Le mode de vie libertarien comme forme suprême de la vie quotidienne dans le mode de production capitaliste

Publié dans Connexions n°7, avril 2026,
comme résolution stratégique du Parti Matérialiste Dialectique


Avant de développer notre propos, nous allons le résumer de manière très simple, en quelques phrases. Nous pensons que l’idée est très facile à comprendre, même si ses implications exigent, par contre, une étude approfondie.

Nous partons d’un constat : le capitalisme s’est tellement développé qu’il peut proposer une multitude de marchandises capables d’être présentes tout au long de la vie quotidienne.

C’est ce que nous appelons le 24 heures du 24 du capitalisme, où la consommation perpétue la consommation.

Un exemple très simple et très parlant, est la consommation du café.

Auparavant, on achetait du café moulu bas de gamme et on utilisait une cafetière à filtre basique.

Désormais, la tendance est de se procurer une machine spécifique utilisant des capsules, avec du café tout aussi bas de gamme mais plus cher, ou une machine à grain, très chère mais en réalité produisant un café médiocre.

Cette généralisation du capitalisme produit cependant, en retour, une violente réaction.

Celle-ci ne consiste pourtant pas en une critique scientifique du capitalisme, mais en un élitisme individualiste à prétention aristocratique.

En l’occurrence, c’est le terrain pour les boutiques proposant un café de qualité, dit « de spécialité », ainsi que pour les achats d’appareils et accessoires haut de gamme, allant jusqu’à des meules usinées à haute précision et un porte-filtre en céramique fabriqué au Japon.

Ainsi, l’ancien capitalisme, celui de la cafetière, cède la place au capitalisme des capsules et des machines se voulant de valeur, ainsi qu’à la ribambelle d’accessoires et appareils pour le café de spécialité.

Avant, une consommation était simple et se terminait une fois faite. Maintenant, elle est elle-même prétexte à un renouvellement élargi de la consommation.

Et, au-delà de leur différence de conception et d’approche, les consommateurs sont tous devenus des libertariens, des gens pour qui la liberté de l’individu prime sur absolument tout le reste.

Dans leur imaginaire, ils vivent leur liberté et l’agrandissent par la consommation individuelle.

Ils accompagnent en pratique le marché et son élargissement, mais idéologiquement ils considèrent qu’ils développent le « champ des possibles » de leur propre existence individuelle.

Ils acceptent d’ailleurs les règles du jeu du capitalisme, et ils sont prêts à lutter les uns contre les autres, à se concurrencer, à entrer en compétition, afin de s’approprier une plus grande part du gâteau capitaliste en apparente expansion perpétuelle.

Dialectiquement, il y a bien sûr une contradiction au sein des consommateurs.

Les consommateurs « de masse » sont « inclusifs », car ils veulent le confort et la variété des capsules, ils privilégient la quantité. Les consommateurs élitistes se veulent aristocratiques au nom du sens de l’exigence, ils se tournent vers la qualité.

En pratique pourtant, tant les premiers que les seconds sont libertariens, car adeptes du marché libre, de la vie quotidienne menée suivant des « choix individuels ».

C’est le mode de vie libertarien comme forme suprême de la vie quotidienne dans le mode de production capitaliste.

Ce que nous disons est à la fois simple et compliqué. C’est un constat qu’on peut faire aisément en observant la vie des gens dans une société capitaliste développée.

En même temps, il y a besoin d’un regard profondément scientifique produit par la connaissance des modes de productions historiques de l’humanité et de l’évolution dialectique de l’univers.

Par principe, le matérialisme dialectique considère que tout mode de production après le communisme primitif et avant le Communisme relève de l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

Les êtres humains se cannibalisent les uns les autres, à différents degrés.

Dans le mode de production esclavagiste, les Cités – États vivent aux dépens des esclaves ; dans le mode de production féodal, ce sont les serfs qui sont exploités.

Dans le mode de production capitaliste, ce sont les prolétaires qui sont exploités, dans la mesure où on s’approprie leur force de travail en les rémunérant moins que ce qu’ils apportent.

Cependant, on a largement dépassé le stade des débuts du capitalisme, où l’accumulation était encore faible, et finalement même relative, car ne touchant pas tous les aspects de la vie quotidienne.

Désormais, dans les sociétés capitalistes avancées – nous ne parlons pas du tiers-monde – un prolétaire est souvent propriétaire de son logement, il peut également profiter de crédits à la consommation.

Dans son mode de vie, il n’est pas séparé de la bourgeoisie comme au 19e siècle. Son logement dispose de toilettes et d’une salle de bain, ce qui n’était pas le cas encore en large partie dans la seconde partie du 20e siècle.

Il a, lui aussi, un smartphone et un ordinateur, un lave-linge et un réfrigérateur, une cuisinière et un aspirateur, une télévision et également la plupart du temps une voiture. Il peut s’acheter facilement des habits neufs, y compris de marques.

Mieux encore, il peut accumuler du capital pour acheter un logement. Autour de 58 % des Français sont propriétaires.

Il n’est donc pas simplement possible de dire que les prolétaires n’ont que leurs chaînes à perdre. Ils ont au contraire des avantages matériels très prononcés.

Par contre, ils le paient avec une intensité de travail devenue bien plus grande.

Si le travail est physiquement moins dur qu’il y a deux cents ans, sur le plan des nerfs, il est bien plus usant. La force physique était employée pour pallier au besoin de la quantité de force, désormais fournie par les machines.

Les travailleurs du début du 21e siècle en France, en général, s’épuisent psychiquement d’autant plus. Leur investissement personnel atteint une proportion immense.

C’est cela dont beaucoup de gens, surtout les jeunes, se sont aperçus au moment de la pandémie de 2020, qui a bloqué les flux de production et permis un certain recul historique.

Nous n’irons pas que jusqu’à dire que les prolétaires ont donc maintenant des « chaînes en or », néanmoins c’est vrai dans une certaine mesure, surtout vu depuis le tiers-monde.

C’est d’ailleurs ce qui motive l’émigration.

Être exploité, souffrir psychiquement, mais pouvoir profiter de plusieurs semaines de vacances, être en mesure d’acheter un logement, profiter d’une assurance-maladie largement efficace, tout cela donne envie à qui ne l’a pas, et on parle ici de la grande majorité de l’humanité.

Les prolétaires de France le savent très bien et c’est pour cela qu’ils se tiennent très calmes politiquement depuis les années 1960-1970, ayant ouvertement perdu tout sens de la confrontation ouverte.

Dans le capitalisme développé – et nous soulignons bien qu’il n’est pas différent en substance du capitalisme décrit scientifiquement par Karl Marx – l’accumulation est absolue, au sens où absolument tous les aspects de la vie quotidienne sont touchés.

Le moindre acte de consommation se voit intégré à tout un processus de renforcement de la précision du capitalisme et de sa capacité d’élargissement.

Lorsqu’on fait ses courses, on fait désormais le travail des caissières, en passant soi-même les codes-barres des marchandises devant le scanner.

Rien que l’existence des codes-barres – généralisés seulement dans les années 1990 – indique l’immense capacité technique et logistique.

On utilise une carte de fidélité qui fournit des informations détaillées à l’entreprise, et de plus en plus un paiement sans contact est réalisé par l’intermédiaire du smartphone.

Ici, on touche un aspect essentiel. Et les choses sont allées si loin, justement, que tout le monde comprend immédiatement en quoi le capitalisme moderne profite immensément d’internet et du smartphone.

Le smartphone permet de toujours pouvoir, dans n’importe quelle situation, visiter des sites internet pour acheter, utiliser les réseaux sociaux, faire des paris, jouer, etc.

Il amène également à être sollicité en permanence, ce qui est essentiel pour le 24 heures sur 24 du capitalisme.

Il y a les forces productives pour proposer une multitude de marchandises, et il y a les infrastructures pour être en mesure de les proposer à la consommation.

Le niveau des masses étant relativement haut, le capitalisme peut fonctionner et chercher des voies pour s’agrandir.

Prendre l’avion était autrefois un privilège ; cela relève désormais de la consommation de masse.

Les choses ont changé aussi : on paye pour choisir son niveau de confort et son siège, pour disposer d’un bagage ou profiter d’un repas, ou même pour un embarquement prioritaire.

Tout cela a un immense impact idéologique et culturel.

La consommation n’est pas qu’une réalité matérielle, c’est également une idéologie.

Nous ne voulons pas dire ici que les critiques sociologiques et aristocratiques des années 1960, qui dénonçaient la « société de consommation », avaient raison.

Leurs auteurs dénonçaient à la fois les masses, le rôle de la technologie, l’importance accrue de l’organisation sociale.

Nous, nous sommes en faveur des masses et donc d’une société de consommation… Mais avec une consommation socialiste, pas une consommation capitaliste.

Le fait est que, si le capitalisme a apporté des progrès matériels, les gens sont vite amenés à acheter n’importe quoi, et n’importe comment.

On retrouve ici la combinaison de la consommation capitaliste et de son idéologie. Il y a une impulsion permanente à l’achat.

Et les gens achètent d’autant plus des choses que leur existence est morne, terne : ils essaient de combler leur angoisse, leur anxiété, par une frénésie d’achats et de représentations liées aux achats.

C’est là où les réseaux sociaux rentrent en jeu. Instagram et TikTok, par exemple, sont emblématiques d’une fuite en avant dans la mise en scène toujours liée à la consommation.

Même si ce n’est pas un voyage ou un habit qui est mis en avant, la diffusion d’une vidéo s’inscrit dans une tentative de valorisation, d’insertion dans l’algorithme afin de devenir tendance.

C’est précisément ce qui fait que l’idéologie de la consommation donne naissance au mode de vie libertarien, qui est adopté de manière naturelle par tous ceux qui consomment.

L’idéologie libertarienne est née aux États-Unis, comme libéralisme et anarchisme poussés jusqu’au bout.

L’État et la société doivent s’effacer, afin de laisser les individus agir comme bon leur semble, les rapports entre eux devant se fonder sur des contrats qu’ils signeraient.

Pour les libertariens, la société est une fiction et l’État est un parasite.

Mais ce sont là simplement des idées philosophiques, qui ont été portées surtout par une minorité d’intellectuels libéraux et d’entrepreneurs californiens.

En pratique, c’est la sensibilité libertarienne qui a été adoptée par la consommation capitaliste.

La raison est simple : le capitalisme moderne dispose d’énormément d’outils lui permettant de pratiquer le profilage : les entreprises savent quel type de consommation est faite, à quel moment, pour quelles sommes et dans quelles proportions, etc.

C’en est fini de la consommation de masse indifférenciée, il est désormais possible de produire de manière fragmentée, segmentée.

C’est tout bénéfice pour le capitalisme, qui élargit le marché, l’approfondit, et profite en plus de marchés captifs.

Ce n’est toutefois possible que si les normes s’effacent, que les régulations disparaissent, que les frontières tombent.

Les anciennes traditions de consommation visant tout le monde doivent céder la place à une consommation ciblant chacun en particulier.

Il faut également que le consommateur se reconnaisse comme unique dans son comportement et sa sensibilité.

Il ne faut surtout pas qu’il vive comme tout le monde et qu’il s’imagine vivre comme tout le monde. Il doit s’imaginer comme différent, voire totalement à part.

Dans les faits, ce n’est bien entendu pas le cas et même le capitalisme n’est pas en mesure de proposer un type de consommation unique pour chaque personne.

Cependant, il peut le faire croire et il a besoin que les gens le croient, afin qu’ils s’installent dans une dynamique de segmentation, de fragmentation.

On pourrait résumer simplement tout cela en disant que le capitalisme a multiplié les modes et qu’il les a sophistiqués.

Et qu’il les a offertes aux consommateurs en expliquant que, maintenant, le « rêve américain » était vrai pour tout le monde.

Les consommateurs ont accepté cette possibilité matérielle d’améliorer leur vie quotidienne et, par absence de conscience sociale, ils sont tombés dans le piège du capitalisme.

Car dans une telle situation, « réussir sa vie », c’est la vivre comme un entrepreneur, à travers des choix et des actions pour conquérir des « parts de marché » dans la vie.

Tout rapport – émotionnel, sentimental, familial, amical, amoureux, etc. – doit être considéré comme une entreprise le ferait, car seule une entreprise est capable de tirer des bénéfices des choses.

Il y a une logique de comptabilité et d’accumulation qui prend le dessus, aux dépens de la sensibilité et de l’authenticité.

Là où nous disons, en tant que communistes, que l’univers est infini, que le collectivisme est le vecteur réel d’une humanité en quête d’épanouissement, les consommateurs libertariens se voient comme les pirates des temps modernes, espérant s’accaparer un nombre fini de biens et de services, de rapports émotionnels, amicaux, sexuels, etc.

Autrement dit, ils considèrent que la réalité est un monde où un individu agit afin de maximiser son potentiel de consommation.

C’est le « rêve américain » généralisé, du moins dans l’imaginaire des gens.

Il faut bien se souvenir qu’en France, le syndicalisme rejette formellement la soumission au politique.

Pour cette raison, le syndicalisme a toujours consisté en des expressions corporatistes, avec certains secteurs utilisant les rapports de force pour défendre leurs intérêts particuliers.

Il est important de noter cela, parce que sinon on ne peut pas comprendre comment le syndicalisme français a justement, par ses mentalités, accompagné la logique libertarienne des salariés.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la CFDT est devenue le premier syndicat en termes d’adhérents et de suffrages.

Les consommateurs sont, en effet, avant tout des producteurs. Il n’y a pas de production sans consommation, et inversement.

La production est, à ce titre, le premier lieu de la transformation des mentalités, dans le sens du mode de vie libertarien, avant même la consommation. Cela passe par le salariat.

À partir de mai 1968 et de l’irruption du thème de la vie quotidienne dans les syndicats, il y a eu une prédominance toujours plus grande du thème des acquis sociaux, des avantages individuels.

La CFDT a été le fer de lance de cette logique de revendications qui ne s’adressait plus à la classe des prolétaires, ou à la masse des travailleurs, mais à chaque personne spécifiquement.

C’est le remplacement du projet collectif par la société ouverte donnant toujours plus de droits individuels.

Cette approche a été portée, à côté de ce syndicat, par la « seconde gauche », avec le Parti socialiste, le quotidien Le Monde, l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur.

On est ici dans l’équivalent direct du Parti démocrate aux États-Unis.

Dès les années 1950 d’ailleurs, les intellectuels de la CFDT font des États-Unis le modèle pour les rapports entre le patronat et les salariés.

La démarche est simple : chaque salarié doit être considéré comme unique, ses droits doivent le toucher en tant qu’individu, il faut qu’il ait les moyens de s’adresser individuellement à sa hiérarchie ainsi qu’aux organismes institutionnels.

Sous couvert de démocratisation du lieu de travail, avec l’espoir hypothétique de la cogestion, voire de « l’autogestion », l’idéologie libertarienne s’est répandue chez les salariés.

Le résultat est flagrant : les salariés français ne raisonnent jamais en termes collectifs. Une grève, c’est pour eux le rassemblement d’individus faisant face à une même situation et protestant ensemble.

L’attitude du salarié dans l’entreprise est également ouvertement détachée : il ne se considère plus comme un travailleur, mais comme un individu qui se retrouve, pour un temps donné, dans une certaine position sociale où il doit exercer une activité.

On l’a compris : c’est la négation de la conscience de classe.

Mais c’est également tout un rapport faussé au travail. Les salariés ne croient plus au principe de la production, ils s’imaginent tous comme des prestataires de service.

Un livreur n’a pas de vision du monde différente de son activité qu’un employé, un tatoueur ou un caissier.

C’est là quelque chose de conforme au mode de vie libertarien et, pour cette raison, chaque salarié se visualise lui-même comme une entreprise, avec une sorte de bilan comptable avec les entrées et les sorties, les bénéfices et les pertes.

Une profonde aliénation est ainsi installée.

Les salariés, par la société de consommation propre au capitalisme modernisé, ont intégré idéologiquement la notion de contrat de travail.

Ils n’ont aucun aperçu de la production dans son ensemble et la notion d’exploitation est une abstraction pour eux, ou bien se résume au principe d’un travail trop fatiguant.

Il est indiscutable que l’officialisation du mode de vie libertarien a eu lieu avec la seconde investiture de Donald Trump comme président de la superpuissance impérialiste américaine, en janvier 2025.

Avec Donald Trump, on a un pays entier qui se comporte comme une entreprise, en quête de profits plus grands et de parts de marché qui s’élargissent, rêvant d’une situation de monopole.

C’est le mode de vie libertarien instauré à l’échelle d’une nation, et ce alors qu’en plus celle-ci dispose de l’hégémonie mondiale, avec le capital le plus important, l’armée de loin la plus puissante, le dollar comme monnaie planétaire de référence et de transaction, les technologies les plus avancées.

Donald Trump l’assume : il veut plus de richesses, plus de domination. Il agit comme un pirate, qui n’a besoin de rien justifier.

Du Groenland au Venezuela, en passant par l’Iran, tout ce qui l’intéresse ce sont les intérêts américains, et il le revendique.

Il est ironique, mais tout à fait logique, que des anarchistes français aient ouvert en 2007 une maison d’édition intitulée « Libertalia », en référence à une pseudo-utopie pirate qui aurait eu lieu à la fin du 17e siècle à Madagascar, et que ce rêve de piraterie soit désormais ouvertement assumé par le capitalisme américain ultra-agressif.

Le mode de vie libertarien correspond absolument à l’esprit pirate, pour qui tout est une opportunité.

On utilise une application de rencontres en voyant les « opportunités », tout comme on fait de même pour un emploi sur LinkedIn, un logement de vacances sur Airbnb, des vêtements sur Vinted, absolument n’importe quoi sur Leboncoin, des compétences telles le montage ou le design sur Fiverr, etc.

On est bien entendu ici dans un très haut degré d’aliénation. Tous les comportements, toutes les attitudes, toutes les valeurs culturelles sont saturés par le mode de vie libertarien.

De par l’environnement et l’adaptation des gens à cet environnement, on se considère dans l’obligation de concevoir toute chose, tout phénomène, tout rapport comme relevant d’une entreprise en quête de bénéfice, d’individu en quête d’opportunité.

Plus rien n’a de valeur en dehors de cette logique d’accumulation.

Une figure grossière et opportuniste comme Donald Trump est emblématique d’une telle approche, et aux yeux des consommateurs libertariens, il apparaît d’ailleurs comme authentique et pragmatique.

L’émergence de Donald Trump doit, naturellement, absolument tout au capital financier, qui l’a propulsé sur le devant de la scène, comme porteur d’une « révolution par en haut ».

C’est le capital financier, avec notamment les grandes entreprises de technologie, qui exige que la société américaine soit réorganisée, les priorités modifiées, afin que sur tous les plans les choses s’adaptent au mode de vie libertarien.

L’intelligence artificielle, qui a connu un saut qualitatif depuis 2017 avec le modèle « Transformer », est ici incontournable, parce que c’est justement un moyen de restructurer, de provoquer une hausse de la productivité, d’accélérer la compétitivité, de renforcer la concurrence, de relancer la compétition, de bouleverser le marché du travail.

Dans l’imaginaire du capital financier américain, Donald Trump est le chef pirate, l’intelligence artificielle le navire, les réseaux sociaux l’océan, et tout le reste consiste en des opportunités dont il faut profiter.

Il est évident qu’on fait face, avec un tel phénomène historique porté par la superpuissance impérialiste américaine, à une véritable crise de civilisation.

Si comparaison n’est pas raison, on a une forme d’équivalent tout de même avec l’effondrement de l’empire romain, et avec lui de tout le mode de production esclavagiste qui avait jusque-là traversé les siècles.

Les capitalistes européens n’ont pas cessé de souligner qu’ils n’étaient pas les capitalistes américains, qu’ils étaient quant à eux portés par des valeurs véritables et que l’Union européenne formait un contre-modèle au culte américain du coup de force et du fait accompli.

Le capitalisme européen transporte pourtant la même chose que le capitalisme américain.

C’est la même logique d’accumulation du capital, avec le même défi de chercher à échapper à la chute tendancielle du taux de profit.

La concurrence pousse à la modernisation, la modernisation met de côté les travailleurs ; la réelle richesse provient cependant de l’exploitation des travailleurs, d’où une nouvelle modernisation qui est nécessaire, avec à chaque fois davantage de pression exercée sur les travailleurs non mis de côté.

De plus, toute l’idéologie inclusive de l’Union européenne correspond très précisément à la démarche de fragmentation identitaire et communautaire des États-Unis.

C’est fait au nom de la bienveillance, et c’est ainsi que la plupart des gens interprètent les valeurs LGBT, mais en réalité c’est une machine à diviser, à séparer, à isoler.

C’est d’ailleurs l’aboutissement de tout un processus, où la bourgeoisie a toujours entrepris de nier, de combattre, d’exterminer les conceptions collectives, collectivistes, communistes, matérialistes dialectiques.

Seules auraient de la valeur les explications fondées sur l’individu et ses choix, sur le hasard et les statistiques.

Le capitalisme n’a eu de cesse, tout au long des 19e et 20e siècles, de promouvoir une vision individualiste du monde, à travers de très nombreux vecteurs idéologiques : l’impressionnisme en peinture qui dit qu’il faut se fonder sur les impressions individuelles, la phénoménologie en philosophie qui affirme que tout sentiment intérieur de la conscience est une vérité en soi, l’existentialisme comme expression littéraire du repli sur soi et sa consommation du monde environnant, etc.

Tout cela peut, plus simplement, se résumer au slogan de McDonald’s « Venez comme vous êtes ». La consommation a besoin de clients toujours plus différents et nouveaux.

Bien entendu, certains capitalistes prônent davantage l’inclusivité et l’élargissement des marchés, d’autres capitalistes ont plus intérêt à ce que les choses n’aillent pas trop vite.

C’est ce qui fait la distinction entre les Démocrates et les Républicains aux États-Unis.

La même fausse alternative se dessine en France et dans tous les pays capitalistes.

Dans le fond, tant les uns que les autres sont d’accord sur la protection du régime en place, la puissance de l’économie, l’importance de l’armée, le libéralisme dans les mœurs, le relativisme historique, le soutien à l’art contemporain, l’utilisation d’une immigration plus ou moins choisie comme main-d’œuvre utile, etc.

Il existe des capitalistes de gauche comme de droite, car il existe des intérêts allant plus dans un sens ou dans un autre.

C’est là simplement l’expression de nuances au sein des classes dominantes.

Ces nuances s’expriment à travers différents partis politiques, dont le sens fondamental est le même.

Il existe, qui plus est, une profonde désaffection pour la politique et les valeurs ont disparu ; c’est dans le style de gestion et dans le choix des intérêts les plus directs qu’on arrive à distinguer les uns des autres.

Cela correspond parfaitement au mode de vie libertarien, avec des individus qui se considèrent comme des « clients » des politiques menées.

Il n’y a pas d’idée d’engagement, simplement de soutien indirect, participatif.

Il faut ici rappeler le fonctionnement des partis américains, qui sont faiblement structurés et relèvent dans les faits d’une coalition, avec différents niveaux d’intégration, les responsables étant choisis de par leur capacité à trouver un dénominateur commun maximum.

Derrière les partis démocrate et républicain américains, ou plus exactement à travers eux, il y a les groupes religieux, les syndicats, les associations, les ONG, les think tanks, les lobbys, les regroupements économiques, etc.

Nous insistons là-dessus car le même phénomène se produit en France et ne peut que grandir ; on a déjà vu cela avec le phénomène des « primaires de la gauche », une forme de choix totalement en rupture historique avec la tradition du mouvement ouvrier où le Parti établit un programme et choisit un représentant adéquat.

Le mode de vie libertarien nécessite des clients de la vie quotidienne capitaliste qui se mobilisent, avec une dimension populiste et irrationnelle, afin de l’emporter électoralement et dans une course à la popularité à tout prix.

Nous affirmons, au contraire, la nécessité d’un prolétariat conscient, s’assumant en tant que classe ayant un rôle historique à jouer.

C’est là où nous posons que l’affirmation de la civilisation socialiste mondiale s’oppose frontalement au mode de vie libertarien éparpillé dans des pays capitalistes en compétition.

Les masses n’ont pas la conscience historique de cette nécessité de la civilisation socialiste mondiale, même si à de multiples niveaux cela s’exprime indirectement.

La conséquence directe est l’implosion des tissus sociaux du pays. Il n’existe plus d’unité, ni de continuité ; les vécus sont à la fois tout à fait similaires et radicalement différents.

Ce qui distingue les situations des Français, c’est leur rapport au rythme du mode de vie libertarien. Celui-ci est plus ou moins puissant, plus ou moins qualitatif ou quantitatif.

Ce rapport au temps détermine chaque espace du pays, avec en toile de fond l’accélération de la séparation – unification des villes et des campagnes.

Le capitalisme est né des villes : désormais il les vide de leur substance et les fait s’étaler de plus en plus, dans un phénomène de rurbanisation absolument massif.

L’artificialisation des sols, chaque année, équivaut à ajouter une surface urbaine de la taille de Marseille. Cependant, au-delà de cela, il y a la tendance générale à rendre fonctionnel à tout prix : c’est ce qui produit la France des ronds-points.

L’espace est défiguré, absorbé par les exigences du temps capitaliste, toujours soucieux de rendement accéléré.

Il faut se souvenir ici de l’explication de Karl Marx au sujet du capital. Le capitalisme ne vise pas qu’à produire du profit : il en faut toujours plus.

Tout va donc de plus en plus vite.

La géographie française ne doit, pour cette raison, pas être comprise de manière unilatérale avec d’un côté les villes et de l’autre les campagnes.

En réalité, la distinction se fait par le rapport à l’accélération capitaliste.

Plus on est lié à elle, même si on est un prolétaire, plus on est porté par une dynamique apportant un certain confort matériel et une « nourriture spirituelle » consumériste abondante.

Moins on est lié à elle et plus on est mis à l’écart, déconnecté, dévalué, marginalisé.

Dans le premier cas, on s’imagine avoir des valeurs nouvelles, apporter des choses différentes, ajouter de la culture, etc.

On ne fait en réalité ici qu’accompagner l’élargissement du marché, mais on s’imagine novateurs, progressistes.

Cette version de « gauche » du capitalisme est bien entendu liée aux centre-villes, de manière directe ou indirecte.

Elle a comme base les cadres supérieurs, les professions libérales, les professions intellectuelles, les travailleurs du numérique, à quoi il faut ajouter les étudiants (qui rêvent de s’installer) et les fonctionnaires (qui sont installés, même si pas forcément comme ils l’auraient voulu).

Dans le second cas, on éprouve un sentiment de confusion, avec un profond ressentiment contre une mondialisation à la fois abstraite et lointaine qui abîme tous les repères du quotidien, sans en fournir de nouveaux.

Tout est très bien condensé par le propos provocateur d’Emmanuel Macron, déjà président de la République, en 2021, pour l’inauguration d’un campus de start-up : « Une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. Parce que c’est un lieu où on passe. Parce que c’est un lieu qu’on partage. »

Le capitalisme, à l’époque du mode de vie libertarien, ne consiste pas seulement à être riche ou aisé. Il faut en permanence être dans la nouveauté consumériste.

C’est la raison pour laquelle les « bourgeois à l’ancienne » ont pratiquement disparu.

C’en est fini du bourgeois conservateur et cultivé, arc-bouté sur ses privilèges, mais intellectuellement capable.

Dans la France de 2026, tous les bourgeois sont des opportunistes et de plus en plus des incapables.

C’est la décadence d’une classe, inévitable, et le mode de vie libertarien est son chant du cygne.

En attendant, il faut prendre le « rêve » capitaliste au sérieux : les restructurations sont une réalité, la tentative de réactiver le capitalisme par l’élargissement des consommations et par l’intelligence artificielle est un fait.

C’est même une nouvelle bourgeoisie que le capitalisme cherche à produire, sous la figure du « bobo », qui ne vit pas seulement dans les centre-villes : sa figure irradie dans tout le pays, en particulier dans la jeunesse qui s’imagine « contestataire ».

La vraie géographie française oppose, en substance, ceux qui pensent qu’il y a des choses à tirer du capitalisme et ceux qui se retrouvent mis de côté.

On ne fait pas la révolution sur du ressentiment et les masses mises de côté par la mondialisation qui choisissent le nationalisme passent à côté du problème, elles gaspillent toutes leurs forces.

Inversement, il faut être aveugle pour ne pas voir que le capitalisme est capable de vendre du rêve à des jeunes, y compris loin des centres-villes, en faisant miroiter des métiers dans la finance, dans le divertissement (influenceur, créateur de contenu, etc.), dans le luxe, dans le sport de haut niveau, etc.

La porte de sortie individualiste est très présente idéologiquement et elle amène des pans entiers de la jeunesse à rêver d’elle.

Le petit commerce notamment est particulièrement valorisé comme étape intermédiaire pour progresser socialement.

Un aspect essentiel tient ici aux fast-foods, du McDonald’s aux kebabs, qui correspondent parfaitement au consumérisme libertarien : catastrophique sur le plan nutritif, immoral au possible dans le rapport aux animaux, ultra-rapide et individualisé.

Qu’on trouve ces fast-foods à la fois dans la France « rapide » et dans la France « lente » est indéniablement une expression de la tendance de fond dans notre pays.

C’est le nivellement par le bas, accompagné de l’individualisation, avec des espoirs plus ou moins grands, plus ou moins déçus.

Il semble n’y avoir, dans un tel panorama, aucun espace pour la conscience de classe.

Et cet espace n’existe pas, en effet, dans un capitalisme devenu absolutiste.

Il ne peut même plus y avoir de bulles vivant à l’écart, qu’elles relèvent des punks, de la techno, des rastas, des gothiques, du hip-hop, des squats, etc.

Ce qui est donc décisif, de manière indiscutable, c’est la rupture.

En France, dans le capitalisme qui a tout conquis, ce qui est indiscutable, c’est le poids croissant de la subjectivité révolutionnaire.

La rupture est ainsi d’abord mentale. On décide de ne plus s’aligner avec le rythme imposé par le capitalisme. On ressent le besoin de Communisme.

Ce besoin se fait en rapport avec l’exigence d’une vie épanouie, de mener une vie productive, où on développe ses propres facultés, où on cesse de mépriser l’art, de mettre la Nature de côté, de considérer les animaux comme des objets.

On sent qu’on a besoin d’un saut qualitatif.

C’est le moment où la conscience particulière d’une personne entre en résonance et en communion avec la conscience collective de l’Humanité, où le besoin d’harmonie avec la Vie, avec la Biosphère règle et aligne la subjectivité et les actes sur une conformité relativement différenciée, mais dirigée dans un cadre et dans une direction commune.

Ce moment est le fruit de l’expérience même de l’existence, et si toute personne peut fondamentalement développer ainsi sa subjectivité révolutionnaire, à l’échelle sociale, le prolétariat est à la fois la classe porteuse de ce rapport et la classe en mesure de renverser l’ordre bourgeois par son entrée collective en rupture.

En fait, développer sa subjectivité révolutionnaire, c’est s’aligner sur l’esprit prolétarien.

C’est cette dynamique qui produit le Parti révolutionnaire, avant-garde de la rupture prolétarienne.

Bien entendu, toute la question est alors celle du rapport avec le prolétariat, puisque l’esprit prolétarien ne peut exister sans le prolétariat, sans liaison avec le prolétariat, sans participation à sa vie, sans bataille en son sein.

Quel rapport établir avec lui pourtant, alors qu’il ne semble pas intéressé par la révolution ?

C’est là où joue son rôle le Parti et la science qu’est le matérialisme dialectique, comme expression synthétique de l’époque et condensation du parcours révolutionnaire historique.

Grâce au Parti et à la science, on dépasse le moment de la prise de conscience, la lucidité critique, pour parvenir littéralement à une conversion de la réflexion intérieure, au passage d’une conscience dispersée dans les formes de la vie bourgeoise à une intériorité unifiée par une exigence de justice et d’universalité.

On cesse d’être un individu abstrait au sein du capitalisme, on devient une personne réelle, en pleine conscience du devenir historique de l’humanité et de la nature de l’être humain, cet animal social sorti de la Nature, mais qui aspire à y revenir, en conservant les acquis de son parcours.

C’est la question de la vision du monde qui est ainsi centrale.

Le capitalisme veut empêcher que les gens aient un aperçu global sur la réalité, il veut empêcher les prolétaires de partir d’un point de vue de classe.

Le capitalisme apporte l’obscurité dans les consciences.

Le Parti amène la lumière, en présentant la science, le matérialisme dialectique. C’est son but, comme l’ont enseigné Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Zedong.

Le Parti porte la vision du monde qui est juste, qu’il réactualise à chaque étape historique, qu’il précise en fonction des situations propres à chaque pays.

La conscience de classe n’est jamais le produit mécanique d’une situation sociale, et encore moins dans un capitalisme à la fois absolu et en effondrement.

Elle vient de l’extérieur de la classe, elle vient du Parti.

C’est ce que Lénine résume parfaitement dans « Que faire ? » en expliquant que

« la conscience politique de classe ne peut être apportée à l’ouvrier que de l’extérieur, c’est-à-dire de l’extérieur de la lutte économique, de l’extérieur de la sphère des rapports entre ouvriers et patrons.

Le seul domaine où l’on pourrait puiser cette connaissance est celui des rapports de toutes les classes et couches de la population avec l’État et le gouvernement, le domaine des rapports de toutes les classes entre elles ».

Le Parti a une vision globale, qui lui permet de voir les choses de manière correcte.

Et depuis Mao Zedong et la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne chinoise, on sait que la bataille ne porte pas que sur le pouvoir de l’État et la conscience de classe : il y a également la culture, la science, en fait tous les domaines de la vie.

Car c’est toute une manière différente de voir les choses, toute une sensibilité nouvelle, tout un intellect nouveau qui doivent triompher.

La révolution porte ainsi une culture nouvelle, qui seule peut sauver la civilisation et lui permettre d’avancer de nouveau.

Le mode de production capitaliste a fait son temps, les mentalités qu’il produit sont contre-productives.

Il y a d’ailleurs, comme on peut le voir, des résurgences de phénomènes de cannibalisme social propres au féodalisme et à l’esclavagisme, avec le développement important des mafias.

C’est pourquoi le vrai sens de la rupture subjective par rapport au capitalisme se trouve dans la saisie du principe de « temps long ».

Le regard matérialiste dialectique sur l’humanité s’inscrit dans une temporalité longue, celle de l’histoire sociale de l’humanité, ouverte avec la sédentarisation néolithique et la formation des premières structures sociales en tant que telles.

Cette histoire sociale de l’humanité condense un immense processus historique où les forces productives se sont accumulées, où les contradictions sociales se sont progressivement développées et imbriquées jusqu’à rendre possible leur dépassement.

Le prolétariat est l’héritier historique de la bourgeoisie, tout comme celle-ci a hérité de la noblesse, et que cette dernière avait été l’héritière des esclavagistes.

C’est l’avancée vers le Socialisme, ou le recul vers la barbarie, pour relancer un cycle où réapparaîtra de nouveau la nécessité du Socialisme.

Le Socialisme est un saut qualitatif, par la culture, au service de la civilisation. Il doit être compris de cette manière et pas autrement.

Le retour à la barbarie ne serait pas seulement une régression matérielle, ce serait la perpétuation des rapports de domination sous des formes dégradées ou violentes accumulées en couches épouvantables.

La rupture prolétarienne, au contraire, tend vers une universalisation des acquis de la civilisation, en les libérant de leur inscription dans l’inégalité sociale et l’appropriation privée.

De la première division sociale du travail aux formes modernes du capitalisme, se déploie une dynamique conflictuelle, où la tendance à la civilisation le dispute à la barbarie, dont le prolétariat constitue l’aboutissement et la mise en crise finale et absolue de l’Histoire.

Tel est le sens du programme révolutionnaire : le prolétariat est l’antagoniste social de la bourgeoisie, il est l’accomplissement contradictoire et civilisationnel de l’Histoire dans sa dimension sociale.

La rupture qu’il incarne suppose d’assumer l’héritage des formes culturelles, techniques et symboliques produites par l’Humanité, tout en les arrachant aux divers rapports de domination qui les ont façonnées.

C’est cet héritage civilisationnel que le capitalisme tente justement de massacrer, de liquider, de détruire au moyen du mode de vie libertarien.

Son but est d’empêcher le saut historique, en supprimant l’héritage historique.

La rupture portée par le prolétariat désigne fondamentalement une conflictualité historique totale, inscrite dans la longue durée des sociétés humaines.

Depuis les premières formes de domination issues de la sédentarisation néolithique, les rapports sociaux ont été structurés par des antagonismes dont le capitalisme constitue finalement l’expression la plus développée, d’autant qu’il n’est pas parvenu à complètement éteindre ou dépasser les formes plus primitives ou obsolètes qu’il a lui-même combattues.

C’est ce qui explique l’existence ou le surgissement de structures sociales semi-féodales comme le sont les religions par exemple, ou bien même semi-tribales semi-féodales comme le sont les mafias du narco-trafic ou de la prostitution.

La rupture prolétarienne ne fait ainsi que porter à son point de tension maximale une contradiction ancienne et accumulée en couches, que l’Humanité est pour la première fois depuis les débuts même de l’Histoire en capacité de dépasser.

Toutefois, on aura compris que la lutte contre une telle masse sombre de contradictions accumulées derrière le capitalisme exige une lutte de très haute intensité.

C’est l’Humanité qui joue ici sa plus importante partie.

La lutte même est donc un acte intense, elle doit être comprise comme un processus prolongé et approfondi conduisant de la rupture à la fondation d’un Nouvel Ordre.

C’est ce que nous appelons la Guerre Populaire, telle que conceptualisée dans sa substance par Karl Marx et Friedrich Engels, par Lénine et Staline, puis par Mao Zedong.

Ainsi comprise, elle ne doit pas être considérée d’abord comme une simple modalité militaire, mais comme la forme historique d’un affrontement global entre deux logiques de civilisation, entre deux visions du monde.

Elle exprime la nécessité d’une rupture pleine et entière, non seulement avec des structures économiques, mais avec un ensemble de représentations, de valeurs et de pratiques qui organisent la reproduction de l’ordre bourgeois.

La Guerre Populaire a donc un statut particulier : au plan du matérialisme historique, elle vise à dépasser un ordre devenu obsolète, et au plan du matérialisme dialectique, elle vise à accomplir le devenir de l’humanité sociale en la fondant dans la Nature, dans le Cosmos.

C’est cette profondeur totale et gigantesque qui la définit comme une « lutte finale » au sens où elle concentre et résout les contradictions fondamentales de l’histoire des sociétés de classes, sans pour autant clore l’histoire comme processus ouvert et infini.

Car cette rupture n’est pas une fin, mais un seuil.

Elle ouvre sur une nouvelle historicité, dans laquelle l’humanité cesse d’être séparée de ses propres conditions d’existence.

Là où les formations sociales antérieures instituaient une distance entre l’Humanité et la Nature médiatisée par la domination et l’appropriation, s’esquisse la possibilité d’un rapport réconcilié, fondé sur un rapport dialectique productif, conscient et collectif, à la planète comme Biosphère.

Dans cette perspective, la Guerre Populaire doit être pensée comme intrinsèquement liée à la civilisation elle-même.

Elle ne peut se confondre avec la destruction ou la barbarie, car elle porte en elle l’exigence d’universalisation des acquis humains.

C’est pourquoi elle s’oppose, dans son principe, aux formes de violence aveugle qui annihilent les conditions mêmes de la vie sociale, telles que les destructions indiscriminées, l’usage d’armes de destruction comme la bombe atomique ou les atteintes aux populations non impliquées dans le conflit.

La rupture prolétarienne implique ainsi une normativité interne de la violence : elle est orientée par les valeurs qu’elle prétend instituer.

En ce sens, elle est déjà, dans son mouvement même, affirmation de la Culture et production d’une Nouvelle Humanité.

Elle transforme les rapports sociaux non seulement en les renversant, mais en les reconfigurant selon des principes de collectivisme, de démocratie populaire et de responsabilité collective, dans la compréhension de l’universalité de la dialectique.

Ce processus confère à la lutte une dimension éducative.

Elle ne produit pas seulement un nouvel ordre, mais une nouvelle subjectivité, façonnée dans et par l’expérience du collectif et de la Guerre elle-même.

L’esprit prolétarien ne s’impose pas abstraitement : il se réalise dans des pratiques, des organisations et des formes de vie qui préfigurent, au sein même du conflit et de ses exigences, les traits d’une humanité à venir.

Et c’est le sens du Parti que de porter cette proposition stratégique historique, d’en établir les perspectives concrètes dans un pays donné par une pensée en mesure de guider, de diriger la révolution où les larges masses se transforment pour transformer le monde.

Guerre populaire jusqu’au Communisme !

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