La première section du Livre premier du Capital (La marchandise et la monnaie)

La première section du Capital est divisée comme suit :

I. La marchandise :
1. Les deux facteurs de la marchandise : valeur d’usage et valeur d’échange ou valeur proprement dite. (Substance de la valeur, Grandeur de la valeur)
2. Double caractère du travail présenté par la marchandise
3. Forme de la valeur
4. Le caractère fétiche de la marchandise et son secret

II. Des échanges

III. La monnaie ou la circulation des marchandises :
1. Mesure des valeurs
2. Moyen de circulation
3. La monnaie ou l’argent

Le premier chapitre porte sur la marchandise et son début est très célèbre :

« La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une « immense accumulation de marchandises » [Contribution à la critique de l’économie politique].

L’analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches. »

Que nous dit Karl Marx ?

Pour faire simple, il dit qu’il y a des objets utiles pour leur usage.

Or, ces objets dont on se sert ne viennent pas de nulle part : ils ont été fabriqués. Les objets ont donc deux aspects : d’un côté ils servent, de l’autre ils sont servis au sens où on les a apportés.

Mais si on les a apportés, c’est qu’on nous les a donnés ou bien qu’on les a échangés contre autre chose.

C’est la raison pour laquelle Karl Marx n’utilise pas le mot objet, mais celui de marchandise.

Il part du principe que tous les objets sont échangés, plus personne ne produit plus aucun objet par soi-même.

Naturellement, cela peut arriver, c’est cependant tout à fait marginal dans une société développée. Personne ne va fabriquer son marteau soi-même, ou son vélo.

On peut à la limite procéder à son assemblage, mais encore faut-il disposer des éléments, qui auront bien été fabriqués, ainsi que d’outils performants, qui eux aussi auront été fabriqués auparavant.

Ainsi, Karl Marx nous parle des objets, mais les définit comme marchandises, car elles viennent d’un marché, où elles ont été échangées. Il note donc :

« Au premier abord, la marchandise nous est apparue comme quelque chose à double face, valeur d’usage et valeur d’échange. »

Autrement dit, pour moi l’objet est utile et je l’apprécie, en ce que je l’utilise et qu’il est à moi.

Dialectiquement, cela veut dire inversement que, pour quelqu’un d’autre, l’objet n’est pas utile, on ne l’apprécie pas, on ne l’utilise pas et il n’est pas à soi.

Pourquoi a-t-il alors été produit ?

Tout simplement pour être échangé contre autre chose qu’on considérera comme utile, appréciable, utilisable, à soi.

On comprend que si on en était à une société de troc, Karl Marx s’arrêterait là.

Seulement, il y a déjà le capitalisme à son époque et personne ne va échanger un marteau contre un sac de blé.

Que fait alors Karl Marx ?

Il agit en historien. Il sait bien que les objets ont été fabriqués, au fur et à mesure, par les êtres humains.

Si les animaux peuvent utiliser ou fabriquer même des objets, aucun à part l’être humain ne le fait à grande échelle et avec un tel recul sur sa propre activité.

Il ne peut pas y avoir d’objets sans engagement humain en ce sens, et c’est vrai quel que soit le degré de complexité de l’objet.

Karl Marx nous dit ainsi :

« En fin de compte, toute activité productive, abstraction faite de son caractère utile, est une dépense de force humaine.

La confection des vêtements et le tissage, malgré leur différence, sont tous deux une dépense productive du cerveau, des muscles, des nerfs, de la main de l’homme, et en ce sens du travail humain au même titre. »

C’est là où tout se joue, car Karl Marx va poser les bases du matérialisme historique en disant que, ce qui découle de l’analyse faite, c’est que le critère de valeur, c’est le travail humain.

Ce qui distingue un objet d’un autre, c’est la quantité de travail humain qui a été engagée pour le produire.

Il constate qu’il y a un piège dans le capitalisme : dans celui-ci, on a des marchandises, qui sont utiles pour nous, et qui ont un prix. La valeur d’usage (pour nous) s’oppose ainsi au prix.

Mais en réalité, la valeur d’usage s’oppose à la valeur d’échange, pas au prix.

L’intérêt du Capital de Karl Marx, c’est de justement dépasser les apparences et de ne pas s’arrêter au prix.

Ce qu’il dit, c’est que la notion de prix n’est pas inhérente à l’objet, mais à l’objet devenu marchandise.

C’est le capitalisme qui vient ajouter la notion de prix.

Et comme on fait face à des prix, on perd de vue le travail humain réellement mis en œuvre.

Sur l’étiquette, il y a un prix, pas le nombre d’heures de travail humain avec un chiffre pour indiquer son intensité.

Il y a pire. Jusqu’à présent, la société humaine a toujours été opposée entre des profiteurs et des gens qui travaillent pour eux.

Cela veut dire que personne n’a eu l’idée qu’une force de travail pouvait être équivalente à une autre force de travail.

Il faut, pour concevoir cela, avoir à l’esprit la notion d’égalité, et c’est là quelque chose de nouveau.

On pouvait, de par le passé, savoir qu’un kilo de blé est aussi lourd qu’un kilo de maïs.

Comme le travail était cependant dévalué, réalisé pour d’autres, personne n’est allé se dire que tant de travail équivalait à tant de travail.

C’est qu’on a passé un cap historique : désormais, la notion d’égalité, comme le note Karl Marx, est largement connue ; idéologiquement, la voie est découverte pour cette compréhension scientifique.

Qu’a-t-on ainsi ?

D’un côté, il y a quelqu’un qui veut se procurer un objet utile et qui va sur le marché l’acheter sous la forme d’une marchandise avec un prix.

De l’autre, il y a quelqu’un qui met cet objet sur le marché, sous la forme d’une marchandise avec un prix, afin de récupérer de l’argent.

Pour la première personne, le prix est secondaire par rapport à l’utilité de l’objet, pour le second l’utilité de l’objet est secondaire par rapport à son prix.

Comme chacun est prisonnier dans son propre point de vue, l’objet semble avoir une valeur « spéciale », mystérieuse.

Lancée en fait sur le marché, l’objet n’est pas seulement objet, il est marchandise, et on ne perçoit plus ce qu’il est réellement : le produit du travail.

On a d’un côté des producteurs capitalistes qui déversent des marchandises dont ils n’ont rien à faire, de l’autre des consommateurs qui se procurent des objets à leurs yeux nécessaires ou utiles.

Et plus ce processus est généralisé à tous les niveaux, plus l’argent qui sert d’intermédiaire prend une dimension sociale : on ne paye plus rien en nature, on paye avec de l’argent, et c’est l’argent qui apparaît comme la « vraie » richesse.

De moyen, l’argent devient une fin en soi – en apparence, car ce qui compte en réalité, c’est le capital, qui est une chose bien différente de « l’argent ».

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