La cinquième section du Livre premier du Capital (recherches ultérieures sur la production de la plus-value)

La cinquième section du Capital est divisée comme suit :

XVI. Plus-value absolue et plus-value relative

XVII. Variations dans le rapport de grandeur entre la plus-value et la valeur de la force de travail

XVIII. Formules diverses pour le taux de la plus-value

Comme on le voit, c’est plus court et, surtout, Karl Marx revient sur la notion de plus-value.

On reconnaît tout de suite son approche, qui vise à apporter un éclairage nouveau.

Ce que vise Karl Marx, naturellement, c’est à ce qu’on obtienne une vision claire, par un recul historique.

Auparavant, il était parti du particulier et, se fondant sur la dignité du réel, il a constaté les contradictions et il les a suivies.

Dans cette section, on a des précisions sur les modalités de la plus-value, mais cette fois à partir d’une vue d’ensemble.

Le passage suivant reflète absolument l’état d’esprit général qui traverse toute la section.

C’est une véritable mise en perspective ; on ne se concentre plus sur le phénomène dans son immédiateté, on le situe dans son contexte historique en prenant en toile de fond un processus s’étalant sur des dizaines, des centaines de milliers d’années.

« Les facultés de l’homme primitif, encore en germe, et comme ensevelies sous sa croûte animale, ne se forment au contraire que lentement sous la pression de ses besoins physiques.

Quand, grâce à de rudes labeurs, les hommes sont parvenus à s’élever au‑dessus de leur premier état animal, que par conséquent leur travail est déjà dans une certaine mesure socialisé, alors, et seulement alors, se produisent des conditions où le surtravail de l’un peut devenir une source de vie pour l’autre, et cela n’a jamais lieu sans l’aide de la force qui soumet l’un à l’autre.

À l’origine de la vie sociale les forces de travail acquises sont assurément minimes, mais les besoins le sont aussi, qui ne se développent qu’avec les moyens de les satisfaire.

En même temps, la partie de la société qui subsiste du travail d’autrui ne compte presque pas encore, comparativement à la masse des producteurs immédiats.

Elle grandit absolument et relativement à mesure que le travail social devient plus productif.

Du reste, la production capitaliste prend racine sur un terrain préparé par une longue série d’évolutions et de révolutions économiques.

La productivité du travail, qui lui sert de point de départ, est l’œuvre d’un développement historique dont les périodes se comptent non par siècles, mais par milliers de siècles.

Abstraction faite du mode social de la production, la productivité du travail dépend des conditions naturelles au milieu desquelles il s’accomplit.

Ces conditions peuvent toutes se ramener soit à la nature de l’homme lui-même, à sa race, etc., soit à la nature qui l’entoure.

Les conditions naturelles externes se décomposent au point de vue économique en deux grandes classes : richesse naturelle en moyens de subsistance, c’est‑à‑dire fertilité du sol, eaux poissonneuses, etc., et richesse naturelle en moyens de travail, tels que chutes d’eau vive, rivières navigables, bois, métaux, charbon, et ainsi de suite.

Aux origines de la civilisation c’est la première classe de richesses naturelles qui l’emporte ; plus tard, dans une société plus avancée, c’est la seconde.

Qu’on compare, par exemple, l’Angleterre avec l’Inde, ou, dans le monde antique, Athènes et Corinthe avec les contrées situées sur la mer Noire (…).

La patrie du capital ne se trouve pas sous le climat des tropiques, au milieu d’une végétation luxuriante, mais dans la zone tempérée.

Ce n’est pas la fertilité absolue du sol, mais plutôt la diversité de ses qualités chimiques, de sa composition géologique, de sa configuration physique, et la variété de ses produits naturels, qui forment la base naturelle de la division sociale du travail et qui excitent l’homme, en raison des conditions multiformes au milieu desquelles il se trouve placé, à multiplier ses besoins, ses facultés, ses moyens et modes de travail.

C’est la nécessité de diriger socialement une force naturelle, de s’en servir, de l’économiser, de se l’approprier en grand par des œuvres d’art, en un mot de la dompter, qui joue le rôle décisif dans l’histoire de l’industrie.

Telle a été la nécessité de régler et de distribuer le cours des eaux, en Égypte, en Lombardie, en Hollande, etc.

Ainsi en est‑il dans l’Inde, dans la Perse, etc., où l’irrigation au moyen de canaux artificiels fournit au sol non seulement l’eau qui lui est indispensable, mais encore les engrais minéraux qu’elle détache des montagnes et dépose dans son limon.

La canalisation, tel a été le secret de l’épanouissement de l’industrie en Espagne et en Sicile sous la domination arabe. »

Le capitalisme s’inscrit dans le long parcours de transformation du monde par l’humanité, où l’humanité se transforme elle-même.

Elle produit des choses nouvelles, afin de satisfaire des besoins nouveaux.

Et dans ce processus où ce qui transforme est transformé également, il y a une minorité qui profite du travail d’autrui, une exploitation qui prend une forme historique d’une immense ampleur avec l’émergence du capital comme forme sociale.

Est-ce à dire que Karl Marx a perdu de vue la contradiction ?

Absolument pas.

Ce serait contraire à l’approche matérialiste dialectique.

La contradiction qu’on retrouve en toile de fond est exposée dans le titre du deuxième chapitre : « variations dans le rapport de grandeur entre la plus-value et la valeur de la force de travail ».

Même si Karl Marx parle des variations et présente le cadre historiquement, le moteur de sa démarche est une contradiction : celle entre la plus-value et la force de travail.

Cela ne se voit pas forcément, parce qu’il parle de leur rapport de grandeur.

Mais qui dit rapport de grandeur dit rapport, et qui dit rapport dit lutte et transformation, selon le matérialisme dialectique.

Et que produit la contradiction entre la plus-value et la force de travail, dans leur rapport contradictoire ?

Bien entendu, la nature du salaire.

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plan dialectique du Capital : le Livre premier