La deuxième section du Capital est divisée comme suit :
IV. Transformation de l’argent en capital
V. Les contradictions de la formule générale du capital
VI. Achat et vente de la force de travail
On l’a compris : c’est elle qui aborde la notion de capital.
On est parti de la marchandise, on a vu sa nature d’objet jeté sur le marché, et comment ceux qui se procurent ces objets-marchandises sur le marché ont en tête le prix.
C’est l’argent des marchandises qui compte ; le travail derrière les objets semble invisible.
Karl Marx utilise alors le matérialisme dialectique de manière formidable.
Il se tourne vers l’argent et il dit qu’il y a une contradiction. Il y a l’argent en tant qu’argent, mais il y a l’argent en tant que capital.
Le consommateur paie la marchandise avec de l’argent.
Il avait cet argent, il ne l’a plus : il l’a remis à quelqu’un d’autre, en échange de la marchandise.
Cet argent ne tombe pas du ciel : le consommateur l’a eu, car il a travaillé, il a lui-même produit.
Ce qu’il a produit est devenu une marchandise également.
Du point de vue du consommateur, c’est une sorte de troc où l’argent sert d’intermédiaire.
On a la marchandise produite pour laquelle on a reçu de l’argent, on a donné cet argent pour obtenir une marchandise.
Seulement, le processus est différent pour le capitaliste, qui lui n’a pas en ligne de mire la marchandise.
Ce qu’il produit ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse, c’est d’accumuler de l’argent et pour cela il investit dans la production de marchandises.
Il met de l’argent dans une production, cet argent permet la production d’une marchandise, qu’il revend pour obtenir de l’argent.
Naturellement, le but est d’obtenir davantage d’argent à la fin du cycle.
Et ce processus doit être renouvelé, amplifié. Karl Marx dit que le capitaliste est comme un avare, mais un avare qui a compris qu’il vaut mieux investir son argent que de le cacher.
« C’est comme représentant, comme support conscient de ce mouvement que le possesseur d’argent devient capitaliste. Sa personne, ou plutôt sa poche, est le point de départ de l’argent et son point de retour.
Le contenu objectif de la circulation A—M—A’ [argent – marchandise – davantage d’argent], c’est-à-dire la plus-value qu’enfante la valeur, tel est son but subjectif, intime.
Ce n’est qu’autant que l’appropriation toujours croissante de la richesse abstraite est le seul motif déterminant de ses opérations, qu’il fonctionne comme capitaliste, ou, si l’on veut, comme capital personnifié, doué de conscience et de volonté.
La valeur d’usage ne doit donc jamais être considérée comme le but immédiat du capitaliste , pas plus que le gain isolé ; mais bien le mouvement incessant du gain toujours renouvelé.
Cette tendance absolue à l’enrichissement, cette chasse passionnée à la valeur d’échange lui sont communes avec le thésauriseur. Mais, tandis que celui-ci n’est qu’un capitaliste maniaque, le capitaliste est un thésauriseur rationnel.
La vie éternelle de la valeur que le thésauriseur croit s’assurer en sauvant l’argent des dangers de la circulation, plus habile, le capitaliste la gagne en lançant toujours de nouveau l’argent dans la circulation »
Si on en restait là, on aurait alors le capitaliste comme investisseur judicieux, qui a de l’argent, qui l’investit pour produire des choses, qui arrive à les vendre, et qui se fait une marge dessus.
C’est là le principe du commerce et, justement, ce n’est pas cela le capitalisme en tant que tel.
Karl Marx, notre maître, nous explique alors que puisqu’il y a davantage d’argent à la sortie de l’investissement et de la production, la richesse ajoutée doit se situer au niveau de la production, puisqu’on connaît l’investissement, qu’il est déterminé dès le départ.
Et comme il sait ce qu’est une production, il nous dit la chose suivante.
On ne produit pas à partir de rien, on utilise différents éléments, qu’on modifie, transforme, etc.
Pour faire un marteau par exemple, on a besoin d’acier et de bois.
Mais on a également besoin… d’un travailleur pour associer l’acier et le bois, la tête du marteau et le manche.
Or, qu’est-ce que le travailleur ? Eh bien, justement, c’est une marchandise comme une autre.
On a vu que lorsqu’on se procure un objet utile, on le veut pour ce qu’il est, tandis que le prix est quelque chose de secondaire.
Pour le producteur, l’objet n’a pas d’intérêt en soi, ce qui compte c’est son prix.
Eh bien, il en va de même dans le rapport au travailleur.
Le producteur ne s’intéresse pas au travailleur en tant que personne ; ce qu’il est lui est indifférent.
Ce qui compte, c’est sa force de travail, qui est prise de la même manière qu’une matière première, comme un ajout.
Le producteur a besoin de l’acier, du bois et du travailleur pour fabriquer un marteau ; ce qu’est l’acier, le bois et le travailleur ne l’intéresse pas. Le marteau lui-même ne l’intéresse pas, d’ailleurs.
Ce qui l’intéresse, c’est le résultat final, lorsque le marteau a été vendu.
Le capitaliste est hypnotisé par son capital, ce n’est même plus lui qui possède le capital : c’est le capital qui utilise le capitaliste pour s’agrandir.
Ce capital consiste en de l’argent, mais il est bien plus que l’argent, car il peut désormais utiliser le travailleur comme une marchandise.
C’est là où le capitalisme se produit historiquement.
Karl Marx constate ainsi :
« L’expérience nous apprend qu’une circulation marchande relativement peu développée suffit pour faire éclore toutes ces formes.
Il n’en est pas ainsi du capital.
Les conditions historiques de son existence ne coïncident pas avec la circulation des marchandises et de la monnaie.
Il ne se produit que là où le détenteur des moyens de production et de subsistance rencontre sur le marché le travailleur libre qui vient y vendre sa force de travail et cette unique condition historique recèle tout un monde nouveau.
Le capital s’annonce dès l’abord comme une époque de la production sociale. »
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plan dialectique du Capital : le Livre premier