Gerrit van Honthorst est incontournable dans la représentation des femmes dans la peinture néerlandaise. Chez lui, on trouve un véritable effort pour transcender une simple immédiateté de ce qu’on voit dans la taverne ou au cabaret, au-delà de l’aspect simplement réaliste.
C’est là où, paradoxalement, il se fait réaliste. En apportant une touche en plus, de type onirique ou magique, toujours par l’intermédiaire de la lumière, il arrive à accélérer la perception de l’expression auprès de qui regarde le tableau.
Son Samson et Dalila, datant de vers 1616, est exemplaire.
Comme on le sait, Dalila est une traîtresse, elle coupe les cheveux à Samson, afin de le priver de sa force.
Cet épisode biblique est prétexte à la représentation d’une femme à la dimension érotique présente.
Toutefois, il est évident qu’au-delà du mauvais rôle qui lui est attribué, elle est particulièrement mise en valeur, tandis que Samson est littéralement mis de côté, et représenté de manière stéréotypée.

La luminosité permet de souligner la grâce de Dalila, de témoigner de sa capacité d’attention, avec même un regard étrangement tendre, alors qu’elle œuvre à précipiter Samson dans un piège.
La marieuse, une peinture de 1625, relève de la même perspective, avec cette fois sans doute bien plus une atmosphère de prostitution de cabaret que de mariage possible.
Il n’y a cependant rien d’apparemment dégradant dans la représentation de la femme, qui a l’air joviale, sûre d’elle, parfaitement maîtresse de la situation.
Il y a ici quelque chose d’ambigu et on ne voit pas très bien comment il faut prendre les choses.

On retiendra surtout l’affirmation de la femme dans un environnement complexe, même si douteux, comme en témoigne Le Concert, datant de 1623.
La situation des femmes n’est guère valorisante, c’est tout à fait clair.
Néanmoins, elles sont actives et ce dans un environnement complexe. Elles sont, si l’on préfère, protagonistes.

C’est tout à fait visible pour son Adoration des bergers, de 1622, une très belle œuvre.
Si en raison du jeu trop prononcé sur la lumière, on se rapproche assez de la peinture italienne, avec un côté irréel trop prononcé, il est évident que la charge artistique est puissante et que la femme a ici un statut exceptionnel.

Au-delà que ce soit la Vierge Marie, on a une dimension protagoniste, la femme est active et elle maîtrise ce qui se passe, c’est par elle que tout se passe.
Gerrit van Honthorst est en ce sens un peintre incontournable.
Son Reniement de Pierre, peint autour de l’année 1623, est également très intéressante, bien qu’on l’aura compris il utilise toujours le principe de la lumière et de tonalités « italiennes » afin d’accorder une portée dramatique ou intense aux œuvres.

Gerrit – en fait Gerard – van Honthorst a ainsi une place à part dans la peinture néerlandaise, et fut nommé Gherardo delle Notti, soit Gérard des nuits en italien.
Un autre Reniement de Pierre, datant d’entre 1612 et 1620, utilise la même démarche et on trouve chez lui de manière récurrente des œuvres construites selon la même disposition, autour du même thème.

Si l’on associe son souci d’une « technique » à son influence italienne, on comprend que ses œuvres tendant à un côté flamand ; on est ici chez quelqu’un non loin de la frontière marquant la séparation historique entre la Belgique et les Pays-Bas se produisant alors.
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