Parti Communiste Révolutionnaire du Chili: Lettre ouverte au Parti Communiste de Chine

Santiago du Chili, novembre 1977

Le Parti Communiste Révolutionnaire du Chili (PCR) a établi des relations politiques avec le Parti Communiste de Chine (PCC) il y a déjà treize ans, quand il n’était encore qu’un groupe marxiste­léniniste nommé «Spartacus».

La première rencontre entre ce groupe politique et le PCC eut lieu en 1964 entre les dirigeants de «Spartacus» et le camarade Mao Tse­Toung en personne, qui encouragea et appuya leurs projets de construire un authentique parti communiste, et donna pour cela de précieux conseils. 

Parmi ceux­ci «Ne pas copier mécaniquement les expériences de la Chine ou d’un autre pays ; lutter contre toute tendance suiviste et penser avec sa propre tête, en appliquant le marxisme-léninisme à la réalité concrète de notre pays».

Nous nous sommes toujours efforcés de rester fidèles à ces enseignements du camarade Mao, et cette Lettre ouverte en est une expression.

Au début de 1966, dans un Congrès Constitutif auquel assistèrent tous les partis marxiste­léninistes existant en Amérique Latine, Congrès qui eut comme noyau organisateur le groupe Spartacus, fut créé le Parti Communiste Révolutionnaire du Chili.

Le PCR a continué de maintenir et de développer des relations politiques avec le PCC, avec le Parti du Travail d’Albanie et avec le reste du mouvement marxiste­léniniste, dans la mesure où nous connaissions leur représentant dans chaque pays.

Ceux qui constituèrent le groupe «Spartacus» en 1963, et plus tard le PCR en 1966, avaient déjà entamé la lutte contre la ligne révisionniste imposée par Khrouchtchev au XXe Congrès du PCUS au sein du vieux parti «communiste» du Chili, plusieurs années avant le début de la polémique publique entre le PCC et les dirigeants soviétiques et leurs disciples. 

Le groupe Spartacus, pour sa part, établit des relations politiques avec le PCC, environ un an après sa naissance comme groupe indépendant du P”C” du Chili. Les relations politiques entre «Spartacus» d’abord, le PCR ensuite, et le Parti Communiste de Chine, naquirent d’une compréhension identique des principes du marxisme et de leur défense commune contre le révisionnisme contemporain.

Le Parti Communiste de Chine, en réponse à la ligne révisionniste de Khrouchtchev, élabora sous l’orientation et la direction personnelle du camarade Mao, ses «Propositions concernant la ligne générale du Mouvement Communiste International» (plus connue sous le nom de «Lettre en 25 points»), ainsi que les neuf commentaires répondant à la Lettre ouverte que le CC du PCUS envoya au PCC, avec lesquels nous étions totalement d’accord sur l’essentiel. Cette coïncidence de points de vue fut la base de nos relations comme parti.

D’autre part, dans les années 60, années au cours desquelles nous avons établi nos relations politiques ­ au plus haut de la lutte idéologique contre le révisionnisme contemporain, et ensuite, pendant la Révolution Culturelle Prolétarienne – la Chine appliquait de façon conséquente une politique internationale révolutionnaire contre les révisionnistes. 

C’était l’époque où l’on pouvait assister en Chine à de grands meetings de masses de soutien à la lutte anti­impérialiste des peuples du monde ; à de nombreuses représentations artistiques dans lesquelles se reflétaient ces luttes et où l’on trouvait la propagande en rapport avec ces luttes dans votre radio, revues et périodiques.

C’était l’époque où les publications chinoises reproduisaient les matériaux des partis ML sur leurs propres pays et dans lesquelles les marionnettes de l’impérialisme, les fascistes, les racistes et les réactionnaires comme Ne Win, Mobutu et autres, étaient dénoncés comme tels, et les traîtres au marxisme, comme Tito, démasqués.

Postérieurement, dans les années 70, coïncidant avec la « réhabilitation » de gens comme Teng Siao­Ping et d’autres condamnés par la Révolution Culturelle, s’est produit un profond changement dans la politique internationale de la Chine, ce qui a entraîné de nombreux désaccords et contradictions entre nos partis.

Puis, en avril 1974, Teng Siao­Ping fit aux Nations Unies sa fameuse intervention dans laquelle il exposa une ligne internationale absolument opposée à la ligne marxiste-léniniste, que le PCC et le camarade Mao, opposèrent à Khrouchtchev et ses disciples, et identique, en essence, à celle de ces derniers.

A notre première rencontre avec le PCC, à la suite de l’intervention de Teng Siao­Ping en août 1974, nous avons fait une critique sévère de sa ligne internationale opportuniste. Pour toute réponse, et sans répondre à nos arguments, on nous dit avec le plus grand cynisme, que « c’était la ligne internationale du Président Mao ».

Au début de 1975, et après avoir informé la Direction de notre Parti du refus du PCC de discuter du changement de sa ligne internationale, nous avons renouvelé avec fermeté notre critique envers la ligne internationale de Teng Siao­Ping; en particulier, nous avons montré que cette ligne aboutit à une politique réactionnaire, à partir de l’attitude des milieux officiels chinois face à la Junte fasciste chilienne. 

Ce fut le dernier contact entre nos deux partis.

A cette occasion, nous n’avons pas fait mention (comme cela a été dit faussement à quelques partis frères) des relations diplomatiques entre la Chine et les fascistes qui gouvernent au Chili.

Par contre, nous avons manifesté notre profond désaccord face à l’insensibilité et au manque de solidarité de ceux qui mènent la politique internationale chinoise, en accord avec la ligne internationale de Teng Siao­Ping, face à la tragédie qu’a vécue notre peuple, à partir du coup d’État fasciste, et qui a ému et indigné les plus larges secteurs populaires, démocratiques et progressistes du monde entier.

En effet, l’unique déclaration où l’on prend position, si l’on peut dire, sur ce qui est arrivé au Chili, est contenue dans les condoléances envoyées par l’ex­Premier Ministre Chou En­lai à la veuve de l’ex­Président Allende, où il exprime son « affliction et son indignation » pour sa mort, sans porter aucun jugement sur ses assassins et sans mentionner les dizaines de milliers de travailleurs qui ont été massacrés, torturés et emprisonnés par les militaires fascistes.

Les informations sur quelques aspects de la répression au Chili, ne sont parues qu’au courant du mois du coup d’État et ont été transcrites sans aucun commentaire ni appréciation.

Qui plus est, comme pour faire ressortir la décision de ne pas se prononcer sur les atrocités perpétrées par la junte fasciste, on a reproduit quelques condamnations de celle­ci, mais toujours faites par d’autres.

Ensuite, même les informations sur les actes de répression sont passées sous silence et les publications chinoises se bornent à enregistrer, de plus en plus tardivement, quelques effets de la crise économique qui affecte le Chili. 

Tout cela nous le signalons pour mettre en évidence le contraste avec ce qui est paru dans toute la presse mondiale quant à la dénonciation des atrocités du fascisme au Chili.

Et nous avons signalé, en outre, que les représentants de la Chine aux Nations Unies et dans les autres organismes internationaux, se sont retirés de la session sans voter quand ont été déposées les résolutions condamnant Pinochet et ses sbires. 

Nous avons montré comment cette attitude officielle chinoise avait été chaleureusement saluée par les fonctionnaires du régime fasciste chilien, comme le Sous­Secrétaire aux Affaires Etrangères, qui en janvier 1975, soutenait que : «la Chine Populaire appuie le Chili dans les rencontres mondiales », sans avoir été démenti ni en acte ni en parole.

A l’heure actuelle nous pouvons porter des accusations encore plus graves quant à vos relations avec le sanguinaire régime fasciste chilien : vous avez accordé des crédits à la junte ; l’Ambassadeur de Chine en personne s’est fait photographier en train de remettre des cadeaux au dictateur Pinochet et en août de cette année, il a fait des déclarations signalant que « les relations entre les deux pays se sont toujours situées à un niveau élevé » et que la Chine avait l’intention de les renforcer et de les élargir.

Enfin, ce même ambassadeur a couronné ses activités pro­fasciste à son départ du Chili à la mi­octobre, en déclarant qu’il partait avec « une très bonne impression du Chili et du Chef de l’Etat ».

N’est­ce pas insulter le peuple chilien que de faire l’éloge du boucher qui l’a soumis aux massacres, aux tortures et à la surexploitation? N’est­ce pas un sabotage ouvert du rôle révolutionnaire que la Chine a joué pour les peuples du monde?

Lors de notre dernière rencontre, au début de 1975, alors que la collaboration avec la Junte fasciste chilienne n’était pas aussi scandaleuse qu’elle le deviendra plus tard, nous avions déjà signalé le tort profond que causait la politique de ceux qui en Chine appliquaient la ligne de Teng Siao­Ping à la lutte antifasciste et anti-impérialiste de notre peuple.

Nous avions signalé le tort que cette politique causait à lafraternité révolutionnaire entre le peuple chilien et le peuple chinois, ainsi qu’au prestige de la révolution chinoise en Amérique latine et dans le reste du monde. 

Enfin, nous avions signalé les difficultés que cette politique opportuniste entraînait pour notre propre parti dans sa lutte pour mobiliser les masses populaires contre la dictature, pour dénoncer la politique traîtresse du révisionnisme et du social-impérialisme, qui a ouvert la voie au fascisme et qui, aujourd’hui, contribue à le maintenir au pouvoir.

Naturellement, les masses populaires chiliennes, connaissant nos anciennes relations politiques avec le PCC, nous demandent des explications sur votre attitude d’amitié et de collaboration avec ses bourreaux, attitude que nous ne pouvons expliquer d’un point de vue révolutionnaire et que nous ne sommes pas disposés à justifier, parce que profondément opposée à notre politique résolument antifasciste et aux principes mêmes de la politique internationale marxiste­léniniste.

Comme exemple du soutien que nous aurions souhaité de la Chine, nous avons signalé celui que nous recevions de la majorité des partis marxistes­léninistes et de l’Albanie socialiste, que ce soit à travers des publications, des meetings ou d’autres formes de solidarité en soutien à la résistance anti­fasciste, à la condamnation des crimes de la dictature, et pour démasquer les thèses révisionnistes, telles que la « voie pacifique » et autres, qui ont rendu possible l’instauration du fascisme au Chili et qui aujourd’hui entravent son renversement.

Enfin, nous avons demandé à discuter réellement de nos divergences concernant la ligne internationale de Teng Siao-Ping, puisque lors de la visite précédente, il n’avait été répondu à aucune de nos critiques.

Nous avons seulement eu droit à un discours dans lequel on nous a réaffirmé cette ligne opportuniste, nous privant du droit de donner nos points de vue et même de poser des questions sur ce que nous venions d’entendre, et on nous signala que « nous pourrions le faire lors de notre prochaine rencontre ».

Déjà à ce moment­là notre Parti se vit confronté à l’alternative de dénoncer publiquement et ouvertement la ligne et la politique internationale de Teng Siao­Ping et de son équipe, profondément opposées au marxisme­léninisme, à la pensée de Mao Tsé­toung, et particulièrement néfaste pour la lutte antifasciste et anti-impérialiste de notre peuple.

Les militants de notre Parti, nos alliés et de larges secteurs des masses, réclamaient avec de plus en plus d’insistance une prise de position à ce sujet. 

 Si nous ne l’avons pas fait alors, au début de 1975 à la suite de notre dernière rencontre avec le PCC, c’est parce que, précisément, à partir de cette année­là, on pouvait observer en Chine des faits encourageants en rapport avec le développement de la lutte de classes, qui nous firent entrevoir 

des espoirs sérieux de rectification.

En effet, au début de 1975, fut publié l’appel du camarade Mao à renforcer la dictature du prolétariat » et à lutter contre les survivances en Chine du droit bourgeois, ainsi que son avertissement du fait que, tant que celui­ci subsisterait, il serait plus facile pour des gens comme Lin Piao, de restaurer le système capitaliste, s’ils parvenaient au pouvoir ».

A partir de ces directives du camarade Mao et sous sa direction,  se développa de la fin 1975 à septembre 1976, date de sa mort, une large et constante mobilisation de masses de critique et de lutte contre ce que l’on appelle « le vent déviationniste de droite », impulsé par Teng Siao­Pingpour liquider les conquêtes de la Révolution Culturelle Prolétarienne.

 De plus, en avril 1976, à l’unanimité du CC du PCC à la demande du camarade Mao et des masses populaires, Teng Siao-Ping fut destitué de toutes ses fonctions à l’intérieur et hors du Parti, vu son rôle d’instigateur des incidents contre-révolutionnaires de la place Tien An­Men. 

Cette résolution, comme l’expriment vos publications, fut appuyée par des meetings auxquels participèrent « plusieurs centaines de millions de personnes ».

Il était donc pleinement justifié d’être optimistes et de concevoir l’espoir que la ligne internationale du camarade Mao serait rétablie, ligne qui était en vigueur au plus haut de la lutte idéologique contre le révisionnisme et pendant la Révolution Culturelle. 

Ces conditions favorables de la lutte en Chine, ainsi que la nécessité de redoubler d’efforts pour faire comprendre ce problème à l’ensemble du mouvement marxiste­léniniste, où quelques agents de Teng Siao­Ping se sont efforcés de semer la confusion, nous poussa à développer la lutte contre ce nouveau courant révisionniste, graduellement, avant d’en arriver à une critique publique et à une rupture.

C’est ce que nous avons fait à travers divers documents du PCR, à travers des prises de positions contenues dans des déclarations communes avec des partis frères, à travers nos interventions dans des meetings internationaux et des conversations bilatérales.

Finalement, les tragiques événements qui ont suivi la mort ducamarade Mao : l’emprisonnement de ceux qui se distinguèrent dans la Révolution Culturelle et combattirent à ses côtés les chefs de file du révisionnisme en Chiné ; la honteuse « réhabilitation » d’individus condamnés par la Révolution Culturelle et de certains, comme Teng Siao­ping, condamnés pour récidive ; la répression brutale contre des secteurs des masses et des cadres décidés à défendre les conquêtes de la Révolution Culturelle et autres acquis, ne laissent aucun doute qu’un coup d’Etat contre­révolutionnaire a été perpétré en Chine.

Dans ces conditions, nous considérons de notre devoir de dénoncer et de combattre publiquement ceux qui ont usurpé le pouvoir.

De cette manière nous répondons à l’appel lancé par le camarade Mao en 1965, quand il déclara : « Si les révisionnistes parvenaient à usurper la direction en Chine, les marxistes­léninistes de tous les pays devraient les dénoncer et les combattre avec fermeté, aider la classe ouvrière et les masses populaires chinoises à s’opposer au révisionnisme ».

En particulier, en ce qui concerne la politique et la ligne internationale du mouvement marxiste­léniniste nous avons le droit et le devoir de nous prononcer.

Aucun parti, quelle qu’ait été son importance pour le mouvement révolutionnaire, ne peut prétendre imposer sa ligne internationale aux autres partis, ni encore moins changer une ligne marxiste­léniniste pour une ligne révisionniste et prétendre que tous le suivent dans ce virage opportuniste.

Des problèmes tels que : définir l’ennemi principal des peuples du monde ; caractériser le front unique qu’il faut lui opposer ; établir la conduite à suivre face au danger de guerre ; ou les critères concernant l’unité des marxistes­léninistes et le rôle de l’avant­garde, concernent tout le mouvement communiste international.

Dans la « Lettre en 25 points », rédigée sous l’orientation du camarade Mao, on peut lire : « Si l’on reconnaît que dans les relations entre partis frères, il n’y a pas de « supérieurs » ni de « subalternes », il n’est pas permis de présenter le programme, les résolutions et la ligne de son parti comme le « programme commun » du mouvement communiste international pour les imposer ensuite aux autres partis frères ».

En ce qui concerne notre Parti, les pressions exercées par l’équipe opportuniste qui provisoirement contrôle le PCC, telles que : refus de discuter et même de recevoir les partis qui ne partagent pas ses points de vue ; calomnies contre eux ; efforts pour les diviser et les supplanter en promouvant des groupes opportunistes, etc…, ne nous feront pas modifier nos points de vue et ne nous empêcheront pas de dénoncer une ligne internationale que nous considérons réactionnaire.

Elles ne nous empêcheront pas non plus ­ alors que nous jugeons le moment opportun et quelles qu’en soient les conséquences – de démasquer la nature réactionnaire et anti­marxiste de ceux qui s’efforcent d’imposer cette ligne et de la prendre comme orientation pour leurs actions.

En quoi consiste la ligne internationale révisionniste de Teng Siao­ping et de ses complices, qui ont essayé frauduleusement de la faire passer comme la « ligne internationale du Président Mao » ?

Elle n’est rien d’autre que la réédition ­ presque point par point ­de la ligne révisionniste internationale de Khrouchtchev et de ses successeurs.

Ligne impulsée par eux pour empêcher que les peuples se dressent contre le colonialisme et le néo­colonialisme et créer ainsi les conditions pour remplacer l’impérialisme traditionnel, comme exploiteurs et oppresseurs de ces peuples.

C’est la ligne que l’URSS a appliquée, dans le but de favoriser sa transformation en une superpuissance social-impérialiste et pour disputer l’hégémonie mondiale à l’impérialisme américain.

Cette ligne fut combattue avec force par le camarade Mao, le camarade Enver et d’autres marxistes­léninistes chinois, albanais et d’autres pays, en particulier au cours de la lutte contre le révisionnisme contemporain.

En ce qui concerne la Chine, les documents que nous avons mentionnés au début de cette Lettre ouverte : la « Lettre en 25 points » et les neuf commentaires de la Lettre ouverte du CC du PCUS au PCC rédigés sous la direction de Mao Tsé­toung ­ sont destinés à dénoncer cette politique internationale réactionnaire de Khrouchtchev et de ses successeurs.

Ces documents représentent la « ligne internationale de Mao Tsé­toung », de même que les concepts contenus dans son oeuvre bien connue et non les falsifications par lesquelles Teng Siao­Ping et sa clique prétendent la supplanter. Teng Siao­ping, par contre, comme nous l’avons signalé, synthétise ses points de vue anti­marxistes dans son intervention aux Nations Unies prononcée en avril 1974 et dans quelques autres écrits.

Il commence par y nier l’oppression politique coloniale et néo-coloniale, comme avait fait Khrouchtchev avant lui et en des termes identiques.

Il dit : « Les nombreux pays en voie de développement ont été pendant longtemps victimes de l’oppression et de l’exploitation du colonialisme et de l’impérialisme. Ils ont conquis leur indépendance politique ; cependant, ils se trouvent confrontés, sans exception, à la tâche historique de liquider les forces résiduelles du colonialisme, de développer l’économie nationale et de consolider l’indépendance nationale ».

Dans un autre point il dit :« D’après nous, il est important, en premier lieu pour les pays du tiers monde de sauvegarder l’indépendance politique s’ils veulent développer leur économie. 

En accédant à l’indépendance politique le peuple d’un pays n’a fait qu’un premier pas, il doit encore la consolider. Car à l’intérieur du pays subsistent les forces résiduelles du colonialisme, en même temps qu’existe le danger de subversion et d’agression de la part de l’impérialisme et de l’hégémonisme.

La consolidation de l’indépendance politique implique un processus de lutte répétée. En dernière analyse, l’indépendance politique et l’indépendance économique sont inséparables. Sans indépendance politique, on ne peut pas parler d’indépendance économique ; et sans indépendance économique, l’indépendance d’un pays n’est ni complète ni solide ».

Pour ce fidèle disciple de Liou Shao­chi et de Khrouchtchev, donc, les pays que l’on appelle « en voie de développement » (en masquant la dépendance politique qui empêche ou déforme leur développement), « ont été » dans le passé victimes de l’oppression. 

Actuellement, ils « ont conquis l’indépendance politique » et il leur faut seulement en finir avec les formes « résiduelles » du colonialisme.

Pour lui, il s’agit seulement de « sauvegarder » et de « consolider » cette indépendance, qu’il donne pour conquise, contre les forces « résiduelles » du colonialisme ou contre le « danger » de subversions ou d’agressions impérialistes.

L’indépendance économique, pour sa part, il faut l’obtenir pour que l’indépendance politique déjà conquise soit « complète » et « solide ».

Que nous dit, par contre, le camarade Mao et ceux qui avec lui rédigèrent le commentaire critique à la Lettre ouverte du CC du PCUS, appelé « Des défenseurs du néo­colonialisme »? Il y est dit : « Tout un groupe de pays y a proclamé son indépendance. Mais nombre d’entre eux ne se sont pas entièrement débarrassés du contrôle et de l’asservissement impérialistes et colonialistes, ils sont toujours soumis au pillage et à l’agression impérialistes et demeurent des arènes de combat où se mesurent colonialistes et néo­colonialistes. 

Dans certains de ces pays, les vieux colonialistes se sont métamorphosés en néo­colonialistes et maintiennent leur domination coloniale par l’intermédiaire des agents qu’ils ont formés ».

Et plus loin : « Les faits sont clairs : après la Seconde Guerre Mondiale, l’impérialisme n’a en aucun cas renoncé au colonialisme. Il a tout au plus adopté une forme nouvelle, celle du néocolonialisme. 

Une des caractéristiques importantes du néo­colonialisme est comme suit : l’impérialisme a été forcé de modifier sa domination coloniale directe ancienne manière et a adopté une forme nouvelle par laquelle il exerce sa domination et son exploitation coloniales par l’intermédiaire d’agents qu’il a choisis et formés.

Par l’organisation de blocs militaires, la création de bases militaires et l’établissement de « fédérations » et de « communautés », les impérialistes, qui ont les Etats­Unis pour chef de file, nourrissent des régimes fantoches et placent sous leur contrôle ou leur asservissement les pays colonisés et les pays qui ont déjà proclamé leur indépendance…

Lorsqu’ils se trouvent dans l’incapacité de maintenir leur domination par les moyens « pacifiques », il montent des coups d’Etat militaires, pratiquent la subversion ou recourent même à l’intervention directe armée et à l’agression ». 

« Ce colonialisme de type nouveau ­ conclut­il ­ est plus sournois et plus sinistre ».

Voici une réponse en accord avec les véritables idées de Mao Tsé­ Toung sur la prétendue « indépendance politique » atteinte par les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, selon les thèses révisionnistes de Teng Siao­ping.

Dans une autre partie de son intervention aux Nations Unies, Teng Siao­ping indique : « Les nombreux pays et peuples du Tiers Monde, étant donné qu’ils ont su conquérir l’indépendance politique par une lutte de longue haleine, pourront sans aucun doute, sur cette base, resserrer leurs rangs, s’unir avec les pays victimes des vexations des superpuissances et avec tous les peuples du monde, y compris les peuples américain et soviétique, en vue d’obtenir, par une lutte soutenue, un changement radical dans les relations économiques internationales basées sur l’inégalité, le pillage et l’exploitation, et de créer les conditions indispensables pour développer en toute indépendance l’économie nationale ».

Pour ce fidèle disciple de Khrouchtchev, donc, il ne s’agit pas de combattre pour conquérir une véritable indépendance politique en rompant les chines du colonialisme et du néo­colonialisme. 

Il s’agit seulement d’améliorer « les relations économiques internationales basées sur l’inégalité » et de cette façon, de pouvoir « développer en toute indépendance l’économie nationale ».

Une affirmation de cette espèce, revient à dire aux ouvriers et couches populaires sous le joug du capitalisme : « vous êtes « libres » dans la société capitaliste et pour résoudre vos problèmes, il suffit que vous demandiez de meilleurs salaires à vos patrons ».

Évidemment, l’affirmation de Teng Siao­ping citée ci­dessus, n’est pas adressée aux peuples du monde opprimés politiquement et économiquement par le colonialisme et le néocolonialisme, mais vise à aiguiser quelques contradictions entre les laquais des superpuissances et leurs maîtres, pour se gagner quelques alliés  parmi eux et construire sa propre hégémonie.

Que nous dit, au sujet de ce système « original » de Teng Siao­-Ping pour « affronter » l’impérialisme, le commentaire déjà cité « Des défenseurs du néocolonialisme »? 

Il y est dit :

« La direction du PCUS a aussi créé la « théorie » du passage du mouvement de libération nationale à une « phase nouvelle » axée, selon elle, sur les tâches économiques.

Leur argumentation, c’est que « auparavant, la lutte était menée essentiellement dans le domaine politique », alors que, aujourd’hui le problème économique est devenu la « tâche centrale » et « le maillon fondamental du développement ultérieur de la révolution »
(p. 6).

Comme nous le voyons, sur cet aspect également ce n’est pas Mao Tsé­toung qui a inspiré Teng Siao­-Ping mais, comme c’est habituel chez lui, ses maîtres soviétiques en opportunisme et révisionnisme.

Le commentaire poursuit en critiquant ces conceptions :

« En effet, le mouvement de libération nationale est entré dans une phase nouvelle. Mais ce n’est en aucun cas la « phase nouvelle »: axée sur les tâches économiques, comme l’affirme la direction du PCUS.

Dans cette phase nouvelle, les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine connaissent un éveil sans précédent, ont un mouvement révolutionnaire plus impétueux que jamais et exigent impérieusement la liquidation totale des forces de l’impérialisme et de ses laquais dans leurs pays, afin de conquérir l’indépendance complète, tant politique qu’économique.

La tâche première et la plus urgente de ces pays demeure le développement à donner à la lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo­colonialisme et leurs laquais. Cette lutte se poursuit toujours avec acharnement dans les domaines politiques, économiques, militaires, culturels, idéologiques et tous les autres domaines.

Et les luttes livrées dans tous ces domaines trouvent toujours leur expression concentrée dans la lutte politique qui, bien souvent, lorsque les impérialistes recourent à la répression armée directe ou indirecte, se développe inéluctablement en lutte armée. Pour les pays nouvellement indépendants, le développement d’une économie nationale indépendante est chose importante. Cependant, cette tâche ne peut en aucune façon être séparée de la lutte contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo­colonialisme et leurs laquais ».

Et le commentaire « Des défenseurs du néo­colonialisme » conclut :

« A en croire cette « théorie » des dirigeants du PCUS (et de leur disciple Teng Siao­ping, conviendrait­il d’ajouter), puisque le colonialisme est prêt de disparaître et que le développement économique est devenu la tâche centrale du mouvement de libération nationale, il est évident que lutter contre l’impérialisme, le colonialisme, le néo­colonialisme et leur laquais ne s’impose plus.

Et ne s’ensuit­il pas que l’on peut tout aussi bien se débarrasser du mouvement de libération nationale? ».

Teng Siao-­ping ­ fidèle perroquet des théories anti­marxistes de Khrouchtchev et de ses successeurs ­ doit répondre à cette question.

Les efforts de Teng Siao­-ping pour abolir la tâche du mouvement de libération nationale ne se limitent pas, cependant, à l’économisme qu’il propose comme procédé pour affronter le colonialisme et le néocolonialisme.

Ces affirmations économistes, qu’il a utilisées en Chine comme prétexte pour s’opposer à la dictature du prolétariat, proviennent de la conception même, également économiste, qu’il utilise pour présenter la nature du néo­colonialisme.

Teng Siao­ping conçoit-­il le néo­colonialisme comme « la forme la plus sinistre et la plus sournoise du colonialisme », comme une forme de domination politique de l’impérialisme, « par l’intermédiaire d’agents qu’il a choisis et formés », du genre de Pinochet au Chili? En aucune manière.

Dans son intervention à l’ONU, il affirmait :

« L’impérialisme et spécialement les deux superpuissances recourent à des procédés néo­colonialistes, poursuivent avec un zèle redoublé l’exploitation et la spoliation des pays en voie de développement. Elles y ont exporté des capitaux et créé ce qu’on appelle un « Etat dans l’Etat » par l’intermédiaire d’organisations monopolistes internationales comme les « sociétés multinationales », dans le but de perpétrer le pillage économique et l’ingérence politique ».

Pour Teng Siao­-ping, donc, le néo­colonialisme n’est pas une forme « sinistre et sournoise » du colonialisme, de la domination politique et économique de l’impérialisme, mais de simples « procédés » d’exploitation et de spoliation ainsi qu’un simple système « d’ingérence » politique. Il ne s’agit pas pour lui d’une forme de domination étatique exercée par l’impérialisme ou le social­impérialisme par l’intermédiaire de ses agents (par exemple, les militaires fascistes dans presque toute l’Amérique latine et la bureaucratie pseudo­socialiste en Europe orientale), mais, une espèce d’ « Etat dans l’Etat », fruit de l’exportation de capitaux  des « sociétés multinationales ».

Par conséquent, le véritable Etat, indépendant politiquement (selon Teng Siao­-ping), peut se libérer de tels « procédés » néo­colonialistes en prenant des mesures économiques contre les « multinationales » et élimine ainsi leur « ingérence politique » et leur « pillage économique ».

L’essence du raisonnement de Teng Siao-­ping, en opposition au mouvement de libération nationale, dérive de son désir de détacher les secteurs bourgeois laquais des superpuissances, de leurs maîtres impérialistes, pour s’allier avec eux et développer sa propre zone d’influence. 

Et tout cela, en s’opposant à ce que le peuple expulse les impérialistes et renverse leurs laquais, sur la base d’un authentique mouvement révolutionnaire de libération nationale dans une perspective socialiste.

Il ne faut pas oublier comme l’avait déjà signalé le camarade Mao à la VIIIe Session Plénière du VIIIe CC en 1959, en faisait allusion aux opportunistes comme Teng Siao­-ping, qu’ils n’ont jamais été des révolutionnaires prolétariens, mais simplement des démocrates bourgeois ou des démocrates petits­bourgeois passés dans les rangs des révolutionnaires prolétariens. Ils n’ont jamais été des marxistes­léninistes mais des compagnons de route du Parti.

Plus tard, faisant allusion au même problème, pendant la lutte contre le « vent déviationniste de droite » impulsé par Teng Siao­-ping contre la Révolution Culturelle, le camarade Mao indiqua peu avant sa mort:

« Après la révolution démocratique, les ouvriers, les paysans pauvres et moyens­pauvres ne se sont pas arrêtés ; ils veulent continuer la révolution. Mais il y a des membres du Parti qui ne veulent pas aller plus loin, quelques uns d’entre eux ont même fait marche arrière et s’opposent à la révolution. Pourquoi cela? Étant devenus de grands dignitaires, ils veulent protéger les intérêts de leur caste. »

Si leurs projets pour la Chine sont bien de faire revenir la révolution à son étape bourgeoise et de s’opposer au socialisme, peut­on s’étonner qu’ils désirent s’entendre avec les forces bourgeoises de ce qu’ils appellent « tiers monde » ou « second monde » et qu’ils s’opposent à la libération nationale authentique sous direction prolétarienne et dans une perspective socialiste? Leur politique internationale n’est que la projection de leurs « intérêts de caste », que le camarade Mao Tsé­-toung a dénoncés et combattus, à l’échelle internationale.

L’une des plus grandes mystifications inventées par Teng Siao-ping dans le but de s’opposer au mouvement révolutionnaire de libération nationale et pour s’unir à la bourgeoisie des pays soumis au colonialisme et au néo­colonialisme (y compris les secteurs de la bourgeoisie laquais des superpuissances), c’est sa tentative de présenter les « pays du tiers monde » comme la  force motrice de l’histoire.

Les marxistes, et parmi eux le camarade Mao ont souvent parlé des « nations » opprimées, or ce terme désigne les habitants d’un pays unis par une même origine, avec une langue et des traditions communes, c’est­à­dire, fondamentalement, le peuple d’un pays.

Le concept de pays, par contre, fait seulement référence aux limites géographiques et territoriales dans lesquelles se situe en général une nation. Pour la bourgeoisie, les représentants de ceux qui vivent dans un pays sont ses secteurs dominants qui contrôlent l’appareil d’Etat et en particulier le gouvernement d’un pays.

Pour les marxistes-­léninistes, le représentant authentique de ceux qui habitent un pays, c’est le peuple, dont la véritable expression est le prolétariat et son parti d’avant­garde, le parti marxiste­léniniste.

Les marxistes se sont toujours référés aux peuples comme la force motrice de l’histoire, tant à l’époque de l’esclavage qu’à celle de la féodalité et celle du capitalisme, considérant que dans ce dernier mode de production basé sur l’exploitation de l’homme par l’homme, le prolétariat est l’authentique représentant des intérêts populaires. Teng Siao­-ping, par contre, nous régale de la nouveauté suivante: les pays du « tiers monde » sont la force motrice de l’histoire.

Et il ne s’agit pas d’une erreur de traduction dûe à la complexité de la langue chinoise. 

Lui et ceux qui le secondent ou ceux qui ont inspiré ses conceptions opportunistes ont choisi avec soin cette dénomination du « pays ». 

En parlant de « pays », ils se sont ménagés une marge d’ambiguïté qui leur était nécessaire pour faire croire que le sort des peuples de ces pays les intéresse mais pour en fait s’entendre avec leurs gouvernements, avec leurs secteurs bourgeois dominants.

C’est ainsi que Teng Siao­ping affirme dans son intervention à l’ONU que : les pays en « voie de développement » constituent « la force motrice révolutionnaire qui fait avancer la roue de l’histoire universelle, ainsi que la force principale dans la lutte contre le colonialisme, l’impérialisme et en particulier contre les superpuissances ».

Aux Nations Unies, lieu choisi par Teng Siao­ping pour son discours révisionniste, les pays se trouvent « représentés » par leurs gouvernements, opposés en général à leurs peuples et au service, à quelques rares exceptions près, de l’une ou l’autre  superpuissance.

C’est, sans aucun doute possible, à ces gouvernements que se réfère Teng Siao­ping, quand il parle des « pays » et en aucune manière à leurs peuples.

Ce qui nous fait dire que pour Teng, les « pays » ce sont leurs gouvernements, découle de tout le contexte de son intervention à l’ONU, des nombreux discours postérieurs que l’on connaît, ainsi que de la propagande des publications chinoises, inspirées par ses idées.

Dans cette intervention à l’ONU, par exemple, il donne comme preuves de la lutte anti­impérialiste des pays du « tiers monde »:

« La 10e Conférence au sommet des pays africains, la 4e Conférence au sommet des pays non­alignés, la Conférence au sommet des pays arabes, ainsi que la Conférence au sommet des pays islamiques ».

Évidemment, ceux qui participèrent à toutes ces conférences « au sommet », furent les gouvernements, les secteurs bourgeois et, souvent, les secteurs semi­féodaux dominants dans ces pays et non leurs peuples.

Plus loin dans son intervention, Teng Siao-­ping lui­même fait la différence avec ce qui représente véritablement une lutte des peuples, quand il dit :

« Les peuples du Mozambique, d’Angola, du Zimbabwe, de Namibie et d’Azanie développent avec vigueur la lutte armée et le mouvement de masses contre la domination coloniale portugaise et le racisme blanc en Afrique du Sud et en Rhodésie du Sud ».

Dans un autre passage de son intervention, il dit :

« Nous pensons que les relations tant politiques qu’économiques entre Etats doivent reposer sur les cinq principes suivants : respect mutuel de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, non agression mutuelle, non ingérence mutuelle dans les affaires intérieures, égalité et avantages réciproques, et coexistence pacifique ».

Et il ajoute immédiatement pour illustrer ce qu’il a dit auparavant et pour montrer comment, pour lui, « pays » est synonyme d’« Etat » :

« Nous nous opposons à ce qu’un pays, quel qu’il soit, contrevienne à ces principes, établisse son hégémonie et se crée des sphères d’influence dans une région quelconque ».

Dans une autre occasion, en recevant le Chancelier Helmut Schmidt d’Allemagne occidentale, Teng Siao­-ping s’exprime ainsi :

« Le Chancelier Schmidt est venu dans notre pays pour le 3e anniversaire de l’établissement de relations diplomatiques entre nos pays ».

Sans aucun doute, de telles relations « entre pays » sont des relations avec le gouvernement réactionnaire d’Allemagne occidentale et non avec son peuple.

Les articles des publications chinoises destinés à seconder la ligne de Teng Siao­ping, ne laissent aucun doute que l’on considère comme synonyme « pays » et « Etat ». Ainsi, par exemple, dans Pékin Information n° 44 de novembre 1974, on lit :

« Les superpuissances ne sont plus en mesure de contrôler les Nations Unies. Les pays du tiers monde constituent la majorité écrasante à l’ONU, changeant ainsi la composition de cette organisation internationale ».

« Pays », donc, pour Teng Siao­ping et sa clique, ce sont : Pinochet, Banzer, Videla et autres militaires fascistes d’Amérique latine qui envoient des représentants de leurs gouvernements aux Nations Unies.

Dans Pékin Information n° 43 d’octobre 1977, on lit :

« Le débat en général (on se réfère à l’ONU) s’est converti, de fait, en une mise à nu et une critique des deux superpuissances de la part des pays du tiers monde ». 

Dans un autre article, il y est dit :

« La Chine a établi des relations de coopération économique et technique avec plus de cinquante pays et leur a accordé une aide à la mesure de ses capacités ». 

Assurément, la part de « l’aide » et de « la coopération » attribuées au gouvernement de Pinochet, n’ont rien à voir avec les intérêts du peuple chilien.

Mais il y a plus. Non seulement Teng Siao­-ping considère que les « pays » de ce qu’il appelle « tiers monde », c’est­à­dire leurs gouvernements, constituent la « force motrice révolutionnaire qui fait avancer la roue de l’histoire », mais encore il pense que l’avant­garde des peuples dans la lutte pour leur libération ce sont ces gouvernement constitués par les classes dominantes qui exploitent le peuple, souvent fascistes et laquais de l’une ou l’autre superpuissance, et non le prolétariat et ses partis marxistes­léninistes.

En effet, dans ce même discours de réception à Helmut Schmidt, il est dit:

« L’unité et la lutte des pays du tiers monde ont porté à un niveau supérieur la lutte des peuples du monde contre le colonialisme, l’impérialisme et l’hégémonisme ». Khrouchtchev luimême n’a pas osé formuler une aussi grosse énormité anti­marxiste! Dans cette phrase pour annales de l’histoire… du révisionnisme, il fait une distinction claire entre « pays » et « peuples », mais c’est pour mettre ces derniers sous l’« hégémonie » de leurs gouvernements, et présente cela comme un passage à « une phase supérieure » dans la lutte contre « le colonialisme, l’impérialisme et l’hégémonisme ».

Nous apprenons ainsi que Pinochet, le dictateur imposé par le sang et par le feu par l’impérialisme yankee et fidèle serviteur de cette superpuissance, a porté à « une phase supérieure » la lutte du peuple chilien « contre le colonialisme, l’impérialisme et l’hégémonisme ».

En vérité, le camarade Mao avait raison quand il disait à propos de Teng Siao­ping :

« Il ne fait pas de distinction entre impérialisme et marxisme ».

Le camarade Mao, par contre, formule la thèse exactement opposée à celle de Teng Siao­ping, quand il dit : « Un pays faible est en mesure de vaincre un pays fort, et un petit pays, de vaincre un grand pays. Le peuple d’un petit pays triomphera à coup sûr de l’agression d’un grand pays, s’il ose se dresser dans la lutte, recourir aux armes et prendre en mains le destin de son pays ». Dans ses appels, Mao Tsé­toung s’adresse toujours aux peuples du monde, qu’il considère comme la force motrice de l’histoire.

 En 1958, il indiquait :

« Si les groupes du capital monopoliste des USA s’obstinent dans leur politique d’agression et de guerre, arrivera inévitablement le jour où ils seront pendus par les peuples du monde. Les complices des USA doivent s’attendre au même sort ».

En 1964, il déclare en appui au peuple du Congo :

« Peuples du monde entier, unissez­vous pour expulser les agresseurs américains et tous leurs laquais! Peuples du monde, prenez courage, osez lutter, défiez les difficultés et avancez par vagues. 

Ainsi le monde entier appartiendra aux peuples. Les monstres de tout acabit seront liquidés ».

A propos de l’agression yankee contre Saint­Domingue, le camarade Mao indique :

« L’intervention armée des Etats­Unis en République Dominicaine a provoqué une nouvelle vague anti­yankee parmi les peuples d’Amérique latine et du monde entier… Les peuples du camp socialiste doivent s’unir. Les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine doivent s’unir… S’unir et former le plus large front unique pour lutter contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme américain et défendre la paix mondiale. 

Le mot d’ordre pour la formation de ce front est : union avec toutes les forces populaires et patriotiques pour expulser l’impérialisme après une lutte dure et prolongée ».

Dans le même style sont ses déclarations contre la discrimination raciale aux Etats­Unis (1963) ; contre l’agression américaine au Vietnam du Sud (1963) ; de soutien au peuple panaméen (1964) ; de soutien aux noirs américains (1968).

En 1969, il soutient :

« L’impérialisme et tous les réactionnaires sont des tigres en papier… Les révisionnistes aussi sont des tigres en papier. .. Les révisionnistes soviétiques et les impérialistes américains sont à la croisée des chemins et ayant commis de nombreux crimes, les peuples du monde ne peuvent les laisser impunis. Les peuples de tous les pays du monde se sont dressés, une nouvelle époque d’opposition à l’impérialisme américain et au social­impérialisme révisionniste soviétique a commencé ».

La « Lettre en 25 points », pour sa part, dit :

« Les impérialistes poursuivent une politique d’agression et de guerre dans le monde, mais le résultat n’en peut être que le contraire de ce qu’ils attendent, il ne peut que hâter la prise de conscience des peuples dans le monde et impulser la révolution.

Ainsi, les impérialistes américains se sont mis en opposition avec les peuples du monde entier et se trouvent encerclés par eux.

Il est nécessaire et possible pour le prolétariat mondial d’unir toutes les forces susceptibles d’être unies de mettre à profit les contradictions internes de l’ennemi et de créer le front unique le plus large contre l’impérialisme et ses laquais. S’en remettre, pour le sort des peuples du monde et celui de l’humanité, à l’unité et à la lutte du prolétariat mondial, à l’unité et à la lutte des peuples du monde, voilà la voie réaliste et juste. »

Un peu plus loin, jugeant par avance la ligne révisionniste de Teng Siao­ping, le document dit :

« L’attitude que l’on adopte envers la lutte révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine est un important critère qui permet de distinguer ceux qui veulent faire la révolution et ceux qui ne le veulent pas ».

En ce qui concerne la voie que doit suivre pour se libérer tout pays colonisé ou soumis au néo­colonialisme, il existe de nombreux écrits du camarade Mao qui contredisent totalement les affirmations antimarxistes de Teng Siao­ping.

La libération nationale est le fruit d’une révolution dans le pays soumis, révolution destinée à renverser les forces ­ féodales ou bourgeoises ­­ qui servent de support à la domination impérialiste et qui, en elles­mêmes, en leur qualité de grands exploiteurs du peuple, constituent aussi une cible de la révolution démocratique populaire et anti­impérialiste.

La libération nationale implique, également, la décision d’affronter à travers une guerre populaire de libération, les tentatives de l’impérialisme pour maintenir sa domination par la force des armes. Cette lutte de libération ne peut atteindre ses objectifs, actuellement, sous la direction de la bourgeoisie, même s’il s’agit de ses secteurs anti­impérialistes.

Mais encore moins, il ne peut les atteindre sous la conduite des secteurs pro­impérialistes, collaborateurs ou laquais de l’impérialisme, que nous trouvons dans les gouvernements d’une grande partie des pays dits du « tiers monde », secteurs qui pour Teng Siao­-ping, constituent la « force motrice de l’histoire ».

La Révolution Démocratique Populaire qui rend possible la libération nationale authentique ne peut conduire à une indépendance sous la domination de la bourgeoisie, car la faiblesse de la bourgeoisie dans les pays colonisés ou soumis au néo­colonialisme la conduit inévitablement à se lier et à se soumettre à l’impérialisme et, de nos jours, à l’une ou l’autre superpuissance.

Déjà dans les années 1939­-1940, dans ses oeuvres intitulées : La révolution chinoise et le Parti Communiste de Chine et De la Démocratie Nouvelle, le camarade Mao développe largement ces points de vue sur la Révolution Démocratique Populaire.

Il y est dit :

« Etant donné que les principaux ennemis de la révolution chinoise dans l’étape actuelle sont l’impérialisme et la classe des propriétaires fonciers féodaux, quelles sont les tâches de la révolution à cette étape?

Indiscutablement les tâches principales consistent à porter des coups à ces deux ennemis, c’est­à­dire, à faire une révolution nationale pour en finir avec l’oppression étrangère de l’impérialisme et une révolution démocratique pour en terminer avec l’oppression intérieure des propriétaires fonciers féodaux ; de ces tâches, la tâche primordiale c’est la révolution nationale pour renverser l’impérialisme ».

Et il ajoute :

« Les deux grandes tâches de la révolution chinoise sont liées entre elles. Sans renverser la domination de l’impérialisme il est impossible d’en finir avec celle de la classe des propriétaires fonciers féodaux puisque c’est l’impérialisme qui la soutient. Et vice­versa, on ne pourra former de puissants détachements révolutionnaires pour mettre fin à la domination impérialiste sans aider les paysans à mettre fin à la domination féodale, parce que c’est la principale base sociale de la domination impérialiste en Chine, et la paysannerie, le contingent principal de la révolution chinoise ».

Par rapport à la nécessité de la direction prolétarienne dans la révolution, à n’importe quelle étape, le camarade Mao a dit :

« A cette époque, toute révolution qui, dans une colonie ou semi-colonie, est dirigée contre l’impérialisme, c’est­à­dire contre la bourgeoisie internationale ou le capitalisme international, ne relève plus désormais de la vieille catégorie, celle de la révolution démocratique bourgeoise mondiale, mais de la nouvelle catégorie ; elle ne fait plus partie de l’ancienne révolution mondiale bourgeoise ou capitaliste, mais de la nouvelle révolution mondiale, la révolution mondiale socialiste prolétarienne…

Elle n’est déjà plus une révolution de type ancien, dirigée par la bourgeoisie et se proposant d’établir une société capitaliste et un Etat de dictature bourgeoise, mais une révolution de type nouveau, dirigée par le prolétariat et se proposant d’établir, à cette première étape, une société de démocratie nouvelle et un Etat de dictature conjointe de toutes les classes révolutionnaires.»

Et il ajoute : « Une telle révolution s’attaque aux fondements mêmes de l’impérialisme, c’est pourquoi ce dernier ne l’admet pas, mais la combat. En revanche, elle est approuvée par le socialisme et reçoit l’aide de l’Etat socialiste et du prolétariat international socialiste».

A un autre endroit, dans son oeuvre Sur la dictature démocratique populaire, il dit :

«La dictature démocratique populaire a besoin de la direction de la classe ouvrière, parce que la classe ouvrière est la classe la plus perspicace, la plus désintéressée et la plus conséquemment révolutionnaire. Toute l’histoire de la révolution prouve que, sans la direction de la classe ouvrière, la révolution échoue, et que, sous sa direction, la révolution triomphe.»

Plus récemment, en 1964, dans la Lettre en 25 points, rédigée sous sa direction, il reproche aux révisionnistes soviétiques le fait de prétendre (à l’égal de Teng Siao­-Ping) que :

« la contradiction entre les nations opprimées et l’impérialisme peut se résoudre sans une révolution des nations opprimées ».

Dans un autre point du document, il est dit :

« A mesure que s’aggravent les contradictions sociales à l’intérieure du pays et que s’intensifie la lutte de classes sur le plan international, la bourgeoisie, et surtout la grande bourgeoisie, s’appuie de plus en plus sur l’impérialisme et poursuit une politique anti­populaire, anti­communiste et contre­révolutionnaire. Là, le parti du prolétariat doit combattre fermement cette politique réactionnaire. »

Et plus loin :

« Dans la lutte révolutionnaire, il soutient le nationalisme progressiste et s’oppose au nationalisme réactionnaire. Il doit, dans tous les cas, tracer une ligne de démarcation bien nette entre lui­même et le nationalisme bourgeois et ne doit jamais devenir prisonnier de ce dernier. »

Insistant ensuite sur la nécessité de l’hégémonie prolétarienne, il ajoute :

« Si dans la révolution le prolétariat se met à la remorque des propriétaires fonciers et de la bourgeoisie, il lui sera impossible de remporter une victoire véritable et complète dans la révolution nationale et démocratique, et même si une certaine victoire est obtenue, il lui sera impossible de la consolider. »

Pour sa part, la brochure Des défenseurs du néo­colonialisme soutient :

« Une autre idée fréquemment propagée par les dirigeants du PCUS, c’est qu’un pays peut édifier le socialisme, quelle que soit la direction dont il dispose, même s’il s’agit d’un nationaliste réactionnaire comme Nehru. Ceci est bien plus éloigné encore de l’idée de la direction prolétarienne.»

Teng Siao­-Ping, par contre, donne pour déjà conquise l’indépendance politique des pays qu’il inclut dans son « tiers monde ». Il nie, par là­même, la nécessité de faire dans chaque pays une révolution qui conduise à se libérer du colonialisme ou du néo-colonialisme, sous direction prolétarienne.

Pour lui, il ne reste qu’à éliminer les « résidus d’ingérence de l’impérialisme, sur la base de mesures tendant à consolider l’indépendance économique. La « force motrice » de ce processus pour Tenu Siao­-Ping serait les gouvernements bourgeois ou semi­féodaux de son « tiers-monde », parmi lesquels on compte les fascistes, les réactionnaires et laquais de l’impérialisme.

Ce que veulent, en réalité, Teng Siao­-Ping et sa clique, c’est freiner l’authentique mouvement de libération nationale révolutionnaire, dans la perspective socialiste, pour trouver, dans le plus pur style nationaliste bourgeois, des alliés également bourgeois (et même semi­f-éodaux) pour leur caste révisionniste, qui veut prendre le contrôle de la Chine, y restaurer le capitalisme et la transformer en une nouvelle superpuissance.

Dans leurs efforts pour établir leur zone d’influence et d’hégémonie dans le monde, ils veulent seulement, dans les pays soumis au social­impérialisme ou à l’impérialisme américain, détacher les secteurs bourgeois soumis à l’une ou l’autre superpuissance de leurs maîtres pour s’offrir à eux en allié à la place des deux superpuissances.

Pour cela, ils les incitent à élever quelques revendications économiques. L’ennemi et l’obstacle principal à cette stratégie, plus que les superpuissances rivales, ce sont les peuples du monde et leur avancée révolutionnaire sous direction prolétarienne marxiste­léniniste, visant à se libérer de toute oppression, exploitation et hégémonie et à avancer vers le socialisme, que Teng Siao-­Ping tente d’extirper de son propre pays.

Tout en prétendant conjurer ce danger, Teng Siao­-Ping nie aux peuples colonisés ou soumis au néo­colonialisme leur rôle – sous direction prolétarienne ­ comme force motrice de leur libération et prétend attribuer ce rôle aux secteurs dominants, avec lesquels il s’entend à travers les relations diplomatiques et avec lesquels il s’abouche à l’ONU et dans les autres organismes internationaux.

Quel rapport peuvent bien avoir ces théories réactionnaires élucubrées par Teng Siao­-Ping et ses complices, dans le but de se faire des alliés bourgeois dans les pays colonisés, néo-colonisés ou capitalistes avancés et disputer leur hégémonie aux deux superpuissances, avec la ligne internationale révolutionnaire du camarade Mao ? 

Prétendre faire passer une chose pour une autre, c’est croire que tout le monde confond les chats noirs et les chats blancs.

Avec ce que nous venons d’analyser, les thèses réactionnaires que posent comme ligne internationale Teng Siao­-Ping et les « adeptes de la voie capitaliste » qu’il représente actuellement, ne sont pas encore épuisées. Dévoilant à l’avance ses sinistres projets de restaurer le capitalisme en Chine, il s’obstine à effacer son caractère et son rôle comme société socialiste et les devoirs internationalistes qui en découlent.

« La Chine, dit-il, est un pays socialiste et en même temps un pays en voie de développement. Elle appartient au tiers-monde. »

Et à un autre endroit, parlant au pluriel de la Chine et des autres pays de son « tiers­-monde », il dit :

« Nous, pays en voie de développement, nous disposons d’un immense potentiel qui nous permet de développer en toute indépendance notre économie.

Si nous avançons sans défaillir sur la voie de l’indépendance, de l’autonomie et de la confiance dans nos propres forces, en tenant compte de nos particularités et conditions spécifiques, nous serons parfaitement capables d’atteindre progressivement un niveau élevé de production, que nos prédécesseurs n’avaient jamais atteint, dans la modernisation de l’industrie et de l’agriculture. »

Après avoir donné divers conseils économistes, il conclut qu’ainsi ils pourront :

« préparer le terrain pour en finir le plus vite possible avec l’état de pauvreté et de retard. »

Nous voyons ainsi que Teng Siao-­Ping, après avoir affirmé, comme pour se disculper, que la Chine est encore socialiste, l’assimile complètement aux pays du « tiers­-monde », soumis d’une manière ou d’une autre aux superpuissances. En effet, dans sa formulation postérieure il élimine complètement la signification de la révolution socialiste faite par le peuple chinois au prix de son sang, puisqu’il supprime toute différence entre la Chine socialiste et les pays colonisés ou néo-colonisés, auxquels il attribue la capacité de « se développer » et d’en finir avec l’état de « pauvreté » et de « retard », sans faire la révolution pour se libérer par elle de l’impérialisme et sans avancer vers l’instauration de la dictature du prolétariat comme en Chine.

Conclusion : pour Teng Siao­Ping, la Révolution Démocratique Populaire, la Révolution Socialiste, la Révolution Culturelle Prolétarienne en Chine, n’ont aucune signification, puisque les autres pays en « voie de développement » auxquels il assimile la Chine, peuvent obtenir les mêmes résultats sans faire la révolution.

Outre le fait qu’il méconnaît la signification des révolutions qui ont eu lieu en Chine, il propose comme programme de « développement » aux pays colonisés et néo­colonisés, la théorie « de développement bourgeois », vieille farce bien connue, diffusée il y a déjà longtemps par l’impérialisme et ses agents, pour convaincre les peuples que, sans faire la révolution et en travaillant seulement davantage, c’est­à­dire, en se laissant exploiter plus intensément, ils élimineront la « pauvreté et le retard ».

Dans son honteux renoncement à établir la différence claire qui existe entre un Etat socialiste et un Etat soumis au colonialisme ou au néo­colonialisme, en cherchant une similitude très relative basée sur le degré de développement économique, Teng Siao-Ping montre son mépris et son opposition au socialisme, et pour lesquels il fut combattu pendant la Révolution Culturelle. Pour ce pseudo­-marxiste, ce n’est pas la question du Pouvoir, le caractère de l’Etat, les rapports de production, qui caractérisent une société, mais simplement son degré de développement économique.

De telle manière que, si le rythme accéléré de développement de la Chine se poursuit, en accord avec la logique économiste de Teng Siao­Ping, celle­ci devrait passer rapidement dans le « second monde », et très vite, elle se transformerait en une superpuissance, et rejoindrait le « premier monde », puisque ce qui lui sert à classer les pays, c’est leur degré de développement économique.

Pour Teng Siao­-Ping, la Chine ne constitue pas un modèle socialiste vers lequel convergent, sous direction prolétariennes, les nations opprimées, modèle radicalement différent du régime d’oppression et d’exploitation coloniale ou néo­coloniale qu’elles connaissent.

Intéressés à s’allier, non avec le prolétariat ni avec les peuples  d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine, mais avec les secteurs dominants installés aux gouvernements, il s’obstine à faire oublier le rôle de modèle socialiste qu’a la Chine, ainsi que les différences essentielles existant entre le socialisme et le colonialisme.

Avec cela, il ne fait rien d’autre que dénigrer le socialisme, renoncer au rôle d’avant­garde et à la responsabilité qui incombe au prolétariat au Pouvoir et rabaisser le rôle de la politique prolétarienne et de l’idéologie prolétarienne. En somme, la même chose que ce qu’il s’est obstiné et qu’il s’obstine à faire à l’intérieur de la Chine, employant là aussi des arguments économistes, pour s’opposer à la Révolution Culturelle et à la dictature du prolétariat.

Le premier aspect de sa trahison envers le marxisme que la « Lettre en 25 points » dénonce chez Khrouchtchev et ses disciples, c’est :

« effacer le contenu de classe des contradictions entre le camp socialiste et le camp impérialiste, ne pas considérer ces contradictions comme étant celles entre les pays sous dictature du prolétariat et les pays sous dictature du capital monopoliste. »

Teng Siao­Ping va plus loin : non seulement il prétend effacer « le contenu de classe de la contradiction entre le camp socialiste et le camp impérialiste », mais il prétend effacer le camp socialiste lui­même.

« Le camp socialiste,­ dit­-il dans son Intervention à l’ONU, qui avait existé pendant un temps après la Seconde Guerre Mondiale, a désormais cessé d’exister, avec l’apparition du social­impérialisme. »

Lénine, alors qu’il n’existait qu’un seul pays socialiste, l’URSS, soutenait : « Actuellement, il existe deux mondes, l’ancien, le capitalisme… et le monde nouveau, qui grandit, qui est encore très faible, mais qui grandira, car il est invincible », en se référant au socialisme. Que pensait le camarade Mao par rapport au rôle d’un régime socialiste ? 

Dans son livre De la Démocratie Nouvelle, se référant à l’unique pays socialiste existant, à l’URSS avant la trahison révisionniste, il dit :

« La Première Guerre Mondiale impérialiste et la première révolution socialiste victorieuse, la Révolution d’Octobre, ont totalement changé le cours de l’histoire universelle, dont elles ont inauguré une ère nouvelle.

A l’époque où le front du capitalisme mondial s’est effondré sur une partie du globe (soit un sixième de la surface terrestre) et où il a révélé pleinement sa décadence partout ailleurs, à l’époque où ce qui reste du monde capitaliste ne peut subsister sans dépendre davantage des colonies et des semi­colonies, à l’époque où un Etat socialiste a été créé et a proclamé sa volonté de soutenir le mouvement de libération dans toutes les colonies et semi­colonies, à l’époque, enfin, où le prolétariat des pays capitalistes se dégage de plus en plus de l’influence social-impérialiste des partis social­démocrates et se déclare prêt à soutenir le mouvement de libération des pays colonisés et semi­colonisés, à une telle époque, toute révolution qui dans une colonie ou semi­colonie, est dirigée contre l’impérialisme, c’est­à­dire contre la bourgeoisie internationale ou le capitalisme international, ne relève plus désormais de la vieille catégorie, celle de la révolution démocratique bourgeoise mondiale, mais de la nouvelle catégorie ; elle ne fait plus partie de l’ancienne révolution mondiale bourgeoise ou capitaliste, mais de la nouvelle révolution mondiale, la révolution mondiale socialiste prolétarienne.

Cette colonie ou semi­colonie en révolution ne peut plus être considérée comme une alliée du front contre­révolutionnaire du capitalisme mondial ; elle est devenue une alliée du front révolutionnaire du socialisme mondial. »

Et en 1939, dans une entrevue avec un correspondant du journal  Chine Nouvelle, il disait :

« En dehors du monde capitaliste, il existe un monde lumineux : l’Union Soviétique socialiste ». Peut­on comparer cette grandiose vision du socialisme du camarade Mao, alors qu’il n’existait qu’un pays socialiste, avec les tentatives mesquines de Teng Siao­Ping pour assimiler la Chine aux pays opprimés par l’impérialisme et ne plus reconnaître l’existence d’un monde socialiste ?

L’attitude de Teng Siao­-Ping n’est­elle pas un signe avant­coureur de ce qu’il désire réaliser en Chine : liquider le régime socialiste et restaurer le capitalisme, toutes choses pour lesquelles il a été combattu par Mao Tse­-Toung et par les marxistes­léninistes ? Cela ne signifie­-t-­il pas nier le rôle que le mouvement de libération dans les colonies et les néo­colonies joue en tant que partie intégrante de la révolution socialiste, en s’obstinant à la faire revenir au stade de la « vieille révolution bourgeoise? »

Faisant un diagnostic clairvoyant de positions comme celles de Teng Siao-­Ping, le camarade Mao notait :

« Les révisionnistes effacent la différence entre le socialisme et le capitalisme, entre la dictature du prolétariat et celle de la bourgeoisie. Ce qu’ils préconisent, en fait, ce n’est pas la ligne socialiste mais la ligne capitaliste.»

Toute cette stratégie révisionniste de Teng Siao­-Ping que nous avons analysée, est synthétisée dans la théorie des « Trois Mondes. » Cette théorie est la quintessence de la ligne opportuniste et chauvine de Teng Siao­-Ping. Dans cette théorie, ­l’existence du monde socialiste est ni plus ni moins passée sous silence, confirmant ce que nous venons de démontrer, à savoir que pour Teng Siao­-Ping et les siens, le socialisme n’est plus qu’un mot sans importance.

En effet, la théorie des « Trois Mondes » n’admet qu’un « premier monde » qui équivaut aux deux superpuissances ; un « second monde » qui regroupe une série de pays capitalistes développés ; et le « tiers monde », dans lequel il inclut la Chine, dont la caractéristique essentielle ne serait pas d’être des nations opprimées et exploitées par l’impérialisme mais d’être en « voie de développement ».

D’après la théorie des « Trois Mondes », il est possible et nécessaire d’unir toutes les forces du « second » et « troisième monde » contre le « premier », c’est­à­dire contre les superpuissances.

Cette théorie comme de nombreux partis marxistes­léninistes l’ont déjà démontré, est absolument unilatérale, mécanique, économiste, dépourvue de toute analyse de classes et anti­marxiste.

Ce n’est rien d’autre qu’une nouvelle version mise au goût du jour de la vieille théorie bourgeoise qui parle de pays « développés », « sous­-développés » ou « en voie de développement », qui vise à semer l’illusion qu’il est possible de « se développer », du fait que l’on est déjà « en voie de développement », sans avoir besoin de faire la révolution pour secouer le joug colonial ou néo­colonial.

La seule « nouveauté » de la théorie des « Trois Mondes » par rapport aux formulations bourgeoises qu’elle copie, c’est qu’elle reconnaît l’existence de deux nations « super­développées », qu’elle qualifie de « premier monde».

La théorie des « trois mondes » divise et regroupe les nations uniquement en fonction de leur stade de développement économique, en ne tenant aucun compte du caractère du régime politique qui y domine et en omettant l’analyse de classe ­ le plus important pour les authentiques marxistes ­ qui traverse toutes les nations. Par cette classification mécanique, unilatérale et fausse, on prétend ignorer par exemple que dans les pays colonisés, et plus encore dans ceux soumis au néo­colonialisme, il existe à l’intérieur de ces pays des forces qui sont au service de la domination des superpuissances. Forces qui, en général, contrôlent le pouvoir et gouvernent dans les pays du prétendu « tiers­-monde ».

Dans les nations capitalistes développées, elle ignore le rôle réactionnaire des secteurs monopolistes de la bourgeoisie, alliés et liés étroitement à l’impérialisme américain. Impérialistes souvent eux­-mêmes, et en tout cas ennemis mortels de la révolution prolétarienne à l’ordre du jour dans ces pays. Dans cette absurde théorie opportuniste que Teng Siao-­ping prône comme stratégie internationale de « lutte » contre les superpuissances, en réalité contre l’une d’elles, ces secteurs monopolistes bourgeois sont considérés comme des « alliés ».

En ce qui concerne les laquais des superpuissances qui gouvernent une grande partie des pays dits du « tiers monde », Teng Siao­-ping les considère non seulement comme des alliés, mais comme la force motrice révolutionnaire qui fait avancer la roue de l’histoire universelle, ni plus ni moins. Le caractère révisionniste et antimarxiste de cette théorie des « trois mondes » que les faussaires qui l’ont inventée ont eu l’audace d’attribuer à Mao Tsé­-toung a été si souvent démontré qu’il n’est pas nécessaire d’y insister.

Ce qu’il est intéressant d’éclaircir, c’est qu’à travers cette dite théorie opportuniste Teng Siao­ping et son équipe réactionnaire se proposent de freiner la révolution démocratico­populaire et de libération nationale dans les pays du soi­disant « tiers monde ». De freiner la révolution socialiste dans le « second monde » et en échange de certaines garanties économiques et autres, offertes par la Chine, de créer sa propre sphère d’influence et d’hégémonie.

De là son intérêt à se lier aux forces bourgeoises des pays capitalistes et spécialement d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, en les poussant à rompre progressivement leurs liens économiques avec les superpuissances.

De fait, tout la propagande des publications chinoises actuelles et depuis quelques temps déjà, est destinée à faire ressortir et à appuyer les mesures économiques en apparence « indépendantes » qu’adoptent ces secteurs bourgeois au travers de leurs gouvernements et autres institutions qu’ils contrôlent, en particulier s’ils sont en opposition au social­impérialisme soviétique. Les luttes des peuples sont presque complètement passées sous silence.

Qui plus est, en voulant présenter le social­-impérialisme soviétique comme la superpuissance « la plus dangereuse » et « la plus belliqueuse », en donnant comme argument qu’il est arrivé en retard dans le partage du monde et qu’il est « obligé de disputer le terrain aux EtatsUnis », en fait Teng Siao-­ping et sa clique acceptent la domination américaine et sur beaucoup de points l’appuient et la renforcent.

Curieuse « logique » que celle de ces opportunistes. Comme existe le danger « imminent » d’une guerre mondiale déclenchée par les soviétiques et de l’extension de leur domination, il faut appuyer ­ disent­ils ­ les gouvernements et secteurs réactionnaires qui s’y opposent bien qu’ils soient de grands exploiteurs et des instruments d’une domination (non pas possible mais bien réelle et actuelle) de l’impérialisme américain.

Ainsi donc, il faut renforcer les pactes économiques et militaires, comme le marché commun et l’OTAN, instruments de domination de l’impérialisme yankee et des monopoles de chaque pays, à condition que ceux­ci s’opposent au danger d’expansion du social­impérialisme. 

En somme, acceptons et renforçons la domination et l’exploitation actuelle de nos peuples par l’impérialisme américain et les forces réactionnaires de chaque pays, renonçons à la libération et à la révolution pour éviter le danger d’une domination possible du social­impérialisme soviétique.

Acceptons que le tigre dévaste notre maison pour que le loup ne rentre pas par la fenêtre.

Teng Siao­-ping et sa clique se sont sentis visés et se sont indignés contre la déclaration commune des partis marxistes­léninistes d’Amérique latine parce qu’il est dit dans celle­ci, en faisant référence aux superpuissances que ce serait une grave erreur de s’allier à l’une d’elles pour combattre l’autre. Si cette affirmation est correcte, pourquoi tant d’indignation et tant d’efforts déployés pour que cette déclaration ne soit pas rendue publique ? Cette opposition est dûe à ce que la politique de Teng Siao­ping ­ renforcer les instruments de domination de l’impérialisme yankee et décourager la lutte de libération des révolutionnaires dans la sphère d’influence américaine ­ revient objectivement à cela : appuyer une superpuissance sous prétexte de combattre l’autre.

On a prétendu avancer comme argument et justification de cette collaboration avec l’impérialisme américain, la juste formulation selon laquelle il est nécessaire de profiter des contradictions entre les ennemis.

La Lettre en 25 points indique cependant clairement les limites entre l’utilisation des contradictions entre les ennemis et l’alliance avec ces mêmes ennemis :

« Tout en dirigeant les masses populaires, dans la lutte contre l’ennemi, le parti du prolétariat doit également savoir mettre à profit les contradictions existant entre les ennemis. Mais si l’on utilise ces contradictions c’est pour atteindre plus facilement le but de la lutte révolutionnaire du peuple et non pour supprimer cette lutte. »

Il faut se poser la question : l’attitude condescendante et de soutien de Teng Siao­-ping et de sa clique envers les dictatures pro­yankee en Amérique latine, uniquement parce qu’elles s’opposent aux soviétiques, a­t­elle pour objet d’ « atteindre plus facilement les buts de la lutte révolutionnaire du peuple »? Bien sûr que non !

Peut­être que la tâche fondamentale des peuples latino­américains ne consiste pas précisément à renverser ces dictatures fascistes imposées par l’impérialisme yankee, pour se libérer de la domination très concrète et réelle de cette superpuissance?

En ce qui concerne l’Europe, quand les dirigeants chinois de l’école de Teng Siao­-ping applaudissent et reçoivent avec les honneurs des « dirigeants » comme Jurquet en France, Vilar au Portugal et d’autres opportunistes qui ont appelé à renforcer les armées bourgeoises, à s’allier avec la bourgeoisie monopoliste, qui ont fait des meetings communs avec des groupes fascistes parce qu’ils sont « anti social-­impérialistes », qui se sont prononcés en faveur de l’OTAN et du marché commun européen, facilitent­ils la lutte révolutionnaire du prolétariat en Europe?

Peut­on concevoir une falsification plus grotesque de la politique prolétarienne que celle de renoncer à la révolution et de s’allier aux monopoles et à la superpuissance qui exploite réellement son peuple en prétextant une hypothétique domination future de l’autre superpuissance ?

Le plus honteux et le plus scandaleux, c’est que Teng Siao­ping et les siens prétendent faire passer la politique pragmatiste chauvine et hégémoniste qu’ils essayent d’appliquer en tant que politique internationale de la Chine, au stade d’une « stratégie » marxiste­-léniniste et qu’ils tentent de soudoyer et d’entraîner des organisations marxistes-léninistes pour appuyer cette politique profondément contraire aux intérêts de leur peuple.

Il est compréhensible que le chancelier d’Allemagne occidentale représentant de la grande bourgeoisie ait indiqué à Teng Siao ­Ping lors de sa visite en Chine pour lui faire plaisir et pour faire des affaires que l’alliance atlantique entre l’Amérique du nord et l’Europe continue d’être la base invariable de la République Fédérale et que la communauté européenne se développera jusqu’à être une force politique mondiale, en ajoutant « nous sommes satisfaits de ce que votre gouvernement ait fait une estimation positive de ces efforts de la communauté européenne. »

Le plus grotesque c’est que ceux qui se disent marxistes­-léninistes abandonnent complètement les intérêts et les tâches révolutionnaires dans leur pays pour se transformer en ambassadeurs d’une politique chinoise chauvine et opportuniste conduite par ceux qui désirent y restaurer le capitalisme.

La Lettre en 25 points indique le rôle des révolutionnaires dans les pays capitalistes avancés :

« Dans les pays capitalistes que les impérialistes américains contrôlent ou essaient de contrôler, la classe ouvrière et les masses populaires doivent diriger principalement leurs attaques contre l’impérialisme américain et aussi contre le capital monopoliste et les autres forces de la réaction intérieure qui trahissent les intérêts de la nation ».

Et elle ajoute : « tout en dirigeant activement les luttes d’intérêts immédiats, les communistes des pays capitalistes doivent les lier à la lutte d’intérêt général et à long terme, éduquer les masses dans l’esprit révolutionnaire du marxisme­léninisme, élever sans cesse leur conscience politique, et assumer la tâche historique de la révolution prolétarienne. Si l’on n’agit pas ainsi, si l’on prend le mouvement d’intérêt immédiat pour le tout, si l’on ne cherche qu’à s’en tirer momentanément, si l’on ne fait que se plier aux événements de l’heure en sacrifiant les intérêts vitaux du prolétariat, c’est de la social­démocratie à 100 % ».

On prétend ainsi présenter la stratégie anti-marxiste des « trois mondes » comme expression de la conception du camarade Mao du front unique contre les ennemis principaux. Cependant, la conception du front unique de Mao Tsé­t-oung basée sur les contradictions réelles de classe et toujours sous direction prolétarienne, ne peut se confondre avec la caricature absurde et réactionnaire que veut nous vendre Teng Siao­ping.

Dans le front unique que propose Teng Siao­-ping, le prolétariat et les peuples doivent dans le « tiers monde » se mettre sous la coupe des laquais de l’impérialisme américain, et dans le « second monde » aux monopoles capitalistes et aux organismes économiques et militaires manipulés par l’impérialisme yankee, pour combattre les dangers que représente le social­impérialisme soviétique.

Comment est­il possible de développer un tel front, en freinant la révolution de libération nationale dans les pays coloniaux et néocoloniaux, et la révolution prolétarienne dans les pays capitalistes?

Le document Des défenseurs du néo­colonialisme indique :

« Abandonner complètement la tâche de combat contre l’impérialisme et le colonialisme et s’opposer totalement à la guerre de libération nationale, conformément à la ligne erronée des dirigeants du PCUS équivaudrait pour le prolétariat et les partis communistes des nations et pays opprimés à rengainer l’étendard patriotique du combat contre l’impérialisme et de la lutte pour l’indépendance nationale et à l’offrir à d’autres. Et s’il en allait ainsi, comment pourrait­il encore être question d’un front unique anti­impérialiste ou de la direction prolétarienne ».

On pourrait faire la même analyse pour les pays capitalistes plus avancés. La révolution de libération nationale, ainsi que la révolution prolétarienne ont nécessairement comme cible dans le premier cas, les secteurs semi­féodaux ou bourgeois pro­impérialistes et, dans celui des pays capitalistes avancés, la bourgeoisie et spécialement la bourgeoisie monopoliste. Il ne peut y avoir de front unique d’orientation marxiste sur le plan mondial qui ne se fonde sur les contradictions de classes internes dans chaque pays et encore moins en opposition aux tâches révolutionnaires fondamentales qui y sont posées.

Derrière leurs propos chauvins et hégémonistes, Teng Siao­-ping et sa clique déforment également complètement les idées de Lénine et de Mao Tsé­-toung à propos de la guerre et de la paix, de la coexistence pacifique, de la non­intervention et autres. Sous des formulations un peu plus enrobées et trompeuses, ils poursuivent les mêmes objectifs que les dirigeants du PCUS.

Ceux-­ci se sont efforcés d’effrayer les peuples avec la menace d’une guerre atomique afin de freiner la révolution dans les pays capitalistes et la libération nationale dans les colonies et néo­colonies de façon à s’y introduire et à exercer leur hégémonie, sans avoir à affronter le prolétariat et les peuples sous sa direction au pouvoir.

Etant donné que la majeure partie du monde est encore dominée par l’impérialisme américain en collaboration avec les forces bourgeoises et réactionnaires intérieures, la politique de Teng Siao­-ping de saboter la révolution et la libération nationale et de consolider les instruments d’oppression de l’impérialisme yankee et des réactionnaires dans chaque pays en présentant comme « imminente » l’invasion soviétique ne revient­elle pas au même que l’attitude d’opposition à la révolution de Khrouchtchev qui invoquait le danger d’une guerre mondiale atomique ?

La seule différence c’est que le social­impérialisme a rencontré une superpuissance sur son chemin, et que pour cette raison il a préconisé la « coexistence pacifique » et la peur de la guerre atomique pendant qu’il étendait et forgeait son hégémonie, alors que Teng Siao­-ping et les siens ont rencontré deux superpuissances et c’est pourquoi en même temps qu’ils paralysent les peuples, ils appuient le tigre impérialiste contre le loup social­impérialiste.

En effet, Teng Siao­ping et sa clique après s’être efforcés de semer la terreur en annonçant une guerre « imminente » ne s’adressent pas fondamentalement aux peuples pour conjurer une telle guerre, mais à l’impérialisme et à ses alliés en les exortant à renforcer leurs armements et leurs pactes militaires en tout genre.

Cependant, comme on le sait, le renforcement de la puissance militaire de l’impérialisme et des secteurs bourgeois qui lui sont liés est dirigé principalement et avant tout contre les peuples qu’ils oppriment et exploitent.

En poussant, par conséquent une superpuissance et ses alliés à renforcer toujours plus son armement et en stimulant quelques groupes pseudo­marxistes à applaudir à de telles mesures, Teng Siao­ping et sa clique opportuniste et chauvine renforcent les chaînes de l’oppression et de l’exploitation.

Cela n’a jamais été le rôle d’un Etat socialiste et du prolétariat au pouvoir de pousser l’un des blocs impérialistes en rivalité à renforcer son armement, mais de mobiliser le prolétariat et les peuples pour lier les mains aux agresseurs et conjurer le danger de guerre en faisant avancer la révolution.

La préoccupation centrale des marxistes-­léninistes, que ce soit pour empêcher les menaces de guerre toujours présentes tant qu’existe le capitalisme ou pour affronter la guerre même et la transformer au bénéfice des peuples si elle éclate, c’est de faire avancer la révolution.

En cas de guerre entre les superpuissances, ce n’est pas le rôle des marxistes­léninistes de pousser le peuple à se placer aux côtés de l’une ou de l’autre, mais à transformer la guerre impérialiste ­ comme le fit Lénine ­ en guerre civile révolutionnaire pour conquérir le pouvoir.

Le camarade Mao, dans l’article Léninisme ou social­-impérialisme paru le 22 avril 1970 indiquait à ce sujet :

« Pour ce qui est de la guerre mondiale, il n’y a au fond que deux possibilités. Ou c’est la guerre qui provoque la révolution, ou c’est la révolution qui conjure la guerre ».

Il continue :

« Que les peuples du monde entier s’unissent pour combattre toute guerre d’agression déclenchée par tout impérialisme ou le social­impérialisme et notamment la guerre d’agression qui recourrait à la bombe atomique. Si une telle guerre éclate, les peuples du monde devront écraser la guerre d’agression par la guerre révolutionnaire. Ils doivent y être préparés dès maintenant!».

Dans la Lettre en 25 points qui contient également les idées de Mao à ce sujet, on peut y lire :

« Conjurer une nouvelle guerre mondiale, c’est ce qu’exigent universellement tous les peuples du monde. Et il est possible de la conjurer. La question ici est de savoir quelle est en définitive la voie à emprunter pour assurer la paix mondiale. Selon le point de vue léniniste on ne peut gagner la paix mondiale que par la lutte de tous les peuples du monde et non en la quémandant auprès de l’impérialisme.

Ce n’est qu’en s’appuyant sur le développement de la puissance du camp socialiste, sur la lutte révolutionnaire du prolétariat et du peuple travailleur des différents pays, sur la lutte délibération des nations opprimées, et sur la lutte de tous les peuples des pays épris de paix, qu’il est possible de défendre énergiquement la paix dans le monde. Voilà la politique léniniste. Toute politique contraire est incapable de conduire à la paix mondiale, elle ne peut que stimuler les ambitions de l’impérialisme et accroître le danger d’une guerre mondiale ».

La politique qui consiste à utiliser la menace d’une guerre mondiale «inévitable» et «imminente», politique utilisée par Teng Siao-­Ping, n’est pas nouvelle en Chine. Tchang Kaï­-Chek  l’utilisa à des fins semblables.

Dans l’un des commentaires à la Lettre Ouverte du CC du PCUS au PCC intitulée Deux lignes différentes dans la question de la guerre et de la paix, il est souligné :

« La réaction tchang­kaïchiste menait également une propagande tapageuse à ce sujet, la menace d’une guerre mondiale, dans le but d’intimider le peuple chinois.

Certains camarades s’effrayèrent de ce chantage et, face aux attaques armées de la clique réactionnaire de Tchang Kaï­-Chek, épaulé par l’impérialisme américain, ils se montrèrent faibles, n’osant pas opposer résolument la guerre révolutionnaire à la guerre contre­-révolutionnaire.

Toute autre était l’attitude du camarade Mao Tse­-Toung. Celui­ci fit ressortir que si la lutte était menée résolument et efficacement contre les forces réactionnaires mondiales, une nouvelle guerre mondiale pouvait être conjurée. »

Dans le même commentaire critiquant le chantage belliciste exercé par les dirigeants soviétiques, sont dénoncées des conceptions qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à celles de Teng Siao-­Ping :

« La direction du PCUS recourt au chantage nucléaire pour intimider les peuples des pays socialistes et elle ne leur permet pas de soutenir la lutte révolutionnaire des nations et peuples opprimés, aidant par là l’impérialisme américain à isoler le camp socialiste et à réprimer la révolution des peuples.

La direction du PCUS recourt au chantage nucléaire pour intimider les nations et les peuples opprimés du monde entier, elle ne leur permet pas de faire la révolution et elle collabore avec l’impérialisme américain pour étouffer «l’étincelle» de la révolution, l’aidant ainsi à appliquer en toute liberté sa politique d’agression et de guerre dans les zones intermédiaires situées entre les Etats­Unis et le camp socialiste. La direction du PCUS use en outre d’intimidation envers les alliés des Etats­Unis et ne tolère pas qu’ils combattent l’emprise de ceux­ci, aidant, par là l’impérialisme américain à asservir ces pays et à consolider ses positions.

La pratique adoptée par les dirigeants du PCUS revient à supprimer carrément la lutte contre la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme. Elle revient à supprimer carrément le front unique contre l’impérialisme américain et ses laquais et pour la défense de la paix mondiale.

Elle isole au maximum non pas l’ennemi principal de la paix mondiale, mais les forces mondiales de la paix. Elle a en fait supprimé la tâche de combat qu’est la défense de la paix mondiale. C’est là une ligne adaptée à la «stratégie mondiale» de l’impérialisme américain. Ce n’est pas la voie de la défense de la paix mondiale, mais la voie qui accentue le danger de guerre et qui mène à la guerre».

N’est­-ce pas un portrait fidèle et précurseur du chantage que réalisent les révisionnistes chinois et des services qu’ils prêtent ainsi à l’impérialisme américain ?

De même que Teng Siao-ping est un fidèle continuateur de la politique de chantage belliciste de Khrouchtchev, il l’est aussi de sa politique de « coexistence pacifique ».

Là où il a intérêt à établir son hégémonie et à disputer aux superpuissances leurs liens avec la bourgeoisie, il met en avant la « coexistence pacifique » et la « non-­ingérence dans les affaires intérieures » des autres pays, comme l’essence de la politique internationale chinoise.

Il suffit qu’un pays rompe avec Taïwan et établisse des relations diplomatiques avec la Chine pour qu’un tel gouvernement puisse commettre toute sorte d’atrocités contre son peuple sans craindre d’être démasqué ou critiqué par ceux qui conduisent la politique extérieure de la Chine, et sans craindre que son peuple reçoive un franc soutien dans sa lutte contre un tel gouvernement.

Peu importe à ceux qui appliquent la politique internationale de Teng Siao­ping que de tels gouvernements avec lesquels ils ont établi des relations diplomatiques, soient des fascistes qui ont été imposés au peuple par l’intervention la plus brutale, manipulée par l’impérialisme. En nouant des relations diplomatiques, de tels gouvernements achètent leur impunité aux yeux des responsables de la politique extérieure chinoise.

Des dirigeants comme Mobutu, que les publications chinoises, avant que ne s’impose la politique de Teng Siao-ping, qualifiaient de « chien couchant » de l’impérialisme, « traître national congolais », « égorgeur du peuple », « assassin de Lumumba », « laquais des impérialistes américains », etc., se transforment comme par magie en personnages dignes d’éloges et au­dessus de toute critique.

Et ce n’est pas seulement le gouvernement de Chine qui fait l’éloge ou garde le silence sur les crimes des autres gouvernements avec lesquels il a des relations diplomatiques, mais ce sont également le Parti Communiste de Chine et les organisations de masses chinoises qui gardent le silence.

Et cela pendant que les forces politiques, les organes de presse et toute sorte de secteurs des pays capitalistes, qu’ils aient ou non des relations avec la Chine, dissertent librement sur ses problèmes intérieurs et interprètent ce qui s’y passe en fonction de leurs intérêts.

En somme, Teng Siao­-ping et sa clique, au moins en ce qui concerne le camp contrôlé par l’impérialisme américain, ont remplacé l’internationalisme prolétarien par la « coexistence pacifique » et la « non-­ingérence » comme politique extérieure de la Chine.

Est­ce cela la politique extérieure préconisée par le camarade Mao? Est­-ce cela la politique qu’a suivie Lénine en URSS ? Le camarade Mao lui­-même répond dans le commentaire à la Lettre Ouverte du PCUS au PCC, intitulée « Deux politiques de coexistence pacifique diamétralement opposées » rédigée sous son orientation directe.

On peut y lire :

« La politique de coexistence pacifique de Lénine est la politique que le prolétariat au pouvoir suit envers les pays aux systèmes sociaux différents. Lénine n’a jamais fait de la coexistence pacifique le contenu exclusif de la politique extérieure de l’Etat socialiste. Il a indiqué explicitement et à de nombreuses occasions que le principe fondamental de l’Etat socialiste en matière de politique extérieure est l’internationalisme prolétarien. Il a dit : « La Russie des Soviets estime que son plus grand orgueil est d’aider les ouvriers du monde entier dans leur lutte difficile pour le renversement du capitalisme ».

Par contre, d’où Teng Siao-­ping et ses complices ont tiré leur politique consistant à supprimer complètement l’internationalisme prolétarien au nom de la « coexistence pacifique » et de la « non-intervention »?

Comme c’est habituel chez lui, il l’a prise chez son maître Khrouchtchev. Dans le commentaire que nous venons de citer, il est dit :

«La direction du PCUS estime que la coexistence pacifique est le principe suprême qui doit prédominer dans la solution des problèmes sociaux de notre époque. 

Elle prétend que la coexistence pacifique est «l’impératif suprême des temps modernes» et la «souveraine exigence de l’époque». Elle dit aussi que la «coexistence pacifique est la meilleure et la seule voie acceptable pour résoudre les problèmes les plus importants auxquels se trouve confrontée la société», et que le principe de la coexistence pacifique est une «loi fondamentale de la vie de toutes les sociétés modernes».

Analysant cette politique de Khrouchtchev, le commentaire ajoute :

« La politique de coexistence pacifique de Lénine s’oppose à la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme, tandis que la « coexistence pacifique » de Khrouchtchev, se plie aux exigences de l’impérialisme et favorise la politique d’agression et de guerre de ce dernier».

On peut se demander : n’est­-ce pas cela précisément ce que fait Teng et sa clique quand il pousse au renforcement des pactes militaires, des pactes économiques et autres formes de domination de l’impérialisme yankee et de la grande bourgeoisie qui lui est alliée ?

N’est­-ce pas ce qu’il fait quand il accepte passivement la grossière intervention de l’impérialisme américain pour instaurer des dictatures militaires fascistes en Amérique Latine, et dans d’autres lieux, sans dénoncer ni condamner ces faits et sans donner son appui aux peuples qui s’opposent à ces dictatures ?

N’avons­-nous pas vu au contraire, que ce sont ces dictatures, fruits d’une odieuse intervention, qui reçoivent cet appui ? N’est­-ce pas cela la fausse coexistence pacifique de Khrouchtchev qui se plie aux exigences de l’impérialisme et favorise la politique d’agression de ce dernier ?

Plus loin dans le commentaire, il est dit :

« La politique de coexistence pacifique de Lénine part du concept de la lutte internationale de classe, tandis que la coexistence pacifique de Khrouchtchev substitue la collaboration de classe à la lutte de classe au plan international. La politique de « coexistence pacifique » de Lénine est dictée par la mission historique du prolétariat international et exige par conséquent des pays socialistes que, en l’appliquant, ils appuient résolument la lutte révolutionnaire de tous les peuples et nations opprimées.

Mais la «coexistence pacifique» de Khrouchtchev, elle, substitue le pacifisme à la révolution mondiale prolétarienne et trahit l’internationalisme prolétarien. Khrouchtchev a fait de la politique de «coexistence pacifique», la politique de capitulation de classe.»

On peut se demander : ce qu’appliquent Teng Siao­-Ping et sa clique, n’est­-ce pas précisément ce que les marxistes­-léninistes du PCC avec la camarade Mao à leur tête ont dénoncé dans la politique internationale de Khrouchtchev ?

Teng Siao-­Ping, dans son intervention à l’ONU, présente la coexistence pacifique comme la forme exclusive de relations entre les Etats, et dit :

« Nous, nous nous opposons à ce qu’un pays quel qu’il soit contrevienne à ces principes, établisse son hégémonie et se crée des sphères d’influence dans une région quelconque ».

Non seulement il ne mentionne pas l’internationalisme prolétarien comme étant le fondement de 1a politique internationale de la Chine, mais il n’applique pas non plus la directive citée ci­ dessus, car il accepte en silence et souvent en approuvant l’intervention américaine ou celle de ses alliés comme il l’a fait récemment lors de l’envoi d’armes françaises au Zaïre.

Quant au coup d’Etat militaire au Chili, il a gardé le silence le plus complet devant l’odieuse intervention de la CIA américaine qui a fini par être reconnue par la CIA elle­même, qui a été jugée dans une commission du Sénat américain après avoir été largement dénoncée par les secteurs démocratiques dans le monde entier.

D’autre part, en élevant les représentants bourgeois des pays du soi­disant «tiers monde» à la qualité de « force motrice de l’histoire», et en s’alliant de préférence avec eux, ne s’oppose­t­il pas ainsi et par ailleurs, à ce que les peuples se dressent contre eux, et ne s’oppose­t­il pas à la direction révolutionnaire de la lutte de libération ?

Ne fait­-il pas de même dans les pays qualifiés de « second monde », en appelant à renforcer les armées et les pactes militaires et économiques dont se servent l’impérialisme américain et les monopoles de chaque pays pour imposer leur domination ?

N’est­-ce pas cela, placer la «coexistence» et les relations diplomatiques au­dessus des devoirs de l’internationalisme prolétarien, afin de forger sa propre sphère d’influence et d’hégémonie mondiale ?

Le commentaire du PCC à la Lettre Ouverte du PCUS que nous venons de citer, continue en disant :

« L’impérialisme applique ses plans d’agression et de guerre non seulement face aux pays socialistes mais encore dans toutes les parties du monde, et il se consacre à réprimer le mouvement révolutionnaire des peuples et nations opprimées. Dans ces circonstances, les pays socialistes doivent, de concert avec les peuples du monde entier, combattre résolument la politique d’agression et de guerre de l’impérialisme, mener contre lui une lutte pour répondre du tac au tac. Cette lutte de classe, quelquefois intense et quelquefois moins aiguë, est inévitable. »

Nous estimons que la ligne générale de la politique extérieure des pays socialistes doit traduire le principe fondamental de la politique extérieure des pays socialistes et englober le contenu essentiel de celle­ci. Et quel est ce principe ? C’est l’internationalisme prolétarien.

Lénine a dit :

« L’alliance avec les révolutionnaires des pays avancés et avec tous les peuples opprimés contre les impérialistes de tout poil, telle est la politique extérieure du prolétariat ».

Apparemment, Teng Siao­-Ping qui se refuse dans son pays à faire la différence entre les chats blancs et les chats noirs, pour porter au pouvoir les contre­révolutionnaires, en ce qui concerne les superpuissances fait une nette différence en faveur de l’impérialisme américain et de ses laquais avec lesquels il désire seulement coexister pacifiquement, en oubliant complètement l’internationalisme prolétarien. 

Toute l’analyse que nous venons de faire, que ce soit à partir des écrits que de la pratique de la politique internationale chinoise, montre sans aucun doute que la ligne internationale de Teng Siao-­Ping et de son équipe n’a rien à voir avec la ligne internationale de Mao Tse-­Toung et des marxistes­-léninistes. Au contraire, c’est presque point par point, une réédition adaptée bien sûr aux nouvelles conditions historiques, de la ligne internationale opportuniste chauvine et réactionnaire de Khrouchtchev et de ses successeurs.

Teng Siao­-Ping et ceux qui l’ont réhabilité contre la volonté dernière du camarade Mao et des masses populaires chinoises, pourront nous rétorquer que cette politique internationale a commencée à être appliquée du vivant du camarade Mao, et que c’était par conséquent «sa politique». Cependant cet argument ne vaut rien pour qui connaît la complexité de la vie politique en Chine, la puissance qu’ont eu les forces révisionnistes, et la lutte de classe extrêmement aiguë par laquelle est passé ce pays.

En Chine vit presque le quart de l’humanité, et à lui seul le Parti Communiste de Chine a plus de 30 millions de militants. L’une des caractéristiques du processus complexe de lutte entre les deux lignes en Chine, la ligne prolétarienne et la ligne bourgeoise, a été l’existence de ce qu’on a qualifié des «royaumes indépendants», c’est-­à­-dire des bastions et des secteurs d’activité dans lesquels a prédominé la ligne révisionniste pendant de longues périodes.

C’est à eux que se réfère précisément le mot d’ordre de la Révolution Culturelle «reconquérir cette partie du pouvoir usurpée par ceux qui suivent la voie capitaliste».

Sur des ennemis tout puissants appuyés par l’impérialisme et le social­-impérialisme, les marxistes­-léninistes chinois avec le camarade Mao à leur tête, ne pouvaient obtenir la victoire simultanément sur tous les fronts : celui de la culture, celui du Parti, celui de la production, de l’éducation, des Forces Armées, de la politique extérieure etc…

Cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas combattu ces opportunistes sur tous ces fronts. Dans le Pékin Information N°45 de novembre 1977, dans un long article intitulé «La théorie du Président Mao sur la division en trois mondes, importante contribution au marxisme­-léninisme», dans lequel on essaye de maquiller un peu les élucubrations révisionnistes de Teng Siao­-Ping, et surtout, où l’on tente désespérément de la vendre comme les opinions du camarade Mao Tse­Toung, on reconnaît l’opposition qui a existé à la ligne de Teng Siao-­Ping (présentée, bien entendu, comme celle de Mao Tse-­Toung).

Il y est dit :

« dans notre pays, il y avaient ceux qui s’opposaient avec rage à la théorie du Président Mao de la division en trois mondes, c’étaient les Quatre Wang Hong­-Wen, Tchang Tchouen Kiao, Kiang Tsing et Yao Wen­-Yuan. Se présentant comme plus révolutionnaires que les révolutionnaires, ils s’opposaient à ce que notre pays soutienne le tiers monde, s’unisse à toutes les forces susceptibles d’être unies et combatte l’ennemi le plus dangereux. Ils ont tenté de saboter la création d’un front unique international contre l’hégémonisme et ont perturbé la lutte que notre pays livre contre l’hégémonisme, afin de satisfaire les besoins du social­impérialisme soviétique».

En tenant compte de la falsification normale de leur point de vue qu’ils ne sont pas en mesure aujourd’hui de rectifier, la citation précédente démontre que les dirigeants cités, parmi lesquels se trouvent la propre épouse de Mao Tse­Toung et qui jouèrent un rôle important en étroite unité idéologique avec lui pendant la Révolution Culturelle et dans la lutte contre les tentatives de Teng Siao­Ping d’annuler ces conquêtes, ces dirigeants combattirent également la ligne internationale de Teng Siao-­Ping et de ses disciples.

D’autre part, par cette Lettre Ouverte nous avons démontré quels étaient les principes de la politique internationale marxiste-­léniniste du camarade Mao, en complète opposition aux principes révisionnistes que préconise, sur ce terrain (comme sur les autres), Teng Siao-­Ping. Nous l’avons fait, soit en citant directement les oeuvres du camarade Mao éditées avant sa mort soit des écrits de la lutte publique contre le révisionnisme moderne, que tous ont reconnu comme rédigés sous sa direction et son orientation personnelle.

Dans ses oeuvres et ses écrits de combat, le camarade Mao soutient :

que la domination politique coloniale de l’impérialisme continue sous la forme du néo­colonialisme, par l’intermédiaire des laquais de l’impérialisme ;

que la libération nationale est le fruit de la lutte de classe à l’intérieur du pays soumis à l’impérialisme, d’une révolution contre celui­ci et contre les forces intérieures qui servent d’instrument à sa domination ;

que cette révolution de libération nationale pour être victorieuse doit être dirigée par le prolétariat et non la bourgeoisie ;

que la libération n’est pas possible par de simples tentatives de libération économique impulsées par la bourgeoisie ;

que la force motrice de l’histoire est la lutte de classe, ce sont les peuples du monde, avec à leur tête, à notre époque, le prolétariat et son Parti d’avant­garde ;

que le prolétariat dans les pays capitalistes avancés pour conquérir le pouvoir et instaurer le socialisme, comme pour lutter contre les deux superpuissances, doit lutter contre sa propre bourgeoisie monopoliste ;

qu’« il est inadmissible d’effacer le contenu de classe de la contradiction entre le camp socialiste et le camp impérialiste, et de ne pas voir en elle une contradiction entre les Etats de dictature du prolétariat et les Etats de dictature de la bourgeoisie » ;

que l’existence d’Etats socialistes a changé le caractère et la perspective du mouvement de libération nationale, qui avance maintenant sous direction prolétarienne vers le socialisme et non vers le développement capitaliste, sous dictature bourgeoise ;

que les Etats socialistes doivent pratiquer comme essence de leur politique extérieure, l’internationalisme prolétarien et non le subordonner à la coexistence pacifique ni encore moins au chauvinisme ou à l’hégémonisme ;

qu’il est possible d’éviter une nouvelle guerre mondiale, par la lutte des peuples et en faisant avancer la révolution ;

qu’il est nécessaire de combattre fermement tant la superpuissance impérialiste nord­américaine que la superpuissance social­impérialiste soviétique, en leur opposant le front unique des peuples du monde sous direction prolétarienne.

Teng Siao-­Ping, au contraire, avance :

que la domination politique coloniale a disparu pour l’essentiel et qu’il reste seulement des formes « résiduelles » du colonialisme ;

qu’il est possible de «sauvegarder» et de «consolider» l’indépendance à travers un changement dans les «relations économiques internationales» ;

que la libération nationale sera le fruit des actions des «pays» du «tiers monde», entendant par cela fondamentalement, leur gouvernement bourgeois en général laquais de l’impérialisme et opposé au peuple ;

que ces forces bourgeoises qui contrôlent les gouvernements de ces pays du «tiers monde» sont non seulement la force dirigeante de la libération nationale, mais encore la «force motrice de l’histoire universelle» ;

que le prolétariat dans les pays capitalistes développés du soi­disant «deuxième monde» doit s’allier avec sa bourgeoisie monopoliste et renforcer les pactes militaires et autres instruments de domination de l’impérialisme yankee et de la bourgeoisie monopoliste, sous le prétexte de la menace d’une attaque «imminente» de la part du social­impérialisme ;

qu’il n’existe plus de camp socialiste, et que la Chine, bien qu’étant socialiste, appartient au «tiers­monde» constitué pour l’essentiel par des pays colonisés ou soumis par le néocolonialisme à l’impérialisme ou au social­impérialisme ;

que ces pays du «tiers monde», à «l’égal» de la Chine, peuvent se développer économiquement pour en finir avec «l’état de pauvreté et de retard», sans faire la révolution de libération nationale ni la révolution socialiste ;

que la politique extérieure de la Chine est fondamentalement une politique de «coexistence pacifique» et non une politique basée sur l’internationalisme prolétarien ;

que la troisième Guerre Mondiale est inévitable et imminente, poussant en fait les alliés de  l’impérialisme américain à renforcer leurs armements, armées et pactes militaires pour faire front au social­ impérialisme soviétique, et en freinant, en fonction de cela, la lutte de classe.

Tous ces concepts, révisionnistes jusqu’à la moelle, ont été exprimés directement par Teng Siao-­Ping ou ceux qui le secondent, ou, comme nous l’avons démontré, se déduisent clairement de la propagande qui appuie cette ligne, ainsi que des actions concrètes auxquelles ont abouti la politique extérieure chinoise.

Alors maintenant on peut se demander : ceux qui affirment que Teng Siao­-Ping et ses maîtres ou ses disciples appliquent fidèlement la ligne internationale du camarade Mao, prétendent­il nous faire croire que celui­ci a changé du jour au lendemain à 180 degrés les principes de sa politique internationale, sans consigner par écrit ce changement et seulement en le murmurant en secret à l’oreille de Teng Siao-­Ping et autres personnes de son acabit ?

Et ce qui est encore plus grave, prétendent­-ils nous faire croire que le camarade Mao Tse­-Toung combattait publiquement la ligne internationale révisionniste de Khrouchtchev et des « Khrouchtchev chinois » comme Teng Siao­-Ping et qu’il impulsait en secret une ligne révisionniste et anti­-marxiste ? Ils ne parviendront jamais à le faire croire à notre Parti.

Ce que nous savons, c’est que étant donné l’immense prestige qu’ont eues les directives politiques du camarade Mao et l’affection et l’admiration que lui portent le peuple chinois et les autres peuples du monde, ses ennemis ont dû se « draper dans le drapeau rouge » de ses idées et se faire passer pour fidèles interprètes de celles­ci, pour mieux les combattre et s’y opposer.

N’est­ce pas ce que faisait, dans son « royaume indépendant » forgé dans l’Armée Populaire de Libération, Lin Piao, dans des circonstances où le camarade Mao, comme il a été démontré, avait de profondes divergences politiques et idéologiques avec lui ? N’est­ce pas ce que firent auparavant, Liu Chao­Chi, Teng Siao­Ping et autres révisionnistes invétérés dans leurs «royaumes indépendants» enkystés dans le Parti, dans l’appareil d’Etat et sur le front culturel et autre, jusqu’à ce qu’ils soient renversés par la Révolution Culturelle ?

Le fait que la lutte ait été prolongée (et qu’elle le sera encore puisque à travers un coup d’Etat ils ont repris l’initiative) et qu’ayant perdu un temps considérable pour les démasquer et les renverser au début de la Révolution Culturelle, cela signifie­t­il que le camarade Mao était d’accord avec eux et qu’il ne les ait pas combattus ?

Certainement pas.

Le camarade Mao lui­même dénonce à plusieurs occasions le fait que ses ennemis avaient utilisé et abusé de son nom et même fait des citations partielles de ses oeuvres pour le combattre et combattre l’essence de sa pensée. Dans une lettre adressée, le 8 juillet 1966, à son épouse la camarade Kiang Tsing, le camarade Mao exprime son profond mécontentement pour la façon dont Lin Piao utilise ses écrits et s’exprime ainsi :

« Après ma mort, quand la droite aura pris le pouvoir… la droite exploitera mes paroles pour hisser définitivement le drapeau noir, mais cela ne leur portera pas bonheur».

Il dira de même à Edgar Snow :

« De tous ceux qui crient Vive Mao Tse­Toung, un tiers est sincère, un autre tiers rejoint la majorité, et le reste, en dernier lieu, se compose d’hypocrites».

Pour notre part, nous sommes convaincus que Teng Siao-­Ping et ses disciples se trouvent dans ce dernier tiers, celui des hypocrites.

La «réhabilitation» de Teng Siao­-Ping, peu après la mort de Mao Tse­Toung et le rôle décisif qu’il a joué dans les relations internationales de la Chine chaque fois qu’il a réussi à s’infiltrer au pouvoir, tournant le dos à la juste politique internationale qui a été appliquée dans les plus hauts moments de la polémique internationale contre le révisionnisme et de la Révolution Culturelle, montre clairement que, malgré leur lutte, le camarade Mao Tse­Toung et les marxistes­léninistes du PCC ne parvinrent pas à livrer une bataille de fond à ce «royaume indépendant» de la politique extérieure et à gagner cette bataille.

Ce qui ne fait aucun doute, c’est que jamais Mao Tse­Toung et les marxistes­léninistes du PCC n’auraient confié à Teng Siao­Ping, l’une des principales cibles de la Révolution culturelle, destitué pour la deuxième fois peu avant la mort du camarade Mao, pour avoir conspiré et s’être opposé aux conquêtes de la Révolution Culturelle, la mission d’interpréter et de réviser complètement leur ligne politique internationale.

Après avoir pris connaissance de la politique internationale de Teng Siao­-Ping et de sa clique, fondamentalement révisionniste et réactionnaire, notre Parti ne peut pas non plus accepter la version apparue après la mort du camarade Mao, à savoir que vous, Teng Siao­-Ping et ceux qui par complicité ou par peur vous secondent, représenteriez en ce moment en Chine ses idées et les intérêts du peuple. Pour nous, c’est très clair.

La prophétie que fit le camarade Mao, s’est malheureusement accomplie, après sa mort, « la droite a pris le pouvoir », hissant le « drapeau noir de la contre­-révolution. » Ce que vous, vous avez fait, c’est un coup d’Etat de droite, en promouvant une grande quantité de chefs militaires, destitués par la Révolution Culturelle ; en éliminant au dernier Congrès plus de la moitié du précédent Comité Central du PCC ; et en réprimant brutalement des secteurs de base du Parti, ses dirigeants marxistes­ léninistes et les masses qui se sont opposées à votre usurpation du pouvoir.

En lançant la Révolution Culturelle Prolétarienne, le camarade Mao signala :

« Les représentants de la bourgeoisie qui se sont infiltrés dans le Parti, dans le Gouvernement, dans l’armée et dans les différents secteurs du domaine culturel, constituent une poignée de révisionnistes contre­révolutionnaires. Si l’occasion se présente, ils s’empareront du pouvoir et transformeront la dictature du prolétariat en dictature de la bourgeoisie. »

Ainsi donc, Teng Siao-­Ping était l’un des plus important chef de file de cette «poignée de révisionnistes contre­-révolutionnaires», et c’est pour cela qu’il fut destitué par la Révolution Culturelle.

Plus encore, Mao Tse­Toung a dit de gens comme Teng :

« Ce sont de fidèles laquais de la bourgeoisie et de l’impérialisme avec lesquels il s’emploie à maintenir l’idéologie bourgeoise d’oppression et d’exploitation du prolétariat, ainsi que le régime capitaliste ; il s’oppose à l’idéologie marxiste­léniniste et au régime socialiste…

La lutte qu’il mène contre nous est une lutte à mort dans laquelle ily a obligatoirement un gagnant et un perdant. La lutte que nous menons contre eux ne peut être, par conséquent, qu’une lutte à mort».

Plus tard, Teng Siao­-Ping, feignant de se repentir de ses positions révisionnistes et en faisant une auto­critique, promit solennellement : «de ne jamais tenter de revenir sur le verdict», en se référant aux principes et conquêtes de la Révolution Culturelle. De cette façon, lui et sa cour de disciples, se firent passer pour «repentis», s’infiltrèrent de nouveau, et récupérèrent, pas à pas, d’importantes fonctions dans le Parti, dans l’Etat et dans les Forces Armées.

En Avril 1973, Teng Siao-­Ping apparaît pour la première fois dans un banquet public ; peu après, il récupère sa fonction antérieure de vice­ministre ; en août de la même année, il est rétabli comme membre du Comité Central ; en 1974, il s’infiltre déjà dans le Bureau Politique, et on lui confie la responsabilité de réorganiser les Forces Armées, le réintégrant, en même temps, dans son poste à l’Assemblée Populaire ; en avril de cette même année, il expose publiquement aux Nations-­Unies ses thèses révisionnistes sur la politique internationale.

En janvier 1975, à la Xè session plénière du Comité Central élu au Xe Congrès du PCC, il se fait désigner vice­président du Comité Central ; le même mois, à la IVe Assemblée Populaire, à laquelle n’assiste pas le camarade Mao, il est nommé vice­premier ministre et chef de l’Etat­-major des Forces Armées, assumant de fait, à la suite de la maladie du Premier ministre Chou En­Laï, ses fonctions comme tel.

A de tels sommets, il se sent désormais suffisamment fort pour se lancer à l’attaque des conquêtes de la Révolution Culturelle, malgré ses hypocrites promesses de les respecter ; il élabore, en opposition à celles­ci, les documents : «Programme général de travail pour tout le Parti et tout le pays», «Projet de rapport sur le travail des institutions scientifiques», et «quelques problèmes relatifs à l’accélération du développement industriel» ; tous ces documents ainsi que ses activités révisionnistes profondément opposés à la Révolution Culturelle, sont combattus par le camarade Mao ainsi que par les marxistes-­léninistes du PCC et par les masses populaires.

Le but des attaques de Teng Siao­Ping, c’est de s’opposer au développement de la lutte de classe du prolétariat chinois contre la bourgeoisie, ainsi qu’au renforcement de la dictature du prolétariat ; pour cela, il a eu l’audace de transformer les directives de Mao Tse­Toung lui­même en déclarant :

« Les directives du Président Mao à propos de l’étude de la théorie pour empêcher et prévenir le révisionnisme, sur l’unité et la stabilité dans le développement de l’économie nationale, constituent le programme général de travail pour tout le Parti, toute l’armée et tout le pays ; pour accélérer le développement industriel il est nécessaire de bien s’en tenir à ce programme».

Le camarade Mao dénonce immédiatement cette orientation révisionniste et dit :

« Qu’est­-ce que cela signifie ! « prendre les trois directives comme axe » ? Stabilité et unité ne veulent pas dire suppression de la lutte de classes ; la lutte de classes c’est comme l’axe principal qui entraîne tout le reste».

Et se référant directement à l’attitude de Teng Siao­Ping, il indiquait :

« Il jura mille fois de s’amender et de ne jamais remettre en cause les conclusions établies. On ne peut pas le croire».

Et plus loin :

« Il arrive que la révolution socialiste leur tombe dessus, ainsi pendant la période de la mise en route des coopératives agricoles, il y en eut dans le Parti qui s’y opposèrent, et lorsqu’on critique le droit bourgeois, ils ont un sentiment de recul. On est en train de faire la révolution socialiste, et cependant, on ne comprend pas où se trouve la bourgeoisie. Elle se trouve justement à l’intérieur du Parti Communiste, et ce sont les dirigeants qui suivent la voie capitaliste dans le Parti. Les tenants de la voie capitaliste continuent encore leur chemin. »

Et il indiqua en outre :

« Cette personne (Teng Siao­Ping) ne s’engage pas dans la lutte de classes ; elle n’a jamais mentionné l’axe principal. Elle continue encore avec son «chat blanc ou noir, sans faire la distinction entre l’impérialisme et le marxisme. » « Il ne comprend pas le marxismeléninisme, il représente la bourgeoisie».

Peut­on encore douter que le camarade Mao prenait fermement la tête de la lutte contre le nouveau «vent de droite», conduit par Teng Siao­Ping et ses disciples ?

Au début de 1975, Mao Tse­toung, à la tête du PCC, lance une grande campagne pour renforcer la dictature du prolétariat et restreindre les restes du droit bourgeois encore en vigueur en Chine.

Il a indiqué :

« Pourquoi Lénine parlait­il de la nécessité d’exercer la dictature sur la bourgeoisie ? Il est nécessaire d’avoir une compréhension claire de cette question. Le manque de clarté à ce sujet conduirait au révisionnisme. Il faut le faire savoir à toute la nation ».

« Notre pays pratique toujours un système d’échanges, un système de salaires qui est aussi inégal, comme les huit échelons ou des choses dans ce style. Cela ne peut être restreint que sous la dictature du prolétariat. En fonction de tout cela, il serait très facile à des gens comme Lin Piao de restaurer le système capitaliste s’ils arrivaient au pouvoir ».

Cette directive ainsi que d’autres du camarade Mao, déchaînèrent un profond mouvement de masses d’étude des caractéristiques de la dictature du prolétariat ; analysées par les classiques du marxisme, et de lutte contre les restes du droit bourgeois en Chine.

Précisément, en réponse à cet appel à renforcer la dictature du prolétariat, c’est­-à­-dire d’intensifier la lutte de classes contre la bourgeoisie et contre le droit bourgeois, Teng Siao­Ping, chef de file de «ceux qui sont engagés sur la voie capitaliste» les plus récalcitrants, commença à s’agiter fébrilement.

Finalement, ils tombent dans le désespoir devant l’avancée de la lutte de classes et planifient et fomentent la tentative contre­révolutionnaire de la place Tien­An­Men.

Suite à cet incident, survenu en avril 1976, le Comité Central du PCC se réunit, et, à la demande du camarade Mao, il approuve : « A l’unanimité, de destituer Teng Siao­Ping de toutes ses fonctions à l’intérieur et en dehors du Parti», car, «le Bureau Politique du CC du Parti Communiste de Chine considère que la nature de la question de Teng Siao­Ping s’est désormais transformée en une question de contradiction antagonique», dit le communiqué public. « Des centaines de millions de civils et de militaires», selon les publications chinoises, fêtent et appuient cette décision.

Au cours du meeting tenu sur la place Tien An­Men, Wu Teh, membre du Bureau Politique du CC du PCC, premier secrétaire du Comité Municipal de Pékin et Président du Comité Révolutionnaire de cette ville, déclara :

« Ces derniers jours, alors que nous étudiions les importantes directives de notre grand dirigeant le Président Mao, que nous repoussions le vent déviationniste de droite voulant remettre en cause les conclusions justes et que nous faisions la révolution et stimulions la production, un tout petit nombre de mauvais éléments ont, dans un but inavoué, profité de la fête des morts pour créer délibérément un incident politique, et dirigé leurs attaques directement contre le Président Mao et le Comité Central du Parti, dans une vaine tentative pour fausser à la fois l’orientation des critiques faites à la ligne révisionniste de Teng Siao­Ping, responsable engagé dans la voie capitaliste et non repenti, et la riposte au vent déviationniste de droite qui remet en cause les conclusions justes.

Nous devons avoir une claire compréhension de la nature réactionnaire de cet incident politique, mettre à nu les intrigues et les machinations, élever notre vigilance et ne pas tomber dans leurs pièges.

Les grandes masses révolutionnaires et les cadres révolutionnaires de toute la municipalité doivent prendre la lutte de classes comme axe et se mobiliser immédiatement pour défendre par des actions concrètes le Président Mao, le CC du Parti, la ligne révolutionnaire prolétarienne du Président Mao et la grande capitale de notre pays socialiste, porter des coups résolus aux activités contre­révolutionnaires de sabotage, renforcer et consolider encore plus la dictature du prolétariat et développer cette excellente situation.

Unissons-­nous autour du CC du Parti avec à sa tête le Président Mao pour remporter de plus grandes victoires !»

De son côté Hua Kuo­Feng, aux funérailles du camarade Mao, indiqua :

« La grande Révolution Culturelle Prolétarienne, que le Président Mao a déclenchée et dirigée lui­même, incarnant les intérêts et les aspirations de la classe ouvrière, des paysans pauvres et moyens-­pauvres qui voulaient continuer la révolution, a fait échouer les complots de restauration ourdis par Liou Chao­Chi, Lin Piao et Teng Siao­Ping, soumis à la critique sa clique révisionniste contre­révolutionnaire, a rendu possible la reprise de la part du pouvoir qu’ils avaient usurpée au sein du Parti et de l’appareil d’Etat, assurant ainsi la progression victorieuse de notre pays sur la voie du marxisme-­léninisme.»

Peu de mois après la mort du camarade Mao, violant toutes ses décisions qu’ils prétendent hypocritement respecter, à la 3e Session Plénière du CC élu au Xe Congrès, ils ont passé sur l’accord antérieur unanime du CC de destituer Teng Siao­Ping, en le rétablissant dans toutes ses fonctions et charges officielles. Parallèlement, les compagnons de lutte proches du camarade Mao dans la lutte contre Teng Siao­Ping et ses disciples ont été vilement calomniés, réprimés et « exclus pour toujours du Parti. »

Plus tard, dans le communiqué du Xle Congrès du PCC, ils cherchent à faire croire que les « décisions » qui y ont été imposées, entre autres la répression contre les collaborateurs les plus proches du camarade Mao la réhabilitation de Teng Siao­Ping et la décision d’en finir une fois pour toutes avec la Révolution Culturelle, ont été adoptées en accord avec les « directives et décisions » du camarade Mao Tse­ toung.

Qui plus est, ils affirment que ces mesures répressives « proclament la fin victorieuse de la première grande Révolution Culturelle Prolétarienne de notre pays et qui a duré 11 ans ». Vraiment votre cynisme et votre lâcheté n’ont pas de limites ! Vous insultez le camarade Mao après sa mort et vous vous moquez de lui, de ses idées et de ses décisions, anciennes et dernières, contre les révisionnistes et en particulier contre Teng Siao­Ping.

En vérité vous pensez que nous les marxistes­léninistes, qui avons eu connaissance des dernières directives et décisions du camarade Mao, entre autres la destitution de Teng Siao­Ping, nous sommes des imbéciles ou aussi serviles à votre égard pour accepter passivement une fraude aussi monstrueuse. Il en résulte que ceux que le camarade Mao a qualifiés de « poignée de révisionnistes contre­révolutionnaires »; « fidèles laquais de la bourgeoisie et de l’impérialisme » ; opposés à « l’idéologie marxiste­léniniste et au régime socialiste » et engagés dans « une lutte à mort » contre les marxistes, comme c’est le cas de Teng Siao­Ping et de ceux qui le secondent, que ce soient par lâcheté ou par intime conviction réactionnaire, sont les « dépositaires de la ligne et des décisions du camarade Mao » et ceux qui, après sa mort, ont mené à sa « fin victorieuse » la Révolution Culturelle, Révolution à laquelle ils se sont toujours opposés à mort.

Vraiment vous êtes en train de surpasser Khrouchtchev et ses successeurs qui se prétendent les continuateurs de Lénine. Les commentateurs de la presse bourgeoise eux­mêmes n’ont pas cru de tels mensonges et ils ont interprété sans hésitation vos actions comme « la défaite des idées de Mao Tse­toung » et « la liquidation de la Révolution Culturelle » ce dont soyez­-en sûrs, ils se réjouissent.

La lutte et la victoire du peuple chinois contre l’impérialisme et la féodalité, la Révolution Socialiste chinoise et la grande Révolution Culturelle Prolétarienne, toutes ces luttes menées en appliquant le marxisme­léninisme à la réalité concrète de la Chine et grâce au développement créateur de cette théorie réalisé par le camarade Mao Tse­toung, constituent un patrimoine pour tous les peuples du monde et, en particulier, pour les marxistes­-léninistes.

Nous ne permettrons pas que les révisionnistes, qui ont usurpé provisoirement la direction du glorieux Parti Communiste de Chine et de l’Etat chinois, salissent, dénaturent et liquident ce patrimoine.

En particulier, à l’époque actuelle, où de larges secteurs dans le monde entier se retrouvent déconcertés en apprenant ce qui se passe dans les pays pseudo­socialistes, où les révisionnistes de votre espèce ont restauré le capitalisme, au moment où les forces réactionnaires profitent de cette trahison pour combattre le marxisme et le socialisme authentiques en présentant de tels Etats comme « socialistes », nous considérons de la plus haute importance la défense de la lutte que le camarade Mao et les marxistes-­léninistes chinois ont livré, à la tête des masses, pour la Révolution Culturelle Prolétarienne.

Ce fut un grandiose effort pour consolider et développer un authentique régime socialiste dans presque le quart de l’humanité; pour mettre effectivement la politique prolétarienne au poste de commandement ; pour impulser la lutte de classes en régime socialiste, pour en finir avec l’idéologie, les habitudes et les coutumes bourgeoises dans la superstructure ainsi qu’avec les restes du droit bourgeois ; pour pousser les larges masses à prendre en mains les affaires de l’Etat et à renverser les « royaumes indépendants » où se sont installés les bureaucrates révisionnistes.

Comme le démontrent les tragiques événements survenus depuis la mort du camarade Mao, la Révolution Culturelle n’est pas parvenue à remplir pleinement ses objectifs.

Cependant notre Parti estime, aujourd’hui que la nature sinistre, réactionnaire et anti­marxiste des ennemis qu’elle isola et combattit, saute aux yeux. Et il en sera ainsi à l’avenir au fur et à mesure que leurs actes les démasqueront encore plus.

Notre Parti, le Parti Communiste Révolutionnaire du Chili est décidé à apporter sa contribution, bien que très modeste, à la lutte pour la défense du socialisme en Chine, de la dictature du prolétariat, des conquêtes immortelles de la Révolution Culturelle Prolétarienne et de la pensée de Mao Tse­toung contre les révisionnistes qui contrôlent provisoirement le pouvoir en Chine.

Nous sommes persuadés que la lutte actuelle contre les révisionnistes chinois et leurs disciples représente une nouvelle étape de la lutte déjà ancienne du marxisme­léninisme contre ses manipulateurs révisionnistes.

Les marxistes­léninistes chinois eux-­mêmes, avec le camarade Mao Tse­toung à leur tête, nous ont enseigné dans le document: « Les dirigeants du PCUS, les plus grands scissionnistes de notre temps », que :

« La lutte pour le marxisme­léninisme et l’internationalisme prolétarien est aussi une lutte pour l’unité du mouvement communiste international. Persévérer dans les principes et s’en tenir à l’unité sont choses inséparables »

et ils en tirent trois conclusions :

« En premier lieu que comme toutes les choses dans le monde, le mouvement ouvrier international tend toujours à se diviser en deux ; en second lieu, l’histoire du mouvement communiste international nous montre que, dans les différentes périodes historiques de son développement, la lutte entre les défenseurs de l’unité et les scissionnistes est, au fond, une lutte entre le marxisme­léninisme et l’opportunisme et le révisionnisme, entre les défenseurs du marxisme et ceux qui !e trahissent ; en troisième lieu l’histoire du mouvement communiste international nous montre que l’unité prolétarienne se consolide et se développe par la lutte contre l’opportunisme, le révisionnisme et le scissionnisme. La lutte pour l’unité est inséparable de la lutte pour les principes ».

Lénine pour sa part a déclaré :

« Sans la lutte il n’est pas possible d’y voir clair, et si l’on n’y voit pas clair on ne peut avancer avec succès, une unité solide n’est pas possible. Ceux qui luttent n’ébranlent pas du tout l’unité. Celle­ci n’existe pas encore, elle est branlante sur toute la ligne… La lutte ouverte et directe est l’une des conditions nécessaires pour restaurer l’unité ».

En ce qui nous concerne, notre plus grand désir est que cette lutte apporte vraiment une clarification et qu’elle nous conduise tous à mieux comprendre les origines du révisionnisme contemporain, de façon à le combattre avec une efficacité accrue.

Face à ce nouveau courant révisionniste, notre Comité Central a décidé à l’unanimité de ses membres et conformément à l’opinion de la totalité de ses militants, de rompre ses relations de Parti avec la clique révisionniste qui, par un coup d’Etat, a escamoté le pouvoir et la direction du Parti Communiste de Chine après la mort du camarade Mao Tse­toung et a décidé de la combattre publiquement.

Nous ne rompons pas avec le peuple chinois ni avec le glorieux Parti Communiste de Chine, mais avec ceux qui, contre leur volonté et celle du camarade Mao ont usurpé provisoirement le pouvoir en Chine en utilisant la violence et les intrigues contre-­révolutionnaires.

Nous sommes persuadés que votre joie sera de courte durée. Nous avons une entière confiance dans les paroles écrites par le camarade Mao en 1966 à son épouse la camarade Kiang Tsing, et qui annoncent quel sera votre avenir :

« En Chine, depuis que l’Empereur a été renversé en 1911, aucun réactionnaire n’a pu se maintenir longtemps au pouvoir … Si la droite réussit un coup d’Etat anti­communiste en Chine, nous sommes persuadés qu’elle ne connaîtra pas non plus la paix et très probablement sa domination sera de courte durée, car elle ne pourra être tolérée par aucun des révolutionnaires qui sont les portes paroles des intérêts du peuple, qui comprend 90% de la population ».

« Conclusion : les perspectives sont brillantes mais le chemin est tortueux. Ces deux affirmations restent valables ».

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au Chili (1960-1980)

Parti Communiste Révolutionnaire du Chili: Face à l’offensive réactionnaire, unir tout le peuple pour la lutte

[Ce document date d’août 1973, soit dans la période entre la tentative de coup d’Etat du 29 juin 1973 et le coup d’Etat du 11 septembre 1973.]

La démonstration militaire du vendredi 29 juin constitue une étape de plus dans l’attaque lancée par les ultraréactionnaires et par quelques entreprises yankees touchées par les réformes du gouvernement.

Ces secteurs, depuis un certain temps, préparent le coup d’Etat. Ils cherchent ainsi à s’opposer de façon brutale au peuple et à ses luttes et à résoudre leurs contradictions de classe avec la nouvelle bourgeoisie bureaucratique.

Ils pensent en finir de cette façon avec les libertés démocratiques bourgeoises, annuler les réformes qui leur portent du tort, et surtout réprimer les luttes des masses pour faire retomber sur elles le poids de la grave crise économique que connaît le pays.

Les faits qui viennent de se produire confirment ce qu’a affirmé dans différents documents le Parti communiste révolutionnaire déclarant que « le réformisme est l’antichambre du fascisme. »

Le réformisme (en particulier lorsqu’il se donne l’étiquette « marxiste ») aiguise par sa démagogie les contradictions de classe, crée des illusions dans les masses, y compris lorsqu’il éveille leurs luttes, mais en même temps en les enfermant dans le légalisme et les institutions bourgeoises, il ne peut donner au peuple une orientation révolutionnaire prolétarienne et le désarme idéologiquement, politiquement et militairement.

Pendant ce temps, en réaction aux réformes et par crainte des masses, du marxisme authentique et du socialisme, se produit un regroupement et une extrême agressivité des secteurs réactionnaires.

Les masses demeurent ainsi (comme un malade qui a reçu un traitement qui ne convient pas) exposées à une féroce contre-offensive de leurs ennemis de classe et à la possibilité d’être réprimées brutalement et massacrées…

1. L’impérialisme yankee

En dépit de son agressivité et de ses liens avec les putschistes, par l’intermédiaire des entreprises U.S. touchées par des expropriations, l’impérialisme yankee se maintient dans une position de prudence vis-à-vis du gouvernement chilien.

Il joue différentes cartes, sans prendre position ouvertement envers l’une d’entre elles, afin de ne pas apparaître comme intervenant directement au Chili.

Il joue aussi bien le coup d’État que le compromis du gouvernement avec les dirigeants démocrates-chrétiens, fidèles serviteurs de l’impérialisme.

Fondamentalement, il cherche à renforcer le contrôle de notre économie et à profiter de la grave crise économique et politique existant au Chili, pour déconsidérer sur le plan international le « socialisme » et le « marxisme », en faisant passer pour tels cette expérience réformiste bourgeoise.

De fait, les moyens essentiels de dépendance qui intéressent aujourd’hui l’impérialisme yankee, se maintiennent ou se renforcent. 

Si quelques entreprises nord-américaines ont été nationalisées en les payant un bon prix, nous avons fait monter notre dette extérieure jusqu’à la somme astronomique de 4 milliards 600 millions de dollars, devenant ainsi le deuxième pays le plus endetté du monde.

Non seulement d’importants capitaux U.S. se maintiennent dans l’industrie manufacturière, mais nous sommes aussi toujours dépendants en matière de technologie et dans des questions vitales comme les combustibles, les matières premières, les machines, les stocks, etc. 

Mais ceci n’est pas tout. 

Nos liens avec l’impérialisme ont atteint un tel point que pour pouvoir manger, nous dépendons chaque jour plus de ses crédits, sous peine d’affronter une situation catastrophique de famine.

En somme, l’impérialisme yankee, étant donné qu’il ne se heurte pas de la part du gouvernement à une politique radicale et anti-impérialiste conséquente cherchant à éliminer totalement notre dépendance, préfère ne pas rehausser son prestige comme cela arriverait s’il intervenait ouvertement contre lui.

Il compte sur les effets de la crise et le succès de ceux qui, que ce soit par un coup d’État ou la soumission du gouvernement à leurs exigences, cherchent à le renverser. Il ne désire pas, pour le moment, se compromettre par une intervention ouverte qui permettrait de le faire apparaître comme responsable de l’échec d’une prétendue voie démocratique «vers le socialisme».

2. Les forces ultra-réactionnaires

Les forces ultra-réactionnaires, regroupées politiquement dans le Parti National, Patrie et Liberté, comme dans différentes corporations patronales et professionnelles, sont le plus durement touchées par les réformes et expropriations.

De ce fait, elles aspirent à renverser le gouvernement, réprimer le peuple et récupérer leur puissance économique. Il est indéniable que ces forces politiques rétrogrades se sont renforcées sous de multiples aspects.

Elles ont appris à agir de façon clandestine et illégales ; elles utilisent à fond leur influence au Parlement, dans les tribunaux et dans d’autres institutions bourgeoises ; elles développent le marché noir, la fuite des capitaux et d’autres moyens qui leur permettent d’aggraver la crise économique.

Elles se sont armées et ont créé des gardes blanches bien entraînées comme « Patrie et Liberté », « Proteco », « Commando Rolando Matus » et d’autres groupes paramilitaires qui effectuent des attentats et des sabotages et se préparent à réprimer le peuple.

Elles ont appris à utiliser très efficacement la propagande, à organiser des actions de masse contre le gouvernement et ont accru l’influence des corporations et des associations patronales. Et, ce qui est plus grave, elles ont renforcé leur influence dans le commandement des forces armées.

D’autre part, sur le terrain de l’activité politique elles agissent avec une grande habileté ; elles se présentent comme les défenseurs de la légalité et des institutions, tandis qu’elles les violent en permanence, en organisant le putsch. 

Elles dissimulent la défense de leurs intérêts derrière des mots d’ordre « nationalistes », « corporatistes » et autres, pris dans l’arsenal démagogique du fascisme et poussent le cynisme jusqu’à appuyer des conflits de travailleurs, si cela leur permet de mobiliser des forces contre le gouvernement.

3. La démocratie chrétienne

Devant la grave situation politique et économique, la Démocratie chrétienne joue ses cartes de façon prudente et habile. Elle ne veut pas se confondre avec les secteurs ultra-réactionnaires, mais (surtout les partisans de Frei) encourage les putschistes et surtout, s’unit à l’offensive corporatiste, électoraliste et parlementaire, contre le gouvernement.

La Démocratie Chrétienne profite des offensives séditieuses des ultraréactionnaires, pour lancer un ultimatum au gouvernement réformiste bourgeois, avec pour but d’essayer de l’obliger à transiger avec eux pour éviter le coup d’Etat. Elle craint que certains secteurs d’extrême-droite réussissent en dehors d’elle, un coup d’Etat militaire qui ne lui donnerait pas la garantie qu’elle puisse contrôler constitutionnellement le gouvernement à l’avenir.

Pour cela, elle s’efforce de ne pas perdre ses liens avec ces milieux réactionnaires, et en même temps, de les utiliser pour en faire les négociateurs d’une reddition du gouvernement. 

En même temps, la Démocratie Chrétienne s’efforce d’accumuler le mécontentement grandissant de diverses couches des masses touchées par la crise, qui retombe principalement sur le peuple.

Elle utilise et accumule aussi l’exaspération des couches moyennes, fortement frappées par la crise et par des mesures aventuristes du gouvernement envers elles, pour accumuler des forces d’opposition sous sa direction.

Pour réaliser ces objectifs, la Démocratie Chrétienne opère une démagogie cynique, se présentant comme « défenseur» des couches qu’elle opprimait lorsqu’elle était au gouvernement. Elle cherche de cette façon à masquer sa complicité avec les putschistes.

4. L’appareil d’Etat bourgeois

Les efforts des dirigeants révisionnistes pour développer le capitalisme d’Etat et pour utiliser les mécanismes du gouvernement afin d’affronter l’offensive ultra-réactionnaire ont eu pour résultat le renforcement de l’appareil d’Etat bourgeois.

L’essentiel du pouvoir économique a été concentré dans un des piliers de l’appareil d’Etat bourgeois : le pouvoir exécutif.

Des légions de bureaucrates se sont introduites dans les entreprises et les interventions du gouvernement dans les entreprises privées se sont renforcées. 

Ceci au milieu des chocs aigus de l’Exécutif avec le Parlement, les tribunaux, et d’autres institutions de l’Etat bourgeois où les forces de l’opposition de droite sont dominantes.

En même temps sont apparues, avec des votes du gouvernement et de l’opposition au Parlement, de nouvelles lois répressives comme la loi de Contrôle des armes. 

Des efforts ont eu lieu pour aboutir à une plus grande dépendance et subordination des organisations syndicales et de masse en général envers le gouvernement.

Le renforcement du pouvoir exécutif au sein de l’appareil d’Etat bourgeois revêt des aspects positifs et négatifs, qui varient selon la situation politique. 

Aujourd’hui, en même temps qu’il est l’expression de la dure lutte entre la nouvelle bourgeoisie bureaucratique réformiste et les grands exploiteurs, il contribue à l’aiguiser.

A l’avenir, un exécutif fort sera un obstacle difficile pour la conquête du pouvoir par le peuple, le développement du domaine d’Etat de l’économie et le pouvoir de l’exécutif feront comprendre à de larges contingents de travailleurs de ces entreprises, en se mobilisant contre l’exploitation, la nécessité de conquérir réellement le pouvoir pour résoudre leurs problèmes.

5. Les forces armées

Produit de l’aggravation des contradictions de classe (entre le peuple et l’impérialisme yankee ; entre le peuple et les réactionnaires ; entre le peuple et la nouvelle bourgeoisie bureaucratique ; entre celle-ci et l’impérialisme et entre les différentes couches bourgeoises) aussi bien que de la crise 

économique, qui fait vaciller le système, les forces armées sont apparues une fois de plus, de façon claire, comme les piliers du régime bourgeois.

Tous les secteurs bourgeois (aussi bien de l’opposition que du gouvernement), en même temps qu’ils violent l’institution et la légalité bourgeoise, lorsque cela répond à leurs intérêts, accusent l’autre de le faire et réclament l’intervention des forces armées. 

Les ultra-réactionnaires accusent le gouvernement de s’éloigner de la constitution en vigueur et incitent les Forces Armées à le renverser ; le gouvernement de son côté, réclame leur appui contre les tentatives séditieuses, les attentats et les sabotages de l’extrême-droite.

La crise politique, ainsi que les flatteries et les pots de vin que le gouvernement a adressés à l’armée n’ont réussi qu’à la renforcer dans son rôle de défenseur du régime bourgeois dépendant qu’il y a au Chili.

Ceci a rendu aussi plus dangereux le rôle sans cesse croissant que les secteurs ultra-réactionnaires jouent sur elle. Le coup de semonce du vendredi 29 juin, qui, c’est certain, a plus de ramifications que celles qui ont été mises à jour, est la première démonstration que les forces armées ne sont pas si démocratiques, apolitiques et fidèles à la Constitution qu’on le dit.

La lutte des classes se développant, ainsi que l’aggravation des contradictions entre différents groupes bourgeois, et certains d’entre eux avec l’impérialisme yankee, ce dernier a été obligé de jouer en Amérique Latine la carte des forces armées. 

Déjà, dans le message de Rockefeller, était très clair le rôle qu’il leur donnait dans les moments critiques. Quand la crise est très aiguë elles passent du rôle de gardiennes du régime à celui d’administrateur direct.

Pour cela, depuis des années, il leur a donné une instruction spéciale, non seulement dans les techniques militaires mais aussi dans tous les domaines nécessaires au fonctionnement de l’Etat.

6. Le pouvoir populaire

Face à la nouvelle attaque réactionnaire, les masses révolutionnaires, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Unité populaire, se sont mobilisées une fois de plus. Elles ont effectué de combatives mobilisations de rue ; elles ont confisqué des moyens de transport ; elles ont occupé des usines ; et de plus, elles font des efforts pour s’armer et se préparer à combattre.

Tout ceci tient au fait que le peuple a compris que le putsch ultraréactionnaire vise non seulement les nouvelles couches de la bourgeoisie bureaucratique réformiste qui dirigent le gouvernement, mais aussi, fondamentalement, ses propres organisations, ses droits et intérêts de classe.

Les dirigeants révisionnistes, qui se sont toujours opposés aux initiatives, aux formes organisationnelles et aux actions combatives des masses (cordons industriels, commandos de communes, armement des masses), apparaissent aujourd’hui appuyer ces initiatives et formes organisationnelles. Ils le font dans un double but.

D’une part, pour ne pas être isolés et pour empêcher qu’il n’en sorte une véritable direction révolutionnaire prolétarienne, qui, partant des intérêts matériels et politiques des masses, conduise à une lutte pour conquérir réellement le pouvoir.

D’autre part, pour faire pression sur ceux qui cherchent à renverser le gouvernent et obtenir de la Démocratie chrétienne un compromis avantageux, en trouvant dans les limites du système actuel une issue à la crise politique et économique. 

Dans le meilleur des cas, ils se proposent seulement de défendre le gouvernement actuel et son programme réformiste bourgeois, et en aucun cas de poser la base d’un programme réellement révolutionnaire qui conduise à une véritable conquête du pouvoir le peuple.

Certains secteurs dirigeants de l’Unité populaire ou liés à elle, tout en étant influencés par des tendances trotskystes ou castristes, avancent certains points de programme plus avancés et s’efforcent de mobiliser les masses devant la menace de putsch. Ceci offre de larges possibilités d’unité d’action avec eux.

Mais, en raison de leur idéologie petite bourgeoise, ils vont de l’opportunisme à l’aventurisme, du sectarisme au spontanéisme pour mobiliser les masses. D’un côté, ils comprennent la nécessité de mobiliser les masses mais d’un autre côté ils se laissent traîner par le sectarisme des révisionnistes qui aspirent contrôler de façon exclusive les organismes de masse pour les mettre a service du gouvernement.

D’un côté, ils lancent des mots d’ordre plus avancés comme de ne pas verser d’indemnisations et de ne pas payer la dette extérieure, et de l’autre ils se contentent d’un simple appui au gouvernement réformiste bourgeois.

D’un côté, ils reconnaissent la nécessité de se préparer pour combattre et éviter ainsi un coup d’Etat ou un compromis ; et de l’autre, ils répandent parmi les masses une dangereuse illusion qui consiste à faire croire que des organismes qui peuvent être utilisés comme instruments dans la lutte pour la conquête du pouvoir, seraient déjà l’expression d’un “pouvoir populaire” parallèle au pouvoir bourgeois.

Le véritable pouvoir populaire existera seulement lorsqu’il aura été arraché des mains des réactionnaires, en écrasant les forces armées qui les défendent.

Prétendre que le pouvoir populaire peut se réaliser en s’auto-proclamant comme tel, c’est soit une position aventuriste qui conduira les masses à subir une grave défaite de la part des forces répressives bien armées et entraînées ; ou bien ce n’est qu’un bluff destiné à obtenir des concessions et à transiger pour présenter le pouvoir actuel comme l’expression du « pouvoir populaire. »

7. L’alternative révolutionnaire

La condition d’une réelle alternative révolutionnaire consiste à placer, sans sectarisme d’aucune sorte, toutes les forces populaires sous une orientation révolutionnaire correcte. 

Cette orientation suppose en premier lieu de se débarrasser une fois pour toutes des illusions légalistes et réformistes selon lesquelles il est possible de vaincre les ennemis du peuple en respectant la légalité bourgeoise ; en pensant qu’il est possible d’aller vers le socialisme en gardant le système actuel et en se soumettant à ses institutions et lois réactionnaires.

Cela exige de rejeter l’illusion que le pouvoir populaire – sans force armée efficace ­ pourrait se développer comme un « germe » ou une « plante » au sein du pouvoir bourgeois et que celui-ci céderait des positions et s’éteindrait progressivement sans être écrasé.

L’idée de développer progressivement le « pouvoir populaire » n’est qu’une nouvelle version du réformisme, sur un terrain encore plus dangereux que celui des réformes politiques ou sociales.

On peut et on doit développer, préparer et armer sérieusement des organes de lutte pour la prise du pouvoir, pleinement conscients qu’ils n’ont pas le pouvoir, et qu’ils auront à combattre pour le conquérir.

Une orientation révolutionnaire exige de démasquer et d’isoler les dirigeants révisionnistes et réformistes qui se donnent des airs combatifs pour négocier en bonne position avec la Démocratie chrétienne et maintenir jusqu’où elle leur permettra l’actuelle politique réformiste bourgeoise, incapable d’affronter la contre-offensive réactionnaire et dont les effets retombent sur les épaules du peuple.

Elle nécessite d’appuyer et d’orienter l’initiative des masses vers la défense de leurs intérêts matériels et politiques, afin de dépasser les limites des luttes revendicatives et légalistes et, en combattant l’exploitation, de mettre en place un programme réellement révolutionnaire et d’organiser la lutte révolutionnaire pour le pouvoir.

On ne peut qualifier la mobilisation des travailleurs, qui se défendent contre la faim et la misère poussées à l’extrême par la crise, d’ « économisme sans principes ». 

Au contraire, la lutte des masses pour améliorer leurs salaires, pour freiner les hausses, pour combattre les spéculateurs, pour la nourriture… A TRAVERS LES PRINCIPES D’UN PROGRAMME REVOLUTIONNAIRE, doit être un puissant affluent dans la lutte contre les putschistes, pour dénouer la crise par des mesures révolutionnaires, et avancer vers la prise du pouvoir.

Si ces exigences des masses sont ignorées ou combattues, dans la mesure où s’intensifie la crise, les démagogues de la Démocratie chrétienne et les autres forces réactionnaires réussiront à mieux tromper le peuple.

De même, si les travailleurs des entreprises moyennes et petites doivent être mobilisés pleinement, il faut combattre la politique aventuriste qui consiste à frapper ces entrepreneurs au même titre que les monopolistes, les poussant ainsi dans leurs bras. On doit essayer au moins de les neutraliser et de leur donner des garanties afin d’isoler les exploiteurs les plus puissants.

Autrement, le front unique des ultra-réactionnaires se renforcera et la crise économique qui retombe sur le peuple s’aggravera.Cette politique aventuriste qui frappe les entreprises petites et moyennes n’est que la contrepartie d’une politique conciliatrice du réformisme avec les grands exploiteurs.

8. Unir de larges forces pour la lutte

La lutte pour la conquête du pouvoir, à laquelle les réactionnaires et l’impérialisme U.S. s’opposeront par tous les moyens y compris les armes, doit être une lutte de tout le peuple, résolue et ferme mais non aventuriste. 

Elle doit partir du principe que les ennemis à renverser (parmi lesquels se trouve un agresseur brutal comme l’impérialisme yankee) sont très puissants et influents ; ils ont des forces armées régulières à leur service et des gouvernements en Amérique latine et dans le reste du monde qui les appuieront.

POUR LES VAINCRE, IL FAUT UNE LUTTE PROLONGEE ET IL NE SERA PAS POSSIBLE DE LES ECRASER PAR UNE INSURRECTION DE COURTE DUREE.

Au cours de cette lutte prolongée où le peuple doit s’armer sérieusement et acquérir l’expérience du combat armé, tandis que les avantages en faveur du peuple augmenteront, les contradictions s’aiguiseront dans le camp ennemi. 

Il est nécessaire pour cela d’éviter les rencontres « décisives » que cherchera l’ennemi pour profiter de sa supériorité initiale en armes et en expériences militaires, avec pour objectif de détruire les forces populaires. 

L’infériorité stratégique initiale du peuple en matière d’armements et de l’expérience des combats doit être compensée en livrant seulement des batailles où il a la supériorité tactique, de façon à anéantir l’ennemi par morceaux.

Les jours qui viennent seront sûrement durs. L’ennemi de classe n’abandonnera pas sa volonté de défendre ses intérêts et d’opprimer brutalement le peuple pour se décharger sur lui de la crise.

Le coup d’Etat réactionnaire n’a pas été conjuré. On ne peut avoiraucune confiance dans les forces armées créées et contrôlées par la bourgeoisie. 

D’autre part, « l’échec » aux menaces putschistes, s’il ne repose pas sur une profonde mobilisation révolutionnaire du peuple, sur une marche authentique vers la conquête du pouvoir, reposera sur des compromis qui rendront encore plus dures les conditions de vie du peuple.

Le peuple doit se rassembler d’urgence pour combattre à fond ses ennemis : l’impérialisme U.S. et la grande bourgeoisie monopoliste de la ville et de la campagne. 

On ne peut prétendre unir tout le peuple pour combattre et écraser les ennemis essentiels en acceptant et en se soumettant à la division entre opposition et gouvernement. 

Aussi bien parmi les forces influencées par les partis d’opposition que parmi celles qui sont influencées par le gouvernement, il y a des millions de personnes qui devront s’unir sous une direction prolétarienne correcte.

Le groupe réformiste qui dirige le gouvernement, inspiré par le mesquin et étroit intérêt de s’y maintenir, frappe sans distinction des travailleurs et des couches moyennes qui devront s’unir contre les grands exploiteurs. Ainsi, il les rejette dans les bras de l’ennemi.

D’un autre côté, la poignée de dirigeants réformistes et réactionnaires de la Démocratie chrétienne, bien qu’étant d’accord avec quelques réformes, désirent que la crise s’approfondisse et que le gouvernement s’écroule, pour retourner administrer le gouvernement, afin de mieux servir l’impérialisme et aussi en fonction de leurs intérêts de classe.

L’unité révolutionnaire du peuple peut seule réaliser un programme avec des mesures décisives contre les exploiteurs essentiels, des avantages pour les travailleurs et des garanties aux couches moyennes qui les éloignent de l’influence ultra-réactionnaire.

L’unité peut seule, en abandonnant l’idée que les grands exploiteurs accepteront pacifiquement et dans le cadre de leur légalité d’être expropriés, en mobilisant largement le peuple, agir en accord avec ce fait.

Le noyau de l’unification du peuple doit être constitué de ces forces, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Unité populaire et aussi des couches radicalisées qui sont sous l’influence des partis d’opposition, qui comprennent que pour faire échouer le coup d’Etat fasciste, ainsi que les tendances à vouloir l’empêcher par des compromis sur le dos du peuple, il faut se mobiliser pour mettre en échec la résistance armée de l’adversaire.

Les divergences sur la façon d’organiser cette lutte et sur une plate-forme commune qui unisse le peuple doivent être discutées dans le cours même de l’unité d’action destinée à organiser la lutte populaire pour barrer la route au putsch, empêcher les compromis réactionnaires et avancer vers la conquête réelle du pouvoir.

Beaucoup de doutes et d’erreurs se corrigeront dans la pratique même et dans le combat pour lier les mains puis écraser les putschistes.

Ce qui doit être clair en tout cas, c’est que cette unité révolutionnaire ne peut être dirigée par les réformistes, les hésitants, ceux qui rêvent de conjurer le putsch en faisant des concessions aux réactionnaires et à leurs lois, et en maintenant un programme et un style de lutte réformistes.

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au Chili (1960-1980)

Parti Communiste Révolutionnaire du Chili: Contre le sectarisme

1969

Notre Parti, en seulement deux années et demi d’existence, a réussi à unir autour d’un programme révolutionnaire juste, marxiste- léniniste, un nombre appréciable d’activistes de la classe ouvrière, d’étudiants, professeurs, intellectuels, etc., dans presque toutes les villes importantes du Chili et a développé des noyaux militants dans diverses régions rurales et communautés indigènes. 

Il a réussi à éduquer beaucoup de ses militants et à les transformer en de bons cadres, tout en maintenant une lutte idéologique permanente, au travers de journaux, bulletins, revues, contre les tendances opportunistes au sein de la classe ouvrière, en particulier contre le révisionnisme contemporain et contre l’idéologie petite-bourgeoise représentée par le castrisme. 

Tout ce labeur, qui avait pour objectif principal de développer et de renforcer une véritable avant-garde révolutionnaire du prolétariat, a été mené au milieu de conditions difficiles, à cause du petit nombre d’activistes que comptait notre organisation à ses débuts, face à la grosse machinerie de fonctionnaires de parti et de bureaucrates syndicaux que possédait le révisionnisme, face aux liaisons de celui-ci avec les patrons, la police et le gouvernement, face à la démagogie réformiste impulsée, planifiée et dirigée par l’impérialisme yankee, représentée dans notre pays par le Parti Démocrate-chrétien et soutenue par les révisionnistes du vieux PC, et face à la confusion semée dans les rangs révolutionnaires par le castrisme et le trotskysme. 

Depuis le IIIème Plénum de notre Comité Central, lors duquel fut discuté et approuvé la « Note sur le travail de masses », notre parti a fait de grands efforts pour pénétrer dans les principaux centres ouvriers, pour participer à la luttes des masses, pour les organiser et les mobiliser, pour respecter les principes de la clandestinité, pour agir de façon planifiée et pour démasquer les révisionnistes et autres opportunistes et jaunes en les prenant sur le fait, dans leurs actions concrètes qui signifiaient une trahison des intérêts des travailleurs. 

Dans beaucoup de lieux de travail, ces efforts ont payé et nos militants, agissant à partir d’une position indépendante, ont gagné prestige et influence parmi les masses. 

Toutefois, ces expériences-là n’ont pas été les plus fréquentes et générales. La direction du parti n’a pas poussé assez catégoriquement à l’étude de la « Note sur le travail de masses » dans les comités régionaux et dans les bases, la discussion sur les fondements idéologiques de la ligne de masses n’a pas été approfondie, et pour ces raisons, le travail a été défectueux, partiel et étroit. 

Le parti dans son ensemble n’a pas compris la relation qui existe entre le travail de masses, sa mobilisation révolutionnaire et la préparation de la lutte armée, et dans certaines régions, on est tombé dans le travers d’un travail routinier et sans perspectives révolutionnaires, centré sur le recrutement de militants à la marge de la lutte des masses et sur la préservation et le perfectionnement de l’organisation, l’isolant ainsi de la vie de notre peuple, de ses problèmes et de ses luttes. 

Ces erreurs graves indiquent que dans notre Parti s’est développée une tendance au sectarisme qu’il est nécessaire de combattre avec la plus grande détermination. 

Pour combattre une tendance erronée, il faut la connaître précisément, déceler ses racines idéologiques et son origine de classe, analyser les formes qu’elle prend dans le travail du Parti et lancer contre elle une lutte idéologique qui éduque les militants et crée les conditions pour les rendre capables de la reconnaître et de la déterrer dans le travail partidaire. 

Si nous ne lançons pas cette lutte idéologique et que nous nous limitons à dicter des instructions de rectification, nous perdrions une occasion excellente d’élever le niveau de conscience des militants, et la rectification ne serait que superficielle, et la tendance erronée réapparaîtrait sous d’autres formes. 

Le sectarisme a pour base idéologique le subjectivisme, autrement dit la conception idéaliste et bourgeoise du monde, celle qui tente de faire croire que les idées ne naissent pas de la pratique sociale, mais qu’elles possèdent leur vie propre, indépendante de la pratique des êtres humains. 

Dans le sectarisme se manifeste le désir de s’isoler des larges masses, de tout résoudre au travers d’un groupe, d’une secte ou d’un clan d’élus. C’est une expression d’individualisme extrême et de mépris, de manque de confiance et de peur envers les masses du peuple. C’est une tendance propre aux classes exploiteuses. 

Tout au long de l’histoire, on voit la bourgeoisie recourir à toute sorte d’organisations sectaires, comme les loges, les fraternités, les sociétés secrètes, groupes terroristes, conciliabules, etc., pour atteindre ses buts politiques et défendre ses intérêts de groupe.

Le prolétariat, pour sa part, est étranger à l’esprit sectaire. Il n’a pas d’intérêts obscurs ni de privilèges à défendre. Ses intérêts de classe s’identifient avec les intérêts des larges masses du peuple. 

Sa lutte révolutionnaire, il ne peut pas la livrer dans l’isolement, mais au contraire en groupant autour de lui tous les secteurs capables de l’accompagner à chaque étape de la lutte.

Pour cette raison, le parti prolétarien, le parti marxiste- léniniste, doit être capable, depuis le départ, d’appliquer correctement la ligne de masses, d’être capable de s’unir aux masses, de les servir fidèlement, de les organiser, de diriger et orienter ses luttes, de les éduquer et de les mener mener sur le chemin de la révolution. 

C’est un devoir qu’il ne peut éluder, c’est l’essence de son travail et de son action, où qu’il soit et quelque soit le nombre de militants qu’il compte dans ses rangs. 

Seul le travail politique fondé sur la ligne de masses peut développer le parti et en faire la force-noyau capable de diriger la révolution de notre peuple. 

Seul le travail politique fondé sur la ligne de masses peut élever le prolétariat à la position dirigeante et lui faire jouer le rôle hégémonique dans la lutte armée pour la libération nationale, et c’est seulement par ce travail que peut être préparée, organisée et développée la guerre populaire, la guerre des masses capable de libérer les classes exploitées de notre pays. 

La politique, c’est l’activité consciente d’une classe qui vise à défendre ses intérêts fondamentaux. 

A travers elle, les forces qui représentent les divers intérêts de classe d’une société luttent pour gagner à leur cause les majorités, pour obtenir leur soutien et leur aide afin de dominer le pouvoir, servir ces intérêts et imposer leur propre conception du monde. 

L’impérialisme et la bourgeoisie comptent sur la machinerie du pouvoir, sur le contrôle des forces de répression, sur les armes du soudoiement, du conciliabule, de la corruption, etc. pour se maintenir au pouvoir et exercer leur exploitation.

Le prolétariat ne compte que sur l’unité autour de son parti et sur son action politique pour organiser et élever sa capacité combative, générer sa propre force militaire, déloger ses ennemis de classe du pouvoir et libérer lui-même et tout le peuple de l’exploitation.

Le sectarisme, c’est le contraire de la politique prolétarienne et de la lige de masses. C’est une tendance opposée à l’idéologie du prolétariat, opposée aux principes du marxisme-léninisme. C’est un cancer que nous devons apprendre à reconnaître et éliminer de la vie et du travail de notre Parti.

Poursuivons. Les erreurs principales qui ont mis à découvert l’existence du sectarisme dans notre travail sont les suivantes : 

1. Nous avons cherché à construire le Parti et à le développer en marge de la lutte des masses; ceci a généré un recrutement sectaire et étroit d’éléments qui étaient d’accord avec nous mais seulement en paroles, et nous a empêcher de connaître et de gagner les véritables activistes agissant dans les masses. 

2. Nous n’avons pas su comprendre le rapport qui existe entre le travail clandestin et le travail ouvert. Nous n’avons pas compris que notre organisation est clandestine pour pouvoir faire du travail ouvert parmi les masses, pour pouvoir les mobiliser et les diriger dans la lutte révolutionnaire. 

Nous n’avons pas impulsé de participation active dans les organismes de masses sous prétexte qu’ils sont dirigés par des jaunes, comme s’il n’était pas obligatoire de combattre l’opportunisme au sein des masses et de nettoyer leurs organisations des traîtres et des jaunes. 

Ceci signifie : manque de combativité et manque de confiance dans les masses. 

Nous n’avons pas promu la création de nouveaux organismes de masses ouverts et légaux, qui recueillent les inquiétudes et aspirations des travailleurs, servent leurs intérêts et établissent le lien entre le Parti et les masses. 

3. En ne participant pas activement à la lutte des masses, nous avons conduit le Parti vers l’isolement, nous n’avons pas pu synthétiser ces luttes pour en faire des plate-formes concrètes et des consignes capables d’orienter et d’impulser la lutte des classes, et pour cette raison, nous n’avons pas pu mobiliser les larges masses, faute de jouer notre rôle d’avant-garde prolétaire. 

4. Nous n’avons pas su travailler avec ceux qui ne sont pas totalement d’accord avec nous. C’est-à-dire que nous n’avons pas compris que dans les masses, il y a des éléments avancés, intermédiaires et attardés, et nous n’avons pas donné à chaque cas de figure un traitement approprié.

5. Nous avons pensé que nous ne pouvions intervenir dans la lutte des masses seulement là où le parti était déjà présent et renforcé. Dans de nombreux cas, même là où le Parti était présent, nous n’avons fait que suivre les masses, démontrant ainsi un manque d’intérêt et de détermination pour servir le peuple et représenter ses intérêts fondamentaux.

Ces expressions de sectarisme dans le rapport du Parti aux masses ont été accompagnées de manifestations de sectarisme dans le travail interne du Parti. A notre avis, les plus importantes sont : 1. Dans les divers organismes du Parti, nous n’avons pas implanté les méthodes correctes qui auraient permis d’établir les justes relations entre les tâches d’orientation et de direction politique et les tâches pratiques et d’organisation. 

Face à la surcharge de travail, nous avons donné la préférence aux tâches pratiques et d’organisation, laissant au second plan et même dans l’oubli les tâches politiques. C’est une grave erreur qui tend à écarter le Parti de ses devoirs révolutionnaires et de la vie de notre peuple. 

Le travail politique, fondamentalement, doit résumer et systématiser les expériences de la lutte des masses à la lumière du marxisme-léninisme, pour les faire revenir aux masses sous forme de ligne et d’orientation politiques. 

Voilà l’essence de notre travail révolutionnaire. En retour, faute de résoudre correctement les tâches pratiques et d’organisation, il sera impossible de transformer les orientations politiques en actions concrètes. 

2. L’erreur consistant à chercher à former des cadres à la marge de la lutte des masses. On s’est occupé de perfectionner l’organisation, d’élever le niveau politique des cadres, de les qualifier et même de les remodeler idéologiquement sur la seule base de l’étude livresque, des cours et des discussions internes à l’écart de la pratique concrète révolutionnaire. 

Cette erreur a conduit certains cadres à s’auto-perfectionner, à se prolétariser loin du prolétariat, à faire preuve d’orgueil et à traiter avec mépris leurs camarades.

3. L’erreur d’exiger un haut niveau idéologique et de faire obstacle au recrutement de prolétaires honnêtes qui acceptent les aspects fondamentaux de notre programme et sont prêts à lutter pour la libération de leur classe. 

On oublie ce faisant le rapport qui existe entre la qualité et la quantité et on oublie le fait qu’un prolétaire n’a principalement qu’un recours pour élever son niveau idéologique: s’incorporer aux tâches politiques de son parti de classe, à sa discipline et son éducation. 

4. L’erreur de n’avoir pas utilisé suffisamment et correctement la critique et l’autocritique dans les organismes du Parti. On a ainsi méprisé l’arme fondamentale pour atteindre l’unité et élever le niveau idéologique et politique des militants. Lorsqu’elles ont été utilisées, c’était seulement pour résoudre de graves problèmes internes, mais pas de façon systématique dans la chaleur de la pratique dans le travail politique du Parti.

5. L’erreur de placer l’origine de classe au-dessus de l’aspect idéologique dans l’évaluation des militants, ce qui tend à priver le Parti et la classe ouvrière de la contribution valable et nécessaire que peuvent apporter les intellectuels révolutionnaires. Cette manifestation de sectarisme a en général été accompagnée de l’erreur de confondre les artisans (qui appartiennent à la petite- bourgeoisie) avec le prolétariat.

La considération de l’origine de classe des cadres révolutionnaires est un facteur important dans leur évaluation, mais n’est pas le seul. Le mouvement ouvrier a compté de grands dirigeants provenant d’autres classes. 

Le facteur déterminant dans l’évaluation d’un cadre, c’est son niveau idéologique, qui doit se manifester principalement dans la fidélité et la ferveur pour la cause révolutionnaire du prolétariat.

6. L’erreur de cacher le Parti loin des yeux des masses, se refuser à mener les tâches de propagande sous le prétexte de maintenir la clandestinité; comme si celle-ci devait empêcher de mener une bonne et efficace propagande parmi les masses. On oublie ainsi que la meilleure clandestinité est celle que les masses elles-mêmes offrent à leur avant-garde révolutionnaire. 

Toutes ces erreurs provoquées par le sectarisme doivent être analysées par nos soins, de façon sérieuse et approfondie, à la lumière des principes du marxisme-léninisme et de la pensée de Mao Zedong. 

Elles ont causé grand tort au développement de notre Parti et à la cause révolutionnaire de notre peuple. La lutte contre le sectarisme est une tâche immédiate que nous devons réaliser pour rectifier ces erreurs et rendre le Parti apte à mener avec la plus grande efficacité son travail révolutionnaire. 

Nous pensons que nous ne pourrons réussir cette tâche que si, dans chaque comité et chaque cellule nous réalisons un bilan du travail et une discussion sérieuse pour déterminer de quelle façon le travail a été affecté par le sectarisme, et que nous impulsons avec la plus grande détermination le travail de masses dans chaque organisme du Parti. 

En rectifiant nos erreurs de sectarisme nous devons considérer : 

1. Que dans le travail du Parti, nous devons donner la première place à la politique et lui subordonner toutes les autres tâches. Que l’idéologie fait partie de la politique, et que pour notre Parti, il s’agit d’une politique prolétarienne qui se résume à impulser et diriger la lutte des classes, à servir les intérêts du peuple à court et à long terme. 

Cette définition politique est exprimée dans notre Programme et doit être présente dans chacun des actions du Parti. 

2. Que l’idéologie prolétarienne ne peut remplir son rôle dirigeant que dans la pratique révolutionnaire, dans l’élaboration d’une ligne politique juste pour chaque moment de la lutte et dans l’accomplissement des tâches politiques au sein des masses. 

3. Que le prolétariat doit développer une politique indépendante, qui prend chair et force grâce au soutien des larges masses exploitées et non pas grâce aux engagements et aux pactes conclu avec les directions des autres forces. Il doit élaborer ses propres formes d’action et ses propres méthodes de lutte, ou comme le dit Mao Zedong « Vous vous battez à votre façon, nous nous battons à notre façon. »

4. Que la lutte des masses, leur mobilisation révolutionnaire, la construction du Parti et la préparation de la lutte armée ne peuvent pas être séparées, étant des aspects d’une même tâche. 

5. Que la liaison avec les masses, leur organisation et leur mobilisation est ainsi une seule et constante tâche qui ne peut pas se diviser en étapes.

6. Que pour mobiliser les masses ils ne suffit pas de participer à leurs luttes. Ni même de parvenir à les diriger et à les rendre plus combatives. 

Comme il a été dit antérieurement, il faut que le Parti synthétise leurs luttes en plate-formes et directives politiques capables d’unir les différents mouvements spontanés, et en actions politiques à objectifs concrets, pour tirer les masses et les luttes revendicatives hors de l’économisme et les mettre sur le chemin de la révolution. S’il ne fait pas cela, le Parti ne pourra que rester le fourgon de queue de la lutte spontanée. 

7. Que la défaite du sectarisme implique l’élimination du subjectivisme qui est à sa source et qui se manifeste ainsi : a) méconnaissance des problèmes des masses; b) méconnaissance du degré de conscience des masses; c) méconnaissance des modes de vie des masses; d) méconnaissance des diverses formes d’expression des masses; e) méconnaissance des luttes spontanées des masses et de leurs traditions de lutte

8. Que le caractère clandestin du Parti ne saurait en aucun cas être une excuse pour s’isoler et se cacher des masses. 

Que tout notre peuple doit connaître l’existence du Parti, sa ligne politique et sa fidélité aux intérêts du prolétariat et des masses exploitées, bien qu’il ne sache pas quelle est son organisation et où il se réunit.

Que notre Parti est clandestin pour ne pas être éliminé par l’ennemi et pouvoir servir les masses et devenir la force-noyau capable de diriger la révolution de notre peuple. 

Que la contradiction entre travail clandestin et travail ouvert se résout au travers d’organismes de masses indépendants, ouverts et légaux, comme des comités, des centres, etc., qui reflètent les inquiétudes et les aspirations des masses, qui nous permettent d’unir les plus vastes secteurs des ouvriers, paysans, étudiants, employés, intellectuels, etc., en les organisant et en les dirigeant sous l’orientation du Parti. 

La participation active de nos militants dans les syndicats, centrales de travailleurs, confédérations, etc., doit être impulsée sérieusement, au plan national comme régional. 

Face à cela, le Parti doit fixer une politique claire et définie, pour que nos militants puissent y agir de façon décidée, regrouper autour d’eux les éléments les plus sains et combatifs de la classe laborieuse et transformer ces organismes de masses en instruments actifs de la lutte des classes, en isolant et en démasquant les traîtres et les renégats.

Notre Parti a déjà entamé avec succès la lutte contre le sectarisme. Sous cette orientation, quelques comités régionaux ont réussi, dans un court laps de temps, à rompre l’isolement et à établir des liens sérieux et définitifs avec les masses travailleuses. 

Dans les luttes, nous apprenons à connaître de nombreux activistes des masses, honnêtes et combatifs, qui comprennent immédiatement nos positions, qui travaillent à nos côtés et qui, bientôt, seront invités à militer dans notre Parti. Dans la mesure où nous battons les tendances sectaires, un nouveau souffle passe dans nos rangs. 

Les masses de notre pays sont en train d’être brutalement frappées par la politique de famine imposée par l’impérialisme yankee par l’intermédiaire de son instrument, le gouvernement de Frei et la poignée de grands exploiteurs autochtones. La démagogie réformiste commence à faire faillite et les politiciens opportunistes au service de la bourgeoisie commencent à être répudiés par les travailleurs.

Les luttes des masses prennent un caractère de plus ne plus combatif et outrepassent les instructions des dirigeants jaunes enkystés dans leurs organismes. Rien, à part nos propres défauts et limitations, n’empêchera notre Parti de remplir son devoir glorieux de diriger et prendre la tête de la lutte révolutionnaire de notre peuple.

Toutes les fois que nous mènerons un travail sérieux, dévoué et efficace, les masses seront avec nous.

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au Chili (1960-1980)

La Sécession viennoise et Otto Wagner

Otto Wagner (1841-1918) n’appartient pas directement à la Sécession, mais sa trajectoire est directement parallèle et il l’a soutenue de très près, défendant, de fait, les mêmes positions.

Toutefois, il existe une profonde nuance, dans la mesure où la Sécession était principalement liée à la bourgeoisie qui était son soutien financier, alors qu’Otto Wagner était en plus de cela lié à la monarchie tendant à être absolue.

Otto Wagner a été, en effet, le principal architecte de la ville de Vienne à la fin du XIXe siècle, alors que son orientation ne correspondait pas à celle des grands bâtiments de la Ringstrasse, d’esprit « néo » (néo-classique, néo-gothique, néo-renaissance).

Otto Wagner était le partisan d’un style linéaire épuré en général et ornementale en particulier, dans une contradiction étant à la base même de la dynamique de l’art national autrichien.

Cela correspondait parfaitement aux attentes de la monarchie tendant à être absolue, qui lui confia la régulation de la ville en 1893, et si son plan ne fut pas réalisé en tant que tel, sa démarche eut un impact considérable.

Il se vit également nommé à la commission de la régulation du Danube et fut responsable de l’esthétique du métro de Vienne, construit de 1892 à 1901. C’était là une tache d’un symbolisme extrême, dans la mesure où la ville devait se moderniser par le métro, celui-ci devenant le poumon du mouvement de la ville.

L’esthétique du métro (à vapeur) et de ses lignes uniquement aériennes donnaient à la ville une direction esthétique, devant pratiquement la guider sur le plan culturel, puisqu’Otto Wagner ne contentait pas du design des 36 stations, devant également gérer les stations consistant en des petits pavillons, les viaducs et les ponts.

Le blanc limpide et un vert pomme bien spécifique devinrent les symboles de ce métro, fournissant une identité nouvelle à la ville.

Dans l’esprit de la Sécession, Otto Wagner réalisa une perspective artistique totale, s’occupant tant de l’architecture en tant que telle que des meubles, des installations à l’intérieur des bâtiments, notamment pour le bâtiment de la Caisse d’épargne de la Poste, ainsi que l’église Am Steinhof destinée aux personnes hospitalisées à l’asile.

Otto Wagner, qui fut également nommé professeur d’architecture à l’académie des Beaux-Arts, réalisa pareillement des villas, des maisons à l’esthétique très marquée sur une avenue partant du ring pour aller en direction du château impérial. Il fit également des plans pour tout un arrondissement, posant la question de l’organisation d’une grande ville.

C’était là l’émergence d’une profonde réflexion sur l’architecture et l’importance du rapport entre les besoins et les possibilités. Autant d’architecture que nécessaire, autant d’art que possible, affirmait en quelque sorte Otto Wagner.

« La construction est le germe de l’architecture; plus elle atteint son but, plus elle est parfaite. Cette notion correspond à celle d’utilité pure.

Mais celle-ci n’était pas suffisante, car le sentiment de beauté qui est propre à l’homme évoquait l’art et exigeait qu’il accompagne la construction.

Ainsi naquit l’architecture. La décoration de huttes et de grottes avec des fleurs, des branches, des trophées, des armes et des pierres commémoratives provoque l’émulation; ainsi, du premier art, l’architecture, naquirent des arts voisins: la peinture et la sculpture. Les produits de ces arts sont par nature des créations de beauté.

Le besoin, le but, la construction et l’idéalisme sont donc à l’origine de la vie artistique.

Ces éléments, réunis en une seule nofion, constituent en quelque sorte une nécessité pour l’évolution et l’existence de toute œuvre d’art, selon le dicton: «Artis solo domina necessitas », Seule la nécessité domine l’art.

Nous pouvons donc affirmer avec certitude que: « Toutes les formes architecturales sont nées de la construction et se sont transformées ensuite en art. » Ce principe, qui ne peut être démenti, explique l’origine de toute forme d’art (…).

Dans le chapitre consacré au «style », et ailleurs, j’ai affirmé que les formes d’art subissent des transformations.

Celles-ci se sont vérifiées en partie parce que la forme devait représenter l’idéal de beauté d’une certaine époque, mais surtout parce que le système de fabrication, le matériel, les outils, les moyens disponibles, les besoins, etc. variaient à chaque époque et devaient satisfaire des exigences différentes selon la diversité des lieux.

Par conséquent, c’est toujours un principe de construction qui a déterminé l’origine des formes d’art; il en résulte que de nouvelles constructions produisent forcément de nouvelles formes.

Notre époque a produit un nombre sans précédent de nouvelles constructions (il suffit de penser à la diffusion du fer dans l’industrie du bâtiment). Donc, si l’art recherche la nouveauté dans le domaine de la construction, ici aussi de nouvelles formes, et donc un nouveau style, devront nécessairement s’imposer.

La conséquence pratique de ces considérations est très simple: «L’architecte doit toujours développer une forme artistique en partant de la construction». »

C’est là le même esprit que la Sécession et on voit la perspective démocratique : il faut à la fois toujours améliorer et toujours rendre davantage beau.

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La Sécession viennoise et les Wiener Werkstätte

La contradiction fondamentale au sein de la Sécession ne manqua pas de faire imploser celle-ci rapidement ; Ver Sacrum n’eut, de fait, que 12 numéros. La Sécession en tant qu’association prolongea son existence, mais elle n’avait été qu’une étape affirmative.

En l’absence de solution national-démocratique en Autriche même, la tendance exigeant la généralisation de l’art forma son propre mouvement dès 1903, les Wiener Werkstätte, les « ateliers viennois ».

L’objectif était de réaliser des produits artisanaux se réalisant possiblement en série : c’est la bourgeoisie, par sa consommation esthétisante, qui devait devenir le vecteur de la généralisation du goût et de la beauté artistique.

C’est ce mouvement qui, on le comprend à l’arrière-plan, devait moderniser le pays, balayant l’idéologie féodale-cléricale-militariste.

L’un des deux fondateurs des Wiener Werkstätte, l’architecte Josef Hoffmann, formula son point de vue de la manière suivante :

« Il est impossible que cela suffise que nous acquérions des tableaux, aussi magnifiques qu’ils soient.

Tant que nos villes, nos maisons, nos pièces, nos armoires, nos appareils, nos habits et nos bijoux, notre langage et sentiments ne représentent pas symboliquement de manière expressive, de manière plus sobre, plus simple et plus belle, l’esprit de notre propre époque, nous sommes immensément loin de nos ancêtres et aucun mensonge ne peut nous tromper à ce sujet. »

Il s’agit d’une allusion à l’artisanat le plus développé du passé et on retrouve le principe des arts & crafts, développé par le communiste William Morris et théorisé notamment dans les Nouvelles de nulle part.

Le niveau artisanal le plus développé et le goût personnel à ce sujet le plus avancé doivent se généraliser dans une société remplie de beauté reflétant l’activité de l’esprit.

Chaque objet de la vie quotidienne doit avoir un haut niveau culturel, façonnant en retour l’esprit qui, se plaisant dans un environnement à son image, se tourne vers la beauté et l’apprécie.

Les Wiener Werkstätte, avec donc Josef Hoffmann, mais également le graphiste Koloman Moser, ainsi que de manière secondaire Carl Otto Czeschka, étaient une coopérative devant donner la dynamique à cela, par la production de meubles, de lampes, de bijoux, de la céramique, des tissus et de la haute couture, de la verrerie, des cartes postales et des affiches, du papier à lettre et des reliures, différents objets comme des couverts de table, des théières, etc.

L’organisation pouvait se montrer totale, dans le moindre détail, dans la production d’objets comme d’environnements sociaux, comme avec le sanatorium de Purkersdorf en Autriche et surtout le Palais Stoclet de Bruxelles, hôtel particulier du financier belge Adolphe Stoclet.

Aucun aspect n’est oublié, depuis les poignets de portes jusqu’aux lampes, des bacs à fleur jusqu’aux fenêtres, de la vaisselle jusqu’à la décoration, etc.

Dans une brochure des Wiener Werkstätte, on lit en 1905 :

« Le désastre incommensurable, que la production de masse de mauvaise qualité, d’une part, et l’imitation irréfléchie de styles anciens, d’autre part, ont causé dans le domaine des arts décoratifs, inonde le monde entier tel un fleuve gigantesque.

Nager à contre-courant serait de la folie. Et pourtant, nous avons nos ateliers.

Nous voulons instituer des rapports cordiaux entre le public, le concepteur et l’artisan, et fabriquer un équipement ménager simple et de bonne qualité.

Nous partons de la fonction de l’objet ; pour nous, il doit être avant tout pratique ; nous tirerons notre force de la qualité de nos relations et de la qualité de notre travail.

Là où il conviendra d’ornementer, nous chercherons à le faire, mais sans nous y forcer et pas à n’importe quel prix ».

On peut se douter que tout cela avait un prix élevé et visait uniquement la bourgeoisie, avec par ailleurs deux magasins en plein centre de Vienne, ainsi que dans les villes thermales tchèques Karlovy Vary (Karlsbad) et Mariánské Lázně (Marienbad), la petite ville de Velden au bord du lac autrichien Wörther, ainsi que Berlin, Zurich et New York.

Les matériaux utilisés étaient les plus coûteux et le projet ne pouvait viser qu’un public de plus en plus élitiste ; c’est la section haute couture et tissus qui rapportait réellement quelque chose, reflétant une orientation toujours plus grand-bourgeoise.

Les Wiener Werkstätte profitaient, de fait, initialement du mécénat du producteur de tissus juif Fritz Waerndorfer, qui fit faillite, le relais étant pris par Otto Primavesi qui fit faillite également. La crise générale du capitalisme, avec le tournant de 1929, fit s’effondrer le projet des Wiener Werkstätte.

Elles avaient été le prolongement le plus abouti de la Sécession viennoise, dans son projet d’esthétisation totale de la société, mais leur dynamique s’appuyait sur une classe sociale dont le mode de production happait toutes les énergies et de plus en plus les biens de consommation, se réservant l’art total devenant de plus en plus un simple raffinement de grand bourgeois.

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La Sécession viennoise et la question du rapport au peuple

Dans sa revue Ver Sacrum, les articles tendant à exposer une réalité plus qu’à se justifier idéologiquement. Le tempo de la vie exige des formes nouvelles et l’artiste est une figure réelle et activiste, désireuse de produire, conformément à son époque.

L’arriération de la culture autrichienne – désignée telle quelle, nationalement, à l’opposé de la culture allemande donc – est intolérable, car ne permettant pas de se conformer à ce rythme moderne.

L’artiste doit de nouveau puiser à la « source éternelle » de l’art pour se conformer à l’esprit de son époque – on a ici une contradiction productive : l’idéalisme artistique est prétexte à une adéquation culturelle avec la nouvelle réalité, celle où la féodalité commence à être abolie.

Ver Sacrum présente donc des œuvres d’autres pays, notamment de France, devant servir de pression culturelle pour aller en un sens nouveau, rompre avec l’académie, représentée par l’association officielle Künstlerhaus dont sont issus les « sécessionnistes ».

Elle présente également des œuvres relevant de son mouvement et, dans tous les cas, on se doute que la reproduction de ces œuvres provient d’un choix culturel bien déterminé.

Or, ce qu’on voit dans Ver Sacrum, c’est que si on y trouve des œuvres relevant de l’impressionnisme ou du symbolisme-décadentisme, on y voit également régulièrement des œuvres relevant du réalisme.

On comprend très bien comment la Sécession est tiraillée entre ses tendances, entre la tendance naturelle bourgeoise à tendre au subjectivisme avec ses succès et celle relevant de la bataille démocratique, populaire-nationale, contre la féodalité.

La tentative de résoudre cette contradiction existait bien sûr. On en a un exemple frappant avec l’article d’Adolf Bartels, intitulé « Qu’est-ce qui est conforme à son époque ? ». Adolf Bartels y explique qu’il faut que l’art soit en conformité avec l’esprit de l’époque et ancré dans la réalité du peuple.

« Qu’est-ce qui est conforme à son époque ? »

Cette position est d’autant plus frappante que le numéro de Ver Sacrum est accompagné de toute une série d’illustrations du peintre tchèque Hanuš Schwaiger (dont le père était juif), avec soit des images de contes populaires, notamment slaves, soit des dessins réalistes.

L’image ci-dessous montre par exemple « la pauvreté » et il est précisé que le dessin a été acheté par le professeur Masaryk, très certainement pas moins que Tomáš Masaryk, le grand théoricien national-bourgeois tchèque et premier président tchécoslovaque une vingtaine d’années plus tard.

Ce qui est extrêmement frappant quand on sait que par la suite, par incapacité à assumer la ligne artistique national-démocratique anti-féodale, Adolf Bartels va être l’un des plus grands activistes intellectuels du national-socialisme, pavant sa voie avec la théorie de « l’art de la patrie », la heimatkunst.

Dans « Qu’est-ce qui est conforme à son époque ? », Adolf Bartels répondait alors de la manière suivante :

« Ainsi, la réponse à la question « Qu’est-ce qui est conforme à son époque ? » est la suivante : tout ce qui n’a pas été déjà apporté dans des époques antérieures, qui obtient de solides racines dans le sol national et qui est amené par des personnalités artistiques significatives. »

On a ici quelque chose de très proche de la théorie du réalisme socialiste, mais avec des nuances amenant la définition à se retourner en son contraire, et à aller dans le sens du national-socialisme.

Adolf Bartels a compris que la pulsion ne suffisait pas : en cela, il rompt avec le subjectivisme bourgeois, au nom de l’art national. Mais il ne parvient pas à établir un rapport avec le peuple, avec son histoire, car il est allemand et l’Allemagne est un pays devenant impérialiste, tout comme les Autrichiens profitent de l’oppression nationale des plusieurs peuples.

Que l’on retouve la position d’Adolf Bartels dans un numéro de Ver Sacrum rempli d’illustrations d’œuvres de Hanuš Schwaiger est une contradiction historique tenant à la double nature de la Sécession.

Voici, comme illustrations, des exemples d’œuvres réalistes mises en avant dans Ver Sacrum.

La dimension folklorique est naturellement régulièrement présente, comme expression de la réalité populaire. On est le plus souvent dans une perspective nationale-démocratique. L’œuvre suivante est même présentée comme appartenant à la société praguoise des amis patriotiques de l’art.

L’œuvre suivante montre des lutins, dans l’esprit des contes populaires tchèques, avec une facture résolument réaliste.

Les deux œuvres suivantes sont présentées comme étant de J. Repin ; très certainement s’agit-il, vue la facture, de l’immense Illya Répine.

L’oeuvre ci-dessous est d’une des figures majeures du réalisme français, Léon Lhermitte.

Voici d’autres œuvres d’orientation réaliste présentées dans Ver Sacrum.

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Alfons Mucha et le baroque renversé

Né en 1860 en Moravie, Alfons Mucha est un artiste très célèbre en France, ayant vécu longtemps à Paris, où il a réalisé notamment de nombreuses affiches, au style éminemment reconnaissable. Résumer le style Mucha à une approche simplement art nouveau serait une profonde erreur, aussi y a-t-il lieu de se pencher sur ses ressources artistiques, tenant au foklore national tchèque.

Alfons Mucha, Portrait de  Josephine Crane Bradley
en tant que Slavia, 1908
Alfons Mucha, affiche pour Princesse Hyacinthe,
un ballet-pantomime de Oskar Nedbal, 1911
Alfons Mucha, affiche pour la chorale des professeurs moraves, 1911

Initialement artiste autodidacte, car se voyant refuser par les écoles d’art, il commence une carrière à Vienne, puis Mikulov, avant d’aller étudier à l’académie des arts de Munich, tout en faisant partie de l’association artistique tchèque locale, la Škréta, spolek mladých českých výtvarníků v Mnichově, fréquenté également par des artistes d’Europe de l’est en général.

Il part ensuite à Paris, étudiant à l’Académie Colarossi, où il finira lui-même par donner des cours ; en face de l’Académie se trouvait le café Crémerie et il y fréquente le milieu artistique, à la fois bohème et cosmopolite, devenant alors illustrateur.

Il participe à la vie du symbolisme-décadentisme et de sa vaste mouvance, partageant à un moment son atelier avec Paul Gauguin, découvrant l’occultisme avec l’écrivain suédois August Strindberg, connaissant un succès gigantesque pour son affiche du drame Gismonda, de Victorien Sardou, au théâtre de la Renaissance, dont Sarah Bernhardt était la grande figure. Elle engage en conséquence Alfons Mucha comme réalisateur des affiches, des costumes, du décor de scène, pour plusieurs années).

Avec l’imprimeur Champernois, Alfons Mucha fait alors réaliser des affiches en série et de qualité, lui amenant un grand succès, notamment avec différentes séries sur le thème des saisons, une présentation de femmes, dans un décor verdoyant, avec des habits ondulants, avec comme prétexte la lune, les étoiles, des pierres précieuses, etc.

La dimension érotique est fortement présente, typiquement dans l’esprit de la Sécession ; à la différence toutefois de Gustav Klimt, la pose et le style, la structuration des habits et du décor puisent largement dans le folklore slave.

Cela est particulièrement frappant sur les œuvres n’ayant qu’une fonction esthétisante. On voit très bien comment Alfons Mucha rompt avec le baroque en le renversant, non pas en le détournant, en le transformant en totalité artistique, comme ensemble esthétique, avec une orientation d’art populaire.

On peut comparer cette dernière œuvre à une publicité qu’Alfons Mucha a réalisé.

Alfons Mucha a, en effet, été un auteur prolixe, réalisant le rêve de la Sécession – un art se généralisant – à travers les opportunités commerciales qu’il a eu. L’éditeur Champenois déclinera ses travaux sur des cartes postales, des panneaux décoratifs, des calendriers, des programmes de théâtre, alors qu’Alfons Mucha lui-même réalisera de nombreuses publicités et contribuera à des œuvres de joaillerie.

En 1897, il participe au Salon des cent en tant que seul artiste présenté, avec 448 œuvres, sa réputation atteignant toutes les principales villes européennes, ainsi que New York. Il reçoit la légion d’honneur à Paris, tout en étant élu membre de l’Académie tchèque des sciences et des arts, se mariant en 1903 avec une tchèque.

Alfons Mucha terminera sa vie comme grand artistique national tchèque, alors que de plus la Tchécoslovaquie naît comme pays après l’effondrement de l’Autriche-Hongrie en 1918. Voici d’ailleurs une œuvre de cette année-là, intitulée La France embrassant la Bohème.

Alfons Mucha n’a, en fait, jamais perdu le fil avec l’art national tchèque, ni avec sa cause ; si l’on regarde ses illustrations et affiches, on reconnaît aisément à la fois le type ethnique slave et l’esprit des tenues folkloriques de l’est européen slave.

Lui-même s’est placé dans le prolongement de l’art national slave, avec la nation tchèque se libérant enfin. Voici une publicité pour la banque postale, sous l’égide de Slavia, la déesse des tribus slaves, ainsi qu’un exemple de sa décoration réalisée pour la mairie de Prague.

L’œuvre majeure de cette direction nationale reste indubitablement L’épopée slave, réalisée à partir de 1911. On y retrouve clairement l’esprit des ambulants, la représentation totale de l’histoire du peuple.

De très grand format, cette épopée est composé de vingt œuvres, dix concernant les Tchèques, quatre les Slaves en général, deux les Russes, une les Serbes, une les Croates, une les Polonais, une les Bulgares. Les œuvres sont en fait composées dans l’esprit du congrès panslave de Prague de 1848, où les nations slaves, trop petites face aux oppresseurs autrichien, hongrois et turc, décident de renforcer leurs liens, éventuellement avec le soutien russe.

On peut voir une œuvre, la première, où les Slaves fuiant les hordes germaniques (indiquées par l’incendie en arrière-plan), alors qu’un prêtre païen au premier plan annonce la survie des tribus. L’œuvre est intitulée Les Slaves dans leur site préhistorique – Entre le knout touranien et le glaive des Goths.

Après la bataille de Grünewald donne le ton, puisqu’il s’agit de l’écrasement en 1410 des forces de l’Ordre teutonique par le royaume de Pologne.

Ici, c’est la défense de Szigetvár face aux Turcs qui est montrée.

Voici le Serment d’Omladina, symbole du renouveau slave.

L’œuvre suivante montre l’instauration de la liturgie slave, c’est-à-dire du slavon d’église, avec comme sous-titre : Rendez louange à Dieu dans votre langue maternelle.

Voici La célébration de Svantovít – Quand les dieux sont en guerre, le salut est dans les arts, Svantovit étant le dieu de la fertilité et de la guerre.

L’œuvre suivante montre Le Roi Premysl Ottokar II de Bohême, dont la défaite aboutira à l’intégration forcée de la Bohême-Moravie dans l’Autriche et l’échec des Tchèques à prédominer dans le Saint-Empire romain germanique.

L’œuvre suivante montre un épisode important du hussitisme, avec Milíč de Kroměříž transformant une maison close en temple, dans le cadre de ce qui donnera le hussitisme.

Ici, c’est Jan Hus qui est présenté, dans la chapelle de Bethléem, base de départ du hussitisme qui va bouleverser l’histoire européenne.

Est ici présenté une communion hussite, dans l’Entretien à Křížky.

La grande figure de l’éducation, le tchèque Comenius, est ici présenté, lors de ses derniers jours, en exil.

On a ici une représentation du roi hussite Jiří z Poděbrad, Georges de Podebrady.

Voici, pour conclure, l’affiche présentant l’épopée slave, témoignage d’où provient l’œuvre d’Alfons Mucha : du peuple tchèque, de sa culture et de son histoire, qu’Alfons Mucha a tenté de diffuser dans l’art universel, à travers, pensait-il pouvoir le faire, la consommation esthétisée de la bourgeoisie.

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Gustav Klimt et le baroque détourné

Quand on s’intéresse à Gustav Klimt, il faut comprendre que tout comme avec Alfons Mucha, on n’a pas affaire en tant que tel à des peintres, mais à des décorateurs.

Gustav Klimt (1862-1918)

Les ambulants, en Russie, étaient issus d’une petite couche cultivée liée à une bourgeoisie bien trop faible, les amenant à assumer entièrement la dimension démocratique, se tournant vers la réalité du peuple.

La situation était différente en Autriche, où la bourgeoisie était bien plus forte et formait par conséquent une clientèle réelle. C’est cela qui fait qu’il y a des tendances très clairement impressionnistes, symbolistes-décadentistes.

Toutefois, la bourgeoisie ayant un aspect progressiste, dans sa lutte nationale contre la féodalité, il y a un aspect progressiste dans la Sécession, que les artistes de ce mouvement ont compris comme appel à l’art dans la vie quotidienne, à l’art national.

Gustav Klimt est ainsi le peintre national-bourgeois autrichien, tandis qu’Alfons Mucha est le peintre national-bourgeois tchèque.

Portrait d’Adele Bloch-Bauer (1907)

De par l’importance du baroque en Autriche comme idéologie de la Contre-Réforme, les artistes ont dû, malgré eux, suivre cette tendance historique.

L’expression de l’art national autrichien passe par le détour du baroque, ce qui n’est pas le cas pour l’art national tchèque qui, comme avec Alfons Mucha, puise dans la culture slave historique afin de réfuter l’oppression nationale autrichienne dont le baroque était justement le vecteur idéologique et culturel.

Comme on le sait, le baroque possédait une exigence d’ensemble : son apparence se voulait en mouvement, occupant tout l’espace, pour subjuguer la raison et prétendre que le monde serait incompréhensible, seul Dieu l’étant, par sa stabilité unique.

Dans les œuvres suivantes, Gustav Klimt réussit admirablement bien à conjuguer la représentation et la décoration allant avec celle-ci, pour former une atmosphère pratiquement typique. On a ici affaire à une décoration typique, propre à une ambiance, une atmosphère.

Pour bien saisir cette question de la décoration, voyons la frise Beethoven montrant des forces hostiles.

Comme on le voit, Gustav Klimt a largement été marqué par le symbolisme-décadentisme et cela ira en empirant. Il faut s’extraire de ce basculement dans le mysticisme pour trouver l’intérêt en quelque sorte décoratif typique de Gustav Klimt. Les œuvres suivantes parviennent à une très intéressante synthèse décorative, témoignant d’une idée ou d’une personne représentée comme un ensemble. Ce qu’on voit dépasse un simple tableau ; on est dans une décoration.

On a ici Amour, un portrait du pianiste et professeur de piano Joseph Pembauer, l’acteur Josef Lewinsky en tant que Carlos.

Gustav Klimt, Amour (1985)
Gustav Klimt, Portrait du pianiste et professeur de piano Joseph Pembauer (1890)
Gustav Klimt, L’acteur Josef Lewinsky en tant que Carlos (1895)

C’est en ce sens qu’il faut comprendre pourquoi Gustav Klimt a réussi à faire des œuvres marquantes. S’il n’avait été qu’un impressionniste à la manière autrichienne, il serait passé inaperçu. Ce n’est qu’en se liant à la dimension progressiste de la culture autrichienne à son époque qu’il a su synthétiser artistiquement, dans le sens de la décoration typique.

Le tableau ici tout à fait représentatif de cet aboutissement est bien sûr Le baiser.

Gustav Klimt, Le baiser (1908-1909)

Dans le contexte propre à la domination du cléricalisme, Gustav Klimt a également souligné la dimension corporelle.

A la même époque, la social-démocratie mettait en avant en Autriche la natation, la gymnastique ou encore le cyclisme. On est dans la conquête du corps, qui a été aliéné par le catholicisme le plus forcené, car issu de la Contre-Réforme et visant à reconquérir des masses historiquement passées au protestantisme.

La clef culturelle pour comprendre l’Autriche est qu’il s’agit d’un pays non pas simplement catholique, mais re-catholicisé.

L’érotisme chez Gustav Klimt est donc présent de manière très forte, souvent en passant par le prisme symboliste-décadentiste où la femme est considérée comme un absolu, tout en restant un objet d’adoration sexuelle. Voici Danaë, Les trois âges de la femme, Les vierges, Judith et Holopherne.

Gustav Klimt, Danaë (1907)
Gustav Klimt, Les trois âges de la femme (1905)
Gustav Klimt, Les vierges (1913)
Gustav Klimt, Judith et Holopherne (1901)

Il est aisé de voir que Gustav Klimt va, sur le plan artistique, en direction de cette décoration typique, de cet ensemble formant une atmosphère, en tentant de maintenir un réalisme à travers l’impressionnisme.

C’est une contradiction en soi, qu’il réussit à dépasser parfois productivement. C’est tout à fait net dans les œuvres suivantes : Schubert au piano, portrait de Sonja Knips.

Gustav Klimt, Schubert au piano (1899)
Gustav Klimt, portrait de Sonja Knips (1898)

Ce qui caractérise la ville de Vienne, ainsi que le catholicisme autrichien, c’est un rapport très particulier à la mort, celle-ci étant un thème culturellement omniprésent, la mort étant même considéré comme devant avoir été une viennoise! Le chanteur Marx Augustin du XVIIe siècle est également connu pour avoir été tellement saoul qu’on le ramassa avec tous les morts de la peste et qu’il se réveilla dans un charnier…

Cette thématique est largement retranscrite dans Gustav Klimt, en tant qu’auteur national ; il serait erroné de rattacher cela au symbolisme-décadentisme et à sa fascination pour le morbide. Voici Vie et mort, Espoir I, Espoir II.

Gustav Klimt, Vie et mort (1910-1915)
Gustav Klimt, Espoir (1903)
Gustav Klimt, Espoir II (1907-1908)

Gustav Klimt a souvent réalisé ses œuvres en série, dans le cadre d’une décoration, par exemple à l’université. Voici Hygieia, la santé, placée à l’université de médecine. On retrouve toujours cet esprit de décoration typique.

Gustav Klimt, Hygieia, premières années du XXe siècle

Voici, enfin, deux œuvres absolument représentatives de la culture nationale autrichienne, avec Buchenwald I (c’est-à-dire un bois de hêtre) et L’accomplissement. On y voit les deux éléments moteurs de la représentation dans son cadre culturel : la décoration d’orientation contemplative dans un cadre atmosphérique, avec une tentative de rendre le plus complexe possible cela.

Gustav Klimt, Buchenwald I (1902)
Gustav Klimt, L’accomplissement (1905-1909)

C’est le baroque et sa richesse multiforme détourné dans le sens d’une décoration typique.

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L’importance du «ring» viennois pour la Sécession

La nature de la Sécession viennois naissant à la fin du XIXe siècle se lit parfaitement quand on connaît l’évolution des forces ayant soutenu ce mouvement, dont le symbole est le « ring ».

Terme signifiant anneau en allemand, il désigne ici une avenue circulaire entourant le centre-ville, à l’emplacement des anciennes fortifications, sur pratiquement cinq kilomètres de long, pour une largeur d’un peu moins de 60 mètres.

Le centre-ville dont les bords forment le Ring

A ces fortifications s’ajoutait un périmètre maintenu par l’armée comme « glacis », notamment après la révolte démocratique de 1848 ; à partir de 1849, toutefois, l’empereur avait décidé de faire de Vienne non plus une résidence royale, mais la capitale de l’empire.

Le glacis, terrain à découvert cerclant le centre historique de Vienne, disparaissant à partir de 1858

Le ring devint alors, à partir de son ouverture en mai 1865, un lieu de prestige, tant pour la monarchie tendant à être absolue que pour la bourgeoisie.

Ainsi, au palais monarchique de la Hofburg, au siège de la police, au ministère de la guerre et au palais de justice répondent le parlement, la bourse, l’opéra, le théâtre impérial, quatre lieux essentiels à la vie idéologique de la bourgeoisie.

L’opéra de Vienne vers 1870

On y trouve également, côte à côte, les musées d’histoire naturelle et d’histoire de l’art, ainsi que l’académie des Beaux-Arts, le musée des arts appliqués et l’université, symboles de l’alliance de la tradition monarchique, avec un esprit « monumental », et des sciences assumées par la bourgeoisie.

On y trouve également la nouvelle mairie, mais une seule église, et encore la Votivkirche avait été construit en l’honneur de l’empereur ayant échappé à un assassinat.

La mairie, construite dans un style néo-gothique en allusion
aux droits des villes importantes primant sur l’autorité centrale royale au Moyen-Âge

La dimension bourgeoise et monarchique de l’endroit, à l’opposé du cléricalisme, est encore renforcée par des lieux de civilités : on y trouve quatre parcs (Stadtpark, Burggarten, Volksgarten, Rathauspark) et de vastes places (Heldenplatz, Schwarzenbergplatz, Schillerplatz, Maria-Theresien-Platz).

On comprend alors pourquoi la haute bourgeoisie et la haute aristocratie se sont construit des hôtels particuliers sur le ring, leurs « palais » rivalisant de magnificence.

Le palais Epstein sur le Ring

On y trouvait notamment la famille aristocratique Colloredo-Mansfeld, celle du prince Ferdinand Georg August von Sachsen-Coburg-Saalfeld-Koháry, un archiduc d’Autriche, la famille de l’industriel Rudolf Auspitz, celle de la famille de financiers juifs Ephrussi (également présente à Paris alors) ainsi que celle du banquier juif Gustav von Epstein, celle du banquier Jonas von Königswarter, celle du banquier Friedrich Schey von Koromla, etc.

Le palais Ephrussi sur le Ring

Cette opulence était bien sûr à comparer avec la situation du reste de la population, 83% des logements viennois consistant en au maximum une pièce et une cuisine, sans eau ni sanitaires.

Il faut également souligner l’unité d’esprit architectural, orienté néo-classique – allusion à la démocratie athénienne -, néo-renaissance – allusion au renouveau des arts, seule la mairie étant de style néo-gothique, ce qui était une référence aux libertés des villes au moyen-âge.

On trouve ici comme figures centrales les architectes Theophil Hansen (Académie des Beaux-Arts, bourse, parlement, Palais Ephrussi, Epstein et Hansen), Gottfried Semper et Carl Hasenauer (palais impérial Neue Burg, musées d’histoire naturelle et d’histoire de l’art se tenant face à face, théâtre Burgtheater), Heinrich Ferstel (musée des arts appliqués, université, église Votivkirche, Palais Wertheim et Ludwig Viktor).

Couronnement symbolique absolu du ring, on y trouve un bâtiment de la Sécession, réalisé par Joseph Maria Olbrich, financé par l’industriel Karl Wittgenstein et destiné aux expositions.

La maison de la Sécession

Initialement prévu pour ne durer que dix ans, le petit bâtiment se présente avec un dôme décoré de feuilles dorées de lauriers, avec deux ailes en forme de cube, « ver sacrum » y étant inscrit, ainsi que « Der Zeit ihre Kunst, der Kunst ihre Freiheit » (« Au temps son art, à l’art sa liberté »).

En son sein, on trouve également la frise Beethoven du principal peintre de la Sécession : Gustav Klimt.

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La Sécession viennoise: art national, art total

La Russie avait, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, connu le mouvement des peintres ambulants, issu de la volonté d’artistes d’aller dans le sens démocratique. Pour cette raison, la monarchie tendant à être absolue a en partie soutenu ce mouvement contre la féodalité, tout en le réfutant en partie en raison de sa base démocratique, son orientation populaire.

L’Autriche-Hongrie connaissait une situation exactement similaire, avec une monarchie tendant à être absolue, se débattant contre la féodalité et les forces catholiques. On y trouve, dans un esprit parallèle aux ambulants russes, mais largement différent pour des raisons historiques, un mouvement d’artistes s’orientant vers la démocratie : le mouvement de la Sécession.

L’Autriche-Hongrie en Europe en 1914

La nature de la Sécession est différente des ambulants russes pour de multiples raisons : de par la dimension multi-nationale de l’empire, le mouvement était présent à Vienne, mais également à Prague et Budapest.

Carte des principaux peuples d’Autriche-Hongrie en 1910, avec les Allemands devenant les Autrichiens, les Hongrois, les Tchèques, les Slovaques, les Polonais, les Ukrainiens, les Slovènes, les Croates et les Serbes, les Roumains, les Italiens.

La bourgeoisie était bien plus forte qu’en Russie, rentrant ouvertement en concurrence avec l’aristocratie dans la capitale viennoise. Par conséquent, le libéralisme était une valeur bien plus omniprésente, avec une bourgeoisie pouvant devenir directement une clientèle, notamment avec les richissimes bâtiments du Ring, la grande avenue encerclant le premier arrondissement viennois.

La Sécession ne se voulait donc pas une force parallèle au pouvoir comme les ambulants en Russie, mais directement une force esthétique considérant devoir posséder l’hégémonie.

Publicité de Koloman Moser pour une eau minérale
liée à une station de cure en Bohême, en 1899.

Le choix du terme Sécession provient d’ailleurs de l’Antiquité romaine, de la secessio plebis, lorsque la plèbe faisait sécession en se déplaçant en masse sur une colline de Rome, en attendant la satisfaction de ses revendications.

La Sécession emprunta également à Tite-Live et au paganisme romain le titre de sa revue, Ver Sacrum, signifiant « printemps sacré », les artistes de la Sécession se présentant comme les représentants de la vie, de la créativité, s’arrachant par conséquent aux formes ossifiées, incompatibles avec l’art.

Couverture du numéro un de Ver sacrum, en janvier 1898, réalisée par Alfred Roller.

L’expression Sécession avait déjà été utilisé par des artistes à Munich, dès 1892 ; de même, il y aura à Berlin une Sécession à partir de 1898, celle de Vienne s’inaugurant en 1897. C’est celle-ci qui aura le plus d’impact, en raison des conditions historiques.

La Sécession viennoise était portée par sa nature contradictoire, de manière très similaire aux ambulants : d’un côté, c’était une expression démocratique anti-féodale, de l’autre un besoin de libéralisme dans le cadre de la concurrence de la bourgeoisie avec l’aristocratie.

Koloman Moser, affiche pour l’exposition des cinq ans de la Sécession

Par conséquent, on trouve dans la Sécession viennoise à la fois des éléments brutalement esthétisants, dans l’esprit bourgeois de l’art pour l’art, des influences du symbolisme-décadentisme notamment français, et des œuvres de haute qualité, d’esprit démocratique, faisant de l’art une question de culture, de civilisation.

La Sécession, en exigeant un art propre à son époque, généralisait cela en théorie générale du triomphe du printemps qui revient, en triomphe de la beauté artistique comme modèle de culture ; dès le premier numéro de Ver Sacrum, il était expliqué qu’il ne sera reconnu ni un art pour les riches, ni art pour les pauvres, mais l’art comme possession de tout un chacun.

En réalité, c’était une quête très précise de rupture avec la pesanteur aristocratique-cléricale, à une époque bien déterminée ; de fait, il fut affirmé dès le départ que les œuvres de l’étranger seront appréciés si besoin est, mais que la Sécession se pose comme art national autrichien.

La Sécession souligne, en effet, à la fois son caractère national, que le fait qu’il n’y ait alors aucune tradition artistique en Autriche, pays présenté comme arriéré sur le plan artistique, la Sécession venant combler ce manque.

Phase paradoxale de par l’histoire culturelle de l’Autriche, qu’on ne comprend que lorsqu’on voit que Vienne est opposée à Paris et Berlin, villes où les partisans du « nouveau » concurrencent ceux de « l’ancien », dans une bataille d’école : cela signifie que la Sécession accompagne la naissance de la nation autrichienne, qu’elle entend rompre avec la nation allemande dont l’Autriche était une composante, tout en refusant le cosmopolitisme grand-bourgeois qui amènerait à assumer de manière unilatérale le style parisien.

La maison dite des majoliques, réalisée par Otto Wagner
à Vienne en 1898-1899

La Sécession insiste de ce fait logiquement tant sur le niveau culturel nécessaire aux artistes que sur l’éducation du goût du public, à qui il y a par ailleurs encore à donner naissance.

C’est là l’exigence de la bourgeoisie qui veut une opinion publique, une société ouverte, libérale et la dimension militante sur ce plan est explicite: la revue Ver Sacrum affirme avoir une fonction d’agitation, de célébration de l’art comme projet général avec une démarche nécessairement rupturiste par rapport à la société.

De par cette dimension nationale-bourgeoise et démocratique, la Sécession se présente immédiatement en tant qu’association d’artistes des arts visuels : si quelqu’un n’aime pas les images, lit-on dans le premier numéro, alors on lui proposera des tapisseries, des verres, des bijoux pour les femmes ou les fiancées, des tissus, etc. Par la bourgeoisie et sa consommation, l’artiste peut propager l’utopie artistique totale.

Publicité réalisée par Koloman Moser, 1904-1906, pour la représentation de l’entreprise viennoise Kohn (s’occupant de fournitures pour les restaurants, théâtres, etc.) à Radosmko, une ville polonaise de l’empire russe servant de plaque tournante commerciale.

La Sécession connaîtra inévitablement un développement rapide, soutenue par la bourgeoisie et la monarchie absolue, avant de voir inévitablement une séparation entre le courant loyaliste par rapport au régime et la tendance bourgeoise donnant naissance aux ateliers de Vienne, les Wiener Werkstätte, dans le prolongement du projet d’art total et de marchandises relevant, tout au moins comme projet, non pas tant du commerce que de l’artisanat.

A cela s’ajoutera la question nationale tchèque au sein de la problématique autrichienne, pavant la voie à l’affirmation de l’art national tchèque, dont des figures marquantes sont Jan Kotěra, Alfons Mucha, auquel il faut également lier Egon Schiele.

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Lénine : Les enseignements de la révolution (1917)

Toute révolution marque un tournant brusque dans la vie d’énormes masses populaires. Tant, que ce tournant n’est pas arrivé à maturité, aucune révolution véritable ne saurait se produire.

Et, de même que chaque tournant dans la vie d’un homme est pour lui plein d’enseignements, lui fait vivre et sentir quantité de choses, de même la révolution donne au people entier, en peu de temps, les leçons les plus substantielles et les plus précieuses.

Pendant la révolution, des millions et des dizaines de millions d’hommes apprennent chaque semaine plus qu’en une année de vie ordinaire, somnolente. Car lors d’un brusque tournant dans la vie de tout un peuple, on aperçoit avec une netteté particulière les fins que poursuivent les différentes classes sociales, les forces dont elles disposent et leurs moyens d’action.

Tout ouvrier conscient, tout soldat, tout paysan doit mûrement réfléchir aux enseignements de la révolution russe, surtout, maintenant, à la fin de juillet, quand il apparaît clairement que la première phase de notre révolution a abouti à un échec.

I

En effet, voyons ce que les masses ouvrières et paysannes voulaient obtenir en faisant la révolution. Qu’attendaient-elles de la révolution ? On sait qu’elles en attendaient la liberté, la paix, le pain, la terre.

Or, que voyons-nous maintenant ?

Au lieu de la liberté, on commence à rétablir l’arbitraire d’autrefois. La peine de mort est instituée sur le front [1] pour les soldats. On traduit devant les tribunaux les paysans qui, d’autorité, se sont emparés des terres des grands propriétaires fonciers.

Les imprimeries des journaux ouvriers sont saccagées. Les journaux ouvriers sont interdits sans jugement. On arrête les bolcheviks, souvent sans même formuler contre eux la moindre accusation ou en en formulant de manifestement calomnieuses.

On objectera peut-être que les persécutions dont les bolcheviks sont l’objet ne constituent pas une atteinte à la liberté, puisqu’elles ne visent que des personnes déterminées, sur lesquelles pèsent des accusations précises.

Mais cette objection est d’une mauvaise foi notoire et évidente. Commuent. peut-on, en effet, saccager une imprimerie et interdire des journaux pour des délits commis par des individus, ces délits fussent-ils prouvés et reconnus par un tribunal ?

Il en serait autrement si le gouvernement avait reconnu pour criminels, au regard de la loi, le parti bolchevique tout entier, son orientation, ses idées. Mais chacun sait que le gouvernement de la libre Russie ne pouvait rien faire et n’a rien fait de tout cela.

Ce qui montre surtout le caractère calomnieux des accusations formulées contre les bolcheviks, c’est que les journaux des grands propriétaires fonciers et des capitalistes se sont furieusement attaqués aux bolcheviks à cause de la lutte menée par ceux-ci contre la guerre, contre les grands propriétaires fonciers et contre les capitalistes, et que ces journaux réclamaient ouvertement l’arrestation et la persécution des bolcheviks alors qu’aucune accusation contre aucun bolchevik n’avait encore été montée.

Le peuple veut la paix.

Or, le gouvernement révolutionnaire de la libre Russie a recommencé la guerre de conquêtes en exécution de traités secrets, ceux-là mêmes que l’ex-tsar Nicolas II avait conclus avec les capitalistes anglais et français pour que les capitalistes de Russie puissent piller les peuples étrangers. Ces traités secrets ne sont toujours pas publiés.

Le gouvernement ont de la libre Russie a éludé la question par des dérobades et n’a pas proposé jusqu’à ce jour une paix équitable à tous les peuples.

Il n’y a pas de pain. De nouveau, la famine menace.

Tous voient que les capitalistes et les riches trompent sans vergogne le Trésor sur les fournitures de guerre (actuellement, la guerre coûte au peuple 50 millions de roubles par jour) ; qu’ils réalisent, grâce à la hausse des prix, des bénéfices exorbitants, tandis que rien, absolument rien, n’a été fait pour organiser un recensement sérieux de la production et de la répartition des produits par les ouvriers.

Les capitalistes, de plus en plus arrogants, jettent les ouvriers sur le pavé, cela à un moment où le peuple souffre de la disette de marchandises.

L’immense majorité des paysans ont proclamé haut et clair, en une longue suite de congrès, qu’ils considéraient l’existence de la grande propriété foncière comme une injustice et un vol.

Et le gouvernement, qui se prétend révolutionnaire et démocratique, continue depuis des mois à berner les paysans, à les tromper par des promesses et des atermoiements. Durant des mois les capitalistes n’ont pas permis au ministre Tchernov de promulguer la loi interdisant l’achat et la vente des terres.

Et lorsque cette loi a enfin été promulguée, les capitalistes ont déclenché contre Tchernov une odieuse campagne de calomnies qu’ils continuent jusqu’à ce jour.

Dans son zèle à défendre les grands propriétaires fonciers, le gouvernement en est arrivé à une telle impudence qu’il commence à faire poursuivre en justice les paysans qui se sont emparés «arbitrairement» des terres.

On berne les paysans en leur recommandant d’attendre l’Assemblée constituante, cette Assemblée dont les capitalistes continuent à différer la convocation.

Maintenant que, sous la pression des bolcheviks, sa convocation a été fixée au 30 septembre, les capitalistes crient bien haut que ce délai est trop court, «impossible» ; et ils exigent que l’Assemblée soit renvoyée à une date ultérieure… Les membres les plus influents du parti des capitalistes et des grands propriétaires fonciers – le parti «cadet» ou parti de la «liberté du peuple » – préconisent ouvertement, comme Panina par exemple, le renvoi de l’Assemblée constituante à la fin de la guerre.

Pour la terre, attends jusqu’à l’Assemblée constituante. Pour l’Assemblée constituante, attends jusqu’à la fin de la guerre. Pour la fin de la guerre, attends jusqu’à la victoire totale. Voilà ce qu’il en est. Les capitalistes et les grands propriétaires fonciers, qui ont la majorité dans le gouvernement, se moquent tout bonnement des paysans.

II

Mais comment cela a-t-il pu se produire dans un pays libre, après que le pouvoir tsariste a été renversé ?

Dans un pays non libre, le peuple est gouverné par un tsar et une poignée de grands propriétaires fonciers, de capitalistes, de fonctionnaires que personne n’a élus.

Dans un pays libre, le peuple n’est gouverné que par ceux qu’il a lui-même élus à cet effet. Aux élections, le peuple se divise en partis, et chaque classe de la population forme ordinairement son propre parti.

Ainsi, les grands propriétaires fonciers, les capitalistes, les paysans, les ouvriers forment des partis distincts. C’est pourquoi le peuple des pays libres est gouverné par le moyen d’une lutte ouverte entre les partis et de libres accords entre ces derniers.

Après le renversement du pouvoir tsariste, le 27 février 1917, la Russie fut gouvernée pendant près de quatre mois comme un pays libre, précisément par le moyen d’une lutte ouverte entre des partis librement formés et de libres accords entre eux.

Aussi, pour comprendre le développement de la révolution russe, faut-il établir avant tout quels étaient les principaux partis en présence, quelles étaient les classes dont ils défendaient les intérêts, quels étaient les rapports qui existaient entre tous ces partis.

III

Après le renversement du tsarisme, le pouvoir d’Etat passa aux mains du premier Gouvernement provisoire. Celui-ci était composé de représentants de la bourgeoisie, c’est-à-dire des capitalistes auxquels s’étaient joints les grands propriétaires fonciers.

Le parti «cadet», principal parti des capitalistes, y tenait la première place comme parti dirigeant et gouvernemental de la bourgeoisie.

Ce n’est pas par hasard que le pouvoir est tombé aux mains de ce parti, bien que ce ne soient pas les capitalistes, évidemment, mais les ouvriers, les paysans, les matelots et les soldats qui aient combattu les troupes du tsar et versé leur sang pour la liberté.

Le pouvoir est tombé aux mains du parti des capitalistes parce que cette classe possédait la force que donnent la richesse, l’organisation et l’instruction. Depuis 1905, et surtout pendant la guerre, la classe des capitalistes et des grands propriétaires fonciers qui marchent de conserve avec eux a fait en Russie de grands progrès quant à son organisation.

Le parti cadet a toujours été un parti monarchiste, aussi bien en 1905 que de 1905 à 1917.

Au lendemain de la victoire du peuple sur la tyrannie tsariste, ce parti se déclara républicain. L’histoire montre que, lorsque le peuple triomphe de la monarchie, les partis capitalistes consentent toujours à être républicains, pourvu qu’ils puissent sauvegarder les privilèges des capitalistes et leur pouvoir absolu sur le peuple.

En paroles, le parti cadet est pour la «liberté du peuple». En fait, il est pour les capitalistes ; c’est pourquoi tous les grands propriétaires fonciers, tous les monarchistes, tous les Cent-Noirs, se sont, aussitôt rangés de son côté. Témoin la presse et les élections. Après la révolution, tous les journaux bourgeois et toute la presse des Cent-Noirs se sont mis à chanter à l’unisson avec les cadets.

Tous les partis monarchistes, n’osant pas se présenter ouvertement aux élections, ont soutenu le parti cadet, comme ce fut le cas à Petrograd.

Maîtres du pouvoir, les cadets se sont employés de toutes leurs forces à continuer la guerre de conquête et de brigandage commencée par le tsar Nicolas II, qui avait signé des traités secrets de brigandage avec les capitalistes anglais et, français. Ces traités promettaient aux capitalistes russes, en cas de victoire, l’annexion et de Constantinople, et de la Galicie, et de l’Arménie, etc.

Quant au peuple, le gouvernement des cadets lui donnait le change par des dérobades et des promesses vaines, renvoyant, le règlement de tous les grands problèmes d’un intérêt vital pour les ouvriers et les paysans à l’Assemblée constituante, dont il ne fixait d’ailleurs pas la date de convocation.

Le peuple, profitant de la liberté, commença à s’organiser de lui-même. Les Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans étaient l’organisation principale des ouvriers et des paysans, qui forment l’immense majorité de la population de la Russie.

Ces Soviets avaient commencé à se constituer dès la révolution de Février ; quelques semaines plus tard dans la plupart des grandes villes de Russie et dans nombre de districts, tous les éléments conscients et avancés de la classe ouvrière et de la paysannerie étaient groupés dans les Soviets.

Les Soviets avaient été élus en toute liberté. Ils étaient les organisations authentiques des masses populaires, ouvrières et paysannes, les organisations authentiques de l’immense majorité du peuple. Les ouvriers et les paysans revêtus de l’uniforme militaire étaient armés.

Il va sans dire que les Soviets pouvaient et devaient prendre en main tout le pouvoir d’Etat. Il n’aurait dû y avoir dans l’Etat, jusqu’à la convocation de l’Assemblée constituante, aucun autre pouvoir que les Soviets.

Alors seulement notre révolution aurait été vraiment populaire, vraiment démocratique.

Alors seulement les masses laborieuses, qui aspirent réellement à la paix, qui ne sont réellement pas intéressées à une guerre de conquête, auraient pu commencer à appliquer, avec résolution et fermeté, une politique susceptible de mettre un terme à la guerre de conquête et d’amener la paix.

Alors seulement les ouvriers et les paysans auraient pu mater les capitalistes qui réalisent des bénéfices fabuleux «grâce à la guerre» et qui ont conduit le pays à la ruine et à la famine.

Mais, dans les Soviets, seule une minorité de députés se rangeait du côté du parti des ouvriers révolutionnaires, des social-démocrates bolcheviques, qui exigeaient la remise de tout le pouvoir d’Etat aux Soviets. Quant à la majorité des députés, elle se rangeait du côté du parti social-démocrate menchevique et du parti socialiste-révolutionnaire, qui étaient contre la remise du pouvoir aux Soviets.

Au lieu de supprimer le gouvernement de la bourgeoisie et de le remplacer par un gouvernement des Soviets, ces partis préconisaient le soutien du gouvernement de la bourgeoisie, l’entente avec lui, la formation d’un gouvernement de coalition.

C’est dans cette politique d’entente avec la bourgeoisie, pratiquée par les partis socialiste‑révolutionnaire et menchevique à qui la majorité du peuple avait donné sa confiance, que réside le contenu essentiel du développement de la révolution au cours de ces cinq premiers mois.

IV

Voyons d’abord comment, se faisait cette politique d’entente des socialistes-révolutionnaires et des mencheviks avec la bourgeoisie. Nous rechercherons ensuite la raison pour laquelle la majorité du peuple leur a fait confiance.

V

La politique d’entente des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires avec les capitalistes a été pratiquée, tantôt sous une forme, tantôt sous une autre, à toutes les étapes de la révolution russe.

Juste à la fin de février 1917, dès que le peuple eut remporté la victoire et que le pouvoir tsariste eut été renversé, le Gouvernement provisoire des capitalistes s’adjoignit Kérenski, en tant que «socialiste».

A la vérité, Kérenski n’avait jamais été socialiste ; il n’était que troudovik [2] et ne commença à figurer parmi les «socialistes-révolutionnaires» qu’à partir de mars 1917, c’est-à-dire au moment où la chose n’offrait plus aucun danger et ne laissait pas d’être avantageuse. Le Gouvernement provisoire capitaliste s’appliqua aussitôt, par l’intermédiaire de Kérenski, vice-président du Soviet de Petrograd, à s’attacher le Soviet, à l’apprivoiser.

Et le Soviet – c’est-à-dire les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks qui y prédominaient – se laissa apprivoiser dès la formation du Gouvernement provisoire capitaliste, il accepta de «le soutenir» «dans la mesure» où il remplirait ses engagements.

Le Soviet se considérait comme un organisme de vérification, de contrôle des actes du Gouvernement provisoire. Les leaders du Soviet instituèrent une commission dite «de contact», qui devait assurer la liaison avec le gouvernement [3].

Au sein de cette commission de contact, les leaders socialistes-révolutionnaires et mencheviques du Soviet, qui étaient à vrai dire des ministres sans portefeuille ou des ministres non officiels, étaient constamment en pourparlers avec le gouvernement des capitalistes.

Cet état de choses dura pendant tout le mois de mars et presque tout le mois d’avril. Les capitalistes procédaient par atermoiements et dérobades, cherchant à gagner du temps.

Pendant cette période, le gouvernement capitaliste ne prit aucune mesure tant soit peu sérieuse pour développer la révolution. Même pour s’acquitter de la tâche immédiate qui lui incombait directement – convoquer l’Assemblée constituante -, le gouvernement ne fit absolument rien ; il ne posa pas la question devant les organisations locales, il ne créa même pas la commission centrale qui devait l’étudier.

Le gouvernement n’avait qu’une seule préoccupation : renouveler secrètement les traités internationaux de brigandage que le tsar avait signés avec les capitalistes d’Angleterre et de France ; freiner, aussi prudemment et insensiblement que possible, la révolution ; tout promettre, ne rien tenir.

A la «commission de contact», les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks faisaient figure de benêts que l’on nourrit de phrases pompeuses, de promesses, de «tu l’auras».

Les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks se laissaient prendre à la flatterie comme le corbeau de la fable et écoutaient avec plaisir les capitalistes qui protestaient de leur haute estime pour les Soviets sans lesquels, disaient-ils, ils n’entreprenaient rien.

En fait, le temps passait, sans que le gouvernement des capitalistes eût absolument rien fait pour la révolution.

Mais, contre la révolution, il avait réussi pendant ce temps à renouveler les traités secrets de brigandage, ou plus exactement, à les sanctionner et à les «ranimer» par des négociations complémentaires, non moins secrètes, avec les diplomates de l’impérialisme anglo-français.

Contre la révolution, le gouvernement, avait réussi pendant ce temps à jeter les bases d’une organisation (ou du moins d’un rapprochement) contre-révolutionnaire des généraux et des officiers de l’armée engagée sur les théâtres d’opérations.

Contre la révolution, le gouvernement avait commencé à organiser les industriels, les fabricants, les usiniers, qui, contraints de faire concession sur concession sous la poussée des ouvriers, commençaient, cependant, en même temps, à saboter la production et à en préparer l’arrêt au moment propice.

Cependant, l’organisation des ouvriers et des paysans d’avant-garde dans les Soviets progressait sans cesse.

Les meilleurs représentants des classes opprimées se rendaient compte que le gouvernement, malgré son accord avec le Soviet de Petrograd, malgré la grandiloquence de Kérenski, malgré l’existence de la «commission de contact», restait un ennemi du peuple, un ennemi de la révolution.

Les masses se rendaient compte que, si la résistance des capitalistes n’était pas brisée, la cause de la paix, de la liberté, de la révolution serait perdue à coup sûr. L’impatience et la colère grandissaient dans les masses.

VI

Elles débordèrent les 20 et 21 avril. Le mouvement fut spontané, personne ne l’avait préparé. Il était si nettement, dirigé contre le gouvernement qu’un régiment manifesta même en armes et se présenta au palais Marie pour arrêter les ministres.

Il apparut clairement aux yeux de tous que le gouvernement ne pouvait plus se maintenir. Les Soviets pouvaient (et devaient) prendre le pouvoir en main sans rencontrer la moindre résistance de quelque coté que ce fût.

Au lieu de cela, les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks soutinrent le gouvernement capitaliste en train de s’effondrer, se lièrent davantage par la recherche d’accords avec lui et prirent des initiatives plus funestes encore, qui conduisaient le révolution à sa perte.

La révolution instruit toutes les classes avec une rapidité et une profondeur inconnues en temps ordinaire, en temps de paix. Les capitalistes, mieux organisés et plus expérimentés en matière de lutte des classes et de politique s’instruisirent plus vite que les autres.

Voyant que la situation du gouvernement était intenable, ils eurent recours à un procédé dont ont usé des dizaines d’années durant, depuis 1848, les capitalistes des autres pays, afin de mystifier, de diviser et d’affaiblir les ouvriers. Ce procédé consiste à former un ministère dit de «coalition», c’est-à-dire réunissant des représentants de la bourgeoisie et des transfuges du socialisme.

Dans les pays où la liberté et la démocratie existent depuis plus longtemps qu’ailleurs à côté du mouvement ouvrier révolutionnaire, en Angleterre et en France, les capitalistes ont maintes fois usé de ce procédé avec grand succès.

Les chefs «socialistes», entrés dans un ministère bourgeois, ne manquaient pas de se révéler des hommes de paille, des marionnettes, qui jouaient le rôle de paravent pour les capitalistes, d’instrument de mystification à l’égard des ouvriers.

Les capitalistes «démocrates et républicains» de Russie ont eu recours à ce même procédé. Socialistes-révolutionnaires et mencheviks se sont tout de suite laissé jouer et, le 6 mai, un ministère «de coalition» comprenant Tchernov, Tsérétéli et Cie était un fait accompli.

Les benêts des partis socialiste-révolutionnaire et menchevique exultaient, pâmés d’admiration sous les rayons de la gloire ministérielle de leurs chefs. Les capitalistes, ravis, se frottaient les mains ; ils s’étaient assuré contre le peuple le concours des «chefs des Soviets», qui leur avaient promis de soutenir des «actions offensives sur le front», c’est-à-dire la reprise de la guerre impérialiste de brigandage, qui avait été sur le point de s’interrompre pour de bon.

Les capitalistes connaissaient bien la présomptueuse impuissance de ces chefs ; ils savaient que les promesses faites par la bourgeoisie – au sujet du contrôle et même de l’organisation de la production, au sujet de la politique de paix, etc., – ne seraient jamais tenues.

C’est ce qui se produisit. La deuxième phase du développement de la révolution, du 6 mai au 9 ou au 18 juin, a parfaitement confirmé les calculs des capitalistes qui avaient compté se jouer sans peine des socialistes-révolutionnaires et des mencheviks.

Pendant que Péchékhonov et Skobélev se leurraient eux-mêmes et leurraient le peuple par des phrases pompeuses, en disant qu’on prélèverait 100% sur les profits des Capitalistes, que la «résistance» de ces derniers «était brisée», etc., les capitalistes continuaient à se renforcer. Pratiquement, rien, mais absolument rien ne fut fait pendant ce temps pour mater les capitalistes.

Les transfuges du socialisme devenus ministres n’étaient en réalité que des machines à parler, destinées à donner le change aux classes opprimées cependant que tout l’appareil de l’administration d’Etat demeurait aux mains de la bureaucratie (des fonctionnaires) et de la bourgeoisie.

Le fameux Paltchinski, sous-secrétaire d’Etat à l’Industrie, était le représentant typique de cet appareil, qui entravait la réalisation de toutes les mesures dirigées contre les capitalistes. Les ministres bavardaient, et les choses restaient inchangées.

La bourgeoisie se servait surtout du ministre Tsérétéli pour combattre la révolution. On l’envoya «apaiser» Cronstadt : les révolutionnaires de là-bas avaient eu le front de destituer le commissaire [4] nommé par le gouvernement.

La presse bourgeoise lança contre Cronstadt une campagne extrêmement tapageuse, haineuse, acharnée, de mensonges, de calomnies et d’excitations, l’accusant de vouloir «se séparer de la Russie », répétant cette ineptie et d’autres analogues sur tous les tons, terrorisant la petite bourgeoisie et les philistins.

Tsérétéli, représentant le plus typique des philistins obtus et terrorisés, s’est laissé prendre avec une «bonne foi» inégalable à l’hameçon des calomnies répandues par la bourgeoisie ; plus que tous les autres, il s’employa avec zèle à «foudroyer et mater» Cronstadt, sans comprendre qu’il jouait le rôle d’un valet de la bourgeoisie contre-révolutionnaire.

Il se trouva être l’instrument grâce auquel un «accord» fut passé avec Cronstadt révolutionnaire, en ce sens que le commissaire de la ville n’était pas purement et simplement nommé par le gouvernement, mais élu à Cronstadt et agréé par le gouvernement. C’est à ces misérables compromis que consacraient leur temps les ministres transfuges passés du socialisme dans le camp de la bourgeoisie.

Là où un ministre bourgeois n’aurait pas pu se présenter pour assumer la défense du gouvernement, devant les ouvriers révolutionnaires ou dans les Soviets, on voyait paraître (ou plutôt la bourgeoisie y envoyait) un ministre «socialiste» – Skobélev, Tsérétéli, Tchernov, d’autres encore – qui œuvrait en conscience au profit de la bourgeoisie, suait sang et eau pour défendre le ministère, blanchissait les capitalistes, bernait le peuple en répétant des promesses, des promesses et des promesses, et en lui recommandant d’attendre, d’attendre et d’attendre.

Le ministre Tchernov était surtout absorbé par des marchandages avec ses collègues bourgeois ; jusqu’en juillet même, jusqu’à la nouvelle «crise du pouvoir» qui s’ouvrit alors à la suite du mouvement des 3 et 4 juillet, jusqu’à la démission des ministres cadets, le ministre Tchernov consacra tout son temps à une œuvre utile, intéressante et profondément conforme aux aspirations du peuple : il «exhortait», il engageait ses collègues bourgeois à consentir au moins à l ‘interdiction des transactions de vente et d’achat des terres.

Cette mesure fut solennellement promise aux paysans, au congrès (Soviet) des députés paysans de Russie à Petrograd. Promesse qui n’a jamais été tenue. Tchernov ne put la tenir ni en mai ni en juin, jusqu’au moment où la vague révolutionnaire des 3 et 4 juillet, explosion spontanée qui coïncida avec la démission des ministres cadets, lui permit d’appliquer cette mesure.

Mais, même alors, ce ne fut qu’une mesure isolée, impuissante à améliorer sérieusement la situation des paysans en lutte pour la terre, contre les grands propriétaires fonciers.

Sur le front, la tâche contre-révolutionnaire, impérialiste, de reprendre la guerre impérialiste de brigandage, tâche dont un Goutchkov détesté du peuple n’avait pu s’acquitter, était à ce moment accomplie brillamment et avec succès par le «démocrate révolutionnaire» Kérenski, membre tout frais émoulu du parti socialiste-révolutionnaire.

Kérenski se laissait griser par son éloquence ; les impérialistes, qui le maniaient comme on pousse un pion sur l’échiquier, lui offraient de l’encens, le flattaient, l’idolâtraient.

Tout cela parce qu’il servait avec foi et amour les intérêts des capitalistes et engageait les «troupes révolutionnaires» à accepter la reprise de la guerre en exécution des traités conclus par le tsar Nicolas II avec les capitalistes d’Angleterre et de France, de la guerre menée pour faire obtenir aux capitalistes russes Constantinople et Lvov, Erzeroum et Trébizonde.

Ainsi se passa la deuxième période de la révolution russe, du 6 mai au 9 juin. La bourgeoisie contre-révolutionnaire se renforça, se consolida, sous le couvert et sous l’égide des ministres «socialistes» ; elle prépara l’offensive à la fois contre l’ennemi extérieur et contre l’ennemi intérieur, c’est-à-dire contre les ouvriers révolutionnaires.

VII

Le parti des ouvriers révolutionnaires, le parti bolchevique, préparait pour le 9 juin une manifestation à Petrograd, afin de permettre aux masses d’affirmer de façon organisée leur mécontentement et leur indignation irrésistiblement accrus.

Les chefs socialistes-révolutionnaires et mencheviques, empêtrés dans leurs accords avec la bourgeoisie et liés par la politique impérialiste de l’offensive, furent terrifiés en sentant s’effondrer l’influence dont ils jouissaient auprès des masses.

Et ce fut contre la manifestation une clameur générale, qui associait cette fois aux cadets contre-révolutionnaires les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks.

Sous la direction de ces derniers et par suite de leur politique d’entente avec les capitalistes, la volte-face opérée par les masses petites-bourgeoises vers une alliance avec la bourgeoisie contre-révolutionnaire se précisa complètement, se dessina avec un relief saisissant. Là est la portée historique, la signification de classe, de la crise du 9 juin.

Les bolcheviks décommandèrent la manifestation, inspirés par le souci de ne pas mener les ouvriers à une bataille désespérée, à ce moment-là, contre les cadets, les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks réunis. Mais ces deux derniers partis, désireux de conserver tout au moins quelque reste de la confiance des masses, se virent obligés de fixer au 18 juin une manifestation commune.

L’exaspération de la bourgeoisie était à son comble, car elle interprétait à juste titre cette décision comme l’indice que la démocratie petite-bourgeoise penchait vers le prolétariat ; elle résolut de paralyser l’action de la démocratie en déclenchant l’offensive sur le front.

Effectivement, le 18 juin, les mots d’ordre du prolétariat révolutionnaire, les mots d’ordre du bolchevisme remportaient une victoire particulièrement imposante parmi les masses de Pétersbourg et, le 19 juin, la bourgeoisie et le bonapartiste [5] Kérenski annonçaient solennellement que, justement le 18, l’offensive avait commencé sur le front.

Pratiquement l’offensive signifiait la reprise de la guerre de brigandage dans l’intérêt des capitalistes, contre la volonté de l’immense majorité des travailleurs.

Aussi l’offensive impliquait-elle nécessairement, d’une part, une accentuation prodigieuse du chauvinisme et le passage du pouvoir militaire (et, par conséquent, politique) à la clique militaire des bonapartistes ; d’autre part, l’emploi de la violence contre les masses, la persécution des internationalistes, la suppression de la liberté d’agitation, les arrestations et les exécutions des adversaires de la guerre.

Si le 6 mai avait attaché les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks au char triomphal de la bourgeoisie par une corde, le 19 juin les y a rivés, et en tant que serviteurs des capitalistes, par une chaîne.

VIII

Par suite de la reprise de la guerre de brigandage, la colère des masses s’intensifia, naturellement, avec une rapidité et une violence accrues. Les 3 et 4 juillet, leur indignation éclata, malgré les efforts des bolcheviks pour contenir l’explosion à laquelle ils devaient, bien entendu, s’efforcer de donner une forme aussi organisée que possible.

Esclaves de la bourgeoisie, enchaînés par leur maître, les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks acceptèrent tout : et le rappel de troupes réactionnaires à Petrograd, et le rétablissement de la peine de mort, et le désarmement des ouvriers et des troupes révolutionnaires, et les arrestations, les poursuites, l’interdiction des journaux sans jugement.

Le pouvoir, que la bourgeoisie ne pouvait prendre en entier au sein du gouvernement et dont les Soviets ne voulaient pas, tomba aux mains des bonapartistes, de la clique militaire, soutenue sans réserve, cela s’entend, par les cadets et les Cent-Noirs, les grands propriétaires fonciers et les capitalistes.

De déchéance en déchéance. Une fois engagés sur la pente d’une entente avec la bourgeoisie, les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks glissèrent irrésistiblement et touchèrent le fond.

Le 28 février, au Soviet de Petrograd, ils avaient promis un soutien conditionnel au gouvernement bourgeois. Le 6 mai, ils le sauvaient de la déconfiture et, en acceptant l’offensive, se laissaient transformer en valets et en défenseurs du gouvernement.

Le 9 juin, ils s’unissaient à la bourgeoisie contre-révolutionnaire dans sa campagne de haine farouche, de mensonges et de calomnies contre le prolétariat révolutionnaire. Le 19 juin, ils approuvaient la reprise, devenue effective, de la guerre de rapine, Le 3 juillet, ils acceptaient que l’on fît venir les troupes réactionnaires ; ce fut le début de l’abandon définitif du pouvoir aux bonapartistes. De déchéance en déchéance.

Cette fin honteuse des partis socialiste-révolutionnaire et menchevique n’est pas l’effet du hasard ; c’est le résultat, maintes fois confirmé par l’expérience européenne, de la situation économique des petits patrons, de la petite bourgeoisie.

IX

Tout le monde évidemment a observé que les petits patrons se mettent en quatre, font l’impossible pour «parvenir», devenir de vrais patrons, se hausser au niveau de patron «aisé», au niveau de la bourgeoisie. Tant que règne le capitalisme, les petits patrons n’ont que cette alternative : ou devenir eux-mêmes capitalistes (ce qui arrive, dans le meilleur des cas, à un petit patron sur cent), ou passer à l’état de petit patron ruiné, de semi-prolétaire, puis de prolétaire.

Il en est de même en politique : la démocratie petite-bourgeoise, notamment ses chefs, s’aligne sur la bourgeoisie. Les chefs de la démocratie petite-bourgeoise bercent leurs masses de promesses et d’assurances sur la possibilité d’une entente avec les gros capitalistes. En mettant les choses au mieux, ils obtiennent des capitalistes, pour un temps très court et au profit d’une faible couche supérieure des masses laborieuses, de menues concessions.

Mais, dans toutes les questions décisives, importantes, la démocratie petite-bourgeoise a toujours été à la remorque de la bourgeoisie dont elle était un appendice impuissant et a toujours été un instrument docile entre les mains des rois de la finance. L’expérience de l’Angleterre et de la France a maintes fois confirmé cette vérité.

L’expérience de la révolution russe pendant laquelle les événements, influencés surtout par la guerre impérialiste et la crise profonde qu’elle a provoquée, se sont déroulés avec une rapidité extrême, cette expérience de février à juillet 1917 a confirmé avec une vigueur et une netteté remarquables le vieil axiome marxiste de l’instabilité de la petite bourgeoisie.

L’enseignement de la révolution russe, c’est que les masses laborieuses ne pourront s’arracher à l’étreinte de fer de la guerre, de la famine et du joug des grands propriétaires fonciers et des capitalistes qu’à la condition de rompre complètement avec les partis socialiste-révolutionnaire et menchevique, de prendre nettement conscience du rôle de trahison de ces partis, de repousser toute entente avec la bourgeoisie, de passer résolument aux côtés des ouvriers révolutionnaires.

Seuls les ouvriers révolutionnaires, s’ils sont soutenus par les paysans pauvres, sont en mesure de briser la résistance des capitalistes, de conduire le peuple à la conquête sans rachat de la terre, à la liberté complète, à la victoire sur la famine, à la victoire sur la guerre, à une paix juste et durable.

POSTFACE

Cet article, comme il ressort du texte, fut écrit fin juillet.

L’histoire de la révolution au cours du mois d’août en a pleinement confirmé le contenu. Ensuite, fin août, la rébellion de Kornilov [6] a amené la révolution à un nouveau tournant, en montrant nettement au peuple entier que les cadets unis aux généraux contre-révolutionnaires entendaient dissoudre les Soviets et rétablir la monarchie.

Quelle est la force de ce nouveau tournant de la révolution et réussira-t-il à mettre un terme à la funeste politique d’entente avec la bourgeoisie ? C’est ce que montrera le proche avenir…

N. Lénine

6 septembre 1917.

Notes

Les notes rajoutées par l’éditeur sont signalées par [N.E.]

[1]. Le 12 (25) juillet, le Gouvernement provisoire décréta la peine de mort sur le front. Des «cours martiales révolutionnaires» dont les verdicts étaient exécutoires immédiatement après publication, furent instituées dans les divisions. [N.E.]

[2]. Les troudoviks (Groupe du travail), fraction des démocrates petits-bourgeois dans les Doumas d’Etat, comprenant des paysans et des intellectuels de tendance populiste. La fraction des troudoviks, qui avait été constituée en avril 1906 par les députés paysans de la 1re Douma d’Etat hésitait entre les cadets et les social-démocrates révolutionnaires. Pendant la première guerre mondiale la majorité des troudoviks avait adopté des positions sociales-chauvines.

Après la révolution de Février, Ies troudoviks, porte-parole des intérêts des koulaks, soutinrent activement le Gouvernement provisoire. Hostiles à la révolution socialiste, ils prirent part. à la contre-révolution bourgeoise. [N.E.]

[3]. La Commission de contact fut instituée par le Comité exécutif menchevique et socialiste-révolutionnaire du Soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd, le 8 (21) mars 1917, pour «influencer» et «contrôler» l’activité du Gouvernement provisoire.

Pratiquement, la « commission de contact» aidait le Gouvernement provisoire à utiliser l’autorité du Soviet de Petrograd pour masquer sa politique contre-révolutionnaire. Avec son aide les mencheviks et les s.-r. espéraient. détourner les masses ouvrières d’une lutte révolutionnaire active pour le passage de tout le pouvoir aux Soviets. Tchkhéidzé, Steklov, Soukhanov, Philippovski, Skobélev (et un peu plus tard Tchernov et Tsérétéli) en firent partie. La «commission de contact» fut liquidée vers la mi-avril 1917, ses fonctions ayant été transmises au Bureau du Comité Exécutif. [N.E.]

[4]. A la suite d’un conflit entre le Soviet de Cronstadt et le commissaire du Gouvernement provisoire Pépéilaïev, le 17 (30) mai 1917, sur l’initiative de la fraction sans-parti du Soviet soutenue par les bolcheviks, une résolution fut adoptée sur la suppression du poste de commissaire gouvernemental et sur le passage de la totalité du pouvoir au Soviet de Cronstadt.

Le texte déclarait en substance que le seul pouvoir dans la ville de Cronstadt était le Soviet des députés ouvriers et soldats qui, pour toutes les affaires d’Etat, se mettait en contact direct avec le Soviet des députés ouvriers et soldats de Petrograd.

La presse bourgeoise, s.-r. et menchevique déclencha aussitôt une campagne de diffamation contre les responsables de Cronstadt et les bolcheviks, déclarant que la Russie commençait à se désagréger, que l’anarchie régnait, que Cronstadt s’était séparé, etc.

Pour résorber l’incident, une délégation (composée notamment de Tchkhéidzé et Gotz) fut dépêchée par le Soviet de Petrograd, puis par le Gouvernement provisoire (les ministres Skobélev et Tsérétéli). Ces derniers réussirent à faire voter par le Soviet de Cronstadt une décision de compromis en vertu de laquelle le commissaire devait être élu par le Soviet et confirmé dans son poste par le Gouvernement provisoire.

S’y ajouta une résolution de politique générale par laquelle le Soviet de Cronstadt déclarait que tout en reconnaissant le pouvoir du Gouvernement provisoire, «il ne renonçait nullement au droit de critique ni à son désir de voir la démocratie révolutionnaire créer un nouvel organisme du pouvoir central en transmettant la totalité du pouvoir au Soviet des députés ouvriers et soldats» ; il exprimait l’espoir que l’influence idéologique des bolcheviks suffirait pour y parvenir. La résolution se terminait par une protestation énergique contre la tentative d’attribuer aux bolcheviks de Cronstadt «l’intention de séparer Cronstadt du reste de la Russie ». [N.E.]

[5]. Le bonapartisme (du nom des deux empereurs français) est un gouvernement qui affecte d’être indépendant des partis, en mettant à profit la lutte aiguë que mènent entre eux les partis des capitalistes et des ouvriers. Servant en réalité les capitalistes, un gouvernement de ce genre s’attache surtout à tromper les ouvriers par des promesses et de menues aumônes.

[6]. La rébellion de Kornilov, soulèvement contre-révolutionnaire fomenté par la bourgeoisie et les propriétaires fonciers en août 1917 et dirigé par le commandant en chef de l’armée, le général Kornilov. La conspiration avait pour but de prendre Petrograd, de démanteler le parti bolchevique, de disperser les Soviets, d’instaurer la dictature militaire et préparer le rétablissement de la monarchie.

Le chef du Gouvernement provisoire, Kérenski, prit part au complot mais une fois le soulèvement déclenché, craignant qu’il serait lui-même balayé avec Kornilov, il se sépara de ce dernier et le déclara rebelle au Gouvernement provisoire.

La sédition fut déclenchée le 25 août (7 septembre). Kornilov lança contre Petrograd le 3e corps de cavalerie, dans la ville même les organisations contre-révolutionnaires se préparaient à intervenir.

Le parti bolchevique prit la tête de la lutte des masses contre Kornilov, sans cesser pour autant de dénoncer, comme l’exigeait Lénine, le Gouvernement provisoire et ses acolytes s.-r. et mencheviques.

Sur l’appel du C.C. bolchevique, les ouvriers de Petrograd, les soldats et les matelots révolutionnaires engagèrent la lutte. Les ouvriers de la capitale constituèrent rapidement des détachements de gardes rouges. Plusieurs comités révolutionnaires furent constitués. La progression des troupes de Kornilov fut stoppée. Démoralisées par la propagande bolchevique, elles commencèrent à se désorganiser.

La rébellion de Kornilov fut, étouffée. Sous la pression des masses le Gouvernement provisoire fut contraint d’ordonner l’arrestation de Kornilov et de ses acolytes, et de les traduire en justice pour rébellion. [N.E.]

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Lénine : Le « grand départ » (1917)

Le « grand départ » de la bourgeoisie s’écartant du gouvernement. La formation du gouvernement de coalition, l’entrée d’ex-socialistes dans le ministère étaient ainsi définies le dimanche par le rapporteur du Comité exécutif.

Les deux premiers mots de cette phrase sont les seuls justes. « Grand départ », l’expression s’applique parfaitement au 6 mai (formation du gouvernement de coalition).

Le «grand départ » a vraiment commencé ou, plus exactement, c’est alors qu’il s’est manifesté avec le plus d’évidence. Seulement cela n’a pas été le grand départ de la bourgeoisie s’écartant du gouvernement, mais celui des chefs menchéviques et populistes s’écartant de la révolution.

Le congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats qui se tient en ce moment l’a montré avec un relief admirable, et c’est précisément ce qui en fait l’importance.

Le 6 mai a été pour la bourgeoisie une journée fructueuse. Son gouvernement était près de sa perte. Les masses lui étaient, manifestement et sans réserve, ardemment et irréductiblement hostiles. Il suffisait d’un seul mot des chefs populistes et menchéviques du Soviet pour que le gouvernement abandonnât sans condition le pouvoir, et Lvov dut en convenir franchement à la séance du palais Marie.

La bourgeoisie se livra à une habile manœuvre qui stupéfia les petits bourgeois russes et en général les grandes masses de la Russie, grisa les chefs à prétentions intellectuelles du menchévisme et du populisme, et qui partait d’une juste appréciation du caractère véritable de nos Louis Blanc.

Rappelons que Louis Blanc, socialiste petit-bourgeois bien connu, entra au gouvernement français en 1848 et se rendit aussi tristement célèbre en 1871.

Louis Blanc se considérait comme le chef de la « démocratie laborieuse » ou de la « démocratie socialiste » (ce dernier mot fut aussi souvent employé en France en 1848 qu’il l’est dans la littérature des socialistes-révolutionnaires [1] et des menchéviks en 1917), alors qu’il était en réalité à la remorque de la bourgeoisie et n’était qu’un jouet entre ses mains.

Près de 70 années se sont écoulées depuis, au cours desquelles la manœuvre qui semble en Russie une nouveauté, servit maintes et maintes fois à la bourgeoisie occidentale.

Son principe consiste à mettre les chefs de la « démocratie socialiste » qui « se retirent » du socialisme et de la révolution, en posture de surnuméraires, inoffensifs pour la bourgeoisie, auprès d’un gouvernement bourgeois, à faire écran entre ce gouvernement et le peuple à l’aide de ministres pseudo-socialistes, à masquer la nature contre-révolutionnaire de la bourgeoisie sous la brillante et impressionnante enseigne du ministérialisme «socialiste ».

Ce procédé de la bourgeoisie, maintes fois mis à contribution dans les pays anglo-saxons et scandinaves, ainsi que dans bien des pays latins, a surtout été poussé à la perfection en France. Le 6 mai 1917 l’a introduit en Russie.

«Nos» ministres pseudo-socialistes se sont trouvés dans une situation telle que la bourgeoisie s’est mise à tirer les marrons du feu avec leurs mains, à faire par leur intermédiaire ce qu’elle n’aurait jamais pu faire sans eux.

Il n’était pas possible avec un Goutchkov d’entraîner les masses à la continuation de la guerre impérialiste, d’une guerre de conquêtes, d’une guerre pour le partage des colonies et des annexions en général. Avec Kérenski (et Tsérétéli, plus occupé à défendre Térechtchenko qu’à défendre les travailleurs des postes et télégraphes), la bourgeoisie y est parvenue, comme l’ont reconnu justement Milioukov et Maklakov, et a pu « arranger » la continuation d’une guerre qui porte précisément ce caractère.

Avec un Chingarev il n’était pas possible d’assurer le maintien de la propriété foncière, même jusqu’à l’Assemblée constituante (« l’assainissement de la Russie sera complet », a dit Maklakov, si l’offensive a lieu : c’est-à-dire que l’Assemblée constituante sera, elle aussi, « assainie »).

On y arrivera avec Tchernov.

On a persuadé les paysans – bien qu’ils ne s’y soient pas prêtés très volontiers – qu’affermer les terres des propriétaires fonciers en accord avec ces derniers, c’est l’« ordre », tandis qu’abolir sur l’heure la propriété foncière et recevoir les anciens grands domaines à bail des mains du peuple, jusqu’à l’Assemblée constituante, c’est de l’« anarchie ».

Nul autre que Tchernov n’aurait pu faire prévaloir cette idée de grand propriétaire foncier, cette idée contre-révolutionnaire.

Avec un Konovalov, il n’était pas possible de faire triompher la défense (et l’augmentation : voir ce que dit le journal ministériel Rabotchaïa Gazéta à propos des propriétaires des houillères) des scandaleux bénéfices des fournisseurs de guerre.

Par l’intermédiaire de Skobélev ou avec son concours, on peut mener cette défense à bien en prétendant maintenir l’état de choses antérieur, en niant d’une manière pseudo-marxiste la possibilité d’« instaurer » le socialisme.

On ne peut pas instaurer le socialisme : aussi peut-on dissimuler au peuple et conserver quelque temps encore les bénéfices scandaleux réalisés par les capitalistes non dans leurs entreprises purement capitalistes, mais sur les fournitures faites à l’armée, au Trésor ! Voilà l’admirable raisonnement à la Strouvé qui réunit Térechtchenko, Lvov et le « marxiste » Skobélev.

Avec Lvov, Milioukov, Térechtchenko, Chingarev et Cie, on ne peut pas influencer les assemblées populaires et les Soviets.

Avec Tsérétéli, Tchernov et Cie, on peut les influencer dans le même sens bourgeois, on peut les orienter vers la même politique impérialiste bourgeoise à l’aide de phrases d’une «agréable» sonorité et d’un effet particulièrement « heureux » ; on peut les amener jusqu’à la négation du droit démocratique élémentaire d’élire les autorités locales et de ne point tolérer qu’elles soient nommées ou agréées par les autorités supérieures.

Par la négation de ce droit, Tsérétéli, Tchernov et Cie, cessant d’être des ex-socialistes, sont devenus en réalité, sans s’en rendre compte, des ex-démocrates.

« Grand départ », en vérité !

Notes

Les notes rajoutées par l’éditeur sont signalées par [N.E.]

[1]. Socialistes-révolutionnaires (.s.-r.), parti petit-bourgeois né en Russie fin 1901-début 1902 de l’union des divers groupes et cercles populistes. Leurs conceptions étaient un mélange éclectique d’idées populistes et révisionnistes.

Pendant la première guerre mondiale la majorité des socialistes-révolutionnaires adopta les positions du social-chauvinisme.
Après la victoire de la Révolution démocratique bourgeoise de Février 1917, les socialistes-révolutionnaires furent, avec les menchéviks et les cadets, le principal appui du Gouvernement provisoire contre-révolutionnaire des bourgeois et propriétaires fonciers.

Quant aux leaders du parti (Kérenski, Avksentiev, Tchernov), ils firent partie dudit gouvernement. Le parti socialiste-révolutionnaire refusa de soutenir les paysans qui réclamaient la liquidation de la propriété foncière et s’affirma en faveur du maintien de la propriété seigneuriale. Les ministres socialistes-révolutionnaires du Gouvernement provisoire envoyèrent des expéditions punitives contre les paysans qui s’étaient emparés des terres des propriétaires fonciers.

Fin 1917, l’aile gauche créa le parti indépendant des socialistes-révolutionnaires de gauche. Désireux de conserver leur influence sur les masses paysannes, les socialistes-révolutionnaires de gauche reconnurent officiellement le pouvoir soviétique et s’entendirent avec les bolchéviks, mais engagèrent peu après la lutte contre le pouvoir des Soviets.

Durant les années de l’intervention étrangère et de la guerre civile, les socialistes-révolutionnaires se livrèrent à une activité subversive, soutinrent activement les interventionnistes et les gardes blancs, trempèrent dans des complots contre-révolutionnaires, organisèrent des actions terroristes contre les dirigeants de l’Etat soviétique et du Parti communiste.

La guerre civile terminée, ils poursuivirent leur activité hostile à l’Etat soviétique à l’intérieur du pays et dans le camp de l’émigration blanche. [N.E.]

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Lénine : Le congrès socialiste international de Stuttgart (1907)

Écrit en septembre 1907. Publié en octobre 1907 dans l’ « Almanach pour tous, 1908 ». Signé : N. L. —— e

Le récent congrès de Stuttgart a constitué la douzième assemblée de l’ Internationale prolétarienne. Les cinq premiers congrès remontent à l’époque de la première Internationale (1866-1872) placée sous la direction de Marx, qui, selon une expression heureuse de Bebel, s’était efforcé de faire par le haut l’unité internationale du prolétariat combattant.

Cette tentative ne pouvait connaître le succès tant que les partis socialistes des différents pays ne s’étaient pas unis et affermis, mais il reste que par ses activités la première Internationale rendit de grands services an mouvement ouvrier de tous les pays et laissa une empreinte durable.

La naissance de la deuxième Internationale fut l’œuvre du congrès socialiste international de Paris de 1889. Forte du soutien de solides partis nationaux, la deuxième Internationale devait finir de se consolider aux congrès ultérieurs de Bruxelles (1891), Zurich (1893), Londres (1896), Paris (1900) et Amsterdam (1904).

A Stuttgart s’étaient réunis 884 délégués venus de 25 pays d’Europe, d’Asie (Japon et une partie de l’Inde), d’Amérique, d’Australie et d’Afrique (un délégué d’Afrique du Sud).

L’importance considérable du congrès socialiste international de Stuttgart réside précisément dans le fait qu’il a achevé de consolider la deuxième Internationale et qu’avec lui les congrès internationaux se sont transformés en assemblées de travail exerçant une influence profonde sur le caractère et l’orientation des activités du mouvement socialiste dans le monde entier.

En principe, les différents partis nationaux ne sont pas obligés d’appliquer les décisions des congrès internationaux, mais la portée morale de ces décisions est telle que leur non-application est une exception presque aussi rare que la non-application par les partis des décisions de leurs propres congrès.

Le congrès d’Amsterdam était parvenu à unir les socialistes français et sa résolution contre le « ministérialisme » [1] traduisait véritablement la volonté du prolétariat conscient du monde entier et définissait la politique des partis ouvriers.

Le congrès de Stuttgart a constitué lui aussi un grand pas dans cette direction, s’avérant sur toute une série de questions importantes d’instance suprême qui allait déterminer la ligne politique du socialisme.

Cette ligne, le congrès de Stuttgart, plus fermement encore que celui d’Amsterdam, l’a définie dans l’esprit de la social-démocratie révolutionnaire face à l’opportunisme.

C’est avec raison que Die Gleichheit (l’égalité), organe des travailleuses social-démocrates allemandes publié sous la direction de Clara Zetkin, écrit à ce propos :

« sur toutes les questions, les déviations opportunistes des différents partis socialistes ont été corrigées dans un esprit révolutionnaire grâce au travail commun des socialistes de tous les pays ».

Cependant, phénomène à la fois remarquable et attristant, la social-démocratie allemande, qui s’en était jusqu’ici toujours tenue aux conceptions révolutionnaires marxistes, a fait preuve d’instabilité ou adopté des positions opportunistes.

Le congrès de Stuttgart a donc confirmé la profondeur de la remarque faite par Engels au sujet du mouvement ouvrier allemand.

Engels, le 29 avril 1886, écrivait a Sorge, vétéran de la première Internationale :

« Il est somme toute bon que les Allemands se voient contester le rôle de dirigeants du mouvement socialiste international, en particulier après qu’ils ont envoyé au Reichstag un si grand nombre de philistins (ce qui était toutefois inévitable).

Quand les temps sont calmes, tout en Allemagne devient philistin, et en de tels moments l’aiguillon de la concurrence française s’avère absolument indispensable, et n’est pas près d’ailleurs de faire défaut. »

L’aiguillon de la concurrence française n’a pas fait défaut à Stuttgart, et il était vraiment indispensable, car l’esprit philistin des Allemands a eu l’occasion de se manifester largement.

Il importe au plus haut point pour les social-démocrates russes de ne pas perdre ces faits de vue, étant donné que nos libéraux (et pas seulement eux) font des pieds et des mains pour nous présenter comme modèle digne d’être imité les aspects les moins reluisants de la social-démocratie allemande.

Les maîtres à penser les plus éminents et les plus perspicaces de la social-démocratie allemande n’ont pas été sans s’en apercevoir et, sans fausse honte, ils considèrent cela comme un avertissement.

« Amsterdam, écrit le journal de Clara Zetkin, avait vu la résolution de Dresde servir de leitmotiv révolutionnaire à tous les débats des assises du prolétariat mondial, mais à Stuttgart on a ressenti comme de désagréables dissonances opportunistes les interventions de Vollmar à la commission sur le militarisme, de Päplow à la commission sur l’émigration, de David (auquel nous joindrons Bernstein) à la commission coloniale.

Dans la majorité des commissions et sur la majorité des questions, les représentants de l’Allemagne sont apparus pour cette fois comme les têtes de file de l’opportunisme. » Commentant le congrès de Stuttgart, Kautsky écrit de son côté : « le rôle dirigeant joué en fait jusqu’à présent à la IIeme Internationale par la social-démocratie allemande ne s’est en l’occurrence nullement fait sentir ».

Passons à l’examen des différentes questions qui furent l’objet des débats du congrès. Les divergences surgies sur la question coloniale ne purent être surmontées en commission, et c’est le congrès lui-même qui mit fin à la discussion entre opportunistes et révolutionnaires en donnant à ces derniers une majorité de 127 voix contre 108, et 10 abstentions.

Il faut se réjouir à ce propos du fait que les socialistes russes aient tous voté à l’unanimité en faveur d’une résolution révolutionnaire de toutes les questions.

(Signalons que la Russie avait droit à 20 voix, dont 10 pour le P.O.S.D.R., Polonais exclus, 7 pour les socialistes-révolutionnaires, et 3 pour les représentants des syndicats. La Pologne, elle, avait 10 voix, dont 4 pour les social-démocrates, et 6 pour les représentants du P.P.S. [2] et des régions non-russes de la Pologne. Enfin les deux représentants de la Finlande avaient 8 voix).

Sur la question coloniale, la commission a vu se dégager une majorité opportuniste, et le projet de résolution comportait cette phrase monstrueuse : « Le congrès ne condamne pas, en principe et pour tous les temps, toute politique coloniale, qui, en régime socialiste, pourra être une œuvre civilisatrice. »

Cette disposition équivaut en fait à un recul direct vers la politique et la conception du monde bourgeoises justifiant guerres et violences coloniales. C’est un recul vers les positions de Roosevelt, a affirmé un délégué américain.

Mais les tentatives de justifier ce recul au nom des tâches de la « politique coloniale socialiste » et des réelles réformes susceptibles d’être accomplies aux colonies ont été vraiment en dessous de tout.

Le socialisme ne s’est jamais refusé et ne se refusera jamais à réclamer des réformes aux colonies comme ailleurs, mais cela ne doit nullement impliquer un relâchement de notre position de principe d’hostilité aux conquêtes, à la soumission des autres peuples, aux violences et au pillage qui sont les composantes de la « politique coloniale ».

Le programme minimum de tous les partis socialistes est valable aussi bien pour les métropoles que pour les colonies. La notion même de « politique coloniale socialiste » relève d’une extrême confusion.

Le congrès a eu parfaitement raison de retrancher de la résolution les formulations citées plus haut pour leur substituer une condamnation de la politique coloniale encore plus ferme que dans les résolutions des congrès précédents.

La résolution portant sur les rapports entre partis socialistes et syndicats revêt une importance toute particulière pour nous autres Russes, car chez nous cette question est à l’ordre du jour.

Le congrès de Stockholm s’était prononcé en faveur de syndicats non rattachés au parti, venant ainsi étayer les positions de nos propres partisans de la neutralité, Plékhanov en tête.

Mais le congrès de Londres, lui, avait penché pour des syndicats rattachés au parti, s’affirmant de la sorte opposé à la neutralité. La résolution de Londres avait, comme on le sait, donné lieu à de longues discussions ainsi qu’à un mécontentement de la part de certains syndicats, mécontentement qui s’était fait jour dans la presse de la démocratie bourgeoise.

À Stuttgart, la question s’est trouvée, au fond, posée de la façon suivante : neutralité ou relations toujours plus étroites des syndicats avec le parti ?

Le congrès socialiste international, comme le lecteur peut s’en convaincre à la lecture de la résolution, s’est prononcé en faveur du rapprochement entre les syndicats et le parti.

Aussi la résolution ne comporte-t-elle pas le moindre mot ni à propos de la neutralité, ni à propos du non-rattachement des syndicats au parti.

Kautsky, qui au sein de la social-démocratie allemande s’était fait le partisan d’un tel rapprochement et s’était élevé contre l’idée de neutralité prônée par Bebel, avait donc parfaitement le droit de proclamer dans son compte rendu sur le congrès de Stuttgart à l’adresse des ouvriers de Leipzig (Vorwärts [3], 1907, n° 209, Beilage [Appendice N.R.]) : « La résolution du congrès de Stuttgart dit tout ce qui nous est nécessaire. Elle met un terme définitif à la notion de neutralité. »

Clara Zetkin écrit de son côté : «Dans le principe, il ne s’est plus trouvé (à Stuttgart) qui que ce soit pour aller contre la tendance historique fondamentale de la lutte de classe prolétarienne qui est de lier le combat politique et le combat économique, de regrouper aussi étroitement que possible les organisations de l’un et l’autre front en une force unie de la classe ouvrière socialiste.

Seul le camarade Plékhanov, représentant des social-démocrates russes » (il aurait mieux valu dire représentant des mencheviks qui l’avaient envoyé en commission pour défendre la « neutralité ») « ainsi que la majorité de la délégation française s’employèrent à l’aide d’arguments assez malheureux à justifier une certaine limitation de ce principe en se référant aux particularités de leur pays. Mais l’écrasante majorité du congrès se prononça pour une politique résolue d’union de la social-démocratie et des syndicats… »

Il est à noter que l’argument de Plékhanov, considéré à juste titre par Clara Zetkin comme malheureux, a fait le tour des journaux légaux russes sous la forme suivante : « il existe en Russie onze partis révolutionnaires » ; « avec lequel d’entre eux les syndicats doivent-ils s’unir ? »

Tel est l’argument (nous citons d’après Vorwärts, n° 196, 1. Beilage) que Plékhanov avait avancé en commission au congrès de Stuttgart. Mais cet argument est inexact tant sur le plan des faits que sur celui des principes.

En réalité, il n’existe pas en Russie, pour chaque nationalité, plus de deux partis qui s’affrontent afin de s’assurer une influence dans le prolétariat socialiste : social-démocrates et socialistes-révolutionnaires, social-démocrates polonais et P.P.S., social-démocrates lettons et socialistes-révolutionnaires lettons (connus sous le nom d’ « Union social-démocrate de Lettonie »), social-démocrates arméniens et dachnaktsoutioun [4], etc.

C’est en deux groupes aussi que s’est divisée immédiatement la délégation russe à Stuttgart. Ce chiffre de onze partis révolutionnaires a été cité de façon tout à fait arbitraire et ne fait qu’induire les ouvriers en erreur.

Et le plan des principes ne donne pas plus raison à Plékhanov, étant donné que la lutte entre le socialisme prolétarien et le socialisme petit-bourgeois ne peut manquer de surgir partout en Russie, y compris à l’intérieur des syndicats. Pour leur part les Anglais n’ont pas estimé nécessaire de s’opposer à la résolution, bien qu’il y ait également chez eux deux partis socialistes concurrents, les social- démocrates (S.D.F. [5]) et les « indépendants » (I.L.P. [6]).

Que l’idée de neutralité rejetée à Stuttgart ait déjà causé un tort considérable au mouvement ouvrier, l’exemple de l’Allemagne le montre d’une façon particulièrement frappante.

La neutralité y avait été très largement prônée et appliquée, ce qui a eu pour conséquence de faire dévier les syndicats allemands du côté de l’opportunisme, et cela d’une manière si ostensible que même un homme aussi prudent que Kautsky pour ce qui est de cette question, n’a pu faire autrement que de reconnaître qu’il y avait déviation.

Dans son compte rendu aux ouvriers de Leipzig, Kautsky a affirmé sans détour que « l’esprit conservateur » dont a fait preuve la délégation allemande à Stuttgart « est parfaitement compréhensible si l’on considère la composition de cette délégation.

Celle-ci comprenait une moitié de représentants des syndicats, ce qui fait que « l’aile droite » de notre parti y disposait de plus de forces qu’elle n’en a réellement dans le parti lui-même ».

La résolution de Stuttgart va sans aucun doute hâter le moment où la social-démocratie russe rompra avec cette idée de neutralité qui jouit d’une si grande faveur chez nos libéraux.

En évitant toute imprudence, toute précipitation et tout faux pas tactique, nous devons travailler inlassablement au sein des syndicats afin de les rapprocher sans cesse du parti social-démocrate.

La commission sur l’émigration et l’immigration du congrès de Stuttgart vit, elle aussi, apparaître de manière très nette des dissensions entre opportunistes et révolutionnaires, les premiers s’étant mis dans la tête l’idée de restreindre le droit des ouvriers de pays arriérés d’émigrer (en particulier de Chine et du Japon).

L’esprit de corporation borné, l’exclusive trade-unioniste l’emportaient chez de tels gens sur leur compréhension des tâches du socialisme : travail d’éducation et d’organisation des couches du prolétariat qui ne prennent pas encore part au mouvement ouvrier. Mais le congrès repoussa toutes les invités à suivre cette voie.

Même en commission, les partisans d’une telle limitation de la liberté d’émigrer restèrent totalement isolés, et la résolution du congrès réaffirme le principe de la solidarité dans la lutte de classe des ouvriers de tous les pays.

Sur la question du droit de vote des femmes, la résolution a été également adoptée à l’unanimité.

Seule une Anglaise de la semi-bourgeoise société fabienne a voulu faire admettre la possibilité d’une lutte en faveur d’un droit de vote amputé au profit des femmes appartenant aux couches aisées.

C’est de façon catégorique que le congrès a rejeté cette idée, recommandant aux travailleuses de ne pas mener le combat pour le droit de vote de concert avec les femmes de la bourgeoisie qui réclament l’égalité des droits de la femme, mais avec les partis de classe du prolétariat.

Le congrès a souligné la nécessité, au cours de la campagne pour le vote des femmes, de défendre intégralement les principes du socialisme et l’égalité des droits entre hommes et femmes, et de ne pas se laisser détourner de ces principes par des considérations d’opportunité.

La commission a vu surgir sur cette question un différend non dépourvu d’intérêt. Les Autrichiens (Victor Adler, Adelheid Popp) s’efforçaient de justifier la tactique qui avait, été la leur dans la lutte pour l’octroi du droit de veto aux hommes : on sait que dans le but de conquérir ce droit, ils avaient estimé plus à propos de ne pas mettre au premier plan de leur campagne l’exigence du droit de vote pour les femmes.

Les social-démocrates allemands, notamment Clara Zetkin, avaient protesté contre une telle position dès l’époque où les Autrichiens avaient mené la bataille pour le suffrage universel.

Clara Zetkin avait alors déclaré pour le suffrage universel.

Clara Zetkin avait alors déclaré dans la presse que l’on ne devait en aucun cas laisser dans l’ombre l’exigence du droit de vote pour les femmes, que les Autrichiens avaient agi en opportunistes, en sacrifiant le principe à des considérations de commodité et que fiant le principe à des considérations de commodité et que réclamer avec autant d’énergie le droit de vote pour les femmes n’aurait pas affaibli mais amplifié l’action et la force du mouvement populaire.

En commission, une autre social-démocrate allemande en vue, Zietz, manifesta son accord total avec Clara Zetkin.

L’amendement d’Adler, qui justifiait indirectement la tactique autrichienne (car il se bornait à dire qu’il ne devait pas y avoir d’interruption dans la lutte pour le droit de vote effectif de tous les citoyens, sans affirmer que cette lutte devait comporter invariablement l’exigence de l’égalité des droits entre hommes et femmes), l’amendement d’Adler fut rejeté par 12 voix contre 9.

Les paroles prononcées par cette même Zietz dans son intervention à la conférence internationale des femmes socialistes (conférence qui se tint à Stuttgart en même temps que le congrès) traduisent fidèlement le point de vue de la commission et du congrès à ce sujet : « Nous devons par principe exiger tout ce que nous estimons juste, déclara Zietz, et ce n’est que dans le cas où nous manquons des forces nécessaires à la lutte que nous nous contentons de ce que nous pouvons obtenir.

Telle a toujours été la tactique de la social-démocratie. Plus modestes seront nos revendications, plus modestes seront les concessions du gouvernement… » De cette discussion entre social- démocrates autrichiennes et allemandes, le lecteur peut constater combien les meilleurs d’entre les marxistes jugent sévèrement les moindres déviations par rapport à la tactique révolutionnaire conséquente et fidèle aux principes.

La dernière journée du congrès a été consacrée à une question que tous attendaient avec un grand intérêt, celle du militarisme.

Incapable de faire la relation entre la guerre et le régime capitaliste en général et d’établir un lien entre la propagande antimilitariste et l’ensemble du travail des socialistes, le fameux Hervé s’est fait le défenseur de conceptions indéfendables.

Le projet d’Hervé de « répondre » à toute guerre par la grève et l’insurrection a montré combien son auteur était inapte à comprendre que l’emploi de tel ou tel moyen de lutte ne dépendait pas d’une décision prise au préalable par les révolutionnaires, mais des conditions objectives de la crise, tant politique qu’économique, provoquée par la guerre.

Mais si Hervé, se laissant entrainer a des phrases ronflantes, a fait preuve d’une légèreté et d’un manque de réflexion évidents, c’eut été avoir la vue bien courte que de lui opposer le seul énoncé dogmatique des vérités générales du socialisme.

C’est pourtant ce qu’a fait notamment Vollmar (Bebel et Guesde n’ont pas été absolument purs de ce péché). Avec la singulière fatuité d’un homme épris de parlementarisme stéréotypé, il s’est attaqué à Hervé sans remarquer que sa propre étroitesse d’esprit et sa raideur opportuniste obligent à trouver dans l’hervéïsme une pointe de fraîcheur et de nouveauté, en dépit de l’absurdité théorique et de la stupidité avec laquelle Hervé posait le problème.

Il peut se produire, en effet, qu’à un tournant du mouvement des absurdités théoriques recèlent une part de vérité pratique.

Et cet aspect de la question, l’appel à ne pas se contenter des seuls moyens parlementaires de lutte, l’appel à l’action en tenant compte des conditions de la guerre future et des crises futures, furent mis en relief par les social-démocrates révolutionnaires et, en particulier, par Rosa Luxemburg dans son discours.

De concert avec les délègues de la social-démocratie russe (Lénine et Martov intervinrent dans le même sens sur cette question) Rosa Luxemburg proposa des amendements à la résolution de Bebel, amendements qui mettaient l’accent sur la nécessité de mener la propagande parmi les jeunes, la nécessité de mettre à profit la crise engendrée par la guerre pour accélérer la chute de la bourgeoisie, la nécessité inévitable de prévoir un changement des méthodes et des moyens de lutte à mesure que s’aggraverait la lutte de classe et qu’évoluerait la situation politique.

La résolution de Bebel, à l’origine dépourvue de vie, unilatérale parce que dogmatique et influencée par les interprétations proposées par Vollmar, finit ainsi par se transformer en une toute autre résolution.

Toutes les vérités théoriques y étaient reprises pour l’édification des partisans d’Hervé, trop prompts à oublier le socialisme par zèle antimilitariste.

Cependant, ces vérités ne doivent pas aboutir à justifier le crétinisme parlementaire, ni à consacrer les seuls moyens pacifiques, ni à renoncer à la lutte en cas de situation relativement paisible et tranquille, mais à utiliser tous les moyens de lutte, à tirer parti de l’expérience de la révolution russe, à développer le côté créateur, efficace du mouvement.

Le journal de Clara Zetkin, que nous avons mentionné à plusieurs reprises, a précisément su saisir de manière très exacte ce caractère, qui s’avère comme le plus important et le plus remarquable de la résolution du congrès sur l’antimilitarisme.

« Sur cette question également, dit Clara Zetkin à propos de cette résolution, l’énergie (Tatkraft) révolutionnaire et la foi de la classe ouvrière dans sa combativité et dans sa vaillance ont fini par prendre le pas d’une part sur l’évangile pessimiste de notre impuissance et la tendance figée à s’en tenir aux vieilles méthodes exclusivement parlementaires de lutte, et d’autre part sur le gymnastique antimilitariste simpliste de Français à demi anarchistes du genre d’Hervé.

La résolution finalement adoptée à l’unanimité, tant par la commission que par la presque totalité des 900 délégués de tous les pays, traduit en termes énergiques l’essor gigantesque du mouvement ouvrier révolutionnaire depuis la tenue du précédent congrès international ; la résolution souligne comme principe de la tactique prolétarienne sa souplesse, son aptitude à se développer, à devenir plus acérée (Zuspitzung) à mesure que les conditions en viennent à maturité. »

Si l’hervéïsme a été réfuté, ce n’est pas au profit de l’opportunisme, ni du point de vue du dogmatisme et de la passivité. Le prolétariat international a ressenti un vif désir de recourir à des nouvelles méthodes de lutte toujours plus résolues, désir qu’il a replacé dans le contexte de l’aggravation des contradictions économiques, dans le contexte des conditions des crises engendrées par le capitalisme.

Ce n’est pas une vaine menace à la Hervé, mais une claire conscience de l’inévitabilité de la révolution sociale, une ferme volonté de mener la lutte jusqu’au bout et d’utiliser les moyens de lutte les plus révolutionnaires qu’on peut lire dans la résolution du congrès socialiste international de Stuttgart sur la question du militarisme.

L’armée du prolétariat grandit dans tous les pays. Sa conscience, sa volonté et son unité se font d’heure en heure plus fortes.

Et le capitalisme se charge, lui, de multiplier les crises dont cette armée ne manquera pas de tirer profit pour l’abattre.

Notes

[1] Ministérialisme (millerandisme), courant opportuniste qui se fit jour dans les partis socialistes d’Europe occidentale à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ; il tire son nom du socialiste français, A. Millerand, qui, en 1899, entra dans le gouvernement bourgeois réactionnaire et aida la bourgeoisie à promouvoir sa politique.

[2] Les social-démocrates polonais, membres de la social-démocratie du Royaume de Pologne et de la Lituanie, parti révolutionnaire de la classe ouvrière polonaise. Ce parti naquit d’abord, en 1893, comme social-démocratie du Royaume de la Pologne, puis, à dater du mois d’août 1900, après le congrès des organisations social-démocrates du Royaume de Pologne et de la Lituanie, qui vit la fusion des social-démocrates polonais et une partie des social-démocrates lituaniens, il prit le nom de Social-démocratie du Royaume de Pologne et de la Lituanie. Le mérite de ce parti était de pousser le mouvement ouvrier polonais à l’alliance avec les ouvriers russes et de lutter contre le nationalisme.

Durant la révolution de 195-1907, le S.D.R.P.L. adopta des mots d’ordre proches de ceux des bolcheviks et eut une position intransigeante vis-à-vis de la bourgeoisie libérale. Cependant elle commit plusieurs erreurs : elle ne comprit pas la théorie de Lénine sur la révolution socialiste, le rôle dirigeant du parti dans la révolution démocratique, elle sous-estima le rôle de la paysannerie comme alliée de la classe ouvrière et l’importance du mouvement de libération nationale. V. Lénine, tout en critiquant les conceptions erronées de la S.D.R.P.L., a souligné les mérites qui furent siens au sein du mouvement révolutionnaire de Pologne. Les social-démocrates polonais, a-t-il dit, « ont eu raison de créer pour la première fois un parti purement prolétarien en Pologne, de proclamer le principe éminemment important de l’alliance la plus étroite de l’ouvrier polonais et l’ouvrier russe dans la lutte de classe » (voir Œuvres, Paris-Moscou, t. 20, p. 458). Au IVeme Congrès du P.O.S.D.R. (congrès d’unification de 1906), la S.D.R.P.L. fut admise au sein du P.O.S.D.R. en qualité d’organisation territoriale.

La S.D.R.P.L. salua la Grande Révolution socialiste d’Octobre et engagea une lutte de grande envergure pour la victoire de la révolution prolétarienne en Pologne. En décembre 1918, au congrès d’unification, la S.D.R.P.L. et la « lewica » du P.P.S. fusionnèrent et créèrent le Parti communiste ouvrier de Pologne.

P.P.S., parti socialiste polonais (Polska Partia Socjalituszna) crée en 1892 ; réformiste et nationaliste. En 1906, le parti se scinda en un groupement de gauche, la « lewica » du P.P.S., et en un groupement de droite, chauvin, dit « fraction révolutionnaire » du P.P.S.

[3] « Vorwärts » [En Avant], quotidien, organe central du Parti social-démocrate d’Allemagne ; publié à Berlin à partir de 1891 sous le titre exact de Vorwärts, Berliner Volksblatt, par décision du congrès de Halle ; prenait la succession de Berliner Volksblatt [Journal populaire de Berlin] qui existait depuis 1884. Dans les pages du Vorwärts, F. Engels combattait toutes les formes d’opportunisme. Après 1895, c’est-à-dire après la mort d’Engels, la rédaction du journal tomba aux mains de l’aile droite du parti et se mit à publier systématiquement des articles opportunistes. Par des analyses tendancieuses de lutte contre l’opportunisme et le révisionnisme au sein du P.O.S.D.R., Vorwärts apporta son soutien aux « économistes », puis, après la scission du parti, aux mencheviks. Durant les années de réaction, il publia des articles calomniateurs de Trotski sans offrir à Lénine ni aux autres bolcheviks la possibilité de riposter et de donner une appréciation objective de la situation au sein du parti.

Durant la première guerre mondiale, Vorwärts adopta des positions social-chauvines ; après la Grande Révolution socialiste d’Octobre, il mena une propagande antisoviétique. Il continua à paraître à Berlin jusqu’en 1933.

[4] Dachnaktsoutioun, un parti nationaliste bourgeois. Créé au début années 90 du XIXeme siècle en Arménie turque pour libérer les Arméniens de Turquie du joug du sultanat ; ce parti consistait en un conglomérat bourgeois démocratique de représentants de diverses classes : bourgeois et intellectuels ; paysans et ouvriers non touchés par la propagande social-démocrate ; une partie du lumpen-prolétariat, organisée en groupes de « zinvor ».

À la veille de la révolution de 1905-1907, le parti centra son activité sur le Caucase et se rapprocha des socialistes-révolutionnaires. Son aile gauche adhéra à ce parti en 1907, après avoir formé le groupe des « jeunes dachnaktsoutioun ».

Les activités du Dachnaktsoutioun avaient un caractère antipopulaire. Sa propagande nationaliste a nui énormément à l’éducation internationaliste du prolétariat et des masses laborieuse d’Arménie et de toute la Transcaucasie.

Après la révolution démocratique bourgeoise de Février 1917, les « dachnaks » apportèrent leur appui à la politique du Gouvernement bourgeois provisoire ; après la Révolution socialiste d’Octobre, ils participèrent au bloc contre-révolutionnaire des mencheviks et socialistes-révolutionnaires dirigé contre les bolcheviks. Entre 1918 et 1920, les dachnaks furent à la tête du gouvernement bourgeois-nationaliste contre-révolutionnaire d’Arménie ; tous leurs actes eurent pour effet de transformer l’Arménie en colonie des impérialistes étranger et en base des interventionniste anglo-français, ainsi que des gardes blancs russes en lutte contre le pouvoir des Soviets. Les travailleurs d’Arménie, sous la direction du parti bolchevique et avec le soutien de l’Armée rouge, renversèrent le gouvernement dachnaque en novembre 1920. La victoire du pouvoir des Soviets entraîna le démantèlement et la liquidation des organisations dachnaktsoutioune de Transcaucasie.

[5] La S.D.F. (Social Democratic Federation) fut fondée en 1884. Y adhérèrent, outre des réformistes (dont Hyndman) et des anarchistes, des social-démocrates révolutionnaires, partisans du marxisme (H. Quelch, Th. Mann, E. Eveling, E. Marx-Eveling, etc.) qui formaient l’aile gauche du mouvement socialiste anglais. F. Engels critiqua la S.D.F. pour son dogmatisme et son sectarisme, lui reprochait d’être isolée du mouvement ouvrier de masse et de méconnaître ses particularités. En 1907, la S.D.F. devint le parti social-démocrate. Celui-ci constitua en 1911 avec des éléments de gauche de l’Independent Labour Party, le Parti socialiste britannique. C’est à ce parti ainsi qu’au groupe socialiste de l’unité que revient l’initiative de fonder en 1920 le Parti communiste de Grande-Bretagne.

[6] I.L.P. (Independent Labour Party), organisation réformiste fondée en 1893 par les leaders des « nouvelles trade-unions » à l’époque d’une reprise du mouvement gréviste et du mouvement en faveur de l’indépendance de la classe ouvrière vis-à-vis des partis bourgeois. Adhérent à ce parti des membres des « nouvelles trade-unions » et d’anciens syndicats des intellectuels, des représentants de la petite bourgeoisie influencés par les idées fabiennes. Dès sa création, l’I.L.P., se plaça sur les positions du réformisme bourgeois, accordant l’essentiel de son attention à la lutte parlementaire et accords parlementaires avec le parti libéral. Lénine disait de lui que c’est « en fait un parti opportuniste qui a toujours dépendu de la bourgeoisie ». (Œuvres, Paris-Moscou, t. 20, p. 499).

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Lénine : Par où commencer ? (1901)

Première parution en mai 1901 dans le n°4 de l’Iskra

Ces dernières années, la question : « Que faire ? » se pose avec force aux social-démocrates russes. Il ne s’agit plus de choisir une route (comme c’était le cas à la fin des années 80 et début des années 90), mais de déterminer ce que nous devons faire pratiquement sur une route connue, et de quelle façon.

Il s’agit du système et du plan d’activité pratique. Il faut avouer que cette question, essentielle pour un parti d’action, relative au caractère et aux modalités de la lutte, est toujours sans solution et suscite encore parmi nous de sérieuses divergences, qui témoignent d’une instabilité et de flottements de pensée regrettables.

D’une part, la tendance « économiste », qui s’attache à tronquer, à rétrécir le rôle de l’organisation et de l’agitation politiques, est encore loin d’être morte.

D’autre part, continue à porter la tête haute la tendance de l’éclectisme sans principes qui s’adapte à toute nouvelle « orientation » et est incapable de distinguer entre les besoins du moment et les buts essentiels et les exigences permanentes du mouvement pris dans son ensemble.

Comme on sait, cette tendance a pris racine dans le Rabotchéïé Diélo [1]. Sa dernière déclaration-« programme », le retentissant article portant le titre retentissant « Un tournant historique » (n° 6 du Listok du « Rabotchéïé Diélo [2]»), confirme de façon éclatante cette définition.

Hier encore, nous étions en coquetterie avec l’« économisme », nous nous indignions de la condamnation catégorique portée contre la Rabotchaïa Mysl [3], nous « mitigions » la façon dont Plekhanov envisageait la lutte contre l’autocratie; aujourd’hui, nous voilà déjà citant la phrase de Liebknecht : « Si les circonstances changent en 24 heures, il faut aussi en 24 heures changer de tactique »; nous parlons déjà de créer une « solide organisation de combat » pour attaquer de front, pour livrer assaut à l’absolutisme; de faire « une large agitation politique révolutionnaire (comme nous y allons : politique et révolutionnaire à la fois !) dans les masses »; de lancer « un appel incessant à la protestation dans la rue »; « de préparer des manifestations publiques d’un caractère politique bien tranché » (sic), etc., etc.

Nous pourrions, certes, exprimer notre satisfaction de voir le Rabotchéïé Diélo assimiler si vite le programme formulé par nous dès le premier numéro de l’Iskra [4] : constituer un parti solidement organisé, visant non seulement à arracher des concessions de détail mais à enlever la forteresse même de l’autocratie. Cependant, l’absence chez nos assimilateurs de tout point de vue bien ferme, est de nature à gâter tout notre plaisir.

Le nom de Liebknecht est, il va de soi, invoqué à tort par le Rabotchéïé Diélo. En 24 heures, on peut modifier la tactique de l’agitation sur quelque point spécial, modifier un détail quelconque dans l’activité du Parti. Mais pour changer, je ne dirai pas on 24 heures, mais même en 24 mois, ses conceptions sur l’utilité générale, permanente et absolue d’une organisation de combat et d’une agitation politique dans les masses, il faut être dénué de tout principe directeur.

Il est ridicule d’invoquer la diversité des circonstances, le changement des périodes : la constitution d’une organisation de combat et l’agitation politique sont obligatoires dans n’importe quelles circonstances « ternes, pacifiques », dans n’importe quelle période de « déclin de l’esprit révolutionnaire ».

Bien plus, c’est précisément dans ces circonstances et dans ces périodes qu’un pareil effort est nécessaire, car au moment de l’explosion, de la conflagration, il est trop tard pour créer une organisation; elle doit être déjà prête, afin de déployer immédiatement son activité. « Changer de tactique on 24 heures ! »

Mais pour on changer, il faut au préalable en avoir une. Or, sans une organisation solide, rompue à la lutte politique en toutes circonstances et en toutes périodes, il ne saurait même être question de ce plan d’action systématique établi à la lumière de principes fermes, suivi sans défaillance, qui seul mérite le nom de tactique.

Voyez en effet : on nous assure déjà que le « moment historique » pose à notre parti un problème « absolument nouveau », celui de la terreur.

Hier, ce qui était « absolument nouveau », c’était le problème de l’organisation et de l’agitation politiques; aujourd’hui, c’est celui de la terreur. N’est-il pas singulier d’entendre des gens aussi oublieux de leurs antécédents parler d’un changement radical de tactique ?

Heureusement, le Rabotchéïé Diélo a tort. Le problème de la terreur n’a rien de nouveau. Il nous suffira de rappeler brièvement les conceptions établies de la social-démocratie russe.

Sur le plan des principes, nous n’avons jamais rejeté ni ne pouvons rejeter la terreur. C’est un des aspects de guerre, qui peut convenir parfaitement, et même être indispensable à un certain moment du combat, dans un certain état de l’armée et dans certaines conditions.

Mais le fait est justement qu’on nous propose aujourd’hui la terreur non point comme l’une des opérations d’une armée combattante, opération étroitement rattachée et articulée à tout le système de la lutte, mais comme un moyen d’attaque isolée, indépendant de toute armée et se suffisant à lui-même. D’ailleurs, à défaut d’une organisation révolutionnaire centrale et avec des organisations révolutionnaires locales faibles, la terreur ne saurait être autre chose.

C’est bien pourquoi nous déclarons résolument que, dans les circonstances actuelles, la terreur est une arme inopportune, inopérante, qui détourne les combattants les plus actifs de leur tâche véritable et la plus importante pour tout le mouvement, et qui désorganise non pas les forces gouvernementales, mais les forces révolutionnaires. Souvenez-vous des derniers événements : sous nos yeux, la grande masse des ouvriers et du « bas peuple » des villes se ruait au combat, mais il manquait aux révolutionnaires un état-major de dirigeants et d’organisateurs.

Dans ces conditions, si les révolutionnaires les plus énergiques se consacrent à la terreur, ne risquons-nous pas d’affaiblir les détachements de combat, les seuls éléments sur lesquels on puisse fonder un espoir sérieux ?

N’avons-nous pas à craindre une rupture de liaison entre les organisations révolutionnaires et ces foules dispersées d’hommes mécontents, protestant et prêts au combat, dont la faiblesse ne tient qu’à leur dispersion ? Or, cette liaison est le gage unique de notre succès.

Loin de nous l’idée de refuser toute importance à des coups héroïques isolés, mais notre devoir est de mettre en garde de toute notre énergie contre cet engouement pour la terreur auquel tant de gens sont si enclins aujourd’hui, au point d’y voir notre arme principale et essentielle.

La terreur ne sera jamais un acte de guerre à l’égal des autres : dans le meilleur des cas, elle ne convient que comme l’une des formes de l’assaut décisif. La question se pose : pouvons-nous, au moment actuel, appeler à cet assaut ? Le Rabotchéïé Diélo pense probablement que oui.

Du moins, il s’écrie « Formez les colonnes d’assaut ! » Mais c’est là encore un zèle mal inspiré. Le gros de nos forces est formé de volontaires et d’insurgés. En fait d’armée permanente, nous n’avons que quelques petits détachements, et encore ils ne sont pas mobilisés, n’ont pas de liaison entre eux, ne sont pas entraînés à se former en colonnes d’une façon générale, sans même parler de colonnes d’assaut.

Dans ces conditions, tout homme capable d’envisager l’ensemble de notre lutte, sans s’en laisser distraire à chaque « tournant » de l’histoire, doit comprendre que notre mot d’ordre, à l’heure actuelle, ne saurait être « A l’assaut ! », mais bien « Entreprenons le siège en règle de la forteresse ennemie ! »

En d’autres termes, l’objectif immédiat de notre Parti ne peut pas être d’appeler toutes les forces dont il dispose à se lancer dès maintenant à l’attaque, mais d’appeler à mettre sur pied une organisation révolutionnaire capable de rassembler toutes les forces et d’être le dirigeant non seulement en titre, mais réel, du mouvement, c’est-à-dire une organisation toujours prête à soutenir chaque protestation et chaque explosion, en les mettant à profit pour accroître et endurcir une armée apte à livrer le combat décisif.

La leçon des événements de février et de mars [5] est si suggestive qu’on ne rencontre guère aujourd’hui d’objections de principe à cette conclusion. Seulement, ce que l’heure présente réclame de nous, ce ne sont pas des principes, mais une solution pratique.

Il ne suffit pas de voir clairement quel type d’organisation est nécessaire, et pour quel travail précis, il faut en tracer le plan, de façon à pouvoir commencer à la bâtir, de tous les côtés à la fois. Vu l’urgence et l’importance de cette question, nous nous décidons, pour notre part, à soumettre à l’attention des camarades l’esquisse d’un plan que nous développerons plus longuement dans une brochure en cours de préparation.

A notre avis, le point de départ de notre activité, le premier pas concret vers la création de l’organisation souhaitée, le fil conducteur enfin qui nous permettrait de faire progresser sans cesse cette organisation en profondeur et en largeur, doit être la fondation d’un journal politique pour toute la Russie. Avant tout, il nous faut un journal, sans quoi, toute propagande et toute agitation systématiques, fidèles aux principes et embrassant les divers aspects de la vie, sont impossibles.

C’est pourtant là la tâche constante et essentielle de la social-démocratie, tâche particulièrement pressante aujourd’hui, où l’intérêt pour la politique et le socialisme s’est éveillé dans les couches les plus larges de la population.

Jamais encore on n’avait senti avec autant de force qu’aujourd’hui le besoin de compléter l’agitation fragmentaire par l’action personnelle, les tracts et les brochures édités sur place, etc., par cette agitation généralisée et régulière que seule la presse périodique permet.

On peut dire sans crainte d’exagération que la fréquence et la régularité de parution (et de diffusion) du journal permet de mesurer de la façon la plus exacte le degré d’organisation atteint dans ce secteur vraiment primordial et essentiel de notre activité militaire. Ensuite, il nous faut, très précisément, un journal pour toute la Russie.

Si nous n’arrivons pas et tant que nous n’arriverons pas à unifier l’action que nous exerçons sur le peuple et sur le gouvernement par la presse, ce sera une utopie de penser coordonner d’autres modes d’action plus complexes, plus difficiles, mais aussi plus décisifs.

Ce dont notre mouvement souffre le plus, sur le plan idéologique et sur celui de la pratique, de l’organisation, c’est de la dispersion, du fait que l’immense majorité des social-démocrates est à peu près totalement absorbée par des besognes purement locales qui réduisent à la fois leur horizon, l’envergure de leurs efforts, leur accoutumance et leur aptitude à l’action clandestine.

C’est dans cette dispersion qu’il faut chercher les racines les plus profondes de cette instabilité et de ces flottements dont nous avons parlé plus haut. Aussi le premier pas à franchir pour échapper à ce défaut, pour faire converger plusieurs mouvements locaux en un seul mouvement commun à toute la Russie, doit être la fondation d’un journal pour toute la Russie.

Enfin, il nous faut absolument, un journal politique. Sans journal politique, dans l’Europe moderne, pas de mouvement qui puisse mériter la qualification de politique. Sans cela, impossible de venir à bout de notre tâche concentrer tous les éléments de mécontentement et de protestation politiques pour en féconder le mouvement révolutionnaire du prolétariat.

Nous avons fait le premier pas, nous avons suscité dans la classe ouvrière la passion des révélations « économiques », touchant la vie des fabriques. Nous devons faire le pas suivant : éveiller dans tous les éléments un peu conscients de la population la passion des révélations politiques.

Ne nous inquiétons pas si les voix accusatrices en politique sont encore si faibles, si rares, si timides. La cause n’en est nullement dans une résignation générale à l’arbitraire policier. La cause, c’est que les hommes capables d’accuser et disposés à le faire n’ont pas de tribune du haut de laquelle ils puissent parler, pas d’auditoire écoutant avidement et encourageant les orateurs, et qu’ils ne voient nulle part dans le, peuple de force à laquelle il vaille la peine d’adresser ses plaintes contre le gouvernement « tout-puissant ».

Mais maintenant tout cela change avec une extrême rapidité. Cette force existe, c’est le prolétariat révolutionnaire; il a déjà prouvé sa volonté non seulement d’entendre et de soutenir un appel à la lutte politique, mais encore de se jeter hardiment dans la mêlée.

Nous avons aujourd’hui le moyen et le devoir d’offrir au peuple tout entier une tribune pour faire le procès du gouvernement tsariste : cette tribune doit être un journal social-démocrate. La classe ouvrière russe, à la différence des autres classes et catégories de la société russe, manifeste un intérêt soutenu pour les connaissances politiques et présente constamment (non pas seulement dans les moments d’effervescence particulière) une énorme demande de publications illégales.

Etant donné cette demande massive, la formation déjà amorcée de dirigeants révolutionnaires expérimentés, le degré de concentration atteint par la classe ouvrière et qui lui assure en fait la maîtrise des quartiers ouvriers des grandes villes, des centres usiniers, des bourgs industriels, la fondation d’un journal politique est parfaitement à la mesure du prolétariat.

Par l’entremise du prolétariat, le journal pénétrera parmi la petite bourgeoisie des villes, les artisans des campagnes et les paysans et deviendra ainsi un véritable organe politique populaire.

Le journal ne borne pas cependant son rôle à la diffusion des idées, à l’éducation politique et au recrutement d’alliés politiques. Il n’est pas seulement un propagandiste collectif et un agitateur collectif; il est aussi un organisateur collectif.

On peut à cet égard le comparer à l’échafaudage dressé autour d’un bâtiment on construction; il ébauche les contours de l’édifice, facilite les communications entre les différents constructeurs, à qui il permet de répartir la tâche et d’embrasser l’ensemble des résultats obtenus par le travail organisé.

Avec l’aide et à propos du journal se constituera d’elle-même une organisation permanente, qui ne s’occupera pas seulement d’un travail local mais aussi général et régulier, habituant ses membres à suivre de près les événements politiques, à apprécier leur rôle et leur influence sur les diverses catégories de la population, à trouver pour le parti révolutionnaire la meilleure façon d’agir sur ces événements.

Les problèmes techniques – la fourniture dûment organisée au journal de matériaux, sa bonne diffusion – obligent déjà à avoir un réseau d’agents locaux au service d’un seul et même parti, d’agents en relations personnelles les uns avec les autres, connaissant la situation générale, s’exerçant à exécuter régulièrement les diverses fonctions fragmentaires d’un travail à l’échelle de toute la Russie, s’essayant à la préparation de telle ou telle action révolutionnaire.

Ce réseau d’agents [6] sera justement la carcasse de l’organisation qui nous est nécessaire suffisamment étendue pour embrasser tout le pays; suffisamment large et diverse pour réaliser une division du travail stricte et détaillée; suffisamment ferme pour pouvoir on toutes circonstances, quels que soient les « tournants » et les surprises, poursuivre sans défaillance sa besogne propre; suffisamment souple pour savoir, d’une part, éviter la bataille à découvert contre un ennemi numériquement supérieur qui a rassemblé toutes ses forces sur un seul point, et, d’autre part, profiter du défaut de mobilité de cet ennemi et tomber sur lui quand et où il s’y attend le moins.

Aujourd’hui nous incombe la tâche relativement facile de soutenir les étudiants qui manifestent dans les rues des grandes villes.

Demain la tâche sera peut-être plus malaisée, comme celle de soutenir le mouvement des sans-travail dans telle ou telle région. Après-demain, nous devrons être à nos postes pour prendre une part révolutionnaire à une révolte paysanne. Aujourd’hui nous devons exploiter la tension politique qu’a engendrée le gouvernement par sa campagne contre les zemstvos.

Demain nous devrons encourager l’indignation de la population contre les abus de tel ou tel bachi-bouzouk tsariste et contribuer, par le boycottage, les campagnes d’excitation, les manifestations, etc., à lui infliger une leçon qui le fasse battre on retraite publiquement. Pour arriver à ce degré de préparation au combat, il faut l’activité permanente d’une armée régulière.

Et si nous groupons nos forces dans un journal commun, nous verrons se former à l’oeuvre et sortir du rang non seule-ment les plus habiles propagandistes, mais encore les organisateurs les plus avertis, les chefs politiques les plus capables du Parti, qui sauront à point nommé lancer le mot d’ordre de la lutte finale et on assumer la direction.

En conclusion, deux mots pour éviter un malentendu possible. Nous avons parlé tout le temps d’une préparation systématique, méthodique, mais nous n’avons nullement voulu dire par là que l’autocratie ne pouvait tomber que par suite d’un siège en règle ou d’un assaut organisé. Ce serait raisonner en absurde doctrinaire.

Il est fort possible et bien plus probable sur le plan historique, au contraire, qu’elle tombe sous le choc d’une explosion spontanée ou d’une de ces complications politiques imprévues qui menacent constamment de tous côtés.

Mais il n’est point de parti politique qui puisse, sans tomber dans l’esprit d’aventure, régler sa conduite sur des explosions et des complications hypothétiques.

Nous devons poursuivre notre chemin, accomplir sans désemparer notre labeur systématique, et moins nous compterons sur l’inattendu, plus nous aurons de chance de n’être jamais pris de court par les « tournants historiques. »

Notes

[1] Le Rabotchéïé Diélo (La cause ouvrière) était une revue « économiste » publiée par l’ « Union des Social-Démocrates russes à l’étranger ». Elle paraîtra de 1899 à 1902 et son orientation est amplement critiquée par Lénine dans Que Faire ?

[2] Il s’agit d’un supplément au Rabotchéïé Diélo.

[3] La Rabotchaïa Mysl (La Pensée Ouvrière) était un autre organe économiste qui parût de 1897 à 1902. Son orientation est aussi amplement critiquée dans Que Faire ?

[4] L’Iskra (L’étincelle) était le journal de Lénine. Y participaient également Plekhanov, Martov, Axelrod, V. Zassoulitch, puis Trotsky. Le journal sera l’épine dorsale du combat pour construire un parti marxiste en Russie et paraitra de 1900 à 1903 sous cette forme. Après la scission entre bolchéviques et menchéviques, l’Iskra passe sous contrôle menchévique.

[5] En février et mars 1901, manifestations et grèves se succèderont à travers la Russie.

[6] Il va de soi que ces agents ne pourraient travailler avec profit que s’ils étaient très proches des comités locaux (groupes, cercles) de notre Parti.

En général, tout le plan esquissé par nous demande naturellement pour sa réalisation le concours le plus actif des comités, qui ont tenté maintes fois l’unification du Parti et qui, nous en sommes persuadés, obtiendront cette unification un jour ou l’autre, sous une forme ou sous une autre. (Note de l’auteur)

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Lénine : Anarchisme et Socialisme (1901)

  1. Thèses :

a) en 35-40 ans (Bakounine et l’Internationale depuis 1866) d’existence (et depuis Stirner beaucoup plus longtemps) l’anarchisme n’a rien apporté sinon des généralités contre l’exploitation.

Ces phrases sont en usage depuis plus de 2000 ans. Il manque :

b) la compréhension des causes de l’exploitation ;

c) la compréhension du développement de la société qui conduit au socialisme ;

la compréhension de la lutte des classes comme force créatrice de la réalisation du socialisme.

2. La compréhension des causes de l’exploitation. La propriété privée, base de l’économie marchande. La propriété sociale des moyens de production. Nil [1] dans l’anarchisme.
L’anarchisme, c’est un individualisme bourgeois à l’envers. L’individualisme, base de toute la philosophie de l’anarchisme.

Défense de la petite propriété et de la petite exploitation rurales.

Keine Majorität [2]

Négation de la force d’union et d’organisation du pouvoir.

3. Incompréhension du développement de la société – rôle de la grande production – du développement du capitalisme en socialisme.
(L’anarchisme est la conséquence du désespoir . Mentalité de l’intellectuel à la dérive ou du va-nu-pieds, mais non du prolétaire.)

4. Incompréhension de la lutte de classe du prolétariat.

Négation absurde de la politique dans la société bourgeoise.

Incompréhension du rôle de l’organisation et de l’éducation des ouvriers.

Comme panacée, des moyens unilatéraux, détachés du contexte.

5. Dans l’histoire récente de l’Europe, quel résultat a donné l’anarchisme qui régnait auparavant dans les pays latins ?

Aucune doctrine, aucun enseignement révolutionnaire, aucune théorie.

Morcellement du mouvement ouvrier.

Fiasco complet des expériences de mouvement révolutionnaire (proudhonisme 1871, bakouninisme 1873) [3] .

Soumission de la classe ouvrière à la politique bourgeoise sous couleur de rejeter toute politique.

Notes

[1] Nihil : rien.
[2] Aucune majorité (c’est-à-dire la négation par les anarchistes de la soumission de la minorité à la majorité).

[3] L’influence du proudhonisme était très forte en 1871 parmi les dirigeants de la Commune de Paris. Ce fut l’une des causes de l’échec du mouvement ; mais, corollairement, cet échec porta un coup sévère au proudhonisme. En 1873, Bakounine se retira de la vie publique en abandonnant ses responsabilités. Cette démission fut considérée comme un aveu d’impuissance.

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