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  • Il faut accorder une grande attention à la ligne fondamentale du Parti

    [Article publié dans la revue Hongqi, Drapeau rouge, novembre 1973.]

    Dans le rapport politique qu’il a présenté au Xe Con-grès du Parti communiste chinois, le camarade Chou En-laï a souligné :

    « Le président Mao a élaboré, à l’intention de notre Parti, la ligne et les principes politiques fondamentaux pour toute la période historique du socialisme, et arrêté, en outre, les lignes et les mesures politiques particulières à appliquer dans les divers secteurs du travail concret.

    Nous devons, dans nos activités, accorder une grande attention non seulement aux lignes et mesures politiques du Parti pour un travail spécifique, mais encore et surtout à sa ligne et à ses principes politiques fondamentaux.

    C’est là la garantie essentielle permettant à notre Parti de remporter des victoires encore plus grandes. »

    La ligne fondamentale, du Parti est guidée par le marxisme, le léninisme, la pensée-Mao Zedong.

    Elle énonce les lois objectives de la lutte de classes pour l’époque historique du socialisme ; elle désigne la contradiction principale de la société socialiste et les moyens de la résoudre ; elle fixe le programme stratégique pour la poursuite de la révolution sous la dictature du prolétariat, et expose la politique d’ensemble qui consiste à distinguer et à résoudre correctement les contradictions entre l’ennemi et nous, et les contradictions au sein du peuple, ces contradictions qualitativement différentes.

    Cette ligne fondamentale est le phare qui oriente tout notre travail, et des déviations de droite ou « de gauche » seront commises toutes les fois qu’on s’en écartera.

    En persistant dans cette ligne fondamentale, nous consoliderons la dictature du prolétariat, unirons le peuple du pays tout entier et remporterons des victoires encore plus grandes dans la révolution et l’édification socialistes.

    Appliquant les analyses théoriques du marxisme, d’ léninisme, de la pensée-Mao Zedong sur la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat, le IXe Congrès du P.C.C. a fait le bilan des expériences historiques passées et des expériences toutes récentes acquise dans la Grande Révolution culturelle prolétarienne ; il a critiqué la ligne révisionniste de Liou Chao-chi et réaffirmé la justesse de la ligne fondamentale définie par le Parti pour toute la période historique du socialisme.

    Le documents adoptés par le Xe Congrès ont entièrement confirmé la ligne du IXe Congrès, fait le bilan de l’expérience fondamentale acquise dans l’écrasement du groupe antiparti de Lin Piao et réaffirmé la justesse de la ligne fondamentale du Parti.

    Le développement de 1a lutte des classes, tant à l’intérieur du pays que sur plan international, ainsi que les victoires de la Révolution culturelle, et du mouvement de critique de Lin Piao et de rectification du style de travail, ont prouvé que la lige fondamentale du Parti était totalement juste.

    Une ligne juste n’existe qu’en contraste avec un, ligne erronée et ne se développe que dans la lutte contre cette dernière.

    La ligne fondamentale de notre Parti, elle aussi, s’est développée au cours des combats livrés contre les lignes opportunistes, tout particulièrement contre le lignes révisionnistes de Liou Chao-chi et de Lin Piao.

    À la veille de la fondation de la Chine nouvelle, le président Mao a souligné en termes explicites, à la deuxième session plénière du Comité central issu du VIIe Congrès du Parti, qu’après la victoire à l’échelle nationale de la révolution de démocratie nouvelle, la contradiction fondamentale en Chine était celle entre la classe ouvrière et la bourgeoisie.

    C’est-à-dire que lorsque la révolution est passée de l’étape de démocratie nouvelle à l’étape de la révolution socialiste, la contradiction entre la classe ouvrière et la bourgeoisie, entre la voie socialiste et la voie capitaliste devenait la contradiction principale de la société chinoise.

    Le président Mao a très explicitement énoncé les principes, les mesures politiques et les étapes pour procéder à la transformation socialiste dans les campagnes et les villes ; il a déclenché toute une série d’offensives contre la bourgeoisie sur les fronts économique, politique et idéologique, conduisant ainsi le Parti et le peuple tout entiers dans leur marche en avant sur la voie socialiste.

    Liou Chao-chi, par contre, s’est dressé pour répandre ouvertement ses mensonges réactionnaires sur la classe capitaliste; « plus elle exploite, plus ses mérites sont grands », disait-il de cette dernière.

    Et il avança le slogan : « consolider l’ordre de démocratie nouvelle ».

    Il s’opposait ainsi à l’accomplissement graduel et systématique de la révolution socialiste dans les domaines économique, politique et idéologique.

    En 1956, après qu’eut été remportée en Chine la grande victoire de la transformation socialiste de la propriété des moyens de production, la question suivante fut au cœur de la lutte entre les deux lignes : les classes, les contradictions de classes et les luttes de classes existaient-elles encore en Chine ?

    La contradiction entre prolétariat et bourgeoisie restait-elle en Chine la contradiction principale ?

    Le président Mao attira à temps l’attention du Parti tout entier sur le fait que l’on devait continuer d’analyser la société socialiste du point de vue de la lutte des classes.

    Liou Chao-chi et Tchen Po-ta, par contre, firent tout ce qu’ils pouvaient pour répandre le mensonge suivant : la contradiction principale dans le pays ne serait plus celle entre prolétariat et bourgeoisie, mais la contradiction entre « le système socialiste avancé et les forces productives sociales arriérées ».

    En fait, c’était dire que la révolution socialiste était allée trop vite en Chine ; c’était nier complètement les grandes victoires remportées sous la direction de notre Parti dans la transformation socialiste de l’agriculture, de l’artisanat, ainsi que de l’industrie et du commerce capitalistes.

    Dans le dos du président Mao, ils glissèrent cette théorie révisionniste dans la résolution du VIlle Congrès.

    Mais elle fut immédiatement décelée par notre grand dirigeant qui critiqua leur déviation avec tout le sérieux voulu.

    Au début de 1957, le président Mao fit le bilan de l’expérience historique accumulée par notre Parti depuis la deuxième session plénière du Comité central issu du VIIe Congrès.

    Dans son œuvre De la juste solution des contradictions au sein du peuple, il souligna de manière pénétrante qu’ « il faut du temps pour que notre régime socialiste grandisse et se consolide », que « la question de savoir qui l’emportera, du socialisme ou du capitalisme, n’est pas encore véritablement résolue », et que « la lutte de classes entre le prolétariat et la bourgeoisie, entre les diverses forces politiques et entre les idéologies prolétarienne et bourgeoise sera encore longue et sujette à des vicissitudes, et par moments elle pourra même devenir très aiguë ».

    Les deux catégories foncièrement différentes de contradictions qui existent au cours de la révolution socialiste, dit le président Mao, doivent être traitées de manière correcte si l’on veut consolider effectivement la dictature du prolétariat.

    Cette théorie du président Mao a pulvérisé la théorie de « l’extinction de la lutte des classes » élaborée par Liou Chao-chi et Tchen Po-ta ; elle continue, défend et développe le marxisme-léninisme et fixe l’orientation à suivre pour la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat dans notre pays.

    En 1959, dans la critique de la ligne opportuniste de droite de Peng Teh-houai, le président Mao a souligné de nouveau la ligne fondamentale du Parti en disant que« la lutte dont Louchan est le théâtre constitue une lutte de classes ; elle est le prolongement de la lutte à mort qui s’est poursuivie au cours des dix dernières années de révolution socialiste entre les deux grandes classes antagonistes, la bourgeoisie et le prolétariat ».

    Il a éduqué tout le Parti pour qu’il comprenne la nature prolongée de cette lutte.

    En 1962, à la dixième session plénière du Comité central issu du VIlle Congrès, le président Mao a poussé plus avant le bilan de l’expérience historique acquise dans l’exercice de la dictature du prolétariat sur les plans intérieur et international ; il a réaffirmé, de manière encore plus complète, la ligne fondamentale du Parti pour toute la période historique du socialisme.

    Il a fait remarquer : « La société socialiste s’étend sur une assez longue période historique, au cours de laquelle continuent d’exister les classes, les contradictions de classes et la lutte de classes, de même que la lutte entre la voie socialiste et la voie capitaliste, de même que le danger d’une restauration du capitalisme.

    Il faut comprendre que cette lutte sera longue et complexe, redoubler de vigilance et poursuivre l’éducation socialiste.

    Il faut saisir et résoudre correctement les problèmes concernant les contradictions de classes et la lutte des classes, distinguer, d’une part, les contradictions entre l’ennemi et nous, d’autre part, les contradictions au sein du peuple, puis leur donner une juste solution. Sinon, un pays socialiste comme le nôtre se transformera en son contraire : il changera de nature et verra la restauration du capitalisme.

    Dès maintenant, nous devons parler de cette question, jour après jour, mois après mois, année après année, afin d’en avoir une compréhension suffisamment claire et de suivre une ligne marxiste-léniniste ».

    Cependant, ne renonçant pas à leur rêve de restaurer le capitalisme, Liou Chao-chi et son groupe firent le maximum pour déformer et contrecarrer la ligne fondamentale du Parti.

    Pendant le mouvement d’éducation socialiste, ils inventèrent « une contradiction entre les quatre assainissements et les quatre non-assainissements », et « un enchevêtrement entre les contradictions en dehors du Parti et les contradictions au sein du Parti » (1).

    C’est contre la ligne fondamentale du Parti qu’ils avaient inventé cela, afin de camoufler la lutte entre les deux classes, les deux voies et les deux lignes, et de s’opposer à la lutte déclenchée au cours du mouvement d’éducation socialiste contre les responsables du Parti engagés dans la voie capitaliste.

    En janvier 1965, à la conférence nationale de travail convoquée par le Bureau politique du Comité central, le président Mao a souligné, en réplique aux mensonges de Liou Chao-chi et compagnie: « Durant toute la période de transition existent les contradictions de classes, la lutte de classes entre le prolétariat et la bourgeoisie, la lutte entre les deux voies, socialiste et capitaliste.

    Nous nous engagerions dans une fausse voie si nous oubliions cette théorie et cette pratique fondamentales qui sont celles de notre Parti depuis plus de dix ans ».

    La Grande Révolution culturelle prolétarienne et le mouvement de critique de Lin Piao et de rectification du style de travail menés par le Parti et le peuple tout entiers sous la direction du président Mao, et toutes les importantes directives qu’il a formulées au cours de ces luttes, ont contribué à enrichir et à développer encore la ligne fondamentale du Parti.

    Dans ledit mouvement, le président Mao a résumé ainsi de manière pénétrante l’expérience fondamentale acquise par le Parti dans la lutte entre les deux lignes : « pratiquer le marxisme et non le révisionnisme; travailler à l’unité et non à la scission; faire preuve de franchise et de droiture, et ne pas tramer complots et intrigues ».

    Une ferme mise en application de cette directive est absolument nécessaire si l’on veut persévérer dans la ligne fondamentale du Parti, consolider la dictature du prolétariat, empêcher la restauration du capitalisme et s’unir pour remporter des victoires encore plus grandes.

    Après l’écrasement du groupe renégat de Liou Chao-chi, la lutte menée par notre Parti contre le groupe antiparti de Lin Piao à propos de la ligne du IXe Congrès portait sur la question suivante : fallait-il continuer à suivre la ligne fondamentale du Parti ou fallait-il la changer ?

    Lin Piao et Tchen Po-ta s’opposaient à la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat et considéraient que la tâche principale après le IXe Congrès était de développer la production.

    C’était la reprise pure et simple, dans de nouvelles circonstances, du mensonge révisionniste de Liou Chao-chi et de son groupe sur la « contradiction entre le système socialiste avancé et les forces productives sociales arriérées ».

    Le marxisme-léninisme a toujours soutenu que dans la contradiction entre les rapports de production et les forces productives, ces dernières constituaient le facteur le plus actif et le plus révolutionnaire. « Le plus grand pouvoir productif, c’est la classe révolutionnaire elle-même.« 

    Dans le socialisme, la classe ouvrière et le reste du peuple travailleur deviennent les maîtres du pays et l’on fait jouer à plein leur initiative socialiste.

    Ils deviennent la force principale dans la révolution et l’édification socialistes, et créent d’innombrables choses prodigieuses.

    Dans notre pays, les rapports de production socialistes correspondent au développement des forces productives et leur ont ouvert un large champ.

    Cependant, ils ont certaines imperfections qui sont en contradiction avec le développement des forces productives.

    La pratique de la révolution et de l’édification socialistes a montré que c’est toujours la supériorité du système socialiste qui stimule le développement des forces productives, et que c’est toujours en transformant ce qui, dans les rapports de production, ne correspond pas au développement des forces productives, que l’on arrive à les faire correspondre à ce développement et à le stimuler.

    Il n’existe absolument rien qui ressemble à la « contradiction entre le système socialiste avancé et les forces productives sociales arriérées ».

    Il était tout à fait impossible pour Liou Chao-chi et Lin Piao, qui se tenaient sur la position réactionnaire de la bourgeoisie, de discerner l’enthousiasme des masses.

    Cette formule antimarxiste qu’ils concoctèrent avait pour but de s’opposer à la révolution socialiste et à la ligne fondamentale du Parti élaborée par le président Mao.

    Leurs mensonges sont caractéristiques de la théorie révisionniste des « forces productives ».

    C’est en gardant bien présente à l’esprit la ligne fondamentale du Parti que nous pourrons analyser correctement la situation politique, mener en pro-fondeur la lutte des classes, la lutte entre les deux lignes, et faire que la situation de la révolution évolue dans un sens toujours plus favorable au peuple.

    Au cours de la révolution socialiste, chaque grande lutte entre les deux lignes est un coup puissant assené aux ennemis de classe : chaque lutte trempe et éduque les cadres et les masses.

    Elle permet un développement rapide de la révolution et de l’édification socialistes, et crée une excellente situation.

    Mais, voyant tout de travers, les meneurs des lignes révisionnistes ont toujours cherché à nier les nombreux succès remportés sous la direction de la ligne fondamentale du Parti.

    Après la victoire éclatante remportée par la Grande Révolution culturelle prolétarienne, le groupe antiparti de Lin Piao, mû par sa position réactionnaire, agonit d’injures notre système socialiste de dictature du prolétariat et présenta sous un jour sombre l’excellente situation qui régnait à l’intérieur du pays.

    Il cherchait ainsi à nier les réalisations prodigieuses qu’avait réussi à accomplir le peuple révolutionnaire au cours de ses luttes.

    Les réalisations et les succès de la cause socialiste, aucun ennemi de classe ne saurait les effacer.

    En continuant à nous appuyer sur la théorie fondamentale du Parti et sur notre pratique guidée par cette théorie, pour analyser la situation politique et les rapports des classes entre elles, nous pourrons arriver à une appréciation correcte de la situation, sans nous trouver désorientés par les phénomènes superficiels du moment ; ainsi nous ne serons jamais portés à conclure que l’excellente situation, après tout, n’est pas si bonne que ça, ou même pas bonne du tout.

    Nous ne perdrons pas non plus la tête au point d’abandonner toute vigilance dans une excellente situation.

    En gardant bien présente à l’esprit la ligne fondamentale du Parti, nous pourrons continuer à poursuivre la révolution sous la dictature du prolétariat et à mener jusqu’au bout la lutte contre la bourgeoisie et le révisionnisme.

    La lutte de classes opposant le prolétariat à la bourgeoisie, et la lutte contre les tentatives d’agression et de subversion fomentées par l’impérialisme et le social-impérialisme existeront pendant une longue période dans la société socialiste.

    Cela fait que dans l’avenir, le nœud de la lutte entre les deux lignes sera encore la question de savoir si l’on pratique le marxisme ou le révisionnisme, si l’on suit la voie socialiste ou la voie capitaliste.

    Et en particulier dans les domaines politique et idéologique, la question de savoir qui l’emportera, du socialisme ou du capitalisme, ne pourra être réglée qu’après une très longue période.

    Afin de restaurer le capitalisme, le groupe renégat de Liou Chao-chi et le groupe antiparti de Lin Piao ont toujours masqué les contradictions et la lutte de classes, et répandu des absurdités sur « l’extinction de la lutte de classes » et « l’extinction de la lutte entre les deux lignes ».

    C’est en soi une manifestation de la lutte des classes et de la lutte entre les deux lignes.

    Nous devons, à tout instant, garder la tête froide, étudier et analyser sans relâche le développement de la lutte des classes ; nous devons faire attention à la tendance cachée par une autre, et faire preuve de l’esprit prolétarien d’oser aller à contre-courant, appliquer sans nous en écarter d’un pouce la ligne révolutionnaire du président Mao, et combattre les tendances erronées qui vont à l’encontre de l’orientation socialiste et portent tort à la révolution.

    En gardant bien présente à l’esprit la ligne fondamentale du Parti, nous pourrons, de manière consciente, distinguer et résoudre correctement les deux types de contradictions de nature différente dans tous les aspects de notre travail ; nous pourrons unir, sous la direction du prolétariat, toutes les nationalités de notre pays et toutes les forces susceptibles d’être unies, nous appuyer sur l’enthousiasme nourri par les larges masses pour le socialisme et assurer effectivement que la tâche de la consolidation de la dictature du prolétariat soit bien accomplie partout à la base.

    On doit faire en ces domaines le bilan concret des nombreuses expériences.

    La théorie fondamentale du Parti et sa pratique guidée par cette théorie pendant ces 24 dernières années montrent que le courant du socialisme est irrésistible.

    Dans un État de dictature du prolétariat comme le nôtre, les masses populaires, qui constituent plus de 95% de la population, sont fermement décidées à suivre la voie socialiste.

    La poignée des meneurs des lignes révisionnistes qui s’acharnent à vouloir arrêter le mouvement en avant de l’histoire et à suivre la voie capitaliste, tels que Liou Chao-chi et Lin Piao, est extrêmement isolée parmi les masses.

    Les contre-courants antisocialistes qu’ils s’efforcent de susciter ont été balayés les uns après les autres, tandis que la dictature du prolétariat en Chine reste ferme comme un roc, et que la cause du socialisme se développe sans cesse avec vigueur.

    Après avoir fait le bilan des 24 années écoulées, le peuple chinois a désormais une compréhension plus profonde que jamais de cette vérité énoncée par le président Mao: « Seul le socialisme peut sauver la Chine« .

    Aujourd’hui, dans la Chine socialiste, quiconque voudrait faire aller l’histoire en arrière et pousser la Chine dans la voie du capitalisme, serait balayé par l’histoire. N’est-ce pas là une réalité tangible ?

    L’avenir est radieux, mais notre chemin est tortueux.

    L’expérience historique des 24 années écoulées depuis la fondation de la République populaire de Chine, et tout particulièrement les expériences acquises dans la Grande Révolution culturelle prolétarienne et le mouvement de critique de Lin Piao et de rectification du style de travail, ont prouvé que tant que nous suivons la ligne révolutionnaire prolétarienne du président Mao, que nous observons la théorie fondamentale du Parti pour l’étape socialiste et poursuivons notre pratique dirigée par cette théorie, nous pouvons être assurés d’avancer sans arrêt dans la voie socialiste.

    Par contre, si nous nous écartons de la ligne fondamentale du Parti, et oublions la théorie et la pratique fondamentales de notre parti, nous nous égarerons.

    La ligne fondamentale du Parti indique l’orientation à suivre au Parti tout entier, au peuple tout entier.

    En suivant cette orientation, la marée du socialisme montera toujours plus haut et, avec sa force foudroyante, balayera tous les obstacles sur son chemin.

    (1) Le mouvement d’éducation socialiste s’est développé dans les villes et les campagnes après la tenue en septembre 1962 de la dixième session plénière du Comité central issu du VIIIe Congrès.

    Le mouvement fut également appelé « mouvement des quatre assainissements », car son but était de réaliser une épuration dans les quatre domaines: politique, économique, organisationnel et idéologique.

    Le fond de ce mouvement, c’était la contradiction entre le socialisme et le capitalisme, et la cible principale de ce mouvement était les responsables du Parti engagés clans la voie capitaliste, cela afin de consolider et de développer davantage les positions du socialisme dans toute la Chine.

    Liou Chao-chi et compagnie, pour s’opposer à la ligne fondamentale du Parti, camouflèrent la lutte entre les deux classes, les deux voies et les deux lignes, et s’opposèrent à ce que l’on dirigeât le fer de lance contre les responsables du Parti qui suivaient la voie capitaliste ; ils prétendaient en effet pour cela que la nature de ce mouvement était « la contradiction entre les quatre assainissements et les quatre non-assainissements », et « l’enchevêtrement entre les contradictions en dehors du Parti et les contradictions au sein du Parti ».

    À la fin de 1964, le président Mao convoqua une conférence de travail du Comité central, et sous sa direction fut élaboré le document intitulé : « Certains problèmes actuels soulevés dans le mouvement d’éducation socialiste à la campagne» (c’est-à-dire le document « en 23 points »).

    Cela constitua une dénonciation vigoureuse de la ligne réactionnaire bourgeoise de Liou Chao-chi et ramena le mouvement d’éducation socialiste dans une juste orientation.

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    sur la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne

  • Importante épigraphe manuscrite par le président Mao aux amis ouvriers du Japon

    [Éditorial du Renmin Ribao, le Quotidien du peuple, 18 septembre 1968.]

    Le 18 septembre 1962, au cours de sa visite en Chine, une délégation d’ouvriers japonais, militants assidus à l’étude, a été reçue par le président Mao Tsé-toung.

    Celui-ci a alors manuscrit une importante épigraphe à tous les amis ouvriers du Japon.

    Demain, il y aura six ans de cela, et à l’occasion de cet anniversaire, nous publions ici le texte intégral de l’épigraphe écrite par le président Mao:

    Si l’on s’emploie réellement à fondre la vérité universelle du marxisme-léninisme dans la pratique concrète de la révolution japonaise, la victoire de celle-ci se fera à coup sûr.

    A la demande des amis de la délégation des ouvriers japonais, militants assidus à l’étude, en visite en Chine, j’écris ces lignes aux amis ouvriers du Japon.

    MAO ZEDONG

    Le 18 septembre 1962

    Une orientation victorieuse pour les peuples révolutionnaires des divers pays

    Le 18 septembre 1962, le président Mao Zedong calligraphiait cette épigraphe pour les amis ouvriers japonais : « Si l’on s’emploie réellement à fondre la vérité universelle du marxisme-léninisme dans la pratique concrète de la révolution japonaise, la victoire de celle-ci se fera à coup sûr« .

    Voilà le 6ème anniversaire de cette brillante épigraphe. Notre journal lui consacre en première page une place importante.

    Elle revêt une importance capitale et profonde non seulement pour la cause révolutionnaire du peuple japonais, mais encore pour celle de tous les peuples du monde.

    Il n’y a pas de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire.

    Le marxisme-léninisme est la cristallisation des pensées scientifiques les plus justes et les plus révolutionnaires du prolétariat mondial; il est une vérité de portée universelle.

    Le prolétariat et les larges masses révolutionnaires des divers pays, dès qu’ils assimilent le marxisme-léninisme, en retirent une sagesse et une force inépuisables pour faire progresser victorieusement la cause de la révolution.

    L’union du marxisme-léninisme et de la pratique concrète de la révolution dans les divers pays constitue la garantie fondamentale pour la victoire de la cause révolutionnaire de leurs peuples.

    En dirigeant la révolution chinoise, le président Mao nous a enseigné à maintes reprises qu’il fallait « unir pleinement et de façon appropriée la vérité universelle du marxisme et la pratique concrète de la révolution chinoise », et qu’« allier intimement la théorie marxiste-léniniste avec la pratique de la révolution chinoise, voilà le principe directeur idéologique suivi avec conséquence par notre parti ».

    C’est ainsi qu’a agi invariablement le Parti communiste chinois.

    La vérité universelle du marxisme-léninisme, une fois liée à la pratique de la lutte révolutionnaire du prolétariat et des larges masses populaires de Chine, est devenue pour le peuple chinois une arme invincible.

    Le camarade Mao Zedong illustre de façon vivante l’intégration de la théorie à la pratique par cette comparaison: « décocher sa flèche en visant la cible ».

    C’est précisément en décochant la « flèche » qu’est le marxisme-léninisme, avec pour « cible » la révolution chinoise, que le camarade Mao Zedong a mis en lumière la théorie, la ligne, l’orientation, les mesures politiques et la tactique relatives à la révolution démocratique, à la révolution socialiste de Chine et à la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat, conduisant ainsi la révolution chinoise de victoire en victoire.

    Le principe selon lequel le marxisme-léninisme se fond dans la pratique concrète de la révolution d’un pays donné, est valable aussi bien pour la révolution chinoise que pour la révolution japonaise et, celle de tout autre pays.

    En d’autres termes, le parti prolétarien d’un pays donné, tout en s’en tenant à la vérité universelle du marxisme-léninisme, doit partir de la réalité, se lier étroitement aux masses, faire sans cesse le bilan de son expérience acquise dans la lutte et élaborer et appliquer, en toute indépendance, la politique et la tactique qui correspondent à la réalité de ce pays.

    Sous prétexte de « développer le marxisme-léninisme de façon créatrice », la clique révisionniste de Khrouchtchev a rejeté cette vérité universelle qu’est le marxisme-léninisme.

    C’est là, de l’opportunisme pur et simple, c’est-à-dire le révisionnisme moderne!

    Alléguant que les « conditions intérieures et extérieures » du Japon sont différentes, la clique renégate révisionniste de Miyamoto au sein du Parti communiste japonais affiche son « indépendance ».

    Ce ne sont là en réalité que paroles vides de sens.

    Cette clique garde aux lèvres le mot marxisme-léninisme, mais ce à quoi elle s’attaque et s’oppose de toutes ses forces, c’est justement ce qu’il y a de plus fondamental dans le marxisme-léninisme.

    Elle s’évertue à dénaturer et à tronquer celui-ci; elle s’oppose à la révolution violente, à la prise du pouvoir politique par la force des armes; elle prône une « révolution pacifique », colporte la pacotille de la « voie parlementaire ».

    En fait, elle ne veut pas la révolution; elle la trahit et s’y oppose.

    Elle n’est qu’une vile bande de fieffés traîtres au marxisme-léninisme et à la cause de la révolution japonaise.

    Aujourd’hui, la lutte révolutionnaire du peuple japonais prend son essor.

    Le niveau de conscience révolutionnaire du peuple japonais s’élève constamment et les rangs de la gauche marxiste-léniniste authentique se renforcent et s’élargissent de jour en jour.

    Les révolutionnaires prolétariens et le peuple révolutionnaire japonais se révoltent énergiquement contre la clique révisionniste de Miyamoto et prennent le marxisme-léninisme authentique comme une arme puissante dans leur lutte contre l’impérialisme U.S., la bourgeoisie monopoliste japonaise et le révisionnisme moderne. La situation de la révolution japonaise s’améliore toujours davantage.

    Les révolutionnaires prolétariens japonais comprennent que la tâche glorieuse et grandiose qui leur incombe est d’appliquer de façon concrète et encore plus à fond le marxisme-léninisme authentique à la pratique de la lutte révolutionnaire du peuple japonais, de résoudre, à partir des conditions spécifiques du Japon, une série de problèmes stratégiques et tactiques de la révolution japonaise, et de faire constamment progresser celle-ci.

    Il est inévitable que la conquête de la victoire dans la révolution japonaise passe par une fusion de plus en plus grande du marxisme-léninisme avec la pratique concrète de la révolution japonaise.

    Nous sommes fermement convaincus qu’un authentique parti révolutionnaire japonais, armé du marxisme-léninisme, naîtra dans les flammes de la lutte révolutionnaire.

    Sous sa direction, le prolétariat et les larges masses populaires du Japon engageront une lutte prolongée et pleine de vicissitudes, surmonteront tous les obstacles et difficultés et remporteront la victoire finale dans la révolution.

    =>Oeuvres de Mao Zedong

  • Les équipes ouvrières chargées de propager la pensée de Mao Zedong entrent dans les universités et les écoles

    [28 octobre 1968]

    Se guidant sur le grand plan stratégique du président Mao, la première équipe ouvrière chargée de propager la pensée de Mao Zedong, composée d’ouvriers de l’industrie et avec la participation de combattants de l’Armée populaire de Libération, est entrée à l’Université Tsinghoua, à Pékin, le 27 juillet passé.

    Depuis ce fait marquant, en différents endroits, de puissantes armées d’ouvriers de l’industrie sont entrées ou vont entrer incessamment dans les universités et autres instituts d’enseignement supérieur, dans les lycées et les écoles primaires, dans les secteurs de la superstructure tels la littérature et l’art, le journalisme et l’édition, et dans tous les organismes où la tâche de lutte — critique — transformation n’a pas été menée à bien.

    Ainsi, la classe ouvrière chinoise a pris héroïquement sa place sur l’avant-scène politique de la tâche de lutte — critique — transformation dans toutes les branches de la superstructure.

    C’est là un grand événement des années 60 du XXe siècle et une grande entreprise créatrice dans l’histoire de la révolution prolétarienne.

    C’est un important développement du marxisme-léninisme dû au président Mao, qui marque le début d’une grande et nouvelle ère au cours de laquelle le prolétariat chinois transformera, selon sa propre conception du monde, les universités et écoles et toutes les sphères et tous les secteurs de la superstructure qui ne sont pas conformes à la base économique socialiste et exercera une dictature intégrale sur la bourgeoisie.

    Ce fait aura sans nul doute une formidable influence dans les domaines politique, économique et culturel de la Chine où, grâce à lui, d’énormes changements auront lieu.

    Bien que cet événement date d’il y a peu, cette influence et ces changements ont déjà commencé à se manifester clairement.

    Animée d’un profond sentiment prolétarien pour le président Mao, l’équipe ouvrière chargée de propager la pensée de Mao Zedong à l’Université Tsing-houa diffuse sans discontinuer les toutes récentes directives du président Mao, transmet le plus rapidement possible chaque instruction de combat émanant du quartier général prolétarien et utilise la pensée de Mao Zedong pour rééduquer les masses des jeunes combattants de la Garde rouge et des enseignants et étudiants révolutionnaires.

    L’équipe a recours aux haut-parleurs, aux journaux muraux écrits en gros caractères, aux débats et causeries, pour propager la pensée de Mao Zedong ; elle se divise en quelque 100 groupes qui, en allant dans toutes les classes et tous les dortoirs, établissent d’étroits contacts avec les enseignants et étudiants et font là un travail approfondi de propagande et d’éducation.

    Ces efforts sont bien accueillis par tous, et nombre de ces enseignants et étudiants ont pris l’initiative de discuter avec les ouvriers, de leur parler de la situation à l’université; et ainsi s’appuient-ils sur la direction de la classe ouvrière.

    Les deux organisations antagonistes existant auparavant à l’université, ont formé maintenant une grande alliance révolutionnaire.

    Après avoir réalisé cette alliance, conformément à l’enseignement qui nous est donné par le président Mao sur la création des stages d’étude, l’équipe ouvrière de propagande a immédiatement réuni les membres des deux fractions pour organiser de façon généralisée des stages d’étude de la pensée de Mao Zedong.

    Ces stages existent maintenant à l’Université Tsinghoua dans chaque classe et dans chaque secteur de travail.

    Les participants y combattent l’égoïsme et réfutent le révisionnisme, condamnent la ligne révisionniste contre-révolutionnaire avancée par le Khrouchtchev chinois dans l’enseignement, réfutent la théorie bourgeoise réactionnaire de l’existence de « plusieurs noyaux dirigeants » et dévoilent la poignée d’ennemis de classe qui a pu pousser les masses à s’affronter entre elles, qui a voulu saboter, mais en vain, la grande révolution culturelle prolétarienne.

    Ainsi la direction politique prolétarienne de la classe ouvrière à l’université en est-elle renforcée.

    L’enthousiasme révolutionnaire est soulevé dans la masse des enseignants et étudiants, leur unité en est consolidée et de nombreux problèmes y sont résolus.

    Par exemple, au cours d’un stage d’étude de la pensée de Mao Zedong dans une classe de la section de Contrôle automatique, certains enseignants n’avaient pas pleinement compris au début l’importance des enseignements du président Mao sur la nécessité de « pratiquer, le plus possible, l’autocritique » et sur la consolidation de la grande alliance révolutionnaire.

    En fait, ils étaient encore sous l’influence de l’esprit de clan, de l’individualisme et du sectarisme.

    Se basant sur leur expérience personnelle, des ouvriers vétérans de l’Usine de Transformateurs de Pékin, membres de l’équipe de propagande, expliquèrent dans cette classe, comment leur usine s’était divisée en deux groupes par suite de l’influence de la ligne réactionnaire bourgeoise, comment ils avaient plus tard formé une grande alliance conformément aux instructions du président Mao, comment, devant le groupe opposé, ils avaient critiqué leur sectarisme bourgeois et comment finalement, ils s’étaient unis ensemble avec ce groupe pour affronter leur ennemi commun.

    Les enseignants et étudiants du stage d’étude ont été profondément émus par cette expérience.

    Certains ont fait immédiatement leur autocritique de n’avoir pas bien étudié les directives du président Mao et ont déclaré qu’ils suivraient l’exemple des ouvriers et feraient un examen de leur propre sectarisme bourgeois.

    De cette manière, la grande alliance révolutionnaire dans cette classe a été vite consolidée.

    L’équipe de propagande entrée à l’université a bien conscience du fait que les mesures politiques prolétariennes avancées par le président Mao constituent de puissantes armes pour la mise en valeur du facteur positif qui existe dans la masse des enseignants et étudiants révolutionnaires.

    Ces derniers peuvent être vraiment unis dans leur majorité et les masses intellectuelles révolutionnaires peuvent être guidées vers la voie de l’intégration aux ouvriers, paysans et soldats, à la condition d’appliquer consciencieusement cette politique.

    Depuis leur entrée à l’université, les membres de l’équipe de propagande ont appuyé activement les propositions révolutionnaires formulées par les enseignants et les étudiants.

    Ils mangent, vivent, travaillent et étudient avec les enseignants et étudiants révolutionnaires et ils les aident sur le plan idéologique.

    Ils ont pleinement affirmé le rôle positif joué par les jeunes combattants de la Garde rouge de l’université dans le mouvement de la grande révolution culturelle et l’importante contribution qu’ils ont apportée à la révolution.

    Ils ont également aidé et éduqué avec chaleur et patience les gardes rouges qui avaient commis des erreurs.

    Les jeunes combattants révolutionnaires ayant ainsi reçu l’enseignement vivant de la lutte des classes, leurs sentiments de classe et leur profonde affection pour le président Mao en ont été encore stimulés.

    Ils ont élevé davantage le niveau de leur conscience de la lutte des classes et de la lutte entre la ligne révolutionnaire prolétarienne et la ligne réactionnaire bourgeoise.

    Le fait que l’équipe de propagande utilise la pensée de Mao Zedong pour mener la rééducation prolétarienne parmi les masses des enseignants et des étudiants a énormément encouragé ceux-ci.

    Depuis un peu plus de deux mois, de grands changements ont eu lieu à l’Université Tsinghoua.

    Les enseignants et étudiants révolutionnaires sont décidés à étudier et à appliquer de façon vivante les œuvres du président Mao et, sous la direction de la classe ouvrière, ils sont résolus à s’engager sur la voie de la fusion aux ouvriers, paysans et soldats, décidés à accomplir la tâche de lutte — critique transformation dans leur université et à mener jusqu’au bout la révolution prolétarienne de l’enseignement.

    L’équipe ouvrière chargée de la propagande de la pensée de Mao Zedong à l’Université de Hang-tcheou, dans la province du Tchékiang, fait de l’éducation de classe un des cours principaux de la rééducation des intellectuels.

    Des ouvriers vétérans de cette équipe ont tenu des réunions avec les enseignants et étudiants révolutionnaires au cours desquelles ils ont rappelé leurs propres souffrances dans l’ancienne société et parlé du bonheur survenu après la Libération.

    De cette manière, ils les ont aidés à élever leur niveau de conscience de classe et de conscience de la lutte entre la ligne révolutionnaire prolétarienne et la ligne réactionnaire bourgeoise.

    De là est sorti un puissant essor dans la révolution de l’enseignement à l’université.

    Au début de septembre, l’équipe de propagande a découvert dans une poubelle un gros paquet malpropre contenant des vêtements, chaussettes, gants et autres choses, soit 27 pièces au total.

    Après enquête, elle a découvert que ces objets avaient été jetés là par Petite Louo, fraîche émoulue de la section des langues étrangères, et issue d’une famille de travailleurs.

    Ce paquet devint l’objet d’une discussion sérieuse entre les ouvriers. Pourquoi Petite Louo, qui portait ces vêtements à son entrée à l’université, les avait-elle maintenant jetés à sa sortie ?

    Profondément peinés, ils ont dit: « Elle n’a pas simplement jeté des vêtements, elle a rejeté avec, les belles qualités du peuple travailleur ! »

    « C’est la ligne révisionniste appliquée par le Khrouchtchev chinois dans l’enseignement qui a corrompu des jeunes comme elle, lui faisant oublier le passé ! Il nous appartient à nous, la classe ouvrière, de ramener ces jeunes sur la large voie révolutionnaire indiquée par le président Mao ! »

    L’équipe de propagande a décidé d’utiliser cette affaire comme un fait type pour donner une éducation de classe à toute l’université.

    Elle a fait du ballot de vêtements une exposition, ayant pour nom : « Accusation implacable contre les crimes sinistres de la ligne révisionniste avancée par le Khrouchtchev chinois dans l’enseignement ».

    Toute l’université est allée voir l’exposition.

    Elle a convoqué alors un certain nombre de réunions pour rappeler la tristesse du passé, réunions au cours desquelles 21 ouvriers vétérans ont pris la parole, évoquant leurs malheurs d’autrefois et parlant du bonheur actuel pour donner une éducation de classe aux étudiants et enseignants de toute l’université.

    Ting Houan-tchang, vieil ouvrier qui compte à son actif des dizaines d’années de labeur, a fait spécialement le voyage pour ramener de chez lui les oripeaux tout rapiécés et raccommodés qui ont été ses seuls vêtements pendant de longues années, dans l’ancienne société.

    Il a rapporté également à l’université les mêmes légumes sauvages qu’il mangeait alors.

    Les larmes aux yeux, il a condamné la persécution dont a souffert le peuple travailleur dans l’ancienne société et, très bouleversé, il a parlé à tous de la vie heureuse qu’il mène depuis que le président Mao l’a libéré des souffrances atroces du passé.

    Les jeunes gardes rouges, les étudiants et enseignants révolutionnaires présents en étaient émus jusqu’aux larmes.

    Beaucoup de jeunes gardes rouges, issus de familles d’ouvriers, de paysans pauvres ou de paysans moyens de la couche inférieure, ont pris la parole eux aussi pour condamner la ligne révisionniste exercée par le Khrouchtchev chinois dans l’enseignement et ses terribles effets sur eux.

    De même, ils ont examiné les changements survenus dans leur idéologie après leur entrée à l’université, comment ils en sont peu à peu arrivés à oublier le peuple travailleur et ils ont exprimé leurs regrets de ne pas avoir répondu à l’attente des ouvriers, des paysans pauvres et des paysans moyens de la couche inférieure.

    Le vif désir des jeunes combattants révolutionnaires de transformer leur conception du monde en a été avivé davantage, et ils ont compris profondément que la classe ouvrière est le meilleur professeur que leur ait envoyé le président Mao.

    En évoquant la tristesse du passé comparée au bonheur de la nouvelle société et en analysant leur position de classe, les enseignants et étudiants en viennent encore davantage à haïr l’ancienne société et à aimer la nouvelle, et ils éprouvent la plus grande haine pour le Khrouchtchev chinois et pour sa ligne révisionniste dans l’enseignement et manifestent une affection plus profonde encore pour leur grand guide, le président Mao, et pour sa ligne prolétarienne dans l’enseignement.

    Ils se sont engagés à ne jamais oublier les souffrances passées du prolétariat, à accepter résolument la rééducation par les ouvriers, paysans et soldats, et à suivre étroitement le président Mao pour faire la révolution.

    Les camarades ouvriers sont allés aussi à trois reprises voir Petite Louo chez elle.

    Ils lui ont rapporté proprement lavés, tous les vêtements qu’elle avait jetés, et l’ont aidée à mieux étudier et à comprendre la récente directive du président Mao concernant la rééducation des intellectuels.

    Ensemble, ils ont évoqué le dur passé et parlé du bonheur actuel et ensemble, ils ont étudié les enseignements du président Mao.

    Pour Petite Louo, tout cela a été d’une profonde éducation ; depuis, elle a pris la décision d’aller travailler dans une ferme, de devenir une travailleuse ordinaire et de transformer radicalement son ancienne idéologie.

    Par une éducation de classe énergique, l’équipe ouvrière de propagande a stimulé la tâche de lutte — critique — transformation à l’université.

    Les enseignants et étudiants révolutionnaires sont résolus à mener jusqu’au bout la révolution prolétarienne dans l’enseignement sous la direction de la classe ouvrière.

    UNE atmosphère dynamique et révolutionnaire règne dans les instituts, universités, écoles secondaires et primaires depuis l’arrivée des équipes ouvrières de propagande de la pensée de Mao Zedong.

    Les jeunes combattants de la Garde rouge, les étudiants et les enseignants révolutionnaires, pleins d’enthousiasme, étudient les œuvres du président Mao en compagnie des ouvriers et, avec eux, ils critiquent et réfutent la ligne révisionniste en matière d’enseignement.

    Par ces contacts directs avec les ouvriers, ils ont appris à connaître les belles qualités du prolétariat, et leurs sentiments révolutionnaires en ont été renforcés.

    Les ouvriers de l’équipe de propagande venus de l’Usine de Bicyclettes de Shanghai sont entrés à l’Institut d’Économie et des Finances de cette ville.

    Suivant le conseil de leurs vieux compagnons de travail, ils ont conduit les étudiants et les enseignants pour participer tous ensemble au travail de production dans leur propre usine.

    À chaque fois, ils ont emmené un groupe de 200 étudiants et enseignants et ont travaillé avec eux durant une semaine tous les mois.

    Pendant cette période, tous ont également pris part aux activités de la lutte critique — transformation à l’usine.

    Les étudiants et enseignants révolutionnaires considèrent comme très précieuse cette forme de «rééducation».

    À l’usine, ils ont constaté la loyauté infinie des ouvriers en suivant, de très près le grand plan stratégique du président Mao.

    Ils ont vu leur enthousiasme sans bornes versé dans la production et les grandes victoires remportées, du fait d’utiliser la pensée de Mao Zedong pour gérer l’usine et liquider radicalement la ligne révisionniste dans la gestion d’entreprises.

    Ils ont également constaté l’esprit révolutionnaire et la sagesse inépuisable des ouvriers.

    À partir de là, ils ont eu une compréhension plus nette du grand enseignement du président Mao : « La classe ouvrière doit exercer sa direction en tout. »

    Ainsi, avec les ouvriers à la tête du mouvement de lutte — critique — transformation dans leur institut, les étudiants et les enseignants sont pleins de confiance en la victoire.

    Ils disent: « Les ouvriers sont réellement de bons enseignants! Nous devons mener jusqu’à son terme la révolution prolétarienne dans l’enseignement sous la direction de la classe ouvrière! »

    Par l’exemple de leurs propres actes, les membres de l’équipe ouvrière de propagande entrée à l’École de Médecine Tchongchan à Kouangtcheou, en Chine du Sud, ont transformé les idées des étudiants qui méprisaient le travail manuel, les ouvriers et les paysans.

    Vivant à l’école, ils participent eux-mêmes à toutes les occupations de la vie quotidienne. Ils font le ménage de leurs chambres et nettoient les lavabos. Ils aident à la cuisine et au garage et travaillent avec le personnel de la clinique. Ils ont pris l’initiative de travailler partout.

    À l’école, ils ont accroché de nombreux portraits du président Mao et ses citations, et ont révolutionnarisé l’aspect de l’école.

    Et rapidement, toute l’atmosphère politique en a été changée.

    Les étudiants et enseignants révolutionnaires en ont été profondément émus.

    Certains ont dit : « Nous sommes des étudiants en médecine, pourtant nous ne prêtons pas attention à l’hygiène. Nous devrions être honteux de voir que ce sont les ouvriers qui nettoient pour nous ! »

    Des étudiants ont apposé des journaux muraux écrits en gros caractères, analysant le mode de vie qui a dorloté les jeunes, comme le dépeint cette phrase : « Quand les vêtements sont prêts, je les mets ; quand le repas est servi, j’ouvre la bouche.»

    Ils ont exprimé leur détermination de prendre exemple sur la classe ouvrière, de participer avec enthousiasme au travail manuel en vue de transformer complètement leurs idées bourgeoises de mépris pour le travail physique, de dédain des ouvriers et paysans.

    Beaucoup d’étudiants de dernière année ont affermi leur décision d’aller travailler à la campagne, d’aller parmi les paysans pauvres et les paysans moyens de la couche inférieure afin de réformer radicalement leur conception bourgeoise du monde et de mieux servir le peuple travailleur.

    Un étudiant a dit très justement: « Nous voulons être les continuateurs de la cause révolutionnaire du prolétariat, c’est-à-dire, comme l’a indiqué le président Mao, des travailleurs cultivés, ayant une conscience socialiste.

    À cet égard, la classe ouvrière est notre meilleur enseignant ! »

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    sur la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne

  • Message chinois à Enver Hodja et Mehmet Chehou

    Mao Tsé-toung, président du Comité central du Parti communiste chinois
    Lin Piao, vice-président du Comité central du Parti communiste chinois Chou En-laï, premier ministre du Conseil des Affaires d’État de la République populaire de Chine

    Pékin, le 17 septembre 1968

    Au camarade Enver Hodja, premier secrétaire du Comité central du Parti du Travail d’Albanie,

    Au camarade Mehmet Chehou, président du Conseil des Ministres de la République populaire d’Albanie,

    Nous avons bien reçu votre chaleureux message de félicitations au moment où 29 provinces, régions autonomes et municipalités relevant directement des autorités centrales c’est-à-dire tout notre pays à l’exception de la province de Taïwan, avaient achevé d’établir leurs comités révolutionnaires.

    Ce message constitue un immense encouragement et un puissant soutien pour le peuple chinois engagé dans la lutte pour arracher la victoire totale de la grande révolution culturelle prolétarienne.

    Nous tenons à vous adresser nos vifs remerciements et l’expression de notre plus haute estime.

    L’héroïque peuple albanais, sous la direction clairvoyante du Parti du Travail d’Albanie ayant à sa tête le camarade Enver Hodja, grand marxiste-léniniste, mène actuellement un mouvement de révolutionnarisation qui revêt une signification profonde dans la révolution socialiste ; et il a enregistré une série de grandioses victoires. La révolution dans l’enseignement et l’exercice du contrôle par la classe ouvrière, mis en avant cette année par le camarade Enver Hodja, ont enrichi le contenu de ce mouvement et impulsé son développement.

    Nous félicitons le plus chaleureusement le peuple frère d’Albanie pour les victoires toujours plus brillantes qu’il a remportées dans la voie de la révolutionnarisation.

    Ces victoires ont permis à l’Albanie, ce grand phare du socialisme en Europe, de briller d’un éclat encore plus vif.

    Il y a quelques jours, la République populaire d’Albanie a solennellement annoncé sa décision de dénoncer le traité de Varsovie et promulgué un décret à cet effet.

    C’est là un nouveau coup sévère porté à la clique renégate révisionniste soviétique et un immense encouragement pour les peuples d’Europe orientale en lutte contre cette clique.

    Le traité de Varsovie est devenu depuis longtemps un instrument utilisé par la clique révisionniste khrouchtchévienne pour pratiquer le chauvinisme de grande puissance et l’égoïsme national, contrôler et piller les peuples d’Europe orientale, un instrument dont se sert la clique renégate révisionniste soviétique pour passer des tractations avec l’OTAN qui est aux mains de l’impérialisme américain, et collaborer avec les États-Unis en vue de la domination mondiale.

    Récemment, racolant ses partenaires révisionnistes polonais, est-allemands, hongrois et bulgares, et arborant impudemment l’enseigne du traité de Varsovie, la clique renégate révisionniste soviétique a passé à l’agression armée contre la Tchécoslovaquie et a commis ainsi un crime monstrueux envers le peuple tchécoslovaque.

    Cela a dévoilé complètement devant les peuples du monde entier la nature agressive et réactionnaire dudit traité.

    Ayant adopté une politique de trahison nationale et de capitulation devant l’agresseur, la clique révisionniste de Tchécoslovaquie a trahi honteusement le peuple de ce pays.

    Sous la direction du Parti du Travail d’Albanie à la tête duquel se trouve son éminent guide, le camarade Enver Hodja, le peuple albanais a mené, depuis longtemps, une lutte résolue contre les activités criminelles entreprises par la clique renégate révisionniste soviétique au nom du traité de Varsovie.

    Le Parti communiste et le peuple chinois éprouvent une vive admiration pour le Parti du Travail et le peuple d’Albanie qui ont adopté dans cette lutte une position de principe élevée à l’égard du marxisme-léninisme et de l’internationalisme prolétarien.

    Nous soutenons résolument l’acte révolutionnaire accompli par la République populaire d’Albanie et le peuple frère albanais en dénonçant le traité de Varsovie ; nous soutenons résolument la juste lutte menée par les peuples d’Europe orientale contre l’Organisation du pacte de Varsovie contrôlée par le révisionnisme soviétique ; nous soutenons résolument la juste lutte menée par les peuples d’Europe occidentale et du reste du monde contre l’OTAN et les autres organisations des traités de caractère agressif contrôlées par l’impérialisme yankee ; et nous soutenons résolument la lutte révolutionnaire menée par tous les peuples qui sont victimes de l’agression, de la mainmise, de l’asservissement et de la menace de l’impérialisme U.S. et du révisionnisme soviétique.

    La grande amitié prolétarienne et militante que nos deux peuples ont forgée dans la tempête révolutionnaire est à même de résister aux rudes épreuves.

    A quelque moment et en quelque circonstance que ce soit, les 700 millions de Chinois, aguerris et devenus plus forts dans la grande révolution culturelle prolétarienne, se tiendront infailliblement aux côtés du peuple frère d’Albanie.

    Si l’impérialisme U.S., le révisionnisme moderne soviétique et leurs laquais s’avisent de toucher tant soit peu à l’Albanie, c’est la défaite totale, ignominieuse, irrémédiable qui les attend.

    Chers camarades, Le révisionnisme soviétique et l’impérialisme U.S. ont commis dans leur collusion tant de méfaits et d’infamies que les peuples révolutionnaires du monde ne les en tiendront pas quittes.

    Les peuples du monde sont en train de se dresser.

    Une nouvelle période historique a commencé, celle de la lutte contre l’impérialisme U.S. et le révisionnisme soviétique.

    Portons plus haut encore le drapeau rouge révolutionnaire du marxisme-léninisme et avançons, la main dans la main, dans la grande lutte contre l’impérialisme ayant comme chef de file l’impérialisme U.S., contre le révisionnisme moderne dirigé par le révisionnisme soviétique et contre tous les réactionnaires qui les suivent pas à pas !

    Vive la grande amitié militante et indéfectible entre les peuples chinois et albanais ! Vive l’héroïque peuple albanais !

    =>Oeuvres de Mao Zedong

  • La révolte ouvrière à Shanghai

    [Document publié en mars 1968 dans Regards vers la Chine, revue publiée par l’Association des amitiés franco-chinoises.]

    La plupart des gens en France, quand on leur parle de la Révolution Culturelle, pensent aux gardes rouges et au rôle joué par les étudiants, mais ils ignorent — à moins qu’ils ne l’oublient très volontairement — le rôle des travailleurs et plus particulièrement de la classe ouvrière.

    Les étudiants ont joué dans la Révolution Culturelle le rôle d’étincelle.

    C’est eux qui ont allumé les flammes de la Révolution Culturelle, mais cette révolution n’a réellement progressé victorieusement que lorsque les ouvriers l’ont prise en mains et amenée au but de toute révolution : « la prise du pouvoir ».

    En mai 1919, les étudiants avaient de la même façon jeté la première étincelle, mais ce fut la force principale constituée par les ouvriers et les paysans qui mena à bien la révolution (1927 – la Longue Marche – la Libération), car les soldats étaient en fait des ouvriers et des paysans en uniforme.

    Lors de la Révolution Culturelle, Shanghai, première grande cité industrielle de la Chine, a joué un rôle pilote : sa classe ouvrière a été la première à « abattre » les responsables engagés dans la voie capitaliste et à s’emparer du pouvoir. Mais, avant d’en arriver là, un long chemin avait été parcouru.

    Shanghai a joué un rôle important dans la Révolution Culturelle dès sa première phase : dès le déclenchement du mouvement de préparation idéologique, puisque c’est à Shanghai même que fut publié l’article de Yao Wen Yuan sur la destitution de Hai Rui.

    Cet article dénonçait une pièce qui utilisait un personnage historique, Hiai Rui, pour attaquer une décision du Comité central qui avait en 1958 destitué le général Peng Te-huai. Cet article de critique, publié à Shanghai avec l’accord du président Mao qui y résidait alors, ouvrit dans tout le pays un mouvement de discussion sur le contenu de l’art, de la littérature, de l’enseignement, et provoqua une véritable panique chez un certain nombre de responsables qui en comprirent fort bien les conséquences à long terme et essayèrent de le contrôler pour le détourner de ses véritables buts.

    Cette contre-offensive fut marquée par ce qu’on a appelé « le programme de février », établi par un groupe dirigé par Peng Cheng, et « qui cherchait par tous les moyens à faire dévier ce mouvement vers la droite ».

    Pendant la même période, les intellectuels, les artistes commencèrent à examiner et à dis-cuter de leur travail et de son orientation.

    Les plus avancés, et les plus courageux parmi eux, affichèrent des dazibao critiquant la ligne erronée et demandant une rectification.

    Ces éléments avancés furent soumis à des critiques extrêmement violentes de la part des responsables engagés dans la voie capitaliste.

    On les dénonça comme contre-révolutionnaires, comme éléments anti-parti et on les soumit à des pressions sans nombre.

    On trouvera un peu plus loin dans la revue un article relatant la lutte menée par une actrice de Shanghai et on verra le grand courage qu’il lui fallut dans sa lutte.

    Cette étape de la Grande Révolution Culturelle débute par une décision du Comité central (16 mai 1966), qui critique le programme de février et précise ce que doit être l’orientation de la Révolution Culturelle :

    « Il faut critiquer les représentants de la bourgeoisie infiltrés dans le Parti, le gouvernement, l’armée et les milieux culturels. Ces gens-là doivent être écartés et certains doivent être affectés à d’autres fonctions.

    Les représentants de la bourgeoisie qui se sont infiltrés dans le Parti, dans le gouvernement, dans l’armée et dans les différents milieux culturels constituent un ramassis de révisionnistes contre-révolutionnaires.

    Si l’occasion s’en présentait, ils arracheraient le pouvoir et transformeraient la dictature du prolétariat en dictature de la bourgeoisie.

    Certains de ces gens-là ont été découverts par nous ; d’autres ne le sont pas encore ; certains autres encore, par exemple les individus du genre Khrouchtchev, bénéficient maintenant de notre confiance, ils sont formés pour être nos successeurs et se trouvent à présent au milieu de nous. »

    Cette circulaire est diffusée dans toutes les organisations du Parti, à tous les échelons, et va jouer un rôle extrêmement important dans la prise de conscience des masses.

    Le 25 mai, un professeur de philosophie de l’université de Pékin affiche un dazibao dénonçant les responsables de l’université engagés dans la voie capitaliste, et quelques jours plus tard, sur décision du président Mao en personne, cette affiche en gros caractères est publiée dans la presse et suscite une réaction en chaîne.

    Dans un institut, les étudiants nous ont dit qu’après avoir lu le texte de ce dazibao, ils ne purent dormir et passèrent la nuit à discuter et à écrire des affiches en gros caractères.

    Mais immédiatement les responsables engagés dans la voie capitaliste préparèrent un contre-feu.

    Le plus haut responsable engagé dans la voie capitaliste envoie dans 59 instituts et universités des groupes de travail « chargés de mener la révolution culturelle », et il profite de l’absence du président Mao de Pékin pour essayer une nouvelle fois de vider le mouvement en cours de son contenu.

    [Chaque groupe de travail était composé d’un certain nombre de cadres responsables venus d’autres organisations et chargés d’impulser la Révolution Culturelle dans une école, un institut, une université.

    Le Khrouchtchev chinois et sa femme ont fait partie de tels groupes de travail.]

    Les groupes de travail dirigés par des cadres appliquant la ligne erronée empêchant les critiques de s’exprimer et qualifient les étudiants qui osent en émettre de « faux révolutionnaires », de « faux hommes de gauche » et exerçant contre eux toutes sortes de pressions et de sévices.

    C’est une période de terreur blanche.

    De cette façon, un très grand nombre d’étudiants sont attaqués dans certains instituts, tous les étudiants-chefs de classes baptisés pour les besoins de la cause « responsables engagés dans la voie capitaliste ».

    A ce moment-là la Révolution Culturelle a couru le danger d’être arrêtée.

    C’est alors que, le président Mao étant rentré à Pékin, le Comité central du Parti fut convoqué. Le président Mao afficha son célèbre dazibao « Feu sur le quartier général de la bourgeoisie ! » Quelques jours plus tard, c’était la publication de la Résolution en 16 points.

    C’est dans cette période de lutte aiguë entre les deux lignes que sont nés les Gardes rouges.

    Nous ne reviendrons pas ici sur le rôle énorme qu’ils ont joué dans bien des domaines : lutte contre les responsables engagés dans la voie capitaliste — lutte contre les anciennes coutumes — fouilles chez les ennemis de classe et découverte de quantités importantes d’armes, de munitions, d’or et… de titres de propriété soigneusement camouflés et conservés.

    Peu de temps après la publication de la Résolution en 16 points, les Gardes rouges de Pékin sont partis à travers tout le pays faire connaître leur expérience et allumer les flammes de la Révolution Culturelle.

    C’est ainsi qu’ils ont accompli des milliers de kilomètres à pied à travers tout le pays, se mêlant aux masses, amenant les nouvelles de la Révolution Culturelle, dont certains responsables avaient empêché la diffusion en bloquant le « Renmin Ribao » et en empêchant la retransmission par les radios locales des nouvelles centrales.

    La Révolte avait bien entendu commencé à Shanghai bien avant l’arrivée des Gardes rouges de Pékin. Mais ces derniers ont cependant joué un rôle important dans la mobilisation des masses.

    Quand ce ne serait qu’à cause de la manière dont ils furent reçus par le maire de Shanghai, Cao Di Qiu.

    En effet, en arrivant dans la ville, ils avaient demandé une entrevue à ce haut fonctionnaire pour lui poser quelques questions sur ses positions et son comportement.

    Au lieu de leur répondre calmement, ce cadre, maintenant destitué pour avoir suivi la voie capitaliste, fit appel aux masses ouvrières de la ville :

    « Des intellectuels contre-révolutionnaires veulent attaquer la municipalité de Shanghai, venez défendre le Parti. »

    Beaucoup d’ouvriers trompés vinrent effectivement manifester contre les Gardes rouges, pensant qu’ils défendaient la Révolution et le socialisme.

    Mais les éléments les plus avancés parmi eux se posèrent alors une question : « Depuis quand un responsable du Parti a-t-il peur de répondre aux questions des masses ? C’est contraire à la pensée du président Mao ».

    Et ils commencèrent à discuter avec les étudiants. Le maire de Shanghai adressa alors une protestation à Pékin contre l’action des Gardes rouges.

    Le Renmin Ribao riposta par un éditorial dirigé « contre ceux qui dressent les ouvriers contre les étudiants révolutionnaires ».

    Cependant, malgré l’opposition du maire de la ville, les discussions entre ouvriers et étudiants allaient bon train.

    Des réunions de « confrontation de points de vue eurent lieu dans les usines ».

    Les Gardes rouges aidèrent les ouvriers à écrire leurs dazibao et c’est ainsi, par des discussions et un travail en commun, qu’ouvriers et Gardes rouges se sont retrouvés au coude à coude dans la lutte contre les responsables engagés dans la voie capitaliste.

    Les mois de septembre et octobre furent donc des mois de mobilisation idéologique. Au début de novembre, les ouvriers groupés dans un certain nombre d’organisations de rebelles formèrent le quartier général de la Révolte révolutionnaire.

    Les rebelles allèrent trouver le maire de Shanghai, Cao Di Qiu, pour lui poser un certain nombre de questions.

    Ils furent reçus par des injures et des menaces : « Qui êtes-vous ? des déchets de la société. Jamais, jamais, nous n’admettrons votre prétendue organisation de masse. ».

    Et immédiatement il donna aux directeurs d’usines l’ordre de faire des enquêtes sur les révolutionnaires.

    Les rebelles, devant cette situation critique, décidèrent d’aller à Pékin et d’en référer au Comité central. Un certain nombre d’entre eux prirent donc le train.

    Le maire et le premier secrétaire du Parti contre-attaquèrent en faisant bloquer le train à quelques dizaines de kilomètres de Shanghai, à Anjing. C’est ce qu’on désigne à Shanghai sous le nom d’incident d’Anjing (9 novembre 1966).

    Le train fut ainsi arrêté pendant deux jours et deux nuits. Les rebelles n’avaient rien à manger, rien à boire.

    Ils décidèrent d’envoyer des lettres et des télégrammes à Pékin.

    Tout fut arrêté.

    Alors, les responsables engagés dans la voie capitaliste de Shanghai amenèrent à Anjing des membres des familles des ouvriers pour qu’ils fassent pression sur les révoltés.

    Ils amenèrent aussi du pain, disant aux rebelles : « Si vous voulez manger, rentrez ! ».

    Ils se heurtèrent évidemment à un ferme refus, les ouvriers déclarant : « S’il le faut, nous irons à pied à Pékin ». Leurs rangs s’étaient d’ailleurs renforcés d’un bon nombre de membres de leurs familles.

    Chen Pi-xian et Cao Di-qiu envoyèrent alors de fausses nouvelles au Comité central : « Le désordre règne partout, les glaives sortent …, les incidents contre-révolutionnaires se multiplient ».

    Et en même temps, les services de la sécurité recevaient l’ordre de ramasser tous les papiers des révoltés, de les arrêter et d’en fusiller quelques-uns.

    Mais à ce moment-là, le Comité central et le président Mao envoyèrent à Anjing un des responsables du groupe de la Révolution Culturelle, Zhang Xun-qiao — vice-secrétaire du Comité du Parti de Shanghai et vice-président du groupe chargé de la Révolution Culturelle du Comité central à Pékin —, qui déclara que le Comité central soutenait les rebelles.

    Un accord en 5 points fut signé.

    Une délégation continua le voyage vers Pékin, tandis que les autres ouvriers rentraient à Pékin.

    Les rangs de la rébellion se renforcèrent rapidement et atteignirent bientôt une centaine de milliers.

    Chen Pi-xian et Cao Di-qiu réagirent en organisant une pseudo-organisation de rebelles, le « corps de protection rouge », qui lors de sa fondation comptait 800.000 membres, alors que les rebelles ne comptaient à ce moment-là que 400.000 membres.

    L’écrasante majorité des membres du corps de protection rouge était trompée par ces mauvais dirigeants. Pourquoi un tel nombre de personnes purent-elles être abusées ?

    L’explication, on peut la trouver dans l’obéissance servile, prônée par le livre noir « Le perfectionnement de soi-même ».

    Ce livre a été le livre d’étude en Chine pendant les années qui ont précédé la Révolution Culturelle.

    Faut-il en effet rappeler que si les œuvres du président Mao, entre 1962 et 1966, ont été tirées à 4.419.000 exemplaires, les œuvres du Khrouchtchev chinois l’ont été à 18.400.000.

    Ce n’est donc pas un hasard si les thèses les plus pernicieuses de cet ouvrage ont amené beaucoup de militants honnêtes à penser que la seule attitude correcte envers les cadres du Parti, c’est l’obéissance servile, que critiquer, écrire des dazibao ce n’est pas respecter la discipline et que c’est mal.

    Aussi, lorsque le premier secrétaire du Parti de Shanghai appela à la constitution de cette pseudo-organisation, fut-il « obéi ».

    Les véritables organisations de rebelles révolutionnaires comprirent qu’il leur fallait non pas s’opposer par la force et la violence à ces travailleurs trompés, mais utiliser la persuasion, éduquer les masses, démasquer les responsables engagés dans la voie capitaliste.

    Cette lutte idéologique dura pendant tous les mois de novembre et de décembre et fut marquée par un nouvel incident : l’incident du « Jiefang Ribao » (Quotidien « Libération »).

    Dès octobre, les Gardes rouges avaient commencé à publier un petit journal dont le but était de combattre les positions erronées du maire et du premier secrétaire, et de dénoncer les positions révisionnistes du « Jiefang Ribao ».

    Ils demandèrent au maire que leur feuille fût distribuée en même temps que le « Jiefang Ribao », pour que les lecteurs « puissent se faire une opinion ».

    Le maire accepta, mais donna l’ordre aux services postaux de ne pas distribuer cette feuille des Gardes rouges.

    Ces derniers, indignés par de telles méthodes, décidèrent d’occuper le siège du « Jiefang Ribao ».

    « Il n’y avait pas de raison pour que le journal dirigé par les responsables engagés dans la voie capitaliste paraisse et empoisonne les masses, si la feuille révolutionnaire ne pouvait paraître elle aussi« .

    Les Gardes rouges restèrent neuf jours et neuf nuits dans les locaux du « Jiefang Ribao » malgré la faim, malgré les violences, mais avec le soutien des ouvriers rebelles.

    Cet incident mit Shanghai en ébullition, tout le monde en parla, tout le monde en discuta.

    Et finalement, la municipalité dut capituler et autoriser la distribution simultanée des deux journaux.

    Peu après, les rebelles prenaient le pouvoir à l’intérieur du « Jiefang Ribao » et la ligne politique du journal se trouva radicalement transformée. Il n’y avait plus besoin de distribuer la feuille de combat des Gardes rouges !

    Mais bientôt, les rebelles allaient devoir faire face à une nouvelle offensive des responsables engagés dans la voie capitaliste, offensive encore plus dangereuse que les précédentes.

    Ce fut ce qu’on appelle en Chine l’économisme.

    Les directeurs d’usine, les responsables de services publics engagés dans la voie capitaliste octroyèrent aux ouvriers des allocations, payèrent de soi-disant arriérés de salaires, distribuèrent des frais de déplacement pour que les ouvriers aillent à Pékin échanger leurs expériences dans la Révolution Culturelle.

    C’est ainsi que dans l’usine de roulement à billes de précision de Shanghai, on distribua 200 yuans de frais de déplacement à chaque apprenti désirant aller à Pékin, alors que le salaire mensuel d’un apprenti est d’environ 35 yuans.

    Du 3 au 8 janvier, la succursale de la Banque Populaire de Shanghai a ainsi payé 35 millions de yans (l’équivalent de 1,5 millions de quintaux de céréales).

    Le but de cette nouvelle manœuvre était clair : il s’agissait de désorganiser complètement la production, d’arrêter, à Shanghai, l’usine électrique et l’eau, de bloquer le port, de couper toutes les communications.

    En même temps, la distribution massive de fonds devait, dans leur esprit, provoquer une ruée dans les magasins et épuiser les réserves.

    Tout cela devait, dans l’esprit des responsables engagés dans la voie capitaliste, provoquer une désorganisation complète de l’économie, le mécontentement des masses et l’échec de la Révolution Culturelle.

    C’était réellement un plan diabolique.

    Certains ouvriers ne comprirent pas immédiatement ce qui se passait, acceptèrent l’argent et partirent ; mais les plus consciencieux sentirent immédiatement le danger.

    Aidés par les étudiants, ils travaillèrent vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour assurer la production, faisant en plus de leur le travail de ceux qui étaient partis, et réussirent finalement à déjouer le complot.

    En même temps, les organisations de rebelles révolutionnaires prenaient la situation en mains.

    Le 4 janvier, ils publiaient un « message à la population de Shanghai » appelant les ouvriers à appliquer la ligne directrice définie par le président Mao « Faire la révolution et promouvoir la production ».

    « Nous, ouvriers de la révolte révolutionnaire, nous devons devenir exemplaires dans l’exécution de cette ligne directrice.

    Nous devons nous tenir à l’avant-garde et nous faire l’ossature non seulement dans la révolution, mais aussi dans la production. »

    Et aux ouvriers trompés qui avaient quitté leur poste, il était dit :

    « Nous espérons que vous suivrez les enseignements du président Mao, que vous ouvrirez les yeux sur cet important problème de principe: distinguer le juste de l’injuste, que vous ne vous laisserez plus duper, que vous prendrez rapidement conscience de la situation et que vous rejoindrez votre poste de production, bref, que vous reviendrez à la ligne révolutionnaire prolétarienne.

    Nous, camarades de la révolte révolutionnaire, nous accueillerons chaleureusement votre retour pour faire en commun la révolution, mener à bien conjointement la production.

    Nous ne vous blâmerons pas, car nous sommes tous des frères de classe ; dans votre écrasante majorité vous êtes des victimes de la ligne réactionnaire bourgeoise, des masses révolutionnaires dupées par ceux qui, détenant des postes de direction, s’engagent, bien que du Parti, dans la voie du capitalisme et ceux qui s’accrochent obstinément à la ligne réactionnaire bourgeoise ».

    Le 8 janvier, les ouvriers rebelles mettaient sur pied un « commandement du premier front », qui mobilisait les ouvriers et les envoyait travailler là où les besoins étaient les plus urgents : dans les trains, sur les quais…

    Il s’agissait avant tout d’assurer du charbon en quantité suffisante pour l’usine thermo-électrique.

    Certains ouvriers restèrent six jours et six nuits sur la brèche.

    Le lendemain 9 janvier, les ouvriers publièrent un « avis urgent », qui gelait les fonds publics et annulait les augmentations de salaires accordées ; les problèmes de salaires seraient examinés ultérieurement, toutes les forces devaient être concentrées pour réaliser et dépasser le plan de 1967.

    La classe ouvrière de Shanghai, les paysans de banlieue répondirent à cet appel et le com-plot de l’économisme fut déjoué.

    Deux jours plus tard, le 11 janvier, le Comité central du Parti communiste chinois, le conseil des affaires d’État, la Commission militaire et le groupe chargé de la Révolution Culturelle félicitaient les rebelles révolutionnaires pour leur action.

    Cette action était en fait la première prise du pouvoir par les rebelles révolutionnaires. Prise du pouvoir qui aboutissait, les faits le prouvent, à une consolidation de la dictature du prolétariat.

    Les ouvriers trompés rejoignirent les organisations de rebelles qui, dans le courant de janvier, comptaient près de deux millions de membres.

    Cette prise du pouvoir effective fut consolidée quelques semaines plus tard, le 5 février, lorsque fut constitué le Comité Révolutionnaire de Shanghai, dirigé par Zhang Xun-qiao (vice-secrétaire du Comité du Parti de Shanghai et vice-président du groupe chargé de la Révolution Culturelle du Comité central à Pékin) et par Yao Wen-yuan, l’auteur du fameux article qui avait ouvert la phase de préparation idéologique de la Révolution Culturelle.

    Lorsque nos amis chinois font le bilan de l’expérience de Shanghai, ils mettent l’accent sur plusieurs points :

    Si la prise du pouvoir a pu être effectuée relativement rapidement, c’est parce qu’à Shanghai les organisations de rebelles révolutionnaires ont su placer la lutte sur le terrain où elle devait l’être : sur le plan idéologique.

    Le comportement des responsables engagés dans la voie capitaliste a fait l’objet d’une dénonciation et d’une critique systématiques.

    Les affiches en gros caractères, les tracts, les papillons, les meetings ont éclairé les masses trompées, qui ont ainsi été gagnées aux organisations rebelles.

    Dans cette lutte, les moyens les plus modernes ont été utilisés : c’est ainsi que certains meetings de critique de Chen Pi-xian et Cao Ji-qiu ont été télévisés et qu’un véritable dialogue s’est établi entre ces deux responsables et les téléspectateurs qui pouvaient à la fois suivre les discussions et intervenir, par téléphone, dans le meeting.

    « Tout le monde maintenant sait que ces deux individus sont des bandits. Ils ont perdu tout prestige ».

    Les masses ayant bien compris la véritable nature de ces cadres engagés dans la voie capitaliste, ces derniers n’ont pas pu, en levant le drapeau rouge pour s’opposer au drapeau rouge, continuer à tromper les travailleurs ; en conséquence, les luttes violentes ont été limitées.

    Mais pourquoi, demanderont certains, avoir attendu aussi longtemps pour destituer Chen Pi-xian et Cao Di-qiu ?

    N’était-il pas possible de le faire plus rapidement ?

    Il fallait attendre, répondent nos camarades, que les choses soient claires pour les masses, et non pas seulement pour un petit nombre d’éléments avancés.

    Il fallait laisser le temps à la prise de conscience de se faire.

    Sans prise de conscience, pas de prise du pouvoir, ou une prise du pouvoir fragile : un individu du type de Chen Pi-xian aurait pu surgir à nouveau.

    Ainsi donc, il fallait du temps parce que :

    a) la fixation d’une ligne juste demande un certain temps,

    b) il fallait que les masses tirent la leçon des erreurs passées pour éviter que des faits similaires ne puissent se reproduire,

    c) il fallait savoir attendre pour que les cadres qui avaient commis des erreurs aient le temps de les comprendre et de se corriger.

    Ainsi donc, la lutte idéologique, la critique sont les conditions essentielles d’une bonne prise du pouvoir. Ce sont aussi des garanties pour l’avenir.

    Pour prendre le pouvoir, il faut tout d’abord que la grande alliance soit réalisée.

    A Shanghai, il y a eu cinq prises du pouvoir, mais les quatre premières ont échoué parce que la grande alliance n’était pas réalisée.

    Prendre le pouvoir ce n’est pas prendre les sceaux du pouvoir. C’est être reconnu par les masses.

    Si l’on est coupé des masses, ou si l’on ne représente qu’une partie des masses, pas de prise de pouvoir possible ! Il faut donc que les très nombreuses organisations de rebelles révolutionnaires nées dans la lutte sachent surmonter leurs divergences (contradictions au sein du peuple).

    C’est là un point très important.

    Car dans cette alliance, on peut arriver à pousser des amis dans les rangs des ennemis.

    Si, parfois, il y a eu lutte violente, c’est parce qu’il y avait désunion dans les rangs des rebelles révolutionnaires et que les « conservateurs » ont su l’exploiter, l’attiser.

    La grande alliance réalisée, il faut aussi ce qu’on appelle en Chine la triple union : union des masses, des cadres révolutionnaires et de l’armée, qui tous doivent être adéquatement représentés dans le nouvel organe du pouvoir, le « Comité Révolutionnaire ».

    À Shanghai, le Comité Révolutionnaire comprend 16 membres, dont :

    8 cadres révolutionnaires, parmi lesquels Zhang Xun-qiao, vice-secrétaire du Comité du Parti de Shanghai, et Yao Wen-yuan.

    4 représentants de l’armée, organe essentiel de la dictature du prolétariat

    4 représentants des organisations de rebelles révolutionnaires.

    De plus, la triple union doit répondre à un autre impératif : il faut qu’il y ait « union » à l’intérieur du Comité entre les différentes générations ; que jeunes et moins jeunes se retrouvent dans une proportion convenable à l’intérieur du nouvel organe du pouvoir.

    C’est là un point très important.

    Il faut tout au long de la lutte savoir s’appuyer sur la pensée du président Mao ; il faut savoir étudier et appliquer ses œuvres.

    Tout au long de la Révolution Culturelle, des textes comme « les trois textes les plus lus » : « Servir le Peuple » — « À la mémoire de Norman Bethune » — « Comment Yukong déplaça les montagnes » — « De la juste solution des contradictions au sein du peuple » ont servi de référence constante aux révolutionnaires : « il faut aussi prendre le pouvoir dans sa propre tête ».

    C’est parce que les révolutionnaires de Chan-ghaï ont bien su appliquer la pensée du président Mao qu’ils ont mené correctement et à fond la campagne de répudiation et de critique.

    C’est aussi parce qu’ils ont su appliquer correctement la directive du président Mao correspondant à chaque phase de la Révolution Culturelle (« Faire la révolution et promouvoir la production » par exemple, lors de la phase de la lutte contre l’économisme).

    La prise du pouvoir n’a pas marqué la fin de la Révolution Culturelle.

    Le mouvement de critique et de répudiation a dû être mené dans chaque usine, dans chaque bureau, dans chaque école ou université.

    Cela prend du temps. Dans chaque organisme, usine par usine, il a fallu réaliser la grande alliance et la triple union. Cela ne s’est pas fait sans difficulté.

    UN EXEMPLE : L’ACIÉRIE N° 3 DE CHANGHAI, qui groupe 14.000 travailleurs.

    Dans cette usine, comme dans l’ensemble de la municipalité, les rebelles ont pris le pouvoir dans l’usine et formé un organe provisoire du pouvoir le Quartier général, composé des responsables des organisations de rebelles et de cadres révolutionnaires.

    Son but d’abord veiller au bon déroulement de la campagne de critique, au bon déroulement de la Révolution Culturelle, organiser la production et, d’autre part, préparer la grande alliance de façon à constituer le nouvel et définitif organe du pouvoir, le Comité Révolutionnaire de l’usine.

    Lors de cette prise du pouvoir, les ouvriers de l’usine se trouvaient participer à cinquante-sept organisations de rebelles.

    Certaines de ces organisations avaient soutenu l’économisme, d’autres faisaient du corporatisme : aussi furent-elles rapidement désertées par les ouvriers au fur et à mesure que le travail idéologique portait ses fruits : quelques mois plus tard, en mai, dix organisations véritablement révolutionnaires, ayant toutes la même orientation générale, demeuraient.

    II fallait réaliser la grande alliance.

    Mais à ce moment-là, « nous ne comprenions pas très bien — nous ont dit les ouvriers de l’usine — l’importance et le but de la grande alliance et nous avons commis beaucoup d’erreurs.

    Des réunions de représentants des dix organisations ont été organisées.

    Chaque organisation a envoyé ceux de ses membres qui savaient le mieux parler — des orateurs —, qui ont pris en considération l’intérêt de leur seule organisation, vanté ses mérites et ses bonnes actions et critiqué de façon acerbe les défauts des autres.

    De cette façon, une dizaine de réunions se sont succédé, sans résultat.

    Les réunions étaient parfois fort mouvementées. Une fois on a même renversé les tables.

    C’est à ce moment-là qu’une équipe de propagande de l’Armée Populaire de Libération est arrivée dans l’aciérie.

    Cette équipe, après quelques jours d’enquête, avait fait une analyse de la situation et des causes de l’échec de la grande alliance.

    Les soldats nous ont dit : « Asseyez-vous. Étudions ensemble la pensée du président Mao. Il vous faut mieux comprendre ce qu’est la grande alliance ».

    Tous les responsables des organisations de masse ont commencé à étudier les œuvres du président Mao et à comparer ses enseignements avec leur travail.

    Ainsi, les trois textes les plus lus, les textes sur la contradiction, sur les conceptions erronées dans le Parti ont fait l’objet d’une étude vivante.

    Alors nous sommes arrivés à la conclusion que nos contradictions étaient indubitablement des contradictions au sein du peuple et qu’en conséquence il nous fallait « persuader » et non « écraser ».

    L’esprit de coterie, l’anarchisme, le particularisme nous empêchaient de progresser.

    Petit à petit, nous avons compris les avantages de la grande alliance — « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » disait le Manifeste de Marx et d’Engels, c’était valable pour nous aussi.

    En conséquence, au mois de juin 1967, nous avons repris les discussions entre organisations.

    Le ton était bien différent cette fois.

    Les responsables de chaque organisation ont parlé de leurs propres erreurs, et non plus des erreurs des autres.

    Les responsables des organisations les plus nombreuses sont allés voir ceux des plus petites.

    Et chacun a fait son autocritique.

    C’est ainsi que le 1er juillet nous avons fait la grande alliance.

    Il n’y avait plus qu’une seule organisation de masse.

    Nous avons réalisé que la pensée du président Mao était la base de notre union et la grande alliance a été suivie d’un essor dans l’étude des œuvres du président Mao.

    Le niveau politique s’élevant, il y a eu parallèlement essor du mouvement de « grande critique » (critique du Khrouchtchev chinois).

    La critique est mené en étroite liaison avec la situation concrète de l’usine et même de chaque atelier.

    Sur la base de la grande alliance, nous avons progressé vers latriple union. Il nous a fallu résoudre les divergences qui existaient entre nous sur le rôle de tel ou tel cadre.

    Là encore, l’APL nous a aidés et nous a fait mieux comprendre « qu’on ne saisit pas le pouvoir en soi, pour soi, mais pour la classe ouvrière ».

    Finalement, après beaucoup de discussions, il a été décidé de nommer l’ancien directeur de l’usine président du Comité Révolutionnaire.

    Il avait certes commis des erreurs relativement sérieuses, mais son autocritique avait été jugée satisfaisante par les masses et son attitude était bonne.

    Le Comité Révolutionnaire fut établi le 24 septembre. »

    L’histoire de cette usine, des contradictions entre organisations rebelles révolutionnaires, du rôle exemplaire de l’Armée Populaire de Libération qui « fait asseoir et étudier ensemble » les militants séparés par des contradictions, est exemplaire.

    Elle reflète bien le déroulement de la Révolution Culturelle dans les usines.

    Avec cependant une particularité : c’est que la grande alliance y a été réalisée dès juillet, alors qu’en fait, dans beaucoup d’endroits, cela n’a été fait qu’en septembre-octobre, après la diffusion du mot d’ordre du président Mao :

    « Il n’existe pas de conflit d’intérêts fondamentaux au sein de la classe ouvrière.

    Surtout sous la dictature du prolétariat, il n’y a aucune raison pour la classe ouvrière de se diviser en organisations appartenant à deux grandes fractions antagonistes. »

    C’est ainsi que fin septembre, à Shanghai comme dans beaucoup d’autres villes de Chine, régnait une atmosphère de fête extraordinaire.

    Chaque usine, chaque magasin, chaque administration, chaque restaurant qui avait réalisé la grande alliance, envoyait une délégation au Comité Révolutionnaire de la municipalité.

    Ici, c’était des camions chargés de travailleurs qui se succédaient, là c’était une dizaine de travailleurs à pied ; les drapeaux rouges succédaient aux drapeaux rouges, le battement des gongs, les pétards créaient une atmosphère de liesse extraordinaire.

    On peut voir que la Grande Alliance est un processus long et complexe dans lequel on a pris le temps de convaincre, dans lequel on a évité toutes formes autoritaires et bureaucratiques.

    Est-ce à dire que la Révolution Culturelle soit terminée à Shanghai ? Évidemment non.

    Un pas important, décisif a été fait. Mais il faut mener à fond la campagne de critique et de répudiation du Khrouchtchev chinois. Il faut « lutter contre l’égoïsme et critiquer le révisionnisme ».

    Il faut prendre le pouvoir dans la tête de chacun. Cette phase n’est-elle pas aussi importante que les précédentes ?

    Certainement si.

    Car de son bon déroulement dépend en fin de compte la victoire de la Révolution Culturelle.

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    sur la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne

  • Résumé de la dialectique des sections du Livre premier du Capital de Marx

    On peut résumer comme suit le parcours dialectique des sections.

    Dans la première section, Karl Marx prend l’objet et dit qu’il a une valeur d’usage et une valeur d’échange.

    Cet échange se fait sur le marché, contre de l’argent.

    Dans la deuxième section, il dit que l’argent a deux aspects : il peut être argent, il peut être capital. L’argent permet de se procurer la marchandise, mais le capital veut lui récupérer davantage d’argent à partir de l’argent.

    Dans la troisième section, Karl Marx dit que le capital a deux aspects : capital constant et capital variable.

    Il y a une part pour les machines et les matières premières, une part pour payer les travailleurs qu’on a engagés.

    Tout cela a abouti à dire qu’il y a la plus-value, consistant en le résultat de ce qu’on a arraché aux travailleurs comme force de travail non rémunéré.

    Dans la quatrième section, Karl Marx affirme que la plus-value a elle-même deux aspects.

    Il distingue la plus-value absolue et la plus-value relative. Il y a le surtravail avec les heures non payées, mais également la pressurisation de la force de travail pour augmenter sa productivité.

    Dans la cinquième section, Karl Marx aboutit à la contradiction entre la plus-value et la force de travail.

    Dans la sixième section, il explique la contradiction entre la plus-value et la force de travail donne le salaire.

    Cela implique une contradiction au sein du travailleur, qui appartient à une société capitaliste à qui il vend sa force de travail, et en même temps ne lui appartient pas.

    Dans la septième section, Karl Marx montre que la contradiction entre le travailleur et sa force de travail produit l’accumulation du capital.

    La contradiction entre l’accumulation du capital et l’accumulation de prolétaires produit elle-même l’armée industrielle de réserve, ce qui est « la loi générale de l’accumulation capitaliste ».

    Dans la huitième section, Karl Marx raconte comment le travailleur est disponible en raison d’une expropriation ; la négation de la négation implique l’expropriation des capitalistes.

    La substance du Livre premier est de dire que le travailleur est séparé de la production et donc de la société, tout en fournissant sa force de travail et étant membre de cette société.

    Cette séparation consiste en une contradiction permettant au capital de trouver un moteur de croissance : la mobilisation forcée des travailleurs, aspect qualitatif associé à l’aspect quantitatif des machines et des matières premières.

    La contradiction entre l’élévation technique et la mobilisation des travailleurs provoque des flux et des reflux pour une partie des travailleurs, qui se voit marginalisée comme armée industrielle de réserve dans une situation de pauvreté.

    Ces flux et ces reflux sont obligés de prendre toujours plus d’ampleur en raison de l’ampleur des modernisations techniques.

    Le prolétariat, exploité, connaît une partie de lui toujours plus grande qui bascule dans une exclusion générale de la société.

    N’étant plus rien, ils doivent être tout et œuvrent à l’expropriation de ceux qui ont exproprié afin de devenir les propriétaires privés des moyens de production.

    N’étant plus rien, ils doivent être tout et œuvrer à l’expropriation de ceux qui les ont expropriés dans le but de devenir les propriétaires privés des moyens de production.

    C’est l’exigence de la socialisation des moyens de production.

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    plan dialectique du Capital : le Livre premier

  • L’armée industriellede réserve comme nexus

    Le Livre premier du Capital aboutit à la notion d’armée industrielle de réserve, qui doit être considérée comme le nexus du mode de production capitaliste.

    Par nexus, nous voulons dire le point où les contraires se transforment l’un en l’autre ; c’est le moment le plus intense de la contradiction.

    Karl Marx parle ainsi de cela comme de la « loi générale de l’accumulation capitaliste ».

    Maintenant, nous faisons face à un problème d’importance.

    Cette notion d’armée industrielle de réserve a, après Karl Marx, été considérée comme secondaire.

    La définition qui s’est imposée est celle de Karl Kautsky.

    Or, on sait que ce dernier était somme toute un évolutionniste ; il n’avait pas compris la dialectique. Il a donc interprété, de manière unilatérale, l’armée industrielle de réserve comme consistant en les chômeurs.

    On en est resté là par la suite.

    Cependant, c’est une erreur à corriger, car cela ne correspond pas du tout à l’importance qu’a accordée Karl Marx à cette notion.

    Il faut absolument établir un panorama de la situation qui caractérise cette armée industrielle de réserve.

    Pour cela, il faut se fonder sur les termes choisis par Karl Marx.

    Par « armée », on entend les troupes, qui sont à disposition et obéissent facilement.

    Par « industrielle », on veut dire que c’est la production industrielle qui est concernée.

    Par « réserve », on veut dire qu’elle n’est pas employée, bien qu’elle puisse l’être. « Armée » implique la mobilisation, « réserve » la possibilité de cette mobilisation. « Industrielle » est le nexus des deux aspects s’opposant.

    On a ici plusieurs indicateurs.

    Le lumpenproletariat, qui cherche à éviter le travail, ne semble pas tout à fait concerné, du moins pas totalement. Les chômeurs, s’ils sont déclassés, n’ont pas l’air beaucoup plus mobilisables.

    Surtout, on a du mal à voir en quoi la situation de l’armée industrielle de réserve, qui peut être utilisée ou jetée, se distingue de la notion de prolétariat en général.

    Par définition, un prolétaire dépend du bon vouloir du capitaliste pour être embauché, et il peut être licencié.

    On peut y voir plus clair en considérant les choses selon l’angle de la loi.

    Ce que Karl Marx dit, c’est que plus la production capitaliste grandit, plus le capitalisme à la fois absorbe les prolétaires et les rejette, dans un double mouvement.

    Ce mouvement contradictoire est le noyau dur de la contradiction interne du mode de production capitaliste.

    Dans les faits, cela se concrétise par le fait que le nombre des ouvriers exploités en général va en augmentant, mais qu’inversement ce même nombre diminue proportionnellement à l’échelle de la production.

    La population augmente, il y a plus d’ouvriers, mais la part des ouvriers dans la part production recule.

    Le capitalisme est de plus en plus « technique », si l’on veut.

    Ici, avec le recul, on pense tout de suite aux zones sinistrées du capitalisme en Europe et aux États-Unis, avec des régions ouvrières qui ont connu un effet de décomposition sociale.

    On pense souvent que c’est seulement les salaires à bas prix qui ont amené les usines à se délocaliser ; c’est vrai, il ne faut pas être unilatéral cependant : il y a eu un saut technique, technologique parallèlement.

    Les délocalisations de la production de jouets ou de biens textiles sont une chose, mais celles pour des produits bien plus compliqués en sont une autre, et là ont joué à plein l’électronique, l’informatique et la robotisation.

    L’armée industrielle de réserve, ce ne sont donc pas que les chômeurs, si on suit ce schéma.

    On aboutit alors à des masses décomposées socialement, qui sont à la fois des prolétaires et n’en sont pas, car ils sont bien dans le capitalisme, mais leur place ne se lit plus du tout clairement.

    Ces masses sont bien à disposition, on peut les mobiliser, car elles ne sont pas tombées dans le lumpenproletariat.

    En même temps, elles ne peuvent pas profiter des « acquis » de l’accumulation capitaliste comme les autres travailleurs, car elles ont été mises de côté dans un processus aux contours qui restent à définir.

    Et si l’on suit le schéma dialectique du capital, c’est précisément là qu’on a la contradiction interne dans sa tension explosive.

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    plan dialectique du Capital : le Livre premier

  • La huitième section du Livre premier du Capital (l’accumulation primitive)

    La huitième section du Capital est divisée comme suit :

    XXVI. Le secret de l’accumulation primitive

    XXVII. L’expropriation de la population campagnarde

    XXVIII. La législation sanguinaire contre les expropriés à partir de la fin du XV° siècle. – Lois sur les salaires.

    XXXIX. Genèse des fermiers capitalistes

    XXX. Contrecoup de la révolution agricole sur l’industrie. Établissement du marché intérieur pour le capital industriel.

    XXXI. Genèse du capitaliste industriel

    XXXII. Tendance historique de l’accumulation capitaliste.

    XXIII. La théorie moderne de la colonisation

    Pour le matérialisme dialectique, il n’y a jamais de création ; la notion de création exige, en effet, qu’une chose naisse de rien, qu’elle apparaisse ex nihilo, à partir du néant.

    Le principe opposé à celui de création est celui de production : chaque chose est produite par une autre, avec des sauts qualitatifs.

    Karl Marx conclut le premier Livre du Capital en aboutissant à cette question de l’origine du capitalisme.

    Il a remonté depuis l’objet-marchandise jusqu’au capitalisme, il est parvenu du particulier au tout.

    Mais ce tout est un particulier, qui lui-même doit avoir une source.

    Tout comme un marteau a été produit historiquement, le capitalisme est un produit historique.

    Et on sait que chez Karl Marx, il y a la notion de mode de production : communisme primitif, esclavagisme, féodalisme, capitalisme, socialisme, Communisme.

    Si on veut rendre les choses plus complexes, on peut formuler cela ainsi : Karl Marx est parti du fini pour aller à l’infini, mais l’infini est lui-même fini.

    Il faut trouver ce fini pour retourner… à l’infini.

    La difficulté qu’a Karl Marx, bien sûr, c’est qu’une fois qu’on a trouvé une contradiction, il est difficile d’en sortir pour relancer le processus.

    On a des travailleurs isolés face au capital parce qu’on a le capitalisme, on a le capitalisme parce qu’on a des travailleurs isolés face au capital.

    Comment se sortir de là ?

    Tout simplement, en partant de la dernière contradiction trouvée.

    On a vu que l’accumulation du capital était produite par la séparation du travailleur et de sa force de travail.

    Pour arriver à la « préhistoire » du capitalisme, il faut donc trouver la genèse de cette séparation.

    Ce que Karl Marx présente ainsi :

    « Au fond du système capitaliste, il y a donc la séparation radicale du producteur d’avec les moyens de production.

    Cette séparation se reproduit sur une échelle progressive dès que le système capitaliste s’est une fois établi; mais comme celle-là forme la base de celui-ci, il ne saurait s’établir sans elle.

    Pour qu’il vienne au monde, il faut donc que, partiellement au moins, les moyens de production aient déjà été arrachés sans phrase aux producteurs, qui les employaient à réaliser leur propre travail, et qu’ils se trouvent déjà détenus par des producteurs marchands, qui eux les emploient à spéculer sur le travail d’autrui.

    Le mouvement historique qui fait divorcer le travail d’avec ses conditions extérieures, voilà donc le fin mot de l’accumulation appelée « primitive » parce qu’elle appartient à l’âge préhistorique du monde bourgeois. »

    Quel est l’aspect principal de cette séparation ?

    C’est l’expropriation des masses dans les campagnes.

    Karl Marx étudie donc le phénomène.

    Il regarde ensuite comment les expropriés ont été traités : on s’en doute, extrêmement mal.

    Il faut alors se tourner vers le contraire du phénomène et Karl Marx nous parle de la genèse du fermier capitaliste.

    Celui-ci s’immisce dans les interstices de la grande propriété foncière issue de l’expropriation des terres.

    Comme l’industrie domestique s’effondre également avec les expropriations, il y a un espace pour le capital devenant industriel, avec évidemment à l’arrière-plan le capital usuraire et le capital commercial.

    Les prêteurs et les marchands entrent ainsi en scène en ayant transformé leur approche historique.

    Comme en plus, on a un contexte colonial, avec l’Afrique, l’Amérique, mais également l’Asie, on a toute une accumulation de capital qui se met en place.

    Cette accumulation du capital, qui se fonde sur une expropriation, est appelée à être expropriée, dialectiquement.

    Karl Marx nous présente comme suit la négation de la négation :

    « L’expropriation des producteurs immédiats s’exécute avec un vandalisme impitoyable qu’aiguillonnent les mobiles les plus infâmes, les passions les plus sordides et les plus haïssables dans leur petitesse.

    La propriété privée, fondée sur le travail personnel, cette propriété qui soude pour ainsi dire le travailleur isolé et autonome aux conditions extérieures du travail, va être supplantée par la propriété privée capitaliste, fondée sur l’exploitation du travail d’autrui, sur le salariat.

    Dès que ce procès de transformation a décomposé suffisamment et de fond en comble la vieille société, que les producteurs sont changés en prolétaires, et leurs conditions de travail, en capital, qu’enfin le régime capitaliste se soutient par la seule force économique des choses, alors la socialisation ultérieure du travail, ainsi que la métamorphose progressive du sol et des autres moyens de production en instruments socialement exploités, communs, en un mot, l’élimination ultérieure des propriétés privées, va revêtir une nouvelle forme.

    Ce qui est maintenant à exproprier, ce n’est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste, le chef d’une armée ou d’une escouade de salariés.

    Cette expropriation s’accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux.

    Corrélativement à cette centralisation, à l’expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se développent sur une échelle toujours croissante l’application de la science à la technique, l’exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l’outil en instruments puissants seulement par l’usage commun, partant l’économie des moyens de production, l’entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel, d’où le caractère international imprimé au régime capitaliste.

    A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d’évolution sociale, s’accroissent la misère, l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste.

    Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste.

    Cette enveloppe se brise en éclats.

    L’heure de la propriété capitaliste a sonné.

    Les expropriateurs sont à leur tour expropriés.

    L’appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la première négation de cette propriété privée qui n’est que le corollaire du travail indépendant et individuel.

    Mais la production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature.

    C’est la négation de la négation.

    Elle rétablit non la propriété privée, mais la propriété individuelle, fondée sur les acquêts [=tout ce qui a été acheté par un couple, ici le couple capitaliste-travailleur] de l’ère capitaliste, sur la coopération et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol.

    Pour transformer la propriété privée et morcelée, objet du travail individuel, en propriété capitaliste, il a naturellement fallu plus de temps, d’efforts et de peines que n’en exigera la métamorphose en propriété sociale de la propriété capitaliste, qui de fait repose déjà sur un mode de production collectif.

    Là, il s’agissait de l’expropriation de la masse par quelques usurpateurs; ici, il s’agit de l’expropriation de quelques usurpateurs par la masse. »

    Tel est l’appel au saut qualitatif fait par Karl Marx, après avoir exposé dialectiquement le développement du mode de production capitaliste.

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    plan dialectique du Capital : le Livre premier

  • La septième section du Livre premier du Capital (accumulation du capital)

    La septième section du Capital redevient longue ; elle est divisée comme suit :

    XXIII. Reproduction simple

    XXIV. Transformation de la plus-value en capital

    I. Reproduction sur une échelle progressive. – Comment le droit de propriété de la production marchande devient le droit d’appropriation capitaliste.

    II. Fausse interprétation de la production sur une échelle progressive.

    III. Division de la plus-value en capital et en revenu. – Théorie de l’abstinence.

    IV. Circonstances qui, indépendamment de la division proportionnelle de la plus-value en capital et en revenu, déterminent l’étendue de l’accumulation. – Degré d’exploitation de la force ouvrière. – Différence croissante entre le capital employé et le capital consommé. – Grandeur du capital avancé.

    V. Le prétendu fonds de travail (Labour fund).

    XXV. Loi générale de l’accumulation capitaliste

    I. La composition du capital restant la même, le progrès de l’accumulation tend à faire monter le taux des salaires.

    II. Changements successifs de la composition du capital dans le progrès de l’accumulation et diminution relative de cette partie du capital qui s’échange contre la force ouvrière.

    III. Production croissante d’une surpopulation relative ou d’une armée industrielle de réserve.

    IV. Formes d’existence de la surpopulation relative. Loi générale de l’accumulation capitaliste.

    V. Illustration de la loi générale de l’accumulation capitaliste

    a. L’Angleterre de 1846 à 1866.
    b. Les couches industrielles mal payées.
    c. La population nomade. ‑ Les mineurs.
    d. Effet des crises sur la partie la mieux payée de la classe ouvrière.
    e. Le prolétariat agricole anglais.
    f. Irlande.

    Ce qu’on a dans cette section découle du précédent, qui a souligné la dimension exponentielle de la croissance permise par l’utilisation du capital variable, c’est-à-dire du travailleur.

    Karl Marx constate que toute société humaine produit et, une fois qu’elle l’a fait, reproduit, car la vie continue.

    Il y a des cycles de production permettant aux êtres humains de vivre à chaque cycle.

    Il remarque ici que la consommation des travailleurs est double : consommation collective au sein de la production avec les matières premières, mais également consommation individuelle pour vivre.

    Et cette consommation individuelle renforce d’autant plus le capitalisme.

    « Au point de vue social, la classe ouvrière est donc, comme tout autre instrument de travail, une appartenance du capital, dont le procès de reproduction implique dans certaines limites même la consommation individuelle des travailleurs.

    En retirant sans cesse au travail son produit et le portant au pôle opposé, le capital, ce procès empêche ses instruments conscients de lui échapper.

    La consommation individuelle, qui les soutient et les reproduit, détruit en même temps leurs subsistances, et les force ainsi à reparaître constamment sur le marché.

    Une chaîne retenait l’esclave romain; ce sont des fils invisibles qui rivent le salarié à son propriétaire.

    Seulement ce propriétaire, ce n’est pas le capitaliste individuel, mais la classe capitaliste (…).

    Le procès de production capitaliste considéré dans sa continuité, ou comme reproduction, ne produit donc pas seulement marchandise, ni seulement plus-value; il produit et éternise le rapport social entre capitaliste et salarié. »

    Cette situation renforce d’autant plus l’acquisition de surtravail par le capital, qui n’a pas comme démarche la reproduction simple, mais la reproduction élargie.

    On est ici dans une question extrêmement compliquée à saisir si on maîtrise mal la dialectique.

    L’intitulé de la section est « accumulation du capital », il faut le rappeler, et c’est précisément le titre que Rosa Luxembourg a donné à un de ses ouvrages.

    Elle y explique justement qu’il y a une faiblesse, somme toute, chez Karl Marx dans cette section et qu’en réalité, le capitalisme est obligé de conquérir des zones non capitalistes afin d’être en mesure de s’élargir.

    Rose Luxembourg n’avait précisément pas saisi le saut dialectique porté par le capitalisme dans la production ; elle raisonnait en quantité, sans voir la qualité.

    Voyons comment procède Karl Marx.

    Déjà, il déplace le curseur : il ne faut pas partir du droit de propriété de la production marchande en particulier, mais de l’appropriation capitaliste en général.

    On ne regarde plus les capitalistes comme quantité, on les prend comme ensemble, comme classe.

    Seulement voilà, quand on fait cela, on se retrouve avec une gigantesque somme d’informations.

    Bien sûr, on peut regarder les chiffres pour chaque année, mais alors on ne comprend pas réellement ce qui s’est passé comme processus.

    Or, pour le matérialisme dialectique, définir une chose au plus près, c’est comprendre son développement.

    « La reproduction annuelle est un procès très facile à saisir tant que l’on ne considère que le fonds de la production annuelle, mais tous les éléments de celle-ci doivent passer par le marché.

    Là, les mouvements des capitaux et des revenus personnels se croisent, s’entremêlent et se perdent dans un mouvement général de déplacement – la circulation de la richesse sociale – qui trouble la vue de l’observateur et offre à l’analyse des problèmes très compliqués. »

    Karl Marx fait de nombreuses constatations en passant ; il s’aperçoit que le capitaliste était abstinent initialement, afin d’accumuler du capital, mais qu’il ne l’est plus.

    Il prend en compte les progrès des sciences et des techniques dans l’amélioration de la productivité.

    Et c’est justement là où tout se joue.

    On se souvient qu’il avait opposé deux pôles dans le capital : il y a le capital constant, avec les machines et les matières premières, et le capital variable, ce dernier consistant en les salaires des travailleurs, en la force des travailleurs eux-mêmes.

    Karl Marx va alors formuler une thèse extraordinaire, bien plus facile à comprendre une fois qu’on a dépassé le premier quart du 21e siècle qu’auparavant.

    Pourquoi ?

    Parce qu’il expose en fait les phénomènes en développement, et que plus on peut constater ce développement, plus on en comprend le sens profond.

    C’est précisément là qu’il montre qu’il est notre maître, qu’il porte le premier le matérialisme dialectique, l’exposant concrètement.

    Que fait donc Karl Marx ?

    Il n’oppose pas seulement le capital variable au capital constant. Il va les opposer dans leur développement.

    C’est là que réside exactement la croissance exponentielle du capitalisme. Là est la clef qui a été recherchée si longtemps et avec tant d’efforts.

    Prenons le capital constant. Il consiste en les machines et les matières premières.

    Quel est son développement ?

    Il est double, qualitatif et quantitatif.

    Il est qualitatif, car les machines sont améliorées, remplacées par des meilleures, et il en va de même pour les matières premières.

    Il est quantitatif, parce qu’on a accès à toujours plus de machines et de matières premières.

    Et là, maintenant, voyons l’intelligence dialectique de Karl Marx.

    Qu’est-ce que le capital variable ?

    Ce sont les salaires pour payer les travailleurs pour leur force de travail.

    On devrait alors avoir : quel est le développement de la force de travail ?

    Mais Karl Marx, maîtrisant le matérialisme dialectique, sait qu’il n’y a pas que la force de travail de chaque travailleur qui est intégrée au capital : les travailleurs tout entiers le sont.

    Voilà pourquoi il faut voir les choses en termes de classe.

    La vraie question est donc : quel est le développement des travailleurs ?

    La réponse de Karl Marx est alors : il équivaut au développement du capital constant.

    Cela semble absurde, puisque les machines et les matières premières sont un domaine séparé des travailleurs.

    En réalité, ce sont les deux faces de la même pièce. Et cette pièce est le capital.

    La croissance exponentielle du capital tient en la contradiction entre le développement du capital constant et celui du capital variable, développements… qui sont les mêmes.

    Et comme, en même temps, ils ne sont pas les mêmes, c’est cela qui va provoquer l’effondrement du capitalisme.

    On a ainsi une exponentielle et une contradiction interne qui détermine le développement.

    Karl Marx est le maître du matérialisme dialectique, il inaugure une manière totalement nouvelle de concevoir les choses, de les voir dans leur fondement même.

    Expliquons maintenant concrètement comment cela se déroule.

    1. Karl Marx pose un rapport entre le capital variable et le capital constant. Ce rapport consiste en la proportion par rapport au capital total ; autrement dit, il demande quel est le pourcentage de l’un et de l’autre.

    2. Puisque le capital s’accumule, il devient plus important à chaque cycle. Il y a donc davantage d’investissements capitalistes et, par conséquent, davantage de travailleurs embauchés. S’il n’y avait pas ces travailleurs, il n’y aurait pas de surtravail, et sans surtravail pas de capitalisme.

    3. On a là un mouvement ascendant et, si on en restait là, alors la condition des travailleurs progresserait lentement mais sûrement, accompagnant l’expansion du capitalisme. Les travailleurs resteraient enchaînés, tout en y gagnant tout de même quelque chose de toujours un peu meilleur.

    4. Il existe cependant un développement inégal entre le capital constant et le capital variable. Le capitalisme prenant toujours plus d’ampleur, il est capable de mobiliser des ressources toujours plus énormes. Le développement de la technique et des technologies est plus rapide que le développement de la population des travailleurs.

    5. Le développement de la technique implique un décrochage de la proportion accordée aux travailleurs dans la production. La part du capital constant devient au fur et à mesure plus importante que celle du capital variable.

    6. Ce décrochage de la part du capital variable prend une dimension d’autant plus grande que le capital est capable de se centraliser, par exemple avec le crédit ou la bourse, et de se mobiliser pour réaliser de profonds bouleversements, comme les chemins de fer.

    7. Le capital a donc comme une respiration : dans son élan premier, il attire les travailleurs ; lorsqu’il se renforce techniquement, il ne les attire plus et les repousse même. Il y a un effet de va-et-vient en permanence, ce qui fait qu’il y a toujours des travailleurs qui se retrouvent pris et jeté, formant un réservoir à disposition (c’est « l’armée industrielle de réserve »).

    8. Plus l’ensemble du capital est puissant, plus la capacité à renforcer le capital variable prend une dimension plus grande, ce qui augmente la taille de l’armée de réserve. Plus il y a va-et-vient dans de grandes proportions, plus l’armée de réserve s’agrandit d’autant.

    9. L’existence de cette armée de réserve s’accompagne de celle de masses précipitées dans le paupérisme, marginalisées, mises de côté du processus général.

    Il faut bien saisir l’importance de cette question.

    Karl Marx la définit comme la « loi générale de l’accumulation capitaliste » !

    Pourtant, cette notion d’armée industrielle de réserve a toujours été considérée comme secondaire, comme un aspect important mais somme toute à part du processus général.

    Rien de plus faux. En réalité, cette armée industrielle de réserve est le nexus de la contradiction entre capital constant et capital variable.

    C’est le cœur de la contradiction propre au mode de production capitaliste.

    D’un côté, le capitaliste a besoin de la force de travail des travailleurs, pour leur extorquer du surtravail.

    Mais cette extorsion ne consiste pas simplement en des heures non payées, elle n’est pas que quantitative.

    Elle est qualitative, car on augmente le niveau technique de la production, on utilise des machines plus perfectionnées.

    Le travailleur doit suivre le rythme de complexification de la production. Mais ce n’est pas le travailleur qui intéresse le capitaliste, mais sa force de travail. Là est la contradiction.

    Le travailleur s’épuise donc, et ne remarque pas ce qu’il apporte à la société dans son ensemble, alors que le capitaliste utilise sa force de travail en la pressurisant, tout en disant ne pas être concerné par le travailleur pour le reste.

    Si on regarde par contre à l’échelle sociale, c’est évident : les capitalistes profitent de l’activité des travailleurs, qui sont attirés pour être exploités et en même temps repoussés lors de l’accélération du niveau technique.

    Comme le capital grandit toujours, il y a toujours plus de travailleurs, car sans travailleurs, il n’y a pas d’exploitation, donc pas de capital. Mais le renforcement de la capacité technique de la production exige des sacrifices toujours plus grands de leur départ, et ils sont repoussés également au fur et à mesure.

    C’est ainsi que le capitalisme grandit : par sa capacité à employer les travailleurs comme bon lui semble, car ils vendent leur force de travail, et qu’on peut ne pas l’acheter. La capacité de mobilisation humaine du capitalisme est précisément ce qui permet son expansion.

    L’accumulation du capital est le produit de la contradiction entre le capital constant et le capital variable, où justement le terme de variable a tout son sens, car le capitaliste peut tout le temps le façonner quand il veut et comme il veut.

    Cela se fait au prix de la mise en place d’une armée industrielle de réserve toujours plus grande, ou si l’on préfère, d’une masse mise de côté de déclassés toujours plus grande.

    Concluons par deux extraits du Capital, dont le sens s’éclaire bien si on a compris cela. Voici déjà sur le rapport obligatoire entre l’expansion du capital et l’expansion du prolétariat :

    « Cependant les circonstances plus ou moins favorables au milieu desquelles la classe ouvrière se reproduit et se multiplie ne changent rien au caractère fondamental de la reproduction capitaliste.

    De même que la reproduction simple ramène constamment le même rapport social – capitalisme et salariat, ainsi l’accumulation ne fait que reproduire ce rapport sur une échelle également progressive, avec plus de capitalistes (ou de plus gros capitalistes) d’un côté, plus de salariés de l’autre.

    La reproduction du capital renferme celle de son grand instrument de mise en valeur, la force de travail.

    Accumulation du capital est donc en même temps accroissement du prolétariat. »

    Voici ensuite une longue explication qui prend désormais tout son sens : la force de travail est une matière première pour le capital, mais le travailleur est lui aussi une matière première à l’échelle du capitalisme !

    « La réserve industrielle est d’autant plus nombreuse que la richesse sociale, le capital en fonction, l’étendue et l’énergie de son accumulation, partant aussi le nombre absolu de la classe ouvrière et la puissance productive de son travail, sont plus considérables.

    Les mêmes causes qui développent la force expansive du capital amenant la mise en disponibilité de la force ouvrière, la réserve industrielle doit augmenter avec les ressorts de la richesse.

    Mais plus la réserve grossit, comparativement à l’armée active du travail, plus grossit aussi la surpopulation consolidée dont la misère est en raison directe du labeur imposé.

    Plus s’accroît enfin cette couche des Lazare [qui a été ressuscité par Jésus] de la classe salariée, plus s’accroît aussi le paupérisme officiel.

    Voilà la loi générale, absolue, de l’accumulation capitaliste. L’action de cette loi, comme de toute autre, est naturellement modifiée par des circonstances particulières.

    On comprend donc toute la sottise de la sagesse économique qui ne cesse de prêcher aux travailleurs d’accommoder leur nombre aux besoins du capital.

    Comme si le mécanisme du capital ne le réalisait pas continuellement, cet accord désiré, dont le premier mot est : création d’une réserve industrielle, et le dernier : invasion croissante de la misère jusque dans les profondeurs de l’armée active du travail, poids mort du paupérisme.

    La loi selon laquelle une masse toujours plus grande des éléments constituants de la richesse peut, grâce au développement continu des pouvoirs collectifs du travail, être mise en œuvre avec une dépense de force humaine toujours moindre, cette loi qui met l’homme social à même de produire davantage avec moins de labeur, se tourne dans le milieu capitaliste – où ce ne sont pas les moyens de production qui sont au service du travailleur, mais le travailleur qui est au service des moyens de production – en loi contraire, c’est-à-dire que, plus le travail gagne en ressources et en puissance, plus il y a pression des travailleurs sur leurs moyens d’emploi, plus la condition d’existence du salarié, la vente de sa force, devient précaire.

    L’accroissement des ressorts matériels et des forces collectives du travail, plus rapide que celui de la population, s’exprime donc en la formule contraire, savoir : la population productive croit toujours en raison plus rapide que le besoin que le capital peut en avoir.

    L’analyse de la plus-value relative (sect. IV) nous a conduit à ce résultat : dans le système capitaliste toutes les méthodes pour multiplier les puissances du travail collectif s’exécutent aux dépens du travailleur individuel ;

    tous les moyens pour développer la production se transforment en moyens de dominer et d’exploiter le producteur : ils font de lui un homme tronqué, fragmentaire, ou l’appendice d’une machine ;

    ils lui opposent comme autant de pouvoirs hostiles les puissances scientifiques de la production-, ils substituent au travail attrayant le travail forcé ;

    ils rendent les conditions dans lesquelles le travail se fait de plus en plus anormales et soumettent l’ouvrier durant son service à un despotisme aussi illimité que mesquin ;

    ils transforment sa vie entière en temps de travail et jettent sa femme et ses enfants sous les roues du Jagernaut [grand char tiré lors des processions hindoues vénérant le dieu Jagannath, avatar de Vishnou] capitaliste.

    Mais toutes les méthodes qui aident à la production de la plus-value favorisent également l’accumulation, et toute extension de celle-ci appelle à son tour celles-là.

    Il en résulte que, quel que soit le taux des salaires, haut ou bas, la condition du travailleur doit empirer à mesure que le capital s’accumule.

    Enfin la loi, qui toujours équilibre le progrès de l’accumulation et celui de la surpopulation relative, rive le travailleur au capital plus solidement que les coins de Vulcain ne rivaient Prométhée à son rocher.

    C’est cette loi qui établit une corrélation fatale entre l’accumulation du capital et l’accumulation de la misère, de telle sorte qu’accumulation de richesse à un pôle, c’est égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d’ignorance, d’abrutissement, de dégradation morale, d’esclavage, au pôle opposé, du côté de la classe qui produit le capital même. »

    On comprend maintenant pourquoi le capitalisme ne peut pas exister sans travailleur libre.

    Un esclave et un serf ne permettent pas d’avoir la même marge de manœuvre pour les va-et-vient du capitalisme.

    De plus, le travailleur ne fait pas que fournir sa force de travail et dépendre, en tant que travailleur, du capital.

    Sa consommation s’insère elle aussi dans le capitalisme.

    Le travailleur est toujours perdant, à tous les niveaux.

    La raison en est la contradiction entre le travailleur et la force de travail qu’il vend, et entre cette force de travail comme capital variable faisant face au capital constant.

    Les machines et les matières premières ne font rien d’elles-mêmes, ce sont les êtres humains qui les font fonctionner qui décident de tout, car ils apportent la qualité à la quantité.

    Et à l’échelle de la société toute entière, ce sont les travailleurs qui permettent les sauts qualitatifs, tout en étant exploités par eux, puis mis de côté.

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  • La sixième section du Livre premier du Capital (le salaire)

    La sixième section du Capital est également relativement courte ; elle est divisée comme suit :

    XIX. Transformation de la valeur ou du prix de la force de travail en salaire

    XX. Le salaire au temps

    XXI. Le salaire aux pièces

    XXII. Différence dans le taux des salaires nationaux

    Ici, on en revient à la constatation d’une contradiction.

    Quels en sont les deux pôles, quel phénomène les porte ?

    Karl Marx se fonde, pour développer son analyse, sur ce constat d’une importance essentielle :

    « Ce qui sur le marché fait directement vis-à-vis au capitaliste, ce n’est pas le travail, mais le travailleur.

    Ce que celui-ci vend, c’est lui-même, sa force de travail.

    Dès qu’il commence à mettre cette force en mouvement, à travailler, or, dès que son travail existe, ce travail a déjà cessé de lui appartenir et ne peut plus désormais être vendu par lui.

    Le travail est la substance et la mesure inhérente des valeurs, mais il n’a lui-même aucune valeur. »

    Ce passage doit absolument être compris ; il porte en lui la substance même de toute l’approche de Karl Marx : s’il y a développement des forces productives, c’est qu’il y a moyen qu’ils se développent, et c’est donc qu’il y a un sol pour une exponentielle.

    C’est tout simple : imaginons qu’on puisse quantifier le travail, de la même manière qu’on achète de l’essence pour une voiture.

    Le travailleur serait en mesure de savoir exactement ce qu’il fournit comme quantité de travail, tout comme on sait qu’on a précisément acheté 50 litres d’essence.

    Or, dans la réalité, le travailleur ne peut aucunement quantifier la force de travail qu’il fournit. Il peut d’autant moins le faire qu’il n’est plus un artisan produisant par exemple tant de tables en tant d’heures.

    Il est inséré dans une immense coopération économique, à l’échelle de la société toute entière, voire existante à travers différents pays.

    Le travail appartient au travailleur et est vendu au capital. En ce sens, le travailleur existe de manière indépendante ; il a un contrat de travail.

    Mais en même temps, le travailleur, lorsqu’il travaille, devient capital variable. Il devient une partie du capital, en tant que travailleur !

    C’est précisément là qu’on lui arrache du travail non payé.

    Si le travailleur était un robot, son travail pourrait être quantifiable.

    Là, il ne l’est pas, et le capitaliste peut jouer sur ses muscles, ses nerfs, son intelligence, sa psyché, etc.

    Cette double nature du travailleur – il est indépendant et vend un travail en particulier, tout en devenant capital variable en général – fait que la notion de salaire est extrêmement problématique.

    D’où l’analyse de Karl Marx, à partir de cette double nature, de cette contradiction dans la situation du travailleur.

    Son insertion dans une immense coopération n’est pas quantifiable et c’est ce qui permet le saut qualitatif du capital ; le salaire ne le montre pas.

    Il y a une mystique du salaire et Karl Marx s’attarde alors à le montrer, en s’intéressant au salaire au temps, au salaire aux pièces, à la différence dans le taux des salaires nationaux.

    Il est montré à chaque fois comment le capitalisme procède pour extorquer le surtravail.

    C’est un phénomène objectif : le capitaliste ne le voit pas non plus ; il est mystifié, tout comme le travailleur l’est.

    « L’apparence seule des rapports de production se reflète dans le cerveau du capitaliste.

    Il ne sait pas que le soi disant prix normal du travail contient aussi un certain quantum de travail non payé, et que c’est précisément ce travail non payé qui est la source de son gain normal.

    Le temps de surtravail n’existe pas pour lui, car il est compris dans la journée normale qu’il croit payer avec le salaire quotidien. »

    La contradiction du travailleur est ce qui produit le salaire : telle est la substance de la sixième section.

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  • La cinquième section du Livre premier du Capital (recherches ultérieures sur la production de la plus-value)

    La cinquième section du Capital est divisée comme suit :

    XVI. Plus-value absolue et plus-value relative

    XVII. Variations dans le rapport de grandeur entre la plus-value et la valeur de la force de travail

    XVIII. Formules diverses pour le taux de la plus-value

    Comme on le voit, c’est plus court et, surtout, Karl Marx revient sur la notion de plus-value.

    On reconnaît tout de suite son approche, qui vise à apporter un éclairage nouveau.

    Ce que vise Karl Marx, naturellement, c’est à ce qu’on obtienne une vision claire, par un recul historique.

    Auparavant, il était parti du particulier et, se fondant sur la dignité du réel, il a constaté les contradictions et il les a suivies.

    Dans cette section, on a des précisions sur les modalités de la plus-value, mais cette fois à partir d’une vue d’ensemble.

    Le passage suivant reflète absolument l’état d’esprit général qui traverse toute la section.

    C’est une véritable mise en perspective ; on ne se concentre plus sur le phénomène dans son immédiateté, on le situe dans son contexte historique en prenant en toile de fond un processus s’étalant sur des dizaines, des centaines de milliers d’années.

    « Les facultés de l’homme primitif, encore en germe, et comme ensevelies sous sa croûte animale, ne se forment au contraire que lentement sous la pression de ses besoins physiques.

    Quand, grâce à de rudes labeurs, les hommes sont parvenus à s’élever au‑dessus de leur premier état animal, que par conséquent leur travail est déjà dans une certaine mesure socialisé, alors, et seulement alors, se produisent des conditions où le surtravail de l’un peut devenir une source de vie pour l’autre, et cela n’a jamais lieu sans l’aide de la force qui soumet l’un à l’autre.

    À l’origine de la vie sociale les forces de travail acquises sont assurément minimes, mais les besoins le sont aussi, qui ne se développent qu’avec les moyens de les satisfaire.

    En même temps, la partie de la société qui subsiste du travail d’autrui ne compte presque pas encore, comparativement à la masse des producteurs immédiats.

    Elle grandit absolument et relativement à mesure que le travail social devient plus productif.

    Du reste, la production capitaliste prend racine sur un terrain préparé par une longue série d’évolutions et de révolutions économiques.

    La productivité du travail, qui lui sert de point de départ, est l’œuvre d’un développement historique dont les périodes se comptent non par siècles, mais par milliers de siècles.

    Abstraction faite du mode social de la production, la productivité du travail dépend des conditions naturelles au milieu desquelles il s’accomplit.

    Ces conditions peuvent toutes se ramener soit à la nature de l’homme lui-même, à sa race, etc., soit à la nature qui l’entoure.

    Les conditions naturelles externes se décomposent au point de vue économique en deux grandes classes : richesse naturelle en moyens de subsistance, c’est‑à‑dire fertilité du sol, eaux poissonneuses, etc., et richesse naturelle en moyens de travail, tels que chutes d’eau vive, rivières navigables, bois, métaux, charbon, et ainsi de suite.

    Aux origines de la civilisation c’est la première classe de richesses naturelles qui l’emporte ; plus tard, dans une société plus avancée, c’est la seconde.

    Qu’on compare, par exemple, l’Angleterre avec l’Inde, ou, dans le monde antique, Athènes et Corinthe avec les contrées situées sur la mer Noire (…).

    La patrie du capital ne se trouve pas sous le climat des tropiques, au milieu d’une végétation luxuriante, mais dans la zone tempérée.

    Ce n’est pas la fertilité absolue du sol, mais plutôt la diversité de ses qualités chimiques, de sa composition géologique, de sa configuration physique, et la variété de ses produits naturels, qui forment la base naturelle de la division sociale du travail et qui excitent l’homme, en raison des conditions multiformes au milieu desquelles il se trouve placé, à multiplier ses besoins, ses facultés, ses moyens et modes de travail.

    C’est la nécessité de diriger socialement une force naturelle, de s’en servir, de l’économiser, de se l’approprier en grand par des œuvres d’art, en un mot de la dompter, qui joue le rôle décisif dans l’histoire de l’industrie.

    Telle a été la nécessité de régler et de distribuer le cours des eaux, en Égypte, en Lombardie, en Hollande, etc.

    Ainsi en est‑il dans l’Inde, dans la Perse, etc., où l’irrigation au moyen de canaux artificiels fournit au sol non seulement l’eau qui lui est indispensable, mais encore les engrais minéraux qu’elle détache des montagnes et dépose dans son limon.

    La canalisation, tel a été le secret de l’épanouissement de l’industrie en Espagne et en Sicile sous la domination arabe. »

    Le capitalisme s’inscrit dans le long parcours de transformation du monde par l’humanité, où l’humanité se transforme elle-même.

    Elle produit des choses nouvelles, afin de satisfaire des besoins nouveaux.

    Et dans ce processus où ce qui transforme est transformé également, il y a une minorité qui profite du travail d’autrui, une exploitation qui prend une forme historique d’une immense ampleur avec l’émergence du capital comme forme sociale.

    Est-ce à dire que Karl Marx a perdu de vue la contradiction ?

    Absolument pas.

    Ce serait contraire à l’approche matérialiste dialectique.

    La contradiction qu’on retrouve en toile de fond est exposée dans le titre du deuxième chapitre : « variations dans le rapport de grandeur entre la plus-value et la valeur de la force de travail ».

    Même si Karl Marx parle des variations et présente le cadre historiquement, le moteur de sa démarche est une contradiction : celle entre la plus-value et la force de travail.

    Cela ne se voit pas forcément, parce qu’il parle de leur rapport de grandeur.

    Mais qui dit rapport de grandeur dit rapport, et qui dit rapport dit lutte et transformation, selon le matérialisme dialectique.

    Et que produit la contradiction entre la plus-value et la force de travail, dans leur rapport contradictoire ?

    Bien entendu, la nature du salaire.

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  • La quatrième section du Livre premier du Capital (la production de la plus-value relative)

    La quatrième section du Capital est divisée comme suit :

    XII. La plus-value relative

    XIII. Coopération

    XIV. Division du travail et manufacture

    1. Double origine de la manufacture
    2. Le travailleur parcellaire et son outil
    3. Mécanisme général de la manufacture. Ses deux formes fondamentales. Manufacture hétérogène et manufacture sérielle
    4. Division du travail dans la manufacture et dans la société
    5. Caractère capitaliste de la manufacture

    XV. Machinisme et grande industrie

    1. Développement des machines et de la production mécanique
    2. Valeur transmise par la machine au produit
    3. Réaction immédiate de l’industrie mécanique sur le travailleur
    4. La fabrique
    5. Lutte entre travailleur et machine
    6. Théorie de la compensation
    7. Répulsion et attraction des ouvriers par la fabrique. Crises de l’industrie cotonnière.
    8. Révolution opérée dans la manufacture, le métier et le travail à domicile par la grande industrie
    9. Législation de fabrique
    10. Grande industrie et agriculture

    De quoi parle-t-on ici ?

    Eh bien, c’est toujours le même procédé.

    Dans la première section, il prend l’objet et dit qu’elle a une valeur d’usage et une valeur d’échange.

    Dans la deuxième section, il dit que l’argent a deux aspects : il peut être argent, il peut être capital.

    Dans la troisième section, il dit que le capital a deux aspects : capital constant et capital variable.

    Tout cela a abouti à dire qu’il y a la plus-value, consistant en le résultat de ce qu’on a arraché aux travailleurs comme force de travail non rémunéré.

    On l’a deviné : Karl Marx va maintenant dire que la plus-value a elle-même deux aspects. Il distingue la plus-value absolue et la plus-value relative.

    Pour faire simple, il oppose la quantité à la qualité.

    La plus-value absolue consiste à allonger la durée du temps de travail, c’est-à-dire à dépasser le temps de travail pour lequel le travailleur est payé.

    En ajoutant un temps de travail, qui est non payé en pratique, on obtient la plus-value.

    C’est le socle de l’exploitation et c’est relié à la notion de quantité.

    La plus-value relative consiste à augmenter la productivité ; c’est la qualité.

    On notera ici que cela joue même indirectement : si les produits sont moins chers, on peut faire en sorte de payer moins les travailleurs.

    Dans le premier cas, les travailleurs agissent pareillement, mais plus longtemps ; dans le second cas, ils travaillent la même durée qu’auparavant, mais plus efficacement.

    Karl Marx note d’ailleurs que c’est justement la quantité qui est devenue qualité, puisque le capitalisme est né par un changement d’échelle de la production et de la consommation :

    « La production capitaliste ne commence en fait à s’établir que là où un seul maître exploite beaucoup de salariés à la fois, où le procès de travail, exécuté sur une grande échelle, demande pour l’écoulement de ses produits un marché étendu.

    Une multitude d’ouvriers fonctionnant en même temps sous le commandement du même capital, dans le même espace (ou si l’on veut sur le même champ de travail), en vue de produire le même genre de marchandises, voilà le point de départ historique de la production capitaliste.

    C’est ainsi qu’à son début, la manufacture proprement dite se distingue à peine des métiers du moyen âge, si ce n’est pas le plus grand nombre d’ouvriers exploités simultanément.

    L’atelier du chef de corporation n’a fait qu’élargir ses dimensions.

    La différence commence par être purement quantitative. »

    Ce n’est pas tout, bien sûr.

    Si la quantité se transforme en qualité, cette dernière connaît une croissance exponentielle.

    La coopération devient toujours plus complexe, ce qui agit bien entendu sur les forces productives qui deviennent toujours plus performantes et puissantes.

    Ce n’est pas là un choix rationnel, mais un produit des besoins du capital lui-même. Karl Marx le souligne bien :

    « Le capitaliste n’est point capitaliste parce qu’il est directeur industriel ; il devient au contraire chef d’industrie parce qu’il est capitaliste. » 

    Le capitalisme n’a pas été mis en place par des génies investisseurs ; c’est le produit de la nature du capital lui-même, qui pour se valoriser toujours plus transforme la réalité selon ses propres besoins.

    Karl Marx s’intéresse ensuite au processus de mise en place de la coopération à grande échelle.

    Il analyse la mise en place de la manufacture, qui façonne les travailleurs selon ses besoins.

    La contradiction est ici entre l’individu et la collectivité, entre la quantité et la qualité également, et bien entendu entre le particulier et l’universel.

    « Le corps de travail fonctionnant dans la manufacture et dont les membres sont des ouvriers de détail, appartient au capitaliste ; il n’est qu’une forme d’existence du capital.

    La force productive, issue de la combinaison des travaux, semble donc naître du capital.

    La manufacture proprement dite ne soumet pas seulement le travailleur aux ordres et à la discipline du capital, mais établit encore une gradation hiérarchique parmi les ouvriers eux-mêmes.

    Si, en général, la coopération simple n’affecte guère le mode de travail individuel, la manufacture le révolutionne de fond en comble et attaque à sa racine la force de travail.

    Elle estropie le travailleur, elle fait de lui quelque chose de monstrueux en activant le développement factice de sa dextérité de détail, en sacrifiant tout un monde de dispositions et d’instincts producteurs, de même que dans les États de la Plata [= l’Argentine et l’Uruguay], on immole un taureau pour sa peau et son suif.

    Ce n’est pas seulement le travail qui est divisé, subdivisé et réparti entre divers individus, c’est l’individu lui-même qui est morcelé et métamorphosé en ressort automatique d’une opération exclusive, de sorte que l’on trouve réalisée la fable absurde de Menennius Agrippa, représentant un homme comme fragment de son propre corps. »

    Ici, on touche au vrai Karl Marx, au sens où c’est un domaine qu’il affectionne particulièrement.

    Il est très intéressé par tout ce qui est technologie, tout ce qui est modification de la technique et apport technologique.

    Il expose les choses donc avec beaucoup de détails, mais il faut bien comprendre qu’ici la clef absolue, c’est la compréhension qu’à partir de ce moment-là, historiquement, on a une production pour la production.

    Auparavant, chaque production était séparée d’une autre, grosso modo.

    Désormais, on peut produire pour mettre en place une production ; on fabrique des machines pour fabriquer des machines.

    C’est un immense bouleversement sur le plan des forces productives.

    La coopération entre individus produit une collectivité productive, capable de mettre en place des collectivités productives au service de collectivités productives, et ainsi de suite.

    Dialectiquement, cela modifie d’autant la nature du travail :

    « En rendant superflue la force musculaire, la machine permet d’employer des ouvriers sans grande force musculaire, mais dont les membres sont d’autant plus souples qu’ils sont moins développés (…).

    L’automate, en sa qualité de capital, est fait homme dans la personne du capitaliste.

    Une passion l’anime : il veut tendre l’élasticité humaine et broyer toutes ses résistances. »

    Et effectivement, c’est à ce moment-là que se généralise le travail des enfants, l’intégration des femmes dans la production.

    Karl Marx fait une longue présentation de la situation sociale provoquée par cette nouvelle situation historique.

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  • La troisième section du Livre premier du Capital (la production de la plus-value absolue)

    La troisième section du Capital a un nombre de divisions plus important que précédemment. On a ainsi :

    VII. Production de valeurs d’usage et production de la plus-value

    VIII. Capital constant et capital variable

    IX. Le taux de la plus-value

    X. La journée de travail

    1. Limite de journée de travail
    2. Le Capital affamé de surtravail – Boyard et fabricant
    3. La journée de travail dans les branches de l’industrie où l’exploitation n’est pas limitée par la loi.
    4. Travail de jour et nuit. – Le système des relais
    5. Lois coercitives pour la prolongation de la journée de travail depuis le milieu du XIV° jusqu’à la fin du XVII° siècle.
    6. Lutte pour la journée de travail normale – Limitation légale du temps de travail – la législation manufacturière anglaise de 1833 à 1864
    7. La lutte pour la journée de travail normale. Contrecoup de la législation anglaise sur les autres pays.

    XI. Taux et masse de la plus-value

    Tout cela semble bien chargé et la raison en est la suivante.

    Dans la première section, Karl Marx nous parle de l’objet produit par la culture humaine, qui a une valeur d’usage mais également une valeur d’échange, car il est lancé sur un marché.

    Dans la seconde section, Karl Marx nous explique que l’argent peut être davantage que l’argent : lancé dans la production, il en ressort plus grand ; ce phénomène, une fois généralisé, consiste en le capital et c’est alors le capitalisme.

    Le sens de la troisième section, c’est donc d’expliquer pourquoi cet argent qui rentre dans la production ressort plus grand qu’à l’origine.

    Naturellement, c’est de nouveau avec la prise en considération d’une contradiction qu’il va formuler cela.

    Cette contradiction concerne le capital, c’est-à-dire l’argent investi dans la production.

    Que permet de procurer cet argent ?

    D’une part, des machines et des matières premières, de l’autre, de la force du travail.

    Au fond, il n’y a pas de différence, puisque la force du travail, c’est un être humain dont on utilise la force. Karl Marx explique, et la phrase est très importante :

    « L’homme lui-même, en tant que simple existence de force de travail, est un objet naturel, un objet vivant et conscient, et le travail n’est que la manifestation externe, matérielle de cette force. »

    Or, cet objet naturel existe encore dans la production, contrairement aux matières premières qui, elles, disparaissent dans l’objet produit, appelé à devenir une marchandise.

    Il y a donc une différence de nature entre l’objet naturel dont on utilise la force de travail et les machines, les matières premières.

    Karl Marx la précise en définissant le premier comme le capital variable, le second comme le capital constant.

    Pourquoi ces termes ?

    Déjà, Karl Marx veut indiquer qu’ils forment les deux aspects de la même contradiction.

    Le capital, c’est la contradiction entre le capital constant et le capital variable, dont le résultat est la production de marchandises.

    Ensuite, maîtrisant le matérialisme dialectique, Karl Marx veut dire par là qu’il s’agit de la contradiction interne.

    On pourrait penser, en effet, qu’il serait possible de mieux utiliser les matières premières.

    Ces dernières pourraient changer de nature et il n’y aurait alors aucune raison de les caractériser comme « constant », comme un capital constant.

    Cependant, une telle utilisation améliorée serait trouvée par les scientifiques, en dehors de la production ; elle concernerait toute la société, elle ne jouerait pas au sens strict sur le rapport contradictoire entre les travailleurs et les machines avec les matières premières.

    Par contre, les travailleurs restent eux tout le temps « variable », car on peut agir sur eux.

    On peut faire en sorte qu’ils travaillent plus… Et non seulement on peut faire en sorte qu’ils travaillent plus, mais on peut recommencer le processus !

    C’est ce qui fait dire à Karl Marx que :

    « La force de travail en activité, le travail vivant a donc la propriété de conserver de la valeur en ajoutant de la valeur ; c’est là un don naturel qui ne coûte rien au travailleur, mais qui rapporte beaucoup au capitaliste ; il lui doit la conservation de la valeur actuelle de son capital. »

    Karl Marx appelle plus-value cette force de travail qui est poussée à travailler au-delà de ce pourquoi elle est payée.

    C’est une forme moderne d’exploitation.

    Le capitaliste ajoute de la valeur aux marchandises, en plus de son argent initial, en jouant sur le travail apporté, en forçant le travailleur à fournir plus d’efforts, de manière insidieuse.

    Le travailleur croit être payé pour ce qu’il fait, mais ce qu’il fait dépasse en réalité ce pour quoi il est payé.

    Tel est l’aspect principal, et Karl Marx va ensuite justement regarder les aspects secondaires.

    Il constate, déjà, qu’il existe plusieurs taux de plus-value, selon le degré d’heures de travail en réalité non payées aux travailleurs.

    Ensuite, il fait tout un panorama des situations de l’époque relative à la durée de la journée de travail.

    Car l’objet naturel qu’est l’être humain s’use et s’abîme, il peut même mourir si on le pousse à bout, comme les esclaves noirs en Amérique.

    La question des horaires de travail est donc inévitablement à prendre en compte et on comprend que les capitalistes font de savants calculs afin d’augmenter au mieux leur rentabilité dans l’utilisation de la force de travail.

    Et plus les travailleurs forment une masse grande, plus le « surtravail » qui leur est arraché est grand, et plus le capitalisme est lui-même.

    Karl Marx résume parfaitement cette réalité en expliquant que :

    « La vie du capital ne consiste que dans son mouvement comme valeur perpétuellement en voie de multiplication. »

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  • La deuxième section du Livre premier du Capital (la transformation de l’argent en capital)

    La deuxième section du Capital est divisée comme suit :

    IV. Transformation de l’argent en capital

    V. Les contradictions de la formule générale du capital


    VI. Achat et vente de la force de travail

    On l’a compris : c’est elle qui aborde la notion de capital.

    On est parti de la marchandise, on a vu sa nature d’objet jeté sur le marché, et comment ceux qui se procurent ces objets-marchandises sur le marché ont en tête le prix.

    C’est l’argent des marchandises qui compte ; le travail derrière les objets semble invisible.

    Karl Marx utilise alors le matérialisme dialectique de manière formidable.

    Il se tourne vers l’argent et il dit qu’il y a une contradiction. Il y a l’argent en tant qu’argent, mais il y a l’argent en tant que capital.

    Le consommateur paie la marchandise avec de l’argent.

    Il avait cet argent, il ne l’a plus : il l’a remis à quelqu’un d’autre, en échange de la marchandise.

    Cet argent ne tombe pas du ciel : le consommateur l’a eu, car il a travaillé, il a lui-même produit.

    Ce qu’il a produit est devenu une marchandise également.

    Du point de vue du consommateur, c’est une sorte de troc où l’argent sert d’intermédiaire.

    On a la marchandise produite pour laquelle on a reçu de l’argent, on a donné cet argent pour obtenir une marchandise.

    Seulement, le processus est différent pour le capitaliste, qui lui n’a pas en ligne de mire la marchandise.

    Ce qu’il produit ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse, c’est d’accumuler de l’argent et pour cela il investit dans la production de marchandises.

    Il met de l’argent dans une production, cet argent permet la production d’une marchandise, qu’il revend pour obtenir de l’argent.

    Naturellement, le but est d’obtenir davantage d’argent à la fin du cycle.

    Et ce processus doit être renouvelé, amplifié. Karl Marx dit que le capitaliste est comme un avare, mais un avare qui a compris qu’il vaut mieux investir son argent que de le cacher.

    « C’est comme représentant, comme support conscient de ce mouvement que le possesseur d’argent devient capitaliste. Sa personne, ou plutôt sa poche, est le point de départ de l’argent et son point de retour.

    Le contenu objectif de la circulation A—M—A’ [argent – marchandise – davantage d’argent], c’est-à-dire la plus-value qu’enfante la valeur, tel est son but subjectif, intime.

    Ce n’est qu’autant que l’appropriation toujours croissante de la richesse abstraite est le seul motif déterminant de ses opérations, qu’il fonctionne comme capitaliste, ou, si l’on veut, comme capital personnifié, doué de conscience et de volonté.

    La valeur d’usage ne doit donc jamais être considérée comme le but immédiat du capitaliste , pas plus que le gain isolé ; mais bien le mouvement incessant du gain toujours renouvelé.

    Cette tendance absolue à l’enrichissement, cette chasse passionnée à la valeur d’échange lui sont communes avec le thésauriseur. Mais, tandis que celui-ci n’est qu’un capitaliste maniaque, le capitaliste est un thésauriseur rationnel.

    La vie éternelle de la valeur que le thésauriseur croit s’assurer en sauvant l’argent des dangers de la circulation, plus habile, le capitaliste la gagne en lançant toujours de nouveau l’argent dans la circulation »

    Si on en restait là, on aurait alors le capitaliste comme investisseur judicieux, qui a de l’argent, qui l’investit pour produire des choses, qui arrive à les vendre, et qui se fait une marge dessus.

    C’est là le principe du commerce et, justement, ce n’est pas cela le capitalisme en tant que tel.

    Karl Marx, notre maître, nous explique alors que puisqu’il y a davantage d’argent à la sortie de l’investissement et de la production, la richesse ajoutée doit se situer au niveau de la production, puisqu’on connaît l’investissement, qu’il est déterminé dès le départ.

    Et comme il sait ce qu’est une production, il nous dit la chose suivante.

    On ne produit pas à partir de rien, on utilise différents éléments, qu’on modifie, transforme, etc.

    Pour faire un marteau par exemple, on a besoin d’acier et de bois.

    Mais on a également besoin… d’un travailleur pour associer l’acier et le bois, la tête du marteau et le manche.

    Or, qu’est-ce que le travailleur ? Eh bien, justement, c’est une marchandise comme une autre.

    On a vu que lorsqu’on se procure un objet utile, on le veut pour ce qu’il est, tandis que le prix est quelque chose de secondaire.

    Pour le producteur, l’objet n’a pas d’intérêt en soi, ce qui compte c’est son prix.

    Eh bien, il en va de même dans le rapport au travailleur.

    Le producteur ne s’intéresse pas au travailleur en tant que personne ; ce qu’il est lui est indifférent.

    Ce qui compte, c’est sa force de travail, qui est prise de la même manière qu’une matière première, comme un ajout.

    Le producteur a besoin de l’acier, du bois et du travailleur pour fabriquer un marteau ; ce qu’est l’acier, le bois et le travailleur ne l’intéresse pas. Le marteau lui-même ne l’intéresse pas, d’ailleurs.

    Ce qui l’intéresse, c’est le résultat final, lorsque le marteau a été vendu.

    Le capitaliste est hypnotisé par son capital, ce n’est même plus lui qui possède le capital : c’est le capital qui utilise le capitaliste pour s’agrandir.

    Ce capital consiste en de l’argent, mais il est bien plus que l’argent, car il peut désormais utiliser le travailleur comme une marchandise.

    C’est là où le capitalisme se produit historiquement.

    Karl Marx constate ainsi :

    « L’expérience nous apprend qu’une circulation marchande relativement peu développée suffit pour faire éclore toutes ces formes.

    Il n’en est pas ainsi du capital.

    Les conditions historiques de son existence ne coïncident pas avec la circulation des marchandises et de la monnaie.

    Il ne se produit que là où le détenteur des moyens de production et de subsistance rencontre sur le marché le travailleur libre qui vient y vendre sa force de travail et cette unique condition historique recèle tout un monde nouveau.

    Le capital s’annonce dès l’abord comme une époque de la production sociale. »

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  • La première section du Livre premier du Capital (La marchandise et la monnaie)

    La première section du Capital est divisée comme suit :

    I. La marchandise :
    1. Les deux facteurs de la marchandise : valeur d’usage et valeur d’échange ou valeur proprement dite. (Substance de la valeur, Grandeur de la valeur)
    2. Double caractère du travail présenté par la marchandise
    3. Forme de la valeur
    4. Le caractère fétiche de la marchandise et son secret

    II. Des échanges

    III. La monnaie ou la circulation des marchandises :
    1. Mesure des valeurs
    2. Moyen de circulation
    3. La monnaie ou l’argent

    Le premier chapitre porte sur la marchandise et son début est très célèbre :

    « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une « immense accumulation de marchandises » [Contribution à la critique de l’économie politique].

    L’analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches. »

    Que nous dit Karl Marx ?

    Pour faire simple, il dit qu’il y a des objets utiles pour leur usage.

    Or, ces objets dont on se sert ne viennent pas de nulle part : ils ont été fabriqués. Les objets ont donc deux aspects : d’un côté ils servent, de l’autre ils sont servis au sens où on les a apportés.

    Mais si on les a apportés, c’est qu’on nous les a donnés ou bien qu’on les a échangés contre autre chose.

    C’est la raison pour laquelle Karl Marx n’utilise pas le mot objet, mais celui de marchandise.

    Il part du principe que tous les objets sont échangés, plus personne ne produit plus aucun objet par soi-même.

    Naturellement, cela peut arriver, c’est cependant tout à fait marginal dans une société développée. Personne ne va fabriquer son marteau soi-même, ou son vélo.

    On peut à la limite procéder à son assemblage, mais encore faut-il disposer des éléments, qui auront bien été fabriqués, ainsi que d’outils performants, qui eux aussi auront été fabriqués auparavant.

    Ainsi, Karl Marx nous parle des objets, mais les définit comme marchandises, car elles viennent d’un marché, où elles ont été échangées. Il note donc :

    « Au premier abord, la marchandise nous est apparue comme quelque chose à double face, valeur d’usage et valeur d’échange. »

    Autrement dit, pour moi l’objet est utile et je l’apprécie, en ce que je l’utilise et qu’il est à moi.

    Dialectiquement, cela veut dire inversement que, pour quelqu’un d’autre, l’objet n’est pas utile, on ne l’apprécie pas, on ne l’utilise pas et il n’est pas à soi.

    Pourquoi a-t-il alors été produit ?

    Tout simplement pour être échangé contre autre chose qu’on considérera comme utile, appréciable, utilisable, à soi.

    On comprend que si on en était à une société de troc, Karl Marx s’arrêterait là.

    Seulement, il y a déjà le capitalisme à son époque et personne ne va échanger un marteau contre un sac de blé.

    Que fait alors Karl Marx ?

    Il agit en historien. Il sait bien que les objets ont été fabriqués, au fur et à mesure, par les êtres humains.

    Si les animaux peuvent utiliser ou fabriquer même des objets, aucun à part l’être humain ne le fait à grande échelle et avec un tel recul sur sa propre activité.

    Il ne peut pas y avoir d’objets sans engagement humain en ce sens, et c’est vrai quel que soit le degré de complexité de l’objet.

    Karl Marx nous dit ainsi :

    « En fin de compte, toute activité productive, abstraction faite de son caractère utile, est une dépense de force humaine.

    La confection des vêtements et le tissage, malgré leur différence, sont tous deux une dépense productive du cerveau, des muscles, des nerfs, de la main de l’homme, et en ce sens du travail humain au même titre. »

    C’est là où tout se joue, car Karl Marx va poser les bases du matérialisme historique en disant que, ce qui découle de l’analyse faite, c’est que le critère de valeur, c’est le travail humain.

    Ce qui distingue un objet d’un autre, c’est la quantité de travail humain qui a été engagée pour le produire.

    Il constate qu’il y a un piège dans le capitalisme : dans celui-ci, on a des marchandises, qui sont utiles pour nous, et qui ont un prix. La valeur d’usage (pour nous) s’oppose ainsi au prix.

    Mais en réalité, la valeur d’usage s’oppose à la valeur d’échange, pas au prix.

    L’intérêt du Capital de Karl Marx, c’est de justement dépasser les apparences et de ne pas s’arrêter au prix.

    Ce qu’il dit, c’est que la notion de prix n’est pas inhérente à l’objet, mais à l’objet devenu marchandise.

    C’est le capitalisme qui vient ajouter la notion de prix.

    Et comme on fait face à des prix, on perd de vue le travail humain réellement mis en œuvre.

    Sur l’étiquette, il y a un prix, pas le nombre d’heures de travail humain avec un chiffre pour indiquer son intensité.

    Il y a pire. Jusqu’à présent, la société humaine a toujours été opposée entre des profiteurs et des gens qui travaillent pour eux.

    Cela veut dire que personne n’a eu l’idée qu’une force de travail pouvait être équivalente à une autre force de travail.

    Il faut, pour concevoir cela, avoir à l’esprit la notion d’égalité, et c’est là quelque chose de nouveau.

    On pouvait, de par le passé, savoir qu’un kilo de blé est aussi lourd qu’un kilo de maïs.

    Comme le travail était cependant dévalué, réalisé pour d’autres, personne n’est allé se dire que tant de travail équivalait à tant de travail.

    C’est qu’on a passé un cap historique : désormais, la notion d’égalité, comme le note Karl Marx, est largement connue ; idéologiquement, la voie est découverte pour cette compréhension scientifique.

    Qu’a-t-on ainsi ?

    D’un côté, il y a quelqu’un qui veut se procurer un objet utile et qui va sur le marché l’acheter sous la forme d’une marchandise avec un prix.

    De l’autre, il y a quelqu’un qui met cet objet sur le marché, sous la forme d’une marchandise avec un prix, afin de récupérer de l’argent.

    Pour la première personne, le prix est secondaire par rapport à l’utilité de l’objet, pour le second l’utilité de l’objet est secondaire par rapport à son prix.

    Comme chacun est prisonnier dans son propre point de vue, l’objet semble avoir une valeur « spéciale », mystérieuse.

    Lancée en fait sur le marché, l’objet n’est pas seulement objet, il est marchandise, et on ne perçoit plus ce qu’il est réellement : le produit du travail.

    On a d’un côté des producteurs capitalistes qui déversent des marchandises dont ils n’ont rien à faire, de l’autre des consommateurs qui se procurent des objets à leurs yeux nécessaires ou utiles.

    Et plus ce processus est généralisé à tous les niveaux, plus l’argent qui sert d’intermédiaire prend une dimension sociale : on ne paye plus rien en nature, on paye avec de l’argent, et c’est l’argent qui apparaît comme la « vraie » richesse.

    De moyen, l’argent devient une fin en soi – en apparence, car ce qui compte en réalité, c’est le capital, qui est une chose bien différente de « l’argent ».

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    plan dialectique du Capital : le Livre premier