Communiqué des GRAPO du 8 novembre 2000

Durant le mois de septembre dernier des commandos de notre Organisation, les Groupes de résistance antifasciste du 1er Octobre (GRAPO), ont mené à bien diverses actions dans plusieurs villes du pays.

À l’aube du 27 nos groupes d’opération attaquèrent simultanément trois succursales des firmes esclavagistes de travail temporaire. « TEMPIBER » à Séville, « ADER » à Vigo et « ADECCO » à Valence. Le 28 l’objectif choisi fut la ETT située avenue de Oporto à Madrid

Le 29 les installations de la revue parapolicière El Mundo furent détruites à Barcelone par un assaut éclair d’un autre commando de notre organisation. Le commando chargé d’exécuter cette opération pénétra à l’intérieur de l’édifice et installa rapidement une puissante charge d’explosifs.

Après avoir programmé la minuterie de la charge de manière à laisser le temps nécessaire à l’évacuation de l’édifice, le commando abandonna les lieux de l’action en ordre parfait.

Ce n’est pas la première fois que notre organisation vise l’appareil de propagande du régime. Le rôle éminent qu’il joue dans la guerre sale de l’état contre les organisations du mouvement de résistance a pu se vérifier, très récemment, dans la campagne d’intoxication et de manipulation lancée contre le Mouvement de libération nationale basque.

Finalement dans la nuit du 29 au 30 un autre commando de notre organisation mettait fin à cette offensive politico-militaire en attaquant à l’explosif le siège des fascistes du Parti populaire dans le faubourg de Hortaleza à Madrid.

Les spéculations des porte-parole du régime sur les motifs qui nous ont poussé à sortir dans la rue à ces moments précis ont été très diverses. D’abord les opération, notamment celle réalisée conte El Mundo les prirent au dépourvu, les conduisant à reconnaître qu’elles supposaient « un saut qualitatif » dans notre activité militaire.

Ensuite, passée la première réaction de surprise, ils attribuèrent nos actions à la « recherche d’un effet de propagande » ou à une « célébration » supposée du 25ème anniversaire de l’existence des GRAPO.

De cette manière grossière ils ont essayé de dévier l’attention des véritables raisons qui nous ont conduits à agir en ce moment. Ces raisons sont les mêmes que celles qui nous obligèrent à sortir dans la rue les armes à la main l’été 1975 pour freiner l’escalade terroriste du régime de Franco.

Actuellement l’état fasciste espagnol, par un retour à ses plus noires origines, a choisi la voie de la répression et de la terreur ouverte pour tenter de sortir de la grave crise politique dont il souffre et pour freiner en même temps les avancées du mouvement de résistance dans toute l’Espagne.

C’est la même politique que suivit l’oligarchie financière espagnole en d’autres temps. Les états d’exception sont imposés à nouveau depuis que le PP est à la tête du gouvernement. L’unique différence est qu’actuellement cela se fait au nom de la démocratie, avec la complicité de tous les partis bourgeois et social-fascistes, dans la l’égalité.

Les condamnations injustes et démesurées imposées à des jeunes en relation avec la kale borroka [la lutte dans la rue] et la détention arbitraire de 20 personnes appartenant au collectif d’EKIN sont seulement le début des mesures légales qui, lorsqu’ils en auront besoin, ne tarderont pas à être étendues au reste du pays, en prolongement de la sale guerre menée par le gouvernement des Galosos.

C’est dans ce but qu’ils mettent au point le Projet de réforme du Code pénal et de la Loi des mineurs grâce auxquels ils cherchent à éliminer les dernier restes de liberté d’expression et d’association qui avaient été conquis par le sang des travailleurs. Le gouvernement essaye de cette manière d’empêcher toute forme de sympathie et d’appui actif de la part des masses populaires, spécialement des jeunes, à l’égard de organisation du Mouvement de libération nationale banque et du Mouvement de résistance antifasciste.

Nous voulons ici vous informer des autres actions réalisées par notre organisation dans l’année en cours, actions qui ne furent pas revendiquées sur le moment et qui eurent pour but d’appuyer la lutte des travailleurs contre l’exploitation et les abus du patronat, ainsi que de récupérer les fonds et les armes nécessaires à notre propre renforcement.

 Le 8 juin quatre ETT de Barcelone furent attaqués à l’explosif. Deux de la firme « ADECCO », dont le centrale de opération de cette compagnie esclavagiste; une « d’IMAN LABOR » et la quatrième « d’ALTA GESTION ».

 Le 9 juin d’autres attaques de même type furent menées à bien à Madrid contre « ADECCO » dans le district de San-Blas, « LABORMAN » à Chamartin et contre la ETT situé Paseo de la Delicias dans le district d’Arganzuela.

 Le 8 juillet et le 23 septembre nous avons récupéré les fonds et l’arment des gardes assermentés des fourgons blindées qui recouvraient la recette du supermarché « Champion » de Glorieta de Cuatro Caminos à Madrid et de « Condis » sur la Rambla de Ginpuzcoa à Barcelone.

Notre Organisation est déterminée et préparée à poursuivre chaque jour avec plus de force la résistance contre l’état terroriste de l’oligarchie financière espagnole. Elle ne cessera pas cette lutte avant qu’il ne soit détruit. Ses nouvelles attaques contre les droits des travailleurs ne feront qu’augmenter et étendre les flammes de la lutte de résistance.

En avant le mouvement de résistance antifasciste! 
Unissons nos forces! 
À bas l’état terroriste! 
Passe à la résistance!

Commando Central des Groupes de Résistance Antifasciste du 1er Octobre (GRAPO)

=>Retour au dossier PCE (ml) et FRAP, PCE (r) et GRAPO

GRAPO : Un bilan nécessaire (1992)

décembre 1992

1. Presentation

Récemment les GRAPO, profitant la trève olympique, ont tenu une importante réunion laquelle, comme il se passe dans les situations de clandestinité rigoureuse, n’est pas arrivé à la connaissance du grand public. Pourtant, nous n’entrerons pas ici dans les détails de son deroulement parce que nous pensons qu’il n’est ni le moment ni le lieu les plus adéquats pour cela.

Nous le laisserons donc pour une meilleure occasion afin de ne pas dévier l’attention du lecteur du document ou, sous le titre de « Un bilan nécessaire« , se sont concrétisées leurs conclusions.

Depuis longtemps, les GRAPO ne réalisaient pas une analyse de leurs expériences. On peut donc dire que la parution de ce document prend ainsi tout son sens véritable et son importance.

Il y recueille, synthétise et expose, sous un point de vue autocritique, sans aucune réserve, tout le processus de lutte développé de leurs premières actions à nous jours, s’arrêtant particulièrement dans l’étape la plus récente, sur laquelle on y fait un exposé assez complet.

Il est possible que plus d’un soit surpris devant les révélations faites dans « Un bilan nécessaire« , les unes sur des faits connues et les autres sur des faits n’étant pas si connus.

Il nous a semblé une excellente idée parce qu’elle apporte un point de vue plus large de l’activité déployée dernièrement. Nous partons du principe que ces révélations ne sont plus aucun secret pour les forces répressives, comme le document même laisse entrevoir, ni elles renferment aucun danger pour la sécurité de l’Organisation ni du mouvement de résistance.

Il nous paraît également adéquate l’inclusion, en guise d’appendice (1), d’une sélection de textes des GRAPO (sauf l’extrait de « Entre deux feux » que cette Organisation se rallie entièrement à lui) devant être d’une grande aide pour comprendre leur trajectoire et leur buts révolutionnaires.

Parmi les textes ressortent les premiers communiqués et d’autres écrits de la période initiale, sans doute le moins connue de la part des générations les plus jeunes. D’ailleurs, il faut souligner que la plupart des documents ont dû être résumés pour ne pas faire le recueil trop encombrant.

Si quelques-une se questionnaient si les GRAPO ont été ou pas définitivement « désarticulés » ils trouveront la reponse dans ce livre. Après la proclamer autant de fois, l’histoire des « mystérieuses apparitions et disparitions », élaborée par la propagande officielle pour dissimuler l’échec de sa stratégie répressive, est devenue la plus grand fiasco du régime dans son acharnement pour dénaturer et anéantir le nouveau mouvement de résistance qui se développe en Espagne.

2. Un bilan necessaire

Dix-sept ans se sont écoulés dès que le 18 juillet 1976 notre Organisation, les Groupes de Résistance Antifasciste Premier Octobre (GRAPO) se fait connaître avec un communiqué revendiquant plus d’une dizaine d’actions armées dirigées contre l’Etat fasciste espagnol. Bien que la réforme politique du régime n’eût commencé, on annonçait déjà « l’ouverture » par où devraient entrer peu après tous les partis et groupes politiques de la gauche soumise.

Depuis ces dates, déjà lointaines, la vie politique et sociale a enduré plusieurs avatars et notre Organisation n’y a jamais cessé d’intervenir avec de nombreuses actions armées: quelques fois, pour faire face a la répression et à la terreur fasciste de l’Etat; d’autres fois, pour dénoncer les manigances et les manœuvres politiques du gouvernement et des partis politiques; encore des fois pour appuyer aux masses dans leurs luttes ou bien pour procurer notre renforcement.

Comme de bien entendu, au cours de cette longue lutte, l’Organisation a reçu aussi les coups de l’ennemi assez souvent. On a commis des erreurs (quelques-unes très graves), on a été quelques fois harcelés.

Et encore et dans les pires conditions, l’Organisation s’est maintenue toujours dans la brèche; nos militants, soit dans la rue, soit aux commissariats ou soit dans les cellules d’isolément, ils ont fait honneur à leur engagement révolutionnaire et ils ont su transformer la faiblesse organique et militaire en une victoire politique et moral permanente. En général, on peut dire que les GRAPO ont accompli résolument et courageusement les tâches fixées comme partie intégrante du mouvement de résistance populaire, et ils ont supporté les coups répressifs de l’Etat.

Quel outre bilan peut-on faire de toutes ces années de lutte armée révolutionnaire? L’Organisation, a-t-elle été « mise en déroute » ou est-elle peut-être en processus « d’extinction » comme assurent les porte-paroles du régime?

Notre propre activité s’occupe de le démentir tous les jours, ce qui démontre, en outre, deux choses: primo, la justesse de la lutte armée de résistance; et secundo, que les conditions générales la fassent surgir non seulement ne se sont pas modifiées, mais elles la font de plus en plus nécessaire.

C’est le développement de ces conditions mêmes (l’aggravation de la crise économique et politique du régime et l’accentuation de ses traits fascistes, ainsi que l’augmentation du mécontentement et de la lutte populaire, etc.) uni à la nouvelle situation crée ce qui nous exige maintenant faire halte pour analyser les expériences de toutes ces années de lutte, pour voir avec le maximum de clarté possible la perspective et pour élaborer de nouveaux projets de combat.

3. Affonter le fascisme

Au début, il y avait la pratique. On peut considérer que nous fûmes poussés prendre les armes par la necessité d’affronter le fascisme au moment où cet ennemi de tout le peuple prétendait se perpétuer en faisant appel, comme il l’a toujours fait, à la répression et au terrorisme ouvert. Certes, les conditions n’etaient pas déjà les mêmes d’autres époques antérieures. Le régimen avait épouisé ses posibilités dans ce domaine. Evidemment, nous avions une idée très nébuleuse sur ce sujet.

Nous nous sentions surtout solidaires avec les victimes de la répression; quelques fois nous fûmes aussi le but direct de la répression, mais nous ne savions pas comment l’affronter. La charlatanerie dominante aux milieux de la gauche la plus « radicale » nous attristait et, nous mêmes, nous nous y voyions impuissants et extraordinairement limités par la faiblesse de l’Organisation et par la pénurie de moyens matériels.

En sorte qu’il n’y eût rien d’autre à faire qu’aller au combat avec ce que nous avions: quelques pistolets, des matraques, des marteaux, etc. Nous devions arracher des mains de l’ennemi les armes que nous avions besoin.

Dans le cadre de la théorie politique, nous ne disposions pas d’un arsenal meilleur. Nous avions compris les idées de Lénine sur la lutte armée et l’insurrection. Nous avions aussie quelques connaisances des théories militaires de Mao et des expériences guérilleras des mouvements de libération nationale des colonies, mais les unes et les autres étaient insuffisantes ou peu aptes pour notre pays.

Que faire? C’etait la question que nous nous faisions tous les jours.

Le principe de la lutte armée révolutionnaire pour prendre le pouvoir était intouchable pour nous. Mais, comment l’appliquer ici et maintenant, de manière qu’il ne se retourne contre l’Organisation elle-même? D’ailleurs, comment conjuguer ce principe à la pratique du mouvement de masses, lorsque la répression faisait-elle des ravages dans la volonté de lutte et dans le moral de beaucoup de gens? Comment affronter la répression?

Celles-ci furent quelques-unes des nombreuses questions que nous nous faisions alors. De toute façon, le passage à la résistance armée nous l’avions déjà fait et donc, beaucoup de nos méditations furent vite éclaircies.

4. La naissance de l’organisation

Arriver à comprendre que, de nos jours, il ne serait pas grâce aux votes, ni avec les moyens pacifiques et parlamentaires comment nous allions pouvoir faire face à la répression fasciste et, encore moins, contribuer au renversement de l’Etat capitaliste, mais que cela serait seulement possible grâce à la lutte politique de résistance, y comprise la lutte armée, il a supposé un pas d’énorme portée, nous amenant trés tôt à faire un autre également important: celui de l’organisation.

Pour pratiquer la lutte armée révolutionnaire, in ne suffit pas la conscience de sa néccesité historique; il ne suffit pas non plus la volonté, l’enthousiasme et le dévouement désintéresée. Nous avions tout cela abondamment.

Mais une organisation bien structurée, centralisée et avec une discipline de fer nous manquait. Pour nous, il était évident déjà à cette époque-là, que se lancer au combat manquant de cette organisation nous aboutirait à l’aventurisme et à gaspiller nos énergies dans une lutte inégale contre les forces répressives de l’Etat. Pour cela nous y sommes mis immédiatement au travail dès l’instant que nous avons mené à bien les premières actions.

Dans ce travail nous avons compté à chaque instant sur l’aide et l’expérience que nous procura le PCE(r) (2) et quelques-uns de ses militants les plus qualifiés.

En réalité, le Parti fur celui qui assuma la responsabilité de créer l’Organisation, quand il prit la décision, après la célébration de son Congrès reconstitutif en juin 1975, de séparer de sa structure organique à la « section technique », laquelle était alors menée par Cerdan Calixto, Abelardo Collazo, Hierro Chomón et d’autres militants, devenant le premier noyau dirigeant de l’Organisation.

Ce centre avait recommandé la mission de créer une véritable Organisation militaire « encadrant le plus grand nombre possible de combattants anti-fascistes, formant ses propres cadres (ne devant pas être nécessairement de membres du Parti ni professer l’idéologie communiste); en outre, on exigeait que l’Organisation agirait dorénavant de façon autonome du Parti et qu’elle adopterait ses propres décissions » (3).

Avec cette résolution, on peut dire que les GRAPO furent, en fait, constitués comme une organisation armée révolutionnaire indépendente. Néanmoins, le PCE(r) plaida toujours et procura maintenir la rélation politique la plus étroite avec nous.

Deux mois plus tard, le 21 août 1975, l’Organisation décide mener à bien les premières actions armées, exécutant deux gardes civiles aux alentours du cynodrome à Madrid. L’opératif suivant, nous l’avons réalisé le premier octobre 1975. Ce jour-là, aussi à Madrid, nous avons exécuté quatre numéros de la police armée comme représaille pour les exécutions que ce même corps répressif avait perpetré quelques jours avant (le 27 septembre).

Il se passait, rappelons-nous, en même temps où un acte d’affirmation fasciste se représentait sur la place d’Oriente; un acte prédicé par Franco et ses acolytes. Il y a ceux qui assurent que Franco rentra alors au coma.

Celles-ci et d’autres nombreuses actions armées menées par notre Organisation contre les forces répressives et contre les institutions du régime fasciste eurent un énorme retentissement et supposèrent une grande victoire politique et militaire. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque le régime de l’oligarchie financière se trouvait harcelé partout et qu’il essayait de prendre l’initiative montrant une position de « force ». Il y devait contribuer les exécutions, la terreur déchaînée parmi les masses et des actes comme celui de la place d’Oriente.

En même temps, le régime essayait d’inculquer parmi les travailleurs l’idée de que toute résistance étaient inutile. Bien entendu, nous ne pouvons pas savoir ce qu’il serait arrivé sans les actions que nous avons alors mené à bien, mais nous assurons qu’avec ces actions disparurent définitivement les illusions de maintenir plus de temps débout la terreur ouverte, et nous sommes bien plus sûrs de la démonstration, nette et concluante que, de nôtre part, nous n’allions pas permettre qu’ils furent toujours à assassiner et à massacrer les gens avec une totale impunité.

5. Quelques conclusions de caractere théorique

Après ces premiers combats et ceux qui s’ensuivent au cours de la réforme (4), l’Organisation tira quelques conclusions de type théorique.

Le fait d’avoir demandé depuis le début sa capacité et sa décision dans la lutte deviendrait un facteur d’énorme importance politique, bien plus si nous prenons en considération le moment si crucial que la vie du pays franchissait: les GRAPO font irruption juste au moment où le régime essayait s’étouffer en sang les aspirations de liberté et d’une vie meilleure des masses populaires, et leurs actions parviennent non seulement à arrêter la terreur fasciste, mais elles supposent un grand encouragement permettant aux travailleurs de poursuivre la lutte et d’arracher quelques améliorations politiques au système.

C’est ainsi que, dès le début de la réforme commencèrent à se combiner les actions armées de la guérilla avec le mouvement de masses ce qui, uni à l’activité générale du Parti prolétarien, constitue le trait le plus remarquable du nouveau mouvement de résistance populaire apparaissant en Espagne.

Analysant ces importantes expériences, notre Organisation souligne comme charpente fondamentale de sa ligne politico-militaire, cette liaison qui existe, en fait, entre le mouvement populaire et la lutte armée.

Bien plus, nous pouvons dire qu’autant cette expérience-là que celle que nous avons accumulée dans la longue lutte que nous livrons depuis lors, nous a pourvu de la certitude absolu sur la nécessité que la lutte armée et les mouvements des masses doivent marcher ensemble pour arracher des concessions et pouvoir renverser finalement le fascisme et le monopolisme.

Seulement ainsi, comme la pratique l’a démontré, nous serons invincibles. Sinon, on n’obtiendra rien et nous serons maintes et maintes fois trompés et massacrés par les patrons de toujours.

Malgré son importance, il ne suffit pas cette seule relation. Outre cela, il est indispensable d’avoir une vision nette de la situation générale à chaque instant de savoir bien mesurer nos forces et de signaler précisément nos tâches et buts.

Sur ce sujet, il importe insister que la guérilla, comme telle, elle no doit pas se proposer atteindre d’autres objectifs, donc l’étape actuelle de lutte, que ceux d’accumuler des forces et d’affaiblir celles de l’ennemi, ainsi que contribuer à créer toutes les autres conditions (politiques, économiques, organiques, etc.) facilitant l’extension et le renforcement du mouvement de résistance populaire.

Quant à sa stratégie, aux phases que franchit la lutte et à la l’exposé militaire, nous avons très tôt compris la nécessité d’adapter la conception de la guerre populaire prolongée aux conditions de notre pays. Cela implique suivre une ligne de défensive stratégique dans cette première étape, pour passer ensuite, quand les conditions se modifieront à une seconde étape d’offensive stratégique ou insurrectionnelle.

Dans le « Programme-Manuel du guérillero » élaboré par notre Organisation, cet important problème de la théorie militaire figure ainsi exposé: « Conformément aux conditions diverses, le changement dans la corrélation de forces et conformément à la technique et à l’art militaire, la stratégie de la guerre populaire prolongée comprend autant la défensive que l’offensive stratégique ».

« Actuellement il existe un déséquilibre de forces à la faveur de la réaction. Les forces populaires partent d’une position d’inferiorité et, pour cela, elles se voient obligées à maintenir une lutte de stratégie défensive. Mais comme elles sont porteuses de tout le neuf et qu’elles luttent pour une cause juste et progressiste, elles se renforcent au cours de la guerre et trouveront un large soutien.

Par contre, les forces réactionnaires partent d’une position de supériorité. Mais comme elles sont porteuses de tout le vieux et déjà caduc et qu’elles défendent une cause injuste, elles s’affaibliront et resteront isolées, jusqu’à la fin ou produise un nouveau déséquilibre, seul que cette fois à la faveur des forces populaires. Ainsi pourront celles-ci passer à l’offensive stratégique pour anéantir dans un délai de temps relativement court, aux forces principales de l’ennemi et pour introduire un régime populaire ».

6. Apprendre des erreurs

A la fin de 1976 on produit en Espagne un accroissement des antagonismes et des luttes sociales. Le régime se trouve entièrement isolé et s’écroule partout; c’est pourquoi, étant en danger son maintien même, l’oligarchie financière décide finalement d’entreprendre la réforme politique. Bref, la réforme n’a supposé une outre chose que l’intronisation du Borbón Juan Carlos et la modernisation de l’appareil bureaucratico-répressif de l’Etat, ce qui a été possible grâce à l’activité collaboration des carrillistes (5) et socialfascistes du PSOE.

Avec l’incorporation de ces individus au système, le régime crée par Franco acquiert une teinture de légitimité « démocratique ». Mais il n’y devrait pas changer la nature monopoliste, fasciste et impérialiste, profondément réactionnaire, de l’Etat espagnol. C’est ainsi que le résumait Suárez même (falangista au dernière moment, exécuteur de la réforme): « On réforme ce qu’on veut conserver ». Dans ce but, ils démarrèrent la farce du référendum.

Pour dénoncer cette monoeuvre politique continuatrice et obliger au gouvernement à faire des concessions véritables aux masses populaires et à leurs organisations démocratico-populaires, les GRAPO projetèrent mener à bien, de façon simultanée « l’Opération Papier » et « l’Opération Cromo ».

La première consista en attaquer avec des charges explosives le principal moyen de propagande du régime, la télévision. La seconde, commencé en décembre 1976, fut l’un des opératifs les plus complexes et ambitieux accomplie jusqu’alors par notre Organisation.

Le principal but cherché était la libération des prisonniers et la dénonce de la mascarade plébiscitaire. Dès le début les GRAPO firent un appel à l’action et à l’unité populaire contre la grosse escroquerie politique qu’essayaient de consommer les instances officielles en accord avec les politiciens de la prétendue « opposition ».

En ce sens, on doit signaler que l’utilisation des armes pour la libération des prisonniers politiques en combinaison avec les mobilisations des masses se déroulant depuis quelque temps par tout le pays, établissait un précédent dans ce genre de lutte.

La première phase de « l’Opération Cromo », c’est-à-dire, autant la prise du Président du Conseil d’Etat, l’oligarchie et financier Oriol, que celle du Lieutenant Général Villaescusa, Président à la fois de la Cour Supérieure de Justice Militaire, elle est effectué avec une totale précision. Il arriva ensuite, au cours de la même, qu’on commença à révéler les faiblesses et les carences que devrait résoudre notre Organisation dans son affrontement contre l’appareil répressif de l’Etat.

Les tenants et aboutissants de cette opération, laquelle s’est prolongée durant deux mois, ainsi que son dénouement, sont déjà connus: le 11 février la police réussit à arrêter le commando qui surveillait les prisonniers et à se faire avec un important butin de guerre.

Mais ce qui supposa un coup plus grand pour l’Organisation, ce fut l’arrestation de la plupart de la Direction. Peu après, nous attribuerions la cause de cet échec au mauvais fonctionnement et aussi, bien que moins, à une conception erronée très étendue alors dans l’Organisation, conduisant à sous-estimer au plan tactique à l’ennemi.

Les succès nous avait enivré et cela fit de baisser la garde au moment où nous avions plus besoin de nous maintenir sur nos gardes: manque de direction, distribution incorrecte des forces disponibles, relation incorrecte entre la tâche principale (la surveillance des prisonniers) et les tâches secondaires (comme la réponse aux assassinats multiples d’Atocha).

Nous pouvons ainsi résumer les erreurs principales commises. D’ailleurs la série d’arrestations suivant au dénouement de « l’Opération Cromo » mit en évidence un relâchement général de la discipline et une détérioration des rapports entre les militants, motivée fondamentalement par le mauvais fonctionnement.

Nous avons alors analysé tous ces problèmes et nous y avons cherché une juste solution. Avant tout ou devait établir une stricte division du travail et une nette délimitation des responsabilités dans l’ensemble de l’Organisation, dans chaque section et dans chaque groupe.

Particulièrement, le Commando Central devrait assumer sa fonction de façon responsable, sans abandonner nullement son devoir. Sur cette base, on devait compartimenter le travail en sorte qu’aucun militant, même pas les responsables pussent connaître plus de données et d’informations que celles qu’ils eussent besoin pour leur travail.

Ensuite on devrait rétablir la discipline et la confiance réciproques sur la base de la discussion ouverte et franche de tous les enseignements les plus importants que nous avons tiré de cette étape, c’est pourquoi ses résultats ne pouvaient être que ceux de renforcer l’esprit combatif et de tirer le plus grand rendement de tous et de chacun. Cela nous a permis aussi de réussir et de préserver une partie de l’Organisation, même dans les pires conditions de « siège et anéantissement ».

7. Rompre le siege, vaincre la guerre psychologique

De même que la formation du Commando Central marque le commencement de l’étape constitutive de l’Organisation, son arrestation, autant par les conditions concrètes où elle s’est produite que par la nouvelle situation crée dans l’Organisation, marquerait la fin de cette étape et le commencement d’autre étape différente.

Jusqu’ici nous pouvons dire que l’un des objectifs que nous nous avions marqué, celui de démontrer qu’on pouvait combattre au fascisme avec les armes aux mains, ils s’étaient accompli pour l’essentiel. Maintenant il manquait démontrer qu’on pouvait continuer à résister, jusqu’à ouvrir une brèche par où faire irruption le mouvement révolutionnaire des masses. Celui-ci va être notre principal objectif pendant cette étape nouvelle et difficile.

Avec l’arrestation de la plupart de la Direction des GRAPO et la destruction d’une grand partie de sa capacité opérative, on nous crée une situation de faiblesse extrême. Nous continuons à combattre mais, à partir de ce moment-là, nous commençons a perdre l’initiative.

Nous n’accumulons pas déjà de forces, mais nous en perdons; nous faisons des projets mais la plupart du temps nous nous voyons impuissants pour les accomplir. Cette situation critique s’aggraverait bien plus avec l’arrestation, en octobre 1977, du Comité Central du PCE(r).

La guérilla reste non seulement dépourvue de sa direction militaire, mais aussi de la direction politique et idéologique dont elle a besoin. A cette perte de direction et de capacité opérative on ajoutait un autre facteur défavorable: à partir de là nous ne pouvions déjà compter sur la « désorientation » ou le manque d’information que les forces répressives avaient eu sur nous; dans la pratique, le relatif avantage que cela supposa au début, restait donc annulé.

De façon que cette situation va lui faciliter les choses au moment où, une fois réalisée la farce électorale avec le concours de la gauche « soumise », le régime décide de jeter le gros de ses forces policières sur les GRAPO et le PCE(r).

Cette campagne répressive, unie à la guerre psychologique, va se prolonger tout le long de la période de « passage » à la « démocratie ».

La classe dominante espagnole sait, vue sa largue experience dans la répression du mouvement ouvrier et populaire, que si elle n’arrive pas à décapiter et à annéatir le mouvement révolutionnaire organisé et à couper ses liens avec les masses dans cette première étape, il lui en sera impossible plus tard. Pour cela il emploie toutes ces forces et ses moyens afin de nous détruire le plus tôt possible.

Etant consciente du dur coup qu’ils nous avaient asséné et des encore faibles liens nous unissant aux masses, à la fois qu’ils nous posent un siège policier, ils déploient une campagne venimeuse de désinformation fondée sur les prétendues « origines obscures » de notre Organisation et sur ses « obscurs » et « étranges » buts et objectifs. Dans ce contexte, notre activité révolutionnaire devrait passer sous une pression et un harcèlement continuels.

Comment rompre ce siège? Comment mettre à découvert toutes les mensonges et les bobards inventés par les plumitifs au service du capitalisme? Pour nous il n’a jamais existé aucun doute d’y parvenir seulement continuant le combat et le posant sur le terrain le plus favorable par notre cause, c’est-à-dire, sur le domaine politique.

A cette fin, en octobre 1978, nous avons proposé au gouvernement, avec le PCE(r) et d’autres organisations démocratico-revolutionnaires, le « Programme des Cinq Points » renferment l’exigence de l’épuration de l’Etat des individus fascistes, la libération des prisonniers politiques et l’établissement de libertés authentiques pour tous les partis, en échange de la cessation de l’activité armée.

Cette proposition serait répondue par le gouvernement quelques mois après assassinant Juan Carlos Delgado de Codex y Francisco Javier Martín Eizaguirre, des membres du Comité Central du PCE(r), ainsi que d’autres militants de base su Parti et des GRAPO.

Le régime avait réussi à surmonter les pires moments de la crise politique en même temps qu’il se dotait d’un nouveau arsenal de lois dirigées à réprimer, de façon spéciale, le mouvement de résistance populaire. Tout cela s’est passé à la fois qu’il « arrangeait » son appareil productif et qu’il soumettait les masses ouvrières aux conditions d’exploitation assez semblables à celles de début du siècle.

Néanmoins nous étions conscients que, à la longue, cette politique et sociale devait se produire, nous en étions convaincus, d’ici peu; d’ailleurs, à différence de la période antérieure, cette fois nous comptons sur ce que l’oligarchie espagnole ne pouvait pas avoir la base sociale que lui avaient proportionné les carrillistes, les socialfascistes et les autres éléments de la « gauche », ayant été « brûlés » pendant la réforme.

Devant cette situation générale, et prévoyant son déroulement, les GRAPO ne pouvaient pas entrer dans la dynamique du « coup par coup » où l’ennemi voulait nous mener pour nous saigner et pour nous détruire.

C’est pourquoi on devait avoir posé la réalisation d’actions très sélectives, dirigées contre le organes les plus sensibles de l’Etat, pour accélérer la nouvelle crise qui s’était engendrant et pour permettre de maintenir la bannière de la résistance. L’emploi de cette tactique juste dura une courte période à laquelle ont revenu les exécutions de hauts responsables de la répression, comme le Directeur Général des Prisions, Haddad, et le juge Cruz Cuenca.

Le choix minutieux des buts, uni au choix de meilleur moment pour accomplir les actions, créa du désarroi et une grande inquiétude parmi les partisans du régime: maintes et maintes fois ils avaient proclamé la « décapitation » et la « désarticulation » des GRAPO qu’ils durent finalement, que notre Organisation (comme le fleuve Guadiana) « disparaît et apparaît » y profitant en outre les moments politiques les plus adéquats.

Nous devions continuer à combattre mais a la fois, préserver plus que jamais nos forces. D’abord nous y devions éviter la tentation de rendre coup par coup puisque cela supposait « entrer dans le piège » que l’ennemi nous posait à chaque pas et nous laisser traîner au terrain le plus favorable pour lui. Bien entendu cette réserve ne pouvait pas supposer une position passive ou conservatrice.

La passivité peut seulement mener à la perte de toute initiative, à la démoralisation et finalement, à l’échec, étant donné que, de toute façon, la machine répressive de l’Etat ne cessa jamais de nous poursuivre et de nous attaquer, elle ne cesse jamais d’assassiner, de torturer et d’emprisonner à ceux qui le font face.

D’autre part, il ne faut pas oublier que, dans cette situation-là, nous avons dû attendre aussi, de même que nous l’avons toujours fait, les requêtes quotidiennes de la lutte de classes, malgré être soumis au harcèlement policier et à la pression de la guerre psychologique, ce qui nous a exigé de nouveaux efforts et des sacrifices.

Pendant cette étape, une dizaine de militants furent assassinés par la police et par la garde civile et beaucoup d’autres furent arrêtés et torturés. Ces pertes repercutèrent en la capacité opérative de l’Organisation et lui empêchèrent de fortifier sa Direction et de créer une infrastructure solide. Cette situation s’aggraverait bien plus à la suite de la campagne « cent par un » qu’on essaya d’accomplir pendant le printemps et l’été de 1979 comme réprésaille par les assassinats de quelques dirigeants et militants commis par la police.

L’énoncé de cette campagne fut erroné par deux raisons: primo, ce que nous avons dit ci-dessus (nous ne devons pas nous laisser prendre par les pièges que nous pose l’ennemi) et secundo, les buts que nous voulions atteindre étaient disproportionnés.

Dans la pratique, cela obligea à mettre en cause à toute l’Organisation et à négliger tous les autres aspects de l’activité politico-militaire, y compris la sécurité de la Direction. Bref, on pourrait dire que, même s’il est vrai que nous avions alors un potentiel suffisant pour un développement « normal » des activités, il était de toute évidence insuffisants pour faire la « punition » cherchée et il fut mal employé.

Cette erreur de « calcul » se retournerait très tôt contre nous et l’on pouvait avoir évité puisque, ou lieu de perdre la tête en des moments si critiques, la Direction devrait avoir évalué froidement la situation et ordonné un repli tactique, en attendant le meilleur moment pour entreprendre une offensive en règle permettant notamment de faire payer à l’Etat tous ces crimes, sans exposer, comme on l’a fait, à l’Organisation à subir de nombreuses arrestations.

8. La fuite de la prison de Zamora

Quelques mois après ces arrestations, le 17 décembre 1979, et lorsque le gouvernement de Suárez considérait encore une fois l’Organisation liquidée, on produit la fuite de Zamora de cinq de ces dirigeants les plus remarquables: Cerdán Calixto, Abelardo Collazo, Martín Luna, Hierro Chomón et Brotons Beneyto.

Pourtant, les résultats de cette fuge n’ont pas corréspondu aux énormes expectatives crées, autant dans le mouvement organisé qu’entre de larges secteurs de la population.

L’organisation du Parti et des GRAPO en prision, travaillant ensemble, avaient realisé de gros efforts pour libérer ces cadres et avaient élaboré des projets ambitieux pour eux, avec la certitude qu’ils seraient capables de les accomplir. Mais tous ces espoirs seraient bientôt déçus.

Cela est surtout arrivé par le volontarisme et l’inconscience que quelques-uns démontrèrent, ce qui, difficulta l’adoption de décisions et l’action coordonnée la plupart du temps. Etant donné ces circonstances, il ne fut pas possible non plus leur protéger de la répression afin de garantir la continuité de la Direction.

Tous ces camarades démontrèrent avoir, comme toujours, beaucoup de courage et de héroïsme, mais ils ne surent pas se protéger ni se libérèrent de quelques conceptions et pratiques anciennes, déjà surpassées par le développement de la lutte et l’expérience même de l’Organisation. Ils continuèrent ainsi à faire les choses comme auparavant.

On explique donc que, quelques mois après la fuge, aient été arrêtés Hierro Chomón et Brotons Beneyto, et que Abelardo Collazo ait été assassiné, abattu à tirs para la police. Un an plus tard, Cerdán Calixto fut aussi assassiné. Le seul des fuyards restant en liberté, Juan Martín Luna, sera aussi assassiné en décembre 1982, quelques jours après que les socialfascistes du PSOE gagnent les éléctions générales, répondant ainsi à l’offre d’une trève que notre Organisation avait fait aux nouveaux gouvernants.

Malgré ces pertes énormes pour nous et les erreurs commises, il est juste de considérer que cette étape se solda avec une victoire du mouvement révolutionnaire car, s’il est vrai que le gouvernement suariste(6) avait parvenu à nous frapper fortement plus d’une fois, par contre il n’a pas réussi à supprimer notre activité armée et de dénonce politique et bien moins à nous anéantir, comme il est son objectif.

Au contraire, dans cette dernière étape on produit une augmentation de notre action militaire visée surtout frapper les hautes cadres de l’Armée.

Ces actions (qui se sont payées la vie de deux généraux) avaient le but principal d’obliger l’oligarchie et son Etat à se décanter autour des propositions du « Programme des Cinq Points » faites auparavant par le mouvement, et elles furent, unies aux actions d’ETA et à la lutte des masses secouant le pays partout contre la reconversion et le reste, celles qui finirent d’acculer le gouvernement de Suárez, provoquèrent sa démission, la « vacance du pouvoir » et la tentative de coup d’Etat du 23 février.

Pendent ce temps, on peut dire que non seulement ils ne nous ont pas mis en déroute mais nous avons souvent réussi a leur arracher l’initiative et à approfondir bien plus leur crise. L’impossibilité de nous détruire et leur incapacité pour contenir le mouvement de masses ascendant, ont enfoncé le régime dans un situation de faiblesse bien plus grande que la nôtre.

Nous leur avons aussi gagné une importante bataille de caractère stratégique: d ‘« obscurs » nous sommes devenus « illuminés GRAPO« . Il était évident que la première campagne de la guerre psychologique l’avions gagnée. L’hubard et le mensonge ne peuvent pas se maintenir longtemps. La volonté, l’unité et la fermeté démontrée par nos camarades emprisonnés y avaient contribué de façon décisive.

9. Il n’y a pas de treve

Notre Organisation ne s’est jamais niée à maintenir une trêve permettant d’aborder la solution pacifique de quelques problèmes. De fait, pendent une période, la faiblesse du gouvernement de Suárez et la profonde crise qu’il subissait, nous fit voir la possibilité d’atteindre quelque type d’accord.

De nombreux secteurs du régime, et particulièrement l’Armée, s’y opposaient. C’est pourquoi les contacts maintenus ne furent, de leur part, que de simples sondages. Ils espéraient que nous allions réduire nos exigences politiques, mais sans fermer définitivement les portes.

Les hauts dignitaires de l’Etat avaient déjà constaté notre capacité de résistance; ils savaient qu’ils n’allaient pas pouvoir nous vaincre et bien moins nous soumettre. D’autre part, il était aussi évident pour eux qu’atteindre la trêve dont ils avaient besoin pour sortir de l’impasse, allait leur coûter un haut prix, bien plus si l’on considère que notre Organisation n’allait pas renoncer à aucun de sus projets et objectifs révolutionnaires.

Tout le plus qu’ils pouvaient remporter, c’était un petit répit dans la crise qu’ils subissaient. En échange de leur accorder ce répit, notre Organisation et l’ensemble du mouvement de résistance pouvaient profiter la trêve pour augmenter leurs forces et les disposer mieux afin de recommencer le combat quand le gouvernement rompt les termes, et nous assurions qu’il ne devrait se passer sans y mettre longtemps.

Nous croyons que cette perspective était aussi claire pour eux, pour ce qu’ils décidèrent de faire traîner l’affaire en longueur. Il fut après, avec la « victoire » felipiste (7) aux élections d’octobre 1982, quand il fut évident pour nous dès le premier moment, que la réaction espagnole n’allait pas laisser utiliser les dix célèbres millions de voix pour se refaire de ses défaites politiques et militaires et pour recommencer à nouveau sa croisade contre le mouvement de résistance populaire.

La premier décision prise par les felipistes, à peine arrivés au pouvoir, fut celle d’ordonner l’assassinat du dirigeant de notre Organisation, Juan Martín Luna, et cela bien que comme chacun sait, les GRAPO eussent déclaré une trêve unilatérale afin de leur faciliter l’application du programme de « changement » qu’ils avaient promis. Dès le début il était donc prouvé comment serait leur politique (la même que les putschistes (8) leur avaient dicté), et les illusions étaient donc hors de propos.

Avec la même « décision« , les felipistes se hâtèrent à accomplir les projets de reconversion, l’entrée d’Espagne dans l’OTAN, l’élargissement de la loi anti-terroriste et l’augmentation des fonds de l’Etat réservés à la guerre sale. Toute cette politique antipopulaire devrait trouver très tôt une résistance croissante autant de la part des organisations révolutionnaires que du mouvement des masses, en particulier de la classe ouvrière, ne mettant pas longtemps à se rendre compte de la duperie et de l’escroquerie dont elle avait été objet de la part des socialistes.

Quant a la activité de notre Organisation, cette étape commençant avec l’assassinat de Martín Luna et le règne de la terreur des felipistes, a été postérieurement qualifié par nous comme l’étape « militariste » et comme de bien entendu, elle entraîne très mauvaises conséquences.

L’affaiblissement constant de l’influence du Parti (motivé par les arrestations continuelles et les assassinats de ses militants), et l’incorporation de militants nouveaux arrivant dépourvus d’expérience et avec une formation politique tout juste, préparèrent le terrain pour couver dans nos rangs des habitudes et des idées propres de l’activisme anarchique qui, même si elles ne refusaient pas formellement la direction politique et idéologique du Parti, elles donnaient lieu pour passer outre de ses propositions et recommandations dans la pratique.

Dès sa naissance même, les GRAPO n’avaient jamais mis en question le rôle dirigeant du PCE(r) sur l’ensemble du mouvement ouvrier et populaire. En ce qui concerne à notre Organisation, nous comprîmes que, notre caractère hétérogène, notre manque de profits idéologiques définis et notre but fondamentalement militaire, nous serions vite isolés des masses et nous nous désorienterions facilement, si nous manquions de cette direction et des apports que seul le Parti prolétarien peut nous offrir.

La conception militariste se fonde exactement sur la prétention de supplanter le parti dans la fonction d’organiser et de diriger le mouvement de résistance populaire.

Même si, comme nous disons, on dissimulait cette tendance sous une « reconnaissance » formelle de cette fonction du Parti, dans la pratique on arriva à la supprimer complètement. La direction des GRAPO de ce temps-là finit par mépriser tout le travail politique et exerça des pressions sur les militants ouvriers n’acceptant pas se soumettre à son activisme aveugle et bien moins laisser passer comme justes ses conceptions erronées.

Le militarisme ne se manifeste pas nécessairement par une plus grande ou plus petite activité armée, mais par un manque presque absolu d’énoncés et de buts politiques dans ses actions. Même s’il est certain que, dans cette étape se menèrent de nombreuses actions, la plupart de celles-ci s’accomplirent pour couvrir les besoins de l’Organisation même.

Par rapport au fonctionnement, toutes les règles furent transpercées: en avait cassé l’étanchéité et la spécialisation. Au sein de l’Organisation, tous ces membres avaient décidé qu’on devait « savoir faire un peu de tout« . Ils n’avaient aucun plan concret d’activités et tout ce qu’on faisait, c’était improvisé. Les liens organiques entre les militants n’existaient pas non plus; ils avaient été remplacés soit par « l’ordonnance et commandement« , soit par les relations de copains et de compères.

Le mal été arrivé si loin, tel était l’esprit de groupe et l’aveuglement prédominant dans la Direction, qu’il était stèril toute discussion orienté à corriger les erreurs ou à atteindre quelques accords, du moment que les accords ne se respectaient pas après.

De cette façon, les « militaristes » (en réalité semi-anarchistes) non seulement ne firent pas disparaître l’influence du Parti mais, avec leur attitude et leur entêtement, posaient l’Organisation même en situation d’être anéantis. Il arriva ainsi. Il suffit à la police de faire infiltrer un élément provocateur pour, avec le seul fil que celui-ci lui procura, arrêter dix-neuf militants en seulement deux jours.

Les conséquences du « militarisme » au cadre organique et pratique furent désastreuses. Mais elles seraient bien pires dans les aspects politiques et idéologiques. La lueur de ces conceptions y dominerait encore quelques temps, se manifestant maintes et maintes fois dans les attitudes et les déclarations, ainsi que dans la préparation et le déroulement de quelques opératifs. Combattre ces conceptions au sein de l’Organisation a été l’une de nos préoccupations fondamentales.

Mais comme nous avons dit, le mal avait fini et laissa inévitablement ses séquelles. De toute façon, celle-ci a été une des plus importants expériences que nous avons eu pendant longtemps; nous en avons appris et cet enseignement nous permettra de nous prémunir et de nous guérir bientôt des mêmes erreurs ou d’autres pareilles qu’on peut commettre à l’avenir.

10. Les efforts dirigés a lever de nouveau l’Organisation

Le « balayage » de janvier 1985 laissa l’Organisation démantelée. Les conceptions et les pratiques semi-anarchistes dominants jusqu’alors vont contribuer à paralyser complètement l’activité armée du mouvement, même s’il est vrai qu’il ne serait pas pour longtemps.

Encore une fois, toute la charge du travail dirigé à mettre à nouveau l’Organisation debout dut échoir sur le dos des militants du PCE(r). Cela imposa au Parti d’énormes sacrifices puisqu’il se trouvait alors fort affaibli aussi à la suite de la répression. De sa part, et comme de bien entendu, la police centra également son travail essayant d’empêcher notre remontée.

Il arrive ainsi que les premières tentatives de créer une structure et quelques commandos échouent. Les membres d’un de ces commandos furent arrêtés au debout de 1986, quand ils menaient une expropriation bancaire. On donna la circonstance anecdotique qu’ils perdirent leur temps, après s’emparer de l’argent, en attachant tous les employés de l’entité; la police ayant ainsi le temps de les encercler. Cela laisse entendre la manque d’expérience, l’improvisation presque absolue et le manque de moyens dans les opérations des commandos.

Ces premiers pas furent réellement dramatiques: des fois, c’était la forte tension psychologique, augmentée par le sein de la responsabilité; d’autres fois, ce furent les erreurs inévitables ou les échecs. Les nouveaux militants s’incorporant n’avaient que de la discipline et de la volonté de ne pas reculer devant les difficultés.

Tous eux manquaient d’expérience de lutte militaire, et quelques-uns ne réunissaient même pas les qualités exigées pour cette type d’activité. Pourtant, personne ne cède à l’effort. Il était en jeu le maintien même de l’Organisation. Les tortionnaires et les assassins ne vont pas nous imposer longtemps l’esclavage. Et les efforts pour avancer plus loin et pour mettre à nouveau l’Organisation debout augmentaient.

Malgré les limitations et les énormes difficultés que nous trouvons, il est en réalité dû à cette persévérance et redoublant nos efforts que nous allons obtenir, quelque temps après, quelques résultats favorables. Cependant, la « malchance » que nous pessions allait se prolonger toute l’année 1986 durant, où se produisent de nouvelles arrestations.

Déjà en 1987, avec d’autres incorporations nouvelles de militants et l’expérience acquise, la tendance commence à changer nettement à notre faveur. Quelques opératifs importants s’accomplissent. On y récupère quelques armes à l’ennemi et l’on s’y dote à l’Organisation d’un fond économique, produit de quelques expropriations et du recouvrement de l’impôt révolutionnaire.

Les arrestations de décembre et celles devant se produire dans cette période de réorganisation avaient rongé le moral de victoire et crée un esprit numantino.

On va a l’action par discipline et parce que notre conscience même l’exigeait ainsi, mais réellement, peu de nous confiaient de pouvoir nous en sortir. On entendait souvent dire: « nous y allons car nous devons aller, sinon, à quoi bon sommes-nous ici? » Ce manque de sûreté en ce qu’on faisait et la méfiance dans la victoire déterminait souvent le résultat même des actions ou des opératifs.

Ce qui arriva, par exemple, avec la premier tentative de nous pourvoir des cartes du DNI (9): de façon étourdie on fait irruption au commissariat avant d’être déposées les documents dans l’endroit prévu. Autant il passerait aux tentatives échouées de « retenir » plusieurs entrepreneurs, des actions où l’on ne parviendrait à dépasser la phase d’approximation et d’abordage. Et il arrive que, avec cet esprit de fatalisme et de défaite, la planification même des actions se faisait comme une simple formalité.

Comme conclusion de toute cette période on peut dire que la « malchance » du débout a son explication dans les difficiles conditions de départ; en manquant d’ailleurs d’expérience et de toute type de moyens, les erreurs commises dans cette étape sont fondamentalement de type pratique.

Mais plus tard, une fois réussies quelques actions et déjà aguerris au combat et lorsque nous avions un potentiel opératif considérable, la persistance du même esprit « d’abattement » ne peut être attribué qu’au manque d’un travail idéologique et, plus en général, à « l’autocomplaissance » et à l’éloignement de la Direction.

La préoccupation excessive par la sécurité avait renfermé la Direction sur elle-même, négligeant les relations et les contacts directs avec lesquels inculquer de la confiance et impartir des enseignements aux militants nouveaux. Ce fut un défaut se faisant remarquer pendant toute cette étape. D’ailleurs il y a un autre aspect important à prendre en considération (en dehors de la démoralisation provoquée non seulement dans nos rangs mais aussi parmi les masses populaires) et c’est le sillage d’information qu’on laisse à l’ennemi, ce qui facilite énormément son activité répressive.

A partir de tous ces considérations, le Commando Central devrait avoir fait un effort pour analyser et exposer, après chaque échec, les causes du même, quels facteurs avaient empêché d’atteindre les buts, les erreurs observées, les non-exécutions, etc. Cela aurait contribué à éclaircir les idées, aurait renforcé le moral de combat dans nos rangs et avait augmenté le prestige de l’Organisation parmi les masses. En possant nous aurions crée beaucoup plus de difficultés à l’ennemi, et notre progression aurait donc été plus grande.

Malgré toutes ces erreurs et déficiences, et grâce aux efforts que faisait l’ensemble de l’Organisation, nous parvînmes à nous en sortir encore une fois en surmontant tous les écueils et les difficultés. De même que nous signalions ci-dessus. La tendance défavorable que nous affrontions au débout de cette étape s’en alla à un telle point qu’à la fin de 1988, nous arrivions à la pencher presque totalement à notre faveur. Il y devrait contribuer l’incorporation de nouveaux militants, la récupération de quelques armes et, finalement, la saisie d’une bonne quantité de cartes du DNI.

Nous avons pu ainsi souffler et effectuer un repli partiel, nous permettant de tirer des projets nouveaux, de renforcer le Commando Central et de constituer les différentes sections (fabrication d’explosifs, information et falsification, etc.). Le but principal visé à ce moment-là consistait en parvenir à la fuite massive des camarades emprisonnés (« plan Benito ») concentrés alors dans la prison de Soria.

Mais pour commencer ce plan, il fallait encore constituer un fond économique. Ce problème ne serait résolu qu’en été 1989, après la séquestration-expropriation menée à Castellon où nous réussissions à arracher 148 millions de pesetas (10) et les armes des gardiens. Mais nous prenions déjà du retard et, de fait, les préparatifs de « l’opération Benito » à peine commencés, le gouvernement organise des provocations contre les prisonniers et mène leurs transferts aux différents prisons. La grève de la faim, à laquelle nous nous étions opposé auparavant car elle pouvait entraver nos projets, devint alors nécessaire et inévitable.

11. La lutte pour maintenir l’initiative

Ainsi étaient les choses au débout de la grève de la faim, où plus d’un commentateur arriva à la qualifier de faire « bras de fer » entre les GRAPO et le gouvernement felipiste. Même si, comme nous venons de voir, notre situation n’était pas encore très solide, il faut reconnaître que le gouvernement et les organes répressifs de l’Etat avaient toutes les raisons de se préoccuper.

Aujourd’hui nous avons la certitude que les experts en tortures et en répression jugeaient chaque opératif mené et son importance stratégique. D’ailleurs ils savaient que, malgré tout le déploiement de forces, des « peignages » et le reste qu’ils nous dédient, ils n’ont pas réussi à nous faire aucun mal. Cela uni à quelques changements effectués en notre façon d’agir et à la « nervosité » qu’ils ont pu détecter dans quelques camarades emprisonnés, leur fit penser que nous étions en train de préparer quelque chose « sérieuse ».

A ce moment-là nous sommes au courant de la réalisation des enquêtes et des fouilles sur tout le périmètre de la prison de Soria. Nous savons aussi qu’ils ont étendu leurs enquêtes à toute la province en recherchant des indices confirmant leurs craintes.

Pour se tirer d’affaire de cette situation si dangereuse pour eux, le gouvernement et les experts militaires et policiers vont concevoir un plan dont le but principal consisterait en la dispersion des prisonniers pour couper toute possibilité d’évasion massive et ensuite, en les harceler, les isoler et les torturer afin de nous faire perdre la tête et d’empêcher le mouvement de résistance de développer sus propres projets.

Logiquement, même si de notre part, nous voyons clair dès le débout cette manœuvre de l’ennemi (visée à nous mener au terrain le plus favorable pour eux, à la dynamique de « l’oeil pour l’oeil ») nous n’avons pas pu cependant l’éviter ni nous n’avons pas pu répondre comme nous devrions l’avoir fait dès le debout. Etant immergés dans les plans d’évasion, nous nous sommes vu obligés à l’improviser et à démanteler vite l’opératif.

D’ailleurs, à cette époque, nous manquions de l’information nécessaire. Toutes ces limitations, unies à la circonstance que l’ennemi attendait prêt notre attaque, nous ont obligé à être bien plus prévoyants de ce nous souhaiterons.

Même ainsi, l’Organisation fut exposé à un haut risque. Quoi d’autre pouvait-on faire dans une situation pareille? Ce qu’on fit: les commandos opératifs reçurent l’ordre de « sortir à la chasse », ce qui supposa parcourir continuellement les villes cherchant des « buts » qui étaient déjà sur leurs gardes, et augmenter bien plus les risques.

Preuve de cela fut-il, lors de l’action de Gijón où on exécuta deux gendarmes et l’on leur arracha les armes qu’on arriva à sortir du siège de justesse; autant il arrive lors de l’exécution du commandant de l’Armée Román Santeodoro, que nous menions à Madrid; et encore une fois, à côté du Ministère de l’Air où des éléments de la police et nos garçons se regardèrent du coin de l’œil durant quelques minutes sans se décider aucun d’eux à sortir l’arme d’abord. A cette époque nous avons le gros des forces en dance, « faisant » de l’information et retournant les buts dans leur tête.

La cause de ce problème est due, fondamentalement, aux faux critère ayant dominé jusqu’alors sur le travail d’information dont il dépend, en grande mesure, autant la décision d’un opératif (soit militaire, politique ou économique) que sa réalisation correcte.

Pour cela le travail d’information ne doit jamais être conditionné par les avatars ou les besoins de chaque moment, mais il doit être un travail constant planifié et orienté avec un critère large, s’occupant à la fois des différentes domaines où se déroule notre activité et ayant en vue principalement, le moyen et le long délai.

Pour que l’information soit efficace, il faut l’avoir toujours prête pour la mettre seulement « à jour » quand faudra-t-il. D’ailleurs, afin de ne pas gaspiller de temps ni d’énergies, il en faut faire une sélection soucieuse et un suivi de la même.

Rien de plus bête ou naïf que ces tas de coupures de journaux et de revues qu’ont l’habitude de présenter quelques-uns de nos agents « spécialisés » quand on leur demande de rendre compte de leur travail. Il est vrai qu’on a fait d’importants progrès dans ce domaine. Mais il ne suffit pas car, comme on pourra comprendre, cela ne peut pas rester au libre arbitre d’aucun « spécialiste ».

Ne pas le comprendre ainsi, ou supposer que l’information est seulement une affaire des experts, de travail pratique, d’une tâche de recherche et de vérification des renseignements et de l’utilisation de moyens et de méthodes techniques, cela revient à ne voir qu’une partie de problème. Personne ne doute de la nécessité de ces moyens pour pouvoir mener un bon travail d’information.

Il est aussi vrai que, en grande masure, celui-ci dépendra de l’initiative et de l’adresse qu’on y mette. Mais nous devons comprendre que, même ainsi, il serait mal employé ou il perdrait, s’il maquait d’un critère clair et d’une direction juste.

Comme chacun sait, en général, l’information arrive au centre procèdent de sources différentes: des fois, à travers de collaborateurs; d’autres fois, des masses, ou bien des mêmes commandos opératifs de l’Organisation. Une fois choisie, cette information et les orientations correspondantes forment la base sur laquelle partent d’habitude les « spécialistes » pour commencer leur travail.

Mais quand, comme dans l’exemple que nous venons de raconter, le besoin presse et nous devons improviser, sortir à la recherche des renseignements à la aveuglette et sous le feu ennemi, cela signifie que quelque chose va mal ou que nous n’avons pas une idée très claire à ce sujet.

Cette circonstance et la prolongation excessive de la grève de la faim nous menait au-delà de nos possibilités matérielles et humanines. La tension et les risques énormes que cette situation comportait, nous a obligé à devoir poser un changement de tactique.

Ce changement se fit auprès du médicin tortionnaire José Muñoz Fernández, le 27 mars 1990. Au communiqué où nous avons assumé cette action, on prévenait déjà au gouvernement social-fasciste que nous n’allions pas nous laisser attraper dans le piège posé par lui, étant ainsi inutile de prolonger plus longtemps la torture des prisonniers.

Après cela nous avons recommencé les tâches interrompues (comme la fabrication d’explosifs et la restructuration des groupes d’information). On avança aussi en la préparation d’un plan ambitieux de recouvrement économique. Tout cela, évidemment, sans abandonner jamais le soutien à la grève, en lui consacrant un commando opératif.

Ce commando accomplirait l’exécution du colonel-chef du gouvernement militaire de Valladolid en représailles par la mort du camarade Juan Manuel Sevillano après six mois de grève de faim.

En été 1990 nous avons réalisé un nouveau repli. Celui-ci se fit aussi nécessaire mais par des raisons differentes de l’anterieur: cette fois il s’agissait d’analyser la situation et l’état de nos forces afin de reprendre à nouveau l’initiative. Au cours d’une réunion urgente du Commando Central, on décide de lancer une offensive.

Celle ci est mené à bien au mois de septembre à Madrid où se firent exploser plusieurs bombes au Ministère de Justice, à la bourse et au Tribunal Constitutionnel); à Barcelona (au siège central du Parti du gouvernement et dans la raffinerie de Repsol à Tarragona) et à Gijón, où autre faire sauter l’édifice de la Direction Générale à Circulation, nous avons récupéré un bon lot de cartes du permis de conduire.

Toutes ces opérations se menèrent en peu de temps et de façon précise, y augmentant ainsi leur retentissement et leur importance politique. Avec cette offensive, supposant un coup politique, moral et militaire pour l’ennemi, nous avons repris l’initiative.

Pourtant, on doit dire que nous n’arrivons pas à réussir totalement cette campagne car, pour la finir, il était prévu d’arracher une importante somme de millions de pesetas à un spéculateur mettant ainsi terme pendant longtemps aux problèmes économiques de l’Organisation. Mais, au lieu de cela et juste quelques heures avant de commencer l’opératif, on arrêta le commando devant le mener à bien.

Ces arrestations ne furent pas conséquance d’une « accumulation d’erreurs » car en général, jusqu’à cet instant, on avait fait les choses assez bien. Pourquoi n’a-t-on pas pris les mesures nécessaires dès qu’on eut les premiers indices des enquêtes policièrs? Simplement parce qu’ils ne finissaient pas de se croire que la police peut « couper les chevaux en quatre ». Ils n’ont pas pensé que, comme il arrive souvent, un coup de chance peut leur servir.

A ce moment, ils ont confondu en outre d’autres facteurs: l’énorme tension accumulée par la prolongée grève de la faim des camarades emprisonnés, commençait à faire impression aux militants se trouvant contraints à développer une activité frénétique. Le bref delai de temps disponible fut un autre facteur leur pressant. Mais ce qui eut une influence plus forte sur ce manque de réflexes, ce fut la confiance excessive.

12. Situation apres les arrestations d’octobre

Les arrestations du mois d’octobre et le fait que nous n’avions pas arrivé à atteindre le but économique, vont provoquer une situation très difficile au sein de l’Organisation, ce qui nous a empêché de faire une plus grande contribution aux fastes de la monarchie, récemment finis.

Néanmoins il doit être bien établi que pur les GRAPO, le célèbre 92 (11) n’a jamais eu aucun sens important, ni propagandiste ni stratégique. Le cas échéant, l’année que toujours nous a attiré l’attention a été 1993.

A part cela, les mesures extraordinaires de sécurité qu’ils devraient rendre pour protéger leurs fêtes et les autres événements étaient prévisibles; c’est pourquoi on ferait un mauvaise affaire essayant de les rompre avec les moyens limités à notre disposition.

Il était aussi prévisible le mur de silence qu’on devrait dresser pour éviter qu’aucune des actions de la guérilla soit transcendant, particulièrement les actions dirigées contre ces montages.

De toute façon, une chose est devenue claire : seulement avec quelques actions visées contre ces buts (comme l’explosion d’oléoducs et de station électrique, de même que l’action où nous sommes parvenus à arrêter le TAV (12) le jour même de son inauguration) nous avons obligé à faire sortir même l’armée à la rue, et cela avec un minimum d’effort de notre part.

Et encore, ils n’ont pas pu éviter que, a la veille même de l’inauguration des Jeux Olympiques à Barcelona, nous ayons allumé une grande torche, la torche de résistance, à quelques kilomètres seulement du stade où après ils allumeraient la ridicule petite flamme de leurs ridicules Jeux.

Pendant ce temps, le opératifs des GRAPO visés contre l’infrastructure énergetique des mopoles se multiplient. On essaie aussi d’exécuter l’ex-Directeur Général de Prisons, le connu tortionnaire Galavis quand il se trouvait chez lui. Mais l’action échoue n’étant détruite que la ville. Peu après, au mois de juillet, on assaillit un fourgon de sûreté à Zaragoza. Cette opération est manquée.

A cette époque, il arrive que nous avons un commando parcourant toute l’Espagne chargé d’explosifs et étant sur le point de tomber entre les mains de la police, au moins en deux occasions.

Une part de ces explosifs (40 kilos) se perdraient peu après puisqu’ils ont dû être abandonnées dans une maison de « sûreté » dont dut-on quitter de façon précipité. Au même mois (novembre) on produit l’arrestation d’un groupe d’arrestation. Cette « malchance » devrait encore se prolonger jusqu’au printemps bien entré, où l’on attaque avec des charges explosives le centre de distribution de gaz à Zaragoza et plusiers bombes explosent ou Ministère du Travail et a l’INI (13).

Avec ces dernières actions, il semblait que la situation améliorait, mais en réalité, celles-ci ne furent que le résultat de l’inertie et de la volonté. Pourquoi ne s’exécuta-t-on pas Galavis si l’on disposait des renseignements précis? Pourquoi déposait-t-on une quantité si grande d’explosifs dans une maison quand sa destination était une autre bien différente? Pourquoi sont détectés et arrêtés à Madrid les membres du commando d’information en pleine célébration de la Conférence sur le Moyen Orient?

Tout cela forme un tas d’erreurs qui, uni à d’autres erreurs que nous verrons en suite, vont déterminer une situation vraiment chaotique dans l’Organisation.

Une autre sujet à compliquer bien plus la situation est celui-ci se rapportant à la situation économique: depuis longtemps nous avons essayé de résoudre ce problème à partir d’un énoncé stratégique, et pour cela nous y avons consacré toutes les forces, le temps et les moyens considérés nécessaires sans parvenir pour autant à les résoudre. Ce problème a-t-il une solution correcte, c’est-à-dire, pas conjoncturelle?

Nous devons résoudre ce problème. Dans le cas contraire il faudrait aussi renoncer à satisfaire d’autres buts importants stratégiques: nous devrions cesser de penser au développement de l’Organisation ainsi que de l’ensemble du mouvement de résistance populaire. C’est pourquoi ceux qui considèrent ce sujet seulement sur l’étroit point de vue « économique » se trompent.

13. Sur la planification et les méthodes de conduite de la lutte

Il est indispensable d’analyser tous ces problèmes afin de les chercher une solution. Pour cela il ne faut pas chercher aucun cheveau expiatoire. Le Commando Central doit y assumer, comme dans le reste, la responsabilité de la situation crée. Néanmoins, cette responsabilité collective ne doit pas servir de prétexte pour voiler la part de responsabilité correspondant à chacun. Il ne s’agit d’accuser personne, mais il conviendrait de considérer tous les facteurs, afin de pouvoir corriger et de prendre toutes les mesures nécessaires.

Logiquement dans cet écrit nous n’allons pas nous arrêter aux tenants et aboutissants du cas. Nous devons prêter de l’attention aux problèmes de fond: à l’indiscipline à la mauvaise planification et, plus en général, aux méthodes erronées de travail établies.

La planification implique, entre autres choses, de la prévoyance, c’est à dire, faire des projets, marquer des buts, établir des détails, distribuer les forces, etc. en accord avec l’analyse d’une situation déterminée et son développement possible. Tout cela oblige à prendre en considération autant la situation général du pays (économique, politique, et sociale) que l’état des forces révolutionnaires et particulièrement, celui de notre Organisation elle-même.

Ce travail est de la responsabilité exclusive du Commando Central; il est le seul en situation de le mener à bien en sa qualité d’Etat-Major des forces armées révolutionnaires.

Une autre question où nous n’allons pas entrer ici est celle que fait allusion au facteur subjectif et à son accord avec les conditions objectives matérielles; c’est-à-dire, à la teneur de sagesse dans les analyses et les estimations, de même qu’à l’établissement des projets correspondants. Tout cela incombe du problème de la tactique et la stratégie, qu’aucun chef politique ou militaire doit jamais dédaigner ni prêter peu d’attention.

Pourtant, on doit dire que cette négligence s’est produite plus d’une fois parmi nous, motivée presque toujours par la difficulté de nous réunir; sinon les petits détails du jour ont été ceux qui ont détourné notre attention. On explique ainsi que nous ayons parfois manqué de projets « alternatifs » que nous n’ayons pas été capables, presque jamais, de déclencher, coordonner et diriger une « campagne concentrée », assénant plusieurs coups à la fois.

Nous aurions la possibilité de l’avoir fait si nous l’avions voulu, évitant ainsi l’excessive dispersion (dans le temps) des actions, la distraction de nos forces et ce sentiment d’inactivité ne nous servant à rien. Prévoir des changements au cour d’une campagne, annuler un opératif s’il n’a pas de conditions pour son accomplissement, ou accélérer les détails pour mener les projets, ce sont des tâches concernant aussi à la Direction, de même que prévoir la possibilité d’une erreur ou d’un échec rendant impossible sa réalisation. C’est pourquoi on doit prévoir d’autres projets ou opératifs pouvant les mener aussitôt que possible.

Nous avons ensuite la question de l’articulation et de l’accomplissement des projets, où font partie directement les cadres majeurs et les militants de base de l’Organisation. Au débout on y pose aussi un problème de planification, qui revient réssoudre au groupe ou commando opératif, travaillant les reseignements, évalouant toutes et chacune des possibilités, etc., afin de décider la façon la plus adéquate de mener le but marqué dans le delai de temps prévu.

N’ayant pas une raison justificable (imprévue dans l’ordre de la Direction) ils ne doivent modifier pas une des tâches fixées ni les dates de son accomplissement. Il en est responsable le chef du commando ou de l’unité. Il n’y a pas d’excuse qui compte, se réfugiant dans les mauvaises interprétations ni dans l’ultradémocratisme, lequel ne tient pas de place parmi nous.

Et tous savons dernièrement, à ces accords « par majorité » en absence d’une direction solide. Il ne faut pas dire que ces accords ne peuvent pas être tolérées dans notre Organisation militaire que lorsqu’il s’agit d’approuver quelques des modalités d’un projet concret à accomplir, mais jamais, sous aucun prétexte, pour mettre en question l’exécution de ce projet.

En général, ce sont les membres du Commando Central ceux qui doivent décider, dans chaque cas, la façon la plus adéquate « d’entrer », utiliser, etc. Ensuite, une fois commencée la « mise en scène » de nouvelles particularités et difficultés y apparaissent; chaque acteur devant jouer le rôle confié adroitement et imaginativement, sans doute, il ne pourra le faire que s’il est imbu de l’importance de son rôle et qu’il connaît bien la « parcelle accordé »; s’il comprend que la « fonction » commence, nous sommes libres de décider qu’ensuite nous pouvons dominer la situation et qu’une fois l’opératif commence, ce son la décision, le courage et l’audace ceux qui décident tout. Comment faire pour que chaque combattant joue le rôle confié, y mettant en jeu son initiative même et ses qualités?

Cela dépend souvent de la Direction: d’une bonne planification et prévision générale, de l’adresse dans le choix des buts et ensuite, du travail d’organisation, coordination et direction pratique se faisant sur le terrain. Le chef du commando doit dresser le plan d’action, situer de façon satisfaisant les forces et les mener au combat.

Il se passera ainsi que chaque guérillero s’inspirera de ce style de travail et l’appliquera à la tâche assignée. Créer un état d’esprit favorable à l’action parmi les membres du commando, ce n’est pas une question de rhétorique mais surtout le résultat d’une bonne planification et organisation.

Cela dit, il aura toujours des différences de critère dans beaucoup de détails parmi les membres d’un commando et il faut que tous s’expriment avec une totale liberté et franchise.

Cela renforcera bien plus l’esprit combatif et la discipline. Unifier des critères, dissiper les doutes et renforcer le moral ou, autrement dit, « qu’il y ait de la joie », ce sont des aspects concernant particulièrement à la Direction; de même que concerne à la Direction ce d’annuler, de le croire nécessaire, un opératif si les conditions objectives et subjectives indispensables pour son accomplissement ne sont pas crées.

Mais quand les choses ne se font pas ainsi, quand le Commando Central « perd les papiers », ne prévoit ni planifie avec la vue mise sur les buts stratégiques que nous avons fixés, mais qu’il affronte les problèmes d’un jour a l’autre (et que, pour autant, comme de bien entendu, nous aurons aussi toutes les forces laissées croupir et sans pouvoir compter sur une réserve) quand tout cela arrive, l’histoire commence et nous devons donc improviser en même temps, rapiécer ici, faire un trou là, il ne doit pas étonner que la panorama soit noirci et que se multiplie l’insécurité et le désarroi. Il faut voir clair que nous ne refusons pas toute improvisation.

Tous savent que le hasard dans la guerre est l’un des facteurs fondamentaux à tenir en compte. Puisqu’il s’agit de l’affrontement de deux volontés et forces agissant avec une relative indépendance l’une de l’autre, il existera toujours un marge d’imprévus sur la conduite de l’ennemi.

Il s’ensuit que nous devons faire un effort pour « deviner » ses mouvements et ses pièges et, de notre part, utiliser des divers stratagèmes pour le confondre et l’induire à commettre des erreurs. C’est pourquoi nous devons souvent « improviser », particulièrement quand se prépare et se mène à bien une opération où, en général, se présentent et affrontent des particularités et des situations échappant ou renseignement et à tout plan préalable.

Si nous échouons dans l’estimation et dans l’élaboration, il ne doit pas étonner que, quand le tour arrive au chef du commando et que celui-ci se trouve avec l’affaire difficile, à son tour il se voit obligé de se tirer d’affaire avec n’importe quelle « petite chose ».

Il commence a divaguer et à retourner des buts divers dans sa tête pour voir la manière « d’enfoncer le dent » sur l’un des buts, sans aucune idée nette ni projet exact. Jusqu’au moment qu’il décide de se pencher à contretemps, quand tous le détails se sont écoulés, et oubliant du parachute.

Finalement, il arrive que la chose n’était pas celle que nous « l’avions prévue » lorsque, en réalité, on n’avait rien prévu et ce manque a dû être remplacé par la volonté. L’échec de l’attaque au fourgon à Zaragoza ou celui de l’assaut au Banque d’Espagne à Santiago, sont-ils dus à la « mauvaise coordination » ou peut-être au « manque de synchronisation » dans la conduite des membres du commando?

Quelle bêtise! La coordination est un aspect de la planification (et conformément à un but, ou dresse un plan d’exécution et, en accord avec celui-ci on stipule l’emplacement des forces de même que les formes et les phases de l’action) et celle-ci est une responsabilité du chef de commando d’une opération. Il est impossible d’accomplir bien sa tâche, s’il n’a pas été informé au préalable ou s’il n’a pas de temps, les forces et les moyens nécessaires. La coordination et la compénétration sont le produit, en dernier ressort, d’une juste planification.

14. Délimiter plus nettement les buts

Au cours de la longue lutte de résistance que nous soutenons contre l’Etat fasciste et impérialiste espagnol, notre Organisation a dû changer plusieurs fois le but central de ses attaques. Ces changements ont été notamment déterminés par la situation politique, par les besoins et les buts immédiats du mouvement de résistance et par l’état de nos forces. Ainsi, durant la première étape et une fois que nous avons fait face à la répression sur les masses, nos actions furent dirigées de préférence à dénoncer la manœuvre politique du régime.

Nous avons mis le « plastic » de « mode » nous a été utile dans ce but. Plus tard, lorsque nos forces furent assiégées et que les arrestations et les assassinats des militants commencèrent, nous avons dû nous défendre en attaquant directement les forces répressives et les hauts responsables de la répression. Dernièrement, l’activité armée de notre Organisation a été visé particulièrement à frapper l’infrastructure économique de l’Etat de l’oligarchie.

Toute cette activité armée a été orientée à atteindre le but stratégique fondamental que les GRAPO ont visé pour l’étape actuelle de notre révolution: affaiblir les forces ennemies ou même temps que nous renforçons les nôtres.

On doit éclaircir qu’il ne s’agit pas autant de leur créer des pertes (d’ailleurs étant encore en mesure de s’en remettre et même d’en augmenter facilement) que de leur ronger le moral en même temps que nous élevons l’esprit de combat des masses; il ne s’agit pas non plus de renverser maintenant l’Etat ni d’occuper une partie du territoire (une chose inconcevable à présent, dans les conditions de notre pays), mais d’accentuer la crise politique, économique et sociale du régime, de lui créer un « chaos » en lui empêchant, entre autres choses, de concentrer le gros de ses forces contre nous.

Dans ce but, nous devons les terroriser et leur occasionner les plus grandes pertes politiques et économiques possibles. Cet énoncé renferme les actions directes contre les forces répressives pour punir leurs crimes et pour encourager les masses. Jamais nous ne devons nous laisser entraîner au terrain de la lutte contre la police politique, ni tomber aux pièges qu’ils nous posent à chaque pas avec leurs provocations.

Avec ces actions, nous ne cherchons pas décimer l’ennemi, mais le démoraliser et l’acculer socialement et politiquement. Il s’ensuit qu’il faut choisir le meilleur moment pour les mener de façon qu’on ne puisse même pas croasser ce du « tir à la nuque ». On doit essayer d’être précis dans ces attaques. Néanmoins à présent, ces actions ne sont pas les choses les plus importantes à prendre en considération.

Entre outres raisons, parce que nous ne disposons pas des forces nécessaires ni sommes en mesure de supporter une « guerre d’usure » de ce type, et aussi parce que la terreur de répression actuelle, son caractère « sélectif », n’exige la mener que d’une façon conjoncturelle. Ne pas le comprendre ainsi, cela nous mènerait à un impasse très difficile ensuite de parvenir à sortir de là.

A présent, nous devons prêter attention au soutien du mouvement des masses et à attaquer l’infrastructure économique, politique et militaire du système. Tout cela est ce que nous avons fait dernièrement et il est juste de continuer à le faire. Mais dans ce domaine nous ne sommes pas non plus prêts à lui paralyser, mais seulement à lui occasionner un dégât relatif, à lui créer une situation de crise partielle et à profiter l’effet politique et psychologique ayant toujours lieu.

Bref, avec ces opératifs, et vu les limitations imposées par notre même développement, il s’agit d’occasionner les plus grandes pertes et chaos possible à l’appareil productif, bureaucratique et répressif de l’oligarchie, de ne pas ni laisser « gouverner » et se remplir les poches en toute tranquillité, pendant que la plupart de la population subit et passe tout genre de besoins, pendant qu’ils torturent aux casernes et aux commissariats et qu’ils forcent les prisonniers à des conditions inhumaines de détention, etc.

Compte tenu de tout cela, il faut concentrer nos attaques. Plus concentrées sont les attaques, plus grand sera leur retentissement. La dispersion, malgré l’importance des coups, n’aboutit au profit de la cause puisque, avec le temps, l’ennemi finit par les assimiler et par s’y habituer.

D’ailleurs, nous ne devons pas oublier qu’étant si large notre champ d’activité, nous ne pouvons pas non plus nous occuper à la fois de tout et être efficaces. On a donc besoin de concentrer les forces sur un secteur concret en le frappant systématiquement jusqu’à le paralyser ou, du moins, le désorganiser ce qui, à ne pas en douter, va répercuter politiquement et socialement, car le régime ne peut pas « assimiler » cela, au contraire de l’assimilation d’autre type d’actions.

15. Agir avec de l’autonomie, affirmer notre propre identité

Les GRAPO avons toujours appuyé le principe de la primauté de la politique sur l’activité militaire. Mais la notre, comme Organisation armée, avec ses tâches et sa structure en accord avec ce caractère, elle ne s’attribue aucune politique concrète ni fait partie d’aucun parti. Cela ne signifie pas que les GRAPO soient « apolitiques » ni qu’ils ne soient pas appuyés par aucune idéologie. Dans l’histoire militaire cela n’a jamais arrivé nulle part.

Le « Programme-Manuel du guérillero » définie aux GRAPO comme « un collectif » d’hommes et femmes armées et organisés militairement […] un instrument au service de la cause démocratico-populaire ».

C’est-à-dire, les GRAPO ne sont pas l’Organisation armée d’aucun parti mais il font partie du mouvement de résistance, ils se nourrissent de lui et ils lui servent toujours. En tant qu’organisation armée populaire, les GRAPO ont leur identité propre, forgée au cours de beaucoup d’années de lutte. Ils ont donc aussi leurs propres idées et conceptions, leur buts, leur plans et projets et par conséquent, leur propre structure organique et leur fonctionnement.

Les GRAPO se sont constitués comme l’embryon de la future armée populaire. A vrai dire, la relation spéciale que nous avons toujours entretenu avec le PCE(r) nous a fait apparaître souvent comme de « bras armé » du Parti.

D’autres fois, le PCE(r) a été celui qui est apparu comme le « bras politique » des GRAPO. Pourtant, nous n’allons pas démentir que, parfois mais particulièrement dans les dernières étapes, nous avons tendu à nous prendre sous l’aile protectrice du PCE(r) et à dépendre trop de son aide et collaboration pour résoudre quelques problèmes que nous pouvions avoir résolu nous-mêmes.

Par exemple, il s’est passé ainsi au domaine de la « publicité », de l’explication aux masses de nos propres actions et buts, nous limitant seulement aux concis communiqués; autant on peu dire par rapport à l’aide que nous avons besoin, quant aux maisons et abris plus ou moins sûrs.

Ainsi donc, ce type de dépendance doit finir, car elle nous mène à négliger souvent nos propres responsabilités. Dans ce domaine, nous devons aussi débrouiller nous-mêmes, essayant de ne pas négliger les relations avec les sympathisants et les amis, et cela autant à l’extérieur qu’à l’intérieur d’Espagne. La sûreté et la continuité du travail en dépendent, dans une grande mesure.

Toujours est-il que notre Organisation compte sur une direction propre, mise à l’épreuve en mille combats, et à laquelle personne ne lui a demandé jamais sur son affiliation politique et idéologique.

Parmi nous il suffit que chacun démontre son honnêteté et sa fermeté inébranlable, qu’il soit à coté du peuple et de la cause démocratique et qu’il soit à coté su peuple et de la cause démocratique et qu’il n’épargne aucun effort ni sacrifice pour la servir. On peut dire la même chose des cadres moyens et des militants de base.

Nous devons réaffirmer et renforcer ce caractère unitaire et combatif de notre Organisation, supprimant tout cela qui puisse gêner ou empêcher l’incorporation de tout antifasciste, républicain et patriote.

Nous devons prendre en considération que, à mesure que le processus révolutionnaire avance et que l’Organisation gagne la sympathie et le soutien des masses, étend son développement et s’occupe de nouveaux champs d’activité, il sera de plus en plus évident son identité propre. Pendant ce temps, nous devons parvenir à que cette différenciation et cette autonomie se stabilisent au sein même de l’Organisation.

Nous y arriverons en créant un nombre croissant de nouveaux groupes opératifs, en renforçant les distinctes sections spécialisés, en ramifiant de plus l’Organisation. En même temps, nous devons prêter plus d’attention à la préparation et à l’entraînement, devant s’occuper de la formation politique et théorico-militaire, a sa préparation physique et le bon maniement des armes.

Seulement ainsi nous compterons sur un contingent militaire techniquement préparé, avec un élevé moral de combat et prêt à servir à la cause populaire.


Notes:

(1) Cette appendice n’a été pas traduit au fraçais pour le moment [N. du T.].

(2) Le Parti Comuniste d’Espagne (reconstitué) nacquit à 1968 (sous le nomme d’Organisation des Marxistes-Leninistes d’Espagne) pour défendre le marxisme-leninisme contre les revisionistes et carrillistes que avaient trahi et aprés détrui le PCE et le mouvement comuniste international [N. du T.].

(3) Juan García Martín: L’Histoire du PCE(r) et des GRAPO, Editorial Contracanto, Madrid, 1984.

(4) La réforme, dit « démocratique« , commença après la mort de Franco à décembre 1975 et l’arrivé de Adolfo Suárez au gouvernement à juillet 1976 [N. du T.].

(5) Les révisionistes espagnols qui suivaient Santiago Carrillo [N. du T.].

(6) Ça veut dire, le gouvernement de Adolfo Suárez (Union du Centre Démocratique) de 1976 jusqu’à 1981 [N. du T.].

(7) Ça veut dire, du parti social-democrate, dirigé par Felipe González.

(8) Les gardes civils et militaires qui essaient le coup d’Etat de février 1981 jusqu’à la démission de Suárez et le nouveau gouvernement de l’Union du centre Démocratique.

(9) Le Document National d’Identité, carte d’identité espagnole. 

(10) Un million trois cent mil dollars. 

(11) Pour commémorer les dix anées des socialfascistes au gouvernement, pendant l’anné 1992 Espagne a été le siège des Jeux Olimpiques, l’Exposition Universel on deroula à Sevilla et Madrid a été « cité culturel de l’Europe »

(12) Le Train de Grande Vitesse espagnole [N. du T.]. 

(13) Institut National de l’Industrie, le monopole de l’Etat [N. du T.].

=>Retour au dossier PCE (ml) et FRAP, PCE (r) et GRAPO

Parti Communiste d’Espagne: Le Parti sur le pied de la guerre (1939)

Résolution du 23 Février 1939

Le Parti Communiste déclare que ce serait une erreur gravissime que de chercher à cacher l’extrême gravité de la situation. La perte de la Catalogne, de l’Armée et du matériel de guerre qui s’y trouvait, constitue un coup très dur porté à la République, qui change   profondément,   en  les  aggravant,  les   conditions  de  notre lutte pour l’indépendance et la liberté de l’Espagne. 

Mais   la   situation   passerait   de   grave   à   catastrophique   si   les dirigeants des organisations et des partis, si le gouvernement, si les chefs  de l’Armée perdaient leur sérénité et leur confiance en la capacité   combative   et   en   l’esprit   de   sacrifice   des   soldats   et  du peuple, et s’ils s’orientaient non pas vers la résistance, mais vers l’abandon de la lutte, vers la capitulation. (…) 

Le triomphe du fascisme dans notre patrie ne signifierait pas une étape brève et transitoire de gouvernement réactionnaire, comme ce fut le cas avec la dictature de Primo de Rivera, ou avec les deux années noires (1934-­1936, années noires de domination des ultra-réactionnaires). Le   triomphe du fascisme sur la République n’aurait rien d’une défaite partielle et passagère. 

Ce serait la fin de tout ce que les ouvriers ont conquis pendant des dizaines d’années de travail et de durs combat, ce serait la fin de toute  liberté,  l’écrasement  de  la  dignité  humaine,  l’esclavage le plus douloureux.

Les paysans et ouvriers agricoles, qui ont reçu de la République la terre pour laquelle ont  lutté des générations de parias de la campagne, en seraient dépouillés, et tomberaient de nouveau sous le joug du propriétaire terrien et du cacique. (…) 

La  résistance  est  possible et sera un fait  qui  nous permettra de sauver la vie et la liberté de milliers et de milliers de nos frères. Les batailles et le retrait de la Catalogne ont fait apparaître toute une série d’erreurs, de fautes, etc. qui ont contribué à affaiblir la résistance de l’Armée et du peuple. Il est nécessaire de corriger rapidement ces faiblesses sous la direction de Gouvernement. L’expérience est suffisamment sanglante  pour que  les sacrifices nécessaires s’imposent à tous. (…) 

Si nous prenons en compte la tragique expérience de la Catalogne et   si   nous   nous   consacrons   tous,   de   façon   disciplinée   et   sans méfiances   partidaires,   à   corriger   rapidement   les   faiblesses   des organismes essentiels de l’Armée et de l’appareil civil d’Etat, alorsnotre résistance s’affirmera à un niveau plus élevé que tout ce qui a été   possible   jusque-­là,   et   sur   cette   résistance   pourront   voler   en éclats les desseins ennemis. (…) 

La   situation   internationale   n’a   jamais   été   aussi   instable qu’aujourd’hui. Et résister est non seulement nécessaire, mais aussi possible. Et nous soutenons que notre résistance, comme cela fut le cas en d’autres moments, où beaucoup croyaient déjà tout perdu (novembre 1936, mars-­avril 1938), peut une fois encore changer la situation et permettre la maturation de faits nouveaux tant en Espagne qu’à l’échelle internationale, et nous ouvrir la perspective de la victoire. (…) 

Le Parti Communiste réitère qu’il est en accord complet et sans réserves avec les Trois Points énoncés par le Président du Conseil, au nom du Gouvernement d’Union Nationale au cours de la session de Corte de Figuras : « indépendance de notre pays, libre disposition du peuple et refus de toutes représailles une fois liquidée la guerre ». (…) 

Sur le plan militaire, nous jugeons nécessaire et urgent que soit étudiée à fond l’expérience de ces derniers mois de combat. Ce qu’elle nous enseigne, encore une fois, c’est que notre armée est bonne, capable d’héroïsme, mais qu’il existe encore en elle de nombreuses  faiblesses qui peuvent être corrigées à  l’aide d’un rapide et intense travail de formation des commandants. 

Le Parti Communiste,   interprétant la  volonté  de  tout   le   peuple, s’adresse de manière particulièrement cordiale aux chefs de toutes les armes. 

Il est dans la tradition de l’armée espagnole d’affronter avec héroïsme, abnégation et esprit de sacrifice les situations les plus graves. Les chefs de l’Armée Républicaine, que le peuple entoure se son
admiration et de son affection, ne renieront pas cette tradition. Il est faux d’affirmer que par manque d’armes on ne saurait continuer le combat. Nous avons assez d’armes pour résister et défaire chaque attaque ennemie. 

Ce qu’il faut, c’est faire  fonctionner  l’industrie   de   guerre   à   un rythme plus intense, en brisant les résistances bureaucratiques qui s’y opposent. Nos ouvriers, et les femmes qui occupent les postes des mobilisés, savent très bien pourquoi ils travaillent, et ils veulent travailler à un rythme de guerre. 

Que l’appareil de direction de la production soit à la hauteur de la volonté et de l’héroïsme du peuple, et alors les moyens de lutter ne nous manqueront pas. La ligne de résistance tracée par le Gouvernement  exige   des sacrifices de la part de la population civile. 

Nous demandons qu’ils soient égaux pour tous, ce qui les rendra plus facile à supporter. 

Nous exigeons que l’organisme des approvisionnements soit débarrassé de toute ingérence bureaucratique ; que l’on donne aux paysans toute liberté de travailler la terre qui est la leur, et à leur guise,   que soit intensifiée la production agricole avec l’apport, dignement rémunéré, des femmes aux travaux des champs. 

Nous exigeons qu’on rende plus effective la lutte contre la « cinquième colonne », qu’on accroisse la vigilance de tous, au front comme à l’arrière, en écrasant sans pitié toute tentative factieuse. (…) 

L’existence et l’effectivité d’un « état de guerre » n’exclut pas, mais au contraire demande que nous développions un grand travail d’explication, d’agitation et de propagande politique. Voilà la tâche du Front Populaire, des partis antifascistes et des syndicats.  Et   les   autorités   civiles   et   militaires   doivent   aider   à l’accomplissement de cette tâche. (…) 

Le Parti Communiste adresse à tous les partis et organisations du Front Populaire, aux dirigeants et aux masses un appel pressant àl’unité et à la fraternité antifasciste. 

Le Front Populaire ne doit pas seulement continuer à exister et à fonctionner, mais il doit aussi être l’axe de la résistance de tout le peuple, en centuplant son activité. Les communistes n’abandonneront jamais la ligne d’unité étroite avec tous les partis, tous les dirigeants, avec tous les organismes syndicaux, politiques et militaires.  

Cela ne veut pas dire que nous renoncions à dénoncer et combattre les hésitations, les déserteurs les couards et autres agents   de l’ennemi. Cela veut dire que nous communistes, faisons la différence seulement entre ceux qui travaillent à l’unité du peuple et ceux qui sabotent cette unité. (…) 

Cette lutte contre les ennemis qui nous menacent de l’intérieur doit être menée à bien par le Front Populaire et ses organisations : c’est à cette tâche que nous les appelons. (…) 

L’unité de la classe ouvrière sera la garantie de l’unité de tout le peuple. 

LE PARTI SUR LE PIED DE GUERRE 

Le Bureau Politique s’adresse de façon particulièrement pressante et sérieuse à tout le Parti ; aux organisations locales, aux dirigeants et aux militants, en rappelant à tous la responsabilité qui incombe à notre Parti et à ses adhérents. En tous lieux où se manifeste une faiblesse, une erreur, une faute, les   communistes doivent   s’empresser avec leur effort et leur sacrifice de rétablir la situation. 

Et ceci vaut également au font et à l’arrière. Nous ne pouvons nous défausser de notre responsabilité en ne faisant que critiquer les autres. Nous devons critiquer quand c’est nécessaire et nous aider tous, réciproquement,  à bien faire notre travail, en appliquant les directives du gouvernement. 

Le Parti doit se considérer comme mobilisé en permanence. Dans chaque endroit, dans chaque village ou localité, les Comités du Parti doivent assurer l’orientation et le contact de tous les communistes entre  eux, chaque  jour, à chaque heure, à chaque minute. 

Dans tous les locaux du Parti, jour et nuit, des relèves doivent être prise par les camarades les plus qualifiés, toujours  en relation étroite avec les dirigeants de toutes les organisations, de façon à être toujours  prêts à résoudre tous les problèmes qui pourraient surgir. 

En particulier, dans les zones voisines des fronts, les organisations du  Parti, en   liaison avec les autorités militaires, doivent être disposées à prêter toute leur aide et à faire tous les sacrifices pour assurer la résistance. 

L’incorporation dans l’armée des dirigeants du Parti affectés par la mobilisation   doit   se   poursuivre,   ils   doivent   être   remplacés automatiquement   par   les   femmes   et   les   hommes   exemptés   du
service militaire. Dans toutes les provinces et localités, doivent être organisés, en plus des écoles, des cours brefs et simples, de jour ou de nuit, pour orienter les camarades à qui échoient les charges de direction.  

Le Parti sur le pied de guerre, uni à toutes les organisations et à tout le peuple pour assurer l’ordre, la discipline et l’unité, et grâce à eux, la résistance et la victoire !

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

Dolores Ibarruri (La Pasionaria): Message d’adieu aux volontaires des Brigades Internationales (1938)

15 Novembre 1938

Dolores Ibarruri (La Pasionaria) exprimant son message d’adieu
à la tribune le 15 Novembre 1938

Il est très difficile de prononcer des mots d’adieu adressés aux héros des Brigades Internationales, par ce qu’ils sont et par ce qu’ils représentent.

Un sentiment d’angoisse, d’infinie douleur vous monte à la gorge vous la serrant comme des tenailles…

Angoisse pour ceux qui s’en vont, soldats de l’idéal le plus élevé de la Rédemption humaine, déracinés de leur patrie, poursuivis par la tyrannie de tous les peuples…

Douleur pour ceux qui restent ici pour toujours, se confondant avec notre terre et vivant dans le plus profond de notre cœur, auréolés par le sentiment de notre gratitude éternelle.

De tous les peuples et de toutes les races, vous êtes venus à nous comme des frères, comme des fils de l’Espagne immortelle, et dans les jours les plus durs de notre guerre, quand la capitale de notre République Espagnole se trouvait menacée, c’est vous, braves camarades des Brigades Internationales qui avez contribué à la sauver avec votre enthousiasme combatif et votre héroïsme et esprit de sacrifice.

Et JARAMA, et GUADALAJARA, et BRUNETE, et BELCHITE, et LEVANTE, et l’EBRO, chantent avec des strophes immortelles le courage, l’abnégation, la bravoure, la discipline des hommes des Brigades Internationales.

Pour la première fois dans l’histoire des luttes des peuples un spectacle a été donné, étonnant par sa grandeur, de la formation des Brigades Internationales, pour aider à sauver la liberté et l’indépendance d’un pays menacé.

Notre Espagne.

Communistes, socialistes, anarchistes, républicains, hommes de couleur différente, d’idéologie différente, de religions opposées, mais aimant tous profondément la liberté et la justice, sont venus nous offrir leur aide, inconditionnellement.

Ils nous offraient tout, leur jeunesse ou leur maturité ; leur science ou leur expérience ; leur sang et leur vie ; leurs espoirs et leurs souhaits.

Et ils ne nous demandaient rien. C’est-à-dire, oui : ils voulaient une place dans la lutte, ils rêvaient d’avoir l’honneur de mourir pour nous.

Drapeaux espagnols !

Saluez tous ces héros, inclinez vous devant tous ces martyrs.

MERES ! EPOUSES !

Quand les années passeront et les blessures de la guerre commenceront à cicatriser; quand le souvenir des jours douloureux et sanglants s’estompera en un présent de liberté, de paix et de bien-être; quand les rancœurs s’atténueront et l’orgueil de la patrie libre soit unanimement ressenti par tous les espagnols, parlez à vos enfants, parlez-leur de ces hommes des Brigades Internationales.

Racontez-leur comment, traversant mers et montagnes, franchissant des frontières hérissées de bayonettes, épiés par des chiens enragés, avides de déchirer leurs chairs de leurs crocs, sont arrivés dans notre patrie comme des croisés de la liberté, pour combattre et mourir pour la liberté et l’indépendance d’Espagne, menacée par le fascisme allemand et italien.

Ils ont tout abandonné: tendresse, patrie, foyer, fortune, mère, épouse, frères, enfants et vinrent à nous pour nous dire: nous sommes là! Votre cause, la cause de l’Espagne est notre même cause, c’est la cause commune à toute l’humanité avancée et progressive

Aujourd’hui beaucoup s’en vont, des milliers restent ayant pour linceul la terre d’Espagne, le souvenir saturé de la plus profonde émotion de tous les Espagnols.

Camarades des Brigades Internationales !

Des raisons politiques, des raisons d’Etat, la santé de cette même cause pour laquelle vous avez offert votre propre sang avec une générosité sans limites, vous font repartir dans votre patrie pour les uns, vers une émigration forcée pour d’autres.

C’est fiers que vous pouvez partir.

Vous êtes l’Histoire, la légende, vous êtes l’exemple héroïque de la solidarité et de l’universalité de la démocratie, face à l’esprit mesquin et attaché à ses privilèges de ceux qui interprètent les principes démocratiques en regardant leurs coffres-forts ou leurs actions en bourse, qu’ils veulent conserver à l’écart du risque.

NOUS NE VOUS OUBLIERONS PAS ; ET QUAND L’OLIVIER DE LA PAIX FLEURIRA, ENTRELACE AVEC LES LAURIERS DE LA VICTOIRE DE LA REPUBLIQUE ESPAGNOLE ! REVENEZ !

Revenez vers nous, vous y trouverez une patrie pour ceux qui n’ont pas de patrie, des amis pour ceux qui vivent privés d’amitié, et tous, tous, l’affection et la reconnaissance de tout le peuple espagnol, qui aujourd’hui et demain criera avec enthousiasme :

Vivent les héros des Brigades Internationales!!!!

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

PCE : Le trotskisme en Espagne, agent déclaré du fascisme international

Document de Francisco Anton publié dans le numéro spécial intitulé « Espana » de l’hebdomadaire « La Correspondance Internationale » N° 27, du 12 mai 1938

Vingt mois de guerre on suffit pour enseigner au monde que le peuple antifasciste espagnol combat avec une ardeur totale, avec un enthousiasme suprême sans que des revers partiels exercent une influence déprimante sur son moral, se préparant chaque fois avec un courage plus grand aux combats à venir, fermement résolu à ne déposer les armes que lorsqu’il aura définitivement écrasé le fascisme expulsé les envahisseurs de tout le territoire de l’Espagne.

Vingt mois de guerre ont également démontré que peuple antifasciste espagnol reste indissolublement uni sous le drapeau du Front populaire, conduit dans sa lutte par un gouvernement issu de ce Front populaire. Cette union et cette direction garantissent, en les augmentant constamment, l’enthousiasme des combattants et l’efficacité des armes républicaines. Aussi, la lutte sur les champs de bataille, qui risque de se prolonger longtemps encore, est-elle fort coûteuse pour le fascisme, sans compter que, de plus, nous en sommes certains elle est condamnée à rester infructueuse.

On peut être convaincu que les soldats républicains sauront opposer une résistance de fer à la nouvelle offensive ennemie, résistance contre laquelle se briseront les assauts désespérés des armées fascistes et qui, comme à Guadalajara, sera le prélude à destruction définitive ses divisions des envahisseurs.

Ce sont là des risques que le fascisme et la réaction mondiale préfèreraient beaucoup ne pas courir.

Ils veulent gagner la guerre, certes, le plus rapidement possible. Mais comme ils savent bien que, sur le champ de bataille, les soldats républicains leur opposent, et, continueront de leur opposer, une résistance inébranlable, ils ont recours à d’autres armes : d’une part, ils utilisent les faiblesses des démocraties européennes, et, d’autre part, ils ont recours à l’espionnage, la trahison, aux crimes, que ne cessent de réaliser leurs agents trotskistes et les provocateurs de toute espèce envoyés en territoire républicain.

Staline avait mille fois raison lorsqu’il disait :

« Le trotskisme actuel n’est pas un courant politique au sein de la classe ouvrière, mais une bande, sans principes et sans idées, de saboteurs, de diversants, d’agents informateurs, d’espions et d’assassins, une bande d’ennemis jurés de la classe agissant à la solde des services secrets d’États étrangers. »

Il y en a qui croient que les paroles de Staline se rapportaient uniquement à l’Union soviétique parce qu’aux procès de Moscou, il a été révélé en toute évidence que Trotski et ses complices étaient au service du fascisme allemand et de l’impérialisme japonais, qu’ils préparaient le terrain à une intervention armée et au démembrement du grand pays du socialisme victorieux.

Ceux qui pensent ainsi se trompent dangereusement. La caractéristique même du trotskisme et des trotskistes, c’est qu’ils sont prêts à vendre leur pays aux incendiaires et aux criminels fascistes : c’est là le but essentiel de la vie de ces canailles, c’est l’infâme objectif auquel ils vouent leur activité quotidienne.

En Espagne aussi, à l’heure où tout le peuple, les socialiste, les anarchistes, communistes, les républicains, ceux qui n’appartiennent à aucun parti mais aspirent à un avenir de justice et de liberté luttent avec acharnement, en dépit des plus grandes difficultés, versant à flots leur sang généreux pour sauver intégrité, la liberté et l’indépendance de l’Espagne, les trotskistes, au service de Franco, de Hitler et de Mussolini, travaillent, en territoire républicain, à la défaite de la République et cherchent à livrer le peuple espagnol, pieds et poings liés, au fascisme oppresseur.

Une longue liste de faits récents, en Espagne, est venue prouver que les trotskistes travaillent depuis longtemps dans le sens de cette abjecte et criminelle activité et montre comme quoi, à, mesure que les difficultés s’accroissent et qu’approchent les combats décisifs, ils passent toujours plus ouvertement au service de l’ennemi, dont ils répandent les consignes, semant le défaitisme, la méfiance et la désunion dans les masses et se livrant à un intense travail d’espionnage, de provocation, de sabotage et de crime organisé.

De cette interminable série de faits, il convient soumettre à la considération des travailleurs et des antifascistes de tous les pays quelques exemples particulièrement éloquents, qui constituent des preuves irréfutables. Le plus significatif, comme aussi le plus convaincant de ces exemples, c’est le « putsch » de mai 1937 à Barcelone.

Pour mener avec succès leur offensive sur le front du Nord, les fascistes avaient besoin de rompre le bloc des forces antifascistes et de provoquer un affaiblissement de l’arrière républicain.

La presse et les meetings, la propagande « ultra-révolutionnaire » ne suffisaient plus. Il fallait passer aux actes. Il fallait provoquer un soulèvement à l’arrière, inciter les soldats à abandonner les fronts et créer le désordre en Espagne républicaine. Le fascisme avait besoin d’une semblable situation pour justifier un débarquement massif de troupes en Catalogne et sur la côte orientale de l’Espagne et porter ainsi un dur coup au peuple espagnol.

Ce soulèvement éclata le 3 mai à Barcelone. Le gouvernement et le peuple espagnol sont en possession de preuves qui établissent que les instigateurs et les dirigeants du soulèvement étaient les trotskistes du P.O.U.M., exécuteurs des ordres des interventionnistes et de Franco.

Depuis plusieurs jours, on préparait l’ambiance et on s’employait à créer les conditions nécessaires.

En même temps, le P.O.U.M. se prépare activement à attaquer par derrière l’armée républicaine et le peuple espagnol. La Batalla devient l’organe du soulèvement. Elle attaque plus violemment que jamais le Front populaire, le gouvernement, le parti communiste, le P.S.U.C, et l’Union soviétique. Les provocateurs poumistes déploient leur activité dans les casernes et sur les fronts.

Le P.O.U.M. lève ouvertement le drapeau du soulevèrent armé contre le gouvernement de Front populaire. On peut lire, dans le manifeste que publie la Batalla le 1er mai :

« Le premier Mai de cette année, l’ambition du prolétariat espagnol doit être beaucoup plus vaste : le pouvoir. »

Les évènements se précipitent. Le fascisme, sans doute, presse les pressent les trotskistes de passer à l’action.

Mais il y a d’autres preuves de la participation active du P.O.U.M. aux criminels évènements de mai en Catalogne. La Batalla du 1er mai contenait cet avertissement de dernière heure :

« Tous les militants de notre parti appartenant à l’École populaire de guerre, qui ont été dépêchés dans diverses localités de Catalogne ou sur les fronts, sont instamment priés de se présenter le plus rapidement possible, pour une affaire urgente, au Comité exécutif militaire, Rambla de los Estudios, 10, bureau du Comité exécutif. »

Ainsi, le Comité exécutif militaire du P.O.U.M, mobilise ses hommes. Mais comment porter la provocation jusque sur le front même ?

Comment étouffer le véritable enthousiasme révolutionnaire, démoraliser l’armée et désorganiser les fronts ?

La Batalla du 1er mai toujours, écrit :

« Il y a des tanks, il y a des avions, des fusils et de l’argent en quantité suffisante. Mais on ne veut pas les donner à la Catalogne, on ne veut pas les donner au prolétariat révolutionnaire parce qu’il est révolutionnaire, parce que nous unissons la guerre sur le front aux transformations révolutionnaires à l’arrière, parce que nous ne nous considérons pas comme de simples soldats d’une armée incolore, inodore et insipide, mais comme des combattants du front militaire de la révolution. »

Et comment pousser les soldats à abandonner le front, à se livrer aux pires excès ?

« Nous ne pouvons tolérer plus longtemps que les miliciens du front d’Aragon se fassent estropier et n’aient pas assez à manger pendant qu’à l’arrière on vit dans une, débauche abrutissante. Si Valence ne nous donne pas de l’argent pour nous nourrir, si nous ne pouvons pas donner des vêtements et de quoi manger à ceux du front, nous sommes prêts à arracher aux bourgeois leurs habits en pleine rue et à piller. »

C’est dans cette atmosphère de provocations qu’éclate le soulèvement. Dès le début, les trotskistes attisent tant qu’ils peuvent l’incendie.

Il existe des preuves à ce sujet, fournies par les fascistes de l’intérieur et de l’extérieur eux-mêmes.

La presse réactionnaire et fasciste du monde entier parlait alors du « chaos » catalan, de la rébellion du peuple contre la « dictature soviétique », de l’« écroulement » du gouvernement de Valence, de l’« indépendance de la Catalogne ».

En même temps, les postes de radio factieux de Salamanque et de Saragosse répétaient jour et nuit, sans arrêt, des mots d’ordre de ce genre, identiques à ceux du P.O.U.M. :

« Restez l’arme à la main. » « N’abandonnez pas la lutte. » « Unissez-vous à vos frères du front. » « Etablissez votre propre gouvernement. »

De plus, on sait que l’ennemi, ces jours-là, suspendit ses opérations sur le front d’Aragon et qu’il tenait des avions prêts pour les envoyer à l’aide des putschistes.
Le Comité de Londres, d’accord avec les puissances fascistes, était prêt à accepter un débarquement de troupes en Catalogne et sur d’autres points de la côte méditerranéenne, quitte à le justifier sous prétexte qu’il fallait « rétablir l’ordre », On le savait, le gouvernement le savait. Voici ce que déclarait une information secrète :

« Selon des informations reçues de divers milieux officiels et officieux, nous avons été en mesure d’établir la participation d’agents de la Gestapo allemande et de l’Ovra italienne aux récents événements de Catalogne. Les agents de la Gestapo et de l’Ovra auprès des ambassades ont constamment tenu au courant les milieux officiels allemands et italiens, lesquels ont suivi d’heure en heure les événements de Catalogne. On a pu établir la liaison directe entre les agents de la Gestapo, les agents de l’Ovra et les agents de Franco, fixés à Fribourg, avec des trotskistes et des fascistes de Catalogne.

On sait qu’on a introduit et qu’on continue à introduire constamment en Espagne, par la frontière catalane, des armes et des mitrailleuses et que, de Catalogne, sortent des objets de valeur qui sont transmis à des personnes fascistes espagnoles fixées à l’étranger, en paiement des armes qu’elles envoient.

On sait que l’intention des agents fascistes était de faire tout leur possible pour que la rébellion en Catalogne dure quelques jours, afin de donner à la Commission de contrôle la possibilité d’intervenir. On sait que les délégués allemands et italiens au Comité de Londres avaient parlé à Lord Plymouth de la nécessité de débarquer des troupes en Catalogne et sur d’autres points de la côte méditerranéenne pour rétablir l’ordre au cas où la rébellion se prolongerait.

La rapide liquidation de la rébellion catalane a été considérée par les milieux fascistes comme un grand échec. On sait que l’un des agents de la Gestapo a déclaré que la mission confiée au général Pozas d’organiser les forces armées d’Aragon devait être considérée comme un coup très rude pour la continuation du travail de sabotage à l’arrière, mais qu’il fallait essayer d’autres moyens pour fournir en armes les groupes d’« incontrôlables », il se déclara également déçu de ce que le front d’Aragon n’ait pas été désorganisé, malgré le travail déployé dans ce sens, et il en rendait responsables les agents envoyés de l’étranger pour travailler dans les rangs extrémistes, leur reprochant de ne pas avoir su capter la confiance de tous les chefs du front d’Aragon. »

Mais, bien que l’infâme rébellion de Barcelone constitue une preuve combien concluante, il en existe d’autres, qui font ressortir dans toute son horreur le véritable visage ne cette bande de contre-révolutionnaires.

Durant les mois d’avril et de mai, la police de Madrid réussit à découvrir une vaste organisation d’espionnage et procéda à plus de deux cents arrestations.

Au nombre des personnes dont disposait cette organisation d’espionnage se trouvaient des éléments de l’état-major des forces qui opéraient sur les fronts du Centre. L’organisation avait réussi à étendre ses ramifications jusque dans la Garde nationale républicaine, la Santé de guerre, les services d’information du ministère de la Guerre, les services de D.C.A. des ministères de la Marine et de l’Air, la Croix-Rouge, etc.

Les activités de l’organisation étaient de diverses natures. Elle transmettait à l’ennemi des informations secrètes de caractère militaire, telles que des plans d’opérations, l’emplacement des batteries républicaines. Telles étaient les principales activités de cette organisation, activités typiques d’espionnage. Cependant, elle en avait d’autres encore. L’enquête de la police permit d’établir que :

« … Cette organisation non seulement déployait une activité d’espionnage en faveur de l’ennemi, mais encore, s’appuyant sur son groupe d’action et en parfaite liaison avec des groupements extrémistes, tels que le P.O.U.M., préparait pour le moment opportun un soulèvement armé. »

Voici clairement mise à nu l’origine du soulèvement de mai 1937 en Catalogne et de toute la campagne subversive du P.O.U.M. Comprend-on maintenant quels sont les chefs de cette bande de criminels ?

Les documents trouvés chez les fascistes arrêtés à Madrid fournissent des données encore plus concrètes :

Quel danger représentait cette organisation d’espionnage et quelles possibilités s’ouvraient à elle en raison de son extension, on peut s’en faire une idée en prenant connaissance de la communication suivante, adressée par l’organisation au « généralissime » Franco et rédigée à l’envers d’une carte de Madrid, millimétrée pour permettre à l’ennemi d’utiliser les données transmises. Donc, au revers de ce plan, écrits à l’encre sympathique et en caractères chiffrés (qu’est parvenu à déchiffrer le personnel spécialisé de L’état-major), on pouvait lire ces mots :

« Au généralissime, je communique personnellement ce qui suit : Nous sommes actuellement en mesure de vous communiquer tout ce que nous savons relativement à la situation et aux mouvements des troupes rouges. Les dernières informations données par notre poste émetteur accusent une profonde amélioration de nos services d’information. »

Grâce à ce document révélé par la police, le peuple de Madrid a compris pourquoi le tir des canons allemands et italiens augmentait d’efficacité. Avec l’aide de cette carte millimétrée et des indications transmises par la radio clandestine, les fascistes pouvaient concentrer avec une grande exactitude le feu de leur artillerie sur les points signalés par les espions trotskistes.

La suite de l’enquête de la police permit de voir quel danger sérieux représentait l’organisation d’un soulèvement armé à Madrid :

« Par contre, le groupement des forces en vue d’un mouvement à l’arrière se développe avec une certaine lenteur. Cependant, nous pouvons compter sur quatre cents hommes prêts à agir. Ils sont bien armés et dans des conditions favorables sur les fronts de Madrid ; l’infiltration de nos hommes dans les rangs extrémistes, anarchistes et poumistes se poursuit avec succès. Nous manquons d’un bon chef de propagande, qui mènerait son travail indépendamment de nous pour pouvoir agir avec plus de sûreté. (Suit la partie chiffrée.)

En accomplissement de vos ordres, je me suis rendu en personne à Barcelone pour avoir une entrevue avec le dirigeant du P.O.U.M., N… Je lui ai communiqué toutes vos indications.

Le manque de liaison entre vous et lui s’explique par les avaries dont a souffert l’émetteur, qui recommença cependant à fonctionner pendant que j’étais là-bas. Vous avez certainement déjà reçu la réponse relative au problème fondamental. N … vous demande expressément, ainsi qu’aux amis étrangers, que ce soit uniquement et exclusivement moi qui sois chargé de communiquer avec lui. Il m’a promis d’envoyer à Madrid de nouveaux hommes pour activer les différents travaux du P.O.U.M. Avec ces renforts le P.O.U.M. réussira à être, comme à Barcelone un ferme et efficace appui de notre mouvement. »

Voilà donc la preuve irréfutable de la liaison du P.O.U.M. avec Franco. Mais, qui est ce N… , à qui est-il fait allusion ?

Le chef de la bande, c’est Andres Nin en personne qui fut arrêté.

Et qu’Andres Nin ait disparu, ou mieux, qu’il ait été « séquestré » par les agents fascistes, c’est là une preuve de plus de sa culpabilité. Les fascistes ont voulu éviter ainsi que les autorités espagnoles n’obtiennent de nouvelles et plus vastes indications sur ces crimes.

Mais Nin n’est pas le seul à agir pour le compte de Franco au sein du P.O.U.M. C’est le P.O.U.M. tout entier qui, est au service du fascisme, en exceptant les ouvriers trompés par ces espions et ces traîtres.

Ils le reconnaissent eux-mêmes. Leur trahison est si éclatante, leurs crimes ont été si complètement mis à nu, les preuves qui les accablent sont si irréfutables que les misérables du P.O.U.M. avouent leur culpabilité.

La Batalla, dans son numéro clandestin du 19 juillet, écrivait sous le titre « Le caractère contre-révolutionnaire de la répression contre le P.O.U.M. » :

« En acceptant à titre d’hypothèse qu’auraient pu être fondées les accusations d’espionnage et de collusion avec Franco portées contre nos dirigeants, la chose la plus naturelle, en pareil cas, était d’appliquer de la façon la plus exemplaire et la plus rapide, publiquement, la peine encourue par les délinquants, mais non pas de sévir contre toute l’organisation. »

Un homme honnête, un révolutionnaire sincère, un combattant antifasciste, quelle que soit son idéologie, quelles que soient les erreurs qu’il ait pu commettre, n’accepterait jamais une pareille hypothèse. Pourquoi les poumistes, eux, l’acceptent-ils ? Parce que, en présence des preuves écrasantes de leurs crimes, ils ne veulent pas que la responsabilité retombe sur toute leur organisation et ils sacrifient tel ou tel bandit pour que la bande puisse continuer son œuvre criminelle.

Ce sont là des subterfuges bien connus. En Union soviétique aussi, chaque groupe de trotskistes découvert affirmait être l’unique responsable et n’avoir aucune relation avec quiconque d’autre. Ils tentaient ainsi d’empêcher que ne soit démasquée toute l’organisation contre-révolutionnaire et de permettre à ceux qui restaient en liberté de poursuivre leur travail criminel.

Le P.O.U.M. tout entier est au service du fascisme.

Le document des autorités madrilènes déjà cité souligne qu’il ne s’agit pas d’un noyau de caractère local, mais d’une organisation qui a des ramifications dans presque tous les centres et provinces de l’Espagne républicaine.

Plus récemment, la police populaire a réussi à démembrer en Catalogne une importante et extrêmement dangereuse organisation d’espionnage, de caractère militaire, dont les principaux agents étaient des éléments du P.O.U.M., qui étaient en relations directes avec l’état-major de Franco et qui, s’étant introduits dans les différents secteurs des troupes républicaines préparaient des attentats contre un ministre de la République et plusieurs chefs militaires éminents. Ils avaient également réalisé de graves actes de sabotage.

La note du chef supérieur de la police de Barcelone, communiquée à la presse le 23 octobre passé, rend compte de cette découverte et déclare entre autres :

« La perquisition effectuée au domicile de R…, l’un des principaux membres de l’organisation, a permis de découvrir cousus dans des matelas, des documents de la plus haute importance, qui, joints aux déclarations faites par ledit membre de l’organisation, établissent que l’un des noyaux les plus importants de cette organisation d’espionnage était représenté par un groupe nombreux et bien organisé d’espions, membres du P.O.U.M.

Ce groupe avait comme signe distinctif la lettre C et chacun des agents de ce réseau d’espions du P.O.U.M. était désigné de plus par un numéro individuel A la librairie que possède le père de R…, a été découverte, lors de la perquisition opérée le 16 septembre, une lettre qui communique ce qui suit à l’état-major de Franco :

1. Le groupe dirigé par l’agent C. 16 avait réussi, le 26 août, à rendre inutilisable trois pièces d’artillerie de la division N… et quatre de la division M., ceci à un moment décisif des opérations.

2. On se préparait à faire sauter les ponts de l’Ebre.

3. Données sur les armements transportés par un train militaire.

4. Données concernant l’artillerie sur le front d’Aragon.

5. On avait profité du nouveau régime d’approvisionnement pour inciter la population à des manifestations de protestation.

6. On pour suivait les préparatifs en vue d’attentats contre des personnalités éminentes de l’Armée populaire.

7. On poursuivait également l’organisation de l’attentat projeté contre un ministre de la République, et on pensait profiter à cet effet de son passage en auto en un lieu déterminé des environs.

Dans ce but, deux voitures, avec des hommes armés de grenades, étaient chargées de suivre l’auto du ministre. L’organisation de l’attentat avait été confiée à deux terroristes, membres du P.O.U.M., désignés par les chiffres C. 18 et C. 23.

A la lettre était joint un croquis d’un atelier du P.O.U.M. pour la fabrication de grenades.

Les investigations effectuées sur le front ont permis de confirmer l’exactitude des renseignements fournis.

La direction de l’organisation d’espionnage du P.O.U.M. se plaignait, dans la lettre citée plus haut, de ne pouvoir utiliser tout le réseau de ses agents du fait que la liste complète des militants de confiance du P.O.U.M. n’était connue que de deux membres dirigeants de celui-ci, qui sont actuellement à la prison de Valence en attendant de comparaître devant les tribunaux… »

Ce sont là de nouvelles preuves qui révèlent la participation du P.O.U.M. à l’espionnage et aux provocations pour le compte de Franco. Ces preuves établissent de plus, d’une manière irréfutable, que ces bandes terroristes non seulement attentent à la vie des communistes, mais cherchent aussi à éliminer les dirigeants les plus marquants de tout le mouvement ouvrier et populaire espagnol. Prieto, membre du parti socialiste, était visé par ces assassins en tant que ministre de la Défense nationale.

Les provocateurs du P.O.U.M. n’agissent pas seulement au service et sous la direction de Franco. On est aujourd’hui en possession d’un autre document important, une lettre trouvée au local même du P.O.U.M. et adressée à Andres Nin personnellement par les agents de la Gestapo allemande :

« Bayonne, le 12 juillet 1937.

Au Comité exécutif du P.O.U.M.,

Je confirme mes instructions antérieures. Enfin, se sont accentuées dans le groupe des Basses-Pyrénées, dont nous avons déjà parlé, des différences, qui nous conviennent, car elles sont le début, si nous y prêtons attention, de la création d’un groupe de notre parti. Les meilleurs du groupe, parmi eux Walter et Bobinof ; dont l’influence est décisive, sont entrés en conflit avec ceux de Saint-Jean-de-Luz, car ceux-ci refusent, tant qu’ils ne recevront pas d’instructions concrètes, de donner des gens pour un voyage éventuel.

Il faut se procurer une autorisation, bien que ceux de Bayonne vont faire par ailleurs des démarches sur le résultat desquelles ils ont confiance.

Il y a une chose particulièrement intéressante : l’on nous envoie du matériel de Barcelone et de nombreux moyens pour faire connaître les positions du parti : nous travaillerons alors ferme pour constituer un groupe décidé à tout. Tels sont, entre autres, les points de vue des dissidents. Mais il y a plus. La compagne du généralissime Franco, sa femme, se trouve en France.

Vous rappelez-vous que, dans une communication précédente l’on parlait de la faire aller pour un certain temps à Barcelone.

Quelles possibilités cela nous donnerait-ii en ce qui concerne ce dont Bonet parlait au sujet de Quim. J’insiste pour tout cela sur la nécessité de soutenir matériellement et idéologiquement ce groupe qui peut nous rapporter beaucoup de bénéfices, mais pour cela vous devez faire en sorte que Walter aille à Barcelone. Le camarade C … a déjà pris contact à Perpignan. Il est difficile d’avoir des nouvelles concrètes à l’endroit où je me rends aujourd’hui. J’ai besoin d’une réponse télégraphique dans laquelle vous m’accuserez réception de tout cela, et élirez si vous le mettez en pratique.

Salut et P.O.U.M.,

Signé IMA. »

Le P.O.U.M. est donc en relations directes avec l’officine de Saint-Jean-de-Luz. Et qu’est-ce que l’officine de Saint-Jean-de-Luz ? Tout le monde le sait, c’est une agence de la Gestapo, le centre d’espionnage de Hitler en France. Et les personnages cités élans la lettre sont des agents de l’espionnage allemand.

Ces documents sont connus des autorités. Toutes ces preuves sont récentes. Mais peut-en en déduire que les relations des trotskistes avec les ennemis de la République datent d’aujourd’hui ?

En aucune manière. De même que leur grand maître à tous, la canaille Trotski, les trotskistes d’Espagne entretiennent des relations avec le fascisme depuis plusieurs années déjà.

Une lettre découverte récemment et adressée par l’avocat Enrique de Angelo à Gil Robles, alors ministre de la Guerre, révèle ce qui suit :

« Mon cher ami,

Un ami de Barcelone, L’avocat Don José Maria Palles, que ses affaires et ses intérêts conduisent fréquemment à l’étranger ; où il est en relations avec des personnalités marquantes du monde international, m’a dit qu’il a l’intention de conclure un accord avec les organisations de Russes blancs et des trotskistes de Paris, qui pourront le mettre au courant des machinations des communistes en ce qui concerne l’Espagne… »

La lettre était accompagnée d’une énumération des questions sur lesquelles les gardes blancs et les trotskistes offraient de fournir des informations aux fascistes espagnols :

Informations sur l’activité de la section espagnole de la IIIe Internationale de Moscou, sur les dirigeants de cette section, leurs instructeurs et leurs voyages à l’étranger avec le détail de ces voyages.

Informations suit : le système de correspondance entre la IIIe Internationale et l’Espagne.

Informations sur l’activité illégale du Parti communiste espagnol.

Informations sur les tentatives pour créer le Front populaire des partis espagnols de gauche, sous la direction des communistes et de la IIIe Internationale, de même que sur le mouvement du Front populaire en France, qui peut avoir des conséquences politiques en Espagne, etc…

Le trotskisme est une organisation d’espionnage international. Quels étaient ses agents en Espagne ? Les Nin, les Andrade, les Gorkine, qui entretenaient avec leurs complices de France des relations ouvertes et connues de tout le monde.

Et les complices des Nin, Andrade et compagnie, les trotskistes de tous les pays, à l’heure où les travailleurs et les antifascistes du monde entier exigent avec plus de force chaque fois qu’une aide pratique soit apportée à l’Espagne républicaine et se rallient avec une ardeur sans cesse accrue à ce mouvement, pour vaincre la résistance de leurs gouvernements − en cette heure décisive, ces canailles évoluent dans les milieux ouvriers et les cercles socialistes et intellectuels de France, d’Angleterre, des États-Unis, en disant que « le gouvernement de Front populaire qui existe actuellement en Espagne n’est pas un gouvernement de Front populaire, mais un gouvernement contre-révolutionnaire », qui persécute des « révolutionnaires » tels que Nin et que, par conséquent, le prolétariat et les antifascistes du monde entier ne doivent pas aider ce gouvernement et la République espagnole.

C’est là, précisément, la préoccupation fondamentale de Hitler, de Mussolini, de Franco. Isoler la République espagnole, empêcher qu’elle ne reçoive une aide internationale dans la lutte qu’elle livre contre eux. C’est également la tâche que se sont assignée la réaction et le fascisme international, comme le démontre l’activité du Comité de « non-intervention ». A plus forte raison est-ce la tâche des trotskistes, les serviteurs les plus fidèles et les plus efficaces du fascisme dans tous les pays.

Cette canaille prend pour cible les syndicats et les partis politiques de la classe ouvrière. L’expérience d’autres pays nous enseigne suffisamment quels buts poursuivent les trotskistes en s’ infiltrant dans ces organisations du prolétariat : désunir, affaiblir, scinder, désarmer la classe ouvrière. Les Jeunes Gardes socialistes de Belgique, le Parti socialiste de l’Amérique du Nord, entre autres , peuvent encore montrer les blessures profondes qu’ont laissées dans leur chair les griffes de ces scélérats.

Pour mieux réaliser leur œuvre néfaste et parce que les intérêts du fascisme l’exigent ainsi, les dirigeants trotskistes, profitant de ce que certains d’entre eux sont sortis du camp anarcho-syndicaliste, ont tenté d’attirer sournoisement la C. N. T. de leur côté.
Le 2 mai, à. la veille même du « putsch » de Catalogne, la Batalla, organe du Comité exécutif du P.O.U.M., écrivait :

« Nous sommes d’accord avec l’un des groupes anarchistes, aujourd’hui en lutte avec les dirigeants gouvernementaux de la C.N.T. Ce groupe a publié les mots d’ordre suivants : « Tout le Pouvoir à la classe laborieuse, Tout le pouvoir économique aux syndicats ! »

Le groupe anarchiste auquel il était fait allusion était celui des « Amis de Durruti », qui prit une part active au soulèvement de mai en Catalogne. Infesté de provocateurs et d’agents du fascisme, ce groupe a été par la suite énergiquement répudié par la C.N.T. elle-même.

Le sens des paroles de Nin était clair. L’alliance qu’on cherchait à réaliser avec la C.N.T. n’était rien d’autre qu’un prétexte pour la scinder, compromettre son renom et sa tradition, comme ce fut le cas en mai avec certains groupe tels que les « Amis de Durruti », qu’on réussit à entrainer dans le soulèvement.

Tant que les éléments trotskistes purent poursuivre leurs menées dans les rangs des jeunes, l’unité ne put se réaliser, et la mentalité de notre héroïque jeunesse commençait à se déformer dangereusement. Il a suffi que les éléments trotskistes fussent expulsés, que l’idéologie trotskiste fût résolument combattue, pour que l’unité se développât de façon prodigieuse, en même temps que les jeunes acquéraient une formation idéologique authentique qui s’imposa rapidement. Et là nouvelle organisation de la jeunesse se prépare aujourd’hui avec une efficacité maxima aux luttes du présent et aux grandes tâches de l’avenir.

Dans le même sens, tant que les Jeunesses libertaires ne parvinrent pas à se soustraire aux influences trotskistes, l’Alliance nationale de la jeunesse, ne put se réaliser, cette vaste union des jeunes qui a apporté au peuple espagnol l’une des meilleures armes pour remporter la victoire sur le fascisme. Il est donc clair que la lutte pour l’unité doit s’accompagner d’une lutte implacable contre le trotskisme. Sans cette lutté, l’unité sera toujours en péril.

Ce qu’il y a de plus sain, de plus ardent et de plus héroïque dans notre peuple, c’est dans les rangs de la jeunesse qu’on le trouve. Les colonnes fascistes viennent se briser contre le rempart de dizaines de milliers de bâillonnâtes tenues par des mains juvéniles. Il serait de la plus grande importance pour le fascisme, de pouvoir décomposer les forces de la jeunesse, et il l’a tenté. Par bonheur ses manœuvres ont été mises à jour et l’unité des jeunes en Espagne une réalité victorieuse. L’un des dirigeants de la jeunesse espagnole, Santiago Carrillo, secrétaire de la J.S.U., a récemment dénoncé devant le peuple un nouveau crime des trotskistes.

La jeunesse espagnole − a-t-il dit − dénonce les provocateurs trotskistes comme étant les principaux responsables des échecs et de la rupture du front d’Aragon.

L’Espagne traverse les plus dures étapes de sa lutte, les étapes capitales qui décideront définitivement du destin du pays. Les vautours du fascisme international, tentent de dépecer, pour se la partager la belle et grande Espagne.

Pour empêcher cela, il faut que le peuple espagnol ait la certitude qu’on n’espionne pas dans ses rangs, qu’on ne se prépare pas à le trahir à quelque heure difficile, qu’on ne le poignardera pas dans le dos.

Mais cette certitude, ou ne pourra l’avait que si l’en enseigne à tous comment il faut frapper implacablement le trotskisme, principal promoteur, aux gages du fascisme, de ces révoltes, de ces assassinats, de ces trahisons.

Ce trotskisme qui est identique a celui qui, en Union soviétique, concertait sa trahison avec les fascistes allemands et les militaristes nippons pour les aider à asservir et à se partager la magnifique patrie du socialisme, qui se proposait d’assassiner les personnalités les plus éminentes au peuple soviétique et a assassiné nombre de ses meilleurs hommes, tels Kirov, Kouibychev, le grand écrivain Maxime Gorki, qui détruisait systématiquement, par un sabotage criminel, la vie et les richesses des ouvriers et des paysans du pays le plus heureux et le plus authentiquement libre du monde.

Ce trotskisme qui, en Espagne, comme on l’a vu, espionné pour le compte de Franco et du fascisme allemand et italien, qui provoqué des soulèvements criminels, comme celui de Catalogne, contre le peuple espagnol, à l’une des heures les plus difficiles qu’il ait traversées, qui fournit aux batteries de Franco les données exactes pour qu’elles puissent assassiner avec plus de sûreté des centaines d’héroïques antifascistes madrilènes, qui organise des assassinats contré les dirigeants du prolétariat et des masses antifascistes de L’Espagne, qui travaille à la défaite du peuple espagnol, pour que les criminels fascistes, allemands et italiens se répartissent son sol et que les masses populaires soient soumises au pire des esclavages et au plus sombre obscurantisme.

Toute la vigilance des masses espagnoles se porte sur cette bande de criminels et de bandits, sans scrupules et sans conscience, aussi infâmes que de véritables fascistes, afin que nulle part, dans tout le pays, ils ne puissent relever la tête et qu’ils soient jugés partout où on les trouve avec toute la rigueur des lois de la justice populaire.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

PCE : L’activité des trotskistes en Espagne

Irène Falcon, Parti Communiste d’Espagne
L’activité des trotskistes en Espagne, janvier 1937

L’intérêt principal du fascisme en Espagne républicaine est la destruction du Front populaire.

Dès le 16 février 1936, quand le Front populaire obtint la majorité écrasante aux élections parlementaires, il devint le pire ennemi du fascisme, le plus haï, précisément parce qu’il est le meilleur instrument pour empêcher que le fascisme s’empare du pouvoir dans un pays.

Chaque jour, à toute occasion, dans leurs discours et dans leur presse, les trotskistes attaquent violemment le Front populaire et ses représentants et tâchent de semer le désaccord entre les ouvriers et les autres couches antifascistes du Front populaire.

La Batalla, organe trotskiste, dans son numéro du 29 mai, que :

« La politique du Front Populaire conduit, comme nous l’avions prévu, à l’affaiblissement des partis et organisations ouvrières qui la pratiquent. »

Et plus loin, dans un article intitulé « Le Front populaire nous mène au fascisme », ils disent :

« On parle de fortifier le Front populaire avec lequel on affaiblit les énergies et paralyse les actions combatives des masses ouvrières et paysannes.

Au lieu de freiner la décomposition des partis républicains, on doit la précipiter le plus possible.

Il faut aussi précipiter l’expérience démocratique des masses.

Pour cela, une condition indispensable est la rupture de toute liaison organique avec la bourgeoisie républicaine.

Au lieu de Front populaire, Alliance ouvrière nationale. »

Maintenant, pendant la guerre civile, ils tentent encore par tous les moyens de rompre le Front populaire en lançant des revendications d’apparence radicale, et de semer la division entre les différentes forces qui le composent.

Ainsi, ils servent les bourreaux fascistes des travailleurs, les assassins des femmes et des enfants sans défense.

Contre le gouvernement de la République.

Ensuite, la tâche du fascisme est d’affaiblir par tous les moyens possibles le gouvernement de la République ainsi que le gouvernement de la Généralité de Catalogne.

Dans ce sens aussi, les trotskistes leur rendent des services merveilleux.
Voyons quelques exemples concrets.

Lorsque le gouvernement Largo Caballero fut constitué à Madrid, le parti trotskiste en Espagne, « Parti ouvrier d’unification marxiste » (P.O.U.M.) et son organe, la Batalla, dirigèrent de furieuses insultes contre ce qu’ils appelèrent « trahison des intérêts du prolétariat » en protestant contre le gouvernement, au cri de : « Dehors les ministres bourgeois ! »

Plus tard, après que fut constitué en Catalogne le gouvernement de la Généralité, avec la participation d’un conseiller trotskiste, le P.O.U.M. et son organe, la Batalla, attaquèrent durement chaque jour le gouvernement en le qualifiant de « contre-révolutionnaire ».

Quand les forces représentées dans ce conseil font des efforts pour faciliter la tâche d’unification de toutes les volontés du peuple catalan, les trotskistes qui sont représentés et ont participé à la rédaction de la déclaration du Conseil, attaquent dans leur presse la composition et la déclaration du Conseil.

Le 12 décembre, le Comité exécutif du P.O.U.M. s’est réuni et son secrétaire, Nin, y fit un compte rendu.

Il déclara que le gouvernement de Valence, malgré la participation d’organisations ouvrières, « défendait davantage les intérêts de la République bourgeoise que les intérêts de la révolution. »

En commentant la crise du gouvernement de Catalogne provoquée par les manœuvres criminelles du P.O.U.M. et au cours de laquelle le ministre trotskiste fut écarté du gouvernement, il ajouta, en tâchant toujours de séparer la C.N.T. (Centrale syndicale anarcho-syndicaliste) des autres forces représentées dans le gouvernement :

« La crise du gouvernement de Catalogne est motivée parce que notre parti et la C.N.T. ne veulent pas permettre la perte des conquêtes de la révolution. Il s’agit de deux tendances, la tendance révolutionnaire représentée par la C.N. T. et le P. O. U.M. et la tendance contre-révolutionnaire représentée par le Parti socialiste unifié et par les dirigeants de l’U.G.T. (Centrale syndicale socialiste), ainsi que par les républicains de gauche. »

Nin indiqua la banqueroute du Parlement bourgeois et déclara que :

« le P.O.U.M. défendra le mot d’ordre du remplacement du Parlement par une autre organisation composée de délégués des comités d’ouvriers et de représentants des syndicats et de la paysannerie. »

Dernièrement, les trotskistes menèrent une campagne effrénée sur la question du ravitaillement du peuple catalan en semant la panique parmi la population et en dirigeant de dures attaques contre le conseiller du ravitaillement, Comorera, secrétaire du Parti socialiste unifié, en l’accusant de spéculer sur la faim du peuple.

Contre l’unité prolétarienne

Le fascisme tâche par tous les moyens, en utilisant ses agents trotskistes, d’empêcher premièrement l’unité et, s’il n’y réussit pas, il utilise toutes les occasions pour rompre l’unité.

A l’occasion de la fusion des Jeunesses socialistes et communistes en avril 1936, les trotskistes ont mené une campagne acharnée contre cette unification ainsi que contre l’unification de l’U.G.T. et de la C.G.T.U. (syndicats rouges).

Ils ont déclaré à cette occasion :

« Dans le domaine de la jeunesse comme dans le domaine syndical, les socialistes absorbent les communistes officiels.

Un parti qui reste sans mouvement syndical et de jeunes n’est qu’une caricature de parti. Ses jours sont comptés. »

Utilisant le fait que toutes les organisations populaires et ouvrières sont occupées dans la lutte contre le soulèvement fasciste, les trotskistes ont créé ladite « Jeunesse communiste ibérique ».

Pendant que les prolétaires honnêtes et les antifascistes convaincus luttent sur le front, les trotskistes font un travail de désorganisation et de scission contre-révolutionnaire à l’arrière.

A l’occasion de la signature d’un accord d’unité d’action entre l’U.G.T., la C.N.T., la F.A.I. (Fédération anarchiste ibérique) et le Parti socialiste unifié de Catalogne, signature accueillie avec grand enthousiasme par tout le peuple catalan, la Batalla attaque violemment ce pacte d’unité tout en le cachant à ses lecteurs.

Contre l’Union soviétique

L’aide que le prolétariat international donne du dehors au peuple espagnol est un facteur très important pour le triomphe de l’Espagne antifasciste, en premier lieu la solidarité et l’amour des travailleurs de l’Union soviétique.

Partant de là le fascisme espagnol est très intéressé à discréditer l’Union soviétique et les chefs de son gouvernement.

En Union soviétique même, le fascisme utilise ses serviteurs, les trotskistes, pour attenter à la vie des dirigeants du gouvernement et du Parti de l’Union soviétique, pour faire des actes de sabotage, pour pratiquer l’espionnage.

En Espagne, le fascisme utilise les trotskistes pour réaliser une lutte féroce contre le pays du socialisme triomphant et contre ceux qui l’ont conduit, vers le triomphe.

Voyons quelques exemples.

Les chefs du P.O.U.M. écrivaient que les dirigeants de l’Union soviétique et de l’Internationale communiste ne s’intéressaient pas à la lutte du peuple espagnol.

Les actions diplomatiques de l’Union soviétique en faveur du peuple espagnol, toute la campagne de solidarité réalisée par les Partis communistes dans tous les pays seraient seulement l’expression du désir de ne pas intervenir directement et concrètement à côté des antifascistes.

A l’occasion de l’arrivée à Barcelone du bateau soviétique Sirianine qui a provoqué un enthousiasme délirant parmi la population catalane, les trotskistes écrivaient :

« Oui, ce sont les citoyens soviétiques qui nous aident, mais pas le gouvernement soviétique. »

Et ils ajoutaient, alors que la solidarité soviétique fait vibrer le peuple espagnol d’enthousiasme en le stimulant pour la lutte et en ranimant sa foi dans le triomphe et continuant en cela la campagne internationale menée par le fascisme :

« Si Staline a cédé et accorde sa solidarité, c’est parce que de cette façon il pense affaiblir les positions du fascisme nazi dans lequel Staline voit son principal ennemi. »

Selon la Batalla, il résulte que Staline aide l’Espagne républicaine pour affaiblir l’Allemagne son ennemie.

De cela, on tire la conclusion fasciste que les provocateurs de guerre sont les communistes.

Les attaques des trotskistes contre l’Union soviétique sont devenues si agressives et si calomnieuses que le consul général de l’U.R.S.S. à Barcelone a dû les dénoncer publiquement.

Dans une note, le consulat général de l’U.R.S.S. à Barcelone dit :

« Une des manœuvres de la presse fasciste internationale consiste à calomnier en déclarant que le représentant de l’Union soviétique accrédité devant le gouvernement dirige en fait la politique intérieure et extérieure de la République espagnole. Les buts des serviteurs du fascisme, en diffusant une pareille insinuation, sont bien clairs.

En premier lieu, ils veulent nuire au prestige du gouvernement de la République espagnole.

En deuxième lieu, affaiblir le sentiment de solidarité fraternelle qui devient chaque jour plus fort entre le peuple d’Espagne et celui de l’Union soviétique, base morale principale de la latte antifasciste.

En troisième lieu, aider et renforcer les tendances de désorganisation du front unique républicain de la part des différents groupes incontrôlés et irresponsables. Et voilà que, parmi les organes de la presse catalane, il s’en trouve un qui a entrepris la tâche d’aider cette campagne fasciste. Dans son numéro du 27 novembre, la Batalla tâche de fournir du matériel aux insinuations fascistes, mentionnées. »

Contre les brigades internationales

Dans la guerre, le rôle des trotskistes est d’utiliser les petits groupes qu’ils ont organisés pour trahir, pour se retirer dans les moments les plus décisifs de la lutte.
Ils dirigent en même temps des attaques contre la reconstruction de l’armée ouvrière, en exigeant une Armée rouge, mais pas une armée populaire.

Les glorieuses Brigades Internationales sont aussi l’objet des attaques des trotskistes.

Ils disent qu’elles sont au service du Parti communiste officiel et de l’U.R.S.S., qu’elles sont au service de Staline, qu’elles sont un grand danger pour l’Espagne antifasciste.

Et voilà ce qu’écrit en même temps le journal de Franco, Heraldo de Aragon :

« Staline se propose d’amplifier et consolider son influence à Madrid et Valence, après avoir assuré sa domination en Catalogne. A cet effet, Staline a chaque jour de longues conférences avec Rosenberg, son délégué auprès du gouvernement Largo Caballero, auquel il donne des instructions correspondantes.

Cette attitude a été clairement confirmée par le ministre rouge, Jésus Hemandez ; communiste, qui a dit : « Maintenant, nous devons commencer le travail définitif d’élimination du P.O. U.M. qui est une organisation traître et antisoviétique. Après, nous anéantirons la C.N.T. S’ils offrent une résistance, nous comptons sur l’appui inconditionnel de la Brigade internationale. » »

Pour qui les brigades internationales sont-elles un danger ?

Pour le fascisme.

C’est pour cela qu’elles sont attaquées par les trotskistes, ses alliés.

Les brigades internationales ne sont pas des brigades communistes.

Dans les rangs des brigades internationales luttent coude à coude, des socialistes, des anarchistes, des communistes, des démocrates, des intellectuels, des hommes de tous les courants antifascistes.

Les brigades internationales ont été formées précisément par le Front populaire mondial pour aider l’héroïque peuple de l’Espagne démocratique.

Elles sont en effet un grand danger pour le fascisme.

Voilà pourquoi les trotskistes les attaquent.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

PCE : Le rôle de la femme dans la lutte pour l’indépendance et la liberté de l’Espagne

Article d’Emilia Elias datant de 1938, publié dans le numéro spécial intitulé « Espana » de l’hebdomadaire « La Correspondance Internationale » N° 27, du 12 mai 1938

Au nombre de tous les éléments incorporés à la lutte que mène actuellement le peuple espagnol contre le fascisme, figurent les masses féminines d’Espagne qui, dès le premier moment de cette guerre pour notre liberté et notre indépendance, se sont mises sans restriction au service de la cause du peuple, Elles vouèrent à la lutte tous leurs efforts matériels, qui allèrent bien des fois jusqu’au sacrifice de leur vie.

Mais elles surent aussi exalter par leurs paroles, par leur sentiment élevé des nécessités de la guerre, l’ardeur de leurs fils, de leurs compagnons, les poussant à s’incorporer à la masse immense des hommes qui, saisissant les armes, se sont dressés pour défendre le sol de l’Espagne contre l’invasion fasciste.

Il ne faudrait pas croire cependant qu’avant le 18 juillet 1936 les femmes ne fussent pas intervenues activement dans la lutte révolutionnaire. Au contraire, en organisant des grèves de caractère économique et des manifestations féminines de masse, les femmes n’ont cessé de proclamée publiquement leur haine de la tyrannie et leur opposition à la tyrannie et à tous les ennemis du véritable peuple espagnol.

Lorsque en 1931, avec la proclamation de la République, on vit se déployer un mouvement de masse qui tendait à abattre complètement et définitivement un régime d’opprobre et de tyrannie, les femmes participèrent elles aussi à cet éveil des masses populaires et contribuèrent, dans une mesure importante, à secouer l’indifférence de certaines couches de la population.

Et lorsque la République, dans un élan de justice, accorda aux femmes une partie des revendications défendues par le mouvement pour l’émancipation féminine (droit d’élire et d’être élues, égalité de droits pour les enfants légitimes et naturels, reconnaissance de la personnalité civile, etc.), les femmes se sentirent renforcée et aidées par les pouvoirs publics, et cela suffit pour que, conscientes de leurs responsabilités et sûres de travailler à leur complète émancipation, elles se lancent dans la lutte politique.

C’est ainsi qu’en 1934, avec son tragique cortège d’iniquités, les femmes lutèrent vaillamment contre ta réaction, qu’elles constituèrent un élément puissant lors des héroïques journées de la révolution d’Octobre. Dans la rue, dans les syndicats, dans les partis, les femmes travaillèrent avec une ardeur pleine de foi pour écraser la réaction barbare qui, dans les rues d’Oviedo, mitraillait les femmes qui défendaient leur droit et celui de leurs enfants à une vie de liberté et de Justice. Aida Lafuente, l’héroïque jeune fille asturienne qui mourut à son poste de combat en octobre 1934, est le symbole de cette lutte magnifique, et son souvenir vivra éternellement dans le cœur de toutes les femmes.

Au mois d’août de la même année eut lieu à Madrid La Ire Conférence nationale des femmes antifascistes, où celles-ci déclarèrent publiquement leur opposition ouverte à la tyrannie. Quelques jours plus tard, les femmes organisèrent la grande manifestation présidée par la Pasionaria et dont le but était de protester contre le décret du gouvernement Samper relatif à la mobilisation des réservistes.

A l’aube de 1936, l’approche des élections qui devaient voir le triomphe du Front populaire donna aux femmes de nouvelles occasions de lutter. Elles surent les mettre à profit et la lutte électorale leur permit d’apporter de nouvelles preuves de leur sentiment des responsabilités et de leur maturité politique.

Des centaines de meetings, d’assemblées, de réunions furent organisés avec la collaboration des femmes et eurent pour effet de mobiliser et d’enthousiasmer les masses de la ville et des champs.

Et, le 16 février, Le triomphe dru Front populaire fut dû pour une bonne part à la vigilance des femmes qui, tant comme électrices que comme gardiennes spontanées de la régularité des opérations, surent rendre sans effet les innombrables illégalités auxquelles la réaction eut recours pour empêcher la victoire du Front populaire.

La date tragique du 18 juillet 1936 vint compléter la préparation politique des femmes et donner son plein essor à leur participation aux luttes révolutionnaires.

A cette heure, comme toujours, le souffle ardent de la Pasionaria vint nous animer, nous les femmes d’Espagne. Elle qui sait si bien trouver le mot d’ordre et le geste qu’exige chaque situation, face à l’insurrection fasciste et a l’assaut des troupes d’invasion, elle lança le défi à l’ennemi ce « No pasaran ! » que le monde entier, moins de vingt-quatre heures après qu’ait éclaté la rébellion, entendit sur les ondes de l’Union Radio, se cri qui est devenu depuis lors le cri de guerre des antifascistes espagnols et que les femmes, avec le peuple tout entier, ont fait leur, dont elles ont fait un mot d’ordre inébranlable, travaillant inlassablement à en faire une réalité. Il l’a été.

La foi de la Pasionaria pénétra, les âmes de toutes les femmes, qui s’incorporèrent à la lutte avec une ardeur combative. Aussi, la guerre que vit l‘Espagne a-t-elle été pour les masses féminines une gigantesque école, une immense source d’expériences, Et le résultat a été qu’à la guerre et à ses problèmes se sont intégrées non seulement les femmes placées à l’avant-garde du mouvement féminin, mais une grande quantité de femmes indifférentes aux problèmes politiques et sociaux.

Car toutes ont clairement vu qu’aujourd’hui, au prix du sang des masses populaires espagnoles, au prix du sacrifice quotidien des hommes venus de tous les pays se joindre au peuple espagnol dans sa lutte, se décide sur notre sol l’avenir de tous les opprimés, comme se décide aussi l’avenir des femmes, asservies et humiliées par la misère, l’inculture et l’injustice.

Et dès les premiers moments, elles luttèrent ; dès les premiers moments, leurs voix s’élevèrent pour réclamer leur part des tâches de la guerre et participer ainsi à la victoire.

L’effort déployé par les femmes a revêtu toutes les formes de l’activité. D’une façon générale, l’on peut dire que les femmes ont tout fait pour collaborer à la victoire. Elles ont créé des ateliers, elles y ont travaillé ; elles ont fondé des homes pour arracher les enfants aux tourments des villes sauvagement bombardées par l’aviation fasciste ; elles apportent leur aide sur les fronts ; elles travaillent dans les hôpitaux comme infirmières et comme visiteuses sociales ; durant les tragiques journées de siège de Madrid, elles ont collaboré à l’approvisionnement de la ville ; elles ont été miliciennes ; elles collaborent aux services culture sur les fronts ; enfin, elles mènent un travail qui prouve leur maturité politique et leur compréhension des questions syndicales en prenant une part directe à la direction des partis et des syndicats.

De plus, les femmes ont réalisé un intense travail de propagande et d’agitation et elles sont parvenues ainsi, jusque dans les régions de l’arrière moins éprouvées par la guerre, à élever magnifiquement le moral et à inculquer à tous la conscience de la nécessité de vivre en accord avec les exigences de la lutte.

Il convient de souligner également l’esprit de sacrifice et la haute conscience politique manifestés par les femmes dans l’accomplissement d’une tâche dont elles s’acquittent avec la plus grande simplicité et la plus émouvante modestie, nous voulons parler des services de transfusion de sang aux blessés. Dans ce domaine, ce sont les femmes qui ont apporté la collaboration la plus active et la plus dévouée.

Et elles le font non seulement dans un généreux sentiment d’humanité bien conforme à la nature spécifique de la femme, mais aussi pour des raisons plus complexes, qui donnent plus de prix encore à leur sacrifice.

Elles savent et elles le disent, que la vie d’un blessé est sacrée ; elles savant qu’arracher ses victimes à l’ennemi équivaut à gagner une bataille. Nous voudrions pouvoir citer toutes ces femmes, dire avec quelle abnégation elles s’acquittent de ce devoir sacré, mais trop nombreuses sont celles dont nous ne connaîtrons jamais le nom, tellement grande est la modestie dont elles font preuve en restant dans l’anonymat.

Mais nous connaissons le cas d’Eloïsa Cano, qui a donné son sang trente-deux fois ; nous connaissons celui de Catalina Mayoral, cette infirmière qui, elle aussi, a donné son sang à de nombreuses reprises, et celui d’une jeune femme, presque une adolescente, fille de service avant l’insurrection, qui a fourni neuf fois déjà son sang et est prête à continuer lorsque ce sera nécessaire. Elle est très fière de sa qualité de « donneuse universelle », qui lui permettra de prêter son concours dans un très grand nombre de cas.

Les femmes ont également joué un rôle actif dans l’aide aux évacués et aux réfugiés. Qu’elles collaborent à l’évacuation des enfants et des femmes de Madrid, de Malaga, d’Almeria et autres villes victimes de l’agression fasciste, pour les installer dans d’autres localités plus éloignées du front, ou qu’elles offrent leur maison, leurs services, leur aide pour améliorer la vie des réfugiés, les femmes ont tout fait pour mener à bien cette tâche. Nombreux sont les cas où des femmes ont cédé jusqu’à leur lit et leurs vêtements, jusqu’à leur maison tout entière, pour accueillir des femmes et des enfants maltraités par la guerre.

Nous connaissons une femme qui, bien qu’elle n’occupât qu’un petit logement, exigu même pour les besoins des siens, installa chez elle une famille composée de deux femmes et de trois enfants. Elle rayonnait en parlant de sa joie lorsque, la nuit, elle pouvait contempler le bien-être des petits couchés dans son lit, bien qu’elle même dormît sur le sol.

Cette aide aux enfants, les femmes l’apportent également dans des garderies et des homes où elles vivent auprès des enfants, les soignant et en prennent soin avec un zèle et une abnégation véritablement maternelle. On trouve dans ces services des éducatrices remarquables, et d’autres qui, avant le 18 juillet, étant à la retraite, ont repris leur professeur pour diriger des homes d’enfants évacués, travail d’ordinaire épuisant, mais qui apporte la satisfaction d’accomplir un devoir imposé par la guerre.

En octobre 1937 eut lieu, à Valence la IIème Conférence nationale des femmes antifascistes. Ouvrières, paysannes, intellectuelles vinrent rendre compte de leur activité et nous comprimes alors qu’il n’y en a pas, si spéciale soit-elle, à laquelle les femmes n’aient pas participé. Des paysannes des provinces de Cordoue, Guadalajara, Cuenca et Valence montèrent à la tribune. Presque toutes venaient de villages fout proches de la ligne de feu et nous apprîmes d’elles comment la récolte d’olives, et toutes les récoltes en général, avaient pu être sauvées en maints endroits, malgré l’absence des hommes, tous partis pour le front, grâce au travail intense des femmes. Nous nous souvenons d’une paysanne de la province de Cordoue qui nous disait, enthousiaste :

« A quelques kilomètres du front, nous avons sauvé la récolte d’olives, parce que nous savions qu’à chaque olive que nous cueillions, nous gagnions une bataille sur d’ennemi. »

Nous entendons aussi la voix des ouvrières de choc de plusieurs ateliers de Madrid, qui réalisent des prouesses semblables à celles des ouvrières Soler, qui a réussi à intensifier sa production dans une mesure telle qu’au lieu des cinq pantalons qu’elle confectionnait par jour, elle a atteint le chiffre de dix-huit. Et les ouvrières de l’atelier d’intendance « Pasionaria » (créé et organisé par le Comité national des femmes antifascistes) ont établi des journées de choc et certaines ouvrières, comme la camarade Maria Martinez Carton, arrivent à faire vingt-cinq uniformes par semaine. Les ouvrières de ces ateliers rivalisent d’ardeur au travail, ce qui a pour effet d’augmenter considérablement la production.

Dans l’industrie de guerre, les femmes réalisent également un magnifique effort, qui démontre combien les masses féminines ont raison de demander leur rapide et totale incorporation à la production. Car ces femmes, aujourd’hui ouvrières consommées, n’ont pas toujours travaillé à la fabrique. Nombre d’entre elles étaient des domestiques misérablement exploitées dans des milieux bourgeois et toutes souffraient de l’oppression et de l’obscurantisme auxquels la réaction a soumis la femme espagnole durant des siècles.

Leur activité présente est d’autant plus remarquable. Elles ont vu dans la guerre l’occasion de satisfaire leurs aspirations et celles de toutes les victimes de l‘oppression. Elles comprennent que prendre une part active à l‘élaboration de notre victoire est pour elles un devoir dont l’accomplissement leur permettra de conquérir leur liberté et celle de leurs enfants, en même temps que l’indépendance de leur patrie.

Citons à l’appui de cette affirmation le cas de Maria Acon, tourneuse à la fabrique Ferrobellum responsable de sa section de travail, qui fut bonne d’enfants jusqu’au 18 juillet ; l’exemple magnifique de Margarita Sanchez, de la fabrique Moreno, à Madrid, qui, au bout de deux semaines à peine de travail, était parvenue à dépasser de 100 % la norme de production. Il ne s’agit naturellement pas là de cas fortuits, d’une simple question d’habileté professionnelle, mais bien du résultat de toute une conception du problème politique que pose la guerre et que les femmes ont su comprendre : les héros de la production participent aussi activement que les héros du front à la victoire finale.

Dans leur ascension à cette maturité de conscience civique, les femmes n’ont pas lutté seules. Elles se sont senties aidées, soutenues par le parti communiste et ses dirigeants qui les ont constamment stimulées, qui les ont accompagnées dans la voie de leur développement, Aucune femme n’a oublié et n’a manqué de faire son profit des paroles de José Diaz dans son rapport à l’assemblée plénière élargie du Comité central du parti communiste :

« Il faut que les communistes intensifient et amplifient le travail parmi les femmes. Il faut consolider l’organisation des Femmes antifascistes, déjà existante, mais cela ne suffit pas. Il faut mobiliser toutes les femmes d’Espagne pour la défense de la patrie et de l’indépendance nationale ; il faut créer un mouvement des femmes de l’Espagne nouvelle, auquel s’incorporent toutes celles qui veulent contribuer à l‘écrasement du fascisme et se sacrifier, s’il le faut, pour que leurs enfants puissent vivre dans une Espagne cultivée, prospère et heureuse.

Il faut renforcer notre travail en ce qui concerne les femmes, car, si nous considérons la combativité et l’abnégation admirables dont font preuve les héroïques femmes de notre peuple, nous devons reconnaître que la proportion des femmes affiliées à notre parti n’est pas ce qu’elle devrait être et ce qu’elle pourrait être. »

Et non seulement dans ce document, guide et stimulant puissant pour notre travail, mais dans tous ses articles, dans tous ses rapports le secrétaire général du parti communiste trouve toujours l’expression exacte pour rendre compte de la situation des femmes.

Avec cet ardent appui, avec l’exemple merveilleux de la Pasionaria, les femmes d’Espagne sauront continuer à marcher de l’avant, à contribuer de toute leur énergie, au prix même de leur vie, s’il le fallait, à l’écrasement du fascisme barbare et au triomphe de la démocratie et de l’indépendance de l’Espagne.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

Georges Dimitrov: une année de lutte héroïque du peuple espagnol

Article écrit à l’occasion du premier anniversaire de la rébellion franquiste.

Une année s’est écoulée depuis que le peuple espagnol, aux avant-postes de la lutte contre la réaction mondiale et le fascisme, défend courageusement sa liberté et son indépendance, sauvegardant par là même les intérêts de la démocratie, de la civilisation et de la paix contre les barbares fascistes et les fauteurs de guerre.

On peut affirmer sans exagération qu’après la Grande Révolution d’Octobre, cette lutte héroïque est un des événements les plus considérables de l’histoire politique d’après-guerre de l’Europe.

Lorsque, le 18 juillet de l’année dernière, le télégraphe apportait la nouvelle de la rébellion des généraux fascistes contre la République espagnole, personne ne pouvait penser que la guerre civile provoquée par les scélérats fascistes en Espagne durerait aussi longtemps. Les amis aussi bien que Les ennemis du peuple espagnol, chacun à sa façon, comptaient que la guerre serait liquidée dans le plus bref délai.

La rébellion fasciste fut réprimée en quelques jours par les ouvriers espagnols et la milice populaire dans les centres les plus importants du pays.

Madrid et Valence, Barcelone et Bilbao, Tolède, Malaga, Alicante et Almeria, presque toutes les villes importantes d’Espagne se trouvèrent dans les mains du gouvernement républicain.

Les généraux rebelles, qui se dressaient contre les conquêtes démocratiques de la révolution espagnole et, au début de la rébellion, s’appuyaient principalement sur les officiers contre-révolutionnaires haïs du peuple, sur les troupes marocaines et sur les légionnaires étrangers, se heurtèrent à la résistance armée de toutes les forces de la révolution espagnole, de tout le peuple espagnol, groupé dans les rangs du Front populaire autour du gouvernement républicain.

Il est hors de doute que sans l’intervention des, Etats fascistes, sans les armes, les avions et les troupes régulières qui ont été mis à la disposition des généraux rebelles par Hitler et Mussolini, le peuple espagnol aurait depuis longtemps débarrassé son pays des brutes fascistes.

Les faits, déjà connus de chacun montrent que les généraux rebelles n’auraient pas osé entreprendre la guerre contre la République espagnole s’ils n’avaient pas reçu à cet effet les inspirations des Etats fascistes. En réalité, ce complot sanglant contre le peuple espagnol fut préparé et organisé à Berlin et à Rome.

Les fauteurs fascistes de guerre se sont servis des généraux contre-révolutionnaires pour mettre la main sur l’Espagne, sur ses richesses ; sur ses matières premières en vue de l’industrie de guerre, et pour se créer des positions dans la Méditerranée en vue de la nouvelle guerre impérialiste qu’ils préparent.

Hitler et Mussolini comptaient manifestement que les généraux Franco et Mola, servant d’instruments entre leurs mains, réussiraient en quelques jours à s’emparer de Madrid, à abolir le régime républicain et à leur offrir un riche butin sous la forme de l’Espagne dite « nationale ».

Ce qui les confirmait dans cette conviction, c’est certainement le fait que le gouvernement républicain d’alors, en dépit des avertissements répétés du Parti communiste espagnol, n’adoptait pas de mesures radicales contre le complot que préparaient les généraux contre-révolutionnaires et pouvait être pris à l’improviste.

Mussolini et Hitler espéraient que le fascisme pourrait vaincre l’Espagne sans rencontrer de résistance armée sérieuse de la part des masses du peuple, comme ce fut le cas en Italie en 1922 et en Allemagne en 1933.

Mais tous ces calculs étaient complètement erronés. La noix d’Espagne était trop dure pour les dents du fascisme. L’Espagne de 1936 n’était ni l’Italie de 1922, ni l‘Allemagne de 1913.

La rébellion fasciste en Espagne fut déclenchée après la première victoire de la révolution démocratique du peuple espagnol, à un moment où le prolétariat espagnol et les masses du peuple avaient déjà tiré les enseignements des événements d’Italie, d’Allemagne et d’Autriche, où les fondements du Front populaire antifasciste étaient déjà posés.

Du fait qu’elle avait renversé la monarchie moyenâgeuse et instauré la république parlementaire démocratique, la révolution espagnole avait fait jaillir en une inépuisable source les forces du peuple espagnol en lutte avec la contre-révolution, qui apportait le retour à l’ancien régime des propriétaires fonciers et des oligarchies financières.

Pour le peuple, la lutte contre la rébellion fasciste est, pour cette raison, indissolublement liée au maintien et au développement des conquêtes démocratiques de sa révolution contre le régime de moyen âge et d’obscurantisme, contre les propriétaires fonciers, l’aristocratie pourrie et le des officiers contre-révolutionnaires.

C’est quand ils ont constaté l’impuissance de Franco, en présence de la riposte énergique du peuple espagnol, à faire triompher le fascisme à l’aide des Marocains et de la Légion étrangère, que les Etats fascistes ont pris directement en mains la conduite de la guerre contre la République espagnole.

Ce sont, en fait, des détachements des armées allemandes et italiennes, leur artillerie, leurs tanks et leurs avions qui luttent sous Madrid et Guadalajara, sur les fronts nord et sud, contre la vaillante armée républicaine, détruisant les villes, anéantissant les villages, noyant sous des torrents de sang la terre du peuple espagnol. La flotte des Etats fascistes bloque les ports espagnols, les bombarde et les détruit. Madrid, Guernica et Almeria perpétueront à jamais dans la conscience de l’humanité progressive le sinistre souvenir de la barbarie fasciste.

Et plus le peuple espagnol montre d’énergie, d’enthousiasme et d’assurance dans la justice de la cause pour laquelle il lutte, plus il renforce l’année républicaine après chaque provocation nouvelle des envahisseurs fascistes, serrant ses rangs, supprimant les faiblesses et les défauts dans la conduite de la guerre, plus Hitler et Mussolini accentuent cyniquement leur interventions, en déclarant ouvertement qu’ils n’admettront pas l’existence d’une Espagne républicaine.

Traduits dans la langue ordinaire, les derniers articles de Mussolini se résument en cette formule cynique et éhontée : « l’Espagne doit être une colonie fasciste, ou bien elle sera réduite en ruines. »

A la lumière des faits, il est difficile de trouver dans l’histoire politique moderne des pages plus honteuses que la conduite des principaux Etats capitalistes d’Occident, qui se donnent fièrement le nom d’Etats démocratiques, à l’égard du peuple espagnol et de sa lutte pour la liberté et I ‘indépendance.

Au moment où, à la face du monde entier les envahisseurs fascistes font ouvertement une guerre de brigandage en Espagne, ces Etats, et en premier lieu l’Angleterre, jouent depuis près d’un an la farce de lia « non-intervention » dans les affaires d’Espagne et continuent à chercher, même après le rejet du contrôle dit international pat Hitler et Mussolini, des formules transactionnelles, d’accord avec les impudents envahisseurs fascistes.

La Société des nations, dont les statuts contiennent un paragraphe spécial sur les sanctions contre l’agresseur, paragraphe qui prévoit précisément les cas analogues à l’intervention armée faite actuellement par l’Allemagne et l’Italie contre le peuple espagnol, garde un silence obstiné.

Bien qu’il soit évident que les envahisseurs fascistes, s’ils réussissent à asservir l’Espagne, ne tarderont pas à manigancer des rébellions pareilles à celle de Franco en Tchécoslovaquie, en Autriche, au Danemark, en Belgique et dans d’autres pays, la S. d. N., sous la pression de l’Angleterre surtout, évite soigneusement de prendre dans la question espagnole des décisions qui garantissent les droits internationaux du gouvernement constitutionnel de l’Espagne.

De la sorte, elle encourage en fait les envahisseurs et les agresseurs fascistes. Les Etats-Unis démocratiques, avec Roosevelt à leur tête, ont adopté une attitude d’« observateurs impassibles ». Les efforts de l’Union soviétique, qui s’est rangée avec résolution et esprit de suite du côté du peuple espagnol, pour pousser les Etats non fascistes à pratiquer une politique ferme et énergique vis-à-vis des envahisseurs fascistes afin de garantir à l’Espagne républicaine les droits et les possibilités légitimes de défense contre l’ agression et d’exercice de son autorité souveraine sur son propre territoire, n’ont pas donné jusqu’à présent de résultats positifs.

Les intérêts égoïstes des grands capitalistes et des cliques financières d’Angleterre, de France et des Etats-Unis continuent à primer non seulement les intérêts du peuple espagnol de la sauvegarde de la paix, mais aussi les véritables intérêts et l’avenir de leurs propres peuples.

Tableau étrange, qui doit faire sérieusement réfléchir tout ouvrier et tout partisan de la démocratie et de la paix !

Au moment où les Etats fascistes agissent de concert contre la République espagnole, où Berlin Rome et Tokyo préparent méthodiquement, pas à pas, une nouvelle guerre mondiale de rapine, où le renforcement de l’intervention de Mussolini et de Hitler en Espagne s’accompagne d’une provocation de la clique militaire japonaise sur l’Amour et d’opérations militaires dans la Chine du Nord, les gouvernements des grands Etats d’Occident discutent sans fin, s’entretiennent sur le plan de « non-intervention » et de « contrôle » qui a fait fiasco, et pratiquent la politique de l’autruche vis-à-vis des envahisseurs, des fauteurs de guerre enragés et forcenés.

On ne saurait admettre que la politique des milieux dirigeants d’Angleterre, de France, des Etats-Unis dans la question espagnole et dans celle de la sauvegarde de la paix réponde aux dispositions, aux sentiments et a la volonté de l’immense majorité du peuple de ces pays. Voilà pourquoi, pour justifier leur politique.

Ils ne cessent d’agiter devant leurs peuples le spectre de la guerre, qui sera soi-disant déclenchée par les Etats fascistes, si les pays non-fascistes de la S. d. N. se dressent résolument contre les envahisseurs.

Mais il est évident, pour quiconque connaît la véritable situation internationale, la situation dans les pays fascistes eux-mêmes et le rapport des forces entre les partisans de la paix et les fauteurs de guerre, qu’il s’agit tout simplement d’une spéculation indigne sur les tendances antiguerrières des grandes masses.

La conquête de l’Espagne n’est-elle pas précisément, pour les Etats fascistes, une des principales conditions de la guerre mondiale qu’ils préparent ? Leur permettre de se consolider en Espagne, c’est les aider à accentuer leurs préparatifs de guerre, c’est transformer ce pays en base d’agression contre la France, c’est les laisser renforcer leurs positions militaires et stratégiques dans la Méditerranée.

La vérité authentique, dans cette question, est que la défaite du peuple espagnol centuplerait la menace de guerre et hâterait considérablement le déroulement de la guerre par les agresseurs fascistes.

La victoire du peuple espagnol, par contre, dresserait une nouvelle barrière contre le déclenchement de la guerre. Ceux qui veulent sérieusement le maintien de la paix doivent tout faire pour que les envahisseurs fascistes soient expulsés d’Espagne dans le plus bref délai possible et pour que le peuple espagnol puisse assurer sa liberté et son indépendance.

Lloyd George lui-même, bien qu’admirateur de Hitler, n’a pu nier cette vérité. Dans un discours qu’il a prononcé dernièrement sur la question espagnole à la Chambre des Communes, il a déclaré : « On dit que, si nous montrons de la fermeté à l’égard de Berlin et de Rome, ce sera la guerre. Je vous dis, moi : Si nous ne montrons pas cette fermeté, ce sera la guerre à coup sûr. »

Une des principales conditions qui permettra aux Etats non-fascistes d’occident d’adopter cette attitude de laisser-faire à l’égard des envahisseurs fascistes, de s’en laver les mains comme Pilate, c’est certainement le fait que, jusqu’à présent, le prolétariat mondial n’a pas réussi à agir en commun et dans la plénitude de ses moyens pour faire aboutir les revendications les plus importantes en faveur du peuple espagnol : « retrait immédiat des forces armées d’intervention, italiennes et allemandes, hors d’Espagne ; levée du blocus de La République espagnole ; reconnaissance de tous les droits internationaux du gouvernement légal de l’Espagne ; application des statuts de la S. d. N. aux agresseurs fascistes qui ont attaqué le peuple espagnol.

Ces revendications, posées, dans leurs lignes essentielles par l’Internationale communiste bientôt après le début de la rébellion fasciste en Espagne, ont été, par la suite, proclamées également par l’Internationale ouvrière socialiste. Ce sont incontestablement les revendications de tout ouvrier conscient, de tout honnête partisan de la paix.

Le prolétariat international est indéniablement aux côtés du peuple espagnol contre les rebelles et les, envahisseurs fascistes. Il a manifesté et continue à manifester sa solidarité avec les combattants espagnols. Il ne se borne pas à les aider matériellement, à leur envoyer des vivres et des ambulances. Une partie de ses meilleurs fils combat, sur les fronts de Madrid, de Guadalajara et ailleurs, dans les rangs de I ‘armée républicaine.

Mais tout cela est loin d’être suffisant. Le mouvement ouvrier international, ses organisations politiques et syndicales ne peuvent estimer avoir rempli leur devoir ir envers le peuple espagnol et la défense de la paix « avant d’avoir obtenu ; la garantie des droits internationaux de la République espagnole et la cessation de l’intervention fasciste en Espagne. »

A cet effet, il est nécessaire d’intensifier de toute façon une campagne effective de solidarité en faveur du peuple espagnol dans tous les pays.

Il faut mobiliser toutes les forces pour rendre impossible la politique de Laisser-faire à l’égard des envahisseurs fascistes. Il faut comprendre que l’Angleterre joue le rôle principal en Europe sous ce rapport, et que, de ce fait, la classe ouvrière d’Angleterre, le peuple Anglais sont particulièrement responsables des destinées du peuple espagnol et du maintien de la paix. On ne saurait tolérer certains actes scandaleux, comme celui du leader labouriste Lansbury qui, une « feuillé de vigne » à la main, va s’incliner devant Hitler et Mussolini, et celui du Secrétaire général des Trades-Unions, Citrine, qui reprend les refrains de Chamberlain et d’Eden pour endormir l’opinion publique anglaise au moment où les hordes fascistes d’Italie et d’Allemagne font couler le sang du peuple espagnol et détruisent les villes et les villages d’ Espagne.

Pour assurer une défense efficace du peuple espagnol et de la paix internationale, « il faut absolument une action commune et unanime de toutes les organisations internationales de la classe ouvrière. »

Qu’on ne dise pas que cette action unanime est impossible. Il est vrai que bien des obstacles se dressent sur ce chemin.

Il y a, au sein de l’International ouvrière socialiste et de la Fédération syndicale internationale, des leaders et des groupes qui, mus par des considérations qui n’ont rien à voir avec les intérêts du, prolétariat international et du peuple espagnol, se prononcent contre l’unité d’action des organisations ouvrières internationales et menacent même de quitter l’internationale socialiste en cas d’acceptation d’un pacte d’unité d’action avec l’Internationale communiste.

Mais faut-il vraiment considérer pareille situation « comme établie une fois pour toutes et non sujette à changements ? Il faut écarter les obstacles et non capituler devant eux. Il faut placer les intérêts du prolétariat international de la cause de la défense de la paix, qui coïncident avec les intérêts dit peuple espagnol, au-dessus des considérations de personnes et de groupe. »

Les entrevues des représentants de l’Internationale communiste et de l’Internationale socialiste Annemasse et à Paris ont montré que les deux parties sont d’accord pour les revendications essentielles visant à la défense du peuple espagnol et au maintien de la paix.

Pourquoi, dès lors, ne pas faire la seule chose qui puisse rapidement et sûrement à la réalisation de ces revendications : organiser une action commune des organisations ouvrières internationales sur toute la ligne et utiliser unanimement toutes les forces de réserves dont dispose le mouvement ouvrier mondial ?

Au jour anniversaire de la lutte héroïque du peuple espagnol, devant les progrès sinistres de l’intervention fasciste en Espagne et de la nouvelle agression japonaise dans la Chine du Nord, cette question se pose devant chaque organisation ouvrière, devant chaque militant du gouvernement ouvrier, devant tous les partisans de la démocratie et de la paix, « avec la plus grande acuité et demande une solution pratique ».

Au cours d’une année de combats continus et acharnés, le prolétariat espagnol a su sauvegarder les conquêtes de la révolution démocratique, consolidé l’unité dans les rangs du Front populaire, assurer la création d’une armée populaire républicaine qui compte un demi-million d’hommes et lutte héroïquement. Il fraye la voie à son parti politique unique et à la fusion de ses syndicats. Il travaille sans répit à assurer toutes les conditions intérieures nécessaires pour la victoire définitive sur le fascisme.

Le prolétariat espagnol qui, avec le parti communiste à sa tête, marche aux premiers rangs de son peuple, rempli à son honneur le devoir qui lui incombe aux avant-postes de la lutte contre la réaction mondiale et le fascisme. Le prolétariat mondial, de son côté, doit remplir « jusqu’au bout sont devoir » en vers son glorieux détachement espagnol.

C’est pourquoi les communistes, en intensifiant de toutes les façons leurs propres actions pour la défense du peuple espagnol et de la paix, « ne se lasseront pas d’indiquer encore plus opiniâtrement la nécessité impérieuse de l’unité d’action du mouvement ouvrier international et de lutter de, toutes leurs forces pour la réalisation de celte unité dans le plus bref délai.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

Dolores Ibarruri (La Pasionaria): Des milices à l’armée régulière

Notre Espagne, l’Espagne des romances et des légendes, est un pays singulier, qu’il est difficile de comparer à aucun autre.

La fierté de son peuple, son courage devant la souffrance, sa vaillance devant des ennemis supérieurs, sa confiance en lui-même, son mépris de la mort, unis à un profond sentiment d’indépendance et de liberté, ont fait qu’à toutes les époques, lorsque les guerres d’invasion et de conquête, ou les guerres civiles, ensanglantèrent le sol de l’Espagne, des entrailles mêmes du peu pile sont sortis des hommes qui, par leurs hauts faits, par leur courage, par leurs dons, par leur indomptable vaillance, sont passés à la postérité couvert de gloire et de popularité.

Des guérilleros, des francs-tireurs sans aucune formation militaire, deviennent, au feu des luttes quotidiennes, des généraux consommés et, avec des soldats aussi audacieux qu’eux-mêmes, défont les meilleures armées du monde.

Le peuple espagnol est une source inépuisable de courage et d’abnégation. Aux heures critiques pour la patrie, il s’est dressé pour lutter avec une vaillance admirable et offrir le sacrifice de sa vie avec une simplicité spartiate.

Ses navigateurs sillonnèrent l’océan Atlantique et découvrirent un monde nouveau. Ses soldats portèrent si haut le renom de l‘Espagne, ils la firent si grande et si puissante, que « le soleil ne se couchait jamais » dans son empire.

Ses écrivains, ses savants, ses artistes, la couvrirent de gloire. Ses fils et ses filles furent toujours un exemple magnifique d’héroïsme, de vaillance et d’abnégation.

De cette Espagne, de ce peuple admirable qui apporta au monde la science, la civilisation, l’art et la culture, les grands propriétaires féodaux, le clergé, la caste militaire aristocratique, les caciques, firent un peuple pauvre, triste et arriéré. Durant plusieurs siècles, vivant du souvenir de ses grandeurs passées, il alla en descendant l’échelle de la civilisation et du progrès.

Les héritiers, les descendants de ceux qui, ruinèrent l’Espagne, qui la disqualifièrent dans le concert des nations importantes du monde, pensèrent pouvoir continuer la politique esclavagiste de leurs ancêtres, Ils crurent que la domination et l’oppression auxquelles, durant des siècles, ils avaient soumis les masses populaires espagnoles, avaient ruiné leurs énergies, avaient fait d’elles un immense troupeau qu’il serait facile de domestiquer, de marquer au fer infamant de la domination fasciste.

Ils se trompaient. Les glorieuses traditions d’héroïsme du peuple restaient une réalité vivante sous les décombres de cette Espagne qui fut un jour reine du monde. Le soulèvement du groupe de généraux traîtres, alliés au fascisme étranger, fut comme le souffle qui dispersa les cendres sous lesquelles ardait la vaillance indomptable de l’âme populaire.

Et le monde stupéfait contempla un spectacle merveilleux. Un peuple pauvre, opprimé, arriéré, se dressa tel un géant et fit reculer ceux qui pensaient qu’il serait facile de lui imposer leur domination.

Les factieux avaient bien préparé le terrain. Deux années de gouvernements réactionnaires leur avaient permis d’occuper des positions maîtresses, de s’emparer des ressorts du pouvoir, d’avoir en main la majorité de l’armée.

Le 18 juillet 1936, tout l’appareil de l’Etat fut brisé. Le pouvoir fut dans la rue. Et c’est alors qu’on vit toute la grandeur de notre glorieux peuple, qui sut recréer l’appareil de l’Etat et donna ces légions d’hommes, ces légions de héros, qui défendent avec une si prodigieuse énergie le sol de leur patrie, leurs libertés, et le droit de la République espagnole que le fascisme tente d’étrangler…

C’était aux premiers jours de l’insurrection. Une part de l’Espagne saignait sous la sauvage emprise de la réaction triomphante. La surprise, la félonie des traîtres qui, au premier moment, se présentèrent en arborant le drapeau de la République, avaient semé le désarroi dans les masses populaires qui, indécises, avaient peine à comprendre de quoi il s’agissait. Les factieux profitèrent de cette confusion pour soumettre quelques provinces. Pourtant, ils n’y parvinrent pas sans que des groupes d’ouvriers, de paysans, d’intellectuels, de soldats, ne luttassent et ne mourussent en défendant la République, en défendant la démocratie.

Dans le reste de l’Espagne, en particulier là où l’éducation politique des masses était plus poussée, les travailleurs, attachés à la démocratie et à l’indépendance de l’Espagne, pleins de haine pour le fascisme, unis aux classes moyennes et à la petite bourgeoisie, se dressèrent en un élan de généreuse abnégation.

Les partis et les organisations syndicales appelèrent le peuple à la lutte, et le peuple répondit de manière unanime. Un groupe de militaires de métier, loyaux à la République, restés au côté du gouvernement, se mirent à la tête de des colonnes hétérogènes d’hommes et de femmes, d’enfants même, qui, brûlant d’Indignation, s’élancèrent à l’assaut des repaires des insurgés.

La caserne de la Montagne, le Campamento, Alcalda de Henares, furent les premières forteresses ennemies abattues par le peuple. Il y trouva des centaines de fusils qui servirent à armer les premières forces partant pour la Sierra de Guadarrama afin de contenir l’avance de l’ennemi qui, par les hauteurs de Leon et de Somosierra, tentait d’approcher de Madrid.

Tout était désorganisé. Le groupe de militaires loyaux ne suffisait pas pour encadrer les milliers de volontaires qui voulaient lutter, qui partaient sans armes pour les fronts, décidés à les arracher à l’ennemi ou à attendre qu’un camarade tombe et qu’ils puissent reprendre son fusil ou son escopette.

Durant plusieurs jours, la lutte resta indécise, confuse. Mais l’apparition d’avions italiens et allemands dans le ciel de l‘Espagne, l’aide délibérée de l’Italie et de l’Allemagne aux insurgés, apportèrent l’éclatante démonstration de ce qui l ne s’agissait pas d’un simple soulèvement réactionnaire, ni d’une mutinerie de caserne.

Il s’agissait de quelque chose de plus grave, de plus sérieux, de plus dangereux. Il s’agissait des pyrites de Huelva du mercure d’Almaden, du fer d’Euzkadi, des fruits et des huiles de Valence et d’Andalousie. C’étaient les Baléares, le Maroc, c’était la domination de la Méditerranée qui étaient en jeu !

C’est tout cela que convoitaient l’Allemagne et l’Italie, et il se trouva des hommes − qui se disent Espagnols − assez misérables et assez lâches pour ne pas hésiter à livrer ces richesses en échange de l’aide étrangère dans leur tentative pour soumettre le peuple espagnol au plus sombre des esclavages, à l ’esclavage fasciste. Les traîtres n’appartenaient pas au peuple. Ils constituaient une caste fermée. Ils étaient les descendants de ces militaires, de ces aristocrates qui, durant la guerre d’indépendance de 1808, trahirent et livrèrent l’Espagne en se soumettant à Napoléon, tandis qu’à Baylen et à Gérone, à Saragosse et à Madrid, le peuple conquérait au prix de flots de sang la liberté et l’indépendance de son pays.

Le parti communiste fut le premier à sonner l’alarme.

Ce n’est pas seulement une guerre contre les fascistes espagnols − écrivait le Mundo Obrero, 0rgane central du parti communiste, quelques jours après l’insurrection − mais une nouvelle guerre d’indépendance. Et pour faire face aux unités militaires que le fascisme international envoie contre notre peuple, il faut que nous organisions notre propre armée.

Cette nécessité impérieuse de la lutte, notre gouvernement ne la comprit pas, comme ne la comprirent pas non plus les autres organisations et partis. La C.N.T. combattit de longs mois durant notre mot d’ordre de création de l’armée régulière. « L’Espagne est le pays des francs-tireurs, déclarait-on, et nous n’avons pas besoin d’armée. »

Aussi bien les ministres républicains qui se succédèrent au gouvernement que le socialiste Largo Caballero perdirent, par leur incompréhension, un temps précieux, qui nous eût été fort nécessaire.

Mais le parti communiste ne se contenta pas de lancer le mot d’ordre de la création d’une armée régulière. Il commença à l‘organiser, dans la mesure de ses possibilités, en créant le Ve Régiment.

Aux derniers jours de juillet 1936, immédiatement après la prise de la caserne de la Montagne, le parti communiste commença à organiser les milices populaires, formations d’un type entièrement original. Ce n’était pas encore l’armée régulière, mais c’en était l’embryon, le commencement d’une organisation militaire uniformisée, disciplinée, dotée d’un commandement régulier.

Tous les partis et toutes les organisations constituèrent leurs propres milices. La C.N.T., l’U.G.T., le parti socialiste, les partis républicains. Tous rivalisèrent d’ardeur pour donner des soldats, des hommes et des femmes pour les fronts.

En différents points de Madrid, des casernes furent organisées. Cet exemple fut suivi dans le reste de L’Espagne. On y vît accourir des hommes et des femmes de toutes les tendances, de tous les âges. Ils voulaient se battre…

Ils voulaient apprendre le maniement des armes, ils désiraient ardemment recevoir une instruction militaire, ils demandaient avec ferveur qu’ont les envoyât sur les fronts. Les militaires de métier se rendirent dans ces casernes pour y éduquer et préparer militairement les travailleurs. Les premiers bataillons de milices s’organisèrent. Certains d’entre eux furent bientôt populaires pour leur héroïsme, pour leur vaillance dans les combats, vaillance et héroïsme que le peuple exalta en de belles chansons. Ils se rendirent célèbres par leur mépris de la mort. Dans les fabriques comme au champs, dans les rues et sur les places, les ouvriers et les paysans, les enfants et les jeunes gens, entonnaient l’hymne des miliciens…

Les bataillons d’acier
En chantant vont à la mort…

En quelques jours, les milices populaires croissent rapidement. Le Ve Régiment forme les bataillons suivants :

« Loyal », « Jeunesses ouvrières et paysannes », « Octobre », Thaelmann », « Fer », « Lions rouges », « Balles rouges », « Boulangers », « La Plume », « Fédération des étudiants », « Asturies », « Condes », « Benito », « Leningrad », « Commune de Paris », « Commune de Madrid » « Marins de Cronstadt », « Jaen », « Lister », « P. U. A. » − toutes les glorieuses « compagnies de fer », numéros 1 à 33.

En plus de ces bataillons, le parti communiste constitue la « Colonne Mangada », la « Colonne Galan », où combat le « Campesino », qui est aujourd’hui l’un des chefs militaires les plus populaires, et la « Colonne Perea ». Certains des bataillons cités plus haut sont créés par les Jeunesses.

Aux côtés de ces forces constituées au sein du Ve Régiment et des Jeunesses, luttaient les colonnes de la C.N.T., de la F.A.I. et les milices du parti socialiste.

Les organisateurs des milices populaires ne se bornèrent pas à les former en unités de caractère militaire. Ils organisèrent en même temps un travail d’éducation politique, publiant des journaux dont certains, comme la Milicia Popular, atteignit bientôt un tirage quotidien de 75.000 exemplaires.

Chaque bataillon eut son journal. Dans les casernes et dans les tranchées, des journaux muraux furent créés. Les milices populaires les plus importantes et les plus remarquables étaient celles du Ve Régiment, et elles servirent d’exemple à celles créées par tous les partis et organisations. Ces milices organisèrent un Service militaire de santé et une Intendance qui servirent plus tard de modèles pour Les services de l‘armée. Elles organisèrent les premières bases d’une industrie de guerre, qui se mit à fabriquer des bombes, des munitions diverses, des autos blindées. On créa des ateliers fixes et volants pour la réparation des armes.

Des hôpitaux modèles, des maisons de repos, des sanatoria, des homes pour les orphelins de miliciens, des ateliers de couture, des écoles de préparation militaire technique, des centres de lutte contre l’analphabétisme, furent également créés. Des groupes d’admirables artilleurs furent formés. On organisa les premiers bataillons de cavalerie. On prépara les ouvriers et les paysans à entrer dans les écoles techniques supérieures.

C’est des milices du Ve Régiment que sortirent les premiers aviateurs. Ces hommes, qui jusque-là ne connaissaient que le maniement de leur antique charrue, tiennent aujourd’hui les commandes des avions républicains avec une adresse consommée et une maîtrise qui ne le cède en rien à celle des aviateurs sortis des écoles de préparation aéronautique des pays capitalistes.

Les premiers tankistes, les groupes d’« antitankistes », les « dinamiteros » (création originale de la guerre du peuple espagnol), le premier bataillon de femmes, les premières Centuries internationales, les groupes de francs-tireurs qui, dans le camp ennemi , ont mené et continuent à mener un admirable travail, luttant les armes à la main et sabotant les mines, les centrales électriques, les ponts, les chemins de fer, les fabriques, etc. − toutes ces formations furent préparées, organisées, éduquées dans les casernes du Ve Régiment.

Les milices réalisèrent un intense travail d’agitation et de propagande. Elles publièrent des centaines de milliers de manifestes, d’affiches. Elles organisèrent le travail de propagande dans le camp ennemi.

Elles assurèrent leur union avec les populations de l’arrière en organisant d’innombrables manifestations de propagande, des représentations théâtrales, cinématographiques, des émissions radiophoniques. Elles formèrent des brigades de choc pour aider les paysans lors des semailles et des moissons. Elles établirent d’étroites relations avec les ouvriers des fabriques. Elles devinrent l’âme même du peuple, ses animatrices, prêtes à tout pour le défendre.

Quatre bataillons des milices, « Leningrad », « Cronstadt », « Commune de Paris » et « Madrid », arrêtèrent l’avance de l’ennemi aux portes mêmes de la capitale de la République.

La création des commissaires politiques (délégués, comme ils s’appelaient dans les milices) fut la conséquence logique des caractères politiques particuliers des milices.

Le parti communiste, défenseur enthousiaste et dévoué du Front populaire, donna aux milices qu’il organisait un caractère d’unité bien marqué. Cependant, chaque jour qui passait faisait apparaitre plus clairement la nécessité de la création d’une armée régulière, d’autant plus que l’absence d’un commandement centralisé et les différentes tendances idéologiques qui dirigeaient et inspiraient tout le travail et la vie des milices, provoquaient parfois des heurts et des frictions bien propres à diminuer l’efficacité combative de nos forces.

Nos hommes luttaient sans plan organisé, contre des années puissantes, des chefs militaires sachant organiser et diriger la guerre. C’est ainsi que nous subîmes les défaites du Nord, les déroutes de Malaga et de Tolède. Chez nos soldats, tout était enthousiasme, courage, esprit de sacrifice, abnégation, mais aussi absence de moyens techniques. Chez l’ennemi, il y avait la science militaire, une discipline de fer, une organisation, un abondant matériel de guerre.

Instruites par les dures leçons des luttes de chaque jour, grâce aussi au dévouement des militaires professionnels et à l’aide de tous les partis et organisations, particulièrement du parti communiste, nos milices se transformèrent, au feu même des combats, en organisations militaires de plus en jour plus disciplinées, plus conscientes.

En même temps que les milices populaires, les unités militaires qui avaient subsisté après l’insurrection, se développaient puissamment, grâce aux renforts et à l’incorporation de nombreux volontaires, venus des villes et des champs combattre pour la défense des libertés populaires, L’existence parallèle des milices et de des restes de l’armée constituait un obstacle à la réalisation systématique de grandes opérations.

Le 21 octobre 1936, répondant à l’ardent désir de la majorité des milices, qui voulaient être considérées comme des unités régulières de l’armée, Largo Caballero publiait un décret incorporant à l’armée régulière toutes les milices qui existaient alors. Leurs chefs furent, mis sur un pied d’égalité avec les officiers de métier de l’armée.

L’incorporation des milices aux formations régulières eut pour effet de créer une armée d’une nature foncièrement différente de celle de l’armée espagnole d’avant l’insurrection fasciste. Les milices apportèrent à l’armée toute la sève, la vigueur et l’enthousiasme du peuple.

Le corps des commissaires politiques qui avait été l’âme et l’esprit des milices populaires, fut également incorporé à l’armée régulière, où, comme au sein des milices, les commissaires, par leur travail dévoué, héroïque, inlassable, font de chaque soldait, de chaque chef, un ferme combattant de la liberté et de la démocratie.

Tous les chefs et les officiers de l’Armée populaire régulière de l’Espagne savent qu’ils luttent non seulement pour l’indépendance de leur pays, pour libérer notre patrie de l’Invasion fasciste, mais aussi pour jeter les bases d’une Espagne nouvelle.

Tous savent qu’ils luttent pour qu’en Espagne il n’y ait plus de paysans sans terre, pour qu’on ne voie pas ressusciter les caciques, pour que les ouvriers jouissent d’une vie de dignité et de culture, pour que les femmes ne soient pas les éternelles esclaves, pour que soient abolis les castes et les privilèges d’une minorité.

L’armée est en marche. Et l’armée de l’Espagne républicaine n’est plus la vieille armée où les hommes étaient, tout juste bons à servir de chair à canon, une armée avec laquelle personne ne comptait en cas de guerre. Aucune armée du monde capitaliste n’offre le merveilleux spectacle que donne la nôtre. Sur la ligne même du feu, les milices de la culture se dépensent, sans compter pour lutter contre l’analphabétisme, et les hommes qui ont appris à lire et à écrire au front se comptent par milliers.

Nos soldats ne sont plus les miliciens des premières semaines, déguenillés, mal armés, indisciplinés, pleins d’héroïsme et dénués de préparation militaire. Ce sont des soldats redoutables qui unissent à leur vaillance et à leur héroïsme une préparation militaire poussée, une connaissance technique de la guerre qui leur a permis d’anéantir les divisions allemandes à Jarama, d’écraser les unités italiennes à Guadalajara, de conquérir Brunete, Villanueva del Pardillo, Villanueva de la Canada et tant d’autres localités.

Ce sont les soldats de l’armée régulière qui ont conquis Belchite, Quinto et Codo ; ce sont eux, les braves qui remportèrent la victoire de Teruel et qui résistent aujourd’hui avec sérénité à la furieuse offensive des forces fascistes.

Nous avons une armée, et nous pouvons dire avec un légitime orgueil que c’est une armée sortie du peuple et au service du peuple. Une armée qui est l’expression même du Front populaire. Une armée résolue à poursuivre les glorieux exploits de ses premières grandes victoires, une armée qui a une âme, une armée qui vit, une armée qui se bat aujourd’hui avec un héroïsme exemplaire pour l’Espagne, pour la démocratie, pour la paix du monde.

Nous avons créé cette armée en luttant non seulement contre les fascistes espagnols et leurs alliés allemands et italiens, mais aussi, chose plus douloureuse, contre l’indifférence et la trahison des pays qui se disent démocratiques.

Nous avons plus d’un demi-million d’hommes sous les armes. Nous avons la possibilité d’atteindre le million, Nous disposons de réserves inépuisables. En même temps que nous nous défendons, que nous défendons notre sol, nous avons créé une industrie de guerre aujourd’hui en plein développement.

Nous n’avions pas de tanks ; aujourd’hui nous avons des régiments de tanks et de chars d’assaut. Nous n’avions pas d’aviation ; nous en avons une aujourd’hui, et des pilotes capables de rivaliser avec les meilleurs du monde. Nous n’avions pas de moyens de transport ; nous avons aujourd’hui des milliers de camions qui circulent sur tous les fronts et toutes les routes d’Espagne. Nous n’avions pas d’artillerie ; nos artilleurs et nos batteries jouent aujourd’hui un rôle décisif dans les combats.

Nous avons réorganisé notre cavalerie, et nous avons aujourd’hui d’importantes unités de cette arme. Nous n’avions pas assez d’officiers, et en une année et demie de guerre de nouveaux cadres ont été formés, qui n’ont rien à envier aux hommes sortis des anciennes académies militaires.

La tradition n’a pas été rompue. L’Espagne continue à être une source inépuisable de héros. Nous ressentons une profonde fierté à l’idée que nous avons des hommes tels que le général Miaja, défenseur de la capitale de la République ; tels que le général Rojo, artisan de la victoire de Teruel ; tels qu’Hernandez Sarabia, Pozas, Cordon, Estrada, Burillo, Marquez, les frères Galan, Vivancos, chefs et officiers loyaux de notre armée : tels que Lister, Modesto, El Campesino, Carton, Toral, Durutti, Mera, et tant d’autres, dont les noms formeraient une liste interminable. Nous sommes fiers de l’héroïsme obscur et silencieux de nos commissaires qui sont « les premiers à avancer, les derniers à reculer ».

Nous avons aujourd’hui plus confiance que jamais dans le triomphe de notre cause. Notre confiance s’appuie nom seulement sur le sentiment de la justice de la cause que noms défendons, mais aussi sur la force de notre armée, sur notre potentiel militaire. Nous combattons à l’avant-garde de la lutte de la démocratie mondiale contre le fascisme.

Les sacrifices ne nous importent pas. Nous souhaitons seulement que les pays qui se sont contentés jusqu’ici de nous témoigner une admiration platonique, comprennent la responsabilité historique qui pèse sur eux et se décident une fois pour toutes à mettre un terme à leur politique de concessions et de tergiversations face aux fanfaronnades du fascisme. Le fascisme n’est fort que pour autant que ses adversaires se montrent faibles.

L’Espagne donné l’exemple. Notre peuple montre aux démocraties le chemin qui conduit à la victoire.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

Dolores Ibarruri (La Pasionaria) – ¡No pasarán!

[Dolores Ibarruri (La Pasionaria), ¡No pasarán!, 19 juillet 1936, Appel effectué du balcon du ministère de l’intérieur à Madrid]

Ouvriers ! Paysans !

Antifascistes ! Espagnols patriotes !

Face au soulèvement militaire fasciste, tous debout ! Défendons la République ! Défendons les libertés populaires et les conquêtes démocratiques du peuple !

Par les communiqués du gouvernement et du Front populaire, le peuple connaît la gravité du moment actuel.

Au Maroc et aux Canaries, les travailleurs sont en lutte aux côtés des forces restées fidèles à la République, contre les militaires et les fascistes insurgés.

Au cri de :  » Le fascisme ne passera pas, les bourreaux d’octobre ne passeront pas ! »…

Les ouvriers et les paysans de diverses provinces d’Espagne s’incorporent à la lutte contre les ennemis de la République. Les communistes, les socialistes et les anarchistes, les républicains démocrates, les soldats et les forces demeurées loyales à la République ont infligé les premières défaites aux factieux qui traînent dans la boue de la trahison l’honneur militaire dont ils se glorifiaient tant.

Tout le pays vibre d’indignation devant ces misérables qui veulent plonger l’Espagne démocratique et populaire dans un enfer de terreur et de mort. Mais ils ne passeront pas ! 

L’Espagne entière s’apprête au combat. A Madrid, le peuple est dans la rue, soutenant le gouvernement et le stimulant avec son énergie et son esprit de lutte, pour que les militaires et les fascistes insurgés soient totalement écrasés. Jeunes, préparez-vous au combat !

Femmes, héroïques femmes du peuple ! Souvenez-vous de l’héroïsme des femmes des Asturies en 1934. Luttez vous aussi aux côtés des hommes pour défendre la vie et la liberté de vos enfants que le fascisme menace !

Soldats, fils du peuple ! Restez fidèles au gouvernement et à la République, luttez aux côtés des travailleurs, aux côtés des forces du Front populaire, aux côtés de vos parents, de vos frères et de vos camarades ! Luttez pour l’Espagne du 16 février, luttez pour la République, aidez-les à vaincre !

Travailleurs de toutes tendances ! Le gouvernement met entre vos mains des armes pour sauver l’Espagne et le peuple de l’horreur et de la honte que représenterait la victoire des bourreaux d’octobre couverts de sang. Que nul n’hésite ! Soyez tous prêts pour l’action ! Chaque ouvrier, chaque antifasciste doit se considérer comme un soldat en armes.

Peuples de Catalogne, du Pays basque et de Galice ! Espagnols de partout ! Défendons la République démocratique, consolidons la victoire obtenue par le peuple le 16 février.

Le Parti communiste vous appelle au combat. Il appelle tout spécialement les ouvriers, les paysans, les intellectuels à occuper un poste de combat pour écraser définitivement les ennemis de la République et des libertés populaires.

Vive le Front populaire ! Vive l’union de tous les antifascistes ! Vive la République du peuple ! Les fascistes ne passeront pas ! Ils ne passeront pas ! [¡No pasarán!]

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

La guerre d’Espagne: trahison et déroute de la République

L’union UGT-CNT et le renforcement de l’unification des forces dans le régime républicain ne pouvaient pas aller sans contradictions, dont la première victime fut Francisco Largo Caballero. Son positionnement visant à placer le PSOE comme seul guide au-delà de la mêlée ne pouvait plus fonctionner après la crise de 1937, qui le voit être remplacé par Juan Negrín, également du PSOE.

Ce dernier était moins à gauche politiquement, mais il était un fervent partisan de l’unité républicaine, de l’unification des forces, de leur rationalisation.

Juan Negrín

Son nouveau gouvernement, en mai 1937, fut composé de trois membres du PSOE, deux de la Gauche Républicaine, un de la Gauche Républicaine de Catalogne, un du parti de l’Union Républicaine, deux du PCE, un du PSUC, un du Parti Nationaliste Basque, la CNT préférant rester à l’écart le temps en quelque sorte de « digérer » la situation, avant donc de revenir en avril 1938.

Ce gouvernement d’avril 1938 se composait comme suit : quatre ministres PSOE (Premier ministre ainsi que Défense nationale, État, Intérieur, Justice), un du PCE (Agriculture), un de la CNT (Santé publique et Éducation), trois de la Gauche Républicaine (Finances et Économie, Travaux publics et un sans portefeuille), un de la Gauche Républicaine de Catalogne (Travail et Assistance sociale), un du parti de l’Union Républicaine (Communications et Transports), un du Parti Nationaliste Basque (sans portefeuille).

Cette disposition reflétait l’esprit d’union, dans un esprit républicain, avec en arrière-plan la CNT et l’UGT formant le noyau dur du régime, ce qui devait s’accompagner pour ces syndicats, bien sûr, d’une avancée sociale formidable lorsque la victoire serait atteinte. Le PCE était le fer de lance de cette opération de modernisation de la République, afin d’en faire un bastion imprenable.

Le poing levé rapproché de la tête, symbole du Front populaire

Juan Negrín apparaissait ainsi comme celui qui tenta de sauver la mise coûte que coûte, en profitant de l’unification des forces politiques pour renforcer l’économie de guerre et se maintenir en considérant que la Seconde Guerre mondiale, qui ne pouvait être qu’imminente, modifierait les rapports de force ; la République sachant se maintenir, vaille que vaille, si l’Espagne n’avait plus le soutien germano-italien.

C’est la raison pour laquelle fut décidé le départ des Brigades Internationales, comme opération diplomatique internationale appelant au désengagement, et que son programme en Treize points, du 30 avril 1938, visait à l’unité la plus large et se voulait un programme d’accord faisant vaciller le camp de l’armée franquiste :

  1. Assurer l’indépendance absolue et la totale intégrité de l’Espagne
  2. Départ des troupes étrangères
  3. République démocratique avec un gouvernement jouissant de toute l’autorité
  4. Référendum pour déterminer la structure juridique et sociale de la République espagnole
  5. Libertés régionales sans nuire à l’unité espagnole.
  6. Liberté de conscience et de culte garantie par l’état
  7. Garantie de la propriété légitime et protection des moyens de production
  8. Démocratie paysanne et abrogation de la propriété semi-féodale
  9. Législation sociale qui garantit les droits du travailleur
  10. Amélioration culturelle, physique et morale de la race
  11. Armée au service de la nation, sans l’influence des partis
  12. La guerre n’est plus considérée comme instrument de la politique nationale
  13. Amnistie large pour les Espagnols qui veulent reconstruire et fortifier l’Espagne

L’armée de Franco, bien supérieure militairement, comptait toutefois aller jusqu’au bout ; Juan Negrín le savait et résumait par conséquent sa pensée ainsi :

« Continuer de se battre, parce qu’il n’y avait pas d’autres choix, même si vaincre n’était pas possible, sauver donc ce qui pouvait l’être – et au bout du compte notre respect de soi-même… Pourquoi continuer de résister ? Simplement parce que nous savions ce que la capitulation signifierait. »

En décembre 1938, le gouvernement fut obligé de quitter Barcelone pour Gérone, puis pour Figueras, les troupes franquistes envahissant en deux mois la Catalogne, provoquant une fuite de 400 000 personnes vers la France.

Dans la foulée, la Grande-Bretagne et la France, qui avaient pratiqué un blocus maritime de « non-intervention », reconnurent le régime. Le maréchal Pétain devint le nouvel ambassadeur de France en Espagne et les accords Bérard-Jordana franco-espagnols furent mis en place, établissant une sorte de bon voisinage diplomatique.

L’esprit de capitulation prédomina alors dans le reste du territoire républicain. Julián Besteiro, un socialiste tentant d’amener les Britanniques à promouvoir une sorte de compromis, et le militaire Segismundo Casado, organisèrent une junte militaire afin de renverser le régime.

Un Consejo de Defensa Nacional (Conseil de Défense National) fut érigé en mars 1939, appelant à la capitulation, ce que réfutaient Juan Negrín, tant qu’il n’y avait pas de garanties certaines, et bien sûr les communistes, qui furent alors les grandes cibles militaires du coup d’État, notamment à Madrid, où fut même exécuté Luis Barceló, dirigeant du premier corps d’armée du Centre.

Le coup de force réussit, au prix de 2000 morts, avec l’appui de la CNT (et notamment du militaire Cipriano Mera qui dirigea l’écrasement des communistes à Madrid), et de l’aile droite de l’UGT, nommant chef du gouvernement le général José Miaja. Mais Franco refusa quoique ce soit d’autre que la capitulation totale.

La zone républicaine en février 1939

Le 1er avril 1939, Franco put ensuite annoncer la victoire finale, alors que furent exécutés 50 000 personnes dans la foulée, 500 000 autres étant emprisonnées.

Quant au coup d’État, il eut tout de même le mérite du point de vue franquiste de dédramatiser la fin de la République, de la transformer en capitulation politique.

Il est significatif sur ce plan que le cénétiste Cipriano Mera fut par la suite gracié et expulsé par le régime fasciste de Franco en 1946, qu’un bateau anglais amena José Miaja au Mexique avec sa famille, tandis que Segismundo Casado exilé en Amérique latine put revenir sans soucis en Espagne dès 1961, tentant même sans succès de réintégrer l’armée.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

La guerre d’Espagne et l’unité CNT – UGT

Ce qui caractérise l’Espagne républicaine, c’est la prédominance de l’esprit révolutionnaire, les masses s’engouffrant dans les organisations de gauche, mais aussi dans les deux syndicats : l’Union General de Trabajadores (UGT) fondé en 1888 et lié au PSOE, la Confederacion National del Trabajo (CNT), fondée en 1910 et ayant comme objectif le communisme libertaire.

Affiche de la CNT :
Dans les champs et les usines, aux syndicats !

La lutte contre le fascisme avait galvanisé les masses, renforçant leur détermination, mais aussi leur conscience de la situation. Deux dynamiques s’entrecroisaient alors, se soutenant et se confrontant.

La CNT était extrêmement puissante en Catalogne, son bastion ; elle représentait, de par sa tradition, une force capable d’organiser. C’était d’une valeur inestimable alors que la société devait se réorganiser.

La décentralisation, source de faiblesse pour la CNT en raison de l’absence de ligne politique claire, s’avérait excellente pour prendre des initiatives à la base, par les milices tout d’abord, la gestion d’entreprises ensuite.

Affiche de la CNT-FAI :
Dans les champs et les usines, aux syndicats !

L’UGT était très faible en Catalogne, mais disposait d’une qualité que la CNT n’avait pas : la liaison avec le PSOE qui permettait une grande capacité politique et donc des choix pouvant être décisifs. Cela est d’autant plus vrai que le PCE participait à cet élan transformant tant l’UGT que le PSOE en organisations révolutionnaires.

En octobre 1937, le comité national de l’UGT avait nommé ses dirigeants, pratiquement tous du PSOE, avec une toute petite minorité du PCE, mais malgré tout avec une tendance essentielle à l’unité.

Camarade : pour l’alliance UGT CNT

C’est cela qui changeait tout, alors que la ligne ultra, avec le POUM et une partie de la CNT, avait été mise de côté. L’unification était inévitable, restait à savoir de quelle manière.

De fait, dès juillet 1937, le principe de systématiser à tous les niveaux du pays les comités UGT-CNT avait été mis en avant par les deux syndicats. Il semblait inconcevable qu’il y ait deux syndicats majeurs, avec tous deux plus d’un million de membres, prétendant avoir les mêmes objectifs révolutionnaires.

Reste que cela posait problème quant à l’unité à réaliser, à l’unification : s’agissait-il d’un saut qualitatif, ou simplement d’un moyen pour la CNT de phagocyter le gouvernement, qui était sous hégémonie du PSOE ?

UGT CNT
Unité ouvrière pour écraser le fascisme

La CNT voulait-elle réaliser un gouvernement syndical, ce que refusaient l’UGT, le PSOE et le PCE ? Inversement, ces dernières accepteraient-elles les exigences de la CNT concernant les initiatives à la base ?

L’unité d’action, décidée en 1938, montre qu’il s’agissait bien, chez tous, d’aller dans le sens de l’unification. L’UGT et la CNT reconnurent le gouvernement, tout en se présentant en quelque sorte comme la colonne vertébrale du régime. Toute une série de meetings fut menée sur le territoire républicain, afin de présenter l’alliance des travailleurs révolutionnaires comme une force essentielle de soutien au gouvernement.

Tant la CNT que la FAI adhérèrent de ce fait au Front populaire, la CNT ayant de nouveau un ministre au gouvernement.

Vers l’unité d’action de la classe ouvrière pour la victoire dans la guerre et dans la révolution des travailleurs d’Espagne, unissons-nous !

C’était une victoire historique pour le mouvement ouvrier, car cela témoignait de la capacité à s’unir face à l’adversité, de se lancer dans la bataille pour la production.

La CNT n’avait plus rien à voir avec une organisation excellente dans son organisation à la base, mais totalement velléitaire dans ses projets, voire franchement aventuriste. A partir du moment où elle avait accepté d’avoir des ministres, elle rompait avec sa culture, s’étant toujours vantée jusque-là de ne jamais avoir eu de permanents.

UGT CNT, une puissance qui en résulte

La CNT avait surtout compris que la situation catalane était particulière, que le reste de l’Espagne connaissait une situation totalement différente, sans parler évidemment des zones dominées par l’armée putschiste, où la terreur assassinait tous les cadres révolutionnaires.

Elle contribuait à la dynamique générale avec sa propre expérience, très riche, d’organisation ouvrière. Cela avait un prix toutefois. L’absence d’expérience politique faisait que la situation exigeait une centralisation que la CNT ne savait pas gérer.

Un comité national fut mis en place, ses décisions données aux comités régionaux tenues clandestines pour des raisons de sécurité, un comité exécutif se chargeant finalement des choix politiques, laissant à la base de simples aspects économiques.

Cela provoqua une cassure historique avec les courants ultras de l’anarchisme, ainsi qu’avec les forces anarcho-syndicalistes dans le monde.

Affiche de la CNT pour l’unité syndicale, avec un foulard rouge et un foulard rouge et noir.

Le PSOE avait de son côté également changé ; la ligne de Largo Caballero était remise en cause : il apparaissait clairement que le PSOE n’était pas en mesure d’agir seul. La conception d’un PSOE menant seul la révolution s’effondrait exactement comme s’était écroulée la social-démocratie autrichienne. Un « parti socialiste » pratiquement communiste sans l’assumer sombrait dans des contradictions fondamentales.

Quant au PCE, tout cela était finalement la clef de voûte de son travail politique : l’unification de toutes les organisations ouvrières, une unité complète des masses, voilà ce qui composait la ligne de l’Internationale Communiste comme base sur lequel devait s’élever un Front populaire (puis une Démocratie populaire).

C’était le sens de la fondation des Juventudes Socialistas Unificadas (JSU), en 1936, avec comme socle l’unification de la Unión de Juventudes Comunistas de España et des Juventudes Socialistas de España.

Il s’agissait d’une dynamique en deux temps : l’unité-unification devait former le noyau d’un régime ayant une démarche républicaine pour ne pas perdre la petite-bourgeoisie ni la bourgeoisie libérale.

Affiche de la Fédération ibérique des Jeunesses Libertaires en faveur de l’unité UGT CNT

Le problème était ici que la position unificatrice du PCE rentrait en conflit avec la ligne de la CNT, qui était de pousser l’UGT à ce que toute la société passe sous la coupe des syndicats. Cela ne posait pas en soi de problèmes au PCE, à part qu’il s’agissait de ne pas s’aliéner les classes non révolutionnaires pourtant alliées au régime pour des raisons historiques, ni non plus de basculer dans ce que le PCE considérait être un « égoïsme syndical ».

Nouvelle Espagne antifasciste

Le grand souci était celui de l’efficacité : dans le cas d’entreprises réduites au niveau familial, la productivité était faible. Dans tous les cas, les collectivisations tendaient à renforcer la décentralisation, ou un basculement vers le syndicat, au lieu de vers le gouvernement central en plein affrontement militaire avec l’armée putschiste disposant désormais d’un vaste territoire.

Le PCE était, pour cette raison, doté d’un grand prestige chez les officiers, chez les diplômés, apparaissant comme ferme militairement, mais temporisant socialement, ce qui rassurait la petite-bourgeoisie et faisait de l’aile droite du PSOE une alliée.

Tout dépendrait donc de la capacité de la CNT à ne pas vouloir aller trop vite, à l’opposé de ce qui avait été le plus souvent fait jusque-là. Le problème fut alors le manque de temps : l’armée putschiste n’avait pas attendu ce gigantesque éclaircissement au sein du camp républicain.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

La guerre d’Espagne et la crise de 1937

Au début de l’année 1937, l’Espagne républicaine est sur la défensive ; elle a su défendre Madrid, elle profitait de l’aide de l’U.R.S.S. et des Brigades Internationales, mais l’initiative restait dans le camp du putsch de Francisco Franco.

Affiche du PSU : Les nuits sont fraîches, travaille pour le front

Le 8 février, l’armée putschiste prenait ainsi l’importante ville de Málaga, pratiquant meurtres et viols en masse, au point d’horrifier l’armée italienne.

Lors de cette bataille, les milices, la plupart anarchistes, n’étaient pas réorganisées dans l’Armée Populaire Républicaine, et n’appliquaient pas des méthodes modernes : on ne trouvait ni tranchées, ni barrages. C’était un exemple, parmi tant d’autres, de l’esprit anarchiste refusant le centralisme et les grades, au profit de l’esprit milicien.

Les forces de l’armée populaire républicaine

L’urgence de la situation accéléra le processus de maturation des contradictions. En avril, la ville de l’indépendance basque, Guernica, fut bombardée par la légion Condor ; elle est prise dans la foulée, tout comme rapidement après Bilbao. C’est ensuite l’Aragon qui tombe, puis la ville de Santander.

L’offensive républicaine pour soulager Madrid dans la bataille de Brunete échoua également ; les Brigades Internationales y virent un tiers de leurs membres tués, un autre tiers blessé ; au total, cette bataille causa la mort de 20 000 personnes du côté républicain (contre 17 000 chez les « nationaux »), avec la perte également de la moitié de l’aviation, pour un gain de 5 km. Le Nord-Ouest de l’Espagne, qui résistait encore, tomba finalement aussi.

Nécrologie dans l’organe du 5e régiment de Buenaventura Durruti, grande figure communiste libertaire, salué ici comme un un héros du peuple

Par contre, la bataille du Jarama, au prix du sang, se termina par un statu quo, empêchant Madrid d’être coupé du Nord-Est encore libre, ce à quoi contribua également la victoire dans la bataille de Guadalajara. L’armée putschiste se rapprocha cependant tellement de Valence, la nouvelle capitale, que le gouvernement républicain dut être évacué en novembre à Barcelone.

Entre-temps, dans cette même ville, l’ultra-gauche avait profité de l’atmosphère de tension pour réaliser un coup de force. Elle profita pour cela du fait que, afin de pacifier cette dernière ville et d’éviter les tensions internes multiples entre la CNT et la République pour le contrôle des patrouilles, la manifestation du premier mai fut annulée.

Affiche du PSU : La cinquième colonne est un péril

En l’absence d’esprit unitaire, la moindre étincelle pouvait provoquer des troubles, qui partirent effectivement, le lendemain, de la prise de contrôle du central téléphonique par les gardes d’assauts républicains en raison du refus fréquent des téléphonistes CNT de faire suivre les messages gouvernementaux, n’hésitant pas à interrompre même le président de la République, le ministre de la marine et de l’Armée de l’air, le président de la Généralité de la Catalogne.

La CNT répondit à la visite des gardes d’assaut par des coups de feu et dans la foulée, sur la principale place, des barricades sont érigées à l’initiative de l’ultra-gauche, composée principalement des « Amis de Durruti », du Parti Ouvrier d’Unification Marxiste, des « léninistes-bolcheviques » et des jeunesses anarchistes.

Des affiches furent collées dans la ville, appelant à l’exécution des dirigeants socialistes et républicains, au nom de la révolution.

Dans les semaines qui précédèrent l’insurrection, les « Amis de Durruti » avaient collé des affiches avec cet appel :

« Agrupación de Los Amigos de Durruti. A la classe travailleuse :

1 – Constitution immédiate d’une Junte révolutionnaire formée par les ouvriers de la ville, de la campagne et par les combattants.

2 – Salaire familial. Carte de rationnement. Direction de l’économie et contrôle de la distribution par les syndicats.

3 – Liquidation de la contre-révolution.

4 – Création d’une armée révolutionnaire.

5 – Contrôle absolu de l’ordre public par la classe travailleuse.

6 – Opposition ferme à tout armistice.

7 – Justice prolétarienne.

8 – Abolition des échanges de personnalité. [N.D.T. : Echange entre Franco et la République de prisonniers antifascistes contre des prisonniers fascistes.]

Travailleurs, attention ! Notre regroupement s’oppose à l’avancée de la contre-révolution. Les décrets sur l’ordre public, soutenus par Aiguadé, ne seront pas appliqués. Nous exigeons la liberté de Maroto et des autres camarades détenus.

Tout le pouvoir à la classe travailleuse. Tout le pouvoir économique aux syndicats.

Contre la Généralité, la Junte révolutionnaire. »

Voici le contenu d’un tract des « Amis de Durruti » du début de mai 1936 :

« CNT – FAI Agrupación de Los Amigos de Durruti.

TRAVAILLEURS !

Une junte révolutionnaire. Exécution des coupables. Désarmement de tous les corps armés. Socialisation de l’économie. Dissolution des partis politiques qui ont agressé la classe des travailleurs.

Ne cédons pas la rue. La révolution avant tout. Nous saluons nos camarades du POUM qui ont fraternisé dans la rue avec nous.

VIVE LA REVOLUTION SOCIALE ! A BAS LA CONTRE-REVOLUTION ! »

Voici le texte d’un tract diffusé au même moment, dans le même esprit, par les bolcheviques-léninistes, c’est-à-dire les trotskystes :

« VIVE L’OFFENSIVE REVOLUTIONNAIRE ! Aucun compromis ! Désarmement de la Garde nationale républicaine et des gardes d’assaut réactionnaires.

C’est le moment décisif. Plus tard il sera trop tard.

Grève générale dans toutes les usines, sauf celles qui sont liées à la poursuite de la guerre, jusqu’à la démission du gouvernement réactionnaire.

Seul le pouvoir ouvrier peut assurer la victoire. Armement total de la classe ouvrière ! Vive l’unité d’action C.N.T.-F.A.I.-P.O.U.M. ! Vive le front révolutionnaire du prolétariat ! Comités de défense révolutionnaires dans les ateliers, les usines et les districts ! »

Cette ultra-gauche proposa à la CNT de renverser le régime, mais celle-ci refusa et appela à cesser tout combat, alors que le PCE fut aux premières loges pour s’affronter militairement au coup de force.

Finalement, la République parvint à pacifier les rues, au moyen de 6000 gardes d’assaut, dont une partie importante était anarchiste, saluant le drapeau noir et rouge de la CNT en passant devant son siège, alors que l’aviation annonce aux 28e division, ancienne colonne Ascaso, et 29e division du POUM qu’elles seront bombardées si elles continuent leur marche sur Madrid. La tentative de coup d’État aura fait 500 morts.

Les « Amis de Durruti » furent en conséquence exclus de la CNT. C’était un symbole déchirant pour la CNT : Buenaventura Durruti avait été la grande figure insurrectionnelle de la CNT, la grande figure de l’idéologie des milices, lui-même avait été tué à Madrid en 1936, reparti au combat alors que sa colonne avait été pratiquement anéantie quelques jours auparavant, 400 personnes survivant sur 3000.

Le groupe des « Amis de Durruti », rassemblant plusieurs milliers de personnes, possédait une véritable légitimité anarchiste, sa ligne étant celle de la CNT historiquement.

Voici ce que les « Amis de Durruti » reprochaient à la CNT, dans leur organe El Amigo del Pueblo (l’ami du peuple), en février 1938 :

« Lorsqu’une organisation a passé toute sa vie à défendre la révolution sociale, elle a l’obligation de la faire lorsque précisément l’occasion s’en présente. En juillet, la conjoncture y était favorable. La CNT devait se jucher jusqu’au sommet de la direction du pays, en donnant des coups de pieds qui en auraient fini avec tout ce qui était archaïque, avec tout ce qui était vétuste, et ainsi nous aurions gagné la guerre et nous aurions gagné la révolution.

Mais c’est tout le contraire qui se produisit. C’est la collaboration avec la bourgeoisie dans les sphères étatiques qui fut choisie, au moment précis où l’Etat éclatait en mille morceaux. »

C’était là un idéalisme le plus complet. Inversement, en choisissant de ne pas renverser la République, la CNT montrait qu’elle avait rompu avec sa perspective insurrectionnelle et compris la nature du nouveau régime, allant dans le sens de l’unification des forces révolutionnaires.

Quant au Parti Ouvrier d’Unification Marxiste (Partido Obrero de Unificación Marxista), sa tentative d’appuyer les « Amis de Durruti » tant militairement que politiquement, ou encore pratiquement avec leur imprimerie, lui coûta très cher.

Affiche de la JSU dénonçant le POUM pour sa ligne anti-Front populaire

Dirigé par un ancien secrétaire national de la CNT, Andreu Nin qui fut retrouvé exécuté, le POUM a été la cible d’une offensive tout azimut de la part du PCE.

Aux yeux du PCE, la tentative d’insurrection à Barcelone montrait que le POUM était une cinquième colonne, terme utilisé par les franquistes pour désigner leurs partisans clandestins au sein du territoire républicain.

Affiche anti-POUM appelant à démasquer le masque du provocateur fasciste

Le PCE fit pression et obtient que le POUM, dont le positionnement était en fin de compte anti-antifasciste, dans l’esprit trotskyste, soit interdit pour ses activités anti-républicaines ; fort de quelques milliers de membres, il n’existait en tant que tel qu’en Catalogne.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

La guerre d’Espagne, Madrid invincible et le Parti Communiste d’Espagne

Deux forces principales existaient à gauche au moment du coup d’État militaire de Francisco Franco : le gouvernement, d’esprit libéral-démocratique et socialisant, ainsi que la CNT. Le premier entendait maintenir le régime, suivant une ligne de front antifasciste, sans armer les masses pour autant ; la seconde entendait armer les masses, mais sans se préoccuper du régime ni du front antifasciste.

Les deux furent obligés de composer, en raison de la situation : sans un régime centralisé, on ne pouvait faire face à l’armée de Franco et sans les masses, la lutte était impossible.

L’armée populaire est l’armée de la république

On comprend l’impact énorme que pouvait avoir le Parti Communiste d’Espagne (PCE), qui se positionnait à la fois pour le front antifasciste, ainsi que pour l’armement des masses.

Ouvriers, paysans, soldats, intellectuels,
renforcez les rangs du Parti Communiste

Cette combinaison s’avérait d’autant plus juste avec la situation de Madrid. La CNT y était peu présente et lorsque le gouvernement décida de quitter précipitamment la ville menacée pour s’installer à Valence, c’est le PCE qui assuma le combat.

D’abord gagner la guerre,
moins de discours vains !

Voici comment le journaliste soviétique Mikhail Koltzov raconte ce qu’il a vu le 6 novembre 1936 :

« Je me mis en route pour le ministère de la guerre, au commissariat pour la guerre. Il n’y avait pratiquement personne. J’allais aux bureaux du premier ministre. Le bâtiment était fermé. J’allais au ministère des affaires étrangères. C’était déserté.

Au bureau de censure de la presse étrangère un officiel me dit que le gouvernement, deux heures auparavant, avait reconnu que la situation à Madrid était désespérée et était déjà parti. Largo Caballero avait interdit la publication de la moindre information au sujet de l’évacuation « afin d’éviter la panique ».

J’allais au ministère de l’intérieur. Le bâtiment était pratiquement vide. J’allais au comité central du Parti Communiste. Une réunion plénière du Bureau Politique s’y tenait. Ils me dirent que ce même jour Largo Caballero avait subitement décidé d’évacuer.

Sa décision a été approuvée par la majorité du cabinet. Les ministres communistes voulaient rester, mais il leur avait été rendu clair qu’un tel pas discréditerait le gouvernement et qu’ils étaient obligés de partir comme tous les autres.

Même les plus connus dirigeants des différentes organisations, pas plus que les départements et agences d’État, avaient été informé du départ du gouvernement. Ce n’est qu’au dernier moment que le ministre dit au chef de l’équipe centrale générale que le gouvernement partait. »

Mikhail Koltzov raconte alors qu’il continue de visiter tous les bâtiments, sans trouver personne. Les portes étaient toutes ouvertes, tout était abandonné sur place. Le PCE s’est alors retrouvé en première ligne, formant le noyau dur des forces armées défendant Madrid, transformant cette ville en bastion inexpugnable de la révolution. Madrid était la forteresse, la ville invincible de l’antifascisme.

Appel du 5e régiment : Pour défendre Madrid
enrôle toi dans les 4 bataillons de choc

Le PCE était arrivé très difficilement à ce niveau d’organisation. Il est pourtant né très tôt, dès 1921, de la fusion du Parti Communiste Espagnol fondé en 1919 par des jeunes socialistes et du Parti Communiste Ouvrier Espagnol fondé en 1920 par des socialistes, notamment dans les régions de Bizkaye et des Asturies.

Son dirigeant, Antonio García Quejido (1856-1927), est une figure du PSOE, dont il avait été le rédacteur de son organe de presse, El Socialista, et pas moins que l’un des fondateurs de l’UGT, dont il fut le premier dirigeant.

Affiche antifasciste du syndicat national ferroviaire UGT durant la guerre civile

Comme la plupart des Partis Communistes au moment de leur création cependant, il existait de profondes divergences au sein de la direction, avec notamment des influences gauchistes. En 1925, il existait pas moins de trois lignes différentes, plus une s’étant établie à l’extérieur du PCE et en exil, à Paris, sous le nom de Groupe Communiste Espagnol.

De fait, lorsque la monarchie s’effondre en 1931, le PCE avait moins de 1500 membres et l’Unión de Juventudes Comunistas 400.

La nouvelle situation, marqué par un calme institutionnel et la légalisation, permit très rapidement une légère amélioration, avec 11000 membres et 6000 pour l’Unión de Juventudes Comunistas, obtenant 50 000 voix aux élections parlementaire.

Panneau durant la guerre civile avec un portrait de Staline soulignant l’appui soviétique

Le Parti Socialiste Unifié de Catalogne, quant à lui, issu de la fusion du PSOE et du PCE, formant la section relativement autonome de ce dernier en Catalogne, possédait 800 membres. Dans le même sens fut formé un PC d’Euzkadi. Le PCE intégra également la Izquierda Revolucionaria y Antiimperialista et le Partido Social Revolucionario ; sa tentative de fonder un syndicat, la Confederación General del Trabajo Unitario, échoua relativement, avec 37 000 membres en 1932.

Sa ligne politique était cependant la plus cohérente et la plus conséquente. Dès le départ, le PCE a posé une ligne anti-féodale, consisant à attaquer la persistance des grandes propriétés terriennes, à souligner la question des minorités nationales, à dénoncer la monarchie et la féodalité prédominant politiquement, à appeler à la formation d’un bloc populaire.

Ses exigences étaient la démission du gouvernement et de nouvelles élections avec libre-expression pour la gauche, la libération des prisonniers politiques et l’amnistie, la confiscation des terres des grands propriétaires et redistribution gratuites aux paysans et ouvriers agricoles, le rétablissement du statut spécial de la Catalogne et droit à l’auto-détermination de la Catalogne, du Pays Basque et de la Galice, la baisse des impôts des paysans, petits-commerçants, artisans et industriels, l’amélioration des conditions de vie, l’épuration de l’armée des éléments fascistes et dissolution des organisations fascistes.

Avec son positionnement de plus grand partisan du Front antifasciste sur la base du dénominateur commun du refus du coup d’État et de mobilisateur acharné dans les masses, le PCE apparaissait comme la force la plus conséquente. C’est la raison pour laquelle que la ligne du PCE fut politiquement la plus efficace : le 1er mai 1936, 600 000 personnes défilèrent à Madrid dans les comités du Front populaire lancés à l’initiative du PCE.

Le bonnet phrygien aux couleurs républicaines espagnoles, avec les drapeaux de la république, de la CNT, suivis de deux autres aux symboles communistes

Le PCE progressa alors de manière fulgurante, disposant d’une presse avec plusieurs journaux, dont le Mundo Obrero, d’une association ayant un grand impact comme l’Asociación de Amigos de la URSS et surtout d’un nouveau jeune dirigeant, José Díaz.

José Díaz

En novembre 1933, le PCE obtint son premier député, ayant obtenu 170 000 voix, avant d’en avoir 17 lors des élections de 1936 lors de la victoire du Front populaire. Le nombre d’adhérents explose alors : s’il y avait un peu plus de 19 000 membres en 1935, en février 1936 le PCE en a 30 000, un mois plus tard 50 000, en avril 60 000, en juin 84 000, début juillet 100 000. Début 1937, le chiffre sera de 200 000, puis rapidement de 300 000 et même de pratiquement 500 000.

En avril 1936 fusionnèrent également les jeunesses socialistes et communistes, devenant la Juventud Socialista Unificada, liée au PCE, qui avait pas moins que 350 000 membres en 1937.

Affiche de la JSU : L’alliance nationale de la jeunesse, garantie de la victoire

L’Armée Populaire Républicaine elle-même se constituait en s’appuyant sur le Parti Communiste d’Espagne et son école de cadres formant à la chaîne des responsables de haut niveau.

Sur les 7000 promotions dans l’armée en 1938, la grande majorité consiste en des communistes ; dans les six sections de l’armée républicaines, on avait 163 commandants de brigades étant communistes et 33 anarchistes, 61 commandants de divisions communistes et 9 anarchistes, 15 commandants de corps d’armées communistes et 6 anarchistes, tandis que pour les postes de commandants, on avait 3 communistes, 2 sympathisants communistes et un non-communiste.

Affiche du PSU et de la CGT : Plus d’hommes ! Plus d’armes ! Plus de munitions !

Ce succès communiste aboutissait inévitablement à des tensions avec les autres courants révolutionnaires, ce que tenteront d’utiliser les trotskystes par un soulèvement anti-républicain à Barcelone, en 1937.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne

La guerre d’Espagne: terreur et contre-violence

Il n’est pas possible de comprendre la guerre d’Espagne sans saisir climat de terreur et de contre-violence systématiques qui ont régné. La situation était marquée par des urgences, des choix difficiles pour les républicains, alors que la ligne de l’armée de Francisco Franco était exterminatrice et justifiée idéologiquement, depuis 1937, par les Falange Española Tradicionalista y de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista, fusion idéologique des troupes d’extrême-droite pour mobiliser la population dans une orientation désormais fasciste.

Affiche de l’UGT : c’est l’alerte contre le fascisme

On a un exemple parlant de la violence régnant alors avec les troupes basques décidant en 1936 de capituler face à l’armée de Francisco Franco à San Sebastián, afin de préserver la ville de la destruction, et exécutant les miliciens anarchistes opposés à la reddition.

Dans un même esprit jusqu’au-boutiste, lors de la prise de Tolède la même année, une quarantaine d’anarchistes à cours de munitions préféra incendier le bâtiment où ils étaient plutôt que de se rendre, alors qu’en même temps les troupes nationalistes tuèrent à l’hôpital de la ville les docteurs, les infirmières et les blessés.

Appel du 5e régiment des milices populaires à rejoindre le première compagnie anti-tankiste

La ligne de l’armée putschiste était, en effet, très simple et correspondait aux intérêts de l’armée, des grands propriétaires terriens et de l’Église. Elle consistait en la liquidation pure et simple de tous les individus liés à une culture idéologique de gauche, ainsi que libérale ou franc-maçonne.

La prise de villes et les conquêtes territoriales s’accompagnaient par conséquent systématiquement par l’extermination en masse des responsables et cadres de la gauche, suivis d’une purge dans la société elle-même, le tout accompagné de viols.

8000 personnes furent exécutées à Séville, 10 000 à Cordoue, 4 000 à Badajoz. Des milliers de civils fuyant la ville de Málaga furent massacrés par l’aviation et des bombardements depuis les navires, alors que 3500 personnes seront assassinées la première semaine suivant la prise de la ville, puis 17 000 les années suivantes.

Affiche républicaine dénonçant le camp des nationaux

Le bombardement de la ville de Durango en mars 1937 par l’aviation allemande à la demande de l’armée de Francisco Franco visa même directement la population civile : d’abord, en bombardant l’église au moment de la messe, puis en repassant ensuite lorsque étaient arrivés les pompiers et les ambulances depuis Bilbao.

Affiche républicaine appelant à évacuer
Madrid devant les bombardements

Les exemples sont innombrables et toujours difficilement documentés de par la chape de plomb établi par le régime à ce sujet par la suite ; aujourd’hui encore, on trouve ainsi régulièrement des charniers datant de l’époque de la guerre civile. Les chiffres concernant les gens exécutés sommairement vont de 40 000 à 400 000.

Au cours de ce processus, l’Armée espagnole utilisa notamment comme troupes de chocs les « regulares », membres des Fuerzas Regulares Indígenas, volontaires marocains encadrés par des officiers pour des opérations de massacre. Au nombre de 30 000 dès le départ, ces troupes furent les plus décorées de toute l’armée.

L’Église approuva entièrement ces massacres, de manière ouverte, avec à la fois un soutien intérieur et extérieur. Le cardinal Isidro Gomá y Tomás (1869-1940) fut ici d’une aide précieuse sur le plan idéologique, légitimant la terreur la plus sanglante, au nom de l’affirmation d’un État assumant la confession catholique romaine.

Quant au Vatican, il émit des positions soutenant sans critique aucune les putschistes. Voici ce que dit la l’encyclique du pape Pie XI, Divini Redemptoris, en mars 1937 :

« Horreurs du communisme en Espagne.

20. Et là où, comme en Notre chère Espagne, le fléau communiste n’avait pas eu le temps encore de faire sentir tous les effets de ses théories, il s’est déchaîné, hélas ! avec une violence plus furieuse.

Ce n’est pas l’une ou l’autre église, tel ou tel couvent qu’on a abattus, mais quand ce fut possible, ce sont toutes les églises et tous les couvents et toute trace de la religion chrétienne qu’on a voulu détruire, même quand il s’agissait des monuments les plus remarquables de l’art et de la science !

La fureur communiste ne s’est pas contentée de tuer des évêques et des milliers de prêtres, de religieux et de religieuses, s’en prenant plus particulièrement à ceux et à celles qui justement s’occupaient avec plus de zèle des ouvriers et des pauvres, mais elle fit un nombre beaucoup plus grand de victimes parmi les laïques de toute classe, qui, encore maintenant, chaque jour, peut-on dire. sont massacrés en masse pour le seul fait d’être bons chrétiens ou du moins opposés à l’athéisme communiste.

Et cette épouvantable destruction est perpétrée avec une haine, une barbarie, une sauvagerie qu’on n’aurait pas cru possibles en notre temps. Aucun particulier de jugement sain, aucun homme d’État, conscient de sa responsabilité, ne peut, sans frémir d’horreur, penser que les événements d’Espagne pourraient se répéter demain en d’autres nations civilisées. »

Ce soutien aux massacres de l’armée de Francisco Franco par l’Église a traumatisé très profondément les principaux intellectuels catholiques français, auparavant pro-franquistes, qu’étaient François Mauriac, Georges Bernanos, Jacques Maritain.

Georges Bernanos racontera en 1938 dans Les Grands Cimetières sous la lune ce qu’il a vu, les massacres franquistes et le soutien de l’Église catholique. En voici un extrait significatif, où des républicains sont brûlés vifs :

« On conduisit le bétail jusqu’à la plage où on le fusilla sans se presser, bête par bête. Je ne mets nullement en cause l’évêque archevêque de Palma ! il se fit représenter, comme d’habitude, à la cérémonie, par un certain nombre de ses prêtres qui, sous la surveillance des militaires, offrirent leurs services à ces malheureux. On peut se représenter la scène : « Allons, padre, celui-là est-il prêt ? – Une minute, monsieur le capitaine, je vais vous le donner tout de suite. »

Leurs excellences affirment avoir obtenu, dans de pareilles conjonctures, des résultats satisfaisants, que m’importe !

Le travail achevé, les Croisés mirent les bestiaux par tas, absous et non absous, puis les arrosèrent d’essence que l’on appelle là-bas gazoline.

Il est bien possible que cette purification ait revêtu alors, en raison de la présence des prêtres de service, une signification liturgique.

Malheureusement je n’ai vu que le surlendemain ces hommes noirs et luisants, tordus par la flamme. Un goudron puant sortait d’eux, par rigoles, et fumait sous le soleil d’août. »

Voici également comment il décrit les purges menées :

« Dès lors, chaque nuit, des équipes recrutées par lui opérèrent dans les hameaux et jusque dans les faubourgs de Palma. Où que ces messieurs exerçassent leur zèle, la scène ne changeait guère.

C’était le même coup discret frappé à la porte de l’appartement confortable, ou à celle de la chaumière, le même piétinement dans le jardin plein d’ombre, ou sur le palier le même chuchotement funèbre, qu’un misérable écoute de l’autre côté de la muraille, l’oreille collée à la serrure, le cœur crispé d’angoisse. – « Suivez-nous ! » – … Les mêmes paroles à la femme affolée, les mains qui rassemblent en tremblant les hardes familières, jetées quelques heures plus tôt, et le bruit du moteur qui continue à ronfler, là-bas, dans la rue.

« Ne réveillez pas les gosses, à quoi bon ? Vous me menez en prison, n’est-ce pas señor ? – Perfectamente », répond le tueur, qui parfois n’a pas vingt ans.

Puis c’est l’escalade du camion où l’on retrouve deux ou trois camarades, aussi sombres, aussi résignés, le regard vague … Hombre ! La camionnette grince, s’ébranle. Encore un moment d’espoir, aussi longtemps qu’elle n’a pas quitté la grand-route.

Mais voilà déjà qu’elle ralentit, s’engage en cahotant au creux d’un chemin de terre. « Descendez ! » Ils descendent, s’alignent, baisent une médaille, ou seulement l’ongle du pouce.

Pan ! Pan ! Pan ! – Les cadavres sont rangés au bord du talus, où le fossoyeur les trouvera le lendemain, la tête éclatée, la nuque reposant sur un hideux coussin de sang noir coagulé.

Je dis fossoyeur, parce qu’on a pris soin de faire ce qu’il fallait non loin d’un cimetière. L’alcade écrira sur son registre : « Un tel, un tel, un tel, morts de congestion cérébrale ». »

Le philosophe espagnol Miguel de Unamuno (1864-1936), qui soutenait l’armée putschiste, fut mis de côté par le régime pour sa vive dénonciation des crimes de guerre, exprimant son dégoût devant les meurtres sans justification et le slogan « ¡Viva la muerte! » (« Vive la mort ! ») des insurgés :

« J’ai dit que l’Espagne serait sauvée par la civilisation chrétienne occidentale, mais les méthodes ne sont pas civilisées mais militarisées, non pas occidentales mais africaines, non pas chrétiennes, mais catholiques à la traditionnaliste espagnole, c’est-à-dire anti-chrétiennes. »

Une contre-violence implacable s’organisera également du côté républicain. A l’opposé de la répression sanglante organisée et méthodique du côté de l’armée putschiste, l’approche fut spontanée, relevant de l’esprit des sortes de comités de salut public qu’étaient les initiatives révolutionnaires locales, avec notamment les checas.

Chaque organisation mit en place rapidement sa Checa, terme repris à la Tchéka soviétique, c’est-à-dire d’une police secrète disposant de vastes locaux pour procéder à des interrogatoires et des exécutions.

Campagne d’agitation du 5e régiment

L’État central aurait aimé faire en sorte de respecter des processus légaux, mais les forces révolutionnaires considéraient que l’enjeu dépassait cela, à quoi s’ajoutait la colère de la population. Entre amener des prisonniers nationalistes depuis Madrid assiégée dans une prison dans l’arrière-pays ou les fusiller et partir au front, le choix était vite fait.

Les bombardements, notamment, provoquèrent des révoltes violentes dont les prisonniers « nationalistes » furent victimes. Témoignage de la force de cette vindicte, un exemple terrible fut le lynchage d’un pilote d’avion ayant sauté en parachute, que la foule avait pris pour un Allemand de la légion Condor aidant militairement Francisco Franco, alors qu’il s’agissait en réalité d’un soviétique au service de la République.

Journal du 5e régiment : Femme ! demande ton poste dans les 4 bataillons de choc

La philosophe Simone Weil (1909-1943), qui avait rejoint la CNT durant la guerre d’Espagne avant de plonger définitivement dans le mysticisme chrétien, participant d’ailleurs ensuite en France à un réseau « planiste » et corporatiste, écrivit une lettre à George Bernanos, comme pour se poser en équivalent catholique du côté républicain, dans une même réfutation de la « mort » :

« Mais les chiffres ne sont peut-être pas l’essentiel en pareille matière. L’essentiel, c’est l’attitude à l’égard du meurtre.

Je n’ai jamais vu, ni parmi les Espagnols, ni même parmi les Français venus soit pour se battre, soit pour se promener – ces derniers le plus souvent des intellectuels ternes et inoffensifs – je n’ai jamais vu personne exprimer même dans l’intimité de la répulsion, du dégoût ou seulement de la désapprobation à l’égard du sang inutilement versé.

Vous parlez de la peur. Oui, la peur a eu une part dans ces tueries ; mais là où j’étais, je ne lui ai pas vu la part que vous lui attribuez. Des hommes apparemment courageux – au milieu d’un repas plein de camaraderie, racontaient avec un bon sourire fraternel combien ils avaient tué de prêtres ou de « fascistes » – terme très large. »

Antoine de Saint-Exupéry, catholique qui fut correspondant de guerre en Espagne, ne prit pareillement pas partie, dénonçant les républicains :

« Ici on tue comme on déboise »

En réalité, les exécutions se faisaient ainsi par dizaines, et non par centaines et encore moins par milliers comme dans le camp « nationaliste » ; la seule exception consistait en les opérations, surtout anarchistes, contre le clergé, qui furent régulières et sanglantes, et la liquidation de 2000 prisonniers sur 10 000 au moment de la bataille de Madrid.

Au total, environ 40 000 personnes furent les victimes du camp républicain, le plus souvent de manière désordonnée, sans vision d’ensemble, dans l’urgence afin de faire face au coup d’État fasciste.

En arrière-plan, cela posait la question de la perspective générale, centralisée, de la question des priorités.

=>Retour au dossier sur la guerre d’Espagne