La quatrième section du Livre premier du Capital (la production de la plus-value relative)

La quatrième section du Capital est divisée comme suit :

XII. La plus-value relative

XIII. Coopération

XIV. Division du travail et manufacture

1. Double origine de la manufacture
2. Le travailleur parcellaire et son outil
3. Mécanisme général de la manufacture. Ses deux formes fondamentales. Manufacture hétérogène et manufacture sérielle
4. Division du travail dans la manufacture et dans la société
5. Caractère capitaliste de la manufacture

XV. Machinisme et grande industrie

1. Développement des machines et de la production mécanique
2. Valeur transmise par la machine au produit
3. Réaction immédiate de l’industrie mécanique sur le travailleur
4. La fabrique
5. Lutte entre travailleur et machine
6. Théorie de la compensation
7. Répulsion et attraction des ouvriers par la fabrique. Crises de l’industrie cotonnière.
8. Révolution opérée dans la manufacture, le métier et le travail à domicile par la grande industrie
9. Législation de fabrique
10. Grande industrie et agriculture

De quoi parle-t-on ici ?

Eh bien, c’est toujours le même procédé.

Dans la première section, il prend l’objet et dit qu’elle a une valeur d’usage et une valeur d’échange.

Dans la deuxième section, il dit que l’argent a deux aspects : il peut être argent, il peut être capital.

Dans la troisième section, il dit que le capital a deux aspects : capital constant et capital variable.

Tout cela a abouti à dire qu’il y a la plus-value, consistant en le résultat de ce qu’on a arraché aux travailleurs comme force de travail non rémunéré.

On l’a deviné : Karl Marx va maintenant dire que la plus-value a elle-même deux aspects. Il distingue la plus-value absolue et la plus-value relative.

Pour faire simple, il oppose la quantité à la qualité.

La plus-value absolue consiste à allonger la durée du temps de travail, c’est-à-dire à dépasser le temps de travail pour lequel le travailleur est payé.

En ajoutant un temps de travail, qui est non payé en pratique, on obtient la plus-value.

C’est le socle de l’exploitation et c’est relié à la notion de quantité.

La plus-value relative consiste à augmenter la productivité ; c’est la qualité.

On notera ici que cela joue même indirectement : si les produits sont moins chers, on peut faire en sorte de payer moins les travailleurs.

Dans le premier cas, les travailleurs agissent pareillement, mais plus longtemps ; dans le second cas, ils travaillent la même durée qu’auparavant, mais plus efficacement.

Karl Marx note d’ailleurs que c’est justement la quantité qui est devenue qualité, puisque le capitalisme est né par un changement d’échelle de la production et de la consommation :

« La production capitaliste ne commence en fait à s’établir que là où un seul maître exploite beaucoup de salariés à la fois, où le procès de travail, exécuté sur une grande échelle, demande pour l’écoulement de ses produits un marché étendu.

Une multitude d’ouvriers fonctionnant en même temps sous le commandement du même capital, dans le même espace (ou si l’on veut sur le même champ de travail), en vue de produire le même genre de marchandises, voilà le point de départ historique de la production capitaliste.

C’est ainsi qu’à son début, la manufacture proprement dite se distingue à peine des métiers du moyen âge, si ce n’est pas le plus grand nombre d’ouvriers exploités simultanément.

L’atelier du chef de corporation n’a fait qu’élargir ses dimensions.

La différence commence par être purement quantitative. »

Ce n’est pas tout, bien sûr.

Si la quantité se transforme en qualité, cette dernière connaît une croissance exponentielle.

La coopération devient toujours plus complexe, ce qui agit bien entendu sur les forces productives qui deviennent toujours plus performantes et puissantes.

Ce n’est pas là un choix rationnel, mais un produit des besoins du capital lui-même. Karl Marx le souligne bien :

« Le capitaliste n’est point capitaliste parce qu’il est directeur industriel ; il devient au contraire chef d’industrie parce qu’il est capitaliste. » 

Le capitalisme n’a pas été mis en place par des génies investisseurs ; c’est le produit de la nature du capital lui-même, qui pour se valoriser toujours plus transforme la réalité selon ses propres besoins.

Karl Marx s’intéresse ensuite au processus de mise en place de la coopération à grande échelle.

Il analyse la mise en place de la manufacture, qui façonne les travailleurs selon ses besoins.

La contradiction est ici entre l’individu et la collectivité, entre la quantité et la qualité également, et bien entendu entre le particulier et l’universel.

« Le corps de travail fonctionnant dans la manufacture et dont les membres sont des ouvriers de détail, appartient au capitaliste ; il n’est qu’une forme d’existence du capital.

La force productive, issue de la combinaison des travaux, semble donc naître du capital.

La manufacture proprement dite ne soumet pas seulement le travailleur aux ordres et à la discipline du capital, mais établit encore une gradation hiérarchique parmi les ouvriers eux-mêmes.

Si, en général, la coopération simple n’affecte guère le mode de travail individuel, la manufacture le révolutionne de fond en comble et attaque à sa racine la force de travail.

Elle estropie le travailleur, elle fait de lui quelque chose de monstrueux en activant le développement factice de sa dextérité de détail, en sacrifiant tout un monde de dispositions et d’instincts producteurs, de même que dans les États de la Plata [= l’Argentine et l’Uruguay], on immole un taureau pour sa peau et son suif.

Ce n’est pas seulement le travail qui est divisé, subdivisé et réparti entre divers individus, c’est l’individu lui-même qui est morcelé et métamorphosé en ressort automatique d’une opération exclusive, de sorte que l’on trouve réalisée la fable absurde de Menennius Agrippa, représentant un homme comme fragment de son propre corps. »

Ici, on touche au vrai Karl Marx, au sens où c’est un domaine qu’il affectionne particulièrement.

Il est très intéressé par tout ce qui est technologie, tout ce qui est modification de la technique et apport technologique.

Il expose les choses donc avec beaucoup de détails, mais il faut bien comprendre qu’ici la clef absolue, c’est la compréhension qu’à partir de ce moment-là, historiquement, on a une production pour la production.

Auparavant, chaque production était séparée d’une autre, grosso modo.

Désormais, on peut produire pour mettre en place une production ; on fabrique des machines pour fabriquer des machines.

C’est un immense bouleversement sur le plan des forces productives.

La coopération entre individus produit une collectivité productive, capable de mettre en place des collectivités productives au service de collectivités productives, et ainsi de suite.

Dialectiquement, cela modifie d’autant la nature du travail :

« En rendant superflue la force musculaire, la machine permet d’employer des ouvriers sans grande force musculaire, mais dont les membres sont d’autant plus souples qu’ils sont moins développés (…).

L’automate, en sa qualité de capital, est fait homme dans la personne du capitaliste.

Une passion l’anime : il veut tendre l’élasticité humaine et broyer toutes ses résistances. »

Et effectivement, c’est à ce moment-là que se généralise le travail des enfants, l’intégration des femmes dans la production.

Karl Marx fait une longue présentation de la situation sociale provoquée par cette nouvelle situation historique.

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plan dialectique du Capital : le Livre premier