Les peintres-photographes naturalistes: Jean-Eugène Buland

Jean-Eugène Buland (1852-1926) utilisait également la photographie pour élaborer ses peintures et ici la déformation est évidente. Le risque avec la photographie est de se focaliser sur le sujet central, de le faire irradier son environnement, au lieu de la placer en harmonie, en synthèse avec lui.

Jean-Eugène Buland est ici exemplaire de cette erreur. Le repas du jardinier, de 1900, témoigne d’un style qu’il développe et qu’on considère aujourd’hui comme du « super-réalisme », d’« hyper-réalisme », etc., alors qu’en réalité on a quitté le terrain du réalisme.

Le repas du jardinier

Si l’on prend Le tripot, une peinture de 1883, l’aspect erroné est flagrant. En cherchant un rendu photographique, les personnages deviennent des figures fantomatiques, car l’environnement est comme aspiré par eux.

Il y a une dimension irréelle qui se développe, une dimension quasi fantastique qui se dégage. Les personnages ne sont d’ailleurs pas présentés dans un moment typique, mais dans une attitude individuelle personnelle bien choisie et censée reflétée leur démarche psychologique.

Cela en fait quelque chose de plus inquiétant que réaliste, même si l’atmosphère qui est alors formée gagne en puissante complexité. Cela reste pour cette raison indéniablement une œuvre majeure.

Le tripot

Une œuvre très proche et par ailleurs la plus célèbre du peintre est Propagande, de 1889. Il y a ici une allusion au général Boulanger, qui à force de populisme fut une figure très appréciée soutenus par des partisans d’un coup d’État, avant que celui-ci ne s’enfuit finalement.

Ce sont en effet des portraits de Boulanger qu’apporte le propagandiste. La scène se veut typique, mais c’est en réalité clairement une construction, une sorte d’image d’Épinal de la France profonde rencontrant le patriotisme, avec le vétéran de l’armée rencontrant le peuple « réel ».

Propagande

On trouvera davantage d’intérêt dans L’aumône d’un mendiant, de 1880. En effet, ici la volonté d’un réalisme centralisé et pour ainsi dire illuminé revient ouvertement à ce qu’elle est en substance : une perspective religieuse.

Il y a une irradiation depuis le personnage central et ici le contraste permet de véritablement saisir cette dimension se voulant mystique. On s’écarte encore plus du réalisme, mais sur le plan esthétique c’est plus travaillé.

L’aumône d’un mendiant

Il en va de même pour Prière devant les Reliques, de 1897, et bien sûr Visite à la Vierge de Bénodet, de 1898.

Prière devant les Reliques
Visite à la Vierge de Bénodet

On bascule ici dans une sorte de romantisme religieux, où la dignité du réel est déviée vers une expression idéalisée du sentiment religieux.

Il est intéressant de comparer ces œuvres avec La Restitution à la Vierge le lendemain du mariage, de 1885. L’oeuvre tend bien plus au typique que les autres, mais on voit aisément comment elle a perdu de sa vigueur esthétique, donnant un air finalement relativement terne.

La Restitution à la Vierge le lendemain du mariage

Parmi les autres œuvres marquantes, notons le Mariage innocent de 1884, le Conseil Municipal et commission de Pierrelaye organisant la fête, et Les héritiers, de 1887.

Mariage innocent
Conseil Municipal et commission de Pierrelaye organisant la fête
Les héritiers

Notons surtout Un patron, de 1888, ainsi que Le bonheur des parents, de 1903. Si le jeu de lumières est trop forcé, cela reste certainement des œuvres très significatives, pratiquement réalistes.

Un patron
Le bonheur des parents

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