, nous en avons plus que n’ont les Blancs, et plus que n’en a le ‘mondialement puissant’ impérialisme anglo-français, ce, colosse aux pieds d’argile. » (V.I. Lénine: « Le Bilan de la Semaine du Parti à Moscou et nos tâches », Œuvres, tome 30)

    Un autre passage de Lénine nous aidera à mieux saisir le problème. Il y est dit: « Dans toute guerre, la victoire dépend, en fin de compte, de l’état d’esprit des masses qui versent leur sang sur le champ de bataille… Le fait que les masses ont pris conscience des buts et des causes de la guerre a une importance considérable: c’est le gage de la victoire. » (V. I. Lénine: « Discours à la Conférence élargie des ouvriers et soldats rouges du quartier Rogojsko-Simonovski », Œuvres, tome 31)

    Evaluer à sa juste valeur le rôle de l’homme dans la guerre, voilà un des principes fondamentaux des marxistes-léninistes quant à la guerre, principe trop souvent perdu de vue cependant par certains qui se prétendent « marxistes-léninistes ». Dès l’apparition de l’arme atomique, vers la fin de la Seconde guerre mondiale, certains commencèrent à ne plus voir clair, ils se figurèrent que la bombe atomique serait à même de décider de la guerre.

    A l’époque, le camarade Mao Zedong disait à ce sujet: « Ces camarades montrent même moins de jugement qu’un pair d’Angleterre… Ces camarades retardent plus que Mountbatten. » (Mao Zedong: « La Situation et notre politique après la victoire dans la Guerre de Résistance contre le Japon », Œuvres choisies, tome IV.)

    En effet, Lord Mountbatten, alors chef suprême des forces alliées du Sud-Est asiatique, venait de déclarer que « la pire des erreurs serait de croire la bombe atomique capable de mettre fin à la guerre en Extrême-Orient » (Voir Mao Zedong: « La Situation et notre politique après la victoire dans la Guerre de Résistance contre le Japon », note 27, Œuvres choisies tome 4)

    Il va sans dire que le camarade Mao Zedong juge à sa juste valeur la puissance de destruction des armes atomiques. « La bombe atomique, dit-il, est une arme qui peut faire d’immenses massacres. » (Mao Zedong : Entretien avec la journaliste américaine Anna Louise Strong, Œuvres choisies tome 4) Le Parti communiste chinois a toujours estimé que l’arme nucléaire est d’une puissance de destruction sans précédent, et que si une guerre nucléaire éclatait, l’humanité connaîtrait une catastrophe sans précédent.

    C’est précisément pour cette raison que nous avons toujours été pour l’interdiction générale des armes nucléaires, c’est-à dire, l’interdiction complète de leur essai, fabrication, stockage et utilisation. Nous avons toujours été pour la destruction de ces armes. En même temps, nous avons toujours maintenu que, quoi qu’il en soit, l’arme atomique ne peut, en fin de compte, ni modifier les lois du développement historique de la société, ni décider de l’issue de la guerre, ni sauver l’impérialisme de sa ruine, ni empêcher le prolétariat, les peuples de tous les pays et les nations opprimées de triompher dans la révolution.

    En septembre 1946, Staline déclarait: « Je ne considère pas la bombe atomique comme une force aussi sérieuse que certains hommes politiques inclinent à le croire. Les bombes atomiques sont destinées à intimider ceux qui ont les nerfs faibles, mais elles ne peuvent décider de l’issue d’une guerre, parce qu’elles sont absolument insuffisantes pour atteindre ce but. Certes, la possession monopolisée du secret de la bombe atomique représente une menace, mais il existe au moins deux remèdes à cet égard: a) la possession monopolisée de la bombe atomique ne peut durer longtemps; b) l’usage de la bombe atomique sera interdit. » (Staline: « Entrevue avec M. A. Werth, correspondant du Sunday Times à Moscou », Après la victoire pour une paix durable.) Ces paroles de Staline entrevoyaient bien l’avenir.

    Après la Première guerre mondiale, quelques pays impérialistes ont mené grand bruit autour d’une prétendue théorie militaire suivant laquelle la suprématie aérienne, l’attaque par surprise permettrait d’obtenir rapidement la victoire dans une guerre.

    La Seconde guerre mondiale a démontré l’inanité de cette théorie. Après l’apparition de l’arme nucléaire, des impérialistes ont relancé cette théorie à cor et à cri, fait du chantage nucléaire, estimant que l’arme nucléaire pouvait décider rapidement de l’issue de la guerre. Il est certain qu’une telle théorie est vouée à la faillite. Toutefois, les révisionnistes, tels ceux de la clique Tito, ont entrepris de servir les impérialistes américains et autres, de vanter bruyamment cette théorie afin d’intimider les peuples du monde.

    La politique de chantage nucléaire des impérialistes américains révèle leur projet perfide d’asservir le monde, et en même temps leur effroi.

    N’oublions pas que si les impérialistes prenaient l’initiative de recourir à l’arme nucléaire, les conséquences en seraient fatales pour eux.

    1. Si les impérialistes utilisaient les premiers l’arme nucléaire pour attaquer d’autres pays, ils se retrouveraient inéluctablement dans l’isolement le plus complet sur le plan mondial. Car pareille attaque serait le plus grand crime allant à rencontre de la conception humaine de la justice, ce serait se déclarer l’ennemi de toute l’humanité.

    2. En menaçant d’autres pays de l’arme nucléaire, les impérialistes font avant tout planer une menace sur le peuple de leur propre pays, le maintenant sous la terreur de l’arme nucléaire. En s’obstinant dans leur politique de chantage nucléaire, les impérialistes éveilleront progressivement leurs propres peuples, de façon telle que ceux-ci se dresseront contre eux.

    Après la guerre, les bombardements atomiques ayant été condamnés par toute l’humanité, un aviateur américain qui avait pris part au premier bombardement atomique effectué par les Etats-Unis contre le Japon, tenta de se suicider, et il fut, en conséquence, envoyé à plusieurs reprises dans un « asile d’aliénés « . Ce fait même prouve à quel point est impopulaire la politique de guerre nucléaire de l’impérialisme américain.

    3. Le but poursuivi par les impérialistes en faisant la guerre, c’est la conquête de territoires, l’élargissement des débouchés, le pillage des richesses et l’asservissement des travailleurs d’autres pays. Mais la puissance de destruction de l’arme nucléaire les oblige à y réfléchir à deux fois, parce que l’utilisation  de cette arme aurait des conséquences contraires, incompatibles avec les intérêts réels qu’ils recherchent.

    4. Depuis longtemps, le secret de l’arme nucléaire a cessé d’être un monopole. Tu as l’arme nucléaire, mais tu ne peux empêcher les autres pays de l’avoir ! Tu as le missile, mais tu ne peux empêcher les autres pays de l’avoir! Les impérialistes qui rêvent de détruire leurs adversaires avec l’arme nucléaire s’exposent eux-mêmes à la destruction.

    Ce qui précède a trait aux conséquences qu’entraînerait inévitablement le déclenchement d’une guerre nucléaire par les impérialistes. Et c’est aussi une des raisons importantes pour lesquelles nous avons toujours estimé qu’il est possible de conclure un accord sur l’interdiction générale des armes nucléaires.

    Remarquons aussi que la politique d’expansion effrénée des armes nucléaires poursuivie par les impérialistes, en particulier les impérialistes américains, accentue la crise même du système capitaliste-impérialiste. Ce qui se traduit par les faits suivants :

    1. Les peuples des pays impérialistes sont obligés de supporter des dépenses militaires d’un poids sans précédent, et l’économie nationale y prend un développement de plus en plus difforme à mesure qu’elle se militarise, accroissant l’opposition du peuple au gouvernement et à sa politique d’expansion des armements et de préparation à la guerre.

    2. La course aux armements entreprise par les impérialistes, en particulier la course aux armements nucléaires, accentue la lutte entre les pays impérialistes et celle entre les divers groupes monopolistes de ces pays.

    Dans Anti-Dühring écrit pendant les années 70 du XIXe siècle, Engels dit: « Le militarisme domine et dévore l’Europe .Mais ce militarisme porte aussi en lui le germe de sa propre ruine. »

    Il est bien plus fondé, aujourd’hui, de dire que la politique d’expansion des armes nucléaires, poursuivie par les impérialistes américains et autres, domine et dévore l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale. Mais cette politique, ce nouveau militarisme, porte aussi en elle le germe de la ruine du système impérialiste lui-même.

    Aussi est-il évident que la politique d’expansion des armements nucléaires poursuivie par l’impérialisme américain et ses partenaires se révélera comme dirigée contre eux-mêmes. Et s’ils osaient déclencher une guerre nucléaire, il en résulterait leur propre destruction.

    Que doit-on en conclure? Contrairement à « la destruction totale de l’humanité » dont parlent Togliatti et d’autres camarades, la seule conclusion possible est :

    Premièrement, l’humanité détruira les armes nucléaires, celles-ci ne détruiront pas l’humanité ;

    Deuxièmement, l’humanité fera disparaître le système impérialiste, ce dévoreur d’hommes, le système impérialiste ne fera pas disparaître l’humanité.

    Togliatti et d’autres camarades estiment qu’avec l’apparition de l’arme nucléaire, « le destin de l’humanité  est aujourd’hui incertain » (Résolution politique du Xe Congrès du Parti communiste italien). Ils estiment que, en présence de l’arme nucléaire et sous la menace de la guerre nucléaire, il ne sert à rien de continuer à discuter du choix de systèmes sociaux. Si l’on adopte ce point de vue, qu’advient-il de la loi du développement social selon laquelle le système capitaliste sera inéluctablement remplacé par le système socialiste et communiste?

    Et de la vérité énoncée par Lénine, que l’impérialisme est du capitalisme parasitaire, décadent et moribond ?

    Le point de vue en question ne relève-t-il pas du « fatalisme », du « scepticisme » et du « pessimisme » les plus purs ?

    Dans « Vive le léninisme », nous avons dit :

    « Mais pourvu que les peuples de tous les pays élèvent leur conscience et soient complètement prêts, et dans les conditions où le camp socialiste dispose également d’armes modernes, nous pouvons affirmer que si les impérialistes américains ou autres impérialistes se refusent à consentir à un accord sur l’interdiction des armes atomiques et nucléaires et osent un jour « faire fi de la volonté de l’humanité tout entière » en déclenchant une guerre menée au moyen d’armes atomiques et nucléaires, le résultat ne pourra en être que la destruction très rapide de ces monstres eux-mêmes qui seront encerclés par les peuples du monde entier et il en résultera, en aucune façon, l’anéantissement de l’humanité.

    Nous nous sommes toujours opposés aux guerres criminelles lancées par les impérialistes, car les guerres impérialistes imposent d’énormes sacrifices aux peuples des différents pays (y compris les peuples des Etats-Unis et des autres pays impérialistes). Mais si les impérialistes veulent obstinément imposer ces sacrifices aux peuples des différents pays, nous sommes persuadés que, justement comme l’a démontré l’expérience de la révolution russe et de la révolution chinoise, ces sacrifices trouveront leur récompense. Sur les ruines d’un impérialisme défunt, les peuples victorieux créeront avec une extrême rapidité une civilisation mille fois supérieure au système capitaliste et, pour eux-mêmes, un avenir véritablement radieux. » (Hongqui, n°8, 1960)

    N’est-ce pas exact ?

    Or, ces dernières années, des gens qui se disent « marxistes-léninistes » ont déformé et condamné à plaisir ces points de vue marxistes-léninistes, s’obstinant à affirmer que les ruines de l’impérialisme défunt seraient les « ruines de l’humanité » ,et mettant ainsi destin du système impérialiste et destin de l’humanité sur un même pied. Pareille assertion équivaut, en fait, à défendre le système impérialiste.

    Si ceux-ci se donnaient la peine de lire quelques classiques du marxisme-léninisme, ils sauraient qu’ériger un système nouveau sur les ruines de l’ancien est une formulation dont usèrent Marx, Engels, Lénine.

    Dans Anti-Dühring, Engels dit: « La bourgeoisie a mis en pièces le régime féodal et édifié sur ses ruines la constitution bourgeoise de la société. » Faudrait-il entendre par les ruines du régime féodal dont parle Engels « les ruines de l’humanité » ?

    Dans « Les Elections de l’Assemblée constituante et la dictature du prolétariat » écrit en décembre 1919, Lénine disait également que le prolétariat devait « organiser le socialisme sur les ruines du capitalisme » (V. I. Lénine: Œuvres, tome 30) Les ruines du capitalisme, dont parle Lénine, signifieraient-elles « les ruines de l’humanité » ?

    Décrire les ruines du système ancien, dont parlent les marxistes-léninistes, comme étant « les ruines de l’humanité », c’est introduire une parodie de raisonnement dans une discussion sérieuse. Est-ce là « le ton harmonieux » dont parlent Togliatti et d’autres camarades? Est-ce là « la polémique menée sur un ton » qui ne soit pas « inadmissible », que demandent Togliatti et d’autres camarades?

    D’ailleurs, au moment de la chute du fascisme italien, le camarade Togliatti disait lui-même :

    « Une grande tâche nous incombe: nous devons bâtir une Italie nouvelle sur les ruines du fascisme, sur les ruines de la tyrannie réactionnaire. » (Le Parti communiste italien, édité en mai 1950 par le Parti communiste italien)

    Un marxiste-léniniste sérieux doit tenir compte de la possibilité d’un recours par les impérialistes aux moyens les plus criminels pour infliger aux peuples de lourds sacrifices et de grandes souffrances. Il doit en tenir compte, en vue de pouvoir éveiller les peuples, les mobiliser et les organiser mieux, trouver la juste voie de la lutte pour la libération, trouver une voie pour libérer l’humanité de ses souffrances, pour gagner la paix, face à la menace impérialiste, et trouver la voie pour conjurer efficacement la guerre nucléaire.

    Tout le monde sait, et même les impérialistes américains, les impérialistes et les réactionnaires de tous les pays savent, qu’aucun pays socialiste ne déclenchera jamais de guerre d’agression La défense nationale de chaque pays socialiste est là pour le protéger contre l’agression, et certainement pas pour attaquer d’autres pays. Si l’agresseur impose la guerre aux pays socialistes, alors ceux-ci mèneront une guerre qui sera, avant tout, défensive, une guerre d’autodéfense.

    C’est également et entièrement dans un but défensif et pour empêcher les impérialistes de déclencher la guerre nucléaire que les pays socialistes disposent de l’arme nucléaire. Aussi, la supériorité nucléaire entre leurs mains, ils n’attaqueront jamais d’autres pays avec cette arme; ils ne se permettront jamais et ils n’ont nul besoin de déclencher de telles attaques.

    Les pays socialistes s’opposent résolument à la politique de chantage nucléaire, ils préconisent l’interdiction et la destruction totales des armes nucléaires. C’est là l’attitude, la ligne de conduite et la politique de la République populaire de Chine et du Parti communiste chinois en ce qui concerne les armes nucléaires.

    C’est là l’attitude, la ligne de conduite, la politique adoptée par les marxistes-léninistes. Les révisionnistes modernes déforment délibérément les nôtres et usent de calomnies et de mensonges, infâmes et ineptes ; ils visent en fait à couvrir le chantage nucléaire des impérialistes, et à camoufler l’aventurisme et le capitulationnisme dont ils font preuve dans la question de l’arme nucléaire. Il doit être souligné que l’aventurisme et le capitulationnisme dans le domaine de l’arme nucléaire sont extrêmement dangereux et sont l’expression de la pire irresponsabilité.

    Une étrange formulation

    De par la nature de leur système social, les pays socialistes accordent sympathie et soutien aux luttes libératrices de tous les peuples et de toutes les nations opprimés du monde. Mais ils ne déclencheront jamais de guerre extérieure pour remplacer la lutte révolutionnaire menée par les peuples des autres pays. L’émancipation d’un peuple est l’affaire même de ce peuple —; c’est là un point de vue auquel, depuis l’époque de Marx, s’en tiennent invariablement tous les vrais communistes, y compris les communistes au pouvoir. Le point de vue selon lequel « la révolution ne peut être ni exportée ni importée » a également toujours eu l’adhésion de tous les marxistes-léninistes.

    Si le peuple d’un pays ne veut pas de la révolution, nul ne peut la lui imposer de l’extérieur; là où il n’y a pas crise révolutionnaire et où les conditions pour la révolution ne sont pas mûres, il n’est personne qui puisse en créer une. Evidemment, si le peuple d’un pays veut la révolution et se lève pour la faire, personne ne pourra l’en empêcher, tout comme personne n’a pu empêcher la révolution à Cuba, en Algérie et au Sud-Vietnam.

    Togliatti et d’autres camarades ont dit que la coexistence pacifique implique l’exclusion de « la possibilité d’interventions étrangères visant à ‘exporter’ soit la contrerévolution soit la révolution » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien ») Nous voudrions demander: Quand vous parlez d’ »interventions étrangères visant à exporter…la révolution », entendez-vous que les pays socialistes veulent l’exporter?

    C’est précisément ce que les impérialistes et les réactionnaires n’ont cessé de prétendre. Un communiste devrait-il parler de la sorte?

    Pour ce qui est des pays impérialistes, ils ont toujours exporté la contre-révolution. Qui peut citer un pays impérialiste ne l’ayant pas fait? Et peut-on oublier l’intervention directe des impérialistes contre la Grande Révolution d’Octobre? oublier l’intervention directe des impérialistes contre la révolution chinoise?

    Qui peut nier que les impérialistes américains occupent toujours, par la force, notre territoire du Taïwan? Qui peut nier que les impérialistes américains n’ont cessé d’intervenir contre la révolution cubaine? L’impérialisme américain, ce gendarme international, ne s’efforce-t-il pas d’exporter la contrerévolution dans toutes les parties du monde et d’intervenir dans les affaires intérieures des autres pays du monde capitaliste?

    Togliatti et d’autres camarades ne font pas de distinction entre pays à systèmes sociaux de nature différente, ils ne comprennent pas la thèse marxiste-léniniste: « la révolution ne peut être ni exportée ni importée », ils ne veulent pas voir que les impérialistes n’ont cessé d’exporter la contrerévolution, et, en parlant de coexistence pacifique, ils prennent en bloc, sans distinction aucune, les termes « exporter la contre-révolution » et « exporter la révolution ». Comment ne pas dire que cette formulation étrange est une erreur de principe!

    Le point de vue fondamental des communistes chinois sur la question de la guerre et de la paix

    Sur la question de la guerre et de la paix, les communistes chinois s’en sont toujours tenus au point de vue de Lénine.

    Nous avons cité plus haut les paroles de Lénine sur le parti du prolétariat qui « condamne résolument les guerres », qui « a toujours condamné les guerres entre les peuples ». Mais Lénine a toujours estimé que si l’on doit s’opposer aux guerres injustes, il faut par contre soutenir les guerres justes, il ne s’opposait pas en bloc à toutes les guerres.

    A présent, il se trouve des gens qui, s’identifiant sans rougir à Lénine, disent que ce dernier, et même Liebknecht et Luxemburg étaient, tout comme eux, contre la guerre.

    Ces gens-là ont émasculé la théorie et la politique de Lénine sur la guerre et la paix.

    Tout le monde sait que lors de la Première guerre mondiale, Lénine mena une lutte résolue contre la guerre impérialiste, tout en préconisant, au cas où une guerre éclaterait entre pays impérialistes, que le prolétariat et les autres couches laborieuses transforment la guerre impérialiste en une guerre révolutionnaire, juste, au sein des pays impérialistes, à savoir une guerre révolutionnaire, juste, menée par le prolétariat et les autres couches travailleuses contre les impérialistes de leur propre pays. Dès le lendemain de la Révolution d’Octobre, sous la présidence de Lénine, le IIe Congrès des Soviets des Députés ouvriers et soldats de Russie adopta le célèbre « Décret sur la Paix ».

    En s’adressant au prolétariat mondial, en particulier aux ouvriers conscients d’Angleterre, de France et d’’Allemagne, ce décret dit qu’ils « accompliront les tâches qui « leur incombent aujourd’hui, qu’ils  libéreront l’humanité  des horreurs de la guerre et de ses conséquences que ces ouvriers, par leur activité multiple, décisive, par leur énergie sans réserve, nous aideront à mener avec succès jusqu’au bout la lutte pour la paix et, en même temps, la lutte pour l’affranchissement des masses laborieuses et exploitées de tout esclavage et de toute exploitation ».

    Le décret dit que le gouvernement soviétique estime que « poursuivre cette guerre pour savoir comment partager entre les nations fortes et riches les peuples faibles qu’elle sont conquis, c’est… le plus grand des crimes contre l’humanité; et il se déclare solennellement résolu à signer immédiatement des conditions de paix qui mettront fin à cette guerre, conditions déjà indiquées d’égalité et de justice pour tous les peuples sans exception » (V. I. Lénine: « IIe Congrès des Soviets des Députés ouvriers et soldats de Russie », Œuvres, tome 26) Ce décret établi par Lénine est un grand document de l’histoire révolutionnaire du prolétariat.

    Or, aujourd’hui, des gens poussent l’audace jusqu’ à le déformer et le tronquer, et, en corrigeant ce que dit Lénine de la guerre entre pays impérialistes, pour le partage du monde et l’oppression des nations faibles, affirment avec intention que « la guerre est ‘le plus grand des crimes contre l’humanité’ « . Ils montrent le grand révolutionnaire prolétarien, le grand marxiste que fut Lénine sous le jour d’un pacifiste bourgeois.

    Tout en déformant cyniquement Lénine, en déformant le léninisme, en déformant l’histoire ils font force effets oratoires disant que les autres ne « comprennent pas le sens de la doctrine marxiste sur la lutte révolutionnaire »; n’est-ce pas là un raisonnement singulier et paradoxal?

    Si, nous, communistes chinois, sommes en butte aux invectives des révisionnistes modernes, c’est parce que nous nous opposons au charabia et aux paradoxes qui déforment le léninisme, et que nous persistons à rétablir, sous son vrai jour, la théorie de Lénine sur la question de la guerre et de la paix.

    Les marxistes-léninistes soutiennent que, pour défendre la paix mondiale, pour prévenir une nouvelle guerre mondiale, il faut compter sur l’unité et le développement des forces des pays socialistes, sur la lutte des nations et peuples opprimés, sur la lutte du prolétariat international, sur la lutte des pays et peuples épris de paix du monde entier.

    C’est là la ligne juste des peuples de tous les pays du monde pour défendre la paix mondiale, ligne entièrement conforme à la théorie léniniste sur la guerre et la paix. Certains calomnient cette ligne, la traitant de  » ‘théorie’ selon laquelle la voie qui mène à la victoire du socialisme passe par la guerre entre les Etats, par les ruines, le sang et la mort de millions d’individus ».

    Ils opposent la défense de la paix mondiale à la lutte révolutionnaire des peuples et, de plus, estiment que, pour avoir la paix, il faut que les peuples se soumettent à l’impérialisme, que les nations et peuples opprimés en finissent avec leur lutte de libération. Au lieu de s’appuyer sur la lutte unie des forces éprises de paix du monde pour gagner la paix mondiale, ils ne font que quémander la paix mondiale auprès de l’impérialisme ayant pour chef de file les Etats-Unis, en espérant que celui-ci leur en « fasse don ». Cette « théorie » et cette ligne à eux sont entièrement erronées, elles sont anti-léninistes.

    Dans l’éditorial du Renmin Ribao du 31 décembre 1962, nous avons mis en lumière le point de vue fondamental des communistes chinois sur la question de la guerre et de la paix et exposé en quoi résident les divergences qui existent sur ce problème entre Togliatti et d’autres camarades, d’une part, et nous, d’autre part. Voici un passage de cet éditorial:

    « sur la question de savoir comment empêcher la guerre mondiale et défendre la paix mondiale, le Parti communiste chinois a toujours maintenu qu’il fallait dénoncer énergiquement l’impérialisme renforcer le camp socialiste, soutenir fermement le mouvement de libération nationale et les luttes révolutionnaires des peuples, unir sur la base la plus large tous les pays et tous ceux attachés à la paix, et en même temps, tirer le profit maximum des contradictions entre nos ennemis et recourir aux pourparlers, de même qu’aux autres formes de lutte.

    Tout cela a précisément pour but de prévenir efficacement la guerre mondiale et de sauvegarder la paix mondiale. Cette position est tout à fait conforme au marxisme-léninisme et aux deux Déclarations de Moscou. C’est là la juste orientation permettant d’empêcher la guerre mondiale et de défendre la paix mondiale.

    Et nous persistons précisément dans celle-ci parce que nous sommes profondément convaincus qu’il est possible d’empêcher la guerre mondiale en s’appuyant sur la lutte commune de toutes les forces dont il a été question plus haut. Comment pareille position peut-elle donc être décrite comme un manque de confiance dans la possibilité d’éviter la guerre mondiale? Comment peut-on l’appeler ‘belliqueuse’?

    En agissant comme le préconisent ceux qui attaquent le Parti communiste chinois, c’est-à-dire en enjolivant l’impérialisme en plaçant ses espoirs de paix en lui, en adoptant une attitude négative et hostile envers le mouvement de libération nationale et la lutte révolutionnaire du peuple, en s’inclinant devant l’impérialisme et en capitulant devant lui, on n’apportera aux peuples du monde qu’une paix factice ou une vraie guerre.

    Cette politique est fausse et tous les marxistes-léninistes, tous les révolutionnaires, tous ceux attachés à la paix doivent la combattre résolument. »

    Récapitulons ici notre point de vue fondamental sur la question de la guerre et de la paix.

    1. Nous avons toujours estimé que les forces d’agression et de guerre, avec l’impérialisme américain à leur tête, préparent effectivement une troisième guerre mondiale; et le danger de guerre existe. Mais, en cette dernière dizaine d’années, le rapport des forces mondiales s’est modifié de plus en plus en faveur du socialisme et de la lutte pour la libération nationale, la démocratie populaire et la défense de la paix mondiale. Le peuple est le facteur décisif. L’impérialisme et la réaction se trouvent isolés. En nous appuyant sur l’unité et la lutte des peuples, sur la juste politique des pays socialistes et des partis prolétariens des différents pays, nous pouvons éviter une nouvelle guerre mondiale, éviter une guerre nucléaire, et conclure un accord sur l’interdiction générale des armes nucléaires.

    2. Si les peuples du monde veulent sauvegarder la paix mondiale, empêcher une nouvelle guerre mondiale, empêcher une guerre nucléaire, il faut qu’ils se soutiennent, qu’ils forment le front uni le plus large, qu’ils unissent toutes les forces pouvant être unies, y compris le peuple américain, pour s’opposer à la politique de guerre et d’agression du bloc impérialiste, qui a la réaction américaine à sa tête.

    3. Les pays socialistes sont pour la politique de coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents et s’en tiennent fermement à cette politique; et ils développent des relations amicales et commercent avec ces pays sur un pied d’égalité. Par la poursuite de la politique de coexistence pacifique, les pays socialistes s’opposent à l’usage de la force pour résoudre les différends entre Etats, et ils n’interviennent pas dans les affaires intérieures des autres pays.

    D’aucuns prétendent que la coexistence pacifique entraînera la transformation du système social de tous les pays capitalistes et qu’elle est « la voie menant au socialisme à l’échelle mondiale » (T. Jivkov: « La Paix, question décisive de l’heure », Problèmes de la paix et du socialisme, n°8, 1960); d’autres pensent que la politique de coexistence pacifique est « la forme la plus évoluée de la lutte contre l’impérialisme et pour la libération nationale » (Voir « Polémiques non fondées des communistes chinois », Unita, 31 décembre 1962) de tous les peuples et de toutes les nations opprimés. Ils mêlent coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents et lutte de classes dans les pays capitalistes, lutte des nations opprimées pour leur libération, déformant totalement la politique de coexistence pacifique de Lénine.

    4. Nous avons toujours cru à la nécessité de maintenir constamment une haute vigilance au sujet du danger d’agression des pays socialistes par les impérialistes. En même temps, nous avons toujours cru à la possibilité pour les pays socialistes de parvenir à des accords avec les pays impérialistes par voie de négociations pacifiques, et à la possibilité de réaliser les compromis nécessaires dans certaines questions, y compris des questions de haute importance. Toutefois, comme l’a dit le camarade Mao Zedong, « de tels compromis n’exigent pas des peuples des différents pays du monde capitaliste qu’ils fassent en conséquence des compromis dans leur propre pays. Les peuples de ces pays continueront à engager des luttes différentes selon les conditions différentes » (Mao Zedong: « Quelques appréciations sur la situation internationale actuelle », Œuvres choisies, tome IV)

    5. Les contradictions aiguës entre pays impérialistes existent objectivement et sont inconciliables. Des conflits, grands ou petits, directs ou indirects, sous une forme ou sous une autre, se produisent nécessairement entre pays impérialistes et entre groupes de pays impérialistes, car leurs intérêts réels sont en jeu, et telle est leur nature. Prétendre que la possibilité de conflit entre pays impérialistes, du fait de leurs intérêts réels, a disparu avec les conditions historiques nouvelles revient à dire que l’impérialisme a changé de nature; et en réalité ce serait enjoliver l’impérialisme.

    6. Étant donné que la guerre a sa source dans l’existence même du système capitaliste-impérialiste et du système d’exploitation, personne ne peut garantir que les impérialistes et la réaction n’entreprendront pas de guerres d’agression contre les nations et peuples opprimés, ni de guerres contre le peuple. Et d’autre part, nul ne peut empêcher les nations et les peuples opprimés qui ont pris conscience de se dresser et d’entreprendre la guerre révolutionnaire.

    7. La thèse: « la guerre est la continuation de la politique », affirmée et soulignée par Lénine, est toujours valable. De même que le système social des pays capitalistes-impérialistes diffère foncièrement de celui des pays socialistes, la politique intérieure et extérieure des pays capitalistes-impérialistes diffère foncièrement de celle des pays socialistes. D’où les positions foncièrement différentes des pays capitalistes-impérialistes et des pays socialistes sur la question de la guerre et de la paix.

    Pour ce qui est des pays capitalistes-impérialistes, qu’ils mènent la guerre ou se déclarent pour la paix, leur but est la poursuite ou le maintien de leurs intérêts impérialistes. Les pacifistes bourgeois et les opportunistes ont toujours nié que la guerre impérialiste est la continuation de la politique de paix de l’impérialisme, et que la paix impérialiste est la continuation de la politique de guerre de l’impérialisme ; tout comme l’a dit Lénine, « l’idée: ‘la guerre est la continuation de la politique de paix, la paix est la continuation de la politique de guerre’ n’a jamais été comprise par les pacifistes des deux nuances » (V. I. Lénine: « Pacifisme bourgeois et pacifisme socialiste », Œuvres, tome 23)

    8. L’humanité connaîtra une ère de paix perpétuelle; l’ère d’où toutes les guerres auront été extirpées viendra. C’est pour cela que nous luttons. Mais cette ère magnifique ne sera là qu’après l’extirpation par l’humanité du système capitaliste-impérialiste, et non avant. Comme l’indique la Déclaration de Moscou de 1960: « Le triomphe du socialisme dans le monde entier éliminera définitivement toutes les causes sociales et nationales du déclenchement de toute guerre. » (Déclaration de la Conférence des Représentants des Partis communistes et ouvriers, 1960)

    C’est là notre point de vue fondamental sur la question de la guerre et de la paix.

    Il découle de l’analyse d’une multitude de phénomènes existant objectivement dans le monde, de l’analyse des rapports politico-économiques extrêmement complexes entre les différents pays du monde, et de l’analyse des conditions concrètes de cette époque nouvelle du monde, époque de la transition du capitalisme au socialisme et inaugurée par la Grande Révolution d’Octobre ,analyses qui sont toutes basées sur la conception matérialiste marxiste de l’histoire.

    Ce point de vue est non seulement juste sur le plan théorique, il a maintes fois fait ses preuves dans la pratique. Incapables de le réfuter, les révisionnistes modernes et leur suite l’ont déformé et ont menti à plaisir pour essayer de détruire la vérité. Mais comment la vérité pourrait-elle être détruite? Ceux qui s’y essaient seront, tôt ou tard, vaincus par elle. Et cette manière-ci de présenter les choses n’est-elle pas plus juste?

    Aujourd’hui, des gens qui se prétendent des « marxistes-léninistes créateurs » s’imaginent que l’histoire du monde se déroule au gré de leur baguette, et non selon les lois objectives de la société. Cela nous rappelle une phrase de Diderot, le célèbre philosophe français, citée par Lénine dans Matérialisme et empiriocriticisme:  

    « II y a un moment de délire où le clavecin sensible a pensé qu’il était le seul clavecin qu’il y eût au monde, et que toute l’harmonie de l’univers se passait en lui. » (V.I. Lénine: Œuvres, tome 14)

    Que ces idéalistes historiques qui s’imaginent être tout, et s’imaginent que tout est dans leur propre subjectivisme, ruminent soigneusement ces lignes!

    V. L’ETAT ET LA REVOLUTION

    En quoi la théorie des « réformes de structure » du camarade Togliatti est-elle une « contribution positive »?

    Togliatti et d’autres camarades présentent leur « ligne fondamentale » des « réformes de structure » comme une « ligne commune à tout le mouvement communiste international »  (P. Togliatti: Conclusions prononcées au Xe Congrès du Parti communiste italien), et leur théorie des « réformes de structure » comme un « principe de stratégie mondiale du mouvement ouvrier et communiste dans la situation actuelle » (P. Togliatti: Intervention faite en avril 1962 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien)

    Il semble en découler que Togliatti et d’autres camarades veulent imposer la « voie italienne » non seulement à la classe ouvrière et au peuple travailleur italiens, mais encore aux peuples du monde capitaliste tout entier. Car ils considèrent la « voie italienne », proposée par eux, comme la « voie vers le socialisme » pour l’ensemble du monde capitaliste actuel et, apparemment, comme la seule et unique voie. Vraiment, le camarade Togliatti et certains autres camarades du Parti communiste italien ont une bien haute opinion d’eux-mêmes.

    Et il nous paraît bon de présenter au lecteur les traits principaux de leur « voie italienne » et de leurs « réformes de structure », afin de mettre les choses au point.

    1. Le point de vue le plus fondamental du marxisme-léninisme, c’est-à-dire celui sur la destruction de la machine d’Etat  de la dictature bourgeoise et sur l’installation de la machine d’Etat de la dictature prolétarienne, est-il, aujourd’hui  encore, entièrement valable? De l’avis de ces camarades, c’est là « un sujet à discuter » (P. Togliatti: « La Voie italienne vers le socialisme », rapport présenté en juin 1956 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien) « … il est évident, disent-ils, que nous rectifions quelque peu ce point de vue, compte tenu des transformations qui sont intervenues et qui sont en train d’intervenir dans le monde. » (P. Togliatti: « La Voie italienne vers le socialisme », rapport présenté en juin 1956 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien)

    2. « Aujourd’hui la question de faire ce qui a été fait en Russie ne se pose pas aux ouvriers italiens. » (P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien) Ceci a été exprimé dès avril 1944 par le camarade Togliatti, et dans son rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien, il a réaffirmé que cette vue a « un caractère de programme ».

    3. La classe ouvrière italienne peut « s’organiser, dans le cadre du régime constitutionnel, en une classe dirigeante »  (« Points essentiels de la Déclaration-programme du Parti communiste italien », adoptés en décembre 1956 par le Ville Congrès du Parti communiste italien)

    4. La Constitution italienne « accorde aux forces ouvrières une place nouvelle, prééminente », elle « permet et prévoit » des « réformes de structure » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien ») « La lutte pour donner à la démocratie italienne un contenu nouveau, socialiste, trouve donc dans notre Constitution un large champ de développement. » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »)

    5. « … nous pouvons parler de la possibilité d’utiliser largement la voie légale et même le Parlement pour réaliser d’importantes transformations sociales. » (P. Togliatti: Rapport présenté en mars 1956 à la session Plénière du Comité central du Parti communiste italien) « Le Parlement doit être investi des pleins pouvoirs qui lui permettent non seulement de remplir les tâches législatives, mais aussi de diriger et de contrôler l’activité de l’Exécutif. » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »), et il faut un « …élargissement effectif des pouvoirs du Parlement sur le plan économique » (« Thèses politiques adoptées par le IXe Congrès du Parti communiste italien »)

    6. « …l’édification d’un régime démocratique nouveau qui progresse vers le socialisme est étroitement liée à la formation d’un nouveau bloc historique qui, sous la direction de la classe ouvrière, combat pour un changement de la structure sociale et serait le porteur d’une révolution politique aussi bien qu’intellectuelle et morale. » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »)

    7. « On ne peut ni ne doit différer la liquidation des structures les plus arriérées et les plus paralysantes de la société italienne, ainsi que leur transformation dans le sens démocratique et socialiste, à l’heure de la conquête du pouvoir par la classe ouvrière et par ses alliés. » (« Points essentiels de la Déclaration-programme du Parti communiste italien », adoptés en décembre 1956 par le Ville Congrès du Parti communiste italien)

    8. En Italie, l’économie nationalisée, c’est-à-dire le capital monopoliste d’Etat ,peut être « en opposition avec les monopoles »  (A. Pesenti: « Formes directes et indirectes de l’intervention de l’Etat » ,Rinascita, 9 juin 1962), elle peut être une « expression des masses populaires »  (A. Pesenti: « S’agit-il de la structure ou de la superstructure? », Rinascita, 19 mai 1962) et devenir un « instrument plus efficace pour combattre le développement des monopoles »  (A. Pesenti: « Formes directes et indirectes de l’intervention de l’Etat  » , Rinascita, 9 juin 1962). Au moyen de nationalisation, il est possible « de briser et d’abolir la propriété monopoliste des grandes forces productives, de la transformer en propriété collective »  (« Points essentiels de la Déclaration-programme du Parti communiste italien », adoptés en décembre 1956 par le VllIe Congrès du Parti communiste italien).

    9. L’intervention de l’Etat dans la vie économique peut  « garantir un développement économique démocratique »  (P. Togliatti: Intervention faite en avril 1962 à la session
    Plénière du Comité central du Parti communiste italien) et « devenir un moyen de lutte contre le pouvoir du grand capital, pour frapper, limiter et briser la domination des grands groupes monopolistes  »  (P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien).

    10. En régime capitaliste et sous la dictature bourgeoise, « les concepts de planification et de programmation économiques considérés un temps comme une prérogative socialiste » (P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien) peuvent être acceptés. La classe ouvrière, « en participant à l’élaboration et à l’application de la politique de planification, réalisant pleinement ses propres idéaux et son autonomie, avec la force de son unité » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »), peut transformer cette politique de planification en « un instrument pour satisfaire les besoins des hommes et de la collectivité nationale » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »).

    En un mot, « la voie italienne » et « les réformes de structure » des camarades Togliatti et autres reviennent à ceci: dans le domaine politique, « modifier progressivement l’équilibre intérieur et la structure (de l’Etat] » pour  « imposer l’avènement de classes nouvelles à la direction de l’Etat »  (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »), tout en maintenant la dictature bourgeoise et en empruntant la « voie légale » de la démocratie bourgeoise, de la Constitution et du Parlement bourgeois. Quant à savoir ce que l’on entend par « classes nouvelles », l’interprétation donnée a toujours été ambiguë; et dans le domaine économique, cela revient, tout en maintenant le régime capitaliste, à « limiter » et « briser » progressivement le capital monopoliste par « la nationalisation », « la programmation » et « l’intervention de l’Etat ». En d’autres termes, il est possible de parvenir au socialisme en Italie par la dictature de la bourgeoisie, sans passer par la dictature du prolétariat.

    Togliatti et les autres camarades estiment que leurs points de vue sont une « contribution positive à l’approfondissement et au développement du marxisme-léninisme, doctrine révolutionnaire de la classe ouvrière » (P. Togliatti: « Ramenons la discussion à ses termes réels’) Malheureusement, il n’y a rien de nouveau dans leurs idées; elles sont fort vieilles et fort désuètes; c’est du socialisme bourgeois, que Marx et Engels ont rejeté impitoyablement, il y a longtemps.

    Le socialisme bourgeois que Marx et Engels critiquèrent appartient à la période d’avant l’apparition du capitalisme monopoliste. Si Togliatti et d’autres camarades ont fait quelque « contribution positive », c’est au développement non pas du marxisme mais du socialisme bourgeois. Ils ont développé le socialisme de la bourgeoisie libérale en socialisme de la bourgeoisie monopoliste. Mais, en fait, c’est le « développement » proposé il y a beau temps par la clique Tito. Togliatti et les autres camarades l’ont adopté après « étude et profonde compréhension » de ce que la clique Tito a fait et de ce qu’elle fait.

    Comparons avec le léninisme

    La possibilité de passer au socialisme, et de le réaliser, avant le renversement de la dictature bourgeoise et l’instauration de la dictature du prolétariat, a toujours été la question la plus fondamentale, la plus controversée entre les marxistes-léninistes et les opportunistes et révisionnistes de toutes les nuances. Dans L’Etat et la révolution et La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky, les grandes œuvres que connaissent tous les marxistes-léninistes,

    Lénine a exposé cette question la plus fondamentale de manière exhaustive et pénétrante, défendu et développé le marxisme révolutionnaire, et dénoncé et condamné complètement les déformations infligées au marxisme par les opportunistes et les révisionnistes.

    En réalité, les « réformes de structure » et le « changement de l’équilibre intérieur [de l’Etat] » et autres idées de Togliatti et des autres camarades sont toutes des vues de Kautsky, condamnées par Lénine dans L’Etat et la révolution. Le camarade Togliatti dit: « Les camarades chinois cherchent à nous effrayer en rappelant Kautsky, avec les vues duquel notre politique n’a rien de commun. » (P. Togliatti: « Ramenons la discussion à ses termes réels ») Cherchons-nous à effrayer Togliatti et les autres camarades?

    Leur politique n’a-t-elle vraiment « rien de commun » avec les vues de Kautsky? Nous aimerions, à notre tour, « leur demander de nous permettre de leur rappeler » qu’il serait bon de relire attentivement L’Etat et la révolution et les autres œuvres de Lénine!

    Togliatti et les autres camarades ne veulent pas comprendre la différence fondamentale qu’il y a entre révolution socialiste prolétarienne et révolution bourgeoise.

    Lénine dit:

     « Ce qui distingue précisément une révolution socialiste d’une révolution bourgeoise, c’est que celle-ci a des formes toutes prêtes de rapports capitalistes, tandis que le pouvoir soviétique — prolétarien — ne trouve pas de rapports tout prêts… » (V.I. Lénine : VIIème congrès du Parti Communiste (bolchévik) de Russie, Œuvres, tome 27)

    Dans la société de classes, tout pouvoir d’Etat est destiné à défendre un régime socio-économique donné, c’est-à-dire des rapports de production donnés. Comme l’a dit Lénine, « la politique est l’expression concentrée de l’économie » (« Encore une fois sur les syndicats, la situation actuelle et les fautes de Trotski et Boukharine », Œuvres tome 32) A chaque régime socio-économique correspond un régime politique qui est à son service, et qui lui permet d’écarter ce qui fait obstacle à son développement.

    Dans l’histoire, les maîtres d’esclaves, les seigneurs féodaux et la bourgeoisie ont tous dû s’ériger politiquement en classe dirigeante, prendre le pouvoir d’Etat en main en vue de faire prévaloir leurs rapports de production sur tous les autres, de les consolider et développer.

    Le point fondamental qui différencie les révolutions des classes exploiteuses de la révolution prolétarienne, c’est que, avant l’accession au pouvoir des trois grandes classes exploiteuses—maîtres d’esclaves, propriétaires fonciers et « bourgeoisie — les rapports de production esclavagistes, féodaux et capitalistes existaient déjà dans la société et, dans certains cas, étaient même parvenus à une maturité remarquable.

    Mais il n’existe pas de rapports de production socialistes dans la société avant la prise du pouvoir par le prolétariat. La raison en est claire. Une nouvelle forme de propriété privée peut naître spontanément sur la base de l’ancienne, tandis qu’ il sera toujours impossible à la propriété publique socialiste des moyens de production de naître spontanément sur la base de la propriété privée, capitaliste.

    Comparons les idées et le programme du camarade Togliatti et des autres camarades avec le léninisme.

    Contrairement au léninisme, Togliatti et les autres camarades soutiennent que les rapports de production socialistes peuvent naître graduellement, sans révolution socialiste et sans pouvoir d’Etat du prolétariat, et que les intérêts économiques fondamentaux du prolétariat peuvent être satisfaits sans le recours à une révolution politique remplaçant la dictature de la bourgeoisie par la dictature du prolétariat. C’est là le point de départ de la « voie italienne » et de la théorie des « réformes de structure » de Togliatti et des autres camarades.

    Qui a raison? Marx, Engels et Lénine, ou Togliatti et les autres camarades? Où y a-t-il « manqué du sens des réalités »? Chez les marxistes-léninistes ou dans les idées et programme de Togliatti et des autres camarades?

    Voyons la réalité italienne.

    L’Italie est un pays de 50 millions d’habitants .Selon les statistiques, elle a maintenant, en temps de paix, quelques centaines de milliers de fonctionnaires, plus de 400.000 hommes dans l’armée permanente, près de 80.000 gendarmes, environ 100.000 policiers, plus de 1.200 tribunaux de toutes instances et près de 1.000 prisons; ceci ne comprend pas l’appareil secret de répression et son personnel armé. En outre, il y a des bases militaires américaines et des troupes américaines en Italie.

    Dans leurs Thèses, Togliatti et les autres camarades prennent plaisir à parler de la démocratie, de la Constitution et du Parlement de l’Italie, etc., mais ils ne soumettent les militaires, les gendarmes, la police, les tribunaux, les prisons et autres instruments de violence aucune analyse de classe. Qui, ces instruments de violence, protègent-ils et qui répriment-ils? Protègent-ils le prolétariat et le peuple travailleur et répriment-ils les capitalistes monopolistes ou est-ce l’inverse? Un marxiste-léniniste, quel qu’il soit, ne doit pas éluder cette question en parlant du régime d’Etat, mais doit y répondre.

    Poursuivons et voyons à quoi ces instruments de violence sont utilisés en Italie. Voici quelques exemples:

    De 1948 à 1950, soit en trois ans, plus de 3.000 personnes ont été tuées ou blessées, et plus de 90.000 arrêtées, au cours de la répression des masses populaires, par le gouvernement italien.

    En juillet 1960, lors de la répression par le gouvernement Tambroni du mouvement antifasciste du peuple travailleur italien, onze personnes furent tuées, plus de mille blessées et plus de mille arrêtées.

    En 1962, après la formation du gouvernement « centre-gauche » de Fanfani, il y eut une suite d’incidents au cours desquels le gouvernement réprima les grèves et manifestations des masses populaires à Ceccano en mai, à Turin en juillet, à Bari en août, à Milan en octobre, et à Rome en novembre. Rien qu’à Rome, des dizaines de personnes furent blessées, et environ 600 arrêtées.

    Ce ne sont que quelques exemples, mais ne suffisent-ils pas à montrer de quel genre est la « démocratie italienne »? Est-il possible que, dans une Italie dotée d’un puissant appareil d’Etat, tant public que secret, et destiné à réprimer le peuple, la « démocratie italienne » ne soit pas une « démocratie » de la bourgeoisie monopoliste italienne, c’est-à-dire la dictature de la bourgeoisie monopoliste italienne?

    Est-il possible que la classe ouvrière et le peuple travailleur d’Italie participent à l’élaboration de la politique intérieure et extérieure du gouvernement, dans la « démocratie italienne » vantée par Togliatti et les autres camarades? Si vous, camarade Togliatti et les autres, l’imagine z possible, êtes-vous prêts à prendre la responsabilité des nombreux crimes commis dans la répression du peuple par le gouvernement italien et de l’acceptation par ce dernier de bases militaires américaines en Italie, de la participation de celle-ci à l’O.T.A.N., etc.?

    Bien entendu, vous direz que vous ne pouvez être responsables de la politique réactionnaire poursuivie par le gouvernement italien, tant sur le plan intérieur qu’extérieur. Mais puisque vous vous attribuez une part dans l’élaboration des politiques, pourquoi n’avez-vous pas réalisé le moindre changement dans ces mesures politiques les plus fondamentales de l’actuel gouvernement italien?

    Ne pas opérer de distinction quant à la nature de classe de la démocratie, mais vanter « la démocratie » d’une façon générale, c’est en fait, entonner la vieille rengaine que les héros de la Ile Internationale et les leaders social-démocrate de droite ont usée jusqu’ à la corde. N’est-il pas étrange que des gens qui se disent « marxistes-léninistes » présentent ces rengaines éculées comme des « créations nouvelles » de leur cru?

    Le camarade Togliatti désire peut-être tracer une ligne, de l’épaisseur d’un cheveu, entre lui-même et les social-démocrates. Il prétend que, en fait de « raisonnement abstrait », on peut convenir du caractère de classe de l’Etat et du caractère bourgeois de l’actuel Etat italien, mais que « l’exprimer en termes concrets » est une autre affaire.

    En « raisonnement concret », il soutient qu’ »en partant de l’actuelle structure de l’Etat  » et « en réalisant s profondes réformes prévues par la Constitution », « il serait possible… de changer l’actuel bloc au pouvoir et créer les conditions d’un autre bloc auquel les classes travailleuses participeront et dans lequel elles assumeront les fonctions qui leur incombent »; et permettre ainsi à l’Italie de « marcher vers le socialisme dans la démocratie et la paix » (Voir P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien) Traduites en langage clair, ces paroles ambiguës du camarade Togliatti signifient que la nature de la machine d’Etat de la bourgeoisie monopoliste italienne peut être transformée graduellement, sans révolution populaire en Italie.

    Le « raisonnement concret » du camarade Togliatti fait mauvais ménage avec son « raisonnement abstrait ». Dans son « raisonnement abstrait », il se rapproche quelque peu du marxisme-léninisme; mais dès qu’il aborde le « raisonnement concret », il s’en éloigne et de beaucoup. Peut-être estime-t-il que c’est là le seul moyen de ne pas être « dogmatique »!

    Si nous regardons Togliatti et les autres camarades à la lumière de leur « raisonnement concret », nous découvrons que le cheveu les séparant des social-démocrates disparaît.

    Et en ce moment où certains s’efforcent de prostituer la théorie marxiste-léniniste sur l’Etat et la révolution et où les révisionnistes modernes se servent du nom de Lénine pour attaquer follement le léninisme, nous voudrions attirer l’attention des uns et des autres, par les deux paragraphes suivants, sur ce que Lénine a dit au 1er Congrès de l’Internationale communiste en 1919:

    « Le point essentiel que les socialistes ne comprennent pas, et qui explique leur myopie théorique, qui fait qu’ils demeurent prisonniers des préjugés bourgeois, qui constitue leur trahison politique à l’égard du prolétariat, c’est que dans la société capitaliste, dès que la lutte de classe qui en est le fondement s’accentue d’une manière tant soit peu sérieuse, il ne peut y avoir aucun terme moyen entre la dictature de la bourgeoisie et la dictature du prolétariat.

    Tout rêve d’on ne sait quelle troisième voie est une lamentation réactionnaire de petits bourgeois. Témoin en est l’expérience d’un développement de plus d’un siècle de la démocratie bourgeoise et du mouvement ouvrier dans tous les pays évolués, notamment l’expérience des dernières cinq années. C’est ce qu’établissent également la science de l’économie politique, le contenu du marxisme qui explique la nécessité dans toute économie marchande de la dictature de la bourgeoisie qui ne peut être remplacée que par la classe développée, multipliée, cimentée, renforcée par l’évolution même du capitalisme, c’est-à-dire la classe des prolétaires. »

    « Une autre erreur politique et théorique des socialistes est due à ce fait qu’ils ne comprennent pas que les formes de démocratie ont changé nécessairement au cours des siècles, à partir de ses germes dans l’antiquité au fur et à mesure que les classes dominantes se succédaient. Dans les républiques de la Grèce antique, dans les villes du moyen âge, dans les pays capitalistes évolués, la démocratie revêt des formes différentes et elle est appliquée à des degrés divers. Il serait parfaitement absurde de penser que la révolution la plus profonde que l’histoire de l’humanité ait jamais connue, le passage, pour la première fois dans le monde, du pouvoir de la minorité des exploiteurs à la majorité des exploités, puisse s’effectuer dans l’ancien cadre de l’ancienne démocratie, de la démocratie bourgeoise, parlementaire, puisse s’effectuer sans les tournants les plus profonds, sans la création de nouvelles formes de démocratie, de nouvelles institutions qui matérialisent les conditions nouvelles de son application, etc. » (V. I. Lénine: « 1er Congrès de l’Internationale communiste », Œuvres, tome 28)

    Nous voyons que Lénine a tiré ces conclusions catégoriques et définitives de toute la doctrine marxiste, de l’ensemble de l’expérience de la lutte de classe dans la société capitaliste et de l’ensemble de l’expérience de la Révolution d’Octobre Il estimait impossible de transférer le pouvoir d’Etat de la bourgeoisie au prolétariat, impossible d’accomplir la révolution la plus profonde de l’histoire de l’humanité — la révolution socialiste, dans le vieux cadre de la démocratie bourgeoise, parlementaire.

    Ces vérités concrètes, formulées par Lénine en 1919, n’ont-elles pas trouvé ample confirmation dans l’expérience de chaque pays où la révolution socialiste a eu lieu? L’expérience n’a-t-elle pas démontré abondamment que la voie de la Révolution d’Octobre, que Lénine dirigea, est la voie commune pour l’émancipation de l’humanité?

    Les Déclarations de Moscou de 1957 et de 1960 n’ont-elles pas réaffirmé qu’elle st la voie au socialisme, commune à la classe ouvrière de tous les pays? Evidemment, l’utilisation de moyens pacifiques ou non pacifiques par la classe ouvrière « dépendra…du degré de résistance des milieux réactionnaires à la volonté de la très grande majorité du peuple, du recours à la violence de ces milieux à telle ou telle étape de la lutte pour le socialisme » (Déclaration de la Conférence des Représentants des Partis communistes et ouvriers des Pays socialistes, 1957).

    Mais, d’une façon ou d’une autre il est nécessaire de briser le vieil appareil d’Etat bourgeois et d’instaurer la dictature du prolétariat.

    En prétendant que le socialisme peut être réalisé en Italie dans le cadre de la démocratie parlementaire bourgeoise, sans briser la vieille machine d’Etat, Togliatti et les autres camarades se basent non pas sur l’expérience de la lutte révolutionnaire du prolétariat ou sur la réalité vivante de la société italienne, mais sur la Constitution italienne actuelle. Leur « régime démocratique nouveau » n’est autre qu’un « élargissement » de la démocratie bourgeoise. Il n’est donc pas étonnant que leur « raisonnement concret » se différencie à tel point de la vérité concrète du marxisme-léninisme.

    Une Constitution merveilleuse

    Les Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien affirment: « La voie italienne vers le socialisme passe par l’édification d’un nouvel Etat décrit dans la Constitution (il diffère profondément du régime actuel) et par l’accès à sa direction de nouvelles classes dirigeantes. » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »)

    Selon Togliatti et les autres camarades, la Constitution italienne est vraiment une merveille.

    1. La Constitution républicaine est « un pacte unitaire, librement conclu par la grande majorité du peuple italien » (« Points essentiels de la Déclaration-programme du Parti communiste italien »)

    2. Elle prévoit « des réformes fondamentales qui. . . Portent la marque du socialisme » (P. Togliatti: Rapport présenté en mars 1956 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien)

    3. Elle « affirme le principe de la souveraineté du peuple » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »)

    4. Elle « proclame qu’il [l’Etat] est ‘fondé sur le travail’ » (P. Togliatti: « Pour une voie italienne vers le socialisme. Pour un gouvernement démocratique des classes travailleuses », rapport présenté en décembre 1956 au Ville Congrès du Parti communiste italien) et « accorde aux forces ouvrières une place nouvelle, prééminente » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »)

    5. Elle reconnaît « aux travailleurs le droit d’accéder à la direction de l’Etat » (« Points essentiels de la Déclaration-programme du Parti communiste italien »)

    6. Elle « affirme qu’il faut procéder à des transformations politiques et économiques indispensables afin de rénover la société nationale et de l’amener dans la voie du socialisme » (P. Togliatti: « Pour une voie italienne vers le socialisme. Pour un gouvernement démocratique des classes travailleuses », rapport présenté en décembre 1956 au VIlle Congrès du Parti communiste italien)

    7. Elle a résolu  » le problème de principe de la marche vers le socialisme dans le cadre de la légalité démocratique » (P. Togliatti: « Pour une voie italienne vers le socialisme. Pour un gouvernement démocratique des classes travailleuses », rapport présenté en décembre 1956 au Ville Congrès du Parti communiste italien)

    8. Elle permet au peuple de « s’opposer à la nature de classe et aux objectifs de classe de l’Eta tout en acceptant totalement et en défendant le pacte constitutionnel  » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien », voir Unità, Supplément, 13 septembre 1962)

    9. Elle permet à la classe ouvrière de « s’organiser, dans le cadre du régime constitutionnel, en une classe dirigeante » (« Points essentiels de la Déclaration-programme du Parti communiste italien »)

    10. « Le respect, la défense, l’application intégrale de la Constitution républicaine constituent le pivot de tout le programme politique du Parti » (Points essentiels de la
    Déclaration-programme du Parti communiste italien)

    Nous ne nions pas, évidemment, qu’il y ait de belles phrases sonores dans la Constitution italienne actuelle. Mais comment un marxiste-léniniste peut-il prendre les belles phrases sonores d’une constitution bourgeoise pour a réalité?

    La Constitution italienne actuelle a 139 articles. Mais, en définitive, sa nature de classe y est donnée le plus clairement par l’article 42 qui stipule que « la propriété privée est reconnue et garantie par la loi ». Dans la réalité italienne, cet article protège la propriété privée du capital monopoliste. Par lui, la Constitution satisfait aux exigences de la bourgeoisie monopoliste, dont la propriété privée est rendue sacrée et inviolable. Essayer de cacher la vraie nature de la Constitution italienne et parler de celle-ci au superlatif ne sert qu’à se duper soi-même et à duper les autres.

    Togliatti et les autres camarades disent que la Constitution italienne « porte la marque de la présence de la classe ouvrière », « affirme le principe de la souveraineté du peuple » et « reconnaît des droits nouveaux aux travailleurs » (Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien). Lorsqu’ils parlent de ce « principe » et de ces « droits nouveaux », pourquoi ne comparent-ils pas la Constitution italienne aux autres constitutions bourgeoises avant de conclure?

    Il est à remarquer que la disposition, « le peuple est souverain », a été insérée dans presque toutes les constitutions bourgeoises depuis la publication de la « Déclaration des droits de l’homme » de la révolution bourgeoise française de 1789, et qu’elle n’est pas particulière à la Constitution italienne. « Le peuple est souverain » était un mot d’ordre révolutionnaire servant à la bourgeoisie pour s’opposer à « l’Etat, c’est Moi » des seigneurs féodaux. Mais depuis l’instauration de la domination bourgeoise, une telle disposition est devenue une phrase creuse camouflant la nature de la dictature de la bourgeoisie.

    Il est à remarquer que la Constitution italienne n’est pas la seule où l’on trouve des dispositions sur « les libertés du citoyen ». Il s’en trouve dans les constitutions de presque tous les pays capitalistes. Mais après avoir affirmé ces libertés du citoyen, certaines de celles-ci ont aussitôt pris des dispositions les limitant ou les supprimant.

    Et comme Marx le dit en parlant de la Constitution française de 1848, « chaque article comprend un aspect contraire qui élimine totalement l’article lui-même » (K. Marx & F. Engels: « Constitution de la République française adoptée le 4 novembre 1848 », Œuvres complètes, tome 7).

    Il existe des constitutions où de tels articles ne sont pas suivis de dispositions les limitant ou les annulant, mais les gouvernements bourgeois intéressés peuvent parvenir au même but par d’autres moyens. La Constitution italienne fait partie de la première catégorie; en d’autres mots, elle est une constitution purement bourgeoise et ne peut en rien être décrite comme étant « d’inspiration essentiellement socialiste » (P. Togliatti: « La Lutte des communistes pour la liberté, la paix et le socialisme », rapport à la Quatrième Conférence nationale du Parti communiste italien).

    Lénine disait: « Lorsque les lois s’écartent de la réalité, la Constitution est fallacieuse; lorsqu’elles sont conformes à la réalité, la Constitution n’est pas fallacieuse. » (V. I. Lénine: « Comment les socialistes-révolutionnaires font le bilan de la révolution », Œuvres, tome 15) La Constitution italienne actuelle offre ces deux aspects; elle est à la fois « fallacieuse » et « pas fallacieuse ». « Pas fallacieuse » dans les sujets essentiels, telle la protection des intérêts de la bourgeoisie, et « fallacieuse » dans les belles phrases sonores destinées à duper le peuple.

    Au VIe Congrès du Parti communiste italien, tenu en janvier 1948, le camarade Togliatti disait:

    « L’avenir de notre politique et même de notre Constitution est incertain, car il est à prévoir que de sérieux conflits se produiront entre les forces progressistes qui s’appuieront sur une partie de notre charte constitutionnelle et les forces conservatrices et réactionnaires qui chercheront des moyens de résistance dans l’autre partie de la Constitution. Il s’ensuit qu’on commettrait une grave erreur politique, et on décevrait le peuple, si l’on ‘ ne fait que dire: ‘Tout est maintenant écrit dans la Constitution; appliquons ce qui y est prévu et toutes les aspirations populaires seront réalisées. C’est erroné.

    Jamais aucune Constitution ne sert à sauver la liberté, si pour la défense de cette dernière il n’y a pas la conscience des citoyens, leur force et leur capacité d’écraser chaque tentative réactionnaire.

    Aucune disposition constitutionnelle ne nous assure d’elle-même le progrès démocratique et social, si les forces organisées et conscientes des masses laborieuses ne sont pas capables de conduire tout le pays dans la voie de ce progrès et de briser la résistance de la réaction. »

    Il semble que ces paroles prononcées par le camarade Togliatti en 1948 contiennent encore certaines vues marxistes-léninistes, car il admettait que l’avenir de la politique et de la Constitution italiennes était incertain, que la Constitution italienne avait un caractère double et pouvait être utilisée aussi bien par les forces conservatrices et réactionnaires que par les forces progressistes. Le camarade Togliatti estimait à l’époque que la foi aveugle dans la Constitution italienne était « une grave erreur politique » et que c’était « décevoir le peuple ».

    En janvier 1955, le camarade Togliatti disait dans un discours: « II est clair que nous avons dans notre Constitution les traits d’un programme non seulement politique, mais aussi économique et social, programme qui est d’inspiration essentiellement socialiste ». Ainsi, à cette époque, le camarade Togliatti considérait déjà la Constitution italienne comme étant « d’inspiration essentiellement socialiste »(P. Togliatti: Rapport à la Quatrième Conférence nationale du Parti communiste italien)

    Le Togliatti de 1955 prenait donc le contre-pied du Togliatti de 1948.

    Depuis lors, le camarade Togliatti a amorcé un virage serré et littéralement divinisé la Constitution italienne.

    Il disait en 1960, dans son rapport au IXe Congrès du Parti communiste italien: « Nous agissons dans le cadre de la Constitution, et à tous ceux qui nous demandent ce que nous ferions si nous étions au pouvoir, nous leur rappelons la Constitution. Nous avons dit dans notre ‘Déclaration-programme’ et nous répétons qu’il est possible de réaliser ‘dans la pleine légalité constitutionnelle les réformes de structure nécessaires pour saper le pouvoir des groupes monopolistes, défendre les intérêts de tous les travailleurs contre les oligarchies économiques et financières, exclure du pouvoir ces oligarchies et y faire accéder les classes laborieuses. » 

    C’est-à-dire que le camarade Togliatti demandait que la classe ouvrière et les autres couches travailleuses d’Italie agissent en toute légalité, dans le respect de la constitution bourgeoise et prennent appui sur celle-ci pour « saper le pouvoir des groupes monopolistes ».

    Au Xe Congrès du Parti communiste italien, en 1962, le camarade Togliatti et certains autres camarades ont réaffirmé leur « fermeté » à ce sujet. Ils disaient que « la voie italienne vers le socialisme passe par l’édification d’un nouvel Etat décrit dans la Constitution … et par l’accès à sa direction de nouvelles classes dirigeantes » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »); que cette voie signifie « réclamer et imposer la transformation de l’Etat à la lumière de la Constitution, conquérir dans le pays de nouvelles positions de force et promouvoir la transformation socialiste de la société » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »); et qu’elle signifie « former un bloc socio-politique capable de réaliser, dans la légalité constitutionnelle, la transformation socialiste de l’Italie » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »).

    Ils affirment encore qu’on peut « s’opposer à la nature de classe et aux objectifs de classe de l’Etat tout en acceptant totalement et en défendant le pacte constitutionnel et au moyen d’une action étendue et concertée dont le but est d’amener  l’Etat dans la voie du progrès et de la démocratie, voie de développement vers le socialisme » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien », voir Unita, Supplément, 13 septembre 1962).

    En un mot, ils veulent « réaliser le socialisme » dans le cadre de la constitution bourgeoise de l’Italie, et ils oublient complètement que, quoiqu’il y ait quelques articles joliment libellés dans la Constitution italienne, la bourgeoisie monopoliste peut, selon ses besoins et lorsque l’occasion se présente, frapper la Constitution de nullité, tant qu’elle détient la machine d’Etat et toutes les forces armées.

    Les marxistes-léninistes doivent dénoncer l’hypocrisie des constitutions bourgeoises, mais ils devraient, en même temps, se servir de certains articles de ces constitutions comme d’une arme contre la bourgeoisie. Refuser, dans des circonstances ordinaires, d’utiliser la constitution bourgeoise pour mener les luttes légales possibles est une erreur, qualifiée par Lénine de maladie infantile « gauchiste ».

    Mais demander aux membres du Parti et au peuple d’avoir une foi aveugle dans la constitution bourgeoise, propager l’idée que pareille constitution peut apporter le socialisme au peuple, et parler du respect qu’on lui accorde, de sa défense et de son application totale comme du « pivot de tout le programme politique du Parti » (« Points essentiels de la Déclaration-programme du Parti communiste italien »), ce n’est plus simplement de « la maladie infantile », mais, et toujours selon les paroles de Lénine, être moralement prisonnier des préjugés bourgeois.

    Le « crétinisme parlementaire » contemporain

    Togliatti et certains autres camarades du Parti communiste italien admettent que la réalisation du socialisme implique la lutte, qu’il doit être réalisé par la lutte. Mais ils limitent la lutte du peuple au cadre autorisé par la constitution bourgeoise et attribuent le rôle principal au Parlement.

    Décrivant comment naquit la Constitution italienne actuelle, le camarade Togliatti disait: « Cela est dû au fait que les communistes, en 1946, ont rejeté la voie de la rupture de la légalité qui aurait été de tenter désespérément de s’emparer du pouvoir et ont choisi, au contraire, la voie de la participation aux travaux de la Constituante » (P. Togliatti: Rapport présenté en mars 1956 à la session Plénière du Comité central du Parti communiste italien)

    C’est ainsi qu’il en est venu à considérer la « voie parlementaire » comme celle par laquelle la classe ouvrière et les autres couches travailleuses d’Italie « avanceront vers le socialisme ».

    Pendant des années, le camarade Togliatti et d’autres camarades ne se lassent d’affirmer:

    « Aujourd’hui, on a formulé, d’une manière générale, la thèse selon laquelle est possible une avance vers le socialisme selon les règles de la légalité démocratique et même parlementaire » (P. Togliatti: Rapport au VIIIème Congrès du Parti communiste italien). « Cette thèse est celle de 1944-46 » (Voir P. Togliatti: « Le Parlement et la lutte pour le socialisme », Pravda, 7 mars 1956)

    « Il est possible de passer au socialisme…par la voie parlementaire. » (Voir P. Togliatti: « Le Parlement et la lutte pour le socialisme », Pravda, 7 mars 1956)

    Nous aimerions discuter, ici, avec le camarade Togliatti et les autres camarades la question de savoir si le passage au socialisme peut être effectué par la voie parlementaire.

    La question doit être claire. Nous avons toujours soutenu que la participation à la lutte parlementaire est une forme de combat légale que la classe ouvrière doit utiliser, dans des conditions données. Refuser d’utiliser la lutte parlementaire quand c’est nécessaire, et jouer à la révolution et user de phraséologie révolutionnaire, cela, tous les marxistes-léninistes le combattent résolument. Pour cette question, nous nous en sommes toujours tenus entièrement à la théorie exposée par Lénine dans La Maladie infantile du communisme (« le gauchisme »).

    Certains déforment délibérément notre point de vue. Ils affirment que  »nous  nions catégoriquement la nécessité de la lutte parlementaire, que nous nions qu’il y ait tours et détours dans le développement de la révolution, que nous croyons que la révolution des peuples de tous les pays peut être réalisée en une seule et belle matinée, ou encore, comme le camarade Togliatti le dit le 10 janvier de cette année dans sa réponse à notre article, que nous demandons aux camarades du Parti communiste italien « de se borner à prêcher et à attendre le grand jour de la révolution ». Ces derniers temps, la dénaturation de l’argumentation adverse est pratiquement devenue la manière d’agir favorite des gens qui se disent « marxistes-léninistes », quand ils s’en prennent aux communistes chinois.

    Posons la question: Quelles divergences y a-t-il entre nous et Togliatti et d’autres camarades quant à l’attitude à adopter envers les parlements bourgeois?

    Tout d’abord, nous  estimons que les parlements bourgeois, y compris le parlement italien actuel, ont un caractère de classe et sont un ornement de la dictature bourgeoise. Comme le dit Lénine, dans « n’importe quel pays parlementaire, depuis l’Amérique jusqu’à la Suisse, depuis la France jusqu’à l’Angleterre, la Norvège, etc., la véritable besogne d’Etat « se fait dans la coulisse; elle est exécutée par les départements, les chancelleries, les états-majors » (V. I, Lénine: « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25). Et « plus la démocratie

    [bourgeoise]

    est puissamment développée, et plus la Bourse et les banquiers se soumettent les parlements bourgeois » (V. I. Lénine: « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky », Œuvres, tome 28)

    En second lieu, nous sommes pour la lutte parlementaire, mais contre la propagation d’illusions à son sujet, contre le « crétinisme parlementaire ». Comme l’a dit aussi Lénine, le parti de la classe ouvrière « est pour l’utilisation de la lutte parlementaire et la participation à cette lutte, mais dénonce impitoyablement le ‘crétinisme parlementaire’, c’est-à-dire la conviction que la lutte parlementaire constitue la seule ou, dans tous les cas, la principale forme de la lutte politique » (V. I. Lénine: « Rapport sur le Congrès d’Unification du Parti Ouvrier social-démocrate de Russie », Œuvres, tome 10)

    En troisième lieu, nous sommes pour l’utilisation de la plate-forme parlementaire de la bourgeoisie dans le but de dénoncer les tares de la société bourgeoise et la duperie des parlements bourgeois. Dans des conditions déterminées, et pour son propre intérêt, la bourgeoisie peut admettre des représentants du parti de la classe ouvrière au Parlement, et c’est précisément par cette méthode qu’elle cherche à duper, à corrompre et même à acheter certains représentants ou dirigeants ouvriers. Le parti de la classe ouvrière qui s’engage dans la lutte parlementaire doit donc avoir une haute vigilance et maintenir constamment son indépendance politique.

    Togliatti et d’autres camarades ont littéralement rejeté la conception léniniste en ce qui concerne ces trois questions. Ils considèrent le Parlement comme une chose au-dessus des classes, ils exagèrent, sans raison aucune, le rôle du parlement bourgeois et considèrent celui-ci comme la seule voie par laquelle le socialisme pourrait être réalisé en Italie.

    Togliatti et d’autres camarades sont complètement obsédés par le parlement italien.

    Ils estiment qu’avec une « loi [électorale] honnête » et que « tant que dans le Parlement se constitue une majorité conforme à la volonté du peuple » (P. Togliatti: « Le Parlement et la lutte pour le socialisme »), on pourra réaliser « de profondes réformes sociales » (P. Togliatti: « Le Parlement et la lutte pour le socialisme »), « modifier les rapports actuels de production, et, partant, modifier le régime de la grande propriété» (« Thèses politiques adoptées par le IXe Congrès du Parti communiste italien »)

    Les choses peuvent-elles vraiment se dérouler ainsi?

    Non. Elles ne peuvent être que ceci: Dans les conditions où la bourgeoisie maintient son contrôle sur la machine d’Etat bureaucratique et militaire, il est impossible, pour le prolétariat et ses proches alliés, dans une situation normale et en se conformant aux lois électorales de la bourgeoisie, d’obtenir une majorité au Parlement, et l’auraient-ils, qu’elle ne serait nullement assurée.

    Après la Seconde guerre mondiale, les partis communistes et ouvriers de nombre de pays capitalistes ont eu des sièges au Parlement et certains d’entre eux en ont eu un bon nombre. Cependant, la bourgeoisie recourt invariablement à toutes sortes de moyens pour empêcher les députés communistes de devenir majorité, soit par l’annulation des élections, la dissolution du Parlement, la révision des lois électorales et de la Constitution, soit en interdisant le Parti communiste.

    Pendant longtemps, après la Seconde guerre mondiale, le Parti communiste français recueillit le plus grand nombre de voix et il fut le premier parti au Parlement, mais la bourgeoisie monopoliste amenda les lois électorales, révisa même la Constitution, et il se vit arracher un grand nombre de sièges.

    La classe ouvrière peut-elle devenir la classe dirigeante en s’en tenant simplement aux votes électoraux? L’histoire n’a vu aucune classe opprimée devenir classe dirigeante par les élections. La bourgeoisie fait l’éloge de la démocratie parlementaire et du système électoral, mais il n’est pas un pays où la bourgeoisie ait pris la place des seigneurs féodaux par des voix gagnées aux scrutins. Et à plus forte raison, il est impossible pour le prolétariat de devenir la classe dirigeante par les élections.

    Comme Lénine le dit dans Salut aux communistes italiens, français et allemands: « Seuls des misérables ou des imbéciles peuvent croire que le prolétariat doit d’abord conquérir la majorité en participant aux votes effectués sous le joug de la bourgeoisie, sous le joug de l’esclavage salarié, et après seulement conquérir le pouvoir. C’est le comble de la stupidité ou de l’hypocrisie; c’est remplacer la lutte de classes et la révolution par des votes sous l’ancien régime, sous l’ancien pouvoir. » (V. I. Lénine: Œuvres, tome 30)

    L’histoire nous enseigne que lorsqu’un « parti ouvrier » renonce à son programme révolutionnaire prolétarien, et dégénère, devient un appendice de la bourgeoisie, donc un parti politique servile, il se peut que la bourgeoisie lui permette de détenir pour un temps la majorité au Parlement et de former le gouvernement. Tel fut le cas avec le Parti travailliste en Grande-Bretagne, et tel fut également le cas avec quelques partis social-démocrates qui ont trahi leur programme révolutionnaire socialiste.

    Mais ceci ne peut que maintenir et consolider la dictature de la bourgeoisie, et ne change absolument en rien l’é tat d’oppression et d’exploitation dans lequel se trouve le prolétariat. Le Parti travailliste anglais a été trois fois au pouvoir depuis 1924, mais la Grande-Bretagne impérialiste est restée impérialiste, et la classe ouvrière britannique qui n’avait pas le pouvoir n’est pas plus avancée.

    Le camarade Togliatti songe-t-il à marcher sur les traces du Parti travailliste anglais et des partis social-démocrates?

    Les Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien disent que le Parlement doit être investi de tous les pouvoirs nécessaires pour légiférer, diriger et contrôler l’Exécutif. Nous ignorons qui, au bout du compte, doit investir le Parlement des pouvoirs auxquels aspirent certains dirigeants du Parti communiste italien.

    Appartient-il à la bourgeoisie ou au camarade Togliatti et d’autres camarades de le faire? Les faits montrent que les pouvoirs du parlement bourgeois lui sont investis par la classe bourgeoise. Etendus ou non, ils sont déterminés par les intérêts de la bourgeoisie.

    Peu importe la somme des pouvoirs qu’elle délègue à son Parlement, il ne sera jamais l’organe du véritable pouvoir de l’Etat bourgeois. Les organes du véritable pouvoir dont la bourgeoisie se sert pour dominer le peuple, ce sont l’appareil bureaucratique et l’appareil militaire de la bourgeoisie, et non le parlement bourgeois.

    Si des communistes renoncent à la voie de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat, s’ils n’espèrent qu’obtenir par voie d’élections la majorité au parlement bourgeois et attendent que leur soient « investis » des pouvoirs pour diriger l’Etat quelle différence y a-t-il donc entre cette voie et la voie parlementaire prônée par Kautsky?

    Celui-ci disait: «…le but de notre lutte politique reste donc, comme par le passé, la conquête du pouvoir d’Etat par l’acquisition de la majorité au Parlement et la transformation de ce dernier en maître du gouvernement » (Voir K. Kautsky: « Tactique nouvelle ». Neue Zeit, No 46, 1912.) Critiquant la voie kautskiste, Lénine disait que ce n’était que de « l’opportunisme le plus pur et le plus plat » (V.I. Lénine: « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25)

    Parlant, en mars 1956, de l’utilisation de la voie légale et de la voie parlementaire, le camarade Togliatti disait: « Ce que nous faisons aujourd’hui n’aurait été ni possible ni juste il y a trente ans, c’aurait été du pur opportunisme comme nous l’avions affirmé alors. » (P. Togliatti: Rapport présenté en mars 1956 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien)

    Qu’est-ce qui permet d’affirmer que ce qui était ni juste ni possible il y a trente ans est, aujourd’hui, juste et possible? Qu’est-ce qui permet d’affirmer que ce qui était pur opportunisme dans le passé est brusquement devenu du marxisme-léninisme pur? Les propos du camarade Togliatti reviennent en fait à reconnaître que la voie adoptée est identique à celle des opportunistes de jadis.

    Cependant, lorsque d’autres faisaient remarquer qu’il avait emprunté la voie parlementaire, le camarade Togliatti changeait de ton et affirmait en juin 1956: « Je voudrais reprendre ces camarades qui ont dit — comme si c’était une chose indiscutable — que la voie italienne de développement vers le socialisme signifie la voie parlementaire et rien de plus. Ce n’est pas vrai. » (P. Togliatti: Rapport présenté en juin 1956 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien)

    Et il ajoutait: « Réduire cette lutte aux campagnes pour le Parlement et attendre la conquête des 51 pour cent serait non seulement naïf,  mais illusoire. » (P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien) Le camarade Togliatti prétend que ce qu’il préconise, ce n’est pas seulement « un parlement qui fonctionne » (P. Togliatti: Rapport présenté en juin 1956 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien), mais aussi « un grand mouvement populaire » (P. Togliatti: Rapport présenté en juin 1956 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien)

    Réclamer « un grand mouvement populaire », c’est  fort bien. Et les marxistes-léninistes ne peuvent que s’en réjouir. D’autre part, il faut reconnaître qu’il y a actuellement en Italie un mouvement de masse très vaste, et que le Parti communiste italien a fait beaucoup de travail dans ce domaine.

    Mais il est regrettable que le camarade Togliatti limite le mouvement de masse au cadre établi par le Parlement. Il estime que le mouvement de masse « fait surgir du pays des exigences qui, ensuite, pourront être satisfaites par le Parlement dans lequel les forces populaires ont obtenu une représentation suffisamment forte. » (P. Togliatti: Rapport présenté en juin 1956 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien)

    Les exigences montent des masses, le Parlement les satisfait, telle est la formule du mouvement de masse du camarade Togliatti.

    Le principe même du marxisme-léninisme en matière de tactique est comme suit: Dans tout mouvement de masse, comme dans la lutte parlementaire, conserver l’indépendance politique du prolétariat, opérer une nette distinction entre ce dernier et la bourgeoisie, fondre intérêts immédiats et intérêts à long terme du mouvement, et lier le mouvement du moment à l’ensemble de la lutte de la classe ouvrière et à son but final.

    Celui qui oublie et enfreint ce principe tombera dans le bourbier du bernsteinisme et acceptera en fait la formule célèbre: « Le but final n’est rien, le mouvement est tout ». Au fond, quelle différence y a-t-il entre la formule du camarade Togliatti sur le mouvement de masse et celle de Bernstein?

    Le capital monopoliste d’Etat peut-il devenir un « instrument plus efficace pour combattre le développement des monopoles »?

    En réponse à un éditorial du quotidien chinois Renmin Ribao, un des principaux dirigeants du Parti communiste italien, le camarade Luigi Longo, écrivait le 4 janvier 1963: « Notre Xe Congrès a aussi réaffirmé avec force que le point sur lequel nous sommes fermes et que nous appelons la voie italienne vers le socialisme est de reconnaître, aujourd’hui, dans les actuelles conditions internationales et nationales, alors que le régime capitaliste existe toujours, qu’ il est possible et nécessaire de parvenir à la liquidation des monopoles et de leur pouvoir économique et politique ».

    Ces camarades estiment possible, par l’adoption des méthodes établies par eux, de changer les rapports de production capitalistes distant actuellement en Italie, de changer « le système de grande propriété » de la bourgeoisie monopoliste italienne.

    Les mesures économiques de « réformes de structure », élaborées par Togliatti et d’autres camarades, consistent, selon eux, en ceci: « Exiger des nationalisations déterminées, exiger une programmation, exiger une intervention de l’Etat en vue d’assurer un développement économique démocratique, et ainsi de suite » (P. Togliatti: Intervention faite en avril 1962 à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien); et « élargir l’intervention directe de l’Etat dans la vie économique, par la programmation, la nationalisation de secteurs productifs entiers, etc. » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »)

    Togliatti et d’autres camarades imagineront peut-être encore d’autres « mesures ». Le camarade Togliatti et les autres ont évidemment le droit de penser et de dire ce qu’ils veulent, nul n’a à s’en mêler, et nous non plus ne désirons nous en mêler. Mais puisqu’ils veulent que les autres pensent et parlent comme eux, nous ne pouvons que continuer à discuter les questions soulevées par eux.

    Prenons d’abord la question de l’intervention de l’Etat dans la vie économique.
    Depuis que l’Etat est l’Etat, et quel qu’il soit, Etat des maîtres d’esclaves, des seigneurs féodaux ou des capitalistes, n’est-il  pas intervenu dans la vie économique? Quand ces classes se trouvent en période ascendante, leur Etat peut intervenir dans la vie économique sous une forme donnée; quand ces classes se trouvent en période descendante, cette intervention peut revêtir une autre forme.

    Dans les Etats de même nature, l’intervention dans la vie économique peut revêtir des formes différentes, selon les pays. Pour le moment, nous ne parlerons pas de la façon dont l’Etat esclavagiste ou l’Etat féodal intervenait dans la vie économique, mais seulement de l’intervention de l’Etat bourgeois.

    Quelle que soit la politique adoptée par l’Etat bourgeois, politique de conquête coloniale, politique visant à l’hégémonie mondiale, politique libre-échangiste ou protectionniste, ce sont là autant d’interventions de l’Etat dans la vie économique et les Etats bourgeois les pratiquent depuis bien longtemps pour défendre les intérêts de la bourgeoisie. Ce genre d’intervention a joué un grand rôle dans le développement du capitalisme. L’intervention de l’Etat ans la vie économique n’est donc nullement une nouveauté venant de faire son apparition en Italie.

    Par « intervention de l’Etat dans la vie économique », Togliatti et d’autres camarades n’entendent peut-être pas les politiques citées plus haut et pratiquées depuis longtemps par la bourgeoisie, mais peut-être et surtout la « nationalisation », comme ils disent.

    Parlons donc de « nationalisation ». En fait, les différentes sortes d’Etats qui ont fait suite à la société esclavagiste ont eu chacun une « économie nationalisée » différente. L’Etat dirigé par les maîtres d’esclaves avait une économie nationalisée, et l’Etat des seigneurs féodaux aussi. L’Etat bourgeois a une économie nationalisée depuis le jour de sa naissance. Aussi s’agit-il de connaître la nature de cette « nationalisation » et au service de quelle classe elle est.

    Le vieux militant communiste qu’est le camarade Togliatti n’ignore certainement pas ce que Engels dit dans Socialisme utopique et socialisme scientifique :

    « Quoi qu’il en soit, avec trusts ou sans trusts, il faut finalement que le représentant officiel de la société capitaliste, l’Etat en [la production] prenne la direction. La nécessité de la transformation en propriété d’Etat apparaît d’abord dans les grands organismes de communication: postes, télégraphes, chemins de fer. »

    Engels a consacré une très importante note à cet énoncé:

     « Je dis: il faut. Car ce n’est que dans le cas où les moyens de production et de communication sont réellement trop grands pour être dirigés par les sociétés par actions, où donc l’étatisation est devenue une nécessité économique, c’est seulement en ce cas qu’elle signifie un progrès économique, même si c’est l’Etat actuel qui l’accompli t qu’elle signifie qu’on atteint à un nouveau stade, préalable à la prise de possession de toutes les forces productives par la société elle-même.

    Mais on a vu récemment, depuis que Bismarck s’est lancé dans les étatisations, apparaître certain faux socialisme qui même, çà et là, a dégénéré en quelque servilité, et qui proclame socialiste sans autre forme de procès, toute étatisation, même celle de Bismarck.

    Évidemment, si l’étatisation du tabac était socialiste, Napoléon et Metternich compteraient parmi les fondateurs du socialisme. Si l’Etat belge, pour des raisons politiques et financières très terre à terre, a construit lui-même ses chemins de fer principaux; si Bismarck, sans aucune nécessité économique, a étatisé les principales lignes de chemins de fer de la Prusse, simplement pour pouvoir mieux les organiser et les utiliser en temps de guerre, pour faire des employés de chemins de fer un bétail électoral au service du gouvernement et surtout pour se donner une nouvelle source de revenus indépendante des décisions du Parlement, — ce n’était nullement là des mesures socialistes, directes ou indirectes, conscientes ou inconscientes.

    Autrement ce seraient des institutions socialistes que la Société royale de commerce maritime, la Manufacture royale de porcelaine et même, dans la troupe, le tailleur de compagnie, voire l’étatisation proposée avec le plus grand sérieux, vers les années 30, sous Frédéric-Guillaume III, par un gros malin, — celle des bordels. »

    Ensuite, Engels met l’accent sur la nature de ce qui est appelé « propriété d’Etat » dans les pays capitalistes. Il dit:

    « Mais ni la transformation en sociétés par actions et en trusts, ni la transformation en propriété d’Etat ne supprime la qualité de capital des forces productives. Pour les sociétés par actions et les trusts, cela est évident. Et l’Etat moderne n’est à son tour que l’organisation que la société bourgeoise se donne pour maintenir les conditions extérieures générales du mode de production capitaliste contre des empiétements venant, des ouvriers comme des capitalistes isolés.

    L’Etat moderne, quelle qu’en soit la forme, est une machine essentiellement capitaliste: l’Etat des capitalistes, le capitaliste collectif en idée. Plus il fait passer de forces productives dans sa propriété, et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n’est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble. Mais, arrivé à ce comble, il se renverse. La propriété d’Etat sur les forces productives n’est pas la solution du conflit, mais elle renferme en elle le moyen formel, la façon d’approcher de la solution. »

    Ces passages ont été écrits par Engels à l’époque où le capital monopoliste commençait à apparaître et où le capitalisme commençait à passer de la libre concurrence au monopole. Ses arguments ont-ils perdu leur valeur alors que le capital monopoliste en vient à dominer complètement? Peut-on dire qu’à l’heure actuelle, la nationalisation dans les pays capitalistes a transformé et même supprimé la « qualité de capital des forces productives »? Peut-on dire qu’à l’heure actuelle, le capitalisme monopoliste d’Etat, constitué par le canal de la nationalisation capitaliste ou d’autres moyens, a cessé d’être le capitalisme? A tout ceci, on ne peut répondre par l’affirmative pour d’autres pays, et le pourrait-on pour l’Italie?

    Il nous faut parler ici de capitalisme monopoliste d’Etat et de capitalisme monopoliste d’Etat italien.

    La concentration des capitaux engendre le monopole. Depuis la Première guerre mondiale, le capitalisme mondial fit un pas en avant non seulement en direction du monopole en général, mais encore, de ce dernier en direction du monopole d’Etat .Après la Première guerre mondiale, et en particulier après la crise économique du monde capitaliste en 1929, le capitalisme monopoliste d’Etat a pris un nouvel essor, dans tous les pays impérialistes.

    Durant la Seconde guerre mondiale, la bourgeoisie monopoliste des pays impérialistes belligérants a utilisé au maximum le capital monopoliste d’Etat pour tirer des bénéfices exorbitants de la guerre. Depuis la guerre, le capital monopoliste d’Etat est même devenu, à des degrés différents, le facteur économique déterminant dans quelques pays impérialistes.

    Des principaux pays impérialistes du monde, l’Italie est celui où les fondements du capitalisme sont relativement faibles. Elle s’est engagée il y a longtemps dans la voie du capitalisme d’Etat, afin de concentrer les forces du capital, et de pouvoir accaparer des profits maximums, concurrencer le capital monopoliste international, élargir ses débouchés et parvenir à un nouveau partage des colonies. Le gouvernement italien fonda, en 1914, le Consortium pour la Subvention de l’Industrie (Consorzio per Sovvenzione su Valore Industria) pour fournir crédits et subventions aux grandes banques et entreprises industrielles.

    Le règne fasciste de Mussolini a vu une fusion plus poussée des organes d’Etat et des organisations du capital monopoliste. Lors de la grande crise de 1929-1933 en particulier, le gouvernement italien acheta massivement, aux cotes d’avant la crise, des actions de banques et autres entreprises en voie de faillite, et, en soumettant de nombreuses banques et entreprises au contrôle de l’Etat créa la Société de Reconstruction industrielle (Istituto per la Ricostruzione Industriale) et constitua ainsi une gigantesque organisation du capital monopoliste d’Etat.

    Après la Seconde guerre mondiale, le capital monopoliste italien, y compris le capital monopoliste d’Etat, qui avait servi de fondement au régime fasciste, fut laissé intact et se développa même à un rythme plus rapide. Aujourd’hui, les entreprises du capital monopoliste d’Etat et les entreprises mixtes, à capitaux monopolistes et d’Etat et privés, représentent environ 30 pour cent de l’ensemble de l’économie italienne.

    Quelles conclusions les marxistes-léninistes doivent-ils tirer du développement du capitalisme monopoliste d’Etat? Peut-on dire qu’en Italie, comme l’on affirmé le camarade Togliatti et certains autres camarades du Parti communiste italien, les entreprises nationalisées, c’est-à-dire le capital monopoliste d’Etat, peuvent être « en opposition avec les monopoles » (A. Pesenti: « S’agit-il de la structure ou de la superstructure? »), être l’ « expression des masses populaires » (A. Pesenti: « S’agit-il de la structure ou de la superstructure? »), un « instrument plus efficace pour combattre le développement des monopoles » (A. Pesenti: « Formes directes et indirectes de l’intervention de l’Etat »)?

    Il n’est pas possible qu’un marxiste-léniniste tirer pareilles conclusions.

    Le capitalisme monopoliste d’Etat est le capitalisme monopoliste où capital monopoleur et pouvoir d’Etat sont fondus ensemble. Utilisant à plein les pouvoirs de l’Etat, il accélère la concentration et l’accumulation des capitaux, intensifie l’exploitation des travailleurs, accélère l’absorption des entreprises moyennes et petites et l’absorption des différents groupes monopolistes entre eux. De plus, il aide à renforcer le capital monopoliste sur le plan international, pour la concurrence et l’expansion.

    Sous couvert d »‘intervention de l’Etat dans la vie économique » et d’ »opposition aux monopoles », et au nom de l’ »E tat », il use de duperies et, par des méthodes cachées et habiles, fait passer des bénéfices énormes dans les mains des groupes monopolistes.

    Les formes principales sous lesquelles le capital monopoliste d’Etat rend service à la bourgeoisie monopoliste sont:

    1. Utilisation des fonds du Trésor et des impôts payés par la population pour prendre sur lui les risques auxquels s’exposent les capitalistes en investissant et assurer ainsi de grands bénéfices aux monopoles.

    Exemple: L’Etat garantit le principal et paye l’intérêt des bons d’emprunt émis par la Société de Reconstruction industrielle, la plus grande organisation monopoliste d’Etat italienne. Les porteurs reçoivent en général un intérêt annuel, qui va de 4,5 à 8%, et en plus touchent des dividendes si l’entreprise fait des bénéfices.

    2. Redistribution au profit des organisations du capital monopoliste d’une grande partie du revenu national, par la législation et le budget d’Etat, afin d’assurer d’importants bénéfices aux groupes monopolistes.

    Exemple: En 1955, les sommes consacrées par le gouvernement italien aux achats, commandes, etc., passés aux groupes monopolistes privés représentaient environ un tiers du budget d’Etat.

    3. Achat et revente des entreprises par l’Etat, forme utilisée tour à tour et qui permet, à un moment donné, de passer à l’Etat les entreprises déficitaires, les entreprises en voie de faillite ou celles qui, après leur nationalisation, seront profitables à certains monopoles; cession, à un moment donné, d’entreprises rentables aux groupes monopolistes privés.

    Exemple: Selon des chiffres établis par l’économiste italien Gino Longo, de 1920 à 1955, pour acheter les actions des banques et autres entreprises en voie de faillite, les différents gouvernements italiens ont dépensé au total 1.647 milliards de lires (valeur 1953), soit un montant qui représente plus de la moitié du capital nominal de 1955 de toutes les sociétés italiennes par actions ayant un capital atteignant ou dépassant 50 millions de lires. Par ailleurs, selon des données incomplètes, la seule Société de Reconstruction industrielle a revendu, depuis sa fondation et jusqu’en 1958, 491 milliards de lires (valeur 1953) d’actions d’entreprises rentables aux organisations monopolistes privées.

    4. Utilisation du pouvoir d’Etat pour renforcer la concentration et l’accumulation des capitaux, et intensifier l’absorption des entreprises moyennes et petites par le capital monopoliste.

    Exemple: De 1948 à 1958, le capital nominal, pris en bloc, des dix plus grands monopoles qui contrôlent les artères vitales de l’économie nationale italienne s’est vu multiplié par 15. Celui de la Fiat (Fabbrica Italiana Automobili Torino) s’est notamment accru de 24 fois, celui de la Compagnie italienne du Ciment (Italcemento) de 39 fois. Les dix plus grandes sociétés italiennes représentent moins de 0,04 pour cent du nombre total des sociétés italiennes par actions; cependant, les actions privées qu’elles détiennent ou contrôlent directement se chiffrent par 64 pour cent du montant global du capital privé par actions de l’Italie .Le nombre des entreprises moyennes et petites faisant faillite ne cessa de s’élever au cours de cette époque.

    5. Luttes acharnées du capital monopoliste d’Etat pour la conquête de débouchés extérieurs au nom de l’ »Etat « et par les moyens diplomatiques et utilisation du capital monopoliste d’Etat par la bourgeoisie monopoliste italienne, en qualité d’instrument de propagation du néocolonialisme.

    Exemple: La Société nationale italienne des Hydrocarbures (Ente Nazionale Idrocarburi) a obtenu, rien qu’entre 1956 et 1961, le droit de prospecter, d’exploiter ou de vendre du pétrole, ou de construire des pipelines et des raffineries de pétrole dans les pays suivants: République arabe unie, Iran, Libye, Maroc, Tunisie, Ethiopie, Soudan, Jordanie, Inde, Yougoslavie, Autriche, Suisse. Par-là, elle a installé les capitalistes, monopolistes italiens sur le marché mondial du pétrole.

    Les faits mentionnés montrent clairement que les monopoles d’Etat et privés sont bien deux formes qui se complètent et qui permettent à la bourgeoisie monopoliste d’arracher des profits énormes. Le développement du capital monopoliste d’Etat aggrave les contradictions inhérentes au régime impérialiste. Il ne peut, en aucun cas, « limiter et briser le pouvoir des grands groupes dirigeants monopolistes » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »), ou transformer les contradictions inhérentes au régime impérialiste, comme le prétendent les camarades Togliatti et autres.

    Certains, en Italie, sont d’avis que le capitalisme n’y est plus, aujourd’hui, ce qu’ il était il y a 50 ans, qu’ il est dans une « phase nouvelle ». Ils le qualifient de « néocapitalisme ». Et ils prétendent avec obstination que sous ce « néocapitalisme » ou dans cette « phase nouvelle » du capitalisme, les principes fondamentaux du marxisme-léninisme sur la lutte des classes, la révolution socialiste, la conquête du pouvoir par le prolétariat et la dictature du « ‘prolétariat, etc., ont perdu toute utilité.

    A leurs yeux, ce « néocapitalisme » aurait pour rôle de régler, au sein même du régime capitaliste, les contradictions fondamentales du capitalisme, par la « programmation », le « progrès technique », le « plein emploi », l’ »Etat du bien-être » et d’autres moyens, ainsi que par le truchement des « alliances internationales ».

    Cette « théorie », le mouvement catholique et les social-réformistes sont les premiers à la soutenir et la propager. Et c’est là que Togliatti et d’autres camarades ont, en fait, puisé l’argumentation pour leur théorie des « réformes de structure ». Togliatti et d’autres camarades estiment que « les concepts de planification et de programmation économiques considérés un temps comme une prérogative socialiste sont aujourd’hui toujours plus largement discutés et acceptés » (Rapport au Xe
    Congrès du Parti communiste).

    Selon le camarade Togliatti, premièrement, l’économie nationale peut se développer suivant un plan non seulement dans les pays socialistes, mais aussi en régime capitaliste, et, deuxièmement, la planification et la programmation économiques propres au socialisme peuvent être acceptées en Italie capitaliste.

    Les marxistes-léninistes ont toujours estimé qu’il est à la fois nécessaire et possible, pour un pays capitaliste, d’adopter des mesures politiques qui régularisent d’une certaine manière l’économie nationale, dans l’intérêt de la bourgeoisie prise dans son ensemble. Cette idée se trouve dans les citations que nous avons faites d’Engels. A l’époque du capital monopoliste, cette fonction régulatrice de l’Etat capitaliste s’exerce essentiellement dans l’intérêt de la bourgeoisie monopoliste.

    Cette régularisation peut même s’exercer parfois aux dépens de certains groupes monopoles, mais jamais elle ne nuira aux intérêts généraux de la bourgeoisie monopoliste, au contraire, elle représentera ses intérêts généraux.

    Lénine a exposé magistralement le sujet. Il disait: « …l’erreur la plus répandue est l’affirmation réformiste bourgeoise prétendant que le capitalisme monopoliste ou le capitalisme monopoliste d’Etat n’est déjà plus du capitalisme, qu’il peut dès lors être qualifié de ‘socialisme d’Etat’, etc. Naturellement, les trusts n’ont jamais donné, ne donnent pas jusqu’à présent, ni ne peuvent donner une planification intégrale. Ils introduisent pourtant une planification; les magnats du Capital escomptent par avance le volume de la production à l’échelle nationale ou même internationale et règlent cette production d’après un plan, mais nous restons cependant en régime capitaliste, dans une nouvelle phase, certes, mais indéniablement en régime capitaliste. » (V. I. Lénine: « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25)

    Cependant, certains camarades du Parti communiste italien soutiennent qu’en réalisant une « planification » dans l’Italie dominée par la bourgeoisie monopoliste, il est possible de résoudre les grands problèmes suscités par l’histoire de l’Italie y, compris « les problèmes concernant la liberté et l’émancipation de la classe ouvrière » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien ») Comment pareil miracle serait-il possible?

    Le camarade Togliatti dit: « Le capitalisme monopoliste d’Etat, qui est l’aspect moderne revêtu par le régime capitaliste dans presque tous les grands pays, est, comme l’a affirmé Lénine, l’étape au-delà de laquelle, pour aller de l’avant, il ne reste que le socialisme. Cependant, de cette nécessité objective, il faut faire surgir un mouvement conscient. » (P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien)

    Nous savons tous que Lénine a dit: «…le capitalisme… est allé de l’avant, du capitalisme à l’impérialisme, des monopoles à l’étatisation .Tout cela a rapproché la révolution socialiste et lui a créé des conditions objectives favorables » (V. I. Lénine: « La Septième Conférence de Russie du P.O.S.D.R. (b), (Conférence d’Avril) », Œuvres, tome 24).

    Il a aussi exprimé cette même idée à d’autres moments. Il est clair que le point sur lequel Lénine met l’accent, c’est que le développement du capitalisme monopoliste d’Etat « doit constituer…un argument en faveur de la proximité…de la révolution socialiste, et non point un argument pour tolérer la négation de cette révolution et les tentatives de farder le capitalisme, à quoi s’emploient tous les réformistes » (V. I. Lénine: « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25) En parlant de « réformes de structure » et de « mouvement conscient », le camarade Togliatti use, exactement comme les réformistes, d’un langage ambigu pour se dérober au problème de la révolution socialiste posé par le marxisme-léninisme et il s’efforce de farder le capitalisme italien.

    Souvenons-nous des enseignements du grand Lénine

    De la série de questions exposées plus haut, on peut voir que la théorie des « réformes de structure » de Togliatti et des autres camarades est, de pied en cap, une révision générale du marxisme-léninisme dans le domaine fondamental de l’Etat et de la révolution.


    A ce sujet, le camarade Togliatti hissait en 1956 déjà, le drapeau de la révision générale du marxisme-léninisme. En juin de cette année-là, il déclarait à la session plénière du Comité central du Parti communiste italien:

    « D’abord Marx et Engels, puis Lénine ont affirmé, en exposant cette théorie [la théorie de la dictature du prolétariat — note de la Rédaction], qu’on ne peut se servir de l’appareil d’Etat bourgeois pour édifier une société socialiste. Cet appareil doit être brisé et détruit par la classe ouvrière, il doit être remplacé par l’appareil d’Etat prolétarien — c’est-à-dire l’appareil d’Etat dirigé par la classe ouvrière elle-même. Ce n’est pas là le point de vue que Marx et Engels adoptèrent dès le début mais celui qu’ils ont soutenu après l’expérience de la Commune de Paris et qui a été en particulier développé par Lénine. Ce point de vue conserve-t-il aujourd’hui encore toute sa valeur?

    C’est là un sujet à discuter. En fait, lorsque nous affirmons qu’ il est possible d’avancer vers le socialisme non seulement sur une base démocratique mais encore en utilisant les formes parlementaires, il «est évident que nous rectifions quelque peu ce point de vue, compte tenu des transformations qui sont intervenues et qui sont en train d’intervenir dans le monde. » 

    Là, le camarade Togliatti pose à l’historien marxiste », tout en déformant fondamentalement l’histoire du marxisme.

    Voyons donc les faits suivants :

    Dans le Manifeste du Parti communiste, écrit en 1847, Marx et Engels déclarent en termes fort clairs que « la première étape dans la révolution ouvrière est la constitution du prolétariat en classe dominante, la conquête de la démocratie » (K. Marx & F. Engels: Œuvres complètes, tome 4)

    Et Lénine dit à ce sujet que « l’on trouve formulée ici l’une des idées les plus remarquables et les plus importantes du marxisme au sujet de l’Etat ,celle de la ‘dictature du prolétariat’ (comme devaient s’exprimer Marx et Engels après la Commune de Paris) » (V. I. Lénine: « L’Etat et la révolution » , Œuvres, tome 25)

    Après avoir fait le bilan de l’expérience tirée de la période 18481851, Marx posa la question de la destruction de la vieille machine d’Etat. Comme le dit Lénine, « ici, la question est posée de façon concrète et la déduction est éminemment précise, définie, pratiquement tangible: toutes les révolutions antérieures ont perfectionné la machine de l’Etat ; or il faut la briser, la démolir ». Lénine ajoute: « Cette déduction est le principal, l’essentiel, dans la doctrine marxiste de l’Etat ». (V. I. Lénine: « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25)

    En se basant sur l’expérience de 1848-1851, Marx en vint à la conclusion que, à la différence des révolutions antérieures, la révolution prolétarienne ne se contenterait pas de transférer la machine bureaucratique et militaire de l’Etat d’un groupe de personnes à un autre. Il ne donna pas de réponse concrète, à l’époque à, la question de savoir ce qui remplacerait la machine d’Etat dé truite.

    Comme le fit remarquer Lénine, la raison en est que Marx posait les tâches en s’en tenant strictement à l’expérience historique et non en partant simplement de déductions logiques (Voir V. I. Lénine: « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25)  Sur cette question concrète, rien ne pouvait être tiré des données d’avant 1852, mais plus tard, en 1871, la Commune de Paris inscrivit la question à l’ordre du jour. « La Commune est la première tentative faite par la révolution prolétarienne pour briser la machine d’Etat bourgeoise; elle est la forme politique ‘enfin trouvée’ par quoi l’on peut et l’on doit remplacer ce qui a été brisé. » (V. I. Lénine: « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25)

    Par-là, nous voyons que la destruction de la machine d’Etat bourgeoise et ce qui doit en prendre la place sont deux questions distinctes, et Marx donna d’abord réponse à l’une, puis  l’autre, sur la base de l’expérience historique de périodes différentes.

    Le camarade Togliatti dit que Marx et Engels n’ont soutenu la nécessité pour le prolétariat de briser la machine d’Etat bourgeoise qu’après l’expérience de la Commune de Paris en 1871.

    C’est déformer les faits.

    Tout comme Kautsky, le camarade Togliatti « admet la conquête du pouvoir sans la destruction de la machine d’Etat » (V. I. Lénine: « L’Etat et la révolution », Œuvres, tome 25) Il estime que la machine d’Etat  bourgeoise peut être conservée et que les objectifs que s’assigne le prolétariat peuvent être atteints si l’on utilise cette machine d’Etat toute prête.

    Il serait bon que le camarade Togliatti voie comment Lénine a réfuté Kautsky à de multiples reprises sur ce sujet.

    Lénine dit: « Ou bien Kautsky renonce complètement au passage du pouvoir politique aux mains de la classe ouvrière, ou bien il admet que la classe ouvrière prenne en main la vieille machine d’Etat bourgeoise; mais il n’admet d’aucun manière qu’elle la brise, la démolisse et la remplace par une machine nouvelle, prolétarienne. Qu’on ‘interprète’ et qu’on ‘explique’ comme on voudra le raisonnement de Kautsky, dans les deux cas sa rupture avec le marxisme et son ralliement à la bourgeoisie sont évidents. » (V. I. Lénine: « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky », Œuvres, tome 28)

    Alors que le camarade Togliatti vante son programme comme étant « un approfondissement et un développement du marxisme-léninisme », il doit être noté que la théorie des « réformes de structure » fut, en fait, imaginée par Kautsky. Dans Révolution sociale, Kautsky disait: « II va de soi que nous n’arriverons pas au pouvoir dans les conditions du régime actuel. La révolution elle-même suppose des luttes de longue haleine, d’une grande profondeur, qui auront eu le temps de modifier notre structure politique et sociale actuelle. »

    Il en ressort que, Kautsky essaya, voici longtemps, de substituer la théorie des « réformes de structure » à la doctrine de la révolution prolétarienne et que la camarade Togliatti a hérité de ses oripeaux. Néanmoins, si nous examinons soigneusement leurs vues respectives, nous constaterons que le camarade Togliatti va plus loin que Kautsky, car celui-ci admettait que « nous n’arriverons pas au pouvoir dans les conditions du régime actuel », tandis que le camarade Togliatti, lui, soutient précisément qu’il est possible d’arriver au pouvoir « dans les conditions du régime actuel ».

    Togliatti et les autres camarades estiment que pour progresser vers le socialisme, l’Italie a besoin d’un « régime démocratique nouveau » qui serait établi conformément à la merveilleuse Constitution italienne, et que soit formé, en même temps, un « bloc historique nouveau » ou un « nouveau bloc des forces dirigeantes sociales et politiques »  (Voir « Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »). Ils prétendent que c’est ce « bloc historique nouveau », plutôt que le prolétariat italien, qui est « le porteur d’une révolution politique aussi bien qu’intellectuelle et morale » (Voir « Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien ») de l’Italie.

    Nul ne sait ce qu’est vraiment ce « bloc historique nouveau » ni comment il sera formé. Parfois, Togliatti et les autres camarades disent que ce « bloc historique nouveau » se trouve « sous la direction de la classe ouvrière » (Voir « Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien »), et d’autres fois qu’il est lui-même le « bloc des forces dirigeantes ».

    Ce genre de bloc, est-ce une organisation de classe du prolétariat ou est-ce une alliance de différentes classes? Est-il placé sous la direction de la classe ouvrière, ou de la bourgeoisie, ou d’une autre classe? Seul Dieu le sait! En définitive, ils se servent de cette formulation fantaisiste et vague simplement pour se soustraire à l’idée fondamentale du marxisme-léninisme sur la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat.

    L’idée du camarade Togliatti est, premièrement, qu’il n’est pas nécessaire de briser la machine d’Etat bourgeoise, et, deuxièmement, qu’il n’est pas nécessaire de mettre une machine d’Etat prolétarienne sur pied. Il rejette donc l’expérience de la Commune de Paris.

    A la suite de Marx et d’Engels, Lénine n’a cessé d’expliquer l’expérience de la Commune de Paris, et il a insisté invariablement sur son caractère d’universalité pour le prolétariat de tous les pays du monde. Il n’a pas dissocié l’expérience de la Révolution russe de celle de la Commune de Paris, mais tenait la première pour un prolongement et un développement de la seconde. Il considérait les Soviets comme « reproduisant le type d’Etat élaboré par la Commune de Paris » (V. I. Lénine: « Les Tâches du prolétariat dans notre révolution », Œuvres, tome 24), et estimait que la Commune de Paris a « fait le premier pas sur cette voie, le premier pas d’une portée historique et universelle, et le pouvoir des Soviets a fait le second » (V. I. Lénine: « 1er Congrès de l’Internationale communiste », Œuvres, tome 28) dans la voie de la destruction de la vieille machine d’Etat.

    Ayant rejeté l’expérience de la Commune de Paris, il est immanquable que le camarade Togliatti oppose carrément ses idées au marxisme-léninisme, rejette carrément l’expérience de la Révolution d’Octobre, et rejette l’expérience des révolutions populaires qui ont eu lieu dans différents pays depuis la Révolution d’Octobre; il oppose donc sa « voie italienne » à la voie commune à l’ensemble du prolétariat international.

    Le camarade Togliatti a affirmé: « Aujourd’hui, la question de faire ce qui a été fait en Russie ne se pose pas aux ouvriers italiens. » (Voir P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste) Voilà la substance du problème.

    Dans les Points essentiels de la Déclaration-programme adoptés par le VIIIe Congrès du Parti communiste italien en 1956, il est dit: « Dans les premières années après la Première guerre mondiale, la conquête révolutionnaire du pouvoir par les méthodes qui avaient conduit à la victoire en Union soviétique s’est révélée impossible ». Voilà encore la substance du problème.

    Parlant de l’expérience de la révolution chinoise, le camarade Togliatti a déclaré que dans la période de la conquête du pouvoir par le peuple chinois, la ligne politique du Parti communiste chinois « ne correspondait en aucune façon à la ligne stratégique et tactique suivie, par exemple, par les bolcheviks au cours de la révolution de mars à octobre [1917] » (P. Togliatti: Conclusions prononcées au Xe Congrès du Parti communiste italien). C’est là une déformation de l’histoire de la révolution chinoise.

    La révolution chinoise a ses particularités propres, dans les conditions concrètes de la Chine. Cependant, comme le camarade Mao Zedong l’a souligné à plusieurs reprises, la ligne politique de notre Parti a été élaborée en fonction du principe de l’union de la vérité universelle du marxisme-léninisme avec la pratique concrète de la révolution chinoise.

    Nous avons toujours considéré la révolution chinoise comme un prolongement de la Grande Révolution d’Octobre, et il va sans dire qu’elle est aussi un prolongement de l’œuvre de la Commune de Paris. Quant à la question la plus fondamentale de la doctrine de l’Etat et de la révolution, c’est-à-dire la destruction de la vieille machine d’Etat militaire et bureaucratique et la mise sur pied de la machine d’Etat de la dictature du prolétariat, l’expérience essentielle de la révolution chinoise correspond entièrement à celle de la Révolution d’Octobre et de la Commune de Paris. Comme le camarade Mao Zedong le disait en 1949, dans son célèbre De la dictature démocratique populaire: « S’engager dans la voie des Russes, telle a été la conclusion. » (Mao Zedong: Œuvres choisies, tome IV)

    Pour défendre ses révisions des principes fondamentaux du marxisme-léninisme, ou les « rectifications », comme il les appelle avec ses camarades, le camarade Togliatti affirme que l’expérience de la révolution chinoise « ne correspondait en aucune façon » à celle de la Révolution d’Octobre, que ce sont deux choses différentes. Mais comment cette déformation formation peut-elle aider en quoi que ce soit la théorie des « réformes de structure » de Togliatti et des autres camarades?

    Leur théorie des « réformes de structure », c’est celle du « passage pacifique » ou, selon leurs propres paroles, « la marche vers le socialisme dans la démocratie et la paix » (« Thèses du Xe Congrès du Parti communiste italien ») Toute leur théorie et leur programme tout entier débordent de louanges pour « la paix entre les classes » en société capitaliste et ne contiennent absolument rien sur la « marche vers le socialisme »; il n’y a que « paix » entre les classes et pas du tout de « passage » d’une société à une autre.

    Le marxisme-léninisme est la science de la révolution prolétarienne, et il se développe sans cesse dans la pratique révolutionnaire. Ici et là, un principe ou une conclusion doit inévitablement faire place à un nouveau principe ou une nouvelle, conclusion convenant aux nouvelles conditions historiques.

    Mais cela ne signifie pas que les principes fondamentaux du marxisme-léninisme peuvent être rejetés ou révisés. La théorie marxiste-léniniste sur l’Etat et la révolution n’est nullement un principe ou une conclusion quelconque, mais un principe fondamental né du bilan marxiste-léniniste de l’expérience tirée des luttes du prolétariat international. Rejeter ou réviser ce principe fondamental, c’est se détourner entièrement du marxisme-léninisme.

    Nous voudrions, à notre tour, donner « respectueusement » et en toute franchise, un conseil au camarade Togliatti: Ne soyez pas orgueilleux au point de déclarer que vous ne ferez pas ce qu’a fait la Révolution russe d’Octobre. Un peu plus de modestie et rappelez-vous ce que le grand Lénine nous enseignait en 1920: «…dans certaines questions très essentielles de la révolution prolétarienne, tous les pays passeront inévitablement par où a passé la Russie » (V. I. Lénine: « La Maladie infantile du communisme, le ‘gauchisme’) », Œuvres, tome 31)

    Soutenir ou combattre les principes de la stratégie prolétarienne avancés par Lénine et confirmés par la victoire de la Grande Révolution d’Octobre, voilà en quoi réside la différence fondamentale entre, d’une part, les léninistes et, d’autre part, les révisionnistes modernes et ceux qui marchent sur leurs traces.

    VI. MEPRISER L’ENEMI SUR LE PLAN STRATEGIQUE, EN TENIR SERIEUSEMENT COMPTE SUR LE PLAN TACTIQUE

    Une analyse de l’histoire

    Soudain, tout dernièrement, des gens qui se disent « marxistes-léninistes » se sont remis à manifester bruyamment leur opposition à la thèse des communistes chinois selon laquelle l’impérialisme et tous les réactionnaires sont des tigres en papier. Tantôt, ils disent que c’est là « mésestimer l’impérialisme « et « démobiliser les masses », puis, que c’est « méconnaître la puissance du socialisme » ; un moment, ils la traitent de « pseudo-révolution », puis de thèse « due à la crainte ».

    Ils essaient de crier plus fort que le voisin et ils rivalisent d’efforts, chacun tentant de « surpasser le précédent » et voulant montrer qu’il ne « retarde » pas. Leurs propos sont bourrés de contradictions et tiennent presque de l’aberration délirante, et tout cela dans le but de démolir cette thèse. Dans tous leurs propos perce cependant une faiblesse fatale; ils n’ont jamais osé aborder, ne serait-ce qu’avec un minimum de sérieux, la thèse scientifique de Lénine selon laquelle l’impérialisme est du capitalisme parasitaire, décadent et moribond.

    Au Xe Congrès du Parti communiste italien, le camarade Togliatti fut le premier à déclencher l’attaque Il dit: « II est…faux…d’affirmer que l’impérialisme  est un simple tigre en papier qu’un coup d’épaule pourrait renverser » (P. Togliatti: Rapport au Xe Congrès du Parti communiste italien) Et aussi: « S’ils [les impérialistes] sont des tigres en papier, pourquoi tant d’énergie et tant de luttes pour les combattre? » (Voir « Ramenons la discussion à ses termes réels »)

    Si le camarade Togliatti était un élève d’école primaire qui, au cours d’une leçon sur le sens des mots, répondrait que le tigre en papier est du papier encollé sous forme de tigre, il obtiendrait facilement la mention « satisfaisant ».

    Mais les vues simplistes ne sont pas de mise lorsqu’il s’agit d’étudier des questions théoriques. Le camarade Togliatti prétend avoir apporté « une contribution positive à l’approfondissement au développement du marxisme-léninisme, doctrine révolutionnaire de la classe ouvrière » (Voir « Ramenons la discussion à ses termes réels »), et cependant, c’est une réponse d’écolier qu’il donne à une question théorique sérieuse. Quoi de plus stupide et de plus ridicule?

    La thèse « L’impérialisme et tous les réactionnaires sont des tigres en papier » du camarade Mao Zedong a toujours été limpide. Voici ce qu’il dit à ce sujet:

    « Pour lutter contre l’ennemi, nous avons formé, au cours d’une longue période, le concept que voici: Du point de vue stratégique, nous devons mépriser tous les ennemis, et du point de vue tactique, tenir sérieusement compte de tous les ennemis.

    Ce qui veut dire aussi que nous devons mépriser l’ennemi dans son ensemble mais en tenir sérieusement compte en ce qui concerne chacune de toutes les questions concrètes. Si nous ne méprisons pas l’ennemi dans son ensemble, nous commettrons une erreur d’opportunisme. A eux deux, Marx et Engels, déjà à leur époque, ont déclaré que le capitalisme serait renversé dans le monde entier.

    Mais sur les questions concrètes et sur les questions se rapportant à chaque ennemi en particulier, si nous ne tenons pas sérieusement compte de l’ennemi, nous commettrons une erreur d’aventurisme ». (Mao Zedong: Intervention faite en 1957 à la Conférence des Représentants des Partis communistes et ouvriers, Moscou)

    Ceux qui refusent d’entendre la vérité sont plus sourds que les sourds. Qui a jamais dit qu’un coup d’épaule suffirait à renverser l’impérialisme ? Qui a jamais dit qu’ il ne faut ni énergie ni lutte pour renverser l’impérialisme?

    Nous voulons citer encore le camarade Mao Zedong:

     « De même qu’il n’y a aucune chose au monde dont la nature ne soit double (c’est la loi de l’unité des contraires), de même l’impérialisme et tous les réactionnaires ont une double nature — ils sont de vrais tigres et en même temps des tigres en papier.

    Dans le passé, la classe des propriétaires d’esclaves, la classe féodale des propriétaires fonciers et la bourgeoisie furent, avant leur conquête du pouvoir et quelque temps après, pleines de vitalité, révolutionnaires et progressistes; c’étaient de vrais tigres. Mais, dans la période postérieure, comme leurs antagonistes — la classe des esclaves, la classe paysanne et le prolétariat — grandissaient et engageaient la lutte contre elles, une lutte de plus en plus violente, ces classes régnantes se sont transformées peu à peu en leur contraire, sont devenues réactionnaires, rétrogrades, des tigres en papier.

    Et, en fin de compte, elles ont été renversées par le peuple ou le seront un jour. Même dans la lutte à outrance que leur livrait le peuple, ces classes réactionnaires, rétrogrades, décadentes avaient encore cette double nature. En un sens, elles étaient de vrais tigres; elles dévoraient les gens, les dévoraient par millions et par dizaines de millions.

    La lutte populaire traversait une période de difficultés et d’épreuves, et son chemin faisait bien des tours et détours. Le peuple chinois a dû consacrer plus de cent ans à la lutte pour liquider la domination en Chine de l’impérialisme, du féodalisme et du capitalisme bureaucratique, et donner des dizaines de millions de vies humaines, avant de parvenir à la victoire en 1949. Voyez, n’étaient-ce pas des tigres vivants, des tigres de fer, de vrais tigres? Mais, en fin de compte, ils sont devenus des tigres en papier, des tigres morts, des tigres en fromage de soya.

    Ce sont là des faits historiques. Est-ce qu’on ne les a pas vus, est-ce qu’on n’en a pas entendu parler? En vérité, il y en a eu des milliers et des dizaines de milliers!

    Des milliers et des dizaines de milliers! Ainsi, considérés dans leur essence, du point de vue de l’avenir et sous l’angle stratégique, l’impérialisme et tous les réactionnaires doivent être tenus pour ce qu’ils sont: des tigres en papier. C’est là-dessus que se fonde notre pensée stratégique. D’autre part, ils sont aussi des tigres vivants, des tigres de fer, de vrais ils mangent les hommes. C’est là-dessus que se fonde notre pensée tactique. » (Voir Mao Zedong: « Entretien avec la journaliste américaine Anna Louise Strong », note introductive, Œuvres choisies, tome IV)

    Cette citation montre le double caractère des trois grandes classes exploiteuses non seulement dans les différentes phases de leur développement historique, mais aussi, dans leur ultime combat à mort avec les peuples. C’est, de toute évidence, une analyse marxiste-léniniste de l’histoire.

    La ligne de partage entre révolutionnaires et réformistes

    L’histoire nous enseigne que tous les révolutionnaires, y compris, bien entendu, les révolutionnaires bourgeois, en arrivent à être des révolutionnaires, lorsqu’ils ont pardessus tout l’audace de mépriser l’ennemi, de mener la lutte et d’arracher la victoire. Ceux qui craignent l’ennemi et n’ont pas le courage de combattre et d’arracher la victoire sont des lâches, des réformistes ou des capitulationniste; ils ne seront jamais des révolutionnaires.

    Tous les vrais révolutionnaires de l’histoire ont eu l’audace de mépriser les réactionnaires, de mépriser les classes dominantes réactionnaires, de mépriser l’ennemi, parce que, dans les conditions historiques de l’époque, le peuple commençait à ressentir la nécessité de remplacer le vieux système par un système nouveau, et était confronté avec de nouvelles tâches historiques. Lorsque le besoin de changer existe, le changement devient irrésistible et il s’affirme tôt ou tard, qu’on le veuille ou non. Marx a dit: « Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. » (K. Marx & F. Engels: « ’Contribution à la critique de l’économie politique’, Préface », Œuvres complètes, tome 13)

    Le besoin de changement social suscite la conscience révolutionnaire des hommes. Nul ne pourrait poser de tâches révolutionnaires ou faire la révolution avant que les conditions historiques n’aient engendré le besoin d’un changement, malgré tous les efforts.

    Mais, lorsque les conditions historiques ont engendré le besoin de changement, alors apparaissent les révolutionnaires et les combattants populaires d’avant-garde qui ont l’audace de défier et de dénoncer les classes dominantes réactionnaires, et les traitent comme des tigres en papier. Et par tout ce qu’ils entreprennent, ils affermissent toujours la volonté de combat du peuple et rabattent la morgue de l’ennemi. C’est l’histoire qui en décide ainsi, et c’est ainsi qu’il doit en être dans la révolution sociale.

    Quant à savoir à quel moment une révolution éclate et, ayant éclaté, si elle triomphera rapidement ou s’il se passera du temps avant qu’elle ne triomphe, ou si elle connaîtra des difficultés et des revers nombreux et sérieux, voire même de graves échecs: avant la victoire finale, et ainsi de suite, tout dépend de différents facteurs historiques concrets. Néanmoins, même s’il y a de graves difficultés, de gros revers, voire des échecs sérieux, les vrais révolutionnaires continueront à avoir l’audace de mépriser l’ennemi et à croire au triomphe de la révolution.

    Après la défaite de la révolution de 1927, le peuple et le Parti communiste chinois furent plongés dans une situation extrêmement difficile. Révolutionnaire prolétarien, le camarade Mao Zedong nous fit entrevoir alors les perspectives de développement et de victoire de la révolution chinoise.

    Il estimait, d’une part, que grossir, sans raison, les forces subjectives de la révolution, et de ce fait minimiser les forces contre-révolutionnaires, est un point de vue unilatéral, erroné; et d’autre part, il soulignait que grossir les forces contre-révolutionnaires, et de ce fait sous-estimer le potentiel des forces révolutionnaires, est également un point de vue unilatéral, erroné. Le développement et la victoire de la révolution chinoise ont confirmé les appréciations faites à l’époque par le camarade Mao Zedong. La situation mondiale actuelle prise dans son ensemble est des plus favorables pour tous les peuples.

    Mais, face à cette situation, il se trouve des gens dont les efforts convergent pour attaquer à plaisir la thèse selon laquelle il faut mépriser l’ennemi sur le plan stratégique; ils grossissent les forces de l’impérialisme, contribuent à accroître l’arrogance des impérialistes et de toute la réaction et aident les impérialistes à intimider les peuples révolutionnaires. Par-là, ils n’affermissent pas la volonté de combat des peuples ni ne rabattent la morgue de l’ennemi, ils accroissent la morgue de l’ennemi et tentent d’abattre la volonté de combat des peuples.

    Lénine a dit: « Si vous voulez la révolution…vous devez être forts. » (V. I. Lénine: « Pas de mensonges! notre force réside dans l’affirmation de la vérité! », Œuvres, tome 9)  Mais pourquoi les révolutionnaires doivent-ils l’être ; et pourquoi le sont-ils nécessairement? Parce que les révolutionnaires représentent les forces neuves et montantes de la société, ils croient à la force du peuple, et ils ont l’immense puissance du peuple comme appui.

    Alors que les réactionnaires sont faibles, et le sont immanquablement, parce qu’ils sont coupés du peuple; aussi forts qu’ils puissent paraître sur le moment, ils sont voués à la défaite. « Pour la méthode dialectique, ce qui importe avant tout, ce n’est pas ce qui à un moment donné paraît stable, mais commence déjà à dépérir; ce qui importe avant tout, c’est ce qui naît et se développe si même, à un moment donné, la chose semble instable, car selon la méthode dialectique, il n’y a d’invincible que ce qui naît et se développe. » (J. Staline: « Le Matérialisme dialectique et le matérialisme historique », Les Questions du léninisme)

    Pourquoi Lénine a-t-il maintes et maintes fois parlé de l’impérialisme en termes de « colosse aux pieds d’argile ». d’ »épouvantail » ? En dernière analyse, c’est parce qu’il se basait sur les lois objectives du développement de la société, qu’il croyait que les forces naissantes de la société vaincraient finalement les forces décadentes et que les forces populaires triompheraient finalement des forces antipopulaires. Et cela n’est-il pas vrai?

    A tous ceux qui cherchent à démolir la thèse des communistes chinois sur les tigres en papier que sont l’impérialisme et tous les réactionnaires, nous aimerions dire: vous devriez d’abord démolir la thèse de Lénine. Pourquoi ne réfutez-vous pas directement la thèse de Lénine qui présente l’impérialisme comme un « colosse aux pieds d’argile « , un « épouvantail », etc.? Qu’est-ce donc que tout cela, sinon une preuve de votre couardise face à la vérité?

    Tant la formulation de Lénine sur l’impérialisme « colosse aux pieds d’argile », « épouvantail », etc., que celle des communistes chinois, « l’impérialisme et tous les réactionnaires sont des tigres en papier », sont des métaphores très justes pour tout marxiste-léniniste sensé. Elles sont basées sur les lois du développement social; leur but est de montrer le problème dans son essence, en une langue claire et compréhensible. Les grands marxistes-léninistes, et de nombreux savants et philosophes recourent fréquemment aux métaphores dans leurs explications, et ils y ont souvent réussi, leurs métaphores ayant grande précision et beaucoup de profondeur.

    Obligés de se montrer d’accord avec l’image de Lénine sur la nature de l’impérialisme, certains s’attachent à combattre la métaphore utilisée par les communistes chinois. Pour quelle raison? Pourquoi s’obstinent-ils? Pourquoi tout ce tintamarre à ce sujet, en ce moment? Ceci ne fait que montrer la pauvreté de leur formation idéologique, et bien entendu ils ont un but.

    Quel est donc ce but?

    Après la Seconde guerre mondiale, le camp socialiste a beaucoup grandi en force. Dans les vastes régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, les révolutions dirigées contre les impérialistes et leurs laquais gagnent sans cesse du terrain.

    Au sein des pays impérialistes, les contradictions, multiples et inconciliables, tant intérieures qu’extérieures, sont comme des volcans, menaçant constamment la domination de la bourgeoisie monopoliste. Les pays impérialistes intensifient la course aux armements et tentent par tous les moyens d’engager leur économie nationale dans l’orbite de la militarisation.

    Tout ceci pousse l’impérialisme dans l’impasse .Pour remédier au sort présent et à venir de leurs patrons, les brain-trusts de l’impérialisme ont dressé des plans et encore des plans, mais ne sont pas parvenus à trouver d’issue à la situation sans espoir dans laquelle se trouvent leurs patrons.

    Et cependant, dans cette conjoncture internationale, certains, qui se disent « marxistes-léninistes », ont l’esprit brouillé; une sorte de mélancolie « fin de siècle » a supplanté, chez eux, la raison froide. Ils ne songent nullement à guider les peuples pour qu’ils se débarrassent des malheurs dus à l’impérialisme et ne croient pas les peuples capables de rejeter le malheur et de se créer une vie nouvelle.

    Il serait plus exact de dire qu’ils se préoccupent davantage du sort de l’impérialisme et de toute la réaction que de celui du socialisme et des peuples. Si, en ce moment, ils font beaucoup de bruit autour de la puissance de l’ennemi, s’sil exagèrent cette puissance et battent la grosse caisse pour l’impérialisme ce n’est pas pour combattre l’aventurisme, mais bien pour empêcher les peuples et nations opprimés de se dresser, de faire la révolution ; ils utilisent tout simplement l’ »opposition à l’aventurisme » pour parvenir à leur vrai but qui est de s’opposer à la révolution.

    Parlant en 1906 des partis libéraux de la Douma russe, Lénine disait que « les partis libéraux au sein de la Douma ne soutenaient la volonté du peuple que d’une manière fort insuffisante et timide; ils se souciaient bien plus de modérer et d’affaiblir la lutte révolutionnaire en cours que de liquider l’ennemi du peuple. » (V. I. Lénine: « Résolution (II) du Comité de Saint-Pétersbourg du P.O.S.D.R. sur l’attitude envers la Douma d’Etat », Œuvres, tome 10)

    Actuellement, dans les rangs du mouvement ouvrier, on trouve des libéraux du genre de ceux dont parlait Lénine, c’est-à-dire des libéraux bourgeois. Ceux-ci se soucient, non pas de battre les impérialistes et les autres ennemis du peuple, mais de tempérer et d’affaiblir les luttes révolutionnaires, qui prennent tant d’ampleur, des peuples et nations opprimés. Évidemment, on peut difficilement attendre de pareilles gens qu’ils saisissent la thèse selon laquelle les marxistes-léninistes doivent mépriser l’ennemi sur le plan stratégique.

    De grands exemples

    Après s’en être pris à ce que les communistes chinois disent au sujet de « mépriser l’ennemi sur le plan stratégique », des « héros » ont ensuite tourné leur colère contre « en tenir sérieusement compte sur le plan tactique ». Ils prétendent que mépriser l’ennemi sur le plan stratégique et en tenir sérieusement compte sur le plan tactique tient de la « double comptabilité » et est « contraire au marxisme-léninisme ».

    En apparence, ces « héros » admettent toujours que la stratégie n’est pas la tactique et que la tactique est au service des buts stratégiques. Mais en fait, ils nient toute différence entre stratégie et tactique et confondent entièrement la notion de stratégie avec celle de tactique. Ce n’est pas la tactique qu’ils font dépendre de la stratégie, mais celle-ci qu’ils font dépendre de la tactique. Ils s’enlisent dans les luttes quotidiennes, et dans les luttes concrètes ils s’accommodent de tout, versant ainsi dans le capitulationnisme, ou agissent à la légère, versant alors dans l’aventurisme.

    Et tout cela, en fin de compte, dans le but de rejeter les principes stratégiques des marxistes-léninistes révolutionnaires et les buts stratégiques de tous les communistes.

    Comme dit plus haut, si les révolutionnaires de l’histoire ont été des révolutionnaires, c’est qu’ils eurent, avant tout, l’audace de mépriser l’ennemi,  de combattre et de vaincre. Nous voulons ajouter ici que, similairement, le révolutionnaire qui a su faire triompher la révolution est celui qui non seulement a osé mépriser l’ennemi, mais aussi a su en tenir sérieusement compte et agir avec prudence dans chaque question particulière et dans chaque lutte concrète. D’une façon générale, si un révolutionnaire, en particulier un révolutionnaire prolétarien, ne parvient pas à agir de la sorte, il ne pourra diriger la révolution dans la bonne voie, et il risque de verser dans l’aventurisme, portant ainsi préjudice à la révolution et la faisant même échouer.

    Durant toute leur vie de combat au service de la cause du prolétariat, Marx, Engels et Lénine ont toujours méprisé l’ennemi sur le plan stratégique, tout en en tenant sérieusement compte sur le plan tactique. Ils ont toujours mené la lutte sur deux fronts, selon la situation concrète, tant contre l’opportunisme de droite et le capitulationnisme que contre l’aventurisme « de gauche ». Et ils nous ont fourni de grands exemples.

    Marx et Engels ont achevé le Manifeste du Parti communiste par ces mots célèbres :

    « Les communistes ne s’abaissent pas à dissimuler leurs opinions et leurs projets. Ils proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé. Que les classes dirigeantes tremblent à l’idée d’une révolution communiste! Les prolétaires n’y ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à y gagner. » (K. Marx & F. Engels: Œuvres complètes, tome 4)

    Ceci a toujours été le principe et le but de la stratégie générale de l’ensemble du mouvement communiste international. Toutefois, même dans le Manifeste du Parti communiste, Marx et Engels ont tenu soigneusement compte des conditions différentes dans lesquelles se trouvaient les communistes des divers pays. Ils n’ont jamais fixé de formules types rigides et ne les ont jamais imposées aux communistes; car, de tous temps, les marxistes ont considéré qu’il appartient aux communistes de chaque pays de fixer, en se basant sur les conditions propres à leur pays, les tâches stratégiques et tactiques concrètes dans les différentes phases historiques.

    Marx et Engels ont eu une part directe dans les luttes révolutionnaires de masse de 18481849. Ils considéraient la révolution démocratique bourgeoise de l’époque comme le prélude de la révolution socialiste prolétarienne, mais ils s’opposèrent au mot d’ordre de lutte immédiate « Pour une République des ouvriers ».

    C’était là leur stratégie concrète de l’époque. D’ autre part, ils s’opposèrent aussi à des tentatives pour déclencher la révolution en Allemagne par les armes à partir de l’extérieur, considérant que ce serait là « jouer à la révolution ». Ils proposèrent le retour au pays, « l’un après l’autre, « des ouvriers allemands résidant à l’étranger, pour qu’ils s’y lancent dans la lutte révolutionnaire des masses. Autrement dit, dans les cas concrets, la conception et la façon d’agir de Marx et d’Engels sur le plan tactique différaient foncièrement de celles des aventuristes « de gauche ». Dans les questions de lutte concrète, ils s’efforçaient toujours de partir d’une base solide.

    Au printemps de 1850, peu après l’échec des révolutions de 1848-1849, Marx et Engels exprimèrent l’opinion, dans une analyse de la situation de l’époque, qu’une nouvelle révolution était proche. Mais en été, ils s’aperçurent qu’une reprise immédiate de la révolution n’était plus possible. Certains dédaignèrent les possibilités objectives et essayèrent de créer une « révolution artificielle » en usant de phraséologie révolutionnaire au lieu de tenir compte de la réalité du développement révolutionnaire. Ils dirent aux ouvriers qu’ils devaient s’emparer immédiatement du pouvoir ou bien aller se coucher. Marx et Engels combattirent résolument cet aventurisme.

    Comme Lénine l’a dit: « Lorsque l’époque des révolutions de 1848-1849 fut close, Marx se dressa contre toute tentative de jouer à la révolution (lutte contre Shapper-Willich), exigeant que l’on sût travailler dans la nouvelle époque qui préparait, sous une ‘paix’ apparente, de nouvelles révolutions. » (V. I. Lénine: « Karl Marx », Œuvres, tome 21)

    En septembre 1870, quelques mois avant la Commune de Paris, Marx mit le prolétariat français en garde contre une insurrection en temps inopportun. Cependant, lorsque les ouvriers se virent forcés de se soulever en mars 1871, il salua avec enthousiasme l’héroïsme sans borne des ouvriers de la Commune de Paris. Dans une lettre à L. Kugelmann, il écrivait:

    « De quelle souplesse, de quelle initiative historique, de quelle faculté de sacrifice sont doués ces Parisiens! Affamés et ruinés pendant six mois, par la trahison intérieure plus encore que par l’ennemi, ils se soulevèrent sous les baïonnettes prussiennes comme s’il n’y avait jamais eu de guerre entre la France et l’Allemagne, comme si l’étranger n’était pas aux portes de Paris! L’histoire ne connaît pas encore d’exemple d’une pareille grandeur! S’ils succombent, seul leur, caractère ‘bon garçon’ en sera cause. » (« Lettres de Karl Marx à L. Kugelmann »)

    Voyez comment Marx louait les ouvriers de la Commune de Paris pour leur héroïque dédain de l’ennemi. C’est en partant du but stratégique général de tout le Mouvement communiste international qu’il fit cette estimation de la Commune de Paris, en disant : « L’histoire ne connaît pas encore d’exemple d’une pareille grandeur! » »

    Il est vrai que la Commune de Paris commit des erreurs ; elle ne marcha pas aussitôt sur Versailles, centre de la contrerévolution, et le Comité central résilia trop tôt ses fonctions; il est vrai aussi qu’elle échoua; cependant, l’étendard de la révolution prolétarienne déployé par la Commune de Paris restera à jamais glorieux.

    Dans La Guerre civile en France, Marx dit: « Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d’une société nouvelle. Le souvenir de ses martyrs est conservé pieusement dans le grand cœur de la classe ouvrière. Ses exterminateurs, l’histoire les a déjà cloués à un pilori éternel, et toutes les prières de leurs prêtres n’arriveront pas à les racheter. »

    Lors du XXIe anniversaire de la Commune de Paris, Engels écrivait: « Ce qui fait la grandeur historique de la Commune, c’est son caractère sincèrement international, c’est le défi qu’elle jeta hardiment à tout sentiment de chauvinisme bourgeois. Le prolétariat de tous les pays l’a bien compris. » (K. Marx & F. Engels: « Projet d’appel pour le 21e anniversaire de la Commune de Paris », Œuvres complètes, tome 22)

    Mais, aujourd’hui,  il semble que notre camarade Togliatti estime que la haute appréciation de Marx et Engels sur la Commune de Paris, qui est de portée universelle pour la cause révolutionnaire du prolétariat international, ne vaut pas la peine qu’on en parle encore.

    Comme l’a montré Engels, après la défaite de la Commune, les ouvriers de Paris eurent besoin d’un long répit pour refaire leurs forces. Mais sans tenir compte des conditions existantes, les blanquistes préconisèrent une nouvelle insurrection. Engels critiqua sévèrement cet aventurisme.

    Le capitalisme connaissait une période de développement pacifique en Europe et en Amérique; Marx et Engels continuèrent à lutter sur les deux fronts dans k mouvement ouvrier. D’une part, ils blâmèrent sévèrement les phrases creuses sur la révolution, préconisèrent l’utilisation de la « légalité bourgeoise » pour lutter contre la bourgeoisie; et d’autre part, ils critiquèrent sévèrement, en fait beaucoup plus sévèrement, les idées opportunistes qui dominaient alors au sein de la social-démocratie, car les opportunistes avaient perdu toute fermeté révolutionnaire prolétarienne, se cantonnaient dans la lutte légale et n’étaient pas décidés à recourir aussi aux moyens illégaux dans leur lutte contre la bourgeoisie.

    Cela montre qu’à tout moment, y compris la période du développement pacifique, Marx et Engels s’en sont tenus inébranlablement aux principes stratégiques de la révolution prolétarienne, tout en adoptant prudemment des tactiques souples répondant aux conditions concrètes de chaque période.

    Entré dans l’arène de l’histoire de la lutte révolutionnaire du prolétariat, Lénine, en grand marxiste qu’il était, formula de la façon la plus précise la question de la stratégie révolutionnaire du prolétariat russe. Dans la conclusion de son premier ouvrage célèbre, Ce que sont les « amis du peuple » et comment ils luttent contre les social-démocrates, il dit:

    « Lorsque les représentants avancés de cette classe [la classe ouvrière] se seront assimilé les idées du socialisme scientifique, l’idée du rôle historique de l’ouvrier russe; lorsque ces idées seront largement diffusées et que, parmi les ouvriers, les organisations solides seront fondées, susceptibles de transformer l’actuelle guerre économique, menée en ordre dispersé par les ouvriers, en une lutte de classe consciente, alors l’OUVRIER russe, prenant la tête de tous les éléments démocratiques, abattra l’absolutisme et conduira le PROLÉTARIAT RUSSE (aux côtés du prolétariat de TOUS LES PAYS), par la voie directe d’une lutte politique déclarée, vers la VICTOIRE DE LA REVOLUTION COMMUNISTE. » (V. I. Lénine: Œuvres, tome 1)

    Cette stratégie établie par Lénine a toujours servi d’orientation générale à l’avant-garde du prolétariat russe et au peuple russe dans leur lutte pour la libération.

    Lénine s’y est toujours tenu strictement. C’est pour cela qu’il a mené des luttes intransigeantes contre les populistes, les « marxistes légaux », les « économistes », les menchéviks, les opportunistes et révisionnistes de la Ile Internationale, et contre Trotski et Boukharine.

    En 1902, lors de l’élaboration du Programme du Parti ouvrier social-démocrate de Russie, de graves divergences surgirent entre Lénine et Plékhanov au sujet des principes stratégiques prolétariens. Lénine insista pour que la dictature du prolétariat fût inscrite dans le Programme et que le rôle dirigeant de la classe ouvrière dans la révolution y fût nettement défini.

    Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique, que Lénine écrivit au cours de la Révolution de 1905, exprime l’héroïsme du prolétariat russe qui osa assumer la direction du combat et combattre pour la victoire. Lénine y donne une théorie complète du rôle dirigeant du prolétariat dans la révolution démocratique et de l’alliance ouvrière et paysanne, sous la direction de la classe ouvrière, développant ainsi la théorie marxiste sur la transformation de la révolution démocratique bourgeoise en révolution socialiste.

    Pendant la Première guerre mondiale, Lénine porta la conception stratégique du prolétariat à un niveau plus élevé avec La Faillite de la Ile Internationale, L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme et autres grands classiques du marxisme. Ces ouvrages disent que l’impérialisme est la veille de la révolution sociale du prolétariat et montrent que la révolution prolétarienne pouvait triompher tout d’abord dans un seul ou quelques pays. Ces conceptions stratégiques ont préparé la victoire de la Grande Révolution d’Octobre.

    Et il y a d’autres exemples.

    Dans les questions tactiques concrètes, Lénine a toujours déterminé l’action à entreprendre par le prolétariat ; suivant les différentes conditions existantes. Par exemple, il a déterminé dans quelles circonstances le parti du prolétariat doit participer au Parlement et dans lesquelles il doit boycotter le Parlement; dans quelles circonstances il doit créer une alliance donnée et dans lesquelles une autre alliance; dans quelles circonstances il doit faire des-compromis nécessaires et dans lesquelles il doit rejeter les compromis; dans quelles circonstances! Il doit mener la lutte légalement, et dans lesquelles il doit la mener illégalement, et comment combiner avec souplesse les deux formes de lutte; à quel moment il doit attaquer, à quel Moment reculer ou avancer par un chemin détourné, etc. Lénine a exposé ces questions de manière systématique et profonde dans La Maladie infantile du communisme (« le gauchisme »).

    Il y dit à juste titre:

    «…la première [conclusion], c’est que la classe révolutionnaire, pour remplir sa tâche, doit savoir prendre possession de toutes les formes et de tous les côtés, sans la moindre exception, de l’activité sociale…la seconde, c’est que la classe révolutionnaire doit se tenir prête à remplacer vite et brusquement une forme par une autre. » (V. I. Lénine: Œuvres, tome 31)

    A propos des différentes formes de la lutte, Lénine dit encore que, les communistes de tous les pays doivent rechercher, étudier, découvrir, deviner, saisir ce qu’il y a de particulièrement nationale, de spécifiquement national dans la manière concrète dont chaque pays aborde la solution du problème international, le même pour tous: vaincre l’opportunisme et le dogmatisme de gauche au sein du mouvement ouvrier, renverser la bourgeoisie et instaurer la dictature du prolétariat. On aurait tout à fait tort de ne pas tenir compte, dans la lutte, des particularités propres à sa nation.

    Selon la conception de Lénine, chaque tactique concrète du parti prolétarien vise à organiser les masses innombrables, à mobiliser largement les alliés, à isoler au maximum les ennemis du peuple, les impérialistes et leurs laquais, afin de parvenir au but stratégique général, qui est l’émancipation du prolétariat et du peuple. Lénine dit: «…les formes de la lutte peuvent changer et changent constamment pour des raisons diverses, relativement temporaires et particulières, alors que l’essence de la lutte, son contenu de classe, ne saurait vraiment changer tant que les classes existent. » (V. I. Lénine: « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », Œuvres, tome 22)

    La conception stratégique et tactique des communistes chinois

    C’est à partir de la pensée de Marx, Engels et Lénine que les communistes chinois ont défini la stratégie et la tactique de la révolution chinoise au cours de la pratique concrète révolutionnaire.

    Le camarade Mao Zedong a résumé la conception stratégique et tactique des communistes chinois comme suit:

    « L’impérialisme dans le monde entier et le règne de la clique réactionnaire de Tchiang Kaï-chek en Chine sont pourris, ils n’ont pas d’avenir. Nous avons lieu de les mépriser, et nous sommes sûrs et certains de vaincre tous les ennemis, intérieurs et extérieurs, du peuple chinois.

    Mais dans chaque situation particulière, dans chaque lutte concrète (qu’il s’agisse d’une lutte militaire, politique, économique ou idéologique), nous ne devons absolument pas mépriser l’ennemi, mais au contraire, en tenir sérieusement compte et concentrer toutes nos forces dans la lutte pour remporter la victoire.

    Du point de vue de l’ensemble de la stratégie, nous relevons avec raison que nous devons mépriser l’ennemi, mais dans aucune situation particulière, dans aucune question concrète, nous ne devons le mépriser. Si, du point de vue de l’ensemble, nous surestimons la force de l’ennemi et n’osons par conséquent le renverser ni le vaincre, nous commettrons une erreur d’opportunisme de droite.

    Si, dans chaque situation particulière, dans chaque question concrète, nous n’agissons pas avec prudence, ne prenons pas soin d’étudier et de perfectionner l’art de la lutte, ne concentrons pas toutes nos forces dans le combat et ne nous attachons pas à gagner à notre cause tous les alliés qui devraient l’être (paysans moyens, artisans et commerçants indépendants, moyenne bourgeoisie, étudiants, instituteurs, professeurs et intellectuels en général, fonctionnaires en général, membres des professions libérales et hobereaux éclairés), nous commettrons une erreur d’opportunisme ‘de gauche’ » (Mao Zedong: « Sur quelques questions importantes de la politique actuelle du Parti », Œuvres choisies, tome IV)

    Par-là, le camarade Mao Zedong expose avec grande netteté et sans équivoque possible la lutte du prolétariat dans son ensemble, c’est-à-dire le problème de la stratégie, et, avec la même grande netteté et sans équivoque possible, chaque situation particulière, chaque question concrète de la lutte du prolétariat, c’est-à-dire le problème de la tactique.

    Pourquoi pouvons-nous mépriser l’ennemi à partir de la situation prise dans son ensemble, c’est-à-dire sur le plan stratégique? Parce que les impérialistes et tous les réactionnaires sont pourris jusqu’ à la moelle, qu’ils sont sans avenir et peuvent être renversés.

    L’incapacité de voir ceci amène à craindre la lutte révolutionnaire, à perdre confiance dans la révolution et à fourvoyer le peuple. Et pourquoi, dans les luttes concrètes, c’est-à-dire sur le plan tactique, ne devons-nous jamais faire peu de cas de l’ennemi, mais au contraire, le prendre au sérieux? Parce que les impérialistes et les réactionnaires contrôlent toujours la machine à gouverner, ils sont toujours fortement armés et peuvent encore duper le peuple.

    Pour renverser le règne de l’impérialism et de la réaction, le prolétariat et les masses populaires doivent passer par des luttes âpres et pleines de vicissitudes. Les impérialistes et les réactionnaires ne basculeront pas tout seul de leur trône.

    Un parti révolutionnaire n’entamera jamais la lutte révolutionnaire s’il renonce au but stratégique qui est de renverser le vieux système, et s’il ne croit plus ‘ que l’ennemi peut être renversé et que lui-même peut triompher; un parti révolutionnaire ne remportera jamais la victoire escomptée s’il se borne à formuler l’objectif de la révolution sans s’attaquer à l’ennemi avec sérieux et prudence au cours de la lutte révolutionnaire, sans accumuler et accroître graduellement les forces .révolutionnaires et s’il considère la révolution comme une question de paroles en l’air ou agit à l’aveuglette.

    Ceci est d’autant plus vrai pour les partis prolétariens.

    Si un parti prolétarien, tout en observant fermement les principes stratégiques du prolétariat, tient sérieusement compte de l’ennemi dans chaque problème concret de la lutte révolutionnaire et est habile à le combattre, alors, comme le dit le camarade Mao Zedong, « avec le temps, nous obtiendrons la supériorité dans l’ensemble » (Mao Zedong: « La Situation actuelle et nos tâches », Œuvres choisies, tome IV), quoique le prolétariat puisse se trouver en état d’infériorité au départ. En d’autres termes, si l’ennemi est pris au sérieux dans les questions de tactique, de lutte concrète, et si tous les efforts sont engagés pour gagner chaque combat, la victoire révolutionnaire sera hâtée et non retardée ou ajournée.

    Le parti du prolétariat tient sérieusement compte de l’ennemi sur le plan tactique, il œuvre pour faire triompher les luttes concrètes, de façon à ce que des masses toujours plus larges puissent se convaincre, par leur propre expérience, qu’il est possible d’abattre l’ennemi, que notre mépris de l’ennemi est justifié et fondé.

    L’antiquité chinoise s’exprimait ainsi: Les grandes entreprises de ce monde sont réalisées à partir de petites; l’arbre que deux bras seulement permettent de ceinturer vient d’un plant minuscule; les édifices à neuf étages commencent par le tassement de minces couches de terre; les marches de mille lieues commencent toutes par un premier pas. Pour les peuples révolutionnaires qui ont à renverser la réaction, le principe est le même, c’est-à-dire en menant d’innombrables luttes concrètes les unes après les autres, en s’efforçant de les faire triompher, et ainsi seulement sera-t-il possible de parvenir finalement au but qui est d’abattre la réaction.

    Le camarade Mao Zedong dit dans Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine: « Notre stratégie, c’est de nous battre ‘un contre dix’, mais notre tactique, c’est de nous battre ‘dix contre un’; voilà l’une des lois fondamentales qui garantissent notre victoire sur l’ennemi. » Il dit aussi: « Nous vainquons des effectifs supérieurs avec des effectifs inférieurs — voilà ce que nous déclarons à l’ensemble des forces qui règnent sur la Chine.

    Mais dans le même temps, nous vainquons des effectifs inférieurs avec des effectifs supérieurs — voilà ce que nous déclarons à cette partie des forces ennemies avec laquelle nous nous mesurons sur le champ de bataille. » (Mao Zedong: Œuvres choisies, tome I)

    Il s’agit ici des principes se rapportant à la lutte sur le plan militaire, mais ces principes s’appliquent aussi à la lutte politique. L’histoire nous apprend qu’au début, tous les révolutionnaires, y compris les révolutionnaires bourgeois, sont toujours en minorité, les forces qu’ils dirigent sont toujours relativement faibles. Si, en stratégie, il leur manque la volonté de « vaincre des effectifs supérieurs avec des effectifs inférieurs » et de se battre « un contre dix » dans la lutte contre l’ennemi, ils resteront faibles et impuissants, ils ne pourront jamais rien entreprendre et ils ne deviendront jamais majorité.

    Par ailleurs, si sur le plan tactique, c’est-à-dire dans la lutte concrète, ils ne comprennent pas le besoin d’organiser les masses, de rallier tous les alliés possibles, et de tirer parti des contradictions existant objectivement au sein de l’ennemi, s’ils ne savent pas appliquer, dans la lutte, la méthode de « vaincre des effectifs inférieurs avec des effectifs supérieurs » et de se battre « dix contre un », et s’ils ne savent pas prendre toutes les dispositions nécessaires aux luttes concrètes, ils ne pourront jamais remporter la victoire dans chaque lutte concrète et transformer leurs petites victoires en de grandes, ils courront le risque de voir leurs propres forces écrasées l’une après l’autre par l’ennemi et de dissiper la puissance révolutionnaire.

    Un miroir

    Pour résumer, dans les rapports entre stratégie et tactique, le parti du prolétariat doit veiller tout particulièrement au but final qui est l’émancipation du peuple travailleur, avoir le courage d’écraser l’ennemi et la conviction de pouvoir le faire. Il ne doit pas se laisser absorber par les gains et les succès mineurs et immédiats au point de perdre le but final de vue, et la puissance apparente et momentanée de l’ennemi ne doit pas lui enlever la foi dans le triomphe de la révolution populaire. Il doit, en même temps, prêter sérieusement attention aux luttes quotidiennes, peu importantes à première vue.

    Et pour chaque lutte concrète, il doit effectuer les préparatifs qui s’imposent, bien mener le travail pour unir les masses, étudier et perfectionner l’art de la lutte et tout faire pour remporter la victoire dans chaque lutte concrète, pour que les masses puissent en tirer des leçons et des encouragements. Il doit arriver à la pleine compréhension du fait que les innombrables luttes concrètes, y compris les toutes petites, peuvent se fondre et se développer en une force qui ébranlera le vieux régime.

    Il apparaît donc clairement que la stratégie et la tactique sont à la fois différentes l’une de l’autre et, en même temps, unies l’une à l’autre. Telle est précisément la dialectique dont les marxistes-léninistes se servent pour examiner chaque problème. Certains décrivent « mépriser l’ennemi sur le plan stratégique et en tenir sérieusement compte sur le plan tactique » comme étant de la « philosophie scolastique » ou une « double comptabilité ». On pourrait se demander quelle est au juste leur propre « philosophie »? En quoi peut bien consister leur « comptabilité simple »?

    Dans « Sur notre révolution », Lénine dit ceci au sujet des héros de l’opportunisme :

    « Tous ils se disent marxistes, mais ils entendent le marxisme de façon pédantesque au possible. Ils n’ont pas du tout compris ce qu’il y a d’essentiel dans le marxisme, à savoir: sa dialectique révolutionnaire. » (V. I. Lénine: Œuvres, tome 33)

    Dans le même texte, Lénine dit encore:

    « Par toute leur conduite ils se révèlent des réformistes poltrons, qui craignent de s’écarter de la bourgeoisie et, à plus forte raison, de rompre avec elle; en même temps ils couvrent leur poltronnerie d’une phraséologie et d’une vantardise effrénées. » (V. I. Lénine: Œuvres, tome 33)

    Que ceux qui attaquent le Parti communiste chinois veuillent bien lire attentivement ces deux passages de Lénine! Ils sont comme un miroir politique où certains se reconnaîtront.

    VII. LA LUTTE SUR DEUX FRONTS

    Le révisionnisme moderne est le principal danger pour le mouvement ouvrier international

    Le Parti communiste italien est dans le monde capitaliste actuel, un grand parti. Il a combattu vaillamment durant les noires années de la domination fasciste. Il a de glorieuses traditions de lutte. Pendant la Seconde guerre mondiale, il dirigea le peuple italien dans les héroïques insurrections armées et la guerre de partisans contre le fascisme. Les forces armées du peuple capturèrent Mussolini et le monstre fasciste fut mis à mort.

    Il est naturel que ces hauts faits du Parti communiste italien lui aient valu la sympathie et le soutien du peuple italien.

    Après la guerre, le capitalisme italien a connu une période de développement pacifique. Et au cours de celle-ci le Parti communiste italien a entrepris1 un travail substantiel en recourant aux formes de lutte légales. La lutte légale a son rôle positif dans les activités du parti de la classe ouvrière, mais faute de vigilance et de fermeté révolutionnaires, elle peut aussi jouer en sens contraire et avoir un rôle négatif. Marx, Engels et Lénine ont constamment mis le prolétariat en garde contre une telle éventualité.

    Pourquoi, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, le révisionnisme a-t-il été unanimement reconnu comme le principal danger pour le mouvement ouvrier international? Premièrement, parce que l’histoire est là, qui nous apporte les leçons de l’expérience acquise par nombre de pays dans les divers domaines de la lutte légale; deuxièmement, parce que dans la réalité du monde actuel existent des conditions qui alimentent l’opportunisme et le révisionnisme; troisièmement, parce qu’on l’a vu effectivement apparaître avec le révisionnisme moderne représenté par la clique Tito.

    A examiner les points de vue de Togliatti et d’autres camarades, on peut dire en toute franchise que ce danger existe également dans le Parti communiste italien.

    Ces derniers temps, certains camarades du Parti communiste français ont, dans une série d’articles, attaqué les marxistes-léninistes révolutionnaires, attaqué les communistes chinois. Les points de vue qu’ils défendent sur nombre de questions fondamentales du mouvement communiste international sont de la même marque que ceux de Togliatti et d’autres camarades italiens, ou à peu de chose près. De plus, dans les rangs du mouvement communiste international sont apparus récemment des gens qui, comme le dit Lénine, « forment tous une seule famille, tous s’adressent des louanges réciproques, s’instruisent les uns auprès des autres et mènent campagne en commun contre le marxisme ‘dogmatique’ » (V. I. Lénine: « Que faire? », Œuvres, tome 5.)

    C’est là un phénomène étrange, mais il suffit d’avoir quelque connaissance de marxisme-léninisme et d’analyser ce phénomène pour comprendre qu’il n’est nullement le fait du hasard.

    Le révisionnisme moderne s’est manifesté dans certains pays capitalistes, et il peut, de même, se manifester dans les pays socialistes. La clique Tito a été la première à lever le drapeau du révisionnisme, elle a fait dégénérer pas à pas la Yougoslavie, qui était un pays socialiste. Sur le plan politique, la clique Tito est depuis longtemps devenue une complice des impérialistes, américains et autres, et sur le plan économique, elle a fait de la Yougoslavie une annexe de l’impérialisme américain, transformant graduellement l’économie yougoslave en cette « économie libéralisée » dont parlent les impérialistes.

    En mai 1921, Lénine déclarait à la Dixième Conférence du Parti communiste de Russie:

    « Milyukov avait raison. Il a tenu compte en toute lucidité des degrés de développement politique, et dit que pour le retour du capitalisme, il est nécessaire de passer par des degrés semblables à ceux des socialistes-révolutionnaires et du menchévisme. La bourgeoisie a besoin de tels degrés, celui qui ne le comprend pas est un sot. » (V.I. Lénine: Dixième conférence du Parti communiste (bolchévik) de Russie, Œuvres, tome 32)

    Ces paroles de Lénine sont à tel point pertinentes qu’elles semblent être une prédiction du comportement de la clique Tito plusieurs dizaines d’années plus tard.

    Pourquoi, en pays socialiste, le révisionnisme peut-il également se manifester? Tout comme le fait remarquer la Déclaration de Moscou de 1957: « L’influence bourgeoise est la source intérieure du révisionnisme, et la capitulation devant la pression de l’impérialisme en est la source extérieure. »

    La Déclaration de Moscou de 1960 réaffirme cette importante thèse de la Déclaration de 1957 selon laquelle le révisionnisme constitue le principal danger du mouvement ouvrier international, et, en même temps, condamne la variante yougoslave de l’opportunisme international.

    La Déclaration de 1960 souligne à juste titre: « Ayant trahi le marxisme-léninisme, proclamé par eux périmé, les dirigeants de la Ligue des Communistes de Yougoslavie ont opposé à la Déclaration de 1957 leur propre programme révisionniste et antiléniniste. Ils ont opposé la L.C.Y. à tout le mouvement communiste international, ont détaché leur pays du camp socialiste, l’ont fait dépendre de la soi-disant ‘aide’ des impérialistes, américains et autres, et ont mis ainsi le peuple yougoslave en danger de perdre les conquêtes révolutionnaires qu’il avait acquises au prix d’une lutte héroïque.

    Les révisionnistes yougoslaves se livrent à des agissements subversifs contre le camp socialiste et le mouvement communiste mondial. Sous prétexte de mener une politique en marge des blocs, ils déploient une activité qui porte préjudice à l’unité de toutes les forces et de tous les Etats pacifiques. »

    « Les partis marxistes-léninistes, poursuit la Déclaration, ont toujours pour tâche impérieuse de dénoncer les dirigeants des révisionnistes yougoslaves et de lutter énergiquement pour préserver le mouvement communiste et le mouvement ouvrier des idées antiléninistes des révisionnistes yougoslaves. »

    Les représentants de 81 partis ont apposé leur signature au bas de cette solennelle Déclaration, y compris ceux des partis italiens, français et de tous les pays socialistes. Or, l’encre en est à peine séchée que déjà, des responsables de certains partis sont à tu et à toi avec la clique Tito.

    Le camarade Togliatti va jusqu’à déclarer « erronée » la position prise à l’égard de la clique Tito par la Déclaration de Moscou de 1960, prétendant que « lancer des invectives contre ‘la clique Tito’ ne nous fait faire aucun pas en avant, mais nous fait au contraire reculer beaucoup » (Voir P. Togliatti; « A propos de la ‘clique Tito’ », Rinascita, 13 octobre 1962) Certains ont même dit que « les communistes yougoslaves ont fait des pas vers le rapprochement et l’unité avec tout le mouvement communiste mondial », que « sur une série de problèmes internationaux de première importance », la position prise par la clique Tito et la leur « coïncident et se rapprochent ».

    Leurs actes sont en divorce avec leurs engagements, et les deux Déclarations de Moscou ne sont pour eux que des documents vides et de pure forme.

    En vue de se justifier, ils n’ont aucun scrupule à fouler aux pieds la Déclaration de Moscou de 1960 et, au lieu de reconnaître que le révisionnisme constitue aujourd’hui le principale danger dans le mouvement communiste et ouvrier international, ils estiment que « le danger du dogmatisme et du sectarisme est devenu dans la dernière période le danger essentiel pour le mouvement communiste et ouvrier international » (Résolution adoptée le 14 décembre 1962 par le Comité central du Parti communiste français)

    Au VIème Congrès du Parti socialiste unifié d’Allemagne, qui a eu lieu récemment, le délégué du Parti communiste chinois a été traité au mépris de toute civilité lorsque, dans son discours de salutations, il maintint la Déclaration de Moscou de 1960 et condamna le révisionnisme de la clique Tito.

    Cependant, les délégués de la clique Tito étaient acclamés frénétiquement. Est-ce là ce qu’on appelle: « toujours être fermement attaché à la ligne commune concertée du mouvement communiste mondial »? Tout le monde sait que ce fut un acte soigneusement prémédité qui ne peut qu’affliger les nôtres et réjouir l’ennemi.

    Tout cela a eu pour effet de décupler soudain la cote de la clique Tito.

    Et en agissant ainsi, certains cherchent à élever celle-ci jusqu’à en faire leur « centre idéologique », à substituer le révisionnisme moderne, représenté par la clique Tito, au marxisme-léninisme, et le programme révisionniste moderne de la clique Tito ou quelque autre chose aux Déclarations de Moscou. Certains ne disent-ils pas à tout bout de champ qu’il faut « régler l’heure sur nos montres »? Or, il y a deux montres: celle du marxisme-léninisme, des Déclarations de Moscou; et celle du révisionnisme moderne dont le représentant est la clique Tito. Sur laquelle faut-il, en fin de compte, prendre l’heure?  La montre du marxisme-léninisme et des Déclarations de Moscou ou celle du révisionnisme moderne?

    Il y en a qui, non seulement ne permettent pas que nous nous opposions au révisionnisme moderne, mais encore ne veulent pas nous entendre parler du vieux révisionnisme de l’époque de la Ile Internationale, tandis qu’eux-mêmes n’en finissent pas de chanter à nouveau, avec délectation, l’antienne des vieux révisionnistes.

    Dans la préface de la deuxième édition de La Question du logement, Engels a dit à propos du proudhonisme: « Celui qui veut approfondir tant soit peu le socialisme moderne doit apprendre à connaître également les ‘points de vue dépassés’ du mouvement. » Il estimait que tant qu’existent dans la société les conditions qui engendrent pareils points de vue, ces points de vue ou les différentes tendances qu’ils traduisent réapparaîtront. « Et si plus tard », poursuit Engels, cette tendance « venait à se cristalliser, en prenant des contours plus précis, il lui faudra pour formuler son programme remonter à ses prédécesseurs. »

    A l’heure actuelle, pour nous opposer au révisionnisme moderne, il faut naturellement étudier ses aînés, étudier les leçons de l’histoire, étudier comment les révisionnistes modernes ont rejoint leurs prédécesseurs. Ne devrions-nous pas agir ainsi? Pourquoi serait-ce là « une comparaison historique absolument inadmissible »? Toucherait-on à quelque chose de tabou?

    Puisque ces gens-là reprennent la vieille rengaine de Bernstein, Kautsky et autres vieux révisionnistes, et qu’ils empruntent les points de vue, les procédés et le langage des vieux révisionnistes pour attaquer et calomnier les communistes chinois et tous les marxistes-léninistes, ils n’ont aucune raison de nous défendre de leur répondre par les critiques que Lénine adressait aux vieux révisionnistes.

    Voici ce qu’a dit Lénine:

    « Les bernsteiniens ont eux aussi affirmé et affirment encore qu’ils sont les seuls à comprendre les besoins véritables du prolétariat, la nécessité d’accroitre ses forces, d’approfondir son activité, de préparer les éléments de la société nouvelle, la nécessité de la propagande et de l’agitation.

    Nous exigeons que l’on reconnaisse hautement ce qui est! déclare Bernstein, qui, ce disant, consacre le ‘mouvement’ sans ‘but final’ consacre la seule tactique défensive et prêche la tactique de cette appréhension: ‘Pourvu que la bourgeoisie ne se détourne pas’.  Les bernsteiniens, eux aussi, ont crié au ‘jacobinisme ‘des social démocrates révolutionnaires, à propos des ‘publicistes’ qui ne comprennent pas l »initiative ouvrière’, etc., etc. En réalité, comme chacun sait, les social-démocrates révolutionnaires n’ont jamais pensé à négliger le minutieux travail quotidien, la préparation des forces, etc., etc.

    Ils exigeaient simplement que l’on prît nettement conscience du but final, que l’on déterminât avec précision les tâches révolutionnaires; ils entendaient élever les couches semi-prolétariennes et semi-petites-bourgeoises au niveau révolutionnaire du prolétariat, au lieu d’abaisser ce niveau à des considérations opportunistes: ‘Pourvu que la bourgeoisie ne se détourne pas’ .

    La question: Dûrfen wir siegen? ‘Oserons-nous vaincre?’ Nous est-il permis de vaincre? N’est-il-pas dangereux pour nous de vaincre? Devons-nous vaincre? — exprimait peut-être avec le plus de relief ce dissentiment entre l’aile opportuniste intellectuelle et l’aile révolutionnaire prolétarienne du Parti. Etrange à première vue, cette question a pourtant été posée et devait l’être, car les opportunistes redoutaient la victoire, cherchaient à en détourner le prolétariat, prophétisaient ses conséquences funestes, raillaient les mots d’ordre appelant ouvertement à la victoire. » (V. I. Lénine: « Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique », Œuvres, tome 9)

    Cette citation se prête effectivement à expliquer la résurrection du bernsteinisme, dans des conditions historiques nouvelles, et à mettre en lumière le fond des divergences entre les marxistes-léninistes et les révisionnistes modernes.

    « Notre doctrine n’est pas un dogme mais un guide pour l’action »

    Certains qui se prétendent des « marxistes-léninistes créateurs » disent qu’il n’est plus nécessaire de répéter les principes fondamentaux établis par Marx et Lénine, l’époque ayant changé et les conditions étant différentes. Ils s’opposent à ce que nous nous référions aux classiques marxistes-léninistes, qualifiant cela de « dogmatisme ».

    Rejeter le marxisme-léninisme sous prétexte de se défaire de la contrainte des « dogmes » est un procédé fort commode. Il y a longtemps que Lénine a démasqué cette tactique propre aux opportunistes en disant: « Voilà un mot bien commode que celui de ‘dogme ‘ ! Vous n’avez qu’à déformer un peu une théorie adverse et dissimuler cette déformation derrière l’épouvantail du ‘dogme’ et vous y êtes! » (V. I. Lénine: « L’Aventurisme révolutionnaire », Œuvres, tome 6)

    On sait que l’époque où vécut et lutta Lénine, était bien différente de celle de Marx et d’Engels. Lénine a développé sur tous les plans le marxisme et le fit accéder à une étape nouvelle, celle du léninisme. Se basant sur la situation et les caractéristiques nouvelles de son temps, Lénine écrivit de nombreux et prestigieux ouvrages qui ont considérablement enrichi la théorie marxiste et la stratégie et la tactique de la révolution prolétarienne, et il avança des lignes de conduite et des tâches nouvelles pour le mouvement ouvrier international.

    Pour défendre les principes fondamentaux et la pureté du marxisme et combattre les opportunistes et les révisionnistes qui déformaient et altéraient le marxisme, Lénine a maintes et maintes fois cité de nombreux passages de Marx et d’Engels. Dans L’Etat et la révolution, par exemple, cette grande œuvre d’importance capitale pour la théorie marxiste, Lénine n’a pas épargné les citations. Et il le dit dans le premier chapitre:

    « Devant cette diffusion inouïe des déformations du marxisme, notre tâche est tout d’abord de rétablir la doctrine de Marx sur l’Etat. Pour cela, il est nécessaire d’emprunter toute une série de longues citations aux œuvres mêmes de Marx et d’Engels. Sans doute ces longues citations alourdiront-elles l’exposé et ne contribueront-elles nullement à le rendre plus populaire. Mais il est absolument impossible de s’en dispenser.

    Tous les passages ou, du moins, tous les passages décisifs des œuvres de Marx et d’Engels sur l’Etat doivent absolument être reproduits aussi complètement que possible afin que le lecteur puisse lui-même se représenter l’ensemble des conceptions des fondateurs du socialisme scientifique et le développement de ces conceptions, et aussi pour que leur déformation par le ‘kautskisme’ aujourd’hui prédominant soit démontrée, documents à l’appui, et mise en évidence » ( V. I. Lénine: Œuvres, tome 25)

    Lénine a donc cité abondamment Marx et Engels à une époque où le marxisme était altéré de façon absurde. Et maintenant que le léninisme subit le même sort, tous les marxistes-léninistes révolutionnaires se voient obligés de citer Lénine. Car, ce faisant, nous pouvons mettre en lumière le contraste frappant existant entre la vérité marxiste-léniniste et les absurdités des révisionnistes et des opportunistes.

    Il en ressort que le fait de citer la littérature marxiste-léniniste n’est point un crime, comme certains le prétendent. La question est de savoir s’il y a ou non nécessité de la citer, comment la citer et si on la cite correctement.

    Certains éludent délibérément le sujet que nous voulons étayer en nous référant à la littérature marxiste-léniniste, ils n’osent même pas publier nos citations et savent seulement nous faire grief de procéder « à coup de citations » (Voir « A quelle époque vivons-nous? », France Nouvelle, 16 janvier 1963)

    L’organe du Parti communiste français l’Humanité est allé jusqu’à accuser le Parti communiste chinois d’être de ceux qui, « dénaturant le marxisme-léninisme au point de n’en retenir que des formules figées, s’arrogent le droit d’en être les grands prêtres chargés d’en énoncer les dogmes » (Voir « Notre unité et notre discipline », L’Humanité, 16 janvier 1963) Que dénote ce langage acerbe, dont ils se servent contre nous avec délectation? Tout simplement un état d’esprit et un sentiment: la grande répugnance qui les saisit à la vue d’un mot de Marx, d’Engels ou de Lénine.

    Ces gens qui reprochent aux autres de se faire les « grands prêtres » du marxisme-léninisme, sont devenus en réalité les « grands prêtres » de l’anti-marxisme-léninisme, les « grands prêtres » de l’idéologie bourgeoise.

    Certains nous attaquent violemment quand nous nous référons à la littérature marxiste-léniniste pour mettre en lumière les principes fondamentaux du marxisme-léninisme, alors qu’eux-mêmes ne se lassent pas de ressasser, en fait, le langage de
    Bernstein, de Kautsky et, de Tito, et bon nombre de leurs points de vue essentiels ont été puisés chez ces derniers.

    Il y en a même qui attaquent frénétiquement ce qu’ils appellent le « dogmatisme » et raffolent cependant des dogmes de la Bible. Ils ont le crâne bourré de formules bibliques ou de choses du même genre, mais l’on n’y décèle pas la moindre trace de marxisme-léninisme.

    Lénine aimait à rappeler constamment cette phrase de Marx et d’Engels : »Notre doctrine n’est pas un dogme mais un guide pour l’action ».

    Et maintenant que certains veulent faire croire que nous sommes des « dogmatiques », nous devons franchement leur dire: Le Parti communiste chinois a une riche expérience de la lutte contre le dogmatisme. Il y a plus de vingt ans, sous la direction du camarade Mao Zedong, nous avons mené une lutte prestigieuse contre le dogmatisme, et, aujourd’hui encore, nous ne perdons pas cette lutte de vue.

    Les vrais marxistes-léninistes ne sont pas de ceux qui se reposent sur des piles de livres, ils doivent savoir se servir de la méthode marxiste-léniniste pour analyser, tant sur le plan international que national, le milieu, ainsi que la situation et les conditions concrètes de l’heure, étudier les diverses expériences de la lutte pratique et fixer leur plan d’action. Le camarade Mao Zedong nous rappelle constamment que nous devons prêter attention à cette parole célèbre et éminemment pertinente de Lénine: « Ce qui est la substance même, l’âme vivante du marxisme: l’analyse concrète d’une situation concrète » (V.I. Lénine: Le communisme, Œuvres, tome 31)

    Critiquant les dogmatiques dans nos rangs, le camarade Mao Zedong les appela « des paresseux qui se refusent à toute étude ardue des choses concrètes » (Mao Zedong: « De la contradiction », Œuvres choisies, tome 1)

    En 1942, dans son rapport sur la « Rectification du style de travail du Parti », le camarade Mao Zedong a fait une critique incisive du dogmatisme en ces termes:

    « Il existe encore nombre de gens qui considèrent des formules isolées, empruntées à la littérature marxiste-léniniste, comme une panacée toute prête, miraculeuse, qu’il suffit d’acquérir pour guérir sans effort toutes les maladies.

    Cela relève d’une ignorance puérile de leur part, et nous devons mener une campagne pour ouvrir les yeux à ces gens. Tous ceux qui considèrent le marxisme-léninisme comme un dogme religieux s’inscrivent au nombre de ces ignorants.

    Il faut leur dire sans détours que leur dogme ne sert à rien. Marx, Engels, Lénine, Staline ont répété plus d’une fois que leur doctrine n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action .

    Or, comme par un fait exprès, ces gens-là oublient cette thèse qui est de la plus haute importance. Les communistes chinois pourront considérer qu’ils unissent la théorie à la pratique uniquement lorsqu’ils sauront, en partant des positions marxistes-léninistes, appliquer comme il faut la méthode du marxisme-léninisme et sa manière d’envisager les problèmes et utiliser avec sagacité la doctrine de Lénine et de Staline sur la révolution chinoise et quand, poussant encore plus avant, ils seront à même, sur la base d’une étude sérieuse des réalités de l’histoire de Chine et de la révolution chinoise, d’effectuer un travail théorique créateur répondant aux besoins de la Chine dans tous les domaines.

    Parler en l’air d’union de la théorie et de la pratique ne sert à rien, dût-on en parler cent années, si on ne les unit pas dans les actes. En luttant contre la manière subjective, unilatérale, d’aborder les problèmes, nous devons battre en brèche le dogmatisme avec tout ce qu’il comporte de subjectif et d’unilatéral ». (Mao Zedong: Œuvres choisies, tome III)

    Ceux qui maintenant s’époumonent pour crier au dogmatisme n’ont aucune idée de ce que c’est, et ils savent encore moins comment le combattre. Ils répètent sans cesse que les temps ont changé, que la situation a évolué et qu’il faut « développer le marxisme-léninisme avec un esprit créateur »; mais en fait, ils révisent le marxisme-léninisme au moyen du pragmatisme bourgeois.

    Ils sont incapables de saisir l’essence dans les changements de l’époque et de la situation, ils ne comprennent rien aux contradictions dans le monde actuel et ignorent complètement où se trouve le point de convergence de ces contradictions. Ils sont incapables de saisir les lois du développement des phénomènes objectifs et oscillent de-ci de-là, versant tantôt dans le capitulationnisme, tantôt dans l’aventurisme. Ils se plient au cours des événements et oublient les intérêts fondamentaux du prolétariat, et c’est ce qui caractérise leur pensée et leurs actes.

    Ils n’ont donc pas de politique de principe et il leur arrive souvent de ne pas distinguer entre l’ennemi, l’ami, et ceux qui sont de leur propre camp, et même de les confondre,prenant l’ennemi pour un être cher et les leurs pour des ennemis.

    Lénine a dit du philistin qu’il « n’est jamais guidé par une conception définie du monde, par les principes d’une tactique intégrale de parti. Il se laisse toujours porter par le courant, obéissant aveuglément à son humeur du moment. » (V. I. Lénine: « La Situation politique et les tâches de la classe ouvrière », Œuvres, tome 11) N’est-ce pas précisément ainsi que certains, agissent aujourd’hui?

    L’union de la vérité universelle du marxisme-léninisme avec la pratique concrète de la révolution dans chaque pays

    Voici une vingtaine d’années que le camarade Mao Zedong a avancé, au sein du Parti, la célèbre thèse de l’union de la vérité universelle du marxisme-léninisme avec la pratique concrète de la révolution chinoise. C’est là le bilan de l’expérience acquise par le Parti communiste chinois au cours de sa longue lutte menée sur deux fronts, et contre l’opportunisme de droite et contre l’opportunisme « de gauche ».

    La thèse de l’union de la vérité universelle du marxisme-léninisme avec la pratique concrète de la révolution dans le pays a deux aspects: d’une part, la nécessité de s’en tenir à chaque instant à la vérité universelle du marxisme-léninisme, sous peine de verser dans l’opportunisme de droite ou dans le révisionnisme; d’autre part, la nécessité de partir toujours de la réalité, de maintenir des contacts étroits avec les masses, de faire constamment le bilan des expériences de leurs luttes, et d’examiner son propre travail à la lumière de l’expérience acquise dans la pratique, car, en agissant autrement, on verserait dans le dogmatisme.

    Pourquoi faut-il s’en tenir à la vérité universelle du marxisme-léninisme, aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme? Lénine disait: « La doctrine de Marx est toute-puissante, parce qu’elle est juste. Elle est harmonieuse et complète; elle donne aux hommes une conception cohérente du monde, inconciliable avec toute superstition, avec toute réaction, avec toute défense de l’oppression bourgeoise. » (V. I. Lénine: « Les Trois sources et les trois parties constitutives du marxisme », Œuvres, tome 19)

    La vérité universelle du marxisme-léninisme ou, autrement dit, les principes fondamentaux du marxisme-léninisme, ne sont pas des fictions ou des créations subjectives, mais des conclusions scientifiques qui généralisent l’expérience des luttes dans l’histoire de l’humanité tout entière et de la lutte du prolétariat international.

    Depuis Bernstein, les révisionnistes et opportunistes de tous genres ont toujours estimé, en prétextant de nouveaux changements et de nouvelles circonstances, que la vérité universelle du marxisme a fait son temps.

    Toutefois, les événements survenus dans le monde depuis plus de cent années, ont sans cesse prouvé que la vérité universelle du marxisme-léninisme est partout applicable. Elle est applicable aussi bien en Occident qu’en Orient; elle a été confirmée non seulement par la Grande Révolution d’Octobre, mais aussi par la révolution chinoise et les révolutions victorieuses de nombre de pays; non seulement par les mouvements ouvriers qui ont eu lieu dans les pays capitalistes d’Europe et d’Amérique, mais aussi par les grandes luttes révolutionnaires qui se déroulent actuellement dans de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine.

    En 1913, Lénine écrivait déjà, dans « Les Destinées historiques de la doctrine de Karl Marx », que depuis l’apparition du marxisme, chacune des grandes époques de l’histoire universelle « lui a apporté de nouvelles confirmations et de nouveaux triomphes. Mais l’époque historique qui vient apportera au marxisme, doctrine du prolétariat, un triomphe plus éclatant encore » (V. I. Lénine: Œuvres, tome 18)

    Dans « Du rôle du matérialisme militant », Lénine écrivait en 1922 que Marx a appliqué la dialectique « avec un tel succès que, maintenant, chaque jour, l’éveil de nouvelles classes à la vie et à la lutte en Orient (Japon, Indes, Chine), — c’est-à-dire l’éveil de centaines de millions d’humains qui forment la plus grande partie de la population du globe et qui, par leur inaction historique et leur sommeil historique, ont été cause, jusqu’à présent, du marasme et de la décomposition frappant de nombreux Etats avancés d’Europe —, chaque jour, l’éveil à la vie de nouveaux peuples et de nouvelles classes confirme de plus en plus le marxisme » (V. I. Lénine: Œuvres, tome 33)

    Et les événements historiques de ces dernières décennies sont encore venus confirmer ces jugements de Lénine.

    La Déclaration de Moscou de 1957 qui fit le bilan des expériences de l’histoire, formula des lois essentielles, valables pour tous les pays qui s’engagent dans la voie du socialisme. La première de ces lois générales est : « La direction des masses travailleuses par la classe ouvrière, dont le noyau est constitué par le parti marxiste-léniniste, pour accomplir la révolution prolétarienne sous telle ou telle forme et instaurer la dictature du prolétariat sous telle ou telle forme ». Or, ce que Togliatti et d’autres camarades appellent « la voie italienne » « vers le socialisme », c’est justement l’abandon du principe le plus fondamental de tous, celui de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat, une négation de la loi la plus fondamentale, consacrée par la Déclaration de Moscou de 1957.

    Ceux qui s’opposent à la vérité universelle et aux principes fondamentaux du marxisme-léninisme, s’opposent forcément à la conception marxiste-léniniste intégrale du monde et « sapent ses bases théoriques fondamentales— la dialectique, la doctrine de l’évolution historique, multiforme et pleine de contradictions » (V. I. Lénine: « De certaines particularités du développement historique du marxisme », Œuvres, tome 17)

    Voici ce que dit la Déclaration de Moscou de 1957 au sujet de la conception marxiste-léniniste du monde:

    « La base théorique du marxisme-léninisme est le matérialisme dialectique. Cette conception du monde reflète la loi générale du développement de la nature, de la société et de la pensée. Cette conception est valable pour le passé, le présent et l’avenir.

    Au matérialisme dialectique s’opposent la métaphysique et l’idéalisme .Si, en considérant les problèmes qui se posent, un parti politique marxiste ne partait pas de la dialectique et du matérialisme, il aboutirait à l’étroitesse et au subjectivisme, à la fossilisation de la pensée, au détachement de la pratique et à la perte de la faculté d’analyser comme il faut les phénomènes et les choses, il aboutirait à des fautes révisionnistes ou dogmatiques ainsi qu’à des fautes en politique. L’application du matérialisme dialectique au travail pratique et l’éducation des militants, ainsi que des larges masses, dans l’esprit du marxisme-léninisme constituent une des tâches actuelles des partis communistes et ouvriers. »

    Il se trouve aujourd’hui des gens qui méprisent complètement cette thèse d’une importance extrême inscrite dans la Déclaration de Moscou de 1957 et se placent en opposition avec la conception marxiste-léniniste du monde. Ils ont beaucoup de répugnance pour la dialectique matérialiste et qualifient la dialectique de « double comptabilité » et de « philosophie scolastique ».

    Ils agissent de la même façon que les vieux révisionnistes qui « traitaient Hegel en ‘chien crevé’ et, prêchant eux-mêmes l’idéalisme, un idéalisme mille fois plus mesquin et plus plat que celui de Hegel, haussaient les épaules d’un air de mépris à propos de la dialectique » (V.I. Lénine: Marxisme et révisionnisme, Œuvres, tome 15)

    Il est clair que le but de ceux qui s’attaquent à la dialectique matérialiste est de colporter le révisionnisme moderne.

    Naturellement, la conception marxiste-léniniste du monde est non seulement en opposition avec le révisionnisme, elle l’est aussi avec le dogmatisme.

    Si, en nous en tenant à la vérité universelle du marxisme-léninisme, nous devons combattre en même temps le dogmatisme, c’est que le dogmatisme s’écarte de la pratique concrète de la révolution et qu’il considère le marxisme-léninisme comme une formule figée.

    Le marxisme-léninisme est plein de vitalité et invincible pour la simple raison qu’il est né et s’est développé dans la pratique révolutionnaire et qu’il s’enrichit constamment des nouvelles expériences acquises dans la pratique de nouvelles luttes révolutionnaires.

    Lénine a dit souvent que le marxisme unit le plus rigoureux esprit scientifique à l’esprit révolutionnaire le plus élevé. Il a dit notamment: « Le marxisme diffère de toutes les autres théories socialistes en ce qu’il allie de façon remarquable la pleine lucidité scientifique dans l’analyse de la situation objective et de l’évolution objective à la reconnaissance on ne peut plus catégorique du rôle de l’énergie, de la création et de l’initiative révolutionnaires des masses, et aussi, naturellement, des individus, groupes, organisations, partis qui savent découvrir et réaliser la liaison avec telles ou telles classes. » (V. I. Lénine: « Contre le boycott ». Œuvres, tome 13)

    Ces paroles de Lénine expliquent en termes précis la nécessité de nous en tenir à la vérité universelle du marxisme et de combattre en même temps le dogmatisme qui s’écarte de la pratique de la révolution et des masses populaires.

    L’explication que donne le camarade Mao Zedong des rapports entre la nécessité de s’en tenir à la vérité universelle du marxisme-léninisme et celle de combattre le dogmatisme est entièrement en accord avec le point de vue de Lénine. En traitant de la question de la connaissance, le camarade Mao Zedong s’est exprimé en ces termes:

    « Si l’on considère la progression du mouvement de la connaissance humaine, on voit qu’elle s’élargit graduellement de la connaissance de l’individuel et du spécifique à celle du général. Les hommes commencent toujours par connaître d’abord l’essence spécifique de nombreux phénomènes différents; c’est seulement ensuite qu’i ls peuvent passer à la généralisation, qu’ils peuvent connaître l’essence commune des phénomènes.

    C’est seulement après avoir pris connaissance de cette essence commune et en se guidant sur cette connaissance commune, en étudiant par la suite les différentes choses concrètes qui n’ont pas encore été étudiées ou qui l’ont été insuffisamment, et en trouvant leur essence spécifique, qu’on peut compléter, enrichir et développer la connaissance de cette essence commune et veiller à ce qu’elle ne devienne pas quelque chose de pétrifié, de mort. » (Mao Zedong: « De la contradiction », Œuvres choisies, tome 1)

    L’erreur des dogmatiques réside en ce qu’ils font de la vérité universelle du marxisme-léninisme ou, autrement dit, des principes fondamentaux du marxisme-léninisme, quelque chose de pétrifié, de mort.

    Les dogmatiques déforment aussi, mais d’une autre manière, le marxisme-léninisme.

    S’écartant de la réalité, ils imaginent des formules abstraites, vides de sens, ou imposent aux masses des expériences de l’étranger qu’ils reprennent telles quelles, ce qui a pour effet de restreindre la lutte des masses et de l’empêcher d’obtenir les résultats qu’on serait en droit d’escompter. Ne tenant pas compte du temps, du lieu et des conditions, ils s’accrochent à une seule forme de lutte sans comprendre que, dans quelque pays que ce soit, le mouvement révolutionnaire des masses populaires revêt des formes infiniment complexes, qu’il faut adopter en même temps les diverses formes nécessaires de lutte pour qu’elles se complètent les unes les autres, qu’ il faut remplacer les anciennes par de nouvelles lorsque des changements surviennent dans la situation, ou continuer d’utiliser les formes anciennes mais en leur donnant un contenu nouveau.

    Il s’ensuit donc que, souvent, ils s’écartent des masses et des alliés qu’ils pourraient se faire, et s’enfoncent dans le sectarisme; il leur arrive, tout aussi souvent, d’agir avec témérité et de verser dans l’aventurisme.

    Il est impossible à un parti dont l’organisme dirigeant a versé dans le dogmatisme, de saisir les lois du mouvement pratique de la révolution; il restera forcément inerte sur le plan théorique et commettra erreur sur erreur sur le plan tactique. Un tel parti est incapable de conduire le mouvement révolutionnaire du peuple à la victoire.

    En combattant le dogmatisme au sein du Parti et en mettant l’accent sur l’union de la vérité universelle du marxisme-léninisme avec la pratique concrète de la révolution chinoise, le camarade Mao Zedong a souligné que l’attitude marxiste-léniniste consiste à se servir de la théorie et des méthodes marxistes-léninistes pour procéder à des enquêtes et études systématiques et minutieuses de la situation environnante. Il a dit:

    « Celui qui adopte cette attitude étudie la théorie marxiste-léniniste dans un but défini, celui d’allier la théorie marxiste-léniniste à la réalité du mouvement de la révolution chinoise, afin de trouver dans le marxisme-léninisme la position, les points de vue et les méthodes nécessaires pour résoudre les problèmes théoriques et tactiques de la révolution chinoise. Une telle attitude consiste à décocher sa flèche en visant un objectif bien déterminé. Cet ‘objectif, c’est la révolution chinoise; la ‘flèche’,  c’est le marxisme-léninisme.

    Et c’est pour atteindre cet ‘objectif’: la révolution en Chine et la révolution en Orient, que nous, communistes chinois, avons été chercher cette ‘flèche’. Une telle attitude consiste à rechercher la vérité dans les faits. Les ‘faits’, ce sont les choses et les phénomènes existant objectivement; la ‘vérité, ‘c’est le lien interne, c’est-à-dire les lois qui les régissent; la ‘rechercher’, c’est étudier. Nous devons partir des conditions réelles dans le pays et au dehors, dans la province et au dehors, dans le district et au dehors, dans l’arrondissement et au dehors, en déduire les lois qui leur sont inhérentes et non imaginées par nous, c’est-à-dire trouver dans les événements qui se déroulent autour de nous le lien interne pour nous servir de guide dans l’action.

    Pour cela, nous devons compter, non sur notre imagination, sur l’élan d’un instant, sur la connaissance livresque, mais sur les faits existant objectivement, sur les matériaux minutieusement recueillis et, nous guidant sur les principes généraux du marxisme-léninisme, en tirer des conclusions justes. » (Mao Zedong: « Réformons notre étude », Œuvres choisies, tome III)

    L’histoire du Parti communiste chinois, l’histoire de la révolution chinoise victorieuse, c’est l’histoire de l’union chaque jour plus étroite de la vérité universelle du marxisme-léninisme avec la pratique concrète de la révolution chinoise. Sans cette union, la victoire de la révolution chinoise aurait été inconcevable.

    Esprit de principe et souplesse

    « Une politique fidèle aux principes est la seule juste », c’est là une parole célèbre de Lénine.

    Si le marxisme a pu vaincre des courants opportunistes de toutes nuances et de tous genres et occuper une position dominante dans le mouvement ouvrier international, c’est parce que Marx et Engels s’ne sont tenus à une politique fidèle aux principes. Si le léninisme a pu continuer à vaincre des courants révisionnistes et opportunistes de toutes nuances et de tous genres, conduire la Révolution d’Octobre à la victoire et occuper, en une ère nouvelle, une position dominante dans le mouvement ouvrier international, c’est parce que Lénine, puis Staline, ont continué l’œuvre de Marx et d’Engels, parce qu’ils s’en sont tenus à une politique fidèle aux principes.

    En quoi consiste une politique de principe? En ce que tous les principes et mesures politiques que nous formulons et élaborons doivent être basés sur la position du prolétariat, sur ses intérêts fondamentaux, sur la théorie et les points de vue fondamentaux du marxisme-léninisme.

    Le parti du prolétariat ne doit pas borner son horizon à l’intérêt immédiat, il ne doit pas se laisser aller là où le pousse le vent et rejeter les intérêts fondamentaux; il ne doit pas avoir pour seul souci de se plier aux événements du jour, approuvant tantôt ceci, tantôt cela, préconisant tantôt ceci, tantôt cela, prenant les principes pour un objet de troc. Ceci revient à dire que le parti du prolétariat doit maintenir son indépendance politique, se distinguer, sur les plans idéologique et politique, de toutes les autres classes ainsi que de leurs partis respectifs, se distinguer non seulement de la classe des propriétaires fonciers et de la bourgeoisie mais aussi de la petite bourgeoisie. Au sein du Parti, les marxistes-léninistes doivent se distinguer des opportunistes de droite ou « de gauche » qui reflètent toutes sortes d’idéologies non prolétariennes.

    Certains qui, hier, signaient les Déclarations de Moscou, approuvaient les principes révolutionnaires fondamentaux qui y sont énoncés, en sont aujourd’hui à bafouer ces mêmes principes révolutionnaires. Ils n’ont pas plutôt signé la Déclaration de Moscou de 1960 et approuvé la conclusion portant que « les dirigeants de la Ligue des Communistes de Yougoslavie [ont] trahi le marxisme-léninisme » qu’ils commencent à traiter les renégats que sont Tito et consorts comme des frères, et des plus chers.

    Ils viennent d’approuver la conclusion disant que « l’impérialisme américain est le rempart principal de la réaction mondiale, le gendarme international, l’ennemi des peuples du monde entier », et déjà ils estiment que la destinée de l’humanité dépend de la « coopération », de la « confiance » et de l’ »accord » entre les chefs des deux Etats, Etats-Unis et Union soviétique.

    Ils ont approuvé les principes des Déclarations de Moscou régissant les rapports entre partis frères et entre pays frères, mais ont vite fait de les jeter par-dessus bord, dressant selon leur bon plaisir, au congrès de leur parti, un réquisitoire public contre un parti et un pays frères.

    Ces gens-là répètent à tout bout de champ qu’il est inadmissible d’étendre les divergences idéologiques entre partis frères au domaine des relations économiques et des rapports entre Etats, alors qu’eux-mêmes déchirent à leur gré un grand nombre de contrats, économiques et techniques, passés entre pays frères, et vont même, en fait, jusqu’à rompre les relations diplomatiques avec un autre pays frère. Ils ont approuvé la conclusion des Déclarations de Moscou selon laquelle le révisionnisme est le principal danger dans le mouvement ouvrier international, et voilà qu’i les sont mis à propager sans retenue l’idée que « le dogmatisme est le principal danger ».

    Et les voilà lancés. Mais quel esprit de principe ont-ils, ceux qui agissent de la sorte? De quels principes relève donc leur politique?

    Tout en s’en tenant à une politique de principe, le parti du prolétariat doit encore faire preuve de souplesse. Dans la lutte révolutionnaire, il serait erroné de nier la nécessité d’agir selon les circonstances et d’emprunter des détours pour mieux progresser. Les marxistes-léninistes se distinguent des opportunistes et des révisionnistes en ce que la souplesse qu’ils préconisent s’exerce dans le cadre de l’application de leur politique de principe, tandis que la souplesse selon les opportunistes et les révisionnistes consiste, en fait, à jeter la politique de principe par-dessus bord.

    La souplesse basée sur l’esprit de principe n’est pas de l’opportunisme. Par contre, on risquera de verser dans l’opportunisme si on ne sait, sur la base du maintien des principes, user de la souplesse nécessaire et agir selon le moment, suivant les conditions concrètes, et de faire subir ainsi un préjudice injustifiable à la lutte révolutionnaire.

    Le compromis est un point important de l’exercice de la souplesse.

    Les marxistes-léninistes l’envisagent ainsi: Ils ne rejettent jamais les compromis qui s’avèrent nécessaires et sont favorables à la révolution, c’est-à-dire les compromis reposant sur les principes, mais ils n’admettront, à aucun moment, des compromis qui équivalent à des trahisons, c’est-à-dire des compromis qui sacrifient les principes.

    Lénine l’a fort bien dit:

    « Ce n’est pas sans raison que Marx et Engels sont considérés comme les fondateurs du socialisme scientifique. Ils étaient d’impitoyables ennemis de tous les phraseurs. Ils enseignaient que les problèmes du socialisme (y compris les problèmes de la tactique socialiste) doivent être posés de manière scientifique. Dans les années 70 du siècle dernier, alors qu’Engels analysait le manifeste révolutionnaire des blanquistes français, déserteurs de la Commune, il leur dit carrément que leur déclaration qui fanfaronne sur le ‘pas de compromis’ était une phrase creuse.

    Il est impossible de jurer être contre tous les compromis. Ce qui importe, c’est de savoir, à travers tous les compromis, — dont parfois la nécessité s’impose par la force des circonstances, même au parti le plus révolutionnaire de la classe même la plus révolutionnaire, — maintenir, renforcer, aguerrir, développer les tactiques, l’organisation et la conscience révolutionnaires, la fermeté et la préparation de la classe ouvrière et de son avant-garde organisée, le Parti communiste. » (V. I. Lénine: « A propos des compromis », Œuvres, tome 30)

    Comment un parti marxiste-léniniste qui réellement recherche la vérité en partant des faits, pourrait-il s’opposer en bloc à tout compromis? L’éditorial « Léninisme et révisionnisme moderne » publié dans le premier numéro du Hongqi de cette année dit notamment: « Au cours de notre longue lutte révolutionnaire, nous, communistes chinois, nous avons maintes fois passé des compromis avec l’ennemi de l’intérieur comme de l’extérieur. Par exemple, nous avons fait des compromis avec la clique réactionnaire de Tchiang Kaï-chek, et également des compromis avec les impérialistes américains dans la lutte contre l’agression américaine et pour l’aide à la Corée, et bien d’autres encore. »

    Et plus loin: « C’est précisément d’après les enseignements de Lénine que nous, communistes chinois, distinguons entre les différents compromis, nous déclarant en faveur des compromis qui profitent à la cause du peuple et à la paix mondiale, et contre ceux ayant un caractère de trahison. Les faits sont clairs: ont précisément une idéologie réellement trotskiste ou relevant d’une variante du trotskisme ceux qui tombent tantôt dans l’aventurisme, tantôt dans le capitulationnisme. »

    Comme on le sait, Trotski a joué un rôle des plus honteux au cours des négociations pour le traité de paix à Brest-Litovsk et dans toute l’histoire de la révolution russe et de l’édification de l’Union soviétique. Il était contre Lénine et contre le léninisme sur tous les problèmes essentiels.

    Il niait la possibilité de remporter la victoire de la révolution et de l’édification socialistes d’abord dans un seul pays. Dans les problèmes de la stratégie et de la tactique révolutionnaires, son absence totale d’esprit de principe se traduisait tantôt par un aventurisme « de gauche », tantôt par un capitulationnisme de droite.

    Dans l’affaire du Traité de Brest-Litovsk, il commença par préconiser aveuglément une politique aventuriste; par la suite, il contrevint aux directives de Lénine en refusant de signer le traité de paix aux pourparlers de Brest-Litovsk, et, dans le même temps, informa traîtreusement la partie allemande que la République des Soviets s’apprêtait à cesser la guerre et à démobiliser. Ceci accrut l’arrogance de l’agresseur, et l’Allemagne posa des conditions encore plus draconiennes. Voilà ce que fut le trotskisme dans l’affaire du Traité de paix de Brest-Litovsk.

    A présent, il en est qui s’obstinent à mettre dans le même sac les événements de Cuba et le Traité de paix de Brest-Litovsk, deux questions de nature totalement différente, pour établir une analogie historique dans laquelle ils se comparent à Lénine et qualifient de « Trotski » ceux qui se sont opposés à ce que la souveraineté d’un autre pays soit sacrifiée. C’est tout simplement absurde et ridicule.

    Lénine avait entièrement raison à l’époque, de se prononcer pour la conclusion du Traité de paix de Brest-Litovsk. Son but était de gagner du temps, pour consolider la victoire de la Révolution d’Octobre .En 1936, le camarade Mao Zedong a énergiquement critiqué, dans « Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine », l’erreur de l’opportunisme « de gauche ».

    Parlant du Traité de Brest-Litovsk, il a dit: « Si, après la Révolution d’Octobre, les bolcheviks russes, se ralliant au point de vue des ‘communistes de gauche’, avaient repoussé le traité de paix avec l’Allemagne, le pouvoir des Soviets qui venait de naître aurait risqué de périr. » (Mao Zedong: Œuvres choisies, tome I) Le cours des événements a confirmé toute la justesse des vues de Lénine et montré que la signature du Traité de paix de Brest-Litovsk était un compromis révolutionnaire.

    Et les événements de Cuba? C’est une tout autre histoire.

    Au cours des événements, le peuple cubain et ses dirigeants, décidés à défendre jusqu’à la mort la souveraineté de leur patrie, ont fait preuve d’un héroïsme magnifique et d’un esprit de principe élevé, ils n’ont versé ni dans l’aventurisme, ni dans le capitulationnisme.

    Lors des événements de Cuba, il en est qui, d’abord, ont versé dans l’aventurisme, pour tomber ensuite dans le capitulationnisme, voulant même faire accepter au peuple cubain des conditions humiliantes qui auraient signifié le sacrifice de sa souveraineté, nationale. Ils pensaient se servir du Traité de paix de Brest-Litovsk, signé par Lénine, pour se couvrir; mais en usant de ce piètre artifice, ils n’ont réussi qu’à se dévoiler avec plus de netteté encore.

    A propos des rapports entre l’esprit de principe et la souplesse, le camarade Liou Chao-chi, se basant sur l’expérience de la révolution chinoise, a exposé le problème de la façon suivante lors du VIIe Congrès du Parti communiste chinois:

    « Notre souplesse est établie sur des principes déterminés. Sont erronés la pseudo-souplesse ne relevant d’aucun principe, la concession et le compromis outrepassant les principes, l’ambiguïté et la confusion sur les questions de principe.

    Les principes du Parti sont le critère et l’étalon auxquels se mesure tout changement dans la politique et la tactique. L’esprit de principe du Parti est le critère et l’étalon auxquels se mesure la souplesse. Ainsi, lutter pour le plus grand bien du plus grand nombre est pour nous, un principe immuable; ce principe est le critère et l’étalon qui permettent de déterminer à l’occasion de chaque changement dans notre politique et dans notre tactique si celui-ci est juste. Tout changement conforme à ce principe est juste, et ne l’est pas tout changement qui n’y est pas conforme. » (Liou Chao-chi: Du Parti)

    C’est ainsi que nous concevons le rapport entre l’esprit de principe et la souplesse, et nous estimons qu’une telle conception est marxiste-léniniste.

    VIII.PROLETAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS!

    « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous! » —  Ce grand appel lancé il y a plus d’un siècle par Marx et Engels reste le principe que le prolétariat international se doit d’observer à jamais.

    Le Parti communiste chinois, qui s’en est toujours tenu à l’unité du mouvement communiste international, considère qu’il est de son devoir sacré de la sauvegarder. Notre position sur cette question de l’unité du mouvement communiste international a été réaffirmée par le quotidien Renmin Ribao dans son éditorial du 27 janvier dernier. Il y est dit:

    « Veut-on oui ou non l’unité du mouvement communiste international? Recherche-t-on l’unité réelle ou la veut-on fictive? Cette unité doit-elle être établie sur la base des deux Déclarations de Moscou ou sur celle du programme révisionniste yougoslave, ou est-ce ‘l’unité’ sur  autre chose encore? En d’autres mots, veut-on en fin de compte aplanir les divergences et renforcer l’unité, ou élargir les divergences et créer la scission? »

    « Les communistes chinois, tous les marxistes-léninistes et l’humanité progressiste tout entière ont en commun le désir de sauvegarder l’unité et de s’opposer à la scission; d’assurer une unité authentique et de s’opposer à l’unité fictive; de défendre la base commune de l’unité du mouvement communiste international et de s’opposer à toute activité de sape contre elle; de sauvegarder et de renforcer l’unité du camp socialiste et l’unité du mouvement communiste international sur la base des deux Déclarations de Moscou. »

    Voilà l’attitude ferme, inébranlable du Parti communiste chinois à l’égard de l’unité du mouvement communiste international.

    Maintenant, après avoir déclenché et organisé toute une suite d’attaques absurdes contre le Parti communiste chinois et d’autres partis frères, certains se mettent subitement à entonner l’air de l »‘unité ». Mais leur « unité » est telle qu’elle leur réserve le droit d’injurier les autres, sans permettre à ces derniers ne fût-ce que de raisonner avec eux. En appelant à la « cessation de la polémique ouverte », ils entendent qu’il leur est permis d’attaquer les autres comme bon leur semble, tout en interdisant aux autres de leur répondre comme il se doit. Ils parlent d’unité mais continuent à la saper; ils parlent de cesser la polémique ouverte mais poursuivent leurs attaques ouvertes.

    De plus, ils déclarent sur un ton menaçant que si ceux qui sont victimes de leurs attaques ne se taisent pas, « il faut continuer et même intensifier la lutte décisive contre eux ».

    Cependant, ces gens recherchent effectivement l’unité avec la clique Tito.

    L’unité qu’ils veulent n’est pas celle du mouvement communiste international, mais l’unité avec la clique Tito; l’unité qu’ils veulent, c’est l’unité sur la base du révisionnisme moderne représenté par la clique Tito ou l’unité sous le bâton de commandement de certains, et non pas sur la base du marxisme-léninisme et des Déclarations de Moscou. Ainsi, l’unité qu’ils ont à la bouche est en fait synonyme de scission. Sous l’enseigne de l’unité, ils cherchent à camoufler leurs véritables activités scissionnistes.

    Le révisionnisme représente les intérêts de l’aristocratie ouvrière, et donc aussi les intérêts de la bourgeoisie réactionnaire. Les courants révisionnistes vont à l’encontre des intérêts du prolétariat, des masses populaires et de tous les peuples et nations opprimés.

    Depuis Bernstein, le marxisme-léninisme s’est trouvé à plus d’une reprise assailli par les courants révisionnistes et opportunistes qui, en leur temps, ont fait grand bruit. Mais l’histoire a prouvé que le marxisme-léninisme, qui représente les intérêts les plus fondamentaux du plus grand nombre, est invincible. Tous les révisionnistes et opportunistes qui ont défié le marxisme-léninisme révolutionnaire se sont effondrés, l’un après l’autre, devant la vérité et ont été rejetés par les masses.

    Bernstein a échoué, Kautsky aussi, puis Plékhanov, Trotski, Boukharine, Tchen Tou-sieou, Browder et les autres. Tout aussi arrogants et pleins de morgue insolente sont ceux qui lancent aujourd’hui de nouvelles attaques contre le marxisme-léninisme révolutionnaire, et, cependant, il est sûr qu’ils ne finiront pas mieux que les vieux révisionnistes et opportunistes s’sil demeurent imperméables aux conseils, s’ils s’obstinent à ne pas entendre raison.

    D’aucuns ont recours à des pratiques indignes, diffamation et calomnie, provocation et diversion, et s’acharnent à provoquer une scission, mais l’écrasante majorité du peuple dans le monde est pour l’unité du mouvement communiste international et contre toute scission.

    Leurs activités scissionnistes, leurs attaques contre le Parti communiste chinois et d’autres partis frères, leurs activités visant à saper l’unité du camp socialiste et celle du mouvement communiste international sont contraires aux aspirations de l’écrasante majorité du peuple dans le monde et sont absolument impopulaires. Leur tactique de scission réelle et d’unité fictive est claire pour tous. Dans l’histoire, les scissionnistes, traîtres au marxisme-léninisme, ont tous fini dans l’ignominie. Nous avons conseillé à ceux qui machinent la scission de « retenir le cheval au bord du précipice », mais il s’en trouve encore parmi eux qui ne daignent pas nous écouter.

    Ils croient qu’ils ne sont pas encore « au bord du précipice » et ils ne sont pas prêts à « retenir le cheval ». Apparemment, ils brûlent encore d’envie de poursuivre leurs activités scissionnistes. Qu’ils continuent donc, puisqu’ils le veulent. Ils seront jugés par les masses, et par l’histoire.

    Il y a actuellement dans le mouvement communiste international un phénomène fort amusant et généralisé.

    Qu’est-ce que c’est? Eh bien, les héros qui prétendent avoir le monopole de la vérité marxiste-léniniste craignent comme le feu les articles écrits en réponse à leurs attaques par ces « dogmatistes », « sectaristes », « scissionnistes », « nationalistes » et « trotskistes » qu’ils flagellent impitoyablement. Ils n’osent pas publier ces articles dans leurs journaux et revues.

    Peureux comme la souris, et éperdus d’épouvanté, ils n’ont pas le courage de les laisser venir à la connaissance de leur propre peuple, et ils ont imposé un blocus aussi hermétique qu’une cloison étanche. 

    Ils ont même recours au brouillage, par de puissantes stations, pour empêcher leur peuple d’écoute nos émissions. Très chers amis et camarades qui ‘détenez le monopole de la vérité, puisque vous pensez que nos articles sont totalement faux, pourquoi ne pas les publier tous et les réfuter ensuite, point par point, de façon à soulever l’indignation parmi votre peuple, indignation pour « l’hérésie » que vous appelez « dogmatisme », « sectarisme », « anti-marxisme-léninisme »? Pourquoi n’osez-vous pas le faire? Pourquoi ce blocus hermétique? Vous craignez la vérité. Le spectre du « dogmatisme », le spectre du marxisme-léninisme authentique, hante le monde et vous menace.

    Vous n’avez pas confiance dans le peuple, et le peuple n’a pas confiance en vous ; vous vous détachez des masses ; c’est pourquoi vous craignez la vérité, et votre peur est telle qu’elle en devient ridicule. Amis et camarades, si vous avez vraiment de la dignité, montrez-le, publions de part et d’autre tous les articles de critique du côté adverse, pour que le peuple de nos pays et du monde entier puisse les étudier et juger. D’ailleurs, c’est ce que nous faisons, et nous espérons que vous suivrez notre exemple.

    Nous ne craignons pas de publier votre littérature, dans sa totalité et in extenso. Nous publions tous les « chefs-d’œuvre » où vous déversez sur nous vos invectives, puis, en guise de réponse, nous les réfutons point par point ou brièvement. Des fois, nous nous bornons à publier vos articles sans les faire suivre de réponse, les laissant à la réflexion de nos lecteurs. N’est-ce pas encore assez en fait de justice et d’équité? Vous, messieurs les révisionnistes modernes, oserez-vous ou non en faire autant?

    Si vous avez vraiment de la dignité, vous oserez ; mais si vous avez mauvaise conscience et disposez de faibles arguments, si sous votre apparence terrible, vous êtes faibles en dedans, si, en affichant la force du taureau, vous êtes peureux comme la souris, alors vous n’oserez pas.

    Nous sommes sûrs que vous n’oserez pas. N’en est-il pas ainsi? Donnez-nous donc une réponse. Le Parti communiste chinois estime qu’il existe une voie pour régler les divergences. C’est celle indiquée par les deux Déclarations de Moscou. Avant de terminer, nous tenons à citer un important passage des conclusions de la Déclaration de Moscou de 1957:

    « Après avoir échangé leurs opinions, les participants à la Conférence ont conclu que dans les conditions actuelles, parallèlement aux rencontres des dirigeants et à l’échange d’informations entre deux partis, il est utile d’organiser, en cas de besoin, des conférences plus larges des partis communistes et ouvriers pour examiner les problèmes actuels, pour échanger les résultats de leur expérience, pour prendre mutuellement connaissance de leurs opinions et de leurs positions, pour coordonner la lutte en vue des objectifs communs: paix, démocratie et socialisme. » (Déclaration de la Conférence des représentants des Partis communistes et ouvriers des Pays socialistes. 1957)

    Et nous tenons également à citer quelques passages de la Déclaration de Moscou de 1960, où se trouvent définis les principes fondamentaux régissant les rapports entre partis frères:

    « Alors que la réaction impérialiste rassemble ses forces pour la lutte contre le communisme, il importe particulièrement de raffermir par tous les moyens la cohésion du mouvement communiste mondial. L’unité et la cohésion décuplent la force de notre mouvement; elles sont une sûre garantie que la grande cause du communisme progressera victorieusement et que toutes les attaques de l’ennemi seront repoussées.

    « Les communistes du monde entier sont unis par la grande doctrine du marxisme-léninisme et par la lutte commune qu’ils mènent pour sa mise en œuvre. Les intérêts du mouvement communiste réclament l’observation solidaire par chaque parti communiste des appréciations et des conclusions élaborées en commun par les partis frères lors de leurs conférences quant aux tâches générales de la lutte contre l’impérialisme, pour la paix, la démocratie et le socialisme.

    « Les intérêts de la lutte pour la cause de la classe ouvrière réclament une cohésion toujours plus étroite des rangs de chaque parti communiste et de la grande armée des communistes de tous les pays, leur unité de volonté et d’action. Avoir pour souci de renforcer constamment l’unité du mouvement communiste international est le devoir international suprême de chaque parti marxiste-léniniste.

    « Défendre résolument l’unité du mouvement communiste international sur la base des principes du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien, n’admettre aucune action susceptible de saper cette unité — ce sont là des conditions obligatoires de la victoire dans la lutte pour l’indépendance nationale, la démocratie et la paix, pour le succès des objectifs de la révolution socialiste, de l’édification du socialisme et du communisme. Transgresser ces principes aurait pour effet d’affaiblir les forces du communisme.

    « Les partis marxistes-léninistes sont tous indépendants et égaux en droits; ils élaborent leur politique en partant des conditions concrètes de leur pays et en s’inspirant des principes du marxisme-léninisme; ils se prêtent un soutien mutuel. Le succès de la cause de la classe ouvrière dans chaque pays exige la solidarité internationale de tous les partis marxistes-léninistes. Chaque parti est responsable devant la classe ouvrière, devant les travailleurs de son pays, devant l’ensemble du mouvement communiste et ouvrier international.

    « En cas de nécessité, les partis communistes et ouvriers tiennent des conférences pour y examiner les problèmes de l’actualité, pour échanger leurs expériences et prendre connaissance de leurs opinions et positions respectives, pour parvenir à un point de vue unanime en procédant à des consultations et concerter les actions conjointes dans la lutte pour les buts communs.

    « Lorsque, dans tel ou tel parti, des questions surgissent touchant à l’activité d’un autre parti frère, sa direction s’adresse à celle du parti correspondant; en cas de nécessité, on procède à des rencontres et à des consultations.

    « L’expérience et les résultats des rencontres entre représentants des partis communistes, qui ont eu lieu ces dernières années, notamment le bilan des deux plus grandes Conférences, celle de novembre 1957 et la présente réunion, montrent que, dans les conditions actuelles, de telles Conférences sont une forme efficace d’é change d’opinions et d’expériences, d’enrichissement collectif de la théorie marxiste-léniniste et d’élaboration de positions unanimes dans la lutte pour les objectifs communs. » (Déclaration de la Conférence des Représentants des Partis communistes et ouvriers, 1960)

    Après qu’un parti eut, à son propre Congrès, attaqué ouvertement un autre parti frère, il y a plus d’un an, nous avons appelé à plusieurs reprises à régler les divergences entre partis frères conformément aux principes et méthodes susmentionnés, définis par les deux Déclarations de Moscou.

    Nous avons fait remarquer plus d’une fois qu’attaquer ouvertement et unilatéralement un parti frère, quel qu’il soit, ne contribue pas à la solution des problèmes ni à l’unité. Nous avons toujours proposé que les partis frères ayant des controverses et divergences entre eux cessent la polémique ouverte et reviennent aux consultations par voie intérieure, et que c’est plus particulièrement le Parti ayant déclenché les attaques qui devrait prendre l’initiative dans, ce sens. Telle reste notre position.

    Dès avril 1962, le Comité central du Parti communiste chinois a informé le parti frère intéressé que nous appuyions sincèrement la proposition, formulée par certains partis frères, de convoquer une conférence des partis frères, estimant qu’il convenait d’envisager la convocation d’une conférence des représentants des partis communistes et ouvriers pour discuter des problèmes qui nous intéressent tous.

    A ce moment déjà, nous avons souligné que pour convoquer une conférence des partis frères et pour qu’elle fût fructueuse, il était nécessaire en tout premier lieu de surmonter de nombreux obstacles et difficultés et d’effectuer un important travail préparatoire.

    Nous espérions que les partis et pays frères ayant des controverses entre eux prendraient des mesures, fussent-elles minimes, pour aider à relâcher la tension et à restaurer l’unité, de manière à améliorer le climat et préparer les conditions nécessaires pour la tenue et le succès de la conférence.

    Nous avons proposé à l’époque que les partis frères cessent leurs attaques ouvertes.
    Nous estimions que des entretiens bilatéraux ou multilatéraux, selon les nécessités, entre partis frères, pour un échange de vues, contribueraient également au succès de la conférence.

    Ces propositions, faites par nous en avril 1962 au parti frère intéressé, sont parfaitement raisonnables et conformes aux stipulations des Déclarations de Moscou concernant le règlement des divergences entre partis frères. Nous les avons déjà exposées à plusieurs reprises, et nous le faisons une fois de plus.

    Dernièrement, des dirigeants de certains partis frères ont accepté nos propositions dans une certaine mesure. S’il y a là de la bonne volonté, si les paroles sont suivies par des actes, ce sera évidemment excellent, et c’est ce que nous avons toujours souhaité.

    Nous maintenons que le mouvement communiste international doit s’unir. Il s’unira, sans aucun doute!

    Lançons ensemble et haut :

    Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!

    Nations et peuples opprimés, unissez-vous!

    Marxistes-léninistes, unissez-vous!

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  • Éditorial du Quotidien du peuple : D’où proviennent les divergences ? ­Réponse à Maurice Thorez et d’autres camarades (1963)

    Editorial du Renmin Ribao du 27 février 1963

    Le camarade Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français, et certains autres camarades de ce Parti jouent un rôle marquant dans l’actuel contre-courant dirigé contre le Parti communiste chinois et d’autres partis frères et qui sape l’unité du mouvement communiste international.

    Depuis fin novembre 1962, Maurice Thorez et d’autres camarades ont fait de nombreuses déclarations attaquant le Parti communiste chinois et d’autres partis frères, et publié un grand nombre de documents intérieurs traitant des questions en cause. Les principaux de ces documents et déclarations sont :

    Le discours de Maurice Thorez du 14 décembre 1962 au Comité central du Parti communiste français ;

    L’« information » de Raymond Guyot, membre du Bureau politique du Parti communiste français, donnée le 14 décembre 1962 au Comité central du Parti communiste français, sur les problèmes relatifs à la situation internationale et à l’unité du mouvement communiste et ouvrier international ;La résolution adoptée le 14 décembre 1962 par le Comité central du Parti communiste français sur les problèmes relatifs à la situation internationale et à l’unité du mouvement communiste et ouvrier international ;

    L’éditorial écrit par Raymond Guyot pour l’Humanité, organe central du Parti communiste français, du 9 janvier 1963 ;

    Un article publié le même jour par l’hebdomadaire France Nouvelle, organe central du Parti communiste français, et ayant pour titre : « Guerre, paix et dogmatisme » ;

    Une série de dix articles publiés dans l’Humanité du 5 au 16 janvier 1963 et attaquant nommément le Parti communiste chinois ; Un article paru le 16 janvier 1963 dans l’hebdomadaire France Nouvelle, sous le titre : « A quelle époque vivons-nous ? » ; la brochure Problèmes du mouvement communiste international, éditée en janvier 1963 par le Comité central du Parti communiste français (recueil de quinze documents consacré aux attaques portées ces trois dernières années par certains dirigeants du Parti communiste français contre le Parti communiste chinois, notamment l’intervention de Maurice Thorez à la Conférence de Moscou des partis frères, en novembre 1960, ainsi que le rapport qu’il fit ensuite à ce sujet au Comité central du Parti communiste français réuni en séance plénière);

    Un article de Raymond Guyot dans l’Humanité du 15 février 1963. Le contenu essentiel de ces propos et écrits attaquant le Parti communiste chinois a été publié dans le Renmin Ribao du 24 février 1963. Il en ressort que, dans le chœur antichinois de ces derniers temps, dans la compétition à qui attaquera le plus le Parti communiste chinois, Maurice Thorez et d’autres camarades se sont surpassés et ont même dépassé nombre de camarades d’autres partis frères.

    « En dehors de leur assaut contre le Parti communiste chinois, Maurice Thorez et d’autres camarades ont lancé des attaques perfides contre le Parti du Travail d’Albanie ; ils ont blâmé aussi les partis frères de Corée, de Birmanie, de Malaisie, de Thaïlande, d’Indonésie, du Vietnam, du Japon et s’en sont même pris aux mouvements de libération nationale qui combattent héroïquement l’impérialisme et le colonialisme.

    Ils prétendent, en des termes tenant de la calomnie, que les positions « sectaires et aventuristes » du Parti communiste chinois « ont trouvé quelques échos dans certains partis communistes, notamment en Asie, et au sein de mouvements nationalistes », qu’elles « alimentent le ‘gauchisme’ qui parfois existe dans ces partis et mouvements », etc.

    Il est vraiment surprenant que certains camarades du Parti communiste français aient adopté pareille attitude à l’égard de la cause révolutionnaire des nations opprimées. Et ils sont vraiment allés trop loin dans ce travail de sape de l’unité du mouvement communiste international.

    Il y a longtemps que le Parti communiste chinois estime, et il maintient, qu’il faut, comme cela se doit, résoudre les divergences entre partis frères conformément aux principes des deux Déclarations de Moscou, c’est-à-dire dans le cadre de nos propres rangs, par de larges discussions et consultations menées en toute camaraderie et toute égalité.

    Nous n’avons pas inauguré la critique publique contre un parti frère, quel qu’il soit, ni provoqué le débat ouvert. Mais c’est mal calculer que d’imaginer que l’on peut profiter de notre juste position, qui consiste à placer par-dessus tout l’intérêt de l’unité contre l’ennemi,pour attaquer publiquement et à loisir le Parti communiste chinois, sans recevoir la riposte méritée.

    Nous voudrions dire aux camarades qui attaquent violemment le Parti communiste chinois et d’autres partis frères : les partis frères sont égaux entre eux ; puisque vous vous en êtes pris ouvertement et violemment au Parti communiste chinois, il ne vous appartient pas d’exiger que nous ne répliquions pas ouvertement.

    De même, puisque vous avez attaqué ouvertement et avec perfidie le Parti du Travail d’Albanie, les camarades albanais ont pleinement le droit de vous répliquer ouvertement, ils ont autant de droits que vous. Actuellement, des camarades de certains partis frères parlent de mettre fin à la polémique ouverte et poursuivent cependant leurs attaques contre le Parti communiste chinois et d’autres partis frères. Pareille attitude à double face revient en fait à ceci : vous vous arrogez le droit d’attaquer les autres et vous interdisez aux autres de répliquer. Mais à cela, vous ne parviendrez jamais. Un vieux proverbe chinois dit : « A la courtoisie, répondre par la courtoisie ; ne pas répondre à la courtoisie, c’est manquer de courtoisie ».

    Nous croyons qu’il est nécessaire, à ce propos, d’attirer maintenant, et sérieusement, l’attention de ceux qui attaquent le Parti communiste chinois.

    Dans leurs attaques contre le Parti communiste chinois, Maurice Thorez et d’autres camarades ont parlé du caractère de notre époque, de la manière de concevoir l’impérialisme, de la guerre et de la paix, de la coexistence pacifique, du passage pacifique et d’autres problèmes. Cependant, un examen tant soit peu attentif montre qu’ils n’ont fait qu’emprunter à d’autres des arguments usés.

    Il a déjà été répondu à leur argumentation erronée sur le sujet, dans nos éditoriaux « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous contre l’ennemi commun ! », « Les violemment le Parti communiste chinoiset d’autres partis frères : les partis frères sont égaux entre eux ; puisque vous vous en êtes pris ouvertement et violemment au Parti communiste chinois, il ne vous appartient pas d’exiger que nous ne répliquions pas ouvertement.

    De même, puisque vous avez attaqué ouvertement et avec perfidie le Parti du Travail d’Albanie, les camarades albanais ont pleinement le droit de vous répliquer ouvertement, ils ont autant de droits que vous.

    Actuellement, des camarades de certains partis frères parlent de mettre fin à la polémique ouverte et poursuivent cependant leurs attaques contre le Parti communiste chinois et d’autres partis frères. Pareille attitude à double face revient en fait à ceci : vous vous arrogez le droit d’attaquer les autres et vous interdisez aux autres de répliquer.

    Mais à cela, vous ne parviendrez jamais. Un vieux proverbe chinois dit : « A la courtoisie, répondre par la courtoisie ; ne pas répondre à la courtoisie, c’est manquer de courtoisie ».

    Nous croyons qu’il est nécessaire, à ce propos, d’attirer maintenant, et sérieusement, l’attention de ceux qui attaquent le Parti communiste chinois.

    Dans leurs attaques contre le Parti communiste chinois, Maurice Thorez et d’autres camarades ont parlé du caractère de notre époque, de la manière de concevoir l’impérialisme, de la guerre et de la paix, de la coexistence pacifique, du passage pacifique et d’autres problèmes.

    Cependant, un examen tant soit peu attentif montre qu’ils n’ont fait qu’emprunter à d’autres des arguments usés. Il a déjà été répondu à leur argumentation erronée sur le sujet, dans nos éditoriaux « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous contre l’ennemi commun ! », « Les Divergences entre le camarade Togliatti et nous » et « Unissons-nous sur la base des Declarations.de Moscou », ainsi quedans l’éditorial de la revue Hongqi intitulé « Léninisme et révisionnisme moderne ».

    Il n’est donc pas nécessaire d’y revenir ici. Mais il faut souligner que dans leurs déclarations, rapports et articles, Maurice Thorez et d’autres camarades se sont étendus à loisir pour déformer les faits, intervertir le vrai et le faux, induire l’opinion publique en erreur, dans l’intention d’endosser au Parti communiste chinois la responsabilité du travail de sape de l’unité du mouvement communiste international et de la création de la scission.

    Ils ressassent à l’envi que les divergences au sein du mouvement communiste international sont « en particulier le fait des camarades chinois », qu’elles proviennent de ce que les camarades chinois « n’ont pas encore admis au fond les thèses du XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique ». Ils prétendent aussi que plus le temps nous éloigne de la première et de la deuxième Conférences de Moscou des partis frères, plus la position des camarades chinois « s’écarte des thèses qu’ils avaient cependant approuvées et votées ».

    Puisque le camarade Thorez et d’autres camarades ont soulevé la question de la responsabilité des divergences survenues dans le mouvement communiste international, parlons-en !

    D’où proviennent, en somme, les divergences au sein du mouvement communiste international ?

    Le camarade Thorez et d’autres camarades affirment qu’elles sont nées du fait que le Parti communiste chinois n’a pas admis les thèses du XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique. Cette formulation de Maurice Thorez et des autres camarades constitue par elle-même une infraction aux principes régissant les rapports entre partis frères, principes définis dans les deux Déclarations de Moscou. Suivant ces deux documents, établis en commun, les rapports ; entre partis frères sont basés sur l’égalité et l’indépendance.

    Nul n’a le droit d’exiger que tous les partis frères admettent les thèses d’un parti donné. Aucune résolution d’un congrès de quelque parti que ce soit ne peut faire fonction de ligne commune du mouvement communiste international ni n’engage les autres partis frères.

    S’il plaît à Maurice Thorez et aux autres camarades d’accepter les thèses et les résolutions d’un autre parti, c’est leur affaire. Quant au Parti communiste chinois, il a toujours estimé que le seul principe d’action pouvant le lier et lier tous les partis frères ne peut qu’être le marxisme-léninisme, les documents adoptés à l’unanimité par les partis frères et non les résolutions d’un congrès d’un parti frère ou autre chose.

    Quant au XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique, il a des aspects positifs et il en a aussi de négatifs.

    Nous avons exprimé notre soutien envers ses aspects positifs. Et pour ce qui est de ses aspects négatifs, c’est-à-dire les points de vue erronés sur certaines importantes questions de principe du mouvement communiste international, nous avons notre opinion.

    Dans les entretiens entre Partis chinois et soviétique, comme aux réunions entre les partis frères, nous n’avons pas caché notre point de vue et nous l’avons, à plusieurs reprises, exposé de façon claire et précise.

    Mais dans l’intérêt du mouvement communiste international, nous n’avons jamais discuté ce problème publiquement, et nous n’avons pas l’intention de le faire ici. Les faits sont éloquents. Les divergences de ces dernières années dans le mouvement communiste international ont surgi uniquement parce que des camarades d’un parti frère ont enfreint la Déclaration de Moscou de 1957, adoptée à l’unanimité par les partis communistes et ouvriers.

    On sait que la Conférence de Moscou des partis communistes etouvriers tenue en 1957, a, sur la base du marxisme-léninisme, après des consultations faites dans un esprit de camaraderie et grâce aux efforts communs, éliminé certaines divergences qui existaient entre les partis frères, abouti à une unanimité de vues sur d’importants problèmes actuels du mouvement communiste international et élaboré la Déclaration de Moscou. Cette déclaration est le programme commun du mouvement communiste international. Tous les partis frères ont déclaré l’accepter.

    Tant que, dans la pratique, tous les partis frères respectaient strictement cette déclaration et n’y avaient pas contrevenu, l’unité du mouvement communiste international aurait pu être renforcée et notre lutte commune être développée.

    Après la Conférence de Moscou de 1957, pendant un certain temps, le combat des partis communistes et ouvriers unis contre l’ennemi commun, en premier lieu contre l’impérialisme américain, contre les renégats du marxisme-léninisme, les révisionnistes yougoslaves, se déroula relativement bien et fut fructueux.

    Cependant, des camarades d’un parti frère ayant tenté à maintes reprises de placer les résolutions du congrès d’un parti au-dessus de la Déclaration de Moscou de 1957, programme commun des partis frères, il en résulta inévitablement des divergences au sein du mouvement communiste international.

    C’est surtout à l’époque des entretiens de Camp David, en septembre 1959, que des camarades d’un parti frère formulèrent au sujet de nombre de problèmes importants touchant à la situation internationale et au mouvement communiste international, toute une série de vues erronées contraires au marxisme-léninisme et qui contreviennent à la Déclaration de Moscou.

    Ils ont rejeté la conclusion scientifique de la Déclaration de Moscou de 1957 au sujet de l’impérialisme, source des guerres modernes, qui dit : « Tant que subsiste l’impérialisme, les guerres d’agression conservent un terrain propice. »

    Et ils n’ont cessé de proclamer que, quoique le système impérialiste et ie système d’exploitation et d’oppression de l’homme par l’homme survivent encore dans une grande partie du monde, « il existe déjà la possibilité réelle de bannir définitivement et à jamais les guerres de la vie sociale », il est possible d’instaurer « un monde sans armes, sans armées et sans guerres ».

    Ils ont prédit aussi, à l’époque, que l’année 1960 « s’inscrira dans l’histoire en tant qu’une année où commencera à se réaliser le vœu grandiose de l’humanité pour un monde sans armes et sans armées, un monde sans guerres ».

    Ils ont rejeté la thèse de la Déclaration de Moscou de 1957 suivant laquelle, pour prévenir la guerre mondiale, il faut s’appuyer sur la lutte conjuguée du camp socialiste, du mouvement de libération nationale, de la classe ouvrière internationale, du mouvement de masse des peuples pour la paix ; ils ont placé leurs espoirs de sauvegarder la paix mondiale dans la « sagesse » des chefs de gouvernement des grandes puissances, estimé que le destin historique de l’époque était déterminé, en fait, par quelques « grandes personnalités » et leur « sagesse », et que les rencontres au sommet des grandes puissances pouvaient déterminer et modifier le cours de l’histoire.

    Ils disent : « Nous avons répété à maintes reprises que seuls les chefs de gouvernement de différents pays, ayant le pouvoir en main, peuvent régler les problèmes internationaux les plus complexes. » Ils ont décrit les entretiens de Camp David comme une « étape nouvelle », une « ère nouvelle » dans les relations internationales, et même comme un « tournant de l’Histoire humaine ». Ils ont repoussé la thèse de la Déclaration de Moscou de 1957 suivant laquelle l’impérialisme américain est « le centre de la réaction mondiale et est le pire ennemi des masses populaires », et ils se sont attachés avec un zèle tout particulier à louer Eisenhower, chef de file de l’impérialisme américain, disant qu’il est « un homme aspirant sincèrement à la paix », qui « espère sincèrement éliminer l’état de ‘guerre froide’ « , qu’il « se soucie autant que nous pour assurer la paix ».

    Ils sont allés à rencontre du principe léniniste sur la coexistence pacifique entre les deux systèmes sociaux différents, tel qu’il se trouve dans la Déclaration de Moscou de 1957, et ont interprété la coexistence pacifique comme n’étant rien d’autre qu’une lutte idéologique et une compétition économique.

    Ils disent : « Il faut faire des efforts afin de transformer la lutte inéluctable entre les deux systèmes en une lutte entre deux sortes d’idéologies, en une compétition pacifique, ou bien dans un langage plus facile à comprendre pour les capitalistes, en une concurrence. » Ils vont jusqu’à étendre la coexistence pacifique entre pays des deux systèmes sociaux aux rapports entre classes oppresseuses et classes opprimées, entre nations oppresseuses et nations opprimées, et prétendent qu’elle serait la voie du socialisme pour tous les pays. Ceci s’éloigne totalement de la conception marxiste-léniniste de la lutte de classe.

    Ce que cela signifie en fait, c’est, sous prétexte de coexistence pacifique, oblitérer la lutte politique contre l’impérialisme et la lutte pour le soutien à la cause de l’émancipation des peuples, oblitérer la lutte des classes à l’échelle mondiale.

    Ils ont rejeté la conclusion de la Déclaration de Moscou de 1957 selon laquelle l’impérialisme américain veut  »imposer sous une forme nouvelle le joug colonialiste aux peuples émancipés », ils proclament que l’impérialisme peut aider les pays sous-développés à parvenir à un essor économique sans précédent et nient, en fait, que le pillage de ces pays relève de la nature même de l’impérialisme, ils disent : « Le désarmement général et total pourra encore créer des conditions toutes nouvelles pour aider les pays qui sont économiquement sous-développés et qui ont besoin de l’aide despays plus développés. Même si une petite partie de l’argent économisé par suite de l’arrêt des dépenses militaires des grandes puissances était destinée à aider ces pays, une ère nouvelle proprement dite serait ouverte dans le développement économique de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique latine ».

    Ils ont repoussé la thèse de la Déclaration de Moscou de 1957, affirmant que le mouvement de libération des peuples des pays coloniaux et semi-coloniaux et la lutte révolutionnaire de la classe ouvrière des différents pays sont de puissantes forces de notre époque pour la défense de la paix mondiale, et ils ont opposé le mouvement de libération nationale et la lutte révolutionnaire des peuples à la lutte pour la défense de la paix mondiale.

    Ils disent parfois qu’il faut appuyer la guerre de libération nationale et la guerre révolutionnaire des peuples et cependant, ils ne cessent d’insister sur ce qu’une  »guerre éclatée dans les conditions actuelles deviendra inévitablement une guerre mondiale », qu’ »une toute petite étincelle peut engendrer une guerre mondiale », et insistent encore et encore qu’ils sont « contre toutes les sortes de guerres ».

    Cela signifie, en fait, qu’ils ne font pas de distinction entre guerre juste et guerre injuste et que, sous prétexte d’empêcher la guerre mondiale, ils sont contre les guerres de libération nationale et les guerres révolutionnaires des peuples, contre toutes les guerres justes.

    Ils ont rejeté la thèse de la Déclaration de Moscou de 1957 sur la double possibilité du passage du capitalisme au socialisme, par la voie pacifique ou la voie non pacifique, et sur ce que « les classes dominantes n’abandonnent pas de bon gré le pouvoir », soulignant unilatéralement « la possibilité réelle toujours plus grande » du passage pacifique, et prétendant que le passage pacifique « est déjà une perspective réelle pour tout un nombre de pays ».

    Cette série de vues erronées ne peut qu’amener à cette conclusion : la nature de l’impérialisme a changé, les multiples contradictions irréductibles, inhérentes à l’impérialisme, n’existent plus, le marxisme-léninisme est dépassé, la Déclaration de Moscou de 1957 doit être tenue pour caduque.

    Les camarades d’un parti frère qui répandent ces thèses erronées, sous quelque prétexte que ce soit, qu’il s’agisse de « langage diplomatique » ou de « souplesse », ne peuvent dissimuler qu’ils se sont écartés du marxisme-léninisme, des principes de la Déclaration de Moscou de 1957 ; ils ne peuvent rejeter la responsabilité d’avoir créé des divergences dans le mouvement communiste international. Telle est l’origine des divergences qui ont surgi, ces dernières années, dans le mouvement communiste international.

    Et comment les divergences dans le mouvement communiste international ont-elles été mises sous les yeux de l’ennemi ? Maurice Thorez et d’autres camarades prétendent que le point de départ de l’exposé public des divergences surgies au sein du mouvement communiste international a été « la publication dans toutes les langues par le Parti communiste chinois de la brochure Vive le léninisme, en été 1960 ».

    Qu’en est-il vraiment ? Le fait que les divergences entre partis frères ont été rendues publiques pour la première fois non pas en été 1980, mais à la veille des entretiens de Camp David, en septembre 1959, ou plus exactement, le 9 septembre 1959.

    Ce jour-là, un pays socialiste, malgré la vérité exposée à plusieurs reprises par la Chine et les conseils prodigués par elle, transmit avec empressement, par son agence de presse officielle, une déclaration sur l’incident frontalier sino-indien. Sans se soucier du vrai ou du faux, cette déclaration exprimait du « regret » à propos des chocsarmés à la frontière et, en réalité, critiquait la juste position de la Chine. C’était là, disait-on aussi, quelque chose de « déplorable » et de « stupide ».

    Pour ia première fois dans l’histoire, un pays socialiste blâmait un autre pays socialiste, un pays frère, alors que celui-ci était confronté avec les provocations armées d’un pays capitaliste, au lieu de blâmer les réactionnaires, auteurs de ces provocations !

    L’impérialisme et la réaction sentirent aussitôt que des divergences existaient entre pays socialistes et utilisèrent cette déclaration erronée pour semer perfidement la discorde.

    La machine de propagande de la bourgeoisie l’exploita à fond, disant que la déclaration était « une fusée diplomatique lancée contre la Chine » et que « son ton ressemblait quelque peu à celui d’un père sévère qui réprimandait froidement son fils pour qu’il soit plus sage ».

    Après les entretiens de Camp David, certains camarades, dont la tête tournait, sont devenus de plus en plus excessifs dans une suite d’attaques publiques contre la politique extérieure et intérieure du Parti communiste chinois.

    Ils ont injurié carrément celui-ci, prétendant qu’il « essaye de sonder par la force la stabilité du système capitaliste », qu’ « il désire ardemment la guerre comme le coq le combat ». Ils ont, en outre, pris le Parti communiste chinois à partie pour sa ligne générale de l’édification socialiste, son grand bond en avant et sa commune populaire et ils l’ont diffamé, en répandant qu’il pratique une politique « aventuriste » en fait de direction d’Etat.

    Chassant la Déclaration de Moscou de 1957 de leurs pensées, ces camarades se sont longtemps complu à propager leurs vues erronées et à attaquer le Parti communiste chinois. Et ainsi ils ont jeté la confusion au sein du mouvement communiste international, mettant les peuples du monde en danger de se trouver désorientés dans la lutte contre l’impérialisme.

    Le camarade Thorez se rappelle sans aucun doute qu’à l’époque, l’Humanité, organe du Parti communiste français, en vint à tonitruer qu’ »entre Washington et Moscou un langage commun a été trouvé, celui de la coexistence pacifique », que « l’Amérique a pris le tournant ».

    C’est dans ces circonstances, et en vue de défendre la Déclaration de Moscou de 1957, de sauvegarder le marxisme-léninisme, de permettre aux peuples du monde entier de comprendre notre point de vue sur la situation internationale du moment, que le Parti communiste chinois publia à l’occasion du 90e anniversaire de la naissance de Lénine les trois articles : « Vive le léninisme », « En avant sur la voie du grand Lénine », « Unissons-nous sous le drapeau révolutionnaire de Lénine ».

    Il y avait, alors, déjà plus de six mois qu’on nous attaquait ; néanmoins, en discutant dans ces articles les vues erronées allant à rencontre de la Déclaration de Moscou de 1957, nous avons mis l’intérêt de l’unité en première place et dirigé la lutte contre l’impérialisme et le révisionnisme yougoslave.

    Maurice Thorez et d’autres camarades prennent le contre-pied de la vérité lorsqu’ils prétendent que les divergences au sein du mouvement communiste international sont devenues publiques avec la parution de ces trois articles.

    En mai 1960, il y eut le survol de l’Union soviétique par l’avion-espion américain U2, et la Conférence de Paris des chefs de gouvernement des quatre puissances avorta. Nous avions espéré que les camarades qui avaient loué si bruyamment le soi-disant esprit de Camp David en tireraient la leçon, renforceraient l’unité entre partis frères et pays frères dans la lutte commune contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme américain.

    Mais, contrairement à ce que nous espérions, à la session du Conseil général de la Fédération syndicale mondiale qui se tint début juin 1960 à Pékin, des camarades de certains partis frères ne voulurent pas condamner Eisenhower, propagèrent nombre de vues erronées et, de plus, s’opposèrent aux vues correctes des camarades chinois. L’évolution devient particulièrement grave, fin juin, à la rencontre de partis frères à Bucarest. Là, quelqu’un fit un signe avec sa baguette, et le Parti communiste chinois fut cerné de toutes parts et soumis à une violente attaque-surprise.

    C’était une grossière violation du principe selon lequel les questions d’intérêt commun doivent être résolues par les partis frères au moyen de consultations. C’était aussi créer un précédent extrêmement malfaisant pour le mouvement communiste international. Maurice Thorez et d’autres camarades ont parlé de « l’attaque contre le Parti communiste de l’Union soviétique à laquelle s’était livré le délégué albanais » au cours de la rencontre de Bucarest. Mais tous les camarades y ayant participé savent parfaitement que le camarade albanais n’y a attaqué personne.

    Il s’en est simplement tenu à son propre point de vue, il n’a pas obéi à la baguette, n’approuvant pas les attaques contre la Chine.

    Aux yeux de ceux qui considèrent les relations entre partis frères comme étant entre « père et fils », le fait que la petite Albanie ait osé désobéir au coup de baguette est évidemment de la témérité, un insolent geste d’insubordination. C’est depuis lors qu’ils ont de la rancune pour les camarades albanais, qu’ils usent contre eux de toutes sortes de moyens indignes et ne leur souhaitent rien moins que la ruine.

    Après la rencontre de Bucarest, les camarades qui avaient attaqué le Parti communiste chinois se hâtèrent d’adopter de graves mesures de pression économique et politique. Ils n’ont même pas tenu compte de l’usage international, ils ont renié les engagements pris et déchiré de leur côté les accords et contrats conclus entre pays frères.

    Ces accords et contrats ne se chiffrent pas par deux ou trois, ni par dizaines, mais par des centaines. La manière indigne dont ils ont fait passer les divergences idéologiques dans le domaine des rapports entre Etats, est en violation complète des règles de l’internationalisme prolétarien et des principes régissant les relations entre pays frères socialistes, tels qu’ils sont définis dans la Déclaration de Moscou de 1957. Loin de faire une autocritique de leurs erreurs, qui tiennent du chauvinisme de grande nation, ces camarades reprochèrent au Parti communiste chinois d’ »agir isolément », d’avoir versé dans le « sectarisme », le « scissionnisme », le « communisme national », etc.

    Est-ce agir suivant la morale communiste ?

    Or, Maurice Thorez et d’autres camarades connaissent la vérité, mais ils n’ont pas osé critiquer ceux qui ont réellement commis l’erreur de pousser les divergences politiques et idéologiques au point de briser, les rapports entre Etats et ils ont, au contraire, accusé les camarades chinois d’avoir « mêlé les problèmes d’Etat aux questions idéologiques et politiques ». Cette manière de confondre le vrai et le faux, de faire passer le noir pour du blanc et le blanc pour du noir est vraiment déplorable.

    Des faits exposés, il ressort clairement que l’aggravation des divergences dans le mouvement communiste international, après la Conférence de Moscou de 1957, est due entièrement au fait que des camarades de certains partis frères ont, sur une série de questions, de plus en plus gravement contrevenu à la ligne commune, adoptée à l’unanimité par les partis frères, et sapé les principes régissant les relations entre partis frères et entre pays frères.

    Le dédain du camarade Thorez pour les faits et le travestissement de la vérité auquel il se livre apparaissent aussi de la façon la plus nette dans ses déformations de la Conférence de Moscou de 1960. Il a attaqué le Parti communiste chinois qui, selon lui, « n’approuvait pas la gences idéologiques dans le domaine des rapports entre Etats, est en violation complète des règles de l’internationalisme prolétarien etdes principes régissant les relations entre pays frères socialistes, tels qu’ils sont définis dans la Déclaration de Moscou de 1957.

    Loin de faire une autocritique de leurs erreurs, qui tiennent du chauvinisme de grande nation, ces camarades reprochèrent au Parti communiste chinois d’ »agir isolément », d’avoir versé dans le « sectarisme », le « scissionnisme », le « communisme national », etc. Est-ce agir suivant la morale communiste ?

    Or, Maurice Thorez et d’autres camarades connaissent la vérité, mais ils n’ont pas osé critiquer ceux qui ont réellement commis l’erreur de pousser les divergences politiques et idéologiques au point de briser, les rapports entre Etats et ils ont, au contraire, accusé les camarades chinois d’avoir « mêlé les problèmes d’Etat aux questions idéologiques et politiques ». Cette manière de confondre le vrai et le faux, de faire passer le noir pour du blanc et le blanc pour du noir est vraiment déplorable.

    Des faits exposés, il ressort clairement que l’aggravation des divergences dans le mouvement communiste international, après la Conférence de Moscou de 1957, est due entièrement au fait que des camarades de certains partis frères ont, sur une série de questions, de plus en plus gravement contrevenu à la ligne commune, adoptée à l’unanimité par les partis frères, et sapé les principes régissant les relations entre partis frères et entre pays frères.

    Le dédain du camarade Thorez pour les faits et le travestissement de la vérité auquel il se livre apparaissent aussi de la façon la plus nette dans ses déformations de la Conférence de Moscou de 1960. Il a attaqué le Parti cqmmuniste chinois qui, selon lui, « n’approuvait pas la ligne du mouvement ouvrier international » e.t « créait ainsi une situation difficile » à la Conférence.

    Dans l’intérêt du mouvement communiste international, nous ne voulons pas retracer ici par \e menu ce qui s’est passé à cette conférence intérieure des partis frères.

    Nous comptons le faire à un moment et en un lieu appropriés pour exposer les faits sous leur vrai jour et distinguer le vrai du faux. Il est cependant nécessaire de faire remarquer que le Parti communiste chinois fut l’initiateur même de la Conférence de 1960 des Représentants des Partis communistes et ouvriers du monde entier, et nous avons déployé beaucoup d’efforts pour en amener la convocation.

    Au cours de cette Conférence, nous nous en sommes tenus à la position marxiste-léniniste, à la Déclaration de Moscou de 1957 et nous nous sommes opposés aux vues erronées des camarades de certains partis frères, et en même temps, dans certaines questions, nous avons fait les compromis estimés nécessaires. Grâce aux efforts communs, faits par les autres partis frères et nous-mêmes, toutes sortes de difficultés ont été surmontées.

    Et la Conférence put aboutir à des résultats positifs, parvenir à un accord unanime et publier la Déclaration de Moscou de 1960. Ces seuls faits suffisent à mettre à nu les assertions mensongères de Maurice Thorez et d’autres camarades.

    Après la Conférence de Moscou de 1960, les partis frères des différents pays auraient dû renforcer l’unité du mouvement communiste international et concentrer leurs efforts dans la lutte commune contre l’ennemi, sur la base de la Déclaration adoptée à l’unanimité.

    Dans la Résolution du Parti communiste chinois sur la Conférence des Représentants des Partis communistes et ouvriers, adoptée par la neuvième session plénière du Comité central issu du Ville Congrès du Parti communiste chinois, en janvier 1961, il est dit que « sans jamais se départir des principes du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien, le Parti communiste chinois défendra la Déclaration de cette Conférence, tout comme il a défendu la Déclaration de Moscou de 1957, et déploiera des efforts résolus pour réaliser les tâches communes formulées dans ce document ».

    Plus de deux ans ont passé depuis, pendant lesquels le Parti communiste chinois n’a jamais failli aux accords communs du mouvement communiste international et s’est efforcé inlassablement de défendre les principes révolutionnaires des Déclarations de Moscou. Cependant, Maurice Thorez et d’autres camarades ont accusé le Parti communiste chinois d’avoir, après la Conférence de Moscou de 1960, « continué à exprimer des divergences sur des aspects essentiels de la politique élaborée en commun par tous les partis », disant que les positions des camarades chinois sont « préjudiciables aux intérêts de l’ensemble du mouvement ».

    Qui donc, après la Conférence de Moscou de 1960, a violé de plus en plus gravement les deux Déclarations de Moscou sur toute une série de questions ?

    Les relations soviéto-albanaises se sont encore détériorées peu après la Conférence de Moscou de 1960. Le camarade Thorez a tenté d’en rejeter la responsabilité sur le Parti communiste chinois. Il a même reproché à la Chine de ne pas « user de son influence pour amener les dirigeants du Parti du Travail albanais à une plus juste compréhension de leur devoir ».

    Or, le Parti communiste chinois a toujours été pour le règlement des rapports entre partis frères et entre pays frères suivant les principes d’indépendance, d’égalité et l’unanimité de vues par voie de consultations, définis dans les Déclarations de Moscou. Cette attitude a toujours été nôtre pour ce qui est des relations soviéto albanaises.

    Nous espérions sincèrement qu’elles s’amélioreraient, et avons fait dans ce sens tous les efforts qu’exige notre devoir internationaliste. Nous avons dit à maintes reprises aux camarades soviétiques quepour améliorer les relations soviéto-albanaises, c’était au plus grand des deux partis et au plus grand des deux pays de prendre l’initiative, qu’il leur appartenait d’aplanir les divergences par des consultations intérieures engagées sur un pied d’égalité ; et, dans le cas où certaines divergences ne pourraient être résolues momentanément, qu’il leur appartenait de faire preuve de patience, plutôt que de prendre quelque mesure pouvant détériorer encore ces relations.

    Le Comité central du Parti communiste chinois a écrit à ce sujet au Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique en lui exprimant son souhait de voir se résoudre le problème des relations soviéto-albanaises par la consultation.

    Mais nos efforts sincères n’ont pas été pris en considération. Et les événements se sont succédés : retrait de la flotte de la base navale de Vlora, rappel des spécialistes envoyés en Albanie, cessation de l’aide à l’Albanie, intervention dans les affaires intérieures albanaises, etc. Le Parti communiste chinois se sent affligé devant de tels actes qui enfreignent grossièrement les principes régissant les relations entre pays frères.

    A la veille du XXIIe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique, les dirigeants du Parti communiste chinois sont de nouveau intervenus, en toute camaraderie, auprès des camarades soviétiques au sujet de l’amélioration des relations soviéto-albanaises. Mais, contrairement à notre attente, il se produisit un grave incident à ce XXIIe Congrès : un parti frère, en l’occurrence le Parti du Travail d’Albanie, y fut attaqué publiquement et nommément, et ainsi fut créé un précédent indigne, celui de l’attaque publique d’un parti frère, au Congrès d’un autre parti frère.

    En défense des principes régissant les rapports entre partis frères, principes définis dans les deux Déclarations de Moscou, et dans l’intérêt de l’unité face à l’ennemi, la délégation du Parti communiste chinois à ce Congrès manifesta catégoriquement sa désapprobationcontre cette façon d’agir qui ne fait qu’affliger les nôtres et réjouir l’ennemi.

    Il est regrettable que l’attitude solennelle adoptée par nous nous soit reprochée.

    Un camarade déclara même : « Si les camarades chinois désirent appliquer leurs efforts en vue de normaliser les relations du Parti du Travail d’Albanie avec les partis frères, il est certain que le Parti communiste chinois peut, mieux qu’aucun autre, contribuer au règlement de ce problème. »

    Quel est le sens de ces paroles ?

    Si elles signifient que les camarades chinois doivent être tenus pour responsables de la détérioration des relations soviéto-albanaises, c’est rejeter les responsabilités, c’est imputer ses torts à autrui. Si elles expriment l’espoir que les camarades chinois contribueront à l’amélioration des relations soviéto-albanaises, nous voulons signaler que certains camarades n’ont nullement tenu compte de ce que nous avons suggéré à maintes reprises, qu’ils ont continué à détériorer ces relations et sont allés jusqu’à en appeler publiquement à un changement dans la direction du Parti et de l’Etat albanais, et ces faits enlèvent, en réalité, aux autres partis frères la possibilité de contribuer efficacement à l’amélioration des relations soviéto­ albanaises.

    Après le XXIIe Congrès, à la suite des agissements de ces camarades, les relations diplomatiques entre l’Union soviétique et l’Albanie, pays socialiste frère, furent rompues. N’est-ce pas une preuve convaincante qu’ils n’ont pas le moindre désir d’améliorer les relations soviéto-albanaises ?

    Maurice Thorez et d’autres camarades reprochent à la presse chinoise de « diffuser les thèses erronées des dirigeants albanais ».

    Faisons remarquer que le Parti communiste chinois s’est toujours opposé à l’exposé public des divergences entre nous, mais des camarades d’un parti frère s’obstinent à les rendre publiques et, de plus, prétendent que ne pas le faire est contraire à la position marxiste-léniniste. Lorsque les divergences soviéto-albanaises furent rendues publiques, nous avons publié simultanément certains matériaux des deux parties pour que le peuple chinois fût à même de voir comment se présentaient les choses.

    Peut-on admettre que des camarades d’un parti frère aient, semble-t-il, le droit d’accuser à volonté, encore et encore, un autre parti frère, d’affirmer que ses dirigeants sont contre le léninisme, qu’ils cherchent à obtenir une aumône de 30 deniers des impérialistes, qu’ils sont des bourreaux ayant du sang sur les mains, etc., tandis que ce parti frère ne serait pas autorisé à se défendre, et que d’autres partis frères ne seraient pas autorisés à publier les matériaux des deux parties en cause ?

    Ceux qui prétendent « avoir tout à fait raison » ont publié un grand nombre d’articles attaquant l’Albanie, mais craignent mortellement les articles écrits en réponse par les camarades albanais ; ils n’osent pas les publier et craignent que d’autres ne les publient. Cela démontre uniquement que la raison n’est pas de leur côté et qu’ils ont mauvaise conscience.

    Maurice Thorez et d’autres camarades accusent encore le Parti communiste chinois de « transposer dans les mouvements de masse les divergences qui peuvent exister ou surgir entre les communistes », et ils font plus spécialement allusion à la Conférence de Stockholm du Conseil mondial de la Paix, en décembre 1961, où, disent-ils, le Parti communiste chinois s’est efforcé d’ »opposer la lutte pour la libération nationale à la lutte pour le désarmement et pour la paix ».

    Les faits sont exactement à l’inverse. Ce ne sont pas les camaradeschinois, mais les camarades d’un parti frère qui ont porté les divergences entre partis frères dans les organisations démocratiques internationales. Ils ont tenté à maintes reprises d’imposer à ces dernières leur propre ligne erronée, qui est à l’opposé des Déclarations de Moscou.

    En opposant la lutte pour la libération nationale à la lutte pour la paix mondiale et en dépit du désir des larges masses populaires, que représentent ces organisations démocratiques internationales, de combattre l’impérialisme et le colonialisme, de lutter pour l’indépendance nationale et la défendre, ils voulaient absolument faire de « Tout pour le désarmement » la tâche prédominante et s’efforçaient de colporter l’idée erronée qu’« un monde sans armes, sans armées et sans guerres » peut être réalisé dans les conditions où l’impérialisme et le système d’exploitation continuent à exister. Et ainsi des controverses acerbes surgirent sans cesse dans ces organisations.

    Des controverses semblables eurent lieu également à la session de Stockholm du Conseil mondial de la Paix en décembre 1961. Là, certains demandèrent aux peuples des pays coloniaux et semi-coloniaux, qui vivent sous la menace des baïonnettes des impérialistes et des colonialistes, d’attendre que ces derniers acceptent le désarmement général et total, renoncent à recourir à la force pour réprimer le mouvement d’indépendance nationale et aident les pays sous-développés avec l’argent économisé grâce au désarmement.

    En fait, ceux-là demandent que, avant la réalisation de tout ceci, les nations opprimées s’abstiennent de combattre l’impérialisme et le colonialisme, de résister à la répression armée des dominateurs colonialistes, sans quoi, selon eux, il pourrait en découler une guerre mondiale qui ferait des millions et des millions de morts.

    C’est en partant de cette « théorie » absurde qu’ils insultèrent le mouvement de libération nationale et le traitèrent de « mouvement pyramidal de cadavres ». Ce sont ces gens-là, et non pas les camarades chinois, qui ont violé les Déclarations de Moscou. La crise de la mer des Caraïbes et le conflit frontalier sino-indien sont les deux plus grands événements qui se sont produits ces derniers temps dans la situation internationale.

    La position adoptée à leur sujet par le Parti communiste chinois est entièrement conforme au marxisme-léninisme et aux Déclarations de Moscou. Et cependant, Maurice Thorez et d’autres camarades y ont vu une occasion de l’attaquer perfidement.

    Dans la question de la crise des Caraïbes, Maurice Thorez et les autres camarades reprochent à la Chine de vouloir « pousser à la guerre entre l’U.R.S.S. Et les Etats-Unis et de précipiter ainsi le monde dans la catastrophe thermonucléaire ». Les faits confirment-ils l’accusation portée par Maurice Thorez et les autres ?

    Qu’a fait le peuple chinois au cours de la crise des Caraïbes ? Il a condamné résolument les actes d’agresion de l’impérialisme américain. Il a soutenu résolument les cinq exigences du peuple cubain pour la défense de son indépendance et de sa souveraineté. Il s’est opposé résolument à ce qu’une « inspection internationale » soit imposée à Cuba en vertu d’un compromis sans principe. Quel péché avons-nous commis en agissant de la sorte ?

    Le communiqué du Parti communiste français en date du 23 octobre 1962 n’a-t-il pas également appelé à « se dresser avec vigueur contre les actes bellicistes et provocateurs de l’impérialisme américain » ? Et le même jour, l’Humanité n’a-t-il pas condamné l’ »agression pure et simple préparée de longue date contre Cuba » et lancé un appel àtous les peuples pour « renforcer leur solidarité avec Cuba et intensifier leur lutte » ? Posons la question au camarade Thorez.

    Votre soutien au peuple cubain et votre lutte contre l’agression américaine peuvent-ils être interprétés également comme susceptibles de pré­ cipiter le monde dans la catastrophe thermonucléaire ? Comment se fait-il que la position assumée par vous dans le passé était correcte, tandis qu’elle est un crime pour la Chine qui l’a toujours eue ?

    La raison en est tout simplement que, obéissant à la baguette, vous avez brusquement changé de position et vous vous êtes mis à parler abondamment de la nécessité de faire des « concessions raisonnables » et un « compromis raisonnable » face aux actes d’agression des Etats-Unis. C’est pour cela que vous avez retourné votre artillerie et déplacer votre point de mire des pirates yankees sur les partis frères qui ont toujours eu une juste position.

    Le pire, c’est que des camarades du Parti communiste français ont injurié tous ceux qui s’opposent résolument aux agresseurs américains, les traitant de « héros de la phrase révolutionnaire », les accusant de « se payer de mots », de « spéculer sur l’admiration qu’inspire légitimement à tous les peuples le courage des Cubains ». Certains camarades ont même déclaré : « contre les bombes à hydrogène, le courage seul ne suffit pas » et « gardons-nous d’offrir les poitrines cubaines en holocauste, sur l’autel de la phrase révolutionnaire ».

    Que signifie tout ceci ?

    Qui accusez-vous ? Si c’est l’héroïque peuple cubain, c’est simplement honteux. Si vous accusez le peuple chinois et tous les peuples qui combattent les pirates américains et soutiennent Cuba, alors votre « soutien » au peuple cubain n’apparaît-il pas commen’étant que pur mensonge ? Selon le camarade Thorez et certains autres camarades français, ceux qui ne possèdent pas de bombes à hydrogène et soutiennent Cuba ne font que « se payer de mots » et « spéculer » ; et le peuple cubain, qui n’a pas la bombe H, devrait se soumettre aux pays qui la possèdent, mettre sa souveraineté à l’encan, accepter ^’inspection internationale » et se laisser sacrifier sur l’autel de l’agression impérialiste américaine.

    C’est là, purement et simplement, la théorie de la loi du plus fort. C’est tout bonnement élever les armes nucléaires au rang d’un culte. Et ce ne sont vraiment pas des propos dignes de communistes. Nous voudrions dire au camarade Thorez et aux autres camarades que les peuples du monde entier voient clair, que dans la question de la crise des Caraïbes, ce n’est pas nous, mais vous qui avez commis des erreurs.

    Car vous avez essayé de disculper l’Administration Kennedy, qui a provoqué la crise, en insistant sur le fait qu’il faut croire à la promesse américaine de ne pas envahir Cuba, alors que l’Administration Kennedy elle-même a démenti que les Etats-Unis aient fait pareille promesse.

    Vous avez pris la défense des camarades qui ont commis deux erreurs à la fois, celle de l’aventurisme et celle du capitulationnisme, et avez pris la défense des empiétements sur la souveraineté d’un pays frère. Et au lieu de la lutte contre l’impérialisme américain, c’est l’opposition au Parti communiste chinois et à d’autres partis marxistes-léninistes que vous mettez à l’avant-plan.

    A propos de la question de la frontière sino-indienne, le camarade Thorez et d’autres camarades ont accusé la Chine de n’avoir pas fait preuve du « minimum de bonne volonté » pour régler le conflit.

    Le reproche est absurde.Nous avons déjà eu l’occasion de parler amplement de la position conséquente du gouvernement chinois et des efforts qu’il fait depuis des années pour donner une solution pacifique à la question de la frontière sino-indienne.

    La situation à la frontière s’est relâchée suite aux sérieux échecs essuyés par les troupes indiennes qui avaient déclenché une attaque de grand style, et du fait que les gardes-frontière chinois ont, sur notre initiative, cessé le feu et opéré un retrait, après avoir riposté victorieusement, en légitime défense. Le différend frontalier sino-indien, qui dure depuis plus de trois ans, a prouvé à suffisance que le gouvernement chinois avait tout à fait raison en menant la lutte qui s’imposait contre la politique réactionnaire du gouvernement Nehru.

    L’étonnant est qu’au moment où le gouvernement Nehru provoquait et attaquait un pays socialiste frère, certains, qui se disent marxistes-léninistes, aient abandonné le principe de l’internationalisme prolétarien et adopté une position « neutre ».

    En fait, ils ont non seulement appuyé la politique antichinoise du gouvernement Nehru, mais lui fournissent encore du matériel militaire. Au lieu de blâmer ces procédés erronés, Maurice Thorez et d’autres camarades les ont qualifiés de « sagesse politique ». Où est donc passé votre marxisme-léninisme et votre internationalisme prolétarien ?

    Le camarade Thorez a reproché à de multiples reprises à la Chine que sa politique envers l’Inde faisait le jeu de l’impérialisme. Déjà en 1960, il accusait le Parti communiste chinois de « donner l’occasion à Eisenhower d’obtenir en Inde un accueil qu’il n’eût pas reçu en d’au­ tres circonstances ». Aujourd’hui encore, des camarades français ne cessent de lancer cette même accusation.

    Il n’est nullement nécessaire de s’étendre sur le fait, tous ceux ayant un peu de sens politique comprennent qu’un des buts poursuivis parle gouvernement Nehru en provoquant le conflit à la frontière sino-indienne était de répondre aux exigences de l’impérialisme américain et d’en obtenir une aide plus importante. Nous voulons seulement demander au camarade Thorez et à d’autres camarades du Parti communiste français : Est-il possible que vous ayez oublié qu’Eisenhower ne fut pas seulement le bienvenu en Inde, mais qu’il fut chaleureusement accueilli en France aussi ?

    Comme une partie des élus communistes de la Région parisienne, conseillers municipaux et conseillers généraux, n’avaient pas assisté à la réception donnée en l’honneur d’Eisenhower lors de sa visite à Paris, en septembre 1959, le camarade Thorez les critiqua vivement à une session plénière du Comité central.

    Voici ce qu’il déclara : « Il faut dire que nous avons considéré comme une faute de ne pas avoir assisté complètement à la réception d’Eisenhower à l’Hôtel de Ville malgré la décision du Bureau politique qui avait voulu que les élus de la Région parisienne, conseillers municipaux et conseillers généraux soient présents. C’était une position erronée. Je l’ai critiquée également dès mon retour (Le camarade Thorez venait de rentrer de l’étranger – N. d. l.r.).

    Je veux redire que le Bureau politique avait pris une juste décision, mais qu’il n’a pas su en assurer l’application*’ (l’Humanité, 11 novembre 1959).

    Nous aimerions demander au camarade Thorez : Si le Parti communiste chinois doit être blâmé pour l’accueil réservé par Nehru à Eisenhower, qui donc doit être blâmé pour les efforts que lui- même a faits pour avoir tous les élus de la Région parisienne, conseillers municipaux et conseillers généraux, à la réception en l’honneur d’Eisenhower ?

    Du point de vue de classe marxiste, il n’y a rien de surprenant à ceque Nehru souhaite la bienvenue à Eisenhower, mais lorsque le dirigeant d’un parti communiste fait montre d’un tel empressement pour accueillir le chef de file de l’impérialisme américain et critique aussi sévèrement ses camarades qui n’ont pas assisté à la réception, on ne peut qu’être éberlué.

    Dans la question de la crise des Caraïbes et celle de la frontière sino­ indienne, la ligne et la politique suivies par des gens qui prétendent « avoir tout à fait raison » se sont révélées une fois de plus comme étant à rencontre du marxisme-léninisme et des Déclarations de Moscou. Néanmoins, ils n’ont toujours pas tiré la leçon qui s’imposait, ni montré le désir de redresser leurs erreurs et de revenir à la voie du marxisme-léninisme et des Déclarations de Moscou.

    Au contraire, plus furieux que jamais parce que blessés dans leur amour-propre, ils ont glissé plus loin dans la voie de l’erreur et ont monté un contre-courant plus fort encore, qui est dirigé contre le Parti communiste chinois et d’autres partis frères et qui sape l’unité du mouvement communiste international, et ceci pour détourner l’attention du peuple et masquer leurs erreurs.

    Plusieurs partis frères d’Europe ont tenu leur congrès de novembre 1962 à janvier 1963. Il en est né une situation indigne, le Parti communiste chinois et d’autres partis frères y ayant été attaqués ouvertement et nommément, systématiquement et à grande échelle, à la suite de manipulations délibérées.

    Et au récent Congrès du Parti socialiste unifié d’Allemagne notamment, ce contre­courant, dirigé contre le Parti communiste chinois et d’autres partis frères, et qui sape l’unité du mouvement communiste international, parvint à une plus forte cote. A ce Congrès, certains camarades ont parlé de mettre fin aux attaques, mais, en même temps, ils ont continué à s’en prendre grossièrement au Parti communiste chinois et à d’autres partis frères,et de plus, ils ont essayé de casser la condamnation frappant la clique du renégat Tito.

    Le double jeu de ces camarades peut-il vraiment faire des dupes ? Evidemment non. Il ne fera qu’étaler le manque de sincérité dont ils font preuve au sujet de la cessation des polémiques et du rétablissement de l’unité.

    Il faut souligner tout particulièrement que l’attitude à adopter vis-à-vis de la clique Tito est une importante question de principe. La question n’est pas de savoir comment interpréter la Déclaration de Moscou de 1960, mais de savoir s’il faut la défendre ou la déchirer. La question n’est pas de savoir quelle attitude adopter envers un parti frère, mais quelle attitude prendre vis-à-vis des renégats du communisme. La question n’est pas d’aider les camarades ayant commis des erreurs à redresser leurs erreurs, mais de démasquer et condamner les ennemis du marxisme-­léninisme.

    Fidèle au marxisme-léninisme et à la Déclaration de Moscou de 1960, le Parti communiste chinois n’admettra jamais que l’accord pris en commun par les partis frères soit falsifié ou déchiré, il n’admettra jamais que les renégats soient introduits dans nos rangs et il n’admettra jamais que les principes marxistes-léninistes soient l’objet de marchandages ou que l’on trafique avec les intérêts du mouvement communiste international.

    Des faits cités plus haut, on peut voir clairement que ce n’est pas nous, mais des camarades de certains partis frères, qui, dans toute une série de questions, ont enfreint de plus en plus gravement les deux Déclarations de Moscou.

    Ce n’est pas nous, mais des camarades de certains partis frères qui n’ont pas essayé d’aplanir les divergences entre partis frères sur la base de ces deux documents adoptés en commun et les ont, aucontraire, exacerbées.

    Ce n’est pas nous, mais des camarades de certains partis frères qui ont continué à étaler aux yeux de l’ennemi les divergences entre partis frères et ont attaqué publiquement, nommément et de plus en plus violemment les partis frères. Ce n’est pas nous, mais des camarades de certains partis frères qui opposent leur propre ligne erronée à la ligne commune du mouve­ ment communiste international, exposant ainsi le camp socialiste et le mouvement communiste international au danger de plus en plus menaçant de la scission.

    Des faits cités plus haut, on peut voir clairement aussi que Thorez et certains autres camarades du Parti communiste français ont adopté une attitude irresponsable vraiment surprenante au sujet du grave débat qui se déroule actuellement dans le mouvement communiste international.

    Ils recourent à la duperie, bloquent les nouvelles, escamotent les faits et déforment le point de vue du Parti communiste chinois de façon à pouvoir lancer des attaques outrancières contre celui-ci. Ce n’est certainement pas la bonne manière de mener un débat et cela ne témoigne pas d’un sens des responsabilités envers les membres du Parti communiste français et la classe ouvrière française.

    Si Maurice Thorez et les autres camarades ont le courage d’affronter les faits et croient avoir raison, ils devraient faire connaître au public les matériaux où le Parti communiste chinois expose son point de vue, notamment les articles que nous avons publiés ces derniers temps et qui ont trait aux problèmes en question, afin que tous les membres du Parti communiste français, toute la classe ouvrière française, connaissent la vérité et jugent eux-mêmes ce qui est juste et ce qui est faux.

    Camarade Thorez et les autres camarades, nous avons publié les propos et les écrits où vous nous blâmez. En ferez-vous autant pour nos écrits ? Aurez-vous cette largeur d’esprit, que doit avoir un homme politique ?

    En aurez-vous le courage ?

    Le camarade Thorez et certains autres camarades du Parti communiste français ont dénaturé les faits et interverti vrai et faux à un degré vraiment étonnant, et cependant ils continuent à se dire des « marxistes-léninistes créateurs ». Voyons donc cet esprit « créateur ».

    Constatons qu’avant 1959 Maurice Thorez et d’autres camarades ont fait ressortir très justement que l’impérialisme américain est le chef de file des forces d’agression, condamné la politique d’agression et de guerre du gouvernement américain. Mais la veille des entretiens de Camp David, quelqu’un dit que Eisenhower souhaiterait « dissiper la tension dans les rapports entre Etats », et Thorez et d’autres camarades rivalisèrent en applaudissements pour Eisenhower et décidèrent que les élus communistes souhaiteraient la bienvenue à ce « messager de la paix ». C’était là un virage de 180 degrés, sous la baguette.

    Constatons aussi qu’en septembre 1959, après que de Gaulle eut publié sa déclaration sur r »autodétermination » par laquelle il refusait en fait d’admettre l’indépendance et la souveraineté de l’Algérie, le Bureau politique du Parti communiste français fit une déclaration dénonçant à juste titre qu’il s’agissait là d’une « manœuvre purement démagogique ».

    Le camarade Thorez lui­même affirmait, alors, qu’elle « ne constituait qu’une manœuvre politique ». Mais, un peu plus d’un mois après, un camarade étranger ayant dit que la déclaration de de Gaulle jouait « un rôle important », le camarade Thorez critiquait sévèrement le Bureau politique du Comité central du Parti communiste français, qui aurait « donné une fausse appréciation », et affirmait que la déclaration du Bureau politique avait été « hâtive, précipitée ». C’était là un autre virage de 180 degrés, sous la baguette.

    Constatons encore que, dans le passé, Maurice Thorez et d’autres camarades ont condamné à juste titre le programme révisionniste de la clique titiste de Yougoslavie affirmant que celle-ci avait « accepté les subsides des capitalistes américains » et que « ceux-ci les accordent évidemment non pour faciliter l’édification du socialisme ».

    Mais, dernièrement, quelqu’un a parlé d’ »aider » la clique Tito « à reprendre la place qui lui est due dans la grande famille des partis frères » et Maurice Thorez et d’autres camarades se sont mis à parler beaucoup d’ »aider la Ligue des Communistes yougoslaves à reprendre sa place dans la grande famille communiste ». C’était là encore un virage de 180 degrés, sous la baguette.

    Constatons également qu’il y a un peu plus d’un an, lorsque le Parti communiste chinois s’éleva contre la pratique d’un parti attaquant publiquement à son congrès un autre parti frère, quelqu’un condamna cette position adoptée par nous comme étant une « position non marxiste-léniniste ». Le camarade Thorez affirma alors que les camarades chinois « n’ont pas raison » d’adopter pareille attitude, que cette attitude « n’est pas juste ».

    Dernièrement, quelqu’un poursuivit les attaques tout en affirmant que la polémique publique devrait cesser, et certains camarades du Parti communiste français suivirent à nouveau le mouvement et dirent que c’était « sage, léniniste ». C’était là encore virer sous la baguette.

    Les cas de ce genre sont trop nombreux pour pouvoir être cités tous. Ces virages, effectués au mouvement de la baguette et sans aucune restriction, ne peuvent en aucune façon être considérés comme constituant des relations normales basées sur l’indépendance et l’égalité, qui doivent exister entre partis frères, mais plutôt comme relevant des relations anormales du système patriarcal des temps féodaux.

    Certains camarades semblent, croire que l’on peut dédaigner complètement les intérêts du prolétariat et du peuple de leur pays, ceux du prolétariat international et des peuples du monde, et qu’il suffit d’emboîter le pas pour que tout marche.

    Peu leur chaut s’il convient d’aller vers l’est ou vers l’ouest, d’avancer ou de reculer. Pour tout, et en tout, pas d’initiative.

    Ce qu’un autre dit, ils le répètent mot à mot. Si un autre fait un pas, ils suivent, avec le même pas. Il y a vraiment là une trop grande capacité de faire le perroquet et trop peu de principes du marxisme-léninisme. Y a-t-il là de quoi se glorifier d’être des « marxistes-léninistes créateurs » ?

    Peu importe le nombre d’écrits que le camarade Thorez et certains autres camarades du Parti communiste français publient et accumulent, pour calomnier et attaquer perfidement le Parti communiste chinois ; ils ne peuvent ternir le moins du monde la gloire du grand Parti communiste chinois.

    Les agissements de ces camarades vont complètement à rencontre du désir de tous les communistes de voir aplanir les divergences et renforcer l’unité, et ils ne sont pas dans la glorieuse tradition de la classe ouvrière et du Parti communiste français.

    La classe ouvrière française et le peuple travailleur de France ont de longues et glorieuses traditions révolutionnaires. La classe ouvrière française a posé un brillant exemple pour la révolution prolétarienne dans tous les pays par l’héroïque expérience de la Commune de Paris.

    L’Internationale, l’immortel chant de combat du prolétariat, dû à un grand combattant et un chantre génial de la classe ouvrière française, est un retentissant appel aux peuples du monde entier pour qu’ils combattent pour leur émancipation et mènent la révolution jusqu’au bout.

    Fondé sous l’influence de la Grande Révolution socialiste d’Octobre,le Parti communiste français a réuni un grand nombre des meilleurs

    fils et filles du peuple français, et mené des luttes opiniâtres, avec la classe ouvrière et le peuple travailleur de France. Pendant le mouvement de résistance au fascisme, le peuple français a, sous la direction du Parti communiste français, enrichi les traditions révolutionnaires de la classe ouvrière française et fait preuve d’un héroïsme indomptable.

    Après la guerre, les communistes français ont joué un rôle important dans la lutte pour la défense de la paix mondiale, pour la sauvegarde des droits démocratiques, pour l’amélioration des conditions de vie du peuple travailleur et dans la lutte contre le capital monopoliste. Le Parti communiste chinois et le peuple chinois ont toujours eu la plus haute estime pour le Parti communiste français et la classe ouvrière française.

    Le camarade Thorez et d’autres camarades ont souligné à plusieurs reprises que les camarades chinois ont à corriger leurs erreurs. Mais ce sont eux qui ont vraiment besoin de corriger des erreurs, et non pas nous.

    Dans cet article, nous n’avons pu faire autrement que discuter avec le camarade Thorez et certains autres camarades du Parti communiste français, mais nous espérons sincèrement qu’ils resteront dans la ligne de l’histoire du Parti communiste français et auront à cœur leur propre passé de militants de la cause communiste.

    Nous espérons qu’ils placeront l’intérêt fondamental du mouvement communiste international au premier plan de leurs préoccupations, qu’ils corrigeront les erreurs incompatibles avec les traditions révolutionnaires du prolétariat français, avec la glorieuse tradition du Parti communiste français, avec leur serment de fidélité envers la cause du communisme et qu’ils reviendront à l’étendard du marxisme-léninisme et aux principes révolutionnaires des deux Déclarations de Moscou.

    Le Parti communiste chinois s’en tient comme toujours et sans défaillance à l’unité du camp socialiste, à l’unité du mouvement communiste international, à l’unité des peuples révolutionnaires du monde, et s’oppose à tout ce qui peut nuire à cette unité, qu’il s’agisse de paroles ou d’actes.

    Nous nous en tenons comme toujours et sans défaillance au marxisme-léninisme et aux principes révolutionnaires des deux Déclarations de Moscou, et nous nous opposons à toutes paroles et à tous les actes contraires à ces principes révolutionnaires.

    Il est évidemment difficile d’éviter que des divergences d’une sorte ou de l’autre ne surgissent au sein du mouvement communiste international. Quand elles le font, surtout celles concernant la ligne du mouvement communiste international, le seul moyen de renforcer l’unité du mouvement communiste international, c’est de partir de la volonté d’unité et, par de sérieuses discussions, les éliminer sur la base du marxisme-léninisme.

    Il ne s’agit pas de savoir s’il faut discuter ou non, mais par quelles voies et méthodes la discussion sera menée. Nous avons toujours soutenu que les discussions doivent se faire entre partis frères, et non publiquement. Cette position est irréfutable et elle a cependant été attaquée par des camarades de certains partis frères. Et après nous avoir attaqués, nous et d’autres partis frères, pendant plus d’un an, voilà que ces camarades changent de ton et disent qu’ils veulent mettre fin aux polémiques publiques.

    Nous voudrions leur demander : Admettez-vous ou non, maintenant, que les attaques publiques lancées par vous contre des partis frères étaient une erreur ? Êtes-vous prêts ou non à reconnaître cette erreur et à présenter des excuses aux partis frères que vous avez attaqués ?

    Êtes-vous, vraiment et sincèrement, prêts à en revenir à la juste voie des consultations intérieures en toute égalité ?

    Afin d’aplanir les divergences et de renforcer l’unité, le Parti communiste chinois a proposé à de nombreuses reprises, et il propose toujours, de convoquer une conférence des représentants des partis communistes et ouvriers de tous les pays, et il est prêt, de concert avec tous les partis frères, à prendre toutes mesures utiles pour créer les conditions nécessaires à la convocation de cette conférence.

    Une des mesures préalables à la conférence des partis frères, c’est la cessation des polémiques publiques, qui continuent. Il y a longtemps que le Parti communiste chinois a fait cette proposition. Nous sommes d’avis que, pour ce qui est de cette cessation, les actes doivent être en accord avec les paroles, et qu’elle doit être réciproque et totale. Certains, tout en déclarant vouloir cesser la polémique, continuent à attaquer.

    Au fond, ils vous interdisent toute riposte après vous avoir roué de coups. Ça n’ira pas.

    Ce sont non seulement les attaques contre le Parti communiste chinois qui doivent cesser, mais aussi celles dirigées contre le Parti du Travail d’Albanie et d’autres partis frères.

    De plus, il est absolument inadmissible de tirer prétexte de la cessation des polémiques pour interdire la dénonciation et la condamnation du révisionnisme yougoslave ; ce serait violer la Déclaration de Moscou de 1960 qui fixe pour tâche de poursuivre la dénonciation des dirigeants révisionnistes yougoslaves.

    Certains veulent maintenant, d’un côté exclure le Parti du Travail d’Albanie, parti frère, du mouvement communiste international, et de l’autre, y introduire la clique du renégat Tito. Nous leur disons en toute franchise que cela ne sera pas.

    Une autre mesure à prendre avant la convocation de la conférence des partis frères, c’est le recours aux entretiens entre deux partis ou entre plusieurs partis. Cette proposition a été faite il y a dix mois parle Parti communiste chinois. Nous avons toujours été prêts à avoir des entretiens ayant pour but d’aplanir les divergences et de renforcer l’unité avec les partis frères animés du même désir. En fait, nous avons déjà eu des conversations de ce genre avec nombre de partis frères.

    Nous n’avons jamais refusé d’engager des entretiens bi-partis.

    Or, par sa déclaration du 12 janvier, le Comité exécutif du Parti communiste britannique a prétendu que le Parti communiste chinois n’a pas accepté la demande de « discussions communes » que lui aurait adressée le Parti communiste de l’Union soviétique. Il a été dit que cette nouvelle fut fournie par un autre parti. Nous devons néanmoins faire remarquer, de la façon la plus nette, qu’il s’agit là d’une ­pure invention.

    Nous tenons à réaffirmer que nous sommes prêts à avoir des entretiens et des échanges de vues avec un parti ou des partis frères, quels qu’ils soient, dans le but d’aider à la convocation d’une conférence des représentants de tous les partis communistes du monde.

    Les impérialistes, et les impérialistes américains en particulier, intensifient leur politique d’agression et de guerre, ils combattent frénétiquement les partis communistes et le camp socialiste, ils répriment sauvagement le mouvement de libération nationale des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine et les luttes révolutionnaires des peuples.

    Tous les partis communistes, le prolétariat et les peuples du monde entier exigent impérieusement, en ce moment, que l’unité du camp socialiste, l’unité des rangs du communisme international et l’unité des peuples du monde soient renforcées face à l’ennemi commun. Sur la base du marxisme-léninisme et des deux Déclarations de Moscou, aplanissons les divergences et renforçons notre unité !

    Œuvrons ensemble pour renforcer la lutte contre l’impérialisme, pour hâter la victoire de notre cause – la paix mondiale, la libération nationale, la démocratie, le socialisme – et pour réaliser notre grand idéal, le communisme !

    =>Retour aux documents de la bataille chinoise contre le révisionnisme

  • Éditorial du Quotidien du peuple : Léninisme et révisionnisme moderne

    Principes révolutionnaires fondamentaux du marxisme mis en lumière par le grand Lénine et étape nouvelle du développement du marxisme, le léninisme est actuellement attaqué, déformé et prostitué avec une violence plus grande que jamais par les révisionnistes modernes.

    L’essentiel dans le léninisme, c’est qu’il a développé la doctrine de Marx et d’Engels, analysé scientifiquement les contradictions exacerbées du capitalisme passé au stade de l’impérialisme, et enrichit la théorie et la tactique marxistes de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat. La Grande Révolution d’Octobre a triomphé sous la direction même de Lénine.

    Poursuivant l’oeuvre de la Révolution d’Octobre, les peuples de Chine et de nombreux autres pays ont remporté une série de victoires. Ces victoires sont celles du marxisme, celles du léninisme.Lénine a dit que la « doctrine [de Marx] a dû conquérir de haute lutte chaque pas fait sur le chemin de la vie » (V.I. Lénine : « Marxisme et révisionnisme »).

    De même, le léninisme s’est développé dans la lutte contre le révisionnisme de la IIde Internationale.

    Chaque nouvelle confirmation et chaque nouvelle victoire du léninisme sont inévitablement accompagnées d’ »une bataille après l’autre contre la stupidité, la vulgarité, l’opportunisme, etc. Politiques »(V.I. Lénine : « Lettre à Inessa Armand »).

    Les vieux révisionnistes de la IIde Internationale prenaient souvent prétexte « des données récentes du développement économique » pour égarer les masses et vider le marxisme de son âme révolutionnaire tout en battant pavillon « marxiste ».

    L’histoire se répète dans des conditions différentes et sous des formes différentes.

    Les révisionnistes modernes, arborant l’enseigne du « léninisme », affirment à longueur de journée qu’ils sont « fidèles à Lénine », mais, en fait, ils utilisent, eux aussi, certaines « données récentes » du développement historique pour égarer les gens, saper la doctrine révolutionnaire léniniste et attaquerce qu’il y a d’essentiel dans le léninisme : la doctrine de Lénine sur l’impérialisme, ainsi que sa théorie et sa tactique de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat.

    Tout comme le révisionnisme et l’opportunisme de la IIde Internationale, le révisionnisme moderne s’évertue à estomper les contradictions du capitalisme et de l’impérialisme, à nier le fait que l’impérialisme est le capitalisme agonisant, pourrissant, dont les jours sont comptés, et à décrire l’impérialisme moderne comme étant un « ultra-impérialisme » « pacifique » et « démocratique ».

    Les révisionnistes modernes, représentés par la clique Tito de Yougoslavie, s’attachent en particulier à enjoliver la machine d’Etat de l’impérialisme et de la bourgeoisie monopoliste. Ils disent que la politique dite de nationalisation, le capitalisme monopoliste d’Etat, l’intervention de l’Etat dans l’économie, dans les pays impérialistes et dans les pays capitalistes en général, constituent un « jaillissement de facteurs socialistes », une « réalisation de l’économie planifiée », le « début du processus de transformation socialiste », etc.

    Ils parlent à profusion de « changement progressif », d’« intégration de la révolution et de la réforme », d’ »entrée profonde dans l’ère du socialisme », etc., mais ils ne soufflent mot de la nécessité,pour le passage du capitalisme au socialisme, de réaliser la révolution visant à briser et à démolir la machine d’Etat de la bourgeoisie, et de remplacer la dictature de la bourgeoisie par celle du prolétariat.

    Chacun sait que le point de vue fondamental du marxisme que Lénine s’est efforcé de mettre en lumière est précisément celui de la révolution brisant la machine d’Etat bourgeoise, de la substitution de la dictature du prolétariat à celle de la bourgeoisie.

    Car, sans pareille révolution, la transformation socialiste n’aurait pas de sens et le capitalisme monopoliste d’Etat resterait le capitalisme de toujours.

    Comme l’a très bien dit Lénine, l’existence et le développement du capitalisme monopoliste, y compris l’existence et le développement du capitalisme monopoliste d’Etat, montre seulement que les prémisses matérielles du socialisme sont arrivées à maturité, que la révolution socialiste est proche et inéluctable, et n’est nullement « un argument pour tolérer la négation de cette révolution et les tentatives de farder le capitalisme, à quoi s’emploient tous les réformistes » (V.I. Lénine : « L’Etat et la révolution »).

    Il y a là une divergence fondamentale sur l’appréciation de notre époque. Quand les marxistes-­léninistes affirment que « le contenu essentiel de notre époque est le passage du capitalisme au socialisme, inauguré par la Grande Révolution socialiste russe d’Octobre » (« Déclaration de la Conférence des Représentants des Partis communistes et ouvriers des Pays socialistes »), ils s’appuient sur le point de vue même de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat, et se basent sur l’expérience fondamentale de la Grande Révolution socialiste d’Octobre.

    Cependant, ce point de vue, les révisionnistes modernes l’éludent, comme on fuit la peste, ils dénaturent l’expérience de la Révolution d’Octobre et évitent d’affirmer que la voie de la Révolution d’Octobre est la voie de l’émancipation commune à l’humanité. En fait, ils considèrent notre époque comme celle de l’ »intégration pacifique du capitalisme au socialisme ».

    Le marxisme-­léninisme a toujours attaché une grande importance à la lutte pour la démocratie. Dans les pays où la révolution démocratique bourgeoise n’a pas encore triomphé, le prolétariat doit soulever les masses, diriger de toutes ses forces la révolution démocratique bourgeoise et lutter pour la faire triompher.

    Là où il y a système démocratique bourgeois, le prolétariat doit tirer profit des droits démocratiques existants et en conquérir de nouveaux, en vue d’éduquer, de soulever et d’organiser les masses, de développer la lutte contre le système d’exploitation et de violence de la bourgeoisie.

    Après s’être emparé du pouvoir, le prolétariat devra consolider et renforcer sa dictature tout en appliquant une large démocratie sous une direction hautement centralisée, c’est-à-dire exercer la dictature sur l’ennemi et pratiquer la démocratie populaire au sein du peuple, pour assurer l’édification victorieuse du socialisme et du communisme.

    La démocratie a toujours un caractère de classe.

    Les marxistes-léninistes ont toujours envisagé la question de la démocratie sous l’angle de l’histoire et ne parlent jamais de « démocratie dans l’abstrait » ni de « démocratie en général ».

    Dans les conditions du capitalisme, a souligné Lénine, le prolétariat ne peut conserver son indépendance qu’en subordonnant son combat pour la démocratie à son objectif général, qui est la lutte pour la dictature du prolétariat (V.I. Lénine : « La Révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes (thèses) »).

    Il a indiqué aussi que le remplacement de la dictature bourgeoise par la dictature du prolétariat est un élargissement de la démocratie qui a une portée historique pour le monde entier, la transformation d’une pseudo-démocratie en démocratie authentique, la privation des droits démocratiques pour les exploiteurs qui sont minorité et la jouissance de la démocratie pour l’écrasante majorité que sont les travailleurs. Estimer que la dictature du prolétariat exclut la démocratie n’est qu’une « affirmation libérale et mensongère » etpourrie qui rejette la lutte des classes dans l’oubli (Voir V.I. Lénine : « La Révolution prolétarienne et le renégat Kautsky »).

    Comme les vieux révisionnistes, les révisionnistes modernes, usent de tous les prétextes pour dénigrer le caractère de classe de la démocratie, ainsi que la différence entre démocratie bourgeoise et démocratie prolétarienne. En prônant la « démocratie en général » ou « la démocratie du peuple entier », ils ne font, en » réalité, que vouer un culte à la démocratie bourgeoise, c’est-à-dire à la dictature bourgeoise.

    De là, ils font tout pour confondre révolution et réforme, ils limitent et confinent tout leur travail dans le cadre admis par la dictature bourgeoise.

    Il y a longtemps que Lénine a réfuté ces points de vue archifaux, disant qu’ »il est absurde de penser que la révolution la plus profonde que l’histoire de l’humanité ait jamais connue, le passage, pour la première fois dans le monde, du pouvoir de la minorité des exploiteurs à la majorité des exploités, puisse s’effectuer dans l’ancien cadre de l’ancienne démocratie, de la démocratie bourgeoise parlementaire, puisse s’effectuer sans les tournants les plus profonds, sans la création de nouvelles formes de démocratie, de nouvelles institutions qui matérialisent les conditions nouvelles de son application, etc. » (V.I. Lénine, 1er Congrès de l’Internationale communiste).

    Cette thèse de Lénine est non seulement juste pour la Révolution d’Octobre, mais encore elle s’est révélée plus tard entièrement juste par les victoires des révolutions socialistes dans une série de pays. Cependant, les révisionnistes moderne s’en tiennent précisément à cette allégation absurde réfutée par Lénine.

    Dans les conditions du socialisme, les révisionnistes modernes, prétextant toujours de la « démocratie en général », nient le caractère de classe de la démocratie et cherchent à atteindre graduellement leur but qui est de liquider la dictature du prolétariat en vue de faciliter la restauration graduelle, sous une certaine forme, du capitalisme.

    De même, sur la question de la lutte pour la paix mondiale et la coexistence pacifique, les révisionnistes modernes avilissent à l’extrême le léninisme et le prostituent complètement.

    Depuis que le premier pays socialiste est apparu dans le monde, tous les marxistes-léninistes, en commençant par Lénine lui-même, considèrent qu’un pays socialiste a pour tâche importante de lutter pour la coexistence pacifique entre pays à régimes sociaux différents et contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme.

    Le Parti communiste chinois, avec le camarade Mao Tsé-toung à sa tête, a toujours estimé qu’il faut régler les différends entre Etats par la voie pacifique et non par la force. Ce point de vue du Parti communiste chinois est non seulement toujours présent dans nos déclarations, mais encore, il se manifeste avec fermeté dans notre politique et dans nos actes. Le monde entier sait que la République populaire de Chine est un des promoteurs des cinq principes de la coexistence pacifique et qu’elle les applique résolument.

    C’est en vain que les impérialistes, les réactionnaires et les révisionnistes modernes tentent de nier ces faits. Il va sans dire que la politique de paix des pays socialistes n’a pas fait disparaître les contradictions existant objectivement dans le monde : contradictions entre les pays socialistes et les pays impérialistes, entre la bourgeoisie et le prolétariat des pays capitalistes, entre l’impérialisme et les nations opprimées, entre les différents pays impérialistes, entre les divers groupes monopolistes de chaque pays impérialiste.

    Aux yeux des marxistes-léninistes, que ce soit dans le passé, le présent ou à l’avenir, on ne saurait ignorer ou masquer ces contradictions, comme tentent de le faire les philistins politiques que sont les révisionnistes modernes, si l’on veut obtenir la paix mondiale et la coexistence pacifique entre pays socialistes et pays à système social différent.

    Les marxistes-léninistes, communistes chinois y compris, ont toujours considéré que la coexistence pacifique entre pays socialistes et pays à système social différent peut être obtenue et la guerre mondiale, que tentent de déclencher les impérialistes, conjurée, tant que les pays socialistes s’en tiennent fermement à leur politique de paix et tant que les forces révolutionnaires des peuples de tous les pays et tous les Etats et peuples attachés à la paix, s’unissant dans une lutte résolue et efficace contre les forces d’agression et de guerre de l’impérialisme, s’efforcent dans tous les domaines de lier les mains aux impérialistes et de réduire leur sphère d’action.

    En même temps, les marxistes-léninistes considèrent toujours que la lutte pour la coexistence pacifique entre pays socialistes et pays à système social différent d’une part, et la lutte des classes en pays capitalistes et la lutte révolutionnaire des nations opprimées contre l’impérialisme d’autre part, sont deux choses différentes, deux questions distinctes : la première ne saurait remplacer la deuxième ni en être la négation. La lutte des peuples opprimés dans les pays capitalistes et la lutte des nations opprimées sont dans l’intérêt de la paix mondiale, de la coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents.

    Sous le prétexte hypocrite de vouloir la « paix » et la « coexistence pacifique », les révisionnistes modernes cherchent à limiter, à affaiblir et même à renier la lutte révolutionnaire des peuples et nations opprimés ; ceci répond entièrement au désir de l’impérialisme et de la réaction de tous les pays, et est des plus préjudiciables à la lutte pour la paix, pour la coexistence pacifique entre pays à systèmes sociaux différents. Recourant à des manoeuvres identiques à celles dont usaient les vieux révisionnistes pour attaquer le marxisme, les révisionnistes modernes prennent à partie le léninisme sous le même prétexte de la lutte contre le dogmatisme.

    Déjà, au début du XXe siècle, Lénine écrivait que les divers réformistes et révisionnistes du ‘mouvement ouvrier « forment tous une seule famille, tous s’adressent des louanges réciproques, s’instruisent les uns auprès des autres, et mènent campagne en commun contre le marxisme ‘dogmatique’ « (V.I. Lénine : « Que faire ? »).

    Ce phénomène, décrit il y a soixante ans par Lénine, n’a-t-il pas fait sa réapparition dans des conditions historiques nouvelles ?

    La seule chose qui diffère, c’est que les révisionnistes modernes hésitent encore moins à recourir à tous les procédés pour attaquer le marxisme-léninisme.

    Par exemple, certains affirment, sans aucun fondement, que les « dogmatistes » préconisent « le recours à la guerre pour démontrer la supériorité du socialisme et du communisme sur le capitalisme ». Qu’est cela, sinon une calomnie de la plus grande absurdité à l’adresse des marxistes-léninistes, une basse flatterie à l’impérialisme et à toute la réaction ?

    Les révisionnistes modernes inventent aussi, purement et simplement, que les marxistes-­léninistes révolutionnaires (qualifiés par eux de « dogmatistes ») « rejettent » certains compromis nécessaires.

    Nous voudrions leur dire qu’aucun marxiste-léniniste sérieux ne rejette les compromis en bloc. Au cours de notre longue lutte révolutionnaire, nous, communistes chinois, nous avons maintes fois passé des compromis avec l’ennemi de l’intérieur comme de l’extérieur.

    Par exemple, nous avons fait des compromis avec la clique réactionnaire de Tchiang Kaï-chek, et également des compromis avec les impérialistes américains dans la lutte pour résister à l’agression américaine et aider la Corée.

    Pour les marxistes-léninistes, la question est de savoir de quel genre de compromis il s’agit, quelle en est la nature et comment le réaliser.

    Lénine avait tout à fait raison de dire que « rejeter les compromis ‘en principe’, nier la légitimité des compromis engénéral, quels qu’ils soient, c’est un enfantillage qu’il est même difficile de prendre au sérieux » (V.I. Lénine : « La Maladie infantIIde du communisme (le ‘gauchisme’) »).

    Tout comme nous l’enseigne encore Lénine, l’homme politique qui désire être utile au prolétariat révolutionnaire doit savoir distinguer quels compromis sont admissibles et profitables à la cause du peuple, et quels compromis sont inadmissibles et ont un caractère de trahison.

    C’est précisément d’après cet enseignement de Lénine que nous, communistes chinois, distinguons entre les différents compromis, nous déclarant en faveur des compromis qui profitent à la cause du peuple et à la paix mondiale, et contre ceux ayant un caractère de trahison.

    Les faits sont clairs : ont précisément une idéologie réellement trotskiste ou relevant d’une variante du trotskisme ceux qui tombent tantôt dans l’aventurisme, tantôt dans le capitulationnisme.

    En avril 1946, le camarade Mao Tsé-toung disait dans « Quelques appréciations sur la situation internationale actuelle » que les pays socialistes et les pays impérialistes ont la possibilité, sur un certain nombre de questions, y compris des questions importantes, d’aboutir à des accords par voie de consultations pacifiques et de réaliser certains compromis jugés nécessaires. Il estimait que « des compromis de ce genre. . . ne peuvent être que le résultat de luttes résolues et efficaces de toutes les forces démocratiques du monde contre les forces réactionnaires des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et de la France ».

    Et il ajoutait : « De tels compromis n’exigent pas des peuples des différents pays du monde capitaliste qu’ils fassent en conséquence des compromis dans leur propre pays. Les peuples de ces pays continueront à engager des luttes différentes selon les conditions différentes ».

    Cette analyse du camarade Mao Tsé-toung est scientifique, marxiste et léniniste. Nous, communistes chinois, avons toujours élaboré notre politique internationale en conformité avec ce point de vue du camarade Mao Tsé-toung. Mais les impérialistes, les réactionnaires des différents pays et les révisionnistes modernes ont toujours essayé de nous nuire par toutes les calomnies possibles.

    Il est à noter que l’histoire n’a vu aucun parti révolutionnaire qui n’ait été sali par l’ennemi et ses agents. Le grand Parti bolchevik a été l’objet des innombrables calomnies de l’ennemi. « Ils attaquent les bolcheviks, les qualifiant toujours de ‘sectaristes, de dogmatistes, de blanquistes, d’anarchistes, etc. » (V.I. Lénine : « La Tactique du Parti ouvrier social-démocrate de Russie dans la campagne électorale »).

    Aujourd’hui, sur le plan international, tous les marxistes-­léninistes révolutionnaires sont en butte aux attaques des révisionnistes modernes. Il est regrettable que le camarade Togliatti se soit joint à ces attaques.

    De nombreux crimes sont imputés au Parti communiste chinois par les révisionnistes modernes. Pourquoi ?

    N’est-ce pas parce que nous défendons fermement la pureté du marxisme-léninisme ?

    Parce que nous ne marchandons jamais avec les principes ni ne faisons de concessions sur le plan théorique ?

    Parce que nous luttons résolument à la fois contre le révisionnisme moderne et le dogmatisme, à la fois contre l’opportunisme de droite et l’opportunisme « de gauche », à la fois contre le capitulationnisme et l’aventurisme, à la fois contre les accommodements qui font fi des principes et contre le sectarisme qui s’écarte des masses, à la fois contre le chauvinisme de grande nation et le nationalisme réactionnaire sous toutes ses formes ?

    Certains s’efforcent d’utiliser toutes les occasions possibles pour attaquer, en lui faisant subir d’infâmes déformations, la thèse du Parti communiste chinois selon laquelle « l’impérialisme et tous les réactionnaires sont des tigres : en papier ».

    Cette thèse du Parti communiste chinois est basée sur l’appréciation scientifique, faite par Lénine, de l’impérialisme qui, soulignait-il, est un capitalisme agonisant et pourrissant, et est établie en fonction de la longue expérience révolutionnaire chinoise et de toutes les expériences révolutionnaires du passé. Cette thèse s’accorde entièrement avec les qualificatifs de « colosse aux pieds d’argile », « épouvantail », « adversaire qui paraît si fort », et « bêtes féroces capitalistes . . . incapables de nous faire aucun mal », etc. accordés par Lénine à l’impérialisme.

    Ceux en question proclament constamment qu’il faut agir selon les critères de Lénine ; en fait, ils s’écartent invariablement de ces critères, de l’essence même du léninisme, c’est-à-dire de la doctrine de Lénine sur l’impérialisme, la révolution prolétarienne et la dictature du prolétariat.

    Dans la question de l’appréciation de l’essence de l’impérialisme, n’est-il pas clair qu’ils ont montré leur vrai visage en s’écartant fort du léninisme ?

    Tout compte fait, ceux qui attaquent furieusement la thèse : « l’impérialisme et tous les réactionnaires sont des tigres en papier », ne font que chorus avec l’impérialisme, propageant auprès des peuples qui veulent la révolution l’idée qu’il faut se garder de résister aux forces d’agression de l’impérialisme, que le système impérialiste ne peut être renversé, que les révolutions, quelles qu’elles soient, ne doivent pas être entreprises et sont sans espoir.

    Depuis des années, l’impérialisme américain et ses acolytes soumettent les peuples du monde entier au chantage nucléaire que voici : celui qui ne se soumet pas à la domination est voué à l’anéantissement.

    Et toute l’excitation au sujet des armes nucléaires entreprise au sein des masses par les révisionnistes modernes, représentes par la clique Tito, est, de bout en bout dans le ton du chantage nucléaire de l’impérialisme américain.

    Tous les vrais marxistes-léninistes, dont les communistes chinois, se sont toujours opposés fermement à la politique de guerre nucléaire de l’impérialisme, ils préconisent fermement l’interdiction et la destruction des armes nucléaires ; d’ailleurs, le gouvernement de la République populaire de Chine a proposé à maintes reprises la création d’une zone désatomisée qui engloberait tous les pays d’Asie et du Pacifique, Etats-Unis y compris ; tous les vrais marxistes-léninistes, dont les communistes chinois, ont toujours estimé que les peuples de tous les pays doivent prendre leur destin en main et ne pas se laisser intimider par la politique de chantage nucléaire de l’impérialisme américain ; de même, ils estiment que la chose sur laquelle les pays socialistes doivent compter, c’est la force des peuples attachés à la justice, c’est la politique de justice qui leur est propre ; ils ne doivent absolument pas miser, dans le monde, sur les armes nucléaires.

    Les révisionnistes modernes connaissent fort bien ces justes points de vue des marxistes-léninistes, mais, néanmoins, ils s’obstinent à fabriquer des mensonges et à tromper les masses, prétendant que ceux qu’ils appellent « dogmatistes » souhaitent « pousser l’humanité au bord de la guerre nucléaire ». Ils invoquent à tout moment la « morale ».

    Où donc la relèguent-ils, leur « morale », quand ils fabriquent des mensonges de ce genre ?

    A ce moment-là, n’oublient-ils pas jusqu’à la morale que tout homme respecte normalement en tant qu’homme ? Les séries de mensonges répandus à dessein par les révisionnistes modernes pour déformer et attaquer les thèses et points de vue des vrais marxistes-léninistes visent à empêcher les peuples et nations opprimés de faire la révolution et de mener la lutte libératrice.

    Aux yeux des révisionnistes modernes, dans lesconditions qui voient exister arme nucléaire et engins militaires

    similaires, toute révolution et tout acte soutenant la révolution sont contraires à la « logique de la vie ».

    Ce qu’ils entendent par « logique de la vie », c’est, en fait, une logique d’esclave qui vise à émousser la volonté révolutionnaire de tous les peuples, à faire en sorte que les peuples se lient pieds et poings et servent docilement d’esclaves à l’impérialisme et à toute la réaction.

    Les marxistes-léninistes s’opposent fermement à cette logique d’esclave et sont partisans de ce que le peuple se libère lui-même, édifie une vie nouvelle indépendante et heureuse. C’est là une loi du développement social à laquelle nul ne saurait faire obstacle.

    Les révisionnistes modernes estiment que, dans les conditions historiques actuelles, il faut s’estimer heureux de pouvoir vivre, serait-ce dans l’abrutissement et l’hébétude ; à quoi bon distinguer entre classes, entre prolétariat et bourgeoisie, impérialisme et nations opprimées, capitalisme et socialisme, guerre juste et guerre injuste, révolution et contre-révolution ? A leurs yeux, toutes ces distinctions ont perdu leur signification de l’ »époque », toutes relèvent du « dogmatisme ».

    En somme, ils ont, en réalité, entièrement rejeté toute la doctrine marxiste, toute la doctrine léniniste, et ils estiment que ceux qui n’approuvent pas ce point de vue et cette façon d’agir bien à eux, qui ne parlent pas ni n’agissent suivant leur bâton de chef d’orchestre, vont « à rencontre » du marxisme-­léninisme, « nient » l’esprit créateur du marxisme-­léninisme, « attaquent » la politique de la coexistence pacifique, sont des « pseudo-révolutionnaires », des « aventuristes de gauche », des « dogmatistes », des « sectaristes », des « nationalistes », etc.

    Lénine condamnait les révisionnistes et opportunistes de la IIde Internationale en ces termes : « Poser la question de cette manière, en dehors des classes ou au-dessus des classes, soi-disant du point de vue du peuple tout entier, c’est tout simplement se moquer de l’enseignement essentiel du socialisme, à savoir la théorie de la lutte des classes » (V.I. Lénine : « 1er Congrès de l’Internationale communiste »).

    Ce comportement est tout particulièrement mis en relief par les sermons et les mesures politiques des révisionnistes modernes. Ils contestent que les masses populaires sont la force motrice du développement historique, que ce sont elles qui créent l’histoire.

    Ils estiment que les changements dans la situation internationale et le destin de l’humanité sont entre les mains des « chefs » de quelques grandes puissances, qu’ils dépendent de leur « raison » ou de leur manque de « raison » et non pas des forces unies des masses populaires de tous les pays du monde et des luttes conjointes de celles­ci.

    Certains même ne songent qu’à s’embarquer sur un même bateau avec les chefs des pays impérialistes et considèrent cela comme le « plus grand honneur », alors qu’ils se refusent à « braver vents et tempêtes » avec les masses populaires. N’est-il pas étrange que pareilles gens aient fait leur apparition dans les rangs même des marxistes-léninistes ?

    Lénine disait : « Le grand péché des chefs socialistes­ révolutionnaires et menchéviks est de n’avoir pas confiance dans les masses, de redouter leur initiative, leur action indépendante, de trembler devant leur énergie révolutionnaire au lieu de l’appuyer entièrement et sans réserve » (V.I. Lénine : « Une des questions fondamentales de la révolution »). C’est également et précisément en cela que réside le péché des révisionnistes modernes.

    Lénine disait par ailleurs : « Définir sa conduite d’une situation à l’autre, s’adapter aux événements du jour, aux changements de menus faits politiques, oublier les intérêts vitaux du prolétariat et les traits essentiels de l’ensemble du régime capitaliste, de toute l’évolution capitaliste, sacrifier ces intérêts vitaux au nom des avantages réels ou supposés de l’heure : telle est la politique révisionniste » (V.I. Lénine : « Marxisme et révisionnisme »).

    Lorsqu’ils agissent de la sorte, les révisionnistes ont coutume de vanter leur « sagesse », leur « esprit créateur », de faire passer leur point de vue pour « théories les plus récentes ».

    En réalité, les « théories les plus récentes », dont parlent les révisionnistes modernes, ne sont rien d’autre qu’une simple variante, dans les conditions modernes, des absurdités des révisionnistes anciens du genre de Bernstein et Kautsky !

    Elles ne sont rien d’autre qu’une simple réédition des vieilles rengaines à l’aide desquelles la réaction bourgeoise berne le peuple !

    Le révisionnisme est un opium qui anesthésie le peuple, une musique consolatrice pour esclaves. Les factions révisionnistes constituent, au sein du mouvement ouvrier, un détachement politique de la bourgeoisie, un important soutien social de la bourgeoisie et de l’impérialisme.

    Aussi longtemps que les systèmes capitaliste et impérialiste subsisteront dans le monde, le révisionnisme, en tant que courant d’idées, se manifestera toujours en des moments différents et sous des formes différentes. Alors la faillite de la IIde Internationale était déjà consommée tant en pratique qu’en théorie, Lénine prévoyait, en janvier 1917 : « … et dans quelques dizaines d’années, espérons-le, il sortira des entrailles de la social-démocratie ‘unie’ et internationale, de nouveaux Plékhanov, de nouveauxScheidemann, de nouveaux conciliateurs, doucereux tels que Kautsky . . . » (V.I. Lénine : « Un Tournant dans la politique mondiale »).

    L’histoire l’a confirmé. En effet, peu après la mort de Lénine, une lutte sérieuse s’engagea au sein du mouvement communiste international, entre les marxistes-léninistes et les anti-marxistes-léninistes.

    Cette lutte vit s’opposer, d’une part, les léninistes ayant Staline à leur tête et, d’autre part, Trotski, Boukharine et autres aventuristes « de gauche » et opportunistes de droite. Une autre lutte se déroulait parallèlement à celle-ci. C’était celle, de longue haleine, engagée au sein du Parti communiste chinois par les marxistes-léninistes, sous la direction du camarade Mao Tsé-toung, contre les aventuristes « de gauche » et les opportunistes de droite.

    Nous sommes actuellement, et une fois de plus, confrontés avec une lutte sérieuse entre marxistes-léninistes et ceux qui s’opposent au marxisme-léninisme, c’est-à-dire les révisionnistes modernes.

    La Déclaration de Moscou de 1957 dit : « Le principal danger dans les conditions actuelles est le révisionnisme ». « L’influence bourgeoise constitue la cause intérieure durévisionnisme et la capitulation devant la pression de l’impérialisme en est la cause extérieure. »

    Dans les pays capitalistes et impérialistes, les causes générales qui donnent naissance au révisionnisme, et que Lénine a analysées, existent toujours aujourd’hui.

    Lénine dit : « L’existence relativement pacifique et aisée d’une couche d’ouvriers privilégiés les ’embourgeoisait’, leur donnait des bribes des bénéfices du capital national, leur épargnait la détresse, les souffrances et les détournait des tendances révolutionnaires de la masse vouée à la ruine et la misère » (V.I. Lénine : « La Faillite de la IIe Internationale »).

    Cet état de choses peut non seulement être constaté par nous à l’heure actuelle, mais encore, il est évident qu’il s’affirme avec plus de relief que dans le passé.

    Conformément à leurs besoins, et en tant que tactique pour faire face aux masses populaires, les impérialistes et les réactionnaires usent tantôt de la violence directe, tantôt de certaines réformes ; tantôt ils recourent sans aucun préambule à la menace, tantôt ils semblent accorder parcimonieusement des concessions toutes superficielles.

    Ces deux méthodes sont, soit utilisées tour à tour, soit combinées, imbriquées de la façon la plus complexe. En général, plus grande est la force du prolétariat, plus rusée est la politique habituellement adoptée par la bourgeoisie afin de semer certaines illusions au sein du mouvement ouvrier et d’y susciter des réactions opportunistes.

    Lénine dit : « Les zigzags de la tactique bourgeoise amènent un renforcement du révisionnisme dans le mouvement ouvrier et, souvent, poussent jusqu’à la scission les divergences qui s’y manifestent » (V.I. Lénine : « Les Divergences dans le mouvement ouvrier européen »).

    Ces paroles de Lénine sont une mise en garde perpétuelle pour le mouvement ouvrier international. La sombre nuée du révisionnisme couvre actuellement le ciel du mouvement ouvrier international. Les révisionnistes modernes se livrent ouvertement à des activités scissionnistes. L’apparition du révisionnisme moderne est certes un mal.

    Cependant, comme elle est inévitable et que, par surcroît, elle est devenue une réalité objective, la manifestation au grand jour du révisionnisme moderne permet aux gens de voir, de discerner et de comprendre tout le mal qu’il fait, et permettra de transformer ce mal en bien.

    Soutenus par l’impérialisme, les révisionnistes modernes sont, semble-t-il, transportés de joie. Mais la vérité finira par l’emporter sur l’absurde, le marxisme-léninisme finira par l’emporter sur le révisionnisme moderne.

    Les révisionnistes modernes auront beau mener grand tapage pendant un certain temps, prétendant que le marxisme-léninisme est « périmé ».

    Ce sera non pas le révisionnisme moderne, mais inéluctablement le marxisme-léninisme qui, répondant au développement historique de la société humaine, remportera la victoire finale et grandira. L’histoire est là, qui le confirme. Actuellement, la situation du mouvement ouvrier international est bien meilleure qu’auparavant.

    Le puissant camp socialiste avec son milliard d’hommes est là. De forts détachements internationaux de marxistes-léninistes existent.

    Plus conscients que jamais, les peuples du monde sont là. Et il y a le mouvement révolutionnaire national et démocratique qui connaît un essor impétueux. L’impérialisme vit des jours encore plus difficiles.

    Après la riche expérience acquise sur les deuxcontinents, l’Europe et l’Asie, la révolution socialiste a réalisé

    une expérience des plus importantes et des plus éclatantes en Amérique latine.

    Ces expériences ont enrichi plus encore le marxisme-léninisme, elles ont armé idéologiquement les peuples révolutionnaires de tous les pays. Elles sont autant d’antithèses du révisionnisme moderne. Ce sont des faits historiques, objectifs, et pour les révisionnistes modernes, il est totalement vain de chercher à les tronquer et à les déformer.

    La lutte idéologique à l’échelle internationale qui s’est déroulée, à la fin du XIXème siècle, entre le marxisme révolutionnaire et le révisionnisme fut le prélude du grand combat révolutionnaire du prolétariat.

    Aujourd’hui, la lutte idéologique à l’échelle internationale entreprise, sous le grand drapeau du léninisme, contre le révisionnisme moderne, est plus encore appelée à devenir le symbole et le signal d’un développement plus vaste encore du grand mouvement révolutionnaire du prolétariat et de tous les mouvements révolutionnaires populaires.

    Le torrent des mouvements révolutionnaires de tous les peuples, canalisé par le marxisme-léninisme, ne peut être entravé.

    « Les Destinées historiques de la doctrine de KarlMarx », écrit par Lénine en 1913, s’achève par cette phrase :

    « Mais l’époque historique qui vient apportera au marxisme, doctrine du prolétariat, un triomphe plus éclatant encore. »

    On peut prédire qu’à la grande et nouvelle époque révolutionnaire où l’édification dans les différents pays socialistes remporte sans cesse de nouvelles victoires, où le mouvement de libération en Asie, en Afrique et en Amérique latine prend un essor impétueux, où la classe ouvrière et les peuples opprimés d’Europe et d’Amérique manifestent un nouvel éveil, on verra le léninisme remporter des victoires encore plus éclatantes.

    Guidés par la grande pensée léniniste, portion haut le drapeau de l’unité du mouvement communiste international, le drapeau de l’unité des pays du camp socialiste, le drapeau de la grande amitié et de la grande unité sino-soviétiques, le drapeau de l’unité des Partis communistes et ouvriers de tous les pays du monde, le drapeau de l’unité des peuples du monde et le drapeau révolutionnaire des deux Déclarations de Moscou, et luttons ensemble contre l’impérialisme et la réaction, pour défendre la paix mondiale, pour faire progresser la cause, juste et progressiste, de l’émancipation du genre humain !

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