L’organisation du Livre premier du Capital de Marx

Le livre premier du Capital s’intitule « Le développement de la production capitaliste ».

Pourquoi Karl Marx aborde-t-il le développement d’une chose, au lieu d’expliquer ce qu’elle est, et ensuite comment elle s’est développée ?

C’est que pour le matérialisme dialectique, toute chose est lutte et transformation. Une définition est forcément fausse, parce qu’entre-temps la chose définie aura déjà changé.

Le meilleur moyen de définir une chose est donc de parler de son développement, car c’est là que ce dont on parle est le plus vrai possible.

Comment Karl Marx procède-t-il pour parler de ce développement ? Il divise son travail en sections.

Voici leurs titres : la marchandise et la monnaie, la transformation de l’argent en capital, la production de la plus-value absolue, la production de la plus-value relative, recherches ultérieures sur la production de la plus-value, le salaire, accumulation du capital, l’accumulation primitive.

Là, on s’aperçoit immédiatement d’une chose. En toute bonne logique, un exposé aurait dû avoir le plan inverse. Il faudrait, en effet, d’abord parler de l’accumulation primitive.

Celle-ci donne naissance à une accumulation du capital. On constaterait alors la production des plus-values absolue et relative.

On verrait ensuite comment l’argent permet de constituer ce capital, et enfin on verrait le rôle de la marchandise.

Karl Marx a choisi le plan inverse, pourquoi ?

Pour une raison très simple : il se fonde sur la dignité du réel.

Si le général possède le particulier, le particulier possède le général également. Et c’est dans la réalité particulière qu’il va chercher comment celle-ci, en fait, permet au général d’exister.

C’est là un principe essentiel du matérialisme dialectique. Chaque chose est divisible à l’infini.

Si la marchandise est vraiment la clef de voûte du capitalisme, alors il suffit de se tourner vers elle pour trouver un développement exponentiel.

On a ici un paradoxe dialectique. Les éléments du tout sont finis, au sens où chacun est bien déterminé.

Le tout est constitué de tous ces éléments, à l’infini.

Pourtant, ce n’est pas le tout qui porte l’infini : le tout est fini, car il est tout.

Par contre, le particulier porte l’infini, car il n’est pas fini : il lui manque tout le reste. Karl Marx part d’une marchandise et il peut remonter à tout le reste.

Pour faire un parallèle facile à comprendre, il suffit de penser à la reproduction sexuelle.

Pour expliquer l’espèce humaine, on ne va pas commencer par parler de l’humanité, de ses caractéristiques, pour ensuite à la fin aboutir à la reproduction sur laquelle elle se fonde pour exister.

On va constater que des êtres humains en particulier se reproduisent, que c’est là ce qui se passe à grande échelle, et on aboutit alors à l’espèce humaine.

Le parallèle est plus subtil qu’il en a l’air, car ce dont il s’agit c’est bien de supprimer l’opposition cause/conséquence.

Le matérialisme dialectique raisonne en termes de transformation, pas de cause et de conséquence.

Ainsi, si on se demande s’il y a d’abord l’espèce humaine ou d’abord la reproduction sexuelle des êtres humains, on ne peut pas répondre.

C’est comme l’alternative entre l’œuf ou la poule. Il faut une poule pour faire un œuf, et inversement.

Il en va de même pour la marchandise.

Le capitalisme fait la marchandise, et la marchandise fait le capitalisme.

Il n’y a pas d’un côté l’un qui serait cause, de l’autre l’autre qui serait conséquence.

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plan dialectique du Capital : le Livre premier