La sixième section du Livre premier du Capital (le salaire)

La sixième section du Capital est également relativement courte ; elle est divisée comme suit :

XIX. Transformation de la valeur ou du prix de la force de travail en salaire

XX. Le salaire au temps

XXI. Le salaire aux pièces

XXII. Différence dans le taux des salaires nationaux

Ici, on en revient à la constatation d’une contradiction.

Quels en sont les deux pôles, quel phénomène les porte ?

Karl Marx se fonde, pour développer son analyse, sur ce constat d’une importance essentielle :

« Ce qui sur le marché fait directement vis-à-vis au capitaliste, ce n’est pas le travail, mais le travailleur.

Ce que celui-ci vend, c’est lui-même, sa force de travail.

Dès qu’il commence à mettre cette force en mouvement, à travailler, or, dès que son travail existe, ce travail a déjà cessé de lui appartenir et ne peut plus désormais être vendu par lui.

Le travail est la substance et la mesure inhérente des valeurs, mais il n’a lui-même aucune valeur. »

Ce passage doit absolument être compris ; il porte en lui la substance même de toute l’approche de Karl Marx : s’il y a développement des forces productives, c’est qu’il y a moyen qu’ils se développent, et c’est donc qu’il y a un sol pour une exponentielle.

C’est tout simple : imaginons qu’on puisse quantifier le travail, de la même manière qu’on achète de l’essence pour une voiture.

Le travailleur serait en mesure de savoir exactement ce qu’il fournit comme quantité de travail, tout comme on sait qu’on a précisément acheté 50 litres d’essence.

Or, dans la réalité, le travailleur ne peut aucunement quantifier la force de travail qu’il fournit. Il peut d’autant moins le faire qu’il n’est plus un artisan produisant par exemple tant de tables en tant d’heures.

Il est inséré dans une immense coopération économique, à l’échelle de la société toute entière, voire existante à travers différents pays.

Le travail appartient au travailleur et est vendu au capital. En ce sens, le travailleur existe de manière indépendante ; il a un contrat de travail.

Mais en même temps, le travailleur, lorsqu’il travaille, devient capital variable. Il devient une partie du capital, en tant que travailleur !

C’est précisément là qu’on lui arrache du travail non payé.

Si le travailleur était un robot, son travail pourrait être quantifiable.

Là, il ne l’est pas, et le capitaliste peut jouer sur ses muscles, ses nerfs, son intelligence, sa psyché, etc.

Cette double nature du travailleur – il est indépendant et vend un travail en particulier, tout en devenant capital variable en général – fait que la notion de salaire est extrêmement problématique.

D’où l’analyse de Karl Marx, à partir de cette double nature, de cette contradiction dans la situation du travailleur.

Son insertion dans une immense coopération n’est pas quantifiable et c’est ce qui permet le saut qualitatif du capital ; le salaire ne le montre pas.

Il y a une mystique du salaire et Karl Marx s’attarde alors à le montrer, en s’intéressant au salaire au temps, au salaire aux pièces, à la différence dans le taux des salaires nationaux.

Il est montré à chaque fois comment le capitalisme procède pour extorquer le surtravail.

C’est un phénomène objectif : le capitaliste ne le voit pas non plus ; il est mystifié, tout comme le travailleur l’est.

« L’apparence seule des rapports de production se reflète dans le cerveau du capitaliste.

Il ne sait pas que le soi disant prix normal du travail contient aussi un certain quantum de travail non payé, et que c’est précisément ce travail non payé qui est la source de son gain normal.

Le temps de surtravail n’existe pas pour lui, car il est compris dans la journée normale qu’il croit payer avec le salaire quotidien. »

La contradiction du travailleur est ce qui produit le salaire : telle est la substance de la sixième section.

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plan dialectique du Capital : le Livre premier