Gauche Prolétarienne: Avec les héros de la résistance basque, avec l’Espagne de la liberté (1970)

[19 décembre 1970.]

Le peuple basque s’est levé avant l’aube, alors que depuis trente ans la nuit était sur l’Espagne.

Aucune torture, aucune souffrance, n’a pu arracher de son cerveau le désir de l’indépendance et de la liberté.

Les brutes aux uniformes gris et aux casques allemands n’ont pas non plus découvert les fusils et la dynamite enterrés.

Et voilà cinq ans, aux mains de quelques patriotes dont l’organisation E.T.A. se nomme L I B E R T É , les armes ont commencé leur oeuvre de vengeance.

La haine d’un peuple était un guide sûr, et elle a mené les partisans jusqu’au führer SS Meliton Manzanas – chef de la police du Guipuzcoa – abattu de plusieurs coups de revolver le 2 août 1968, car c’est ce que voulait la justice.

Le sang des bourreaux doit payer le sang des martyrs, tel est le prix de l’indépendance; c’est l’idée que les peuples aujourd’hui reconnaissent comme leur.

Dans l’appel de la Résistance venue des maquis du Pays basque, les mineurs catalans, les ouvriers madrilènes, toute l’Espagne de la liberté a reconnu sa propre voix.

Depuis, les rues de Burgos, de Barcelone, de Madrid ont retrouvé les rumeurs de leurs émeutes.

AMNISTIE! LIBERTÉ ! même durant la guerre contre les généraux félons, jamais l’Espagne ne s’était vue si unie : sur les barricades, dans les usines occupées que cerne la guardia civil, ils se reconnaissent : l’ouvrier et l’intellectuel, le mineur des Asturies et le métallo de Guipuzcoa – eux que durant trente ans Franco avait parfois pu dresser l’un contre l’autre…

Ecoutez ce que disent à Burgos nos camarades IZKO, URIARTE, ONAINDIA, GOROSTIDI, LARENA, DORRONSORO: « Je ne suis pas séparatiste, je suis nationaliste, et révolutionnaire internationaliste. »

« Je suis prisonnier de guerre, et je profite de cette occasion pour clamer l’oppression dont souffre le peuple basque! »

« Nous sommes les guérilleros basques! Pour libérer Euzkadi, notre sang est prêt! »

Vive la classe ouvrière espagnole.
Vive le Pays basque libre.

Ecoutez : le cri est le même, qui monte des barricades de Belfast avec la clameur des fusils irlandais. A Milan, à Berne, à Paris, les peuples de l’Europe ont compris l’appel de Burgos, ils ont répondu dans la rue.          

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PCE(ml), FRAP, PCE(r), GRAPO

L’Espagne a la particularité d’avoir connu deux mouvements révolutionnaires se situant dans le prolongement de la guerre d’Espagne. Ces deux mouvements appuyaient, tout comme le Parti Communiste d’Espagne durant la guerre civile des années 1930, la perspective de la révolution au moyen de la lutte populaire antifasciste.

Ils considéraient que la lutte devait continuer et ils ont établi une démarche afin de reformer un front de masse sur cette ligne, avec le Parti se présentant comme en étant le meilleur outil. Le Parti Communiste d’Espagne (marxiste-léniniste) et le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué) opéraient pour cela tous deux depuis l’illégalité.

Le PCE (ml) avait généré un Front de masse – le FRAP – Front Révolutionnaire Antifasciste et Patriote. Le PCE(r), quant à lui, envisageait les choses selon l’angle d’un Mouvement populaire de Résistance dont il fallait interpréter les contours, appuyant plus concrètement les GRAPO – Groupes Antifascistes du Premier Octobre.

Ces deux organisations n’existent plus aujourd’hui en tant que tel. Le PCE (ml) a abandonné la perspective de renversement au moment de la transition « démocratique », tandis que le PCE(r) prenait en quelque sorte le relais de sa démarche. L’organisation a cependant été finalement anéantie au début des années 2000, après un combat d’un quart de siècle.

Il faut bien noter ici le fait que, dans les deux cas, le PCE (ml) et le PCE(r) sont allés dans la direction du maoïsme, mais se sont littéralement arrêtés juste avant de l’assumer. C’est à ce moment-là que la décadence a opéré.

Les origines du PCE (ml) et du PCE(r)

Historiquement, les deux organisations puisent leur identité dans la bataille anti-révisionniste des années 1960. Le Parti Communiste d’Espagne avait soutenu la démarche révisionniste de l’URSS ; il avait par conséquent, en 1956, cessé les activités armées contre le régime de Franco.

Des révolutionnaires finirent par quitter ses rangs pour fonder en 1964 le Partido Comunista de España (marxista-leninista), c’est-à-dire le Parti Communiste d’Espagne (marxiste-léniniste). Sa structure est illégale et l’organisation est structurée à partir de l’exil.

A la base, quatre groupes opposés au révisionnisme du PCE se retrouvent en octobre 1964 en Suisse. Ils sont organisés autour de revues : El Proletario qui regroupe des étudiants à Madrid, Bilbao et Paris, Mundo Obrero Revolucionario basé à Paris par des éléments « pro-chinois » du PCE local, La Chispa édité par une « Opposition révolutionnaire du PCE » basée à Genève, et enfin España Democrática, publié par un groupe issu de la section du PCE en Colombie publiant España Democrática.

Ils fondent en novembre le PCE (ml) au théâtre de l’Alhambra à Paris et une trentaine de délégués élit un Comité Central, dont la première réunion se tient un mois plus tard dans un garage à Bruxelles. Son organe est Vanguardia Obrera.

C’est pareillement à Bruxelles que naquit, en septembre 1968, une autre organisation, l’OMLE – Organización de Marxistas-Leninistas de España, l’Organisation des Marxistes-Léninistes d’Espagne.

A l’opposé du PCE (ml) basé à l’étranger mais ayant des relais en Espagne, l’OMLE est né uniquement hors d’Espagne, à partir d’activistes en Belgique, en France et en Suisse.

Sa base est issue d’activistes du Mundo Obrero Revolucionario publié à Paris et n’ayant pas rejoint le PCE (ml) à sa fondation, de l’Organización Comunista Marxista Leninista dirigé par Francisco Javier Martín Eizaguirre et issue du PCE, ainsi que des Comités de Apoyo al Pueblo de Vietnam et des Círculos Guevaristas.

Les différences entre le PCE (ml) et l’OMLE

Lorsque le PCE (ml) se fonde, sa position est celle qui correspond à celle du PCMLF en France ou bien du Parti Communiste d’Inde (Marxiste-Léniniste). Le Parti ayant failli, il faut immédiatement le remplacer. Dans le cas français, la base pour cela était absente et la position était idéaliste, dans le cas indien c’était correct. Le PCE (ml) se situe sans doute à mi-chemin.

L’OMLE n’est pas d’accord avec cette démarche et sa position est celle de l’UJC (ml) en France ou bien du Centre Communiste Maoïste d’Inde. D’un côté, elle appelait à davantage de complexité, d’agglutinement de forces communistes, de l’autre il y avait une certaine dynamique mouvementiste, pratiquement guévariste.

L’autre différence majeure est que le PCE (ml) considère que l’Espagne est devenue un satellite de l’impérialisme américain. Sa ligne combine donc l’appel à la révolution démocratique avec une dimension anti-impérialiste. Ce positionnement double était en quelque sorte déjà celui du PCE durant la guerre civile, en raison de l’intervention étrangère germano-italienne.

L’OMLE a été d’accord avec ce point de vue au début de son existence. Cependant, au fur et à mesure a triomphé une ligne comme quoi ce n’est pas vrai et affirmant que l’Espagne est un pays capitaliste faible.

La troisième grande différence réside dans la question de la féodalité. Le PCE (ml) insiste sur l’existence de grands propriétaires terriens, formant l’une des bases du régime d’une nature ainsi féodale – monopoliste – coloniale. L’orientation reste comme celle du PCE de la guerre civile, avec une révolution démocratique et populaire comme objectif.

Ce n’est pas le cas de l’OMLE, qui appelle à une lutte anti-monopoliste et antifasciste, mais avec comme objectif la dictature du prolétariat.

La construction en Espagne du PCE (ml) et de l’OMLE

Le PCE (ml) et l’OMLE sont tous deux nés hors d’Espagne, mais le premier disposait de relais dans le pays, ce que n’avait pas le second. Le PCE (ml) mena immédiatement un travail de structuration en Espagne pour y établir l’organisation. Mais dès décembre 1964, le réseau catalan est démantelé, en en avril 1965 il y a de nombreuses arrestations et en 1966 le principal organisateur dans le pays, Paulino García Moya (Valera), est arrêté.

Durant ce processus, en mars 1965, Ricardo Gualino a été grièvement blessé à la bouche par un tir lors d’une arrestation alors qu’il menait une action de propagande, et en avril de la même année José Delgado Guerrero “Acero”, 25 ans, meurt suite à la torture.

En novembre 1967, cinq membres du PCE (ml) sont également condamnés à 26 années de prison.

En fait, malgré le travail mené, en 1968, le PCE (ml) est pratiquement démantelé en Espagne. Ce qui le sauve, c’est que la direction reste basée à l’étranger et forme une base idéologique solide, mettant son énergie à réussir à l’implantation.

Cela réussit enfin à partir de 1969, au point d’intégrer l’organisation madrilène dénommée Unión de Marxistas-Leninistas.

L’OMLE ne profite pas de relais quelconques par contre, ce qui rend la tâche bien plus rude ; ses noyaux durs sont basés à Paris, Strasbourg et au Luxembourg. C’est par le retour de l’émigration que l’organisation peut se structurer, et ce tardivement.

Ce n’est qu’en 1970 qu’il y a une base à Madrid et une à Cadix. Et en 1972, l’Organización Obreira bien implanté à Vigo rejoint l’OMLE comme section de Galice, apportant une solide base issue de la quasi totalité des jeunesses communistes et d’une partie du PCE de la ville de Vigo.

Son dirigeant, Abelardo Collazo, vivait dans un four abandonné dans son enfance et a commencé à travailler dans la construction à l’âge de douze ans. Il travaillera ensuite notamment un an aux Usines Citroën à Paris. Cadre de l’OMLE et de son prolongement le PCE (r), il sera exécuté par la police dans une embuscade, de six balles dans le dos, en 1980.

Rapidement, l’OMLE s’étend ensuite dans la région de Valence, le pays basque, l’Andalousie et la Catalogne.

La structuration du début des années 1970

L’implantation en Espagne étant finalement réussie, tant le PCE (ml) que le PCE(r) connaissent des modifications profondes. Cela a également pour raison qu’en 1969 l’état d’urgence avait été proclamé. Les luttes de classes étaient intenses et le régime voyait sa base profondément troublé.

C’est surtout pour l’OMLE que la situation va changer la donne, avec l’intégration en 1971 de membres du Partido Comunista de España (internacional), une organisation s’étant formée parallèlement à Saragosse, Madrid, Séville, les Asturies.

Parmi eux, il y a en effet Manuel Pérez Martínez qui, avec les ouvriers du bâtiment qui l’accompagnent, va provoquer un chamboulement dans l’OMLE. La critique concerne deux aspects : l’absence d’impulsion organisationnelle suffisante, le libéralisme dans la gestion des fédérations.

Lors de la Ve réunion générale de l’OMLE à Paris, cela va fournir de base à la nouvelle direction centralisant les activités et faisant de Bandera Roja, le Drapeau rouge, l’organe publié à Madrid, le pivot du renforcement en tant que parti en tant que tel. La base de l’OMLE est alors à Cadix, Séville et Cordoue, puis en Galice.

La thèse de la dimension coloniale de l’Espagne est alors abandonnée et l’organisation se replie sur elle-même, refusant toute étape démocratique. La ligne adoptée à sa première conférence nationale en juin 1973 prône de ce fait l’établissement d’un gouvernement révolutionnaire.

L’organisation tangue avec le démantèlement par la police des structures de Cadix et Séville en 1974 et une fascination pour la révolution des œillets au Portugal menée par l’armée. Elle est également isolée par son refus catégorique de participer aux élections syndicales qui sont mises en place en février 1975.

Du côté du PCE (ml), les modifications ne viennent pas de l’extérieur, mais de l’élan donné. Lors de la visite du président américain Richard Nixon, en 1970, le PCE (ml) put organiser des rassemblements à Madrid (avec 24 équipes de propagande), Valence, Murcie, Bilbao et Saint-Sébastien ; entre 20 000 et 100 000 personnes se mettent en grève à son initiative, la même année, pour la libération des prisonniers politiques.

Il avait généré toute une série de structures : l’Oposición Sindical Obrera (Opposition Syndicale Ouvrière, fondée clandestinement dans les années 1950 par le PCE), la Federación Universitaria Democrática Española (Fédération Universitaire Démocratique Espagnole), la Unión Popular de Mujeres (Union Populaire des Femmes), les Comisiones de Barrio (Commissions de Quartier), la Federación de Estudiantes Demócratas de Enseñanza Media (Fédération des Etudiants Démocrates de l’Enseignement intermédiaire), la Unión Popular de Profesores Demócratas (Union Populaire des Professeurs Démocrates), les Agrupaciones de Jóvenes Comunistas (marxistas-leninistas) (Regroupement des jeunes communistes marxistes-léninistes), ainsi que l’Unión Popular de Artistas (Union Populaire des Artistes) dont l’organe était Viento del pueblo.

La mise en place du FRAP par le PCE (ml)

La ligne du PCE (ml), exprimée dans son organe Vanguardia Obrera (Avant-garde Ouvrière), était la suivante : le régime espagnol est de type fasciste et sous domination de l’impérialisme américain ; l’objectif est la Démocratie Populaire sous la forme de la République populaire et fédérale.

Les masses devant être unies et armées dans une Armée populaire, le processus révolutionnaire intégrant la petite-bourgeoisie et des secteurs de la bourgeoisie et devant être prêt à faire face à une intervention américaine.

En octobre 1970, une réunion du Comité Central dans le massif montagneux de la sierra de Guadarrama décide de passer à une nouvelle étape, avec l’établissement désormais de structures de masse, la mise en place prochaine d’un premier congrès, ainsi que la formation d’un Front pour le renversement du régime, avec également une aile militaire.

Le premier pas en direction du front fut l’alliance avec le Frente Español de Liberación Nacional (FELN), une organisation républicaine fondée en 1963 par le socialiste Julio Álvarez del Vayo, ministre des Affaires étrangères du gouvernement républicain du 4 septembre 1936 au 28 mars 1939.

Julio Álvarez del Vayo

Lorsque la Catalogne tomba lors de la guerre civile, Julio Álvarez del Vayo revint dans la zone républicaine depuis la France, participant jusqu’à la dernière minute à la guerre civile.

Le FELN visait la réactivation des maquis pour redémarrer la lutte armée anti-franquiste ; il mena initialement lui-même de multiples actions armées, qui se terminèrent néanmoins avec l’arrestation en juin 1964 d’Andrés Ruiz Márquez.

Puis le PCE (ml), le FELN et le groupe Vanguardia socialista, rejoint ensuite par Fracción marxista-leninista del Movimiento Comunista de España ainsi que l’Unión Socialista Española, fondèrent, dans l’appartement parisien de l’écrivain Arthur Miller, le 23 janvier 1971, l’embryon du Frente Revolucionario Antifascista y Patriota (F.R.A.P.), qui sera fondé officiellement en novembre 1973.

Les objectifs de ce Front Révolutionnaire Antifasciste et Patriote, formellement un comité de coordination pour sa fondation pour la période 1971-1973 – étaient synthétisés en six points.

Le pays était considéré comme dominé par une oligarchie, dont les biens devaient être nationalisés, tout comme les possessions des monopoles étrangers, alors qu’une réforme agraire devait être mise en place, brisant les grands propriétaires terriens.

Le programme en six points du FRAP

Le programme du FRAP est établi dès le départ, dès la constitution en 1971 d’un « Comité coordinateur pour le FRAP ».

1. Renverser la dictature fasciste et expulser l’impérialisme yankee à travers la lutte révolutionnaire.

2. Établissement d’une République populaire fédérative, qui garantisse les libertés démocratiques du peuple et les droits des minorités nationales.

3. Nationalisation des biens monopolistes étrangers et confiscation des biens de l’oligarchie.

4. Réforme agraire profonde, sur la base de la confiscation de grands domaines.

5.Liquidation des vestiges du colonialisme espagnol.

6. Formation d’une armée au service du peuple.

L’élan du FRAP et son prestige

Dès sa fondation, en 1973, le FRAP a été un vrai succès. En plus des multiples rassemblements annuels et illégaux du 1er mai, il organisa également un rassemblement de 10 000 personnes le 2 mai 1973, à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement national anti-napoléonien.

Il y eut un mort dès le premier jour, le FRAP exécutant un membre des services secrets franquistes de la Brigada Político-Social afin de protéger le cortège, les activistes du FRAP étant munis d’objets contondants et d’armes blanches.

Le degré d’affrontement était immédiatement de haut niveau, comme en témoigne la mort atroce de Cipriano Martos Jiménez, assassiné par la police en septembre 1973 au moyen d’un « cocktail de vérité » composé d’essence et d’acide sulfurique, détruisant l’appareil digestif.

Cipriano Martos Jiménez

Dès janvier 1974, un comité pro-F.R.A.P. existe à Madrid, en février en Catalogne et dans la région de Valence, alors que suivent l’Andalousie, les Asturies, puis pratiquement toute l’Espagne, mais aussi la France, l’Allemagne (avec l’appui massif du KPD/ML et en profitant de l’émigration espagnole une présence organisée dans 56 villes), de la Suède, de la Suisse, de la Belgique, de la Hollande, de l’Italie et du Canada.

Le FRAP devient incontournable. Lorsqu’en juillet 1975 les Juventudes Socialistas du PSOE tiennent leur congrès illégal à Lisbonne, le représentant de la J.C.E.(m-l) prenant la parole au nom du F.R.A.P. est accueilli très chaleureusement.

Comme indicateur du succès chez les étudiants, on a le fait que 15 % des étudiants de l’université de Valence étaient considérés comme soutenant le FRAP.

La ligne était, dans le prolongement de la guerre d’Espagne, celle de l’alliance des progressistes, l’avancée dans l’esprit de fusion entre les communistes et l’aile gauche des socialistes. Le dirigeant du FRAP Julio Álvarez del Vayo en était le symbole.

Le F.R.A.P. est alors en première ligne du combat anti-franquiste ; avec 49 personnes condamnées en 1975-1976, c’est lui qui subit le plus les condamnations, juste derrière ETA et alors que le régime a instauré le 22 août 1975 une « decreto-ley antiterrorista » particulièrement répressive.

Le FRAP et la guerre populaire

La ligne exposée à la troisième conférence élargie du Comité Central du PCE(ml), en 1975, était la mobilisation pour généraliser la lutte armée, pour que les masses se saisissent de la démarche de résistance et que soit ici ouverte la phase de la guerre populaire.

A côté de « F.R.A.P., F.R.A.P., F.R.A.P., Republica Popular », le slogan du F.R.A.P. est d’ailleurs « F.R.A.P., F.R.A.P., F.R.A.P., Guerra Popular » et le PCE (ml) avait formulé dès 1967, lors de la seconde conférence de son Comité Central, la considération que la « guerre populaire » faisait partie de sa ligne politique.

On y lit notamment :

« En Espagne, la dictature de l’oligarchie pro-impérialiste s’exerce de la manière la plus violente, à travers l’État yankee-franquiste, qui s’appuie sur un monstrueux appareil terroriste (armée, garde civile, police armée, Brigada Político Social [la police secrète], groupes de la réaction, etc.).

Au moyen de cet Etat, l’impérialisme et l’oligarchie exercent la plus impitoyable répression sur le peuple, persécutant de manière sanguinaire toute action de lutte de la part des masses.

La lutte armée révolutionnaire surgit au sein du peuple travailleur uniquement comme résultat d’une agitation et d’une propagande politique tenaces.

Ce n’est qu’au moyen d’un travail de propagande des organisations d’avant-garde, fondamentalement du Parti Communiste d’Espagne (m-l), que les masses peuvent être idéologiquement en mesure de comprendre la nécessité de se soulever en armes contre la dictature yankee-franquiste.

La lutte armée ne peut pas surgir ni se développer isolée de la lutte des masses, mais seulement en étroite liaison avec le mouvement de masse ouvrier et paysan.

Des formes initiales (grèves, manifestations), il faut passer graduellement (et l’évolution spontanée de la lutte confirme cette trajectoire) à des formes supérieures de combat : affrontements violents avec les forces de la dictature, attaques, émeutes, etc. »

Voici ce qu’on lit également dans l’organe du PCE(ml) Revolución Española en 1973, dans l’article Forgeons le Front révolutionnaire antifasciste et patriote pour renverser le Yankee-Franquisme :

« S’il est vrai que même la principale forme de lutte du FRAP est la lutte politique de masse, il existe toutefois déjà des manifestations du changement qualitatif en cours, telles que des affrontements violents avec les forces répressives, pour couvrir les manifestations avec groupes de protection armés, les commandoss contre les institutions fascistes et yankees, etc., qui sont en réalité des formes embryonnaires de lutte armée, que nous devons non seulement populariser et généraliser, mais aussi développer vers des formes plus élevées de lutte armée, pour aller de l’avant sur le chemin de la guerre populaire, où le FRAP atteindra son plein développement en regroupant et en dirigeant la grande majorité du peuple espagnol vers sa libération sociale et nationale ».

Le FRAP en première ligne contre le franquisme

Voici comment la situation est présentée par le Comité espagnol du Sud-Ouest de la France pour le Front Révolutionnaire Antifasciste et Patriote :

« Les forces réactionnaires impérialistes courent inexorablement à leur perte, mais pour précipiter leur défaite, il faut que le front anti-impérialiste mondial resserre ses liens et que l’internationalisme prolétarien joue son rôle de solidarité sans limites ni frontières.

En France, les antifascistes espagnols sont poursuivis et expulsés en violation de la Convention de Genève sur le droit d’asile politique et en vertu des accords bilatéraux avec le gouvernement franquiste (accords Debré – Lopez Bravo).

L’armée espagnole « made in USA » participe en compagnie des paras français à des manœuvres anti-guérilla dans les Pyrénées – tout récemment encore dans la région de Bagnères-de-Bigorre – Arreau (Hautes-Pyrénées), sous le patronage de hautes personnalités civiles et militaires des deux pays, dont le gouverneur franquiste de la province de Hyesca – en prévision d’une inévitable insurrection populaire en Espagne et pour briser l’aide que le peuple français pourra apporter aux antifascistes espagnols dans leur lutte pour la République et pour l’indépendance nationale.

La visite que Maurice Schumann vient de rendre à son collège Lopes Bravo, membre comme lui de l’Opus Dei, n’est pas fortuite. Depuis la rencontre Castielle – Couve de Murville en 1959, l’impérialisme français apporte un soutien concret à l’oligarchie fasciste espagnole.

Des accords militaires ont été signés, concernant la livraison de 30 Mirage III et la construction sous licence des hélicoptères Alouette (anti-guérilla).

Mais là où la collaboration est la plus étroite, c’est pour réprimer les masses d’émigrants et réfugiés politiques en France. Déjà les deux polices collaborent pour se transmettre les dossiers des antifascistes réfugiés en France.

L’antifasciste Angel Campillo Fernandes a été arrêté et conduit menotté à la main à la Brigade Politico-Sociale franquiste, et condamné à 6 ans de prison, sur la base du dossier fourni par la DST le 23 février à Bordeaux.

Le statut de réfugié politique en France n’est plus d’aucune garantie (on pourrait citer des dizaines de ces cas d’interrogatoires et pressions exercées sur des réfugiés espagnols, mais par mesure de sécurité, nous préférons garder le silence) (…).

Dans les prisons espagnoles, 3 000 détenus politiques subissent les traitements les plus inhumains (…).

Les comités pour le F.R.A.P. à l’extérieur de l’Espagne ne mènent pas une lutte à part et sans relation avec l’intérieur. Ils sont l’arrière-garde organisée des Comités pour le F.R.A.P. en Espagne (…).

Sans unité effective à l’intérieur d’un Front Révolutionnaire Antifasciste et Patriote, qui organise et dirige toutes les actions multiformes contre l’oligarchie des monopoles industriels, des grands propriétaires fonciers et des banques, qui a vendu la patrie à l’impérialisme américain, la victoire est impossible (…).

L’oligarchie s’est convertie en une vaste institution de gangstérisme qui ruine toutes les classes productives non-monopolistes.

La crise atteint toutes les entreprises qui ne se soumettent pas aux monopoles yankees et qui sont saisies par l’INI (Institut National pour l’Industrie, monopole financier et bancaire d’État).

Les importations sont de 70 % supérieures aux exportations et le déficit est couvert par les devises apportées par les émigrants (qui sont venus du capitalisme européen comme des bêtes de somme), et grâce aux devises du tourisme (…).

Cette « paix » et cet « ordre » sont maintenus grâce à 500 000 agents de répression qui touchent 50 000 pesetas par mois chacun (sans compter la possibilité de cumuler deux ou trois traitements).

Pour les seconder, il y a environ 250 000 bureaucrates dans l’administration et 150 000 autres dans le clergé (l’État accorde à ce dernier trois milliards de pesetas par an).

Comme force d’appoint, l’armée yankee avec 35 000 soldats et 30 bases militaires (« les défenseurs de la liberté et de la culture occidentale »), avec, en plus, environ 1 000 agents de la CIA, d’anciens nazis, OAS, etc. (…).

Les impérialistes américains participent à 70 % des investissements de capitaux étrangers en Espagne (dans certains secteurs 100 % des capitaux investis) et les substantiels bénéfices qu’ils en retirent sont complètement exonérés d’impôts (…).

Rien qu’en 1970, il y a eu plus de 1 000 grèves. Et la lutte revêt de plus en plus un caractère insurrectionnel. »

Le FRAP et la concurrence réformiste et révisionniste

Si le FRAP avait une démarche visant un changement de régime, tel n’était pas la ligne du Parti Communiste d’Espagne devenu révisionniste. Celui-ci mit en place une Junta Democrática de España en juillet 1974, tentant de capter l’opposition légaliste au fascisme espagnol. Les socialistes du PSOE œuvraient également de leur côté à ce qu’ils considéraient être une convergence devant faire évoluer le régime.

Des activistes du FRAP

Le PCE (ml) lança de son côté la formation de Comités de Unidad Popular (Comités d’Unité Populaire), alors que le F.R.A.P. se lança dans la lutte armée au moyen de « groupes de combat » s’appropriant des armes, cambriolant des banques, attaquant des entreprises en soutien aux grèves, ainsi que des locaux institutionnels.

Trois policiers furent tués au total lors de ces multiples opérations, alors que le régime exécuta le 27 septembre 1975 les condamnés à mort José Humberto Baena Alonso, José Luis Sánchez Bravo et Ramón García Sanz, trois membres du FRAP. A leurs côtés, il y avait des activistes d’ETA politico-militaire Juan Paredes Manot (Txiki) et Ángel Otaegui.

Ce furent les dernières condamnations à mort du régime, Francisco Franco mourant peu après, et elles provoquèrent une onde de choc en Espagne et en Europe de l’Ouest, avec une vaste solidarité. En France, 50 000 personnes défilèrent, l’idéologie du FRAP étant très présente dans la dynamique.

L’OMLE devient le PCE(r) et fondation des GRAPO

L’une des réponses immédiates aux condamnations à mort fut l’exécution de quatre policiers par cinq commandos différents le premier octobre 1975. C’était l’apparition des GRAPO, les Groupes de Résistance Antifasciste du Premier Octobre.

Leur manifeste, intitulé « Le peuple sera libre s’il prend les armes », est diffusé dans toute l’Espagne le 18 juillet 1976, à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement franquiste et de la mobilisation antifasciste.

Le symbole des GRAPO

Les GRAPO apparaissent ici comme guérilla proposant le conflit ouvert avec le régime à la suite de « l’été de la terreur » ayant culminé dans les condamnations à mort. C’est l’OMLE qui les a générés à partir de son appareil technique et militaire.

Concrètement, la progression de l’OMLE n’était en rien comparable à celle du PCE (ml). En juin 1975, elle tient son congrès dans la ville de Torrelavega, et fonde le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué). Une structure étudiante, l’Organización Democràtica de Estudiantes Antifascistas (ODEA), est mise en place, ainsi que le groupe intellectuel-artistique Pueblo y Cultura, un « Secours rouge », une Unión de Juventudes Antifascistas (UJA), une Asociación de Familiares y Amigos de Presos Políticos (AFAPP), un Socorro Rojo.

Ces structures seront rapidement interdites : le Socorro Rojo en 1977, l’ODEA en 1978 et l’UJA en 1979, les Mujeres Antifascistas en 1980 et Pueblo y Cultura en 1981. L’AFAPP sera interdite en 2005.

L’organisation est basée à Madrid, en Andalousie (Cordoue, Séville, Cadix et sa périphérie), la Galice (Vigo, Ferrol), ainsi que de manière moins prononcée au pays basque (Bilbao surtout), en Catalogne, aux Asturies et la région de León. La moitié est composée de travailleurs manuels, 20 % d’étudiants et d’employés, les diplômés ne formant que 10 % des membres.

Le symbole du PCE(r)

Par ce développement, l’organisation se place directement en concurrence avec le PCE (ml). Et elle ne s’en tient pas là et cherche à concurrencer le FRAP, sur une base évidemment bien différente. Pour cette raison, la « section technique » qui menait des expropriations dans les banques pour financer l’organisation devenait autonome, sous la forme des Groupes de Résistance Antifasciste du Premier Octobre (GRAPO).

Les GRAPO sont pourtant considérés par le PCE(r) comme un front : tous les membres du PCE(r) ne sont pas dans les GRAPO, et il y a dans les GRAPO des antifascistes, des démocrates, etc. qui ne sont pas du PCE(r).

L’explication était qu’il y avait le besoin d’une organisation

« encadrant le plus grand nombre possible de combattants anti-fascistes, formant ses propres cadres (ne devant pas être nécessairement de membres du Parti ni professer l’idéologie communiste) ».

Cette structure devait être autonome du PCE(r) et ce dernier insistera toujours sur ce dernier aspect, bien que concrètement c’est lui qui a toujours fourni la principale base des GRAPO.

La position du PCE(ml) en 1975

Le PCE(ml) fut fou de rage de l’arrivée des GRAPO. Il considère alors que c’est un interventionnisme gauchiste formant un obstacle à la stratégie de démocratie populaire. Voici comment Elena Ódena exprime le point de vue du PCE(ml) sur la stratégie, dans un entretien avec le journaliste José Dalmau, 17 février 1977. Elle est alors la dirigeante du Parti depuis l’arrestation de García Moya en 1966 et le resta jusqu’à son décès en 1985.

« Après ce processus, le PCE (m-l) continue d’évoluer jusqu’en 1975, année de l’émergence du FRAP avec la lutte armée, quand a-t-il été décidé de suivre cette voie?

–Elena Ódena : La lutte armée, en ce qui concerne le parti, est décidée dès le premier jour. Dans la ligne politique du parti, il est écrit que la violence révolutionnaire, la lutte armée et la guerre populaire étaient le seul moyen de renverser le capitalisme et la dictature franquiste à cette époque et d’implanter un régime de démocratie populaire et de socialisme. Donc ce n’est pas nouveau »

Elena Ódena,
dirigeante du PCE(ml)

Cependant, le PCE (ml) ne savait pas dans quelle direction aller alors qu’à la mort de Franco en décembre 1975 s’ouvrait ce qui sera ensuite appelé la transition. Le PCE (ml) refusait le processus de reconnaissance du nouveau régime, dont la base était pour lui exactement la même qu’avant, toutefois il oscillait entre tout refuser en bloc et participer comme aile gauche au changement en cours.

Voici ce que dit la dirigeante du PCE(ml), dans l’article La dictature monarcho-oligarchique, dépendant de l’impérialisme yankee, peut-elle se transformer en une démocratie bourgeoise?, en janvier 1977.

«L’oligarchie au pouvoir – ses différents secteurs dans leur ensemble – adoptera les formes et les modalités du gouvernement et recourra aux déséquilibres et assouplissements qui les intéressent le plus pour rester plus confortablement au pouvoir, essentiellement sur la base de leurs intérêts de classe.

Les cadeaux et les concessions qui, à un moment ou à un autre, sont obligés de concéder un pouvoir réactionnaire sous la pression des masses, ne changeront en rien leur nature antipopulaire.

Nous, à la tête des masses combattantes, devons utiliser, bien sûr, tous les éléments de la démocratie, toute concession ou liberté pour le peuple, que la dictature se voit obligée de céder, en gardant toujours à l’esprit que les intérêts de classe du prolétariat et des masses laborieuses n’ont rien à voir avec des pseudo-libertés bourgeoises rachitiques et étroites que tout gouvernement réactionnaire en service pourrait être obligé d’accorder dans le contexte actuel de tournant et de lutte révolutionnaire. »

C’était là refuser de se tourner dans un sens ou dans un autre et c’est nécessairement fatal. Car la question de la lutte armée – ou plus exactement de la guerre populaire qu’espérait devenir le FRAP de par son orientation maoïste – devient alors épineuse.

Cela est d’autant plus vrai que la polémique lancée par Enver Hoxha suite à la mort en 1976 de Mao Zedong – contre ce dernier – amène le PCE(ml) à se placer dans l’orbite du hoxhaisme et par conséquent à rompre avec la théorie maoïste de la guerre populaire.

Le PCE(r), lui, de par son orientation initiale de non-participation à quoi que ce soit lié aux institutions y compris sur le plan syndical, se retrouvait de fait tout seul sur le terrain de l’opposition totale.

L’effondrement du PCE(ml) et du FRAP

Ce qui restait du FRAP au moment de la transition se dilue dans des actions illégales consistant en des attaques au cocktail Molotov, accompagnées de répression importante (56 personnes arrêtées rien qu’entre juin 1977 et juin 1979), avec parallèlement de très nombreux hold-ups, sans doute au moins quarante.

Il finit par disparaître, le PCE (ml) le remplaçant par une Convención Republicana de los Pueblos de España, une Convention Républicaine des Peuples d’Espagne appelant à refuser le retour de la monarchie et à la formation de tribunaux populaires pour le jugement des crimes franquistes, avec en arrière-plan la tentative de former au sein des masses un Gouvernement Républicain provisoire.

Cette Convention Républicaine visait à se poser comme alternative plus radicale à ce que proposait le Parti Communiste d’Espagne devenu révisionniste, mais en pratique cela ne faisait que le placer dans son orbite. C’était là la conséquence de l’abandon de la stratégie de la guerre populaire au profit de la ligne hoxhaiste de « pression » depuis l’intérieur du régime.

Le nouveau régime profitait d’ailleurs de l’espoir en le changement ; l’abstention appelée par le PCE (ml) au référendum sur le projet loi de réforme politique de 1976 reste donc sans effet (77,8% de participation, 97,36% de oui), tout comme lors du référendum constitutionnel de 1978 (participation de 67,11%, avec 88,54% de oui).

Ne trouvant plus aucune voie révolutionnaire et ayant fermé la voie de la guerre populaire, le PCE (ml) abandonna le fusil dans son symbole partidaire et se tourna vers l’électoralisme et le réformisme, avec une approche para-syndicale entièrement fondée sur l’Asociación Obrera Asambleísta qui rassembla 2500 délégués à son congrès de 1978.

Toujours illégal, le PCE (ml) se présenta sous la bannière Izquierda Republicana (Gauche Républicaine) aux élections de 1979, obtenant 55 384 votes (soit 0,31% des voix), avant de parvenir à être légalisé en 1981, obtenant aux élections de 1982, en tant que PCE (ml), 23 186 voix, soit seulement 0,11% des suffrages.

Le PCE(r) et les GRAPO sur le devant de la scène

Le PCE(r) arrivait tardivement sur le devant de la scène, cependant sa ligne était celle du refus du syndicalisme et des institutions en général. Il formait par conséquent un pôle de radicalité entièrement autonome lors du tournant de 1975.

Si le PCE (ml) connaît donc alors des hémorragies militantes et des scissions, le PCE(r) se met à organiser la lutte armée de manière approfondie, avec des centaines d’attaques à venir, reprenant le flambeau du PCE (ml) sans pourtant jamais y faire référence puisqu’il était né de manière entièrement extérieur à lui.

Dans le document « Expériences de trois années de lutte », les GRAPO exposent leur point de vue de la manière suivante :

« La classe ouvrière avec son parti d’avant-garde est la force guidant et dirigeant notre révolution, c’est le secteur le plus clair et au premier rang, et en tant que tel celui appelé pour guider et diriger la révolution ; l’unité de la résistance comprend la guérilla (…).

En raison de l’existence du fascisme avec comme conséquence le manque de libertés réelles et la super-exploitation que nous avons vu et que nous voyons toujours soumettre le prolétariat et les larges masses populaires, la contradiction principale qui joue est celle entre l’État espagnol se confrontant au peuple, contre le fascisme et les monopoles. »

C’est une ligne très offensive, au moment où le PCE(ml) cherche à se placer adéquatement, tout en modifiant totalement sa base idéologique. Cela lui est fatal : le PCE(ml) se maintient alors dans les années 1980 comme parti reconnu par l’Albanie, avant de disparaître au début des années 1990.

Le PCE(r) est alors quant à lui en pleine offensive. Comme le dit le Manifeste-Programme du PCE(r) :

« Dans un moment d’aggravation maximale de la crise politique du régime, ainsi que de toutes les contradictions et tensions sociales, le Congrès constitua une plate-forme qui permettra au PCE(r), à peine né, de jouer un rôle important dans la vie politique, tout particulièrement dans la dénonciation de la Réforme (…).

En 1975, quand Franco disparaît de la scène politique et qu’on intronise la monarchie des Bourbon, en suivant les consignes de succession établies par le dictateur, les anciennes formes de domination fasciste venaient d’êtres démolies par la lutte des masses des dernières années. Il était clair que le régime ne pouvait plus tenir debout en conservant son caractère ouvertement fasciste.

D’un autre côté, la stabilité de ces formes engourdissait chaque fois d’avantage la réalisation des plans de la classe dominante espagnole, poussée à son intégration totale, économiquement et militairement, dans le bloc impérialiste.

C’est ainsi qu’on ouvre le pas, au milieu de la division des chapelles politiques et des groupes financiers, à la réforme politique. »

La ligne du PCE(r)

Le PCE(r) a une ligne fondamentalement différente de celle du PCE(ml), puisqu’il considère l’Espagne comme capitaliste et a abandonné la thèse comme quoi c’est un satellite américain. Voici son programme :

« Le programme du Parti pour une étape de transition se résume en seize points :

1) Formation d’un Gouvernement Provisoire Démocratique Révolutionnaire.
2) Création de Conseils ouvriers et populaires comme base du nouveau pouvoir.

3) Dissolution de tous les corps répressifs de la réaction et armement général du peuple.
4) Libération des prisonniers politique antifascistes et mise en procès de leur tortionnaires et assassins contre-révolutionnaires. Large grâce pour les prisonniers sociaux.

5) Expropriation et nationalisation des banques des grandes propriétés agricoles, des monopoles industriels et commerciaux et des principaux moyens de communication
6) Reconnaissance au droit à l’autodétermination des peuples basque, catalan et galicien. Indépendance pour la colonie africaine des Canaries. Retour de Ceuta y Melilla au Maroc.

7) Suppression de tous les privilèges économiques et politiques de l’Eglise ; séparation radicale de l’Église et de l’école. Liberté de conscience.
8) Liberté d’expression, d’organisation et de manifestation pour le peuple. Le droit de grève sera une conquête irréversible des travailleurs.

9) Incorporation de la femme, sur un pied absolue d’égalité avec l’homme, dans la vie économique, politique et sociale.
10) Reconnaissance de tous les droits électoraux politique, sociaux, etc. des travailleurs immigrés. Suppression de toute forme d’oppression et de discrimination raciale, sexuelle et culturelle.

11) Réduction de la journée de travail. Travail pour tous. Amélioration des conditions de vie et de travail.
12) Logements dignes et économiques ; sécurité sociale, santé et enseignement a la charge de l’État.

13) Droit de la jeunesse à recevoir une formation intégrale et gratuite, droit à un travail sain et bien rétribué, de disposer de locaux et d’autres moyens pour le libre déroulement de ses activités
14) Sortie immédiate de l’OTAN et de l’UE, ainsi que des autres organisations créées pour l’agression et le pillage impérialiste.

15) Démantèlement des bases militaires étrangères sur notre territoire et réintégration de Gibraltar.
16) Application des principes de coexistence pacifiques dans les relations avec tous les pays. Appui de la lutte de libération des peuples opprimés. »

La première grande offensive des GRAPO

Le 18 juillet 1976, les GRAPO mènent 60 attaques à l’explosif à l’occasion du soixantième anniversaire du début de la guerre civile. Sont visés des symboles de la victoire franquiste durant la guerre civile.

Les GRAPO tentent également d’exécuter Agustia Munoz Vazques, un chef militaire ayant négocié l’intégration de l’Espagne dans l’OTAN. Le 7 mai, ils blessent grièvement Emilio Rodriguez Roman, le directeur général de la Direction Générale de la Sécurité après qu’une manifestation ouvrière fut mitraillée par la police.

En décembre 1976 un commando enlève le président du conseil d’Etat Antonio María de Oriol y Urquijo alors que des attaques à l’explosif sont menées contre les installations de la télévision espagnole.

En janvier 1977 le président de la Cour Suprême de la justice militaire, le lieutenant-général Emilio Villaescusa Quilis est enlevé, alors que quelques jours avant des manifestants avaient été abattus dans les rues par la police et qu’un commando d’extrême-droite avait mené une opération contre un local de gauche madrilène et tué cinq activistes.

Les deux enlèvements échouent finalement par une opération de police en février 1977.

Deux policiers et un garde civil sont tués, trois autres blessés, lors de deux attaques contre les forces fascistes suite à l’exécution de cinq avocats de gauche par une unité paramilitaire supervisée par la Garde Civile. Le 4 juin 1977 deux gardes civils sont également exécutés à Barcelone alors qu’ont lieu les premières élections générales depuis 1936.

Le 27 septembre 1977, le capitaine de la police Florentino Herquedas est exécuté par les GRAPO à Madrid ; il était un des chefs des équipes fusillant les antifascistes du FRAP et d’ETA le 27 septembre 1975. Les GRAPO s’approprièrent en passant plus de 500 kilos d’explosifs.

Le 22 mars 1978 le directeur général des prisons Jesús Haddad est exécuté à Madrid; il était notamment responsable de l’assassinat sous la torture d’un prisonnier anarchiste à la prison de Carabanchel, la police essayant de lui arracher des informations sur un plan d’évasion de prisonniers du PCE(r) et des GRAPO.

Arenas, secrétaire du PCE(r) fut rapidement emprisonné, dès 1976 et jusqu’en 1984, où il retourna dans l’illégalité jusqu’à son arrestation en 2000.

Le programme en cinq points du PCE(r)

L’année 1978 est marqué par une grande révolte populaire, avec une vague de grèves inébranlable, notamment au Pays basque, en Andalousie et en Galice. Cela aboutit à la mise en place d’une constitution nouvelle en novembre.

Dans ce contexte, le PCE(r) fit un programme en cinq points formant la base d’une éventuelle négociation avec le gouvernement. Il était exigé :

– l’amnistie totale et la suppression des lois répressives ;

– l’épuration des éléments fascistes des corps répressifs, des tribunaux et des autres institutions étatiques ;

– l’affirmation sans restrictions des libertés politiques syndicales ;

– la sortie de l’OTAN et le démantèlement des bases américaines ;

– la dissolution du parlement et la convocation d’élections libres formant une assemblée constituante.

Cette démarche est accompagnée d’une multitude d’actions de basse intensité (attaques aux cocktails molotov, formation de barricades, incendies divers, saccage de commerces, etc.). Le 10 janvier 1979, le magistrat du tribunal suprême Cruz Cuenca est même exécuté.

La seconde offensive des GRAPO

Le tournant se produit le 20 avril 1979, lorsque le dirigeant du PCE(r) Juan Carlos Delgado de Codes est assassiné lors d’un traquenard de la police, fait même reconnu par la presse espagnole. Le PCE(r) considère alors qu’aucune négociation n’est plus possible.

Carlos Delgado de Codes

Le 5 mars 1979, le général Muñoz Vázquez est exécuté en plein Madrid ; le 6 avril c’est le chef de la brigade antiterroriste de la police qui est tué par les GRAPO.

Le 11 avril 1979, le directeur général des institutions pénitentiaires García Valdés échappe à une action contre lui. Le 25 mai 1979, l’inspecteur de police Damián Seco Fernández est tué lors d’une fusillade. Le 2 septembre 1980, le général de brigade Enrique Briz Armengol est exécuté.

L’année 1979 est celle où les GRAPO menèrent le plus d’actions.

Le coup d’arrêt par la répression

Il faut ici comprendre le contexte meurtrier. Le nombre d’actions meurtrières des GRAPO pour la période 1975-1977 est grosso modo équivalent à celui d’actions du même type menées par l’extrême-droite. Il y a une situation de polarisation violente.

ETA, l’organisation indépendantiste basque, mène sur ce plan deux fois plus d’actions meurtrières que les GRAPO. Mais la police, durant la même période, tue bien plus d’activistes qu’ETA. A la polarisation s’associe un interventionnisme étatique meurtrier.

Il va de soi ici qu’ETA dispose d’une base bien plus large que celle des GRAPO. Cela implique que pour mener autant d’initiatives, il faut un très haut degré d’activisme et cela ne va pas sans prix à payer.

Deux membres des GRAPO périssent en tentant de faire sauter le palais de justice de Séville. En janvier 1977, 40 membres du PCE(r) et des GRAPO sont arrêtés. En octobre 1977, c’est le comité central du PCE(r) qui est arrêté, à Benidorm.

En juin 1979, un commando para-étatique assassine en France Francisco Javier Martín Eizaguirre, le premier dirigeant du PCE(r), et Aurelio Fernández Cario.

Javier Martín Eizaguirre

En 1979, ce sont pas moins de 306 personnes qui sont en prison en raison de leur appartenance au PCE(r) ou aux GRAPO. L’État accuse en particulier 65 prisonniers des GRAPO de 14 assassinats, 30 attentats à l’explosif, 50 attaques à main armée.

On notera le tour de force des cinq prisonniers des GRAPO (dont des mineurs), qui parviennent à creuser un tunnel pour s’enfuir de la prison de Zamora en décembre 1979.

La prison de Zamora

En 1980, il y a 143 arrestations ; en 1981, leur chiffre est de 207.

Entre 1979 et 1982, pas moins de 12 membres des GRAPO sont tués lors d’affrontements avec la police.

« Violences terroristes » et « violences de basse intensité »
« Violences terroristes » et « violences de basse intensité »

A cela s’ajoute les grèves de la faim, longues et dures. Juan José « Kepa » Crespo Galende meurt le 19 juin 1981 après 94 jours de grève de la faim.

L’enterrement de Kepa

Une victoire incroyable fut cependant obtenue ici, puisque dans la prison de Soria, de 1980 à 1989, 80 prisonniers du PCE(r) et des GRAPO furent regroupés.

La question de la négociation ou de l’affrontement

Alors que les élections vont se tenir, les GRAPO mènent en octobre 1982 30 attaques à l’explosif dans quinze endroits à travers tout le pays. Ce sont les socialistes du PSOE qui l’emportent, mais le 5 décembre 1982, le dirigeant des GRAPO Juan Martin Luna, sans armes, tombe dans un traquenard de la police à Barcelone et est assassiné.

Cela pose un grave dilemme au PCE(r), qui a entamé des négociations à la prison de Soria, par l’intermédiaire de ses prisonniers, avec des responsables du ministère de l’intérieur, mais sans résultats.

Une partie des prisonniers affirme toutefois alors que « la crise révolutionnaire est terminée » et « revendique la raison », abandonnant le mouvement.

A cette capitulation s’ajoute le triomphe dans les GRAPO de la ligne « Tout pour la guérilla », qui va durer jusqu’en 1985, année marquée par une défaite pratique de cette ligne face à la répression.

Cette situation ne sera jamais digéré et à partir de là, le PCE(r) ne saura jamais s’il doit aller dans le sens d’une pression pour des négociations, ou au contraire s’il doit aller à l’affrontement. Ce dilemme va être au cœur de toute son existence par la suite, jusqu’à l’effondrement.

Des prisonniers du PCE(r) et des GRAPO

Les années 1983-1984

Dans ce contexte marqué par la tendance à la capitulation, à la négociation ou à la fuite en avant, les GRAPO décident de se renforcer au moyen d’une approche nouvelle. Reprenant la méthode d’ETA appliqué dans un contexte de libération nationale, les GRAPO exigent un impôt révolutionnaire à certains patrons.

Plus de cent d’entre eux payent cet impôt en 1984. Les GRAPO mènent dans ce cadre quatre attaques afin d’exécuter l’industriel Félix de la Piedad, le directeur de l’agence immobilière Urbis Manuel Ángel de la Quintana, le président du patronat de Séville Rafael Padura.

70 attaques à l’explosif sont également menés durant la période 1983-1984.

Hommage à Juan García Rueda

Considérant le régime comme fasciste, les GRAPO visent également directement le personnel lié à l’armée. En avril 1983, un lieutenant de la police nationale est tué à Valence et un garde civil (l’équivalent d’un gendarme) à La Corogne. Deux policiers sont tués en janvier 1984, et à La Corogne, un haut responsable de la radio national est exécuté.

Cette ligne focalisée sur l’organisation elle-même – avec 46 actions menées au total pour 1984 – aboutit à un échec total. Le 19 janvier 1985, l’État espagnol démantèle les GRAPO avec 19 arrestations dans neuf provinces, la découverte de 17 appartements, de tout un arsenal ainsi que d’importantes sommes d’argent.

Des erreurs dans la sécurité avaient permis la mise en place de cette opération de police en simplement 48 heures.

Des prisonnières du PCE(r) et des GRAPO

La réorganisation et la fuite en avant

En septembre 1984, le dirigeant du PCE(r) Arenas propose un document intitulé « Quel chemin allons-nous prendre », posant une rectification de la ligne stratégique. Il venait de sortir de prison où il était depuis 1976. C’est alors le triomphe d’une ligne pragmatique-technique.

En 1985, les GRAPO ont pratiquement cessé d’exister. sept de leurs membres sont arrêtés lors des « expropriations » dans les banques. Il faudra attendre 1987 pour une reprise avec six actions armées, notamment l’attaque d’un commissariat de Malaga pour se procurer des armes (les trois policiers présents furent simplement ligotés).

En 1988, « l’impôt révolutionnaire » est de nouveau collecté, un entrepreneur galicien étant tué en mai, un autre à la Corogne en juillet 1988. En octobre une opération récupère 800 cartes d’identité vierges, un policier étant tué. En mars 1989, alors que se réunit à Madrid l’instance internationale TREVI (l’ancêtre d’Europol), les GRAPO tuent deux gardes civils.

En juillet 1989, 148 millions de pesetas sont récupérées lors d’une attaque de banque dans la province de Castellón. En novembre, un haut gradé militaire est grièvement blessé, le 18 un membre de la police secrète est tué, le 28 deux gardes civils gardant un bâtiment sont tués.

C’est là une fuite en avant d’autant plus marquante que ces actions d’une grande brutalité, alors que les GRAPO agissent littéralement comme une fin en soi, sont censés épauler une grève de la faim totale des prisonniers commençant en novembre, pour leur regroupement qui avait été aboli par le régime.

Les grévistes sont alors nourris de force et Jose Manuel Sevillano Martin meurent dans des conditions atroces le 25 mai 1990, après 177 jours de grève de la faim. Entre-temps, l’un des médecins ayant servi la mesure répressive, José Ramón Muñoz Fernández, fut tué à Saragosse en mars. Un autre, José Luis Casado, échappa à trois tentatives des GRAPO.

Enfin, un colonel de l’armée est tué à Valladolid en juin et en septembre, les GRAPO mènent plusieurs attaques à l’explosif à Madrid (la bourse, la cour suprême, le ministère de l’économie).

A Tarragon, il y a des dégâts pour une somme se chiffrant par millions dans l’attaque d’installations pétrolières le 8 septembre, alors que deux jours plus tard d’importants dégâts sont causés dans l’attaque des locaux centraux du PSOE à Barcelone.

Le même mois un millier de permis de conduire vierges sont récupérés à Gijón et les locaux dévastés à l’explosif, puis en novembre deux attaques à l’explosif visent des bâtiments officiels à Barcelone.

1990 et les signes de la déroute

Le tournant de 1985 a concrètement totalement modifié la ligne du PCE(r) et des GRAPO, même s’il y avait déjà cela en germe. Avant 1985, le PCE(r) se veut le protagoniste d’un affrontement puisant dans la bataille contre le fascisme et son prolongement. Après 1985, on passe à une ligne marxiste-léniniste pragmatique-technique s’orientant par rapport à une théorie se voulant universelle de l’État moderne comme étant fasciste.

Pour donner un exemple de ce positionnement ultra, lorsque Francisco Brotons Beneyto « Miguel » sort de prison en 2002 après 25 ans, les médias l’attendent à la sortie, mais sa seule déclaration est alors :

« Je ne fais pas de déclarations aux médias fascistes. »

C’est une sorte de ligne semi-anarchiste qui l’emporte, amenant d’ailleurs le PCE(r) à sortir d’une analyse de l’Espagne pour s’aligner sur le courant pragmatique-technique dit « communiste combattant » issu de la ligne de la « seconde position » des Brigades Rouges et qui récusent la « subjectivité ».

Dans ce cadre, le PCE(r) produit un document de critique de la RAF et des Brigades Rouges pour la construction du Parti Communiste Combattant, dénommé « Deux lignes ». Ce document est une référence absolue pour le courant pragmatique-technique se définissant comme « communiste combattant ».

Une théorisation du rapport entre Parti et guérilla est également réalisée, dans un document écrit par les prisonniers et qu’on peut considérer comme une sorte de grande synthèse de l’activité menée jusque-là : « Parti et guérilla ».

Il est marquant ici que, comme les révisionnistes et nombre de marxistes-léninistes n’ayant pas saisi ce concept, le PCE(r) voit en les pays capitalistes un capitalisme monopoliste d’Etat. Or, c’est la thèse révisionniste d’Eugen Varga validée par le social-impérialisme soviétique et affirmant qu’on est passé à un prétendu nouveau stade impérialiste.

Le PCE(r) n’a cependant rien saisi de ses problèmes, car depuis 1985 il ne cesse de souligner la croissance d’un « mouvement populaire de résistance » en Espagne, d’une montée d’une vague révolutionnaire, etc.

Cet optimisme idéaliste s’associe à une lecture pratiquement délirante de l’URSS et de la Chine. Voici ce qu’on lit dans la presse du PCE(r) en 1991, alors que l’URSS s’effondre (après avoir été social-impérialiste) et que la Chine révisionniste bascule dans le capitalisme à outrance :

« Pour toutes ces raisons, et comme le confirment l’analyse historique et les événements les plus récents, nous nions que puisse se produire un recul ou un retour au capitalisme dans l’ensemble des pays socialistes.

Et même dans l’hypothèse où se déroulerait un phénomène de ce type, nous devrions considérer que le socialisme parviendrait à réapparaître avec des forces décuplées. Il faut avoir en tête que le système socialiste est fondamentalement composé de l’URSS et de la RPC [République Populaire de Chine], deux grands pays extrêmement peuplés, de grande superficie, aux énormes capacités économiques, scientifiques, technologiques et militaires.

Ils sont de plus dotés d’une considérable expérience en matière d’organisation et de direction des affaires publiques. Il est vrai que les révisionnistes et la bourgeoisie ont fait beaucoup de mal aux masses populaires de ces pays, les menant au bourbier dont il est assez difficile de sortir maintenant, mais ils n’ont pas atteint, ni n’atteindront l’objectif d’y rétablir le capitalisme . »

On est là en plein révisionnisme, pratiquement fou furieux.

Les années 1990

Les années 1991 et 1992 sont marquées par plusieurs attaques, comme en février 1991 l’attaque à l’explosif contre un pipeline de l’OTAN de Rota-Zaragoza dans la région de Cordoue, le paralysant pendant six heures, ou en avril 1992 contre l’institut national industriel et le ministère de l’emploi. Il y eut également des expropriations bancaires.

En juin 1991, l’ancien directeur des prisons Enrique Galavís Reyes échappe à la mort dans la destruction à l’explosif de sa maison ; en octobre, l’inauguration du TAV (l’équivalent du TGV) par le ministre des Travaux publics et des Transports est fortement perturbé par des sabotages effectués par les GRAPO.

En 1993, l’attaque d’un fourgon blindé de transports de fonds à Saragosse échoue et trois membres des GRAPO sont tués. Sept attaques à l’explosif sont menées à Madrid (locaux du PSOE, association des employeurs, syndicat patronal, Institut national de l’industrie, etc.).

La question des fonds est encore au centre de plusieurs actions de 1994, avec plusieurs actions en cette direction, alors qu’en janvier deux attaques ont lieu contre un centre des impôts et un bureau pour la recherche d’emploi, dans un contexte de grève générale. En juillet et en décembre deux fourgons blindés de transports de fonds sont dévalisés.

En 1995, les GRAPO enlevèrent Publio Cordon, un riche entrepreneur à la tête d’assurances ; selon les GRAPO il fut libéré contre une rançon de 400 millions de pesetas, mais il semble qu’en réalité il s’est tué en essayant de s’enfuir.

Ce positionnement n’a naturellement aucune perspective et en 1997, il est rendu public qu’il existe des discussions depuis un an entre le ministère de l’intérieur espagnol et les prisonniers du PCE(r) et des GRAPO, afin de parvenir à un accord.

L’échec de celles-ci provoquent un vide stratégique et l’émergence d’une « fraction Octobre » lançant une attaque contre la direction, accusée de basculer dans un déviationnisme de droite et de chercher une porte de sortie n’étant en fait qu’une reddition.

En 1998, les GRAPO mènent des actions en mars contre trois agences des impôts à Madrid, ainsi qu’une compagnie d’assurances et la radio, ainsi qu’une action à Barcelone en décembre contre l’office de promotion du travail et de l’employeur.

En avril 1999, les GRAPO font détonner une bombe sur la tombe de Franco dans la basilique de la Vallée des morts.

Arenas et l’offensive anti-maoïste

Le problème du PCE(r) était simple. Il avait assumé la guerre populaire prolongée, ajoutant somme toute la dimension « prolongée » au concept développé par le PCE(ml). Mais il n’avait jamais eu l’envergure du PCE(ml) et sa démarche est initialement purement technique, les GRAPO sortant de l’appareil de sécurité du PCE(r).

Le niveau idéologique PCE(r) était bloqué au niveau de l’OMLE et pour donner un exemple, lorsque Gonzalo se fait arrêter au Pérou en 1992, le PCE(r) publie un article « Le maoïsme et la caricature du marxisme ».

Cette matrice bloquait tout et Arenas, le dirigeant du PCE(r), est très clair encore à la fin des années 1990 : on ne change rien. Il écrit pour ce faire plusieurs articles, qui allaient en réalité non pas faire de lui un grand théoricien, mais coincer définitivement le PCE(r) entre marxisme-léninisme et marxisme-léninisme-maoïsme, et ainsi le condamner à se faire broyer.

Ces longs articles, tous parus dans la revue théorique du PCE(r), Antorcha, sont :

Ligne de masses et théorie marxiste de la connaissance (janvier 1998) ;

L’universel et le particulier (janvier 1999) ;

Le problème de l’identité (juin 1999).

Le premier article conclut ainsi par la question :

« Le maoïsme est-il le marxisme-léninisme de notre époque ? »

Arenas s’y évertue à jongler entre le hoxhaisme (le « maoïsme » est un practicisme, un économisme, un basisme, etc.) et une certaine reconnaissance de Mao Zedong.

Le second texte est bien plus ambitieux puisqu’il vise à critiquer la conception « philosophique » de Mao Zedong – Arenas reprend en fait entièrement la thèse hoxhaiste comme quoi Mao Zedong se trompe en disant qu’il y a une contradiction principale et des contradictions secondaires, mais sans jamais le dire. Il réduit Mao Zedong à un empiriste tendanciellement tourné vers la bourgeoisie,exactement comme Hoxha l’a fait.

Une note ajoutée à la fin de l’article le résume à un empiriste :

« Toute la conception de Mao tourne autour de cette vision unilatérale de la contradiction qui découle toujours de la réalité immédiate et a perdu de vue d’autres facteurs de développement importants. C’est pourquoi il convient de noter que, si la loi de la contradiction est la plus importante de la dialectique, elle ne peut toutefois pas être réduite à cette loi. »

Le dernier moment est une dénonciation de Mao Zedong pour avoir souligné qu’il y avait unité des contraires, Arenas reprenant les arguments hoxhaistes comme quoi il n’y aurait que lutte, que parler d’unité c’était accepter la collusion avec la bourgeoisie, etc.

La déroute de 2000

En mai 2000, les GRAPO échouent dans l’attaque d’un fourgon blindé à Vigo ; les convoyeurs ouvrent le feu et deux d’entre eux sont tués. En septembre, la police désamorce une bombe des GRAPO à un siège d’intérim ; le lendemain un colis piégé est déposé au quotidien El Mundo à Barcelone par trois personnes cagoulées, faisant plusieurs blessés dans les rangs de la police.

Resistencia,
le magazine du PCE(r)

Puis vient la déroute complète, scellant le sort des GRAPO. En novembre 2000, la police française interpelle à Paris et en banlieue parisienne, à Boulogne-Billancourt, Montrouge (Hauts-de-Seine) et Cachan (Val-de-Marne), le noyau dur du PCE(r) : Manuel Pérez Martínez dit Arenas, Isabel Llaquet Baldellou, José Luis Elipe López, José Antonio Peña Quesada, Maria Rosario Llobregat Moreno. Deux membres des GRAPO sont arrêtés : Fernando Silva Sande et Maria Victoria Gómez Méndez.

Les GRAPO répondent huit jours plus tard en tuant un policier. En novembre 2001, un fourgon blindé de transports de fonds est dévalisé à Santander. Mais en juillet 2002, huit membres des GRAPO sont arrêtés à Paris et six à Madrid.

Quelques actions sont menées, mais de manière espacée. En avril 2003 une banque est attaquée à Leganés ; en février 2006 la tentative d’enlèvement d’une entrepreneuse dans le travail temporaire échoue, celle-ci étant tuée. L’attaque d’une banque un mois plus tard à Castellón échoue également.

Trois membres des GRAPO sont alors arrêtés en juin. Le mois d’après, les GRAPO attaquent une banque à Saint-Jacques de Compostelle. C’est alors la fin de l’organisation et le PCE(r) semble anéanti également comme structure organisée.

En 2008, six personnes agissant dans la légalité sont arrêtées et accusées de servir de structure au service des GRAPO.

Au total, 6 membres du PCE(r) sont morts tués par la police, sous la torture ou lors de grèves de la faim. 16 membres des GRAPO sont morts tués par la police, sauf un à la suite d’une grève de la faim, un sous la torture, un officiellement par suicide au bout de trois ans d’isolement carcéral total, un par absence de soins en prison. Cinq membres des GRAPO sont morts lors d’actions.

Environ 3500 personnes ont été arrêtées en liaison avec le PCE(r) et les GRAPO, plus de 1400 ont été emprisonnées. Autant ont été maltraitées voire torturées.

=>Retour au dossier PCE (ml) et FRAP, PCE (r) et GRAPO

PCE(r) : En première ligne

Histoire du Parti Communiste d’Espagne (reconstitué)
(des origines au II Congrès)

Éditeur : Collectif Francisco Javier Martínez Eizaguirre 
Juin 2004

Introduction

  1. La fundation de l’OMLE dans l’exil
    1.1 Pire que la guerre: l’aprèsguerre fut encore
    1.2 La dégénérescence révisionniste du PCE
    1.3 L’essor du mouvement ouvrier et populaire
    1.4 La confluence de plusieurs groupes communistes à Bruxelles
    1.5 Les deux fédérations de l’intérieur: Cadix et Madrid
    1.6 Pour un centre unique de toute l’Organisation
  2. Le changement d’orientation
    2.1 La V Réunion Générale
    2.2 La lutte contre le spontanéisme
    2.3 Organiser à la classe ouvrière en étroite relation avec le Parti
    2.4 L’orientation dans le travail de propagande
    2.5 La fusion des communistes galiciens avec l’OMLE
    2.6 Les tentatives de reformer le parti révisionniste depuis l’intérieur
    2.7 La Grève Générale Révolutionnaire de Vigo et la fusion d’Organisation Ouvrière avec l’OMLE
  3. La célébration de la Ière Conférence
    3.1 Préparation de la Conférence
    3.2 Les résolutions de la Conférence
    3.3 La professionnalisation des cadres
    3.4 L’ouverture du régime commence
    3.5 L’style communiste dans le travail de propagande et d’agitation
    3.6 Les premières arrestations
    3.7 Les erreurs de l’été
    3.8 Convocation du Congrès reconstitutif
  4. La bataille contre la réforme fasciste
    4.1 Le Congrès reconstitutif du Parti
    4.2 L’été de la terreur
    4.3 IBM et le système offset dans l’appareil de propagande
    4.4 Le prolétariat a désormais son avantgarde
    4.5 Apprendre le maniement des armes
    4.6 Du silence à l’intoxication, et toujours la terreur
    4.7 Transit pacifique à la démocratie ou processus révolutionnaire ouvert?
    4.8 La création du Comité de Lien
    4.9 Critique des méthodes bureaucratiques de direction
  5. Une vraie campagne d’encerclement et d’anéantissement
    5.1 Le IIème Congrès du Parti
    5.2 L’arrestation du Comité Central
    5.3 Les pactes de la Moncloa
    5.4 Le dilemme international

Introduction

La situation politique en Espagne pendant les années 60, lorsque l’OMLE (Organisation des Marxistes Léninistes d’Espagne) était en période de formation, était caractérisée se par trois traits fondamentaux : le régime fasciste régnant, l’essor du mouvement ouvrier et populaire, et le révisionnisme qui s’était emparé du Parti Communiste.

Par opposition à d’autres pays, le fascisme en Espagne s’était imposé en 1939, après trois années de guerre et pas pacifiquement, au moyen d’élections. Cela octroya aux militaires un rôle décisif dans le régime: à la différence des autres chefs fascistes européens, Franco était général de l’Armée. C’est pourquoi ce qui singularisa le franquisme par rapport à ses homologues italiens et allemands fut précisément le rôle décisif des militaires aussi bien pendant la guerre qu’à l’après-guerre.

Le fascisme en Espagne n’a pas qu’il duré seulement quelques années mais il est resté en place, avec diverses vicissitudes, jusqu’à nos jours, en forgeant la classe ouvrière et la dotant d’une expérience de luttes que très peu d’autres ont connue. La lutte de classes en Espagne a été et continue à être profondément marqué par la guerre civile et par une domination fasciste postérieure et prolongée. La liquidation du PCE(r) contribua à cela dans une grande mesure bien qu’il ait continué la lutte de résistance après la défaite de la République.

Comme signale le Programme du PCE(r):

Le fascisme a réussi à écraser les organisations syndicales et les partis démocratiques, mais pas le Parti de la classe ouvrière. Le PCE a poursuivi la lutte dans les usines, les mines, les villes et les campagnes.

Le coup le plus dur, celui qui a détruit le Parti, n’est pas arrivé par la répression, mais par le travail de sape mené dans son sein par le révisionnisme carrilliste […] Cette activité contre-révolutionnaire a été possible à cause des mêmes faiblesses, insuffisances et erreurs traînées par le Parti depuis l’étape antérieure, jamais analysées à fond ni, par conséquent, corrigées […]

À tout cela, il faut ajouter d’autres facteurs comme la dispersion de la direction, l’attention nulle prêtée au développement de la théorie révolutionnaire et à la formulation d’une ligne politique adaptée aux nouvelles conditions de l’Espagne, ainsi que le progressif abandon des principes léninistes de fonctionnement et d’organisation. De cette façon, se sont créées les conditions qui ont permis à l’opportunisme de se développer dans les rangs du Parti et d’attendre l’occasion propice pour prendre la direction et faire triompher son œuvre destructive, sans que les vieux dirigeants, pétris de dogmatisme et d’habitudes conciliatrices, fussent capables de l’empêcher […]

Vers le milieu des années 60, dans les pays capitalistes de haut niveau de développement économique, surgit parmi la jeunesse un puissant mouvement de contenu clairement politique. Déjà, à l’intérieur de ces pays, apparaissaient tous les symptômes de la nouvelle phase de la crise générale du système, en gestation après la courte période d’essor économique de la post-guerre. Les théories au sujet d’une prétendue société post-industrielle – où disparaîtraient les crises économiques et la lutte de classes pour faire place à l’entente et au bien-être général, à une société de consommation et à un développement économique soutenu – s’écroulèrent comme un château de cartes, si bien que la critique du système capitaliste a réoccupé le premier plan de l’actualité […]

Ce mouvement de critique du capitalisme sera stimulé par la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne Chinoise et par la critique marxiste-léniniste effectuée par le PCCh et les communistes d’autres pays contre les thèses révisionnistes : la transition pacifique et parlementaire au socialisme, l’État de tout le peuple, l’émulation économique entre le socialisme et le capitalisme, etc.

À la fin de la décennie, deux événements nouveaux et importants, qui ébranlèrent la vie de tous les pays, sont venus s’ajouter aux précédents: l’héroïque lutte de résistance du peuple vietnamien contre l’agression nord-américaine et le mouvement de masses, de caractère révolutionnaire, déclanché au mois du mai 1968 à Paris et dans d’autres villes de France.

La crise économique capitaliste mondiale a eu aussi une forte répercussion en Espagne, à un moment où les plans de développement industriel touchaient au but, le régime entrait en plein dans une crise politique et commençait, prudemment, la manœuvre ‘d’ouverture’ par laquelle il cherchait une sortie. Le mouvement ouvrier et populaire s’était remis des effets de la défaite supportée en 1939 et des longues années de terreur fasciste ouverte et, étant donné que la politique de réconciliation carrilliste et ses consignes pour une ‘grève nationale pacifique’ avaient échoué, il commençait à s’orienter sur la voie de la résistance et de la lutte armée.

Ce contexte général donnera lieu à l’apparition du nouveau mouvement ouvrier organisé. L’Organisation des Marxistes-Léninistes d’Espagne (OMLE) fut une des premières organisations communistes nées à cette période (1968). C’est en partant d’elle, qu’on reconstruira le Parti révolutionnaire de la classe ouvrière, dont la nécessité se faisait sentir depuis déjà longtemps.

1. La fondation de l’OMLE dans l’exil

1.1 Pire que la guerre: l’après-guerre fut encore

Après la guerre, il n’y eut pas un seul instant de paix. La répression de l’après-guerre a occasionné plus de dommages encore aux organisations communistes, ouvrières et paysannes, qui ont été férocement pourchassés et leurs dirigeants assassinés par milliers. L’importance de la répression n’a pas eu parangon dans l’histoire: Le fascisme es Espagne chercha à raser toute trace des communistes espagnols. Les prisons débordèrent et il a fallu que les camps de concentration prennent leur place, des espaces à plein air, clôturés et fortement surveillés. À la fin de la guerre, la propagande officielle changea leurs noms pour d’autres comme ‘des camps de travail’, ‘des bataillons disciplinaires’, ‘des colonies pénitentiaires militarisées’, etc. Les prisonniers vivaient mal cette situation, soumis aux intempéries, à la faim, aux plaies et aux maladies(1).

Aujourd’hui encore, l’Armée n’a pas autorisé l’accès des archives de la répression aux historiennes (2). Cependant d’après les données officielles de l’époque, 8 pour cent de la population passa par le bagne pendant l’après-guerre; environ un million de personnes ont été condamnées par les conseils de guerre les six premières années de l’après-guerre, la plus part à la peine de mort, accusées de rébellion militaire.

On évalue les fugitifs entre 700.000 et 800.000, dont un demi-million fuirent, à la fin des combats ; presque la moitié revint ; il y en eut 300.000 qui ne purent jamais rentrer de l’exil et 35.000 qui décédèrent, victimes de la faim et des maladies, dans les camps de concentration français et d’Afrique du Nord, une quantité à la quelle il faut encore ajouter les 7.000 des camps de concentration nazis.

Les communistes et d’autres antifascistes assassinés depuis la guerre s’élèvent à quelque 200.000 (3). Le régime de Franco n’eut aucune compassion pour l’Armée républicaine, vaincue et désarmée.

Les plus hauts responsables de ce massacre gigantesque, des procureurs militaires comme José Solís Ruiz ou Carlos Arias Navarro occupèrent, ensuite, les plus hauts postes du régime. Les partis, syndicats et associations, liés de loin ou de près au Front Populaire, furent dissous et leurs biens confisqués, tout en étant l’objet d’un pillage organisé sur lequel de nombreux oligarques actuels fondèrent leurs immenses fortunes.

Cependant, le chiffre des prisonniers, morts, exilés n’épuise pas le chapitre répressif de la première époque franquiste. Il y eut aussi un secteur très important de la population qui a perdu pour toujours son poste de travail; d’autres n’ont plus jamais réussi à exercer leur profession et beaucoup d’entre eux eurent à supporter des humiliantes enquêtes d’aptitude. Les républicains devaient toujours porter des sauf-conduits et certificats de bonne conduite, ce qui les transformait en parias. Incarcérés, torturés, assassinés, exilés…

Le fascisme n’en eut pas assez et déchaîna une vaste épuration si bien que, la moindre suspicion d’opposition, donnait lieu à des représailles. Des parents de communistes et de républicains furent aussi persécutés et obligés d’abandonner leurs professions et leurs emplois, en même temps que leurs propriétés étaient confisquées.

Quelque 300.000 fonctionnaires de la République perdirent leur poste de travail, un chiffre qui est encore plus significatif si on considère que, par exemple, 80 pour cent des maîtres d’école furent renvoyés. Les chiffres seraient encore plus élevés si nous considérions ceux qui furent expulsés par des tribunaux d’honneur dans le corps du fonctionnariat et le corps professionnel; le nombre est très difficile à mesurer pour le moment ; en 1969 il y avait encore des enquêtes en cours contre des maîtres de l’Éducation Nationale.

On instaura, partout en Espagne, une censure implacable et absolue sur la presse, la radio ou le théâtre. Le jour du soulèvement, pendant une allocution en Pampelune, le général Mola l’avait très clairement averti: Il faut semer la terreur, il faut laisser la sensation de maîtrise absolue, en éliminant sans aucun scrupule et aucune hésitation tous ceux qui ne partagent pas nos idées.

Le niveau de vie des masses est descendu à des niveaux insoupçonnés. À la fin de la guerre, un quart de la population courrait le risque de mourir de faim (4) et pas parce que la nourriture manquait sinon parce que, pendant la seconde Guerre Mondiale, la spéculation gigantesque et les exportations en tout genre dans l’Allemagne de Hitler ont désapprovisionné le marché intérieur.

L’oligarchie accumula d’immenses fortunes par les travaux forcés de centaines de milliers de prisonniers de guerre qui grossirent les bataillons de travailleurs.

Les entreprises du bâtiment, florissantes pendant les années soixante, accumulèrent leur capital aux dépens de la main d’œuvre gratuite apportée par les antifascistes réduits à l’esclavage (5). Mais aussi les entreprises minières d’Almadén, la MSP à Ponferrada, Duro Felguera et celles de la métallurgie comme Babcock & Wilcox, la Maquinista et autres. La dénutrition et l’avitaminose entraînèrent une vague d’épidémies qui affectèrent l’ensemble de la population. Les chroniques de l’Espagne de l’après-guerre sont remplies d’épisodes du marché noir d’un côté et de la faim de l’autre. À la démoralisation de la défaite, venait s’ajouter la recherche quotidienne du pain.

Des nombreuses fortunes et des nombreuses promotions dans l’échelle du pouvoir économique se construisirent à cette période, grâce aux bénéfices du marché noir, de la faim et de la spéculation de l’après-guerre.

En plus de l’état de guerre permanent, l’Espagne endura une véritable économie de guerre durant les années de l’autarcie: jusqu’à 1962, des militaires étaient à la tête de ministères comme celui de l’Industrie et du Commerce, des Travaux publies ou de la Direction de l’Institut National de l’Industrie et des grands monopoles de l’État. L’oligarchie amassa des richesses fabuleuses dans le cadre épouvantable du chômage, de la faim et des maladies (6).

Donc, l’État fasciste n’a pas constitué un empêchement pour qu’un processus intense d’accumulation capitaliste s’ouvrait mais au contraire: il fut l’un de ses grands moteurs, grâce à la coercition persistante sur le prolétariat. Le régime changea tout ce qu’il était obligé de changer pour le bénéficie de l’oligarchie financière et des propriétaires fonciers.

Il l’a fait au moment où il fallait le faire sans tenir compte de ceux à qu’il pouvait porter préjudice. Sous une propagande officielle triomphaliste qui avait l’air d’une domination monocorde des grands hiérarchies du régime, était sous-jacente une guerre sourde des camarillas en lutte permanente pour le contrôle de l’appareil de l’État: phalangistes, carlistes, catholiques, monarchistes, technocrates, militaires, etc., se succédaient ou coexistaient dans les hauts postes de l’Administration, dans un équilibre difficile soutenu uniquement par le besoin d ‘exploiter les masses populaires et de noyer dans le sang n’importe quelle opposition à leurs projets.

Depuis le début des années 50, le capital monopoliste avait décidément opté pour la voie de la modernisation puisque la voie de l’autarcie et du corporatisme s’étaiit rapidement épuisé. Au milieu des années 50, la reforme administrative de l’État a été entamé, ce qui correspondait a des critères technocratiques qui vont permettre l’accumulation et la concentration du capital des années soixante et la reforme politique des années soixante-dix.

Le point de départ de tout ce processus est la création, en décembre 1956, de l’Office de Coordination et de Programmation économique, dirigé par Lopez Rodó, sous la tutelle directe de l’Amiral Carrero Blanco. Son premier résultat fut, l’année suivante, la Loi de Régime Juridique de l’Administration de l’État, dont l’article 13.6 établissait, parmi les compétences de la Présidence du Gouvernement -c’est-à-dire, de l’amiral Carrero Blanco- l’élaboration de plans de développement économique. Cette réforme administrative a précédé les plans de développement qui, à leur tour, renfermaient d’importantes mesures administratives.

Sous le gouvernement des catholiques de l’Opus Dei, l’oligarchie entreprit, en 1959, un plan ambitieux d’expansion économique, avec la collaboration active des USA, des autres puissances occidentales et du Vatican. Il agissait d’en finir avec l’autarcie et d’introduire l’Espagne dans le circuit économique impérialiste qui, en ces années là, commençait à resurgir du marasme de la guerre mondiale.

Toutefois, l’Espagne se trouvait à l’époque sur le bord de la cessation de paiement ; il était impossible de renouveler l’appareil productif sans faire des importations ; la nourriture était rationnée et l’appareil productif sur le point de se paralyser. L’un des objectifs fondamentaux du Plan de Stabilisation de 1959 fut donc la convertibilité de la peseta pour profiter de la conjecture mondiale et faciliter l’intégration de l’économie espagnole dans l’économie internationale.

À partir de 1959, la scène économique espagnole va changer radicalement: d’un pays sous-développé et à moitié féodal, l’Espagne en vient à s’intégrer à la liste des pays capitalistes monopolistes d’État.

Dans la décennie des années 60, des taux de croissance annuelles d’environ 7 pour cent ont été obtenus. Beaucoup de choses ont changé très rapidement, non seulement sur le plan politique mais aussi sociologique. La campagne se dépeupla, tant par l’effet de l’émigration à l’extérieur (deux millions de journaliers) qu’à l’intérieur, vers les nouveaux pôles industriels. On peut calculer que l’émigration intérieure, de la campagne vers la ville, a été de trois millions et demi de travailleurs entre les années 1962 et 1970.

La main d’œuvre agricole, qui constituait la moitié de la force de travail en 1959, se réduisit drastiquement jusqu’à se situer à 12 pour cent en 1977. Espagne avait cessé d’être un pays agricole et les anciennes structures du féodalisme disparaissaient.

Naturellement, le chômage, l’une des plaies de la période autarcique, disparut de façon foudroyante et il se produisit un agrandissement des villes qui changea soudainement leur physionomie, presque du jour au lendemain, avec l’apparition de nouveaux quartiers et de banlieues où les ouvriers s’entassèrent, dans des conditions lamentables par manque de logements, de services de santé, d’hygiène, de transports en commun, etc.

La population paysanne vieillit et, par contre, le prolétariat dans les usines était très jeune: une nouvelle génération assimila rapidement les nouvelles coutumes urbaines et adopta les nouvelles habitudes. En 1970, pour une population active inférieure à 13 millions, il existait plus de trois millions de travailleurs à l’étranger.

Dans ce processus, ce furent les ouvriers et les paysans qui, encore une fois, supportèrent les plans de règlement et de surexploitation. Les grèves étaient sanctionnées en tant que délit de rébellion militaire et les libertés les plus fondamentales étaient absentes.

Le développement économique des années soixante fut lié directement et étroitement à la misère des larges masses de travailleurs; mais pas seulement à cela: ce développement fut aussi lié au terrorisme du régime fasciste. L’oligarchie financière s’est servie de l’État comme moyen essentiel de sa politique économique, pour multiplier ses profits et pour renforcer sa domination sur tous les secteurs de l’économie (7).

L’accumulation accélérée de capital des années 60 était rattachée à l’extérieur par trois liens fondamentaux: les importations de capital, l’émigration et le tourisme.

Alors se déclencha un processus à l’opposé du précédent, fondé sur l’autarcie, l’interventionnisme et la voie prussienne dans le développement agraire. L’ouverture à l’extérieur était une exigence fondamentale puisque les réserves de devises étaient pratiquement épuisées, l’Espagne manquait de la moindre capacité d’endettement et l’envolée de l’inflation était spectaculaire. En conséquence, cette croissance aurait été impossible si l’impérialisme n’avait pas cautionné les plans du régime.

Dans une grande mesure, les plans économiques ont été dessinés aux USA de façon directe ou à travers les organismes financiers internationaux comme la Bande Mondiale ou le Fond Monétaire International.

Le soutien de l’impérialisme, notamment américain, eut un double objectif économique et militaire. En février 1940, le Chase National Bank accorda déjà un premier prêt de 25 millions de dollars au gouvernement de Madrid pour l’achat de nourriture; la même année, du mois de mai, les impérialistes autorisent l’Export Import Bank à ouvrir une ligne de crédit allant jusqu’à 62,5 millions, destiné à favoriser le commerce extérieur des oligarques espagnols, etc.; en 1950, le Sénat américain approuve un emprunt officiel de l’Espagne (8).

Les États-Unis ont fourni l’armement de l’Armée et la police fasciste et, en échange, le régime autorisa l’utilisation des ports espagnols à la Marine de guerre et à l’Armée de l’Air des USA. La présence nord-américaine sur le territoire espagnol et son appui à l’extérieur permet au régime de concentrer ses forces sur l’écrasement de la résistance intérieure. L’Armée américaine et l’Armée espagnole réalisaient des grandes manœuvres mixtes, basées sur l’écrasement d’insurrections internes (9).

Non moins important fut le progressif appui diplomatique. L’ONU autorisa l’entrée de l’Espagne qui, peu après, réussit son entrée dans la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation) et qui signa un concordat avec le Vatican. Le processus culmina en 1953 avec les accords militaires et économiques grâce auxquels les bases militaires de Rota (Cadix), Morón (Séville), Torrejón (Madrid) et Sanjurjo (Saragosse) ont été construites. Ainsi, l’Espagne devint une plate-forme d’agression contre les pays socialistes et contre les États émergents du Tiers Monde et, plus particulièrement, du Moyen Orient.

La collaboration était mutuelle et concernait aussi bien le domaine militaire que le domaine économique. En échange des bases militaires, le régime reçut un ballon d’oxygène vital pour assurer la permanence de sa domination à long terme. Les puissances impérialistes appuyaient la continuité du fascisme en Espagne et accompagnaient son projet d’ouverture économique.

Entre 1961 et 1964, le Produit Intérieur Brut augmenta, en moyenne, au rythme annuel des 7 pour cent. L’envoi de devises par l’émigration est passé de 55 millions de dollars en 1960 à 469 millions en 1970. Les devises envoyées par mandat postal par nos travailleurs entre 1960 et 1966 surpassent la somme de capital social de toutes les banques privées en 1965 (10).

L’émigration éleva les salaires des journaliers et obligea à la mécanisation des labours dans la campagne, tout en provoquant la faillite de la petite exploitation agricole traditionnelle. À partir de 1968 immédiatement derrière les journaliers ce sont les petits propriétaires ruraux qui émigrent. Pareillement, la vieille aristocratie des propriétaires terriens, l’un des piliers du fascisme, perdit du terrain très vite et finit par fusionner avec le capital financier.

L’État compensa les grands propriétaires fonciers de la diminution de la rente de la terre -grâce aux prêts à bas taux d’intérêt-, tout en soutenant artificiellement les prix agricoles, ainsi que par des dédommagements pour l’amélioration et la modernisation de leurs propriétés rurales à travers l’Institut National de la Colonisation.

L’aristocratie déplaça ses capitaux vers les finances, ce qui réduisit les tensions existantes entre les deux secteurs de l’oligarchie et contribua à l’accumulation accélérée de capital. Le pouvoir de l’aristocratie des grands propriétaires fonciers ne pouvait se maintenir que dans un cadre sociologique essentiellement agraire et au prix d’une politique économique et agricole fortement protectionniste et interventionniste (11). C’est justement cela qui changea en 1959. L’Espagne était déjà un pays de capitalisme monopoliste.

L’État terroriste implanté en 1939 sur plus d’un million de morts fut l’instrument qui rendit possible la gigantesque accumulation de capital dont la propagande fasciste se flatta en parlant de paix et de bien-être. Ce fut un développement capitaliste lié au terrorisme d’État. Mais le développement capitaliste créa en même temps les conditions pour en finir avec ce système.

La conversion de l’Espagne, un pays semi-féodal, avec une économie basée sur l’agriculture, en un pays capitaliste, avec une industrie développée, fait que le prolétariat devint la classe la plus nombreuse de la population, qui agit comme avant-garde du peuple dans la lutte contre le fascisme. Par conséquent, en 1970, l’Espagne n’était plus un pays semi-féodal et il n’y avait pas de révolution démocratico-bourgeoise à réaliser.

La transformation économique de l’Espagne s’est produite sans qu’il y ait une révolution au sens strict ; mais cela ne veut pas dire qu’elle s’est effectuée de façon pacifique. La persistance du régime témoigne le contraire: le fascisme s’a servir au capital financier pour noyer dans le sang les contradictions aiguës qu’entraînait cette transformation.

Les révisionnistes parlèrent démagogiquement des restes du féodalisme, qui persistaient dans la société espagnole, pour essayer ainsi de justifier leurs agissements destinés à attacher les ouvriers au char de la bourgeoisie. Finalement, l’Espagne n’était pas non plus une colonie de l’impérialisme yankee, comme certains groupes petits-bourgeois l’affirmaient. Au contraire, c’était déjà un pays capitaliste avec un degré relativement avancé d’industrialisation: en Espagne, l’oligarchie détenait directement le pouvoir économique et politique, mais le prolétariat constituait la force principale.

La résistance à l’oppression et à l’exploitation fasciste-monopoliste ne s’arrêta pas en 1939, à la suite de la défaite momentanée des forces populaires; elle a continué à se développer et à s’accroître à tel point que la position des forces sociales en lutte a changé par rapport aux années quarante.

Dans le Programme du PCE(r), cette période historique est résumée de la façon suivante :

Le fascisme fut l’instrument principal que l’oligarchie propriétaire terrienne et financière utilisa pour soumettre les masses populaires et pour mener à bien le développement économique du pays par la voie monopoliste. Ce caractère double, monopoliste (impérialiste) et en même temps fasciste, est la caractéristique principale de l’État espagnol.

En développant la grande industrie, l’agriculture capitaliste, le commerce à grande échelle, les transports, etc., et en menant à bien la fusion de tous les secteurs économiques avec la Banque et l’État à son service, l’oligarchie a créé les conditions matérielles pour la réalisation du socialisme puisqu’elle a fait grandir le prolétariat et l’a élevé à l’école d’une guerre civile quasi permanente […]

Le fascisme est la superstructure politique, juridique, idéologique, etc., qui correspond au système d’exploitation monopoliste implanté en Espagne en 1939. Il s’est développé avec lui et il se maintient aujourd’hui encore comme forme de pouvoir parce qu’ils ne pourraient pas exister l’un sans l’autre.

1.2 La dégénérescence révisionniste du PCE

Ce ne fut pas l’oligarchie ni son régime de terreur, ce ne furent pas les promenades et les assassinats à l’aube, qui en finirent avec le Parti communiste d’Espagne. Ce fut le révisionnisme, niché dans son sein, qui permit au régime de se maintenir au pouvoir et, de plus, en étant sûr d’un calme au moins relatif.

Avec Santiago Carrillo au Secrétariat général du Parti depuis 1956, le PCE finit par proposer l’embrassade du peuple et de ses irréconciliables ennemis fascistes. Les révisionnistes abandonnèrent même l’idée de recourir aux armes contre le régime.

Au contraire, depuis le début des années soixante, Carrillo commença à négocier avec Franco, non seulement à l’insu des travailleurs espagnols, mais même des adhérents de son parti, qu’il n’informa jamais de ses manigances. En 1973, les négociations continuèrent à Bucarest par l’intermédiaire de Ceaucescu (ami intime de Carrillo), avec le général Díez Alegría et le colonel San Martín, deux hommes des services secrets de l’amiral Carrero Blanco.

La nouvelle stratégie symbolisée par des consignes telles que la réconciliation nationale, le pacte pour la liberté ou la grève générale pacifique(12), impliquait la renonciation aux méthodes révolutionnaires, mais était dépourvue de contreparties de la part du régime qui n’hésita pas à faire fusiller Grimau ainsi que les anarchistes Granados et Delgado en 1963. Les carrillistes se réconcilièrent avec le fascisme, mais le fascisme ne se réconcilia avec personne.

On peut dire qu’à ce moment se termina une étape de l’opposition antifranquiste, prolongation de la Guerre civile, et que s’amorça une nouvelle, même dans l’aspect générationnel.

Sans qu’on puisse dire que les activités armées aient cessé complètement, des phénomènes plus massifs firent leur apparition, focalisés sur les grands noyaux industriels, différents des noyaux armés qui avaient opéré dans la montagne. L’Université également commença à se transformer en un foyer d’agitation quasi permanente, indice de l’incorporation de secteurs sociaux plus larges à la lutte.

Les révisionnistes justifiaient leur stratégie de collaboration avec les éléments dynamiques de l’oligarchie en faisant allusion à certaines frictions supposées au manque de corrélation entre la croissance économique et l’immobilisme politique, entre l’infrastructure économique et la superstructure politique (13).

Carrillo et son parti ne parlaient que de dictature et de franquisme, en les considérant comme un régime personnaliste qui tournait autour du général Franco et de sa famille. La démocratie arriverait si on éliminait du pouvoir ce cercle étroit et ses collaborateurs. C’est justement à cause de cette influence du révisionnisme qu’en Espagne on parlait du franquisme à la place de fascisme, comme s’il s’agissait d’un régime personnel qui jamais n’exista.

Le PCE considérait le régime comme quelque chose d’étranger à la nature de classe de la bourgeoisie monopoliste, comme un obstacle à ses projets. Les révisionnistes cachaient que le fascisme -comme disait Dimitrov- n’était que la dictature terroriste ouverte des éléments les plus réactionnaires, les plus chauvins et les plus impérialistes du grand capital (14).

Ils cachaient la nature de classe du fascisme, en plus de cacher que la grande bourgeoisie avait besoin du fascisme pour poursuivre et intensifier l’accumulation capitaliste et pour consolider sa domination politique. Le régime, loin d’y être un obstacle, était sa meilleure et plus efficace arme. L’oligarchie va se servir de l’État comme principal instrument pour la soumission et l’exploitation des masses ouvrières et populaires, mais aussi va utiliser l’État comme moyen essentiel de sa politique économique.

Très tôt, l’OMLE prêta grande attention à la caractérisation du régime et maintint que ce facteur politique était déterminant pour élaborer une stratégie conforme aux besoins du prolétariat espagnol.

Le fascisme avait surgi de la liquidation des libertés démocratiques révolutionnaires, conquises par des décennies de luttes et, par conséquent, elles ne pouvaient être regagnées qu’en en finissant avec le régime. Cela ne voulait dire en aucune façon qu’il soit nécessaire de développer une révolution démocratique bourgeoise, puisque le régime des monopoles l’avait dépassée pour l’essentiel.

Cependant, la persistance du fascisme empêchait de faire le saut vers la dictature du prolétariat et le socialisme, sans tenir compte de la nécessité de pratiquer, pendant une brève période, la démocratie la plus large et la plus résolue, afin de préparer les masses et les gagner à la cause du socialisme.

Ce principe de base commençait à différencier l’OMLE des révisionnistes et aussi d’autres groupes soi-disant de gauche de l’époque. En effet, non seulement les révisionnistes s’alliaient avec le diable -comme ils disaient eux-mêmes-, mais, en réalité, tous les groupes de gauche soutinrent des semblables positions idéologiques et politiques, en marchant à l’ombre de l’oligarchie. Ce qui singularisait ces groupes est qu’ils ne prenaient pas en considération la nature fasciste du régime et insistaient sur une supposée dépendance de l’Espagne de l’impérialisme nord-américain, qu’ils considéraient comme l’ennemi principal, laissant l’oligarchie autochtone à l’écart.

À la fin des années soixante, une série d’évènements internationaux remirent en question tous les bobards révisionnistes: la Révolution culturelle chinoise, la guerre de Vietnam, la révolution cubaine, l’assassinat du Che en Bolivie et, finalement, le mai français. Ainsi surgit un puissant mouvement de la jeunesse d’une nette teneur anti-impérialiste.

Le nouveau mouvement révolutionnaire qui surgit à la fin des années soixante avait une nette teneur anti-impérialiste non seulement du fait de la guerre de Vietnam, mais aussi grâce à la force des jeunes États émergents en Afrique et Asie, qui venaient de rompre avec le colonialisme et d’obtenir leur indépendance. De ce fait, à côté d’une juste dénonciation du révisionnisme, les mouvements de gauche traînaient toute une conception petite-bourgeoise tiers-mondiste.

La crise économique des pays capitalistes, qui commence en 1968 et qui va s’aiguiser en 1973, s’ajoute à cette crise du révisionnisme. Les luttes acquièrent un caractère massif et la bourgeoisie ne peut pas faire appel aux masses. En Espagne, étaient apparus de nouveaux courants petits-bourgeois, comme le Front de Libération Populaire et, plus tard, d’autres comme le Mouvement communiste, l’Organisation Révolutionnaire de Travailleurs, etc., avant même que n’éclatent publiquement les divergences au sein du mouvement communiste.

Ce ne fut pas non plus par hasard qu’autant de groupes de caractéristiques semblables apparurent. Ces courants n’auraient jamais autant proliféré s’il n’y avait pas eu la décomposition révisionniste.

En tout cas, le phénomène gauchiste montrait les conditions dans lesquelles se trouvait un large secteur de la petite-bourgeoisie en Espagne, privé de libertés et continuellement saigné à blanc par les monopoles. Ce secteur s’enhardit par la renaissance des luttes du prolétariat et des éléments qui essayaient de s’organiser, sortirent de ses rangs. Cependant, ils ne pouvaient se présenter devant les masses avec l’idéologie vermoulue de la bourgeoisie et se couvraient donc de la phraséologie marxiste.

Aussi au sein du PCE -déjà aux mains des carrillistes-, s’est manifestée depuis 1963 une forte opposition contre le révisionnisme, surtout dans les organisations résidantes à l’étranger.

Cette opposition réussit à se regrouper et de là sortit le PCE(m-l), sur une base Programmatique qui était une mauvaise copie, taillée dans le programme du PCCh pour la Révolution démocratique populaire ou la Nouvelle démocratie en Chine, lorsque ce pays demi-féodal avait été envahi par le Japon. De façon qu’à la place du Japon, le PCE(m-l) décida, dans un effort d’originalité, que l’Espagne serait une colonie de l’impérialisme yankee.

Plus tard, l’aggravation de la crise capitaliste et les grandes vagues de luttes de la classe ouvrière provoquèrent une autre importante scission dans le parti révisionniste en Catalogne, dont surgit le PCE(i), qui ne prit pas en considération l’existence d’un régime politique fasciste en Espagne, même s’il établissait correctement la nécessité d’une révolution de type socialiste.

À l’origine, les énoncés politiques de l’OMLE n’étaient pas moins confus que ceux de tous ces groupes à qui, depuis le début, nous posions la question de l’unité. Mais ils n’acceptèrent pas parce qu’ils considéraient avoir déjà reconstruit le Parti, alors qu’en réalité, la seule chose qu’ils faisaient était de traîner derrière le parti carrilliste.

1.3 L’essor du mouvement ouvrier et populaire

En Espagne, en raison du profond changement économique des années soixante, on observe l’incorporation de larges secteurs sociaux à la lutte antifasciste. De plus, s’est produit la relève des générations, appréciable lors des luttes des étudiants au milieu des années cinquante.

Le conflit des étudiant de l’Université de février 1956 amorce la création d’une constellation gauchiste qui essaie de remplir -de façon rhétorique, la plupart du temps- le vide laissé par la trahison du parti communiste.

C’est un moment d’essor où le mouvement de résistance souffre, néanmoins, d’une énorme désorientation et d’une forte faiblesse idéologique, politique et d’organisation. Le Parti communiste se voit dépassé par la propre lutte des masses et sa stratégie fait naufrage, ce qui est vérifiable lors de l’échec de la grève générale de 24 heures, convoquée pour le 18 juillet 1959.

L’extension quantitative de l’opposition fur accompagnée d’une grande fragilité qualitative, d’un manque alarmant de direction politique. C’est ce qui explique la paradoxe que, malgré l’accroissement de la lutte antifasciste, la décennie des années soixante soit celle de la stabilité maximale de la dictature. Une situation qui se prolongera jusqu’en 1969, l’année où commence la crise politique du régime, suivie tout de suite de l’économique. L’Université servit de détonateur pour le premier état d’exception décrété, en février 1956.

L’augmentation des luttes ouvrières, plus part, obligea à la rédaction d’une nouvelle Loi d’ordre public, le draconien Décret du Banditisme et du terrorisme de 1960 et, finalement, à la création du Tribunal d’ordre public, en 1963.

Les formes d’opposition massive au régime qui commençaient à éclater ces années-là son quantifiables par la croissance de certaines catégories de délits attribués au Tribunal d’ordre public comme les manifestations, la propagande ou l’association illégale qui ont augmenté à un rythme moyen très proche des 8 pour cent par an depuis 1969.

L’importance de l’activité armée révolutionnaire est reflétée par le fait que, en 1974 et 1975, sur les 3.000 procès instruits par les tribunaux militaires, 740 étaient spécifiquement militaires.

L’apparition du Tribunal d’ordre public servit seulement à alléger le volume de travail des conseils de guerre en affaires de gravité, telles que les suppositions d’association, propagande ou manifestation illégales. Cependant, le meilleur indice du caractère des années soixante apparaît dans le fait qu’en 1966 ne soit comptabilisé aucun conflit du travail pour des motifs politiques, sociaux ou de solidarité.

Ce furent aussi les années où le régime s’offrit le luxe de promulguer des lois comme celle d’Association (1964) et celle de la Presse; ou bien de promouvoir des élections syndicales, d’annuler des responsabilités civiles ou de convoquer le référendum de la Loi organique de l’État, tout cela en 1966.

L’essor du mouvement ouvrier commença en 1962 avec les mobilisations en Euskal Herria et aux Asturies, bien qu’à ce moment le révisionnisme réussit à détourner les luttes pendant un certain temps.

La Lois des Conventions collectives de 1958 était suspendue pour mettre en marche le plan de stabilisation et les premières conventions commencèrent à être négociées en 1961, suivies de mobilisations conséquentes, car les salaires étaient gelés depuis 1957 et la situation des masses extrêmement précaire. La lutte se déclencha contre le gel des salaires, les maxima salariaux et la politique de se serrer la ceinture.

En février 1962, toute une série de grèves éclata dans la Sidérurgie Basconia à Bilbao, la Bazán à Cadix, Matériaux et Constructions à Valencia et Carbones de Berga à Barcelone. Au mois d’avril, les grèves s’étendirent à l’ensemble des mines des Asturies et se prolongèrent jusqu’au mois de juin, incluant des entreprises électriques, métallurgiques et chimiques d’Euskal Herria, León, Catalogne et Madrid, de même que les mines de Río Tinto à Huelva, Linares (Jaén) et Puertollano (Ciudad Real) et des journaliers d’Andalousie et d’Estrémadure.

Ce fut le plus large mouvement de grève depuis la fin de la guerre, ce qui obligea le régime à déclarer l’état d’exception dans les Asturies, le Gipúzkoa et la Bizkaia. Pendant la première semaine, la police arrêta 100 antifascistes. Les manifestations se reproduisirent l’année suivante à partir le mois de juin et se prolongèrent jusqu’en novembre.

Le mouvement ouvrier et populaire s’était rétabli des effets de la défaite de 1939 et des longues années de terreur fasciste ouverte et, une fois échouée la politique de réconciliation et les consignes du révisionnisme carrilliste pour une grève générale, les masses commençaient à se diriger sur la voie d’une lutte décidée et résolue.

C’est à cette époque qu’apparurent les caractéristiques qui marquèrent la nature de ce mouvement: les grèves économiques se transformant en véritables batailles politiques. Entre 1967 et 1971, 45 pour cent des grèves furent des grèves de solidarité ou bien de nature nettement politique (15).

Les manifestations de rue débouchèrent sur de durs affrontements avec la police et les ouvriers gagnèrent la solidarité de toute la population, qui seconda leurs appels; leurs luttes devinrent des véritables vagues de protestation qui visaient contre la structure même de l’État.

Pendant les manifestations de 1962, surgissent les premières Commissions ouvrières, instruments de lutte et d’organisation indépendante des travailleurs. Ces Commissions étaient élues de façon démocratique dans les assemblées d’usine et négociant avec le patronat en marge des syndicaux verticaux et des voies légales ; une fois leur tâche finie, les commissions se dissolvaient (16).

Cette méthode empêchait le travail policier de contrôle. Lors des grèves de 1962, les révisionnistes n’eurent rien à voir avec l’apparition des Commissions ouvrières puisque tout leur travail syndical se développait à travers un modèle d’organisation bien différent: l’Opposition Syndicale ouvrière qui, comme l’indique son propre nom, prétendait développer sa tâche d’opposition à l’intérieur du syndicat fasciste.

Cependant, on ne peut pas non plus négliger le caractère spontané de ces manifestations et l’absence de direction politique.

Le fait que des protestations d’une telle ampleur puissent se déclencher en absence d’une direction politique n’est concevable qu’en raison de la dure situation d’exploitation et de cherté de la vie, de la répression brutale déclenchée par le régime et, finalement, de la haine et la conscience antifasciste enracinée dans le prolétariat. Ainsi, des luttes débutant par des revendications professionnelles élémentaires débordent et deviennent de véritables batailles politiques contre le fascisme.

En août 1966, se produisit un large mouvement de grèves qui embrassa le bassin minier du Nalon et du Caudal, la Duro Felguera et Chemins de Fer de Langreo aux Asturies; les ouvriers de Babcock, de Firestone et d’Hispano Olivetti à Barcelone firent aussi de la grève ; à Madrid, les ouvriers de Perkins, Marconi, Ibérica d’Électricité, Kelvinator, Standard, AEG, etc. arrêtent le travail. Le 30 novembre de cette même année commença la grève de Laminaciones de Bandas en Frío d’Echevarri, une grève qui durera plusieurs mois.

En janvier 1967, les ouvriers de la Seat, de la Maquinista et Olivetti, à Barcelone, se mobilisèrent pour empêcher les licenciements de 3000 grévistes des mines des Asturies. De fortes manifestations et d’affrontements avec la police eurent lieu dans les rues et les places de Madrid. En Catalogne aussi, plus de 45 entreprises du textile de Sabadell et Tarrasa, ainsi que les ouvriers de Siemens, Uralita et d’autres entreprises, se solidarisèrent avec les mineurs de Mieres. En avril, l’état d’exception fut décrété à Bizkaia.

Les étudiants des universités se mobilisèrent également. Toutes ces luttes eurent leur couronnement dans les actions de masses du 27 octobre, dans la ceinture industrielle de Madrid où plus de 25.000 ouvriers s’affrontèrent ouvertement à la police à Getafe, San Blas, Place d’Atocha, etc.

Telle était la situation réelle du mouvement ouvrier des années soixante, tandis que la politique révisionniste suivait d’autres vois bien différentes. Au commencement même des grèves de 1962, la police arrêta les dirigeants de l’Opposition syndicale ouvrière, c’est pourquoi les révisionnistes changèrent leurs projets et jetèrent les yeux sur les Commissions ouvrières. Tous les projets révisionnistes, soutenus par les phalangistes du syndicat vertical visèrent à institutionnaliser la commission de délégués et à les intégrer au syndicat officiel.

Pour en convaincre les ouvriers, ils convoquaient des grèves liquidatrices, prédestinées à l’échec. D’un côté, au moyen de ces grèves, les révisionnistes essayaient de démontrer l’inutilité des méthodes révolutionnaires de lutte et la nécessité d’entrer dans la légalité et les institutions fascistes.

D’autre côté, les révisionnistes utilisaient ces épreuves de force pour faire chanter le régime et l’amener à la table de négociations. Ils essayaient de conquérir la Direction et le contrôle du mouvement ouvrier, désorganisé mais menaçant, pour gagner en respectabilité et capacité de négociation.

Néanmoins, comme nous disons, le fascisme ne se réconcilie avec personne, pas même avec les révisionnistes; en mars 1967, le Tribunal suprême déclara les Commissions ouvrières hors la loi. À partir de ce moment-là, les ouvriers les plus combatifs étant à découvert, les arrestations seront massives puisque l’action légale et ouverte avait permis la police de repérer les ouvriers les plus avancés.

De nombreux autres furent licenciés de leurs entreprises et les enquêtes se multiplièrent.

La démoralisation, la discorde et la confusion se répandirent: Les révisionnistes ont chevauché chaque lutte dans la nette intention de désorganiser encore plus et de diviser les ouvriers; ils ont placé leurs meilleurs hommes au syndicat où en prison lorsqu’ils refusaient de suivre leur jeu; ils ont désarmé la classe ouvrière et le reste du peuple face à la répression fasciste, en prêchant des idées pacifistes et conciliatrices et ils ont essayé de démoraliser en provoquant de continuelles ‘grèves générales’. De cette façon, le révisionnisme agit en avant-garde du capital financier dans les rangs ouvriers et, par conséquent, est leur ennemi le plus dangereux, l’agent du fascisme que nous devons combattre sans trêve (17).

Durant les années 1967 et 1968, les révisionnistes commencèrent à perdre de l’influence, la crise économique se déclancha et le gouvernement ordonna le gèle des salaires. Au mois d’avril 1968, l’état d’exception fut décrété. Au mois de juillet Etxebarrieta fut assassiné par la Garde civile et plus de 5.000 personnes participèrent à son enterrement.

Au mois d’août, l’organisation indépendantiste exécuta le célèbre tortionnaire Melitón Manzanas. Le 25 janvier 1969, le gouvernement décréta l’état d’exception partout en Espagne ; toutefois, il fut incapable d’empêcher le déclanchement des grèves dans la métallurgie à Bilbao, aux Altos Hornos de Sagunto et au Ferrol, où la grève de Peninsular Maderera dura 37 jours.

En 1969, le nombre de grèves réalisées en Espagne, par rapport à l’année précédente, passe de 309 à 491, selon les données statistiques nationales. Ce formidable mouvement de grève à caractère politique révolutionnaire aggrava la crise interne du système. Le scandale Matesa sera le prétexte qui mènera les deux secteurs fondamentaux de l’oligarchie à un affrontement ouvert.

Les travailleurs remettent en pratique les anciennes méthodes de lutte et la répression est de plus en plus brutale.

Le mouvement ouvrier n’est pas paralysé pour autant, au contraire les heures de grève enregistrées et le nombre de grévistes augmentent chaque année. Les grèves de solidarité et les grèves politiques commencent, les ouvriers occupent les usines et les délégués syndicaux démissionnent.

Des mobilisations à caractère quasi insurrectionnel ont lieu dans de nombreuses localités ; en plus des ouvriers, y participent de nombreux secteurs sociaux.

Les méthodes de lutte que la classe ouvrière met en pratique sont les mêmes: les assemblées de travailleurs qui deviennent véritables organismes démocratiques où se forge l’unité et où des accords sont conclus ; les grèves politiques ou de solidarité qui entraînent d’innombrables secteurs de la population ; des manifestations sont convoquées ; des barricades se lèvent; des usines sont occupées et les patrons sont séquestrés ; les piquets de grève deviennent des détachements de combat qui s’affrontent quotidiennement à la police.

Pour la première fois apparaît ce qui sera, peu de temps après, l’une des formes de lutte le plus significative: les grèves zonales généralisées et semi-spontanées, en ayant un contenu de solidarité anti-répressive.

En général, il s’agira d’actions développées à la suite d’une répression violente -et très souvent sanglante-, d’une grève ou d’une manifestation ouvrière ou populaire. Une action où la presque totalité de la population travailleuse prendra part et qui comportera fréquemment la mise en pratique de la violence de masses face à l’agression des forces répressives (18).

Bien de fois, les manifestations adoptent la forme de guérilla urbaine: à la place des occupations d’églises et des listes de signatures, préconisées par les révisionnistes, se produisent des assauts effectués par de petits groupes pour distribuer des tracts, placer de banderoles, faire des graffitis, préparer des sabotages ou dresser des barricades (19).

La police se montrait impuissante parce que, lorsqu’elle arrivait sur place, les manifestants avaient disparu pour se rendre à un autre endroit.

Après la brutale répression de l’après-guerre, les masses avaient perdu la peur du fascisme. Un important progrès de la conscience politique et de la capacité de lutte des ouvriers était en train de se produire.

Non seulement les méthodes de lutte se développaient en marge de la légalité, mais contre cette légalité elle-même: il y avait des grèves bien que ce soit un délit, des piquets se formaient malgré la répression, on participait à des manifestations malgré la violence policière, les coups de feu, etc.

Le mouvement ouvrier tourna le dos aux carrillistes, mais il continua à être désorganisé et à agir instinctivement et spontanément. Depuis lors, la situation n’a pas changé substantiellement parce que le mouvement spontané, de lui-même, ne peut rien faire de plus ; c’est aux communistes que revient la tâche de doter le mouvement ouvrier de la tactique et l’organisation nécessaires à poursuivre la lutte pour atteindre ses objectifs politiques de classe.

1.4 La confluence de plusieurs groupes communistes à Bruxelles

L’Organisation de Marxistes-Léninistes d’Espagne fut l’une des premières organisations nées en l’exil à la fin des années soixante, dans cette période d’essor du mouvement ouvrier et populaire.

En partant de l’OMLE, le parti révolutionnaire dont la classe ouvrière avait besoin fut reconstitué. Cependant, comme il arrive toujours avec chaque mouvement nouveau en gestation, l’OMLE était au début une organisation très faible et portait toutes les tares idéologiques et politiques caractéristiques du moment.

Ce serait plus tard que l’OMLE deviendrait un véritable détachement communiste, au travers d’un long processus de travail politique qui permettrait de mieux assimiler et appliquer le marxisme-léninisme aux conditions de l’Espagne.

Ce n’est pas par hasard que l’OMLE, de même que d’autres groupes, surgit en l’exil. Une organisation de ce caractère n’était pas possible à l’intérieur de l’Espagne, où les fascistes et les révisionnistes se préoccupaient à l’unisson d’empêcher que les ouvriers puissent avoir l’accès aux œuvres du marxisme-léninisme, à l’expérience des exilés qui poussaient à la révolution en Espagne.

Ces conditions n’existaient pas à l’intérieur, où les ouvriers les plus avancés ne se méfiaient que d’une façon instinctive de certaines manœuvres des carrillistes.

Comme on l’exposa quelques années plus tard: L’époque de la fondation de l’OMLE fut une période d’une grande confusion parce que c’était alors que beaucoup de personnes inquiètes commençaient à se poser à nouveau tous les problèmes de la lutte de classes en Espagne. Le révisionnisme ne trompait plus; c’était alors qu’il commença vraiment à battre en retraite, que sa Ligne s’effondra et qu’on en découvrit une nouvelle (20).

On peut dire que le noyau initial de l’OMLE naquit en France de la fusion de plusieurs groupes, parmi lesquels il y en avait deux qui se détachaient, non seulement par le nombre de leurs membres, mais aussi, et particulièrement, par leur fidélité à la cause révolutionnaire et par les expériences et les habitudes acquises en matière d’organisation.

Le premier se rassemblait autour du journal Mundo Obrero Revolucionario; il était le résultat d’une scission qui eut lieu en 1964 au sein de l’organisation du parti carrilliste en Suisse.

Cet organe de presse obtint la reconnaissance et le soutien du Parti Communiste de Chine, à l’époque où ledit Parti soutenait le mouvement marxiste-léniniste des pays de l’Europe occidentale. Son dirigeant le plus marquant était un ancien cadre du PCE (Suré) qui s’était distingué pendant la guerre révolutionnaire comme dirigeant de la guérilla et qui bénéficiait d’une grande influence parmi les communistes exilés.

Malgré le soutien que le Parti Communiste chinois et l’Humanité nouvelle en France accordaient à cette organisation, au milieu des années soixante, elle traversa une période de crise après laquelle les militants de base réussirent à former -à la fin de 1967- un nouveau Comité de coordination à Paris, avec le but de reconstituer le Parti communiste.

L’autre groupe qui prit part active à la fondation, et qui par la suite aura une importance spéciale dans l’OMLE, est l’Organisation communiste marxiste-léniniste, dont Francisco Javier Martínez Eizaguirre était à la tête à Paris; il était un ouvrier basque né à Erandio (Bizkaia), provenant des Comités de Soutien à la Lutte de Libération du peuple vietnamien et des organisations guevaristes partisanes d’organiser la lutte armée en Espagne.

Martínez Eizaguirre fut membre actif du Comité des Commissions Ouvrières jusqu’au moment de sa rupture avec les carrillistes. L’Organisation communiste marxiste-léniniste avait aussi dans ses buts la reconstruction du Parti Communiste.

Les autres membres de l’Organisation en herbe étaient aussi militants des Comités de soutien à la Lutte de Libération du peuple vietnamien et jouèrent un rôle remarquable parmi l’émigration espagnole et durant les événements de mai 1968 à Paris et dans d’autres villes de France. Parmi ces derniers, il y avait plusieurs jeunes en relation avec des ouvriers et des étudiants de Madrid.

En pleine explosion de mai 1968, des représentants de ces groupes eurent une série de discussions à Paris, où finalement il fut décidé de réaliser un travail politique commun. On fit des préparatifs pour mener à bien une Conférence, en créant un Comité de Liaison où chacun des groupes intéressés au projet eut sa représentation.

Compte tenu la dispersion régnante parmi les communistes opposés à la politique de réconciliation nationale préconisée par les carrillistes, la Conférence ne se proposa que tenter de grouper les forces pour reconstruire le Parti, puisqu’on considérait que le Parti Communiste d’Espagne, avec sa ligne politique révolutionnaire, avait cessé d’exister aux mains de Carrillo et ses partisans. Il était nécessaire, avant tout, de se mettre au travail pour relever le Parti sur la base d’un programme révolutionnaire marxiste-léniniste.

La Conférence constitutive de l’Organisation eut lieu à Bruxelles en novembre 1968 et 25 militants de deux groupes y participèrent. Tous se sentaient fortement influencés par l’expérience de la Révolution chinoise, ce qui se manifesta lors de la Conférence au moment d’adopter les résolutions relatives à la ligne politique.

On explique de cette façon qu’ils définirent l’Espagne comme étant un pays semi-féodal et colonial, oppressé et exploité par l’impérialisme yankee et qu’en accord avec ces postulats, ils établirent une Ligne de lutte et d’alliance de classes pour la libération nationale.

À cette époque-là, l’OMLE créa les Commissions Ouvrières de quartier parmi les travailleurs émigrants de Paris, participa à la Ière assemblée de Commissions Ouvrières d’Europe en juin 1970 et dirigea l’organisation de masses L’Émigrant, qui éditait un journal portant le même nom: Alors, l’OMLE était complètement immergé dans le mouvement de gauche qui dénonçait le révisionnisme d’une façon littéraire pour pratiquer le suivisme; c’est-à-dire qu’elle restait à l’ombre du PCE, en soutenant la même ligne. Les exilés et les émigrants avaient un rôle important pour mettre en relief l’inexistence d’un vrai parti communiste et la nécessité de le reconstruire; ils commencèrent à percevoir les problèmes avant que ne le fassent les ouvriers avancés d’Espagne, dû à leur contact avec le mouvement communiste international, mais ils étaient fort limités à cause de leur éloignement du pays. Cela ne leur permettait pas d’apercevoir la réalité de l’Espagne (21).

Bien qu’à la Conférence de Bruxelles ils aient formé un Comité Central et une Commission exécutive pour diriger tout le travail politique, ils négligèrent le centralisme démocratique. L’Organisation se structura en diverses fédérations, toutes à l’étranger. Seul un petit nombre de militants fut envoyé à l’intérieur, où ils constituèrent deux autres fédérations à Madrid et à Cadix.

Pour la propagande fut pareil. L’OMLE avait commencé la diffusion d’un journal unique (Bandera Roja) édité à Paris, mais l’éloignement les empêchait de refléter la situation réelle d’Espagne.

Ces premiers problèmes auxquels l’Organisation se heurta peu après sa naissance s’aggravèrent à cause des désaccords et des contradictions qui opposaient chacune des fédérations à la Direction. Le Comité Central et le Comité exécutif commençaient à faire eau de toute part. Plusieurs réunions générales de représentants de chacune des fédérations avec le Comité Central eurent lieu; c’étaient des réunions où se manifestait, toujours, un plus grand nombre de problèmes sans résolution, en même temps que le travail politique de toute l’Organisation stagnait.

Seul Eizaguirre, à la tête d’une poignée de militants de la fédération de Paris, et d’autres militants qui développaient leur travail à l’intérieur poursuivirent le travail malgré les difficultés. Membre fondateur de l’Organisation, Eizaguirre resta ferme à sa place à travers tous les avatars et les désagréments de la lutte révolutionnaire, à travers les querelles des groupes politiques de l’émigration et de la dissolution presque totale de l’OMLE avant de contacter les groupes communistes de l’intérieur.

Dans une bonne mesure, on lui devait les progrès de l’Organisation. Il avait porté sur ses épaules la plus grande partie du travail politique et les frais économiques qui en découlaient, avant que soit constitué le Centre dirigeant. C’était lui qui avait assuré pendant longtemps l’édition de l’organe de presse et son introduction en Espagne.

L’une des consignes les plus importantes de cette première époque était la nécessité de l’union, de regrouper tous les communistes autour de la tâche de reconstruire le Parti, ce qui n’était pas conçu comme une tâche exclusive de l’OMLE, mais de tous les groupes qui avaient rompu avec le révisionnisme.

On peut dire que cette simple consigne fut celle qui sauva l’OMLE, contrairement aux autres groupes de l’époque: Il y avait quelque chose qui la différenciait des autres organisations, car tandis que les autres étaient déjà le ‘Parti’, l’OMLE cherchait sa reconstruction et, malgré qu’elle ait une ligne incorrecte, on pouvait encore faire quelque chose avec elle. Cela amena l’organisation à une promotion de camarades plus liés aux conditions du pays. Logiquement, la lutte idéologique interne commença dès le moment même où on commença à travailler (22).

L’OMLE fut la seule organisation qui ne surgit pas comme étant le Parti, mais qui se proposait de le reconstruire. Cependant, comme le temps le démontrera, cette reconstruction ne découlerait pas de l’union avec d’autres groupes dits communistes, mais de la critique implacable de ceux-ci.

Trois longues années s’écoulèrent avant de nous en rendre compte.

1.5 Les deux fédérations de l’intérieur: Cadix et Madrid

En même temps que les fédérations de l’étranger se dissolvaient, opposées les unes aux autres et ne surmontant pas les nombreux problèmes, le travail de l’Organisation à l’intérieur progressait. Les militants, peu nombreux, qui réalisaient leur travail politique clandestin à l’intérieur réussirent à établir le contact avec certains groupes d’ouvriers et d’étudiants à Madrid et à Cadix et commencèrent à diffuser le journal, Bandera Roja, édité par l’Organisation en France par leur biais. On commença à créer de cette façon les conditions pour le développement de l’OMLE.

Au début de l’activité de l’Organisation en Espagne, au seuil des années soixante, les quartiers de Vallecas et de Quintana à Madrid furent la base principale du travail. C’est à partir de ces quartiers que le rayon d’action de l’OMLE s’étendra aux autres quartiers, aux usines et aux facultés pour ensuite développer son activité à d’autres régions et à toutes les nationalités de l’État sur une base d’organisation plus solide.

Enrique Cerdán Calixto, Pepa Alarcón Lafuente et beaucoup d’autres furent militants de cette première heure de l’organisation à Madrid. Ces jeunes apprirent bientôt, à travers la lutte, ce que beaucoup d’ouvriers savaient déjà alors: que le parti révisionniste et sa politique de réconciliation n’étaient qu’un bobard que la bourgeoisie utilisait contre les travailleurs. Ils apprirent aussi à faire des graffitis, à distribuer de tracts, à fabriquer des cocktails Molotov et à organiser des commandos d’agitation pour la dénonciation politique.

L’été de 1970, ils dénoncèrent, par exemple, les assassinats d’ouvriers du bâtiment à Grenade ; plus tard, ils firent appel à la lutte contre l’état d’exception décrété par le Gouvernement au Pays Basque et participèrent aux manifestations de solidarité avec les accusés devant le conseil de guerre de Burgos, en décembre de cette année.

Cette première poignée de jeunes avait beaucoup d’enthousiasme et de volonté; toutefois, les problèmes de toute sorte qu’ils devaient affronter étaient nombreux et, à cette époque-là, les solutions adéquates manquaient toujours. Leurs idées en matière d’organisation étaient erronées et ils manquaient d’expérience de travail de parti.

En outre, la direction de l’Organisation était bien loin d’avoir établi clairement une stratégie et une tactique politiques, c’est pourquoi l’Organe central se contentait de diffuser des idées vagues sur une hypothétique domination impérialiste yankee en Espagne et des consignes de lutte pour la République Démocratique populaire.

Par ailleurs, on ne savait pas très bien comment mettre en pratique l’idée de la reconstruction du Parti, la seule idée vraiment claire et juste sur laquelle on devait baser la plus grande partie du travail à ce moment-là.

Depuis ces jours, à l’OMLE on apprit tout en marchant: le sens profond de la solidarité qui animait ces jeunes, le vif instinct de classe des ouvriers, la clandestinité et la lutte contre l’État capitaliste détesté, si enracinés parmi la classe ouvrière d’Espagne, firent au début ce que le marxisme-léninisme ne pouvait faire, simplement parce qu’on ne le connaissait pas.

Cette ignorance était l’héritage de trente ans de dictature fasciste et surtout de beaucoup d’années de désorganisation et de confusion fomentées par le révisionnisme. La répression fasciste et le révisionnisme avaient conspiré contre le mouvement ouvrier, mais ils ne purent étouffer l’instinct de classe.

Les premiers pas sont faits aussi à Cadix à cette époque. Dans cette ville, la naissance de l’OMLE pivotait autour du groupe de théâtre Quimera, Théâtre populaire. Ce groupe avait des caractéristiques très particulières. Ses membres étaient tous travailleurs, et lors de ses représentations ils se préoccupaient plus du fond, du contenu, que des formes ; ils se consacraient plutôt à faire de l’agitation qu’à jouer des œuvres artistiques.

José María Sánchez Casas était à sa tête ; c’était un autodidacte ; son père travaillait comme employé dans un magasin et sa mère était cuisinière chez de citoyens huppés. Sánchez Casas travaillait sur le quai de Cadix. Le groupe de théâtre attira l’attention non seulement des autorités, qui tentaient d’empêcher ses représentations en envoyant la Garde civile, mais aussi de différents groupes politiques de gauche.

L’été de 1969, un jeune, qui sera surnommé après Le Français, apparut dans les locaux où ils répétaient l’œuvre de Bertotl Brecht La Vie de Galilée. Ce jeune donna quelques exemplaires du journal Bandera Roja aux membres du groupe de théâtre. Lors de sa deuxième visite à Cadix, quelques mois après, il portait un duplicateur et la proposition de s’organiser dans l’OMLE.

Sánchez Casas et son groupe ne savaient pas plus de l’Organisation que ce qu’ils avaient lu dans ces numéros de Bandera Roja, mais ils avaient remarqué quelque chose qui le rendait différent des autres journaux édités par d’autres groupes opportunistes de gauche et ils décidèrent d’y adhérer. Trois formèrent le noyau de l’Organisation de l’OMLE à Cadix, parmi lesquels Sánchez Casas.

Au début, les actions politiques de ce groupe étaient sporadiques et le spontanéisme y prédominait; de plus, ils ne trouvaient pas de directives précises pour les orienter dans leur travail dans le journal arrivé de France par la poste. Les seuls contacts qu’ils avaient avec la Direction consistaient dans les visites qui leur venaient de Madrid tous les six mois.

Pourtant, le noyau commencera bientôt à développer une activité énorme. Le groupe de théâtre servait d’agglutinant pour de nombreux jeunes travailleurs de la localité et d’organe de propagande. On jouait des œuvres où on criait les consignes diffusées en tracts clandestins auparavant par toute la ville. Des réunions avaient lieu avec tous ces jeunes dans les locaux où le groupe de théâtre répétait et on y discutait sur les problèmes politiques et syndicaux.

Toutefois, on ne pouvait encore parler d’une vraie organisation communiste ; on agissait plus par intuition et par élan de rébellion devant la répression et l’exploitation que les masses travailleuses subissaient.

Ces jours-là, on prit contact avec Juan Carlos Delgado de Codes, qui étudiait la Navigation et qui travaillait comme concierge à l’ordre des médecins de Cadix pour se payer les études. C’était un jeune décidé qui donna des signes d’une capacité d’analyse peu commune dès le premier moment.

D’origine ségovienne, la politique fut toujours la raison de sa vie, et la lutte de classes, la lutte pour le socialisme, la seule politique possible ; il sera assassiné à Madrid, Place de Lavapiés, en avril 1979 d’une balle dans la nuque.

Plus tard, on réussit à établir des contacts dans les chantiers navals de Cadix et dans la corporation du bâtiment ; quelques-uns étaient militants des Jeunesses ouvrières catholiques et des Commissions Ouvrières, aussi attirés pour la propagande de l’OMLE qui commençait à se répandre à Cadix. À une occasion, les responsables de la propagande avaient besoin d’une cachette pour le duplicateur et ils décidèrent d’en parler avec un jeune ouvrier du bâtiment qui méritait leur confiance.

Il s’appelait Juan Martín Luna. On lui parle de l’affaire et Luna n’hésita pas un seul moment. Depuis lors, il s’engagea dans l’Organisation étant l’un de ses militants les plus actifs. Malgré sa jeunesse, Martín Luna gagna bientôt le respect de tous ses camarades, beaucoup d’entre eux plus âgés; il fit des meetings et du prosélytisme, organisa des groupes de sympathisants dans le bâtiment et promut quelques luttes ; c’étaient les débuts d’un travail de parti auquel il consacra toute sa vie.

À cette époque, un fait capital se produisit dans l’OMLE. Manuel Pérez Martínez venait de sortir de la prison de Carabanchel (Madrid) – où il était resté quelques mois pour un délit de propagande et d’association illégale – et il prit contact avec l’Organisation dans son quartier, El Pozo del Tío Raimundo.

Il apportera au groupe initial de l’OMLE à Madrid des choses fondamentales, dont elle avait manqué jusqu’alors: de l’expérience dans le travail de parti, des idées précises sur la façon dont il ne fallait pas continuer à travailler et la connaissance des principes fondamentaux du marxisme-léninisme.

Manuel Pérez Martínez était un ouvrier du bâtiment comme son père. Il avait milité dans le PCE depuis 1963, dès sa jeunesse la plus précoce, jusqu’à 1968, date où il se sépara avec d’autres camarades du parti à la suite d’une assemblée des Commissions Ouvrières qui eut lieu dans le village de San Fernando de Henares, aux alentours de Madrid.

Il avait créé l’organisation des Jeunesses Communistes à Vallecas et il dirigea les luttes des habitants du quartier du Pozo del Tío Raimundo pour l’amélioration des conditions de vie, avec de jeunes militants catholiques. En 1965, répondant à un appel de tracts faits par les jeunes des deux tendances, les habitants du Pozo et d’Entrevías firent une grève du transport public. Lors de cette grève, de nombreux groupes d’ouvriers détruisirent la pratique totalité des véhicules de l’entreprise Vallejo. Le service fut amélioré immédiatement.

Stimulés par ces réussites, les jeunes qui avaient dirigé cette action de masses décidèrent d’étendre leur coopération à d’autres camps d’activité. C’est ainsi que naîtra la première Commission ouvrière de la jeunesse – intégrée par de jeunes communistes et catholiques -, une expérience qui donnera lieu les années suivantes à un large mouvement organisé de la jeunesse ouvrière à Madrid et dans d’autres capitales. La Direction carrilliste tentera bientôt d’utiliser ce mouvement de la jeunesse pour ses tractations politiques avec la bourgeoisie.

Manuel Pérez Martínez et d’autres camarades s’opposèrent dès le début, de la façon la plus résolue, à ces manœuvres et à toute renonciation à la lutte révolutionnaire pour faire un marché avec la bourgeoisie monopoliste. Il y avait longtemps qu’ils critiquaient au sein du parti carrilliste la ligne idéologique et la politique réformiste et traîtresse de la Direction.

Ces critiques s’accentuèrent à mesure que le temps s’écoulait et que la trahison carrilliste aux intérêts ouvriers était de plus en plus claire, jusqu’au moment où Pérez Martínez et ses camarades décidèrent de dénoncer publiquement et ouvertement les carrillistes, et rompirent avec eux et avec les Commissions Ouvrières de la jeunesse qu’ils contrôlaient.

Cette rupture toucha de nombreux jeunes ouvriers et étudiants, qui n’hésitèrent plus à l’heure de s’affronter aux carrillistes ; cela ouvrira la porte à tout un courant de critique du révisionnisme et à la création des nombreux groupes qui conformeront plus tard le mouvement de la gauche radicale à Madrid et dans d’autres endroits.

Cependant, bientôt se fera sentir la nécessité d’une organisation unifiée, qui agisse conformément aux principes idéologiques et politiques et aux normes de fonctionnement marxiste-léniniste.

Entre-temps, Manuel Pérez développait une large activité de propagande des idées communistes et pour l’organisation syndicale des ouvriers du bâtiment. Ces activités se feront remarquer plus tard, durant la grève du bâtiment de septembre 1971 et dans celles qui auront lieu à Madrid les années suivantes, des grèves où les Cercles Ouvriers du bâtiment, promus par l’OMLE, feront sentir leur présence de plus en plus.

Le travail développé par Manuel Pérez Martínez parmi les ouvriers et la jeunesse l’emmènera à la prison de Carabanchel le printemps de 1970. En sortant de prison, il s’engagea dans l’OMLE dans un groupe composé d’ouvriers et d’étudiants qui avaient rompu avec le révisionnisme auparavant, après être passés par l’épreuve du feu des débats et des dissensions sur n’importe quoi dans le meilleur style de l’époque, avant d’élaborer patiemment de justes conclussions politiques.

L’incorporation de ces nouveaux militants à l’OMLE se fit sentir rapidement dans l’organisation de Madrid, et leurs idées se reflétèrent dans le travail politique. Bientôt, on commença à organiser des cellules dans les quartiers, dans les entreprises, dans l’université, et petit à petit le libéralisme et la copinage régnants dans les relations des camarades furent bannis. On commença à étudier et à discuter à tous les niveaux les textes marxistes dont on disposait.

On obtint aussi un duplicateur qui se substitua à celui emprunté qu’on utilisait, et on commença à éditer de tracts d’agitation qui analysaient la réalité quotidienne sur les lieux de travail et dans les quartiers. Bandera Roja arrivait encore de Paris, mais il s’éloignait de plus en plus des vrais problèmes et ne répondait plus aux exigences du travail pratique.

On commença à entreprendre avec fermeté beaucoup de tâches, à analyser les événements politiques et les luttes des ouvriers en Espagne et à diffuser des consignes d’organisation, d’unité et de résistance, tous convaincus que ce qu’ils ne feraient pas pour reconstruire le Parti, personne ne le ferait. Pour toutes ces raisons, 1971 allait devenir une année clef et pas seulement pour l’organisation de Madrid.

Le Premier mai de cette année-là, l’OMLE organisa des manifestations, ou plutôt des sauts de type commando, à Palomeras et dans la zone d’Ascao, l’une durant la matinée et l’autre durant la soirée. La manifestation du matin à Palomeras fut l’une de celles qui se gravent dans la mémoire: en plein soleil et avec tout le quartier dans la rue en criant À bas le fascisme ! et en saluant les drapeaux rouges.

Divers piquets avaient passé toute la nuit à faire des graffitis avec des seaux et des pinceaux. Les rues des quartiers d’El Pozo et de Palomeras parurent remplies de consignes de Vive le Premier mai et Boycott des élections syndicales: l’impact parmi les gens fut immense et entraîna la venue d’une tradition d’agitation qui accompagnera partout l’OMLE, et après le PCE(r).

La manifestation commença à midi dans la rue Pedro Laborde et finit à Palomeras Bajas, à côté la voie du chemin de fer. On parcourut tout le quartier, en pendant des drapeaux rouges sur les câbles électriques et en distribuant des tracts qui expliquaient uniquement le cas des dix ouvriers pendus à Chicago, parce qu’une manifestation du Premier mai ces années-là n’avait pas besoin de beaucoup d’explications.

Quelque deux cents personnes l’avaient commencé et plus de mille la finirent, une demi-heure plus tard. La police et les sapeurs-pompier arrivèrent pour retirer les drapeaux. Cette manifestation fut une grande fête ; le prêtre Llanos et son cortège de soutanes – parmi lesquelles se détachait le prêtre Palatin, ensuite conseiller municipal avec le PSOE d’où il passa au ministère de l’Intérieur – commencèrent à se préoccuper de l’activité de l’OMLE dans le quartier, qui en peu de temps leur arrachait leur pouvoir sur ce laboratoire d’expérimentation sociale avant-gardiste de la hiérarchie ecclésiastique.

Les luttes de l’usine Manufactures textiles, dans la banlieue de Vicávaro, furent un fait important pour l’organisation de Madrid aux alentours de cette date. Les conditions de travail dans l’usine étaient vraiment misérables, plus encore que dans les autres usines du textile ; en outre, la direction tenta un licenciement collectif des travailleuses, parmi elles une camarade.

Cependant, un nombreux cercle d’ouvrières restait à l’intérieur et elles réussirent à arrêter le travail avec les consignes de réadmission, contre la régulation du personnel et pour toute une série d’améliorations. La réponse du patronat fut la procédure de crise et la fermeture définitive de l’usine. Ses portes ne furent jamais ouvertes à nouveau, mais le groupe d’ouvrières à la tête de ces luttes sera la base de l’organisation du textile à Madrid dans les années suivantes et du travail de parti de l’OMLE dans cette branche industrielle.

1.6 Pour un centre unique de toute l’Organisation

La Conférence de constitution de l’OMLE avait eu une grande importance parce qu’on y formula d’une façon claire et concrète l’objectif principal des communistes en ces moments-là: le Parti n’existait plus, il avait été désagrégé par les agents de la bourgeoisie infiltrés au sein de la classe ouvrière et, par conséquent, il fallait se mettre au travail pour le reconstruire.

Les premiers pas faits dans cette direction commençaient à mettre en évidence deux conceptions opposées. D’une partie, ceux qui soulignaient, Manuel Pérez en tête, la nécessité d’un seul Centre dirigeant pour toute l’Organisation et qui faisaient de la contradiction entre le peuple et l’État fasciste la contradiction principale de la société, et d’une autre, les partisans du polycentrisme (de la structure fédérative de l’organisation), qui continuaient à parler de l’Espagne comme étant une colonie yankee.

Ces différences politiques de fond se reflétaient, surtout, à l’heure de mettre en pratique un fonctionnement et un style de travail vraiment léniniste pour la reconstruction du Parti. L’affrontement avec les vieilles conceptions connut un premier point critique à la suite du deuxième appel à la grève générale dans le bâtiment que lancèrent les Commissions ouvrières en septembre 1971 à Madrid.

Lors de leur premier appel, l’année précédente, les révisionnistes avaient réussi à entraîner derrière eux toutes les organisations de gauche, y compris l’OMLE. Maintenant, par contre, on comptait déjà sur cette expérience.

Manuel Pérez travaillait alors sur le chantier de l’Université de Cantoblanco et connaissait fort bien la situation d’effervescence dans le secteur: un appel de ce genre était criminel, comme l’avait été l’antérieur, car il ne servait qu’à augmenter la discorde, à paralyser les multiples luttes partielles et à manœuvrer tout le mouvement au profit de la réconciliation, la chose la plus contraire au sentiment des ouvriers. Il fallait donc dénoncer cet appel comme une provocation.

Toutefois, tout le monde n’était pas d’accord dans l’OMLE avec ce point de vue. On avait accepté par majorité quelques mois auparavant la consigne de Boycott des élections syndicales, contre les propositions des carrillistes de remporter le Syndicat Vertical; en revanche, maintenant, il y avait ceux qui considéraient plus pratique de ne pas descendre de la charrette de Commissions Ouvrières et de continuer à leur traîne en appuyant l’appel. Manuel Pérez réussit à imposer son point de vue au sein du Comité Local de Madrid et fut responsable d’organiser la campagne.

On fit des réunions avec les ouvriers, on distribua des tracts avec la consigne de Boycott de la provocation bourgeoise et on organisa des assemblées explicatives et de piquets dans les centres de travail pour dénoncer la grève comme liquidatrice. C’est de cette façon -disait le numéro 15 de Bandera Roja quelques mois après- que l’OMLE se mit à la tête du mouvement et commença à indiquer le chemin.

Cette campagne apprit aux militants et aux sympathisants ce qu’est le révisionnisme plus que toutes les critiques parues dans Bandera Roja jusqu’alors, et aussi comment on devait le combattre dans la pratique si on voulait reconstruire le Parti, diriger le prolétariat et cesser d’être un petit groupe de plus de gauchistes faisant la sieste à l’ombre des carrillistes et traînés par leur inertie réformiste. La clef était de rompre réellement et définitivement avec le révisionnisme, de se mettre à la tête de la classe ouvrière et non de rester toujours à sa queue.

Ceci fut la première expérience pratique où l’OMLE se mit réellement à la tête du prolétariat. Une époque nouvelle commençait. Derrière restait une Organisation qui, comme celles surgies du révisionnisme, n’accumulait que confusion politique et d’organisation.

On rompit définitivement avec cette pratique, mais il fallait rompre aussi avec beaucoup d’autres choses. Maintenant, la bataille était dans les rangs mêmes de l’Organisation. La Vème Réunion générale convoquée pour octobre 1971 marquera le début de cette nouvelle étape.

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Fraction Octobre du PCE(r): Lettre à la rédaction de Front Social (2001)

[Lettre reçue et publiée par la revue Front Social suite à la parution de l’article Le PCE[r] : entre réformisme armé et rupture révolutionnaire. La Fraction dont il est question n’a jamais été reconnu par le PCE(r).]

Fraction Octobre du PCE(r)

Lettre à la rédaction de Front Social

20 Mai 2001

Chers camarades,

Je suis depuis un certain temps avec intérêt votre revue. J’ai lu dans le n. 18 l’article Le PCE[r] entre réformisme armé et rupture révolutionnaire. Je voudrais à travers ce courrier exprimer mes impressions et en même temps profiter pour vous envoyer mes salutations révolutionnaires.

J’apprécie beaucoup que des communistes français prêtent attention aux positions de notre Parti. Comme vous bien dites, « les révolutionnaires français doivent connaître l’expérience du PCE[r] »; également les révolutionnaires espagnols doivent connaître la vôtre.

Ainsi nous pouvons échanger nos respectifs points de vue et nos expériences, apprendre les uns des autres, autant à travers les succès qu’à travers les erreurs, resserrer les liens internationalistes et contribuer, chacun selon ses forces, à la renaissance du mouvement communiste international.

L’article que vous avez publié m’a paru, en général, très positif.

Il souligne certains points clef de la lutte entre les deux lignes qu’on mène maintenant dans notre Parti.

Je constate que vous avez compris et bien exposé les origines et les manifestations principales de la ligne de droite et son système particulier de se camoufler sous une tactique apparemment radicale ou gauchiste.

Je vois que vous percevez dans une certaine mesure l’existence et la force de la ligne révolutionnaire. Autrement vous ne prendriez pas en considération le PCE[r] en tant que parti révolutionnaire et encore moins vous lui consacreriez des pages dans votre revue.

Par contre, je crois que vous n’avez pas les idées assez claires pour ce qui concerne les origines et les manifestations de la ligne révolutionnaire.

D’ailleurs ce n’est pas facile pour quelqu’un qui observe de l’extérieur, étant donné que depuis de la fin de la Réforme (1976-1982) il n’y a pas eu dans nos rangs une ligne de démarcation nette entre la ligne révolutionnaire communiste et la ligne de droite.

On peut même dire que ce manque de contours bien nets entre les deux lignes, mais surtout pour la ligne révolutionnaire, jusqu’à presque la constitution de la Fraction Octobre (Fracción Octubre, juin 2000), constitue un trait caractéristique du mouvement historique particulier de la lutte idéologique au sein du PCE[r].

A mon avis il ne faut pas l’attribuer à la capacité de se camoufler qu’aurait la ligne opportuniste qui s’est configurée au fur et à mesure que ses représentants ont persisté à ne pas reconnaître les erreurs commises sous leur orientation et sous leur direction.

Il s’agit plutôt d’une insuffisante compréhension du marxisme de la part du Parti dans son ensemble, du manque d’une véritable lutte idéologique (ou de l’étouffement de celle-ci chaque fois qu’elle éclatait) et de la faiblesse de l’organisation qui est due surtout à son faible enracinement et à sa faible influence au sein du prolétariat conscient et de la vie politique espagnole.

Il ne faut pas non plus oublier un autre aspect qui a déterminé ce manque de délimitation claire entre la tendance révolutionnaire et la tendance opportuniste, qui explique la relative capacité de manœuvre de cette dernière et en même temps l’apparente et relative faiblesse de la ligne révolutionnaire : le fait que les velléités politiques de rupture ou  » négociatrices  » des droitiers n’ont jamais pu aller jusqu’au bout, puisque le régime prétendait que le Parti renonce à sa ligne de résistance.

Ceci montre que l’opportunisme, quoique pour une longue période pendant son développement n’a pas dû lutter ouvertement avec une opposition définie et consciente, cependant il ne s’est jamais senti assez fort pour mener ses projets jusqu’au bout ; ce qui veut dire que la ligne révolutionnaire posait des obstacles.

Ce n’est pas mon intention d’entrer ici dans chaque problème que vous avez soulevé dans l’article que vous nous avez consacré et encore moins d’exprimer mon opinion au sujet des toutes les appréciations faites autour du PCE[r] et des GRAPO parce que la discussion s’élargirait trop.

Donc je vais me limiter aux évaluations qui me semblent les plus importantes, car elles n’affectent pas seulement la tactique et la stratégie de la révolution en Espagne, mais elles ont une portée internationale.

Certes, dans les problèmes auxquels notre Parti est confronté pèse beaucoup la contradiction qu’à grandes lignes montre l’auteur dudit article entre le réformisme radical (*), – qui prend la forme du soutien politique à la lutte armée pour imposer à l’Etat une  » réforme démocratique  » – et l’aspiration à mener au bout la révolution socialiste, c’est-à-dire ce que vous appelez  » rupture révolutionnaire « .

L’existence de cette contradiction – qui parcourt notre discours politique et se ramifie en d’autres contradictions diverses plus concrètes, qui nous amènent souvent à affirmer une chose et son contraire – reflète en somme une contradiction entre les deux lignes qui se sont opposées sans arriver jusqu’aux événements assez récents à le faire ouvertement et frontalement.

La constitution de la Fraction Octobre, en juin 2000 et la publication peu après de son organe de presse La Gaceta, sont la manifestation la plus claire de l’émergence conséquente d’une ligne dans laquelle a toujours baigné la vitalité révolutionnaire du Parti.

Ça explique pourquoi la Fraction Octobre, malgré son entité actuelle assez modeste en tant que force organisée, constitue déjà maintenant le centre de convergence et de rassemblement le plus important de camarades et de ressources pour la victoire de la ligne révolutionnaire, étant donné que la ligne de droite tient dans ses mains depuis des années la direction et l’utilise sans scrupules pour s’imposer au Parti tout entier.

La force de la ligne de droite dans nos rangs ne peut pas être séparée, comme je l’ai déjà dit, de la crise et de la désorientation auxquels est soumis notre mouvement à niveau international ni de nos limites dans la compréhension du marxisme.

Ces facteurs ont alimenté un certain dogmatisme qui à son tour a empêché de combattre avec efficacité 1. la survivante influence idéologique du révisionnisme moderne, que, cependant, nous traînons, 2. sa reproduction et 3. sa pénétration à la dérobée dans le Parti.

La ligne de droite se reflète au sein de notre Parti pas seulement dans la conservation d’une tactique erronée et dans une orientation politique réformiste de la lutte armée (dans le sens de poursuivre des revendications politiques démocratico-bourgeoises), mais aussi dans une stratégie ambiguë et confuse pour la révolution socialiste.

Egalement elle se reflète, comme vous-mêmes avez bien observé, dans les illusions montrées au sujet de la capacité de régénération communiste du parti révisionniste de l’URSS – comme nous l’avons justement catalogué – ; illusions qui, dans le cas du parti révisionniste chinois dirigé par Deng Siao-ping, nous ont amenés à le considérer comme un grand parti communiste.

Et ceci jusqu’à il n’y a pas long temps. D’autre part, sur le plan de la théorie, nos problèmes se sont aggravés et compliqués 1. avec le rejet des apports de Mao au développement du marxisme, fait par le secrétaire général de notre Parti et 2. avec ses distorsions au sujet du véritable sens des principes marxistes, de leurs origines et de leur développement.

Nous ne pouvons pas passer non plus sur la grave incidence de l’opportunisme de droite sur le plan organique, qui fait en sorte que le centralisme démocratique soit systématiquement et gravement bafoué à travers l’annulation du débat et l’étouffement de la lutte idéologique, avec tout ce qui comporte comme accentuation du sectarisme et propulsion au fractionnisme de la part des dirigeants suprêmes du PCE[r].

Il est clair que notre Parti depuis pas mal d’années est en train de suivre une tactique erronée pour ce qui concerne l’accumulation des forces révolutionnaires.

Cette tactique, strictement liée à la recherche d’objectifs stratégiques intermédiaires impossibles, se fonde, d’un côté, sur notre caractérisation limitée de la Réforme politique du régime fasciste.

A ce sujet, il faut souligner que nous avons été les seuls à la considérer comme une manœuvre antidémocratique, mais nous lui avons attribué simplement la prétention de masquer la continuation du franquisme sans Franco.

Cela nous amena à ne pas comprendre les caractéristiques de la nouvelle période qui allait s’ouvrir pour la lutte des classes en Espagne, avec laquelle cependant nous nous sommes heurtés ; plus concrètement nous n’avons pas compris que la bourgeoisie devait absolument adopter des nouvelles méthodes pour affronter les contradictions entre elle-même et les masses populaires et en particulier avec la classe ouvrière.

Pour la même raison nous n’avons pas vu la nécessité qu’elle avait de changer le système de régler les contradictions entre les secteurs qui la composaient et les contradictions avec leurs respectifs alliés monopolistes et impérialistes d’autres pays.

Nos erreurs tactiques et stratégiques se basent de l’autre côté sur le fait de penser que la Réforme a complètement échoué et que pour cette raison la grande bourgeoisie espagnole serait obligée à retourner à ses origines franquistes, c’est-à-dire au fascisme ouvert.

Les deux thèses sont bien loin de la réalité. En premier lieu, parce que le système politique actuel, depuis que la Réforme a commencé à fonctionner, n’est aucunement différent du système de contre-révolution préventive présent dans la plupart des  » démocraties  » impérialistes; même si le régime de l’oligarchie financière espagnole prend ses origines à la date du 18 juillet 1936 et dans l’écrasement de la République Populaire.

En deuxième lieu, parce que, après la fin de la grande  » étape  » franquiste, aucune période n’a été plus  » démocratique  » que l’actuelle, pas même avec les gouvernements successifs du PSOE, ce qui ne permet pas d’affirmer que, depuis qu’Aznar est à la Moncloa, le régime est retourné à ses origines.

En troisième lieu, parce que, bien que la grande bourgeoisie ait échoué dans ses intentions de liquider ou dévier le mouvement de résistance, elle a obtenu avec la Réforme d’atteindre progressivement beaucoup des objectifs qu’elle se proposait, comme 1. priver le mouvement de résistance populaire de son caractère de masse (sauf au Euskal Herria) en profitant aussi de nos erreurs, 2. élargir la base sociale du régime avec le soutien des partis réformistes en lui donnant une certaine légitimité  » démocratique « .

La grande bourgeoisie a réussi à avancer en ce sens aussi en Euskal Herria, où le développement d’un fort mouvement populaire de libération nationale a entravé cette légitimation et cette  » normalisation démocratique  » du régime monarchique oligarchique.

Et cela grâce à la collaboration du nationalisme conservateur et de son parti le plus emblématique – le Parti Nationaliste Basque (PNV) – qui tente d’affaiblir et d’absorber le Mouvement de Libération Nationaliste Basque (MLNV) pour affirmer son hégémonie politique vis-à-vis des partis centralistes qui représentent les intérêts de l’oligarchie, comme on a vu clairement avec les dernières élections autonomes au Pays Basque (13 mai 2001).

Certes nous ne devons jamais oublier que ces succès du régime, que la Réforme a rendus possibles, sont précaires à cause de l’aggravation de la crise politique et économique que le système impérialiste traverse et de son incidence sur les différentes contradictions qui concernent la société espagnole, en particulier sur la contradiction qui oppose les masses ouvrières et populaires à la grande bourgeoisie.

C’est-à-dire, ces succès sont plantés dans des sables de plus en plus mouvants.

Notre dénonciation de la Réforme promue par l’oligarchie financière d’Espagne et aussi notre insistance dans la revendication que notre lutte actuelle pour le socialisme continue la résistance antifasciste et anti-impérialiste commencée avec la guerre nationale révolutionnaire et antifasciste (1936-39), il faut les mettre en relation avec ce dernier point.

Nous ne devons pas continuer avec la même tactique et la même stratégie d’autrefois.

Nous devons au contraire appliquer une tactique et une stratégie essentiellement différentes, similaires à celles qu’il faut appliquer aujourd’hui dans les autres pays impérialistes d’Europe. Les défenseurs de la ligne opportuniste n’acceptent pas de reconnaître tout cela.

Ils sont aveuglés par leur subjectivisme et occupés à éviter toute responsabilité pour les erreurs que le Parti vient de commettre.

Par conséquent ce n’est pas étrange que la ligne de droite soit obligée à inventer une réalité à sa mesure, à fin de maintenir sa prétention d’imposer à l’oligarchie, à travers la lutte armée et la mobilisation des masses des travailleurs, un régime de « libertés démocratiques  » ou une espèce de  » rupture démocratique « , comme le Parti a continué à faire de façon plus ou moins ouverte depuis qu’il adopta le Programme en Cinq Points en 1978.

Tout cela sans la nécessité de remettre en question le pouvoir politique et économique de la grande bourgeoisie financière. Les partisans actifs et conscients de la ligne opportuniste de droite ne se préoccupent pas que la mobilisation des travailleurs est absolument absente et que le type de lutte armée, que les GRAPO pratiquent, est toujours moins efficace et manque d’une perspective stratégique.

Ils sont en effets occupés à se camoufler derrière une phraséologie stérile et radicale (extrémiste) pleine de principes, dans l’attente que le gouvernement du moment vienne à une  » négociation  » qui donne un peu d’oxygène à leurs positions et à leurs illusions réformistes.

Cette même position réformiste, même si dépourvue de ces illusions et couverte dans ce cas par une bonne couche de utopisme, subjectivisme et  » gauchisme « , étant donné sa façade antifasciste et socialisante, inspire aussi le Programme Minimum du Parti.

Ce programme a l’objectif politique d’instaurer la République Populaire, avec laquelle, selon notre Manifeste Programme, « on commence une courte étape de transition qui peut être considérée aussi comme le commencement de la restructuration socialiste « .

Mais les inspirateurs de la ligne de droite ne nous disent pas comment nous allons renverser l’Etat oligarchique.

En effet d’un côté ils soutiennent qu’il n’est pas possible d’accumuler des forces sous le régime actuel, du fait qu’il serait un régime ouvertement fasciste; de l’autre côté, avec ça ils nient la viabilité d’une stratégie de guerre populaire de longue durée.

Donc rien d’étrange qu’ils nous ne disent pas comment le prolétariat va installer sa dictature et va commencer sans elle la  » restructuration socialiste « , pourvu qu’ils laissent le rôle du Parti Communiste dans la pénombre.

Et en plus ce n’est pas assez se poser comme objectif le renversement de l’oligarchie financière pour faire triompher la révolution socialiste, mais il faut aussi adopter une tactique et une stratégie conséquentes et révolutionnaires pour rendre possible la prise du pouvoir de la part du prolétariat. Autrement la révolution, même si très radicale, ne réussira pas à dépasser le cadre démocrato-bourgeois et elle sera battue.

Mais la chose plus curieuse de tout ceci est que, après avoir indiqué la voie révolutionnaire en Espagne comme originale et complètement différente des autres pays, ils ne trouvent rien de mieux pour le démontrer que proposer cette même tactique et cette même stratégie comme une ligne que les communistes des autres pays européens aussi devraient suivre.

Comme confirmation de cela et pour ce qui concerne la France, il suffit de regarder les derniers écrits envoyés par Arenas de la prison de Fresnes.

Il alerte contre la  » vichysation  » de la  » démocratie  » française.

De cette façon il ne fait que manifester sa prétention d’appliquer aussi à la France la théorie opportuniste du prétendu retour du régime politique espagnol à ses origines franquistes et sa vision particulariste de la  » transition au socialisme  » en Espagne.

Les déclarations faites ces jours-ci par le gén. Paul Aussaresses au sujet de ses actions accomplies quand il était à la tête des escadrons de la mort pendant la répression menée par l’armée française contre le FLN et contre le peuple algérien, confirment, aussi à ceux qui ne veulent pas se rendre à l’évidence, que l’Etat français n’a pas besoin de retourner à Vichy pour lancer contre le mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière les services, les organismes et le personnel mercenaire et dressé, comme le général lui-même dit, à  » voler, tuer, vandaliser, terroriser. … à crocheter les serrures, à tuer sans laisser des traces, à mentir, à être indifférent à ma souffrance et à celle des autres, à oublier et à me faire oublier. Tout cela pour la France. …dans l’intérêt de mon pays et dans la clandestinité … ». (Le Monde, 3 mai 2001).

C’est très significatif que Jospin, Chirac et d’autres notables de votre pays ont immédiatement concentré le débat autour du repentir et du bilan du passé, en déviant l’attention du fait qu’aujourd’hui les Renseignements Généraux et les autres services plus ou moins occultes de l’Etat français font exactement la même chose, qui est décrite par le général Aussaresses et que ceci constitue l’objet d’enseignement justement dans les écoles militaires et de police de la République française (et des autres pays impérialistes).

Toutes ces erreurs révèlent effectivement que le PCE[r] n’a pas coupé complètement les ponts avec le révisionnisme sur le plan idéologique.

Comme j’ai déjà expliqué, cette rupture a été empêchée surtout à cause de l’influence du dogmatisme dans nos rangs. Cela explique 1. pourquoi notre lutte contre le révisionnisme a été limitée fondamentalement au plan politique, 2. pourquoi nous n’avons pas dépassé substantiellement les conceptions limitées de la période de l’Internationale Communiste et 3. pourquoi à la fin il est arrivé que nous n’avons pas fait, comme il le fallait, le travail de construction d’un nouveau parti communiste, doué d’une juste tactique et enraciné au sein de la classe ouvrière.

Notre sous-estimation et aussi notre manque de conscience de l’influence du révisionnisme au sein de notre mouvement et parmi les ouvriers et les éléments avancés sont des exemples éclatants de cela.

L’origine de la crise particulière de notre Parti se trouve dans la prédominance pendant une longue période de ces thèses réformistes, dont nous n’avons pas réussi à nous débarrasser à cause de l’influence idéologique du dogmatisme et de l’héritage du révisionnisme moderne.

Cette crise peut se résoudre avec le développement sur une grande échelle de la lutte entre les deux lignes.

Elle pourra résoudre enfin la contradiction entre le réformisme et les aspirations et les objectifs révolutionnaires du Parti avec la victoire de la ligne communiste.

Cela arrivera quand la tendance opportuniste de droite, difficilement identifiable pour les raisons déjà dites et qui occupe d’importantes positions au sein des organes dirigeants, sera démasquée et battue.

Elle est le principal obstacle à la rectification de nos erreurs.

Ces trois dernières années, cette ligne de droite pour se camoufler a dû rejeter les apports de Mao, qu’au contraire dans le passé elle avait soutenus avec ostentation [en les faisant propres].

En 1993 Arenas même avait publié un article tendancieux contre le président du PCP, Abimael Guzmán, qui venait d’être arrêté, avec le titre Le maoïsme et la caricature du marxisme, où il s’érigeait paladin du maoïsme. Avec ce rejet, les droitiers ont accentué son dogmatisme (voir la trilogie composée par les articles publiés dans les n. 2, 4 et 5 de Antorcha, sous les titres respectivement, Ligne de masse et théorie marxiste de la connaissance, L’universel et le particulier et Le problème de l’identité).

Ce va-et-vient théorique confirme indirectement les difficultés que la ligne opportuniste rencontre pour garder sa prédominance au sein de la direction du Parti.

Mais toutes ces manifestations de l’influence que le révisionnisme a eue dans nos rangs pendant des longues années, même si cachées sous une défense seulement en paroles des principes marxistes, ne doivent pas faire oublier les manifestations de notre ligne rouge, comme les communistes chinois avaient l’habitude d’appeler la ligne révolutionnaire pendant la Révolution Culturelle.

Elle s’est manifestée dans certains pas importants effectués, depuis ses origines et sur différents plans, par notre Parti en rupture avec le dogmatisme et le révisionnisme.

Des pas tels qui constituent à ce jour l’aspect principal de l’activité développée par le Parti pendant les 25 ans de sa vie. Je crois qu’il faut tenir en grand compte ces apports, même si nous n’avons pas su les théoriser d’une façon adéquate (chose qui est à la base de nos constantes et flagrantes contradictions).

C’est le cas de la thèse universelle  » ce n’est pas possible le retour du fascisme à la démocratie bourgeoise « . Grâce à cette thèse nous fûmes les premiers à montrer l’essence fasciste du moderne Etat impérialiste.

De cette façon nous avons réussi à rompre avec une des limites qui ont porté tous les anciens partis communistes des pays impérialistes à tomber dans le piège de la  » démocratie  » après la II Guerre mondiale.

Je pourrais signaler d’autres apports résultat de notre pratique, comme la thèse qui soutient la nécessité stratégique de créer des partis communistes clandestins dans les pays impérialistes ou celle qui plaide pour combiner dans les processus révolutionnaires des pays impérialistes, la lutte de masse avec la guérilla comme instrument qui contribue à s´ouvrir un chemin au mouvement de résistance.

Ces apports sont très importants aujourd’hui parce que la ligne rouge a hissé le drapeau de la lutte ouverte contre l’opportunisme de droite au sein de notre Parti.

Sans ces apports il est évident que nous n’aurions pas pu combattre, comme nous l’avons fait, les projets des révisionnistes et des opportunistes de  » gauche  » d’embellir le fascisme et l’impérialisme avec leurs louanges à la Réforme politique du régime, en la considérant comme un projet d’installer en Espagne un régime démocratico-bourgeois.

Ainsi, à différence de tout type d’opportunistes, inclus ceux qui se déguisaient en marxistes-léninistes ou maoïstes, nous avons évité de tomber  » dans l’opportunisme le plus complet ».

Tout cela explique et motive la solidarité et l’attention prêtée par le mouvement communiste international vers notre Parti malgré ses erreurs.

Pour la même raison il est important que les camarades des autres pays impérialistes prêtent attention et valorisent lesdits apports dans l’intérêt de la révolution dans les respectifs pays.

Egalement ils doivent valoriser les aspects positifs qui déjà existent du mouvement communiste, pour apprendre et pour combattre le dénigrement et le défaitisme que la bourgeoisie impérialiste fomente avec tous les moyens parmi les masses des travailleurs, mais aussi pour lutter contre l’occultation des succès obtenus par le mouvement communiste et l’exagération et la propagation aux quatre vents seulement des erreurs et des défaites.

Certes, ce propos et cet effort pour dépasser les limites de l’ancien mouvement communiste international faits par notre Parti à sa naissance, après, ont été interrompus.

A la place d’avancer dans la reconstruction du Parti Communiste en s’appuyant sur les premiers et importants pas faits (déjà au II Congrès, en 1977, au moment le plus haut du développement organique de notre organisation, nous avions reconnu que la reconstruction du Parti n’était pas encore terminée), à cause de la persistance de nos erreurs nous avons reculé du chemin parcouru.

L’isolement progressif du PCE[r] vis-à-vis de la classe ouvrière et sa faible influence actuelle sur les masses ouvrières et populaires le montrent. Mais plus encore le révèle le fait que, après 25 ans, nous sommes très loin d’avoir rassemblé dans nos rangs tous les communistes de notre pays et tous ceux qui aspirent à le devenir.

L’apport donné par le Parti suppose dans la pratique le dépassement de certaines limites de l’ancien mouvement communiste international, comme j’ai déjà dit. Le fait que vous n’en avez pas tenu compte suffisamment dans votre article, on peut l’expliquer en partie par l’analyse erronée faite dans le même article au sujet de l’histoire du PCE et aussi de la naissance du PCE[r].

Ceci me semble évident dans votre affirmation que  » le PCE[r] ne remet donc pas en cause la ligne politique du PC d’Espagne, pourtant révisionniste comme on a pu le voir dans la guerre antifasciste  » (p. 8), mais aussi là où vous nous attribuez d’avoir reconstitué simplement le PCE ou, ce qui est la même chose, d’avoir reconstruit un parti révisionniste, si nous nous atteignons à l’argumentation exposée.

Cette appréciation qui donne l’impression qu’il n’y a pas une ligne de démarcation entre le PCE et le parti carrilliste [du chef révisionniste Santiago Carrillo], ne contribue pas, à mon avis, à donner à vos lecteurs une vision objective de l’histoire du PCE, et par conséquent aussi du PCE[r]. Elle ne correspond pas à la vérité historique, elle confond différents plans et contextes et en définitive n’aide pas à comprendre la contradiction que vous mêmes signalez.

Cela conduit à faire un bilan erroné de l’histoire du mouvement communiste international.

Celui qui affirme que dans l’histoire du PCE, fondé en 1921, le passage du communisme au révisionnisme (effectué en 1956) n’a pas supposé une rupture sur tous les plans avec ce qui est important dans la période précédente, devrait dire par cohérence qu’aussi dans le mouvement communiste international il n’y a pas eu cette rupture et que nous devons renier les résultats obtenus par le mouvement communiste dans la première moitié du XX siècle.

Le PCE[r] n’a jamais mis en discussion globalement la ligne suivie par le PCE pendant la guerre de 1936-39 parce que nous ne l’avons pas considérée une ligne révisionniste, mais une ligne révolutionnaire malgré les graves erreurs d’opportunisme commises pendant et après cette guerre.

Ces erreurs ne nous ont pas empêché de considérer le PCE comme un vrai parti communiste jusqu’à quand les carrillistes achevèrent leur travail de liquidation et usurpèrent ses sigles en 1956. C’est pour cela que nous avons revendiqué, depuis le temps de la OMLE (1968-1975), la tradition communiste dont le Parti de José Díaz était porteur, et nous avons assumé ses succès ainsi comme ses erreurs.

Les premiers pour récupérer notre patrimoine révolutionnaire et nous baser sur lui pour développer une ligne politique d’accord avec les changements qui se sont produits en Espagne et dans le monde ; les deuxièmes, pour apprendre à ne pas les répéter.

Nous revendiquons la continuité avec notre passé, mais aussi la rupture avec ce qui est vieux, qui est déjà dépassé, pour pouvoir résoudre les problèmes nouveaux.

A partir de là nous avons donné, dès le début, beaucoup d’importance aux apports universels de Mao, bien que, c’est vrai, sans descendre en profondeur dans leur signification, implications et conséquences.

La thèse que le PCE pendant la Guerre nationale révolutionnaire et antifasciste aurait suivi une ligne révisionniste ou contre-révolutionnaire est très répandue en France et dans les autres pays impérialistes,  » grâce  » aux organisations trotskistes et anarchistes.

Nous avons un exemple dans le film bien connu de Ken Loach, Terre et liberté. Elle non seulement fait table rase de la lutte interne entre les deux lignes, mais elle fausse complètement la réalité historique.

Notre Parti, dans son analyse intitulé Aproximación a la historia del PCE (1921-1956), fondé sur une série d´articles publiée dans Resistencia pendant les années 1993-95, a une approche tout à fait différente.

Je ne sais pas si vous la connaissez. Dans cette analyse il y a une valorisation critique des résultats positifs et des erreurs du PCE le long de son existence, on les situe dans leur contexte historique et l’on prête une attention particulière et détachée à la période de la guerre.

Donc je pense que la critique que l’auteur de l’article Le PCE[r] : entre réformisme armé et rupture révolutionnaire (p. 8) fait à notre Parti, de n’avoir pas mis en question la ligne suivie par le PCE, manque d’une base solide. Elle ne tient pas compte et elle ne part pas non plus du bilan que nous avons déjà fait. Seulement ainsi nous pourrons savoir si nous sommes ou ne sommes pas en erreur.

À cette fin, je transcris en résumant un paragraphe de ce travail, où sont exposées nos positions au sujet de la période qui termina avec le coup d’Etat anti-républicain du colonel Casado et la catastrophique défaite des forces républicaines.

 » De cette conclusion catastrophique de la guerre, on ne peut pas tirer la conclusion que la politique du PCE et, plus concrètement, la tactique du Front Populaire étaient erronées. Au contraire, sans elles le peuple n’aurait pas pu faire face aux forces militaires réactionnaires pendant presque trois ans dans des conditions si difficiles.

Mais le fait que la ligne du Parti était fondamentalement juste, n’avait pas empêché de commettre des erreurs dans son application, et son application ne pouvait pas échapper à la lutte entre les deux lignes qui était en train de se développer au sein du Parti. En tout cas il faut considérer si ces erreurs-là ont été plus importantes que les succès.

En tenant présent ce que nous avons exposé, il est évident que, dès le début de la guerre, le PCE a commis une série d’erreurs sur le plan politique comme sur le plan militaire. Ces erreurs l’ont amené à se subordonner de plus en plus au gouvernement républicain et ont fini pour devenir l’aspect principal.

Ainsi, ce qui au début était une ligne juste s’est transformé dans son contraire, en provoquant la défaite du Parti et en empêchant toute résistance armée organisée contre le fascisme.

Si autant d’erreurs n’avaient pas été accumulées, une défaite – très probable dès le début de la guerre à cause de la corrélation défavorable des forces et de la situation internationale, qui déjà en soi empêchait au peuple de gagner la guerre à ce moment-là – n’aurait pas empêché la continuation de la lutte.

Une des erreurs, sans doute la plus grave, parce qu’elle fût celle qui réellement empêcha le Parti de se préparer pour continuer la résistance dans les nouvelles conditions, consista – comme il est dit dans le Programme approuvé par le III congrès du PCE[r] – à < tendre à se subordonner au gouvernement républicain, au lieu de soutenir l’unité à partir d’une position politique et militaire indépendante.

Cela amena le Parti à affaiblir la lutte idéologique au sein du Front Populaire et au sein du Parti même et à négliger le travail politique parmi les paysans.

Cette politique de subordination et de concessions, bien qu’elle visât la consolidation d’une démocratie parlementaire bourgeoise au lieu d’une république de nouveau type, en pratique elle contribua seulement, dans ces circonstances, à la victoire du fascisme >.

(…) A cause de cette tendance à la subordination le PCE finit pour perdre sa propre indépendance politique, il permit à la bourgeoisie républicaine d’établir son hégémonie dans la révolution démocratique et d’en freiner le développement. Il laissa en ses mains la direction de la lutte contre la réaction, devant laquelle elle était en train de capituler à cause de sa position de classe.

Cette dépendance conduit le Parti à s’isoler graduellement des masses – en particulier des paysans pauvres – et à sous-évaluer le rôle que ces derniers pouvaient jouer dans le développement de la révolution démocratique et dans la lutte contre le fascisme et l’impérialisme.

(…) Le fait que pendant la guerre une ligne de subordination au gouvernement républicain se soit imposée de façon croissante au sein du Parti et surtout au sein de sa direction, ne signifie pas que tous les cadres et les militants la partageassent.

Les conceptions qui orientaient son action et l’application souvent contradictoire de la ligne montrent clairement que dans le PCE était en train de se développer une lutte entre deux lignes sur chaque problème de la révolution : une ligne révolutionnaire et de résistance et une autre réformiste et de capitulation.

Si ce n’avait pas été ainsi, si la grande majorité du Parti n’avait pas suivi une ligne révolutionnaire et de résistance, c’est sûr que les tendances opportunistes qui depuis long temps étaient en train de s’ouvrir un chemin en son sein se seraient imposées encore plus tôt.

Si enfin cette ligne de subordination et capitulation prévalut au sein de sa direction, ceci arriva parce que les partisans de la ligne de résistance ne furent pas capables de l’empêcher. « .

Celles-ci et d’autres erreurs, sur lesquelles nous ne nous étendons pas ici, ont contribué à la démoralisation des masses des travailleurs et ont facilité le fléchissement vers le fascisme et l’impérialisme des partis démocratico-bourgeois et des organisations ouvrières avec une idéologie anarchiste ou social-démocrate.

Chose qui explique leur soutien au coup d’Etat du colonel Casado, réalisé sous les auspices de la diplomatie franco-britannique et du gouvernement fasciste de Burgos.

Les dirigeants communistes espagnols ont la principale et définitive responsabilité dans toutes ces erreurs.

Mais c’est certain aussi que toutes les erreurs comme les succès ne peuvent être séparés des conceptions justes de la direction de la Internationale Communiste et de ses conceptions erronées et limitées.

A ces conceptions ont contribué en quelque mesure tous les partis communistes, même le PCCh qui fût, finalement, celui qui adopta les positions les plus justes au sein de l’Internationale. De là la victoire de la révolution en Chine.

Pour ce qui concerne le PCE, sa persistance dans ces mêmes erreurs, dont on vient de parler, après l’anéantissement de la République Populaire et la désorientation de la direction devant la complexe situation internationale créée après l’éclatement de la II Guerre mondiale, rendirent beaucoup plus désastreux et durables les effets de la défaite et contribuèrent 1. au succès de l’opportunisme de droite, qui gagna des importantes positions et 2. au succès des carrillistes, qui ont fini pour s’imposer en 1956, en profitant de la situation qui s’était créée au sein du PCUS et du mouvement communiste international après le XX et XXII congrès du PCUS.

Mais, même dans ces conditions favorables, Carrillo et ses partisans, avec la complicité de Dolores Ibarruri et d’autres anciens cadres, pour liquider le Parti, durent recourir systématiquement à l’expulsion, à la calomnie, à la délation, à la provocation et à l’assassinat de nombreux communistes.

La campagne de diffamation carrilliste contre Joan Comorera, secrétaire général du Parti socialiste unifié de la Catalogne (PSUC), pour le liquider, est un exemple bien clair des méthodes qu’ils utilisèrent. Cela démontre que détruire le Parti n’était pas facile.

A partir de là, le PCE, qui de fait était déjà miné par l’opportunisme de droite dès la fin des années 40 et qui en outre se cachait derrière le soutien à la lutte de guérilla et à l’appui qu’elle recevait par les communistes et les travailleurs, termina d’être un parti communiste pour se convertir en un parti révisionniste.

A mon avis c’est important de souligner ce parcours pour le PCE comme pour d’autres partis communistes comme le PCF ou le PCI, où, malgré l’influence opportuniste, existait aussi un fort courant révolutionnaire qui rendit possible la Résistance.

Il faut bien tenir compte de cela, parce que si nous passons sur la lutte interne entre les deux lignes qui eut lieu en quelque façon chez tous ces partis, nous commettons l’erreur d’établir une ligne de continuité entre les partis communistes de la période de la IC et les partis surgis de la dégénération révisionniste.

Cette erreur favorise le travail de confusion que les révisionnistes et les impérialistes sont en train de réaliser dans les masses ouvrières et populaires.

Certainement cette dégénération ne peut pas être expliqué si on ne tient pas compte 1. des limites du mouvement communiste international de l’époque, 2. du grand poids du dogmatisme, 3. du relâchement de la lutte idéologique avant et durant la période après la II Guerre mondiale et 4. d’autres facteurs qui favorisèrent ce processus.

Mais il n’y a pas de doute que le révisionnisme moderne aurait eu bien plus de difficultés à liquider les partis communistes, sans l’aide apporté par la plate-forme de Khrouchtchev au XX et XXII congrès du PCUS.

Pour finir, une autre question importante dont vous parlez dans votre article et à propos de laquelle apparemment vous ne considérez pas notre Parti comme une organisation réellement communiste, mais simplement révolutionnaire. Il s’agit de la question que  » on ne peut pas être communiste sans défendre le marxisme-léninisme-maoïsme « .

Cette thèse, si elle est présentée sous cette forme schématique, à mon avis, peut mener à beaucoup de confusion.

Je suis d’accord que si on ne défend pas politiquement les apports théoriques et pratiques de Mao au développement du marxisme, comme il était déjà arrivé avec le léninisme après la Révolution d’Octobre, aujourd’hui on ne peut pas être communiste.

Pas de doutes à ce sujet. D’autres camarades et moi avons déjà exprimé un total désaccord devant le refus de la Direction de notre Parti (et plus concrètement de Arenas) de l’œuvre théorique de Mao et devant sa tentative de déformer la signification, l’origine et le développement des principes marxistes.

On a montré, en outre, que cela suppose une régression par rapport au niveau théorique atteint par le parti. A mon avis ces apports nous aident à résoudre les nouveaux problèmes auxquels sont confrontés le mouvement communiste international et la révolution mondiale et ils nous aident à lutter aussi contre le dogmatisme et le révisionnisme.

Bien sûr, les assumer et les défendre politiquement comporte, comme toujours pour les principes, de les appliquer et de les défendre conséquemment à travers la pratique concrète pour, après, les préciser et les développer. Mais cela ne doit pas être confondu avec l’établissement d’une division par étapes différenciées du développement du marxisme.

Dans ce cas on court le risque de délier ces apports de leur source originelle. Dans le marxisme, une fois que Marx et Engels ont établi sa base doctrinale, sont implicites tous les possibles développements théoriques passés, présents et futurs de ses postulats et il n’y a aucune raison ou aucune motivation théorique qui justifie de distinguer ou d’antéposer comme principale la pensée de Mao au-dessus de l’œuvre fondamentale de Marx et d’Engels.

A ce sujet Lénine observait dans ses Cahiers philosophiques que  » Marx dans La Sainte Famille, y souligne fortement et met en relief les principes fondamentaux de toute sa conception du monde « .

Si cela n’est pas bien assimilé, nous pouvons nous laisser aller à n’importe quelle déformation. Chose qui peut arriver (et en effet elle arrive) aussi si nous nous limitons à arborer les principes du marxisme comme s’ils n’étaient pas susceptibles de s’enrichir et de se développer en conséquence de la pratique révolutionnaire. De cette façon nous les vidons de leur contenu et nous en faisons une caricature.

Certes, il nous reste encore à éclaircir le fait que cette position au sujet du maoïsme résulte contradictoire. Pour s’en sortir il faut peut-être tenir plus en compte la mise au point que fit Staline à l’égard des apports de Lénine. Il montra que ceux-ci et la conception marxiste du monde de Lénine  » ne sont pas une seule et même chose, quant à l’étendue  » (Principes du léninisme, Staline, 1924). Ce que Staline dit par rapport au léninisme et à son étape correspondante justifierait aujourd’hui la considération du maoïsme et de ses apports comme une étape plus avancée.

Avec ces commentaires et éclaircissements j’espère avoir apporté une contribution à fin que vous ayez une meilleure connaissance, et vos lecteurs aussi, des succès et des erreurs de notre Parti, et aussi de la lutte en cours entre les deux lignes.

De cette façon nous allons serrer un peu plus les liens entre les communistes de votre pays et du nôtre.
Je voudrais vous transmettre ma reconnaissance et celle d’autres camarades pour le soutien et la solidarité que vous montrez vers notre Parti et en particulier pour les camarades détenus à Paris depuis novembre 2000.
Bon travail et à la prochaine.
Saludos revolucionarios.

A.Cienfuegos
Membre de la Fraction Octobre du PCE[r]

Notes

* Le qualificatif  » armé  » appliqué au réformisme ne me semble pas approprié.

Le PCE[r] ne pratique pas la lutte armée, mais il soutient politiquement la lutte armée.

De fait, il la soutient dès une perspective réformiste, bien que ne soit pas celle-ci l’idée que se font la plupart de ses membres et des combattants des GRAPO. Pour cette question, pour ce qui concerne l’application de la stratégie de la guerre populaire de longue durée dans les pays impérialistes et les méthodes de lutte, il y aura l’occasion d’en parler un autre moment

=>Retour au dossier PCE (ml) et FRAP, PCE (r) et GRAPO

PCE(r) : Deux lignes (1987)

[Le document rejette la ligne du « Front anti-impérialiste » prôné par la RAF, les br-pcc et Action Directe.]

Commune Karl Marx des militants emprisonnés du PCE(r) et des GRAPO

février 1987

Il serait absurde de ne considérer le problème qui se pose au mouvement révolutionnaire européen, à savoir l’existence de deux courants divergents en son sein, qu’en termes de « nécessité ou non du Parti », ou de l’envisager seulement sous l’angle d’une adhésion ou non-adhésion à une « mode » qui serait celle de la reconstruction du Parti Communiste, le Parti de la classe ouvrière.

Car, au fond, il s’agit de divergences considérables dans l’appréciation du caractère de la révolution en Europe, de l’internationalisme prolétarien, de l’organisation politique des masses, du rôle et des objectifs de la lutte armée de guérilla, de la stratégie et de la tactique, etc.

Dans ce document, nous nous proposons d’examiner du mieux possible les racines économiques et les origines de classe de la politique que poursuivent les « anti-impérialistes », de leurs idées et concepts de base, et enfin, la relation existant entre leur « projet » politique, leur tactique et leur stratégie, et les événements historiques les plus récents qui se sont déroulés en Europe, particulièrement les événements en rapport avec le mouvement ouvrier et communiste.

Cet examen nous permettra de démontrer que les « anti-impérialistes » n’ont pas de programme politique communiste, que toute leur tactique repose sur l’activité « anti-impérialiste », anti-USA, anti- OTAN, et que leurs objectifs et positions idéologiques, au lieu de représenter ceux de la classe ouvrière, correspondent plutôt aux positions de classe d’importants secteurs de la petite-bourgeoisie.

Devant la progression des monopoles des multinationales et l’extension de leur domination à tous les secteurs et groupes sociaux bourgeois, ces mêmes secteurs ont vu s’amenuiser leurs anciens privilèges et leur influence dans la société, et se trouvent souvent ruinés et dépossédés, ce qui explique fort bien leur radicalisme.

C’est le phénomène connu de la prolétarisation des couches basses de la petite-bourgeoisie, des couches qui subissent, de façon caractéristique, une forte pression des monopoles.

Il est indéniable que le mouvement gauchiste fortement radicalisé – et, au fond, réformiste – garde d’importants liens idéologiques avec ces couches en voie de prolétarisation et – si l’on veut être francs – que leur proposition « d’unité » anti-impérialiste et leur concept d’attaque contre l’État, contre les secteurs de pointe des monopoles et contre l’OTAN, sont fortement liés à ce processus de prolétarisation.

Un des plus importants succès du mouvement de guérilla apparu au début des années 70 en Europe est celui d’avoir brisé la fausse paix bourgeoise-réformiste des institutions capitalistes européennes, et d’avoir ainsi attiré l’attention des masses sur la perspective révolutionnaire.

Mais quelques groupes, trop obnubilés par les succès remportés par l’activité de guérilla, continuent leurs activités comme si rien n’avait changé depuis ce temps.

Ils ne considèrent pas plus qu’aujourd’hui, on ne peut ajourner l’accomplissement de tâches révolutionnaires historiquement abandonnées, qu’il faut intégrer l’activité de guérilla dans l’important mouvement politique, militaire et organisationnel qui naît et s’étend partout.

Il est vrai que, comme les événements l’ont démontré dans la période qui va du début des années 70 aux années 80, cette forme-là d’activité armée s’imposait, en grande partie, comme le moyen de faire de la politique révolutionnaire dans les pays impérialistes.

Mais aujourd’hui, les conditions ont suffisamment mûri, et si nous poursuivions la lutte de la même manière, nous poursuivrions, de façon injustifiée, une pratique unilatérale et même préjudiciable pour le mouvement révolutionnaire européen.

Pour sortir de cette impasse, il faut réunifier les forces révolutionnaires sur la base du marxisme-léninisme, commencer à élaborer le programme prolétarien de la révolution socialiste et édifier un Parti léniniste solide et de haute cohésion idéologique.

Il est certain qu’avec une vision politique et militaire plus large, basée sur une position de classe prolétarienne, et fonction des objectifs – des plus immédiats aux plus lointains – qu’impose au prolétariat la révolution socialiste, nous pourrons plus adroitement définir nos tâches politiques et militaires.

La tâche politique la plus immédiate est celle qui concerne le renforcement du Parti Communiste et l’élaboration du Programme Minimum de la révolution socialiste, l’organisation et l’éducation des ouvriers aux idées communistes, la dénonciation de la politique de la bourgeoisie et de ses alliés réformistes et révisionnistes, etc.

Dans le domaine militaire, il faudra nous concentrer autour des tâches concernant la formation d’une petite armée de combattants prolétaires qui apprennent à maîtriser l’art de la guerre populaire prolongée et les techniques militaires modernes ainsi qu’à synthétiser, dans des tâches militaires, la ligne politique du mouvement politique de résistance, etc.

Bien que nous nous trouvions dans la première phase de la guerre révolutionnaire, nous ne devons pas oublier que nos objectifs à plus long terme sont l’insurrection populaire et l’armement du peuple.

Actuellement, étant donné le rapport de force, la direction de la guérilla doit sélectionner rigoureusement et adroitement ses activités militaires de telle sorte qu’elles facilitent l’accumulation de forces révolutionnaires et qu’elles encouragent la réalisation des tâches politiques dont sont chargées d’autres forces organisées dans le mouvement de résistance.

A grands traits, en guise d’esquisse, nous pourrions dire que ce sont là les objectifs fondamentaux de la guérilla, son programme militaire minimum.

Aujourd’hui, il nous faut donc aborder sans tarder – le retard est nuisible – les tâches que nous venons de décrire.

Plus nous perdons de temps à comprendre et à entreprendre ces tâches politiques et militaires, plus le chemin de la révolution socialiste devient difficile et accidenté.

Élaborer le programme de la révolution est une tâche qui demande du temps et la synthèse de nombreuses expériences de lutte. Mais il serait très nuisible, et ce serait une grande erreur, de refuser ou de reporter cette élaboration. Ceux qui adoptent cette attitude démontrent leur peu d’intérêt ou leur manque total d’intérêt pour une réelle transformation de la société actuelle.

Pour notre part, nous voulons attirer l’attention des révolutionnaires d’Europe sur l’important processus politique qui se déroule actuellement dans toute l’Europe: la convergence croissante entre les communistes et les secteurs et éléments les plus avancés du prolétariat.

Notre devoir consiste en ce que ce processus semi-spontané se réalise consciemment et s’effectue de la manière la plus organisée et la plus dirigée possible.

Les conditions objectives existent déjà en grande partie: de larges secteurs de la classe ouvrière, les plus combatifs et avancés, ont besoin d’une organisation prolétarienne et communiste qui les dirige et d’un Programme révolutionnaire pour lequel lutter.

En même temps, l’actuelle dépression économique capitaliste, les réductions budgétaires des programmes sociaux bourgeois, le chômage et la misère d’amples secteurs populaires, les licenciements continuels d’un grand nombre d’ouvriers, dus aux plans de restructuration des monopoles, etc. provoquent le réveil à la lutte de milliers et milliers d’ouvriers prêts à combattre pour le socialisme.

Ils sont de plus en plus conscients de leur responsabilité historique, ils se sont identifiés à leur classe et sont décidés aux plus grands sacrifices pour faire progresser la cause du prolétariat.

Les entraves et préjugés réformistes favorisés par la société du « bien-être » ou « post-industrielle », vieilles reliques idéologiques du monopolisme d’après-guerre, sont aujourd’hui dépassés.

NOTRE CONCEPTION INTERNATIONALISTE

Face à ceux qui pensent que la pratique de l’internationalisme prolétarien réside actuellement dans le fait de créer de petites organisations militaires supranationales, comme une pâle copie de l’OTAN, nous réaffirmons la validité de la conception qui impose aux communistes le devoir de s’engager à faire la révolution dans leur propre pays et de contribuer à son triomphe partout.

Compte tenu des circonstances particulières qui sont les nôtres actuellement, nous pensons que la contribution de chacun doit reposer fondamentalement sur ce qui suit:

1. Participer activement à la discussion idéologique et au débat, sur les principes, la stratégie et la tactique, et sur les tâches les plus immédiates des communistes, discussion et débat qui se développent partout.

Dans les limites de notre situation matérielle, nous participons depuis longtemps à cette discussion, apportant nos expériences, défendant nos positions de principe et critiquant fraternellement les positions des autres.

Ainsi, nous sommes intervenus dans le débat sur l’internationalisme, et sur les tâches que nous pensons être, dès aujourd’hui et sans délai, celles qui s’imposent aux communistes (construire le Parti, dénoncer et démasquer toute sorte d’opportunisme).

Nous avons aussi donné notre avis sur le rôle que doit remplir et la configuration que doit prendre le Parti à l’heure actuelle, le rôle et la fonction de l’activité armée de la guérilla, le caractère qu’acquièrent aujourd’hui les contradictions inter- impérialistes, etc. Nous avons écrit plusieurs articles sur ces questions.

2. Appuyer moralement et matériellement la lutte idéologique et politique que livrent nos camarades d’autres pays. Nous croyons que l’appui moral le meilleur est la critique franche et ouverte: signaler les faiblesses des autres et leur origine, faire nôtre leur juste défense des positions communistes, défendre et appuyer leur lutte contre les positions opportunistes et militaristes, et plus spécialement, appuyer le combat juste et résolu face à la bourgeoisie et son Etat, et face à l’impérialisme même si parfois nous ne partageons pas entièrement les objectifs recherchés.

L’internationalisme dont nous parlons dépasse les différences existant entre les deux lignes.

Il facilite les rapports, le rapprochement, l’échange d’expériences et la collaboration sur des sujets généraux ainsi que la lutte commune contre les ennemis communs: l’État bourgeois et l’impérialisme.

La collaboration et l’entraide fructueuse ne pourront reposer que sur la critique franche, ouverte et sans réserve, reconnaissant les positions de chacun et acceptant les critiques justes.

Pour cela, et étant donné la situation dans laquelle se trouve le mouvement révolutionnaire européen, nous ne pouvons pas manquer de signaler avec toute la clarté et la fermeté requises les différences de fond existant entre les deux lignes qui se profilent.

Si nous ne le faisions pas, nous courrions le risque de voir nos positions mal interprétées avec le grand tort que cela pourrait causer.

Notre consigne est donc: avancer résolument dans la construction du Parti, dans l’organisation de la classe ouvrière vers la guerre populaire prolongée; combattre, au moyen de la critique, la tendance militariste et le militarisme pan-européiste; lutter pour la révolution socialiste et la dictature du prolétariat en Europe, en forgeant petit à petit l’alliance et la fraternité de tous les prolétaires du continent, et en comptant avant tout sur nos propres forces, sur l’immense force de tous les ouvriers qui combattent le capitalisme dans chaque pays.

Étant donné le tour radical que prennent les luttes et les grèves ouvrières partout (contre les projets de revitalisation du capitalisme décadent), la tendance communiste révolutionnaire du mouvement commence à trouver un soutien et un appui importants.

On peut donc prévoir le renforcement, l’enracinement et le développement de cette tendance.

On comprend le désarroi des « anti-impérialistes » devant l’énoncé et la défense des véritables positions internationalistes et devant le programme communiste de la classe ouvrière.

Et ce désarroi ne pourra que croître tant qu’il leur manquera un vrai programme de classe, prolétarien.

Leur soi-disant « internationalisme » du « Front » n’est qu’un pan- européisme usé, sans autre objectif apparent qu’une Europe dénucléarisée, démilitarisée, verte et sans OTAN.

Objectif utopique et irréalisable en dehors d’un monde entièrement communiste, objectif qui représente l’idéal et l’illusion petite- bourgeoise d’une société capitaliste pacifique, humaine et prospère.

Ces tendances petites-bourgeoises, poussées à l’extrême, seraient conservatrices et réactionnaires malgré leur ferme et combative position anti-OTAN.

MARXISME ET IDEALISME

Les composants du courant « anti-impérialiste » ont coutume de se proclamer marxistes, mais leur « marxisme » a peu à voir avec les principes fondamentaux défendus par Marx, Engels et Lénine, et ne tient en outre aucun compte du matérialisme historique et dialectique.

Pour autant que nous le sachions, les marxistes partent de l’analyse économique et sociale des classes en lutte dans la société, du mode de production et de l’étape historique, pour ensuite élaborer le programme prolétarien et leur stratégie communiste.

Pour réaliser cette tâche, ils différencient ces conditions objectives (celles qui sont données d’avance au prolétariat et à son avant-garde communiste) des subjectives (celles où le prolétariat peut déterminer quelles doivent être sa tactique et stratégie, etc.).

Lorsqu’on étudie les documents de la Rote Armee Fraktion, on y remarque l’absence de toute analyse de ce type.

Dans les analyses que fait la Rote Armee Fraktion, nous voulons particulièrement signaler ce qui est erroné dans ses concepts de prolétarisation et de prolétariat international.

Par exemple, elle affirme que les classes sociales «ne peuvent plus se définir par la position qu’elles occupent dans le processus de production».

Il suffit de rappeler que, pour Marx et Engels, et spécialement pour Lénine, dans leurs analyses des classes et de la lutte des classes de la société capitaliste, cette définition des classes a toujours été une forteresse inexpugnable du marxisme, du matérialisme.

Et ils ont souvent signalé que s’en écarter mène au marais de l’idéalisme, à l’opportunisme et au chauvinisme.

Il est clair que, derrière des concepts comme la « prolétarisation militante », « l’aliénation et l’embourgeoisement des ouvriers », les « processus à la base », etc. se cache une dénaturation du marxisme. Ainsi les « anti-impérialistes » proclament que « la classe » – considérée par eux de façon abstraite – ce sont «ceux qui ont compris le caractère destructeur du système», et que « ce fondement de la prolétarisation est la raison pour laquelle les personnes présentes dans les processus à la base, dans la résistance, etc., proviennent de tous les secteurs du peuple ».

Comme nous le voyons, les conceptions de la Rote Armee Fraktion s’écartent du léninisme.

Nous devons donc nous demander quelles sont les circonstances qui ont rendu possible la stagnation idéologique du courant « anti- impérialiste ».

Nous croyons que ce sont les suivantes: en premier lieu, la désorganisation et la désorientation de la classe ouvrière (au moment où sont apparus ces groupes), qui furent surtout le produit des théories révisionnistes apparues au XXème Congrès du P.C.U.S.; il faut aussi tenir compte du fait que cela s’est accompli pendant une période de relative paix sociale et même d’expansion économique capitaliste.

En second lieu, l’absence de vrais partis communistes pour affronter la nouvelle situation créée, a fait surgir de nombreux groupes révolutionnaires, pour la plupart ignorants des traditions et des expériences révolutionnaires du marxisme-léninisme.

Ces groupes s’affrontent à l’État avec la méthode la plus efficace qui se trouve à leur portée pour initier le combat: la lutte armée. Mais ils se trouvent tout à fait désarmés idéologiquement.

Leur manque d’esprit léniniste ferme et l’incompréhension chez eux de la nécessité de construire un parti capable de rassembler, d’organiser, d’éduquer et de diriger les éléments les plus avancés de la classe ouvrière, les mène, tôt ou tard, vers des positions opportunistes et bourgeoises: les conceptions idéologiques qu’ils assument finalement sont plus proches de Proudhon ou de Bakounine que du marxisme.

Il ne fait aucun doute que cela est dû, en grande partie, aux progrès et à l’extension des monopoles et des trusts dans tous les secteurs économiques de la société capitaliste, qui en écrasant ou rognant les intérêts de la petite-bourgeoisie, ont provoqué un important mécontentement général dans ces secteurs.

Bien que cela soit très clair, on ne peut pas admettre pour autant que ce seraient ces secteurs, brusquement radicalisés par leur situation spéciale, qui défendent les intérêts du prolétariat, ses objectifs ou ses positions de classe.

C’est des ouvriers, c’est de la classe la plus exploitée et la plus spoliée de la société capitaliste, que sortiront les éléments les plus avancés des masses, la force la plus puissante capable de renverser le pouvoir de la bourgeoisie impérialiste.

Et la tâche qui revient aux communistes est celle d’attirer les couches qui se trouvent en voie de prolétarisation vers le programme prolétarien, de leur faire comprendre qu’il n’y a pas d’autre issue que la dictature du prolétariat et le socialisme, de critiquer leur désespoir et leur opportunisme, leur manque de clairvoyance et leur étroitesse de vue, etc. ou, au moins, de les neutraliser!

D’ailleurs, conformément à la description que nous avons faite d’eux, les camarades « anti-impérialistes », abondant dans leurs positions de confusion idéaliste, essaient de nous convaincre que la contradiction Etat-société est la contradiction principale dans les métropoles.

Pour autant que nous le sachions, jamais le marxisme n’a parlé de contradiction entre Etat et société, mais, à partir de l’analyse des classes, il a établi la contradiction existant entre d’une part la bourgeoisie et son Etat et d’autre part le prolétariat, etc.

Et le marxisme a toujours considéré l’Etat comme un appareil d’oppression d’une classe sur une autre; un appareil militaire répressif – par nature – organisé et dirigé – spécialement – contre la classe exploitée et opprimée, le prolétariat.

L’Etat est l’organe le plus important que détient la bourgeoisie au pouvoir comme instrument de la lutte des classes contre le prolétariat. C’est l’essence de l’Etat.

C’est pourquoi le prolétariat doit diriger ses efforts pour renverser l’Etat de la bourgeoisie et pour le remplacer par un autre de type nouveau, l’Etat prolétarien, la dictature du prolétariat.

Opposer l’Etat à la « société », comme le font les « anti- impérialistes », c’est placer l’Etat en dehors de la société, tel un phénomène supérieur transcendant celle-ci; c’est nier le caractère de classe de l’Etat.

En même temps, cela revient à le considérer comme un phénomène pervers et superflu; et à dire que l’objectif des révolutionnaires serait donc de détruire tout vestige de l’Etat, comme le concevait autrefois Bakounine.

De sorte que, outre leurs dispositions anti-Etat et l’absence d’un programme communiste, de classe, les « anti-impérialistes » nous proposent, en accord avec cette contradiction Etat-société, une alliance interclassiste pour combattre l’Etat qui, à leurs yeux, est la seule cause de tous les maux que subit la « société » capitaliste.

Même si, dans un de leurs documents, ils affirment que leur politique révolutionnaire dans les métropoles «n’a rien à voir avec une conception du monde», nous voyons que cela n’est pas vrai.

Nous croyons qu’il est plus exact, au regard des faits, d’admettre que leur conception du monde obéit à la situation dans laquelle se trouve la petite-bourgeoisie qui, écrasée par les multinationales et désespérant de l’avenir, concentre toutes ses attaques contre l’Etat impérialiste, spécialement contre ses appareils militaires et ses alliances.

Attaques qui n’ont d’autres perspectives que la lutte qui est menée et évoquent en tout cas celles des ouvriers lorsqu’ils cassaient les machines croyant ainsi mettre un terme à l’exploitation du prolétariat: c’était surtout d’anciens secteurs ruinés de l’artisanat et du petit commerce qui s’étaient vu éjectés de leurs ateliers et de leurs petites boutiques par la grande mécanisation.

La lutte des réformistes se différencie radicalement de la lutte des communistes, ces derniers essayant d’organiser par leur lutte les forces ouvrières, de les organiser dans l’esprit du communisme et de la stratégie de la guerre populaire prolongée, au travers des objectifs stratégiques les plus immédiats à atteindre.

La même conclusion s’impose lorsque les « antiimpérialistes » considèrent que le prolétariat n’est pas un fait objectif de la société capitaliste, mais un acte de conscience.

Ils affirment que l’élément subjectif est l’élément essentiel et l’élément « décisif pour la lutte dans les centres impérialistes », les centres impérialistes « ne produisant spontanément – à partir des contradictions objectives et des conditions existantes… – aucune condition révolutionnaire mais seulement destruction et pourriture ».

C’est une grave erreur subjectiviste, propre au volontarisme, que d’affirmer et de maintenir ces positions car, pour que triomphe la révolution, certaines conditions révolutionnaires doivent exister et ce sont, en premier lieu, des conditions objectives.

Bien que les conditions révolutionnaires objectives ne soient pas suffisantes en elles-mêmes pour renverser un régime et un gouvernement (qui, si on ne les fait pas tomber, ne tomberont jamais), elles sont indispensables.

C’est pourquoi il faut aussi développer ces conditions objectives en s’appuyant sur les ouvriers, la classe la plus nombreuse et exploitée, la plus avancée, disciplinée et résolue de la société capitaliste.

Pour cela il est indispensable de créer un parti prolétarien sûr et discipliné, intimement lié au mouvement révolutionnaire des masses ouvrières et populaires, un parti qui les organise, élève leur conscience et les prépare à la révolution.

Et ce n’est pas de cela dont nous parlent les « anti-impérialistes ». Pour eux, le prolétariat n’existe pas objectivement. Ils nous disent que les individus ne deviennent des prolétaires que grâce à un acte de conscience, qu’en assumant les positions du prolétariat international.

Pourtant, Marx liait le concept de prolétaire au processus même de la production de marchandises sous le capitalisme, à l’extorsion que subit l’ouvrierproducteur exproprié de ses produits.

Ceci est réellement ce qui intéresse l’ouvrier en tant que classe, dont le mot d’ordre est donc: expropriation des expropriateurs. Et cette contradiction présente dans chaque cellule de production capitaliste est aussi le germe qui donne naissance à la conscience prolétarienne, à la puissante force combattante du prolétariat.

Quelque chose de très différent de ce que défend la Rote Armee Fraktion.

Si, en révolutionnaires voulant transformer la société, nous comprenons les circonstances du retard de quelques secteurs de la classe ouvrière, le rôle de l’aristocratie ouvrière face à la grande masse d’ouvriers surexploités, de semi-prolétaires, de, chômeurs, etc., alors, nous devons comprendre aussi que la transformation de la « classe en soi » en « classe pour soi » ne se fera qu’au moyen du parti ouvrier.

La « classe en soi » est la classe ouvrière telle qu’elle apparaît dans le processus de production capitaliste, dispersée, désunie et sans conscience de sa situation.

L’histoire nous a maintes fois démontré que c’est uniquement au moyen du parti prolétarien que l’on réussira à organiser et à unir la classe ouvrière pour qu’elle participe politiquement, comme force indépendante, aux luttes des classes de son pays, consciente de son rôle historique et des objectifs du socialisme et du communisme; celle-ci est la « classe pour soi ».

Mais, contrairement à ce que nous venons de dire, les « anti- impérialistes » substituent unilatéralement aux conditions économiques et politiques du pays, et à la nécessité du Parti communiste, la considération subjectiviste de la haine et de la colère, très importante par ailleurs dans la lutte contre la bourgeoisie, mais de toute évidence insuffisante.

Sur cette base – celle de la haine et de la colère – ils disent que «se développe «actuellement le front révolutionnaire dans le centre»… Et non sur les épaules du prolétariat, appelé, selon Marx et tous les marxistes, à renverser la société capitaliste, et à être le fossoyeur de société capitaliste!

Pour les « anti-impérialistes », «ceux qui combattent l’impérialisme» constituent le prolétariat.

Dans ce contexte de combat militaire, les ouvriers opposés aujourd’hui aux plans de surexploitation capitaliste ne sont pas, à leurs yeux, des prolétaires et ne méritent aucun intérêt.

A moins que les grèves dans les entreprises «n’abandonnent le terrain institutionnalisé et méprisable de la simple opposition».

Nous reléguerions ainsi à un plan très secondaire l’importante tâche des communistes qui consiste à se joindre aux ouvriers les plus avancés, à les organiser, et à profiter des conflits réels dans les entreprises pour les éduquer à l’arme du marxisme et les faire avancer sur le chemin de la révolution.

Il semble néanmoins que la Rote Armee Fraktion prétend seulement s’appuyer sur les luttes ouvrières quand celles-ci échappent à leur cours normal – chose courante actuellement si nous tenons compte de la profonde crise capitaliste – … pour les transformer en une arme contre l’OTAN.

Ce qui est bien différent de ce que font les communistes, qui essaient de transformer chaque usine en une forteresse du parti prolétarien et la lutte contre l’OTAN en un autre front de la lutte contre le capitalisme et contre l’impérialisme pour la dictature du prolétariat.

La lutte économique des ouvriers, plus encore qu’un conflit inévitable dans le capitalisme, est une arme indispensable pour améliorer leurs conditions de vie, et, en même temps, une arme du communisme très utile pour renforcer la combativité ouvrière et la conscience révolutionnaire, pour répandre le programme prolétarien, etc.

Le parti prolétarien doit centrer ses activités sur les grandes usines du pays, non pas pour constituer des syndicats ou décrire les méchancetés de l’impérialisme et de l’OTAN, mais pour organiser les ouvriers sur base des principes du communisme, pour renforcer leur solidarité prolétarienne, pour faire connaître le programme de la révolution socialiste, pour appuyer leurs luttes, etc.

Il doit combattre de toutes ses forces les révisionnistes et toute sorte de réformisme et d’opportunisme, dénoncer les plans de restructuration des monopoles, forger dans la lutte des organisations ouvrières indépendantes de la bourgeoisie et des réformistes, étendre le mouvement d’appui populaire et les piquets, chercher la solidarité d’autres secteurs de masses, organiser les grèves et les manifestations, appuyer la lutte de guérilla et encourager l’incorporation des ouvriers à la lutte armée.

L’histoire a démontré que la révolution a triomphé là où les révolutionnaires ont compté sur leurs propres forces, en développant la lutte révolutionnaire dans leur pays.

Dans notre cas, ceci signifie travailler au renforcement du mouvement ouvrier révolutionnaire et donc mener à bien toutes les tâches signalées précédemment.

Les autres pays révolutionnaires, socialistes et progressistes, du monde ont toujours soutenu tout pays menant sa révolution, mais si l’on ne compte pas sur ses propres forces, il n’y a rien à faire.

Et compter sur ses propres forces en Europe, cela signifie s’appuyer sur la puissante capacité combative du prolétariat, force principale et dirigeante de la révolution.

La classe ouvrière est la classe qui lutte avec le plus de détermination et de dévouement contre la société capitaliste, elle est donc la seule qui peut la renverser et construire le socialisme. Penser autrement, c’est s’écarter du b-a ba du marxisme.

PARTI COMMUNISTE
OU FRONT DE LIBERATION NATIONALE?

Quelles coïncidences existe-t-il, dans le mouvement révolutionnaire européen, entre la tendance « anti-impérialiste » et la tendance communiste? A grands traits, nous pourrions résumer ces coïncidences par le combat contre la bourgeoisie et l’impérialisme et l’adoption de la lutte armée.

Les stratégies, les façons de concevoir la révolution et ses objectifs, et les rapports de chaque courant à la lutte politique révolutionnaire du prolétariat sont des aspects qui les différencient.

Le courant « anti-impérialiste » centre fondamentalement sa lutte autour de la préparation et l’exécution d’actions armées de toutes sortes contre les installations et les intérêts de l’Alliance Atlantique et de l’OTAN.

Ces actions sont menées dans le cadre de ce qu’ils appellent «la stratégie contre leur stratégie» et «l’unité» supranationale des organisations de guérilla révolutionnaire – une interprétation fausse de l’internationalisme.

Même dans les cas où ces attaques ont visé des hommes d’affaires et des politiciens en vue, elles l’ont fait en fonction de leur rapport avec l’OTAN, la course aux armements, ou la guerre.

Mais de quelle stratégie peut-on parler quand on se met à la remorque de la stratégie impérialiste?

Les actions armées de la Rote Armee Fraktion et d’Action Directe, dépourvues d’un programme politique prolétarien, se caractérisent par leur spontanéisme et n’ont d’autre but que le militaire lui- même.

Vu la situation du mouvement révolutionnaire européen, les positions défendues par les « antiimpérialistes » créent la confusion au sein d’un important secteur des forces révolutionnaires, en l’écartant de ses véritables objectifs et en retardant ainsi son nécessaire développement.

Bien sûr, l’Allemagne étant aujourd’hui le lieu de rencontre de deux camps antagoniques irréconciliables, le socialisme et le capitalisme, on peut y observer mieux que nulle part ailleurs le rôle que jouent dans le monde actuel les organisations militaires de l’alliance anti-communiste.

Il est donc facile dé comprendre, au vu des conditions historiques et politiques de l’Allemagne, que le mouvement révolutionnaire là- bas ait tendu à insister davantage sur la forme de l’alliance militaire impérialiste et non sur son contenu de classe.

Et davantage sur la puissance apparente de l’impérialisme et non sur les tâches nécessaires pour organiser, éclairer et se mettre à la tête de la classe ouvrière pour pouvoir en finir non seulement avec les alliances impérialistes mais également, ce qui est plus important, avec les classes et le mode de production qui les rendent possibles.

La proposition « anti-impérialiste » d’un front ouest-européen est une transposition impropre en Europe des Fronts de Libération Nationale des colonies et semi-colonies.

Bien que la différence entre l’Europe et les pays du Tiers-Monde saute aux yeux, la Rote Armée Fraktion a toujours considéré ces mouvements comme un modèle politique de validité universelle et dès le début elle a aspiré à devenir un mouvement analogue.

Cette analyse simpliste et unilatérale autrefois soutenue par les khrouchtchéviens, fut sévèrement critiquée par Mao Tsé Toung car elle «tend à remplacer subjectivement toutes les contradictions qui existent dans le monde «par une seule».

Il est inutile de dire le minimum que l’on peut obtenir avec un schéma semblable en Europe.

Il est certain que les peuples et les nations du Tiers-Monde ont apporté des enseignements très précieux aux prolétaires européens, mais vouloir calquer ou reproduire des formules étrangères telles quelles, sans aucun sens critique, a toujours produit des résultats négatifs tout au long de l’histoire.

Supposer un antagonisme entre l’impérialisme et la « libération » n’est pas correct.

Il faudrait parler d’antagonisme entre le capitalisme et le socialisme, entre la « bourgeoisie nationale » impérialiste et le prolétariat national révolutionnaire, entre l’Etat de la bourgeoisie monopoliste et le prolétariat qui lutte pour imposer sa dictature et son Etat.

La proposition des « anti-impérialistes » correspond plutôt aux présupposés politiques révolutionnaires d’autres latitudes où, aux côtés d’un prolétariat réduit, c’est la paysannerie qui constitue la force principale de la population, avec une petite et moyenne bourgeoisie nationale.

En Europe, par contre, la paysannerie est, en règle générale, inférieure à 10% alors que le prolétariat constitue l’immense majorité de la population; nous manquons aussi d’une véritable bourgeoisie nationale qui réclame la révolution ou qui peut s’y joindre, notamment parce que l’époque de la révolution démocratique bourgeoise est depuis longtemps dépassée en Europe.

A notre époque, les communistes de chaque pays doivent aider consciemment le prolétariat de leur pays à lutter contre sa bourgeoisie, à démasquer la ligne politique bourgeoise (l’opportunisme bourgeois) et ses plans d’exploitation et d’oppression, à organiser la classe ouvrière indépendamment de la bourgeoisie et des syndicats corrompus et intégrés au système, à dénoncer la collaboration de classe des partis réformistes et révisionnistes et à lutter contre eux, etc.

Les communistes doivent donc commencer à forger un puissant parti marxiste-léniniste qui puisse diriger le prolétariat dans sa lutte révolutionnaire contre l’oligarchie monopoliste, financière et foncière et contre son État.

Sans ce parti prolétarien, la révolution court droit à la défaite la plus fracassante.

Sans ce parti, toutes les tentatives d’organiser la lutte armée pour le communisme seront vaines.

En plus d’appuyer au mieux dé nos possibilités les mouvements de libération nationale des colonies et la lutte contre l’impérialisme, nous devons faire la révolution dans notre pays en comptant sur les forces puissantes du prolétariat et du peuple.

=>Retour au dossier PCE (ml) et FRAP, PCE (r) et GRAPO

PCE(r) : La critique contemplative (1986)

[L’article de 1 répond à une critique de la lutte armée dans la revue « Un monde à gagner » publiée par le Comité du Mouvement Révolutionnaire Internationaliste, le regroupement maoïste international, Comité ne reflétant pas le point de vue de tous ses membres.]

novembre 1986

La polémique entamée au sein des milieux révolutionnaires en Europe occidentale, à propos des expériences les plus importantes de la lutte des classes de ces dernières années, dépasse largement ce cadre pour se transformer en un débat beaucoup plus général.

Un nombre toujours plus grand d’ouvriers, d’étudiants et d’autres démocrates s’intéressent à la discussion ouverte, et y participent même activement.

Différentes raisons motivent cet intérêt croissant, mais la principale d’entre elles – celle qu’il faut retenir – n’est autre que la persistance et l’élargissement qu’acquiert le mal dénommé « phénomène terroriste », c’est-à-dire l’incapacité des Etats impérialistes d’anéantir le mouvement de résistance populaire qui se soulève partout contre les mesures d’exploitation et d’oppression, et cela malgré l’arsenal de lois et de corps spéciaux dont ils se dotent.

C’est dans ce climat général et au milieu des expectatives qu’il crée, que l’ample débat dont nous venons de parler se déroule.

Naturellement, parmi la quantité de propositions, d’auto-critiques et de critiques plus ou moins sévères, de vieilles et de nouvelles idées, d’intentions sincères de redressement, etc. apparaît aussi de temps en temps, comme une voix étrangère, la critique de quelques intellectuels oiseux et infatués – de véritables pédants – qui n’ont fait et ne feront jamais autre chose que critiquer, en même temps qu’ils s’arrogent le droit d’enseigner aux autres ce qu’ils doivent et ne doivent pas faire.

Une de ces voix grinçantes, celle d’un certain P. Becker, est descendue dans l’arène avec un article intitulé «La voie erronée de la guérilla urbaine en Europe occidentale», qui est paru dans le quatrième numéro de la revue «Un monde à gagner», l’organe de l’auto-proclamé «Mouvement Révolutionnaire Internationaliste».

Il serait long et ennuyeux d’aborder ici les abondantes interprétations tendancieuses, les omissions, et tous les lieux communs du répertoire de la presse bourgeoise la plus réactionnaire que ce texte renferme.

Voilà pourquoi nous ne nous arrêterons que sur les questions d’une grande actualité, que sur celles qui, à notre avis, revêtent un grand intérêt.

P. Becker commence son article en avouant son intention de mener «une critique décisive», destructrice, et cela à partir d’une prétendue position «scientifique» marxiste-léniniste, de ce qu’il n’hésite pas à qualifier de «continuelles déviations révisionnistes et réformistes» dans le mouvement révolutionnaire des pays d’Europe Occidentale.

Voyons comment il s’y prend:

«L’année dernière, en Europe Occidentale ont été commis une série d’actes de sabotage et d’assassinat, de l’explosion de bombes contre des objectifs de l’O.T.A.N. et contre des compagnies «ayant des rapports avec l’Afrique du Sud, jusqu’à «es épisodes plus dramatiques: l’élimination d’un général français et d’un fabricant d’armes ouest«allemand pendant l’hiver 1985».

Telles sont les «déviations révisionnistes et réformistes» (les «dramatiques» épisodes, les «sabotages et les assassinats») qui provoquent les réactions les plus incontrôlées de monsieur Becker.

On pourrait certainement supposer, ne fût-ce qu’un instant, qu’il s’agit seulement là d’un lapsus, d’un de ces mauvais tours que «les démons de l’inconscient» jouent souvent aux individus en son genre; cependant, le passage que nous venons de citer traduit l’expression la plus achevée de sa véritable position de classe.

Cette même position se manifeste, au fil de son long article, de multiples autres manières. Mais poursuivons son exposé:

« Dans certains pays – insiste plus loin Becker en citant une déclaration du M.R.I. – un petit nombre d’individus est passé au terrorisme, une ligne politique et idéologique qui ne s’appuie pas sur les «masses révolutionnaires et qui n’a pas une perspective correcte du renversement révolutionnaire de l’impérialisme.

Tandis qu’ils aiment apparaître comme très « révolutionnaires », ces mouvements terroristes ont intégré dans la plupart des cas, toute une série de déviations révisionnistes et réformistes, telle que « la lutte de libération » dans les pays impérialistes, la défense de l’U.R.S.S. impérialiste, et ainsi de suite.

Ces mouvements partagent avec l’économisme l’incapacité fondamentale de comprendre la centralité de la tâche d’élever la conscience politique des masses et de les guider à la lutte politique comme préparation pour la révolution. »

Voilà la synthèse de la critique portée au «terrorisme» par Becker, ainsi que la conception sur laquelle elle est fondée, et son programme politique. Mais il y a plus, d’après lui:

« dans les pays impérialistes les situations révolutionnaires ne sont pas habituelles: elles se présentent très rarement».

Dans de telles conditions de paix, de stabilité politique et de progrès général, Becker interroge:

« Comment une stratégie de guerre d’usure peut-elle mobiliser les masses pour la guerre révolutionnaire?»

Comme on peut le constater aisément, la réponse se trouve dans la question elle-même, et pour cette raison nous pensons que tout autre commentaire à ce sujet serait superflu.

Ce qu’il importe de souligner, c’est que cette vision idyllique de l’actuelle société bourgeoise – vision qui, nous aurons l’occasion de le vérifier, se changera immédiatement en vision catastrophiste –  n’empêche pas Becker de reconnaître que, dans les pays impérialistes, « émergeront inévitablement des situations révolutionnaires.»

Le fonctionnement même du système, pontifie Becker, « y compris les dynamiques qui le conduisent vers une guerre inter-impérialiste mondiale (…) précipiteront des milliers d’individus sur la scène de l’histoire.»

C’est à ce moment-là que les conditions pour l’insurrection seront créées, et que l’heure tant attendue aura sonné pour faire « un bond au moment fatidique ».

Pour écrire ce que nous venons de présenter, Becker a dû laisser de côté une donnée aussi flagrante et essentielle que la crise générale dans laquelle le monde capitaliste se débat actuellement; il a dû escamoter les préparatifs bellicistes que les impérialistes développent, ainsi que la montée des vagues de lutte révolutionnaire que l’on observe partout dans le monde.

Becker soutient que dans les pays capitalistes il n’y a pas de situation révolutionnaire, pour reconnaître aussitôt après que ces conditions «émergeront inévitablement». Il est clair que dans tous les cas il fait dépendre ces conditions du déclenchement – et nous supposons également du développement – d’une troisième guerre mondiale.

Toutes les idées de Becker tournent autour de cette conception. Celle-ci relève-t-elle du marxisme? Becker le prétend. Mao écrit: «Ou bien la révolution empêche la guerre, ou bien la guerre fera éclater la révolution. »

Et Becker, lui, écarte toute possibilité de révolution avant que n’éclate la guerre, et il nous laisse nus et impuissants face aux forces aveugles déchaînées par le capitalisme.

On pourrait objecter à la conclusion que nous venons d’exprimer, que Mao faisait allusion à la révolution dans des pays arriérés ou du Tiers-Monde; néanmoins, nous ne savons pas très bien comment ces derniers pourraient éviter la guerre sans l’alliance et l’appui des pays du «deuxième monde», comme le soutiennent les actuels dirigeants chinois. Comme on peut l’apprécier, cette thèse archi-révisionniste renferme tout au moins une certaine logique.

La conception du monde que nous désignons comme «catastrophiste», (un seul et indivisible monde, se dirigeant inéluctablement vers les abîmes de son auto-destruction), constitue la base idéologique des positions politiques de Becker.

D’après cette conception, il n’y a actuellement dans le monde qu’un seul système économico-social (le système impérialiste), et celui- ci s’achemine, poussé par la force d’inertie de ses contradictions internes, vers une nouvelle conflagration générale.

D’après cette même conception, les masses populaires des différents pays n’ont aucun rôle à jouer ici: les «millions d’individus» auxquels fait allusion Becker n’ayant pas encore été poussés «sur la scène de l’histoire» par la tendance historique (par la crise, l’impérialisme et les convulsions que celui-ci provoque). A ce qu’il paraît, les deux guerres mondiales et les révolutions qu’elles ont engendrées ont été des jeux d’enfants.

De plus, toujours selon Becker, la crise générale du système que ces deux guerres ont engendrée ne méritent même pas d’être prise en considération; et quant à la prochaine guerre que les milieux impérialistes les plus agressifs préparent, elle ne traduit pas plus une situation de crise aiguë du système et, en tout cas, les masses «révolutionnaires» devront attendre, tranquillement assises, que l’éclatement des bombes les pousse jusqu’à «la scène».

Et donc, aux dires de Becker, quand celles-là dégringoleront sur les pauvres têtes de celles-ci, le moment suprême (l’heure de l’insurrection) sonnera; mais entre-temps, les travailleurs de tous les pays, et en particulier ceux de l’Europe Occidentale – puisque c’est d’elle qu’il s’agit – ne peuvent rien faire pour empêcher cette guerre, ni en fomentant la révolution partout, ni en opposant la guerre révolutionnaire à la guerre impérialiste.

En réalité, ce que Becker et ceux de son espèce poursuivent, n’est autre que lier les mains des travailleurs et assurer l’arrière- garde de l’impérialisme, car si cet objectif n’était pas atteint, l’U.R.S.S. et les autres pays socialistes et progressistes se trouveraient dans de meilleures conditions pour affronter l’agression.

En «théorie» la position défendue par Becker appelle à la lutte contre les deux super-puissances et à se maintenir équidistants de celles-ci afin de pouvoir faire la révolution, mais, même en supposant que cette manière de penser contienne un dessein révolutionnaire sincère, la force des événements pousse souvent vers une des deux parties, précisément du côté des capitalistes, et cela, non seulement contre l’U.R.S.S. «impérialiste», mais aussi contre tous les pays et mouvements révolutionnaires.

Il n’est pas surprenant du tout de voir monsieur Becker couronner son article par une attaque furieuse dirigée contre la guérilla urbaine en Europe Occidentale, qualifiant celle-ci de «troupes de choc de Gorbatchev».

Que pourrait-on dire de lui et de ceux qui comme lui apportent continuellement de l’eau au moulin de l’impérialisme yankee?

LA THEOLOGIE DE L’INSURRECTION

Son mépris de la lutte armée organisée et l’apologie que Becker fait des explosions spontanées de la lutte des masses (qu’il considère lui-même comme «authentiquement révolutionnaires»), nous alerte – dès début de son article – sur ses véritables idées politiques:

« Un jour de révolte à Birmingham inflige aux impérialistes cent fois plus de dommages matériels que des années de leur guérilla urbaine – mais le dommage le plus important est sans doute le fait d’avoir porté des coups politiques et idéologiques à la bourgeoisie et ses prétentions à une société juste et satisfaisante – à côté desquels les actions des terroristes font pâle figure.»

Notre héros se place à une distance prudente du champ de bataille et d’un promontoire, il harangue les révolutionnaires organisés et les masses révoltées; il leur déclare: Abandonnez votre engagement, déposez les armes! Est-ce que vous ignorez que «le dommage le plus important» que l’on peut causer à la bourgeoisie est de lui porter «des coups politiques et idéologiques»?

D’un côté, les luttes spontanées, et de l’autre les «coups» politiques et idéologiques, telle est la plate-forme de l’économisme que Becker veut faire passer en contrebande comme le dernier cri du marxisme révolutionnaire.

Certes, toutes ces bagatelles nous font pâlir.

Ce qui nous laisse vraiment étonnés et perplexes, c’est cette constante préoccupation qui semble faire perdre le sommeil à monsieur Becker, et qui l’amène à critiquer de la façon la plus hargneuse et démagogique une ligne politique qui, selon lui, «remplace la lutte révolutionnaire des masses par des attaques armées d’un petit groupe».

Or, à la lumière de ce que nous venons de lire, à la lumière de la conception de la «lutte révolutionnaire» des masses exposée par Becker, ne sommes-nous pas en droit d’affirmer que ce qui le préoccupe réellement, c’est justement tout le contraire de ce qu’il affirme?

C’est-à-dire que la lutte armée de la guérilla urbaine, dirigée-par un véritable détachement communiste, non seulement ne «remplace» pas (comment pourrait-elle le faire?) la lutte des masses mais, au contraire – comme nous le soutenons – qu’elle la stimule, qu’elle contribue à sa meilleure organisation, qu’elle lui fraie le chemin et qu’elle lui permet de se doter d’un programme et d’objectifs clairs.

De notre côté, aucun doute n’est permis à ce propos, mais si nous en avions, si nous manquions de conviction, la seule apparition de la critique portée par Becker au « terrorisme » suffirait à nous convaincre définitivement.

Les opportunistes ont peur d’être démasqués par le développement de la lutte des classes.

C’est pour cela que leur travail le plus saillant consiste à s’attaquer à ceux qui se soulèvent les armes à la main pour combattre l’impérialisme, en prétextant continuellement que ceux-là réalisent leurs actions «en marge» de la lutte des masses, qu’ils «la remplacent», qu’ils «retardent» ou «désarticulent» leur mouvement, etc.

Les opportunistes disent cela tandis que, d’un autre côté, ils prêchent la soumis; sion et le respect superstitieux devant la légalité imposée par les fusils de la bourgeoisie, ils prêchent le pacifisme et le réformisme; et quand, malgré ce travail de trahison, des ouvriers et d’autres travailleurs se lancent dans le combat franc et résolu, alors, afin d’éviter d’être complètement démasqués, ils fouillent dans les classiques pour «argumenter» sur «l’inopportunité du moment», sur «le rapport de force défavorable», ou «le manque de préparation de la lutte armée», et autres choses du même acabit; quand ils ne se retranchent pas derrière les secteurs les plus arriérés afin d’isoler et de contraindre à reculer ceux qui marchent en avant, ceux qui sont vraiment prêts à lutter et à donner l’exemple aux autres.

Que nous enseigne l’expérience dans notre pays?

Pendant des années, les carrillistes et autres ruffians ont axé leur activité sur la liquidation du mouvement ouvrier révolutionnaire, en s’appuyant sur l’argument suprême selon lequel «les conditions de crise du système n’étaient pas réunies» et, en même temps qu’ils appelaient les ouvriers à «conquérir» le syndicat fasciste et qu’ils se réunissaient en tables rondes avec les secteurs «évolutionnistes» de l’oligarchie, ils se livraient à la persécution des communistes, (de tous ceux qui s’opposaient et dénonçaient leurs manèges anti-ouvriers), en nous taxant «d’impatience», de vouloir faire de la politique «rien qu’avec une mitraillette», de «revanchisme», de «provocation», etc.

De telle sorte que, lorsque la crise économique et politique du régime se déchaîna – et que ce dernier déclencha ses plans de réforme – nous ne fûmes absolument pas surpris de voir surgir ces mêmes individus proclamant l’urgente nécessité de «sortir le pays de la crise» afin de sauver «la démocratie» et les miettes du grand festin que la bourgeoisie financière avait laissé tomber de la table pour les tenir contents.

Bon, nous découvrons maintenant dans l’article de Becker – et sans pouvoir retenir une moue de mépris – la même rengaine démagogique avec laquelle toute la meute de «la gauche» («communistes», «marxistes-léninistes», et même «maoïstes») nous a cassé les oreilles ces dernières années.

Car il s’agit du même discours, même s’il diffère dans quelques détails.

Ce qu’il y a de neuf chez Becker – et c’est cela qui a retenu notre attention – c’est l’animosité et l’acharnement qui le saisissent dans son délire de persécution.

Écoutons-le encore une fois:

« Les regards de ceux qui brûlent d’impatience, dans l’attente du jour où ils pourront régler leurs comptes avec la bourgeoisie, doivent s’élever un peu plus haut, au-delà de la pure et simple soif de vengeance, jusqu’à l’horizon où se dessine la perspective d’engager la lutte armée pour faire avancer le genre humain jusqu’à une époque entièrement nouvelle dans l’histoire de l’espèce. »

Et Becker complète cette position béate par un appel désolé à remplacer la critique des armes portée contre la société bourgeoise putride par «l’arme» de la critique, ou, comme il le précise, «par l’arme de la science de la révolution».

Les bigots, eux aussi, ont toujours voulu présenter la théologie comme une «science».

Le fait que, dans ce cas, Becker appelle sa théologie «science de la révolution», ne change en rien les fondements de l’affaire.

Dans les deux cas, la pratique n’intervient pas. Toute la différence réside en ceci: le marxisme est une doctrine pour l’action, tandis que le «marxisme» usé de Becker n’est rien d’autre – en imaginant le meilleur – qu’un doctrinarisme inopérant et contemplatif.

C’est d’ailleurs à partir de cette position contemplative – très satisfaite d’elle-même – que Becker nous invite à «élever le regard» (pardessus les choses du monde), «un peu plus haut», afin de «faire avancer le genre humain» et de le tirer hors des ténèbres qui l’entourent.

Pas question de «règlements de comptes»!, prêche-t-il: Laissez de côté la «pure et simple soif de vengeance»! Regardez «vers l’horizon où se dessine la perspective»!!

UN FAUX DILEMME : LA VIOLENCE DE QUELQUES-UNS
OU LA VIOLENCE DE BEAUCOUP

En fait, la violence n’est pas la question centrale dans la critique faite par Becker à la guérilla urbaine. Sa tentative a pour objet de poser le faux dilemme de savoir si ce sont les masses ou un «petit groupe» qui doivent l’exercer.

Mais, que nous sachions, personne ici n’a dit que la révolution puisse être l’affaire de quelques élus, si héroïques, ardents ou disposés au sacrifice qu’ils se montrent.

Ce que nous soutenons, c’est la nécessité absolue d’incorporer la lutte armée dans la stratégie révolutionnaire, en la concevant comme une partie essentielle, comme quelque chose qui découle de tout le développement historique et des conditions matérielles objectives dans lesquelles se livre aujourd’hui la lutte des classes au sein des Etats impérialistes, de leur nature fasciste et spoliatrice, profondément réactionnaire.

Dans ces conditions, que monsieur Becker se garde bien de mentionner, la lutte armée naît de façon inévitable du fait de la crise, du renforcement de l’exploitation de la classe ouvrière et des autres travailleurs, des brutalités et de l’oppression subies de la part de l’Etat; elle naît de la résistance que les masses opposent, consciemment, au système de la bourgeoisie en processus de ruine et de désagrégation.

Au moment venu – qu’il est impossible de fixer dès maintenant – cette forme de lutte devra devenir principale, et toutes les autres devront y être subordonnées.

Est-ce que cette conception exclut le travail d’un parti, la lutte idéologique et politique, le travail d’organisation, etc?

Nous, nous soutenons que non seulement cette conception n’exclut pas tout cela, mais, au contraire, qu’elle le présuppose et le renforce; elle le rend nécessaire de la façon la plus évidente.

Nous ne nions pas qu’il existe de «petits groupes» qui s’obstinent à refuser la nécessité du parti prolétarien, armé de la théorie marxisteléniniste, des groupes dont l’activité armée, dans la plupart des cas, ne revient qu’à leur porter préjudice.

Mais cela est une autre question qui n’a rien ou très peu à voir avec ce dont nous traitons ici.

Ce que nous soutenons, encore une fois, c’est que la propagande et la « critique », la lutte politique et la lutte idéologique telles qu’elles étaient conçues dans la phase précédente du développement du système capitaliste, ne suffisent plus en elles-mêmes pour élever les masses jusqu’à la compréhension de leurs objectifs historiques, et encore moins pour les mener au combat pour le pouvoir.

Nos idées à ce sujet sont bien connues, car nous avons analysé ce problème maintes fois et, par là, les nombreuses interprétations fausses faites par monsieur Becker dans son article ne lui serviront à rien..

Par exemple: Quand aurions-nous nié que la guerre révolutionnaire soit une guerre de classe? Cependant, nous ne nous bornons pas à répéter une vérité aussi simple comme des perroquets.

Notre attention se concentre sur la recherche des voies qui permettront aux masses d’approcher leur but, en abandonnant les voies de garage et les chemins battus (qui, comme cela est déjà parfaitement démontré, ne mènent nulle part).

N’est-ce pas là, précisément, la mission de tout parti authentiquement communiste? Selon les « bolchéviks chinois » et le Komintern qui les soutenait, la ligne défendue par Mao pour la révolution chinoise n’avait rien de « marxiste-léniniste »; ils la dénonçaient comme « nationaliste », « opportuniste », « petite- bourgeoise » et à peine « scientifique ».

On peut dire la même chose des attaques lancées par Kautsky et consorts contre Lénine et la Révolution d’Octobre, parce que cette dernière rompit avec l’orthodoxie vermoulue que Kautsky et d’autres avaient incubée pendant des dizaines d’années de développement « pacifique » du capitalisme.

Dans les deux cas, de la même façon dont s’y prend maintenant Becker en cherchant l’appui de Lénine et Mao, il s’agissait de conserver à tout prix, c’est-à-dire aux dépens du mouvement réel, une «pureté» doctrinale qui apportait de très bons résultats pour l’impérialisme.

Car, comme Lénine le rappelait face aux doctrinaires de cette espèce: «la théorie est toujours grise et l’arbre de la vie toujours vert».

Notre Parti, le P.C.E.(r), ne renonce pas à l’héritage légué par les deux grandes révolutions, mais ce que nous refusons, c’est le schéma scolastique qui trahit la révolution chaque fois qu’il la promet, en la reléguant aux calendes grecques, en usant des mêmes subterfuges que ceux employés maintenant par Becker.

S’il n’est pas possible de séparer l’objectif (la libération des masses) de la façon dont on combat, pourquoi alors ne devrait-on pas appliquer ce même principe aux méthodes de lutte pour la révolution?

Si ce dont il s’agit ici, c’est de préparer les conditions générales (et pas seulement celles de type idéologique) pour l’insurrection des masses, pourquoi ne pas commencer dès maintenant à les préparer dans tous les domaines?

Faut-il faire confiance une fois de plus, (c’est-à-dire, après toutes les expériences vécues), aux promesses insurrectionnelles qui devront s’accomplir au dernier moment?

Est-il possible d’improviser une action de cette nature?

Par cette « voie », appelée de façon incorrecte « d’Octobre », on ne parviendra jamais à l’insurrection, et si celle-ci finissait malgré tout par se produire à partir d’une réaction spontanée des travailleurs, il est certain qu’elle échouerait.

Où donc se trouvent, dans notre exposé, l’étroitesse de vue, la soif de vengeance, l’exhortation morale, « le fardeau de l’homme blanc » cher à R. Kipling, et les autres amabilités que monsieur Becker nous prodigue?

Quel est le marxiste qui oserait affirmer qüe l’intégration des masses à la lutte politique, et à la lutte armée pour le pouvoir comme expression la plus élevée, s’est produite quelque fois tout d’un coup, ou dans la première phase d’un processus révolutionnaire?

Quand Mao soutient qu’une seule étincelle peut embraser la prairie, ne fait-il pas allusion à l’intégration des masses au combat qu’une petite armée mène depuis longtemps?

Et n’était-ce pas les masses qui combattaient jusqu’alors?

Il faudrait d’ailleurs percer l’ambiguité et la relativité du concept même de masses afin de finir d’éclaircir cette affaire. C,ar même dans l’expérience de l’insurrection d’Octobre 1917, que monsieur Becker prend pour modèle, on ne peut pas parler, comme on le fait généralement, d’un acte unique ou automatique.

C’est une tromperie complète de présenter l’histoire de cette façon, de déformer ainsi l’expérience de la Révolution d’Octobre pour l’opposer – de la façon la plus opportuniste – aux formes les plus avancées de la lutte des classes qui se déroule actuellement dans les pays impérialistes, en invoquant l’absence de conditions révolutionnaires dans ces mêmes pays.

Comment expliquer le phénomène de la lutte armée? Par les élucubrations et la soif de vengeance de quelques individus? Becker veut qu’on le prenne au sérieux et qu’on considère comme «scientifique» son «marxisme-léninisme-pensée Mao», mais nous, nous ne sommes pas des poussins nés de la dernière pluie, et il y a longtemps que nous avons des ergots.

Si les choses étaient telles que cet homme l’affirme, il est certain que ni lui ni toute la propagande mensongère bourgeoise ne lui consacreraient tant d’espace, et ne montreraient pas une telle inquiétude à combattre « le terrorisme ».

Il serait impossible de comprendre l’insurrection d’Octobre sans la révolution démocratique-bourgeoise de février qui détrôna le tsar, et ces deux révolutions sans tenir compte de celle de 1905. De plus, la guerre impérialiste avait désarticulé un Etat russe déjà corrompu et maltraité.

Les masses, la plupart d’entre elles encadrées dans l’armée et la marine, étaient armées et résolues à lutter jusqu’au bout. Dans de telles conditions, il ne fut pas très difficile de réussir à ce qu’elles retournent les fusils contre leurs oppresseurs.

Une autre question se dégage de tout cela: une situation identique peut-elle se produire dans l’un ou l’autre pays de l’Europe Occidentale, de façon qu’elle offre au prolétariat la possibilité de concentrer ses forces jusqu’à s’emparer du pouvoir? Evidemment, on ne peut l’écarter absolument, même si cela nous semble bien improbable.

Mais la stratégie révolutionnaire ne se confond pas avec un calcul de probabilités soumises, toutes, aux caprices du hasard; la révolution exige à chaque instant que l’on parte des conditions réelles, des expériences qui découlent quotidiennement de la lutte; elle n’est pas un ramassis d’expériences passées, ni non plus un jeu de devinettes.

CE QUI EST FAUX ET CE QUI EST VRAI
DANS LE NOUVEAU MOUVEMENT
REVOLUTIONNAIRE D’EUROPE OCCIDENTALE

Ce qui fait perdre la tête à monsieur Becker, c’est toute la série de perversions des principes consacrés qu’il voit dans les groupes et organisations révolutionnaires lorsque ceux-ci affirment, avec des ambitions démesurées, «qu’ils sont l’avant-garde de la lutte des classes, guidée par le marxisme-léninisme, et que leur but est la révolution et le communisme».

En outre – se plaint-il, hystérique – « leur guérilla urbaine est définie comme l’expression pratique d’un véritable internationalisme».

Et comble des combles, ce qu’il ressent comme un véritable sacrilège, une intromission intolérable dans les affaires de son église, c’est que quelques-uns de ces groupes ont commencé à «écrire sur la nécessité d’une nouvelle Internationale Communiste» et qu’ils voient dans le « Front de la Guérilla » une sorte de pas en avant dans cette direction.

Eh bien, pour notre part, nous n’allons pas commettre la bêtise de prendre la défense de ce mouvement dans son ensemble, ni celle de toutes les conceptions politiques qu’il est en train de mettre en avant, de la même façon que nous n’approuvons pas toutes et chacune de ses actions; nous savons que dans ce mouvement convergent et combattent différents courants (et non pas rien qu’un monsieur Becker), parmi lesquels certains sont indiscutablement fort subjectivistes, anarchistes et même ouvertement nationalistes.

Cela est toujours arrivé dans les mouvements en processus de formation.

L’hétérogénéité et un bagage idéologique indéfini sont les caractéristiques qui définissent le mieux le mouvement d’ensemble actuel.

De là découle le culte du spontanéisme et le rôle prépondérant que certains donnent à des actions armées dépourvues, bien des fois, de l’orientation politique claire que seul peut apporter un véritable parti marxiste-léniniste.

C’est l’absence de tels partis dans la plupart des pays de l’Europe Occidentale qui a fait de ce mouvement un formidable bouillon de culture des idées et des conceptions bourgeoises et petites-bourgeoises les plus étranges.

Mais, à moins d’être un parfait ignorant, qui oserait aujourd’hui nier qu’en son sein oeuvrent et livrent une incessante lutte politique et idéologique les seules forces saines, qui ne sont pas corrompues jusqu’à la moelle, les militants communistes honnêtes qui ont survécu à la débâcle « pro-chinoise » et « pro-albanaise » des années 60 et 70?

Qui – à moins d’être un fieffé révisionniste ou pire… (en supposant qu’il existe une chose pire que celle-là) – oserait nier que ce mouvement, malgré son hétérogénéité, ou la rigidité que l’on y décèle d’autres fois, son romantisme exagéré, etc., ne représente pas un gigantesque pas en avant par rapport à ce mélange d’esthètes et de grimaçants?

Il est inutile que monsieur Becker s’étende en considérations au sujet de «l’échec» de la «voie terroriste», comme si les «partis» qu’il représente nous offraient tous les jours la joie d’une révolution victorieuse; il est inutile qu’il s’emballe en faisant une abondante démagogie à l’aide des repentis, comme si dans les prisons d’Italie et d’autres pays il n’y avait pas des centaines de militants «purgeant» de très longues peines, subissant d’interminables tortures, parce qu’ils n’abjurent pas leurs idées révolutionnaires.

En réalité, ce que Becker propose au nom du marxisme-léninisme n’est autre que le passage en masse de tous ces révolutionnaires et nombreux communistes du côté des repentis, du côté des délateurs et des collaborateurs de la police et de la réaction.

Il essaie de cette façon de compléter le sale boulot que la bourgeoisie impérialiste, malgré tout son appareil répressif et de propagande, n’a pu et ne pourra jamais réussir.

A aucun moment Becker ne défend la position marxiste, ni devant cette importante question, ni devant n’importe quel autre problème.

Selon lui, il faudrait considérer comme un miracle qu’après les trahisons réformistes, qu’après l’apostasie d’autres et l’abandon de presque tout le reste, la crème de la jeunesse d’Europe, les jeunes les plus sagaces, les plus sains et intelligents, aient opté pour le communisme et soient occupés à en chercher le chemin.

Il est en tout cas inutile de dire que ce miracle-là n’est pas dû à l’église de Becker, mais qu’il obéit plutôt à des causes tout à fait étrangères à son travail évangélisateur adverse, qu’il obéit – comme nous venons de le voir – à la force d’attraction que le marxisme-léninisme et le communisme exercent sur de plus en plus larges secteurs de travailleurs et de la jeunesse combative.

Sur ce point, le doctrinarisme de Becker n’indique rien d’autre qu’un subjectivisme extrême.

Pour lui, comme nous avons eu l’occasion de le constater au début de son article, il n’existe dans le monde que ce qui est blanc et ce qui est noir; ceci est ceci, cela est cela, ce sont des choses totalement différentes, sans liaison, sans rapport entre elles, et, plus important, sans qu’à l’intérieur de ceci ou de cela ne soit en train de se développer un processus de lutte, de changement ou de transformation.

Les états de transition n’existent pas non plus pour monsieur Becker ; c’est-à-dire que pour lui une chose est comme elle est et ne peut se transformer en une autre différente.

Qu’il existe au sein du mouvement révolutionnaire une lutte de tendances, cela, il ne peut ou ne veut pas le reconnaître, car pour lui les choses et les phénomènes n’existent qu’à l’état «pur», de façon statique.

Cette méthode le dispense de rechercher les causes profondes et de séparer le bon grain de l’ivraie.

Évidemment, il est beaucoup plus facile de tout fourrer dans un même sac étiqueté «terrorisme» et de le balancer par-dessus bord comme s’il s’agissait d’une meute de chiens enragés.

En politique, cette conception idéaliste et sa méthode scolastique, métaphysique – dont monsieur Becker nous a déjà montré des échantillons suffisants – se traduisent par les plus grandes aberrations que l’on puisse imaginer.

Mais laissons cette question et ce qui est signalé au début de ce paragraphe pour une meilleure occasion.

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PCE(r) : Au seuil des années 30

[Document des années 1990.]

par M. Queralt du PCE(r)

La crise économique capitaliste a montré à nouveau son sinistre visage sous sa forme de toujours: avec le spectre de la récession qui, cette fois, comme le signalent beaucoup de voix autorisées et peu suspectes de ‘gauchisme’, conduira à une dépression généralisée.

 » L’exacerbation des déséquilibres mondiaux, la prééminence de la spéculation financière sur la production effective, l’épuisement des instruments monétaires et fiscaux antidépression, tout fait supposer que la prochaine récession pourra se transformer en une sévère dépression. Malgré la complaisance et l’optimisme des cercles officiels, nous pouvons nous trouver au seuil des années 30  » (A. Gunder Frank, économiste nord-américain).

Les gouvernements et leurs mercenaires des moyens de communication impérialistes se sont pressés de baptiser ce spectre de la récession du nom de Saddam Hussein.

Car voici qu’un militaire d’un pays qui est loin de compter parmi les puissances mondiales qui se partagent le gâteau dans le monde peut mettre fin d’un coup de pistolet à des années de  » prospérité « , et miner la pseudo-forteresse d’un système jusqu’à la réduite en miettes.

Ce que personne ne veut reconnaître, c’est que longtemps avant le deux août les symptômes de la récession se trouvaient déjà là: le  » colosse économique américain  » avait déjà, dans les six premiers mois de l’année, un taux de croissance de 0,4%, c’est-à-dire une croissance purement technique, qui situe la croissance réelle à un zéro pointé.

Le dollar était déjà en train de s’écrouler sur les marchés de dévises depuis plus d’un an.

Quelque chose de semblable était en train de se passer dans presque tous les pays industrialisés les plus développés. La crise n’a rien à voir avec les hausses du prix du pétrole, puisque le pétrole était payé (et c’était une des raisons des  » bons résultats « ) à des prix déflationnistes, c’est-à-dire très au-dessous de sa valeur réelle.

Si on avait prix en compte la dépréciation du dollar – monnaie dans laquelle on paie le pétrole – le prix du baril, calculé sur la base de son prix réel en 1980, aurait dû être de 60 dollars.

On pourrait résumer le développement de la crise générale du capitalisme pendant les vingt dernières années en disant que quatre récessions se sont déjà produites, auxquelles il faut ajouter le krach boursier de 1987. Aucune des reprises qui ont eu lieu après chacune de ces récessions ou crises de surproduction n’a permis de recouvrer les forces existantes antérieurement, et chacune de ces récessions a été plus profonde, a duré plus longtemps et s’est plus étendue que la précèdente.

La tendance à la baisse du taux de croissance est encore plus évidente si l’on considére l’économie capitaliste comme un tout. Les taux et les chiffres absolus d’augmentation du chômage, au cours de chacune de ces crises, ont augmenté par rapport à la précèdente.

Dans les pays de l’O.C.D.E., le chômage a presque doublé d’une crise à l’autre (5 millions en 1967, 8 millions en 1970, 15 millions en 1975 et 33 millions en 1982). Dans le tiers-monde, le chômage s’est étendu à la plus de la moitié de la population à partir de 1979, alors que le problème de l’endettement entrait dans sa phase explosive.

A partir de 1983 se produit une reprise apparente de l’économie qui a été acclamée comme s’il s’agissait d’un miracle. L’ére Reagan fut qualifiée la décennie de la sortie de la crise.

Néanmoins, cette reprise avait une base très faible; le krach boursier de 1987 fut le premier signe avant-coureur de la banqueroute qui approchait, mais les gouverrnements et les banques centrales des pays les plus développés réussirent à combler le trou en injectant des doses énormes d’argent.

Pendant la décennie de la  » reprise  » toutes les tendances négatives et les indices du niveau de l’économie réelle se sont présentés ou ont évolué de façon conjointe avec les tendances correspondantes dans la sphère financière, en particulier dans le domaine de la spéculation, ce qui s’est traduit par un déplacement des investissements réels et de la production à partir du moment où ils commençaient à ne plus être rentables.

Malgré les politiques monétaristes appliquées pour restreindre la masse monétaire, les réserves monétaires furent multipliées par plus de dix pendant la décennie, le crédit se développa rapidement, la dette augmenta jusqu’à des situations alarmantes et les taux d’intérêts atteignirent des valeurs sans précèdent.

Les tentatives financières, souvent spéculatives, pour compenser les tendances cycliques à la baisse de l’économie réelle dans la crise générale du système, ont eu un succès apparemment partiel; ce qui avait apparu apporter une solution à certains problèmes en a créé d’autres.

Par exemple: le financement de la dette du tiers-monde, projeté pour maintenir le rythme de croissance des pays importateurs et des pays industrialisés exportateurs, avait produit une baisse drastique de la production réelle importée par les premiers et exportée par les seconds.

C’est-à-dire que les pays sous-développés se trouvent dans l’obligation d’investir toutes leurs ressources dans le paiement du service de la dette, ce qui a provoqué une restriction maximale de la consommation des biens d’importation. A la suite de quoi, tant en Europe qu’au Japon, les taux de croissance se sont réduits; les USA ont cherché à freiner cette baisse en stimulant les dépenses militaires et en augmentant la dette financière spéculative.

La crise nous offre un tel écheveau confus de données et de chiffres qu’il vaut mieux épargner la plupart d’entre eux au lecteur [à la lectrice] pour ne pas détourner son attention. Néanmoins, nous avons estimé qu’il fallait relever quelques unes de ces données, en particulier celles qui se réfèrent à la décennie reaganienne aux USA, parce qu’elles démontrent clairement l’incapacité du système à dépasser la crise permanente dont il souffre.

Les données sur lesquelles se fondent les rapports officiels nord-américains pour démontrer la  » reprise économique  » aux USA, pendant la décennie qui vient de s’achever, sont la preuve la plus claire du fait que celle-ci a été totalement fictive. Les faibles investissements effectués l’ont été dans le secteur de l’équipement à court terme, et la création de nouveaux emplois a été restreinte au secteur des services, à ses niveaux les plus bas (type alimentation Mac Donald’s), ou à celui des industries liées à la guerre.

L’administration yankee s’est endetté jusqu’aux limites de l’mimaginable, pendant un mandat présidentiel qui s’était proposer d’éliminer le déficit budgétaire et de réduire la dette extérieure.

En moins d’une décennie, le déficit budgétaire américain cumulé est passé de 200 milliards de dollars à 2 trillions, ce qui, en 1985, représentait déjà 40% du PNB. La dette extérieure nord-américaine a énormément augmenté – en 1989 elle était déjà de 250 milliards de dollars – plaçant les USA, la première puissance économique du monde, au rang de principal pays débiteur du monde.

Cette dette apparaît encore réduite par rapport à une autre encore bien plus importante, bien moins connue: il existe actuellement une accumulation estimée à 1,5 trillion de dollars entre les mains d’étrangers qui opèrent sur le marché européen ou dans d’autres pays.

Cette somme équivaut à un an de biens et de services que les USA ont été capable de consommer ou de détenir sans les produire, ceci grâce à leur capacité d’émettre les dollars que le reste du monde avait besoin de posséder ou d’utiliser comme réserve ou moyen de paiement.

Il est très peu probable que cette somme puisse être échangée contre des biens ou des services produits aux USA, qui n’exportent déjà plus que le dixième de ce qu’ils exportaient auparavant.

La fameuse reprise de l’économie américaine s’est basée, essentiellement, sur l’augmentation de la dépense publique destinée à la politique d’armement (pendant l’ère Reagan, qui fut un  » temps de paix « , les dépenses militaires aux USA atteingnirent un chiffre qu’on ne peut plus écrire avec des zéros, 2 quadrillions de dollars!), elle a été fondée aussi sur le bas prix payé pour les produits importés des pays exportateurs de matières premières, mais, surtout, sur l’application d’une politique monétariste, dont les conséquences ont aggravé de façon dramatique les conditions de vie de millions de travailleurs aux USA.

La réduction des coûts, des salaires et des services sociaux, la protection des profits des entreprises, la restructuration industrielle, la réorganisation du marché du travail – avec licenciements massifs et généralisation du sous-emploi – ont soutenu la  » reprise économique « , au bout de laquelle se dressait un tableau dantesque, comparable à la situation que subissaient les masses travailleuses au début du siècle.

Dans tous les secteurs de l’industrie, la  » flexibilité  » s’est transformée en un élément-clef de la rentabilité.

Le mot d’ordre du moment est le système de production flexible, dans lequel les produits répondent plus rapidement à la demande du marché, avec une quantité minimum de stocks et une production irrégulière, intégrée progressivement à des ordinateurs.

Il s’agit de changements technologiques dictés par la logique de réduction des coûts.

La production flexible, qui fut lancée par les Japonais, est déjà largement utilisée dans presque toutes les industries de haute technologie nord-américaines; elle exige que les travailleurs préparent les machines rapidement – accélérant ainsi la production – ainsi qu’une  » flexibilité  » dans l’engagement de la main d’oeuvre, etc.

D’autre part, les industries de technologie moyenne ont eu tendance à engager des petites entreprises ou des sous-traitants, qui utilisent à leur tour de la main d’oeuvre temporaire, pour les travaux de routine qui peuvent être effectués par de la min d’oeuvre non qualifiée.

Les grandes industries ont rompu tous les compromis sociaux avec ces travailleurs, qui sont facilement portés sur la liste des licenciés, piur être de nouveau engagés plus tard.

De cette façon, nous nous trouvons avec des dizaines de millions de travailleurs employés temporairement, vingt millions de personnes travaillant à l’heure et parmi celles-ci dix millions sont privés de toute assurance.
Naturellement, la réduction des coûts implique aussi une réduction des salaires, qui a été progressive pendant l’ère Reagan; en 1989, on évaluait à 8 millions le nombre de travailleurs recevant seulement le salaire minimum qui, compte tenu de l’inflation, se trouve au même niveau qu’en 1955.

Mais il ya encore autre chose: les licenciements massifs exécutés par les grandes industries et la généralisation consécutive du sous-emploi ont porté à 25 millions le nombre de travailleurs dont les revenus sont très en-dessous du salaire minimum.

Une partie de ces travailleurs vit dans la misère la plus absolue.

Actuellement le nombre de pauvres aux USA – dont la population est de 235 millions – atteint le chiffre épouvantable de 50 millions de personnes, dont 20 millions (un Nord-Américain sur cinq) souffrent de la faim.

Quant aux aides sociales, l’équipe reaganienne en a supprimé une bonne partie.

Par exemple, en 1987, l’assurance sur le chômage n’a couvert que les 2/3 des travailleurs en chômage; la politique menée conseillait de diminuer les assurances-chômage pour obliger les travailleurs à accepter immédiatement d’autres postes de travail dans n’importe quelles conditions de travail.

En ce qui concerne l’assistance sanitaire, l’éducation, etc., les chiffres concordent avec avec les autres données de la misère: 37 millions de Nord-Américains n’ont aucune assurance-maladie, la mortalité infantile aux USA se trouve au même niveau qu’au Bangladesh! 40% des jeunes sont semi-analphabétes; des millions de personnes survivent sous des cartons dans les rues ou dans les métros… « 

Les sans-abris, déchets humains jetés par le système. Pire qu’à Calcutta. Voici le résultat du capitalisme le plus dur « , s’exclame un sociologue nord-américain, tandis qu’un autre, le professeur Bellah, dit indign « :  » La vie est terrible.Tout brûle devant les yeux des Nord-Américains transformés en Néron. Aucune société ne souffre d’autant de problèmes que la nôtre. Notre type de capitalisme est sauvagement destructeur « .
Tels ont été quelques uns des  » excellents  » résultats de la  » reprise  » économique reaganienne.

Grâce à eux, à la politique monétariste appliquée, la masse de l’argent, et par conséquent celle des crédits a augmenté; mais l’envol de la spéculation financière a aussi atteint ses propres limites en tant que solution des problèmes de l’économie réelle, et il s’est lui-même converti en un problème en soi.

La cause fondamentale de la spéculation est la surproduction de marchandises ou, ce qui revient au même, l’énorme capacité de production excédentaire qui pèse sur la plupart des secteurs de l’industrie, et qui en même temps empêche une relance réelle de l’investissement productif, ce qui conduit irrémédiablement à la récession.

La profonde crise économique qui se rapproche pourrait se présenter comme un iceberg: son sommet, la partie visible, serait constitué par les faillites bancaires et l’absorption – tant financière qu’industrielle – de petites entités par d’autres plus grandes, ce qui renforcera encore plus la concentration du capital monopoliste; sa partie immergée serait la crise financière et industrielle, et la mer qui entoure l’iceberg et qui le décompose serait la crise générale du système capitaliste.

Nous devons à nouveau en revenir aux USA, non seulement en raison de leur poids spécifique dans l’ensemble de l’économie capitaliste mondiale, mais aussi parce que c’est là-bas, et peut-être pour cette même raison, que la crise est la plus mûre et a commencé à exercer ses effets. Les faillites bancaires ont déjà commencé en Amérique du Nord, où les Caisses d’épargne ont coulé à pic; leurs pertes cumulées pendant les 10 dernières années se montent à 700 milliards de dollars.

Les bénéfices des banques des USA ont baissé de 52% le dernier trimestre; la banqueroute menace des centaines de moyennes et de petites entités de crédit qui, durant les dernières années, avaient accordé des prêts en cascade à des entreprises spéculatrices du secteur immobilier; les géants de l’industrie ont déjà annoncé une nouvelle restructuration de leurs entreprises (General Motors va fermer 38 usines aux USA et au Canada, en licenciant 37 000 ouvriers, tandis que Ford a décidé de supprimer 14 000 postes de travail).

Les responsables de l’élaboration politique et économique, tendant à appuer la dernière reprise, avaient eu recours à des politiques antirécession qui, ayant déjà servi, ne sont plus viables aujourd’hui en tant qu’instruments pour affronter la récession qui vient de commencer.

La croissance des dépenses publiques, l’augmentation du déficit budgétaire, les interventions sur le taux d’intérêt et sur la politique commerciale sont des mesures déjà inefficaces aujourd’hui, c’est pourquoi les pays industriels les plus développés, les USA en tête, ont déjà esquissé une politique d' » ajustement  » similaire à celle que le Fonds Monétaire International (F.M.I.) avait imposée aux pays d’Amérique latine pendant la dernière décennie.
Les politiques d' » ajustement « , dont les conséquences pour les masses populaires seront encore plus dramatiques que celles qui leur ont été infligées par les politiques monétaristes, consistent dans la réduction, à n’importe quel prix, des déficits, des dettes extérieures, etc.

Pour y parvenir, on planifie des réductions drastiques de budgets; on réduit les salaires réels jusqu’à des indices de misère (en y rajoutant la contraction du salaire indirect, représenté par les services publics, l’éducation, la santé, le logement, les retraites, etc.); on restructure à nouveau les industries, envoyant au chômage des millions d’ouvriers, on augmente les impôts indirects et, de cette façon, les prix des produits de base; on passe à une concentration plus forte du capital, en liquidant de nombreuses entreprises, en assujettissant les plus petites aux plus grandes, ou en les fusionnant entre elles; si c’est nécessaire, et pour proétger les exportations, on effectue une dévaluation de la monnaie nationale, etc.

La conception des politiques d’ajustement part d’une vision très particulière de la crise, considérée comme une manifestation transitoire de  » déséquilibres extérieurs « , de distorsions dans le système productif intérieur, provoqués par des inteférences de l’Etat, par l’excès de dépenses publiques ou par des demandes sociales  » démesurées « .

En réalité, ces politiques ont pour objet de  » braver la tempête « , en attendant le retour à la normale. Mais l’expérience montre que, au lieu de remplir la fonction d’un programme pour sortir de la crise, les politiques d’ajustement finissent par jouer le rôle de gestion de celle-ci, et leur caractère supposé transitoire se prolonge de façon indéfinie.

C’est à ce moment qu’apparaissent sur scène les théories fascistes sur la société des  » trois tiers « , selon lesquelles un tiers de l’humanité est de trop, et qu’il faut donc l’éliminer par la famine, par la guerre, ou les deux à la fois.
Nombreux sont déjà les pays capitalistes qui ont commencé à mettre en pratique une partie du programme d' » ajustement « .
Aux USA, on est parvenu à un accord pour réduire en cinq ans de 500 milliards le déficit budgétaire. Dans ce but on a déjà annoncé l’augmentation des impôts indirects et une nouvelle réduction des dépenses sociales beaucoup plus importante que celle qui avait été appliquée lors de la politique monétariste de Reagan (…).

Les spéculations financières internes de presque tous les pays développés dépassent la production de biens et de services; le mouvement international des capitaux escède en valeur l’échange commercial réel dans une proportion de dix à un.

La spéculation financière et le mouvement de capitaux se sont transformés en véritable facteur déterminant des taux de change, des taux d’intérêt, de la demande et de la distribution d’argent, des prix et, à travers tout cela, de la production et de l’emploi.

Les taux de change et leurs flucutations correspondent presque toujours à des circonstances financières spéculatives plus qu’aux conditions réelles de la production ou du commerce, et au lieu de les corriger, ils étendent les déséquilibres commerciaux. Les politiques fiscales se montrent déjà impuissantes à corriger le moindre déséquilibre (…). « 

L’interdépendance économique existant entre tous les pays, en particulier entre les pays capitalistes les plus développés… étant fondée sur la ‘liberté d’entreprise’, sur le ‘libre commerce’ et la non moins libre concurrence effrénée, ne permet pas un contrôle effectif sur les forces aveugles qui opèrent dans le marché; au contraire, elle accentue la lutte entre les monopoles des différents pays et opére, en fin de compte à la manière des vases communicants, d’une façon qui étend le mal rapidement de tous les côtés.

La ‘coordination’ rencontre un obstacle insurmontable dans la nature privée du capital elle-même et dans l’anarchie de la production.

De plus, la situation économique de chaque pays n’est pas identique à celle des autres et les objectifs de chaque Etat sont en général aussi différents, ou ils sont incompatibles avec ceux des autres; en outre, les mesures qui peuvent être prises pour contenir ou pallier les effets de la crise touchent de manière différente les intérêts de chacun de ces Etats.

C’est pourquoi, au lieu des accords et de la coordination, ce qui se produit le plus fréquemment c’est la non-coordination et l’obstruction, qui se sont transformés en des méthodes les plus utilisés dans la lutte inter-impérialiste  » (Resistencia, revue du PCE(r), n°spécial, novembre 1987) (…).

En général, tous les pays européens se trouveront aussi touchés par la récession, même s’il est évident que quelques uns d’entre eux sont mieux équipés que d’autres pour y faire face, ce qui n’est pas le cas de l’Espagne où se retrouvent toutes les conditions pour que cela éclate d’une façon virulente.

Le  » miracle  » économique de l’oligarchie espagnole, dont se montrent si fiers les  » felipistes  » (Note: partisans du chef du parti socialiste ouvrier espagnol, Felipe Gonzales), a une base encore plus fictive que la fameuse reprise reaganienne.

Les importants investissements étrangers (surtout yankees et japonais) réalisés dans notre pays ont servi à gonfler une bulle spéculative qu’un simple souffle d’air fera exploser de toutes parts (…).

Les syndicats institutionnels, après avoir accepté le fameux pacte de  » compétitivité  » ou de surexploitation, vont centrer leur  » lutte  » sur la défense du  » pouvoir d’achat des salires « , pour y parvenir ils pactiseront et ils vendront les intérêts des travailleurs contre le triste plat de lentilles que la crise pourra leur offrir.

Ils oublieront, comme ils l’ont fait dans les années passées, de défendre le poste de travail, de mettre fin à la  » flexibilité  » du personnel, d’améliorer les conditions de travail, etc.

Que peuvent faire les travailleurs? Donner un coup de main à la bourgeoisie pour sortir de la crise? Nous sommes convaincus que même si l’oligarchie et son armée – comme ils l’ont fait plusieurs fois – les obligeaient à le faire par la force des baïonnettes, cela ne suffirait pas à sauver le système de la banqueroute et de la ruine inévitable

Que peuvent faire les travailleurs? Donner un coup de main à la bourgeoisie pour sortir de la crise? Nous sommes convaincus que même si l’oligarchie et son armée – comme ils l’ont fait plusieurs fois – les obligeaient à le faire par la force des baïonnettes, cela ne suffirait pas à sauver le système de la banqueroute et de la ruine inévitable.

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Interview avec Fernando Arenas du PCE(r) (1977)

Interview avec Fernando Arenas (Manuel Perez Martinez), secrétaire général du PCE(r)

1977

Comment et pourquoi l’arrestation à Benidorm a-t-elle pu se produire?

L’arrestation du Comité Central du Parti est le point final d’une gigantesque opération policière qui a commencé il y a déjà longtemps à laquelle ont participé, en plus des Brigades de la police politique, des Services d’Intelligence de l’Armée.

Il n’y a eu aucun « mouchardage », ni même une infiltration, comme on a pu l’insinuer. Contrairement à ce que certains « savants » semblent le supposer, il n’est pas aussi facile de s’infiltrer dans notre Parti, bien qu’il soit exact que cela nous soit déjà arrivé.

Il y a déjà longtemps que nous étions au courant des plans de la police dont le but était la désarticulation du Parti avant la fin de l’été (ils avaient appelé cette opération « vacances 77 »).

C’est pourquoi, je veux vous assurer que nous avions pris toutes les mesures à notre portée pour l’éviter. Nous avons cependant été arrêtés. Et c’est ce qui importe maintenant.

La première et principale cause de cette arrestation, il faut la rechercher en Algérie, voilà la vérité. Notre Parti avait confiance dans les Algériens et ceux-ci nous ont vendus pour 30 deniers.

Depuis un certain temps, le gouvernement algérien est en train d’essayer de rompre l’accord tripartite sur le Sahara et Madrid a profité de ce fait pour obtenir des Algériens les contacts dont ils avaient besoin pour nous trouver.

Le Gouvernement espagnol avait une impérieuse nécessité d’en finir le plus rapidement possible avec le mouvement démocratique et révolutionnaire.

A la longue, la police serait bien parvenue à nous arrêter, mais il lui aurait été difficile de le faire en peu de temps.

Les infiltrations qu’ils ont tenté et les nombreuses arrestations de ces derniers temps ne leur ont donné que des maigres résultats.

D’autre part, nous savions par des arrestations antérieures que la police était très sûre d’atteindre ses objectifs dans le délai fixé. Il ne fait aucun doute pour nous que cette assurance était cautionnée par la confiance excessive que nous avions mis dans les « amis » d’Algérie.

Nous ne pouvions pas nous méfier des dirigeants d’un pays progressiste. Nous avions confiance en eux, ils ne pouvaient pas nous trahir… et ils nous ont trahis !

C’est là le piège dans lequel nous sommes tombés. Nous pourrions donner quelques détails précis, mais nous ne le considérons pas opportun ni nécessaire.

C’est là une leçon que nous les communistes d’Espagne, n’oublierons jamais.

Quant à la manière dont se réalisa l’arrestation, elle vaut la peine d’être narrée.

Imaginez -vous un appartement d’environ cent mètres carrés, quinze personne y dormant entassées, l’explosion dans la maison de nombreuses bombes de gaz et de bombes lacrymogènes, le tout accompagné de rafales de mitraillette…

Il ne restait plus un centimètres cubes d’oxygène, on ne voyait plus rien du tout et on ne savait pas s’il y avait des blessés ou des morts.

On entendait seulement des tirs, des toux asphyxiées et les paroles inquiètes de certains camarades. Et la police était au courant de la présence d’un enfant qui, à ce moment, devint la préoccupation majeure de tous.

Quelques secondes passèrent et comme il était impossible de rester dans la maison, nous avons décidé de sortir, absolument persuadés de ne pas atteindre la porte vivants.

Là nous fûmes frappés, mais nous avons gardé la la tête haute, disposés au pire.

Est-il vrai que dans l’appartement se trouvaient les plans du palais de la Moncloa et que l’on y préparait un attentat contre Suarez?

Dans la maison, il n’y avait que des documents et des rapports politiques du Parti et nous n’étions qu’en train de préparer un plan d’agitation en faveur du boycottage aux « commissariats » d’entreprises (élections syndicales) et pour développer le mouvement de solidarité envers les prisonniers politiques. Rien de plus.

L’histoire des plans de la Moncloa et d’autres semblables ont été inventées, avec l’accord de Suarez, cela ne fait aucun doute, par une revue qui depuis déjà longtemps mène une campagne de calomnies et de désinformation sur le PCE(r) et les GRAPO.

L’intention de cette revue n’est pas seulement de nous cataloguer parmi les « terroristes » et les « fous », alors que leur tentative de nous faire endosser l’étiquette d’extrême droite a échoué, mais encore d’alimenter la campagne de crainte du « coup d’état militaire » au moyen duquel ils menacent afin de faire reculer encore plus la gauche domestiquée pour qu’elle accepte, sans rechigner, les décisions du Gouvernement ultra-réactionnaire de Suarez.

Et l’histoire du fusil de précision, du dispositif infra-rouge, ainsi que les uniformes militaires?

Je ne vois pas, à moins qu’ils aient confondu avec le balai ! car là-bas ils n’ont pu trouver la moindre « arme », si ce n’est le fusil de plastique dont nous avions fait cadeau à Daniel, le fils de Cerdan Calixto et de Encarnacion Martinez.

L’histoire des uniformes est un autre mensonge de la police.

Vous comprendrez facilement que si le Parti avait ces uniformes en sa possession, nous ne les garderions pas dans un appartement loué pour y tenir une réunion.

A Benidorm, chacun ne portait que les habits habituels de « vacanciers ».

La réunion en question était-elle un Plénum élargi du Comité Central, du Comité Exécutif ou des GRAPO?

Il s’agissait d’une réunion ordinaire du Comité Central.

Comme au bon vieux temps, la presse espagnole s’est faite le porte-parole des notes et informations de la police sans y ajouter une seule référence de sa part, sans manifester le moindre doute, malgré les nombreuses et profondes contradictions que contenaient ces nouvelles.

Ils parlèrent de l’arrestation de «l’état-major des GRAPO », mais ils ne publièrent pas de photos de l’arsenal qui accompagne généralement les rapports de la police; les preuves de « terrorisme » ne sont apparues nulle part.

Peut-être n’ont-ils pas voulu exploiter plus à fond leur brillant service ? Le Gouvernement savait très bien, tout comme les directeurs des journaux, qu’à Benidorm on venait d’arrêter le Comité Central du PCE(r) et que là-bas, la police n’avait pas trouvé une seule arme, ni rien qui soit en relation avec les actions militaires que l’on nous attribue.

C’est également pour cette raison qu’ils ont pu nous arrêter aussi facilement, car les GRAPO, d’après ce que je crois savoir, et l’expérience l’a prouvé, ne se laissent pas arrêter, ils opposent de la résistance et ceci parce qu’ils sont armés.

J’imagine que lorsque quelqu’un est armé, c’est pour quelque chose, ce ne sera pas pour user de son arme comme d’un ornement.

C’est là une preuve de plus qui confirme ce que j’ai déjà dit : à Benidorm, c’est le Comité Central du PCE(r) qui a été arrété et il est totalement faux de dire que nous étions « I’Etat Major des GRAPO ».

Cette réunion était la première que célébrait le Comité Central élu lors du IIè Congrès du Parti, qui a eu lieu en juin.

A partir de l’arrestation, comment se déroulèrent les événements?

Bon. De la façon dont nous avons été arrêtés, certains d’entre nous s’étaient déjà fait à l’idée qu’ils avaient monté toute une mise en scène pour nous faire effectuer la « promenade ».

Cette impression a été en se réaffirmant, au fur et à mesure que le temps s’écoulait, jusqu’au moment où nous sommes entrés dans les geôles de la DGS [Direction Générale de Sécurité, à Madrid].

Jusqu’à ce moment, de nombreuses heures s’écoulèrent dont la police profita pour faire avec nous une espèce d’expérimentation de torture psychologique, dans le but de nous abattre moralement.

Ils nous gardèrent toute la journée, les yeux bandés et, autour de nous ils élevèrent un mur de silence.

On n’entendait que les bruits de moteurs, grincements de portes, claquements de culasse des mitraillettes…

Ceci à Alicante, où ils nous gardèrent ainsi pendant 8 heures, debout, menottes aux mains, dans une sorte de garage.

Certains d’entre nous lancèrent un défi à ce type de torture, en les dénonçant et en encourageant les camarades, ce qui attira la fureur des « gris » [les policiers] sur nos têtes et nos reins.

D’Alicante, nous avons été transféré à la DGS; dans un grand déploiement de force et dans des conditions inhumaines.

Pendant les interrogatoires, malgré les tortures sadiques auxquelles furent soumis quelques-uns de mes camarades ils n’ont rien réussi à obtenir.

Toutes les déclarations ont été confectionnées sur la base d’informations obtenues sous la torture lors d’arrestations antérieures de militants ou de sympathisants du Parti, des déclarations qui n’ont aucune valeur mais que le juge a néanmoins considérés suffisantes pour nous emprisonner.

Rendez-vous compte combien cette mise en scène était fausse : une fois le délai légal de 72 heures écoulé et comme les déclarations faites et signées par nous tous ne leur permettaient pas de nous faire un procès ou de nous emprisonner, le juge ordonna que nous soyons à nouveau conduits à la DGS afin d’y faire un « complément » de déclaration.

Nous sommes faibles, mais cette faiblesse ne nous effraye pas.

La qualité, le caractère prolétarien et révolutionnaire de notre Parti, le militantisme politique de tous ses membres ne peuvent être mis en doute par aucune personne sérieuse.

Vous devez tenir compte du fait que nous ne constituons pas un parti révisionniste ou social-démocrate où chacun ne fait que voter ou participer à une fête.

Notre Parti est une force révolutionnaire en développement, avec un programme et des plans à suivre.

Dans ce sens nous sommes de beaucoup supérieurs à n’importe quelle « masse de militants » sociaux-démocrates.

Actuellement nos forces sont petites, mais elles sont bien organisées et elles s’étendent aux principales zones industrielles et agraires du pays et dans toutes les nationalités.

Nous sommes conscients de notre faiblesse par rapport aux énormes tâches politiques que nous nous proposons de réaliser, mais nous savons que ce ne sera pas toujours le cas, que notre influence croît de jour en jour et qu’il ne se passera pas longtemps avant que le PCE(r) ne gagne la confiance et le soutien dont jouissait à une autre époque le Parti Communiste de José Diaz parmi les travailleurs.

Tout cela est question de temps de savoir attendre et de travailler dur et patiemment, sans jamais abandonner la ligne politique et le travail commencé.

Jusqu’à maintenant nous sommes parvenus à donner au mouvement sa première impulsion, ce qui est toujours le plus difficile.

Pendant l’année 1977, les arrestations de membres du PCE(r) ont été constantes et très lourdes, comment analysez-vous ce fait?

C’est là un bon moment pour répondre à cette question car, même au sein du Parti ce problème n’est pas encore clair.

Il est vrai qu’au cours de 1977 de nombreuses et importantes arrestations de militants et d’organisations du Parti se sont produites, qui se sont terminées par l’arrestation du Comité Central.

Il s’agit là d’une question très sérieuse à laquelle nous prêtons l’attention qui se doit.

Chacune de ces arrestations s’est produite d’une façon différente et pour des motifs différents. Nous n’entrerons pas dans les détails.

Ce qui nous intéresse c’est de connaître la cause première et dernière de toutes ces arrestations, et de voir si, réellement, elles pouvaient être évitées ou, dans quelle mesure on peut les éviter.

Pour être plus clair, nous donnerons un exemple: au cours de 1975, le FRAP a eu également de nombreuses arrestations.

Maintenant, par contre, depuis longtemps, il n’en a eu aucune qui puisse être qualifiée d’importante. Quelle est la cause de ce phénomène ? Pourquoi arrête-t-on les militants de notre Parti et pas ceux du FRAP ?

Est-ce que parce que ces dernières ont appris à bien faire les choses et que nous nous les faisons chaque fois plus mal ? Je pense que si, dernièrement, le FRAP n’a eu aucune arrestation importante, cela est indiscutablement dû au fait que cette organisation a déserté le camp révolutionnaire.

C’est évident et il en va de même avec tous les autres groupes ou partis qui se considèrent communistes révolutionnaires.

Et s’ils ne subissent pas d’arrestations ce n’est pas parce qu’ils feraient les choses comme doit le faire toute organisation communiste ou révolutionnaire.

Mais cela ne justifie pas nos arrestations, qui trouvent leur cause dans notre travail lui-même. Parce que nous le réalisons mal ?

C’est possible, cependant, pour autant que nous nous y efforçons, nous sommes incapables de trouver de graves erreurs de fonctionnement qui pourraient expliquer les arrestations et nous accepterions volontiers toutes les critiques ou suggestions qui nous seraientt faites à ce sujet.

Ainsi sommes-nous forcés de conclure en disant que les arrestations de militants de notre Parti, tout comme les pertes et batailles perdues par toute armée qui combat sont, en général, inévitables, elles forment partie d’un phénomène inhérent à toute lutte.

Nous avons travaillé et nous continuerons à le faire pour extirper de nos rangs tout culte de la spontanéité et de l’étroitesse de vue, nous avons travaillé infatigablement pour créer une organisation de combat, de véritables professionnels au service de la révolution et de la cause du prolétariat.

Personne ne peut nous reprocher d’avoir négligé cet aspect tellement important de notre activité et personne ne peut non plus dire que nous nous soyons précipités, sans cela, qu’on nous donne un seul exemple de négligence ou d’insouciance.

Je disais que les arrestations sont inévitables dans tout Parti qui encourage et pratique la lutte de classes de façon conséquente, mais on ne doit pas en déduire que ces arrestations doivent paralyser son activité.

S’il en était ainsi, si après chaque arrestation l’activité du Parti disparaissait pour longtemps, il faudrait alors donner raison à ceux qui croient à la toute puissance de la police.

Dans l’exemple que nous avons donné aurravant, non seulement toute l’activité du FRAP et de ses protecteurs a disparu mais lorsqu’ils ont réapparu, ils l’ont fait dans la légalité et se sont déjà ralliés aux tortionnaires.

Est-ce là le cas de notre Parti ?

Non et ça ne pourra jamais l’être car chaque arrestation fait resurgir le Parti avec plus de force et le réaffirme dans sa ligne politique.

Après ce coup subi, peut-on considéré comme mort le PCE(r)? (L’interviewé éclate de rire et répond avec confiance)

Combien de fois ont-ils tué le PCE(r) et nous ont-ils laissés pour mort? Et cependant, nous sommes ressuscités autant de fois qu’ils nous ont désarticulés, plus vigoureux qu’avant.

C’est pour cette raison que lorsque nous lisons dans la presse une affirmation de ce genre, un éclat de rire secoue nos rangs d’un bout à l’autre.

Il ne fait aucun doute que l’arrestation du Comité Central a été pour le PCE(r) un des coups les plus durs reçus jusqu’à maintenant.

Mais, inmanquablement, l’expérience prouvera jusqu’à quel point il nous a affecté. Croyez-moi, notre arrestation fera plus de mal au Gouvernement qu’à nous-mêmes.

Vous allez être surpris par ce que je vais vous dire. Lorsque nous sommes arrivés en prison, les camarades qui y étaient nous reçurent avec force embrassades, mais ils ne pouvaient dissimuler leur tristesse.

Comme nous, ils étaient déjà habitués à être arrêtés, à ressentir les effets d’autres arrestations de militants du Parti et, également, à voir les résultats finaux de ces arrestations.

Mais le Comité Central du Parti, cela leur avait paru trop fort.

Mais quelle ne fut pas leur surprise de nous voir arriver tout animés et pleins d’optimisme.

« Ce n’est pas possible! » nous disaient certains d’entre eux; « mais vous êtes inconscients! » s’écriaient-ils, en se prenant la tête dans les mains ?

Très rapidement, en apprenant que l’activité du Parti se poursuivait dans la rue, la formation d’un nouveau Comité Central provisoire, la parution normale de nos publications et d’autres activités du Parti, ainsi que l’a déclaré la presse elle-même pendant les événements de Cadiz, ils étaient victimes de la contagion.

N’y a-t-il pas plus de cadres politiques dans les prisons qu’en dehors?

Cela dépend de quel point de vue on se place. Désormais la plupart dela « vieille-garde » du Parti se trouve en prison si l’on peut s’exprimer ainsi.

C’est là effectivement un capital de grande valeur.

Mais il faut tenir compte du fait que cette vieille garde n’a pas passé son temps à courir à droite et à gauche ou à se tourner les pouces, mais qu’elle s’est employée à fond dans la reconstruction du Parti, avec tout ce que cela signifie; elle a créé une structure organique, elle a tracé une ligne politique; elle a resserré les liens avec les masses, elle a montré l’exemple et fait école.

Si l’on considère la question sous cet angle, on comprendra immédiatement que l’immense majorité des cadres du Parti, cadres en puissance du moins, se trouvent hors des prisons.

Nous avons pleinement confiance en eux.

S’il n’en était pas ainsi à quoi aurait donc servi tout notre travail ?…

Je ne suis pas comme Carrillo qui n’arrête pas de répéter qu’il n’a pas de remplaçant et qu’il est indispensable à son Parti.

Pour ce qu’il a fait etcontinue à faire, il est bien possible qu’il n’ait pas de remplaçant. Notre cas est différent.

Nous avons et nous aurons toujours de nombreux remplaçants et continuateurs.

Et malgré les regrets de la grande bourgeoisie, nous sortirons de prison car la classe ouvrière et les larges masses populaires nous libéreront.

De cela nous sommes également sûrs.

En ce moment, que représente quantitativement et qualitativement le PCE(r)?

En analysant l’expérience acquise au cours des cinq dernières années – il faut tenir compte du fait que ce n’est pas qu’en 1977 que nous avons eu des arrestations – on pourra se rendre compte de la justesse de ce que j’avance.

En résumé, la pratique de la lutte de classes avec toutes ses conséquences n’affaiblit pas l’organisation révolutionnaire, au contraire, elle la fortifie et permet une accumulation d’expérience plus importante.

Pouvez-vous expliquer, une fois pour toutes, sans avoir recours au topique habituel, les véritables relations entre le PCE(r) et les GRAPO et comment elles s’établissent?

Je ne sais pas ce que vous entendez par « topique habituel ».

Le PCE(r) a toujours déclaré son indépendance vis-à-vis des GRAPO ou de n’importe quelle autre organisation et jusqu’à maintenant, malgré toutes leurs tentatives, le Gouvernement et la police ne sont pas parvenus à nous identifier en quoi que ce soit aux GRAPO.

Au plus sont-ils parvenus à établir la relation de quelques militants du PCE(r) avec cette organisation, ce qui est facile si l’on tient compte du fait que nous réaffirmions à chaque instant cette indépendance, qui est sûrement devenue un « topique », mais qu’y pouvons-nous!

C’est là la vérité et pour démontrer le contraire, il faut des preuves, car les accusations abondent et sont très faciles à lancer.

Le gouvernement et la police on eu une excellente occasion de démontrer ce dont ils nous accusent à l’occasion de l’arrestation du Comité Central et des nombreux documents qu’ils ont trouvés en notre possession.

Et je vous dirai plus encore: ils ont saisi les actes enregistrés sur bande magnétique de la totalité des débats de notre IIè Congrès.

Vous conviendrez avec moi que tout ce matériel est plus que suffisant pour nous accuser.

Et savez-vous à quoi le juge a dû recourir pour nous envoyer en prison?

Eh bien, il a du ressortir des archives de la police une brochure interne des GRAPO, dont nous ignorions totalement l’existence avant notre arrivé à la DGS, dans laquelle référence était faite aux relations de cette organisation avec le Parti. C’est tout.

Et, si vous voulez mon avis, ces groupes, qui ne veulent pas se séparer du peuple, ont besoin d’une direction politique et ils pensent l’avoir trouvée dans notre Parti, dans ses orientations et ses consignes.

D’autre part, le fait que le PCE(r) ait été le premier et presque le seul à les soutenir, que nous ne nous soyons pas joints à la campagne démogogique orchestrée par le Gouvernement et que certains de nos militants y soient entrés pour combattre au coude à coude avec ces combattants antifascistes, tout comme beaucoup d’autres sont entrés dans des organisations de caractère populaire, tout cela leur permet de se sentir étroitement unis à nous et d’accepter quelquesuns de nos conseils et de nos propositions.

Mais la décision et la direction réelle et effective de ces organisations, dans ce cas des GRAPO, est une chose qui ne dépend pas de nous.

Il ne fait aucun doute que nous exerçons une certaine influence sur eux, notre volonté est surtout de soustraire ces organisations des tendances anarchisantes ou purement militaires et, bien sûr, nous nous sommes solidarisés et nous continuerons à nous solidariser et à soutenir toutes leurs actions.

Les critiques que nous leur avons faites ou celles que nous aurions à leur faire est une chose que nous n’allons pas communiquer à l’ennemi commun.

Nous comprenons que ces relations soient la cause de nombreux déboires pour le Gouvernement et la réaction en général. Mais qu’y pouvons nous ?

Ils voudraient que les GRAPO deviennent un «groupe d’extrême-droite», car ils auraient alors la garantie de pouvoir les contrôler pour les utiliser contre le mouvement ouvrier et populaire.

Il faut se réjouir qu’il n’en soit pas ainsi – comme nous en avons de nombreuses preuves – et que les GRAPO soient une organisation véritablement indépendante qui serve le peuple et admette volontiers en leur sein nos militants et les conseils du PCE(r).

Mais la réaction ne veut en aucun cas admettre une vérité si simple, souvent répétée et démontrée : les GRAPO sont les GRAPO et le PCE(r) est le PCE(r).

Qui est Arenas?

Maintenant les biographies politiques sont à la mode. En ce qui me concerne, je ne crois pas qu’il vaille la peine d’occuper l’espace précieux que nous offre votre revue pour parler de choses aussi peu importantes.

Mais puisque vous me le demandez et que l’on a lancé toute sorte de mensonges et de calomnies sur le PCE(r) et ses dirigeants, je vais vous répondre.

Je me considère comme un militant ouvrier communiste qui connaît bien – pour l’avoir vécue dans sa famille, dans son travail et dans la rue – la condition de sa classe; qui depuis très jeune, encore enfant, a commencé à sympathiser avec les idées socialistes et qui, plus tard, est arrivé à en être pleinement convaincu que seul le communisme apportera une solution à toutes les souffrances, et les problèmes.

En peu de mots, je suis comme beaucoup d’autres, un produit de l’après-guerre qui dure encore dans notre pays.

Je suis né dans un de ces foyers comme des milliers d’autres, sans pain et sans lumière que nous a légué le « glorieux » soulèvement.

Mes parents émigrèrent du Maroc à Madrid en 1957, avec ce qu’ils avaient sur le dos et une famille nombreuse.

Après avoir erré de nombreux jours dans les rues et avoir frappés à un grand nombre de portes, l’Assistance Publique nous concéda une baraque de 10 m carrés dans le « Pozo del Tio Raimundo ».

Mes parents y vivent encore ainsi que quelques-uns de mes plus jeunes frères. Mes deux filles de 6 et 8 ans vivent également dans une baraque du « Pozo » avec leur mère.

J’ai milité activement dans le parti carrilliste. Après mon service militaire, je fus convaincu que Carrillo et son groupe trompaient les ouvriers de la façon la plus misérable qui soit.

Il me fut alors très dur d’abandonner ce parti pour lequel, avec mes capacités limitées, j’avais tellement fait et dans lequel j’avais déposé tous mes espoirs d’émancipation de la classe ouvrière.

Mais je ne voulais pas continuer à être complice de Carrillo et, avec toutes les conséquences que cela représente, je rompis avec le révisionnisme.

Depuis lors, j’ai mis le même acharnement et la même ardeur à combattre le parti carrilliste que j’en avais mis à la défendre.

J’ai beaucoup appris au cours de cette période.

Plus tard, je me suis intégré au mouvement de gauche, en y combattant également les tendances politiques et idéologiques opportunistes et petites-bourgeoises.

Dans ce mouvement de groupes et « partis » qui surgirent dans les années soixante comme conséquence de la crise du révisionnisme, tout n’était pas mauvais.

Ce mouvement était très hétérogène et alors, les camps n’étaient pas aussi clairement délimités qu’ils le sont aujourd’hui.

C’est pour cette raison que parmi les éléments opportunistes et petits-bourgeois on trouvait mélangés de nombreux hommes et femmes honnêtes et de valeur, véritables communistes.

A leurs côtés, au cours de ces dernières années, j’ai centré toute mon attention et mes efforts dans la tâche de reconstruction du véritable Parti dont la classe ouvrière d’Espagne a besoin et dans l’élaboration de sa juste ligne marxiste-léniniste.

Arenas a été accusé d’éxercer une dictature personnelle dans le Parti, d’éliminer toute personne qui ne partage pas ses opinions. Dans ce contexte, comment s’explique le cas de Pio Moa, expulsé pour cause de désaccord?

Il est vrai que j’ai été accusé de dictateur et d’autres choses, non seulement ces derniers temps mais depuis le moment même où j’ai commencé à défendre clairement et ouvertement mes opinions.

Mais vous oubliez un « petit détail ». Tous ceux qui ont lancé cette accusation contre moi sont sortis du Parti eux-mêmes, tous seuls, personne ne les a accompagné, d’où l’on peut en déduire clairement que je n’étais pas le seul a exercer la « dictature », mais tout le Parti contre un seul élément opportuniste ou perturbateur.

Si on peut appeler cela une dictature!… Ce n’est qu’après être sortis du Parti que tous ces éléments ont commencé à dire que je suis un dictateur.

Pour tous ces gens, si le Parti – c’est-à-dire l’immense majorité des militants – n’accepte pas leurs opinions après les avoir amplement discutées, pour eux, alors, le Parti n’est plus le Parti, mais un groupe de crétins qui se soumet à la dictature de quelqu’un.

Qui est ou aspire à devenir dictateur? Celui qui défend les idées justes et se joint, à la majorité ou, au contraire, celui qui a tort, prétend embrouiller semer la discorde et qui veut faire de l’organisation communiste une bande de bons amis ?

Le cas de Pio Moa n’en est qu’un parmi beaucoup d’autre, avec la seule différence que cet individu a fait plus de bruit que les autres, en voulant justifier ainsi sa mesquinerie et sa lâcheté.

Il commença par parler de petites erreurs, nous avons prêté attention à ses raisonnements et nous avons discuté avec lui pendant deux ans!

Comme quoi la liberté de discussions n’existe pas dans nos rangs! Mais en même temps que la totale liberté de discussion, pour que les choses se sachent et que nous ne dégénérions pas en un groupe d’opportunistes, il doit également y avoir unité d’action!

Ainsi lorsque Pio Moa acquis la conviction qu’il ne réussirait pasà nous orienter sur une fausse voie et que lui-même était entraîné là où il ne voulait pas aller, à partir de ce moment, il commença à perdre les pédales.

Nous l’avons alors rappelé à l’ordre. Sa réponse fut la démonstration de son profond mépris envers tous les camarades, la manifestation la plus claire de son individualisme petit-bourgeois et de son anarchisme de grand seigneur.

Vous comprendrez que dans nos rangs nous ne puissions pas transiger avec ces choses et encore moins dans les organes dirigeants du Parti.

Aussi avons-nous décidé de lui retirer toutes ses responsabilités et de le soumettre à une période d’observation jusqu’à ce qu’il donne la preuve de sa volonté d’union et de corriger ses fautes à fond.

Moa attendait cette décision, il l’attendait pour pouvoir lancer ses attaques directes contre le Parti, contre sa ligne politique, contre sa direction et contre moi, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant.

Dans le fond, dans toute cette affaire on trouve une question que Pio Moa partage avec tous les opportunistes et c’est ce qui l’a amené à entrer en collision avec le Parti : son renoncement à soutenir, en tant que principe fondamental, la nécessité de la lutte armée révolutionnaire pour développer le mouvement de masses et abattre le fascisme, la repoussant aux calandres gracques « lorsque le Parti et le mouvement de masses seront plus développés », l’alibi qu’emploient tous les opportunistes pour couvrir leur désertion du camp révolutionnaire.

Quelles sont les différences et les points communs qui existent entre le PCE(r) et des organisations telles que les Tupamaros, les Montoneros ou la Fraction Armée Rouge?

De ces organisations et d’autres qui leur sont semblables, nous ne connaissons que ce que daigne publier la presse légale et vous comprendrez que ceci soit insuffisant pour émettre un jugement en connaissance de cause.

Mais il y a cependant certaines choses qui sont bien claires et sur lesquelles nous pouvons donner notre avis. Ni les Tupamaros, ni les Montoneros, ni la Fraction de l’Armée Rouge allemande ne sont des partis ouvriers marxistes-léninistes et ils ne se considèrent pas non plus comme tels.

Ce dont ils se rapprochent le plus c’est d’un mouvement de caractère populaire révolutionnaire.

Il reste encore à voir ce que deviendront ces mouvements, bien que l’on ne puisse écarter la possibilité qu’une partie d’entre eux, au moins, se transformeront en véritables partis d’avant-garde.

Nous considérons que lorsqu’en Allemagne, en Uruguay et en Argentine surgira le nouveau parti révolutionnaire de la classe ouvrière, ce processus ne sera pas totalement indépendant de ces mouvements, car il ne fait aucun doute que ceux qui les forment constituent déjà aujourd’hui, d’une certaine façon, l’avant-garde de la lutte de ces peuples.

Ils ont compris un des principaux problèmes de notre époque : Que seule la lutte armée rendra ces peuples véritablement libres et que seule cette forme de lutte instruit et clarifie les rangs révolutionnaires.

Notre Parti comprend parfaitement le nouveau phénomène de l’apparition de détachements armés dans des pays au développement économique relativement élevé.

Ce qui nous différencie fondamentalement de ces détachements, c’est que nous avons constitué un Parti qui a pour base la classe ouvrière, qui se guide sur le marxisme-léninisme et qui fomente et tente d’organiser le mouvement de résistance populaire.

Nous avons commencé par les fondements, alors que ces organisations l’ont fait à l’envers.

Cela est peut être dû au fait qu’elles n’ont pas bien compris – et ceci est d’une importance cruciale- les nouveaux problèmes qui se présentent au mouvement révolutionnaire contemporain; elles ont compris ce que sont les soi-disant partis communistes et elles veulent faire la révolution, mais en le tentant, elles se sont séparées (souhaitons que ce ne soit que momentanement) du marxisme-léninisme, de la seule doctrine qui puisse nous conduire à la victoire.

En parlant de la Fraction Armée Rouge, ton suicide et celui de certains d’entre vous dans les prisons espagnoles serait-il possible comme ceux des révolutionnaires allemands?

Oui, pourquoi pas, un « suicide » est possible. Et encore plus si l’on tient compte du fait que les « gris » [les policiers] ont occupé la prison et se promènent dans les couloirs mitraillettes en main et que nous sommes continuellement menacés de leur intervention à la moindre manifestation de désaccord que nous émettions avec le Règlement nettement fasciste qui régit la prison.

Dans ce sens, un « suicide » individuel ou collectif pourrait être présenté sous une autre forme bien qu’il ne faille pas en écarter un du type de celui inventé par les nazis qui gouvernent l’Allemagne.

La seule chose que l’on puisse dire là-dessus, c’est répéter ce qu’on déjà déclaré les martyres de la révolution de la résistance anti-nazi allemande: « Si la nouvelle d’un suicide était publiée, ne la croyez pas ».

Les révolutionnaires peuvent commettre certaines « folies », selon le sens commun, mais jamais celle de mettre fin à leur propre vie, car ceci n’est pas révolutionnaire, mais un acte de lâcheté.

On a l’impression qu’une série de « vérités indiscutables » du marxisme sont en cours de révision profonde et en crise objective. Le marxisme-léninisme est encore pleinement d’actualité? Marx, Engels et Lénine ne se sont-ils jamais trompés? Toutes les citations des livres sont-elles indiscutables?

Beaucoup de monde parle de la « crise du marxisme », mais très peu s’arrêtent sur la crise réelle dont souffre le capitalisme et le révisionnisme.

Il ne fait aucun doute que toute une série d’idées et de thèses marxistes ont perdu leur vigueur.

Mais, d’un autre côté, aucun marxiste n’a dit ni ne pourra dire que les grands maîtres du socialisme scientifique ne se soient jamais trompés ni que les citations de leurs livres soient indiscutables, car personne plus que leurs propres auteurs ne les ont remises en question et les ont révisées a de nombreuses reprises.

Il n’y a rien qui ne soit plus contraire au marxisme que le dogmatisme, pour cela, nous, marxistes, plus qu’au texte imprimé dans les livres, nous nous attachons à son esprit révolutionnaire.

Le marxisme-léninisme est en vigueur dans ses principes fondamentaux parce que les conditions objectives sur lesquelles il se base n’ont pas fondamentalement varié, du moins dans la société capitaliste dans laquelle nous vivons.

Mais la vie et la société changent, elles ne sont pas immuables et c’est pour cela qu’il est nécessaire que le Parti révolutionnaire adapte toujours ses principes aux conditions qui sont en changement constant.

C’est pour cela que je dis qu’il y a une série de choses qu’il devient nécessaire de réviser, mais cela, il faut le faire du point de vue et de la position révolutionnaire du marxisme, non de positions révisionnistes bourgeoises.

Nous, le PCE(r), nous sommes en train de réviser le marxisme, non pas à la manière bourgeoise, mais comme de véritables marxistes révolutionnaires, comme Marx et Engels, comme Lénine, Staline et Mao Tsétung révisèrent la doctrine lorsque cela fut nécessaire pour l’adapter aux temps nouveaux et aux conditions nouvelles.

Dans l’Espagne de 1977, la prise du pouvoir comme en Russie en 1917 est-elle possible?

Non, ce n’est pas possible et vous avez là un exemple de révision révolutionnaire du marxisme.

On sait qu’en Russie, la question du Pouvoir – qui est le problème fondamental de toute révolution – s’est résolue par une action insurrectionnelle.

En Espagne, par contre, les masses populaires arriveront au Pouvoir après avoir livré une longue guerre révolutionnaire; c’est là un principe qui est intangible.

Mais les conditions ont changé et, par conséquent, la forme de cette violence.

Ce changement est dû aux conditions économiques et politiques dans lesquelles domine le monopolisme et sa forme de pouvoir militariste, policière et réactionnaire.

Nous n’avons pas inventé ces conditions, pas plus que les formes de résistance des masses populaires qu’elles engendrent.

On peut comprendre que dans ces conditions, la tactique, la stratégie et les méthodes de lutte révolutionnaires du prolétariat doivent nécessairement changer.

Et ceci parce qu’il n’y a plus de révolution bourgeoise à réaliser, car la réaction ne se laissera pas surprendre par une insurrection générale qui éclaterait à un moment donné et parce qu’elle ne permettra pas non plus que les masses s’organisent et concentrent pacifiquement leurs forces en utilisant la légalité bourgeoise qui d’autre part, est déjà totalement hors d’usage pour le prolétariat.

Le Parti unique est-il un concept applicable à la réalité complexe actuelle?

Cela dépend du type de parti. Ce concept est inapplicable aux partis fascistes, mais pas au Parti du prolétariat, car si la forme d’existence de la bourgeoisie se caractérise par la concurrence et l’égoïsme, pour le prolétariat, l’unité est toujours plus nécessaire.

Pour la classe ouvrière, unir ses forces est une question vitale et elle a réellement intérêt à faire éliminer toute concurrence en son sein.

C’est dans la mesure où la classe ouvrière, atteindra cet objectif que la création du parti fasciste unique sera plus difficile et ce n’est qu’ainsi qu’elle pourra en finir avec le capitalisme et construire un société mille fois plus juste.

Le fait que nous soyons pour l’unité de la classe ouvrière en un Parti unique ne veut pas dire que nous nions l’existence d’autres partis qui encadrent des ouvriers et avec lesquels, un jour, nous pourrons parvenir à un certain type d’accord.

Nous pouvons dire la même chose au sujet d’autres forces politiques qui ne sont pas prolétariennes, qui sont d’accord de marcher aux côtés de la classe ouvrière pour abattre le monopolisme et créer ce nouveau type de société plus juste.

Dans ce sens on peut dire qu’après la révolution, pendant une certaine période au moins, le Parti de la classe ouvrière ne devra pas monopoliser le pouvoir; il devra le partager, mais en s’assurant toujours l’hégémonie.

Après cette période, tôt ou tard, l’élimination de la bourgeoisie en tant que classe conduira à l’extinction de ses propres partis, le prolétariat restant l’unique détenteur du Pouvoir.

Nous ne sommes pas partisans de la théorie révisionniste d’un socialisme dans lequel les classes exploiteuses et la classe ouvrière cohabitent car c’est là un attrape-nigaud.

Le centralisme démocratique et la discipline interne ne sont-ils pas des concepts au nom desquels on écarte des militants de la prise de décision?

Ecoutez, la bourgeoisie semble très préoccupée par cette « marginalité dans les décisions des militants de base »et elle accuse les véritables partis communistes d’enfreindre les principes de la démocratie. Cette préoccupation ne vous semble-t-elle pas suspecte ?

On nous accuse d’être des dictateurs et d’exclure les militants de base des décisions les plus importantes du Parti, mais voyez la participation que les dirigeants des partis dits « démocratiques » ont donné à leurs militants dans la fameuse « magouille de la Moncloa ». Et ce n’est là qu’un exemple.

Ce sont ces mêmes partis qui, avec leurs pactes honteux non seulement n’ont absolument pas tenu compte de l’opinion de leurs bases mais qui se sont moqués du peu de confiance qu’auraient pu avoir en eux ceux qui votèrent pour leurs candidats lors de la dernière mascarade électorale. Les Cortes, elles mêmes, qu’ont donc fait ces messieurs des Cortes ?

Ces Cortes qui d’après les programmes allaient être quelque chose comme le centre de toutes les décisions importantes prises dans le pays.

Elles ne jouent même pas le rôle de caisse d’enregistrement des décisions des monopoles !

Et la fameuse constitution, quelque chose d’aussi important et qui affecte de façon aussi directe tous les citoyens, les ont-ils consultés ? Que savons nous d’elle ?

Et il en va plus ou moins de même, non seulement dans tous les pays capitalistes.

Le centralisme démocratique, a appliquer au fonctionnement du Parti révolutionnaire de la classe ouvrière et même aux relations des gouvernants avec les masses dans une société socialiste, voilà le seul principe qui puisse garantir la pleine participation et le contrôle des dirigés sur les dirigeants et empêcher que ceux-ci ne deviennent une clique de politicards séparés et opposés au peuple.

Il est vrai que certains partis communistes et pays socialistes ont gravement attenté contre ce principe de la démocratie prolétarienne, mais cela ne met pas en question la justesse du principe de l’assujetissement de la partie au tout, de la liberté de discussion et de l’unité d’action pour atteindre les objectifs révolutionnaires et socialistes.

Comme nous l’avons dit en d’autres occasions et la pratique l’a démontré, notre Parti est mille fois plus démocratique que le plus démocratique des partis bourgeois.

Comment juges-tu la situation politique actuelle après le «Pacte de la Moncloa» et quel rôle y jouera le PCE(r)?

Le « Pacte de la Moncloa », les élections du 15 juin, le référendum et la constitution qu’ils sont en train de préparer font partie de la même mise en scène pensée et réalisée par la droite et les monopoles, avec la participation active de l’opposition domestiquée.

C’est dans cette mise en scène que l’oligarchie espagnole et l’impérialisme fonde la continuité du régime issu du soulèvement du 18 juillet

Pour le PCE(r), dès le début les choses furent très claires. Nous étions convaincus que rien d’essentiel n’allait changer ni ne changerait tant que le fascisme ne serait pas abattu et que les ressources économiques fondamentales n’auraient pas passé aux mains du peuple.

Mais si pour nous ces choses sont claires, cela ne veut pas dire qu’il en soit de même pour de larges secteurs populaires qui ont pu croire aux promesses de changement.

Maintenant, après le « Pacte de la Moncloa » une grande déception se fait jour, certains pensaient que l’Espagne aurait au moins un parlement et que personne ne serait plus poursuivi pour ses opinions politiques.

Mais on n’en est même pas arrivé là.

Le soi-disant parlement joue le même rôle que celui que jouèrent les Cortes du temps de Franco.

Le PCE(r) et d’autres organisations véritablement démocratiques et patriotiques continuent à être interdites et leurs dirigeants emprisonnés et ne parlons pas des mesures économiques, du chômage, des bas salaires, de l’inflation, des lois « anti-terroristes » qu’ils préparent.

Le résultat de ce décillement se verra très rapidement. On peut déjà l’observer.

S’il a été relativement aisé pour les monopolistes et leurs laquais d’organiser leur mise en scène démagogique et de parvenir à quelques accords entre eux, aux dépens des intérêts des masses, dorénavant, contrairement à ce qu’ils ont pu croire, cela ne leur sera passi facile de maintenir cette mise en scène sur pied; ils ne vont pas pouvoir non plus remplir les engagements qu’ils ont pris.

Le développement de la lutte de masses va le leur interdire. Comme déjà beaucoup d’autres choses les en ont empêchés antérieurement.

Il faudra prêter une grande attention au résultat des élections syndicales et municipales. Elles seront le banc d’essai de la toute nouvelle démocratie qu’ils ont cuisinée au palais, avec l’accord des états majors, de l’Armée et de la banque.

Dans ce contexte, le rôle du PCE(r), et d’autres forces révolutionnaires et démocratiques ne peut qu’aller en augmentant.

Du point de vue politique, le PCE(r) est ressorti très à l’aise et plus uni depuis la mauvais passe; il a su surmonter la période où la démagogie et l’avalanche d’illusions fabriquées par les politicards innondaient tout et alors qu’il était vraiment difficile d’aller à contre-courant.

Le PCE(r) a rempli sa mission en démasquant les manoeuvres politiques de la grande bourgeoisie qu’il a combattues de façon conséquente.

Nous continuerons sur cette voie, persuadés que ce n’est qu’ainsi que nous parviendrons à gagner la sympathie et le soutien des grandes masses ce qui est, en fin de compte, la seule chose qui nous importe.

Comment voyez-vous la situation syndicale?

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la situation du mouvement syndical de la classe ouvrière est très favorable. Il n’existe pas de Syndicat puissant qui permettait aux ouvriers de faire pression sur le capital pour défendre leurs véritables intérêts.

Mais pourquoi se leurrer ? L’existence d’un syndicat ayant ces caractéristiques est impossible dans les conditions du monopolisme et c’est pourquoi la classe ouvrière a adopté les formes de lutte et d’organisation adaptées à cette situation.

Les centrales et autres petits syndicats qui s’efforcent avec acharnement de créer les partis opportunistes avec l’aide du gouvernement, du patronat et de l’impérialisme, ne représentent rien et, en réalité, ils ne peuvent qu’aspirer à jouer le même rôle de policiers que la défunte CNS.

Ces petits syndicats ne donneront aucun résultat à la bourgeoisie. Si, à une autre époque, la division syndicale de la classe ouvrière lui fut préjudiciable, aujourd’hui, par contre, cette extraordinaire atomisation syndicale lui est favorable, car elle démontre, entre autre chose, le manque d’efficacité des syndicats conçus selon les patrons traditionnels, adaptés à des conditions totalement différentes; elle prouve que les patrons de ce type sont passés de mode et que, par conséquent, le mouvement spontané des grandes masses est en train de se doter de nouvelles formes de défense et d’action supérieures aux antérieures et dans lesquelles le problème de l’unité n’apparaît pas, parce que cette unité est la base de ce nouveau mouvement.

En Espagne, sur ce plan, nous nous trouvons en avance par rapport à d’autres pays capitalistes et ceci favorise extraordinairement le travail du communisme à l’intérieur du mouvement ouvrier.

Que va-t-il se passer avec les élections syndicales?

A mon avis, il se passera la même chose qu’en d’autres occasions, c’est-à-dire que les véritables résultats ne seront visibles qu’après le décompte des votes : il se verront dans l’essor du mouvement de grève et dans les manifestations de rue pour l’obtention de véritables améliorations, mouvement – comme c’est le cas – que les soi-disant centrales ne vont pas diriger.

Ceci ne va pas cependant empêcher ces centrales de le torpiller de toutes les façons possibles afin de livrer les ouvriers pieds et poings liés.

Croyez-moi, les possibilités qu’offrait ce syndicalisme sont épuisées, tout comme l’est le parlementarisme.

Bien sûr, la lutte de caractère syndical va se poursuivre, mais en adoptant des formes différentes, toujours plus politiques et de méthodes d’organisation correspondantes.

Quelle alternative présentez-vous et quelle est votre force dans les usines?

Le PCE(r) a toujours préconisé le boycottage des élections au Syndicat vertical fasciste et nous ferons la même chose maintenant.

En ce qui concerne le nombre incalculable de centrales et de syndicats qui cherchent à diviser les ouvriers, l’expérience a prouvé que nous avions raison.

Que reste-t-il du syndicat vertical ? Il n’en reste rien.

Je peux vous assurer que quelque chose de semblable va se passer avec ces centrales organisées sous la protection et avec le soutien officiel afin qu’elles occupent la place laissé vide par la CNS.

Les ouvriers doivent boycotter activement ces mises en scène de la bourgeoisie et du gouvernement et poursuivre la magnifique tradition qui consiste à tenir des assemblées démocratiques et à élire des commissions de délégués qui négocient avec le patronat et position de force.

Autrement, jamais on obtiendra de véritables améliorations des conditions de vie et de travail.

Mais il faut être conscients qu’aussi bien les assemblées que les commissions de délégués ne constituent pas de formes d’organisations car elles apparaissent et elles se dissolvent avec chaque conflit.

Les assemblées et commissions de délégués sont plutôt un procédé démocratique de lutte syndicale, procédé qui a déjà plus que fait ses preuves.

Dans l’application et le développement de ces procédés, les ouvriers et ouvrières les plus avancés de chaque usine au lieu de travail jouent un rôle de premier ordre.

La classe ouvrière et notre Parti ont intérêt à ce que ni les centrales, ni la police ne parviennent à contrôler ces hommes et ces femmes de premier plan.

Par conséquent, il ne doivent pas présenter leurs candidatures aux « commissariats d’entreprise », ce qui est, plus ou moins, ce qu’ils tentent de créer.

Contre de tel commissariats, nous proposons l’organisation de l’avant-garde prolétarienne de chaque fabrique en cercles restreints d’ouvriers, étroitement liés au Parti, cercles desquels nous pourrions donner sa continuité au mouvement syndical et faciliter, en même temps la réalisation des tâches politiques du Parti.

En ce qui concerne nos forces dans les fabriques, je l’ai dit antérieurement, elles sont faibles, bien que, pour le moment, ceci ne nous préoccupe pas outre mesure. Justement, dans l’étape actuelle, un de nos principaux objectifs est de pénétrer et de créer des organisations du Parti dans les principales fabriques du pays et nous sommes bien persuadés d’y parvenir en appliquant la ligne que nous nous sommes fixés.

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PCE(r) : Assurer la direction prolétarienne dans la lutte contre le fascisme et l’impérialisme (1984)

COMMUNE KARL MARX des prisonniers politiques du PCE(r) et des GRAPO

Assurer la direction prolétarienne dans la lutte contre le fascisme et l’impérialisme

Septembre 1984

L’Espagne en tant que pays monopoliste, se trouve pris en plein dans la crise générale du capitalisme. En particulier, la crise économique a aggravé toutes les contradictions du système provoquées par les structures et les méthodes de la domination fasciste qui depuis plus de 40 ans applique l’oligarchie dans le pouvoir.

C’est la raison pour laquelle, en Espagne, il existe une exacerbation plus importante de la lutte des classes que dans d’autres pays européens.

Actuellement, la révolution trouve des conditions beaucoup plus favorables, tant sur le plan interne qu’externe, que dans le passé, pour réaliser ses plus amples objectifs.

Les transformations des dernières décennies ont fait évoluer notre pays, socialement et économiquement sous-développé, vers un pays capitaliste avancé.

La classe ouvrière est devenue la plus importante de la société et toutes les bases matérielles sont mûres pour la révolution socialiste.

En Espagne, le prolétariat a du mener une lutte sans merci contre l’exploitation sauvage monopoliste imposée par la terreur fasciste, lutte qui a permis de se débarrasser plus facilement de l’influence de l’idéologie bourgeoise.

Dû au retard économique et social de l’Espagne, aggravé par les effets dévastateurs d’une guerre civile et de la répression qui en a découlé, le développement économique monopoliste ne pouvait être mené à bien que par l’exploitation et la spoliation intensives de la classe ouvrière et de la paysannerie, accompagné toujours d’une répression brutale.

Malgré la désorganisation, la terreur et la démoralisation causée par la défaite, les masses font front à la réaction, recourant aux plus divers moyens de luttes et formes d’organisation, dans lesquels on peut mettre en évidence la résistance de la guérilla des années 40 et 50 qui fut continuée par le mouvement gréviste ultérieur.

C’est cette situation créée par le développement monopoliste lié au terrorisme d’Etat, qui a fait démarrer le nouveau mouvement révolutionnaire et qui lui donne ses caractéristiques spécifiques.

En Espagne, il n’y a plus de révolution démocratico-bourgeoise en cours. La seule révolution possible est la révolution socialiste.

En dehors du fait que l’origine fasciste de l’Etat de l’Oligarchie financière, la spoliation et l’oppression soumettent d’amples secteurs non-prolétaires de la population; la principale contradiction qui existe en Espagne est celle qui confronte le monopolisme et le fascisme à la classe ouvrière et au reste du peuple.

Pour cela, bien que l’objectif stratégique de notre révolution ne peut être que la prise du pouvoir politique par la classe ouvrière, celle-ci devra d’abord écraser l’oligarchie détentrice du pouvoir, avec l’aide des autres secteurs opprimés et exploités, en préservant à tout moment son rôle dirigeant et indépendant.

Le nouveau mouvement révolutionnaire de la classe ouvrière a traversé de longues périodes de luttes spontanées, de manque d’organisation et de clarté dans les objectifs, causés par la dégénération du Parti Communiste d’Espagne, parti inféodé au groupe révisionniste de Carrillo.

Ce gang de traîtres arriva à occuper les postes de la direction du Parti, à imposer la politique bougeoise de réconciliation des classes et à anéantir sa glorieuse trajectoire révolutionnaire qui avait emporté un énorme prestige parmi les masses.

Cette tâche fut favorisée par la disparition dans la lutte, de cadres importants, tant pendant la guerre qu’ultérieurement pendant la guérilla, ou simplement par leur assassinat pour s’être opposé à ses fins liquidatrices.

Les thèses révisionnistes adoptées par le XXe Congrès du PCUS donnèrent le coup de grâce en créant la confusion.

S’il n’en avait pas été ainsi, Carrillo et ses hommes ne seraient pas arrivés à s’imposer dans un Parti expérimenté dans les luttes de classes.

La politique de réconciliation nationale, qui dans notre pays signifiait la conciliation avec la bourgeoisie et le fascisme, convertit le PCE en parti social-fasciste.

Avec la conciliation, des classes, ils prétendaient écarter le prolétariat de la lutte révolutionnaire et le mener vers la participation dans les institutions du, régime fasciste pour le renforcer. Mais la classe ouvrière ne se laissa pas prendre au piège et continua sa lutte décidée et indépendante, de manière spontanée, provocant l’isolement total du régime et l’aggravation de ses contradictions internes.

Tout cela créa à la fin des années 60 la nécessité impérieuse d’une avant-garde prolétarienne qui guiderait et organiserait le mouvement ascendant de luttes de classes, qui démasquerait l’activité révisionniste et préparerait les imminents combats de classes.

A la crise que la lutte révolutionnaire avait provoquée, vinrent s’ajouter les changements produits à la fin des années 60 dans la situation internationale.

La fin du développement de l’après-guerre et les symptômes d’une nouvelle crise économique de grande envergure ; l’ample mouvement anti-impérialiste provoqué dans le monde entier par l’agression yankee au Vietnam et la lutte qui éclata dans le mouvement communiste international entre les positions révisionnistes et les positions révolutionnaires et anti-impérialistes, sont autant de facteurs qui, liés à l’acuité de la lutte des classes, font apparaître un courant de gauche qui s’affronta au révisionnisme de Carrillo.

De ce courant est issue l’Organisation des Marxistes-Léninistes d’Espagne, organisation communiste chargée de mettre en oeuvre les tâches pour la reconstruction du Parti, objectif essentiel et nécessaire pour que la classe ouvrière ne reste pas bloquée dans ses luttes et de les élever à un niveau supérieur.

Ce fait fut d’une importance considérable pour le développement du mouvement révolutionnaire en l’aidant à sortir de sa spontanéité.

Pour le reste, l’apparition d’une avant-garde communiste devait surgir un jour ou l’autre, étant donné l’exacerbation de la lutte des classes et la trahison carrilliste.

Pour les vrais communistes et ouvriers conscients, la nécessité de doter le mouvement d’une organisation d’avant-garde devenait claire.

L’Organisation des Marxistes-léninistes d’Espagne (OMLE), fondée en 1968 dans les milieux communistes de l’émigration espagnole, commença ses activités par la formation d’un noyau dirigeant engagé dans l’idée de la reconstruction du Parti.

Pour cela, il fallait travailler parmi les masses, contribuer à leur éducation et organisation politique ; mettre en mouvement leur force dans la lutte contre le fascisme et l’impérialisme démasquant en même temps le révisionnisme et autres opportunistes.

Suivant l’idéologie marxiste-léniniste, l’OMLE, par son activité clandestine créa la structure du Parti, constituant les bases de sa ligne politique et de son fonctionnement centralisé et démocratique, et établissant les liens indispensables avec les masses, particulièrement avec le prolétariat industriel.

En 1973, l’oligarchie commence, pas à pas, à adapter sa structure fasciste aux nouvelles conditions face auxquelles ses méthodes de domination traditionnelles se montraient inefficaces.

C’est ce qu’on appela à l’époque l’ «ouverture politique», en opposition aussi bien à l’immobilisme, qu’aux formes fascistes du pouvoir passé et à la pseudo-démocratie.

L’OMLE se distingua solitairement dans la dénonciation de la manoeuvre d’ «ouverture» et du bloc contre-révolutionnaire formé par le fascisme, les révisionnistes et opportunistes de toute espèce.

Il appela les masses à poursuivre la résitance et à boycotter tout appel à la participation dans ces institutions; il participa à de nombreuses luttes ouvrières, dirigeant certaines d’entre-elles, très importantes comme la grève révolutionnaire de Vigo en 1972 et mena à bien la lutte systématique politique et idéologique contre le révisionnisme et l’opportunisme.

Le fascisme était si faible, enfermé et rongé par ses contradictions internes, qu’il battait en retraite, si l’on trouvait le courage de lui faire front.

En 1975, le régime traverse la crise la plus importante de son histoire.

En conséquence de la défaite de la politique d’ «ouverture», de son isolement social, du boycot et de la résistance de la classe ouvrière à ses plans, la seule échappatoire de l’oligarchie était de recourir au terrorisme le plus déchaîné.

Dans ces conditions, l’OMLE décida de convoquer le Congrès Reconstitutif du Parti, conscient que la classe ouvrière avait besoin plus que jamais de son avant-garde organisée.

De plus, le développement de l’Organisation, étendu à toutes les nationalités et aux principales zones industrielles, avait crée les bases organiques politiques et idéologiques qui rendaient possible ce Congrès.

LE RECOURS A LA LUTTE ARMEE, CARACTERISTIQUE FONDAMENTALE DU MOUVEMENT REVOLUTIONNAIRE DANS LES PAYS CAPITALISTES AVANCES.

Dans le Congrès Reconstitutif (tenu en juin 1975) une série de projets furent approuvés destinés à placer le Parti en tête du mouvement révolutionnaire des masses.

Entre autres décisions, il fut adopté d’appuyer et de promouvoir la lutte armée.

Les nombreuses expériences recueillies dans la participation directe et active à la lutte révolutionnaire des masses et le caractère même que prenait la crise générale du système font mieux comprendre de jour en jour à la direction du PCE(r) l’impossibilité pour la classe ouvrière de continuer le combat pour la liberté authentique et le socialisme avec les méthodes de lutte syndicales et parlementaristes.

Le grand capital, dans l’étape actuelle de son développement – caractérisé par la crise économique et politique chronique, par le mitarisme à outrance et les procédés politiques de contrôle policier – et face à l’opposition croissante et résistante des masses aux mesures répressives et spoliatrices ; ne peut plus continuer la domination avec des structures ouvertement fascistes.

Mais il n’est pas pour autant disposé à admettre l’existence légale des partis et syndicats ouvriers qui, comme à une autre époque, utiliseraient les lois et institutions démocratico-bourgeoises pour abattre le système bourgeois lors de sa décadence et de sa crise généralisée.

Pour cela, actuellement, l’Etat de la dictature bourgeoise est la contre-révolution armée prête à agir à n’importe quel moment pour étouffer dans le sang le moindre indice de liberté populaire.

De là, le fait que, pour combattre le système capitaliste, pour atteindre à des améliorations économiques et sociales, pour augmenter la liberté et accumuler les forces révolutionnaires, les méthodes syndicalistes et parlementaristes (correspondant à l’étape précédente du développement du capitalisme) ne sont plus suffisantes.

Ces méthodes sont tout à fait déphasées et sous le contrôle de l’appareil répressif de l’Etat.

Au moment de faire cette analyse des conditions actuelles d’existence du capitalisme et des méthodes de lutte correspondant à l’étape impérialiste, le Parti prit en considération les enseignements léninistes.

« Le marxisme, disait Lénine, exige abolument que la question des formes de lutte soit envisagée sous son aspect historique. Poser cette question en dehors des circonstances historiques, concrètes, c’est ignorer le b-a ba du matérialisme dialectique».

Il continue : « A des moments distincts de l’évolution économique, en fonction des diverses conditions dans la situation politique, dans les cultures nationales, dans les conditions d’existence, etc…, différentes formes de lutte se hissent au premier plan, deviennent les principales, et, par la suite les formes secondaires, accessoires se modifient à leur tour ». [Lénine : La guerre de partisans]

Historiquement, les continuels changements de tactique sont imposés par chaque conjoncture économique et politique.

On peut dire que depuis le début du siècle, depuis l’entrée du capitalisme dans la phase impérialiste et le début de la nouvelle ère révolutionnaire qui en découla, la tendance du mouvement révolutionnaire est d’employer de nouvelles formes de défense et d’attaque, ce que nous appelons le mouvement politique de masses et la lutte de guérillas.

Actuellement, nous nous trouvons confrontés au monopolisme et à la réaction politique ; la bourgeoisie elle-même a rompu depuis longtemps la légalité démocratique avec laquelle elle gouvernait en d’autres temps.

Le capital monopoliste a éliminé toutes les entraves juridiques et institutionnelles qui empêchaient son action contre-révolutionnaire ouverte.

Ce changement dans la situation politique avait déjà eu lieu au début du siècle coïncidant avec la formation de monopoles dans toute une série de pays, la première guerre mondiale le manifesta clairement.

Mais jusqu’aux années trente, on peut dire que subsistaient, toujours, en même temps que la tendance accélérée à la «fascisation» et au monopolisme, des formes économiques et politiques de la période antérieure.

Le fascisme (la forme politique du pouvoir qu’adopte le capital financier dans cette étape) mit un terme à ces dernières, adossé au développement du mouvement révolutionnaire et par la nécessité de la concurrence capitaliste dans les pays où les conditions historiques n’étaient pas adaptées à ce besoin.

Il était logique, dès lors, que la tactique de lutte du prolétariat conserve jusque-là, à côté des nouvelles formes de lutte, une partie des anciennes, si bien que, comme l’a indiqué Lénine, ces dernières formes devraient se subordonner aux premières c’est-à-dire, aux nouvelles méthodes de lutte engendrées par les nouvelles conditions économiques et politiques et par l’essor du mouvement révolutionnaire de masses en développement accéléré.

«Les anciennes formes, disait Lénine, ont éclaté, leur nouveau contenu – anti-prolétarien, réactionnaire – ayant atteint un développement démesuré» ; par conséquent, il faut «changer, vaincre, se soumettre toutes les formes anciennes aussi bien que nouvelles, non point pour s’accomoder des formes anciennes, mais pour savoir faire de toutes les formes, qu’elles soient anciennes ou nouvelles, un instrument de la victoire du communisme, victoire définitive et totale, décisive.et sans retour» [Lénine : «La maladie infantile du communisme (le gauchisme)»]

Les partis révisionnistes et autres groupes semblables, n’ont pas combiné seulement les nouvelles et anciennes formes de lutte mais ont mis de côté peu à peu les premières, les définissant comme «anciennes et inutiles», pour garder uniquement les formes de lutte réellement vieilles et qui ne servent à rien.

Et assurés dans ces positions, ils dirigent leurs attaques démagogiques vers le nouveau mouvement révolutionnaire qui ne fait qu’appliquer les nouvelles méthodes de lutte qui correspondent aux nouvelles conditions historiques.

Sur base de cette analyse, notre Parti, le PCE(r), prend la décision de consacrer certains de ses meilleurs cadres à développer un front de lutte armée.

Ces cadres furent à la base de la création de l’organisation armée, appelée GRAPO ultérieurement.

Les Groupes de Résistance Antifasciste Premier Octobre (GRAPO) font leur apparition après une longue période de préparation active, dans un moment crucial de la vie politique du pays.

Pendant l’été 75, face à la défaite de la politique d’ouverture, le régime débuta une vaste campagne de terreur destinée à ébranler les masses.

Le Parti, prévoyant cette réaction, avait déjà alerté les masses et les appelait à la résistance.

Après de nombreux assassinats dans les rues, bastonnades et détentions massives pendant l’été, plus connu sous le nom d’ «été de la terreur» ; la peine de mort fut appliquée le 27 septembre à 5 anti-fascistes.

Mais ce crime reçut une réponse immédiate dans l’exécution par les GRAPO de 4 mercenaires du régime.

Franco et toute l’oligarchie s’apprêtaient alors, 4 jours après l’orgie sanguinaire, à fêter le premier octobre, sur la place de l’Orient, la victoire sur le mouvement révolutionnaire.

L’opération simultanée de quatre commandos de guérilleros dans différents points de Madrid était la preuve irréfutable que les forces révolutionnaires ne s’étaient pas laissées épouvanter et étaient prêtes à affronter le régime par une lutte plus énergique.

Cette date, à l’origine du nom GRAPO, supposa une épreuve de force entre le fascisme de vieille souche et le prolétariat révolutionnaire mené par le PCE(r), suite à laquelle le mouvement de résistance sortirait vainqueur.

Les actions du Premier Octobre obligèrent le régime à stopper son escalade terroriste. Plus de 20 procès pour appliquer la peine de mort furent suspendus et ne furent jamais exécutés.

Ce coup asséné à la réaction ouvrit de grandes possibilités aux luttes de masses qui imposaient dans la rue le droit à la grève et aux manifestations, jusque-là encore sévèrement punies par la loi.

La réponse du mouvement de résistance obligea le régime à orienter sa tentative de maintien du vieil appareil fasciste vers d’autres méthodes que la terreur.

Il entama pendant que Franco agonisait, les préparatifs de la réforme, intensifiant ses contacts avec l’ «opposition apprivoisée».

La première année de la «transition», suite à la mort de Franco, fut accompagnée du plus ample mouvement de grève de toute l’histoire sanguinaire du régime.

Rien qu’en janvier, février et mars 1976, d’innombrables grèves se produisaient dans tout le pays, accompagnées de barricades et de durs affrontements avec la police.

Le trois mars, à Vitoria pendant la grève générale, quatre ouvriers furent assassinés et 70 autres blessés au cours d’un massacre provoqué par la police alors que les ouvriers étaient concentrés en assemblées à l’intérieur d’une église.

Le mouvement de solidarité avec Vitoria s’étendit dans tout le pays.

Notre Parti, analysant les événements de Vitoria et le caractère de la lutte qui éclata à ce moment, appela les masses à une grève générale et «à chercher des armes et à apprendre leur maniement».

Répondant ainsi à la nécessité ouvrière de se mobiliser contre le terrorisme d’Etat.

Avec ces derniers événements, il était évident qu’on ne pouvait plus tromper les masses par des promesses et que la répression pure et simple n’apporterait plus aucun résultat.

Pour cela les monopoles, en accord avec l’armée et les hautes hiérarchies de l’église, chargent Suarez, ex-secrétaire général du Mouvement de la Phalange et responsable avec Fraga du massacre de Vitoria, de la tâche de «démocratisation» du pays.

Permettant ainsi la légalisation des partis réformistes, en particulier le parti de Carrillo qui s’était fortement distingué dans la collaboration avec la répression.

Le pouvoir restait dans les mains de ceux qui l’avaient possédé pendant près de 40 ans, dès lors la soi-disant «réforme démocratique» n’était qu’un masque derrière lequel on cachait la permanence du fascisme sans Franco, à l’encontre des exigeances de vrai changement démocratique que la classe ouvrière et les autres secteurs populaires réclamaient.

Il était clair donc, que le monopolisme tendait à la réaction, que du fascisme il n’y avait pas de retour en arrière vers la démocratie.

Par conséquent, dans notre pays, il ne peut exister de transition vers le parlementarisme, mais ce qui était engagé, était un procès révolutionnaire, de caractère prolongé, dans lequel le recours à la lutte armée était indispensable pour conquérir la liberté et le socialisme.

Conformes à ces pensées, les GRAPO ont poursuivi leur activité armée, étroitement liée au mouvement de masses.

Toute mise en exécution des objectifs du régime était contre-attaquée par les GRAPO.

Les arrestations du Président du Conseil d’Etat, Oriol y Urquijo et du Président du Conseil Suprême de Justice Militaire, le lieutenant général Villaescusa, respectivement en décembre 76 et janvier 77, ont été d’une importance capitale.

Ces actions destinées à démasquer la «réforme» contribuèrent à désarticuler ses plans et à impulser le mouvement ouvrier et populaire et la lutte pro-amnistie.

LE PARTI COMMUNISTE DIRIGE L’ENSEMBLE DU MOUVEMENT POPULAIRE DE RÉSISTANCE ET LA GUÉRILLA.

L’expérience nous a démontré que seul le rapport entre la lutte revendicative et politique des masses, et la lutte armée permet de démanteler le fascisme, de désarticuler son appareil bureaucratico-militaire et de créer les conditions propices pour le vaste développement du mouvement révolutionnaire.

En quelques mois d’offensive armée, les masses apprennent plus qu’en une décennie de développement pacifique, se détachant rapidement des préjugés idéologiques et politiques inculqués par la bourgeoisie.

Parallèlement, la répression engagée contre elles leur permet de distinguer clairement les amis des ennemis et les pousse à rejeter les vieilles méthodes de lutte inutilisables pour en chercher et en appliquer de nouvelles.

« A notre époque, la classe ouvrière ne se laisse plus séduire par les fausses promesses et ne dirige plus sa lutte pour atteindre des libertés bourgeoises ». Loin de là, elle impose par sa lutte quotidienne sa propre légalité, et combat la réaction.

Mouvement politique de masses et guerre de guérillas sont deux formes complémentaires du Mouvement de Résistance Populaire qui évoluent parallèlement et en relation mutuelle.

Par mouvement politique de masses nous entendons l’ensemble des grèves, manifestations, contestations et autres actions de tout genre qui se produisent continuellement.

Partout en forme spontanée, semi-spontanée ou organisée, et qui échappe à tout contrôle des autorités et des partis réformistes.

En font partie, la classe ouvrière et le Parti, comme force principale et dirigeante, la paysannerie, les secteurs populaires des nationalités opprimées, les étudiants et intellectuels progressistes.

Le Mouvement de Résistance Populaire est un mouvement qui n’a pas les mêmes caractéristiques que le Front Populaire dans l’Espagne des années 30.

A cette époque, les conditions politiques et sociales étaient différentes. Les diverses couches sociales, du prolétariat et de la paysannerie à la petite bourgeoisie, comptaient sur d’importantes organisations de masses. Les transformations de type démocratico-bourgeois étaient sur le point d’être réalisées.

Actuellement, l’immense majorité du prolétariat et de la paysannerie ainsi que de la jeunesse ouvrière et étudiante, n’est pas organisée. Pour citer un exemple, en Espagne, le pourcentage d’ouvriers syndiqués selon les chiffres officiels, n’arrivaient pas à 11% et tendent en plus à la baisse. Cela dans un pays où la classe ouvrière est la classe la plus importante de la société.

Les raisons de cette situation; différenciée par rapport aux autres pays européens, sont

– le caractère social-fasciste des partis et syndicats appelés ouvriers ;

– les traditions révolutionnaires de notre classe et, comme nous l’avons mentionné précédemment ;

– les conditions particulières dans lesquelles se développe la lutte de classes.

Cette situation est à la base du caractère semi-spontané et des excellentes conditions qui se présentent pour que le parti du prolétariat puisse prendre la tête et diriger tout le mouve,ment de Résistance.

Dans ce vaste Mouvement est inclus en tête de ligne, l’activité de guérilla. La guérilla se nourrit du Mouvement et reçoit toutes sortes d’aides.

La guérilla n’aide que celui-ci dans son combat contre la bourgeoisie.

Le Parti du prolétariat à travers sa direction politique de la lutte armée, assure et renforce cette relation.

Les actions armées donnent aux masses la confiance en leur propre force, facilitent leur organisation et montrent la vulnérabilité du régime.

Eliminant ainsi les vestiges de peur et de terreur qu’il essaye d’inspirer.

D’autre part, on ne peut imaginer le renouvellement continuel des forces de guérilla, si l’on ne compte pas sur l’inépuisable réserve de recrutement du mouvement populaire.

Les GRAPO ne s’attribuent aucun rôle politico-organisationnel spécial ; ils sont une organisation militaire qui aspire à devenir la future armée populaire.

L’impossibilité d’une défense efficace des intérêts de la classe ouvrière et du peuple par la voie légale pacifique et parlementaire, est une des causes de l’apparition de ce mouvement politique de résistance doté de nouvelles formes de lutte.

En Espagne, il est impensable de pouvoir constituer de vastes organisations des masses populaires.

Dans la légalité bourgeoise participent seulement les partis et syndicats qui ont trahi les intérêts de la classe ouvrière, en se mettant au service de la bourgeoisie monopoliste.

Une authentique opposition révolutionnaire dans la légalité est impossible.

La moindre tentative en ce sens signifie d’empêtrer dans les mains de la répression et du contrôle policier, les ouvriers et travailleurs les plus conscients.

Le Parti Communiste est indispensable pour assurer la direction politique et idéologique de tout le Mouvement.

La présence et le travail des communistes dote la guérilla de la base et de la direction de classe (prolétarienne) nécessaires pour le bon développement de ses activités.

Pour cela, il ne faut pas confondre la lutte et l’organisation armée avec la forme supérieure de l’organisation prolétarienne ; le Parti marxiste-léniniste, dont le rôle est à multiples facettes et absorbe tous les fronts et les formes de lutte.

La majorité des révolutionnaires de tous les pays capitalistes avancés se sont interrogés sur la nécessité du Parti.

Les organisations de guérillas se sont vues accomplir la fonction de détachements avancés de la lutte révolutionnaire et, à travers celles-ci, ils ont tenté d’aboutir à la formation de l’avant-garde politique.

Notre expérience, dans ce sens, a été l’inverse.

En Espagne, les conditions spéciales dans lesquelles se sont développées les luttes de classes, ont conduit les communistes à se centraliser sur la tâche de reconstruction du Parti avant de penser au développement de la lutte armée et d’une organisation de guérilla.

Que ce soit l’avant-garde politique qui précède l’avant-garde militaire ou le contraire ; ce qui est fondamental c’est de mettre en évidence le rôle principal du Parti dans la guérilla et dans l’ensemble du Mouvement.

On peut dire que la réussite ou l’échec des organisations armées révolutionnaires est en fonction du degré d’accomplissement de l’objectif tracé : la construction du Parti.

L’absence d’une direction politique dans la guérilla conduit à une mauvaise valorisation de la situation politique et empêche de prévoir son développement ; prive la guérilla et le prolétariat d’une juste politique d’alliances et entrave l’approfondissement de la lutte idéologique.

Du point de vue militaire, la direction prolétarienne de la guérilla favorise le juste choix des objectifs et des opérations militaires face à chaque conjoncture politique.

La grande leçon que nous pouvons tirer de notre expérience est que la lutte armée ne suffit pas, par elle-même.

L’organisation de guérilla peut, dans certaines conditions et pendant un certain temps, établir des liens avec les masses en gagnant leur coeur ; les mobiliser pour la lutte et démasquer les traîtres de la révolution.

Mais pour maintenir et approfondir ces relations, l’existence du Parti d’avant-garde est indispensable.

Il est essentiel aussi pour doter le prolétariat et les masses d’une organisation solide et de la clarté politique nécessaire, pour consolider le rôle de direction de l’idéologie prolétarienne dans l’ensemble du Mouvement de Résistance, pour assurer la continuité et l’existence même de l’action armée et signifier clairement les objectifs tactiques et stratégiques de chaque étape du processus révolutionnaire.

La lutte à laquelle nous nous consacrons a nécessairement un caractère prolongé, vu que nous nous opposons à un ennemi qui compte sur un appareil étatique ramifié et centralisé, avec des moyens relativement puissants et l’appui considérable de l’impérialisme.

Les monopoles ne permettront pas au prolétariat de concentrer leurs forces ni de s’organiser.

Ils ne se laisseront pas surprendre non plus par une insurrection générale qui éclaterait à un moment donné, comme ce fut le cas lors de la révolution bolchévique de 1917.

Cela exige que nous appliquions une stratégie permettant d’accumuler des forces grâce à des attaques partielles, jusqu’à ce qu’elles se convertissent en une véritable guerre de guérillas.

C’est dans le processus de lutte prolongée du Mouvement de Résistance qu’on trouvera la conjonction, le renforcement et l’accumulation des forces organisées, ainsi que l’incorporation des grandes masses à la lutte ouverte pour le pouvoir.

Nous nous trouvons dans une situation dans laquelle les forces populaires sont sur la défensive stratégique, nous pourrions donc parler d’un Mouvement de Résistance.

Mais, au niveau tactique, ce sont les forces populaires, concrètement, la guérilla qui a l’initiative et frappe la réaction, où, quand et comme elle le veut.

C’est comme cela que les forces populaires transforment leur désavantage stratégique en avantage tactique et arriveront peut à peu à mener à bien leur objectif d’accumulation de forces et d’affaiblissement de celles de l’ennemi.

Lorsque la corrélation des forces sera favorable au peuple, il faudra alors changer l’orientation stratégique.

Le fascisme se mettra sur sa défensive et nous passerons à l’offensive.

Bien que des lois déterminées et des particularités tactiques du processus révolutionnaire doivent être découvertes au cours de la lutte, la stratégie de la guerre populaire prolongée, dans la forme que nous décrivons, conduira, probablement, à l’explosion finale insurectionnelle.

L’insurrection générale des masses éclatera dans les villes industrielles les plus importantes, étant donné que la guérilla ne compte pas, ne pourra compter avant beaucoup de temps, dans nos conditions, sur des bases d’appuis ou zones libérées à la campagne dans lesquelles on pourrait concentrer une importante force militaire stratégique.

Cette force, en Espage, se trouve dans les villes : elle est formée du prolétariat industriel.

Quand arrivera le moment de l’insurrection, la consigne classique « De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace », qui orienta les deux grandes insurrections populaires de l’histoire et qui, traduites dans un langage plus commun, signifie « offensive, offensive et rien qu’offensive », prendra alors seulement toute sa signification.

=>Retour au dossier PCE (ml) et FRAP, PCE (r) et GRAPO

PCE(r) : Parti & Guérilla (1986)

Commune Carlos Marx

Prisonniers Politiques du PCE(r) et des GRAPO, Prison de Soria, Février 1986

Il a été suffisamment démontré, du moins par nous, que dans les pays européens – pays de capital monopoliste d’Etat et impérialistes – la forme supérieure d’organisation politique du prolétariat révolutionnaire reste le Parti Communiste.

A un autre niveau, on trouve l’organisation militaire qui, sous sa forme actuelle de guérilla urbaine, assume un rôle de première importance au sein du Mouvement Politique de Résistance des larges masses ouvrières et populaires. Il va de soi que ces deux formes d’organisation et de lutte politique et militaire ne s’excluent pas mutuellement.

Au contraire, toutes deux sont complémentaires, l’une s’appuyant sur l’autre.

Ainsi la lutte armée de guérilla se sert à dégager la voie aux organisations politiques de masse et au Parti ; tandis que pour sa part, le Parti éclaire politiquement le prolétariat, lui signale les objectifs immédiats et à plus long termes, organise ses forces; et de plus dote la guérilla d’un programme d’action clair lui signalant ses objectifs politiques.

Pour toutes ces raisons, à aucun moment on ne doit permettre la guérilla de dominer et de commander le Parti, ni à l’organisation et l’activité militaires de supplanter l’organisation et l’activité politique partitistes.

Il s’agit là d’un principe léniniste clé qui conserve sa validité en toutes circonstances de la lutte révolutionnaire du prolétariat et dans tous les pays. C’est toujours la politique – et dans ce cas, la politique du Parti prolétarien – qui doit diriger le fusil. Penser différemment serait désarmer le prolétariat.

En conséquence, parmi les tâches les plus importantes aux quelles sont confrontés les révolutionnaires européens, on trouve:

1. Établir les bases minimum politiques comme le programme et la stratégie, la ligne d’action révolutionnaire.

2. La prise en charge pratique et vivante dans la vie du Parti des principes idéologiques du marxisme-léninisme, du communisme.

3. L’établissement du centralisme démocratique dans les relations organiques: la liberté de discussion et l’unité d’action, la soumission de la minorité à la majorité, la pratique de la critique et de l’auto-critique, etc.

Il est clair que rien de cela ne peut être fait sans maintenir des liens minimum avec les masses et sans participer aux luttes ouvrières les plus avancées.

L’intervention du Parti dans les luttes de classe quotidiennes de son pays entraîne aussi l’éclatement de contradictions internes. Cette opportunité doit être exploitée afin de combattre les pratiques et les conceptions nocives et étrangères au prolétariat, pour identifier et isoler les éléments opportunistes et arrivistes.

Pour cela, il est nécessaire de poursuivre une lutte idéologique et politique tenace. Les résultats de cette lutte sont toujours preuve du degré de développement organique et de maturité idéologique et politique atteints par le Parti.

Dans les circonstances européennes actuelles, les communistes se trouvent confrontés à l’importante tâche de reconstruction du Parti marxiste-léniniste.

Le succès de cet objectif, indispensable au développement de la révolution, ne peut être réalisé que par la lutte acharnée contre la réaction et le révisionnisme ; mais aussi, et nous tenons à le souligner, contre les tendances qui veulent substituer le travail politique, théorique et pratique, et organisateur du Parti communiste par des organisations diffuses interclassistes.

Une des conditions requises et incontournables pour que triomphe la révolution socialiste dans un pays, est l’existence d’une avant-garde communiste qui ait atteint sa maturité.

L’existence d’un parti de type bolchévique aguerri et trempé, qui ait passé avec succès l’épreuve du feu de la lutte des classes de son pays et qui en soit sorti renforcé, est une condition indispensable pour pouvoir simplement penser faire la révolution.

Les luttes de Lénine et du Parti bolchévique contre les menchéviques et les renégats de la Seconde Internationale, celle de Mao et du PCCh contre les « dogmatiques » et les positions erronées de la III Internationale à l’égard de la révolution chinoise, sont deux expériences historiques qui, bien que différentes et particulières, détiennent pour nous une importance clarificatrice particulière.

Sans la lutte tenace contre l’opportunisme menchévique – qui prétendait mettre le prolétariat à la remorque de la bourgeoisie libérale dans la révolution démocratique – et contre les abdicateurs et réformistes de la II Internationale – qui voulait lier le prolétariat au dessein chauviniste de leur bourgeoisie impérialiste nationale – il ne se serait pas produit la révolution d’Octobre.

De la même manière, sans la lutte que Mao et les communistes chinois livrèrent à contre courant les « dogmatiques » – qui prétendaient continuer d’imposer, en dépit des expériences douloureuses de plusieurs années de lutte, les thèses classiques de l’insurrection au début, et après la recherche à tout prix de l’unité avec le Kuomingtang – sans cette lutte donc qu’ils livrèrent en maintenant malgré tout leurs positions indépendantes et en développant la guerre de guérilla, ils n’auraient pas fait non plus la révolution chinoise, comme eux-mêmes le reconnurent postérieurement.

Aujourd’hui, alors que la tendance à la révolution s’accentue partout, alors que le rôle du prolétariat se revalorise sur tous les terrains et que la bourgeoisie est dans une phase de décadence et de recul, la nécessité du Parti prolétarien se fait impérieuse.

Selon nous, l’absence d’un vrai Parti communiste marxiste-léniniste est la cause principale de la faiblesse politique et du manque relatif d’issues et perspectives dans lesquelles se trouve plongée une grande partie du Mouvement Révolutionnaire des pays européens.

Pour cette même raison, on ne pourra pas dépasser cet écueil ou impasse tant que ne seront pas affrontés avec courage et décision, sans crainte de se tromper, les tâches théoriques et pratiques que requiert la reconstruction du Parti communiste.

Nous devons nous rappeler que s’il est souhaitable d’apprendre des autres et de tirer des leçons de leurs expériences, il n’y a rien qui puisse se substituer à sa propre expérience directe.

C’est pourquoi il faudra travailler principalement dans la classe ouvrière et le prolétariat d’usine, réorganiser le Parti et créer les bases politiques et idéologiques minimum requises.

La stratégie des communistes: combiner l’insurrection armée des masses avec la guerre prolongée de guérilla

Analyser les formes et méthodes de lutte dans une perspective historique et en accord avec les principes solides et confirmés par l’histoire du marxisme-léninisme est une tâche incontournable des communistes.

Il semble clair que les raisons pour lesquelles les marxistes pratiqueront dans certaines occasions l’insurrection et dans d’autres la lutte parlementaire obéiront aux circonstances concrètes du développement du capitalisme et de son État.

Ainsi, à l’époque de la libre concurrence, la lutte prédominante était la lutte parlementaire puisqu’il existait des conditions qui permettaient de retourner contre la bourgeoisie ses propres lois, comme disait Engels.

Mais avec le développement du monopolisme – dont la règle générale est la tendance à la réaction, à la guerre et au fascisme – ces conditions disparurent.

Les démocraties européennes actuelles (véritables dictatures fascistes approuvées corps et âme par les sociaux-démocrates, euro-communistes et réformistes de tous poils) souffrent depuis déjà de nombreuses années d’une crise économique sans précédent, de l’instabilité continue de leurs régimes, et sont toujours plus menacées par les peuples qu’elles oppriment et par le nouveau Mouvement Révolutionnaire qui, bien que jeune et peu expérimenté, obtient chaque jour des succès plus grands.

L’aspect le plus caractéristique de ce Mouvement Révolutionnaire qui s’étend sur toute l’Europe est d’avoir acquis la forme de Mouvement Politique de Résistance : une combinaison originale d’un mouvement de masse et d’actions de guérilla qui se complètent et convergent chaque jour de plus en plus.

Tout d’abord, ce Mouvement Politique de Résistance a rompu avec les méthodes de lutte pacifiques et parlementaires exaltées dans l’après-guerre en imposant au contraire des méthodes violentes de lutte : grèves radicalisées, manifestations hors du contrôle des syndicats et des partis réformistes, piquets pour étendre les luttes, sabotages et désobéissance civile et autres types de résistance.

Ensuite, ils refusent les différentes variantes du révisionnisme moderne ou de l’euro-communisme.

Ce mouvement croît dans le feu de la crise économique galopante et le recul de l’impérialisme au niveau mondial.

En Espagne, à ces facteurs il faut ajouter la crise politique aiguë dont souffre le régime né du soulèvement fasciste devant une poussée importante des masses ouvrières et populaires.

C’est dans cette situation générale que se développe la lutte armée sous la forme de guerre de guérilla, de petits groupes ou détachements de combattants qui ont mis en échec plus d’une fois le puissant État des monopoles.

L’activité croissante de la guérilla, l’envergure de ses actions, les différents objectifs atteints et son extraordinaire influence sur la lutte de classe des sociétés capitalistes modernes, témoignent de son importance exceptionnelle.

Il existe une différence radicale entre l’ancien cadre des luttes pacifiques, mouvements de masse réformistes, propagande et lutte pour le vote, et le nouveau cadre des luttes violentes, mouvements de masses radicalisés, et désenchantement et opposition à la démocratie bourgeoise.

Un tel changement ne peut se comprendre sans prendre en compte les activités de la guérilla et les groupements politiques révolutionnaires nés à contact.

Les partis et organisations qui appuient la guérilla jouent chaque jour un rôle plus important, et les nouvelles expectatives et préoccupations révolutionnaires, apparaissant au sein des masses, sont impulsées en grande partie par une nouvelle génération de révolutionnaires communistes.

On dit fréquemment que les actions de la guérilla contribuent à élever le niveau de conscience politique et l’organisation des masses ouvrières et populaires parce qu’elles démasquent la réaction et le révisionnisme.

Mais on ne donne pas habituellement l’importance voulue au fait que cette conscience et cette organisation sont les objectifs prioritaires que se fixe la guérilla dirigée par le Parti Communiste. Il s’agit d’accumuler des forces révolutionnaires et de créer toutes les conditions qui permettent d’abattre l’État capitaliste.

Et, dans les conditions matérielles subjectives de nos pays, on ne peut accumuler des forces et les sauvegarder des attaques de l’ennemi sans l’appui de la guérilla.

Pour cette raison même, le rôle de la guérilla à l’heure actuelle ne se trouve pas défini dans toute son extension dans le écrit de Lénine: « La guerre de guérilla » [en français, La guerre des partisans].

Il insiste surtout sur la collecte de fonds pour le Parti, sur la nécessité de frapper l’ennemi et de s’autofinancer.

Aujourd’hui, et sans amoindrir les indications de Lénine, l’objectif principal de la guérilla est de faciliter l’accumulation de forces pour tout le Mouvement Politique de Résistance, contribuer à l’organisation des ouvriers et d’autres secteurs populaires, aiguiser la crise du gouvernement, se renforcer, se développer.

De plus, il est certain qu’il n’existe pas un autre chemin pour faire la révolution que celui qui passe par le développement de la lutte armée prolétarienne. Cela est tellement évident aux yeux de n’importe quel révolutionnaire que c’est ce qui distingue la lutte révolutionnaire de celle qui ne l’est pas.

Il est clair que c’est la tâche du Parti Communiste de chaque pays d’apprendre à établir un rapport correct entre la lutte armée et les autres méthodes de lutte.

On ne doit pas surévaluer son efficacité politique au delà de ses possibilités réelles en voulant la convertir en unique méthode de lutte et d’organisation valide. Il ne faut pas non plus la sous-estimer au point de la réduire à une simple figurante ou à une activité syndicale armée de la politique communiste.

En tant que marxistes-léninistes, nous devons situer au premier plan le Parti Communiste comme dirigeant de tout le mouvement révolutionnaire -y compris de la guérilla urbaine- conscients que du début à la fin, c’est la ligne politique qui décide de tout.

Bien entendu, nous nous référons à la guérilla urbaine qui a pour objectif stratégique la révolution socialiste et qui s’appuie sur la classe la plus nombreuse et la plus révolutionnaire de notre société, le prolétariat, qui reste fidèle à ses traditions révolutionnaires, aux expériences du Mouvement Communiste International et aux principes du Marxisme-Léninisme.

Nous sommes conscients qu’une révolution européenne qui ne parte pas du prolétariat, qui ne se base pas sur lui et ne plonge pas en lui de profondes racines organiques, politiques et idéologiques est vouée à l’échec.

Cela parce que la classe ouvrière est la classe la plus nombreuse, la mieux organisée et la plus avancée et disciplinée de la société capitaliste de par le rôle même qu’elle joue dans la production.

Et aussi parce que l’État capitaliste moderne est basé sur l’exploitation des grandes masses prolétariennes, dirigeant tous ses efforts et toutes ses forces organisées contre l’organisation révolutionnaire de la classe ouvrière, contre la révolution socialiste.

Le nouveau mouvement révolutionnaire des pays capitalistes ne tombe pas du ciel ; au contraire, il tire ses racines du vieux mouvement de la classe ouvrière européenne, spécialement de la glorieuse Révolution d’Octobre, mais aussi des révolutions de type nouveau des peuples des colonies et semi-colonies.

En autre, nous devons considérer les nouvelles expériences que le mouvement acquiert de lui-même. Il se doit de tirer des enseignements de ces deux types de révolutions puisque tous deux ont largement influencé la nouvelle situation.

Pour ces raisons, nous pouvons parler autant de continuité que de rupture à propos du caractère du Mouvement Révolutionnaire en Europe.

Continuité parce que la période que nous vivons se caractérise toujours, comme l’affirmait Lénine, comme la phase suprême du capitalisme, l’impérialisme : anti-chambre de la révolution socialiste (avec l’importante particularité de l’existence du camp socialiste, de la libération des colonies et de la déroute du nazi-fascisme sur le champ de bataille).

Et rupture non parce que l’originalité de ce mouvement consiste dans l’apparition de nouvelles formes de lutte pour la plupart déjà connues et utilisées antérieurement, mais rupture principalement dans l’usage et la combinaison que l’on fait de ces formes de lutte.

Ainsi, la lutte armée occupe un poste important : elle se conçoit non seulement tactiquement en accord avec des situations insurrectionnelles déterminées -comme il allie en d’autres temps- ou dans des conditions générales du monopolisme et de l’impérialisme, c’est-à-dire stratégiquement.

C’est pourquoi nous pensons nécessaire de considérer non seulement la situation révolutionnaire en référence aux objectifs insurrectionnels, mais aussi l’armée guérilla par rapport aux caractéristiques de guerre populaire prolongée (GPP) qu’on ne peut d’ailleurs concevoir dans nos pays, uniquement de manière militaire mais aussi en relation avec las autres fronts de la lutte révolutionnaire.

En conclusion, nous pouvons dire que, à notre avis, notre révolution passera par deux phases : la défensive stratégique du développement de la GPP et la phase de l’insurrection.
Depuis quelques temps, les révolutionnaires européens débattent précisément d’importantes questions relatives à la stratégie de la révolution.

En prenant comme exemple le débat amorcé dans les BR, nous croyons que « guerre prolongée » et « insurrection » sont deux concepts complémentaires et non exclusifs [allusion au débat entre la première et la seconde position des Brigades Rouges, qui donneront respectivement les BR pour la construction du Parti Communiste Combattant et l’Union des Communistes Combattants].

C’est seulement à partir de ces principes que nous pouvons comprendre la portée et les significations réelles que détiennent dans nos pays ces deux concepts.

Il s’agit de deux idées que nous, communistes espagnols, après une analyse détaillée de notre histoire récente, de nos expériences sur les champs de bataille et de la situation économique et politique de notre pays, nous combinons dans notre stratégie révolutionnaire pour la Révolution Socialiste en Espagne.

Néanmoins, en excluant les différences secondaires entre nos pays, les similitudes sont tellement accentuées pour ce qui se rapporte au développement économique, aux politiques impérialistes et pro-impérialistes, au régime politique, et y compris à beaucoup d’aspects de l’histoire récente que, comme le débat en cours en Italie le montre, nous pouvons dire que la stratégie en Europe est pour l’essentiel une seule.

Ce qui n’est rien de nouveau si nous considérons de plus, que toute l’Europe est, à des rares exceptions près, déjà depuis le siècle dernier un creuset de nations étroitement ressemblantes et s’influençant mutuellement.

Mais les difficultés apparaissent dans le débat des BR quand il s’agit d’unir de manière créatrice le concept léniniste de situation révolutionnaire avec le concept forgé par Mao Zedong de « guerre populaire prolongée ».

Opposer ces deux concepts tels qu’ils furent énoncés mais dans le cadre moderne dans lequel se trouvent les pays capitalistes monopolistes d’État, conduit par le moins à de véritables casse-têtes. On ne peut extraire hors de son contexte l’analyse léniniste de la situation révolutionnaire réalisée dans « La banqueroute de la II Internationale » et l’appliquer sans plus aux conditions actuelles.

Il en est de même des études de Mao sur la stratégie de la GPP conçues pour les conditions chinoises des années trente et quarante.

En tenant compte des caractéristiques actuelles de notre société, nous considérons que l’objectif de la première phase de la stratégie communiste est de créer les conditions subjectives et de favoriser le développent des conditions objectives nécessaires pour que se crée une situation révolutionnaire insurrectionnelle. Cette phase correspond à l’étape défensive de la GPP.

Quand tout cela aura été atteint, la phase suivante seulement pourra être l’insurrection. Nous devons nous rappeler que nos pays sont de population principalement urbaine (les pays de plus de 10% de population rurale sont rares : la moyenne de la CEE est de 8,2%).

Pour ces raisons, il n’est pas possible de créer des zones rouges libérées, ni de harceler les villes à partir des campagnes. Il est donc erroné d’identifier la GPP en Europe aux zones de territoires rouges libérées à la campagne ou à un quelconque type concret de guérilla rurale ou de guerre de mouvements.

Cette combinaison originale des stratégies révolutionnaires les plus remarquables de l’histoire du prolétariat correspond parfaitement à la situation des pays européens.

Il n’est pas suffisant de reconnaître l’opportunité et la nécessité de la lutte armée même dans une situation que l’on n’estime pas révolutionnaire, comme nous l’observons dans le débat des BR. En premier lieu, nous devons reconnaître avec clarté quelles sont les causes objectives et subjectives qui engendrent et justifient la lutte armée prolétarienne.

En second lieu, nous devons étudier de près le caractère de la situation politique actuelle : est-elle ou non révolutionnaire et quels sont les traits qui la définissent?

Pour finir, nous devons discerner quel est le rôle que joue la guérilla urbaine dans l’ensemble du Mouvement Politique de Résistance et étudier spécialement ses relations avec le Parti prolétarien. Ce dernier point, nous le verrons minutieusement dans un autre paragraphe.

Ainsi, en raison de l’existence en Espagne d’un régime politique aux caractéristiques fascistes, la lutte dans notre pays suit et suivra les voies révolutionnaires non pacifiques.

Et bien que la situation politique des pays qui nous entourent n’est pas exactement la même qu’en Espagne, les conséquences – la tendance des masses à rejoindre la lutte révolutionnaire – sont sans aucun doute identiques.

Là aussi, nous avons la fascisation croissante des États policiers des monopoles, la réduction des libertés et des droits bourgeois concédés aux masses, la persécution et la misse hors-la-loi de quiconque sort de l’étroite marge constitutionnelle (comme dans le cas d’une lutte réelle pour des objectifs socialistes et pour la destruction de l’État bourgeois).

En Espagne, du fait de nos particularités historiques, nous croyons que les expériences des masses à ce sujet sont plus avancées que dans d’autres pays européens.

Chose naturelle si nous tenons compte du fait que, au soulèvement fasciste et à la déroute des forces populaires de notre « guerra nacional revolucionaria » firent suite la grande et héroïque guérilla de l’après-guerre et plus de quarante années de fascisme ouvert ; ajoutons aussi les revers subis récemment par la réaction avec l’échec de la « reforma ».

Tous ces faits sont présents dans l’esprit des masses et démontrent avec évidence que le socialisme peut s’atteindre seulement en détruisant l’odieux régime fasciste des monopoles à l’aide des armes.

Dans les autres pays qui, après la seconde guerre mondiale et au prix de bains de sang et hauts sacrifices, obtinrent des libertés déterminées et des droits démocratiques, l’expérience des masses est un peu différente.

Mais cela n’empêche pas qu’aujourd’hui, aucun gouvernement ne se trouve assuré des jours prochains, ni protégé de la banqueroute financière, ni de la crise économique permanente. Ce n’est pas un hasard s’ils appellent les masses aux sacrifices et à supporter stoïquement la misère.

Nous pouvons parler d’une situation politique qui, apparemment contrôlée, se trouve au contraire en développement du point de vue révolutionnaire.

Ainsi, on commet une grave erreur en tirant comme conclusion de l’histoire des révolutions européennes, le fait qu’une situation révolutionnaire ne puisse d’écouler que d’une guerre inter-impérialiste et que seul ce type de guerre puisse créer une telle situation.

Fonder les espérances d’une situation révolutionnaire uniquement sur le déclenchement d’une guerre inter-impérialiste est un mauvais service à rendre à la stratégie communiste.

Dans la situation internationale actuelle il n’y a pas de gros risques de guerre ou d’agression contre les pays socialistes, quoiqu’une possibilité de ce type ne puisse jamais être totalement exclue. Le risque de guerre entre les pays impérialistes est toujours moins grand.

En tout cas le camp impérialiste y a tout à perdre.

Pour ces motifs, les pays capitalistes alliés, bien qu’ils s’arment et développent une course aux armements, peuvent difficilement être intéressés par une guerre de ce type (dans la situation de crise économique, politique et morale irréversible dans laquelle ils débattent).

Les expériences funestes que furent pour eux la première et seconde guerres mondiales, ainsi que les défaits postérieures que leur infligèrent les mouvements de libération des colonies et les pays socialistes les retiennent.

Si aujourd’hui, dans les pays capitalistes, nous vivons une situation révolutionnaire plus ou moins ouverte, une guerre civile larvée, rien ne s’oppose à ce que les communistes commencent à travailler à la révolution.

En premier lieu, parce qu’il n’est pas impossible que la révolution se produise dans un ou plusieurs pays au travers de la guerre civile qui est en train de se développer; et cela, sans que l’on doive nécessairement penser à une guerre mondiale (contre le socialisme sans doute).

Et en second lieu, parce que dans le cas où celle-ci se produirait, nous serions déjà préparés.

Et nous serons préparés à partir du moment où notre devoir de communistes est de travailler dès maintenant pour la révolution prolétarienne sous tous ses aspects, en expliquant l’amplitude et la profondeur de la crise économique et la décomposition du régime, en éveillant la conscience et la détermination révolutionnaire des masses et en les incitant à s’organiser politiquement ou à rejoindre la guérilla.

Comme cela a été de multiples fois démontré, l’État moderne, en vertu des expériences qu’il a acquises dans sa lutte contre le mouvement ouvrier et communiste international et contre le Socialisme, ne permettra pas au Mouvement Révolutionnaire de concentrer ses forces et de s’organiser de manière pacifique.

Il ne laissera pas non plus surprendre par une insurrection qui éclatera à un moment donné, même au cas ou celle-ci serait provoquée par une « guerre inter-impérialiste », puis que cette État est la contre-révolution organisée et permanente.

L’insurrection lorsqu’elle éclate doit être préparée par de longes années de lutte du Mouvement Politique de Résistance, une période durant laquelle il vivra de nombreux avancées et reculs, où il devra apprendre à utiliser toutes les méthodes de lutte, où il devra avancer en accumulant les forces révolutionnaires pour l’assaut final et durant laquelle le politique et le militaire devront se combiner de manière adéquate.

Et seul le Parti Communiste peut offrir cette direction politique et militaire.

Le « Proyecto de Programa-Manual del guerrillero » édité par les GRAPO, le dit justement: « Étant donnée la situation dans laquelle se trouvent les masses et leurs organisations d’avant-garde dans les pays capitalistes, leurs forces organisées sont actuellement inférieures aux forces de la réaction et de l’impérialisme.

Cette infériorité est due principalement à la misère, à la répression qu’elles subissent et aux difficultés que leur impose l’État.

Dans de telles circonstances seule la lutte politique de résistance et la stratégie de la guerre prolongée de guérilla pourront transformer ce rapport défavorable en un rapport favorable ; seuls la lutte de Résistance et la lutte armée révolutionnaire pourront permettre l’accumulation de forces… »

Ceci est le chemin qui permet d’accumuler des forces révolutionnaires dans la guérilla et dans les autres organisations partitistes, démocratiques et anti-fascistes.

Et cette accumulation, pour être réelle, ne peut se faire que de la clandestinité et en s’appuyant sur la situation favorable que crée la lutte armée.

Dans les conditions actuelles, alors que les formes légales et semi-légales de lutte ont cessé d’être déterminantes pour le développement du Mouvement Révolutionnaire, le principe léniniste d’utiliser la légalité, la semi-légalité, la semi-clandestinité pour favoriser et renforcer le développement de l’appareil clandestin du Parti, de l’organisation des révolutionnaires professionnels, reste valide.

De cette manière, le Parti plonge ses racines parmi les masses et s’unit à elles, rompant ainsi l’isolement auquel l’ennemi tente de le contraindre, ceci est la meilleure garantie pour sa sécurité. Pour cette raison, on ne peut jamais rompre avec la spécialisation des fonctions partitistes; tout au contraire, il faut tirer bénéfice de leurs relations réciproques en fonction de ce qui est fondamental: la clandestinité.

Cette clandestinité, comme la légalité imposée par le Mouvement de Résistance des masses, se voit favorisé par les actions et le développement de la guérilla urbaine. De tout cela découle l’importance extrême que revêt une juste combinaison des différentes formes de lutte et le rôle décisif du Parti dans l’organisation des phases générales de la stratégie et de la tactique correspondant à chaque tournant de la lutte et du combat politique et militaire.

Une fois éclaircie la question relative à la stratégie communiste qui, selon les paroles de Staline, décide des 9/10º du sort de toute la guerre, nous pouvons porter toute notre attention sur les tâches, les objectifs et les activités du Mouvement Politique de Résistance.

Les tâches du parti communiste et de la guérilla

La guerre de guérilla est une forme de guerre civile qui, bien qu’embryonnaire, existe déjà et mûrit.

Effectivement, parce qu’il s’agit d’une guerre, une analyse militaire est nécessaire. Sur cela, il n’y a pas de doute possible.

Mais il ne faut pas perdre de vue que la guerre de guérilla dans les pays capitalistes, parce qu’elle est la continuation de la politique prolétarienne par d’autres moyens (les moyens violents), doit être dirigée à tout moment par la politique, par le Parti.

Aujourd’hui comme hier, le mot d’ordre selon lequel c’est le Parti qui dirige le fusil reste valide.

Et comme la lutte armée joue un rôle décisif dans les pays capitalistes modernes, il est nécessaire que le Parti Communiste prenne fermement le contrôle de la direction politique, et par conséquent, dans une certaine mesure, de la direction militaire du mouvement de guérilla.

Ceux qui s’obstinent à conduire la guerre de guérilla avec des critères exclusivement militaires commettent une grossière erreur.

La mener ainsi serait contre-productif puisque même les lois de la guerre, spécialement les lois de la guerre de guérilla, obéissent à de profondes raisons économiques, politiques et historiques.

Ces raisons, le Parti Communiste les analyse à la lumière du Marxisme-Léninisme, déduisant de son étude les lois générales de cette guerre populaire, c’est-à-dire la stratégie et la tactique du prolétariat révolutionnaire.

Et cette tâche, le Parti peut la réaliser uniquement en étant plongé au sein des masses ouvrières et populaires et en comptant sur leur appui et leur confiance. Ni l’élaboration du programme, ni la stratégie ne sont à la portée de l’organisation armée en tant que telle.

Cela se trouve uniquement à la portée du Parti et ce sont des tâches principalement siennes. Maintenir une position « militariste » nous conduirait implacablement et rapidement dans les courants de l’opportunisme, tombant dans les pièges tendus par la bourgeoisie.

La conception d’un Parti-guérilla ou encore, la militarisation totale du Parti ne correspond ni à la situation de la lutte de classe de nos pays, ni par conséquent aux tâches qui se posent au prolétariat révolutionnaire.

En premier lieu, parce que l’idée du Parti-guérilla ou une autre semblable dissimule les intentions d’une organisation exclusivement militaire, c’est-à dire l’armée comme unique forme d’organisation du prolétariat révolutionnaire moderne.

Cela aurait pour conséquence de poser comme unique forme d’encadrement dans la période actuelle, l’encadrement militaire, de même les tâches seraient principalement militaires, les organismes, les fonctions et les rapports seraient militaires et les objectifs fondamentalement militaires.

Cette structure organisationnelle pourrait mieux convenir aux nécessités des pays coloniaux et semi-coloniaux; pourtant cela est faux, y compris dans ces pays où, en dépit du fait que les masses s’organisent dans l’armée et que la guerre est la principale forme de lutte, l’organisation politique a toujours dirigé l’organisation militaire.

Rappelons nous que la déroute la plus importante subie par l’impérialisme au champ de bataille récemment fut celle face au FLN et au peuple Vietnamien dirigé par le Parti Communiste Vietnamien.

Les communistes doivent toujours veiller à diriger toutes les formes du lutte du prolétariat aussi diversifiées soient elles, ce qui n’est possible qu’à partir de l’organisation partitiste. Si dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, le recrutement s’est fait surtout à travers l’armée, ce fait ne s’est pas trouvé en contradiction avec la direction du Parti.

Dans notre pays nous avons compris que l’encadrement du prolétariat conscient sera pour assez longtemps principalement partitiste, sans négliger à aucun moment la guérilla. De cette manière, nous ouvrons la voie de la guérilla à tous les travailleurs et révolutionnaires qui veulent combattre les armes à la main.

En seconde lieu, l’idée du Parti-guérilla est erronée parce que le Mouvement Politique de Résistance a, en plus des tâches militaires, de multiples autres tâches qui ne peuvent en aucune manière entrer dans le cadre rigide d’un parti militarisé.

Les luttes des amples masses des ouvriers et des travailleurs nécessitent la direction politique du Parti Communiste.

Celui-ci donne une direction à leur détermination révolutionnaire, en synthétisant les expériences des luttes et en les étendant.

En outre, il forme les cadres dont aura besoin tout le mouvement, en tenant ses filets organiques parmi les différentes organisations sur la base des principes idéologiques et politiques minimum.

Il diffuse et fait la propagande de la ligne politique qu’il défend, il avertit les ouvriers des manœuvres de la bourgeoisie, menant à bien une puissante et décisive lutte contre l’idéologie bourgeoise; il démasque, sans leur donner de répit, les proclamations, consignes et tactiques de diversion du révisionnisme moderne.

Ces tâches indispensables au mouvement révolutionnaire des pays capitalistes, le dit Parti-guérilla ne peut les réaliser bien qu’il se les propose, puisqu’elles sortent de sa sphère d’interventions, de sa capacité politique et de ses possibilités organisationnelles.

Rappelons nous que les formes d’organisation s’adaptent toujours aux formes de lutte.

Il en découle donc que le guérillero et la guérilla de par leur nature essentiellement militaire ne peut effectuer ces tâches politiques et idéologiques au niveau exigé par l’ensemble du mouvement. Cela n’empêche pas bien sûr, qu’il existe des tâches précises de type politique et idéologique indispensables aussi dans la guérilla.

Ces tâches ont pour but d’obtenir la cohésion politique et idéologique des composantes de la guérilla, de maintenir des liens étroits avec les masses et de ne pas perdre la perspective des objectifs politiques du prolétariat.

On doit donc promouvoir la discussion des problèmes politiques, de préférence ceux qui concernent le mouvement de résistance populaire, en plus de ceux qui sont de l’unique ressort d’une organisation armée.

On doit aussi analyser les expériences et les échanger avec celles des autres organisations.

Pour conclure, unes des tâches spécifiques de la guérilla doit être de discuter l’opportunité ou non des tactiques militaires précises, des choix des objectifs et de la proposition de l’action militaire. Il doit donc être maintenant suffisamment clair que la guérilla sans la Parti ne pourra aller qu’à l’échec.

Le Parti, en tant que détachement d’avant-garde et noyau dirigeant du prolétariat est le mieux placé pour mener à terme des tâches de type fondamentalement politique et c’est son devoir de les accomplir.

En cas contraire, le mouvement des les larges masses et leurs luttes seraient facilement désorientés et déviés, sombrant dans la démoralisation. Le Parti assure aussi de solides liens constructifs entre la guérilla et le mouvement politique des larges masses.

L’établissement de ces liens permet au Parti de donner une continuité à l’activité de guérilla, enrichissant les rangs de celle-ci de communistes expérimentés et aguerris ; de même le Parti coordonne les différentes tâches et les activités, il établit la juste répartition des forces organisées en signalant les objectifs immédiats et ceux à plus longs termes.

Ceci est le seul moyen de renforcer l’organisation armée et le Mouvement de Résistance Populaire.

La répartition des forces organisées dans l’ensemble du Mouvement de Résistance est une tâche que le Parti Communiste doit réaliser avec attention et soin.

Pour cela, il doit s’en tenir à la situation politique de chaque moment, à l’état d’esprit des masses et au niveau d’acceptation de la ligne politique révolutionnaire, en portant particulièrement son attention sur l’accueil que réservent les masses aux actions de la guérilla.

A cela, il faut ajouter une connaissance exhaustive du niveau des forces disponibles (extension, capacité combative, détermination révolutionnaire, moral, expérience accumulée, etc…).

Dans cette répartition des forces, le Parti tient un rôle fondamental dans ce qui se rapporte à la reprise et au renforcement de l’organisation de guérilla.

Cela ne fait aucun doute que l’armée de guérilla peut aussi réaliser différentes formes de recrutement ; cela est un fait vérifié.

Mais l’expérience acquise par le PCE(r) et les GRAPO en Espagne montre que c’est difficile, sporadique et obéit plus à des circonstances fortuites qui ne sont pas toujours les conséquences d’un travail conçu dans ce but.

Il faut ajouter en plus, que ces formes de recrutement sont très difficiles à réaliser dans des situations déterminées de harcèlement ennemi. En ce sens, notre expérience est accablante.

Jusqu’à maintenant, le plus grand nombre d’intégrations à la guérilla est provenu des rangs du PCE(r) et, pour une moindre part, d’autres organisations démocratiques anti-fascistes.

Cela a assuré une grande solidité à la direction de la guérilla, pour cette raison la police consciente de cette relation, agit sans ménagement à l’égard de notre Parti et des autres organisations anti-fascistes.

Cela n’est bien évidemment en aucune manière une raison pour que nous transformions cette fraternelle relation de solidarité en faveur d’une autre « plus sûre ». De toutes façons, ce dont il s’agit, c’est de la perfectionner puisque c’est justement cette relation qui nous a permis de nous remettre des coups policiers parfois accablants.

Grâce à elle, nous avons dépassé les situations les plus difficiles et avons traversé avec succès une des étapes les plus décisives de notre histoire.

Ce fut précisément dans ces moments, alors que nous étendions notre influence sur les masses, que nous nous sommes remis des pertes subies dans nos rangs et avons jeté de solides racines dans les larges secteurs populaires.

Pour finir, nous avons pu vérifier dans la pratique la justesse de notre ligne politique, de notre tactique et stratégie en les améliorant et en les définissant avec plus de précisions.

« Le mouvement de masse – dit le ‘Projet de Programme’ des GRAPO déjà cité – met en avant le Parti et la guérilla et les nourrit continuellement d’hommes et de femmes les plus décidés.

Il leur apporte aussi des expériences inestimables et précieuses.

Le Parti à son tour organise la lutte, la dote d’objectifs et d’un programme clair, et forme les cadres dirigeants dont a besoin (et toujours en plus grand nombre) le mouvement des masses et ses organisations, parmi lesquelles la guérilla même.

Ce travail général du Parti et la lutte armée de la guérilla stimulent continuellement le mouvement populaire à aller de l’avant, l’oriente et lui donne un exemple de fermeté, d’audace et de résolution, lui déblaie le terrain de ses conquêtes et lui ouvre une voie chaque jour plus large et prometteuse.

A la fin de ce processus se produira une convergence entre les masses et leurs organisations, le Parti et l’armée populaire. Ce sera le moment de l’insurrection générale qui mettra fin au régime d’ignominie que nous avons subi jusqu’à maintenant. »

C’est pour cela que la guérilla seule, l’armée populaire uniquement, aussi bien organisée soit-elle, ne peut pas d’elle-même assurer la victoire ; pour le simple fait qu’elle ne peut pas accumuler la force militaire nécessaire et suffisante pour abattre et anéantir l’armée ennemie.

Pour cela, nous devons toujours avoir à l’esprit les expériences révolutionnaires du monde entier.

Celles-ci nous dissent que la guérilla urbaine peut difficilement accumuler un grand nombre de combattants, alors que le Parti peut faire. De cela découle le fait que pendant beaucoup de temps encore, la guérilla urbaine européenne ne devra se maintenir qu’avec une petite armée de combattants qui appuie, fortifie et favorise l’accumulation de forces pour tout le Mouvement Politique de Résistance.

Le développement de cette petite armée correspond à des phases bien précises de la lutte des classes, au fur et à mesure du développement du mouvement révolutionnaire.

En définitif, si nous nous assurons que le PC dirige la guérilla et l’armée populaire, alors nous pourrons être certains de la victoire, puisque ce n’est pas l’armée qui fait la révolution mais c’est elle qui pousse les masses à la faire.

Insurrection et guerre populaire prolongée sont donc deux concepts inséparables et complémentaires, indispensables à la stratégie communiste dans les pays européens.

C’est le travail des communistes de les combiner intelligemment en adéquation avec les conditions de nos pays. On ne peut pas opposer l’un à l’autre en recourant aux exemples historiques qui pris isolément, sont différents de la réalité actuelle de l’Europe.

« La révolution – dit le secrétaire général du PCE(r), Arenas – a ses caractéristiques spécifiques dans chaque pays, et cela exige de nous – communistes, qui nous nous proposons de l’organiser, d’en prendre la tête et de la diriger – la réalisation d’efforts importants pour les découvrir.

Dans ce sens, les expériences et les enseignements qui nous proviennent des révolutions des autres pays sont très précieux mais nous ne devons pas les copier, ni les imiter aveuglement, sans distinguer ce qui est valide pour nous, et ce qu’il nous faut rejeter.

Rien ne peut remplacer nos analyses et notre propre expérience, réalisée selon les principes du marxisme-léninisme, de son contenu créatif et vivant, et non de sa lettre morte. »

En sorte que, en raison des caractéristiques particulières économiques et politiques de l’Espagne, les formes de lutte et d’organisation ne peuvent y être principalement militaires: « L’accumulation de forces révolutionnaires, leur éducation et leur encadrement, à la différence de la Chine et d’autres pays agraires […] doivent être réalisés selon un autre mode, c’est-à-dire […] au moyen du Mouvement de Résistance Populaire, dans lequel se combinent la lutte politique des masses, les grèves, les manifestations,etc. avec la lutte armée de guérilla pratiquée par des petits groupes, tout cela organisé et dirigé par le Parti Prolétarien. » (F.Arenas: Entre deux feux).

La guérilla à son stade actuel de lutte politico-militaire a pour principal objectif « l’accumulation de forces révolutionnaires et la préparation des conditions générales (politiques, organisationnelles, économiques, militaires,…) qui facilitent l’extension et le renforcement du mouvement révolutionnaire » ; puisque les coups de la guérilla donnent du souffle aux masses, favorisent leur encadrement et fait gagner du terrain pour l’organisation des ouvriers, en préparant dans le même temps les conditions pour le déclenchement de coups plus décisifs.

A la fin de ce processus, comme nous le disions précédemment, il « se produira la grande convergence entre les masses et ses organisations, le Parti et l’armée populaire. Ce sera le moment de l’insurrection générale ».

=>Retour au dossier PCE (ml) et FRAP, PCE (r) et GRAPO

Statuts du PCE(r) (1998)

1. Programme général

Le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué) est un parti prolétarien, noyau dirigeant et détachement d’avant-garde de la classe ouvrière. Notre organisation se considère comme héritière et continuatrice de l’œuvre révolutionnaire commencée par le Parti Communiste d’Espagne dirigé par José Díaz, aujourd’hui dégénéré, converti par le révisionnisme en un instrument de l’oppression et de l’exploitation capitalistes.

Le Parti Communiste d’Espagne (reconstitué) fait partie du mouvement communiste international et se guide par les principes du marxisme-léninisme dans l’élaboration de sa ligne politique et dans son travail révolutionnaire.

Le PCE(r) s’est fixé comme objectif d’atteindre le communisme, c’est-à-dire, la suppression de la propriété privée capitaliste et les classes; de cette façon seront créées les conditions nécessaires pour l’extinction de l’État. Dans ce but, le Parti se propose d’être à la tête et d’organiser la classe ouvrière dans la lutte la plus résolue contre le système capitaliste, jusqu’à réussir la démolition de son appareil bureaucratico-militaire et l’instauration de la dictature du prolétariat sur la bourgeoisie.

Actuellement, le Parti centre ses efforts principaux sur l’éducation et l’organisation politique de la classe ouvrière défend l’unité d’action avec d’autres organisations ouvrières et populaires dans la lutte de résistance contre le fascisme et l’impérialisme, une lutte conduisant à accumuler des forces révolutionnaires et à créer toutes les autres conditions pour le développement de la Guerre populaire prolongée et le triomphe de l’insurrection armée générale.

Le Parti définit et défend les droits politiques, économiques et sociaux actuels des travailleurs et applique une ligne de masses afin de rester uni aux masses et de recueillir et synthétiser leurs expériences de lutte. Comme chef politique de la classe ouvrière, le Parti n’est pas à la traîne du mouvement spontané, mais il s’efforce d’élever les ouvriers jusqu’à la compréhension de leurs vrais intérêts de classe, leur fixe les objectifs à conquérir et les guide dans la lutte.

Le Parti doit inculquer la discipline consciente aux masses d’ouvriers sans parti, étendre les méthodes de lutte révolutionnaires, la solidarité de classe, l’esprit d’organisation et la fermeté combative; c’est pourquoi le Parti doit être la personnification de la discipline, de l’organisation et de l’abnégation révolutionnaires.

2. Les principes d’organisation et de fonctionnement du Parti

a) Pour mener à bien, avec sécurité et efficacité, le travail révolutionnaire parmi les masses et garantir sa continuité, le Parti doit maintenir son appareil politique dans la clandestinité. De même, il lui faut établir la spécialisation et la division du travail dans son sein ainsi que la centralisation et la démocratie.

L’unité du centralisme et de la démocratie, de la discipline et de la liberté dans la pratique révolutionnaire constitue le centralisme démocratique. Dans le sein du Parti, il doit y avoir autant de centralisme que de démocratie, autant de discipline que de liberté. La combinaison du centralisme et de la démocratie garantit la liberté de discussion et de critique et rend possible l’unité d’action.

b) Étant données les conditions de clandestinité dans lesquelles nous sommes obligés de développer actuellement l’activité politique, l’élection doit être nécessairement limitée dans le sein du Parti. Cette limitation ne signifie pas une restriction à la liberté de discussion et de critique ni à tous les autres droits des militants; son objectif est d’empêcher ou de rendre difficile l’action policière et de renforcer la discipline interne de l’organisation.

c) La discipline du Parti, librement assumée, est unique et égale pour tous ses membres: le militant se soumet à l’organisation, la minorité à la majorité, l’organisme inférieur au supérieur, tout le Parti au Comité central et celui-ci au Congrès du Parti.

d) La soumission de la minorité à la majorité implique que, si l’opinion de la minorité a été refusée, celle-ci doit soutenir la décision approuvée par la majorité. De son côté, la minorité a le droit de défendre son opinion à l’intérieur du Parti et même à la poser à nouveau dans les réunions suivantes ou quand elle le considère nécessaire, mais elle ne doit d’aucune manière s’abstenir d’appliquer les décisions adoptées par la majorité et moins encore d’agir contre elles.

e) La liberté de discussion, la critique et l’autocritique sont les méthodes fondamentales de travail du Parti et celles qui permettent de résoudre ses contradictions internes. Personne, aucun militant ni aucun organisme, le Comité central du Parti inclus, n’est pas immunisé contre le risque de commettre des erreurs. C’est pourquoi on doit toujours être attentif à toutes les critiques ou suggestions qui peuvent être faites.

3. Membres du Parti

a) Tout ouvrier ou toute ouvrière ou quelque autre révolutionnaire qui acceptent le Programme, la Ligne politique et ses Statuts, qui adhèrent à une de ses organisations, qui y travaillent activement, qui appliquent les directives du Comité central et qui paient la cotisation peuvent être membres du Parti.

b) Avant d’être admis dans le Parti, le candidat doit passer une période probatoire. Pendant cette période, il devra être examiné dans ses activités et réputation parmi les masses et être proposé par deux membres du Parti. Son admission doit être approuvée par la réunion plénière de la cellule et ratifiée par l’organisme immédiatement supérieur.

c) Tout militant du Parti a le droit de participer et de faire des apports à l’élaboration du Programme, de la Ligne politique et des Statuts du Parti, d’élire et d’être élu pour toutes les responsabilités, de la cellule au Comité Central; à exposer ses opinions et critiques et, s’il lui semble nécessaire, les faire parvenir à la Direction.

d) Tout militant doit étudier le Programme et la Ligne politique du Parti et s’efforcer de les appliquer avec audace et initiative. De même, il doit chercher à augmenter continuellement ses connaissances et, en particulier, les enseignements du marxisme-léninisme. Il doit utiliser courageusement la critique et l’autocritique.

e) Le militant doit préserver soigneusement les secrets du Parti, défendre ses dirigeants face aux calomnies et les attaques des ennemis de classe et observer, en cas de détention, un comportement exemplaire devant les oppresseurs. Jamais, en aucune circonstance, il ne livrera des faits qui peuvent compromettre la sécurité du Parti ni la cause ouvrière et populaire.

f) Le militant du Parti doit avoir un mode de vie simple, se mettre en relation et travailler avec les masses, se préoccuper de leurs problèmes et les servir de tout son cœur; de plus, il doit adopter devant elles l’attitude d’un élève plutôt que celle d’un maître et mettre, à tout moment, les intérêts de la classe ouvrière et du peuple au-dessus de quelque autre intérêt personnel ou de groupe.

g) Au militant qui viole la discipline du Parti se verra imposé, selon les cas, une des sanctions suivantes: avertissement, destitution des responsabilités qu’il occupe dans le Parti (avec une période d’observation) ou expulsion du Parti. L’expulsion doit être ratifiée par l’organisme immédiatement supérieur.

h) Si un membre du Parti n’accomplit pas ses obligations, ne progresse pas ou demande de se retirer, il faut le séparer de l’organisation, en discutant le problème dans la cellule ou dans l’organisme où il est encadré, pour décider le traitement à lui donner. Il y a des cas où il est convenable de mettre en connaissance des masses les séparations et les expulsions, en expliquant les circonstances.

i) La trahison sera punie.

4. Organismes de base

La cellule et les comités d’usine, de quartier, de mine, de région, de centre d’enseignement, etc., sont les organismes de base du Parti. Ceux-ci nous permettent d’être en contact permanent avec les ouvriers, les jeunes et les autres secteurs populaires, de connaître leurs besoins et leur état d’âme et de mener à bien parmi eux le travail de parti.

a) Dans les lieux et les centres de travail où se trouvent au moins trois militants, on doit former une cellule, tandis qu’un comité sera constitué dans les concentrations d’usines, d’entreprises, de quartiers, etc., où existent plusieurs cellules et où les caractéristiques du travail politique le demandent.

b) Le fonctionnement des cellules et des comités est basé sur des réunions périodiques et régulières de leurs membres. La réunion de la cellule ou du comité a le pouvoir de choisir son responsable, d’élaborer de plans de travail concrets et d’établir la division de fonctions dans son sein, de façon que les accords et les décisions s’imposent à tous et qu’on puisse vérifier son accomplissement.

c) La tâche principale des cellules et des comités de base du Parti consiste à élever la formation politique et idéologique de leurs membres, étudier la situation des ouvriers, organiser et être en tête de leurs luttes, distribuer la propagande du Parti parmi eux, réaliser l’agitation, organiser des cercles, faire des collectes, recruter de nouveaux militants et, en général, appliquer les consignes et les directives du Comité central.

Quand les militants de base, comme tous les autres membres du Parti, s’adressent aux masses pour entreprendre leur travail politique, ils ne doivent pas oublier que les communistes sont comme la graine et le peuple comme la terre. Partout nous allons, nous devons nous unir au peuple, prendre racine et fleurir avec lui (1).

5. Organismes intermédiaires

Les comités nationaux, les comités régionaux et les comités locaux sont les organismes intermédiaires du Parti.

a) Les organismes intermédiaires se constituent suivant un critère territorial, non sectoriel ni corporal, et en incorporant en leur sein les militants les plus actifs, les mieux préparés et les plus liés aux masses de chaque localité. Cette condition leur permet de faire des plans et de guider l’ensemble des organisations à leur charge depuis une solide position politique et une vision générale.

b) Les comités intermédiaires se constituent par initiative des organisations de base du Parti et d’accord avec les recommandations du Comité central. Un responsable politique est à la tête de ces organismes et s’établit la division du travail de façon que toutes les activités puissent être menées à bien et que les tâches et responsabilités de chaque membre soient bien délimitées.

c) Ces organes, les seuls et vrais représentants du Parti dans chaque nation, région et localité, doivent faire l’analyse de la situation dans leurs zones respectives et y appliquer la ligne générale du Parti ainsi que les résolutions et directives émanant du Comité central. Dans ce but, ils doivent déployer un travail énergique parmi les organisations et les militants à leur charge et parmi les masses en se dotant pour cela des moyens nécessaires.

d) Les organismes intermédiaires doivent aussi contribuer au renforcement du Comité central et faciliter son travail en obtenant de l’argent, en envoyant des rapports, en mettant les militantes à sa disposition, etc.

e) Les organisations des nations sont directement représentées dans le Comité central du Parti par des militants désignés par elles en accord avec la Direction et disposent d’une large autonomie pour organiser les Conférences nationales préalables au Congrès du Parti, ainsi que pour appliquer le Programme, la Ligne politique et les directives du Comité central à leurs conditions respectives.

Comme les autres militants élus dans le Congrès, ceux élus par les organisations des nations pour faire partie du Comité central participent aux tâches et à la direction de l’ensemble du Parti avec les mêmes obligations et les mêmes droits que les autres membres du Comité central, sans limiter leurs responsabilités aux affaires de leurs zones.

6. Organes centraux

Les organes centraux du Parti sont le Congrès et le Comité central.

a) L’instance suprême du Parti est son Congrès. Le Congrès approuve le Programme et les Statuts, décide la Ligne politique à suivre, élit par le vote direct et secret le Secrétaire général du Parti et le Comité central.

b) Les accords et les décisions adoptés par le Congrès sont d’accomplissement obligatoire pour tous les membres du Parti et peuvent seulement être révoqués par un autre Congrès.

c) Le Congrès du Parti se tiendra toutes les quatre années; sa convocation peut être anticipée ou repoussée soit par décision de la Direction soit à la demande de la majorité des membres du Parti. Entre les Congrès, la direction du Parti est le Comité central.

d) Le Comité central est un organe de direction collective. Les militants élus dans le Congrès pour faire partie du Comité central élargissent cet organisme jusqu’au nombre nécessaire de membres par la cooptation. La séance plénière du Comité central, ainsi constitué, détermine la composition des commissions entre lesquelles la Direction se répartit, spécialisées chacune d’elles dans un domaine spécifique d’activité.

e) Un secrétaire responsable est à la tête de chaque commission. La réunion des secrétaires des différentes commissions forme la commission politique du Comité central, dirigée par le Secrétaire général du Parti.

f) Le secrétariat général est une exigence imposée par la nécessité de coordonner les différentes commissions qui composent le Comité central, ainsi que pour l’adoption des décisions urgentes qui à tout moment se posent au Parti. Seul un autre Congrès peut remplacer ou destituer le Secrétaire général.

g) Disposant d’amples pouvoirs, le Comité central a la responsabilité d’exécuter les décisions adoptées par le Congrès et de résoudre toutes les questions posées au Parti, lui appartient en plus la désignation de la rédaction de l’organe central de presse.

Le Comité central étude les rapports, dispose des moyens économiques, distribue les forces disponibles, s’occupe de la formation des cadres, etc. Le Comité central doit se réunir en séance plénière et rendre compte de son travail par des rapports de façon périodique.

h) Le Comité central intervient dans la composition des organismes intermédiaires et contrôle leur travail. Des membres du Comité central peuvent être délégués de manière permanente dans les organisations locales, régionales et nationales et sont autorisés à participer dans leurs délibérations avec le droit de veto.

i) Les membres de la Direction, comme tous les autres militants du Parti, doivent assumer complètement leurs responsabilités, prendre toutes les décisions qui leur permettent d’entreprendre les tâches à leur charge et de surmonter tous les problèmes et les difficultés.

Ils ont également le devoir d’informer en détail de leurs tâches et d’exprimer leurs impressions et leurs idées aux autres membres de la Direction par des rapports, des lettres, etc. Le fait de pouvoir prendre des initiatives et former des noyaux capables et compétents dans tous les domaines du travail dépend, dans une grande mesure, du degré de démocratie et de vie organique dans le Parti.

j) Le Comité central est également chargé de convoquer et d’organiser le Congrès du Parti.

Préalablement à la célébration du Congrès, la Direction élabore les rapports à débattre, nomme les rapporteurs et établit l’ordre des séances. Une fois lu le rapport d’activité du Comité central et le bureau du Congrès constitué, les membres de la Direction sont obligés de démissionner et de cesser de leurs fonctions et attributions.

Renforcer et développer le Parti

Nécessité de l’organisation et du travail clandestin

1) La bourgeoisie base son pouvoir sur la violence organisée de l’État. L’État capitaliste, comme F. Engels le disait, n’est qu’une bande d’hommes armés, où le travail pour maintenir les masses travailleuses soumises est reparti entre l’armée, la police, la justice, la presse, etc. Logiquement, la bourgeoisie monopoliste a intérêt à masquer sa dictature par des formes politiques de domination plus douces, mais la crise économique et sociale et le développement de la lutte de classes jettent parfois à terre ces plans.

C’est pourquoi, selon les circonstances, ils sont obligés de recourir parfois à la dictature ouverte, terroriste, et parfois ils tentent de la cacher par la combinaison du terrorisme d’État avec une falsification de parlementarisme. En toute circonstance, la grande bourgeoisie poursuit, d’une manière particulière, l’organisation révolutionnaire de la classe ouvrière et tente de l’anéantir pour tous les moyens: de l’achat de quelques chefs corrompus à l’assassinat politique, tout est valable pour préserver ses privilèges.

Un autre moyen qu’elle utilise est la désinformation et la calomnie. De cette manière, ils veulent cacher les objectifs démocratico-révolutionnaires qui guident notre lutte et ôter de l’influence à l’Organisation, pour l’isoler des masses et rendre plus facile la répression.

Nous savons bien sûr que la contradiction qui affronte le prolétariat et la bourgeoisie peut seulement être résolue par la guerre civile. L’histoire nous enseigne que les classes décadentes tirent jusqu’à leur dernière cartouche avant de disparaître.

Donc, la lutte sera longue et acharnée. La bourgeoisie monopoliste redoublera de brutalité pour maintenir son pouvoir et tentera de détruire la force politique qui oppose à elle directement et radicalement. Personne ne pourra l’éviter. Pour cette même raison, le Parti doit accepter consciemment les lourds sacrifices que nous impose la lutte et ne jamais se dévier de ses objectifs révolutionnaires.

2) C’est pourquoi nous sommes partisans du travail clandestin et de l’adoption de normes diverses qui assurent sa continuité. Les mesures de sécurité et les pertes que l’ennemi nous inflige n’empêcheront pas la poursuite du travail révolutionnaire.

Nous préservons nos forces, précisément, pour augmenter l’efficacité du travail politique, pour être là où les masses ont le plus besoin de nous. Quant aux chutes et arrestations, nous ne pouvons pas les éviter dans tous les cas.

Il n’y a pas de lutte sans victimes, écrivit Lénine, et nous répondrons avec sérénité à la férocité de la police politique: quelques révolutionnaires sont tombés, vive la révolution !. Voici notre position.

Nous devons refuser toute expression de faiblesse idéologique face à la répression de l’État. Certes, sous-estimer les risques que courent l’Organisation et chacun de ses membres dans l’activité révolutionnaire conduit à l’aventurisme; mais surestimer ces dangers peut conduire au marais du révisionnisme et à la capitulation.

Les forces répressives peuvent faire obstacle au travail du Parti, peuvent freiner la révolution, la retarder, mais elles sont incapables de l’empêcher. Notre mission consiste à activer la victoire, en l’organisant, ce qui exige, entre autres choses, savoir échapper aux enquêtes policières; cela présuppose la clandestinité du Parti et son renforcement continu. Pour cela, nous devons aussi renforcer les liens avec les masses.

Un parti clandestin n’est pas un parti détaché des masses; au contraire, le travail clandestin du Parti repose sur la relation étroite avec la classe ouvrière et les autres secteurs exploités et opprimés de la population.

Dans les conditions actuelles, où les formes légales de lutte ont cessé d’être déterminantes pour le développement du mouvement révolutionnaire, le principe léniniste de profiter de la légalité et de la semi-légalité pour favoriser le renforcement de l’appareil clandestin du Parti et pousser en avant tout le mouvement de résistance populaire continue à être valable.

3) L’organisation clandestine et le travail communiste exigent la centralisation la plus rigoureuse de la Direction et une stricte division et spécialisation du travail. La division et la spécialisation du travail sont le complément nécessaire de la centralisation.

La liquidation des méthodes artisanales du travail dans l’organisation révolutionnaire suppose, précisément, la création d’une organisation fortement centralisée en ce qui concerne la direction du mouvement et qui soit composée de types les plus divers d’organisations de parti séparées entre elles et spécialisées dans la réalisation de multiples tâches.

La séparation entre les militants des différentes organisations et les instances du Parti établit le coupe-feu nécessaire face au travail d’investigation policière. La répression s’arrête là où les connexions finissent.

C’est pourquoi le cloisonnement nous permet de sauvegarder l’ensemble du Parti quand une partie est infectée. On en déduit que la séparation ne peut être absolue, puisqu’aussi nous ne pourrions pas mener à bien l’activité la plus simple. Notre fonctionnement et le centralisme du parti permettent au Comité central, à la façon des verres communicants, d’établir les limites des relations.

En plus du cloisonnement, il faut établir une séparation organique entre l’organisation clandestine et les organisations les plus ouvertes et liées aux masses. Il n’est pas facile d’établir dans tous les cas une délimitation claire et précise entre l’un et l’autre type d’organisation et de travail, mais il faut le faire si nous voulons éviter les empêchements et les confusions qui se produisent à cause de cela.

À cette fin, nous devons nous guider sur le critère de la subordination de l’organisation et du travail légal aux besoins de l’organisation et de la lutte clandestine, car seulement de cette façon, et si l’organisation clandestine réalise un bon travail d’orientation, pourrons être résolus les problèmes et les situations difficiles qui peuvent se présenter.

Nous devons tenir compte que plus rigoureux se montre le Parti dans l’application des méthodes de travail clandestin, plus de garanties trouveront les militants se consacrant au travail pratique, plus large, ouvert et éclectique il pourra être et d’autant plus de difficultés aura la police politique pour pénétrer et détruire l’organisation.

Promouvoir les camarades ouvriers

1) La formation d’un noyau dirigeant, relativement stable et avec une bonne cohésion dans le domaine politique et idéologique, constitue un des principaux problèmes que doit affronter continuellement le Parti. Ce problème peut seulement être résolu au cours de la lutte.

En plus, les chutes et les arrestations obligent à le renouveler fréquemment; c’est pourquoi il faut maintenir une politique de promotion des activistes et d’autres militants qualifiés du Parti. Lénine a écrit: Dans l’histoire, aucune classe n’atteignit le pouvoir sans promouvoir ses chefs politiques, ses représentants avancés, capables d’organiser le mouvement et de le diriger (2).

Sous ce point, notre intérêt doit être de promouvoir le plus grand nombre possible de dirigeants ouvriers et ouvrières. Le Parti doit avoir plusieurs dirigeants confirmés, des hommes et des femmes dotés d’un grand esprit révolutionnaire, dévoués totalement à la cause, qui savent bien faire leur travail et qui ont une autorité morale suffisante pour ne pas avoir à s’en prévaloir à tout instant.

2) Le Parti, comme noyau dirigeant et détachement d’avant-garde de la classe ouvrière, doit grossir ses rangs avec les éléments les plus avancés, les mieux et les plus combatifs de sa classe.

Ce sont ceux qui sont les plus liés aux masses, qui possèdent la plus profonde compréhension des vrais intérêts de classe et qui apportent leurs expériences de la lutte et leur esprit combatif. Le Parti devra être composé, dans sa majorité, par ces combattants.

Par ailleurs, la nécessité de la formation politique et l’inégalité de conditions où se trouvent la plupart des ouvriers par rapport aux autres militants pour les atteindre (ce qui les empêche, par exemple, de dédier plus de temps à l’étude), doivent nous amener à donner priorité à leur préparation pour qu’ils occupent des postes de responsabilité. Il est évident que cela ne suppose aucun privilège.

Généralement, les ouvriers possèdent un bon sens pratique et d’autres bonnes qualités, comme l’habitude de la discipline dans le travail. Mais il faut dire aussi qu’ils traînent quelques préjugés que leur ont inculqués tant la position sociale que l’idéologie bourgeoise dominante.

Cela se manifeste, principalement, par la tendance à laisser aux mains des autres certains travaux de type intellectuel qu’eux aussi pourraient réaliser avec un peu d’effort. On ne prétend pas que tout le monde sache tout faire, comme le prêchent ceux qui rendent un culte aux méthodes artisanales de travail.

Il s’agit d’éviter une division du travail qui dans le Parti reproduise celle qui existe déjà dans la société, laquelle condamne les ouvriers à réaliser les travaux manuels ou d’ordre pratique, en les maintenant éloignés des zones où se planifient et se prennent les décisions, etc. Si une telle division s’imposait entre nous, nous finirions pour constituer une élite dirigeante séparée des masses et très encline à accepter les tentations du pouvoir.

En bref, cela mènerait le Parti à la dégénérescence révisionniste. Dans ce sens, les camarades intellectuels doivent faciliter les choses aux ouvriers en leur apportant leurs connaissances théoriques en même temps que, par leur part, ils apprennent aussi des expériences de lutte des ouvriers, s’imprègnent de leur instinct de classe et adoptent leurs habitudes disciplinées de travail, en cherchant à ne pas tomber dans la facile tentation de la tutelle.

3) En ce qui concerne les femmes, on peut dire quelque chose de semblable; l’activité révolutionnaire leur offrit la possibilité réelle de se mettre sur pied d’égalité avec l’homme sur tous les plans.

Tant dans le Parti que dans d’autres organisations, les femmes donnent des preuves surabondantes de leur capacité à surmonter tout type d’obstacles, en luttant pour un traitement d’égalité. Dans le Parti, les camarades femmes sont à même de prendre toutes les responsabilités qu’elles désirent ou que leur capacité leur permet de prendre.

La lutte contre la bourgeoisie nous rapproche tous, mais nous ne devons pas oublier que nous vivons dans une société où la femme est spécialement objet d’oppression et de discrimination et ù l’idéologie, les habitudes et les préjugés bourgeois sont très étendus et enracinés, ce qui inévitablement a son reflet dans le Parti; c’est pourquoi nous devons les combattre sous toutes les formes où ils se manifestent dans nos rangs.

Pratiquer la critique et l’autocritique

1) La lutte de classes, qui a lieu dans la société entre la bourgeoisie et le prolétariat, se manifeste aussi au sein du Parti entre les positions réellement révolutionnaires du prolétariat et le réformisme petit-bourgeois, entre les idées correctes et les erronées, entre le vieux et le nouveau, etc.

Ces contradictions dans le sein du Parti se résolvent par la méthode de la critique et de l’autocritique, c’est-à-dire, par la lutte idéologique. Si dans le Parti il n’y avait pas de contradictions ni de luttes idéologiques à résoudre, la vie du Parti arriverait à sa fin (3).

La lutte idéologique nous aide à maintenir vif le combat pour les objectifs du prolétariat, impulse la démocratie et la participation active de tous les militants et rend plus étroite l’unité de nos rangs, en même temps qu’elle permet de combattre le relâchement, le libéralisme et la tendance à passer sous silence les erreurs.

La lutte idéologique épure le Parti d’idées erronées et d’éléments étrangers à son idéologie. L’unité sur la base de la complaisance avec les éléments nocifs est une unité fausse qui corrode les assises du Parti et les expose au réformisme et à la décomposition. La lutte idéologique part de l’unité pour l’élever à un échelon qualitativement supérieur et pour renforcer le Parti.

2) Les éléments opportunistes de droit et de gauche ont peu enclin à la lutte idéologique dans le Parti et tentent de la supprimer avec mille excuses. Ils mettent tout l’accent sur la centralisation et la discipline, mais ne mentionnent pas la démocratie et la liberté. Parfois, ils parlent de la lutte idéologique, mais oublient l’unité qui doit la présider.

C’est pourquoi ils entravent ou empêchent la discussion et refusent, comme contraires à l’esprit du Parti, la critique et l’autocritique. De tout cela résulte un appauvrissement idéologique et politique du Parti et une stagnation dans tous les domaines de son activité.

Si cette conception étroite (limitée, unilatérale) et sa méthode bureaucratique s’imposaient longtemps, cela serait vraiment nuisible pour le Parti et la cause révolutionnaire, qui seraient désarmés devant leurs ennemis, la confusion se rependrait et le fractionnisme se développerait.

3) Pour que rien de cela n’arrive, nous devons admettre et encourager le développement de la lutte idéologique et adopter une méthode adéquate pour résoudre convenablement les contradictions qui surgissent dans le Parti. Cette méthode est celle de la critique et de l’autocritique et se résume dans la formule: unité-lutte-unité.

C’est-à-dire, partir de l’unité et pratiquer la critique et l’autocritique pour atteindre ensuite une nouvelle unité. Cette procédure dérive du fait que les contradictions dans le Parti n’ont pas un caractère antagonique et par conséquent il faut les énoncer et les résoudre comme des contradictions au sein du peuple, non comme des contradictions entre nous et l’ennemi. En agissant de cette façon, avec ceux qui ont commis des erreurs, nous aspirons à les convaincre pour qu’ils se corrigent et s’unissent au Parti.

Ainsi, nous traitons la maladie pour sauver le patient. De cette façon, le Parti se renforce et s’épure d’éléments étrangers comme, en général, de tous ceux qui ne respectent pas la discipline, se relâchent, pratiquent le libéralisme ou se laissent confondre par le faux humanisme et le philistinisme de la bourgeoisie.

Améliorer les méthodes et le style de travail

1) Les militants du Parti doivent adopter une bonne méthode et un bon style de travail. Le marxisme considère que le plus important ne consiste pas à connaître les lois du monde objectif pour le comprendre, mais à appliquer la connaissance de ces lois pour pouvoir transformer activement le monde. Il souligne, donc, la primauté de la pratique sur la théorie.

Cela veut dire qu’au moment d’aborder un problème nous devons toujours partir des faits objectifs et non d’idées préconçues ou de définitions abstraites. Cela doit être notre approche: partir de la réalité, faire l’analyse concrète des conditions concrètes pour formuler nos théories, nos orientations, nos plans, nos consignes, etc.

Après avoir fait cette partie du travail, il faut amener la théorie à la pratique pour en extraire de nouvelles connaissances et expériences. Voici notre méthode de travail: lier la théorie à la pratique révolutionnaire. Ne pas nous limiter à répéter comme des perroquets les idées extraites des livres et apprises par cœur, ni rester jamais embourbées dans l’application des idées et des plans formulés précédemment. Il faut continuer à avancer dans le processus de connaissance et dans la transformation de la réalité.

2) Enfin, il y a le style de travail. Qu’entend-on par style de travail? Bien sûr, il ne s’agit pas de faire la pose à chaque pas, de prendre de grands airs ou de présumer de mérites réels ou inventés. Il s’agit précisément de se conduire d’une manière tout à fait différente: d’être modestes et prudents, de chercher à être élèves en même temps que maîtres, de mettre toujours les intérêts des masses au-dessus de quelque autre intérêt personnel ou de groupe; d’être toujours prêts à réaliser les sacrifices les plus grands au nom de la révolution.

Le style de vie simple et le dévouement à la cause découlent de notre conception de la vie, de la conviction profonde que ce sont les peuples, les masses populaires, les vrais protagonistes de l’histoire; les travailleurs sont les vrais héros, tandis que nous, parfois, nous sommes puérils et ridicules.

Pour conclure, cet esprit révolutionnaire qui doit tous nous animer, ne servirait à rien s’il ne se traduisait pas en conduites pratiques efficaces qui nous permettent de résoudre les problèmes, ou si nous ne cherchons pas les formes et les moyens pour y arriver.

Cela nous conduirait à l’impuissance ou au domaine de la charlatanerie. C’est pourquoi nous devons nous forcer à l’étude, à améliorer continuellement notre travail, à faire des progrès tous les jours, à nous libérer des préjugés et de tout ce qui suppose de rendre un culte au passéisme.

Notes:

(1) Mao Zedong: Sur les négociations de Cungching
(2) Lénine: Le ‘gauchisme’, maladie infantile du communisme
(3) Mao Zedong: De la contradiction.

=>Retour au dossier PCE (ml) et FRAP, PCE (r) et GRAPO

Manifeste – Programme du PCE(r)

Parti Communiste d’Espagne (reconstitué)

décembre 1998

Introduction

  1. Les lois et les forces motrices du développement social
    1.1. La contradiction entre les forces productives et les relations de production
    1.2. Le processus de production capitaliste
    1.3. Les classes et la lutte de classes
    1.4. L’impérialisme, dernière étape du développement du capitalisme
  2. Particularités du capitalisme et de la lutte de classes en Espagne
    2.1. L’établissement des relations capitalistes de production
    2.2. Le soulèvement fasciste et la révolution populaire
    2.3. Un développement lié au terrorisme d’État
    2.4. La trahison carrilliste (du groupe de Carrillo)
  3. Le nouveau contexte de la lutte de classes
    3.1. La reconstruction du Parti
    3.2. La réforme politique du régime
    3.3. Conséquences économiques et sociales de la crise
    3.4. La nouvelle voie de l’impérialisme espagnol
  4. Programme
  5. Ligne Politique
    5.1. Le principal objectif de l’action politique du Parti
    5.2. Renforcer l’organisation indépendante de la classe ouvrière
    5.3. Organiser le mouvement de résistance populaire
    5.4. La lutte de résistance
    5.5. Assurer l’orientation politique du mouvement guérillero
    5.6. La lutte contre l’oppression nationale
    5.7. La lutte contre l’impérialisme et le péril de guerre
    5.8. Mener à bien la révolution dans notre pays et contribuer à son triomphe dans le monde entier
  6. Programme général du Parti pour la transition au communisme
    6.1. Nécessité historique de la dictature du prolétariat
    6.2. La politique économique dans la période de transition
    6.3. Transformation et développement intégral de l’homme

Pour être effectif, le programme ne doit pas être seulement un instrument de cohésion idéologique de la partie la plus consciente du prolétariat, mais il doit aussi constituer une synthèse scientifique et cohérente de la voie à suivre pour atteindre les objectifs révolutionnaires dans chaque phase historique déterminée.

Introduction

Sans théorie révolutionnaire, il ne peut y avoir de mouvement révolutionnaire. Ces mots de Lénine soulignent la nécessité du programme du Parti comme instrument indispensable, sans lequel il n’est pas possible d’organiser le prolétariat ni l’orienter pour qu’il mène consciemment à bien sa révolution.

Pour être efficace, le programme doit non seulement être un instrument de cohésion idéologique de la partie la plus consciente du prolétariat; mais il doit être aussi une synthèse scientifique et cohérente de la voie à suivre pour atteindre les objectifs révolutionnaires de chaque phase historique déterminée.

La théorie marxiste ne se limite pas à expliquer la réalité sociale; elle vise, surtout, à la transformer. D’où le rôle actif et parfois décisif que la théorie joue. Les conditions historiques objectives (économiques, sociales, politiques, etc.) ne suffisent pas, seules, au triomphe de la révolution. Pour que la victoire révolutionnaire se produise, il faut, en plus, l’intervention des forces révolutionnaires, du facteur subjectif.

Entre les facteurs objectifs et subjectifs d’une situation, il existe une relation constante: quand le subjectif s’accorde avec le monde objectif, la révolution avance; quand le subjectif ne s’accorde pas avec le monde objectif ou s’il se trouve en contradiction ouverte avec lui, alors la révolution stagne, et pire, recule. Cela fait apparaître une fois de plus l’importance du facteur subjectif, et principalement de la ligne marxiste-léniniste juste pour le triomphe de la révolution.

Aujourd’hui, au moment où le mouvement ouvrier et communiste traverse une des plus graves crises de son histoire, la nécessité du programme apparaît plus pressante que jamais. La contre-révolution dans l’ex-Union Soviétique et les autres ex-pays socialistes, a clairement mis en évidence la trahison révisionniste et l’échec total de ses théories et pratiques. Ces deux facteurs auront une influence favorable sur le processus de réorganisation du mouvement communiste.

Cependant, la réaction bourgeoise, dans sa campagne anticommuniste renouvelée, pressente la faillite du révisionnisme, c’est-à-dire, le complet échec de son idéologie et de sa politique pour la classe ouvrière, comme la déroute du communisme. Pour la classe exploiteuse il s’agit, avant tout, de discréditer le marxisme-léninisme, en niant sa valeur et sa capacité de transformation; mais aussi, de continuer à cacher le travail de ses agents, semant la confusion et la désorganisation parmi les ouvriers. Pour tout cela, la création de l’organisation, et l’élaboration du programme doivent être, maintenant, les principales préoccupations de tout vrai communiste, des ouvriers ayant une conscience de classe.

En abordant cet important travail, il faut tenir compte que le programme ne se limite pas seulement à critiquer les idées et le monde caduc de la bourgeoisie; son principal objectif est de servir au mouvement ouvrier, en l’orientant dans ses combats quotidiens, et en permettant au Parti d’aller à sa rencontre.

C’est pourquoi on peut affirmer que le communisme est l’union du socialisme avec le mouvement ouvrier; que son travail est d’introduire dans le mouvement spontané des ouvriers les idées communistes, de lier ce mouvement à la lutte politique de résistance organisée qui devra conduire au socialisme; en d’autres termes, il s’agit de fondre dans un tout unique le mouvement des grandes masses ouvrières et populaires avec l’activité du parti révolutionnaire.

1. Les lois et les forces motrices du développement social

1.1. La contradiction entre les forces productives et les relations de production

Seuls les peuples font l’histoire. Mais qu’est-ce qui détermine leurs motifs ? Quelles sont les conditions objectives de production qui créent les bases de toute activité humaine et quelle est la loi de développement qui régit ces conditions ?

Le matérialisme historique montre qu’il s’agit d’un processus historique naturel, régulier, objectif; il souligne en même temps les facteurs subjectifs de l’histoire de l’homme, la conscience et l’expérience de ses luttes, l’organisation, la volonté et la décision révolutionnaires; c’est-à-dire, tout ce qui joue un rôle important sur le cours et le dénouement des événements dans la société.

Le matérialisme historique et l’économie marxiste étudient la contradiction fondamentale qui s’établit entre les forces productives (les moyens de production et les personnes qui les utilisent) et les relations de production (le moyen d’intégrer les hommes à la production, l’appropriation et l’échange des produits). Ceux-ci sont la base économique de la société, d’où émane une superstructure politique, juridique et idéologique particulières.

Marx a découvert la contradiction qui s’établit entre les forces productives et les relations de production dans le processus de production de la vie matérielle et il a montré la manière dont, arrivé à un stade de leur développement, leur heurt fait exploser la superstructure qu’elles ont engendrée, ce qui généralement s’exprime par des crises et par des révolutions. Ainsi ont évolué les différentes sociétés et modes de production qui se sont succédé au cours de l’histoire.

C’est en appliquant cette approche à la société bourgeoise que sont nés la théorie économique et le socialisme scientifique de Marx et Engels. L’étude approfondie et la critique de l’économie classique bourgeoise ont permis à Marx de découvrir la loi de la plus-value, qui est à la base de l’existence du capitalisme. Marx révéla la relation sociale d’exploitation qui se trouve cachée dans le capital et il démontra son caractère transitoire.

Marx et Engels ont incorporé à cette analyse les expériences les plus importantes de la lutte du prolétariat contre la bourgeoisie; ils ont purgé la conception du communisme des idées utopiques et petites-bourgeoises et ils ont formulé la théorie de la lutte de classes et de la dictature du prolétariat, établissant ainsi les bases scientifiques de la stratégie révolutionnaire de la classe ouvrière.

1.2. Le processus de production capitaliste

La circulation des marchandises est le point de départ de la transformation de l’argent en capital, lequel apparaît seulement quand la production mercantile atteint un certain développement. Le capitaliste fait un investissement seulement pour accroître son capital initial. Cet accroissement est appelé plus-value. Pour obtenir de la plus-value, le capitaliste doit trouver une marchandise dont l’utilité est celle de créer une valeur. Cette marchandise existe: c’est la force de travail de l’ouvrier.

La force de travail est l’ensemble des facultés physiques et psychiques qu’une personne met en action quand elle produit des biens de consommation ou des produits de n’importe quel type. Dans le capitalisme, la force de travail prend pour l’ouvrier lui-même la forme d’une marchandise qui lui appartient, et son travail acquiert la forme de force de travail salariée.

La valeur de la force de travail, et même la valeur de toute marchandise, est déterminée par le temps de travail socialement nécessaire pour sa production. Par conséquent, la valeur de la force de travail est la valeur des moyens de vie nécessaires pour entretenir l’individu travailleur (à son état normal de vie et travail) et pour entretenir sa famille; c’est-à-dire, pour assurer la reproduction de la marchandise force de travail.

Quand l’ouvrier vend sa force de travail pour un temps déterminé, le capitaliste en est maître et il l’utilise sur le lieu du travail. Cette consommation de la valeur d’usage de la force de travail dans la production de marchandises est, en même temps, un processus de création de valeur; c’est un processus de mise en valeur ou d’extraction de plus-value.

Dans la mesure où le capitaliste allonge la journée de travail au-delà du temps dont l’ouvrier a besoin pour reproduire dans la marchandise finale une valeur équivalant à ce qu’il a reçu, il en tire un travail qu’il ne paie pas; il en extrait une plus-value, il exploite donc l’ouvrier et il valorise son capital. C’est cela qu’on connaît comme le processus de production capitaliste.

Ce processus d’exploitation est la base sur laquelle est construit tout l’édifice de la société bourgeoise et est à l’origine de la lutte de classes irréconciliable que se livrent les prolétaires, dépossédés de tout sauf de leur force de travail, et les capitalistes, maîtres des moyens de production et de vie.

Sous le capitalisme, le prolétaire est juridiquement libre, car il n’est lié ni à la terre ni à aucune entreprise particulière; il est libre dans le sens où il peut aller travailler dans l’usine d’un ou de l’autre capitaliste, mais il n’est pas libre par rapport à la classe bourgeoise dans son ensemble. Privé de moyens de production, il est forcé de vendre sa force de travail et de supporter de ce fait le joug de l’exploitation.

Avec la grande industrie mécanisée, il se produit une accélération du processus de socialisation du travail par le capital. L’interdépendance des différentes branches de la production et des divers marchés nationaux s’accentue. Le travail salarié devient le fondement de la production. Sous le capitalisme, l’armée de chômeurs devient permanente, et le progrès technique, au lieu de libérer l’homme de la partie la plus pénible du travail, se transforme en un monstre qui augmente l’exploitation et suce son sang.

Historiquement, les relations capitalistes de production furent un stimulant au développement économique. La recherche du bénéfice maximum et la soif de profit poussèrent la bourgeoisie à augmenter la production, à perfectionner les machines et à améliorer la technique dans l’industrie et l’agriculture.

Cependant, ces relations n’ont pas seulement permis d’atteindre un niveau de développement inconnu dans les sociétés antérieures, mais elles ont aussi permis de créer des forces productives si colossales qu’elles échappent au contrôle des capitalistes, en entraînant le système tout entier au bord de la tombe.

C’est pour cela qu’éclatent des crises périodiques de surproduction qui durent de longues années et qui touchent des pays et des continents entiers, en faisant d’énormes ravages. Ces catastrophes augmentent et deviennent de plus en plus intenses à mesure que le système capitaliste de production progresse.

La cause de la crise réside dans les relations de production, qui ont cessé de correspondre au développement atteint par les forces productives et qui se sont transformées en un frein pour leur développement. Ainsi se manifeste la contradiction la plus profonde du mode de production capitaliste: la contradiction entre le caractère social de la production et la forme privée d’appropriation capitaliste. Cette contradiction provoque la crise et le chômage, engendre la lutte de classes entre la bourgeoisie et le prolétariat, et constitue la base économique de la révolution socialiste.

1.3. Les classes et la lutte de classes

Les classes n’ont pas toujours existé et n’existeront pas éternellement. Dans la société primitive, il n’y avait pas de classes. L’apparition des classes est liée à une phase historique déterminée du développement de la production. La division du travail au sein de la société primitive a été à l’origine des classes.

Cette division présuppose la séparation des producteurs occupés à de différents types de production et l’échange entre eux des fruits du travail. Avec la division sociale du travail et avec l’échange, se développe la propriété privée des moyens de production qui substitue à la propriété communale. Le résultat de tout cela est l’apparition des classes dans la société.

Les classes sont liées entre elles par des relations économiques déterminées qui permettent que les unes s’approprient le travail des autres. L’ensemble de ces relations forme la structure de classes de la société et constitue la base matérielle, économique, de la lutte de classes.

Personne ne peut rester en marge de l’une ou de l’autre classe, ni ne peut éviter de prendre position aussitôt qu’elle aurait compris la relation mutuelle qui existe entre elles. L’intérêt de classe n’est pas déterminé par la conscience de classe, mais par la situation et le rôle que cette classe joue dans le mode de production. Cette contradiction entre les classes est ce qui transforme leur lutte en force motrice du développement des sociétés divisées en classes antagoniques.

La lutte de classes fait surgir l’État comme l’instrument que les classes dominantes emploient pour maintenir l’exploitation des classes opprimées. Lénine a démontré que l’État surgit à l’endroit, au moment et dans la mesure où les contradictions de classe ne peuvent objectivement se concilier (1). L’État devient l’instrument du pouvoir de la classe économiquement la plus puissante, et grâce auquel acquiert de nouveaux moyens pour soumettre et exploiter la classe opprimée.

Les relations entre les classes et leurs luttes ne se limitent pas au cadre de la vie économique. La division en classes imprègne toute la vie de la société de classes, de haut en bas, et affecte tout le système des relations sociales, en se manifestant même sur le terrain de la superstructure, la politique, l’idéologie et toute la vie spirituelle.

Dans la relation de force elle-même qu’établissent les maîtres des moyens de production pour soumettre à l’exploitation ceux qui en sont privés, se trouve la clef de la structure du pouvoir politique. C’est pourquoi la lutte contre l’exploitation revêt un caractère fondamentalement politique, c’est la lutte pour le pouvoir politique.

À l’époque du capitalisme universel, toute la société va se diviser de plus en plus en deux grandes classes ennemies qui s’opposent entre eux: la bourgeoisie et le prolétariat. Au début, cette lutte adopte la forme de lutte économique, c’est-à-dire, elle n’est pas encore une lutte de toute la classe ouvrière contre la classe bourgeoise, mais d’une fraction ou groupe d’ouvriers contre un seul capitaliste dans une quelconque usine. Par conséquent, cette forme de lutte ne touche pas les bases du système d’exploitation.

Son but n’est pas de supprimer l’exploitation, mais de l’atténuer, d’améliorer la situation matérielle et les conditions de travail. Cette première forme de lutte joue un rôle important dans l’organisation et l’éducation politique du prolétariat, mais en même temps met en évidence son caractère limité.

Plus tard, seulement quand les représentants de l’avant-garde de la classe ouvrière prendront conscience de cette limitation et uniront leurs forces pour entreprendre la lutte non contre un patron isolé, mais contre toute la classe capitaliste et contre le gouvernement qui lui appuie, leur lutte va se faire de plus en plus résolue et organisée, jusqu’à prendre un caractère supérieur, la forme de lutte politique révolutionnaire.

De toutes les classes qui s’opposent à la bourgeoisie, le prolétariat est l’unique classe vraiment révolutionnaire. Les autres vont dégénérer et disparaître avec le développement de la grande industrie; le prolétariat, en revanche, est son produit le plus particulier. Les couches moyennes -le petit industriel, le petit commerçant, l’artisan et le paysan- luttent toutes contre la bourgeoisie pour sauver de la ruine leur existence comme couches moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices (2).

Le prolétariat est la classe la plus révolutionnaire parce qu’elle est porteuse d’un mode de production nouveau, supérieur, le mode de production communiste, tout en étant, parmi tous les secteurs populaires, la plus consciente et organisée. Le prolétariat peut seulement s’émanciper en abolissant la propriété privée des moyens de production, mettant fin ainsi à toutes les formes d’exploitation de l’homme par l’homme.

L’émergence des classes a été le résultat du développement spontané de la société et est lié à l’apparition de la division du travail et de la propriété privée; au contraire, la disparition des classes peut seulement résulter de la lutte consciente du prolétariat, qui conduit à l’établissement de sa domination politique et au socialisme, étape de transition nécessaire à l’abolition des différences de classe.

1.4. L’impérialisme, dernière étape du développement du capitalisme

Au début du XIXe siècle, le capitalisme a atteint la dernière étape de son développement, l’étape monopoliste, et s’est transformé en impérialisme. L’impérialisme résulte de l’énorme développement de la production, ainsi que de la grande accumulation et concentration du capital, qui donne lieu à l’apparition des monopoles.

Les autres traits caractéristiques de l’impérialisme sont: la prédominance du capital financier, résultat de la fusion du capital bancaire et du capital industriel; l’exportation de capitaux; la formation d’unions ou consortiums internationaux qui se partagent le marché mondial; la distribution territoriale du monde entre les grandes puissances capitalistes et le début de la lutte entre elles pour sa redistribution.

La gestion des monopoles capitalistes consolide la domination de l’oligarchie financière sur l’immense majorité de la population et accentue les traits parasitaires, policiers et militaristes du régime bourgeois.

Aux dernières décennies, les monopoles ont uni leur force au pouvoir de l’État bourgeois. On a surgi ainsi le capitalisme monopoliste d’État. L’État monopoliste assure les conditions matérielles de la production, sauvegarde le système légal qui contrôle les relations de production et d’échange et, en particulier, les conflits entre travailleurs et capitalistes.

Comme instrument de la classe au pouvoir, l’État recourt à l’oppression politique ouverte contre les travailleurs et utilise pour cela, si nécessaire, les moyens terroristes et militaires. L’État monopoliste assure ainsi l’expansion extérieure du capital national et les intérêts des investisseurs étrangers sur son territoire. De cette façon, dans les pays impérialistes, l’État apparaît comme un des instruments les plus importants mis en place pour accroître les bénéfices capitalistes.

Les impérialistes augmentent l’exploitation des ouvriers de leur pays et celle des peuples des colonies et des pays dépendants. C’est ainsi qu’éclatent les guerres coloniales et la lutte entre les États impérialistes eux-mêmes pour le partage du butin. Le monde a déjà été partagé, mais le développement inégal des différents pays impérialistes rend nécessaire un nouveau partage en rapport avec la force économique de chacun.

L’exportation des capitaux vers les pays capitalistes développés et l’entrecroisement des relations financières internationales sont actuellement les traits les plus importants de l’impérialisme. Cet entrecroisement sert de base à la formation d’associations internationales monopolistes qui se partagent le monde. Une contradiction est ainsi née entre les grands monopoles, universels par l’envergure de leurs opérations et les États nationaux.

Le colonialisme collectif s’est étendu. L’impérialisme soutient des guerres agressives contre des peuples entiers, tente d’imposer par la force le partage territorial et des régimes ou formes de gouvernement à son goût, avec la particularité que, fréquemment, participent à ces guerres d’agression plusieurs puissances impérialistes en même temps.

Néanmoins, la lutte permanente par un nouveau partage du marché capitaliste et des sphères d’influence selon la forceselon le capital continue. Les intérêts des impérialistes des différents pays et leurs rivalités sont plus forts que l’aspiration à appliquer une stratégie commune; c’est pour cela que l’humanité se trouve face au dilemme de passer au socialisme ou souffrir pendant des années, même des décennies, l’affrontement armé entre les grandes puissances pour la conservation artificielle du capitalisme grâce aux colonies, aux monopoles, aux privilèges et à l’oppression de toute nature.

Avec la domination des monopoles dans la production, celle-ci atteint un degré maximum de socialisation. Cependant, l’appropriation continue à être privée, puisque les moyens de production sont entre mains d’un réduit nombre de personnes.

À cette étape, la contradiction fondamentale du système -celle qui oppose les forces productives à l’appropriation individuelle- devient beaucoup plus ouverte et aiguë et rend urgente la nécessité de détruire le système basé sur la propriété privée des moyens de production.

Lénine a souligné que le capitalisme monopoliste d’État est la préparation matérielle la plus complète pour le socialisme et il a insisté plusieurs fois sur le fait que la préparation des prémisses matérielles du socialisme n’équivaut pas à la transition au socialisme, que la révolution socialiste est une ligne de partage obligatoire entre le capitalisme monopoliste et le socialisme: La proximité d’un tel capitalisme -disait Lénine- doive constituer, pour les vrais représentants du prolétariat, un argument en faveur de la proximité, de la facilité, de la viabilité et de l’urgence de la révolution socialiste, mais non, en aucune façon, un argument pour maintenir une attitude de tolérance envers ceux qui nient cette révolution et devant ceux qui embellissent le capitalisme, comme le font les réformistes (3).

À l’étape impérialiste, toutes les contradictions du système s’aiguisent à l’extrême. La crise chronique, l’accroissement du chômage, de la misère et de toutes les plaies de la société, la fascisation des formes du pouvoir de la bourgeoisie, etc., déclenchent la lutte révolutionnaire du prolétariat pour la prise du pouvoir politique.

En même temps, les contradictions qui opposent les différents États et groupes monopolistes pour le partage des marchés, des sources de matières premières et des zones d’influence deviennent plus aiguës. Cette rivalité a provoqué le 1914 la première Guerre impérialiste mondiale. La guerre a conduit à la première grande révolution socialiste de l’histoire, qui a eu lieu en Russie, l’octobre 1917.

Avec elle, commence l’étape de transition d’un type de société à une autre au plan mondial. Après la révolution soviétique et la défaite du nazi-fascisme pendant la II Guerre mondiale, se sont déclenchées toute une série de révolutions démocratiques populaires, anti-impérialistes et antiféodales dirigées par le prolétariat et assises sur l’alliance des ouvriers et des paysans.

Récemment, à la suite de l’apogée de la contre-révolution à la plupart des pays du camp socialiste, et après une courte période où il semblait que le nouvel ordre mondial capitaliste allait s’éterniser, la lutte contre l’impérialisme a pris un nouvel élan avec l’incorporation active d’une grande partie de la classe ouvrière de ces pays, libérée de la passivité où le révisionnisme l’avait menée.

De grandes masses prolétariennes s’ajoutent aujourd’hui à la lutte pour le rétablissement du socialisme, ce qui affaiblit plus encore le capitalisme et jette par terre la prétention de la bourgeoisie à présenter son système comme l’unique viable et impérissable.

Tout le passé confirme la signification historique de la révolution d’Octobre et la véracité et la justesse de la conception marxiste-léniniste et de sa théorie de la révolution conçue comme un long et complexe processus historique mondial où tant les avancées que les reculs font partie d’une tendance générale ascendante, si bien que finiront pour s’imposer les nouvelles relations sociales et la classe qu’elles représentent. En réalité, comme Lénine l’a souligné peut-il se trouver dans l’histoire un seul exemple d’un mode de production nouveau qui soit surgi d’un seul coup sans une longue série de revers, d’erreurs et de rechutes? (4)

2. Particularités du capitalisme et de la lutte de classes en Espagne

2.1. L’établissement des relations capitalistes de production

Le développement faible et tardif du capitalisme dans notre pays n’a pas permis à la bourgeoisie de mener à bien une rupture révolutionnaire avec l’ancien régime. L’alliance entre les secteurs bourgeois les plus influents et l’aristocratie propriétaire terrienne a imposé -déjà dès le XIXe siècle- une voie évolutive, de réforme progressive et d’adaptation des structures périmées héritées du passé aux transformations économiques, politiques et culturelles capitalistes.

Cette circonstance explique que, au commencement du XXe siècle, Espagne était déjà, malgré les survivances féodales, un pays extraordinairement moderne en ce qui concerne à la domination et le contrôle du capital financier sur les branches le plus importantes de l’activité économique.

L’expulsion des colonialistes espagnols de Cuba et des Philippines à la fin du XIXe siècle et le rapatriement de leurs capitaux vers la métropole, à côté des grandes affaires que – sous couvert de neutralité – la bourgeoisie de notre pays mena à bien pendant la I Guerre impérialiste mondial, ont entraîné une énorme concentration du capital. Cela explique qu’à la période de la Dictature de Primo de Rivera (1923-1929), se soit produite une accélération du développement économique, ainsi que du processus de fusion de la banque et l’industrie; cela donnera lieu à la formation du capitalisme financier et à l’apparition des premières formes du capitalisme monopoliste d’État. Cependant, la contradiction entre les exigences du développement capitaliste et les survivances féodales du régime politique et de la structure économique n’a pas disparu.

Au contraire, ces contradictions comme celles dérivées de la crise économique mondiale du capitalisme (1929) sont devenues plus aiguës, jusqu’à entraîner, en 1931, le renversement de la monarchie et la proclamation de la II République, dans laquelle le peuple avait confiance pour améliorer ses conditions de vie, résoudre le problème de la terre, en finir avec l’oppression nationale et d’autres problèmes qui l’accablaient.

Mais la bourgeoisie était déjà incapable de mener en avant toute seule ce programme démocratique. L’arrivée du capitalisme à la dernière phase de son développement (l’étape monopoliste et impérialiste) et le début de la révolution prolétarienne mondial rendaient déjà impossible la révolution bourgeoise de type ancien.

La bourgeoisie devait nécessairement compter sur la classe ouvrière qui, par ailleurs, était trop forte pour accepter sa direction. Cela sera l’histoire de la République jusqu’au 16 février 1936: refus de l’oligarchie financière et propriétaire terrienne à toute transformation démocratique, hésitations de la bourgeoisie démocratique à l’heure de se lancer dans les transformations révolutionnaires, échec de la social-démocratie dans son acharnement à contrôler et étouffer les luttes populaires et la prise progressive de la direction du processus révolutionnaire par le Parti Communiste.

De plus, un autre important problème était posé à la grande bourgeoisie: celui de surmonter le retard industriel et agraire de l’Espagne par rapport à d’autres pays. Cela seulement pouvait s’obtenir par l’accumulation intensive de capital, menée sur la base de la soumission et la surexploitation de la classe ouvrière et de la paysannerie.

Mais le triomphe du Front Populaire, aux élections du 16 février et les mesures qu’il commença à prendre devant la poussée révolutionnaire des masses, étaient devenues un obstacle infranchissable pour la réalisation des projets de l’oligarchie, puisque, entre autres choses, cela mit fin à ses espoirs d’obtenir de nouveau le pouvoir par la voie électorale. Par conséquent, il était indispensable d’en finir avec la République, d’écraser le mouvement révolutionnaire et d’implanter un régime fasciste. Tel sera l’objectif qui poursuivra la réaction avec le soulèvement militaire du 18 juillet.

2.2. Le soulèvement fasciste et la révolution populaire

La lutte contre le soulèvement fasciste entraîna une véritable révolution populaire. Les piliers de l’État s’écroulèrent dans la zone républicaine, le peuple prit le pouvoir entre ses mains. La vie politique, économique et sociale du pays connut des transformations profondes: les Comités Populaires se substituèrent aux autorités civiles; les forces répressives furent dissoutes et les Tribunaux Populaires furent formés. L’Armée Populaire se forma à partir des milices. Les Comités Populaires s’emparèrent des entreprises abandonnées par leurs maîtres, des chemins de fer et des banques; la terre fut répartie entre les ouvriers agricoles et les paysans pauvres, etc.

Dès le début, le Parti comprit qu’il n’était pas possible à ce moment-là se fixer, comme une tâche immédiate, la révolution socialiste. Le retard économique du pays, la division de la classe ouvrière et la situation internationale (caractérisée par un rapport de forces défavorables au mouvement révolutionnaire) rendaient nécessaire une étape de révolution démocratique populaire.

Le plus important à ce moment-là consistait à gagner la guerre contre le fascisme et assurer l’hégémonie du prolétariat à la tête des forces populaires démocratiques.

Nonobstant, sous l’influence de l’International Communiste, la direction du Parti a commis de nombreuses erreurs dans l’appréciation de la situation générale ainsi que dans l’application de la tactique du Front Populaire, en tendant à se soumettre au gouvernement républicain en lieu d’appuyer l’unité populaire par une position politique et militaire indépendante. Ces erreurs contribuèrent à la démoralisation des masses et ont rendu plus désastreuses et durables les conséquences de la défaite.

Finalement, le PCE, la force politique qui avait le plus lutté pour le Front Populaire, s’est trouvé expulsé de ses organismes et impuissant à faire face au coup d’État casadiste; celui-ci va aussi l’empêcher de poursuivre la lutte dans les nouvelles conditions générées par le l’éboulement de la République et de diriger la Révolution quand, après la fin de la IIe Guerre mondiale, des conditions favorables à celle-ci apparurent.

2.3. Un développement monopoliste lié au terrorisme d’État

À la fin de la guerre, l’accumulation intensive de capital et l’industrialisation accélérée furent les buts fixés par l’oligarchie financière pour surmonter le retard qui la maintient en infériorité de conditions par rapport aux bourgeoisies d’autres pays, pour s’enrichir plus encore et conjurer le péril de révolution au futur. La réaction espagnole se servira de l’État fasciste comme le principal instrument pour la soumission et exploitation des masses travailleuses, mais elle va aussi employer l’État comme un moyen essentiel de sa politique économique.

Sa première préoccupation consista à anéantir toute résistance: elle supprima les libertés et les droits politiques; imposa le joug de l’oppression aux nationalités; détruisit les syndicats ouvriers et les partis politiques démocratiques; interdit la grève et l’utilisation de quelques moyens de défense légaux et pacifiques des travailleurs contre les abus et l’oppression du capital. Une brutale répression s’abattit sur les masses après la fin de la guerre: entre le 1939 et 1944 ont été fusillés environ 200000 antifascistes, la plupart d’entre eux, ouvriers et paysans.

Le 1945, après la IIe Guerre Mondiale, les forces nazies fascistes battues, l’État espagnol resta isolé du concert international, bien qu’il pouvait compter sur la compréhension et l’appui des capitalistes du monde entier, particulièrement de l’impérialisme yankee. Par ailleurs, l’économie espagnole demeurait sinistrée mais également restait à prédominance agricole.

Pour cette raison, les plans économiques conçus par les monopolistes pouvaient seulement se réaliser sur la base de l’appauvrissement de la campagne et sur les formes les plus inhumaines de surexploitation du prolétariat, compte tenu de la faible technicité de l’industrie.

Tels furent les principes qui régirent la soi-disant politique économique autarcique soutenue jusqu’à la fin des années 50. Cette politique a permis à l’oligarchie espagnole de réaliser une accumulation intensive du capital, en même temps qu’elle mettait sur pied une partie importante des industries de basse et transformait, avec les apports économiques de l’État, les grands latifundiums en exploitations modernes agraires de type capitaliste.

Durant les années où les Plans de Développement furent réalisés (1964-1975), toute l’Espagne se transforma: la mécanisation des campagnes, les pôles industriels, l’émigration massive vers les villes et le surgissement des grands quartiers ouvriers, l’élévation générale du niveau de vie et de la consommation, etc. tracent un paysage, une forme de vie et une mentalité différentes de ceux de l’Espagne des années 30.

L’émigration a eu une importante incidence: en 1968, l’Institut National d’Émigration chiffrait à 1.222.000 le nombre d’espagnols résidant en Europe; dont plus de la moitié étaient sortie avec un contrat de travail pendant les années du miracle économique espagnol.

La libéralisation économique a ouvert les portes aux différentes formes de pénétration du capital étranger en Espagne. Cependant, grâce aux envois de divises fournies par l’émigration et le tourisme, l’oligarchie peut augmenter la production intérieure en important des moyens de production modernes sans tomber pour cela dans la dépendance du capital financier international.

L’accumulation et la concentration économique avaient conduit à un étroit entrecroisement entre l’État, le capital financier et les entreprises; quatre groupes contrôlent le pouvoir économique: la banque, le secteur public, le capital étranger et les familles liées aux moyennes entreprises et aux exploitations agricoles.

Parmi eux, c’est le capital financier qui a maintenu son caractère de groupe hégémonique dans l’économie espagnole.

Le développement industriel a permis une rapide croissance du prolétariat des usines et sa concentration dans les grandes villes; en 1975, le prolétariat industriel représentait le 38 % de la population active devenant la classe la plus nombreuse de la population. Dans le cas de Catalogne et Euskal Herria, ce phénomène a eu une répercussion spéciale: le flux constant d’ouvriers immigrants vers ces territoires a donné lieu, dans les années 60-70, à l’apparition d’un prolétariat nouveau composé par des ouvriers des différentes nationalités de l’État.

Pendant la même période a augmenté aussi le chiffre des travailleurs du secteur des services (33 % de la population active), où s’accroît le pourcentage de salariés dû au considérable développement de l’industrie touristique et la création de grands magasins, grandes entreprises de transport, etc.; par ailleurs, à cette étape du développement économique, prolifèrent d’innombrables petits commerces, ce qui a contribué à la constitution d’une nouvelle petite et moyenne bourgeoisie urbaine. C’est dans l’agriculture, l’élevage et la pêche qu’aura lieu une considérable réduction de la population active qui, en 1970, ne représente plus que 29 pour cent.

2.4. La trahison carrilliste

Le fascisme a réussi à écraser les organisations syndicales et les partis démocratiques, mais pas le Parti de la classe ouvrière. Toute la répression concentrée sur lui n’a pas réussi à le détruire.

Le PCE a poursuivi la lutte dans les usines, les mines, les villes et les campagnes. La grande bourgeoisie sait par expérience que tant que le Parti Communiste, forgé dans la lutte la plus résolue pour la démocratie populaire et le socialisme, existe, la domination fasciste n’est jamais assurée, que les masses populaires peuvent arriver s’unir et en finir avec la tyrannie du capital.

Le coup le plus dur, celui qui a détruit le Parti, n’est pas arrivé par la répression, mais par le travail de sape mené dans son sein par le révisionnisme carrilliste.

Dès la fin de 1944, Carrillo et sa bande se sont mis à agir grâce aux ressorts fondamentaux de l’appareil d’organisation du Parti, au contrôle de ses moyens de propagande et de la direction de la guérilla. Pour réussir et poursuivre leur tâche, ils ont employé systématiquement la calomnie, l’intrigue, les expulsions, la délation et l’assassinat des militants qui, d’une ou d’autre manière, s’opposaient à leur ligne de capitulation.

Étant obligés sous la pression de la majorité du Parti, des ouvriers avancés et d’autres lutteurs antifascistes de faire semblant d’appuyer la guérilla, les carrilllistes l’ont utilisée à de fins réformistes, comme plate-forme pour se hisser à la direction et comme alibi pour dissimuler leurs plans liquidateurs.

D’où le fait que, au moment où il aurait été nécessaire de pousser la guérilla, ils ne lui ont jamais prêté l’appui matériel qu’elle exigeait et qu’il était possible de lui fournir. D’où aussi le fait que, quand il a été nécessaire de décider la suspendre, dans le but de la renouveler et de l’orienter sur de nouvelles bases, ils s’y sont mis fin en secret, sans aucune analyse politique, avec des tromperies, en suscitant la méfiance et les rivalités personnelles parmi les guérilleros, en les abandonnant à leur sort dans la plupart des cas sinon en assassinant ou dénonçant ceux qui refusaient d’abandonner les armes de cette façon.

Cette activité contre-révolutionnaire a été possible à cause des mêmes faiblesses, insuffisances et erreurs traînées par le Parti depuis l’étape antérieure, ne jamais analysées à fond ni, en conséquence, corrigées. Donc, bien que la ligne générale du Parti ait été juste pour l’essentiel et que celui-ci ait été l’artisan principal de la résistance antifasciste, la persistance dans les graves erreurs commises pendant la guerre s’est accentuée jusqu’à qu’elles ont été érigées en ligne politique.

Ceci explique qu’on adopta une version chaque fois plus déformée et droitière de la tactique de Front Populaire, c’est-à-dire, la politique dite d’Union Nationale ou de Front National Antifranquiste. L’objectif d’en finir avec le pouvoir de l’oligarchie financière terrienne et son système de domination fasciste se limitait à écarter Franco et instaurer une démocratie parlementaire bourgeoise.

À tout cela, il faut ajouter d’autres facteurs comme la dispersion de la direction, l’attention nulle prêtée au développement de la théorie révolutionnaire et à la formulation d’une ligne politique adaptée aux nouvelles conditions de l’Espagne, ainsi que le progressif abandon des principes léninistes de fonctionnement et d’organisation.

De cette façon, se sont créées les conditions qui ont permis à l’opportunisme de se développer dans les rangs du Parti et d’attendre l’occasion propice pour prendre la direction et faire triompher son œuvre destructive, sans que les vieux dirigeants, pétris par de dogmatisme et d’habitudes conciliatrices, fussent capables de l’empêcher.

Cette occasion est arrivée en 1956 avec la célébration du XXe Congrès du PCUS, où les thèses révisionnistes de Kruschev et ses partisans se sont imposés. Sans ce soutien, il eut été vraiment difficile à Carrillo et ses partisans d’achever son œuvre. Dès ce moment-là, la politique de résistance du PCE s’est transformée ouvertement en collaboration avec les grands capitalistes financiers et les dignitaires de l’Église, en pacifisme et désorganisation des masses, en appui à la politique syndicale fasciste; en somme, en la politique dénommée de Réconciliation Nationale.

3. Le nouveau contexte général de la lutte de classes

3.1. La reconstruction du Parti

Vers le milieu des années 60, dans les pays capitalistes de plus haut niveau de développement économique, surgit parmi la jeunesse un puissant mouvement de contenu clairement politique. Déjà, à l’intérieur de tous ces pays, apparaissaient tous les symptômes de la nouvelle phase de la crise générale du système, en gestation après la courte période d’essor économique de la post-guerre.

Les théories au sujet d’une prétendue société post-industrielle – où disparaîtraient les crises économiques et la lutte de classes pour faire place à l’entente et au bien-être général, à une société de consommation et à un développement économique soutenu – s’écroulèrent comme un château de cartes, si bien que la critique du système capitaliste a réoccupé le premier plan de l’actualité. Le système d’exploitation capitaliste prouvait clairement qu’il avait épuisé ses possibilités d’expansion et commençait une nouvelle crise dont il ne réussira pas à se relever.

Ce mouvement de critique du capitalisme sera stimulé par la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne Chinoise et par la critique marxiste-léniniste effectuée par le PCCH et les communistes d’autres pays contre les thèses révisionnistes: la transition pacifique et parlementaire au socialisme, l’État de tout le peuple, l’émulation économique entre le socialisme et le capitalisme, etc.

À la fin de la décennie, deux nouveaux et importants événements, qui ébranlèrent la vie de tous les pays, sont venus s’ajouter aux précédents: l’héroïque lutte de résistance du peuple vietnamien contre l’agression nord-américaine et le mouvement de masses, de caractère révolutionnaire, déclanché au mois du mai 1968 à Paris et dans d’autres villes de France.

La crise économique capitaliste mondiale a eu aussi une forte répercussion en Espagne dans un moment où les plans de développement industriel touchaient au but, le régime entrait en plein dans une crise politique et commençait, prudemment, la manœuvre d’ouverture par laquelle il cherchait une sortie.

Le mouvement ouvrier et populaire s’était remis des effets de la défaite supportée en 1939 et des longues années de terreur fasciste ouverte et, étant donné que la politique de réconciliation carrilliste et ses consignes pour une grève nationale pacifique avaient échoué, il commençait à orienter ses pas sur la voie de la résistance et de la lutte armée.

Ce contexte général donnera lieu à l’apparition du nouveau mouvement ouvrier organisé. L’Organisation de Marxistes-Léninistes d’Espagne (OMLE) fut une des premières organisations communistes nées à cette période-là (1968). À partir d’elle, on reconstruira le Parti révolutionnaire de la classe ouvrière, dont la nécessité se faisait sentir depuis déjà longtemps.

Les événements qui se succédaient rapidement dans le pays et la discussion engagée à leur sujet dans l’Organisation rendirent nécessaire la convocation du Congrès Reconstitutif du Parti.

Certes, pour qu’il puisse avoir lieu, d’autres conditions de type organique et idéologique étaient aussi nécessaires. Il était indispensable que l’Organisation soit préparée à assumer le rôle et la responsabilité du Parti. Ces autres conditions étant aussi remplies, en Juin 1975 le Congrès Reconstitutif put se tenir.

Ce Congrès fut l’aboutissement du travail réalisé par l’OMLE pendant plus de sept années, au cours desquelles furent jetées les bases organiques, politiques et idéologiques nécessaires au nouveau Parti. Dans un moment d’aggravation maximale de la crise politique du régime, comme de toutes les contradictions et tensions sociales, le Congrès a constitué un tremplin qui a permis au PCE(r), à peine né, de jouer un important rôle dans la vie politique, particulièrement dans la dénonciation de la Réforme.

3.2. La réforme politique du régime

En 1975, quand Franco disparaît de la scène politique et, suivant les projets de succession établis par le dictateur, la monarchie bourbonienne est intronisée, les vieilles formes de domination fasciste étaient déjà en train d’être démolies par la lutte des masses des dernières années. Il était clair que le régime ne pouvait pas maintenant se maintenir en gardant son caractère ouvertement fasciste.

D’autre part, la permanence de ces formes gênait de plus en plus la réalisation des plans de la classe dominante espagnole orientés vers la totale intégration économique et militaire dans le bloc impérialiste. C’est ainsi que se fraya un chemin la réforme politique, au milieu de la division des clans politiques et groupes financiers.

L’apparent monolithisme politique du régime se vit obligé de céder devant l’avance irrésistible du mouvement populaire. En particulier, la classe ouvrière, qui toujours avait marché au premier rang, conquit une position après l’autre sur le régime: le droit de grève, les droits d’expression et de réunion, etc. ils ont été imposés par la lutte. La répression et le terrorisme ouvert de l’État ont été aussi combattus courageusement par la résistance et la guérilla.

Le grand capital et son gouvernement se trouvaient devant une situation vraiment difficile, qui les empêchait de continuer à contrôler les masses. Ils devaient, donc, changer un peu les formes de domination pour pouvoir maintenir intacts leurs privilèges et renforcer leur pouvoir politique et économique.

Nonobstant, ce changement devait tenir compte la nouvelle réalité créée par le mouvement démocratique. Si bien qu’ils n’eurent pas d’autre solution que légaliser ce qui avait été déjà conquis par les travailleurs dans le bout de le limiter et le contrôler.

En même temps, l’oligarchie intégra dans son régime aux carrillistes et autres éléments de même acabit qui, depuis un certain temps, donnaient des preuves suffisantes de collaboration et servilité. Avec cette dernière mesure, l’État né du soulèvement militaire fasciste du 18 juillet prenait une teinture de légitimité.

Le résultat final de cette manœuvre politique a été recueilli dans la soi-disant Constitution démocratique, qui consacre la monarchie, le système d’exploitation capitaliste et l’oppression sur les nationalités. Ainsi, la classe dominante a réussi à créer quelques illusions et à continuer de tromper les travailleurs, mais n’a guère réussi, comme elle y aspirait, à agrandir sa basse sociale.

La continuelle diminution des libertés et droits sociaux des travailleurs, l’accroissement de l’exploitation, la négation des droits nationaux, le terrorisme d’État, les assassinats politiques, la pratique de la torture des détenus et incarcérés, la corruption généralisée entre les potentats et les chefs politiques, etc. ont fini par mettre à découvert la vraie nature fasciste et impérialiste que garde le régime et par discréditer devant les masses les partis social-fascistes qui le servent et appuient.

Aujourd’hui, l’oligarchie financière se débat au milieu de grandes contradictions et luttes internes, et voit se réduire au minimum sa marge de manœuvre politique. Tout cela a mis en évidence la profondeur de la crise du système qui règne en Espagne et la nécessité de changements radicaux.

On ne peut pas nier que l’oligarchie espagnole a introduit quelques changements dans son régime de domination politique, mais cela elle l’a fait pour renforcer le même État fasciste et exploiteur. La séparation des pouvoirs et d’autres changements du système politique introduits par la réforme n’ont pas pu dissimuler cependant le caractère monopoliste, centraliste et terroriste de l’État.

Le fascisme est la superstructure politique, juridique, idéologique, etc. qui correspond au système d’exploitation monopoliste imposé en Espagne en 1939. Il s’est développé, en même temps que lui, et aujourd’hui encore il se maintient comme forme de pouvoir, car l’un sans l’autre ne pourraient pas exister.

La réforme politique a démontré que dans la phase monopoliste du capitalisme il n’est pas possible de revenir au système politique des libertés et du parlementarisme bourgeois, propre au capitalisme de libre concurrence. La nécessité d’un système policier, qui correspond avec le contrôle économique des monopoles, fait que le système capitaliste tend dans cette étape au fascisme, au militarisme, à la réaction ouverte en général, qui accule la société bourgeoise à une profonde crise révolutionnaire.

3.3. Conséquences économiques et sociales de la crise

La réforme politique déjà commencée, avec l’incorporation au marché international qui exigeait le développement économique et industriel, la grande bourgeoisie espagnole fut obligée de mener à bien en même temps la restructuration et la reconversion industrielle, agraire et financière, ce que, d’un autre côté, ne pouvait pas attendre du fait de l’entrée du capitalisme mondial dans la nouvelle phase de sa crise générale et de l’accroissement de la concurrence économique internationale.

Mais à peine commencée la restructuration, celle-ci devait se heurter à la résistance obstinée de la classe ouvrière et d’autres secteurs populaires craignant de perdre leur poste de travail, leurs petites affaires, etc. De plus, ces plans affectaient aussi quelques clans oligarchiques qui refusaient de perdre leurs positions dans la vie économique et sociale du pays en bénéfice d’autres mieux placés.

Ceci sera la toile de fond des luttes acharnées entre les différents groupes financiers de notre pays et de l’enchevêtrement compliqué d’intérêts opposés, tant espagnols qu’étrangers, qui ont surgi au moment de l’incorporation d’Espagne à la CEE en 1986. Il est évident que l’unique moyen qu’a l’oligarchie pour continuer à accumuler du capital repose sur l’accroissement de l’exploitation et sur sa capacité de concurrence sur les marchés internationaux.

Cependant, cette prétention de s’assurer une place dans la compétition capitaliste et une certaine indépendance par rapport aux multinationales est rendue difficile par l’abyssal (et toujours plus grand) déphasage technologique par rapport aux premières puissances impérialistes; ceci limite énormément la capacité de manœuvre de l’oligarchie dans sa politique économique, en l’obligeant à prendre des mesures radicales de reconversion et de concentration et à sacrifier pour cela de nombreuses entreprises et branches de l’industrie.

À la suite de cela, de nombreux ouvriers et beaucoup d’autres travailleurs de la ville et de la campagne se sont vus jetés au ruisseau du chômage, à la précarisation et la misère, dans un processus accéléré de prolétarisation qui embrasse de larges secteurs. Nonobstant, la crise économique n’a supposé aucun changement qualitatif dans la composition et la structure des classes sociales en Espagne, bien que dans ces dernières années il y ait eu des changements importants qui doivent être soulignés.

La population active de l’ensemble des territoires qui composent l’État, c’est-à-dire, les personnes en âge de travailler et qui ont un emploi ou qui le cherchent s’élève actuellement à 16 millions, dont onze millions sont salariés. Le gros de la population travailleuse est, en conséquence, le travailleur pour compte d’autrui, le travailleur dépendant.

Le phénomène social le plus important qui vient à se produire dans les dernières années est l’accroissement du travail salarié, ce qui implique la concentration des moyens de production dans les mains d’une minorité et la spoliation d’une majorité croissante, qui se voit obligée à vendre sa force de travail à une autre, chaque fois plus réduite, qui accumule tous les moyens de production et de vie. Un des effets de l’accumulation capitaliste est justement la croissance absolue et constante du prolétariat, qui arrive à être excédentaire pour les besoins de la reproduction élargie du capital et passe au chômage, à la réserve.

Pourtant, de toutes les classes sociales, celle qui a plus grandi a été la classe ouvrière, qui a doublé dans les 30 dernières années, tandis que la petite bourgeoisie s’est réduite du tiers.

En réalité, la soi-disant classe moyenne est une maigre minorité; la plupart des non-salariés sont des autonomes: travailleurs indépendants, petits agriculteurs, pêcheurs, éleveurs, commerçants, gens de professions libérales et marchands, lesquels, chaque fois en plus grand nombre, doivent se convertir en salariés des monopoles.

La réduction de la population non salariée résulte, fondamentalement, de la ruine subie par des centaines de milliers de petits paysans qui se sont vus obligés d’abandonner la campagne. Quant à la masse de travailleurs et employés (la banque, l’hôtellerie, les fonctionnaires…) elle voit aujourd’hui sa situation se dégrader et va ressembler toujours plus à la classe ouvrière: des contrats précaires, licenciements, etc. Dans l’accroissement rapide du secteur des services a joué aussi l’augmentation du personnel au service de l’État.

En même temps que les vieilles classes moyennes ont diminué, s’est formé, au sein de la masse de salariés, un secteur de privilégiés, qui, autant par leurs fonctions, par la délégation de pouvoirs que leur accorde la bourgeoisie, que par le caractère mixte de leurs ressources et par leur forme de vie, peuvent s’apparenter à la petite bourgeoisie.

3.4. La nouvelle voie de l’impérialisme espagnol

Une fois menée à bien la réforme politique et après le premier élan de restructuration de l’économie réalisé par les felipistes, la grande bourgeoisie a dirigé ses efforts vers l’extension de son influence politique et économique à l’extérieur, avec l’intention de participer toujours plus activement à la lutte impérialiste par le partage de marchés, sources de matières premières et sphères d’influence.

À cette fin (pour faciliter l’exportation de capitaux), l’État espagnol, en accord avec sa taille moyenne, emploie des ressources importantes et croissantes, comme jamais il ne l’avait pas fait jusqu’à maintenant.

La base de cette nouvelle expansion économique de l’impérialisme espagnol, accompagnée par l’accroissement de l’activité diplomatique, militaire, culturelle et de la propagande de l’État hors nos frontières, réside indubitablement dans le haut degré d’accumulation et de concentration monopoliste atteint, ce qui lui permet de mener à bien l’exportation de capitaux dans les pays les plus en retard où il obtient un plus haut niveau de bénéfice.

Pour compenser sa faiblesse économique et aussi par des raisons politiques, le capital financier espagnol centre son activité dans les zones où il se trouve en meilleures conditions de concourir, comme c’est le cas des pays latino-américains, ses vieilles colonies; dans quelques-uns d’entre eux, il commence à occuper des positions importantes s’opposant aux capitalistes yankees et d’autres.

Mais l’intérêt de l’impérialisme espagnol par le Maghreb n’est pas moindre, non seulement par de considérations économiques, mais aussi géostratégiques.

Le rôle de l’État espagnol non seulement ne se limite pas au terrain de l’exportation de capitaux, mais en plus il poursuit l’objectif de soumettre ces pays-ci, parfois en partage avec d’autres États impérialistes. D’où le fait que le gouvernement espagnol tente de s’ériger en interlocuteur entre l’Union Européenne et l’Amérique Latine en faisant valoir ses liens historiques, ou que dernièrement il ait augmenté son activité politique dans le nord de l’Afrique.

D’où aussi le fait que, profitant sa participation à l’OTAN ou à l’UE, l’État espagnol ne manque pas la moindre occasion d’être présent avec ses forces militaires là où ses associés impérialistes les plus forts mettent leur griffe, afin de faire du zèle, de prendre une part du gâteau et d’habituer, au passage, l’opinion publique à ce type d’opérations, préludes à des conflits plus dévastateurs et sanglants.

Cependant, malgré ses prétentions de grandeur et de pillage, l’impérialisme espagnol ne peut faire mieux que jouer un rôle subordonné et très secondaire parmi les puissances impérialistes, ce qui, étant donné sa plus grande faiblesse, s’accentuera chaque fois plus à mesure que s’aggrave la crise mondiale du capitalisme.

4. Programme

Les principales caractéristiques et contradictions de notre société se déduisent du développement économique atteint, de la structure de classe et de la nature politique du régime qui règne en Espagne. À ce sujet et en résumé de l’exposé réalisé, on peut conclure que l’Espagne est un pays de capitalisme monopoliste d’État dans lequel, aux contradictions propres de ce système, s’ajoutent celles dérivées de l’instauration et la domination d’un régime de type fasciste.

Le fascisme fut l’instrument principal que l’oligarchie propriétaire terrienne et financière utilisa pour soumettre les masses populaires et mener à bien le développement économique du pays par la voie monopoliste. Ce caractère double, monopoliste (impérialiste) et en même temps fasciste, est la caractéristique principale de l’État espagnol.

En développant la grande industrie, l’agriculture capitaliste, le commerce à grande échelle, les transports, etc., et en menant à bien la fusion de tous les secteurs économiques avec la Banque et l’État mis à leur service, l’oligarchie a créé les conditions matérielles pour la réalisation du socialisme puisqu’elle a fait grandir le prolétariat et l’a élevé à l’école de la guerre civile quasi permanente.

Du fait des considérations générales que nous venons de signaler, la révolution en suspens en Espagne peut seulement avoir un caractère socialiste. Dans notre pays, il n’existe aucune étape révolutionnaire intermédiaire, aucun échelon de la chaîne historique antérieur à la révolution socialiste.

Par conséquent, l’objectif stratégique qui poursuit le Parti est la démolition de l’État fasciste, l’expropriation de l’oligarchie financière propriétaire terrienne et l’instauration de la République Populaire.

Le prolétariat est la classe la plus exploitée et opprimée, la mieux organisée et la plus révolutionnaire de la population et pour cela, en plus d’être la classe appelée à diriger les autres secteurs populaires, elle constitue la force motrice principale de la révolution.

Avec la classe ouvrière, les petits paysans et beaucoup d’autres travailleurs et semi-prolétaires (petits transporteurs, employés, travailleurs indépendants, etc.), ainsi que les peuples des nations opprimées et les intellectuels progressistes, peuvent prendre une part active à la lutte pour le renversement du capitalisme ou bien observer une position de neutralité.

Parmi ces secteurs, les plus proches au prolétariat sont les semi-prolétaires et les petits paysans chargés de dettes bancaires. Dans la perspective de leurs intérêts futurs, tous ces secteurs sont objectivement intéressés par la révolution socialiste, bien qu’ils oscillent continuellement entre les positions vraiment démocratiques et révolutionnaires du prolétariat et le réformisme bourgeois.

La tactique du Parti cherche les attirer du côté du prolétariat, dans le but de renverser par la force l’oligarchie financière et propriétaire terrienne et gagner la petite bourgeoisie ou bien tenter de la neutraliser.

Le Parti ne peut se proposer de conduire directement la classe ouvrière de la situation présente à la prise du pouvoir. Pour y arriver, sont nécessaires des conditions déterminées intérieures et extérieures, une organisation puissante et de nombreuses expériences politiques, autant des masses que du Parti lui-même. Tout cela devra apparaître ou bien se créera au cours de la lutte révolutionnaire et du processus même de renversement du régime capitaliste.

Avec l’instauration de la République Populaire, commence la période qui comprendra du renversement de l’État fasciste et impérialiste à l’instauration de la dictature du prolétariat. Cette période ouvrira une courte étape de transition qui peut être considérée aussi comme du commencement de la restructuration socialiste, laquelle devra être présidée par un gouvernement provisoire qui agira comme l’organe des grandes masses du peuple en armes.

La mission principale de ce gouvernement sera celle d’écraser l’opposition violente de la grande bourgeoisie et d’autres secteurs réactionnaires et de garantir la célébration d’élections vraiment libres à une Assemblée Constituante. Cette Assemblée élaborera la Constitution et nommera le nouveau gouvernement démocratique.

Le Programme du Parti pour cette étape de transition se résume aux points suivants :

1) Formation d’un Gouvernement Provisoire Démocratique Révolutionnaire.

2) Création des Conseils ouvriers et populaires comme la base du nouveau gouvernement.

3) Dissolution de tous les corps répressifs de la réaction et l’armement général du peuple.

4) Libération des prisonniers politiques antifascistes et poursuite des tortionnaires et assassins contre-révolutionnaires. La grâce pour les prisonniers de droit commun.

5) Expropriation et prise en main par l’État de la Banque, des grandes propriétés agricoles, des monopoles industriels et commerciaux et des moyens de communication les plus importants.

6) Reconnaissance du droit à l’autodétermination des peuples basque, catalan et galicien. Indépendance pour la colonie africaine des Canaries. Dévolution de Ceuta et Melilla au Maroc.

7) Suppression de tous les privilèges économiques et politiques de l’Église; séparation radicale de l’Église et de l’enseignement. Liberté de conscience.

8) Liberté d’expression, organisation et manifestation pour le peuple. Le droit de grève sera une conquête irréversible des travailleurs.

9) Intégration de la femme, sur pied d’absolue égalité avec l’homme, à la vie économique, politique et sociale.

10) Reconnaissance de tous les droits professionnels, politiques, sociaux, etc. des ouvriers immigrants. Éradication de toute forme d’oppression et de discrimination raciale, sexuelle et culturelle.

11) Réduction de la journée de travail. Travail pour tous. Amélioration des conditions de vie et de travail.

12) Logements dignes et économiques; sécurité sociale, santé et enseignement à la charge de l’État.

13) Droit de la jeunesse à recevoir une formation complète et gratuite, à un travail sain et bien rémunéré, à bénéficier de locaux et d’autres moyens pour le libre développement de ses activités.

14) Sortie immédiate de l’OTAN et de l’UE, ainsi que d’autres organisations créées pour l’agression et le pillage impérialiste.

15) Démantèlement des bases militaires étrangères situées sur notre territoire et réintégration de Gibraltar.

16) Application des principes de coexistence pacifique dans les relations avec tous les pays. Appuie à la lutte de libération des peuples opprimés.

  Seul un gouvernement révolutionnaire formé par les représentants des organisations populaires, qui agira comme l’organe de l’insurrection populaire victorieuse, aura la force et l’autorité nécessaires pour organiser les élections à une Assemblée de représentants du peuple.

Sous le nouveau gouvernement, on mènera la destruction complète de la vieille machine de l’État de la bourgeoisie, on rasera depuis les fondations les piliers sur lesquels s’assoient la domination et les privilèges du capital (c’est la première condition de toute révolution vraiment démocratique et populaire) et immédiatement après on entreprendra les transformations économiques et sociales nécessaires à l’établissement du pouvoir populaire et à l’hégémonie politique du prolétariat.

  Tout pouvoir qui se dit populaire doit être basé sur le peuple en armes et sur les organisations politiques vraiment démocratiques. En organisant sa propre armée et sa milice et en s’appuyant sur les organes politiques du pouvoir, les masses populaires pourront défendre leurs conquêtes et exercer le contrôle sur le gouvernement.

  Les masses populaires doivent être en position de choisir librement et de révoquer, en cas de nécessité, leurs représentants. Les Conseils seront élus dans chaque usine, entreprise agricole, unité militaire, centre d’enseignement, village, ville, arrondissement, etc. Ils seront les organes de décision et d’exécution du nouveau pouvoir, avec leur autorité et l’autonomie propres pour organiser et diriger toute sorte d’activités sociales: depuis le travail jusqu’au sport, depuis la milice jusqu’à l’administration de la justice.

  Tous les prisonniers communistes, indépendantistes, anarchistes, antimilitaristes, anti-impérialistes et antifascistes seront libérés immédiatement. C’est une aspiration profonde qui ne se saurait attendre. Cependant, avec les tortionnaires et les criminels contre-révolutionnaires il faudra faire justice.

Ceux qui se sont fait remarquer dans la répression seront interpellés et punis exemplairement, ce qui relèvera des Tribunaux Populaires. Cela non par soif de vengeance, mais par nécessité politique, puisque les réactionnaires, après la révolution, tenteront de récupérer le pouvoir et les privilèges perdus; c’est pourquoi la révolution devra se défendre contre eux, en les réprimant et en les dissuadant.

  La révolution mènera à bien la nationalisation des moyens fondamentaux de production; il ne s’agit d’exproprier ni les épargnes ni la petite propriété légitimement acquises par le travail et l’effort personnel et familial, comme peut l’être la terre des petits paysans et tous ces biens ou objets d’usage personnel ou domestique (le logement, la voiture, etc.). Le nouveau pouvoir mettra à la disposition des familles et des personnes sans abri les logements vides.

À part ça, le capital et les grandes entreprises nationalisées dépendront de l’État et seront contrôlées par les Comités ou les Conseils Ouvriers et Populaires. De cette façon, les travailleurs deviendront les maîtres réels de l’économie nationalisée et la mettront à leur service.

  Le principe de l’autodétermination est un droit universellement reconnu de la démocratie politique que le nouvel État né de la révolution en Espagne devra rendre effectif.

Dans le délai de temps le plus court possible, une consultation sera convoquée pour que les peuples des nationalités décident eux-mêmes s’ils veulent se séparer pour fonder un État à part ou rester unis dans un plan d’absolue égalité économique, politique et culturelle. En tout cas, le nouveau gouvernement, les partis politiques et les organisations populaires devront respecter la décision librement exprimée par les peuples des nationalités et faciliter l’exercice de tous ces droits.

  Le nouveau Pouvoir Populaire mènera à bien l’expropriation des contre-révolutionnaires, de tous ceux qui ont collaboré activement avec la contre-révolution, bien qu’ils soient de petits propriétaires. Aux autres, à ceux qui se sont mis du côté du peuple, l’État les soutiendra de manière réelle, par les crédits à petit ou nul intérêt, en leur payant à prix juste leurs produits, en leur donnant de l’aide technique, etc. Ces mesures seront en accord avec les intérêts politiques et économiques de la révolution.

  Après le renversement de l’oligarchie, les principaux moyens de communication, d’impression, de distribution, etc. seront contrôlés et dirigés par le peuple à travers ses organisations représentatives. De cette façon, seulement on pourra assurer l’exercice des droits d’expression, une information véridique et objective, ainsi qu’une culture vraiment démocratique.

  En ce qui concerne le droit de grève, il faudra tenir compte que nous nous trouverons dans une étape de transition dans laquelle continuera d’exister un certain type de propriété privée à petite et moyenne échelle. Dans ces conditions, pour prévenir des mesures injustes du gouvernement ainsi que surtout pour lutter contre les actes arbitraires qui surgiront inévitablement de la part des moyens et petits industriels, le Nouveau Pouvoir Populaire devra garantir les droits de grève et de manifestation.

  À côté de l’application des principes de coexistence pacifique, le nouvel État offrira tout son appui à la lutte des nations et des peuples opprimés et donnera priorité dans ses relations aux pays libérés du joug impérialiste, en resserrant des liens d’amitié et coopération. De cette façon, en isolant et en faiblissant l’impérialisme, on contribuera à la cause de la révolution mondiale.

5. Ligne Politique

5.1. Le principal objectif de l’action politique du Parti

La conduite du Parti et sa ligne politique devront répondre à tout moment aux intérêts présents et futurs des masses et ne jamais oublier leurs aspirations, leur état d’âme et leur prédisposition à la lutte.

En menant à bien notre tâche générale, nous devons tenir compte que les masses ne représentent pas un tout homogène et qu’elles ont des degrés divers de conscience politique et d’organisation. On pourrait dire que le mouvement de masses est formé pour trois secteurs principaux. D’abord, la lutte syndicale des ouvriers, la protestation et les revendications citoyennes et d’autres types de luttes sectorielles.

À un niveau un peu plus haut, se trouvent les collectifs et les organisations qui mènent la dénonciation du terrorisme d’État, la solidarité avec les prisonniers politiques, la lutte contre l’impérialisme et le militarisme, etc. et qui posent des exigences politiques diverses au gouvernement. Celui-ci peut être qualifié comme le niveau intermédiaire, puisqu’il implique un plus grand degré de conscience politique.

Au dessus de ce niveau-ci, se trouve situé le mouvement politique de résistance organisé, qui ne se limite pas à la lutte économique et sociale, ni ne s’arrête à la dénonciation des abus et violations du pouvoir, mais qui, en plus, se propose de le renverser et fait de préparatifs continués dans tous les domaines dans ce but. C’est le secteur le plus conscient et le mieux organisé, il constitue l’avant-garde et est formé principalement du Parti et de la guérilla.

Dans sa majorité, le mouvement ouvrier et populaire n’est pas conscient de la nécessité du renversement de l’État capitaliste, bien qu’il l’affronte ouvertement et lutte contre lui.

Cette situation impose au Parti la tâche d’élever le niveau de conscience politique des masses pour qu’elles assument son Programme et s’organisent pour le mettre en pratique. Dans ce but, nous devons unir, avant tout, le secteur le plus avancé autour de la direction du Parti, de sorte que, en nous en appuyant sur lui, nous puissions attirer à nous le secteur intermédiaire, élever le niveau des plus retardés et gagner tous les deux à la cause.

Cette importante tâche est inséparable de la lutte générale contre le système capitaliste et en particulier de la lutte politique. Dans ce domaine, le principal but du Parti est actuellement l’isolement politique et social du régime, pour pouvoir rassembler contre lui toutes les forces révolutionnaires pour le détruire.

Dans ce but, il soutient et organise le boycott de l’État, de ses institutions et de ses lois, de ses farces électorales, comme des partis et syndicats qui le soutiennent. Dans ce sens, il faut comprendre que notre tactique de boycott répond à la nature du régime politique en Espagne.

C’est une tactique générale, mais le Parti ne fait pas du boycott une question de principe et il ne peut pas écarter que, dans des circonstances politiques concrètes, particulières, il soutiendrait la participation si cela aidait à isoler le fascisme et en définitive à élever la conscience révolutionnaire des masses et à les organiser dans la lutte pour la conquête du pouvoir.

Le Parti ne reconnaît ni ne respecte la Constitution qui légalise le régime monarchique fasciste imposé par Franco et l’Armée et qui consacre le système d’exploitation capitaliste et l’oppression nationale.

Le Parti appelle les masses à s’opposer à ce régime de la manière la plus résolue, à s’organiser indépendamment de lui, à étendre la protestation, la désobéissance civile et à employer toutes les formes de résistance.

En même temps qu’il organise et stimule ce mouvement, le Parti doit expliquer à tous les travailleurs l’importance de la lutte politique pour les droits et les libertés démocratiques et, particulièrement, la lutte contre le terrorisme d’État, contre les lois et les tribunaux spéciaux de répression et contre l’application systématique de la torture aux détenus et prisonniers politiques.

5.2. Renforcer l’organisation indépendante de la classe ouvrière

La classe ouvrière est plus intéressée qu’aucun autre secteur de la population à conduire la lutte contre l’État capitaliste jusqu’à ses dernières conséquences et de fait, depuis longtemps, elle a agi à la tête du mouvement populaire comme son authentique avant-garde. Pour que le prolétariat continue à développer ce rôle et puisse conduire la lutte jusqu’au bout il doit agir uni, comme une force politique indépendante et se baser sur ses propres forces.

En particulier, c’est dans les grandes usines, qui rassemblent les noyaux les plus nombreux, les plus combatifs et les mieux organisés du prolétariat, que le Parti doit centrer ses forces, en développant, là où il est présent, les formes d’organisation et les méthodes de lutte les plus avancées, déjà prouvés ou qui ont été créés par le mouvement de masses lui-même.

Il faut développer le mouvement syndical indépendant de la classe ouvrière, en l’articulant sur la base des assemblées et des commissions de délégués élues avec des procédures démocratiques, pour agir unis contre la politique économique et sociale du gouvernement (contre les reconversions, la coupure des prestations sociales, etc.) et contre les rythmes exténuants de travail, les normes humiliantes et autres abus du patronat.

Les luttes économiques ou pour des améliorations immédiates de la vie des travailleurs sont une des formes les plus importantes que revêt la lutte de classes dans la société bourgeoise.

Le Parti a la mission d’organiser, de prendre la tête et diriger ces luttes puisque, en plus de neutraliser l’appauvrissement progressif des masses, elles contribuent à élever leur niveau de conscience et à les organiser pour en finir avec l’exploitation capitaliste. Pour cela, le Parti stimule et aide les ouvriers à créer toute sorte d’organisations (pour la lutte syndicale, culturelle, d’autodéfense, etc.).

À mesure que l’automatisation se développe dans les usines et grandes entreprises, le nombre d’ouvriers spécialisés diminue et augmente le nombre de techniciens et cadres. Cette tendance à la séparation croissante entre le travail simple et le complexe et à la hiérarchisation salariale continuelle s’oppose aux aspirations égalitaires qui ont toujours existé dans la classe ouvrière.

En général, aux époques favorables, ce secteur de cadres et techniciens se conduit comme une lignée étrangère à la classe ouvrière et il s’identifie avec le régime de la bourgeoisie. Mais quand la crise arrive, il prend conscience de sa condition salariée et il tend à s’opposer au patronat et à son État.

Le Parti doit, avant tout, s’en tenir aux revendications et exigences des ouvriers les plus exploités, qui sont la majorité, en développant parmi eux l’organisation et la lutte unitaire, ce qui oblige à cet autre secteur à se décanter et à prendre position.

5.3. Organiser le mouvement de résistance populaire

Dans la lutte contre la bourgeoisie de chaque pays, la classe ouvrière peut seulement compter sur le soutien et l’appui vraiment inconditionnel que lui prête le prolétariat révolutionnaire international.

Partant de ce principe, le PCE(r) préconise l’unité de toutes les forces et secteurs populaires qui s’opposent au fascisme, aux monopoles et à l’impérialisme, en même temps il travaille activement pour développer des formes diverses de collaboration avec ces secteurs.

Dans ce domaine, l’expérience a démontré souvent que l’unité ne s’atteint pas en établissant des pactes ou alliances autour d’une table et moins encore en faisant des concessions idéologiques et politiques.

L’unité nécessaire des forces populaires s’atteint seulement à travers la lutte. D’abord, en développant la lutte indépendante contre la bourgeoisie et son État, mais aussi en dénonçant en même temps les hésitations et les inconséquences de la petite bourgeoisie démocratique et d’autres forces progressistes intermédiaires.

L’hostilité que nous rencontrons parfois dans ces secteurs ne doit pas décourager notre volonté. Il est nécessaire que nous soyons capables de nous unir même avec ceux qui ne sont pas d’accord avec nous, sinon, quel sens y aurait-il à parler d’unité ? Cela n’exclut pas, mais présuppose, la critique mutuelle sur tous les aspects de l’activité politique.

Parmi tous les secteurs populaires qui s’opposent aux monopoles et au fascisme, nous détachons les paysans. Le paysannat est un des secteurs les plus exploités et opprimés de la population et il se trouve seulement à un pas de la classe ouvrière, dont il vient grossir les rangs continuellement.

C’est pourquoi il est susceptible de s’incorporer à la lutte pour le socialisme et de fait il y a déjà longtemps qu’il s’affronte aux monopoles. Mais la conscience de propriétaire est si enracinée en lui que cela va exiger un travail persistant de propagande de le convaincre de l’inévitabilité et des avantages du socialisme, de la supériorité des formes collectives de production et de la nécessité absolue d’une alliance politique étroite avec la classe ouvrière.

Un autre secteur important que le Parti encourage et auquel il prête soutien est formé par les mouvements de libération des nations opprimées, qui se trouvent ouvertement opposés à l’État fasciste et impérialiste espagnol et qui font une défense conséquente des droits nationaux et démocratiques.

Le Parti appuie et stimule la lutte pour les exigences démocratiques qui répondent aux nécessités des masses populaires. Dans la lutte pour le succès de ces revendications, nous devons nous efforcer d’atteindre la plus grande confluence avec tous les secteurs de la population intéressée.

Ceux-ci incluent le mouvement antimilitariste, les étudiants, les femmes qui luttent pour leurs droits, les jeunes qui appartiennent aux classes et couches populaires, les intellectuels progressistes et en général tous ceux qui souffrent dans leur chair de l’exploitation, du racisme, de la détérioration de l’environnement, de la drogue, de la répression sous toutes ses formes, de la discrimination, de l’exclusion…

Nous devons regrouper autour de la classe ouvrière toutes ces forces pour mettre un frein à la constante détérioration des conditions de vie et á la suppression des libertés démocratiques, nous appuyer sur la lutte commune et former un puissant mouvement de résistance populaire, antifasciste et anti-impérialiste. De cette façon, nous réussirons à gagner pour la cause de larges masses et nous avancerons vers la réalisation des objectifs socialistes et communistes de la révolution.

5.4. La lutte de résistance

Les classes avancées de la société se sont toujours vues obligées de recourir à la violence révolutionnaire pour supprimer les formes de vie déjà périmées et ouvrir le chemin à d’autres nouvelles. La violence est la sage femme de toute vieille société qui porte dans ses entrailles une autre nouvelle. Naturellement, la classe ouvrière préfère prendre le pouvoir d’une manière pacifique.

Mais l’expérience historique démontre que, tant que la bourgeoisie n’est pas renversée dans les principaux pays impérialistes, le processus de transition du capitalisme au socialisme ne pourra pas s’effectuer d’une manière pacifique et légale, en utilisant les procédures parlementaires; et cela, pour la simple raison que la bourgeoisie monopoliste n’acceptera pas se retirer du pouvoir d’une manière volontaire et pacifique.

En vertu des expériences qu’ils ont accumulé, les actuels États capitalistes ne permettront pas au mouvement ouvrier révolutionnaire d’augmenter et de concentrer ses forces de manière pacifique, puisque ces États sont la contre-révolution organisée permanente.

Aujourd’hui, nous ne sommes pas à l’époque de la libre concurrence économique et de la dictature démocratique bourgeoise, quand la classe ouvrière avait encore la possibilité de s’organiser et d’utiliser les institutions bourgeoises pour lutter contre ces mêmes institutions, comme Engels le signalait.

L’instauration de formes de pouvoir de type fasciste et policier dans la presque totalité des pays capitalistes a fini par ruiner et rendre inutiles les méthodes de lutte pacifique et parlementaires anciens, ce qui n’a pas empêché que d’autres méthodes aient surgi et soient en train de s’implanter.

En Espagne, pendant les dernières décennies, la classe ouvrière et d’autres secteurs exploités et opprimés de la population ont non seulement reçu le plomb fasciste et versé des dizaines de fois leur sang, mais aussi ont combattu et harcelé avec tous les moyens à leur portée les forces répressives, leur ont opposé des barricades et toutes les formes de lutte violente et ils leur ont causé des morts et blessés nombreux.

Cela a été accompagné de grèves, du fait d’imposer des assemblées ouvertes dans les quartiers, universités et centres de travail, les commissions de délégués, de la formation de piquets de grève et de bien d’autres méthodes de lutte démocratique du type le plus avancé.

Dans cette situation générale, et coïncidant avec le commencement de l’aggravation de la crise économique et politique du régime et la recrudescence de la répression, dans les années 60, resurgit dans notre pays la lutte armée, sous forme de guérilla urbaine, pratiquée par de petits groupes ou détachements armés.

À partir de ce moment-là, la combinaison des actions armées de la guérilla avec les grèves, manifestations, sabotages, etc. représente la principale forme de lutte du mouvement ouvrier et populaire.

Cette combinaison de différents moyens de lutte donne forme à un vaste mouvement de type nouveau qui nous conduit à le qualifier de mouvement de résistance populaire.

Dans ce mouvement, la lutte de masses et l’activité du Parti jouent le rôle principal. La lutte armée guérillera et l’organisation militaire sont des formes de lutte et d’organisation subordonnées aux précédentes. En Espagne, la guérilla ne va pas pouvoir accumuler seule la force nécessaire à renverser et anéantir l’armée fasciste. Ce sera l’insurrection générale des masses, en combinaison avec la lutte de l’armée guérillera qui, à son heure, renversera l’État capitaliste.

Donc, les principales fonctions que la guérilla devra accomplir à cette étape de la lutte politico-militaire seront celles de continuer à aider le mouvement de masses et ses organisations, de contribuer à créer toutes les conditions (politiques, économiques, organiques, militaires, etc.) pour l’incorporation des grandes masses à la lutte pour le pouvoir et, en même temps, d’œuvrer à son propre renforcement.

Les fonctions de la lutte armée et l’organisation guérillera ne sont pas limitées par des conditions momentanées, insurrectionnelles ou locales (et par conséquent de caractère tactique), mais permanentes. Cela est déterminé par les conditions du régime économique et politique de l’impérialisme comme par la crise et le déroulement de la lutte de classes. De cette façon, la lutte armée guérillera devient une partie essentielle de la stratégie révolutionnaire du prolétariat.

Tout cela fait que le Parti doit considérer la lutte armée non seulement du point de vue de l’insurrection et de la situation révolutionnaire en général, mais aussi et surtout dans les aspects de l’organisation de l’armée guérillera et de la stratégie de la guerre populaire prolongée.

La lutte de résistance aura inévitablement un caractère prolongé, car nous nous opposons non seulement à un ennemi qui compte avec un appareil d’État ramifié et centralisé, avec des moyens relativement puissants et un appui considérable de l’impérialisme international, mais il faut écarter toute possibilité d’organiser les grandes masses à travers les moyens légaux qui, à un certain moment, permettraient de faire face à la réaction et de renverser l’État capitaliste par l’insurrection armée. Cela est du passé.

Aujourd’hui, les monopoles ne permettront pas aux masses de rassembler leurs forces et ne se laisseront pas surprendre par une insurrection générale qui éclate à un moment donné. D’ailleurs, dans les conditions de l’Espagne, le fascisme ne permettra aucune sorte d’organisation de la classe ouvrière et d’autres secteurs populaires vraiment indépendante; il ne donnera pas la moindre chance dans ce sens.

Pour ce motif, ici est seulement possible la résistance politique et la lutte armée, si bien que, quand l’insurrection se produira, elle devra être préparée par des années de résistance du mouvement populaire dans un processus où alterneront les avancées et les reculs, où il faudra apprendre à utiliser toutes les moyens de lutte et où le politique et le militaire devront se combiner convenablement.

5.5. Assurer l’orientation politique du mouvement guérillero

Nous, les communistes, devons tenter de guider les formes de lutte du prolétariat et d’autres secteurs de la population. Parmi elles, détache la lutte armée guérillera. Le Parti doit faire tous les sacrifices nécessaires pour soutenir la guérilla, lui procurer l’appui des masses et assurer son orientation.

L’organisation armée guérillera est une partie détachée du mouvement ouvrier et populaire et en reçoit toute sorte de soutien et appui. Si elle ne comptait pas sur ce soutien et la réserve inépuisable de recrutement que les masses représentent, il y aurait longtemps qu’elle aurait été anéantie par la réaction.

L’organisation armée guérillera n’a pas d’intérêts différents de ceux des masses populaires. Par conséquent, son objectif politique ne peut être que le renversement du régime de la bourgeoisie impérialiste, l’expropriation des monopoles et le rétablissement de la République Populaire. Donc, les activités armées de la guérilla doivent contribuer à la réussite de cet objectif fondamental et répondre, en tout moment, aux besoins du mouvement politique des masses; c’est-à-dire, elles ne doivent pas être des actions isolées.

La guerre de guérillas, bien que larvée, est une forme de guerre civile, elle est là et elle mûrit tous les jours. Puisqu’il s’agit d’une guerre, elle exige des analyses et des méthodes militaires pour pouvoir être menée avec succès. Mais il ne faut pas perdre de vue que, comme toute guerre, la guerre de guérillas, étant la suite de la lutte politique (seulement menée par d’autres moyens, les moyens violents), doit être guidée en tout moment par la politique, par le Parti: c’est le Parti qui guide le fusil.

La guerre de guérillas obéit à de profondes causes économiques, politiques, sociales et historiques. Le Parti analyse ces causes à la lumière du marxisme-léninisme, extrait de son étude les lois générales de cette guerre populaire, sa stratégie et sa tactique. Il n’est pas à la portée de l’organisation armée – comme organisation armée – d’élaborer le Programme ou la stratégie; cela est uniquement à la portée du Parti et ce sont des tâches principalement siennes.

D’ailleurs, il faut maintenir une stricte séparation organique entre le Parti et la guérilla. Le mouvement de résistance et le Parti Communiste lui-même ont des tâches multiples à accomplir qui d’aucune manière n’entrent dans les rigidités d’une armée ou d’un mouvement militarisé. Les luttes des larges masses d’ouvriers et de travailleurs ont besoin de la direction politique du Parti Communiste.

Celui-ci donne cours à son ardeur et à sa détermination révolutionnaire, en synthétisant les expériences de leurs luttes et en les étendant. Le Parti, comme détachement d’avant-garde et noyau dirigeant du prolétariat, est celui qui est le mieux préparé pour mener à bon terme les tâches de type fondamentalement politique, et il a l’obligation de le faire.

Au cas contraire, le mouvement des masses serait facilement désorienté et divisé et tomberait dans la démoralisation. Le Parti assure en même temps le lien entre la guérilla et le mouvement politique des masses. L’établissement de ces liens permet au Parti de donner une continuité à l’activité guérillera, en promouvant l’incorporation de la jeunesse antifasciste dans ses rangs et en l’alimentant de communistes expérimentés et fermes.

De son côté, les membres du Parti qui développent leur activité dans les organisations de la guérilla y défendent les positions vraiment démocratiques et révolutionnaires du prolétariat, en s’en tenant au caractère populaire de ces organisations et en donnant exemple de dévouement et de hardiesse.

La présence des communistes dans la guérilla et leur rôle politique et idéologique renforcent l’unité interne et la discipline de l’organisation militaire, la dote d’une haute morale de combat et d’une large perspective; en même temps, ils garantissent la réussite de ses actions, comme du choix du meilleur moment pour les réaliser et les moyens justes pour atteindre les objectifs.

5.6. La lutte contre l’oppression nationale

Étant donné qu’en Espagne le fascisme et l’impérialisme plongent leurs racines dans la suppression des libertés, mais aussi dans le maintien sous leur joug des peuples, la lutte contre l’oppression nationale en général et dans chacune des nations opprimées en particulier, acquiert une importance fondamentale dans la lutte pour le renversement du régime.

C’est pourquoi, dans tout le pays, mais surtout dans chacune de ces nations, nous les communistes devons prendre avec force dans nos mains le drapeau des droits nationaux, en l’arrachant aux manœuvres de la bourgeoisie.

En assumant le fait national et les revendications nationales que le capitalisme n’a pas résolus et que ne peuvent pas trouver de solution sous ce système, la classe ouvrière leur donne un contenu socialement différent. Pour les ouvriers, la lutte pour les droits nationaux est indissolublement liée à leurs intérêts de classe, à la lutte pour le pouvoir politique, à la lutte pour le socialisme.

Ainsi, l’internationalisme prolétarien, l’union des ouvriers des différentes nationalités, devient-il la base de la solution de la question nationale en Espagne.

Le prolétariat révolutionnaire s’appuie sur cette base pour défendre le droit à la séparation et à l’indépendance de la Galice, de l’Euskal Herria (Pays Basque) et de la Catalogne, et lutter sans repos pour qu’il soit reconnu. Dans le travail d’éducation internationaliste des ouvriers, le Parti doit centrer son attention sur la dénonciation du chauvinisme espagnol et sur la défense de la liberté de séparation des nations opprimées par l’État.

Pour que cette activité ne soit pas utilisée par le nationalisme bourgeois réactionnaire pour troubler la conscience de classe des ouvriers, en les divisant par nations pour les subordonner à ses intérêts, les communistes de chacune de ces nations doivent plaider en même temps pour l’union volontaire et sur pied d’égalité nationale absolue, de tous les ouvriers et peuples exploités et opprimés par le même État.

Dans le cadre de l’État espagnol, la possibilité de qu’une ou quelques nationalités choisissent l’indépendance était jusqu’à maintenant à peine probable.

Cependant, en raison de l’aggravation de la crise du système capitaliste et de l’aiguisement des contradictions interimpérialistes et de leur répercussion en Espagne, cette possibilité n’est pas du tout négligeable. C’est pourquoi, en raison de sa défense du droit à l’autodétermination et pour affaiblir l’État fasciste, le Parti n’hésitera pas à soutenir ces peuples au cas où ils décideraient de se séparer de l’État espagnol et de proclamer leur indépendance.

La lutte contre l’oppression nationale fait partie et s’est confondue avec la lutte pour les libertés démocratiques et la lutte pour le socialisme, elles sont unies et il n’existe de solution complète pour aucune d’entre elles séparément.

C’est pourquoi, en partant de la singularité nationale, il est indispensable de les intégrer dans un seul torrent de lutte révolutionnaire capable de casser toutes les digues de division et de confusion que le système impose et de détruire l’État. Cela sera la seule garantie pour conquérir les droits politiques, sociaux et nationaux de tous et de chacun des peuples.

5.7. La lutte contre l’impérialisme et le péril de guerre

La crise capitaliste mondiale et la faillite du révisionnisme moderne ont fait surgir de nouveaux centres impérialistes du pouvoir et ont aggravé toutes les contradictions du système. D’où la lutte entre les États capitalistes les plus forts pour un nouveau partage du monde s’est accentuée et des stratégies économiques, politiques et militaires, ainsi que des alliances nouvelles, se profilent.

Au plan mondial, les contradictions qui opposent entre eux les groupes monopolistes et les États impérialistes se apparaissent aujourd’hui, à nouveau, comme la contradiction principale.

L’impérialisme n’est pas un tout homogène, puisque son hégémonie exacerbe et complique encore plus les contradictions du capitalisme. Cela arrive parce que sa particularité essentielle n’est pas les monopoles purs, mais les monopoles avec l’échange, le marché, la production petite et moyenne, la concurrence et la crise.

Dans la course pour vaincre leurs concurrents, les États monopolistes prennent des mesures de type protectionniste qu’après ils se jettent à la figure, ils pratiquent le dumping, limitent les investissements, exigent des contreparties, etc.

Contrairement à la première moitié du siècle, où les zones de friction se trouvaient, principalement, dans les colonies et semi-colonies, aujourd’hui l’axe des luttes monopolistiques s’est déplacé sur les marchés intérieurs des pays impérialistes eux-mêmes, ce qui imprime à la concurrence une plus grande agressivité.

Il est vrai que dans les relations entre les puissances capitalistes tout ne se base pas sur la politique de force et sur la confrontation. Il existe aussi les alliances et des accords de paix, qui sont comme des trêves entre les guerres.

Cependant, aux époques de crise générale comme actuellement, de tels accords sont seulement des aspects partiels qui, au bout de peu d’années, peuvent se rompre ou deviennent des chiffons de papier. De cette façon, les accords et traités entre les États capitalistes sont en train de passer au second rang, tandis que les luttes internes, les antagonismes, les rivalités et les vieilles rivalités occupent de plus en plus le premier plan.

Ces rivalités, qui étaient autrefois motif de chocs fréquents, de conflits et de guerres, conduisent à des affrontements nouveaux entre les États impérialistes pour le partage et le pillage du monde. Comme Lénine le disait: Sous le capitalisme il n’y a pas d’autre fondement pour le partage des sphères d’influence, des intérêts, des colonies, etc. que celui de la force économique générale, financière, militaire, etc. (5)

L’État espagnol ne se tient pas en marge de ce conflit et participe comme un pays impérialiste de plus à la boucherie, au partage et à la rapine. Le risque de guerre, l’appui du complexe militaire et informatif de l’OTAN à l’appareil répressif et à l’Armée espagnole, les dépenses militaires qui retombent sur les classes populaires et la possibilité d’utiliser notre jeunesse comme chair à canon dans les expéditions agressives de l’impérialisme, sont des problèmes qui touchent à des millions de personnes.

Cette situation est en train de générer un large mouvement de protestation et de refus qui entraîne non seulement la participation de la classe ouvrière et la jeunesse (son vrai moteur et organisateur), mais aussi d’autres secteurs sociaux importants.

C’est ainsi que le mouvement contre le militarisme, les bases yankees installées sur notre territoire et contre l’OTAN est en train de s’unir de plus en plus à l’ensemble du mouvement de résistance qui lutte pour le renversement du régime et des piliers qui le soutiennent.

Dans le cadre du capitalisme, jamais nous ne pourrons éviter ses tendances agressives et impérialistes; il faut en finir d’abord avec les causes et le pouvoir qui les crée et les nourrit. C’est pourquoi, si la lutte contre l’impérialisme était dépourvue d’objectifs révolutionnaires, elle n’arriverait pas, dans le meilleur des cas, qu’à arracher quelques promesses au gouvernement.

D’où, sans écarter qu’au cours de la lutte on puisse faire reculer les forces impérialistes, nous devons considérer que seul le renversement du régime des monopoles permettra, en dernier ressort, de démanteler les bases yankees dans notre pays, de nous éloigner du bloc impérialiste et en définitive d’affaiblir la réaction mondiale.

Nous considérons qu’aujourd’hui, il y a trois fronts de lutte contre l’impérialisme: le front que composent les pays socialistes, le front que forment les peuples et les nations opprimées et le front de lutte qui se trouve à l’intérieur de chaque pays impérialiste. Ces trois fronts font partie d’un même combat général contre l’impérialisme et la réaction; ils se complètent et s’appuient mutuellement.

Le développement de la lutte de classes dans chaque pays, surtout la lutte révolutionnaire du prolétariat, constitue un des facteurs les plus importants de la désintégration impérialiste. Aujourd’hui, l’impérialisme des USA et son instrument militaire, l’OTAN, continuent d’être le principal ennemi des peuples du monde entier; par conséquent, ceux-ci doivent être sur leurs gardes et rassembler toutes leurs forces contre lui.

Cela dit, vu l’éventualité de l’éclatement d’une troisième guerre mondiale, le prolétariat révolutionnaire ne fera aucune différence entre les camps adverses, puisque étant donné le cours des événements, celle-ci aura sûrement des deux côtés un caractère de guerre impérialiste, injuste, de rapine.

Le Parti s’oppose à la guerre impérialiste. Au cas où celle-ci se produirait, il devra se déclarer défaitiste; c’est-à-dire, qu’il appellera à la défaite de l’État de notre propre bourgeoisie et la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire, et fera tout son possible pour parvenir à ce résultat.

5.8. Mener à bien la révolution dans notre pays et contribuer à son triomphe dans le monde entier

Les intérêts de la classe ouvrière sont les mêmes dans tous les pays. Grâce à l’extension du mode de production capitaliste partout dans le monde, la relation d’interdépendance des ouvriers des différents pays se renforce, et le principe selon lequel le communisme seul peut vaincre comme révolution mondiale prend une plus grande signification encore. Conformément à ce principe, le PCE(r) se déclare partie intégrante du parti international du prolétariat.

Dans la situation de crise généralisée de l’impérialisme et de grave risque de guerre, l’unité des ouvriers, des peuples et nations opprimées du monde entier est tant et plus nécessaire et urgente que jamais pour mener jusqu’au bout la lutte contre la bourgeoisie monopoliste et l’impérialisme. Dans ce large front de lutte, la classe ouvrière et les partis et organisations communistes sont la force principale et la plus réellement révolutionnaire.

Les États socialistes occupent aussi une place remarquable; c’est pourquoi, ils ne peuvent être considérés d’une manière isolée, car ils font partie de la révolution mondiale, à laquelle ils doivent servir d’avant-garde et de moyen d’accélérer son développement.

Il faut que le prolétariat révolutionnaire affronte l’ensemble de ses tâches nationales et internationales selon cette conception. Il y a un seul internationalisme efficace – expliquait Lénine – qui consiste à se consacrer au développement du mouvement révolutionnaire et de la lutte révolutionnaire dans son pays, et à appuyer (par la propagande, le soutien moral et matériel) cette lutte, cette ligne de conduite et celle-ci seulement dans tous les pays sans exception (6).

Aujourd’hui plus que jamais, l’idée que les ouvriers n’ont pas une patrie est totalement valable. Mais tant que les États capitalistes et les différences nationales existent, la lutte entre les exploités et les exploiteurs continuera à avoir un cadre national ou d’état. La révolution est l’affaire du peuple de chaque pays et il dépend de son degré de maturité politique qu’elle puisse être menée à bien. Cela n’exclut pas la nécessité d’un organisme qui représente la grande armée du prolétariat international.

À ce sujet, nous considérons comme un facteur positif l’aspiration à la constitution d’un centre révolutionnaire mondial, dont la nécessité se fait sentir de plus en plus. Cependant, cela suppose de ne pas répéter les erreurs anciennes.

L’unité de la tactique internationale du mouvement ouvrier communiste des pays du monde entier, disait Lénine, exigera, non la suppression de la variété, non la suppression des particularités nationales (ce qui actuellement est un rêve absurde), mais une application des principes fondamentaux du communisme… qui modifie avec discernement ces principes dans leurs détails, qui les adapte, qui les applique avec discernement aux particularités nationales et étatiques (7).

En accord avec cette tactique et en suivant la formule appliquée par la I Internationale, nous plaidons plutôt pour la création d’une centrale d’orientation, communication et coopération internationale qui rende possible l’appui mutuel et l’échange d’expériences entre les organisations et partis communistes du monde entier et qui soit capable, en même temps, d’organiser des actions simultanées.

6. Programme général du Parti pour la transition au communisme

6.1. Nécessité historique de la dictature révolutionnaire du prolétariat

Entre la société capitaliste et la société communiste -écrit Marx- s’écoule la période de transformation révolutionnaire de la première à la seconde. À cette période correspond aussi une période politique de transition, durant laquelle son État ne peut être que celui de la dictature révolutionnaire du prolétariat (8).

La classe ouvrière ne peut s’approprier simplement l’État bourgeois, destiné à sauvegarder la propriété privée capitaliste et à réprimer les travailleurs, pour le mettre à son service (comme le firent les révolutionnaires bourgeois avec l’appareil féodal), mais elle doit détruire la machine bureaucratique et militaire bourgeoise qui le soutient et instaurer, au moyen de la dictature révolutionnaire, son propre État de démocratie ouvrière.

L’État de dictature du prolétariat qui applique la répression et restriction des droits de la minorité exploiteuse suppose -en opposition à la démocratie bourgeoise ou dictature capitaliste- le plus grand degré de démocratie et liberté jamais atteint par les travailleurs.

Étant donné les tâches qui doivent être abordées pendant cette étape de transformation révolutionnaire de la société de classes en une autre sans classes ou communiste, la dictature révolutionnaire du prolétariat devra s’étendre nécessairement sur une période historique longue. Cela durera tant que les classes ne seront pas abolies, tant que les idées qui émanent de ces relations sociales ne seront pas éliminées et tant que l’État de classe ne disparaîtra pas comme une forme du passé.

De même que dans le capitalisme, dans le socialisme la société avance poussée par ses propres contradictions internes. C’est une loi universelle. Dans le socialisme les classes et la lutte de classes, la contradiction entre les forces productives et les relations de production, la contradiction entre la base économique et la superstructure politique et idéologique, et d’autres contradictions continuent à exister. Pendant toute la période socialiste, la contradiction principale de la société est celle qui oppose le prolétariat à la bourgeoisie, bien que cette contradiction puisse revêtir un caractère différent et adopter des formes différentes.

Il faudra que le Parti Communiste étudie le caractère ou la nature de chacune de ces contradictions pour leur donner une solution juste.

En particulier, il faudra qu’il tienne compte que dans le socialisme, comme Mao l’enseigne, nous sommes en présence de deux types de contradictions sociales: les contradictions entre nous et nos ennemis et les contradictions au sein du peuple. Ce sont deux types de contradictions de caractère tout à fait différent […] Les contradictions entre nous et nos ennemis sont des contradictions antagoniques. Au sein du peuple, les contradictions entre travailleurs ne sont pas antagonistes. Par conséquent, comme les contradictions entre l’ennemi et nous et les contradictions au sein du peuple sont de nature différente, elles doivent être résolues par des méthodes différentes: pour la première, par les moyens coercitifs, la dictature, pour la deuxième -pour le peuple- par l’éducation et la persuasion, c’est-à-dire, la démocratie (9).

Tandis que l’étape historique socialiste ne sera pas finie, il faudra que la classe ouvrière se serve de l’État pour exercer sa dictature pour vaincre les classes exploiteuses, qui, comme Lénine l’a dit, opposeront une résistance longue, obstinée, désespérée et poursuivront inévitablement des espoirs de restauration, des espoirs qui deviendront des tentatives de restauration (10).

Au début, après son renversement, la bourgeoisie, les propriétaires terriens, les intellectuels bourgeois, etc. perdent leur pouvoir politique, leur tête organisée, mais ne disparaissent pas comme classe.

Pendant le socialisme, la bourgeoisie continue de se reproduire d’une façon incontrôlée, à la manière ancienne, autant dans la base économique (à travers la petite production) que dans la superstructure (au travers des vieilles idées, de la force de la coutume, etc.), mais elle acquiert aussi des connotations nouvelles, car elle prend place dans la bureaucratie de l’État et dans le Parti, où elle tente de s’emparer de la direction et de changer la ligne politique révolutionnaire.

Si cela arrive, le développement socialiste stagne et les contradictions de la société ne tardent pas à être antagonistes. C’est pourquoi il est indispensable d’exercer la dictature sur la bourgeoisie dans tous les domaines et de pratiquer la lutte de classes.

À ce sujet, en synthétisant toute l’expérience positive et négative de la construction du socialisme, Mao Zedong soutenait que la direction du processus révolutionnaire devrait se faire toujours à partir de la prédominance de la direction politique et idéologique du Parti.

La dictature du prolétariat implantée, le Parti devra fixer son attention sur la résolution de la contradiction que suppose l’existence même de l’État socialiste.

Cette situation contradictoire tient au fait que, d’un côté, l’État constitue l’instrument de la dictature du prolétariat pour écraser la contre-révolution et organiser la nouvelle société, d’un autre côté, il devient le principal bastion de tout le vieux et le caduc qui reste dans la société.

D’où, la nécessité de marcher toujours en avant, vers le communisme et l’extinction totale de l’État; la nécessité que les masses, dirigées par le prolétariat et le Parti Communiste exercent un étroit contrôle sur les organismes de l’État et qu’elles soient vraiment et pas seulement en parole, celles qui assument la direction dans toutes les sphères de la vie économique, politique, culturelle, administrative, etc. pour neutraliser la tendance absorbante de l’État et réduire ses fonctions à la plus simple expression.

Naturellement, cet objectif ne pourra être atteint complètement avant que ne disparaissent totalement les classes et les conflits de classe qui impliquent l’existence de l’État comme organisme spécial de répression.

Seulement à partir de ce moment-là où la dictature du prolétariat deviendra inutile, l’État n’aura plus de raison d’être. 

Le premier acte où l’État se manifeste effectivement comme représentant de toute la société – la prise de possession des moyens de production au nom de la société – est en même temps son dernier acte indépendant comme État. L’intervention du pouvoir de l’État dans les relations sociales deviendra superflue dans un domaine après l’autre et il s’endormira de lui-même.

Le gouvernement sur les personnes sera remplacé par l’administration des choses et par la direction des processus de production. L’État ne sera pas aboli: il s’éteindra (11).

Une condition essentielle pour que ce processus d’extinction de l’État se développe sera l’existence d’un mouvement communiste de masses, dirigé et stimulé par un parti communiste qui continue à agir comme une vraie avant-garde et qui soit vigilant face à l’État, afin de garantir la solution des problèmes et l’avancée ininterrompue vers le communisme.

À cette fin, le Parti doit exercer son action d’en haut (dès organes de l’État et du gouvernement, sans s’identifier ni jamais se soumettre à eux) et faire pression en même temps d’en bas, en développant la participation et la lutte des masses, avec le regard toujours fixé sur les objectifs derniers du communisme.

Si on ne fait pas comme cela, ces positions seront occupées par le révisionnisme et la nouvelle classe bourgeoise qui, dans le socialisme, surgissent de vieilles relations de production et de la bureaucratie et dont les intérêts sont seulement de perpétuer les relations d’exploitation et l’oppression sur les masses populaires.

Conscient de cela, le Parti, noyau dirigeant de tout le processus révolutionnaire, base sa stratégie sur le mouvement des masses et le maintien de la plus étroite liaison avec elles; il développe sa capacité créative, a recours aux masses pour la défense ferme et conséquente des conquêtes révolutionnaires face aux tentatives de restauration de la bourgeoisie, vieille et nouvelle, et se soumet lui-même à la critique ouverte des masses, comme moyen important de corriger ses erreurs inévitables.

6.2. La politique économique dans la période de transition

Après la prise du pouvoir par la classe ouvrière, les secteurs fondamentaux de l’économie passent aux mains de l’État sous la forme de propriété de tout le peuple; le contrôle ouvrier sur la production s’établit et les conditions de vie et de travail des travailleurs s’améliorent notablement. Cela touche au problème des relations de production.

Malgré tout, les vieilles relations de propriété capitaliste ne sont pas totalement éliminées; avec la propriété de tout le peuple, coexistent pendant quelque temps d’autres formes de propriété.

C’est pour cela qu’un des objectifs fondamentaux de la lutte qui a lieu durant le socialisme consiste précisément à transformer ces formes de propriété privée dans les deux formes fondamentales de la propriété socialiste – la propriété de tout le peuple et la propriété collective des coopératives -, pour ensuite approfondir le processus de transformation de ces dernières dans une seule: la propriété de tout le peuple.

Dans le socialisme, la propriété sociale sur les moyens de production conditionne la nécessité objective du développement planifié et proportionnel de l’économie. C’est une des lois économiques fondamentales de la transition au communisme.

La loi des bénéfices maximaux, l’anarchie dans la production et la loi de la valeur, facteurs qui régulent spontanément l’économie dans le capitalisme, disparaissent dans l’économie socialiste puisque est supprimé le caractère privé de la propriété sur les moyens de production.

Dans le socialisme, il s’agit de mettre en harmonie la propriété sociale sur les moyens de production et le caractère social de la production. Sur cette base, s’établit le développement planifié et proportionnel de l’économie, qui rend possible l’élaboration et la mise en pratique des plans de production et de distribution.

La planification implique un ensemble de mesures économiques, politiques et idéologiques qui, bien qu’elles reflètent une réalité objective, agiront sur elle pour la transformer. Voici l’importance relative et la priorité de la politique sur l’économie.

Dans le socialisme, ne peuvent régner les mêmes lois d’exploitation, la concurrence et le commerce capitalistes, de même le marché et la concurrence capitaliste ne peuvent pas fixer les prix. Dans le socialisme, la politique et la planification économique – orientées en accord avec les intérêts des masses à court et long terme – sont les vrais régulateurs.

Cela obéit au degré de développement atteint par les forces productives sociales. Dans la société socialiste, le développement économique est inséparable du développement social et culturel général; il est un processus économique, social, politique, technologique, idéologique, etc. qui doit être accompagné, en plus, de l’établissement de relations économiques internationales nouvelles.

Les relations de production ne comprennent pas seulement le système de propriété, mais aussi les relations humaines dans le travail et le système de distribution.

Étant une société de transition, le socialisme hérite du capitalisme la division du travail, qui se trouve présent dans la contradiction existant entre la campagne et la ville (dans la séparation entre le travail industriel et commercial, d’un côté, et le travail agricole, d’un autre côté), ainsi qu’entre le travail manuel et le travail intellectuel.

En outre, la permanence du droit bourgeois, exprimé dans le principe de distribution a chacun selon son travail, et la tendance qui s’observe dans certains secteurs de la société à le violer et à créer de nouvelles couches de privilégiés, imposent à l’État d’assumer avec fermeté la tâche d’empêcher l’application abusive de ce principe et la régulation du droit bourgeois jusque le faire disparaître.

Tout cela est inséparable de la lutte politique et idéologique (la lutte contre les idées vieilles, les habitudes et mœurs anciennes, etc.). C’est ainsi que se manifeste la contradiction entre les forces productives et les relations de production et celle qui oppose la base économique et la superstructure politique et idéologique.

Bien que, dans le socialisme, la révolution établisse un certain équilibre ou une correspondance entre elles, ce facteur est seulement partiel et relatif, tandis que le déséquilibre est absolu et détermine le développement constant des relations de production.

L’instauration de la dictature du prolétariat est la prémisse fondamentale pour la démolition des relations anciennes et sa substitution par d’autres nouvelles, mais cela arrivera seulement au cours d’une lutte de classes longue et exacerbée, lutte qui a lieu fondamentalement dans le domaine de la superstructure et qui doit comprendre tous les aspects de la vie.

Cela se produit parce que l’appropriation des moyens fondamentaux de production par les producteurs ne provoque pas d’une façon automatique les changements correspondants dans les nouvelles relations de production ni, par conséquent, dans la superstructure liée à celles-ci, où la bourgeoisie renversée, mais pas encore vaincue, a son dernier domaine héréditaire.

6.3. Transformation et développement intégral de l’homme

La frontière entre le socialisme et le communisme ne se trouve pas dans la ligne de démarcation entre le système de propriété collective et le système de propriété de tout le peuple.

Dans ce sens, Lénine l’a catégoriquement exposé: … En commençant les transformations socialistes, nous devons clairement nous fixer l’objectif où tendent, en fin de compte, ces transformations: celui de créer la société communiste, qui ne se limite pas à exproprier les usines, la terre et les moyens de production, qui ne se limite pas à établir une comptabilité et un contrôle rigoureux de la production et distribution de produits, mais qui va plus loin pour que le principe de ‘chacun selon sa capacité, à chacun selon ses nécessités’ devienne réel(12).

Ce plus loin rapporté par Lénine comprend la transformation et le développement intégral de l’homme, et pour y arriver, la formation d’un mouvement communiste de masses est indispensable. Seulement cela justifie historiquement l’étape de transition socialiste.

Les premières expériences de cette nouvelle révolution, que Lénine qualifiait de plus difficile, plus essentielle, plus radicale et plus décisive que le renversement de la bourgeoisie, car c’est une victoire sur la routine et l’indiscipline personnelles, sur l’égoïsme petit-bourgeois, sur toutes ces habitudes que le maudit capitalisme a laissée en héritage à l’ouvrier et au paysan (13), furent les samedis communistes.

Lénine a aussi tiré les enseignements essentiels de ces premiers hauts-faits du futur de l’humanité, en soulignant entre autres choses: Le ‘communiste’ commence uniquement quand les samedis communistes apparaissent, c’est-à-dire, le travail gratuit d’individus non assujettis à des normes par aucun pouvoir, aucun État, au profit de la société à grande échelle (14).

L’idée de concevoir le développement de la nouvelle société en termes de développement des forces productives, et en utilisant exclusivement la technique et les incitations matérielles, est la conception de la bourgeoisie que le révisionnisme moderne a pratiquée.

On ne doit donc pas être surpris qu’elle ait conduit à de nombreux pays à la stagnation, la faillite économique, politique, sociale et morale et que, finalement, la bourgeoisie leur ait imposé à nouveau sa dictature de classe.

Un tel désastre est arrivé parce qu’en réalité le révisionnisme ne représente pas des intérêts différents de ceux de la classe bourgeoise et de l’impérialisme, il ne se propose pas d’en finir avec l’exploitation et, par conséquent, jamais il ne pourra éliminer les obstacles qui apparaissent sur la voie de la transition au communisme.

Ce qui met clairement à découvert la politique révisionniste bourgeoise est de faire des incitations matérielles le principal mobile pour l’accroissement de la production des travailleurs, ainsi que la motivation essentielle de leurs activités sociales et politiques.

Dans la lutte contre le révisionnisme, Mao a mis l’accent sur le résultat erroné et nuisible de cette politique, en précisant que bien qu’on admette que le stimulant matériel est un principe important, il ne peut absolument pas être le seul. Il doit avoir un autre principe: le stimulant de l’esprit dans le domaine politico-idéologique. De plus, le stimulant matériel ne doit être uniquement traité en terme d’intérêts personnels, mais aussi en terme d’intérêts collectifs, de primeur des intérêts collectifs sur les intérêts personnels, de priorité des intérêts à long terme sur les intérêts immédiats (15).

L’intérêt matériel conçu du point de vue d’une certaine individualité ne fait que reproduire la division du travail sur laquelle il s’appuie et loin d’éliminer les contradictions existantes entre les uns et les autres secteurs de la société, il les aggrave encore plus, car la spécialisation, l’élévation des connaissances, l’étude, etc. auraient comme objectif pour chaque personne d’atteindre des ressources individuelles plus grandes et non de servir à la communauté.

L’expert, l’intellectuel, le fonctionnaire sont extraits ainsi du reste de la communauté pour préserver leurs intérêts particuliers, leur statut et ils tendent à consolider les vieilles relations de production capitaliste.

Le révisionnisme casse la relation entre les intérêts collectifs et l’intérêt individuel, en prenant ce dernier comme le facteur décisif de la production et même de l’existence de la société et il élimine la conscience politique comme force motrice et mobile des individus, dont l’attention devrait se diriger vers l’édification du communisme.

En réalité, de cette façon on renonce d’avance à ce futur pour avoir omis de considérer que l’individu constitue un élément de la collectivité et que les intérêts individuels améliorent à mesure que les intérêts publics progressent (16).

S’il est bien vrai que dans la société socialiste le travail ne constitue pas encore la première nécessité vitale pour tous, ce ne sera pas avec l’intérêt matériel exclusivement que l’on va créer les nouvelles relations de production, mais par l’éducation et la mobilisation des masses pour qu’elles réalisent le travail et la distribution communiste.

À travers la production et la lutte politico-sociale, l’homme transforme la nature et la société et, en même temps, se transforme lui-même. En abolissant l’exploitation de l’homme par l’homme, le socialisme crée les prémisses pour la formation de la personnalité universelle (qui s’atteindra sous le communisme) sur la base des nouvelles conditions économiques et sociales, de l’éducation idéologique, politique et morale.

Cette nécessité a fait concevoir à Mao la Révolution Culturelle Prolétarienne, qui constitue, à côté des transformations des systèmes de propriété et du développement de la production et de la culture, une des conditions essentielles pour le passage au communisme.

Le travail communiste et l’émulation, qui développent l’initiative audacieuse des masses et leur esprit entreprenant sont les bases indispensables pour l’implantation des relations de production nouvelles.

Ces bases permettront de faire d’autres pas également nécessaires pour en finir avec les classes sociales, tels que l’intégration d’intellectuels, techniciens, cadres et ouvriers dans des groupes de travail manuel et intellectuel, l’industrialisation rurale qui permet la formation des paysans-ouvriers et la suppression de la contradiction entre la ville et la campagne. C’est seulement par ce chemin qu’on peut surpasser la division du travail et créer les relations de production qui correspondent aux forces productives du communisme.

L’homme nouveau, l’homme universel naîtra ainsi, en liaison avec les transformations économiques qui, par la voie révolutionnaire et après la prise du pouvoir par le prolétariat, laisseront le capitalisme dans l’enfance de l’histoire faite consciemment par les hommes eux-mêmes.

Notes

(1) Lénine: L’État et la révolution
(2) C. Marx: Manifeste du Parti Communiste
(3) Lénine: L’État et la révolution
(4) Lénine: Une grande initiative
(5) Lénine: L’impérialisme, phase supérieure du capitalisme
(6) Lénine: Les tâches du prolétariat dans notre révolution
(7) Lénine: La maladie de la ‘gauche’ dans le communisme
(8) K. Marx: Critique au Programme de Gotha
(9) Mao Zedong: Sur le correct traitement des contradictions au sein du peuple
(10) Lénine: La révolution prolétarienne et le renégat Kautsky
(11) F. Engels: Anti-Dühring, cité par Lénine dans L’État et la révolution
(12) Lénine: VII Congrès extraordinaire du PC (b)
(13) Lénine: Une grande initiative
(14) Lénine: Rapport au sujet des samedis communistes
(15) Mao Zedong: Notes de lecture du Manuel d’Économie Politique de l’Académie de Sciences de l’URSS
(16) Mao Zedong: Notes de lecture du Manuel d’Économie Politique de l’Académie de Sciences de l’URSS.

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PCE(r) : 25e anniversaire d’un parti jeune et aguerri

Article paru dans Antorcha, théorique du PCE(r), mai 2000

Le 8 juin prochain sera le 25ème anniversaire de la tenue du Congrès reconstitutif de notre parti. Vingt-cinq ans que nous montrons orgueilleusement la déjà populaire et aimée (r), trente et quelques de travail politique organisé si nous comptons l’étape de la OMLE, c’est un anniversaire que peu d’organisations communistes peuvent célébrer dans le monde.

Combien de personnes et de groupes qui dans la décade de 70 se présentaient comme le nec plus ultra de la « gauche » auraient donné alors une pièce pour nous? Où sont ils maintenant?

Au moins, nous, nous pouvons trinquer avec les collègues, vétérans et jeunes et avec notre classe ouvrière pour ces 25 années de rien et chanter (assez bas, bien sûr, il ne faut pas informer l’ennemi) l’Internationale et l’hymne du parti, poing levé; tandis qu’eux … leurs derniers restes ont fini dans la poubelle de l’histoire ce 12 mars passé.

Quoi qu’il en soit nous sommes ici! Et nous continuerons! pour le malheur des fachos et de leurs laquais et pour la satisfaction des résistants. Dire cela n’est pas rien si nous regardons en arrière et voyons combien ces 25 ans ont été denses pour la vie politique et la lutte des classes dans notre pays, et si nous voyons l’importance des forces ennemies que nous avons dues affronter dans des conditions presque toujours difficiles en puisant au maximum dans notre « force débile ».

Dans notre souvenir vivent les camarades qui tombèrent sous le feu ennemi, ceux que la maladie ou les séquelles des grèves de la faim ont rendu incapables de continuer le combat de classe en première ligne, ceux qui, derrière les grilles, chantent avec nous, nous en sommes sûrs, bien qu’il leur soit difficile de trinquer; et nous n’oublions pas de citer les camarades qui sont dans la légalité, ceux qui sont dans la clandestinité, les amis et sympathisants, tous unis comme le poing autour du parti.

Il serait long de rappeler maintenant tout ce qui s’est passé depuis ce 8 juin 1975; pour résumer nous pourrions dire que comme en tout combat valeureux « ils nous en ont fait voir, et nous aussi leur en avons fait voir »; mais comme nous avons pour soutien la raison historique et la classe ouvrière, tandis qu’eux ne représentent que la barbarie historique et une poignée de parasites, nous allons en croissant et eux déclinent.

Le IVe Congrès de notre parti, tenu en 1998, constata qu’avec sa célébration « un cycle complet s’achevait » un cycle commencé avec la Réforme du régime des monopoles pendant l’agonie et la mort du dictateur Franco et avec notre réponse politique: la célébration du Congrès reconstitutif et l’élaboration du Programme pour la révolution socialiste.

En même temps nous nous sommes engagés résolument à dévoiler le déguisement « démocratique » du fascisme; nous avons essayé d’empêcher que la classe ouvrière reste attachée à lui par la pesante corde du réformisme; pour cela, outre notre travail permanent de dénonciation, nous avons entrepris de commencer les mouvements de masse et d’impulser la création de la guérilla populaire.

Ces années ne furent pas faciles pour nous qui devions mener le combat politique quasi en solitaire du fait de la trahison, de la reddition inconditionnelle de tous les groupes qui, autrefois, avaient formé « la gauche » du révisionnisme carliste.

La chute du Comité Central en 1977 fut un rude coup pour notre mouvement, suivirent des détentions répétées de militants et l’assassinat de certains. Dans ces circonstances des tangages dans l’activité du parti étaient inévitables.

Le rapport présenté au comité central en 1984 par le camarade Arenas et intitulé: « Où aller, quel chemin devons-nous prendre? » disait: « Dès le premier instant nous fûmes parfaitement conscients que la réaction ne nous pardonnerait pas l’audace de nous être attaqués à ses nouveaux plans, non seulement en paroles mais dans les actes.

Nous savions qu’ils allaient lancer sur nous tous les corps répressifs et les moyens disproportionnés dont ils disposent pour essayer de nous réduire en miettes dans le moins de temps possible. Nous le savions. Leurs campagnes de calomnies et de mensonges étaient guidées par le même critère et devaient aboutir à cette fin. Cela aussi nous le savions.

C’est pourquoi nous nous disions: si nous sommes capables de résister à leurs attaques furieuse et hystériques, ils perdront la bataille politique et idéologique. C’est pourquoi le parti dut se replier en ordre pour étancher ses blessures, récupérer des forces et attendre une situation générale plus favorable (…) Mais cela ne signifie en aucun cas cesser de combattre ».

Pour faciliter ce repli « combattant » et mettre encore plus en évidence la nature fasciste du régime, le programme en cinq points fut avancé. La tentative du coup d’état du 23 février et la montée précipitée au pouvoir de l’équipe philippiste vinrent confirmer le succès de notre position.

Nous n’allons pas étendre notre récit parce que les résultats de la « décade de l’infamie » philippiste sont encore présents à notre esprit. Il suffit de dire que quelques militants appellent ces années notre particulière « traversée du désert ».

Mais si notre parti du surmonter une très dure épreuve (détentions, exterminations de détenus politiques), ce qui arriva au mouvement ouvrier ne fut pas moindre (reconversions, liquidation de droits syndicaux, chômage); et l’ensemble du mouvement populaire subit une diminution générale des libertés et la guerre sale.

Si bien que tout cela eût pour conséquence le retard de plus d’une décade des plans de réorganisation du parti; en même temps se créaient les bases d’une unité plus étroite entre le parti, la classe ouvrière et les autres secteurs populaires qui s’éveillaient à la conscience de la nature fasciste du régime. Pendant cette période le « fascisme bourbonien » achevait sa banqueroute politique comme cela est apparu lors des élections du 12 mars passé.

En effet, un cycle terminé et les thèses que nous avancions en 1975 se sont révélées tout à fait juste, thèses disant que « du fascisme à la démocratie il n’y avait pas de chemin possible »; par conséquent ce n’est pas le chemin des urnes qui ouvre la voie à la révolution mais la combinaison du mouvement des masses et des coups de la guérilla coordonnées en unique Mouvement Politique de Résistance.

Bien qu’il n’ait pas été dans notre intention de faire un bilan ou une histoire depuis la célébration du Congrès reconstitutif, il faut reconnaître que 25 ans est une bonne date, très juvénile, qui se prête à un regard en arrière pour contempler le chemin parcouru et en tirer quelques enseignements.

Cela nous ouvre la tâche que nous réclament depuis un certain temps, des camarades, amis et sympathisants et que nous n’ajournerons plus, compléter « l’histoire du parti ». Nous pouvons considérer cette note comme un coup d’envoi pour nous mettre au travail. Nous avons déjà fait quelques pas et ne partons pas de rien.

Il y a « L’histoire du PCE (r) et des Grapo » déjà épuisée de l’éditeur Contracanto, le thème XXII « Brève ébauche de l’histoire du PCE (r) » du « Manuel », les rapports des réunions du Comité Central ou des Congrès, les publications du parti.

On peut également considérer comme faisant parti du rappel de cet anniversaire, et de l’engagement de retrouver l’histoire du parti, la brochure récemment publiée sur « l’organisation politique de la classe ouvrière » et les travaux qui paraîtront cette année dans RESISTENCIA et ANTORCHA. Pour finir, le défi est lancé et nous devrons tous donner un coup d’épaule. Nous avons toute l’Histoire devant nous.

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Conversation à propos des GRAPO (2000)

Article paru dans Antorcha, Revue théorique du PCE(r), octobre 2000

Depuis quelque temps il y a une question qui m’est venue et que, depuis l’action des GRAPO contre le fourgon de Vigo, j’ose poser clairement.

L’Organisation pourra-t-elle résoudre le problème de son financement, problème que nous traînons pratiquement depuis notre naissance? Évidemment je fais allusion à une solution disons, stratégique.

Donner une solution du type que tu envisages n’a rien de facile, c’est quelque chose qui va plus loin que l’opiniâtreté et l’application que nous mettons à la tâche. L’origine de cette difficulté est très liée au degré de développement du mouvement révolutionnaire et aux conditions objectives qu’il faut affronter.

Ces conditions d’une part, ne nous permettent pas en ce moment de remplacer et de développer nos forces avec une certaine régularité ou « normalité », chose nécessaire pour avoir un plan à long terme qui supposerait aussi un financement régulier. Mais, d’autre part et en même temps les événements nous demandent une action plus continue sur ce front, comme sur les autres. C’est le poisson qui se mord la queue…

Dans ce cas je pense qu’il serait plus juste de se centrer sur les autres actions qui paraissent plus liées au mouvement, que les gens comprennent mieux, et ainsi favoriser une accumulation de forces qui ensuite nous permettrait d’aborder le problème financier dans de meilleures conditions.

Combiner l’un et l’autre type d’action, les GRAPO viennent de le faire. L’affaire du fourgon a été précédée d’une campagne pour appuyer le boycott à la mascarade électorale de mars, immédiatement après sont survenues les bombes contre les agences de travail temporaire.

Ce n’est pas par hasard, c’est planifié et inscrit dans la tactique visant à lancer des attaques concentrées qui obtiennent le meilleur effet de propagande lié à l’objectif politique que nous nous sommes fixés en ce moment et qui doit coïncider avec les nécessités et les problèmes ressentis par le mouvement ouvrier et populaire. Entre la détermination et la capacité militaire démontrée dans l’attaque du fourgon et la campagne de bombes nous sommes apparus comme une force politico-militaire.

Tu n’as qu’à voir la réaction des gens, en particulier les plus avances, contents de cette nouvelle « réapparition » des GRAPO. Cet exemple se transmet au mouvement populaire; de la l’obstination des experts en intoxication et manipulation à embrouiller les actions de la guérilla. Mais les gens ne sont pas bêtes et ont leurs propres lectures.

Mais j’insiste, pourquoi cette obstination des derniers temps sur l’économique?

Il y a une raison fondamentale. Pour la répercussion qu’a dans l’ensemble du travail des groupes et du mouvement de Résistance la solution d’un problème de cette envergure, un problème qui peut être qualifié de stratégique en raison de cette répercussion. N

e pas l’avoir résolu nous empêche d’aborder d’autres objectifs et nous laisse dans une ambiance « d’attente », de passivité; au contraire le résoudre nous permet de nous fixer sur la mission stratégique des GRAPO dans l’étape actuelle de la lutte: accumuler des forces et contribuer à créer les conditions (politiques, économiques, pratiques, psychologiques…) qui facilitent l’extension du Mouvement de résistance antifasciste.

Tel est l’objectif que l’Organisation a en tête quand elle cherche à résoudre le problème économique, ce qui nous amène à employer une bonne partie de nos forces et à faire les efforts et sacrifices nécessaires. Autre chose est la voie que choisira la Direction pour nous approcher effectivement de la solution de ce problème.

Mais après toutes les expériences, que nous et les autres organisations guerrilleras avons accumulé, il est clair que cette voie devrait être celle de « l’impôt révolutionnaire ».

Effectivement l’unique solution avec des garanties de continuité est celle dont tu parles, celle de « l’impôt ». Mais tu seras d’accord avec moi que cela ne s’obtient ni en deux jours ni en deux ans.

On a besoin, précisément, d’avoir les forces nécessaires pour exercer une pression continue sur la classe capitaliste pour imposer la dévolution à la cause populaire d’une bonne part des gains empochés grâce au vol et au crime que supposent l’exploitation et la misère qui assaillent des millions de travailleurs et leurs familles.

Tu as déjà vu les dernières explosions faites par l’ETA à Neguri, ils font continuellement pression sur les entrepreneurs, et, même ainsi, bien qu’il comptent davantage de forces que nous, il ont du mal à recouvrer de l’argent et doivent recourir de temps en temps à des enlèvements. Ainsi, dans notre cas, tant que nous n’aurons pas atteint une plus grande taille, nous devrons résoudre le problème financier d’une manière plus ponctuelle, soit comme nous venons de le faire.

D’accord avec ce raisonnement mais pourquoi nous limiter aux fourgons, banques ou enlèvements? De l’argent il y en a des tas partout?

Ni autant ni en tant d’endroits. Tout d’abord moi je ne les connais pas. Bienvenues seront les informations qui nous seront signalées!

Nous devons être conscients que, tant que le mouvement ne se développe pas plus et qu’il n’y a pas de milliers d’yeux et d’oreilles qui d’une manière ou une autre, travaillent pour l’Organisation, ce type d’information ne nous parviendra pas souvent.

Pendant ce temps les cibles qui nous permettent d’obtenir les fonds nécessaires pour avancer dans la direction stratégique que nous avons énoncé précédemment, sont seulement les établissements principaux des banques, certains fourgons, et l’enlèvement d’entrepreneurs et de financiers.

Bien, ce sont effectivement les « coups » que nous avons réalisé jusqu’à présent, mais en ce qui concerne les fourgons… que se passe-t-il avec eux? Je te dis parce que la proportion arrive à être de six fourgons pour une banque et un enlèvement.

Par dessus le marché les deux dernière fois qu’on s’est occupé de fourgons l’issue n’a pas été favorable, je veux dire pour emporter l’argent. La logique serait de continuer ce qui nous réussit le mieux, au moins statistiquement: les banques et les enlèvements.

C’est la conclusion à laquelle nous pourrions arriver par la logique mathématique mais nous pensons en termes politico-militaires. Quand la Direction prend la décision d’attaquer l’un ou l’autre objectif elle le fait en fonction d’un ensemble de facteurs d’ordre politique, militaire, tactique, moral, etc. qui n’affectent pas seulement notre Organisation mais aussi les masses.

En outre elle doit tenir compte que ces facteurs n’ont pas la même incidence sur le mouvement à l’une ou l’autre étape du processus révolutionnaire car ce qui peut-être juste à un moment déterminé peut ne pas l’être juste à un autre.

Si prendre ces décisions était affaire de statistiques nous n’aurions pas tant de difficultés. Il y a une question que nous devons nous poser en premier lieu: Quelle répercussion aura un type d’action ou un autre pour le mouvement ouvrier et populaire? En second lieu il y a le degré de difficulté que comporte l’une ou l’autre opération, ce qui, à son tour est lié intimement à l’état de nos forces, leur nombre, leur degré de préparation, leur moral, leurs moyens…. en définitive ce que nous pourrions appeler notre capacité de combat.

Oui je reconnais qu’il faut prendre tout cela en compte à l’heure de choisir la voie qui nous permette d’exécuter nos plans dans le moins de temps et au moindre coût possible.

En outre la chose se complique si nous pensons à la nécessité de libérer des forces pour d’autres objectifs également importants. En suivant cette idée je pense que se faire un fourgon ou une grande banque sont des opérations qui durent seulement le temps que le commando met à la préparer et les exécuter; tandis qu’un enlèvement, par exemple, peut durer beaucoup si la famille ne parvient pas à tromper la surveillance à laquelle la police va la soumettre ou collabore avec elle.

La première opération te permet de disposer à nouveau de tes forces en un temps relativement court, tandis que la seconde… En regardant ainsi les choses, le fait que la Direction ait décidé d’attaquer des fourgons, c’est sûrement parce que c’est ce qui nous convient le mieux. Nous avons même attrapé la police qui s’attendait comme l’avait annoncé Oreja lui-même, à un enlèvement.

Je répète que tu ne dois pas oublier la question politique. Nous ne sommes pas intéressés par l’action militaire en elle-même, nous agissons en fonction d’objectifs politiques très précis auxquels doivent être subordonnés toute opération et toute campagne politico-militaire.

En ce moment cela signifie faciliter le travail des organisations politiques au sein du Mouvement de résistance antifasciste. Nos actions doivent tâcher à tout moment d’élever le niveau de conscience des gens, rendre encore plus évidente la faiblesse de l’ennemi, faciliter l’action des organisations politiques du mouvement sur tous les terrains y compris l’économique etc.; tout cela en cherchant notre propre renforcement comme organisation.

De ce fait « n’importe quelle action n’importe quand » ne nous sert pas. Quand nous choisissons un objectif nous devons effectivement considérer que son degré de complexité garde un certain équilibre avec la capacité de combat du commando qui va tâcher de l’atteindre mais surtout il faut évaluer son opportunité politique.

Pour en revenir aux fourgons nous n’avons rien de « personnel » contre eux. Ce qui arrive, est, qu’au moins jusqu’à présent, ils sont un objectif groupant tous les éléments dont nous devons tenir compte: ils impliquent la concentration de fortes sommes en un seul point d’attaque; c’est une action qui éveille la sympathie des gens parce qu’il paraît évident que cet argent et le fruit de l’exploitation des travailleurs; ils sont « accessibles » au niveau actuel de nos forces; ils nous permettent de consacrer une partie de notre attention à d’autres objectifs plus directement en relation avec le mouvement etc.

Enfin je ne vais pas m’étendre plus parce que, en définitive, si demain nous devions changer d’objectif nous le ferons et il ne se passera rien. Simplement répétons qu’à l’heure de choisir nous devons prendre en compte tous les facteurs: militaires, niveau de conscience des masses, nécessités propres et nécessités des autres organisation, conséquences pour le mouvement, facteurs qui favorisent l’intégration des éléments avancés des masses dans la lutte organisée. Nous devons continuer, entant qu’organisation armée de résistance, à réaliser les deux objectifs à court terme assignés par l’Organisation:

1)Procurer les moyens indispensables à la poursuite de la lutte armée.

2)Mener à bout un intense travail de prosélytisme.

Je sais déjà que les gens se posent beaucoup de questions, avec une curiosité bien intentionnée, et ont parfois du mal à comprendre pourquoi on insiste tant pour des objectifs qui nous ont occasionné quelques échecs. Mais les choses vont ainsi. Si tous les problèmes se résolvaient la première fois nous aurions déjà fait la révolution; mieux on nous aurait canonisés car ce serait avoir fait de miracles. Je crois qu’au fond les gens le comprennent aussi.

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Interview des GRAPO (2002)

Qu’avez vous pensé en apprenant que les GRAPO étaient inclus dans la fameuse liste « d’organisations terroristes » par les états membres de l’UE?

En vérité, nous ne fumes pas surpris. Depuis notre naissance (1975) comme Organisation, nous fûmes toujours sous le feu du fascisme.

Quoique les porte-paroles du régime ont tâché de nous discréditer et d’occulter notre propre existence, au final la réalité s’est imposée: le fait qu’aujourd’hui, du jour au lendemain, nous nous vîmes inclus dans la « liste noire » des impérialistes yankees, parrains et protecteurs des fascistes espagnols, suppose toute une reconnaissance de l’échec de la politique d’extermination portée à l’extrême à l’encontre de nos militantes et de ceux et celles des autres organisations du Mouvement Politique de Résistance.

Finalement, ils se sont vus obligés d’admettre qu’ils n’avaient pas réussi à nous achever, que nous continuons là et que nous représentions toujours un véritable danger pour leurs intérêts.

Et cela non pas tant pour la quantité de nos actions, que pour leur qualité, pour leurs liens avec les aspirations contestataires du mouvement populaire, pour être aussi déterminées qu’elles et pour le choix du meilleur moment politique pour les exécuter, recherchant toujours à affaiblir le régime et à élever la conscience des masses.

En outre, les stratèges yankees connaissent parfaitement le caractère anti-impérialiste de notre Organisation, puisqu’en diverses occasions leurs intérêts et leurs installations militaires dans notre pays ont été attaqués par nos commandos en solidarité avec les peuples souffrant de leur agression.

Ils savent aussi que nous avons toujours continué à établir des liens internationalistes et des contacts avec d’autres organisations et mouvements qui luttent résolument contre le fascisme et l’impérialisme dans leur pays respectif. Pour cela ils se sont décidés à nous donner ce traitement « de faveur ».

 Ca fait plus d’un an que nous n’avons pas lu un communiqué de votre Organisation. Si ce n’est que, de temps en temps, les journaux vous attribuent telle ou telle action laissant paraître que vous vous trouves dans une phase que nous allons appeler « Guadiana oculto ». À quoi est du ce silence? Ça a quelque chose à voir avec l’arrestation à Paris de 2 membres de votre Direction?

C’est certain, qu’en ce moment, nous n’avons rendu public aucun communiqué, mais de la même que depuis l’arrestation d’une partie de notre Direction nous n’avons pas arrêté d’agir.

Quand une arrestation affecte le « Commando Central » il y a toujours des sections de l’infrastructure qui subissent d’importants dégâts. La majorité des actions que nous avons réalisées durant cette période (expropriation d’argent et d’armes) était dirigée dans le but de réparer les dits dégâts et de remettre sur pied les sections affectées, en même temps que nous mettions en place la restructuration de l’Organisation qui était déjà prévue avant les arrestations et que nous nous renforcions avec l’incorporation de nouveaux combattantes.

Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que, ce qui est fondamental, nous avons pansé les blessures que nous avait infligée la répression et que nous sommes en bonnes conditions pour répondre aux nécessités du Mouvement Politique de Résistance.

A ne pas traiter d’une façon spectaculaire nos actions menées jusqu’au bout, on peut avoir l’impression qu’effectivement nous sommes inactifs. Cependant, l’état fasciste lui est au courant de nos actions qui le font souffrir directement et il est enragé d’être pleinement conscient de la préparation militaire de nos commandos et de dégâts que ceux-ci peuvent lui causer au moment que nous déciderons opportun.

Nous donnons pour exemple, l’expropriation de fonds à Santander, en Novembre dernier. Durant l’affrontement de nos combattants avec la Guardia Civil et autres forces répressives, ces dernières prirent peur, n’étant pas capables d’éviter le retrait ordonné du commando.

 Comment insérer l’exécution d’un policier à Madrid il ya un pen plus d’un an dans le type d’actions faites dernièrement, liées à votre reformation?

Ce fut un fait ponctuel lié à l’escalade de la répression du régime. C’était dans un contexte de poursuite à l’encontre du Mouvement de Résistance Antifasciste et de son avant-garde et de l’état d’exception à peine caché en Euskal Herria; l’incarcération à Paris d’une partie de notre « Commando Central » et de la Direction du PCE(r) venait de se produire et il était nécessaire de montrer au régime qu’il ne nous avait pas affaibli et que son objectif d’en finir avec la lutte armée de Résistance était encore une fois voué à l’échec.

Cependant, nous maintenons très clairement que nous ne nous laisserons pas piéger par la police qui avec ses provocations désire nous amener sur ce terrain aussi défavorable qu’est l’affrontement direct avec les forces r6pressives; nous savons que la lutte armée, par si seule, ne peut actuellement faire reculer la nouvelle marée fasciste. Ça nécessite une apogée des luttes ouvrières et populaires, une augmentation de leur radicalité et de l’affrontement contre le régime pour l’isoler encore plus et contribuer à l’affaiblir.

Il en découle que nos actions n’ont pas été dirigées dans le but de donner une réponse à toutes ces violences, sinon de garantir la continuité de la lutte armée de Résistance et le renforcement de l’Organisation dans le but de nous trouver dans les meilleurs conditions pour attendre les tâches que l’évolution de la situation, dans le futur, exigera de nous.

 Que pensez vous des actions du 11 Septembre à NY et Washington? Quels changements se sont produits dans le monde depuis cette date?

Les attaques au coeur de l’impérialisme yankee sont une conséquence logique de la politique de génocide qui s’est transformé pour finir en une véritable guerre de rapine avec l’asservissement d’une multitude de nations et de peuples sur toute la planète.

Prenant comme prdtexte les actions du 11 Septembre, les impérialistes ont déchainé une véritable chasse aux sorcières dans leur pays respectif pour anéantir l’opposition des travailleurs à leur politique militaire d’agression. La fascisation accélérée des états impérialistes s’est vue renforcée par l’ approbation de nouvelles lois répressives, authentiquement d’exception, qui ont fait de ces pays de véritables bagnes pour les travailleurs.

Depuis le 11 Septembre, plus de mille détenus « suspects de terrorisme » ont disparu dans les prisons yankees, en Grande Bretagne fut approuvé l’internement sans ordre judiciaire, le massacre des révolutionnaires dans les prisons turcs continue, en France les détentions de militants basques augmentent ainsi que leur remise entre les mains des tortionnaires espagnols, etc.

Dans le cas de notre pays, du à la perpétuation du fascisme aprés la mort de Franco, tout ce processus fut beaucoup plus aigu.

Il n’y a qu’a prendre comme exemple les continuelles incarcérations d’ouvriers et de jeunes antifascistes, la croissante illégalisation de tous ces partis, organisations, associations qui luttent pour les libertés authentiquement démocratiques, qui dénoncent la répression et qui encouragent la solidarité avec ses victimes, etc. En définitif, la criminalisation plus large de tous les mouvements sociaux qui s’affrontent avec cette situation de manque de libertés et d’authentique terreur.

Quoi qu’il en soit, nous sommes en guerre et, pour revenir au 11 Septembre, les peuples ont le droit de se défendre contre l’agression impérialiste et sont obligés de le faire s’ils veulent survivre.

 Comment cette situation de guerre dans laquelle nous vivons affecte vos projets en tant qu’organisation de guérilla située au coeur de l’impérialisme?

L’Espagne est en plein dans la guerre. Ses troupes sont déjà déployées dans les Balkans et en Afghanistan. L’alignement du régime avec le bloc agressif commandé par les yankees l’amène à accentuer sa politique de surexploitation des travailleurs avec vues d’amplifier son appareil répressif et son complexe militaro-industriel. L’argent destiné à financer les nouveaux projets d’armements va être tirer encore une fois des tripes et du sang des travailleurs et nous savons déjà ce que cela signifie: plus de chômage, de misère et de répression. Et la jeunesse va être utilisée comme chair à canon. Tout cela va stimuler la résistance du mouvement populaire.

Notre position est très claire: nous ferons tout ce que nous pourrons pour que le régime fasciste espagnole ne réussisse à gagner ne serait ce qu’une bataille de cette guerre.

Tous les projets que nous tenons à bout de bras actuellement sont dirigés à accumuler des forces et des expériences, à consolider les infrastructures de l’Organisation et de ses commandos pour développer la lutte armée de guérilla avec vues d’affaiblir l’appareil politique et militaire du régime, de l’isoler politiquement et accélérer le processus de sa déroute, dans le même temps avec nos actions nous appuyons le mouvement des masses, étendant la résistance armée aux secteurs de plus en plus divers de la population. Dans cette tâche nous n’allons pas lésiner sur les forces et les sacrifices, puisque nous sommes convaincus que c’est l’unique manière d’arriver forts au moment ou l’état fasciste et impérialiste espagnol se trouvera affaibli à l’extrême par le propre développement de la guerre et l’action de guérilla.

A ce moment là, les conditions, actuellement défavorables pour le mouvement populaire, auront changé, toute la haine accumulée des travailleurs et des peuples des nationalités opprimées sera à l’apogée, alors nous pourrons nous lancer à l’offensive, nous fusionnant avec le mouvement insurrectionnel général des masses étendues, avec son avant-garde politique au front, pour, tous ensemble, renverser l’état fasciste et implanter la République Populaire.

 Devant cette situation de militarisme croissant et d’augmentation de la répression dans notre pays, que diriez vous aux jeunes qui sent ceux qui subissent le plus directement cette situation?

Effectivement, aujourd’hui la majorité des mouvements de jeunes (nationalistes, squatteurs, insoumis, antifascistes, anti-impérialistes, etc.) a subi une répression croissante qui cherche à les démoraliser, les poussant à l’impuissance la plus absolue et à sa neutralisation. Le régime ne leur permet pas, sous cette « légalité sécuritaire », la plus minime manifestation d’opposition à la fascisation croissante.

Il n’y a qu’à jeter un coup d’oeil à l’illégalisation des organisations politiques, aux manifestations super surveillées, aux expulsions policières des lieux occupés l’un après l’autre, au bâillonnement des radios libres, à la criminalisation de la presse alternative et aux montages « anti-terroristes » de tout type qui augmentent et se finissent devant l’Audiencia Nacional.

A ne pas tarder, juste pour distribution d’un fanzine, ils ne vont pas te perdre de vue.

Devant tout cela il est nécessaire d’adopter une position conséquente d’affrontement au régime, de ne pas reculer dans la résistance, mais déjà sous d’autres formes d’organisations et de méthodes de lutte hors du contrôle de la flicaille et tenant compte de la situation et de la guerre qui s’approche.

Il faut intensifier la lutte d’une manière plus décidée et radicale, étendre le sabotage à la machine belliqueuse qui se met en marche, combattre toutes les tendances à la démoralisation et au pacifisme et nous préparer sur tous les terrains pour ne pas nous laisser conduire comme des moutons à l’abattoir.

Sur ce chemin de lutte, nous allons rencontrer et apporter à ce mouvement tout l’appui qui est à notre portée.

Par la propagande de notre Parti, le PCE(r), vous avez déjà vu que nous répétions les appels au travailleurs, à la jeunesse en particulier, à ce qu’ils vous apportent tout type d’aide et d’appui.

Maintenant que vous avez la parole, pourriez vous dire concrètement ce que vous avez besoin comme type d’aide, quel appui pratique peut vous être donné?

Les GRAPO nous ne tombons pas du ciel. Nous faisons partie de ce mouvement étendu de résistance qui s’affronte quotidiennement avec le régime, de ce mouvement dont nous nous nourrissons et duquel sortent les nouveaux combattants. D’ici, nous lançons un appel à renforcer les liens entre ce mouvement et la guérilla.

En premier lieu, toute anti-fasciste, anti-impérialiste et démocrate conséquente qui vent combattre le fascisme avec les armes à la main, indépendamment de son idéologie, a une place dans notre Organisation. Sans la lutte armée r6volutionnaire il est impossible de mettre en déroute le fascisme. Cette lutte, pour triompher, nécessite l’implication de tous/toutes.

Depuis ton zine, ton quartier, ta ville, tu peux te transformer en oeil et oreille de la guérilla, nous faire parvenir une multitude d’informations auxquelles, à plusieurs reprises, nous n’avons pas accès, vues les conditions de rigoureuse clandestinité dans laquelle se développe notre activité.

Des données sur des entrepreneurs, des flics, des militaires… Où vit tel on tel tortionnaire, exploiteur ou balance, où loge t-il, quelles sont ses habitudes… Où y a t-il un objectif économique (banques, fourgons, entrepreneurs…) qui nous permette d’exproprier des fonds pour intensifier et développer le combat…

En définitive, nous avons besoin de collaborateurs de tout type, pour petite on insignifiante que puisse être l’aide qui te parait utile à la guérilla, elle est nécessaire, puisque la lutte révolutionnaire est l’affaire de tous/toute. Le fait que to te limites à demeurer dans « l’expectative » seul le régime peut en tirer bénéfice. Si pour avoir balancé un cocktail molotov sur une agence intérimaire ils t’enferment à vie, réfléchis si ça ne vaut pas la peine de faire quelque chose de plus…

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