L’un des aspects les plus remarquables des choses et des phénomènes tient au retournement en leur contraire.
Une personne qui avait un point de vue exprime ensuite le contraire ; un phénomène qui avait tel rôle joue désormais le rôle contraire, un processus qui s’est lancé semble repartir en arrière.
C’est quelque chose qu’il est facile d’observer au long de sa vie personnelle ou de sa vie sociale, ou encore dans la Nature.
La raison de ce retournement est simple à comprendre.
Lorsqu’il doit y avoir un saut qualitatif, les contraires se confondent, l’un se convertit en l’autre.
C’est le moment de tension maximale, qui produit la transformation.
C’est ce qu’on a appelé le nexus.
Néanmoins, si pour des raisons internes, cette tension n’est pas suffisante, alors la transformation échoue.
Il y a alors un mouvement en arrière, naturellement dans la perspective de « reprendre des forces », de faire en sorte que la tension puisse de nouveau s’exprimer, cette fois avec une force assez grande.
Naturellement, les termes de « tension » et de « force » sont inadaptés ici, car ils expriment une dimension mécanique ou fonctionnelle.
Il n’en est pas ainsi ; par tension, il faut comprendre la nature du rapport contradictoire et le nombre de strates concernées par ce rapport contradictoire.
Les contradictions doivent s’être exprimées librement, à la fois dans leur qualité et dans leur quantité : les aspects doivent entièrement se confronter et ce dans tous les aspects.
Si le processus ne se produit pas à ce niveau, alors le moteur casse, la révolution repart en arrière, la maladie l’emporte, l’habit est taillé trop petit, on a trop mangé, on a une rechute, etc.
Autrement dit, c’est précisément le processus qui fait que, si on ne le comprend pas, on devient nihiliste ou misanthrope, on ne croit pas en la vie, on fait un fétiche d’une faiblesse ou d’un drame, alors que tout relève d’un parcours aboutissant inévitablement à la transformation.
C’est pourquoi Gonzalo, lorsqu’il a été arrêté et emprisonné, a affirmé qu’il s’agissait d’un simple « détour » de la révolution péruvienne ; cela correspond au principe de Mao Zedong selon lequel l’avenir est lumineux, le chemin est sinueux.
Quand on comprend le matérialisme dialectique, on sait que les choses ne vont pas en ligne droite, qu’il faut de la patience et de la bienveillance par rapport au mouvement de la matière.
Si, par contre, on se limite à voir en tout de l’absurdité, du hasard, alors immanquablement on bascule dans le relativisme, l’individualisme et le nihilisme.
Voilà en quoi le matérialisme dialectique est révolutionnaire : il exprime la nécessité historique du nexus et il comprend que la question concerne de nombreuses strates, même si la contradiction est interne.
Le principe de révolution est ce qui caractérise la transformation et qui ne comprend pas le saut, qui ne l’assume pas, est condamné à refaire le même parcours, et à échouer jusqu’à la saisie, dans toute son ampleur, de la question.
Qui ne comprend pas qu’une chose peut se retourner en son contraire, doit se retourner en son contraire mais pour un saut qualitatif, effectue bien le saut mais malgré lui et dans le mauvais sens.
Il est alors prisonnier d’une boucle tant qu’il ne retrouve pas les fondamentaux de la contradiction, par nuance et différence, contraste et lutte, jusqu’à la transformation.
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sur le matérialisme dialectique