L’irruption politique d’Éric Zemmour en France:un exemple d’activation mécanique par la contre-révolution

Lorsqu’il y a une crise, il y a un renouvellement de la vie politique et une modification de celle-ci, conformément aux besoins de changement de forme du régime. C’est là quelque chose qui se vérifie aisément historiquement et l’Histoire est riche de figures propulsées par le capitalisme en crise, après avoir été façonné de manière adéquate.

Les figures des années 1920-1930 sont bien connues. Benito Mussolini était une figure de la gauche du Parti socialiste italien, Adolf Hitler un ancien soldat rejoignant un regroupement ultra-nationaliste, Jozef Piłsudski le chef du parti socialiste polonais, Engelbert Dollfuss un ancien soldat représentant des grands propriétaires terriens, Salazar un économiste catholique, Metaxas un haut responsable militaire comme Franco et Horthy…

Tous ont été propulsés de manière subite sur le devant de la scène, pour des raisons historiques propres à leur pays. Ainsi, Benito Mussolini a assumé le nationalisme et a diffusé le style syndicaliste révolutionnaire dans les couches petites-bourgeoises contestataires ; Hitler portait le pangermanisme ; Piłsudski avait une ligne expansionniste non étroitement ethnique polonaise ; Dollfuss portait le catholicisme, tout comme Salazar ; Metaxas, Fracnco et Horthy avaient l’armée avec eux…

De nombreuses figures françaises ont cherché pareillement à profiter du même élan : le colonel La Rocque avec ses Croix de Feu qu’il transforma en Parti Social Français, Henri Dorgères avec ses chemises vertes paysannes, Jacques Doriot avec le Parti populaire français… C’est finalement le maréchal Pétain qui réussit, en profitant de la défaite de 1940 et alors qu’il était une figure du « recours » tendancielle au début des années 1920.

Car le recours par la bourgeoisie, ou plutôt la haute bourgeoisie, à une figure « providentielle » est toujours tendancielle. Il ne s’agit pas d’un processus rationnel, d’une construction sur le sol du réel, comme pour les dirigeants du mouvement ouvrier. Il s’agit simplement d’une capacité à propulser.

Il y a besoin d’une figure qui soit le vecteur de certaines valeurs, d’un certain style. Il n’y a nullement besoin de cohérence idéologique et d’ailleurs justement moins il y en, mieux c’est, puisqu’il s’agit de mettre en avant une figure providentielle agissant de manière pragmatique pour re-solidifier les fondations de la société capitaliste.

Il n’y aucune règle qui puisse ici prévaloir, d’où l’échec de La Rocque, alors que son Parti Social Français était dans les années 1930 un très large mouvement de masses. Pareillement, l’ancien Chef d’État-major des Armées Pierre de Villiers s’était placé comme un tel homme providentiel pour 2022, jouant de la carte du militaire capable de décisions… et c’est pourtant un simple journaliste, Éric Zemmour, qui l’a remplacé à ce poste.

C’est un excellent exemple de cette tendance qui n’est jamais qu’une simple tendance. Chercher de manière rationnelle le positionnement de tels hommes providentiels, c’est rater leur substance et tomber dans le piège.

Rien ne présageait d’ailleurs à ce qu’Éric Zemmour, sans même encore avoir annoncé sa candidature, soit début octobre à 15 % d’intentions de vote. Éric Zemmour a en effet eu une carrière tout à fait classique : d’un milieu modeste, il fait Sciences Po et rate l’ENA, devient journaliste dans les milieux bourgeois conservateurs alors que lui-même intègre la bourgeoisie juive de l’Ouest parisien (avec sa vraie religiosité et son affection pour le Paris Saint-Germain au Parc des Princes), il publie des romans et des essais, tout en étant chroniqueur à la radio et la télévision.

Seulement, avec la seconde crise générale du capitalisme, le point de vue d’Éric Zemmour est utile, car il consiste en un anticapitalisme romantique. Il ne faut pas chercher bien entendu d’idéologie à Éric Zemmour : il n’en a pas.

Déjà, parce qu’aucun homme « providentiel » n’en a, par définition même, et ensuite parce que c’est une tradition française bourgeoise que d’éviter tous système de pensée (ce qui est commun à Napoléon, Napoléon III, Maurras, Jaurès, de Gaulle, etc.).

De plus, Éric Zemmour écrit aussi mal qu’il parle bien et ses œuvres sont d’une faiblesse inouïe, sans aucune colonne vertébrale intellectuelle par ailleurs. Tout est pioché, bricolé, tel un copié collé typique du début du 21e siècle avec toute sa décadence.

Cependant, cet anticapitalisme romantique mis en avant par Éric Zemmour correspond aux besoins de la haute bourgeoisie et il est connu qu’on retrouve comme proches d’Éric Zemmour le riche financier Charles Gave qui promeut une ligne identitaire, le banquier d’affaires de Rotschild puis JP Morgan Jonathan Nadler, l’ancien banquier d’affaire chez Rothschild Julien Madar.

Quand on parle ici de la haute bourgeoisie, on parle en fait d’une certaine haute bourgeoisie, celle de l’Ouest parisien. Celle-ci a connu une profonde transformation, dans la mesure où elle a abandonné le conservatisme catholique qui lui a longtemps servi de porte-drapeau. Elle est désormais ouvertement cosmopolite, fascinée par la modernité du capitalisme américain dans la finance et les startups, elle a largement balancé le racisme par-dessus bord par souci d’efficacité et d’ailleurs elle s’est ouverte aux gens d’origine juive.

C’est ce changement qui, au fond, a torpillé l’ancien Chef d’État-major des Armées Pierre de Villiers, dont la ligne était ouvertement néo-catholique à l’ancienne. Et c’est ce changement qui permet le succès d’Éric Zemmour.

Les financiers qui le soutiennent sont en effet typiques de ces jeunes trentenaires ou légèrement plus âges combinant costumes et baskets, vivant pour l’argent et par l’argent tout en écoutant du rap US sans aucun préjugé.

Le capitalisme est pour eux mondialisé et ils trouveraient absurdes de rejeter un capitaliste parce que noir ou asiatique ; consuméristes et ayant profité d’une France où ils pouvaient librement consommer de Saint-Tropez à Avoriaz, ils sont un mélange de Christian Clavier et de Gerard Depardieu tout en s’imaginant Jean-Paul Belmondo et Alain Delon.

Pour cette raison, cette bourgeoisie nouveau style n’a rien non plus contre la bourgeoisie « catho tradi » dont un excellent exemple est le milliardaire Vincent Bolloré, à la tête du conglomérat possédant notamment CNews transformé en chaîne populiste de droite où justement Éric Zemmour a pu agir en tant qu’agitateur-chroniqueur de 2019 à sa lancée politique en 2021.

C’est en fait, sans aucune originalité, un retour à l’alliance RPR-UDF du tout début des années 1980, avec une aile libérale-commerciale-bancaire pro-Europe (l’UDF) et une aile conservatrice-entrepreneuriale gaulliste (le RPR).

Lorsque se tient en 1990 une convention des états-généraux de l’opposition sur l’immigration, le RPR demande la « Fermeture des frontières » et la « suspension de l’immigration », parle de « réserver certaines prestations sociales aux nationaux » et d’une « incompatibilité entre l’islam et nos lois », etc.

Éric Zemmour dit précisément la même chose et, d’ailleurs, lui aussi entend faire baisser les impôts et les charges pour les entreprises, se prononçant – plus en privé que publiquement – pour un choc libéral, espérant d’ailleurs à ce titre un soutien général de toute la droite, y compris de l’extrême-droite puisque c’était également l’objectif de Jean-Marie Le Pen.

Marine Le Pen a pris entre-temps une orientation nationale-sociale lui permettant de s’acquérir de larges parts du vote ouvrier et populaire, mais elle est incapable de prolonger le tir. Éric Zemmour se pose d’autant plus comme rassembleur de la droite et de l’extrême-droite, sur une base RPR-UDF, avec un RPR revenu « aux sources ».

Il dit lui-même que « Les idées que je défends unissent déjà la droite depuis des années ».

Éric Zemmour ne cache pas d’ailleurs que sa nostalgie, c’est la France des années 1960-1980, c’est-à-dire d’une France produisant les années fric à la Bernard Tapie et les Bronzés font du ski, avec Jean-Jacques Goldmann pour faire de la variété engagée et Coluche pour se moquer.

Ce qu’il représente ainsi, c’est une valorisation de la mondialisation pour les couches sociales valorisées – les vacances à Cancún et New York – et une dévalorisation de la mondialisation en général, qui déclasse la France n’ayant pas réussi à s’insérer suffisamment dans la nouvelle dynamique capitaliste commencée en 1989 avec la chute du mur de Berlin.

Les iPhone et les Mac, c’est bien, mais les prénoms non français comme Mohammed et Kevin, c’est mal.

Pour cette raison, Éric Zemmour est utilisable et utilisé par la haute bourgeoisie, car :

– il promeut l’occidentalisme comme idéologie, avec l’Islam servant de paratonnerre aux inquiétudes ;

– il affirme la nécessité d’une réimpulsion du capitalisme français ;

– il propose un modèle de société dans le passé et non pas dans le futur.

Il y a toutefois deux problèmes de fond. Tout d’abord, Éric Zemmour ne pose pas la question de l’orientation stratégique de la France par rapport à l’affrontement sino-américain. Il devra bien le faire, mais cela va nuire à l’unité de ses partisans dans la haute bourgeoisie, cette question étant encore largement en suspens.

Ensuite, il y a un soutien populaire à Éric Zemmour, car l’immigration s’est déroulée en France sans aucun encadrement et il en relève une véritable anarchie. Le département du 93 est ainsi devenu une vaste zone de réservoir de main d’œuvre bon marché, avec une population coupée historiquement des traditions du mouvement ouvrier, un terrible désœuvrement social, une fuite dans les religions, une montée en puissance des mafias, d’où un violent ressentiment populaire.

Tout cela relève classiquement de l’immigration capitaliste et de son anarchie – il suffit de regarder les États-Unis pour voir cela exprimé de la manière la plus « pure » – mais Éric Zemmour tourne les choses de manière « occidentaliste » en parlant de « grand remplacement », parce qu’il doit jouer un rôle contre-révolutionnaire dans le peuple.

Il le fait d’autant plus aisément d’une part parce que les immigrés ont des conceptions féodales de par leur pays d’origine et que le décalage est total avec un capitalisme développé, et parce que l’immigration capitaliste de ces trente dernières années a accompagné une expansion du capitalisme et qu’ainsi la petite-bourgeoisie et la bourgeoisie en est contente dans la mesure où cette main d’œuvre bon marché l’a bien aidé.

Avec la crise, l’expansion est terminée, la bourgeoisie change son fusil d’épaule, d’où Éric Zemmour comme levier idéologique.

Et là c’est un problème, car soit il bascule dans le populisme à la Marine Le Pen, mais la haute bourgeoisie n’aime pas vraiment cela (trop risqué !), soit il tombe dans un conservatisme révolutionnaire à la Marion Maréchal, mais alors on perd la base populaire.

Ce qui revient à dire que pour gagner la présidentielle, Éric Zemmour doit toujours plus utiliser de démagogie envers le peuple – ce qui est le fascisme – mais que cela implique de faux espoirs agitant les masses et pouvant par la suite se retourner en son contraire.

Dans tous les cas et il faut ici insister sur ce point : il n’y aura pas de cohérence dans les propos, ni sur le plan intellectuel. C’est justement un piège contre-révolutionnaire visant à happer en ce sens.

Naturellement, les courants « révolutionnaires » petits-bourgeois tomberont dans le panneau, parce qu’ils récusent tant la crise générale du capitalisme que le communisme.

Mais du côté communiste, il faut au contraire se focaliser sur la proposition stratégique révolutionnaire, en considérant qu’Éric Zemmour comme « homme providentiel » – lui ou un autre – représente une tentative de frein, de contournement contre-révolutionnaire.

C’est une course contre la montre entre la révolution et la contre-révolution, Éric Zemmour ne représente rien d’autre qu’une tendance et c’est cette tendance qu’il faut dénoncer, et non pas ce qu’il est ou ce qu’il prétend, qui n’est que démagogie, avec d’autant plus de provocations qu’il s’agit de précipiter le plus de gens possibles dans le piège, afin d’être au centre du jeu.

Crise ouverte dans les inter-relations Maroc-Algérie-Tunisie-Libye-France-Grèce-Turquie-Russie-Mali

La situation est explosive dans toute une zone et la série de faits tout récents expliquent d’eux-mêmes la situation. Les voici, avec quelques précisions préalables pour bien saisir l’ensemble.

Le Maroc et l’Algérie sont en tension forte depuis cinquante ans. Leurs régimes sont très différents. Le Maroc est une monarchie corrompue et dictatoriale, où l’économie est aux mains d’un capitalisme bureaucratique particulièrement lié à la France, la ville de Marrakech servant de Sodome et Gomorrhe français. L’Algérie est une dictature militaire profitant des ressources en gaz et en pétrole pour se maintenir extrêmement difficilement, notamment depuis la vague de contestation de 2019 (appelé le Hirak) alors que le président Abdelaziz Bouteflika, dont on ne sait même pas s’il était encore en vie, briguait un cinquième mandat.

L’Algérie est ainsi obligée de devenir expansionniste de manière agressive pour faire face à sa crise générale s’insérant dans la seconde crise générale du capitalisme et les ponts ont été rompus avec le Maroc. Ce dernier a reconnu Israël en 2020, en échange d’une reconnaissance américaine de sa domination sur le Sahara occidental, ce que l’Algérie ne reconnaît pas.

L’Algérie qui s’est rapprochée de la Russie, qui elle-même gagne en influence notamment au Mali, au grand dam de la France, qui par conséquent exerce une nouvelle pression sur l’Algérie pour la faire vaciller, avec l’appui du Maroc.

Une Algérie qui soutient également la Turquie dans son intervention en faveur du gouvernement libyen contre l’Armée Nationale Libyenne du maréchal Haftar qui a largement profité du soutien français et de l’appui de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, des Émirats Arabes Unis et de la Russie.

La Turquie qui vient de réaliser des manœuvres militaires en Azerbaïdjan, avec des forces armées de ce pays et du Pakistan, au grand dam de l’Iran qui a répondu par ses propres manœuvres, alors que de son côté la France signait une alliance militaire avec la Grèce.

Ces précisions préalables, censées apporter de la clarté, reflètent en fait plutôt un terrible enchevêtrement d’intérêts et de conflits, le tout renforcé par les poussées impérialistes et expansionnistes des uns et des autres. C’est ni plus ni moins la guerre qui s’annonce, aux dépens des peuples.

13-14 juillet 2021 : rencontre virtuelle du Mouvement des non-alignés en Azerbaïdjan, où le ministre algérien des affaires étrangères Ramtane Lamamra souligne la nécessaire indépendance du Sahara Occidental occupé par le Maroc et le délégué permanent du Maroc auprès des Nations Unies Omar Hellal a appelé à « l’indépendance du peuple kabyle » en Algérie.

18 juillet 2021 : l’Algérie rappelle son ambassadeur au Maroc.

25 juillet : le président tunisien Kaïs Saïed limoge le gouvernement, gèle le parlement, suspend l’immunité des députés et prend les pleins pouvoirs.

18 août 2021 : l’Algérie décide de réviser ses relations avec le Maroc.

24 août 2021 : l’Algérie rompt les relations diplomatiques avec le Maroc en accusant celui-ci d’être à l’origine d’incendies meurtriers en Kabylie en liaison avec des mouvements séparatistes.

14 août 2021 : visite du ministre algérien des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, à son homologue turc Mevlut Cavusoglu ; il est parlé de feuille de route et de convergence concernant les questions de la Libye, de la Tunisie et de l’Afrique en général.

9 septembre 2021 : le ministre algérien des affaires étrangères Ramtane Lamamra explique lors d’un Conseil de la Ligue arabe qu’ « une analyse de la situation nous fait comprendre que certains cherchent à s’attribuer des rôles influents dans la structure de l’ordre régional et international en établissant des alliances dangereuses dans l’unique but de réaliser des acquis immédiats au détriment des nobles objectifs du système de l’action arabe commune ».

Il y a « des parties [qui] recourent à l’aide et la puissance d’un ennemi historique pour attenter aux frères et s’attaquer directement aux voisins ». L’Agence de presse algérienne APS explique que ces propos font « allusion aux actes perpétrés par le Maroc qui s’allie avec l’entité sioniste pour entamer les intérêts de l’Algérie ».

Ramtane Lamamra s’est rendu dans les jours suivant à Niamey au Niger, Nouakchott en Mauritanie, Le Caire en Égypte, Kinshasa en République démocratique du Congo (qui préside actuellement l’Union africaine, Brazzaville au Congo-Brazzaville (qui préside le Haut comité africain de suivi du dossier libyen).

12 septembre 2021 : début en Azerbaïdjan des manœuvres militaires « Trois frères » avec des forces armées de la Turquie, de l’Azerbaïdjan et du Pakistan.

22 septembre 2021 : l’Algérie n’autorise plus les avions civils et militaires marocains à la survoler, alors qu’elle ne renouvelle pas le contrat d’acheminement de gaz algérien jusqu’à l’Espagne via le gazoduc Maghreb Europe passant par le territoire marocain.

25 septembre 2021 : à l’assemblée des Nations-Unies le Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga explique que « La nouvelle situation née de la fin de Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires ».

Le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov a confirmé que le Mali avait pris contact avec des sociétés privées russes (servant de forces militaires, par ailleurs présentes au Syrie, au Soudan, en Libye, en République centrafricaine et au Mozambique, en Guinée et au Tchad).

28 septembre 2021 : la France annonce la réduction drastique de visas pour les ressortissants du Maroc, de l’Algérie et la Tunisie, au motif que ces pays ne reprennent pas leurs ressortissants expulsés. Conférence de presse du président français Emmanuel Macron et du premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis annonçant un partenariat stratégique.

29 septembre 2021 : l’ambassadeur français à Alger est convoqué et se voit notifier une protestation du gouvernement algérien.

1er octobre 2021 : l’Iran, qui accuse l’Azerbaïdjan de collusion avec Israël, mène de vastes manœuvres militaires à la frontière avec l’Azerbaïdjan, nommées Fatehan-e Khaybar (les conquérants de Khaybar, du nom du village d’une tribu juive conquise par Mahomet).

2 octobre 2021 : Le Monde relate des propos du président français Emmanuel Macron lors d’une rencontre deux jours plus tôt avec des petits-enfants de familles liées à la guerre d’Algérie : il parle d’une haine de la France de la part « du système politico-militaire qui s’est construit sur cette rente mémorielle ». Il dit également que le « système algérien est fatigué, le [mouvement de contestation lancée en 2019 et nommé] Hirak l’a fragilisé ».

Enfin, il dénonce la Turquie : « La construction de l’Algérie comme Nation est un phénomène à regarder. Est-ce qu’il y avait une nation algérienne avant la colonisation française ? Ça, c’est la question. Il y avait de précédentes colonisations. Moi, je suis fasciné de voir la capacité qu’a la Turquie à faire totalement oublier le rôle qu’elle a joué en Algérie et la domination qu’elle a exercée. Et d’expliquer qu’on est les seuls colonisateurs, c’est génial. Les Algériens y croient ». 

Le jour même, l’Algérie rappelle son ambassadeur à Paris et ferme son espace aérien aux avions militaires français.

3 octobre 2021 : l’ambassadeur français à Alger est convoqué et se voit notifier une protestation du gouvernement algérien. 80 militaires de l’armée algérienne participent à des manœuvres avec la Russie en Ossétie du Nord. La Russie est le premier fournisseur de l’armée algérienne et sa part a augmenté de 64% entre 2016 et 2020.

4 octobre 2021 : Omer Celik, porte-parole du Parti de la Justice et du Développement du président turc Recep Tayyip Erdoğan, dénonce Emmanuel Macron : « si vous deviez faire une déclaration sur un pays en particulier, pourquoi mariez-vous le nom de la Turquie, de notre président et de l’Empire ottoman dans cette affaire ? »

6 octobre 2021 : en visite à Bamako une seconde fois depuis le 28 août pour rencontrer le colonel putschiste pro-russe Asimi Goïta, le ministre algérien des affaires étrangères Ramtane Lamamra déclare que « le président de la République Abdelmajid Tebboune m’a dépêché auprès du Président de la transition et auprès du Premier ministre pour témoigner la solidarité agissante de l’Algérie au peuple, au gouvernement malien, en cette période de l’histoire contemporaine de votre nation avec laquelle nous avons un destin commun ».

7 octobre 2021 : le ministre algérien des affaires étrangères Ramtane Lamamra explique à l’agence de presse turque Anadolu, en marge du sommet Italie-Afrique, qu’il était nécessaire de dénoncer « très fortement » et « très fermement » la position française, et que « quelle que soit la crise que traversent les relations algéro-françaises, elle n’aura pas d’impact sur les relations de l’Algérie avec des pays frères comme la Turquie ». Il a souligné que la Turquie était un « acteur international très important ».

L’important concept de guerre hybride comme masque de la systématisation du militarisme impérialiste

Le concept de guerre hybride est désormais tout à fait établi ; on parle là d’un concept couramment employé par les armées et présenté comme la guerre du futur. Voici l’histoire du concept présenté dans le document « Le piège de la guerre hybride », publié en 2015 par le Laboratoire de Recherche sur la Défense de l’Institut français des relations internationales, un très important club de pensée para-étatique français.

« Le terme de « guerre hybride » (hybrid war) apparaît au mois de novembre 2005 dans un article de deux officiers américains du corps des Marines, le général James Mattis et le colonel Frank Hoffman. Leur objectif est notamment de peser sur le débat autour de la Quadrennial Defense Review (QDR) de 2006 en cours de rédaction.

L’armée américaine est alors empêtrée en Irak et en train de faire demi-tour sur le programme de « Transformation », poussé par Donald Rumsfeld lors de la QDR de 2001.

Là où la Transformation faisait la part belle aux nouvelles technologies et à la réduction des effectifs terrestres, les contraintes de l’occupation irakienne donnent une nouvelle voix aux partisans des « boots on the ground » : c’est l’époque du grand retour de la contre-insurrection qui insiste sur les compétences humaines plus que techniques et invite à repenser le centre de gravité des nouveaux conflits.

Hoffman et Mattis abondent dans ce sens et insistent sur la nouvelle complexité de la guerre moderne qu’ils qualifient pour la première fois d’hybride.

Selon eux l’Amérique serait, dans les années à venir, susceptible d’être confrontée « simultanément à l’effondrement d’un État failli ayant perdu le contrôle de certaines armes biologiques ou balistiques, tout en devant faire face à une violence fondée sur des clivages ethniques, ainsi qu’à des groupes terroristes radicaux ».

Cette nouvelle complexité, dont le tableau rappelle à s’y méprendre l’Irak des années 2003-2004, comporterait un potentiel de déstabilisation plus élevé qu’au cours des décennies précédentes. Le concept demeure cependant théorique et il faut attendre août 2006 avec la campagne israélienne contre le Hezbollah pour le voir prendre corps.

La communauté stratégique est alors surprise par les capacités sophistiquées du Parti de Dieu libanais qui prend en défaut les forces israéliennes, écartelées entre une armée de l’air trop confiante en l’efficacité de ses frappes stratégiques à distance et une armée de terre calibrée sur un conflit de basse intensité dans les territoires palestiniens.

L’idée qui émerge alors est que le « milieu » du spectre a été négligé au profit de ses deux extrémités et qu’il existe désormais des acteurs irréguliers dont les capacités et les compétences n’ont rien à envier à celles de certains Etats (défense sol-air, missiles antichar, drones, etc.) tout en continuant de bénéficier des avantages traditionnels de l’irrégularité (fugacité tactique, asymétrie morale, soutien populaire). »

Au début des années 2000, ce qu’on appelle guerre hybride, c’est en fait d’avoir à faire face à un ennemi qui, même s’il n’est pas une structure étatique, dispose de moyens techniques dont il n’aurait pas pu disposer une vingtaine d’années auparavant.

Pour prendre un exemple concret jamais mentionné, mais de fait tout à fait exemplaire, les Tigres Tamouls au Sri Lanka avaient réussi à mettre en place des mines anti-blindés depuis copiés partout dans le monde, ainsi qu’à réaliser toute une flotte artisanale très variée de semi-sous-marins, de torpilles humaines, de petits patrouilleurs, d’embarcations suicides, de mines marines, etc.

Le concept de guerre hybride a toutefois été totalement modifié depuis, pour ne pas dire révolutionné, et c’est la Russie qui aurait été la première à en formuler une forme concrète, avec l’annexion de la Crimée par des soldats sans uniformes nationaux et la mise en place de pseudo-États dans l’Est de l’Ukraine.

Il a été considéré que l’intervention en Crimée des « petits hommes verts », soldats aux moyens techniques ultra-modernes mais sans appartenance officielle à la Russie, présentait une sorte de nouveau coup dans la gamme des actions possibles, tout comme, de manière relative, la mise en place de structures « étatiques » fantoches pour masquer l’occupation de l’Est de l’Ukraine.

On considère que le théoricien de cette approche nouvelle est Valéri Guérassimov, qui est depuis 2012 chef de l’État-Major général des forces armées de la Fédération de Russie et vice-ministre russe de la Défense. On parle de la doctrine Guérassimov.

Cependant, en réalité, la doctrine Guérassimov exposée lors d’une conférence par ce militaire consistait en une présentation des menaces pesant sur la Russie, considéré comme une pression à la fois technologique, diplomatique, militaire, économique, culturelle, psychologique, etc.

On retrouve à l’arrière-plan la menace que représentent les opérations « oranges » des États-Unis. En effet, si on parle de « révolution orange » pour l’Ukraine en 2004-2005, il faut savoir que cette couleur est typique des pseudos-oppositions mises en avant par la superpuissance américaine dans les pays de l’Est européen durant les années 1980.

Guérassimov pensait également au « printemps arabe », une pure fiction mise en place par les Frères musulmans notamment avec la chaîne du Qatar Al-Jazeerah.

On l’aura compris, la Russie parle de la menace de guerre hybride et les États-Unis également, et l’expression s’est généralisée, au point que la définition de celle-ci apparaît comme toujours très fluide.

La revue de l’OTAN, dans un article de mai 2015 intitulé « La guerre hybride existe-t-elle vraiment ? », présente la « guerre hybride » et dit que sa nature conceptuelle est trop floue, qu’il vaut mieux, par conséquent, s’en passer.

« La récente intervention de la Russie en Ukraine a suscité de nombreux débats sur le recours à la guerre hybride et son efficacité. Il s’agit d’un type de guerre généralement présenté comme alliant guerre conventionnelle et non conventionnelle, guerre régulière et irrégulière, guerre de l’information et cyberguerre (…).

L’idée générale est que les adversaires d’aujourd’hui ont recours à des moyens conventionnels et non conventionnels, réguliers et irréguliers, visibles et dissimulés.

Ils exploitent toutes les dimensions de la guerre pour s’attaquer à la supériorité dont jouit l’Occident en matière de guerre conventionnelle. Les menaces hybrides exploitent pleinement tous les aspects de la guerre moderne : elles ne se limitent pas aux moyens conventionnels (…).

Lors d’une récente rencontre parrainée par l’OTAN et organisée par l’Atlantic Council, les participants ont appris qu’il n’existait « aucune définition unanimement reconnue des termes liés à la guerre hybride ».

Autrement dit, les vingt-huit membres de l’Alliance atlantique ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une définition claire des menaces auxquelles ils sont confrontés.

Comment les dirigeants de l’OTAN pourraient-ils élaborer une stratégie militaire efficace s’ils ne peuvent définir ce qu’ils considèrent comme la principale menace du moment ?

Je recommande donc que l’OTAN et les autres décideurs occidentaux oublient toutes les références à l’« hybridité » et qu’ils se concentrent sur la spécificité et l’interconnexion des menaces qui se présentent à eux. »

C’est que les militaires impérialistes sont coincés, du fait de leur incapacité à porter un regard historique. Car il n’y a en réalité rien de nouveau avec la « guerre hybride » et on parle là simplement du militarisme impérialiste de l’époque de la guerre atomique.

Les années 1960-1970-1980 ont ainsi déjà connu une telle guerre « hybride », celle-ci s’arrêtent en cours de route en raison de l’effondrement de la superpuissance social-impérialiste soviétique, qui était alors la force la plus agressive dans le monde et qui a été cassé dans son élan.

Cependant, comme les années 1990-2000-2010 ont été marquées par une paix impérialiste, avec une grande expansion du capitalisme, il n’y a plus eu un tel militarisme impérialiste.

Il reprend désormais avec la seconde crise générale du capitalisme et cela apparaît comme « nouveau », alors que c’est la simple reprise de ce qui existait au moment de l’affrontement entre les superpuissances américaine et soviétique.

Il suffit par exemple de penser à l’Afghanistan. Les Soviétiques envahissent le pays à l’appel d’une faction pro-soviétique soutenue à bout de bras pour justifier l’invasion, alors que par la suite les Américains arment les rebelles musulmans par l’intermédiaire de l’Arabie Saoudite, en fournissant des armes soviétiques pour ne pas officialiser trop bruyamment leur action.

On peut penser aussi aux ordinateurs soviétiques des années 1980, consistant en un pillage des conceptions américaines, ou à la contre-guérilla américaine consistant en des actions armées ciblées contre par exemple les cadres du Black Panther Party et de l’American Indian Movement. On notera que les actions menées ici, sous l’égide du COINTELPRO, utilisaient également la diffamation, l’agression, le sabotage, etc.

On notera également que cela pouvait se dérouler en dehors des États-Unis, avec ainsi un soutien aux groupes fascistes italiens posant des bombes dans des lieux publics pour mettre en place une stratégie de la tension.

Pareillement, les « barbouzes » français ont liquidé des indépendantistes algériens puis des partisans de l’OAS, les services secrets espagnols ont tué des cadres basques dans le sud France, l’Allemagne de l’Ouest a aidé le FLN algérien et des néo-nazis poseurs de bombes dans le Tirol du Sud italien, etc.

Tout cela est de la guerre « hybride ». Mais alors qu’est-ce que la guerre hybride ? En quoi doit-on la définir comme le masque du militarisme impérialiste de l’époque de la guerre atomique ?

C’est relativement simple à comprendre. La concurrence entre États se doit de respecter un cadre diplomatique pour ne pas basculer dans un conflit ouvert non désiré. Cependant, lorsqu’il y a la crise générale du capitalisme, beaucoup de barrières tombent et la prise de risques est plus grande.

Ce qu’on ne voulait pas espionner ou saboter auparavant, car cela risquait de provoquer un éventuel trouble, désormais on le fait.

La présence de l’arme atomique modifie cependant cette prise de risques, au sens où le risque d’une éventuelle escalade pose tout de même un problème majeur. Le souci n’est pas l’arme atomique, en fait, mais qu’il n’y ait que l’arme atomique. C’était le problème des années 1960 pour les superpuissances américaine et social-impérialiste soviétique : entre les frictions et l’utilisation des bombes atomiques, la gamme de ce qui existait était très faible.

C’est sur ce terrain que s’est développée la « guerre hybride » en multipliant dans tous les domaines les champs d’intervention, et cela d’autant plus que l’expansion capitaliste ouvrait de nouvelles possibilités culturelles ou technologiques.

L’idée est de conquérir des espaces dans le camp de l’ennemi lui-même, afin de l’affaiblir, voire de provoquer des troubles, mais de telle manière que cela apparaisse comme interne. Cette dimension « interne » est censée avoir plus d’impact, et qui plus est protège en apparence puisqu’il n’y a pas d’intervention extérieure visible de manière claire.

Et cela peut atteindre la dimension d’un territoire. On parle aujourd’hui des pseudos-républiques populaires de Louhansk et Donetsk mis en place par la Russie à l’Est de l’Ukraine. Mais la superpuissance américaine l’a déjà fait dans le passé, Ulrike Meinhof constatant en 1976 que des morceaux de pays ont été conçus par les États-Unis comme des bases opérationnelles : l’Allemagne de l’Ouest, la Corée du Sud, le Vietnam du Sud.

Toutefois, c’est là quelque chose de plutôt rare. Plus couramment, il y a des couches vendues à une superpuissance, comme les partis pro-Russie actuellement en Ukraine ou le Parti « Communiste » Français des années 1960-1970-1980, totalement un satellite soviétique, entièrement au service du social-impérialisme soviétique.

On remarquera d’ailleurs ici une chose : la Fraction Armée Rouge fut littéralement obsédée par cette question de la mise en place d’interventions impérialistes pour instaurer un terrain favorable ; elle visait l’« agglomération », le « formatage » réalisé par l’impérialisme pour s’établir une base toujours plus solide.

C’est d’ailleurs le cas pour les Brigades Rouges italiennes, Action Directe en France à partir de 1984, le DHKP/C en Turquie. Pour le DHKP/C, toutes les grandes décisions étatiques avaient comme source le MGK (le Conseil national de sécurité, mis en place par l’armée). La résolution de la direction stratégique d’avril 1975 des Brigades Rouges dit ainsi que :

« Il apparaît clairement que ‘‘crise de l’impérialisme’’ dans l’immédiat, ne signifie pas ‘’effondrement’’ mais contre-révolution impérialiste globale, c’est-à-dire :

a) restructuration des modèles économiques de base ;

b) restructuration rigidement planifiée des fonctions économiques à l’intérieur d’une division internationale du travail et des marchés ;

c) réajustement des structures institutionnelles, militaires et étatiques des régimes moins stables et plus menacés dans le cadre de l’ordre impérialiste. »

Ainsi, on peut voir une tendance assez prononcée à raisonner en termes de « plans impérialistes ». Car là est le risque : si l’on parle de guerre hybride, alors on parle de choix de la mener, et on a vite fait de basculer dans la conception erronée d’un capitalisme qui est conscient de lui-même, qui pense, qui prévoit et établit des « plans ».

Or, il ne peut pas y avoir de « plan », et donc pas de « guerre hybride » qui soit « consciente ; il n’y a pas lieu de tomber dans une lecture « géopolitique » (on trouvera d’ailleurs dans Crise n°12 un intéressant débat italien sur cette question de la « photographie » des rapports inter-impérialistes).

La guerre hybride est toujours une poussée, dans le sens d’une opportunité qu’un pays impérialiste (ou expansionniste) se voit obliger de saisir parce qu’il est irrémédiablement forcé par la crise générale du capitalisme et la sienne en particulier.

La Russie ne choisit pas de saboter l’existence de l’Ukraine, elle y est forcée de par sa propre situation.

Et cela, comme les gens le voient sans en avoir une conscience juste, est détournée par les nationalistes ukrainiens (ou polonais) comme quoi la Russie serait une entité maléfique « en soi ».
Les impérialistes français tentent de présenter la Chine et la Turquie sous le même jour, assimilant les poussées de leur régime à la nature même d’un pays.

Ce qu’on appelle guerre hybride, c’est en fait la généralité de la compétition pour le repartage du monde et donc la systématisation du militarisme, qui prend le masque du militarisme du concurrent.
La guerre hybride, c’est toujours celle de l’autre – personne ne prétend la faire, chaque force argumentant qu’elle ne fait que répondre à celle entreprise par l’adversaire.

C’est cela, la véritable nature de la « guerre hybride », cette systématisation des interventions plus ou moins feutrées dans le camp du concurrent pour l’affaiblir de manière interne, afin d’être plus fort à terme pour la confrontation – conflagration.

La nature du groupe Barbé-Celor et son impact sur le PCF bolchevisé

Le problème de fond du Parti Communiste, c’est sa prise de contrôle par un groupe secret s’imaginant œuvrer pour son bien. On trouve à sa tête :

– Henri Barbé, grande figure des Jeunesses Communistes de la région parisienne, activiste ayant dans la seconde partie des années 1930 récolté 18 années de prison et 100 000 francs d’amende et y échappant en devenant parlementaire puis en fuyant en URSS où il travaille au sein de l’Internationale Communiste ;

– Pierre Celor, cadre communiste très engagé contre le colonialisme puis un haut responsable des Jeunesses Communistes, devenant ensuite un des principaux dirigeants devant agir dans l’illégalité en raison de la répression.

Henri Barbé et Pierre Celor étaient de purs produits du mouvement communiste français naissant ; nés tous les deux en 1902, ils représentent une nouvelle génération façonnée par l’ultra-activisme.

Ils sont les dirigeants de fait du Parti Communiste aux côtés de Benoît Frachon (né en 1893) et de Maurice Thorez (né en 1900), ces deux derniers étant absents de la mi-1929 à la mi-1930 en raison de leur emprisonnement.

Henri Barbé et Pierre Celor pensent avoir la ligne juste et prennent toutes les décisions par en haut, établissant un appareil parallèle pour contourner les liaisons habituelles. Cela asphyxiait littéralement la vie intérieure du Parti Communiste qui devient à la fois insupportable et morte.

L’Internationale Communiste s’aperçut en 1930 qu’il y avait un véritable problème et chercha des explications ; il y eut alors une autocritique de la direction, Maurice Thorez apparaissant comme le plus en pointe à ce niveau.

Il formula cela de manière très juste dans une réunion au Comité Central de juillet 1930 :

« On doit lutter contre toutes les méthodes mécaniques et sans affaiblir la lutte contre les déviations opportunistes, réaliser une plus grande démocratie intérieure.

Dans le Parti, chaque ouvrier doit se sentir la possibilité d’émettre son opinion sans qu’immédiatement il soit traité d’opportuniste ou de social-démocrate.

Nous, Comité Central, nous devons dire cela au Parti. »

En juillet 1931, l’Internationale Communiste revint à la charge en ayant cette fois compris l’existence du groupe Barbé-Celor, qui est alors liquidé par le Parti Communiste.

Pierre Celor fut ensuite exclu en 1932, Henri Barbé en 1934 (tous deux deviendront par la suite des catholiques intégristes, fanatiques anticommunistes, Henri Barbé devenant même un activiste de la Collaboration).

Entre-temps, c’est Maurice Thorez qui redressa la barre, se faisant connaître comme le dirigeant du Parti au moyen d’une vaste campagne de rectification menée à travers différents articles dans l’Humanité publiés entre août et septembre 1931 par Maurice Thorez : « Pas de mannequins » le 14 août, « Que les bouches s’ouvrent » le 21 août, « Enfin on va discuter » le 1er septembre, « Jetons la pagaïe » le 23 septembre, alors que s’ouvre une nouvelle rubrique dans l’Humanité : « Sous les feux de la critique ».

Voici comment, le 28 octobre 1931, il caractérisa dans l’Humanité le problème que posait le groupe Barbé-Celor avec l’article « Pour un bon travail de masse – Caractéristiques politiques d’un groupe ‘‘sans principes’’ » :

« De tous les maux dont a souffert le Parti, dans ces dernières années, le moindre ne fut pas le développement dangereux d’un certain « esprit de groupe », – reflet des tendances sectaires ou réaction erronée devant les difficultés, – qui conduisit à un rétrécissement anormal des directions à tous les échelons.

Le Comité Central, dans sa session de mai, signala le danger au Parti. Il exigea formellement la liquidation de l’esprit de groupe et des tendances aux groupes plus ou moins formellement constitués.

En juillet, le Comité Central a constaté, malgré sa résolution de mai, non plus seulement le développement de l’esprit de groupe, mais bien l’existence d’un groupe fermé dont les membres, soumis à la discipline de groupe, se réunissaient en dehors des organismes réguliers du Parti, pour se concerter et déterminer leur attitude commune dans tous les problèmes de la politique du Parti.

Le Comité Central, avec juste raison, considère le groupe comme une des causes essentielles de la régression temporaire de notre mouvement.

L’activité de groupe, en tout temps néfaste au Parti, a été dans la dernière période une lutte sans principes contre les directives pressantes de l’Internationale et contre les justes résolutions du Comité Central sur le tournant.

On doit dire « groupe sans principes » parce que les membres du groupe n’ont jamais formulé ouvertement des opinions nettement opposées aux résolutions du Parti et de l’Internationale Communiste.

Au contraire, ils ont prononcé de nombreux discours les approuvant. Ils ont ainsi trompé le Parti et l’Internationale Communiste en taisant leurs divergences.

Car le groupe, sans plate-forme définie, n’en exprime pas moins un système de conceptions erronées, – que d’autres camarades du Parti partagent ou ont partagées, ce qui les fit agir sous l’impulsion du groupe, – et qu’il convient d’analyser et de réfuter.

L’idéologie de groupe, en général, c’est la méfiance érigée en principe envers les forces de la classe ouvrière et du Parti, c’est l’étroitesse politique qui produit le sectarisme.

Les membres du groupe condamné par le Comité Central nourrissaient en outre leur sectarisme de considérations sur le rôle de la jeunesse.

Ayant tous appartenu à la jeunesse communiste ils « se considéraient comme ayant le monopole de la ligne politique juste. C’était le reflet du manque de confiance dans TOUT le Parti ».

Leur « méfiance sans base politique » s’étendait uniformément à tous les membres du Parti et des directions, avant tout aux militants des syndicats.

Il est clair que se manifeste ici une grave déviation. C’est plus que « l’avant-gardisme », cette erreur de caractère gauchiste qui se croient plus révolutionnaires que leurs frères aînés, membres du Parti.

La déviation du groupe s’apparente plutôt à la conception autrefois développée par Trotsky, pour qui « la jeunesse était le baromètre du Parti ».

Le Comité Central, tout le Parti bolchévik, et aussi la jeunesse communiste de l’Union Soviétique, condamnèrent vigoureusement cette opinion de Trotsky. De même fut condamnée l’erreur analogue de Chatzskine et autres en 1928-1929 (…).

Le groupe se considérait comme prédestinée », et, dès lors, tout son objectif consistait à préparer ou assurer l’exercice de cette prérogative d’un nouveau genre. Une telle suffisance est de nature petite-bourgeoise et n’a rien de communiste.

Cette première déviation des membres du groupe fait comprendre leur activité hostile à l’égard de tous les camarades de la direction qui n’étaient pas du groupe. Elle explique la pratique de désagrégation. »

Le Parti Communiste s’est ainsi bien élancé grâce à la bolchevisation réalisée en 1927-1928, sous l’impulsion de l’Internationale Communiste. Mais le processus a été mal calibré et a produit une ligne opportuniste le gauche, le groupe Barbé-Celor menant le Parti dans le mur en étouffant la vie intérieure, en détruisant les dynamiques idéologiques et en prolongeant un style à la fois syndicaliste révolutionnaire et sectaire.

En 1931, c’est la rectification et c’est Maurice Thorez qui la mène, alors que de nouveaux défis vont s’imposer très rapidement avec la montée du fascisme en France et qui vont révéler que c’est une ligne opportuniste de droite qui succède à celle de gauche.

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Le PCF bolchevisé et son nombre statique

La ligne des « barricades » reflète d’autant plus un volontarisme suiviste que, entre-temps et parallèlement, le Parti Communiste n’arrive pas à mobiliser à partir de lui-même, ni pour le premier mai, ni pour célébrer la Commune de Paris au mur des fédérés, ni pour l’initiative anti-guerre du premier août, alors que ce sont les dates clefs pour lesquelles une grande énergie est investie.

Le premier mai 1930, l’Humanité est ainsi saisie, même si 80 000 exemplaires sont tout de même diffusés, les rassemblements ne dépassent pas l’influence immédiate du Parti, tout comme le 25 mai 1930 pour la Commune au mur des fédérés, avec plusieurs dizaines de milliers subissant une attaque de la police.

Craignant encore un manque de succès, le Comité Central du Parti Communiste produisit alors juste avant le premier août 1930 un document réalisé avec l’Internationale Communiste lançant un grand avertissement.

Hors de question de continuer à accepter une démarche rentre-dedans dans le style français, cette fois il faut œuvrer de manière multiple et constructive. Il est ainsi dit :

« L’Internationale et le Parti communiste ont attiré justement l’attention des masses travailleuses sur l’aggravation du danger de guerre : guerre entre les États impérialistes en proie aux difficultés économiques, guerre surtout du monde capitaliste contre l’État soviétique où se réalise le socialisme.

L’Internationale Communiste et le Parti considèrent comme une tâche constante et primordiale, plus que jamais actuelle, la lutte effective contre le danger de guerre, notamment par l’organisation de puissantes démonstrations prolétariennes à l’usine et dans la rue, et par la préparation méthodique de la grève politique de masse, en liaison avec la défense des revendications partielles des travailleurs.

Le Comité Central sur proposition du bureau politique estime qu’il ne convient pas de maintenir, pour le 1er Août 1930, le mot d’ordre de « grève politique de masse ». La « GRÈVE POLITIQUE DE MASSE » n’est pas un jeu auquel on se livre PÉRIODIQUEMENT et pour une journée (…).

La réalisation de la « GRÈVE POLITIQUE DE MASSE » exige un effort considérable du Parti pour le RASSEMBLEMENT ET L’ORGANISATION PRÉALABLES des prolétaires en parant des revendications les plus minimes de la classe ouvrière (augmentation de salaires, assurances sociales réelles aux frais des exploiteurs et de l’État et gérées seulement par les ouvriers, journée de sept heures, etc.), pour aboutir à la lutte pour les objectifs politiques et fondamentaux du prolétariat.

Or, la journée du 1er Août 1929, première grande manifestation révolutionnaire internationale contre la guerre impérialiste et les journées des 6 mars et 1er mai 1930 ont souligné la faiblesse extrême d’organisation des masses et de leur guide, le Parti communiste.

Le 1er Août 1929 a mobilisé les masses dans une journée de grève politique. Le 1er Août 1930 doit connaître d’autres formes de lutte : démonstrations de rues, manifestations à l’intérieur et à la sortie des usines.

Le 1er Août 1930 doit se dérouler sous le signe de l’ORGANISATION DES MASSES, du renforcement du Parti communiste et des organisations révolutionnaires du prolétariat (…), pour la réalisation d’un véritable Front unique groupant les ouvriers communistes et socialistes, [et les syndiqués] unitaires, confédérés et inorganisés, dans les comités de lutte, élus démocratiquement par la masse et n’agissant que sous le contrôle permanent de la masse (…).

Le Comité Central, en indiquant pour le 1er Août d’autres formes de lutte que la grève dans tout le pays, condamne à l’avance les interprétations erronées et dangereuses des adversaires opportunistes et « gauchistes » de la ligne juste du Parti.

Il souligne contre les opportunistes que le retrait, pour le 1er Août, du mot d’ordre de GRÈVE POLITIQUE, ne signifie en aucune façon une atténuation de la lutte contre la guerre impérialiste, dont le danger croît, ainsi qu’en témoignent les événements quotidiens, non plus qu’un abandon de la « grève politique de masses ».

Il souligne contre les « gauchistes » que ce retrait ne signifie pas un recul vers des « formes périmées » de lutte, mais le souci de procéder à un rassemblement et à l’organisation de plus larges masses. »

Ce fut cependant encore un échec, relatif puisqu’il y avait plusieurs dizaines de milliers de personnes, mais c’est toujours l’environnement direct du Parti, alors qu’il y eut encore des arrestations préventives, comme celles du rédacteur en chef de l’Humanité Florimond Bonte et de son gérant Marcel Mérel-Vevoz, du secrétaire de la Fédération unitaire de l’Alimentation Maurice Simonin, du secrétaire de la Fédération des marins de la CGT Unitaire Auguste Dumay.

Il en alla de même pour le premier mai 1931, où même plus de mille personnes furent arrêtés à la suite d’un meeting au Cirque d’hiver, ou bien encore avec les 40 000 manifestants fin mai 1931 pour le rassemblement traditionnel pour célébrer la Commune de Paris.

Au lendemain du premier août 1931, c’est toujours le même terrible constat très dur qui s’impose : la mobilisation n’a pas dépassé le cadre habituel du Parti.

Et lorsque les Jeunesses Communistes essaient de manifester pour la Journée internationale de la jeunesse le 6 septembre 1931, la répression est immédiate et débouche sur une centaine d’arrestations.

Il y a même, au sens strict, régression ; il y a ainsi 3 300 cellules du Parti en 1927, mais seulement 1 350 en 1931, alors que le nombre de cellules d’entreprises passe lui-même de 900 à 300.

Le Parti Communiste est passé de pratiquement 54 000 membres en 1927 à 38 500 en 1929, puis un peu plus de 30 000 en 1931. L’Humanité a perdu des dizaines de milliers de lecteurs, tombant à 140 000, dont 27 000 à Paris.

C’est que le Parti Communiste a un grand problème et il est interne.

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Le PCF bolchevisé, Parti des barricades

Cet espoir du Parti Communiste de passer en force après le 1er août 1929 était particulièrement volontariste. Le Parti, en 1929, n’a que 358 cellules d’entreprises, qui regroupent seulement 5660 membres dans des usines regroupant un peu moins de 300 000 personnes.

De plus, la répression ne s’arrête pas. En septembre 1929, toutes les salles municipales sont interdites à la CGT Unitaire sur ordre du gouvernement, début octobre c’est le congrès de la Jeunesse Communiste qui ne peut pas obtenir de salle, fin octobre c’est l’Humanité qui se voit ajouter une inculpation : celle de complot contre la sûreté extérieure de l’État.

Ainsi, Marcel Cachin, Henri Barbusse et Paul Vaillant-Couturier sont, en tant que directeurs et rédacteurs de l’Humanité, accusés d’espionnage ; Jacques Doriot, André Marty et Jacques Duclos, en tant que membres du Comité Central du Parti Communiste, sont accusés de complot.

Cependant, la position du Parti Communiste reflète également une nouvelle situation, celle d’une poussée révolutionnaire des masses, alors que la France n’échappe plus à la première crise générale du capitalisme à la suite de la crise américaine d’octobre 1929.

Le nombre de grèves en 1930 augmente de plus de 50 % par rapport à 1929 et le niveau de violence s’élève particulièrement.

Un événement marquant est, en juillet 1930, une manifestation au Petit-Quevilly contre la loi sur les assurances sociales se faisant aux dépens des ouvriers. Lorsque les forces de l’ordre bloquent le cortège se dirigeant vers le centre de Rouen, du matériel d’un chantier voisin est récupéré et il s’ensuit un violent affrontement.

Mais le véritable symbole va se produire une année plus tard.

La grève du textile à Roubaix contre la baisse des salaires est portée par 114 000 des 127 000 travailleurs en mai 1931 ; en juin 199 usines sont fermées, 12 le sont partiellement, seulement 9 sont en activité, alors que de véritables barricades sont construites dans le quartier des Longues Haies, prélude à de violentes bagarres de rue avec la police.

Ces barricades sont, pour le Parti Communiste, le symbole même de sa ligne appelant à des actions exemplaires de masse appelées à devenir toujours plus puissantes et à se développer comme insurrection urbaine.

C’est que, très bien structurées, ces barricades disposaient même de fils de fer tendus sur leur devant pour empêcher le passage de la police à cheval, alors que le repli était parfaitement assuré et prévu.

Le Parti Communiste publie dans ce cadre une brochure élogieuse sur cet épisode des barricades, avec une préface de Maurice Thorez, lui-même expliquant, en juin 1931, dans son article « La leçon des barricades » en Une de l’Humanité, que :

« Les barricades de la rue des Longues-Haies ont suscité un vif élan d’enthousiasme dans la classe ouvrière.

Le vieux sang révolutionnaire bouillonne de nouveau dans les veines des prolétaires du pays. Dimanche, dans les rues de Lille et sous le dôme historique, témoin des controverses passionnées [dites sur « les deux méthodes »] entre ces deux grands artisans de notre mouvement ouvrier que furent Guesde et Jaurès [en novembre 1900 à l’hippodrome de Lille], la foule immense des travailleurs exprimait, bien, par ses. cris et ses chants, le sentiment populaire d’admiration pour les glorieux combattants de Roubaix.

Ce n’est pas chez les prolétaires que l’on trouverait ces canailles – flétries jadis par Guesde [qui a rejoint l’Union sacrée en 1914 et est resté SFIO en 1920] – qui insultent les « émeutiers ».

Les petits bourgeois du [quotidien de la SFIO] Populaire, plus lâches encore que leurs maîtres capitalistes, peuvent tenter de discréditer les ouvriers de leur propre parti qui se sont battus, coude à coude avec les nôtres, contre l’odieuse garde mobile, instrument de la dictature bourgeoise !

La classe ouvrière ne se laisse pas abuser. Elle est, sans réserves, solidaire des courageux lutteurs des barricades.

Notre tâche de communistes est dégager rapidement la signification et les enseignements des barricades de Roubaix afin que les travailleurs n’entretiennent pas seulement la leçon d’héroïsme, mais qu’ils en comprennent la ̃portée historique et qu’ils puisent, dans cet épisode de la lutte des classes, la certitude des combats révolutionnaires à venir et de la victoire prolétarienne qui les couronnera si nous savons les préparer.

Les barricades de Roubaix ont fait plus pour détruire les illusions dans la démocratie mensongère de la bourgeoisie et dans la mystique réformiste de la « paix sociale », que des dizaines d’articles ou de discours communistes.

Que le premier grand combat de rue se soit déroulé Roubaix, où prédomine encore l’influence social-démocrate, c’est l’indication la plus sûre d’un profond mouvement de radicalisation des masses ouvrières, dont les luttes, atteignent déjà aux formes les plus élevées !

Les barricades de Roubaix, alors que les prolétaires d’Allemagne en dressaient dans leurs grandes villes, montrent aussi l’approfondissement et la généralisation de la crise qui ébranle le monde capitaliste.

Elles confirment la poussée révolutionnaire mondiale. Elles ont une valeur internationale.

Les barricadés ont été pour les ouvriers de Roubaix le seul moyen de garder la rue qu’on voulait leur enlever. Elles ont été le moyen de conserver le pain qu’on veut leur ôter de la bouche.

La démonstration est ainsi faite aux prolétaires attentifs que, dans l’étape actuelle de la lutte des classes, la simple défense du salaire prend rapidement les aspects d’une grande bataille politique.

La grève du Nord met en jeu, avec les intérêts opposés des ouvriers et des patrons, tout le plan de misère, de répression et de guerre de la bourgeoisie impérialiste, dont le patronat du Nord est une fraction importante.

La grève du Nord voit s’exercer, contre les prolétaires sortis des usines, la politique du capital représenté par ses ministres, ses procureurs, ses juges, ses gardes mobiles et servi par ses laquais les chefs social-fascistes. Les manœuvres hypocrites d’arbitrage se combinent avec la répression et la terreur policière.

Et cependant, voilà que le prolétariat fait reculer la garde mobile, troupes de choc chère à MM. les socialistes qui en ont prévu la création et l’emploi dans les grèves (projet Renaudel sur la réorganisation militaire).

Déjà les mineurs, à Henin-Liétard, Sin-le-Noble, Lens et dans vingt autres cités, avaient magnifiquement répondu aux charges des « cosaques ».

Déjà, pour la première fois depuis longtemps, les ouvriers parisiens, malgré les 35 000 flics de Laval, avaient manifesté dans Paris le 1er mai dernier.

Maintenant, les ouvriers de Roubaix apportent à leur tour la preuve que l’on peut résister victorieusement à l’attaque et à la provocation policières.

La bourgeoisie aux abois avait espéré que la puissance de son formidable appareil militaire et policier suffirait à briser la moindre grève pour le pain et à entraver les progrès du mouvement révolutionnaire.

Elle comptait aussi sur le poison réformiste et démocratique distillé savamment depuis des décades dans les masses prolétariennes.

L’exemple de Roubaix montre que MM. les bourgeois et les chefs social-fascistes déchanteront.

A quelques semaines du 1er août, qui verra de puissantes démonstrations prolétariennes contre la guerre impérialiste et pour la paix, et alors qu’il faut rassembler les forces pour l’aide rapide aux grévistes du Nord, tous les travailleurs feront bien de méditer sur les enseignements des barricades de Roubaix.

Ils se convaincront de la possibilité de manifester, envers et contre tout, pour les revendications ouvrières. Et ils feront un grand pas dans la voie qui mène, à travers les combats, au renversement de la Dictature bourgeoise et à l’instauration delà dictature du prolétariat. »

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Le PCF bolchevisé et le 1er août

La très violente répression contre le Parti Communiste à la mi-juillet, dans la foulée du sixième congrès tenu en mars, n’a pas empêché le début d’une nouvelle séquence, celle du premier août. C’est en effet une journée internationale contre la guerre considérée comme de haute importance pour l’Internationale Communiste.

En ce sens, en amont du 1er août 1929, le Parti Communiste avait depuis de très nombreuses semaines appelé à une mobilisation anti-guerre pour cette date, y associant toujours plus un appel à la bataille contre la répression.

Ce fut cependant un échec quasi complet. La police saisit l’Humanité et occupa l’imprimerie, tout en arrêtant des centaines de personnes. Il y avait bien l’idée de sortir en catastrophe un nouveau journal, L’Internationale, mais celui-ci fut immédiatement interdit également.

Il y eut bien des manifestations un peu partout dans le pays, mais la répression policière fut omniprésente, avec Paris en état de siège.

En toute bonne logique, il aurait fallu avoir conscience de la faiblesse historique du moment, mais une telle considération était hors d’atteinte pour des communistes fondamentalement liés à la tradition syndicaliste révolutionnaire française.

Le Parti Communiste se précipita donc d’autant plus dans l’agitation permanente, prônant la grève politique de masse. Maurice Thorez fait même du 1er août 1929 le modèle embryonnaire de ce qui doit se développer, considérant que :

« Le 1er août, le prolétariat, à l’appel de l’Internationale communiste, se proposait de manifester contre la guerre impérialiste et pour la défense de l’U.R.S.S. La liaison établie avec les revendications immédiates ne soulignait que plus fortement le caractère profondément politique du mot d’ordre principal et de celui qui le suivait immédiatement : lutte contre la social-démocratie.

Les formes de la manifestation du 1er août ont été multiples. La plus efficace a été la grève.

Des centaines de milliers de prolétaires ont réalisé le 1er août une importante grève politique de masse. Le chômage a été presque total pour les mineurs ; le bâtiment, les métallurgistes, les ouvriers du textile ont fourni de gros bataillons de grévistes. Les ouvriers des services publics, en nombre encore restreint il est vrai, ont aussi participé à la grève politique.

Souvent loin de se croiser les bras et de rester tranquillement chez eux, les grévistes ont manifesté dans les rues et ont soutenu de violents combats contre les forces policières. Les manifestations commencèrent même dans les usines, et la lutte contre la police en uniforme fut menée à l’intérieur des entreprises.

Chez Citroën ce fut dans la journée une succession d’actions partielles qui aboutirent à la grève sur le tas et au chômage de milliers d’ouvriers, et ce malgré la terreur policière et le mouchardage « rationalisé ».

Il se produisit des cas de fraternisation entre grévistes et soldats, notamment à Troyes, Sète et Anzin.

Ce qui donne toute leur signification à la grève politique du 1er août et aux autres moyens de lutte révolutionnaires qui l’accompagnèrent, c’est leur application dans les conditions d’un régime d’exception, qui démontre un effort formidable de la bourgeoisie contre le prolétariat révolutionnaire, mais qui souligne aussi le passage à un degré plus élevé de l’action de masse contre l’impérialisme.

La grève politique du 1er août s’est réalisée contre la coalition gouvernementale, patronale et social-démocrate.

Le gouvernement bourgeois a mobilisé pour la première fois à l’échelle nationale ses nouvelles formations de guerre civile ; il a fait procéder à une occupation militaire ostensible des centres industriels.

La presse bourgeoise a donné à fond contre le communisme et la « Journée rouge ».

Mais c’est la social-démocratie qui a fourni les arguments idéologiques contre le « putsch » communiste, qui a dénoncé la « violence » communiste et qui a engagé, parallèlement au complot gouvernemental, une abominable campagne de calomnies et de ragots policiers contre le Parti communiste et ses militants.

La grève politique a permis de démasquer les opportunistes du Parti et leurs amis de la C.G.T.U.

Les dirigeants de certains syndicats unitaires, sous l’inspiration des Monatte et Cie, sont allés jusqu’au sabotage direct de la « grève communiste », tandis que dans le Parti les éléments « légalistes » et passifs se sont découverts et ont suscité contre eux l’indignation des éléments combatifs du Parti et des sympathisants qui participèrent ardemment à l’action du 1er août.

Une constatation de prix, c’est la nécessité pour le succès de la grève politique de savoir bien relier les revendications les plus minimes aux mots d’ordre principaux.

Partout où cette liaison a été opérée de façon satisfaisante la grève fut presque totale (par exemple chez les mineurs).

Ainsi il apparaît que, bien loin de conduire à la méconnaissance et à la sous-estimation des revendications partielles, la grève politique de masse exige leur parfaite élaboration et vulgarisation et une grande aptitude à les rattacher aux objectifs plus généraux du prolétariat.

Le 1er août a montré l’influence grandissante du Parti communiste, la reconnaissance dans la bataille de son rôle dirigeant, c’est-à-dire, par conséquent, la maturité politique déjà grande de larges couches de la classe ouvrière. Sous l’influence des facteurs objectifs et subjectifs, un nombre considérable de prolétaires se sont assimilé « pratiquement » la « grève politique de masse ».

Enfin l’action du 1er août a mis en relief la valeur de la grève politique de masse combinée avec d’autres formes de lutte, en premier lieu la manifestation d’usine et de rue.

On a vu comment l’usine était vraiment la base d’opérations du prolétariat révolutionnaire, le pivot de son action, comment il partait de là pour opposer un front solide aux attaques policières et réussir à tenir la rue.

Mais on a vu aussi l’importance des problèmes d’organisation. L’initiative des masses s’est manifestée avec une étonnante variété ; elle s’est surtout déployée là où l’organisation en avait créé les prémisses, elle n’a pu nulle part suppléer totalement à l’absence d’organisation.

Deux questions principales sont posées à ce sujet :

1° le rassemblement des ouvriers de l’entreprise dans une large organisation qui prépare activement la grève et en assure la réussite ; c’était le rôle dévolu aux comités du 1er août, dont bien peu furent effectivement constitués ;

2° la constitution, avec l’aide de comités de lutte, de groupes de défense ouvrière pour l’organisation du débauchage, la protection des cortèges ouvriers, et la lutte contre la police. »

Naturellement, la répression se prolongea ; à la mi-août c’est la Banque Ouvrière et Paysanne qui fut la cible d’un raid, alors que depuis des semaines il y avait l’objectif de la faire s’effondrer et de couler l’Humanité par la même occasion.

Cela provoqua des frictions entre la direction du Parti et la direction de l’Humanité, celle-ci mettant en avant le quotidien comme « historique » depuis Jean Jaurès et valorisant particulièrement la Banque Ouvrière et Paysanne, alors que la direction souhaitait bien sûr que ce soit en tant qu’organe du Parti que l’Humanité soit valorisée et présentée comme une cible de la bourgeoisie.

En ce sens, il y a un tournant avec le 1er août 1929 : le Parti Communiste entend passer en force.

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Le PCF bolchevisé et son sixième congrès

La très violente répression générale contre le Parti Communiste à la mi-1929 se produisit alors qu’il venait de tenir son sixième congrès, qui établissait le triomphe de la bolchevisation dans les faits, le précédent congrès ayant eu lieu en 1926.

Le contexte de sa tenue était évidemment explosif dans le cadre de la montée en puissance de la répression.

Le 18 mars 1929, le Parti décidait de tenir un meeting à Issy-les-Moulineaux, une ville de la banlieue parisienne qui comme la banlieue ouest en général est alors largement ouvrière, avec des usines de métallurgie, d’aviation, d’appareillage électrique, de chimie. Le maire socialiste Justin Oudin, qui était un renégat du Parti, refusa de fournir la seule salle adéquate à la mairie, puis appela même les forces de l’ordre qui vinrent à 1500, tant en civil qu’en voitures et à cheval.

Le 24 mars, la police arrêta les 120 congressistes présents à Clichy pour la conférence du Parti pour la région parisienne, huit furent jetés en prison après avoir été sévèrement tabassés. Lorsque la mairie de Clichy raconta la répression sur des affiches municipales, la police arrêta les colleurs et lacéra les affiches ; cinq meetings en région parisienne s’ensuivent.

Lorsque le 31 mars, le sixième congrès se tint à Saint-Denis, la ville était comme assiégée par les forces de l’ordre.

Dans cette atmosphère bouillante, alors que se préfigure une terrible répression, le manifeste du congrès dit notamment :

« Composés en énorme majorité de militants de l’usine, formés au cours de la lutte quotidienne et acharnés contre le patronat, l’État bourgeois et la trahison socialiste, sans cesse frappés par la répression patronale et gouvernementale, les membres du Congrès représentent l’avant-garde authentique de la classe ouvrière exploitée par le capitalisme français.

Aussi, loin des préoccupations parlementaires sordides auxquelles se complaisent les politiciens bourgeois ou « socialistes » de tous les autres partis, le 6e Congrès du Parti communiste français a étudié et déterminé les moyens et la tactique de la lutte à mener en FRANCE dans la période actuelle ; lutte dont l’aboutissement historique est : L’INSTAURATION DU COMMUNISME MONDIAL PAR LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT (…).

Cette lutte gigantesque se déroule dans une période où le monde entier vit SOUS LA MENACE D’UNE NOUVELLE GUERRE IMPÉRIALISTE PROCHAINE (…).

Les magnats français de l’industrie lourde et de la finance qui détiennent le pouvoir véritable du pays examinent en ce moment les bilans de leurs banques, supputent les profits colossaux de leurs ventes et de l’exportation de leurs capitaux et rêvent de la conquête des nouveaux marchés encore plus fructueux.

Mais lancés dans une concurrence effrénée, ils se heurtent partout aux impérialismes rivaux, en première ligne desquels s’impose l’insatiable et colossal impérialisme américain.

Parcourant le monde à la recherche de débouchés sans lesquels c’est la décadence et la faillite, ils se heurtent pleins de haine et de rage à l’Union des Républiques socialistes soviétiques, à la Chine et aux Indes, énormes continents où fermentent de gigantesques luttes révolutionnaires.

Dans leur fièvre de profits, dans l’impérieuse nécessité d’assurer leur suprématie, ils mettent tout en œuvre pour pouvoir résoudre ces conflits non plus seulement par des moyens économiques, mais par la force, PAR LA GUERRE.

C’est pourquoi, par instant, sous l’épais manteau de la diplomatie secrète, apparaît partiellement, à la lueur des scandales, TOUTE LA TRAME DE LEUR PRÉPARATION INTENSE DE LEUR GUERRE (…).

Inquiet du développement du Parti communiste dont l’influence va croissant dans les entreprises, dans l’armée et la marine et qui entraîne des masses de plus en plus nombreuses à l’action, IL [l’État impérialiste] VEUT LE METTRE HORS LA LOI (…).

A partir de la guerre du Maroc, le rôle du parti socialiste change et se précise. D’instrument de défense de la bourgeoisie, il devient l’instrument de L’ATTAQUE CAPITALISTE CONTRE LA CLASSE OUVRIÈRE (…).

Des usines doivent partir les colonnes ouvrières compactes et disciplinées. A travers la lutte pour les revendications immédiates, elles briseront la paix industrielle qui prépare la guerre.

En liaison avec elles, les manifestations de soldats et de réservistes qui ont fait retentir l’Internationale dans les camps et hisser le drapeau rouge sur les casernes, le mouvement d’organisation et de défense des paysans contre le capitalisme et l’État, le mouvement profond des masses opprimées d’Alsace-Lorraine, les insurrections héroïques qui surgissent dans les colonies « françaises » donnent à tout ce mouvement son véritable caractère politique de lutte grandiose contre l’impérialisme français (…).

Ouvriers, paysans, soldats, esclaves des colonies !

Le Parti communiste vous appelle à l’unification de votre lutte commune contre l’impérialisme et ses laquais socialistes.

Face au front unique que la bourgeoise et la social-démocratie ont réalisé pour la guerre impérialiste et pour l’étouffement de la révolution prolétarienne, le Parti communiste vous appelle au front unique de tous les exploités et opprimés : CLASSE CONTRE CLASSE ! »

Le 6e congrès fait surtout preuve d’autocritique, d’une grande portée parce qu’elle implique de se mettre à la hauteur des enjeux, de disposer enfin d’une grille d’analyses. Le rapport au congrès dit ainsi :

« N’ayant pas justement apprécié dans son constant développement la politique suivie par la grande bourgeoisie pour obtenir la constitution d un gouvernement fort, capable d’appliquer sa politique de stabilisation et do rationalisation par une sur-exploitation des masses ouvrières et paysannes dans la métropole et des colonies, la Direction du Parti ne comprit pas immédiatement la signification de la venue de l’Union Nationale au pouvoir avec Poincaré et n’informa pas le Parti.

Elle ne vit pas tout de suite que ce gouvernement signifiait le rassemblement de la quasi-totalité de la bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie, avec l’appui du Parti socialiste, pour la réalisation d’une politique commune, dont la base allait être le plan des experts. »

Et effectivement, cela permettait également l’offensive contre le Parti dans la foulée du congrès.

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Le PCF bolchevisé acculé mais résistant

Les très bons résultats communistes aux élections de 1928 sont une défaite pour la SFIO ; celle-ci a pratiquement 1,7 millions de voix, mais le Parti Communiste un peu plus d’un million de voix et il apparaît ainsi comme tout sauf marginalisé.

De plus, c’est la droite qui l’emporte et parvient à une alliance avec le centre, ce qui ruine la prétention « réaliste » de la SFIO à une majorité d’union avec les centristes et l’amène à accuser les communistes de faire le « jeu de la réaction ».

Il est toutefois un point positif pour elle, c’est que sa base n’a pas du tout été ébranlé. Il n’y a pas eu de mouvement de la base pour l’unité, à part à Forcalquier dans les Basses-Alpes, car le SFIO Charles Baron a accepté une base d’unité dès le départ, mais en même temps il avait rejoint le Parti Communiste en 1920 pour s’en faire exclure en 1924 pour appartenance à la franc-maçonnerie.

Une autre exception est que le Parti Communiste ne s’était pas maintenu au second tour à Avesnes dans le Pas-de-Calais où un candidat était ouvertement celui de la haute bourgeoisie.

La SFIO – qui est un parti avec une présence importante d’instituteurs et de fonctionnaires en général, ainsi que de professions libérales – se mit par conséquent à renforcer sa dénonciation systématique des communistes, ce qui se lit à son congrès à la fin du mois de mai 1928, où la motion qui triomphe parle du « bolchevisme qui démoralise et dégrade la classe ouvrière ».

En réponse, le Parti Communiste tire régulièrement à boulets rouges sur les « social-fascistes ». Il va devoir cependant faire face à un gouvernement de droite qui sait que la SFIO ne fera rien en sa faveur.

La pression monte immédiatement, comme au début août 1928, avec à la suite d’un meeting parisien de 10 000 personnes, l’interdiction le lendemain d’un meeting anti-guerre à Ivry et l’arrestation de pratiquement 1400 personnes.

Elle ne va pas cesser de grimper, jusqu’à la mi-1929. Le premier mai 1929 est ainsi marqué par plus de 300 arrestations préventives.

Cependant il y a des manifestations à Paris et en région parisienne (Argenteuil, Bezons, Gennevilliers, Puteaux, Vitry, Saint-Germain, Aulnay, Levallois, Villejuif, Villeparisis…), Lille, Valenciennes, Dunkerque, Rouen, La Rochelle, Chalons sur Saône… ainsi que dans plusieurs villes où l’interdiction de manifester fut bravé : à Douai, Saint-Quentin, Reims, Dijon, Saint-Étienne, Lyon, Bordeaux…

Ainsi qu’à Lens où les barrages des forces de l’ordre furent forcés, mais que la répression s’abattit tout de même en raison de la pression du maire socialiste Alfred Maës (dans la foulée la ville sera en état de siège pour l’interdiction d’un meeting du Secours Rouge le 3 mai).

Pratiquement 4 000 personnes auront été arrêtés par la police pendant cette courte séquence.

Aux élections municipales de mai 1929, le Parti Communiste maintient ses positions et élargit un peu son champ électoral. Les communistes disposent alors de 115 conseils municipaux contre 70 auparavant, dont 26 (contre 21 auparavant) dans les villes de plus de 5 000 habitants, ainsi que des minorités dans 139 (contre 55 auparavant).

Mais le 26 mai lorsque des dizaines de milliers de personnes viennent au cimetière parisien du Père-Lachaise célébrer la Commune, il y a de très violents accrochages avec la police qui multiplie agressions et provocations.

Le 17 juillet 1929 a lieu la perquisition de l’Humanité et du siège du PCF, avec des arrestations ; quatre jours plus tard, le 21 juillet, 96 communistes sont arrêtés à Villeneuve-Saint-Georges et accusés de complot contre la sûreté de l’État.

Le 21 juillet la police tente le coup de force à Clichy et Villeneuve-Saint-Georges, procédant à une centaine d’arrestations, alors que des perquisitions ont encore lieu chez des cadres et dans des locaux parisiens (siège de l’Humanité, du Parti au niveau national et celui pour la région, les syndicats unitaires…) de par la suite, que le gérant de l’Humanité est condamné à quinze ans de prison…

L’Humanité a été perquisitionné trois fois en huit jours.

Et, à la fin juillet 1929, ont été arrêtés pas moins que Maurice Thorez et Benoît Frachon (soit la moitié de la direction), le gérant de l’Humanité Gérard Daquin de Saint-Preux, le secrétaire de rédaction de l’Humanité Pierre Forestier, le secrétaire des travailleurs des chemins de fer de la CGT Unitaire Lucien Midol, le secrétaire de la Fédération postale de la CGT Unitaire Henri Gourdeaux, l’un des responsables de la région parisienne et membre du Comité Central Marcel Maizières, l’important cadre Édouard Dudilieux, etc.

L’Avant-Garde, le journal des Jeunesses Communistes, est également saisi, alors que dans la foulée, pour la journée internationale contre la guerre le 1er août le Parti Communiste échoue totalement dans sa mobilisation et seulement 8 000 ouvriers font grève et manifestent, l’Humanité étant saisie.

Cet échec est du à une répression sévère ; alors que la grève a commencé à 11 heures (afin que celle-ci soit vraiment « d’entreprise »), l’État mène des arrestations préventives, lance la police, les gardes mobiles, l’armée. Les affrontements sont nombreux : à l’usine parisienne de Citroën, à Alais, Bezons, Waziers-Douai, Rouen, Nîmes, Troyes, Romilly, Bordeaux, Boulogne-sur-Mer, Sète, Audincourt, Anzin…

Suivront en septembre les arrestations du secrétaire de la CGT Unitaire Gaston Monmousseau et de Paul Vaillant-Couturier ; toutes les manifestations communistes sont interdites. 1 127 communistes ont été condamnés, pour 260 années de prison au total, avec plus d’un million de francs à payer.

Cela provoqua une vague capitularde avec des gens fondant un « Parti ouvrier-paysan », avec comme noyau dur les « six » (Louis Sellier, Jean Garchery, Charles Joly, Louis Castellaz, Camille Renault, Louis Gélis) ; cet éphémère nouveau parti s’alliera au « parti socialiste-communiste » pour fonder le « parti d’unité prolétarienne », qui lui-même rejoindra la SFIO en juin 1937.

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Le PCF bolchevisé, borné mais exemplaire de combativité

La ligne « classe contre classe » est à la fois le prolongement et le dépassement du Parti Communiste des années 1920. En effet, d’un côté, il s’agit de se positionner comme faction bolchevique de la classe ouvrière, d’exiger un conflit de classe ouvert et d’attirer à soi les ouvriers dans le cadre de ce conflit.

De l’autre, la dimension bolchevique est relativisée par un style « minorité agissante » typique du syndicalisme révolutionnaire français. Cela se lit de deux manières. Tout d’abord, dans la forme, l’Humanité utilisant pendant toute cette période l’expression syndicaliste révolutionnaire « action directe », ce qui est littéralement aberrant.

Dans le contenu ensuite, puisque le Parti Communiste et la CGT Unitaire marchent en tandem, l’un étant l’autre dans les faits et vice et versa. Être un bon communiste est alors ni plus ni moins qu’être un bon syndicaliste, si l’on omet l’appareil du Parti, la Jeunesse Communiste et l’Humanité.

C’est là une contradiction entre bolchevisme et syndicalisme révolutionnaire et cela va littéralement pencher du second côté, dès le départ avec un sectarisme affiché et à la fin avec la révélation de l’existence d’une direction cachée en 1931.

Le sectarisme est la marque du Parti Communiste « classe contre classe » et c’est d’ailleurs la même chose en Allemagne, où l’Internationale Communiste bataille de manière ininterrompue contre ce défaut rédhibitoire.

En France, pays de moindre importance et de moindre envergure dans la vague révolutionnaire mondiale, bien plus arriérée politiquement et idéologiquement, le Parti Communiste a une marge de manœuvre plus grande ; ce n’est pas avant 1930 que l’Internationale Communiste viendra mettre le holà.

Au début 1928, le Parti Communiste peut donc assumer une ligne particulièrement romantique où il se présente comme résolument seul, persécuté par le « bloc de toute la bourgeoisie » et en proie à l’hostilité du « socialisme failli ».

Et comme le congrès de décembre 1927 de la SFIO a rejeté la proposition (par ailleurs purement symbolique) d’un « Bloc ouvrier et paysan » – Léon Blum précisant qu’il ne ferait même pas aux communistes l’honneur d’une réponse-, la ligne « classe contre classe » peut d’autant plus prendre un tournant sectaire.

En théorie, il s’agit de mettre en valeur un Front ouvrier dans les luttes menées, d’attirer tous les ouvriers. En pratique, le Parti Communiste va se précipiter par l’intermédiaire de la CGT Unitaire dans une ligne combative substitutiste.

De touts façons, dans les faits, le Parti Communiste n’a pas de réel programme, à part un système de valeurs consistant à se référer à l’expérience soviétique, à ce qui se construit en URSS par le socialisme. L’Humanité y accorde une place essentielle et les brochures s’orientent également de plus en plus en ce sens, la très grande majorité étant consacré à l’URSS, une petite minorité étant au sujet de la France.

Pour le reste, l’Humanité, qui fait six pages et est composé de brefs articles pour la plupart, aborde les luttes ouvrières, la vie politique, les faits divers, parfois la science et le sport. Le quotidien du Parti n’est en fait qu’une caisse de résonance, il n’a pas de ligne éditoriale particulière, il n’est pas porté par une équipe ayant une vision du monde propre à un organe de presse.

Et ce n’est pas le Parti qui peut lui amener, puisqu’il se voit lui-même comme un Parti de combat, ni plus, ni moins.

Si cela a cependant ses limites, cela correspond à une situation française réelle. Lorsque le 21 janvier 1928, le numéro spécial de l’Humanité consacré à la répression est publié, l’État le fait directement saisir de par la menace que cela représente. Cela débouche le lendemain sur une grande manifestation ouvrière en périphérie de Paris, à Levallois-Perret.

En mars 1928, l’appel à la grève dans le bâtiment est un grand succès en régions parisienne, tout comme la manifestation parisienne du 15 avril 1928 pour l’amnistie et pour la défense de l’URSS, qui est marquée par un court très violent affrontement avec une police agressive et ultra-provocatrice.

De plus, cette combativité est alimentée en thèmes par l’Internationale Communiste et au fur et à mesure, les deux thèmes principaux deviennent la guerre impérialiste et la rationalisation.

Le Parti Communiste est ainsi borné, mais combatif et s’inscrit dans le prestige de l’URSS. En ce sens, il n’est qu’une fraction de la classe ouvrière, mais une fraction reconnue et soutenue, à défaut qu’il y ait une participation de masse.

Cela se voit dans les bons résultats aux élections législatives d’avril 1928, où le Parti Communiste présente donc sa liste du Bloc ouvrier et paysan, alors que s’allient les radicaux-socialistes, les républicains socialistes et les socialistes.

Ce Bloc ouvrier et paysan témoigne du progrès communiste dans l’Allier, les Bouches-du-Rhône, le Gard, la Loire, le Nord, le Pas-de-Calais, la Saône-et-Loire, la Haute-Vienne, ainsi que l’Alsace où le Parti Communiste est un fervent partisan de l’autonomie.

Le Bloc ouvrier et paysan obtient ainsi 1 063 943 voix, la SFIO 1 698 084, les républicains socialistes 410 375, les radicaux et les radiaux socialistes 1 655 427.

C’est un très bon résultat communiste, avec ce paradoxe que le Parti Communiste, qui n’a que 52 000 membres au moment des élections, en aura… 38 000 l’année suivante.

Le Parti Communiste est une fraction reconnue et rien d’autre, s’appuyant de manière centrale sur son bastion de la banlieue de la Seine, la fameuse ceinture rouge autour de Paris, avec d’ailleurs 114 000 voix pour les communistes au premier tour, 141 000 au second (sur 370 000).

Il y a d’ailleurs le début de ce qui devient la fête de l’Humanité, avec 50 000 personnes à Garches en juillet 1928.

En ce qui concerne les élections nationales elles-mêmes, elles sont totalement au désavantage du Parti Communiste en raison du vote local et à deux tours. L’absence de proportionnelle fait qu’au lieu qu’il y ait 67 députés communistes, il n’y en aura que 14, dont deux se feront recaler pour « inéligibilité » dans le cadre de la répression anticommuniste.

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Le PCF bolchevisé, isolé, cible récurrente de la répression

Lorsque le Parti Communiste se fonde au Congrès socialiste de Tours de 1920, il a un mode d’organisation issu des principaux courants du mouvement ouvrier français : celui des socialistes, avec le droit de tendance, celui des syndicalistes révolutionnaires, avec une démarche activiste-substitutiste.

Si ainsi l’élan est là dans la première période des années 1920, l’approche générale est éclectique à la française et l’Internationale Communiste décide de faire le ménage avec la bolchevisation. Le Parti Communiste change alors de forme, de méthode, voire d’idéologie.

Le marxisme n’est plus un romantisme levier à un « élan », il implique une liaison étroite avec l’Internationale Communiste et des principes devant être présents politiquement à tous les niveaux.

Cela ne s’est pas fait sans traverser les difficultés et cela se voit au fait qu’il tenait un congrès chaque année de 1921 à 1926, mais qu’il faut attendre 1929 pour avoir le sixième congrès, à Paris.

Ce développement qualitatif a cependant impliqué un recul quantitatif. Le Parti Communiste en France, c’est pratiquement 180 000 membres à sa fondation en 1920, avec un passage à 118 000 dès 1921, pour se retrouver à 60 000 début 1925, 53 000 en 1927.

Ce reflux reflète le fait que la France capitaliste parvient, de par sa nature agraire, à éviter les premiers dégâts de la première crise générale du capitalisme. Le Parti Communiste, né dans une vague ayant surtout été immense dans l’Est de l’Europe, se retrouve alors en porte-à-faux avec la société française stabilisée.

Il apparaît comme le représentant d’une minorité sociale radicalisée, déconnectée. La répression s’abat de manière véritablement massive sur lui et les gouvernements ne se cachent pas de vouloir le liquider, comme le ministre de l’Intérieur Albert Sarrault l’exprime lors d’un discours prononcé à Constantine le 23 avril 1927 : « le communisme, voilà l’ennemi ».

Un mois plus tard en effet le gouvernement fait voter à l’Assemblée sept demandes de poursuites contre l’ensemble des députés communistes. Les condamnations pleuvent alors, ainsi que les perquisitions et en général la poursuite des activités communistes.

On a notamment en septembre 1927 la condamnation à de fortes amendes, pour provocation de militaires à la désobéissance dans un but de propagande anarchiste, de toute une série d’activistes.

Concrètement, toute la période de la fin des années 1920 et du début des années 1930 est marquée par des interventions régulières voire systématiques de la police et des gardes mobiles contre les meetings, les rassemblements, les manifestations, les fêtes du Parti Communiste et de la CGT Unitaire qui lui est liée.

Cela est vrai en fait de toute initiative ouvrière en général et les grèves font pareillement face à une société capitaliste hargneuse et brutale. Cependant, l’État français vise clairement à supprimer une menace politique et il a d’ailleurs ici l’appui ouvert de la SFIO qui aimerait bien se débarrasser de ce concurrent sur sa gauche.

Le Parti Communiste va ici se retrouver face à une contradiction qu’il va chercher à résoudre pendant toute cette période, sans y parvenir. Puisque en effet la répression touche tous les ouvriers, qui régulièrement protestent ou sont en grève dans le pays, alors le Parti Communiste considère qu’il doit maintenir une ligne de conflit ouvert, pour apparaître comme le pôle révolutionnaire.

C’est le principe du mot d’ordre « classe contre classe » qui devient la ligne à partir de 1928.

Cependant, en même temps, le Parti Communiste ne parvient à n’être qu’une fraction de la contestation ouvrière. Il n’est tout simplement pas capable d’autonomie, de développer lui-même les initiatives de masse : à chaque fois qu’il l’entreprend dans cette période, c’est l’échec.

Un exemple est ici très parlant : 100 000 personnes manifestèrent à Paris le 7 août 1927, en soutien aux anarchistes américains Sacco et Vanzetti menacés d’être condamnés à mort pour un hold up qu’ils n’avaient pas commis. Le Parti Communiste était alors présent et efficace, formant la fraction la plus organisée et la plus volontaire.

Mais lorsqu’il décide d’organiser dans la foulée une manifestation parisienne contre le défilé des vétérans américains de l’American Legion, c’est l’échec faute d’être en mesure de faire face à la répression effectuée par la police.

En même temps, la mairie de Clichy inaugura une place Sacco et Vanzetti. La conclusion tombe alors d’elle-même : ce qui peut fonctionner, c’est un repli territorial et une quête de symbolisme dans les bastions, un positionnement radical au sein d’un mouvement plus général.

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Chronologie : Gonzalo et le Parti Communiste du Pérou

Cette chronologie ne prétend pas être exhaustive, elle présente les tendances de fond.

3 décembre 1934 : naissance de Gonzalo à Mollendo (province d’Islay, région d’Arequipa)

1949 : Gonzalo adhère au Parti Communiste du Pérou

1953 : début des études de droit et de philosophie de Gonzalo à la Universidad Nacional de San Agustín d’Arequipa, avec l’écriture de deux thèses, L’État démocratique bourgeois et A propos de la théorie de l’espace de Kant

1962 : nomination de Gonzalo comme professeur de philosophie à la Universidad Nacional San Cristóbal de Huamanga d’Ayacucho ; sa nomination est faite par Efraín Morote Best, un professeur marxiste expert du folklore péruvien, dont le fils sera un des cadres du PCP, Osmán Morote Barrionuevo

1963 : Gonzalo est à l’initiative de la formation d’une fraction rouge au sein du Parti Communiste du Pérou, Bandera Roja (Drapeau Rouge)

Février 1964 : mariage de Gonzalo et d’Augusta la Torre dit « Norah », une des principales dirigeantes du PCP par la suite

1965 : première visite de Gonzalo en Chine populaire

1966 : la fraction rouge Bandera Roja prend le contrôle du Conseil Universitaire à Ayacucho ; seconde visite de Gonzalo en Chine au moment du début de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne

3 octobre 1968 : coup d’État du général Juan Velasco Alvarado qui devient Président du Gouvernement révolutionnaire

1969 : Gonzalo devient le responsable académique du département des humanités de son université à Ayachucho ; brève arrestation de la fraction rouge à l’initiative du gouvernement ; Gonzalo à la tête du Comité Regional « José Carlos Mariátegui » de Ayacucho de la fraction rouge devient autonome et va dans le sens de refonder le Parti Communiste du Pérou

mai 1970 : texte essentiel du Parti Communiste du Pérou refondé intitulé « Amérique latine : guerre populaire, grandes victoires, brillantes perspectives » qui rejette le guévarisme et affirme « les lois universelles de la Guerre Populaire »

1971 : mise en place par Gonzalo du Centro de Trabajo Intelectual Mariátegui qui étudie les classiques du communisme

1973 : début de la mise en place de structures activistes comme organismes générés (Movimiento Clasista Barrial – Mouvement de Classe des bidonvilles, Movimiento de Obreros y Trabajadores Clasistas – Mouvement des Ouvriers et Travailleurs de Classe, Movimiento de Campesinos Pobres – Mouvement des paysans pauvres, Movimiento Femenino Popular – Mouvement Féminin Populaire, Centro de Autoeducación Obrera – Centre d’Autoéducation Ouvrière, Movimiento Intelectual Popular – Mouvement Intellectuel Populaire, Movimiento Magisterial – Mouvement des Maîtres d’école, Movimiento de Artistas Populares – Mouvement des Artistes Populaires, Movimiento Juvenil – Mouvement de la Jeunesse, Socorro Popular – Secours Populaire, auquel il faut ajouter le Front Révolutionnaires des Etudiants, l’Association des Avocats Démocratiques, l’Association des Étudiants Démocratiques, le Comité des Familles des Prisonniers Politiques de Guerre, etc.)

29 août 1975 : coup d’État du général Francisco Morales Bermúdez

Novembre 1975 : expulsion du Parti Communiste du Pérou reconstitué par Gonzalo de la « faction bolchevique » de Lima pour liquidationnisme de gauche

10 septembre 1976 : envoi d’un message du Comité Central du Parti Communiste de Pérou au Comité central du PC de Chine à la suite du décès de Mao Zedong

Mars 1977 : le Parti Communiste du Pérou reconstitué par Gonzalo organise une réunion des organismes générés pour aborder la question de commencer la lutte armée

Mai-juillet 1979 : Gonzalo est présenté comme chef du Parti et de la révolution au 9e session élargie du Comité Central élargi du Parti Communiste du Pérou reconstitué

19 avril 1980 : première génération formée par l’École militaire du Parti Communiste du Pérou qui a commencé le 2 avril et publication du document ILA-80 (inicio de la lucha armada – 1980)

17 mai 1980 : le Parti Communiste du Pérou intervient militairement dans le village de Chuschi lors des élections présidentielles et détruit le centre de vote avec son matériel ; le nombre approximatif d’actions armées pour le reste de l’année est de 178 (dont la destruction de cinq pylônes à haute tension), provoquant 7 morts

24 août 1980 : publication du document « Vers la guerre de guérilla » traçant le bilan du déclenchement réussi de la lutte armée et annonçant « la marche irrésistible vers la guerre de guérilla »

13 juin 1980 : incendie à San Martín de Porres dans la région de Lima pour saluer le début de la lutte armée

15 juin 1980 : la tombe du général Juan Velasco Alvarado est dynamitée

19 juillet 1980 : récupération de 1520 cartouches de dynamite à la mine Benito Melgarejo

28 juillet 1980 : Fernando Belaunde devient président du Pérou

26 décembre 1980 : le jour anniversaire de la naissance de Mao Zedong, des chiens errants sont retrouvés pendus à des lampadaires dans les rues du centre de Lima, avec des cartes indiquant « Deng Xiao Ping, fils de chien »

1981 : le nombre approximatif d’actions armées est de 685, provoquant 13 morts

5 janvier 1981 : première exécution d’un policier, qui surveillait la maison du ministre de la Guerre

7 janvier 1981 : destruction à l’explosif des nouveaux locaux de la police à Puno, construits grâce au financement d’un narcotrafiquant notoire

10 mars 1981 : instauration de la loi anti-terroriste

Mai 1981 : envoi à Ayacucho de Gardes civils et de Gardes républicains

15 juin 1981 : la maison de l’avocat Luis Roy Freyre co-auteur de la loi antiterroriste est dynamitée

Août 1981 : irruption dans les locaux de la Radio La Crónica à Lima et diffusion d’un appel à la lutte armée

31 août 1981 : attaque à la dynamite contre l’ambassade américaine à Lima

28 septembre 1981 : destruction de toute la documentation comptable et administrative du Conseil de la province d’Arequipa

11 octobre 1981 : attaque du poste de police de Tambo dans la province de La Mar

12 octobre 1981 : l’état d’urgence est proclamé dans les provinces de Cangello, La Mar, Huanta et Victor Fijardo

29 décembre 1981 : l’état d’urgence est proclamé dans plusieurs régions, début de tortures, viols et massacres systématisés par l’armée

1982 : le nombre approximatif d’actions armées est de 969, provoquant 244 morts ; le Parti Communiste du Pérou adopte le marxisme-léninisme-maoïsme comme idéologie en remplacement du marxisme-léninisme pensée Mao Zedong ; il contrôle des territoires dans les régions d’Ayacucho, Huancavelica et Apurimac

Février 1982 : débat sur la peine de mort dans le cadre de la loi anti-terroriste, le président Fernando Belaunde se prononce pour

Mars 1982 : une colonne armée de 300 militants attaque la prison de sécurité maximum d’Ayacucho et libèrent 247 personnes, dont Edith Lagos

Août 1982 : l’état d’urgence national est proclamé

22 août 1982 : affrontement militaire de cinq heures avec la Garde civil de Vilcashuamán

3 septembre 1982 : décès à 19 ans d’Edith Lagos, dirigeante du Parti Communiste du Pérou, lors d’affrontements avec la police ; 30 000 personnes sont présentes à son enterrement

3 décembre 1982 : le Parti Communiste du Pérou met en place la Ejército Guerrillero Popular – Armée Populaire de Guérilla

29 décembre 1982 : le département d’Ayacucho passe sous contrôle militaire

1983 : le nombre approximatif d’actions armées est de 1865, provoquant 2850 morts ; le PIB du Pérou a chuté de 8,3 % en deux ans

Janvier 1983 : le Parti Communiste du Pérou adopte comme idéologie le marxisme-léninisme-maoïsme pensée guide

21 janvier 1983 : l’infanterie de Marine prend le contrôle de la ville de Huanta et met en place des Comités de Defensa Civil comme soutien ; le principe des Rondas Campesinos, c’est-à-dire de milices paysannes au service de l’État, va par la suite se généraliser

26 janvier 1983 : massacre par la police de huit journalistes à Uchuraccay

Mars 1983 : réunion du Comité Central élargi décidant du « grand plan de conquête des bases », c’est-à-dire la fondation de bases d’appui comme terrain de la République Populaire de Nouvelle Démocratie s’appuyant sur des Comités Populaires et des commissions (un tiers de communistes, un tiers de paysans, un tiers de progressistes) à la base du nouvel État

3 avril 1983 : exécution à la machette ou au pistolet de 69 paysans (hommes, femmes, enfants) du village de Lucanamarca dont la patrouille paysanne avait enlevé et assassiné le cadre du Parti Communiste du Pérou Olegario Curitomay

19 juin 1983 : neuf attaques à l’explosif quasi simultanées à Lima

25 juillet 1983 : attaque à la mitraillette et à la dynamite le bâtiment de la Policía de Investigaciones del Perú du district aisé de Miraflores à Lima

28 juillet 1983 : le président péruvien Fernando Belaunde demande au congrès le rétablissement de la peine de mort

13 novembre 1983 : la police massacre 32 paysans lors d’un mariage dans le district de Socos

1984 : le nombre approximatif d’actions armées est de 1 888, provoquant 4 081 morts

Mai 1984 : l’armée met en place 50 bases anti-guérilla composés de cent soldats chacune

4 mai 1984 : fondation du Mouvement révolutionnaire Túpac Amaru d’orientation sandiniste – guévariste, qui lance la guérilla

Juillet 1984 : l’armée arrête Laura Zambrano Padilla, dirigeante du Comité Régional de la métropole de Lima

16 juillet 1984 : vaste opération de liquidation d’espions et d’autorités locales, faisant 117 tués

23 août 1984 : découverte à Pacayacu d’une fosse commune avec 49 cadavres de personnes détenues par l’armée dans la base de l’Infanterie de Marine à Huanta

Décembre 1984 : massacre par l’armée de 123 paysans à Putis

1985 : le nombre approximatif d’actions armées est de 1 497 (dont la destruction de 107 pylônes à haute tension), provoquant 1 423 morts ; 10 % de l’armée péruvienne agit dans le cadre des activités anti-guérilla ; 6 des 20 millions de Péruviens vivent à Lima dont 2 millions dans des bidonvilles ; 11 % du PIB sert au remboursement de la dette

24 avril 1985 : action armée contre le responsable national des élections, Domingo García Rada

1er juin 1985 : le Parti Communiste du Pérou coupe l’électricité à Lima et des voitures piégées explosent près du palais présidentiel (au moment de l’accueil du président argentin) et du ministère de la Justice

25 juillet 1985 : attaque à la voiture piégée contre le ministère de l’Intérieur par le Mouvement révolutionnaire Túpac Amaru

28 juillet 1985 : élection à la présidence d’Alan Garcia de l’Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA)

14 août 1985 : l’armée massacre 63 paysans à Accomarca

27 août 1985 : l’armée massacre 59 personnes à Umaro et Bellavista

24 octobre 1985 : exécution du directeur de la prison d’El Fronton Miguel Castro Castro

Décembre 1985 : attaque à la dynamite à Lima notamment de la maison du fondateur de l’APRA, de dix banques, d’un centre commercial, de huit pylônes électriques, d’un office juridique

1986 : le nombre approximatif d’actions armées est de 2 098, provoquant 1 534 morts

5 février 1986 : exécution du commandant et membre des services secrets Rubén Izquierdo

4 mai 1986 : exécution du contre-amiral Carlos Ponce Canessa, membre de l’état-major de la Marine de guerre

Juin 1986 : révolte des prisonniers du Parti Communiste du Pérou dans les prisons de Lurigancho, Santa Barbara et El Fronton ; l’armée intervient, tuant 240 prisonniers dont tous ceux de Lurigancho, 130 étant assassinés après leur arrestation

27 juillet 1986 : vaste série d’attaques à l’explosif à Lima (Hotel Sheraton, Hotel Crillón Hotel Bolívar, Banco Continental, Banco Wiese, Banco Mercantil del Callao, la maison du chef des enquêtes de la police pour la ville, etc.)

6 août 1986 : exécution à Aucayacu de six personnes accusées d’être des éléments anti-sociaux, dont des prostituées

17 septembre 1986 : massacre de 13 personnes par l’armée à Ayaorcco

14 octobre 1986 : exécution du vice-amiral Gerónimo Cafferata Marazzi, ex commandant général de la Marine et président de la Banco Industrial

1987 : le nombre approximatif d’actions armées est de 2181, provoquant 1208 morts

13 février 1987 : vaste opération policière à Lima avec de très nombreuses arrestations d’étudiants à la Universidad Nacional Mayor de San Marcos, la Universidad Nacional de Ingeniería et la Universidad Nacional Enrique Guzmán y Valle « La Cantuta »

20 mars 1987 : renforcement de la loi anti-terroriste

Mai 1987 : libération pendant 24 heures de la ville de Santa Lucia

4 mai 1987 : destruction d’installations électriques, neuf départements sont privés d’électricité

4 septembre 1987 : action armée contre des membres de l’armée dans un restaurant, neuf personnes sont tuées

1988 : le nombre approximatif d’actions armées est de 2 189, provoquant 1 447 morts

Février-mars 1988 : première session du premier congrès du Parti Communiste du Pérou, à Lima

10 février 1988 : attaque à l’explosif de neuf bâtiments gouvernementaux et d’entreprises à Huancayo

Mars 1988 : l’inflation dépasse les 1000 %

1er mai 1988 : marche pro-Parti Communiste du Pérou dans le centre de Lima, culminant dans des attaques contre des centres bancaires

14 mai 1988 : l’armée massacre 39 paysans à Cayara

11 juin 1988 : arrestation par l’armée d’Osmán Morote Barrionuevo, un important dirigeant du Parti Communiste du Pérou

Juillet-août 1988 : seconde session du premier congrès du Parti Communiste du Pérou

24 juillet 1988 : publication par le journal El Diario d’une longue interview de Gonzalo, « l’interview du siècle »

6 décembre 1988 : exécution du capitaine Juan Vega Llona, responsable de l’état d’urgence à Ayacucho en 1984 et de la répression-massacre à la prison d’El Fronton en 1986

7 décembre 1988 : renforcement de la loi anti-terroriste

1989 : le nombre approximatif d’actions armées est de 3240, provoquant 2466 morts

13 février 1989 : assassinat par les paramilitaires de Saúl Cantoral, president de la Federación Nacional de Trabajadores Mineros, Metalúrgicos y Siderúrgicos

27 mars 1989 : une centaine de membres de la guérilla occupe un poste de police à San Martín

Juin 1989 : troisième session du premier congrès du Parti Communiste du Pérou qui adopte comme idéologie le marxisme-léninisme-maoïsme pensée Gonzalo

Juin 1989 : arrestation de 300 étudiants et 30 professeurs de l’Universidad Nacional del Centro de Huancayo

21 octobre 1989 : un homme de 70 ans ayant joué le rôle d’informateur pour la police est pendu à Lima

1er novembre 1989 : affrontements armés entre la guérilla et la police place Manco Cápac à Lima

1990 : le nombre approximatif d’actions armées est de 3 672, provoquant 3 466 morts ; l’Armée Populaire de Guérilla s’appuie sur 25 000 membres et contrôle le tiers des municipalités du Pérou

9 janvier 1990 : exécution de l’ex-ministre de la Défense Enrique López Albújar

27 février : arrestation par la police et « disparition » de Ángel Escobar Jurado, dirigeant de la Federación de Comunidades Campesinas et vice-président de la Comisión de Derechos Humanos à Huancavelica

mars 1990 : mise en place du Grupo Especial de Inteligencia visant à la capture des dirigeants du Parti Communiste du Pérou

avril 1990 : nombreux massacres par des paramilitaires à Chumbivilcas et San Pedro de Cachi

28 juillet 1990 : Alberto Fujimori devient président du Pérou et déclare l’état d’urgence suspendant totalement les droits individuels dans la capitale Lima ainsi qu’à Callao, Arequipa, Cusco, Puno, Piura, Trujillo, Chiclayo, Maynas, Huaraz, Santa

22 septembre 1990 : exécution de l’ex-ministre du travail Orestes Rodríguez

23 décembre 1990 : le Decreto Supremo 171-90-PCM place sous juridiction militaire toutes les actions de répression dans les zones marquées par l’état d’urgence

Février 1991 : résolution du Comité Central du Parti Communiste du Pérou annonçant l’initiative de « Construire la conquête du pouvoir au cœur de la guerre populaire », étant considéré que l’équilibre stratégique est atteint ; l’offensive stratégique sous-tend une intervention de l’impérialisme américain devenant peut-être même directe

Mai 1991 : exécution par le Parti Communiste du Pérou d’Irene McCormack, une none australienne agissant en tant que missionnaire à Huasahuasi

Juillet 1991 : le Parti Communiste du Pérou revendique 1600 actions pour les deux derniers mois

Juillet 1991 : exécution de trois travailleurs caritatifs japonais et d’un entrepreneur japono-péruvien

Août 1991 : exécution de deux prêtres franciscains polonais et d’un prêtre italien agissant en tant que missionnaires dans la ville de Chimbote

31 décembre 1991 : découverte d’une vidéo présentant le Comité Central du Parti Communiste du Pérou avec Gonzalo, à la suite d’une session, dansant sur la musique de Zorba le grec, permettant pour la première fois pour la répression de l’identifier (il n’était disposé que d’une photographie de 1982)

29 janvier 1992 : massacre de 6 personnes à Pativilca par le groupe paramilitaire Colina, responsable de nombreuses actions de ce type, tout comme d’autres groupes tel le Comando Rodrigo Franco

15 février 1992 : exécution de María Elena Moyano, une dirigeante communautaire anti-communiste dans le bidonville de Villa El Salvador (passé de 25 000 personnes en 1971 à 350 000 en 2008) ayant organisé une marche anti-violence le jour d’une grève armée contre l’inflation dans tout Lima ; 300 000 personnes assistent à son enterrement

5 avril 1992 : coup d’État réalisé par Alberto Fujimori, le président en place, au nom de la lutte contre le « sentier lumineux »

6 mai 1992 : élargissement des lois anti-terroristes (jusqu’à l’accusation de « provoquer l’anxiété »)

12 mai 1992 : instauration d’une loi favorable aux repentis

4 juillet 1991 : l’armée massacre 15 personnes à Santa Barbara

Novembre 1991 : 79 décrets sont instaurés, la majorité à portée anti-terroriste

16 juillet 1992 : attaque à la double voiture piégée, sans l’aval de Gonzalo, contre la Banque Centrale du Pérou dans le quartier aisé de Miraflores, faisant treize morts alors qu’il y a des dégâts sur 183 maisons, 400 commerces et 63 voitures en stationnement

12 septembre 1992 : arrestation de Gonzalo à Lima par la DINCOTE (Dirección Nacional Contra el Terrorismo)

5 novembre 1992 : exécution du colonel Manuel Ortega Tumba, chef du département administratif des services secrets

18 décembre 1992 : assassinat par les paramilitaires de Pedro Huilca, secrétaire général de la Central General de Trabajadores del Perú

1993 : Lima héberge le tiers des Péruviens avec 6,5 millions d’habitants (contre 3,3 millions en 1972, 1,8 million en 1961, 600 000 en 1941).

1er octobre 1993 : le président péruvien Alberto Fujimori annonce à l’assemblée des Nations-Unies que Gonzalo a proposé des « accords de paix » au moyen d’une brève lettre

9 avril 1995 : réélection du président péruvien Alberto Fujimori

17 décembre 1996 : prise de 500 personnes en otage par le Mouvement révolutionnaire Túpac Amaru lors d’une cérémonie à l’ambassade du Japon ; l’armée prend d’assaut l’ambassade le 2

1er janvier 1998 : exécution de Constantin Gregory, un Américain travaillant pour la United States Agency for International Development

Mai 1999 : arrestation du dirigeant du Parti Communiste du Pérou à la suite de Gonzalo, Óscar Ramírez Durand dit Feliciano, qui devient par la suite un renégat

16 septembre 2000 : le président péruvien Alberto Fujimori annonce la dissolution des services secrets considérés comme ayant dégénéré dans le trafic d’armes

29 octobre 2000 : soulèvement de responsables militaires

19 novembre 2000 : fuite d’Alberto Fujimori au Japon

28 juillet 2001 : Alejandro Toledo devient président du Pérou

21 mars 2002 : une voiture piégée explose devant l’ambassade américaine à l’occasion de la visite du président américain George W. Bush, faisant 16 morts

3 janvier 2003 : la condamnation des dirigeants du PCP par l’armée est considérée comme anticonstitutionnelle

29 août 2003 : la Commision de Vérité et de Réconciliation parle de 69 000 morts entre 1980 et 2000 et impute la majorité au « Sentier lumineux » (ainsi que 29 000 disparus, 673 000 blessés, 200 000 tués indirectement,1,9 millions touchés, 3,4 millions déplacés, 500 000 migrants à l’étranger)

Novembre 2004 : second procès, Gonzalo a juste le temps de lancer des slogans (« Vive le Parti Communiste du Pérou ! Gloire au marxisme-léninisme-maoïsme ! Vive les héros de la guerre populaire ! ») avant que les micros que ne soient coupés et la presse immédiatement exclue.

26 septembre 2005 : troisième procès de Gonzalo, sans que la presse n’ait aucun accès

13 octobre 2006 : Gonzalo est condamné à perpétuité, les autres cadres à entre 25 et 35 ans de prison

10 octobre 2008 : un convoi de l’armée est attaqué à Huancavelica, faisant 19 morts

20 novembre 2009 : fondation du Movimiento por la Amnistía y los Derechos Fundamentales (Movadef), qui s’affirme légitime pour parler au nom de Gonzalo, réclame une amnistie générale et une assemblée constituante et obtient immédiatement un écho national se prolongeant

2010 : officiellement, mariage de Gonzalo avec la prisonnière du PCP Elena Albertina Iparraguirre Revoredo dite Miriam

12 décembre 2012 : arrestation de Florindo Eleuterio Flores dit Artemio, une figure des débuts du mouvement à la tête désormais d’une faction armée pro-accords de paix depuis 1993

11 septembre 2021 : décès de Gonzalo la veille de la 29e année de sa détention

[ PCF(mlm) ] Pacte militaire secret franco-grec : préparez-vous au grand défi de la guerre franco-turque!

En tant que communistes, nous avons une vision du monde considérant que le capitalisme ne peut au cours de son développement que tomber dans les mains des monopoles, entamer un sévère tournant autoritaire et basculer dans le militarisme en raison d’une compétition impérialiste pour le repartage du monde.

Pour cette raison, nous affirmons qu’il existe un tournant historique en cette rentrée 2021, de par l’établissement d’un pacte militaire secret entre la France et la Grèce, avec comme intention belliqueuse l’affrontement avec la Turquie.

Il s’agit là d’une réalité nouvelle, à la fois claire et très lourde de conséquences. Nous affirmons que la guerre franco-turque est désormais un élément stratégique de l’impérialisme français et que toutes les forces anti-guerre doivent prendre cela en compte.

Il ne s’agit pas d’une hypothèse, mais bien d’une réalité vérifiable : la France prend parti militairement dans une zone hautement conflictuelle, rendant une participation militaire inévitable.

Il est remarquable d’ailleurs que cet accord franco-grec ait suffisamment « fuité » pour que les couches dirigeantes du pays et les « spécialistes » puissent assimiler cette information impérialiste, alors qu’en même temps aucun média n’a abordé cette question.

Cela est très révélateur de comment il y a une cassure entre le haut et le bas de la société, avec un État faisant des choix impérialistes totalement à l’écart de la société. Les « spécialistes » sont d’ailleurs eux-mêmes ici des vecteurs intellectuels et culturels de l’impérialisme, contribuant aux « choix » à effectuer.

Nous ne voulons quant à nous pas faire de géopolitique, ni de politique-fiction, nous ne voulons pas ici émettre d’hypothèses sur les modalités de ce futur conflit, l’ensemble des protagonistes intervenant, les objectifs visés. Cet aspect est important, mais secondaire.

Ce qui compte, c’est que la France s’inscrit dans un engrenage militaire au moyen d’un pacte secret et qu’il est nécessaire à la fois d’en prendre conscience et de mobiliser sur le moyen terme afin de chercher à empêcher le déclenchement de la guerre et, si elle se déclenche, de la combattre.

Par « pacte secret », nous n’entendons pas une conspiration, mais un procédé anti-démocratique où les directions des États négocient en-dehors de ne serait-ce qu’un droit de regard des masses, faisant pour autant des choix qui les engagent, qui les impliquent, qui les jettent à la guerre. Par « pacte secret », nous entendons également un document qui n’est pas rendu public et qui contient des clauses secrètes relevant du secret d’État.

Il faut ici rappeler que la social-démocratie internationale avait avant 1914 systématiquement dénoncé les pactes militaires secrets et que cette tradition anti-guerre est à reprendre.

Pour résumer les grands traits de l’établissement de ce pacte secret : il a été signé fin septembre 2021, lors de la visite à Paris du premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, du ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias, ainsi que du ministre de la Défense Nikos Panagiotopoulos.

Il y a eu à cette occasion une conférence de presse des présidents français et grec, les médias français indiquant alors que la Grèce se procurerait pour cinq milliards d’euros de navires de guerre (trois frégates) et d’avions de combat (vingt-quatre Rafales), acceptant la proposition la plus onéreuse de celles faites par plusieurs pays.

Cela reflète un choix qui a une raison précise : la France et la Grèce ont signé une « un accord de partenariat stratégique », qui n’a été expliqué de manière explicite par aucun des pays et dont les médias n’ont donc pas parlé.

Des informations rendues publiques par un média britannique – le Royaume-Uni est une puissance impérialiste concurrente de la France – attribuent au premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis le message suivant :

« Aujourd’hui c’est un jour historique pour la Grèce et la France. Ensemble avec le président Macron, nous avons décidé d’améliorer notre coopération de défense bilatérale, élargissant en même temps l’engagement de nos États pour la solidarité, l’assistance mutuelle et l’action commune dans tous les domaines.

La signature de l’accord pour l’établissement d’un « partenariat stratégique pour la coopération dans la défense et la sécurité » reflète une réalité bien connue : que les deux pays ont développé une alliance très forte qui va au-delà des obligations de l’un envers l’autre dans le contexte de l’Union Européenne et de l’OTAN. »

Les accords internes à l’Union européenne et à l’OTAN impliquent déjà une assistance, ce qui signifie qu’on a ici affaire à une véritable alliance militaire. Le même média britannique a également fait fuiter l’article 2 de l’accord franco-grec, qui dit :

« Les parties apporteront l’une à l’autre assistance et contribution, avec tous les moyens appropriés à leur disposition, et si nécessaire par l’emploi de la force armée, si elles considèrent ensemble qu’une attaque armée a lieu contre le territoire de l’une des deux, en accord avec l’article 51 de la Charte des Nations-Unies [impliquant le droit de légitime défense individuelle ou collective peut être exercé dans le cas d’une « agression armée »]. »

Étant donné qu’il existe des conflits territoriaux extrêmement importants entre la Grèce et la Turquie en mer Égée, c’est là assumer le prochain conflit, de manière absolument inévitable. Cet accord est également en soi un renforcement de la tension régionale et il faut rappeler ici l’épisode de juin 2020 lorsque la frégate française « Courbet » a été la cible d’une « illumination » par le radar de tir de la frégate turque « Gokova », correspondant à un avertissement avant une frappe.

Il faut combattre cette tendance à la militarisation, à la mise en place des blocs pour la prochaine guerre, tout comme il faudra s’opposer à la guerre elle-même.

Nous ne voulons pas revenir ici sur la question turque, la Turquie ayant un régime anti-populaire hautement répressif, étant un pays semi-féodal semi-colonial particulièrement agressif dans son expansionnisme au point de construire un centre militaire plus grand encore que le Pentagone américain et visant à établir son hégémonie sur une large partie de l’ancien empire ottoman.

Nous ne voulons pas le faire, car telle n’est pas la question, qui relève des révolutionnaires de Turquie et des forces kurdes de Turquie luttant contre l’oppression nationale. Nous tenons ici à les saluer, à saluer leur courage et leur abnégation.

C’est qu’il faut être absolument clair à ce sujet : la focalisation sur le caractère belliqueux de l’État turc, sa nature réactionnaire… est une erreur, dans la mesure où en France, c’est la focalisation sur le caractère impérialiste français qui doit primer.

Il faut ici reprendre sans ambiguïtés la thèse léniniste selon laquelle l’ennemi est dans son propre pays. Une guerre impérialiste doit se transformer en guerre civile. Étant donné les forces révolutionnaires en France, à moins d’un changement de configuration, on en sera loin vu d’aujourd’hui, et il faudra alors, au minimum, comme Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg, porter le flambeau anti-guerre, à travers la répression.

Il ne sera pas possible de faire de compromis avec la guerre, il faudra la rejeter avec la plus grande fermeté, il faudra souhaiter la défaite des menées militaires, il faudra dénoncer à la fois les visées impérialistes et l’appareil d’État dont les dirigeants de l’armée sont une composante.

Il sera également important de rejeter la thèse erronée, de type nationale-révolutionnaire, selon laquelle la Turquie serait à soutenir en raison du fait qu’elle serait la victime d’une puissance impérialiste. Même si la Turquie est semi-féodale semi-coloniale, elle peut relever de la guerre impérialiste et elle le fait d’autant plus qu’elle est développée et a atteint un stade expansionniste.

Il faudra affirmer, au nom de l’internationalisme prolétarien, que les révolutionnaires de chaque pays doivent œuvrer à la défaite de leur propre État, que le seul chemin hors de la guerre est l’affirmation de la démocratie populaire passant par la liquidation des forces monopolistes et de leurs alliés.

Cette entreprise sera malaisée, tant en France qu’en Turquie ou en Grèce, en raison du puissant chauvinisme auquel contribue une guerre de conquête. Cela promet des moments très difficiles, où ce sont les positions idéologiques qui détermineront de la possibilité d’avancer.

Mais les masses de France, de Grèce et de Turquie ne veulent pas la guerre de conquête, elles veulent l’amitié entre les peuples. Le chemin sera sinueux, mais l’avenir lumineux.

« Provocation de troubles, échec, nouvelle provocation, nouvel échec, et cela jusqu’à leur ruine — telle est la logique des impérialistes et de tous les réactionnaires du monde à l’égard de la cause du peuple ; et jamais ils n’iront contre cette logique.

C’est là une loi marxiste.

Quand nous disons : « l’impérialisme est féroce », nous entendons que sa nature ne changera pas, et que les impérialistes ne voudront jamais poser leur coutelas de boucher, ni ne deviendront jamais des bouddhas, et cela jusqu’à leur ruine.

Lutte, échec, nouvelle lutte, nouvel échec, nouvelle lutte encore, et cela jusqu’à la victoire — telle est la logique du peuple, et lui non plus, il n’ira jamais contre cette logique.

C’est encore une loi marxiste. »

Mao Zedong

Vive l’internationalisme prolétarien, vive l’amitié des peuples de France, de Grèce et de Turquie !

Non aux visées bellicistes, aux guerres d’influence et de conquête !

Pour l’unité révolutionnaire des avant-gardes de France, de Grèce et de Turquie !

Guerre à la guerre impérialiste !

Parti Communiste de France (marxiste-léniniste-maoïste)

Octobre 2021

Le matérialisme dialectique et la liberté

Mao Zedong a défini comme suit la liberté :

« La liberté, c’est la connaissance de la nécessité et la transformation du monde objectif. »

Il y a, dans cette formulation, deux aspects :

– la connaissance d’un côté, c’est-à-dire l’aspect intellectuel, théorique ;

– la transformation de l’autre, c’est-à-dire l’aspect pratique, concret.

Pour cette raison, on peut autant dire que

« La liberté, c’est la connaissance de la nécessité et la transformation du monde objectif. »

que :

« La liberté, c’est la transformation du monde objectif et la connaissance de la nécessité. »

Les deux aspects s’interpénètrent, ils forment une unité dialectique.

Pourquoi la connaissance est-elle nécessaire ?

Parce que la liberté est celle de quelqu’un en particulier. Or, ce particulier existe dans le général et ce général est en mouvement, il se transforme.

La liberté de quelqu’un en particulier ne peut donc pas exister sans s’insérer de manière adéquate dans cette transformation, sans quoi elle serait vaine, irréalisable, une illusion.

C’est la raison pour laquelle est employé le mot nécessité.

Spinoza avait conscience que l’être humain pouvait penser de manière suffisamment correcte pour se passer complètement de l’idée de Dieu, en concevant un univers infini et éternel. Son époque ne pouvait permettre toutefois que cette conception soit exprimée librement, aussi Spinoza, obéissant à la nécessité, avait comme devise « Caute », signifiant prudemment en latin.

C’est, en fin de compte, la contradiction entre le particulier et le général.

Pourquoi la transformation du monde est-elle nécessaire ?

C’est que, ce qu’il est possible de réaliser exige qu’on ait un rapport direct à la réalité, que toute la dignité de celle-ci soit reconnue.

La pratique ne peut pas se fonder sur la contemplation de la réalité, elle ne peut pas être le prolongement de l’abstraction. Une pensée étrangère à la réalité ne peut pas saisir la richesse du réel en mouvement.

C’est, en fin de compte, la contradiction entre la quantité et la qualité.

Le conscience comme subjectivité est ainsi placée dans la contradiction entre le particulier et le général, la transformation objective dans celle entre la quantité et la qualité.

Ce qu’on peut faire, de manière libre, s’insère ainsi obligatoirement dans une réalité prédéterminée, mais comme celle-ci est en mouvement, il y a également la liberté comme détermination subjective consistant en une tension vers une action pratique.

Il n’y a donc pas de liberté abstraite, au sens bourgeoise, il n’y a pas de désir ou de passion découplée du réel qui peut avoir un sens. Il existe un réalité objective où l’on se fonde. Sortir d’un tel cadre est du subjectivisme.

L’art contemporain est exemplaire d’un tel subjectivisme, tout comme la psychanalyse, l’idéologie LGBTQ+, l’idéologie des réseaux sociaux, le néo-darwinisme… Toutes les conceptions subjectivistes ayant comme point commun de résumer la liberté à une expérience purement individuelle, avec un individu faisant « exploser » le cadre du réel.

Il n’y a donc pas transformation objective qui ne soit portée par une conscience subjective, car toute transformation en général est porteuse du particulier et est ainsi porté par un particulier.

Nier cela, c’est basculer dans le formalisme, qui est la négation de la dignité du réel.

Les comportements stéréotypés sont exemplaires du formalisme, reflétant des milieux repliés sur eux-mêmes, s’auto-intoxiquant, vivant en cercle fermé, s’imaginant durer éternellement.

Ainsi, il n’y a pas de connaissance de la nécessité sans transformation du monde objectif, et inversement.

La liberté est le produit de cette contradiction, dont tous les aspects sont interreliés, où chaque aspect de la contradiction se convertit en l’autre.