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  • La mise de côté d’André Marty et de Charles Tillon

    Le Parti Communiste Français fit d’Henri Martin un permanent à sa libération ; il rejoignit notamment, de 1956 à 1962, la direction du Mouvement de la jeunesse communiste de France, rétabli alors qu’auparavant il avait cédé la place à l’Union de la Jeunesse Républicaine de France en 1945.

    C’est ici qu’on retrouve la figure d’André Marty. C’est une figure très connue pour son rôle dans la mutinerie sur un navire de guerre français en mer Noire dans le cadre de la révolution russe.

    Il devint ensuite inspecteur général des Brigades internationales tout au long de la guerre d’Espagne, en appartenant à partir de 1935 au secrétariat du comité exécutif de l’Internationale Communiste.

    Il est, dans l’après-guerre, l’une des figures les plus connues du Parti Communiste Français, avec une position très particulière. Il est très indépendant, avec un caractère parfois agressif.

    André Marty

    Il est également très critique : il avait été très opposé à la mise en place l’Union de la Jeunesse Républicaine de France à la place des Jeunesses Communistes.

    On notera un épisode marquant de celle-ci : Léo Figuères fut historiquement son premier secrétaire, à sa fondation en 1945, puis André Leroy prit sa place en août 1946 au premier congrès.

    Lors du deuxième congrès en mai 1948, André Leroy lut le rapport de clôture, quand Léo Figuères reprit la parole pour remettre en avant la ligne de la majorité, et reprendre la place d’André Leroy !

    Cela souligne une opposition d’état d’esprit entre ceux tournés vers l’idée d’union générale, avec Maurice Thorez, et ceux qui sont tournés vers une lecture sentimentale-identitaire du Parti Communiste Français.

    André Marty relève clairement de ceux-ci ; il avait par ailleurs également exprimé son scepticisme sur la politique gouvernementale en 1945.

    Il avait même mis l’accent sur l’importance de ceux ayant participé à la Résistance, prônant par exemple la candidature parisienne en 1945 de Lucie Aubrac contre celle de Jeannette Vermeersch, la femme de Maurice Thorez qui était auprès de lui à Moscou pendant la seconde guerre mondiale.

    Les choses allèrent dans un sens toujours plus conflictuel ; André Marty avait de nouveau critiqué, lors d’une réunion de la direction le 30 octobre 1947, la position de Maurice Thorez pendant la seconde guerre mondiale puis en 1945, ce qui provoqua un affrontement avec Jeannette Vermeersch.

    Cette dernière rejoignit le Bureau Politique en 1950, ce qui témoigne de l’importance décisive de Maurice Thorez et de la direction en général.

    Mais la position d’André Marty révèle sa force lorsqu’on voit qu’Henri Martin libéré rejoint une Jeunesse Communiste remise en place.

    André Marty avait aussi travaillé au corps le Secours populaire, qui justement était mobilisé pour Henri Martin.

    Et il était à la tête de la Commission mise en place en juillet 1950 par le Bureau Politique afin de mobiliser contre la guerre en Indochine.

    Cahiers du Communisme de mars 1950, avec l’article d’André Marty sur « La guerre d’Indochine et les traditions du mouvement ouvrier français »

    Ce faisant, il met en place des Comités de Défense d’Henri Martin, tout d’abord liés au Secours Populaire.

    Arguant que ce dernier, avec 10 000 membres, est trop restreint, il émancipe alors les Comités de Défense, qu’il supervise directement.

    André Ménétrier, à la tête du Secours Populaire depuis 1950, est déjà lié à André Marty ; s’ensuit qu’en mai 1951 a lieu un congrès « extraordinaire », qui fait passer André Marty du Comité national au Bureau national.

    Toute cette action se fait remarquer et est considérée comme insupportable par la direction ; il va donc être la cible de celle-ci.

    Mais il ne va pas être le seul : est également dans le collimateur pas moins que Charles Tillon.

    On parle ici d’une figure incontournable. Député, Charles Tillon passe dans la clandestinité en 1940 et se trouve à la direction du Comité militaire national qui met en place les Francs-tireurs et partisans.

    Il fut donc, de fait, le dirigeant de la lutte armée mise en place par les communistes.

    Charles Tillon

    Après la victoire, il devint ministre de l’Air, puis ministre de l’Armement et enfin ministre de la Reconstruction.

    Une autre personne visée par la direction fut l’adjoint de Charles Tillon à la tête des Francs-tireurs et partisans, René Camphin ; après la guerre, celui-ci devint dirigeant du Parti dans le Pas-de-Calais.

    En mai 1952 commencent les procédures contre Charles Tillon et André Marty ; Pierre Eloire prend dans ce cadre la place d’André Ménétrier comme dirigeant du Secours populaire, de manière non officielle du début de l’année 1952 jusqu’au milieu de l’année 1953, puis de manière publique.

    En septembre 1952, André Marty est démis du secrétariat, Charles Tillon du Bureau Politique.

    Quelles sont les raisons présentées ? Voici justement un communiqué du Secrétariat du Parti Communiste Français du 16 septembre 1952, concernant une mise à l’écart d’André Marty et de Charles Tillon.

    Ce qu’on lit n’est pas très clair, mais au moins une chose ressort : on les accuse de dévaloriser les organismes générés par le Parti Communiste Français.

    Il est considéré que leur démarche exprime une lecture sectaire qui privilégie à la fois le Parti et ceux du Parti qui ont fait l’expérience de la Résistance.

    Cependant, il faut bien comprendre la chose suivante : ce n’est pas une ligne politique bien établie, mais une sensibilité, de type « sentimentale-identitaire ».

    « Dans sa session des 3 et 4 septembre dernier, le Comité Central a entendu et discuté un rapport du Bureau Politique, à la suite duquel il a pris, à l’unanimité, les décisions suivantes :

    1° Retrait du camarade André Marty du secrétariat et maintien au Bureau Politique.
    2° Retrait du camarade Charles Tillon du Bureau Politique et maintien au Comité Central.

    Ces décisions sont portées à la connaissance de tous les membres du Parti par des comptes rendus effectués dans les comités fédéraux, les sections et les cellules.

    Les sanctions décidées par le Comité Central unanime ont été motivées par les désaccords politiques des camarades Tillon et Marty et par le travail fractionnel auquel ils se livraient, le tout risquant de porter atteinte à l’unité du Parti.

    Dans le courant de 1951, le camarade Charles Tillon, qui représentait le Parti au sein du Mouvement de la Paix, avait été relevé de cette responsabilité, à la suite de désaccords qui l’opposaient au Bureau Politique et au Comité Central.

    Ces désaccords s’exprimaient de la façon suivante :
    — Réticences à engager les campagnes décidées démocratiquement par le Conseil Mondial de la Paix.
    — Conception erronée du Mouvement de la Paix, considéré par lui sous l’angle étroit d’une organisation politique.
    — Tendance à mettre sous la tutelle du Mouvement de la Paix toutes les organisations démocratiques de masse.

    Ces positions du camarade Charles Tillon avaient été condamnées à l’unanimité par le Comité Central, en avril 1951.

    Dans une lettre d’octobre 1951, adressée au Bureau Politique, Charles Tillon écrivait : « …Je déclare que la décision de me retirer le poste de responsable du Parti dans le Mouvement de la Paix est juste et que je l’accepte comme une sanction méritée. »

    Or, pendant la période où ces questions opposaient le camarade Charles Tillon au Bureau Politique et au Comité Central, le camarade André Marty, à l’insu de la direction du Parti, organisa une entrevue avec Tillon chez un camarade que le XIIe congrès du Parti n’avait pas réélu au Comité Central.

    Le camarade Charles Tillon a déclaré que, dans cette entrevue, il fut question de ses désaccords avec le Bureau Politique et qu’André Marty lui avait indiqué qu’il n’avait pas tort.

    Si le camarade Charles Tillon n’a pas caché la tenue de réunion, ni son caractère, par contre, le camarade André Marty nia jusqu’au moment où de nombreuses confrontations l’obligèrent à reconnaître la vérité.

    Ainsi donc, en même temps qu’il approuvait officiellement les décisions du Comité Central et du Bureau Politique dans leurs sessions régulières, le camarade André Marty soutenait le camarade Charles Tillon contre ces mêmes décisions.

    Dans les discussions au Comité Central, dans les comités fédéraux et les réunions de sections et de cellules actuellement en cours, de nouvelles preuves sont apportées attestant que le camarade André Marty tentait de procéder de la sorte avec d’autres camarades et cela sur tous les problèmes politiques essentiels.

    Les désaccords politiques du camarade Charles Tillon se sont affirmés dans d’autres domaines.

    Déjà, au cours d’une discussion, le camarade Charles Tillon avait opposé son attitude à celle de la camarade Jeannette Vermeersch. La position prise par Charles Tillon à l’époque aboutissait en fait à une discrimination entre les militants du
    Parti selon les postes qui leur avaient été confiés pendant l’occupation.

    Le Bureau Politique ayant demandé à Charles Tillon de préciser sa pensée, celui-ci écrivit : « J’affirme que jamais, dans ma pensée, une telle discrimination n’a été faite, car j’ai toujours considéré que toute discrimination dans l’activité des militants responsables du Parti pendant la guerre aboutirait à se placer aujourd’hui, comme pendant la guerre, sur les positions des pires ennemis du Parti. »

    Or, dans la réunion du Bureau Politique précédant la dernière session du Comité Central, le camarade Charles Tillon a prétendu contre toute évidence « qu’il allait être frappé, éliminé du Bureau Politique, comme tant d’autres qui ont lutté pendant l’occupation ».

    Ainsi, la position de Charles Tillon exprimée dans sa discussion avec Jeannette Vermeersch n’était pas fortuite et son autocritique adressée par lettre écrite de sa main n’était pas sincère.

    Charles Tillon était donc, depuis longtemps, influencé par la campagne de l’ennemi et il se trouvait entraîné à se placer sur son terrain, à opposer l’action du Parti à celle des F.T.P.F., alors que les F.T.P.F. ont été créés à l’initiative du Parti.

    Charles Tillon sait pourtant mieux que personne qu’il n’y aurait pas eu l’impulsion donnée par le Parti à la lutte contre l’occupant, armée ou non, si, dès 1939, Maurice Thorez ne s’était pas mis, dans la clandestinité, à la tête de notre Parti.

    L’action armée du Parti contre l’occupant date de bien avant la formation des F.T.P.F.

    Ce sont des groupes de combat communistes d’appellations diverses qui, par la suite, ont formé les F.T.P.F.

    À ce moment, la direction du Parti décida que 10 % des effectifs et des cadres du Parti devaient rejoindre les F.T.P.F.

    De leur formation à la Libération, les F.T.P.F. ont toujours été dirigés par la direction du Parti, par l’intermédiaire de ses militants au Conseil National Militaire.

    Par la suite, l’Appel à l’insurrection nationale a été et devait être lancé par le Parti.

    L’affiche du Parti signée de ses dirigeants et de ses élus et appelant à l’insurrection était le couronnement de toute la bataille de la Résistance organisée et dirigée par le Parti.

    Le rôle des F.T.P.F., sous la direction du Parti, fut remarquable. En tant que groupes armés de la Résistance, ils combattirent héroïquement du début à la fin sans arrière-pensée.

    Dans cette bataille de la Résistance, depuis le distributeur de tracts jusqu’aux dirigeants du Parti et les organisateurs d’actions les plus diverses, en passant par ceux qui ont été arrêtés de 1939 jusqu’à 1944 et qui ont subi la prison et les camps de concentration, tous ont participé à un même combat, sous une même direction, celle du Parti, celle de son secrétaire général, Maurice Thorez.

    Dans ce cadre, les « 27 », nos vaillants députés du chemin de l’honneur, ont montré l’exemple à tout le Parti d’une lutte de principes contre la trahison des gouvernants, l’exemple de l’internationalisme prolétarien et de la fidélité à l’Union Soviétique et au camarade Staline.

    Voilà l’action une et indivisible du Parti dans la Résistance. La discussion au secrétariat du Parti, au Bureau Politique et au Comité Central a montré, chez André Marty, des désaccords politiques identiques, avec, chez lui, la tentative de porter atteinte à l’unité du Parti par le discrédit systématique d’autres dirigeants du Parti.

    Cela fut confirmé par de nombreux militants et membres du Comité Central, ainsi que par le camarade Charles Tillon lui-même, dans la réunion du Bureau Politique précédant le Comité Central.

    La discussion se poursuit dans le Parti. L’enquête elle-même sur ces faits graves n’est pas terminée. C’est pourquoi, au Comité Central, le camarade Léon Mauvais pouvait, au nom du Bureau Politique, conclure son rapport de la façon suivante :

    « Le camarade André Marty — comme le camarade Charles Tillon — ne peuvent pas douter des sentiments du Comité Central et de l’aide que chacun est décidé à leur apporter. Tous, nous espérons ardemment que les camarades André Marty et Charles Tillon feront les pas nécessaires dans l’intérêt du Parti.

    Même dans l’immédiat, en apportant au débat les sanctions qui conviennent, les membres du Comité Central le feront avec l’espoir que le comportement des camarades André Marty et Charles Tillon, aujourd’hui et après, permettra au Parti, au prochain congrès, de prendre toutes décisions conformes à l’intérêt, à l’unité du Parti et de sa direction. »

    En adoptant les propositions du Bureau Politique unanime — y compris Tillon et Marty — concernant les sanctions contre les camarades André Marty et Charles Tillon, le Comité Central a démontré qu’aucun militant, quel qu’il soit et quels que soient ses mérites antérieurs, ne pouvait se placer au-dessus du Parti.

    Les sanctions prises à l’encontre d’André Marty et Charles Tillon et que de nombreux militants estiment trop modérées, attestent la volonté du Comité Central de tout faire pour aider des camarades dans l’erreur à se corriger, et de ne permettre que soit porté atteinte à l’unité du Parti.

    Le Secrétariat du Parti Communiste »

    Le 6 décembre 1952, tous deux sont exclus du Comité Central.

    André Marty est exclu dans la foulée du Parti Communiste Français et subit des attaques ininterrompues, étant qualifié de « policier ».

    Il demandera vainement quelque temps sa réintégration, puis dénoncera les « stalinistes », se rapprochera rapidement des trotskistes et des syndicalistes révolutionnaires ; il décédera en 1956.

    Charles Tillon reste lui membre du Parti Communiste Français, sans responsabilités, avant son exclusion en 1970.

    Il ne participera à aucune initiative politique, ce qui est une caractéristique notable des gens mis de côté.

    Si ceux-ci protestent des dysfonctionnements internes, dus à un style « stalinien », bureaucratique, non-démocratique, etc., jamais ils ne remettent en cause la ligne du Parti Communiste Français.

    Et tous abandonnent la politique après leur exclusion, après une courte période où ils ont crié « scandale » dans l’indifférence la plus absolue, à part du côté des médias bourgeois.

    C’est ce qui souligne que le Parti Communiste Français consiste plus en une sorte de vaste bulle qu’autre chose, avec une atmosphère bien à part, fonctionnant avec un système non pas de valeurs mais de rapports internes s’équilibrant tant bien que mal.

    André Marty et Charles Tillon n’étant plus en phase avec ces rapports internes et ces déséquilibres, ils sont mis de côté.

    Néanmoins, cela ne relève pas d’une ligne politique, seulement d’un état d’esprit, d’une insistance sentimentale-identitaire éventuelle plus forte sur un aspect ou un autre.

    Et la position d’André Marty et de Charles Tillon relevait, en ce sens, de la cristallisation d’une « minorité » soucieuse de valoriser le Parti Communiste Français en lui-même, par opposition à son grand projet d’union la plus large.

  • Henri Martin emprisonné

    L’épisode « Ridgway » est emblématique de comment la séquence 1947 – 1948 – 1949 pèse encore sur le Parti Communiste Français, de manière indirecte puisque celui-ci ne veut plus en entendre parler.

    Il y a le souci d’assurer une continuité avec ces années, tout en les niant.

    Il y a une contradiction entre la fierté sentimentale-identitaire d’avoir mené un tel affrontement et la ligne du Parti Communiste Français qui est de passer à autre chose, étant donné que ce qui compte, c’est l’union à tout prix des « bons Français » comme le dit Maurice Thorez.

    On trouve, au croisement de cette contradiction, et même en tant que nexus tellement cela charrie d’éléments de part et d’autre, Henri Martin et son parcours.

    Celui-ci, né en 1927 dans le Cher, rejoint la Résistance dès l’année 1943 où il rejoint les FTP, puis le Parti Communiste Français.

    Il s’engage ensuite dans la Marine nationale en 1945, pensant aller combattre l’armée japonaise.

    Or, le temps qu’il soit sur place, il doit combattre les communistes vietnamiens.

    Il continue alors d’agir comme matelot-mécanicien, mais s’oppose verbalement à cette guerre, refuse la croix-de-guerre et demande sa résiliation chaque année.

    Envoyé au début de l’année 1948 comme quartier-maître mécanicien à la station d’essais des combustibles et des lubrifiants de l’Arsenal de Toulon, il y commence alors une activité de propagande.

    Le contexte est marqué par une réelle intensité ; est ainsi votée en mars 1950 une loi frappant les auteurs de malfaçons volontaires ou de détériorations de matériel militaire, d’entraves à leur circulation, de tentatives de démoralisation de l’armée et la nation.

    En même pas une année, la loi amènera, rien que pour la CGT, quatre secrétaires confédéraux, onze dirigeants d’Unions départementales et soixante-dix secrétaires de syndicats à se retrouver devant les juges.

    Henri Martin finit par être arrêté deux ans plus tard, accusé d’avoir développé une « entreprise de démoralisation de l’armée » et également, en raison de l’action d’un provocateur, « complicité de tentative de sabotage ».

    Au procès en octobre 1950, il déclara : « En me battant contre la guerre injuste du Vietnam, je défends l’honneur de la France » ; on reconnaît la ligne social-patriotique du Parti Communiste Français.

    Henri Martin à son procès

    Henri Martin fut finalement condamné à cinq années de prison ; il passa en tout trois ans et demi en prison, dont un peu plus d’un an dans des conditions particulièrement sordides et à l’isolement à la prison maritime de Toulon.

    Pendant tout ce temps-là, il reçut un soutien extrêmement important, dans le cadre de vigoureuses campagnes.

    L’Union de la Jeunesse Républicaine de France monta notamment une troupe de théâtre, pour une pièce intitulée Drame à Toulon ; elle fut itinérante de 1951 à 1953 et vue par au moins 200 000 personnes, sans doute bien plus, dans une centaine de villes différentes.

    La pièce fut interdite à Paris puis dans une quinzaine de départements, et affronta les agressions.

    La vingtaine de comédiens joua ainsi dans des cours d’immeuble, des gares, des forêts, des vignobles et même une fois sur un bac traversant la Loire avec la fiancée d’Henri Martin, ou encore sur les rives du Cher avec la mère de celui-ci.

    Paul Eluard écrivit un poème.

    La confiance d’Henri Martin

    Les vents m’ont devancé, je suis resté à terre
    A terre et dans une prison,
    Pour avoir simplement refusé de me taire
    Pour avoir simplement raison
    Contre la guerre.

    Je suis jeune et pour moi la vie est tout entière
    Comme une aurore qui sent bon
    Et j’en suis ébloui pour moi et pour mes frères
    Car notre confiance est un pont
    Sur l’adversaire.

    D’autres sont seuls au monde, ceux qui font les guerres
    Moi je vois à mon horizon
    Une foule sans peur qui lutte et qui espère
    Demain les bateaux s’en iront
    Vers la lumière.

    Henri Martin eut également droit à son portrait réalisé par André Fougeron, Fernand Léger, Jean Lurçat et Pablo Picasso.

    Boris Taslitzky fit également son portrait, de grande taille, alors qu’il est assis sur un banc en prison.

    Le tableau fait 117 cm sur 73 cm et fut exposé au Salon d’automne à Paris en novembre 1951, le peintre prenant le pseudonyme de Julien Sorel.

    Il fut victime de la répression, comme d’autres œuvres, car l’État fit décrocher sept tableaux lors du passage du président de la République ; cinq furent remis quatre jours plus tard, puis immédiatement trois furent de nouveau décrochés.

    Parmi les œuvres interdites d’exposition, on a un autre tableau de Boris Taslitzky, La Riposte.

    C’est une œuvre de 2,3 mètres sur 3 mètres, où l’on voit les dockers de Port-de-Bouc autour d’une Marianne brandissant le drapeau français et affrontant des CRS aidés de chiens policiers.

    Une autre œuvre interdite fut Les Dockers de Georges Bauquier, où était inscrit « Pas un bateau pour l’Indochine » ; on a également Le 14 février à Nice (Le V2 à la mer) de Gérard Singer, avec du matériel militaire jeté à la mer par les manifestants.

    Les autres œuvres concernées sont Maurice Thorez va bien de Jean Milhau (où l’on voit un vendeur de l’Humanité avec Maurice Thorez souriant en couverture), Le défilé du 1er mai de Marie-Anne Lansiaux, Manifestation de Berbérian (avec deux policiers en gros plan).

    C’est un épisode important, qui correspond tout à fait au maintien d’une démarche sentimentale-identitaire à la suite de la séquence 1947-1948-1949.

    C’est pourquoi la campagne en faveur de la libération d’Henri Marin cristallisa cette approche dans le Parti Communiste Français, autour d’André Marty, l’une des plus principales figures historiques, connu justement pour avoir été un mutin de la Marine nationale en mer Noire, puis avoir été un cadre des Brigades Internationales, et ensuite un responsable de l’Internationale Communiste.

  • Le Parti Communiste Français, Ridgway et la déroute de 1952

    L’événement principal de l’année 1952 est la conséquence directe de la posture d’inaction du Parti Communiste Français.

    Ce dernier n’a pas compris que la non-action est somme toute une action. Il va en payer le prix cher.

    Formellement, tout part des élections législatives de juin 1951. Le Parti Communiste Français présente une liste d’union républicaine résistante et antifasciste pour l’indépendance nationale, le pain, la liberté et la paix.

    Rien que le nom de cette liste montre comment il cherche à capitaliser sur ses traditions et l’afflux numérique qu’il a connu.

    Il est d’ailleurs très satisfait, puisque formellement, son impact électoral reste important.


    VoixSièges
    Parti Communiste Français4 910 547 soit 25,89 %103
    Rassemblement du Peuple Français4 125 492
    soit 21,75 %
    121
    Parti socialiste SFIO2 744 842
    soit 14,47 %
    107
    Centre national des indépendants et paysans2 656 995
    soit 12,83 %
    96
    Mouvement Républicain Populaire2 369 778
    soit 12,49 %
    94
    Rassemblement des Gauches Républicaines1 887 583
    soit 11,13 %
    90

    Cependant, le Parti Communiste Français reste mis de côté.

    Le pouvoir revient encore et toujours à la « troisième force », composée du Parti socialiste (SFIO), de l’Union démocratique et socialiste de la Résistance (UDSR), des radicaux, du Mouvement républicain populaire (MRP) et des républicains dits modérés (droite républicaine et libérale).

    On parle de « troisième force », car en plus de s’opposer au Parti Communiste Français, elle rejette le Rassemblement du Peuple Français, porté par les gaullistes et s’excitant toujours davantage.

    Il y a, par ailleurs, de nombreux attentats à l’explosif contre des locaux du Parti Communiste Français au début des années 1950 ; le Rassemblement du Peuple Français, c’est-à-dire le parti gaulliste, est très provocateur et produit une vraie tension.

    Fort de ses résultats électoraux et de son socle, le Parti Communiste Français se dit donc qu’il peut vivre sur ses acquis.

    Et il n’accepte pas du tout l’interdiction de la traditionnelle manifestation antifasciste de février, qui commémore la révolte ouvrière de 1934 qui a ouvert la voie au Front populaire.

    Dans sa logique, il considère qu’il peut montrer qu’il est en mesure de créer un véritable rapport de force et il appelle à la grève antifasciste pour le 12 février 1952.

    Celle-ci n’est pas une réussite ; la mobilisation, marginale, concerne en fait surtout la région parisienne, avec un mouvement dans la métallurgie, le gaz et l’électricité, le bâtiment, les cheminots, les services publics, les spectacles, les taxis.

    Il n’y a en tout cas aucun élan réel ; les CRS sont massivement présents, il y a des centaines d’arrestations.

    Ici, le Parti Communiste Français aurait dû comprendre qu’il a un socle, mais que politiquement il n’a qu’une posture, faisant que tout est une construction sans base réelle et qu’il y a un décalage immédiat dès qu’il s’agit de prétendre agir.

    C’est alors que se produit la manifestation du 18 mars 1952 à Melun, à une soixantaine de kilomètres de Paris.

    Le contexte est le suivant : à quelques kilomètres de là, à Dammarie-les-Lys, il y a une importante entreprise de métallurgie lourde (les ponts, les charpentes en acier, etc.), les Établissements Delattre et Frouard.

    Ses travailleurs étaient en grève depuis sept semaines ; sur les 850, 70 sont à la CGT. Ils finissent par séquestrer deux patrons et les CRS interviennent alors, le 17 mars 1952.

    De nombreuses entreprises locales entrent alors en grève le jour même, notamment l’usine de radiateurs d’Idéal Standard, l’ancienne Compagnie Nationale des Radiateurs,qui tenait en quatre immenses halles pour une surface totale de 28 000 m².

    On y trouve 700 salariés et le trésorier de la CGT de l’entreprise était le communiste Alfred Gadois.

    Se produit ainsi le jour même une manifestation à Melun, où le commissaire local lance une grenade offensive sur le député local, le communiste André Gautier, un héros de la Résistance.

    Le lendemain, le 18 mars, la manifestation traverse la ville, passant notamment devant le domicile du maire (appartenant aux centristes du MRP), devant la prison, puis finalement devant la Bourse du travail.

    Deux camions tout terrain de l’armée américaine passent alors et forcent le passage dans le cortège ; le second se retrouve attaqué par la foule.

    Il accroche deux voitures, coince Alfred Gadois contre un mur ; celui-ci cherche à sauter sur le marchepied du camion mais est repoussé par les soldats américains et il meurt écrasé.

    Immédiatement, l’État va empêcher tout transport des communistes vers Melun, afin d’empêcher une manifestation, même si plusieurs milliers de personnes parvinrent à se rassembler ; le cadavre fut transporté par la police dans le village natal d’Alfred Gadois, dans la Sarthe, pour éviter tout rassemblement lors de l’enterrement.

    Naturellement, les soldats américains furent considérés comme intouchables, ce qui renforça encore la colère générale.

    La venue du général américain Matthew Ridgway à Paris apparut alors d’autant plus comme une provocation.

    Celui-ci avait dirigé la contre-offensive américaine réussie en Corée, qui était parvenue à stopper et renverser la situation jusque-là favorable au Nord appuyé par la Chine populaire.

    Il va également, à partir du 30 mai, devenir commandant suprême de l’Otan, prenant la place de Dwight Eisenhower, qui va par la suite être président des États-Unis quelques mois après.

    Il y avait d’ailleurs eu, fin janvier 1951, une manifestation contre la venue du général américain Eisenhower, avec 50 000 personnes, dont 3000 sont arrêtées, alors que 10 000 policiers étaient présents.

    À cette occasion, l’Humanité fut saisie, ce qui n’était pas une nouveauté : régulièrement, il y avait quelques saisies ici et là, coûtant cher et désorganisant la production.

    Le Parti Communiste Français appela ainsi à une grande manifestation le 28 mai 1952 ; la mobilisation fut générale dans la région parisienne.

    C’en est au point qu’il y eut déjà le 24 mai plusieurs manifestations, à Paris, mais également en banlieue comme à Ivry-sur-Seine, Saint-Denis, Vitry-sur-Seine, ainsi que des débrayages.

    Le jour même, le rédacteur en chef de l’Humanité André Stil fut arrêté ; il resta emprisonné deux mois. L’Humanité fut ensuite saisie à l’aurore le 27 mai, puis pendant dix jours consécutifs.

    Les manifestations du 28 mai furent ensuite un échec ; elles se déroulèrent dans une trentaine de villes avec relativement peu de monde.

    Il y eut autour de 25 000 personnes à Paris, où tout se déroula extrêmement violemment, alors que les Bourses du travail (rue du Château d’eau et l’annexe rue Turbigo), ainsi que le siège des syndicats CGT de Paris avaient été fermés par la police au préalable.

    Il y eut deux morts chez les manifestants, alors que l’État parla de 372 policiers blessés, dont 27 grièvement.

    Les locaux du Parti Communiste Français furent rapidement perquisitionnés, la police emportant notamment cinq camions de documents au siège du Comité Central.

    Des caches d’armes furent découvertes à Toulon, ce qui amena l’ouverture d’une enquête concernant un complot contre la sûreté extérieure de l’État.

    Ce fut la chasse aux cadres communistes : 147 inspecteurs de police et gardiens de la paix furent sanctionnés, 511 travailleurs des arsenaux mis à pied, des milliers de cheminots suspendus.

    La plus haute figure du Parti Communiste Français, c’est-à-dire Jacques Duclos puisque Maurice Thorez se faisait soigner depuis un an en URSS, n’avait pas respecté les consignes de sécurité ; arrêté, il fut emprisonné pendant un mois, tout comme plus de 160 cadres.

    La CGT tenta une réponse avec une grève pour le 4 juin, qui échoua complètement face à la pression (officiellement 4 000 grévistes à la SNCF, 511 dans les Arsenaux, 127 à Air France, 2 aux PTT…), alors que soixante syndicalistes se firent arrêter au petit matin et que dix chars et quinze automitrailleuses patrouillèrent aux alentours de la place de la République à Paris.

    Les opérations de licenciements de communistes se généralisèrent alors, comme celle de 400 ouvriers des usines Renault de Billancourt.

    Le logement du magistrat ayant libéré Jacques Duclos, Paul Didier (par ailleurs une figure de la résistance), fut attaqué à l’explosif par l’extrême-droite.

    Puis deux vagues d’arrestations se produisirent, les 8 octobre 1952 et 23 mars 1953 ; le dirigeant de la CGT, Benoît Frachon, fut obligé de passer six mois dans la clandestinité.

    L’affaire traîna en longueur, ce qui est caractéristique de la méthode employée par l’État français afin de procéder à l’intégration des contestations.

    Cela fit que sur les 171 accusés initialement, on n’en eut plus que 22 lors du procès en novembre 1955 devant la dixième chambre du tribunal correctionnel de Paris, avec 9 personnes relaxées, les autres étant condamnées à des peines de prison allant de huit jours à un mois, toutes avec du sursis.

    146 autres personnes virent leurs poursuites transformées en « rébellion et insultes à agents » et ne furent condamnées qu’à des amendes.

  • Maurice Thorez et la question de la paupérisation

    Le refus de la révolution et la lutte contre le plan Schuman sur une base unilatérale vont aboutir à l’émergence dans le Parti Communiste Français d’une ligne obstinée, qui consiste à expliquer que le niveau de vie des masses est en chute libre.

    On est ici dans une auto-intoxication naturellement liée au fait que, au fond, le Parti Communiste Français est un parti syndicaliste, qu’il n’est somme toute qu’une émanation de la CGT.

    Il faut justifier le réformisme en prétendant qu’il a une dimension révolutionnaire.

    La thèse d’une paupérisation absolue en France va monter en puissance au fur et à mesure des années 1950, jusqu’à constituer le noyau dur de tous les positionnements du Parti Communiste Français dans l’économie politique.

    C’est que conformément à son « refus » de sa propre situation de mise à l’écart, et en absence de confrontation révolutionnaire sur un mode de rupture, le Parti Communiste Français est obligé de voir en noir tout ce qui se passe : sa vision officielle des choses est ainsi que le niveau de vie des masses recule de plus en plus.

    C’est bien entendu totalement absurde alors qu’on est en pleine relance du capitalisme, dans un processus de croissance qui va fonctionner comme un rouleau compresseur dans les pays occidentaux de 1945-1975, ce qu’on a appelé en France les « trente glorieuses ».

    Le Parti Communiste Français, qui doit justifier sa propre existence sans pour autant chercher à sortir du cadre institutionnel, prétend donc que lui seul peut sortir les masses d’une paupérisation qui s’installe toujours plus.

    L’une des polémiques connues alors est, en mai 1955, la publication par Pierre Mendès France, qui était chef de gouvernement quelques mois auparavant, d’un article dans la revue L’Express où est dénoncée la prétendue loi de paupérisation.

    Maurice Thorez lui répond dans une brochure très largement diffusée, « Nouvelles données sur la paupérisation. Réponse à Mendès France ».

    On y lit par exemple :

    « Reste le luxe de l’auto, accessible, dit-on, à la classe ouvrière.

    En réalité, l’automobile est souvent une nécessité aux États-Unis, comme le vélo en Hollande, comme, de plus en plus, le scooter dans la région parisienne.

    L’ouvrier américain qui achète une voiture d’occasion obéit à deux raisons : d’abord, il travaille en règle générale très loin de son domicile ; d’autre part, la totalité des transports est entre les mains de sociétés privées, qui se soucient beaucoup plus des intérêts de leurs actionnaires que ceux du public. »

    Maurice Thorez explique ensuite que le niveau de vie des années 1950 est inférieur à la période précédente ; la polémique a un écho jusque dans le quotidien Le Monde.

    Maurice Thorez abordera largement le thème encore les années 1955, 1956 et 1957, des articles de cette période étant finalement rassemblés dans une brochure en 1961, sous le nom de « La paupérisation des travailleurs français – une tragique réalité ».

    On est ici dans un catastrophisme assumé, à l’instar de ce que dit Maurice Thorez dans son discours de clôture au Comité central du Parti Communiste français, le 27 janvier 1955 :

    « Une deuxième loi marxiste, celle de l’accumulation du capital, enseigne que la classe ouvrière ne peut échapper, sous le capitalisme, à la paupérisation relative et absolue.

    Cette loi, elle aussi, a été niée obstinément surtout par les dirigeants socialistes, dont toute la politique de conciliation des classes repose sur le mensonge d’une amélioration régulière de la condition des ouvriers.

    Mais les faits sont têtus : les faits montrent que le salaire horaire du métallurgiste parisien a baissé de moitié depuis 1938. Le nombre des ouvriers qualifiés diminue.

    Les salaires additionnés de tous les membres de la famille, femmes et enfants compris, représentant à peine ce que le père touchait à lui seul autrefois.

    Les loyers augmentent sans arrêt, beaucoup d’ouvriers sont condamnés au taudis.

    Les travailleurs de Paris mangent moins de viande que sous le Second Empire. »

    Le même constat est fait, dans l’article Encore une fois la paupérisation !, paru dans les Cahiers du communisme en octobre 1957, où s’y ajoute une polémique avec le Parti Communiste Italien, qui ne s’est pas placé de manière unilatérale dans une telle interprétation de la réalité :

    « En Allemagne occidentale, la paupérisation de la classe ouvrière s’affirme parallèlement à la concentration du capital. Le coût de la vie s’élève.

    La rationalisation capitaliste, le perfectionnement des méthodes techniques d’exploitation aggravent chaque jour les conditions de travail (…).

    Quant au gouvernement de Londres, on se rappelle qu’il avait promis de doubler le niveau de la population en vingt-cinq ans ! Pourtant, les faits ont parlé un tout autre langage (…).

    Aux États-Unis, les indices de ralentissement de l’activité économique se multiplient (…).

    Un autre procédé polémique consiste à faire appel à l’armée des acheteurs de scooters et de machines à laver !

    Outre que l’on comprend parfaitement la volonté d’une classe ouvrière formée dans les conditions historiques modernes de bénéficier du progrès technique, l’œuvre de ses mains, ne voit-on pas surtout qu’il s’agit ici d’un besoin objectif, d’un élément objectif du niveau de vie dû à certaines conditions matérielles ?

    Autrefois, les ouvriers du bâtiment pouvaient acheter en banlieue un lopin de terre sur lequel ils bâtissaient le dimanche leur petite maison, à proximité des zones d’expansion urbaine et de travail.

    Aujourd’hui, ils n’ont plus, pour la plupart, les moyens de le faire, mais en revanche le vélomoteur leur est nécessaire pour couvrir les longs trajets qui séparent leur domicile de leur chantier (…).

    Il est bien évident que pour renouveler la force de travail, la quantité des moyens de consommation objectivement nécessaires est plus grande aujourd’hui qu’il y a cent ans !

    Même les trois semaines de congés payés sont-elles autre chose qu’une nécessité vitale en fonction de l’intensification du travail et de l’usure physiologique grandissante ? (…)

    Le président du Parti communiste américain, le camarade William Z. Foster, a écrit dans son article reproduit au numéro 1 des Cahiers du Communisme, en janvier de cette année, que « le jeu de la loi de paupérisation des masses peut être vérifié aux États-Unis, pays tant vanté de la « prospérité » capitaliste. »

    On s’étonne qu’une note discordante figure dans l’article publié, au numéro de janvier-février de Rinascita, la revue politique et culturelle de notre parti frère d’Italie, sous le titre : « La voie italienne au socialisme, origines et traits de notre politique ».

    Le camarade Spano écrit : « La question de la paupérisation absolue et relative de la classe ouvrière en régime capitaliste est posée par les camarades français comme une loi catégorique, immuable, mais par les camarades italiens et, croyons-nous, par Marx, elle est posée comme une loi de tendance.

    En tirant avec une stricte logique toutes les conséquences politiques de la façon de poser le problème qu’adoptent les camarades français, on devrait conclure à l’impossibilité pour la classe ouvrière de réaliser aucune conquête dans le cadre de la société capitaliste, à la nécessité pour la classe ouvrière de poser chacune de ses revendications en termes de rupture révolutionnaire pour la conquête du pouvoir. »

    Ainsi, le camarade Spano, après beaucoup d’autres [appartenant par contre aux socialistes], reproche à notre Parti de concevoir les effets de la paupérisation comme quelque chose d’immuable, quelque chose contre quoi la classe ouvrière ne pourrait rien tenter (…).

    Il dit textuellement qu’au sujet de la paupérisation comme des nationalisations, « les camarades français prennent des positions qui les confinent dans une fonction de pure propagande. »

    À vrai dire, reconnaît-il, les communistes français sortent parfois de la propagande pour agir, mais c’est simple illogisme de leur part ! »

    Les conséquences sont essentielles.

    Autant le Parti Communiste Italien peut justifier sa tentative d’institutionnalisation en affirmant que les choses peuvent éventuellement tout de même s’améliorer, autant le Parti Communiste Français se ferme la porte de l’accompagnement revendicatif et modernisateur de la croissance capitaliste, après avoir fermé celle de la révolution suite à l’échec de la séquence 1947-1948-1949.

    Ainsi, non seulement il va passer à côté de l’émergence de Mai-1968, mais en plus il sera obligé de s’affirmer contre, car il nie formellement toute la réalité dont Mai-1968 est précisément l’expression.

  • Le plan Schuman et la Communauté européenne du charbon et de l’acier

    Le Parti Communiste Français n’ayant plus aucune stratégie en raison de l’échec complet de la séquence 1947 – 1948 – 1949, il se raccroche à trois choses tout au long de l’année 1950 : la dénonciation du gouvernement et de la situation sociale, le soutien au Nord lors de la guerre de Corée où intervient finalement la superpuissance impérialiste américaine pour sauver le Sud, le refus de la guerre en Indochine qui gagne en puissance au fur et à mesure, et enfin la dénonciation sur un ton ultra-patriotique du réarmement de l’Allemagne de l’Ouest.

    Dans le cadre de ce dernier point, il y a lieu de noter l’activité de Robert Schuman, qui avait voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, mais avait été ensuite réintégré dans l’appareil d’État.

    Ce catholique de Lorraine a servi de fer de lance à la mise en place d’une dimension « européenne » entièrement à la solde des États-Unis.

    Le 9 mai 1950, en tant que ministre des Affaires étrangères français, Robert Schuman appelle ainsi à la création d’une Communauté européenne du charbon et de l’acier, qui effectivement se met en place en 1952, avec la France, l’Allemagne de l’Ouest, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg.

    Voici un document unitaire des Partis Communistes de France, d’Allemagne, d’Italie, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas, de Belgique et du Luxembourg, du 4 juillet 1950.

    On y retrouve bien la ligne du Parti Communiste Français, avec toutefois davantage d’économie politique par rapport à sa propre propagande.

    « Contre le plan Schuman d’asservissement et de guerre

    Les représentants des Partis Communistes de France, d’Allemagne, d’Italie, de Grande-Bretagne, de Hollande, de Belgique et du Luxembourg ont examiné les conséquences néfastes que comporterait l’application du plan dit Schuman pour la paix du monde et l’intérêt de leurs peuples.

    Ils sont unanimes pour considérer que ce plan, dicté par les impérialistes américains est une étape importante dans la préparation de la guerre contre l’Union Soviétique et les pays de démocratie populaire.

    Le Plan Schuman n’est pas un plan de paix, c’est un plan de guerre.

    Il constitue une nouvelle violation des accords de Potsdam en perpétuant la coupure en deux de l’Allemagne qui donne aux fauteurs de guerre américains la possibilité de renouveler sur une plus grande échelle les provocations auxquelles ils viennent de se livrer en Corée.

    Il est aussi une violation de la Charte de l’Organisation des Nations Unies.

    Le plan Schuman qui est une prolongation du plan Marshall, tend à faire de l’Ouest de l’Allemagne, placé sous contrôle américain, une base politique et économique et militaire essentielle en Europe, pour la troisième guerre mondiale.

    Il vise à intégrer complètement dans le bloc atlantique les capitalistes allemands, considérés par les fauteurs de guerre américains comme la force d’agression la plus sûre en Europe.

    Il facilite la reconstitution d’une armée en Allemagne occidentale sous la direction des anciens généraux hitlériens.

    La réalisation du projet Schuman aboutirait à mettre les industries minières et sidérurgiques et par voie de conséquence l’ensemble de l’économie de la France, de la Grande-Bretagne, de la Belgique, du Luxembourg, de l’Italie et de la Hollande sous le contrôle des magnats capitalistes de la Ruhr, eux-mêmes aux ordres des financiers de Wall Street.

    L’industrie et l’agriculture de ces pays deviendraient ainsi le complément de l’industrie de guerre de l’Ouest allemand pour le compte des impérialistes américains.

    Il s’agit de constituer un arsenal du bloc atlantique, c’est-à-dire l’ensemble guerrier le plus formidable que l’Europe ait jamais connu.

    C’est l’alliance des marchands de canons rassemblant, sous la direction des potentats du dollar, les grands industriels nazis de la Ruhr, le Comité des Forges qui trahit depuis des décennies les intérêts de la France, certains rois de l’industrie guerrière anglaise et les gros industriels de Belgique et du Luxembourg.

    Le Plan Schuman consacrerait la mise au pas des pays marshallisés, il achèverait de détruire la souveraineté nationale de ces pays en livrant leur économie aux impérialistes américains.

    Il confirmerait l’état de colonisation de l’Ouest allemand.

    Les salaires et les conditions de travail des ouvriers français, anglais, italiens, belges, hollandais et luxembourgeois seraient ramenés au niveau très inférieur de ceux des ouvriers de l’Ouest allemand que les impérialistes veulent maintenir dans la misère.

    L’industrie sidérurgique italienne serait condamnée à disparaître. Dans les autres pays de nombreuses entreprises minières et sidérurgiques devraient fermer leurs portes sous prétexte de « non-rentabilité ».

    Ce serait le chômage pour des millions de travailleurs et la mévente des produits agricoles pour les paysans.

    Il est donc de l’intérêt de tous les peuples de mettre en échec cette nouvelle tentative des impérialistes américains qui veulent assurer leur hégémonie mondiale en précipitant les nations dans la misère et dans la guerre.

    En acceptant de se faire le porte-parole des impérialistes américains en Europe, le gouvernement français essaie de se présenter comme le courtier le plus servile entre les États-Unis et l’Europe marshallisée.

    En acceptant d’enthousiasme la proposition Schuman, le gouvernement fantoche de Bonn revendique l’héritage d’Hitler pour l’organisation en Europe de la guerre antisoviétique.

    Les réserves formulées par le gouvernement anglais sont celles d’un gouvernement impérialiste qui désire défendre ses propres intérêts en Europe et y conserver en même temps le rôle de premier commis américain, désormais promis au gouvernement réactionnaire de l’Ouest allemand.

    Ces réserves confirment l’appréciation de septembre 1947 du regretté camarade Jdanov qui indiquait que l’Allemagne est la pomme de discorde entre dirigeants américains, anglais et français.

    Les dirigeants socialistes de droite des pays marshallisés approuvent quant au fond le plan de guerre et de misère des trusts internationaux.

    Ils ne sont pas seulement les agents de leur propre bourgeoisie, mais en même temps les agents des impérialistes américains.

    Les divergences qui se font jour chez eux sont le reflet des contradictions entre l’impérialisme américain et les impérialismes vassaux.

    Les capitalistes de France, de l’Ouest allemand, d’Italie, de Belgique, de Hollande et du Luxembourg ont perdu tout sens national.

    Par l’intérêt de classe, ils trahissent ouvertement les intérêts vitaux de leur pays.

    Ils livrent ceux-ci à la rapacité des trusts internationaux et se préparent à plonger les peuples dans une nouvelle guerre.

    Les capitalistes tentent de maintenir par la violence et la guerre leur domination sur les peuples coloniaux qu’ils oppriment.

    Il revient à la classe ouvrière, porteuse de l’intérêt national dans chaque pays, de prendre en main la lutte pour l’indépendance nationale et de soutenir la lutte des pays opprimés pour leur libération nationale.

    Dans ces conditions, les Partis communistes de France, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, d’Italie, de Hollande, de Belgique et de Luxembourg considèrent qu’il est de leur devoir d’appeler les peuples de leur pays, et en premier lieu la classe ouvrière, à lutter pour faire échec au plan Schuman d’esclavage et de guerre.

    Ils saluent comme une grande manifestation d’internationalisme prolétarien et comme une contribution importante et efficace à la défense de la paix le manifeste commun de la C.G.T. et de la Fédération des Syndicats libres allemands, appelant les travailleurs de France et d’Allemagne à l’action commune contre le Plan Schuman.

    Ils considèrent cette manifestation comme un exemple qui peut être donné à l’ensemble des travailleurs des pays marshallisés.

    Les Partis communistes de France, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, d’Italie, de Hollande, de Belgique et du Luxembourg se félicitent de la politique de paix de l’Union Soviétique par le parti Bolchevik et le camarade Staline qui a abouti à la constitution de la République démocratique allemande.

    Ils s’engagent à redoubler d’efforts pour soutenir cette République et toutes les forces démocratiques et pacifiques de l’Ouest allemand et à œuvrer pour une Allemagne Unie, démocratique et pacifique.

    À la solution de guerre que préparent les impérialistes avec le Plan Schuman, ils opposent celle de la coexistence pacifique de régimes différents qui permettrait un développement des relations économiques avec les pays du Centre et de l’Est de l’Europe.

    Dans leur action pour la paix, les Partis communistes de France, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, d’Italie, de Hollande, de Belgique et du Luxembourg se placeront résolument à la tête des Partisans de la Paix afin que des dizaines de millions de signatures soient apposées au bas de l’appel de Stockholm pour l’interdiction de la bombe atomique.

    Pour faire échec à l’alliance guerrière des marchands de canons, les Partis communistes de France, d’Allemagne, de Grande-Bretagne, d’Italie, de Hollande, de Belgique et du Luxembourg travailleront à organiser l’alliance pacifique des peuples, des millions de simples gens qui ne veulent pas la guerre.

    Le Comité Central du Parti Communiste Français,
    Le Comité Directeur du Parti Communiste d’Allemagne
    Le Comité Central du Parti Communiste Italien,
    Le Comité Exécutif du Parti Communiste de Grande-Bretagne,
    Le Comité Central du Parti Communiste des Pays-Bas,
    Le Comité Central du Parti Communiste de Belgique,
    Le Comité Central du Comité Communiste du Luxembourg. »

  • La majorité unitaire et la minorité sentimentale-identitaire au sein du Parti Communiste Français en 1950

    La question de la littérature joue un rôle immense à l’arrière-plan dans le Parti Communiste Français, parce qu’elle véhicule de nombreuses valeurs.

    On a affaire à une écriture du « nouveau réalisme français » qui emprunte à Émile Zola pour pratiquer le naturalisme, mais en accordant de la valeur au milieu ouvrier décrit.

    On reconnaît également l’ombre du fameux roman d’Henri Barbusse, Le feu (Journal d’une escouade), publié en 1916. Tout est très brut et pris sur le vif, avec un côté pesant et insistant.

    Il n’y a aucun esprit de synthèse et l’esthétique consiste à prendre le réel en bloc, intuitivement.

    Quiconque s’intéresse un tant soit peu sérieusement à la démarche du « nouveau réalisme français » voit forcément les ressemblances avec le rap français des années 1990.

    Il y a le même rapport forcé aux choses, un esprit de contestation similaire car revendicatif et abstrait, très sentimental en fait, avec à l’arrière-plan du ressentiment.

    Boris Taslitzky, Les Délégués, 1947

    Concrètement, pour les écrivains liés au Parti Communiste Français en 1950, le communisme apparaît comme un espoir (aux contours très vagues), le socialisme comme une exigence purement sociale (c’est-à-dire la République mais en version sociale), et le Parti Communiste Français comme une boussole, qui permet l’orientation.

    On a ainsi l’expression d’un profond attachement aux travailleurs, mais à travers une vague de sentimentalisme.

    Il n’y a pas de réalisme, encore moins socialiste, même si l’expression « réaliste socialiste » est utilisée à tort et à travers pour désigner un style à atteindre de manière hypothétique.

    On n’a pas affaire à des gens qui étudient la réalité et la représentent de manière synthétique dans une œuvre typique ; tous sont des portraitistes pétris de bons sentiments et désireux de parler vrai.

    C’est très digne, mais creux.

    Et au-delà de cette littérature à proprement parler, il est nécessaire de comprendre que cela exprime tout un état d’esprit de la base du Parti Communiste Français, qui ne connaît rien à l’idéologie, alors que de toute façon la direction pratique le « thorézisme » et ne connaît rien non plus au matérialisme dialectique.

    Cette démarche sentimentale, en s’associant à un respect idéaliste pour le Parti, sur un mode « identitaire », va donner naissance à un problème de fond dont le Parti Communiste Français, qui va définitivement s’installer dans sa matrice.

    Les choses se posent comme suit. D’un côté, le Parti Communiste Français se pose comme le vecteur de la transformation du pays.

    Il se présente comme la seule force politique capable de lire les événements et de proposer les choses correctes.

    Il y a, comme principe élémentaire, la volonté de « lutter ». On retrouve précisément le même culte de l’énergie que dans le syndicalisme révolutionnaire, avec la même conception d’une minorité agissante.

    La base du Parti Communiste Français voit celui-ci comme un Parti syndicaliste, un prolongement politique de la CGT.

    De l’autre, le Parti Communiste Français considère qu’il faut l’unité, le front unique, le rassemblement ; il prône une situation où émerge une sorte d’unité populaire dont il serait le noyau constitutif, de la même manière que ce qui s’est passé dans les pays de l’Est européen : les démocraties populaires se sont mises en place justement de cette manière.

    Sauf que, bien entendu, il y avait l’armée rouge dans ces pays, et voilà en quoi le thorézisme est une fantasmagorie pour la France.

    L’affrontement entre ces deux aspects du Parti Communiste Français produit alors une tension qui s’exprime comme suit : à chaque fin de séquence politique ou sociale, la majorité affirme qu’il faut trouver une voie nouvelle à l’unité, alors que la minorité se veut déçue et prône un repli sur soi-même en s’appuyant sur les fondamentaux.

    On peut prendre n’importe quelle époque, n’importe quel organisme généré par le Parti Communiste Français, on aura cette tension.

    Le Parti Communiste Français de 1960, le syndicat étudiant UNEF-SE des années 1990 ou bien la CGT de 2025… tous courent toujours derrière l’unité, dans toutes les séquences politiques, économiques et sociales… Cela sans réel succès, au grand dam finalement d’une minorité interne qui considère alors, qu’après tout, une aventure en solitaire est largement jouable.

    Ce déchirement interne est inévitable.

    Il a toutefois une limite, en raison d’une histoire à écrire : l’immense corruption passant par les institutions, les syndicats, les municipalités.

    Il y a eu historiquement des avantages matériels en masse incroyables, naturellement avec la bienveillance de l’État qui intègre ainsi une aristocratie ouvrière dans le capitalisme.

    Qui plus est, il existe parallèlement les « anti-staliniens », composés de socialistes, d’anarchistes et de trotskistes.

    Ceux-ci sont marginaux numériquement, mais disposent d’une forte capacité de nuisance, et face à eux le Parti Communiste Français fait bloc, afin de défendre ses intérêts.

    Cela fait que la minorité cède toujours face à la majorité, en espérant conquérir plus d’importance au fur et à mesure et craignant, en cas de rupture, de se retrouver marginalisée et reléguée avec les « anti-staliniens ».

    La séquence de 1950-1953 est donc essentielle, car elle donne naissance à une seconde gauche qui concurrence le Parti Communiste Français à gauche, mais qui force en même temps à une forme d’unité en son sein, entre une minorité qui exprime le point de vue de ceux qui ont le plus assumé le romantisme politique et une majorité qui représente le sens pragmatique de la continuité.

    La minorité forme un canal historique ou du moins se voit ainsi avec la nostalgie comme valeur essentielle ; la majorité se veut le canal habituel et produit toujours des idées « nouvelles » pour l’unité sociale et politique la plus large.

    Reste une question essentielle : pourquoi cette contradiction s’exprime-t-elle justement à partir du XIIe congrès, en avril 1950 ?

    La raison toute simple est que Maurice Thorez est victime d’une attaque d’hémiplégie le 10 octobre 1950.

    Les soins en URSS furent privilégiés et il quitta la France le 12 novembre de la même année.

    Or, il ne revint en France que le 10 avril 1953.

    Cela veut dire qu’il aura été absent pendant deux ans et demi et c’est précisément durant cette période que la minorité « identitaire » va synthétiser son approche.

    La majorité va l’emporter, comme elle l’emportera absolument toujours dans toutes les séquences suivantes.

    Cependant, à chaque fois, il y aura désormais une expression minoritaire sentimentale et « identitaire » qui correspond à ce que le Parti Communiste Français a connu dans la séquence 1950-1953.

    On notera ici que cela n’a jamais été compris jusque-là ; l’affrontement au sein du Parti Communiste Français en 1950-1953 a toujours été constaté, mais jamais compris et a même toujours formé un mystère absolu.

    C’est qu’il a été recherché un affrontement ouvert, avec des lignes bien établies, alors qu’il s’agit d’une contradiction interne propre à la nature même du Parti Communiste Français ayant totalement basculé dans le révisionnisme avec le « thorézisme ».

    Victime de sa propre narration, croyant en sa propre fiction, ayant refusé la révolution, mais prétendant être à la pointe de la démarche d’unité populaire, le Parti Communiste Français produit constamment une minorité qui considère que les principes risquent d’être galvaudés, alors qu’il y aurait tout à gagner à les réaffirmer.

  • La scène des écrivains autour du Parti Communiste Français en 1950

    Le Parti Communiste Français a massivement attiré les intellectuels et en 1950, il les a intégrés dans ses différents dispositifs.

    Un phénomène marquant concerne la production littéraire, qui est vraiment très importante et a beaucoup de prestige.

    Parmi les œuvres, on peut mentionner À bras le corps de Dominique Desanti, Le premier choc d’André Stil, La porte du soleil de Simone Tér, Les Enfants du pain noir de Pierre Gamarra, Le Navire en pleine ville d’André Kedros, Les roses du retour de Paul Tillard, Classe 42 de Pierre Daix, L’orage ou l’espoir est pour demain de René Jouglet, Tiens bon la rampe ! de Pierre Abraham ; Rose France de Jean Laffitte, La rivière noire de Pierre Courtade, Plein vent de Jean Fréville, Un homme vient au monde d’André Wurmser, Les sauvages de Renaud de Jouvenel, La dernière cartouche de Jean-Pierre Chabrol, Le voyageur sans boussole de Claude Morgan.

    Cette littérature est alignée sur le « nouveau réalisme français », dont le concepteur est Louis Aragon, dont le roman-fresque Les communistes sert plus ou moins de modèle.

    Mais une grande référence est également André Stil, qui sera même nommé rédacteur en chef de l’Humanité en 1950.

    Voici un extrait d’une œuvre d’André Stil, La fleur d’acier, tiré du recueil La scène a pris la mer, publié en 1950.

    C’était alors son deuxième roman, après  Le Mot Mineur, camarades… publié l’année précédente.

    « Plusieurs fois il y avait repensé au cours de ces quinze jours où il allait de boîte en boîte chercher du travail. C’était pas toujours si facile que ça, le syndicat, le Parti, dans un atelier de six ouvriers.

    Pas seulement la question de savoir ce qu’il pensait, le Bogart, si ça venait du cœur ou du portefeuille, telle ou telle façon d’être. Mais surtout, ce qu’il était juste de faire, soi-même, à son égard…

    Dans les vraies usines, c’est beaucoup plus simple, la lutte pour les salaires et le reste. On voit le front.

    Ici, Bogart, il y avait des heures où il était un ennemi, des heures où il pouvait être un allié. Il était au Parti que depuis la Libération, Jacques. Il n’avait que vingt-cinq ans.

    On lui avait fourré des responsabilités, comme ça, en lui disant : “Si t’en est fier, t’en deviendra digne… Si tu ne l’es pas encore…. T’apprendras.’’

    Fier, d’accord, mais ça ne règle pas tous les problèmes. Quand est-ce qu’on est trop conciliant, qu’on risque de se compromettre, de compromettre le Parti ?

    Quand est-ce qu’on est trop sec, alors qu’il faudrait discuter, convaincre ? Où est la limite ? Avec un type comme Bogart, c’est pas si facile…

    Sans parler de ce que ça peut être pénible quand on descend à la hauteur de la vie ordinaire, des rapports d’homme à homme…

    On est là, dans son bureau. On entend un piano… C’est sa fille. Elle a mon âge. Est-elle plus belle ou moins belle que Jeannette, le dimanche ?

    Parce qu’elle a toujours l’air d’être en dimanche, elle, elle a ça pour elle… Plutôt moins… Plutôt moins belle que Jeannette, elle serait… Bon. Même quand on vient d’apprendre qu’on est en chômage, est-ce qu’on peut lui en vouloir de jouer du piano…surtout qu’elle sourit toujours si gentiment.

    Est-ce qu’on sait ?… Parmis les étudiants, il y en a des plus riches qu’elle qui sont au Parti. Et Portier, à Lille… Mais que c’est peut-être un peu fort de l’avoir mis secrétaire de cellule. Son père, il est banquier…

    Et puis, l’an passé, à la foire commerciale de Lille… il s’est arrêté Jacques, devant un nouveau modèle de tour, dont on faisait la démonstration. Il aimait ça. C’était une sacrée belle machine, puissante et sensible, on aurait dit qu’elle marchait toute seule.

    C’est une pareille qu’il faudrait ! Il était tenté de donner un coup de coude entendu à son voisin, histoire d’être deux à partager l’admiration. On était tous des métallos à s’emplir les yeux, il y a des chances.

    Il le regarde…tu parles d’une rencontre !… Vous aussi, ça vous intéresse ? L’autre avait voulu le ramener en voiture à Tourcoing. Jacques avait inventé un prétexte et était rentré par le Mongy.

    Et quand il s’est amené, le patron, arrêtant au frein, faisant jaillir partout la merdaille du trottoir, courant dans la ruelle grasse de la courée, arrivant essoufflé à la porte et criant à Jacques ! J’ai trouvé du boulot ! Vas prévenir les copains ! …

    Qu’ils arrêtent de chercher ailleurs ! Il avait l’air vraiment joyeux. Est-ce qu’il l’était ? Est-ce que c’était pour eux ? ou pour lui ? »

  • L’appel de Stockholm du Parti Communiste Français et la naissance de la gauche « anti-stalinienne »

    La nature du XIIe congrès est très claire : le Parti Communiste Français veut unir. Il y a urgence, il en va de la nation, il faut l’union de toutes les bonnes volontés.

    D’où la mise en place de la campagne particulière la plus réussie de l’histoire du Parti Communiste Français : celle de l’appel de Stockholm.

    Son contenu est juste, mais la forme relève de l’opportunisme thorézien : il faut unir pour unir, rassembler pour rassembler, dans l’espoir d’une grande fusion qui permettrait d’avoir à éviter d’assumer la révolution.

    Le nom de cet appel est lié à la capitale suédoise en raison d’une initiative prise là-bas le 19 mars 1950 par le Congrès mondial des partisans de la paix, ce puissant organisme de front intellectuel d’opposition à la guerre mis en place par le Parti Communiste Français.

    Le contenu est on ne peut plus simple :

    « APPEL

    Nous exigeons l’interdiction absolue de l’arme atomique, arme d’épouvante et d’extermination massive des populations.

    Nous exigeons l’établissement d’un rigoureux contrôle international pour assurer l’application de cette mesure d’interdiction.

    Nous considérons que le gouvernement qui, le premier, utiliserait, contre n’importe quel pays, l’arme atomique, commettrait un crime contre l’humanité et serait à traiter comme criminel de guerre.

    Nous appelons tous les hommes de bonne volonté dans le monde à signer cet appel. »

    L’impact de l’appel en France fut immense ; le Parti Communiste Français a réussi à se présenter comme une force capable d’initiative sur un thème considéré comme essentiel pour les masses.

    L’appel fut massivement signé en France, avec rapidement trois millions de personnes ajoutant leur nom, dans le cadre d’une mobilisation générale du Parti Communiste Français.

    Parmi les figures notables alors, on doit mentionner le physicien Frédéric Joliot-Curie, l’écrivain Louis Aragon, l’actrice Simone Signoret, la chanteuse Édith Piaf, l’acteur Gérard Philipe, l’écrivain Pierre Benoit, le chanteur et acteur Yves Montand, le réalisateur Marcel Carné, le peintre Marc Chagall, l’acteur Noël-Noël, le peintre Pablo Picasso, l’accordéoniste et compositeur Émile Carrara, l’acteur Robert Lamoureux, le poète Jacques Prévert, le chanteur Maurice Chevalier, l’auteur Armand Salacrou, l’acteur Pierre Renoir, l’accordéoniste et compositeur Tony Murena, l’acteur Michel Simon.

    Cependant, le Parti Communiste Français découvre en même temps qu’il est une chose qui fait obstacle à sa démarche : son assimilation à l’URSS.

    C’est l’époque où les socialistes considèrent que « le communisme n’est pas à gauche, il est à l’Est », selon les mots d’Edouard Depreux prononcés à un comité directeur du Parti socialiste (SFIO), repris ensuite par Guy Mollet.

    Cela pose un souci fondamental pour le Parti Communiste Français qui, tout en restant sentimentalement attaché à l’URSS, a développé depuis les années 1930 une ligne « patriotique » bien spécifique.

    Il ne comprend pas le reproche qui lui est fait, alors que la pression est ininterrompue.

    Il ne parvient donc à parer la contre-offensive bourgeoise, qui fut immédiate avec la naissance en septembre 1950 du mouvement « Paix et Liberté », dont le chef de file était Jean-Paul David, un radical-socialiste maire de Mantes-la-Jolie et député de Seine-et-Oise.

    Existant jusqu’en 1956, « Paix et Liberté » était un très puissant centre de documentation et de propagande, capable de procéder à des collages d’affiches (jusqu’à 150 000 exemplaires d’une même affiche) et de distribuer des tracts (jusqu’à un million).

    Une affiche anticommuniste de « Paix et Liberté »

    On retrouve régulièrement une affiche de ce mouvement dans les manuels scolaires pour l’Histoire, pour légitimer une « opposition » à l’importance du Parti Communiste Français alors.

    Les fonds destinés à « Paix et Liberté » avaient été rassemblés, clandestinement, par René Pleuven, ministre de la Défense nationale en 1949-1950, puis président du Conseil en 1950-1951.

    La direction s’appuyait sur un « comité des sages » clandestin pour être directement connectée à des représentants de la haute bourgeoisie, ainsi qu’aux plus hauts responsables de l’appareil d’État : présidence du Conseil, ministères de l’Intérieur et de la Défense, Sûreté nationale Service de documentation extérieure et de contre-espionnage.

    Georges Bidault, président du Conseil, fit également en sorte que Jean-Paul David réalise une tournée entre 1951 et 1953 dans de nombreux pays membres de l’Otan (Belgique, Royaume-Uni, Grèce, Italie, Pays-Bas, Turquie), ainsi qu’en Australie et au Vietnam.

    Une affiche anticommuniste de « Paix et Liberté », souvent reprise par ailleurs dans les manuels d’Histoire à l’école

    Par la suite, sous l’impulsion du président du Conseil Guy Mollet, un socialiste, « Paix et Liberté » devint en 1956 l’Office national d’information pour la démocratie française, assumant un travail davantage indirect et plus tourné vers les milieux syndicaux, par l’intermédiaire notamment de la CGT-Force ouvrière.

    Cet épisode est extrêmement important, car il impose un constat évident : il y a un blocus institutionnel contre le Parti Communiste Français.

    Celui-ci peut effectivement avoir des parts importantes dans les syndicats et dans les municipalités, mais tout autre horizon lui est fermé, car on le considère comme un appendice de l’URSS.

    Tant les autres partis que les institutions en général lui ferment par conséquent la porte.

    C’est une situation hyper désagréable pour les cadres du Parti Communiste Français, qui avec le « républicanisme » de Maurice Thorez rêvent de s’installer dans l’État, au plus haut niveau.

    C’est précisément le moment où naît cette obsession, qui ne quittera plus ces cadres.

    Les éléments en défaveur du Parti Communiste Français, qui plus est, s’accumulent.

    Il est, en effet, désormais obligé d’admettre ouvertement qu’il y a deux syndicats concurrents à la CGT : la CGT-Force ouvrière née de l’appui des socialistes et de la CIA et la CFTC qui a été mise en place par l’Église catholique.

    Jamais il n’aurait accepté cela avant la déroute lors de la séquence de 1947-1948-1949.

    Il y a une forme de capitulation, maquillée derrière la quête de l’unité revendiquée.

    Un autre aspect consiste en l’aspect idéologique, justement en rapport avec l’URSS.

    Cette dernière assume le matérialisme dialectique et le Parti Communiste Français a prétendu le faire dans l’après-guerre.

    Là encore, les suites de la séquence de 1947-1948-1949 se font sentir. Adoptant le style « français », l’idéologie passe à la trappe, car considérée comme trop lourde.

    Voilà justement pourquoi la séquence de 1947-1948-1949 a échoué à produire un saut qualitatif réel : il y a toujours le problème de fond qui fait que pour les communistes français, l’idéologie est un fardeau, la structuration idéologique une épreuve en général, l’orientation théorique une douleur en particulier.

    Maurice Thorez

    Pour les communistes français, ce qui compte, c’est de tracer une ligne de conduite générale, puis on s’engage et on voit.

    Le fond syndicaliste révolutionnaire reste présent, le style français entreprenant mais rationaliste-pragmatique a toujours le dessus.

    Voilà pourquoi le Parti Communiste Français a l’obsession de la biographie ; il étudie en détail le parcours de chaque membre, c’est cela qui l’intéresse, pas l’idéologie.

    Il veut savoir si les gens sont fiables d’un côté, s’ils sont attachés au Parti de l’autre.

    On regarde donc leur parcours, ainsi que leur environnement familial et social.

    Les gens qui rejoignent le Parti Communiste Français le font clairement par affection, par bons sentiments, par espoir, par volonté de bien faire.

    Ils voient le Parti comme un vecteur de bonnes choses, exactement finalement comme ils regardent un syndicat.

    Reste que les questions politiques ne disparaissent pas et que, comme le Parti Communiste Français a échoué en 1947-1948-1949, il a perdu son aura.

    Avec son républicanisme patriotique, il apparaît même comme toujours plus caricatural dans son rapport à l’idéal révolutionnaire.

    C’est ce qui fait que, classiquement, l’opportunisme produit le gauchisme.

    C’est un fait notable : le début des années 1950 donne naissance à toute une mouvance d’ultra-gauche qui revendique une position « anti-stalinienne », c’est-à-dire assimilant Maurice Thorez à l’idéologie de l’URSS, et prétendant déborder tout le monde par la gauche.

    Les trotskistes se réorganisent ainsi de plus en plus et on a la mise en place concrète des trois courants historiques du trotskisme français précisément dans cette période-là, avec deux « partis communistes internationalistes » concurrents, ainsi que « Voix ouvrière ».

    On a également une petite CNT qui se reforme comme mouvance anarcho-syndicaliste sur le modèle espagnol ; la revue Masses devenue Socialisme et liberté réorganise les socialistes anticommunistes.

    Il y a désormais aussi une machine de guerre idéologique qui s’établit sous la forme d’une revue intellectuelle, Les Temps modernes, fondée en 1945 par Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Maurice Merleau-Ponty ; elle devient en 1950 le fer de lance de la campagne de dénonciation du goulag et du matérialisme dialectique.

    Une revue très importante apparaît également en 1950 autour de Claude Bourdet, Gilles Martinet et Roger Stéphane : L’Observateur qui prendra les noms deL’Observateur Aujourd’hui (1953), France Observateur (1954), le Nouvel observateur (1964), L’Obs (2014).

    C’est la naissance de ce qu’on appelle la « seconde gauche », qui va de la gauche des socialistes aux trotskistes en passant par une scène anarchiste très variée.

    Elle prétend servir les masses, se mettre au service de la cause du prolétariat.

    Elle s’appuie sur la CGT-Force ouvrière, mais rapidement elle va se tourner vers la CFTC qui va devenir la CFDT.

    Sa prétention, c’est de revendiquer des changements existentiels majeurs, touchant la vie quotidienne, voire la révolution, soit deux thèmes totalement inconnus désormais au Parti Communiste Français pour qui la seule boussole est la CGT, le seul référent la « République ».

    On a ici tous les ingrédients qui vont faire que le Parti Communiste Français va se faire totalement déborder par Mai-1968 et justement cette « seconde gauche ».

    Naturellement, cette « seconde gauche » profite grandement de la naissance dans l’après-guerre de vastes couches intellectuelles, liées aux médias ou à l’État, ou encore à l’industrie de la littérature, du théâtre, du cinéma, des spectacles, de la chanson.

    Et justement, au début des années 1950, ces couches sont encore très liées au Parti Communiste Français, notamment du côté des artistes qui, de par leur sensibilité, auront souvent une attirance magnétique pour lui.

    C’est là où les choses vont être très compliquées.

  • Le XIIe congrès du Parti Communiste Français et la mise en place de la ligne « modèle »

    Au début de l’année 1950, le Parti Communiste Français sait très bien qu’il a été battu.

    Les grandes grèves des années 1947, 1948 et 1949 ont montré l’incohérence qu’il y a à revendiquer la nature républicaine et nationale du Parti tout en cherchant à lancer des grèves politiques de masse dont la tendance naturelle est de produire la violence révolutionnaire.

    Par conséquent, il va se produire la chose suivante : le Parti Communiste Français ne va plus jamais aborder ces années, ni de près ni de loin.

    Les événements de ces années-là ont comme disparu ; l’arrière-plan – c’est-à-dire somme toute la généralisation d’une forme de lutte armée populaire – est trop brûlant.

    Cela pouvait-il toutefois se produire de manière unilatérale ? Naturellement pas.

    Il va y avoir, dans la foulée de la séquence des années 1947, 1948 et 1949, une expression sentimentale et identitaire.

    C’est une expression sentimentale, car la nature idéologique du Parti Communiste Français est, somme toute, syndicaliste révolutionnaire.

    Il va donc y avoir, dans la foulée des événements, une expression d’attachement, une revendication de fidélité.

    C’est la peinture qui va ici être le grand vecteur de cela.

    Elle va notamment se tourner vers les événements des années 1947, 1948 et 1949.

    L’idée est que même si les mineurs et les dockers ont perdu, ceux-ci restent des figures attachantes et justes. Il n’est plus question de victoire, ni même simplement d’affrontement.

    Néanmoins, la cause est d’autant plus belle qu’elle est perdue.

    C’est aussi une expression identitaire, car il va y avoir l’impression qu’après tout, le Parti Communiste Français est le seul à avoir souffert et mérite donc une place à part.

    De la même manière que les dockers et les mineurs ont ici été les meilleurs des travailleurs, le Parti Communiste Français représente une sorte d’élite.

    Il va donc y avoir un engrenage, avec la considération que le Parti Communiste Français doit être vraiment prioritaire par rapport aux organismes générés comme le Mouvement pour la Paix, mais que même dans le Parti Communiste Français en tant que tel ceux qui ont participé au plus près à la Résistance doivent avoir une place à part.

    C’est une prime à « l’ancien combattant », en un certain sens, ou du moins une démarche de hiérarchisation très nette, avec la considération que ce qui est à valoriser, c’est ce qui a une dimension sentimentale (par rapport aux travailleurs) ou un impact identitaire (par rapport au Parti).

    Cela va produire une matrice où l’expression sentimentale-identitaire va ressurgir de manière régulière dans le Parti Communiste Français, toujours en conflit avec une tendance dominante visant à moderniser celui-ci dans une démarche d’intégration, d’acceptation, d’union électorale.

    Mais on n’est pas là au début de l’année 1950.

    C’est le début du processus, où il y a la simple constatation que les années précédentes ont été désastreuses, avec en conséquence un repli sur les fondamentaux et systématisation de ceux-ci.

    Ces fondamentaux sont, comme on le sait, l’appel à l’union la plus large des Français de bonne volonté contre les mauvaises tendances, telles l’appauvrissement, la tendance à la guerre, le désordre social et politique, etc.

    En janvier 1950, l’Humanité peut donc parler en les termes suivants de Marcel Cachin prenant la parole pour la nouvelle session parlementaire :

    « Marcel Cachin exalte dans un noble discours la lutte des peuples pour une vie meilleure pour la liberté et la paix. »

    C’est le retour à la ligne de l’immédiate après-guerre, qui elle-même était le retour à la ligne du Front populaire une fois celui-ci au gouvernement.

    Les années 1947, 1948 et 1949 ont transporté un aspect combatif, une logique de violence : cela disparaît et plus jamais cela ne sera abordé sur le plan politique ou idéologique.

    Restait à entériner cela et c’est ce qui est réalisé par le XIIe congrès du Parti Communiste Français.

    À partir de ce congrès, plus rien ne changera jamais stratégiquement pour ce dernier.

    Le XIIe congrès se déroule concrètement du 2 au 6 avril 1950 en banlieue parisienne, à Gennevilliers, où 150 ouvriers transforment, en seize heures, le marché en vaste salle.

    Il y a 350 m² de fresques réalisées par Louis Bancel, André Graciès, Mireille Miailhe, Gérard Singer, Boris Taslitzky, qui sont tous des artistes relevant du « nouveau réalisme français ».

    Le poète Paul Éluard écrit un poème à cette occasion, intitulé justement 12e congrès :

    « Où est-on à Gennevilliers
    Où est-on entre camarades
    Et le Viet-Nam vient nous saluer
    Dix étudiants légers et purs
    Graves reflètent nos raisons
    De vouloir abolir la honte

    Thorez nous parle l’affection
    La vérité moulent sa voix
    Sa violence est de bonté
    Sa clarté nous peint le possible
    Tout le possible le bonheur
    La paix si simple dans l’union

    Thorez nous parle de justice
    La France est pays de justice
    Il parle pour ceux qui travaillent
    Pour ceux qui construisent la vie
    Pour ceux qui tiennent dans leurs mains
    La force d’assurer demain

    La force d’être fraternels »

    L’esprit du poème témoigne bien d’un congrès qui représente l’apogée idéologique de ce qu’il faut appeler le thorézisme.

    Les cinquante ans de Maurice Thorez vont être d’ailleurs célébrés de manière marquée ; celui-ci reçoit des cadeaux par centaines, envoyés par la base : de la vaisselle telle une assiette à son effigie, des sculptures, des lampes de mineurs, des sabots, des drapeaux, des tableaux, des dessins, des photographies, etc.

    Comme il est gravement malade, ses états de santé sont régulièrement mis en valeur dans l’Humanité.

    Son départ pour l’URSS pour se faire soigner fut marqué par une apparente tentative d’interception de son avion par un chasseur américain, ce qui renforça bien entendu la tension.

    Cependant, cette tension est défensive du côté du Parti Communiste Français.

    Les événements de 1947, 1948 et 1949 passent d’autant plus facilement à la trappe que la base non plus ne veut pas de la lutte armée et sa défaite lui apparaît comme un triste sort classique du peuple face aux puissants.

    L’attachement au Parti Communiste Français et à la figure de Maurice Thorez n’en est que plus fort et pétri de sentimentalisme, avec une forte dimension irrationnelle.

    Surtout, tout cela est suivi de loin et en même temps de près.

    De près, car le Parti Communiste Français dispose de 480 000 adhérents en 1950 ; la majorité des ouvriers vote pour lui et il contrôle la CGT qui obtient autour de 50-60 % des voix aux élections de la Sécurité sociale.

    De loin, car le quotidien L’Humanité n’est diffusé qu’autour de 110 000 – 140 000 exemplaires dans les années 1950.

    Même les adhérents, qui sont pourtant censés être très encadrés dans leurs cellules (et qui en fait ne le sont pas), ne lisent donc pas l’organe du Parti, à part pour la version du dimanche, qui a elle beaucoup plus de succès, avec autour de 490 000 exemplaires.

    Le Parti Communiste Français est un contre-monde ; ceux qui en font partie participent à une vaste bulle, où ce n’est pas l’idéologie qui compte, mais une certaine mentalité, voire simplement un état d’esprit, justement façonné par le thorézisme.

    Une fois définitivement débarrassé de la question de la violence révolutionnaire puisque la séquence 1947 – 1948 – 1949 est repoussée, le Parti Communiste Français peut officialiser ce qui est cette approche, qu’on peut résumer simplement :

    – il y a une menace de chaos et de guerre, dont la cause est l’impérialisme américain ;

    – la France court à l’abîme, si on ne fait rien ;

    – il faut unir les gens de bonne volonté.

    Le XIIe congrès pose ainsi de manière synthétique les postulats fondamentaux passés, présents et futurs du Parti Communiste Français.

    Ce triptyque « menace – danger – union » est valable désormais pour toutes les séquences suivantes, tout comme il a été valable à partir de Maurice Thorez, sauf pour la parenthèse 1947, 1948, 1949.

    C’est d’ailleurs ce qui fournit une continuité historique au Parti Communiste Français, au-delà des aléas.

    On notera, même si cela peut sembler anecdotique et que cela n’en reste pas moins très lourd de sens, que Mao Zedong a envoyé un message au congrès, qui a été très largement mis en avant.

    On y lit la chose suivante :

    « Nous adressons nos chaleureuses félicitations pour le succès du douzième Congrès du Parti Communiste Français et souhaitons que le Parti Communiste Français se renforce toujours en dirigeant le peuple français dans la lutte révolutionnaire. »

    Voici la réponse du congrès ; le mot « révolutionnaire » n’apparaît pas.

    « Cher camarade,

    Le XIIe Congrès du Parti Communiste Français a reçu avec joie et enthousiasme les vœux que vous lui avez adressés.

    Il vous en remercie fraternellement.

    La victoire historique de la Chine populaire, sous la conduite du glorieux Parti Communiste Chinois et sous votre éminente direction personnelle, est une victoire du camp démocratique, de tous les partisans de la paix ; elle suscite l’admiration de notre peuple et est une source inépuisable d’encouragement pour notre Parti, qui lutte pour l’indépendance nationale et pour la paix, contre les fauteurs de guerre impérialiste américains et leurs agents français.

    Fidèles à l’enseignement de Staline, nous mettrons tout en œuvre pour renforcer le front de la paix, de la démocratie et du socialisme.

    Nous vous prions de recevoir, cher camarade, les félicitations chaleureuses de notre Congrès pour votre lutte héroïque et votre grandiose victoire.

    Pour le Bureau du Congrès : Maurice THOREZ »

    On comprendra donc que le XIIe congrès se termine par l’adoption de la ligne suivante ;

    « L’unité et l’action des masses populaires imposeront un gouvernement d’union démocratique soutenu par tous les Français d’accord avec cette unique exigence : la paix et l’indépendance nationale »

    Le Parti Communiste Français ne disait pas autre chose en 1936 avec l’interprétation opportuniste du Front populaire réalisée par Maurice Thorez ; il ne dira pas autre chose en 1958, en 1968, en 1981, et ensuite avec la Gauche plurielle, le Front de Gauche, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, le Nouveau Front populaire.

    On peut dire qu’avec le XIIe congrès, le Parti Communiste Français est définitivement passé de l’autre côté du miroir.

    Auparavant, Maurice Thorez représentait une ligne opportuniste de droite. Mais la défaite de la séquence 1947-1948-1949 entérine l’effacement absolu d’une ligne rouge qui ne s’est jamais cristallisée.

    Le Parti Communiste Français est désormais ce qu’il est, la matrice est définitivement constituée, cela ne bougera plus.

  • La septième section du Livre Troisième du Capital de Karl Marx

    La septième section du Livre troisième s’intitule « Les revenus et leurs sources. »

    Il contient les chapitres suivants :

    XLVIII. La formule tripartite

    XLIX. Analyse complémentaire du procès de production

    L. L’apparence de la concurrence

    LI. Les rapports de distribution et les rapports de production

    LII. Les classes

    Cette section est très courte ; elle consiste en des notes parfois très longues. Elle témoigne du caractère non terminé de l’œuvre.

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    plan dialectique du Capital : le Livre troisième

  • La sixième section du Livre Troisième du Capital de Karl Marx

    La sixième section du Livre troisième s’intitule « La transformation d’une partie du profit en rente foncière ».

    Il contient les chapitres suivants :

    XXXVII. Introduction

    XXXVIII. La rente différentielle. Considérations générales

    XXXIX. La première forme de la rente différentielle (la rente différentielle I)

    XL. La seconde forme de la rente différentielle (la rente différentielle II)

    XLI. La rente différentielle II. Premier cas : prix de production constant.

    XLII. La rente différentielle II. Deuxième cas : le coût de production décroît
    1. Les avances additionnelles de capital ont la même productivité que l’avance primitive
    2. La productivité des avances additionnelles va en décroissant
    3. La productivité des avances additionnelles va en augmentant

    XLIII. La rente différentielle II. Troisième cas : le coût de production augmente

    XLIV. Une rente différentielle sur la terre la plus mauvaise

    XLV. La rente foncière absolue

    XLVI. La rente des terrains à bâtir. La rente des mines. Le prix de la terre

    XLVII. La genèse de la rente foncière capitaliste
    1. Introduction
    2. La rente payée en travail
    3. La rente payée en produits
    4. La rente payée en argent
    5. Le métayage et la propriété parcellaire

    Dans cette section, Karl Marx aborde l’agriculture, mais dans la mesure où agit un capitaliste avec des salariés.

    C’est la figure du capitaliste fermier.

    Cependant, s’il y a un propriétaire terrien et que celui-ci s’approprie une rente, ce n’est pas du capitalisme, mais du féodalisme.

    Karl Marx fait donc un panorama très approfondi de la situation, jusqu’à l’irruption du capitalisme et des formes qui l’accompagnent.

    Il est typique de son mode d’exposition de présenter un cadre et de montrer comment le capitalisme le modifie en substance.

    « Du moment que la rente prend la forme de rente en argent et que le contrat devient la forme du rapport entre le fermier et le propriétaire – transformation qui n’est possible que pour autant que le marché mondial, le commerce et la manufacture aient atteint un certain développement – il arrive inévitablement que la terre est louée également à des capitalistes, ayant vécu jusqu’alors loin de la campagne, ayant acquis leur capital à la ville et par la production capitaliste, venant se livrer à l’agriculture pour lui faire produire des marchandises et recueillir de la plus-value.

    Pareille exploitation ne peut devenir la règle que dans les pays qui dominent le marché mondial, au moment où la production abandonne la forme féodale pour devenir capitaliste.

    Dès que le fermier capitaliste vient s’intercaler entre le propriétaire et le cultivateur travaillant la terre, tous les liens inhérents à l’ancienne production sont rompus.

    Le fermier devient le patron du travailleur agricole, l’exploiteur de son surtravail, et le propriétaire ne connaît plus que le fermier, avec lequel il n’a que des rapports contractuels et d’argent.

    En même temps se modifie la nature de la rente, non pas accidentellement comme cela se présentait jusqu’à un certain point dans les systèmes antérieurs, mais définitivement.

    Alors que précédemment elle était la forme normale du surtravail et de la plus-value, elle n’est plus que ce qui reste du surtravail après qu’une partie en a été prélevée comme profit et après que tout le surproduit a été converti en argent.

    La rente n’est donc plus qu’un restant de la plus-value que le fermier capitaliste extrait au moyen de son capital de l’ouvrier agricole, et elle dépend en moyenne du profit moyen du capital et des coûts de production dans les industries non agricoles.

    Le profit est maintenant la forme normale de la plus-value et la rente n’est plus qu’une forme – indépendante dans certaines circonstances – du surprofit. »

    Il serait possible de donner en détail les précisions de Karl Marx, de voir comment dialectiquement il analyse la rente.

    On perdrait toutefois le fil général de l’ouvrage.

    C’est que la rente est un aspect secondaire et regarder l’approche dialectique de Karl Marx en ce domaine exigerait une étude en soi.

    Cela se séparerait du plan dialectique du Capital en tant que tel, où il est présenté comment la forme capitaliste s’impose.

    Cette forme porte un mode de production et ce mode de production la forme ; il n’y a pas de cause et de conséquence, mais tout un processus historique.

    La difficulté pour Karl Marx, c’est justement de ne pas se perdre dans la présentation de ce processus historique, afin de mettre l’accent véritablement sur le capital comme réalité concrète.

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    plan dialectique du Capital : le Livre troisième

  • La cinquième section du Livre Troisième du Capital de Karl Marx

    La cinquième section du Livre troisième s’intitule « Subdivision du profit en intérêt et profit d’entreprise. Le capital productif d’intérêts ».

    Il contient les chapitres suivants :

    XXI. Le capital productif d’intérêts.

    XXII. Le partage du profit. – Le taux et le taux « naturel » de l’intérêt

    XXIII. L’intérêt et le profit d’entreprise

    XXIV. L’extériorisation du rapport capitaliste par le capital productif d’intérêts

    XXV. Le crédit et le capital fictif

    XXVI. L’accumulation du capital-argent. Son influence sur le taux de l’intérêt.

    XXVII. Le rôle du crédit dans la production capitaliste

    XXVIII. L’instrument de circulation et le capital. Théories de Tooke et Fullarton

    XXIX. Les éléments constitutifs du capital de banque

    XXX. Capital-argent et capital effectif (I)
    1. Le crédit commercial
    2. Le capital-argent et le capital effectif dans les différentes phases du cycle industriel

    XXXI. Capital-argent et capital effectif (II)
    1. Transformation de l’argent en capital empruntable
    2. La transformation du capital ou du revenu en argent et de l’argent en capital empruntable

    XXXII. Capital-argent et capital effectif (III)

    XXXIII. L’instrument de circulation et le crédit

    XXXIV. Le « currency principle » et la législation bancaire anglaise de 1844

    XXXV. Le métal précieux et le cours du change
    1. Le mouvement du trésor métallique
    2. Le cours du change

    XXXVI. La période précapitaliste

    Dans cette section, Karl Marx aborde le capital porteur d’intérêts.

    On a affaire à quelque chose de particulier : un capital qui se transforme bien en marchandise, mais en marchandise consistant en du capital.

    Prêteurs et emprunteurs sont comme des producteurs et des consommateurs, à ceci près qu’il ne peut pas y avoir d’égalisation du taux de profit comme pour une marchandise normale : ici, le prix est fixé dès le départ.

    On aboutit alors à une autre contradiction : celle entre les capitalistes industriels (qui empruntent) et les capitalistes financiers (qui prêtent).

    Pour cette raison, le partage du capital investi par un capitaliste industriel et un capital financier n’est pas seulement quantitatif, il a une dimension qualitative.

    Le capital financier fait face au capital industriel, il a une démarche autonome.

    Et cette situation fait que :

    « Avec le capital porteur d’intérêt, le rapport capitaliste atteint sa forme la plus extérieure, la plus fétichisée. »

    En effet, le rapport au travail semble inexistant et l’argent a l’air de rapporter de l’argent comme par magie.

    Même le profit du capital industriel apparaît finalement comme tout à fait secondaire par rapport à l’argent rapportant « directement » de l’argent.

    Ainsi :

    « Dans le capital porteur d’intérêt se trouve achevée l’idée du fétiche capitaliste, la conception qui attribue au produit accumulé du travail et, de plus, fixé comme argent, la force de produire de la plus-value grâce à une qualité secrète innée, de façon purement automatique et suivant une progression géométrique. »

    Karl Marx aborde ensuite brièvement le crédit, la question du taux d’intérêt du crédit, et enfin son rôle.

    Ici, il remarque que le crédit, en s’imposant de plus en plus dans le capitalisme, implique une forme de socialisation, une démarche de démantèlement du capital privé par une centralisation financière expropriatrice.

    Cela rejoint directement, si l’on veut, ce qui se passe différemment, mais finalement pareillement, dans une partie de Monopoly où un joueur se retrouve toujours plus en situation monopoliste.

    Karl Marx annonce directement ce qui sera monté de manière explicite par Lénine dans L’impérialisme, stade suprême du capitalisme.

    Fort logiquement, Karl Marx aborde alors les banques et leur fonctionnement.

    On retrouve un couple d’opposés : capital-argent et capital réel, avec le premier qui, une fois prêté, se transforme en capital réel utilisé dans le fonctionnement productif.

    Ne reste alors plus qu’à aborder les métaux, puisqu’il y avait alors un rapport avec l’or, ainsi que le cours du change.

    On a alors fait le tour de la question et on peut voir la préhistoire du capital porteur d’intérêts.

    On tombe alors sur la figure de l’usurier, qui agissait dans des conditions bien différentes.

    Celui-ci profitait de la pauvreté pour se présenter comme incontournable ; celui qui prête de l’argent dans le capitalisme parie au contraire sur un capitaliste en puissance.

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  • La quatrième section du Livre Troisième du Capital de Karl Marx

    La quatrième section du Livre troisième s’intitule « La transformation du capital-marchandise et du capital-argent en capital commercial et en capital financier ».

    Il contient les chapitres suivants :

    XVI. Le capital du commerce de marchandises

    XVII. Le profit commercial

    XVIII. La rotation du capital commercial – les prix

    XIX. Le capital du commerce d’argent

    XX. Histoire du capital commercial

    Karl Marx part ici sur autre chose. Il prend le capital marchand, en qui il voit deux opposés : le capital commercial et le capital financier.

    On l’aura compris, à l’arrière-plan, on trouve la contradiction entre la marchandise (vers laquelle le capital commercial est surtout tourné) et l’argent (vers lequel le capital financier est surtout tourné).

    En ce sens, tant le capital commercial que le capital financier ne sont que des contributeurs au bon fonctionnement de la production et de la consommation ; tous deux forment le capital marchand qui accompagne le capital industriel, qui est lui source de plus-value. Ainsi comme le dit Karl Marx :

    « Pour le capital industriel, les frais de circulation semblent être et sont des frais.

    Pour le commerçant, ils apparaissent comme la source de son profit qui est proportionnel à leur grandeur à condition qu’on se base sur le taux général de profit. »

    Ils ont cependant une double nature, car ils sont à la fois une partie du capital industriel ou un appendice, et en même temps des capitalistes en tant que tels.

    Karl Marx étudie donc la rotation du capital commercial, puis plus spécifiquement le capital financier dans son rôle.

    Et là, on remarque que le capital marchand est plus ancien que le capitalisme lui-même, même s’il y pousse parce qu’il privilégie les échanges.

    Karl Marx fait alors de nombreuses remarques historiques à ce sujet, constatant comment les Pays-Bas ont perdu leur place mondiale lorsque le capital marchand a cédé au capital industriel, ou bien comment les économies naturelles chinoise et indienne ont fait obstacle à la pénétration britannique.

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  • La troisième section du Livre Troisième du Capital de Karl Marx

    La troisième section du Livre troisième s’intitule « Loi tendancielle de la baisse du taux de profit ».

    Elle contient les chapitres suivants :

    XIII. La loi en elle-même

    XIV. Facteurs antagonistes
    1. L’accroissement de l’exploitation du travail
    2. La réduction du salaire au-dessous de la valeur de la force de travail
    3. La dépréciation des éléments du capital constant
    4. La surpopulation relative
    5. Le commerce international
    6. L’accroissement du capital par actions

    XV. Le développement des contradictions internes de la loi
    1. Considérations générales
    2. Le conflit entre l’extension de la production et la mise en valeur
    3. Pléthore de capital et surpopulation
    4. Considérations complémentaires

    Cette section est extrêmement célèbre ; elle a donné naissance à toute une littérature immense.

    La question à l’arrière-plan est de savoir si la loi tendancielle de la baisse du taux de profit correspond ou non à la conception d’un effondrement à terme du capitalisme.

    Il a été dit de très nombreuses choses ici : que Karl Marx avait tort et que le capitalisme pourrait éternellement grandir, que la chute était mécaniquement inévitable, que la dimension sociale et politique primerait sur l’effondrement avant qu’il ne se produise, etc.

    Plus concrètement, revenons-en à la dimension dialectique du processus de formation de ce concept.

    Qu’a-t-on vu dans la section précédente ?

    On a vu qu’il y avait une action égalisatrice de la concurrence sur les taux généraux des profits.

    Elle est tendancielle, bien sûr ; il y a beaucoup de paramètres et c’est un système qui se remet en place de manière permanente.

    Cela découle du fait que le capitalisme est un tout, qu’il s’uniformise.

    Et dans ce panorama total, cela implique que ce processus d’égalisation a lui-même un contraire.

    Ce contraire, c’est la chute tendancielle du taux de profit.

    Le principe, sur lequel un nombre incroyable de gens s’est cassé la tête, peut être expliqué comme suit : au fur et à mesure, le capitalisme se modernise techniquement de plus en plus.

    Il a beau prendre toujours plus de travailleurs à sa disposition, ce qui se passe, c’est qu’en proportion, la part des travailleurs dans la production devient plus faible, et avec elle la plus-value qu’on leur arrache.

    Le taux de profit a donc tendance à inexorablement chuter.

    Si on regarde bien, ce phénomène de « modernisation » du capitalisme est précisément ce qui permet l’égalisation, car tout le monde chez les capitalistes rattrape tout le monde en rattrapant tout le monde.

    La concurrence force à la modernisation, la modernisation à la concurrence.

    Tout s’ajuste par ce jeu de constant affrontement, de perpétuelle mise sous pression.

    La loi de la chute tendancielle du taux de profit est la conséquence de cela ; c’est en réalité davantage son contraire, car plus il y a l’un, plus il y a l’autre.

    S’il n’y avait pas égalisation, le capitalisme déraillerait ; sans la chute tendancielle du taux de profit, il n’y aurait plus de modernisation.

    La cohérence générale et la modernisation qui portent le capitalisme ne peuvent pas exister l’une sans l’autre, et chacune se nourrit de l’autre.

    Karl Marx passe ensuite en revue les phénomènes pouvant contrecarrer relativement la loi : on exploite davantage les travailleurs, le commerce extérieur, etc.

    Il regarde ensuite le développement des contradictions internes de la loi.

    Pour faire simple, plus on renforce la productivité et la production, plus on entre en conflit avec le fait que le capitalisme a une base étroite de consommation.

    Pareillement, le capital ne sait plus où se placer alors que la bataille pour le profit fait rage.

    Il y a à la fois surproduction de capital et surproduction de marchandises, ce qui est absurde du point de vue des intérêts de l’humanité, lorsqu’une large partie de celle-ci est mise de côté encore historiquement.

    Tout cela est la substance des crises.

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  • La deuxième section du Livre Troisième du Capital de Karl Marx

    La deuxième section du Livre troisième s’intitule « La transformation du profit en profit moyen ».

    Il contient les chapitres suivants :

    VIII. Différence des taux de profit dans les différentes branches de production par suite des différences de composition du capital

    IX. Formation d’un taux général (moyen) du profit et transformation de la valeur des marchandises en coût de production

    X. Action égalisatrice de la concurrence sur les taux généraux des profits – prix et valeurs de marché – surprofit

    XI. Effet des oscillations du salaire sur les coûts de production
    1. Composition moyenne
    2. Composition inférieure
    3. Composition supérieure

    XII. Considérations complémentaires
    1. Causes modifiant le coût de production
    2. Coût de production des marchandises de composition moyenne
    3. Causes de compensation pour le capitaliste

    S’il y a une libération et une fixation du capital, dans la production, c’est qu’en général le capital est en mouvement.

    Le capitalisme ne reproduit pas les conditions antérieures ; ce n’est pas une reproduction simple.

    La reproduction élargie exige des modifications et c’est le mouvement du capital qui le décide.

    Karl Marx passe alors de la qualité à la quantité et il constate qu’il y a différentes branches de production.

    Il semblerait donc logique que les taux de profit soient différents selon ces branches.

    Mais une telle chose impliquerait une régression.

    Le taux de profit est un saut qualitatif ; s’il était différent selon les branches, alors il y aurait un tel développement inégal entre les branches qu’on ne pourrait plus parler du capitalisme : il faudrait parler des capitalismes.

    Nous avons là une contradiction.

    Une autre contradiction est qu’un capitaliste qui dépense 100 et un autre qui dépense 100 vont ramener le même profit, même si l’un va dépenser proportionnellement davantage dans les salaires que l’autre.

    Cela semble incompréhensible.

    Et c’est pour cela que le chapitre IX du Livre troisième, qui aborde cette question, est devenu célèbre et a donné naissance à une importante polémique du côté des économistes.

    Les économistes libéraux ont prétendu voir ici une faille dans l’analyse de Karl Marx, car le principe d’un profit « égalisé » partout s’oppose fondamentalement au principe d’une plus-value décidée spécifiquement par la quantité de travail humain employé.

    Il semble absurde de dire que les capitalistes font le même profit partout et en même temps que les profits dépendent de l’exploitation des travailleurs et donc de leur nombre spécifique.

    Mais ce qui est absurde et paradoxal s’avère en fait, bien sûr, être dialectique.

    Car il n’y a pas simplement des nuances entre les profits locaux, il y a des différences.

    Ces différences provoquent des luttes, qui se concrétisent par le déplacement des capitaux et par la concurrence.

    Tant ce déplacement que cette concurrence agissent puissamment et forcent à la mise en place d’une tendance égalisatrice concernant la moyenne du taux de profit.

    Dialectiquement, la force qui permet de centraliser au niveau d’une classe les profits et de les mettre au même niveau partout dans la production… est l’opposé de la centralisation : c’est la dispersion, la séparation, la division du capital en de multiples capitalistes en concurrence.

    Pourquoi ce phénomène contradictoire est-il possible ?

    C’est que les capitaux des capitalistes ne sont pas qu’en concurrence : ils occupent tout le terrain du capitalisme et ce terrain devient homogène, parce que dès qu’il y a plus de profits à un endroit, les capitaux affluent et il y a surproduction, aboutissant à un recul et une égalisation.

    De plus, la production faite à un endroit peut passer dans une autre production et il y a alors un effet d’ajustement.

    C’est ce qui explique qu’une réplique du maillot de football de l’équipe de France pour la Coupe du monde 2026 puisse coûter 90 euros et que treize de ces maillots valent donc… le prix d’un ordinateur MacBook Air.

    Voici comment Karl Marx présente ce constat :

    « Par suite des différences qui existent dans la composition organique des capitaux engagés dans les différentes industries et de, l’inégalité des quantités de travail mises en œuvre par des capitaux de même grandeur, les quantités de surtravail appropriées et de plus-value produites sont très inégales.

    Il en résulte qu’au début les taux de profit sont très différents dans les diverses industries.

    Mais la concurrence intervient pour les ramener à un taux général qui représente la moyenne de tous les taux spéciaux.

    On appelle profit moyen, le profit qui, calculé sur la base du taux général, échoit à un capital de grandeur déterminée, quelle que soit sa composition organique. »

    Cela revient à dire que les capitalistes sont, dans le capitalisme, comme des actionnaires.

    Ceux qui mettent la même somme en retireront les mêmes profits.

    C’est comme s’il y avait un capital collectif.

    Les prix des marchandises sont toujours des prix de production : ils ne sont pas déterminés seulement « localement », mais par l’existence du capitalisme en général.

    Comme le capitalisme procède par des incessants va-et-vient de capitaux, ce prix de production est toujours défini tendanciellement ; il accorde toutefois une dimension générale au capitalisme, dépassant le niveau « local » de production.

    Si on regarde bien, on a toujours chez Karl Marx comme un effet d’inspiration et d’expiration de la part du capitalisme.

    Cela peut bien entendu se produire en même temps et concrètement, ce qui est à l’œuvre, c’est une démarche de centralisation et de dispersion à la fois.

    C’est cela qui fait que le capitalisme a l’air insaisissable alors qu’il a clairement l’air d’être partout pourtant.

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