Il serait bien entendu erroné de dire que la Renaissance italienne n’a joué aucun rôle dans la réaffirmation de la culture humaine, de l’esprit de civilisation.
Néanmoins, c’est la peinture néerlandaise qui est capable d’un regard vrai, matérialiste, à l’exemple de cette Nature morte avec accessoires pour fumeurs et chope de bière, de 1664.

Il n’y a pas de dédain pour ce qui est vrai, et la réalité porte toujours suffisamment de dignité pour être affirmée.
Si cela représente une révolution, ça l’est d’autant plus pour les femmes.
Le fait d’être représenté non plus seulement au nom d’une fonction ou d’une représentation est un vrai bouleversement. C’est une reconnaissance de leur existence.
Le Portrait d’une femme (peut-être Vrydags van Vollenhoven) de Jan van Ravesteyn en 1620 indique une capacité à passer du temps pour une représentation qui a une valeur en soi, sans le traditionnel dédain vis-à-vis des femmes.

Ce tableau date de même pas quatre-vingts ans après la mort de Michel-Ange, et on voit déjà bien comment on n’a plus rien à voir avec l’idéalisation des corps, toujours masculins.
La dignité n’est pas pour autant toujours de rigueur. En fait, dans la peinture néerlandaise, il n’y a pas d’hésitation à attribuer aux femmes une dimension érotique, avec une insistance particulière sur les seins.
Loin d’une prétendue austérité ou mortification, l’approche reconnaît explicitement la vie réelle et la dimension érotique.
Cela est permis, bien entendu, par la dimension intimiste, à l’exemple duSalomé avec la tête de Jean-Baptiste, peint par Godfried Schalcken vers 1700.

Cet épisode biblique est clairement prétexte à une représentation où la femme apparaît comme incontournable, toute puissante, ensorceleuse, dangereuse et belle, etc.
Ce sont évidemment les scènes de cabaret et de taverne, très nombreuses, qui sont le plus prétexte à ce type de présentation des femmes.
Cela étant, ce sont des œuvres très secondaires, pour ne pas dire accessoires.
Et ce qui compte surtout, c’est que la femme se voit reconnue une personnalité.
La dimension espiègle ressort bien de ce tableau qui présente Un vieil homme dormant près d’un feu, accompagné d’une servante, peint par Quiringh Gerritsz van Brekelenkamentre 1655 et 1665.

Au sens strict, la peinture néerlandaise ne sort bien entendu pas du cadre où ce sont les hommes qui sont les plus actifs socialement, les femmes étant poussées à se cantonner dans les tâches essentielles du ménage et de la famille.
Elles ne sont pourtant pas du tout absentes des peintures, elles se voient attribuer une personnalité de manière tout à fait nette, et ce d’autant plus si elles appartiennent aux couches supérieures de la société.
Il n’y a pas de négation des femmes, ce qui est un fait notable, et il y a la possibilité de les montrer réellement. Ce n’est pas une libération, mais c’est déjà une affirmation.
C’est la vie intérieure reconnue qui permet cela, car il ne saurait y avoir de vie intérieure sans couple, ni jeu du couple.
Une telle chose est parfaitement lisible dans le Divertissement musical proposé en 1665 par Caspar Netscher.
On a un premier couple où le lien des yeux est net, les sentiments sont flagrants. On a un second couple qui, lui, est plongé dans la musique, et pourtant le rapport est tout aussi évident.

Il y a un vrai effort de civilisation, car la situation n’est pas déséquilibrée.
Ce n’est plus un rapport médiéval, avec la femme qui est comme surajoutée.
Il y a, dans le confort de la bourgeoisie néerlandaise, un espace pour l’existence du couple fondé sur l’intériorité subjective, sur des rapports entre des vies intérieures.
Il faudrait toute une étude historique approfondie pour voir dans quelle mesure cela est vrai, et dans quelle proportion cela jouait sur le plan de la vie quotidienne.
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la peinture néerlandaise