La peinture néerlandaise s’impose

La peinture néerlandaise est admirable ; elle est le fruit des images qui sont chassées des églises, pour arriver innombrables dans la vie quotidienne.

Pour la première fois, on a des êtres réels, dont la vie intérieure est exposée.

On voit comment ils ressentent, comment ils pensent.

Dans la peinture montrant un joueur de luth avec une femme, de Hendrik Martenszoon Sorgh en 1661, on a une scène réelle, le chien est de la partie bien entendu, lui aussi on sait ce qu’il pense.

Et c’est pareil pour le chat, sous la table, qui reste bien discret.

La scène est tranquille, en général, elle est d’esprit néerlandais, avec un sens prononcé de la fête, mais tourné vers un cadre bien déterminé.

Tout dans la composition vise à retranscrire ce sentiment doucement rêveur, ce moment plaisant et sans risques.

On a là le résultat de tout un parcours de l’humanité ; pour qui raisonne en mode de production, on a ici une réaffirmation du bonheur simple.

C’est le début du retour à l’Éden, de la marche en avant historique de l’humanité vers l’Éden retrouvé.

Le besoin de communisme suinte de tous les pores de ce tableau.

Que dire également de la capacité de la peinture néerlandaise à poser la dignité du réel, non pas simplement avec la vie intérieure représentée, mais avec l’attitude !

C’en est fini de la préférence pour les rois et les nobles, pour ceux qui seraient supérieurs de droit divin.

S’il y a bien une hiérarchie encore, celle-ci repose sur une réalité matérielle en transformation.

Et, dans cette situation nouvelle, les femmes en particulier conquièrent leur affirmation, dans une affirmation existentielle.

Que ce soit ici avec Johanna Visscher représentée par David Bailly en 1628, ou ce Portrait de femme par Michiel Jansz. van Mierevelt en 1625, on a une stature qui s’impose.

La peinture néerlandaise parvient à imposer, elle réussit à dé-montrer.

Il est évident que la peinture néerlandaise est incontournable ; sa manière de s’imposer sans s’imposer, puisqu’elle ne formalise pas ses principes, ne lui a pas permis une affirmation idéologique au sens strict.

Le réalisme socialiste, cependant, c’est-à-dire l’art à l’époque historique où les masses forment une classe avec le prolétariat, ne peut que revendiquer pour lui la peinture néerlandaise.

La bourgeoisie, en tant que classe devenue dominante et encore révolutionnaire alors, a bien entendu un matérialisme bien moins développé que le matérialisme dialectique.

Il y a un fétichisme du moment, une incompréhension de ce qu’est une synthèse ; il y a une obsession pour la portraitisation à outrance, une incapacité à placer les choses en rapport avec le « tout » qu’est l’Histoire, la société, la Nature.

Cependant, loin de la fascination abstraite pour la symétrie ou le culte des proportions, la peinture néerlandaise assume la dignité du réel.

Elle ne vise pas à élaborer quelque chose d’idéal substantiellement, mais à représenter dans les faits.

Elle s’impose ainsi, car la réalité s’impose d’elle-même, et toujours.

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la peinture néerlandaise