Teng Siao Ping à Paris (1975)

Le 11 mai, Teng Siao Ping, vice-président du Comité Central du Parti Communiste Chinois, membre du Comité Permanent du Bureau Politique, vice-premier ministre du Conseil des Affaires d’Etat de la République Populaire de Chine, arrive dans notre pays à l’invitation du gouvernement français.

La venue de Teng Siao Ping en France montre à quel point, depuis plusieurs années déjà, l’impérialisme français a été contraint d’abandonner son attitude d’hostilité ouverte envers la République Populaire de Chine, au fur et à mesure qu’elle remportait victoire sur victoire dans l’édification du socialisme, au fur et à mesure que grandissait dans le monde le soutien à sa politique de paix et d’indépendance nationale.

La place prise par la République Populaire de Chine dans le Tiers Monde, le rôle qu’elle a joué dans la constitution du Tiers Monde en force politique défiant l’impérialisme, le social-impérialisme et l’hégémonisme, le ferme et indéfectible appui qu’elle apporte aux peuples en lutte contre l’impérialisme, sont autant de contributions de la Chine au développement de la révolution mondiale.

Pour la classe ouvrière et le peuple de France, la révolution chinoise, en remportant, au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la victoire sur l’impérialisme, en engageant un quart de l’humanité dans .l’édification du socialisme, a suscité un puissant espoir, a constitué un immense encouragement.

Aujourd’hui, la Chine Populaire suscite de plus en plus l’intérêt et l’enthousiasme dans les masses de notre pays, pour le socialisme qui se construit: face à la tragédie de la restauration du capitalisme en URSS, le peuple chinois, sous la direction du Parti Communiste Chinois, montre qu’il est possible de s’opposer victorieusement au révisionnisme et à la restauration du capitalisme, que l’énergie et l’enthousiasme des masses portent en avant l’édification du socialisme, le renforcement de la dictature du prolétariat.

Bienvenue au camarade Teng Siao Ping !

Vive la Chine Rouge !

Vive l’amitié révolutionnaire du peuple chinois et du peuple de France !

5 mai 1975

Le Bureau Politique du PCR (ml).

BIENVENUE AU CAMARADE TENG SIAO PING

[Publié dans Front Rouge, mai 1975.]

Lundi 12 mai, Teng Siao-Ping, Vice-Premier Ministre de la République Populaire de Chine, est arrivé à Paris en visite officielle. Cette visite suscite chez les travailleurs de notre pays un très large intérêt.

C’est la preuve de l’écho grandissant que rencontrent les nombreux succès enregistrés par le peuple chinois dans la lutte pour l’édification du socialisme ; les calomnies traditionnelles des révisionnistes du P”C”F, les déformations malhonnêtes des journalistes bourgeois, ne réussissent plus aujourd’hui à bloquer l’intérêt des travailleurs de France pour les réalisations prodigieuses qui s’accomplissent en Chine : la construction d’une société sans exploitation ; la bataille permanente menée sous la direction clairvoyante du Parti Communiste Chinois pour prévenir les tentatives de restauration du capitalisme ; l’élévation constante du niveau de conscience des masses chinoises, autant de questions qui intéressent au premier chef les ouvriers, les paysans, intellectuels progressistes de notre pays.

LES CONTRIBUTIONS DE LA RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE A LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE MONDIALE

Mais c’est la signification même de ce voyage qui suscite un grand intérêt dans notre pays. Quel est le but poursuivi par le Gouvernement Chinois ? En quoi un tel voyage s’intègre-t-il à la politique d’ensemble de la République Populaire de Chine ? Telles sont les questions que posent les travailleurs dans les entreprises aux militants de notre Parti. Quelles réponses faut-il fournir à notre sens.

La contribution du peuple chinois à la lutte pour la révolution prolétarienne mondiale revêt, parce qu’il a pris le pouvoir et édifié un puissant Etat socialiste, des formes multiples.

L’exemple et l’encouragement que constituent pour tous les peuples du monde les succès enregistrés par le peuple chinois dans l’édification du socialisme; dans la lutte contre le révisionnisme, sont un des aspects de la contribution de la Chine à la révolution mondiale. Le soutien apporté aux luttes révolutionnaires dans le monde, comme par exemple, le soutien indéfectible et permanent depuis 1949 aux peuples Indochinois aujourd’hui victorieux, c’est un autre aspect de cette contribution.

La part active prise par la République Populaire de Chine à la constitution du Tiers-Monde en force politique, capable d’infliger de graves défaites politiques, économiques à l’impérialisme et au social-impérialisme, c’est encore un autre aspect de cette contribution.

Mais si ces différents aspects sont assez bien connus dans notre pays, il serait faux d’en ignorer un quatrième : en nouant avec des pays impérialistes des relations sur la base des cinq principes de coexistence pacifique (*), la Chine grand Etat socialiste édifié par le quart de l’humanité, conquiert du même coup la possibilité d’influencer le développement plus ou moins rapide des contradictions à l’échelle du monde et particulièrement les aiguisements des contradictions inter-impérialistes.

Parce que la politique extérieure d’un Etat socialiste ne peut se borner au seul soutien des forces révolutionnaires dans le monde et considérer les pays impérialistes comme un bloc, se désintéresser des contradictions qu’il connaît et qui l’affaiblissent : au contraire, la place conquise par la Chine aujourd’hui sur la scène internationale lui offre cette possibilité très importante de jouer sur ces contradictions, de contribuer ainsi, indirectement mais de manière évidente, au renforcement du camp de la révolution. C’est dans ce cadre là qu’il faut à notre avis replacer la visite de Teng Siao Ping en France.

C’est l’analyse qu’il fait de la situation mondiale, des bouleversements intervenus dans le monde dans la dernière décennie qui guide la politique extérieure définie par le gouvernement chinois.

Deux faits décisifs qui revêtent chacun une grande importance fondent cette situation nouvelle :
1) l’irruption du Tiers-Monde sur la scène mondiale, en force politique.
2) la division, les clivages, les modifications intervenus dans le camp impérialiste : d’une part la restauration du capitalisme en URSS, la dégénérescence du premier Etat socialiste en un Etat social-impérialiste, socialiste en parole, impérialiste dans les faits, a modifié considérablement la situation ; une nouvelle superpuissance est venue rivaliser avec l’impérialisme US, exerçant un féroce diktat sur toute une partie de l’ancien camp socialiste, agressant la Tchécoslovaquie, mettant à profit le déclin et les défaites enregistrées par cette superpuissance pour tenter, en se prévalant de son masque ” social “, de prendre pied dans ses zones d’influence. Ces deux superpuissances rivalisent pour se repartager le monde, imposer leur hégémonie et renforcent ainsi le danger d’une nouvelle guerre mondiale. Ce sont elles que les communistes chinois caractérisent comme constituant ” le premier monde “.

D’autre part, les impérialismes secondaires comme l’impérialisme français, qui sont soumis aux pressions grandissantes des deux superpuissances, c’est ” le second monde “.

La politique extérieure du gouvernement chinois vise à la fois à renforcer le camp du Tiers Monde et les initiatives qu’il prend contre l’impérialisme, le social impérialisme et particulièrement contre l’hégémonisme des deux superpuissances, à la fois à aggraver la situation du camp impérialiste en approfondissant les clivages qui y existent.

LA CHINE ET LE TIERS MONDE

La Chine fait partie intégrante du Tiers-Monde qui regroupe les pays opprimés et dominés par l’impérialisme et les pays qui se sont libérés de ce joug. Toujours depuis 1955, depuis la conférence de Bandoung, la République Populaire de Chine a mis l’accent sur la nécessité pour les peuples du Tiers-Monde d’unir leurs efforts pour lutter contre la domination impérialiste.

Contraints progressivement par la pression des peuples coloniaux, de substituer à l’ancien mode de domination colonial, un mode de domination plus camouflée, le néo-colonialisme, l’impérialisme avait pu pendant une période, limiter ses reculs. Mettant à la tête des pays ayant nouvellement accédé à l’indépendance des agents entièrement à sa solde, l’impérialisme poursuivit sa politique de pillage et de rapine.

Mais aujourd’hui de plus en plus cela n’est pas possible. A de nombreuses reprises dans les conférences internationales (conférences de l’ONU sur les matières premières, sur la démographie, sur le droit des mers…), dans la mise sur pied d’organisation des pays dominés producteurs d’une même matière première à l’exemple de ce qui a été fait pour le pétrole, dans la collaboration entre ces divers organisations, le Tiers-Monde arrive à faire entendre une même voix.

Même des gouvernements très réactionnaires, jusqu’ici très soumis à l’impérialisme et exerçant une sévère répression sur leur peuple, en viennent aujourd’hui à s’unir à des pays aux positions traditionnellement anti-impérialistes. Ils sapent ainsi non seulement les intérêts impérialistes dans leurs pays, mais les bases mêmes sur lesquelles ils ont construit leur domination, favorisant tôt ou tard la remise en cause par leur propre peuple de leur régime réactionnaire.

Ce nouvel essor de la lutte des pays du Tiers-Monde a été rendu possible avant tout par deux facteurs : le premier facteur, c’est l’exemple et l’encouragement qu’a constitué pour tous les peuples de ces pays la lutte des mouvements de libération nationaux, particulièrement la lutte armée des peuples d’Indochine qui démontrait qu’une superpuissance aussi bien armée que l’impérialisme US pouvait être tenue en échec et défaite par le peuple d’un petit pays ; le fait que la première lutte d’envergure menée par le Tiers-Monde sur les matières premières, l’ait été à l’occasion de la lutte des peuples arabes contre l’état agresseur d’Israël souligne de même l’influence des luttes et libération dans le déclenchement de ce mouvement revendicatif.

Le second facteur c’est justement le rôle joué par la Chine socialiste qui a constamment souligné la nécessité d’unir le Tiers-Monde, qui utilise tout son prestige international à l’ONU, dans les conférences internationales pour contribuer à forger cette unité, qui dans son programme d’aide économique désintéressée au Tiers-Monde, fournit aux pays concernés des moyens pour s’opposer à la tutelle impérialiste.

Aujourd’hui plus que jamais, le Tiers-Monde porte des coups décisifs à l’impérialisme et au social-impérialisme. Une composante importante de la politique extérieure de la Chine consiste à prendre une part active au renforcement de l’unité du Tiers-Monde pour renforcer, le camp de la révolution.

LA CHINE ET LE SECOND MONDE

En distinguant dans le camp impérialiste premier monde et second monde, les communistes chinois caractérisent un clivage important qui existe entre les deux superpuissances et les impérialismes secondaires.

D’un côté deux impérialismes dont la rivalité devient de plus en plus aiguë, d’autant plus que l’essor des luttes des pays du Tiers-Monde réduit le champ où peut s’exercer cette rivalité ; de l’autre côté, des impérialismes qui sont trop faibles pour aspirer à dominer le monde, pour avoir des visées hégémoniques et qui voient leurs ambitions impérialistes contrecarrées doublement : du fait des pays du Tiers-Monde qui exigent d’eux comme de tout le camp impérialiste des concessions importantes, et du fait des pressions des deux superpuissances qui chacune tente de s’assujettir plus étroitement ces pays impérialistes secondaires.

D’un côté deux superpuissances qui s’arment à outrance en prévision de guerre mondiale, parce qu’elles savent qu’un repartage du monde se fera au profit de celui qui aura instaurer un rapport de force militaire en sa faveur ; de l’autre côté des impérialistes secondaires insuffisamment armés pour faire face aux pressions des deux superpuissances, insuffisamment unis pour opposer un front commun à ces pressions.

Accroître les difficultés du camp impérialiste en accroissant les contradictions entre le premier monde et le second monde, tel est a notre sens la signification de la politique extérieure suivie par la République Populaire de Chine. Les appels à renforcer l’unité de l’Europe, la décision de nommer un ambassadeur à la Communauté Economique Européenne en plus des ambassadeurs chez différents pays européens, la visite de Teng Siao Ping à Paris, ce sont toutes des initiatives convergeant vers le même but : empêcher l’une ou l’autre des deux superpuissances de faire aboutir ses pressions sur les impérialismes secondaires.

Et si parmi les impérialismes secondaires, la politique extérieure chinoise consacre une place importante aux pays européens, c’est dû avant-tout à la place stratégique qu’occupe l’Europe dans la rivalité des deux superpuissances. Du fait de son potentiel économique, de son potentiel en hommes, de son développement technologique, de ses liens avec les anciens empires coloniaux, l’Europe constitue bien l’enjeu clé de la rivalité des deux superpuissances.

Chacune d’entre elle masse des troupes et un armement important en Europe même, ou en Méditerranée. Le danger de guerre mondiale qui s’accroît avec les rivalités exacerbées des deux superpuissances concerne ainsi clairement les pays européens, et les appels à l’unité lancés aux pays européens par le gouvernement chinois visent à prévenir un tel danger.

C’est la même préoccupation qui guide la politique du gouvernement chinois, chaque fois qu’il souligne les points d’unité qui se manifestent entre le Tiers-Monde et le Second Monde comme par exemple la Conférence de Lomé, sanctionnée par des accords économiques importants entre 46 pays d’Afrique, du Pacifique et des Caraïbes et la communauté européenne.

De tels accords ne ressemblent plus guère aux accords que l’impérialisme pouvait imposer à des pays néo-coloniaux et qui constituaient un brigandage pur et simple. Aujourd’hui pour conclure de tels contrats, pour nouer avec les pays du Tiers Monde des liens effectifs pour tenter d’atténuer les effets de la crise, de la pression des deux superpuissances… les pays européens, même s’ils conservent leurs ambitions impérialistes sont obligés de consentir aux pays du Tiers-Monde des concessions qui les renforcent.

Poser la question à qui profite ces accords, c’est y répondre quand on souligne qu’il s’agit d’accords entre une force qui décline, qui est assaillie de difficultés de toute part, et une force qui s’accroît, se développe remportant des victoires importantes. De tels accords sont ainsi positifs à deux points de vue : parce qu’ils renforcent le Tiers-Monde, parce qu’ils renforcent l’isolement des deux superpuissances.

Ainsi on le voit la politique extérieure de la Chine contribue largement à l’essor de la révolution mondiale, renforce le camp de la Révolution, affaiblit le camp de l’impérialisme contribue à renforcer la vigilance des peuples et des pays face au danger de guerre mondiale. Toute la politique extérieure chinoise contribue à l’aiguisement de la contradiction principale dans le monde entre l’impérialisme et le social impérialisme d’une part, et tous les peuples du monde d’autre part. Notre Parti soutient activement cette politique et appelle tous les travailleurs de notre pays à recevoir chaleureusement le Vice-Premier Ministre de la République Populaire de Chine.

Notre peuple saura apporter sa contribution la révolution mondiale en résolvant la contradiction auquel il est directement confronté, la contradiction bourgeoisie-prolétariat.

Il saura tirer profit de la situation particulière de l’impérialisme français, impérialisme secondaire, pour aiguiser sa crise politique et développer son activité révolutionnaire dans le but de prendre pouvoir. Il saura renforcer sa vigilance contre Ie danger de guerre mondiale que font courir le deux superpuissances et sera prêt à prendre la tête de la lutte pour l’indépendance nationale, si l’une ou l’autre des deux superpuissance agresse notre pays. Il saura s’unir aux forces révolutionnaires dans le monde pour infliger des coups sévères au camp impérialiste.

VIVE L’AMITIÉ DES PEUPLES CHINOIS ET FRANÇAIS

VIVE LA RÉVOLUTION PROLÉTARIENNE MONDIALE

VIVE LA LUTTE POUR LA RÉVOLUTION EN FRANCE

A BAS LES DEUX SUPERPUISSANCES

* Les principes léninistes de la coexistence pacifique entre les pays à système sociaux différents :

– respect mutuel de l’intégralité territoriale et de souveraineté
– non agression mutuelle
– non-ingérence mutuelle dans les affaires intérieures égalité et avantages réciproques
– coexistence pacifique.

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Nouvelle Cause du Peuple, NAPAP, Action Directe