Moïse, Jésus, Mahomet: le livre comme base du droit

Moïse, Jésus et Mahomet expriment un grand tournant historique. Par conséquent, il y a le droit qui fait irruption, comme superstructure nouvelle de la nouvelle infrastructure.

Les propos de Dieu relatés par Moïse sont ici très clairs dans l’expression de la nouveauté juridique désormais écrite :

12 L’Éternel parla ainsi à Moïse:
13 “Et toi, parle aux enfants d’Israël en ces termes : Toutefois, observez mes sabbats car c’est un symbole de moi à vous dans toutes vos générations, pour qu’on sache que c’est Moi, l’Éternel qui vous sanctifie.
14 Gardez donc le sabbat, car c’est chose sainte pour vous! Qui le violera sera puni de mort; toute personne même qui fera un travail en ce jour, sera retranchée du milieu de son peuple.
15 Six jours on se livrera au travail; mais le septième jour il y aura repos, repos complet consacré au Seigneur. Quiconque fera un travail le jour du sabbat sera puni de mort.
16 Les enfants d’Israël seront donc fidèles au sabbat, en l’observant dans toutes leurs générations comme un pacte immuable.
17 Entre moi et les enfants d’Israël c’est un symbole perpétuel, attestant qu’en six jours, l’Éternel a fait les cieux et la terre, et que, le septième jour, il a mis fin à l’œuvre et s’est reposé.”
18 Dieu donna à Moïse, lorsqu’il eut achevé de s’entretenir avec lui sur le mont Sinaï, les deux tables du Statut, tables de pierre, burinées par le doigt de Dieu.
(Exode, 31:12-18)

C’est le symbole de la loi avec Moïse muni des fameuses tables écrites par Dieu, descendant de la montagne – montagne qu’il faisait surveiller, en prétendant le risque pour la vie des visiteurs éventuels devant la puissance de Dieu.

Cette notion de droit est bien sûr présente chez Mahomet et Jésus, mais de manière très différente, le projet de Mahomet ayant réussi, alors que celui de Jésus s’est transformé. Pour Mahomet, la dimension livresque est au cœur du processus lui-même, de manière outrancièrement symbolique.

En effet, le terme de Coran lui-même vient de l’arabe al Qur’ān, « la récitation ». Le terme de Coran, en arabe, signifie quant à lui « lecture » ; il est même le « kitab », « l’écriture » par excellence.

Une page du Coran, de Perse

La dimension révolutionnaire est ouvertement assumée : Mahomet faisait une retraite spirituelle comme il en avait l’habitude, dans une grotte non loin de La Mecque, en 610 après JC, alors qu’un qu’un ange est censé à s’adresser à Mahomet, qui est illettré, pour lui exiger de lire. Cette contradiction, d’une force symbolique magnifique, est racontée ainsi dans le Coran :

1. Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé,
2. qui a créé l’homme d’une adhérence.
3. Lis! Ton Seigneur est le Très Noble,
4. qui a enseigné par la plume [le calame],
5. a enseigné à l’homme ce qu’il ne savait pas.
(Al-Alaq – L’adhérence)

Le Coran aurait donc lui-même un caractère divin, l’archange Gabriel ayant transmis des messages à Mahomet qui les aurait répété, conformément à son rôle de « prophète ». Il ne raconte pas quelque chose au sens strict, il est en lui-même une réalité divine, définissant la vie quotidienne.

Le paradoxe est que si le Coran est présenté comme un livre cohérent dans la mesure où il est le livre par excellence, en pratique il consiste en des phrases prononcées par Mahomet pendant pas moins de 23 ans, et qui plus est dans le désordre.

Cette absence de linéarité est en contradiction avec ce qui se veut un caractère juridique rationnel, mais là est la grandeur de Mahomet : avoir exprimé les exigences d’une époque, puis avoir réussi à les synthétiser dans un corpus juridique symbolique complet.

Avec Jésus, le droit ne se pose pas en tant que tel, car son objectif politique n’a pas été réalisé, en raison de sa défaite politico-militaire. Par conséquent, il y avait encore plus une marge de manoeuvre pour s’inspirer de ses propos, et les déplacer hors de son contexte, pour les amener à d’autres revendications, principalement contre l’esclavage. Les paroles de Jésus sont celles d’un rebelle, qui soulève les coeurs ; on peut s’en inspirer.

Jean raconte ainsi :

19 – « Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es un prophète.
20 Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous affirmez qu’à Jérusalem se trouve le lieu où il faut adorer. »
21 Jésus lui dit : « Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père.
22 Vous adorez ce que vous ne connaissez pas ; nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des Juifs.
23 Mais l’heure vient, elle est là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; tels sont, en effet, les adorateurs que cherche le Père.
24 Dieu est esprit et c’est pourquoi ceux qui l’adorent doivent adorer en esprit et en vérité. »
25 La femme lui dit : « Je sais qu’un Messie doit venir – celui qu’on appelle Christ. Lorsqu’il viendra, il nous annoncera toutes choses. »
26 Jésus lui dit : « Je le suis, moi qui te parle. »
(Jean, 4:19-26)

Avec Jésus, le droit est celui de la période révolutionnaire – Jésus n’était qu’au début de son oeuvre, son échec politique fera que c’est Paul de Tarse qui se chargera de fournir une théorie cohérente à la figure de Jésus, sous la forme d’une rupture au sein du judaïsme donnant naissance au christianisme organisé.

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