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  • L’armée industriellede réserve comme nexus

    Le Livre premier du Capital aboutit à la notion d’armée industrielle de réserve, qui doit être considérée comme le nexus du mode de production capitaliste.

    Par nexus, nous voulons dire le point où les contraires se transforment l’un en l’autre ; c’est le moment le plus intense de la contradiction.

    Karl Marx parle ainsi de cela comme de la « loi générale de l’accumulation capitaliste ».

    Maintenant, nous faisons face à un problème d’importance.

    Cette notion d’armée industrielle de réserve a, après Karl Marx, été considérée comme secondaire.

    La définition qui s’est imposée est celle de Karl Kautsky.

    Or, on sait que ce dernier était somme toute un évolutionniste ; il n’avait pas compris la dialectique. Il a donc interprété, de manière unilatérale, l’armée industrielle de réserve comme consistant en les chômeurs.

    On en est resté là par la suite.

    Cependant, c’est une erreur à corriger, car cela ne correspond pas du tout à l’importance qu’a accordée Karl Marx à cette notion.

    Il faut absolument établir un panorama de la situation qui caractérise cette armée industrielle de réserve.

    Pour cela, il faut se fonder sur les termes choisis par Karl Marx.

    Par « armée », on entend les troupes, qui sont à disposition et obéissent facilement.

    Par « industrielle », on veut dire que c’est la production industrielle qui est concernée.

    Par « réserve », on veut dire qu’elle n’est pas employée, bien qu’elle puisse l’être. « Armée » implique la mobilisation, « réserve » la possibilité de cette mobilisation. « Industrielle » est le nexus des deux aspects s’opposant.

    On a ici plusieurs indicateurs.

    Le lumpenproletariat, qui cherche à éviter le travail, ne semble pas tout à fait concerné, du moins pas totalement. Les chômeurs, s’ils sont déclassés, n’ont pas l’air beaucoup plus mobilisables.

    Surtout, on a du mal à voir en quoi la situation de l’armée industrielle de réserve, qui peut être utilisée ou jetée, se distingue de la notion de prolétariat en général.

    Par définition, un prolétaire dépend du bon vouloir du capitaliste pour être embauché, et il peut être licencié.

    On peut y voir plus clair en considérant les choses selon l’angle de la loi.

    Ce que Karl Marx dit, c’est que plus la production capitaliste grandit, plus le capitalisme à la fois absorbe les prolétaires et les rejette, dans un double mouvement.

    Ce mouvement contradictoire est le noyau dur de la contradiction interne du mode de production capitaliste.

    Dans les faits, cela se concrétise par le fait que le nombre des ouvriers exploités en général va en augmentant, mais qu’inversement ce même nombre diminue proportionnellement à l’échelle de la production.

    La population augmente, il y a plus d’ouvriers, mais la part des ouvriers dans la part production recule.

    Le capitalisme est de plus en plus « technique », si l’on veut.

    Ici, avec le recul, on pense tout de suite aux zones sinistrées du capitalisme en Europe et aux États-Unis, avec des régions ouvrières qui ont connu un effet de décomposition sociale.

    On pense souvent que c’est seulement les salaires à bas prix qui ont amené les usines à se délocaliser ; c’est vrai, il ne faut pas être unilatéral cependant : il y a eu un saut technique, technologique parallèlement.

    Les délocalisations de la production de jouets ou de biens textiles sont une chose, mais celles pour des produits bien plus compliqués en sont une autre, et là ont joué à plein l’électronique, l’informatique et la robotisation.

    L’armée industrielle de réserve, ce ne sont donc pas que les chômeurs, si on suit ce schéma.

    On aboutit alors à des masses décomposées socialement, qui sont à la fois des prolétaires et n’en sont pas, car ils sont bien dans le capitalisme, mais leur place ne se lit plus du tout clairement.

    Ces masses sont bien à disposition, on peut les mobiliser, car elles ne sont pas tombées dans le lumpenproletariat.

    En même temps, elles ne peuvent pas profiter des « acquis » de l’accumulation capitaliste comme les autres travailleurs, car elles ont été mises de côté dans un processus aux contours qui restent à définir.

    Et si l’on suit le schéma dialectique du capital, c’est précisément là qu’on a la contradiction interne dans sa tension explosive.

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    plan dialectique du Capital : le Livre premier

  • La huitième section du Livre premier du Capital (l’accumulation primitive)

    La huitième section du Capital est divisée comme suit :

    XXVI. Le secret de l’accumulation primitive

    XXVII. L’expropriation de la population campagnarde

    XXVIII. La législation sanguinaire contre les expropriés à partir de la fin du XV° siècle. – Lois sur les salaires.

    XXXIX. Genèse des fermiers capitalistes

    XXX. Contrecoup de la révolution agricole sur l’industrie. Établissement du marché intérieur pour le capital industriel.

    XXXI. Genèse du capitaliste industriel

    XXXII. Tendance historique de l’accumulation capitaliste.

    XXIII. La théorie moderne de la colonisation

    Pour le matérialisme dialectique, il n’y a jamais de création ; la notion de création exige, en effet, qu’une chose naisse de rien, qu’elle apparaisse ex nihilo, à partir du néant.

    Le principe opposé à celui de création est celui de production : chaque chose est produite par une autre, avec des sauts qualitatifs.

    Karl Marx conclut le premier Livre du Capital en aboutissant à cette question de l’origine du capitalisme.

    Il a remonté depuis l’objet-marchandise jusqu’au capitalisme, il est parvenu du particulier au tout.

    Mais ce tout est un particulier, qui lui-même doit avoir une source.

    Tout comme un marteau a été produit historiquement, le capitalisme est un produit historique.

    Et on sait que chez Karl Marx, il y a la notion de mode de production : communisme primitif, esclavagisme, féodalisme, capitalisme, socialisme, Communisme.

    Si on veut rendre les choses plus complexes, on peut formuler cela ainsi : Karl Marx est parti du fini pour aller à l’infini, mais l’infini est lui-même fini.

    Il faut trouver ce fini pour retourner… à l’infini.

    La difficulté qu’a Karl Marx, bien sûr, c’est qu’une fois qu’on a trouvé une contradiction, il est difficile d’en sortir pour relancer le processus.

    On a des travailleurs isolés face au capital parce qu’on a le capitalisme, on a le capitalisme parce qu’on a des travailleurs isolés face au capital.

    Comment se sortir de là ?

    Tout simplement, en partant de la dernière contradiction trouvée.

    On a vu que l’accumulation du capital était produite par la séparation du travailleur et de sa force de travail.

    Pour arriver à la « préhistoire » du capitalisme, il faut donc trouver la genèse de cette séparation.

    Ce que Karl Marx présente ainsi :

    « Au fond du système capitaliste, il y a donc la séparation radicale du producteur d’avec les moyens de production.

    Cette séparation se reproduit sur une échelle progressive dès que le système capitaliste s’est une fois établi; mais comme celle-là forme la base de celui-ci, il ne saurait s’établir sans elle.

    Pour qu’il vienne au monde, il faut donc que, partiellement au moins, les moyens de production aient déjà été arrachés sans phrase aux producteurs, qui les employaient à réaliser leur propre travail, et qu’ils se trouvent déjà détenus par des producteurs marchands, qui eux les emploient à spéculer sur le travail d’autrui.

    Le mouvement historique qui fait divorcer le travail d’avec ses conditions extérieures, voilà donc le fin mot de l’accumulation appelée « primitive » parce qu’elle appartient à l’âge préhistorique du monde bourgeois. »

    Quel est l’aspect principal de cette séparation ?

    C’est l’expropriation des masses dans les campagnes.

    Karl Marx étudie donc le phénomène.

    Il regarde ensuite comment les expropriés ont été traités : on s’en doute, extrêmement mal.

    Il faut alors se tourner vers le contraire du phénomène et Karl Marx nous parle de la genèse du fermier capitaliste.

    Celui-ci s’immisce dans les interstices de la grande propriété foncière issue de l’expropriation des terres.

    Comme l’industrie domestique s’effondre également avec les expropriations, il y a un espace pour le capital devenant industriel, avec évidemment à l’arrière-plan le capital usuraire et le capital commercial.

    Les prêteurs et les marchands entrent ainsi en scène en ayant transformé leur approche historique.

    Comme en plus, on a un contexte colonial, avec l’Afrique, l’Amérique, mais également l’Asie, on a toute une accumulation de capital qui se met en place.

    Cette accumulation du capital, qui se fonde sur une expropriation, est appelée à être expropriée, dialectiquement.

    Karl Marx nous présente comme suit la négation de la négation :

    « L’expropriation des producteurs immédiats s’exécute avec un vandalisme impitoyable qu’aiguillonnent les mobiles les plus infâmes, les passions les plus sordides et les plus haïssables dans leur petitesse.

    La propriété privée, fondée sur le travail personnel, cette propriété qui soude pour ainsi dire le travailleur isolé et autonome aux conditions extérieures du travail, va être supplantée par la propriété privée capitaliste, fondée sur l’exploitation du travail d’autrui, sur le salariat.

    Dès que ce procès de transformation a décomposé suffisamment et de fond en comble la vieille société, que les producteurs sont changés en prolétaires, et leurs conditions de travail, en capital, qu’enfin le régime capitaliste se soutient par la seule force économique des choses, alors la socialisation ultérieure du travail, ainsi que la métamorphose progressive du sol et des autres moyens de production en instruments socialement exploités, communs, en un mot, l’élimination ultérieure des propriétés privées, va revêtir une nouvelle forme.

    Ce qui est maintenant à exproprier, ce n’est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste, le chef d’une armée ou d’une escouade de salariés.

    Cette expropriation s’accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux.

    Corrélativement à cette centralisation, à l’expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se développent sur une échelle toujours croissante l’application de la science à la technique, l’exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l’outil en instruments puissants seulement par l’usage commun, partant l’économie des moyens de production, l’entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel, d’où le caractère international imprimé au régime capitaliste.

    A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d’évolution sociale, s’accroissent la misère, l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste.

    Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste.

    Cette enveloppe se brise en éclats.

    L’heure de la propriété capitaliste a sonné.

    Les expropriateurs sont à leur tour expropriés.

    L’appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la première négation de cette propriété privée qui n’est que le corollaire du travail indépendant et individuel.

    Mais la production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature.

    C’est la négation de la négation.

    Elle rétablit non la propriété privée, mais la propriété individuelle, fondée sur les acquêts [=tout ce qui a été acheté par un couple, ici le couple capitaliste-travailleur] de l’ère capitaliste, sur la coopération et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol.

    Pour transformer la propriété privée et morcelée, objet du travail individuel, en propriété capitaliste, il a naturellement fallu plus de temps, d’efforts et de peines que n’en exigera la métamorphose en propriété sociale de la propriété capitaliste, qui de fait repose déjà sur un mode de production collectif.

    Là, il s’agissait de l’expropriation de la masse par quelques usurpateurs; ici, il s’agit de l’expropriation de quelques usurpateurs par la masse. »

    Tel est l’appel au saut qualitatif fait par Karl Marx, après avoir exposé dialectiquement le développement du mode de production capitaliste.

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  • La septième section du Livre premier du Capital (accumulation du capital)

    La septième section du Capital redevient longue ; elle est divisée comme suit :

    XXIII. Reproduction simple

    XXIV. Transformation de la plus-value en capital

    I. Reproduction sur une échelle progressive. – Comment le droit de propriété de la production marchande devient le droit d’appropriation capitaliste.

    II. Fausse interprétation de la production sur une échelle progressive.

    III. Division de la plus-value en capital et en revenu. – Théorie de l’abstinence.

    IV. Circonstances qui, indépendamment de la division proportionnelle de la plus-value en capital et en revenu, déterminent l’étendue de l’accumulation. – Degré d’exploitation de la force ouvrière. – Différence croissante entre le capital employé et le capital consommé. – Grandeur du capital avancé.

    V. Le prétendu fonds de travail (Labour fund).

    XXV. Loi générale de l’accumulation capitaliste

    I. La composition du capital restant la même, le progrès de l’accumulation tend à faire monter le taux des salaires.

    II. Changements successifs de la composition du capital dans le progrès de l’accumulation et diminution relative de cette partie du capital qui s’échange contre la force ouvrière.

    III. Production croissante d’une surpopulation relative ou d’une armée industrielle de réserve.

    IV. Formes d’existence de la surpopulation relative. Loi générale de l’accumulation capitaliste.

    V. Illustration de la loi générale de l’accumulation capitaliste

    a. L’Angleterre de 1846 à 1866.
    b. Les couches industrielles mal payées.
    c. La population nomade. ‑ Les mineurs.
    d. Effet des crises sur la partie la mieux payée de la classe ouvrière.
    e. Le prolétariat agricole anglais.
    f. Irlande.

    Ce qu’on a dans cette section découle du précédent, qui a souligné la dimension exponentielle de la croissance permise par l’utilisation du capital variable, c’est-à-dire du travailleur.

    Karl Marx constate que toute société humaine produit et, une fois qu’elle l’a fait, reproduit, car la vie continue.

    Il y a des cycles de production permettant aux êtres humains de vivre à chaque cycle.

    Il remarque ici que la consommation des travailleurs est double : consommation collective au sein de la production avec les matières premières, mais également consommation individuelle pour vivre.

    Et cette consommation individuelle renforce d’autant plus le capitalisme.

    « Au point de vue social, la classe ouvrière est donc, comme tout autre instrument de travail, une appartenance du capital, dont le procès de reproduction implique dans certaines limites même la consommation individuelle des travailleurs.

    En retirant sans cesse au travail son produit et le portant au pôle opposé, le capital, ce procès empêche ses instruments conscients de lui échapper.

    La consommation individuelle, qui les soutient et les reproduit, détruit en même temps leurs subsistances, et les force ainsi à reparaître constamment sur le marché.

    Une chaîne retenait l’esclave romain; ce sont des fils invisibles qui rivent le salarié à son propriétaire.

    Seulement ce propriétaire, ce n’est pas le capitaliste individuel, mais la classe capitaliste (…).

    Le procès de production capitaliste considéré dans sa continuité, ou comme reproduction, ne produit donc pas seulement marchandise, ni seulement plus-value; il produit et éternise le rapport social entre capitaliste et salarié. »

    Cette situation renforce d’autant plus l’acquisition de surtravail par le capital, qui n’a pas comme démarche la reproduction simple, mais la reproduction élargie.

    On est ici dans une question extrêmement compliquée à saisir si on maîtrise mal la dialectique.

    L’intitulé de la section est « accumulation du capital », il faut le rappeler, et c’est précisément le titre que Rosa Luxembourg a donné à un de ses ouvrages.

    Elle y explique justement qu’il y a une faiblesse, somme toute, chez Karl Marx dans cette section et qu’en réalité, le capitalisme est obligé de conquérir des zones non capitalistes afin d’être en mesure de s’élargir.

    Rose Luxembourg n’avait précisément pas saisi le saut dialectique porté par le capitalisme dans la production ; elle raisonnait en quantité, sans voir la qualité.

    Voyons comment procède Karl Marx.

    Déjà, il déplace le curseur : il ne faut pas partir du droit de propriété de la production marchande en particulier, mais de l’appropriation capitaliste en général.

    On ne regarde plus les capitalistes comme quantité, on les prend comme ensemble, comme classe.

    Seulement voilà, quand on fait cela, on se retrouve avec une gigantesque somme d’informations.

    Bien sûr, on peut regarder les chiffres pour chaque année, mais alors on ne comprend pas réellement ce qui s’est passé comme processus.

    Or, pour le matérialisme dialectique, définir une chose au plus près, c’est comprendre son développement.

    « La reproduction annuelle est un procès très facile à saisir tant que l’on ne considère que le fonds de la production annuelle, mais tous les éléments de celle-ci doivent passer par le marché.

    Là, les mouvements des capitaux et des revenus personnels se croisent, s’entremêlent et se perdent dans un mouvement général de déplacement – la circulation de la richesse sociale – qui trouble la vue de l’observateur et offre à l’analyse des problèmes très compliqués. »

    Karl Marx fait de nombreuses constatations en passant ; il s’aperçoit que le capitaliste était abstinent initialement, afin d’accumuler du capital, mais qu’il ne l’est plus.

    Il prend en compte les progrès des sciences et des techniques dans l’amélioration de la productivité.

    Et c’est justement là où tout se joue.

    On se souvient qu’il avait opposé deux pôles dans le capital : il y a le capital constant, avec les machines et les matières premières, et le capital variable, ce dernier consistant en les salaires des travailleurs, en la force des travailleurs eux-mêmes.

    Karl Marx va alors formuler une thèse extraordinaire, bien plus facile à comprendre une fois qu’on a dépassé le premier quart du 21e siècle qu’auparavant.

    Pourquoi ?

    Parce qu’il expose en fait les phénomènes en développement, et que plus on peut constater ce développement, plus on en comprend le sens profond.

    C’est précisément là qu’il montre qu’il est notre maître, qu’il porte le premier le matérialisme dialectique, l’exposant concrètement.

    Que fait donc Karl Marx ?

    Il n’oppose pas seulement le capital variable au capital constant. Il va les opposer dans leur développement.

    C’est là que réside exactement la croissance exponentielle du capitalisme. Là est la clef qui a été recherchée si longtemps et avec tant d’efforts.

    Prenons le capital constant. Il consiste en les machines et les matières premières.

    Quel est son développement ?

    Il est double, qualitatif et quantitatif.

    Il est qualitatif, car les machines sont améliorées, remplacées par des meilleures, et il en va de même pour les matières premières.

    Il est quantitatif, parce qu’on a accès à toujours plus de machines et de matières premières.

    Et là, maintenant, voyons l’intelligence dialectique de Karl Marx.

    Qu’est-ce que le capital variable ?

    Ce sont les salaires pour payer les travailleurs pour leur force de travail.

    On devrait alors avoir : quel est le développement de la force de travail ?

    Mais Karl Marx, maîtrisant le matérialisme dialectique, sait qu’il n’y a pas que la force de travail de chaque travailleur qui est intégrée au capital : les travailleurs tout entiers le sont.

    Voilà pourquoi il faut voir les choses en termes de classe.

    La vraie question est donc : quel est le développement des travailleurs ?

    La réponse de Karl Marx est alors : il équivaut au développement du capital constant.

    Cela semble absurde, puisque les machines et les matières premières sont un domaine séparé des travailleurs.

    En réalité, ce sont les deux faces de la même pièce. Et cette pièce est le capital.

    La croissance exponentielle du capital tient en la contradiction entre le développement du capital constant et celui du capital variable, développements… qui sont les mêmes.

    Et comme, en même temps, ils ne sont pas les mêmes, c’est cela qui va provoquer l’effondrement du capitalisme.

    On a ainsi une exponentielle et une contradiction interne qui détermine le développement.

    Karl Marx est le maître du matérialisme dialectique, il inaugure une manière totalement nouvelle de concevoir les choses, de les voir dans leur fondement même.

    Expliquons maintenant concrètement comment cela se déroule.

    1. Karl Marx pose un rapport entre le capital variable et le capital constant. Ce rapport consiste en la proportion par rapport au capital total ; autrement dit, il demande quel est le pourcentage de l’un et de l’autre.

    2. Puisque le capital s’accumule, il devient plus important à chaque cycle. Il y a donc davantage d’investissements capitalistes et, par conséquent, davantage de travailleurs embauchés. S’il n’y avait pas ces travailleurs, il n’y aurait pas de surtravail, et sans surtravail pas de capitalisme.

    3. On a là un mouvement ascendant et, si on en restait là, alors la condition des travailleurs progresserait lentement mais sûrement, accompagnant l’expansion du capitalisme. Les travailleurs resteraient enchaînés, tout en y gagnant tout de même quelque chose de toujours un peu meilleur.

    4. Il existe cependant un développement inégal entre le capital constant et le capital variable. Le capitalisme prenant toujours plus d’ampleur, il est capable de mobiliser des ressources toujours plus énormes. Le développement de la technique et des technologies est plus rapide que le développement de la population des travailleurs.

    5. Le développement de la technique implique un décrochage de la proportion accordée aux travailleurs dans la production. La part du capital constant devient au fur et à mesure plus importante que celle du capital variable.

    6. Ce décrochage de la part du capital variable prend une dimension d’autant plus grande que le capital est capable de se centraliser, par exemple avec le crédit ou la bourse, et de se mobiliser pour réaliser de profonds bouleversements, comme les chemins de fer.

    7. Le capital a donc comme une respiration : dans son élan premier, il attire les travailleurs ; lorsqu’il se renforce techniquement, il ne les attire plus et les repousse même. Il y a un effet de va-et-vient en permanence, ce qui fait qu’il y a toujours des travailleurs qui se retrouvent pris et jeté, formant un réservoir à disposition (c’est « l’armée industrielle de réserve »).

    8. Plus l’ensemble du capital est puissant, plus la capacité à renforcer le capital variable prend une dimension plus grande, ce qui augmente la taille de l’armée de réserve. Plus il y a va-et-vient dans de grandes proportions, plus l’armée de réserve s’agrandit d’autant.

    9. L’existence de cette armée de réserve s’accompagne de celle de masses précipitées dans le paupérisme, marginalisées, mises de côté du processus général.

    Il faut bien saisir l’importance de cette question.

    Karl Marx la définit comme la « loi générale de l’accumulation capitaliste » !

    Pourtant, cette notion d’armée industrielle de réserve a toujours été considérée comme secondaire, comme un aspect important mais somme toute à part du processus général.

    Rien de plus faux. En réalité, cette armée industrielle de réserve est le nexus de la contradiction entre capital constant et capital variable.

    C’est le cœur de la contradiction propre au mode de production capitaliste.

    D’un côté, le capitaliste a besoin de la force de travail des travailleurs, pour leur extorquer du surtravail.

    Mais cette extorsion ne consiste pas simplement en des heures non payées, elle n’est pas que quantitative.

    Elle est qualitative, car on augmente le niveau technique de la production, on utilise des machines plus perfectionnées.

    Le travailleur doit suivre le rythme de complexification de la production. Mais ce n’est pas le travailleur qui intéresse le capitaliste, mais sa force de travail. Là est la contradiction.

    Le travailleur s’épuise donc, et ne remarque pas ce qu’il apporte à la société dans son ensemble, alors que le capitaliste utilise sa force de travail en la pressurisant, tout en disant ne pas être concerné par le travailleur pour le reste.

    Si on regarde par contre à l’échelle sociale, c’est évident : les capitalistes profitent de l’activité des travailleurs, qui sont attirés pour être exploités et en même temps repoussés lors de l’accélération du niveau technique.

    Comme le capital grandit toujours, il y a toujours plus de travailleurs, car sans travailleurs, il n’y a pas d’exploitation, donc pas de capital. Mais le renforcement de la capacité technique de la production exige des sacrifices toujours plus grands de leur départ, et ils sont repoussés également au fur et à mesure.

    C’est ainsi que le capitalisme grandit : par sa capacité à employer les travailleurs comme bon lui semble, car ils vendent leur force de travail, et qu’on peut ne pas l’acheter. La capacité de mobilisation humaine du capitalisme est précisément ce qui permet son expansion.

    L’accumulation du capital est le produit de la contradiction entre le capital constant et le capital variable, où justement le terme de variable a tout son sens, car le capitaliste peut tout le temps le façonner quand il veut et comme il veut.

    Cela se fait au prix de la mise en place d’une armée industrielle de réserve toujours plus grande, ou si l’on préfère, d’une masse mise de côté de déclassés toujours plus grande.

    Concluons par deux extraits du Capital, dont le sens s’éclaire bien si on a compris cela. Voici déjà sur le rapport obligatoire entre l’expansion du capital et l’expansion du prolétariat :

    « Cependant les circonstances plus ou moins favorables au milieu desquelles la classe ouvrière se reproduit et se multiplie ne changent rien au caractère fondamental de la reproduction capitaliste.

    De même que la reproduction simple ramène constamment le même rapport social – capitalisme et salariat, ainsi l’accumulation ne fait que reproduire ce rapport sur une échelle également progressive, avec plus de capitalistes (ou de plus gros capitalistes) d’un côté, plus de salariés de l’autre.

    La reproduction du capital renferme celle de son grand instrument de mise en valeur, la force de travail.

    Accumulation du capital est donc en même temps accroissement du prolétariat. »

    Voici ensuite une longue explication qui prend désormais tout son sens : la force de travail est une matière première pour le capital, mais le travailleur est lui aussi une matière première à l’échelle du capitalisme !

    « La réserve industrielle est d’autant plus nombreuse que la richesse sociale, le capital en fonction, l’étendue et l’énergie de son accumulation, partant aussi le nombre absolu de la classe ouvrière et la puissance productive de son travail, sont plus considérables.

    Les mêmes causes qui développent la force expansive du capital amenant la mise en disponibilité de la force ouvrière, la réserve industrielle doit augmenter avec les ressorts de la richesse.

    Mais plus la réserve grossit, comparativement à l’armée active du travail, plus grossit aussi la surpopulation consolidée dont la misère est en raison directe du labeur imposé.

    Plus s’accroît enfin cette couche des Lazare [qui a été ressuscité par Jésus] de la classe salariée, plus s’accroît aussi le paupérisme officiel.

    Voilà la loi générale, absolue, de l’accumulation capitaliste. L’action de cette loi, comme de toute autre, est naturellement modifiée par des circonstances particulières.

    On comprend donc toute la sottise de la sagesse économique qui ne cesse de prêcher aux travailleurs d’accommoder leur nombre aux besoins du capital.

    Comme si le mécanisme du capital ne le réalisait pas continuellement, cet accord désiré, dont le premier mot est : création d’une réserve industrielle, et le dernier : invasion croissante de la misère jusque dans les profondeurs de l’armée active du travail, poids mort du paupérisme.

    La loi selon laquelle une masse toujours plus grande des éléments constituants de la richesse peut, grâce au développement continu des pouvoirs collectifs du travail, être mise en œuvre avec une dépense de force humaine toujours moindre, cette loi qui met l’homme social à même de produire davantage avec moins de labeur, se tourne dans le milieu capitaliste – où ce ne sont pas les moyens de production qui sont au service du travailleur, mais le travailleur qui est au service des moyens de production – en loi contraire, c’est-à-dire que, plus le travail gagne en ressources et en puissance, plus il y a pression des travailleurs sur leurs moyens d’emploi, plus la condition d’existence du salarié, la vente de sa force, devient précaire.

    L’accroissement des ressorts matériels et des forces collectives du travail, plus rapide que celui de la population, s’exprime donc en la formule contraire, savoir : la population productive croit toujours en raison plus rapide que le besoin que le capital peut en avoir.

    L’analyse de la plus-value relative (sect. IV) nous a conduit à ce résultat : dans le système capitaliste toutes les méthodes pour multiplier les puissances du travail collectif s’exécutent aux dépens du travailleur individuel ;

    tous les moyens pour développer la production se transforment en moyens de dominer et d’exploiter le producteur : ils font de lui un homme tronqué, fragmentaire, ou l’appendice d’une machine ;

    ils lui opposent comme autant de pouvoirs hostiles les puissances scientifiques de la production-, ils substituent au travail attrayant le travail forcé ;

    ils rendent les conditions dans lesquelles le travail se fait de plus en plus anormales et soumettent l’ouvrier durant son service à un despotisme aussi illimité que mesquin ;

    ils transforment sa vie entière en temps de travail et jettent sa femme et ses enfants sous les roues du Jagernaut [grand char tiré lors des processions hindoues vénérant le dieu Jagannath, avatar de Vishnou] capitaliste.

    Mais toutes les méthodes qui aident à la production de la plus-value favorisent également l’accumulation, et toute extension de celle-ci appelle à son tour celles-là.

    Il en résulte que, quel que soit le taux des salaires, haut ou bas, la condition du travailleur doit empirer à mesure que le capital s’accumule.

    Enfin la loi, qui toujours équilibre le progrès de l’accumulation et celui de la surpopulation relative, rive le travailleur au capital plus solidement que les coins de Vulcain ne rivaient Prométhée à son rocher.

    C’est cette loi qui établit une corrélation fatale entre l’accumulation du capital et l’accumulation de la misère, de telle sorte qu’accumulation de richesse à un pôle, c’est égale accumulation de pauvreté, de souffrance, d’ignorance, d’abrutissement, de dégradation morale, d’esclavage, au pôle opposé, du côté de la classe qui produit le capital même. »

    On comprend maintenant pourquoi le capitalisme ne peut pas exister sans travailleur libre.

    Un esclave et un serf ne permettent pas d’avoir la même marge de manœuvre pour les va-et-vient du capitalisme.

    De plus, le travailleur ne fait pas que fournir sa force de travail et dépendre, en tant que travailleur, du capital.

    Sa consommation s’insère elle aussi dans le capitalisme.

    Le travailleur est toujours perdant, à tous les niveaux.

    La raison en est la contradiction entre le travailleur et la force de travail qu’il vend, et entre cette force de travail comme capital variable faisant face au capital constant.

    Les machines et les matières premières ne font rien d’elles-mêmes, ce sont les êtres humains qui les font fonctionner qui décident de tout, car ils apportent la qualité à la quantité.

    Et à l’échelle de la société toute entière, ce sont les travailleurs qui permettent les sauts qualitatifs, tout en étant exploités par eux, puis mis de côté.

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  • La sixième section du Livre premier du Capital (le salaire)

    La sixième section du Capital est également relativement courte ; elle est divisée comme suit :

    XIX. Transformation de la valeur ou du prix de la force de travail en salaire

    XX. Le salaire au temps

    XXI. Le salaire aux pièces

    XXII. Différence dans le taux des salaires nationaux

    Ici, on en revient à la constatation d’une contradiction.

    Quels en sont les deux pôles, quel phénomène les porte ?

    Karl Marx se fonde, pour développer son analyse, sur ce constat d’une importance essentielle :

    « Ce qui sur le marché fait directement vis-à-vis au capitaliste, ce n’est pas le travail, mais le travailleur.

    Ce que celui-ci vend, c’est lui-même, sa force de travail.

    Dès qu’il commence à mettre cette force en mouvement, à travailler, or, dès que son travail existe, ce travail a déjà cessé de lui appartenir et ne peut plus désormais être vendu par lui.

    Le travail est la substance et la mesure inhérente des valeurs, mais il n’a lui-même aucune valeur. »

    Ce passage doit absolument être compris ; il porte en lui la substance même de toute l’approche de Karl Marx : s’il y a développement des forces productives, c’est qu’il y a moyen qu’ils se développent, et c’est donc qu’il y a un sol pour une exponentielle.

    C’est tout simple : imaginons qu’on puisse quantifier le travail, de la même manière qu’on achète de l’essence pour une voiture.

    Le travailleur serait en mesure de savoir exactement ce qu’il fournit comme quantité de travail, tout comme on sait qu’on a précisément acheté 50 litres d’essence.

    Or, dans la réalité, le travailleur ne peut aucunement quantifier la force de travail qu’il fournit. Il peut d’autant moins le faire qu’il n’est plus un artisan produisant par exemple tant de tables en tant d’heures.

    Il est inséré dans une immense coopération économique, à l’échelle de la société toute entière, voire existante à travers différents pays.

    Le travail appartient au travailleur et est vendu au capital. En ce sens, le travailleur existe de manière indépendante ; il a un contrat de travail.

    Mais en même temps, le travailleur, lorsqu’il travaille, devient capital variable. Il devient une partie du capital, en tant que travailleur !

    C’est précisément là qu’on lui arrache du travail non payé.

    Si le travailleur était un robot, son travail pourrait être quantifiable.

    Là, il ne l’est pas, et le capitaliste peut jouer sur ses muscles, ses nerfs, son intelligence, sa psyché, etc.

    Cette double nature du travailleur – il est indépendant et vend un travail en particulier, tout en devenant capital variable en général – fait que la notion de salaire est extrêmement problématique.

    D’où l’analyse de Karl Marx, à partir de cette double nature, de cette contradiction dans la situation du travailleur.

    Son insertion dans une immense coopération n’est pas quantifiable et c’est ce qui permet le saut qualitatif du capital ; le salaire ne le montre pas.

    Il y a une mystique du salaire et Karl Marx s’attarde alors à le montrer, en s’intéressant au salaire au temps, au salaire aux pièces, à la différence dans le taux des salaires nationaux.

    Il est montré à chaque fois comment le capitalisme procède pour extorquer le surtravail.

    C’est un phénomène objectif : le capitaliste ne le voit pas non plus ; il est mystifié, tout comme le travailleur l’est.

    « L’apparence seule des rapports de production se reflète dans le cerveau du capitaliste.

    Il ne sait pas que le soi disant prix normal du travail contient aussi un certain quantum de travail non payé, et que c’est précisément ce travail non payé qui est la source de son gain normal.

    Le temps de surtravail n’existe pas pour lui, car il est compris dans la journée normale qu’il croit payer avec le salaire quotidien. »

    La contradiction du travailleur est ce qui produit le salaire : telle est la substance de la sixième section.

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  • La cinquième section du Livre premier du Capital (recherches ultérieures sur la production de la plus-value)

    La cinquième section du Capital est divisée comme suit :

    XVI. Plus-value absolue et plus-value relative

    XVII. Variations dans le rapport de grandeur entre la plus-value et la valeur de la force de travail

    XVIII. Formules diverses pour le taux de la plus-value

    Comme on le voit, c’est plus court et, surtout, Karl Marx revient sur la notion de plus-value.

    On reconnaît tout de suite son approche, qui vise à apporter un éclairage nouveau.

    Ce que vise Karl Marx, naturellement, c’est à ce qu’on obtienne une vision claire, par un recul historique.

    Auparavant, il était parti du particulier et, se fondant sur la dignité du réel, il a constaté les contradictions et il les a suivies.

    Dans cette section, on a des précisions sur les modalités de la plus-value, mais cette fois à partir d’une vue d’ensemble.

    Le passage suivant reflète absolument l’état d’esprit général qui traverse toute la section.

    C’est une véritable mise en perspective ; on ne se concentre plus sur le phénomène dans son immédiateté, on le situe dans son contexte historique en prenant en toile de fond un processus s’étalant sur des dizaines, des centaines de milliers d’années.

    « Les facultés de l’homme primitif, encore en germe, et comme ensevelies sous sa croûte animale, ne se forment au contraire que lentement sous la pression de ses besoins physiques.

    Quand, grâce à de rudes labeurs, les hommes sont parvenus à s’élever au‑dessus de leur premier état animal, que par conséquent leur travail est déjà dans une certaine mesure socialisé, alors, et seulement alors, se produisent des conditions où le surtravail de l’un peut devenir une source de vie pour l’autre, et cela n’a jamais lieu sans l’aide de la force qui soumet l’un à l’autre.

    À l’origine de la vie sociale les forces de travail acquises sont assurément minimes, mais les besoins le sont aussi, qui ne se développent qu’avec les moyens de les satisfaire.

    En même temps, la partie de la société qui subsiste du travail d’autrui ne compte presque pas encore, comparativement à la masse des producteurs immédiats.

    Elle grandit absolument et relativement à mesure que le travail social devient plus productif.

    Du reste, la production capitaliste prend racine sur un terrain préparé par une longue série d’évolutions et de révolutions économiques.

    La productivité du travail, qui lui sert de point de départ, est l’œuvre d’un développement historique dont les périodes se comptent non par siècles, mais par milliers de siècles.

    Abstraction faite du mode social de la production, la productivité du travail dépend des conditions naturelles au milieu desquelles il s’accomplit.

    Ces conditions peuvent toutes se ramener soit à la nature de l’homme lui-même, à sa race, etc., soit à la nature qui l’entoure.

    Les conditions naturelles externes se décomposent au point de vue économique en deux grandes classes : richesse naturelle en moyens de subsistance, c’est‑à‑dire fertilité du sol, eaux poissonneuses, etc., et richesse naturelle en moyens de travail, tels que chutes d’eau vive, rivières navigables, bois, métaux, charbon, et ainsi de suite.

    Aux origines de la civilisation c’est la première classe de richesses naturelles qui l’emporte ; plus tard, dans une société plus avancée, c’est la seconde.

    Qu’on compare, par exemple, l’Angleterre avec l’Inde, ou, dans le monde antique, Athènes et Corinthe avec les contrées situées sur la mer Noire (…).

    La patrie du capital ne se trouve pas sous le climat des tropiques, au milieu d’une végétation luxuriante, mais dans la zone tempérée.

    Ce n’est pas la fertilité absolue du sol, mais plutôt la diversité de ses qualités chimiques, de sa composition géologique, de sa configuration physique, et la variété de ses produits naturels, qui forment la base naturelle de la division sociale du travail et qui excitent l’homme, en raison des conditions multiformes au milieu desquelles il se trouve placé, à multiplier ses besoins, ses facultés, ses moyens et modes de travail.

    C’est la nécessité de diriger socialement une force naturelle, de s’en servir, de l’économiser, de se l’approprier en grand par des œuvres d’art, en un mot de la dompter, qui joue le rôle décisif dans l’histoire de l’industrie.

    Telle a été la nécessité de régler et de distribuer le cours des eaux, en Égypte, en Lombardie, en Hollande, etc.

    Ainsi en est‑il dans l’Inde, dans la Perse, etc., où l’irrigation au moyen de canaux artificiels fournit au sol non seulement l’eau qui lui est indispensable, mais encore les engrais minéraux qu’elle détache des montagnes et dépose dans son limon.

    La canalisation, tel a été le secret de l’épanouissement de l’industrie en Espagne et en Sicile sous la domination arabe. »

    Le capitalisme s’inscrit dans le long parcours de transformation du monde par l’humanité, où l’humanité se transforme elle-même.

    Elle produit des choses nouvelles, afin de satisfaire des besoins nouveaux.

    Et dans ce processus où ce qui transforme est transformé également, il y a une minorité qui profite du travail d’autrui, une exploitation qui prend une forme historique d’une immense ampleur avec l’émergence du capital comme forme sociale.

    Est-ce à dire que Karl Marx a perdu de vue la contradiction ?

    Absolument pas.

    Ce serait contraire à l’approche matérialiste dialectique.

    La contradiction qu’on retrouve en toile de fond est exposée dans le titre du deuxième chapitre : « variations dans le rapport de grandeur entre la plus-value et la valeur de la force de travail ».

    Même si Karl Marx parle des variations et présente le cadre historiquement, le moteur de sa démarche est une contradiction : celle entre la plus-value et la force de travail.

    Cela ne se voit pas forcément, parce qu’il parle de leur rapport de grandeur.

    Mais qui dit rapport de grandeur dit rapport, et qui dit rapport dit lutte et transformation, selon le matérialisme dialectique.

    Et que produit la contradiction entre la plus-value et la force de travail, dans leur rapport contradictoire ?

    Bien entendu, la nature du salaire.

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  • La quatrième section du Livre premier du Capital (la production de la plus-value relative)

    La quatrième section du Capital est divisée comme suit :

    XII. La plus-value relative

    XIII. Coopération

    XIV. Division du travail et manufacture

    1. Double origine de la manufacture
    2. Le travailleur parcellaire et son outil
    3. Mécanisme général de la manufacture. Ses deux formes fondamentales. Manufacture hétérogène et manufacture sérielle
    4. Division du travail dans la manufacture et dans la société
    5. Caractère capitaliste de la manufacture

    XV. Machinisme et grande industrie

    1. Développement des machines et de la production mécanique
    2. Valeur transmise par la machine au produit
    3. Réaction immédiate de l’industrie mécanique sur le travailleur
    4. La fabrique
    5. Lutte entre travailleur et machine
    6. Théorie de la compensation
    7. Répulsion et attraction des ouvriers par la fabrique. Crises de l’industrie cotonnière.
    8. Révolution opérée dans la manufacture, le métier et le travail à domicile par la grande industrie
    9. Législation de fabrique
    10. Grande industrie et agriculture

    De quoi parle-t-on ici ?

    Eh bien, c’est toujours le même procédé.

    Dans la première section, il prend l’objet et dit qu’elle a une valeur d’usage et une valeur d’échange.

    Dans la deuxième section, il dit que l’argent a deux aspects : il peut être argent, il peut être capital.

    Dans la troisième section, il dit que le capital a deux aspects : capital constant et capital variable.

    Tout cela a abouti à dire qu’il y a la plus-value, consistant en le résultat de ce qu’on a arraché aux travailleurs comme force de travail non rémunéré.

    On l’a deviné : Karl Marx va maintenant dire que la plus-value a elle-même deux aspects. Il distingue la plus-value absolue et la plus-value relative.

    Pour faire simple, il oppose la quantité à la qualité.

    La plus-value absolue consiste à allonger la durée du temps de travail, c’est-à-dire à dépasser le temps de travail pour lequel le travailleur est payé.

    En ajoutant un temps de travail, qui est non payé en pratique, on obtient la plus-value.

    C’est le socle de l’exploitation et c’est relié à la notion de quantité.

    La plus-value relative consiste à augmenter la productivité ; c’est la qualité.

    On notera ici que cela joue même indirectement : si les produits sont moins chers, on peut faire en sorte de payer moins les travailleurs.

    Dans le premier cas, les travailleurs agissent pareillement, mais plus longtemps ; dans le second cas, ils travaillent la même durée qu’auparavant, mais plus efficacement.

    Karl Marx note d’ailleurs que c’est justement la quantité qui est devenue qualité, puisque le capitalisme est né par un changement d’échelle de la production et de la consommation :

    « La production capitaliste ne commence en fait à s’établir que là où un seul maître exploite beaucoup de salariés à la fois, où le procès de travail, exécuté sur une grande échelle, demande pour l’écoulement de ses produits un marché étendu.

    Une multitude d’ouvriers fonctionnant en même temps sous le commandement du même capital, dans le même espace (ou si l’on veut sur le même champ de travail), en vue de produire le même genre de marchandises, voilà le point de départ historique de la production capitaliste.

    C’est ainsi qu’à son début, la manufacture proprement dite se distingue à peine des métiers du moyen âge, si ce n’est pas le plus grand nombre d’ouvriers exploités simultanément.

    L’atelier du chef de corporation n’a fait qu’élargir ses dimensions.

    La différence commence par être purement quantitative. »

    Ce n’est pas tout, bien sûr.

    Si la quantité se transforme en qualité, cette dernière connaît une croissance exponentielle.

    La coopération devient toujours plus complexe, ce qui agit bien entendu sur les forces productives qui deviennent toujours plus performantes et puissantes.

    Ce n’est pas là un choix rationnel, mais un produit des besoins du capital lui-même. Karl Marx le souligne bien :

    « Le capitaliste n’est point capitaliste parce qu’il est directeur industriel ; il devient au contraire chef d’industrie parce qu’il est capitaliste. » 

    Le capitalisme n’a pas été mis en place par des génies investisseurs ; c’est le produit de la nature du capital lui-même, qui pour se valoriser toujours plus transforme la réalité selon ses propres besoins.

    Karl Marx s’intéresse ensuite au processus de mise en place de la coopération à grande échelle.

    Il analyse la mise en place de la manufacture, qui façonne les travailleurs selon ses besoins.

    La contradiction est ici entre l’individu et la collectivité, entre la quantité et la qualité également, et bien entendu entre le particulier et l’universel.

    « Le corps de travail fonctionnant dans la manufacture et dont les membres sont des ouvriers de détail, appartient au capitaliste ; il n’est qu’une forme d’existence du capital.

    La force productive, issue de la combinaison des travaux, semble donc naître du capital.

    La manufacture proprement dite ne soumet pas seulement le travailleur aux ordres et à la discipline du capital, mais établit encore une gradation hiérarchique parmi les ouvriers eux-mêmes.

    Si, en général, la coopération simple n’affecte guère le mode de travail individuel, la manufacture le révolutionne de fond en comble et attaque à sa racine la force de travail.

    Elle estropie le travailleur, elle fait de lui quelque chose de monstrueux en activant le développement factice de sa dextérité de détail, en sacrifiant tout un monde de dispositions et d’instincts producteurs, de même que dans les États de la Plata [= l’Argentine et l’Uruguay], on immole un taureau pour sa peau et son suif.

    Ce n’est pas seulement le travail qui est divisé, subdivisé et réparti entre divers individus, c’est l’individu lui-même qui est morcelé et métamorphosé en ressort automatique d’une opération exclusive, de sorte que l’on trouve réalisée la fable absurde de Menennius Agrippa, représentant un homme comme fragment de son propre corps. »

    Ici, on touche au vrai Karl Marx, au sens où c’est un domaine qu’il affectionne particulièrement.

    Il est très intéressé par tout ce qui est technologie, tout ce qui est modification de la technique et apport technologique.

    Il expose les choses donc avec beaucoup de détails, mais il faut bien comprendre qu’ici la clef absolue, c’est la compréhension qu’à partir de ce moment-là, historiquement, on a une production pour la production.

    Auparavant, chaque production était séparée d’une autre, grosso modo.

    Désormais, on peut produire pour mettre en place une production ; on fabrique des machines pour fabriquer des machines.

    C’est un immense bouleversement sur le plan des forces productives.

    La coopération entre individus produit une collectivité productive, capable de mettre en place des collectivités productives au service de collectivités productives, et ainsi de suite.

    Dialectiquement, cela modifie d’autant la nature du travail :

    « En rendant superflue la force musculaire, la machine permet d’employer des ouvriers sans grande force musculaire, mais dont les membres sont d’autant plus souples qu’ils sont moins développés (…).

    L’automate, en sa qualité de capital, est fait homme dans la personne du capitaliste.

    Une passion l’anime : il veut tendre l’élasticité humaine et broyer toutes ses résistances. »

    Et effectivement, c’est à ce moment-là que se généralise le travail des enfants, l’intégration des femmes dans la production.

    Karl Marx fait une longue présentation de la situation sociale provoquée par cette nouvelle situation historique.

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  • La troisième section du Livre premier du Capital (la production de la plus-value absolue)

    La troisième section du Capital a un nombre de divisions plus important que précédemment. On a ainsi :

    VII. Production de valeurs d’usage et production de la plus-value

    VIII. Capital constant et capital variable

    IX. Le taux de la plus-value

    X. La journée de travail

    1. Limite de journée de travail
    2. Le Capital affamé de surtravail – Boyard et fabricant
    3. La journée de travail dans les branches de l’industrie où l’exploitation n’est pas limitée par la loi.
    4. Travail de jour et nuit. – Le système des relais
    5. Lois coercitives pour la prolongation de la journée de travail depuis le milieu du XIV° jusqu’à la fin du XVII° siècle.
    6. Lutte pour la journée de travail normale – Limitation légale du temps de travail – la législation manufacturière anglaise de 1833 à 1864
    7. La lutte pour la journée de travail normale. Contrecoup de la législation anglaise sur les autres pays.

    XI. Taux et masse de la plus-value

    Tout cela semble bien chargé et la raison en est la suivante.

    Dans la première section, Karl Marx nous parle de l’objet produit par la culture humaine, qui a une valeur d’usage mais également une valeur d’échange, car il est lancé sur un marché.

    Dans la seconde section, Karl Marx nous explique que l’argent peut être davantage que l’argent : lancé dans la production, il en ressort plus grand ; ce phénomène, une fois généralisé, consiste en le capital et c’est alors le capitalisme.

    Le sens de la troisième section, c’est donc d’expliquer pourquoi cet argent qui rentre dans la production ressort plus grand qu’à l’origine.

    Naturellement, c’est de nouveau avec la prise en considération d’une contradiction qu’il va formuler cela.

    Cette contradiction concerne le capital, c’est-à-dire l’argent investi dans la production.

    Que permet de procurer cet argent ?

    D’une part, des machines et des matières premières, de l’autre, de la force du travail.

    Au fond, il n’y a pas de différence, puisque la force du travail, c’est un être humain dont on utilise la force. Karl Marx explique, et la phrase est très importante :

    « L’homme lui-même, en tant que simple existence de force de travail, est un objet naturel, un objet vivant et conscient, et le travail n’est que la manifestation externe, matérielle de cette force. »

    Or, cet objet naturel existe encore dans la production, contrairement aux matières premières qui, elles, disparaissent dans l’objet produit, appelé à devenir une marchandise.

    Il y a donc une différence de nature entre l’objet naturel dont on utilise la force de travail et les machines, les matières premières.

    Karl Marx la précise en définissant le premier comme le capital variable, le second comme le capital constant.

    Pourquoi ces termes ?

    Déjà, Karl Marx veut indiquer qu’ils forment les deux aspects de la même contradiction.

    Le capital, c’est la contradiction entre le capital constant et le capital variable, dont le résultat est la production de marchandises.

    Ensuite, maîtrisant le matérialisme dialectique, Karl Marx veut dire par là qu’il s’agit de la contradiction interne.

    On pourrait penser, en effet, qu’il serait possible de mieux utiliser les matières premières.

    Ces dernières pourraient changer de nature et il n’y aurait alors aucune raison de les caractériser comme « constant », comme un capital constant.

    Cependant, une telle utilisation améliorée serait trouvée par les scientifiques, en dehors de la production ; elle concernerait toute la société, elle ne jouerait pas au sens strict sur le rapport contradictoire entre les travailleurs et les machines avec les matières premières.

    Par contre, les travailleurs restent eux tout le temps « variable », car on peut agir sur eux.

    On peut faire en sorte qu’ils travaillent plus… Et non seulement on peut faire en sorte qu’ils travaillent plus, mais on peut recommencer le processus !

    C’est ce qui fait dire à Karl Marx que :

    « La force de travail en activité, le travail vivant a donc la propriété de conserver de la valeur en ajoutant de la valeur ; c’est là un don naturel qui ne coûte rien au travailleur, mais qui rapporte beaucoup au capitaliste ; il lui doit la conservation de la valeur actuelle de son capital. »

    Karl Marx appelle plus-value cette force de travail qui est poussée à travailler au-delà de ce pourquoi elle est payée.

    C’est une forme moderne d’exploitation.

    Le capitaliste ajoute de la valeur aux marchandises, en plus de son argent initial, en jouant sur le travail apporté, en forçant le travailleur à fournir plus d’efforts, de manière insidieuse.

    Le travailleur croit être payé pour ce qu’il fait, mais ce qu’il fait dépasse en réalité ce pour quoi il est payé.

    Tel est l’aspect principal, et Karl Marx va ensuite justement regarder les aspects secondaires.

    Il constate, déjà, qu’il existe plusieurs taux de plus-value, selon le degré d’heures de travail en réalité non payées aux travailleurs.

    Ensuite, il fait tout un panorama des situations de l’époque relative à la durée de la journée de travail.

    Car l’objet naturel qu’est l’être humain s’use et s’abîme, il peut même mourir si on le pousse à bout, comme les esclaves noirs en Amérique.

    La question des horaires de travail est donc inévitablement à prendre en compte et on comprend que les capitalistes font de savants calculs afin d’augmenter au mieux leur rentabilité dans l’utilisation de la force de travail.

    Et plus les travailleurs forment une masse grande, plus le « surtravail » qui leur est arraché est grand, et plus le capitalisme est lui-même.

    Karl Marx résume parfaitement cette réalité en expliquant que :

    « La vie du capital ne consiste que dans son mouvement comme valeur perpétuellement en voie de multiplication. »

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    plan dialectique du Capital : le Livre premier

  • La deuxième section du Livre premier du Capital (la transformation de l’argent en capital)

    La deuxième section du Capital est divisée comme suit :

    IV. Transformation de l’argent en capital

    V. Les contradictions de la formule générale du capital


    VI. Achat et vente de la force de travail

    On l’a compris : c’est elle qui aborde la notion de capital.

    On est parti de la marchandise, on a vu sa nature d’objet jeté sur le marché, et comment ceux qui se procurent ces objets-marchandises sur le marché ont en tête le prix.

    C’est l’argent des marchandises qui compte ; le travail derrière les objets semble invisible.

    Karl Marx utilise alors le matérialisme dialectique de manière formidable.

    Il se tourne vers l’argent et il dit qu’il y a une contradiction. Il y a l’argent en tant qu’argent, mais il y a l’argent en tant que capital.

    Le consommateur paie la marchandise avec de l’argent.

    Il avait cet argent, il ne l’a plus : il l’a remis à quelqu’un d’autre, en échange de la marchandise.

    Cet argent ne tombe pas du ciel : le consommateur l’a eu, car il a travaillé, il a lui-même produit.

    Ce qu’il a produit est devenu une marchandise également.

    Du point de vue du consommateur, c’est une sorte de troc où l’argent sert d’intermédiaire.

    On a la marchandise produite pour laquelle on a reçu de l’argent, on a donné cet argent pour obtenir une marchandise.

    Seulement, le processus est différent pour le capitaliste, qui lui n’a pas en ligne de mire la marchandise.

    Ce qu’il produit ne l’intéresse pas. Ce qui l’intéresse, c’est d’accumuler de l’argent et pour cela il investit dans la production de marchandises.

    Il met de l’argent dans une production, cet argent permet la production d’une marchandise, qu’il revend pour obtenir de l’argent.

    Naturellement, le but est d’obtenir davantage d’argent à la fin du cycle.

    Et ce processus doit être renouvelé, amplifié. Karl Marx dit que le capitaliste est comme un avare, mais un avare qui a compris qu’il vaut mieux investir son argent que de le cacher.

    « C’est comme représentant, comme support conscient de ce mouvement que le possesseur d’argent devient capitaliste. Sa personne, ou plutôt sa poche, est le point de départ de l’argent et son point de retour.

    Le contenu objectif de la circulation A—M—A’ [argent – marchandise – davantage d’argent], c’est-à-dire la plus-value qu’enfante la valeur, tel est son but subjectif, intime.

    Ce n’est qu’autant que l’appropriation toujours croissante de la richesse abstraite est le seul motif déterminant de ses opérations, qu’il fonctionne comme capitaliste, ou, si l’on veut, comme capital personnifié, doué de conscience et de volonté.

    La valeur d’usage ne doit donc jamais être considérée comme le but immédiat du capitaliste , pas plus que le gain isolé ; mais bien le mouvement incessant du gain toujours renouvelé.

    Cette tendance absolue à l’enrichissement, cette chasse passionnée à la valeur d’échange lui sont communes avec le thésauriseur. Mais, tandis que celui-ci n’est qu’un capitaliste maniaque, le capitaliste est un thésauriseur rationnel.

    La vie éternelle de la valeur que le thésauriseur croit s’assurer en sauvant l’argent des dangers de la circulation, plus habile, le capitaliste la gagne en lançant toujours de nouveau l’argent dans la circulation »

    Si on en restait là, on aurait alors le capitaliste comme investisseur judicieux, qui a de l’argent, qui l’investit pour produire des choses, qui arrive à les vendre, et qui se fait une marge dessus.

    C’est là le principe du commerce et, justement, ce n’est pas cela le capitalisme en tant que tel.

    Karl Marx, notre maître, nous explique alors que puisqu’il y a davantage d’argent à la sortie de l’investissement et de la production, la richesse ajoutée doit se situer au niveau de la production, puisqu’on connaît l’investissement, qu’il est déterminé dès le départ.

    Et comme il sait ce qu’est une production, il nous dit la chose suivante.

    On ne produit pas à partir de rien, on utilise différents éléments, qu’on modifie, transforme, etc.

    Pour faire un marteau par exemple, on a besoin d’acier et de bois.

    Mais on a également besoin… d’un travailleur pour associer l’acier et le bois, la tête du marteau et le manche.

    Or, qu’est-ce que le travailleur ? Eh bien, justement, c’est une marchandise comme une autre.

    On a vu que lorsqu’on se procure un objet utile, on le veut pour ce qu’il est, tandis que le prix est quelque chose de secondaire.

    Pour le producteur, l’objet n’a pas d’intérêt en soi, ce qui compte c’est son prix.

    Eh bien, il en va de même dans le rapport au travailleur.

    Le producteur ne s’intéresse pas au travailleur en tant que personne ; ce qu’il est lui est indifférent.

    Ce qui compte, c’est sa force de travail, qui est prise de la même manière qu’une matière première, comme un ajout.

    Le producteur a besoin de l’acier, du bois et du travailleur pour fabriquer un marteau ; ce qu’est l’acier, le bois et le travailleur ne l’intéresse pas. Le marteau lui-même ne l’intéresse pas, d’ailleurs.

    Ce qui l’intéresse, c’est le résultat final, lorsque le marteau a été vendu.

    Le capitaliste est hypnotisé par son capital, ce n’est même plus lui qui possède le capital : c’est le capital qui utilise le capitaliste pour s’agrandir.

    Ce capital consiste en de l’argent, mais il est bien plus que l’argent, car il peut désormais utiliser le travailleur comme une marchandise.

    C’est là où le capitalisme se produit historiquement.

    Karl Marx constate ainsi :

    « L’expérience nous apprend qu’une circulation marchande relativement peu développée suffit pour faire éclore toutes ces formes.

    Il n’en est pas ainsi du capital.

    Les conditions historiques de son existence ne coïncident pas avec la circulation des marchandises et de la monnaie.

    Il ne se produit que là où le détenteur des moyens de production et de subsistance rencontre sur le marché le travailleur libre qui vient y vendre sa force de travail et cette unique condition historique recèle tout un monde nouveau.

    Le capital s’annonce dès l’abord comme une époque de la production sociale. »

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    plan dialectique du Capital : le Livre premier

  • La première section du Livre premier du Capital (La marchandise et la monnaie)

    La première section du Capital est divisée comme suit :

    I. La marchandise :
    1. Les deux facteurs de la marchandise : valeur d’usage et valeur d’échange ou valeur proprement dite. (Substance de la valeur, Grandeur de la valeur)
    2. Double caractère du travail présenté par la marchandise
    3. Forme de la valeur
    4. Le caractère fétiche de la marchandise et son secret

    II. Des échanges

    III. La monnaie ou la circulation des marchandises :
    1. Mesure des valeurs
    2. Moyen de circulation
    3. La monnaie ou l’argent

    Le premier chapitre porte sur la marchandise et son début est très célèbre :

    « La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s’annonce comme une « immense accumulation de marchandises » [Contribution à la critique de l’économie politique].

    L’analyse de la marchandise, forme élémentaire de cette richesse, sera par conséquent le point de départ de nos recherches. »

    Que nous dit Karl Marx ?

    Pour faire simple, il dit qu’il y a des objets utiles pour leur usage.

    Or, ces objets dont on se sert ne viennent pas de nulle part : ils ont été fabriqués. Les objets ont donc deux aspects : d’un côté ils servent, de l’autre ils sont servis au sens où on les a apportés.

    Mais si on les a apportés, c’est qu’on nous les a donnés ou bien qu’on les a échangés contre autre chose.

    C’est la raison pour laquelle Karl Marx n’utilise pas le mot objet, mais celui de marchandise.

    Il part du principe que tous les objets sont échangés, plus personne ne produit plus aucun objet par soi-même.

    Naturellement, cela peut arriver, c’est cependant tout à fait marginal dans une société développée. Personne ne va fabriquer son marteau soi-même, ou son vélo.

    On peut à la limite procéder à son assemblage, mais encore faut-il disposer des éléments, qui auront bien été fabriqués, ainsi que d’outils performants, qui eux aussi auront été fabriqués auparavant.

    Ainsi, Karl Marx nous parle des objets, mais les définit comme marchandises, car elles viennent d’un marché, où elles ont été échangées. Il note donc :

    « Au premier abord, la marchandise nous est apparue comme quelque chose à double face, valeur d’usage et valeur d’échange. »

    Autrement dit, pour moi l’objet est utile et je l’apprécie, en ce que je l’utilise et qu’il est à moi.

    Dialectiquement, cela veut dire inversement que, pour quelqu’un d’autre, l’objet n’est pas utile, on ne l’apprécie pas, on ne l’utilise pas et il n’est pas à soi.

    Pourquoi a-t-il alors été produit ?

    Tout simplement pour être échangé contre autre chose qu’on considérera comme utile, appréciable, utilisable, à soi.

    On comprend que si on en était à une société de troc, Karl Marx s’arrêterait là.

    Seulement, il y a déjà le capitalisme à son époque et personne ne va échanger un marteau contre un sac de blé.

    Que fait alors Karl Marx ?

    Il agit en historien. Il sait bien que les objets ont été fabriqués, au fur et à mesure, par les êtres humains.

    Si les animaux peuvent utiliser ou fabriquer même des objets, aucun à part l’être humain ne le fait à grande échelle et avec un tel recul sur sa propre activité.

    Il ne peut pas y avoir d’objets sans engagement humain en ce sens, et c’est vrai quel que soit le degré de complexité de l’objet.

    Karl Marx nous dit ainsi :

    « En fin de compte, toute activité productive, abstraction faite de son caractère utile, est une dépense de force humaine.

    La confection des vêtements et le tissage, malgré leur différence, sont tous deux une dépense productive du cerveau, des muscles, des nerfs, de la main de l’homme, et en ce sens du travail humain au même titre. »

    C’est là où tout se joue, car Karl Marx va poser les bases du matérialisme historique en disant que, ce qui découle de l’analyse faite, c’est que le critère de valeur, c’est le travail humain.

    Ce qui distingue un objet d’un autre, c’est la quantité de travail humain qui a été engagée pour le produire.

    Il constate qu’il y a un piège dans le capitalisme : dans celui-ci, on a des marchandises, qui sont utiles pour nous, et qui ont un prix. La valeur d’usage (pour nous) s’oppose ainsi au prix.

    Mais en réalité, la valeur d’usage s’oppose à la valeur d’échange, pas au prix.

    L’intérêt du Capital de Karl Marx, c’est de justement dépasser les apparences et de ne pas s’arrêter au prix.

    Ce qu’il dit, c’est que la notion de prix n’est pas inhérente à l’objet, mais à l’objet devenu marchandise.

    C’est le capitalisme qui vient ajouter la notion de prix.

    Et comme on fait face à des prix, on perd de vue le travail humain réellement mis en œuvre.

    Sur l’étiquette, il y a un prix, pas le nombre d’heures de travail humain avec un chiffre pour indiquer son intensité.

    Il y a pire. Jusqu’à présent, la société humaine a toujours été opposée entre des profiteurs et des gens qui travaillent pour eux.

    Cela veut dire que personne n’a eu l’idée qu’une force de travail pouvait être équivalente à une autre force de travail.

    Il faut, pour concevoir cela, avoir à l’esprit la notion d’égalité, et c’est là quelque chose de nouveau.

    On pouvait, de par le passé, savoir qu’un kilo de blé est aussi lourd qu’un kilo de maïs.

    Comme le travail était cependant dévalué, réalisé pour d’autres, personne n’est allé se dire que tant de travail équivalait à tant de travail.

    C’est qu’on a passé un cap historique : désormais, la notion d’égalité, comme le note Karl Marx, est largement connue ; idéologiquement, la voie est découverte pour cette compréhension scientifique.

    Qu’a-t-on ainsi ?

    D’un côté, il y a quelqu’un qui veut se procurer un objet utile et qui va sur le marché l’acheter sous la forme d’une marchandise avec un prix.

    De l’autre, il y a quelqu’un qui met cet objet sur le marché, sous la forme d’une marchandise avec un prix, afin de récupérer de l’argent.

    Pour la première personne, le prix est secondaire par rapport à l’utilité de l’objet, pour le second l’utilité de l’objet est secondaire par rapport à son prix.

    Comme chacun est prisonnier dans son propre point de vue, l’objet semble avoir une valeur « spéciale », mystérieuse.

    Lancée en fait sur le marché, l’objet n’est pas seulement objet, il est marchandise, et on ne perçoit plus ce qu’il est réellement : le produit du travail.

    On a d’un côté des producteurs capitalistes qui déversent des marchandises dont ils n’ont rien à faire, de l’autre des consommateurs qui se procurent des objets à leurs yeux nécessaires ou utiles.

    Et plus ce processus est généralisé à tous les niveaux, plus l’argent qui sert d’intermédiaire prend une dimension sociale : on ne paye plus rien en nature, on paye avec de l’argent, et c’est l’argent qui apparaît comme la « vraie » richesse.

    De moyen, l’argent devient une fin en soi – en apparence, car ce qui compte en réalité, c’est le capital, qui est une chose bien différente de « l’argent ».

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    plan dialectique du Capital : le Livre premier

  • L’organisation du Livre premier du Capital de Marx

    Le livre premier du Capital s’intitule « Le développement de la production capitaliste ».

    Pourquoi Karl Marx aborde-t-il le développement d’une chose, au lieu d’expliquer ce qu’elle est, et ensuite comment elle s’est développée ?

    C’est que pour le matérialisme dialectique, toute chose est lutte et transformation. Une définition est forcément fausse, parce qu’entre-temps la chose définie aura déjà changé.

    Le meilleur moyen de définir une chose est donc de parler de son développement, car c’est là que ce dont on parle est le plus vrai possible.

    Comment Karl Marx procède-t-il pour parler de ce développement ? Il divise son travail en sections.

    Voici leurs titres : la marchandise et la monnaie, la transformation de l’argent en capital, la production de la plus-value absolue, la production de la plus-value relative, recherches ultérieures sur la production de la plus-value, le salaire, accumulation du capital, l’accumulation primitive.

    Là, on s’aperçoit immédiatement d’une chose. En toute bonne logique, un exposé aurait dû avoir le plan inverse. Il faudrait, en effet, d’abord parler de l’accumulation primitive.

    Celle-ci donne naissance à une accumulation du capital. On constaterait alors la production des plus-values absolue et relative.

    On verrait ensuite comment l’argent permet de constituer ce capital, et enfin on verrait le rôle de la marchandise.

    Karl Marx a choisi le plan inverse, pourquoi ?

    Pour une raison très simple : il se fonde sur la dignité du réel.

    Si le général possède le particulier, le particulier possède le général également. Et c’est dans la réalité particulière qu’il va chercher comment celle-ci, en fait, permet au général d’exister.

    C’est là un principe essentiel du matérialisme dialectique. Chaque chose est divisible à l’infini.

    Si la marchandise est vraiment la clef de voûte du capitalisme, alors il suffit de se tourner vers elle pour trouver un développement exponentiel.

    On a ici un paradoxe dialectique. Les éléments du tout sont finis, au sens où chacun est bien déterminé.

    Le tout est constitué de tous ces éléments, à l’infini.

    Pourtant, ce n’est pas le tout qui porte l’infini : le tout est fini, car il est tout.

    Par contre, le particulier porte l’infini, car il n’est pas fini : il lui manque tout le reste. Karl Marx part d’une marchandise et il peut remonter à tout le reste.

    Pour faire un parallèle facile à comprendre, il suffit de penser à la reproduction sexuelle.

    Pour expliquer l’espèce humaine, on ne va pas commencer par parler de l’humanité, de ses caractéristiques, pour ensuite à la fin aboutir à la reproduction sur laquelle elle se fonde pour exister.

    On va constater que des êtres humains en particulier se reproduisent, que c’est là ce qui se passe à grande échelle, et on aboutit alors à l’espèce humaine.

    Le parallèle est plus subtil qu’il en a l’air, car ce dont il s’agit c’est bien de supprimer l’opposition cause/conséquence.

    Le matérialisme dialectique raisonne en termes de transformation, pas de cause et de conséquence.

    Ainsi, si on se demande s’il y a d’abord l’espèce humaine ou d’abord la reproduction sexuelle des êtres humains, on ne peut pas répondre.

    C’est comme l’alternative entre l’œuf ou la poule. Il faut une poule pour faire un œuf, et inversement.

    Il en va de même pour la marchandise.

    Le capitalisme fait la marchandise, et la marchandise fait le capitalisme.

    Il n’y a pas d’un côté l’un qui serait cause, de l’autre l’autre qui serait conséquence.

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    plan dialectique du Capital : le Livre premier

  • 1er mai 2026 : vive les masses populaires iraniennes !

    Le 1er mai est la journée des travailleurs du monde entier et c’est aux masses laborieuses iraniennes qu’il faut penser en premier.

    Elles sont prisonnières d’une situation horrible, cauchemardesque ; elles sont entre Charybde et Scylla, avec d’un côté les mollahs oppresseurs et de l’autre une superpuissance impérialiste américaine qui désire prendre leur place.

    Les masses iraniennes se retrouvent au cœur d’une contradiction mondiale, dans le nexus d’un affrontement indirect entre les superpuissances impérialistes américaine et chinoise en lutte pour l’hégémonie.

    Leurs intérêts ne sont ni ceux des mollahs, ni ceux des États-Unis, ni ceux de la Chine. Et pourtant elles se retrouvent comme premières victimes.

    Il devrait donc y avoir, normalement, ce premier mai 2026, une salutation mondiale aux masses d’Iran, à leur courage et leur abnégation face aux souffrances, aux privations, à la torture, au meurtre.

    L’idéal serait qu’elles voient qu’à travers le monde, leur drame est compris et qu’il soit affirmé que l’avenir, ce ne sont ni les mollahs et leur obscurantisme, ni les États-Unis et leur mode de vie consumériste, ni la Chine et ses ambitions d’hégémonie.

    Oui, il existe une voie révolutionnaire, qui affirme que c’est le peuple qui compte, en contradiction avec toutes les autres forces sociales qui cherchent à l’exploiter, l’opprimer, le manipuler, l’utiliser.

    Une voie révolutionnaire qui, justement, ne simplifie pas le monde en des impérialismes et des colonialismes, mais qui comprend qu’il existe des capitalismes bureaucratiques, des féodalismes, et qu’il faut savoir s’opposer aux uns comme aux autres.

    C’est là la richesse des enseignements de Mao Zedong, du maoïsme, du matérialisme dialectique.

    Les masses mondiales doivent se débarrasser de tous leurs ennemis, qu’ils soient « modernes » ou « passéistes », qu’ils relèvent du capitalisme enserrant les sociétés 24 heures sur 24 ou bien du féodalisme qui manie les leviers de l’extorsion et du patriarcat.

    Et ici il faut avoir conscience que le capitalisme s’est largement développé dans la période 1989-2020, et que la majorité des masses mondiales vit dans un capitalisme bureaucratique propre au tiers-monde, avec un capitalisme conquérant et un féodalisme bien ancré, dans un mélange de corruption, de violence endémique notamment sexuelle contre les enfants et les femmes.

    Nous affirmons qu’il faut être révolutionnaire et qu’il faut affirmer que seules les masses mondiales doivent décider ; elles doivent prendre le pouvoir, partout.

    Elles seules peuvent stopper les crimes et ramener les sociétés vers des orientations constructives. Elles seules, collectivement et par leurs mentalités démocratiques et populaires, peuvent affronter les défis du réchauffement climatique, de la condition animale, de l’intelligence artificielle.

    Somme toute, pour résumer la situation actuelle, on peut dire qu’on est passé de la mondialisation de l’économie à la mondialisation des problèmes et les couches dominantes actuelles cherchent à s’en sortir par la bataille de repartage du monde.

    Impérialisme, expansionnisme… Grandes et petites puissances convergent dans un engrenage qui est celui de la troisième guerre mondiale.

    Il faut opposer à cela le grand renversement, la révolution mondiale. Les masses mondiales doivent prendre le pouvoir, avec le prolétariat comme force dirigeante !

    C’est la bataille de l’avenir contre l’effondrement, comme Rosa Luxembourg nous avertissait déjà, il y a cent ans, alors que la première guerre mondiale s’était lancée.

    « Friedrich Engels a dit un jour : « La société bourgeoise est placée devant un dilemme : ou bien passage au socialisme ou rechute dans la barbarie. »

    Mais que signifie donc une « rechute dans la barbarie » au degré de civilisation que nous connaissons en Europe aujourd’hui ?

    Jusqu’ici nous avons lu ces paroles sans y réfléchir et nous les avons répétées sans en pressentir la terrible gravité.

    Jetons un coup d’œil autour de nous en ce moment même, et nous comprendrons ce que signifie une rechute de la société bourgeoise dans la barbarie.

    Le triomphe de l’impérialisme aboutit à l’anéantissement de la civilisation – sporadiquement pendant la durée d’une guerre moderne et définitivement si la période des guerres mondiales qui débute maintenant devait se poursuivre sans entraves jusque dans ses dernières conséquences.

    C’est exactement ce que Friedrich Engels avait prédit, une génération avant nous, voici quarante ans.

    Nous sommes placés aujourd’hui devant ce choix :

    ou bien triomphe de l’impérialisme et décadence de toute civilisation, avec pour conséquences, comme dans la Rome antique, le dépeuplement, la désolation, la dégénérescence, un grand cimetière ;

    ou bien victoire du socialisme, c’est-à-dire de la lutte consciente du prolétariat international contre l’impérialisme et contre sa méthode d’action : la guerre. »

    Ce qui est décisif, pour une civilisation, c’est de savoir si les couches dominantes mènent au développement ou si elles amènent à la catastrophe.

    Or, désormais, la bourgeoisie a fait son temps ; elle ne porte plus rien de positif : le relativisme et le consumérisme priment, la culture s’efface, le cynisme est conquérant, l’individualisme est roi.

    Il faut donc la dictature du prolétariat, qui affirme la culture et l’héritage culturel historique, qui défend les valeurs de civilisation acquises à travers le temps, qui soutient que tout passe par le peuple, que rien ne saurait exister sans le peuple.

    C’est une bataille dialectique pour les valeurs, et en ce sens les masses mondiales doivent et devront se transformer, à travers des révolutions culturelles.

    Voilà pourquoi nous affirmons, ce premier mai 2026, qu’il faut que les masses mondiales prennent les choses en main, qu’elles élèvent leur niveau politique et idéologique, afin de prendre le commandement de nouveaux États.

    Elles doivent comprendre les enseignements du maoïsme, du matérialisme dialectique ; elles doivent constituer un océan de masses en armes pour instaurer le Socialisme, aller au Communisme à travers plusieurs révolutions culturelles.

    Il est temps de faire passer un cap à l’humanité !

  • Le matérialisme dialectique et le socialisme comme « reconstitution consciente de la société humaine »

    Le socialisme remplace le capitalisme, parce que celui-ci a fait son temps : il a joué un rôle historique, mais s’avère dépassé par rapport à la nouvelle étape.

    C’est que le capitalisme est un mode de production qui permet d’élever le niveau des forces productives, en unifiant les forces de travail disponibles, en les élargissant, en les modernisant.

    Mais une fois cela fait, l’humanité peut profiter des acquis pour passer à autre chose et c’est là que commence le retour à la Nature, en conservant les acquis.

    Karl Marx, dans le Livre troisième du Capital, nous dit du mode de production capitaliste :

    « Bien plus que tout autre système de production, c’est un gaspilleur d’hommes, de travail vivant, un dilapidateur de chair et de sang, mais aussi de nerfs et de cerveaux.

    En fait, c’est seulement par le gaspillage le plus énorme du développement d’individus particuliers qu’est assuré et réalisé le développement de l’humanité en général, au cours de l’époque historique qui précède immédiatement la reconstitution consciente de la société humaine. »

    L’humanité n’était pas assez unifiée ; le mode de production capitaliste réalise cette tâche, même si c’est au prix d’un gâchis immense.

    L’humanité n’est d’ailleurs pas consciente du processus, qu’elle subit, tout comme elle a subi le féodalisme et l’esclavagisme.

    La société qui a précédé, celle du communisme primitif, était quant à elle réellement humaine – c’est elle qu’il s’agit de reconstituer.

    Cependant, cette reconstitution se fait consciemment ; l’humanité a compris qu’elle relevait d’un animal, l’être humain, qui a fait un détour dans son développement.

    Cela veut dire que, dans ce processus, l’humanité sait alors d’où elle vient et où elle va. Le communisme futur est un écho du communisme passé – c’est une reconstitution.

    Toutefois, l’humanité a cette fois conscience de sa situation, grâce à son parcours historique propre, qui va fusionner alors avec la Nature, où l’humanité retourne en animal désormais socialisé et productif.

    Cela sous-tend un paradoxe historique : entre les communismes, la société humaine n’est plus humaine.

    Elle est humaine, car c’est l’humanité qui est la protagoniste de l’Histoire et elle modifie la planète en même temps.

    Cette humanité indépendante est cependant une absurdité en soi, car l’humanité ne peut pas exister autrement qu’en rapport dialectique assumé et positif avec la planète comme Biosphère, avec la Nature.

    C’est ainsi parce qu’elle agit indépendamment, de manière relative, que l’humanité peut être amenée à prendre conscience ; cette prise de conscience implique en même temps de comprendre qu’il ne saurait y avoir d’indépendance, que l’humanité ne peut pas être « un empire dans un empire », comme l’a dit Spinoza.

    Cela veut dire aussi que l’humanité, dans le processus de reconstitution consciente d’elle-même en tant que société réelle, doit se nier elle-même pour s’affirmer.

    L’humanité consciente, non « indépendante » par rapport à la Nature, doit pour exister combattre l’humanité non consciente qui prétend à l’indépendance par rapport à la Nature.

    C’est un processus de déchirement où l’humanité doit cesser d’être elle-même pour redevenir enfin elle-même ; le communisme ne met pas seulement un terme au capitalisme, il se débarrasse également des parcours féodal et auparavant esclavagiste.

    La reconstitution de la société humaine implique donc une révolution culturelle, et même plusieurs, afin de dépasser ce qui a été accumulé de manière erronée dans le processus « indépendant » qui culmine dans le retour à la Nature.

    Les mentalités qui font obstacle n’ont pas été produites que par le capitalisme ; elles l’ont été également par l’esclavagisme et par le féodalisme, et l’ensemble forme un seul bloc où l’humanité s’imagine séparée du reste, alors qu’elle n’est en fait que séparée d’elle-même, car séparée de la Nature.

    C’est ce que dit déjà Karl Marx dans ses Manuscrits de 1844 :

    « Le communisme, abolition positive de la propriété privée (elle-même aliénation humaine de soi) et par conséquent appropriation réelle de l’essence humaine par l’homme et pour l’homme ; donc retour total de l’homme pour soi en tant qu’homme social, c’est-à-dire humain, retour conscient et qui s’est opéré en conservant toute la richesse du développement antérieur.

    Ce communisme en tant que naturalisme achevé = humanisme, en tant qu’humanisme achevé = naturalisme ; il est la vraie solution de l’antagonisme entre l’homme et la nature, entre l’homme et l’homme, la vraie solution de la lutte entre existence et essence, entre objectivation et affirmation de soi, entre liberté et nécessité, entre individu et genre.

    Il est l’énigme résolue de l’histoire et il se connaît comme cette solution. »

    Ce communisme second, qui revient au communisme primitif mais en conservant les acquis, « se connaît comme cette solution », comme « énigme résolue de l’histoire ».

    Car la société humaine communiste est consciente d’elle-même et de ce qu’elle est par rapport au passé.

    Elle sait que l’humanité a eu un parcours inégal par rapport aux autres animaux, et que le sens de ce détour est d’arriver au Communisme.

    Le socialisme est ainsi, au sens strict, le processus de reconstitution ; il porte déjà le communisme, car il est le communisme se généralisant.

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    sur le matérialisme dialectique

  • Le mode de vie libertarien comme forme suprême de la vie quotidienne dans le mode de production capitaliste

    Publié dans Connexions n°7, avril 2026,
    comme résolution stratégique du Parti Matérialiste Dialectique


    Avant de développer notre propos, nous allons le résumer de manière très simple, en quelques phrases. Nous pensons que l’idée est très facile à comprendre, même si ses implications exigent, par contre, une étude approfondie.

    Nous partons d’un constat : le capitalisme s’est tellement développé qu’il peut proposer une multitude de marchandises capables d’être présentes tout au long de la vie quotidienne.

    C’est ce que nous appelons le 24 heures du 24 du capitalisme, où la consommation perpétue la consommation.

    Un exemple très simple et très parlant, est la consommation du café.

    Auparavant, on achetait du café moulu bas de gamme et on utilisait une cafetière à filtre basique.

    Désormais, la tendance est de se procurer une machine spécifique utilisant des capsules, avec du café tout aussi bas de gamme mais plus cher, ou une machine à grain, très chère mais en réalité produisant un café médiocre.

    Cette généralisation du capitalisme produit cependant, en retour, une violente réaction.

    Celle-ci ne consiste pourtant pas en une critique scientifique du capitalisme, mais en un élitisme individualiste à prétention aristocratique.

    En l’occurrence, c’est le terrain pour les boutiques proposant un café de qualité, dit « de spécialité », ainsi que pour les achats d’appareils et accessoires haut de gamme, allant jusqu’à des meules usinées à haute précision et un porte-filtre en céramique fabriqué au Japon.

    Ainsi, l’ancien capitalisme, celui de la cafetière, cède la place au capitalisme des capsules et des machines se voulant de valeur, ainsi qu’à la ribambelle d’accessoires et appareils pour le café de spécialité.

    Avant, une consommation était simple et se terminait une fois faite. Maintenant, elle est elle-même prétexte à un renouvellement élargi de la consommation.

    Et, au-delà de leur différence de conception et d’approche, les consommateurs sont tous devenus des libertariens, des gens pour qui la liberté de l’individu prime sur absolument tout le reste.

    Dans leur imaginaire, ils vivent leur liberté et l’agrandissent par la consommation individuelle.

    Ils accompagnent en pratique le marché et son élargissement, mais idéologiquement ils considèrent qu’ils développent le « champ des possibles » de leur propre existence individuelle.

    Ils acceptent d’ailleurs les règles du jeu du capitalisme, et ils sont prêts à lutter les uns contre les autres, à se concurrencer, à entrer en compétition, afin de s’approprier une plus grande part du gâteau capitaliste en apparente expansion perpétuelle.

    Dialectiquement, il y a bien sûr une contradiction au sein des consommateurs.

    Les consommateurs « de masse » sont « inclusifs », car ils veulent le confort et la variété des capsules, ils privilégient la quantité. Les consommateurs élitistes se veulent aristocratiques au nom du sens de l’exigence, ils se tournent vers la qualité.

    En pratique pourtant, tant les premiers que les seconds sont libertariens, car adeptes du marché libre, de la vie quotidienne menée suivant des « choix individuels ».

    C’est le mode de vie libertarien comme forme suprême de la vie quotidienne dans le mode de production capitaliste.

    Ce que nous disons est à la fois simple et compliqué. C’est un constat qu’on peut faire aisément en observant la vie des gens dans une société capitaliste développée.

    En même temps, il y a besoin d’un regard profondément scientifique produit par la connaissance des modes de productions historiques de l’humanité et de l’évolution dialectique de l’univers.

    Par principe, le matérialisme dialectique considère que tout mode de production après le communisme primitif et avant le Communisme relève de l’exploitation de l’Homme par l’Homme.

    Les êtres humains se cannibalisent les uns les autres, à différents degrés.

    Dans le mode de production esclavagiste, les Cités – États vivent aux dépens des esclaves ; dans le mode de production féodal, ce sont les serfs qui sont exploités.

    Dans le mode de production capitaliste, ce sont les prolétaires qui sont exploités, dans la mesure où on s’approprie leur force de travail en les rémunérant moins que ce qu’ils apportent.

    Cependant, on a largement dépassé le stade des débuts du capitalisme, où l’accumulation était encore faible, et finalement même relative, car ne touchant pas tous les aspects de la vie quotidienne.

    Désormais, dans les sociétés capitalistes avancées – nous ne parlons pas du tiers-monde – un prolétaire est souvent propriétaire de son logement, il peut également profiter de crédits à la consommation.

    Dans son mode de vie, il n’est pas séparé de la bourgeoisie comme au 19e siècle. Son logement dispose de toilettes et d’une salle de bain, ce qui n’était pas le cas encore en large partie dans la seconde partie du 20e siècle.

    Il a, lui aussi, un smartphone et un ordinateur, un lave-linge et un réfrigérateur, une cuisinière et un aspirateur, une télévision et également la plupart du temps une voiture. Il peut s’acheter facilement des habits neufs, y compris de marques.

    Mieux encore, il peut accumuler du capital pour acheter un logement. Autour de 58 % des Français sont propriétaires.

    Il n’est donc pas simplement possible de dire que les prolétaires n’ont que leurs chaînes à perdre. Ils ont au contraire des avantages matériels très prononcés.

    Par contre, ils le paient avec une intensité de travail devenue bien plus grande.

    Si le travail est physiquement moins dur qu’il y a deux cents ans, sur le plan des nerfs, il est bien plus usant. La force physique était employée pour pallier au besoin de la quantité de force, désormais fournie par les machines.

    Les travailleurs du début du 21e siècle en France, en général, s’épuisent psychiquement d’autant plus. Leur investissement personnel atteint une proportion immense.

    C’est cela dont beaucoup de gens, surtout les jeunes, se sont aperçus au moment de la pandémie de 2020, qui a bloqué les flux de production et permis un certain recul historique.

    Nous n’irons pas que jusqu’à dire que les prolétaires ont donc maintenant des « chaînes en or », néanmoins c’est vrai dans une certaine mesure, surtout vu depuis le tiers-monde.

    C’est d’ailleurs ce qui motive l’émigration.

    Être exploité, souffrir psychiquement, mais pouvoir profiter de plusieurs semaines de vacances, être en mesure d’acheter un logement, profiter d’une assurance-maladie largement efficace, tout cela donne envie à qui ne l’a pas, et on parle ici de la grande majorité de l’humanité.

    Les prolétaires de France le savent très bien et c’est pour cela qu’ils se tiennent très calmes politiquement depuis les années 1960-1970, ayant ouvertement perdu tout sens de la confrontation ouverte.

    Dans le capitalisme développé – et nous soulignons bien qu’il n’est pas différent en substance du capitalisme décrit scientifiquement par Karl Marx – l’accumulation est absolue, au sens où absolument tous les aspects de la vie quotidienne sont touchés.

    Le moindre acte de consommation se voit intégré à tout un processus de renforcement de la précision du capitalisme et de sa capacité d’élargissement.

    Lorsqu’on fait ses courses, on fait désormais le travail des caissières, en passant soi-même les codes-barres des marchandises devant le scanner.

    Rien que l’existence des codes-barres – généralisés seulement dans les années 1990 – indique l’immense capacité technique et logistique.

    On utilise une carte de fidélité qui fournit des informations détaillées à l’entreprise, et de plus en plus un paiement sans contact est réalisé par l’intermédiaire du smartphone.

    Ici, on touche un aspect essentiel. Et les choses sont allées si loin, justement, que tout le monde comprend immédiatement en quoi le capitalisme moderne profite immensément d’internet et du smartphone.

    Le smartphone permet de toujours pouvoir, dans n’importe quelle situation, visiter des sites internet pour acheter, utiliser les réseaux sociaux, faire des paris, jouer, etc.

    Il amène également à être sollicité en permanence, ce qui est essentiel pour le 24 heures sur 24 du capitalisme.

    Il y a les forces productives pour proposer une multitude de marchandises, et il y a les infrastructures pour être en mesure de les proposer à la consommation.

    Le niveau des masses étant relativement haut, le capitalisme peut fonctionner et chercher des voies pour s’agrandir.

    Prendre l’avion était autrefois un privilège ; cela relève désormais de la consommation de masse.

    Les choses ont changé aussi : on paye pour choisir son niveau de confort et son siège, pour disposer d’un bagage ou profiter d’un repas, ou même pour un embarquement prioritaire.

    Tout cela a un immense impact idéologique et culturel.

    La consommation n’est pas qu’une réalité matérielle, c’est également une idéologie.

    Nous ne voulons pas dire ici que les critiques sociologiques et aristocratiques des années 1960, qui dénonçaient la « société de consommation », avaient raison.

    Leurs auteurs dénonçaient à la fois les masses, le rôle de la technologie, l’importance accrue de l’organisation sociale.

    Nous, nous sommes en faveur des masses et donc d’une société de consommation… Mais avec une consommation socialiste, pas une consommation capitaliste.

    Le fait est que, si le capitalisme a apporté des progrès matériels, les gens sont vite amenés à acheter n’importe quoi, et n’importe comment.

    On retrouve ici la combinaison de la consommation capitaliste et de son idéologie. Il y a une impulsion permanente à l’achat.

    Et les gens achètent d’autant plus des choses que leur existence est morne, terne : ils essaient de combler leur angoisse, leur anxiété, par une frénésie d’achats et de représentations liées aux achats.

    C’est là où les réseaux sociaux rentrent en jeu. Instagram et TikTok, par exemple, sont emblématiques d’une fuite en avant dans la mise en scène toujours liée à la consommation.

    Même si ce n’est pas un voyage ou un habit qui est mis en avant, la diffusion d’une vidéo s’inscrit dans une tentative de valorisation, d’insertion dans l’algorithme afin de devenir tendance.

    C’est précisément ce qui fait que l’idéologie de la consommation donne naissance au mode de vie libertarien, qui est adopté de manière naturelle par tous ceux qui consomment.

    L’idéologie libertarienne est née aux États-Unis, comme libéralisme et anarchisme poussés jusqu’au bout.

    L’État et la société doivent s’effacer, afin de laisser les individus agir comme bon leur semble, les rapports entre eux devant se fonder sur des contrats qu’ils signeraient.

    Pour les libertariens, la société est une fiction et l’État est un parasite.

    Mais ce sont là simplement des idées philosophiques, qui ont été portées surtout par une minorité d’intellectuels libéraux et d’entrepreneurs californiens.

    En pratique, c’est la sensibilité libertarienne qui a été adoptée par la consommation capitaliste.

    La raison est simple : le capitalisme moderne dispose d’énormément d’outils lui permettant de pratiquer le profilage : les entreprises savent quel type de consommation est faite, à quel moment, pour quelles sommes et dans quelles proportions, etc.

    C’en est fini de la consommation de masse indifférenciée, il est désormais possible de produire de manière fragmentée, segmentée.

    C’est tout bénéfice pour le capitalisme, qui élargit le marché, l’approfondit, et profite en plus de marchés captifs.

    Ce n’est toutefois possible que si les normes s’effacent, que les régulations disparaissent, que les frontières tombent.

    Les anciennes traditions de consommation visant tout le monde doivent céder la place à une consommation ciblant chacun en particulier.

    Il faut également que le consommateur se reconnaisse comme unique dans son comportement et sa sensibilité.

    Il ne faut surtout pas qu’il vive comme tout le monde et qu’il s’imagine vivre comme tout le monde. Il doit s’imaginer comme différent, voire totalement à part.

    Dans les faits, ce n’est bien entendu pas le cas et même le capitalisme n’est pas en mesure de proposer un type de consommation unique pour chaque personne.

    Cependant, il peut le faire croire et il a besoin que les gens le croient, afin qu’ils s’installent dans une dynamique de segmentation, de fragmentation.

    On pourrait résumer simplement tout cela en disant que le capitalisme a multiplié les modes et qu’il les a sophistiqués.

    Et qu’il les a offertes aux consommateurs en expliquant que, maintenant, le « rêve américain » était vrai pour tout le monde.

    Les consommateurs ont accepté cette possibilité matérielle d’améliorer leur vie quotidienne et, par absence de conscience sociale, ils sont tombés dans le piège du capitalisme.

    Car dans une telle situation, « réussir sa vie », c’est la vivre comme un entrepreneur, à travers des choix et des actions pour conquérir des « parts de marché » dans la vie.

    Tout rapport – émotionnel, sentimental, familial, amical, amoureux, etc. – doit être considéré comme une entreprise le ferait, car seule une entreprise est capable de tirer des bénéfices des choses.

    Il y a une logique de comptabilité et d’accumulation qui prend le dessus, aux dépens de la sensibilité et de l’authenticité.

    Là où nous disons, en tant que communistes, que l’univers est infini, que le collectivisme est le vecteur réel d’une humanité en quête d’épanouissement, les consommateurs libertariens se voient comme les pirates des temps modernes, espérant s’accaparer un nombre fini de biens et de services, de rapports émotionnels, amicaux, sexuels, etc.

    Autrement dit, ils considèrent que la réalité est un monde où un individu agit afin de maximiser son potentiel de consommation.

    C’est le « rêve américain » généralisé, du moins dans l’imaginaire des gens.

    Il faut bien se souvenir qu’en France, le syndicalisme rejette formellement la soumission au politique.

    Pour cette raison, le syndicalisme a toujours consisté en des expressions corporatistes, avec certains secteurs utilisant les rapports de force pour défendre leurs intérêts particuliers.

    Il est important de noter cela, parce que sinon on ne peut pas comprendre comment le syndicalisme français a justement, par ses mentalités, accompagné la logique libertarienne des salariés.

    C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la CFDT est devenue le premier syndicat en termes d’adhérents et de suffrages.

    Les consommateurs sont, en effet, avant tout des producteurs. Il n’y a pas de production sans consommation, et inversement.

    La production est, à ce titre, le premier lieu de la transformation des mentalités, dans le sens du mode de vie libertarien, avant même la consommation. Cela passe par le salariat.

    À partir de mai 1968 et de l’irruption du thème de la vie quotidienne dans les syndicats, il y a eu une prédominance toujours plus grande du thème des acquis sociaux, des avantages individuels.

    La CFDT a été le fer de lance de cette logique de revendications qui ne s’adressait plus à la classe des prolétaires, ou à la masse des travailleurs, mais à chaque personne spécifiquement.

    C’est le remplacement du projet collectif par la société ouverte donnant toujours plus de droits individuels.

    Cette approche a été portée, à côté de ce syndicat, par la « seconde gauche », avec le Parti socialiste, le quotidien Le Monde, l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur.

    On est ici dans l’équivalent direct du Parti démocrate aux États-Unis.

    Dès les années 1950 d’ailleurs, les intellectuels de la CFDT font des États-Unis le modèle pour les rapports entre le patronat et les salariés.

    La démarche est simple : chaque salarié doit être considéré comme unique, ses droits doivent le toucher en tant qu’individu, il faut qu’il ait les moyens de s’adresser individuellement à sa hiérarchie ainsi qu’aux organismes institutionnels.

    Sous couvert de démocratisation du lieu de travail, avec l’espoir hypothétique de la cogestion, voire de « l’autogestion », l’idéologie libertarienne s’est répandue chez les salariés.

    Le résultat est flagrant : les salariés français ne raisonnent jamais en termes collectifs. Une grève, c’est pour eux le rassemblement d’individus faisant face à une même situation et protestant ensemble.

    L’attitude du salarié dans l’entreprise est également ouvertement détachée : il ne se considère plus comme un travailleur, mais comme un individu qui se retrouve, pour un temps donné, dans une certaine position sociale où il doit exercer une activité.

    On l’a compris : c’est la négation de la conscience de classe.

    Mais c’est également tout un rapport faussé au travail. Les salariés ne croient plus au principe de la production, ils s’imaginent tous comme des prestataires de service.

    Un livreur n’a pas de vision du monde différente de son activité qu’un employé, un tatoueur ou un caissier.

    C’est là quelque chose de conforme au mode de vie libertarien et, pour cette raison, chaque salarié se visualise lui-même comme une entreprise, avec une sorte de bilan comptable avec les entrées et les sorties, les bénéfices et les pertes.

    Une profonde aliénation est ainsi installée.

    Les salariés, par la société de consommation propre au capitalisme modernisé, ont intégré idéologiquement la notion de contrat de travail.

    Ils n’ont aucun aperçu de la production dans son ensemble et la notion d’exploitation est une abstraction pour eux, ou bien se résume au principe d’un travail trop fatiguant.

    Il est indiscutable que l’officialisation du mode de vie libertarien a eu lieu avec la seconde investiture de Donald Trump comme président de la superpuissance impérialiste américaine, en janvier 2025.

    Avec Donald Trump, on a un pays entier qui se comporte comme une entreprise, en quête de profits plus grands et de parts de marché qui s’élargissent, rêvant d’une situation de monopole.

    C’est le mode de vie libertarien instauré à l’échelle d’une nation, et ce alors qu’en plus celle-ci dispose de l’hégémonie mondiale, avec le capital le plus important, l’armée de loin la plus puissante, le dollar comme monnaie planétaire de référence et de transaction, les technologies les plus avancées.

    Donald Trump l’assume : il veut plus de richesses, plus de domination. Il agit comme un pirate, qui n’a besoin de rien justifier.

    Du Groenland au Venezuela, en passant par l’Iran, tout ce qui l’intéresse ce sont les intérêts américains, et il le revendique.

    Il est ironique, mais tout à fait logique, que des anarchistes français aient ouvert en 2007 une maison d’édition intitulée « Libertalia », en référence à une pseudo-utopie pirate qui aurait eu lieu à la fin du 17e siècle à Madagascar, et que ce rêve de piraterie soit désormais ouvertement assumé par le capitalisme américain ultra-agressif.

    Le mode de vie libertarien correspond absolument à l’esprit pirate, pour qui tout est une opportunité.

    On utilise une application de rencontres en voyant les « opportunités », tout comme on fait de même pour un emploi sur LinkedIn, un logement de vacances sur Airbnb, des vêtements sur Vinted, absolument n’importe quoi sur Leboncoin, des compétences telles le montage ou le design sur Fiverr, etc.

    On est bien entendu ici dans un très haut degré d’aliénation. Tous les comportements, toutes les attitudes, toutes les valeurs culturelles sont saturés par le mode de vie libertarien.

    De par l’environnement et l’adaptation des gens à cet environnement, on se considère dans l’obligation de concevoir toute chose, tout phénomène, tout rapport comme relevant d’une entreprise en quête de bénéfice, d’individu en quête d’opportunité.

    Plus rien n’a de valeur en dehors de cette logique d’accumulation.

    Une figure grossière et opportuniste comme Donald Trump est emblématique d’une telle approche, et aux yeux des consommateurs libertariens, il apparaît d’ailleurs comme authentique et pragmatique.

    L’émergence de Donald Trump doit, naturellement, absolument tout au capital financier, qui l’a propulsé sur le devant de la scène, comme porteur d’une « révolution par en haut ».

    C’est le capital financier, avec notamment les grandes entreprises de technologie, qui exige que la société américaine soit réorganisée, les priorités modifiées, afin que sur tous les plans les choses s’adaptent au mode de vie libertarien.

    L’intelligence artificielle, qui a connu un saut qualitatif depuis 2017 avec le modèle « Transformer », est ici incontournable, parce que c’est justement un moyen de restructurer, de provoquer une hausse de la productivité, d’accélérer la compétitivité, de renforcer la concurrence, de relancer la compétition, de bouleverser le marché du travail.

    Dans l’imaginaire du capital financier américain, Donald Trump est le chef pirate, l’intelligence artificielle le navire, les réseaux sociaux l’océan, et tout le reste consiste en des opportunités dont il faut profiter.

    Il est évident qu’on fait face, avec un tel phénomène historique porté par la superpuissance impérialiste américaine, à une véritable crise de civilisation.

    Si comparaison n’est pas raison, on a une forme d’équivalent tout de même avec l’effondrement de l’empire romain, et avec lui de tout le mode de production esclavagiste qui avait jusque-là traversé les siècles.

    Les capitalistes européens n’ont pas cessé de souligner qu’ils n’étaient pas les capitalistes américains, qu’ils étaient quant à eux portés par des valeurs véritables et que l’Union européenne formait un contre-modèle au culte américain du coup de force et du fait accompli.

    Le capitalisme européen transporte pourtant la même chose que le capitalisme américain.

    C’est la même logique d’accumulation du capital, avec le même défi de chercher à échapper à la chute tendancielle du taux de profit.

    La concurrence pousse à la modernisation, la modernisation met de côté les travailleurs ; la réelle richesse provient cependant de l’exploitation des travailleurs, d’où une nouvelle modernisation qui est nécessaire, avec à chaque fois davantage de pression exercée sur les travailleurs non mis de côté.

    De plus, toute l’idéologie inclusive de l’Union européenne correspond très précisément à la démarche de fragmentation identitaire et communautaire des États-Unis.

    C’est fait au nom de la bienveillance, et c’est ainsi que la plupart des gens interprètent les valeurs LGBT, mais en réalité c’est une machine à diviser, à séparer, à isoler.

    C’est d’ailleurs l’aboutissement de tout un processus, où la bourgeoisie a toujours entrepris de nier, de combattre, d’exterminer les conceptions collectives, collectivistes, communistes, matérialistes dialectiques.

    Seules auraient de la valeur les explications fondées sur l’individu et ses choix, sur le hasard et les statistiques.

    Le capitalisme n’a eu de cesse, tout au long des 19e et 20e siècles, de promouvoir une vision individualiste du monde, à travers de très nombreux vecteurs idéologiques : l’impressionnisme en peinture qui dit qu’il faut se fonder sur les impressions individuelles, la phénoménologie en philosophie qui affirme que tout sentiment intérieur de la conscience est une vérité en soi, l’existentialisme comme expression littéraire du repli sur soi et sa consommation du monde environnant, etc.

    Tout cela peut, plus simplement, se résumer au slogan de McDonald’s « Venez comme vous êtes ». La consommation a besoin de clients toujours plus différents et nouveaux.

    Bien entendu, certains capitalistes prônent davantage l’inclusivité et l’élargissement des marchés, d’autres capitalistes ont plus intérêt à ce que les choses n’aillent pas trop vite.

    C’est ce qui fait la distinction entre les Démocrates et les Républicains aux États-Unis.

    La même fausse alternative se dessine en France et dans tous les pays capitalistes.

    Dans le fond, tant les uns que les autres sont d’accord sur la protection du régime en place, la puissance de l’économie, l’importance de l’armée, le libéralisme dans les mœurs, le relativisme historique, le soutien à l’art contemporain, l’utilisation d’une immigration plus ou moins choisie comme main-d’œuvre utile, etc.

    Il existe des capitalistes de gauche comme de droite, car il existe des intérêts allant plus dans un sens ou dans un autre.

    C’est là simplement l’expression de nuances au sein des classes dominantes.

    Ces nuances s’expriment à travers différents partis politiques, dont le sens fondamental est le même.

    Il existe, qui plus est, une profonde désaffection pour la politique et les valeurs ont disparu ; c’est dans le style de gestion et dans le choix des intérêts les plus directs qu’on arrive à distinguer les uns des autres.

    Cela correspond parfaitement au mode de vie libertarien, avec des individus qui se considèrent comme des « clients » des politiques menées.

    Il n’y a pas d’idée d’engagement, simplement de soutien indirect, participatif.

    Il faut ici rappeler le fonctionnement des partis américains, qui sont faiblement structurés et relèvent dans les faits d’une coalition, avec différents niveaux d’intégration, les responsables étant choisis de par leur capacité à trouver un dénominateur commun maximum.

    Derrière les partis démocrate et républicain américains, ou plus exactement à travers eux, il y a les groupes religieux, les syndicats, les associations, les ONG, les think tanks, les lobbys, les regroupements économiques, etc.

    Nous insistons là-dessus car le même phénomène se produit en France et ne peut que grandir ; on a déjà vu cela avec le phénomène des « primaires de la gauche », une forme de choix totalement en rupture historique avec la tradition du mouvement ouvrier où le Parti établit un programme et choisit un représentant adéquat.

    Le mode de vie libertarien nécessite des clients de la vie quotidienne capitaliste qui se mobilisent, avec une dimension populiste et irrationnelle, afin de l’emporter électoralement et dans une course à la popularité à tout prix.

    Nous affirmons, au contraire, la nécessité d’un prolétariat conscient, s’assumant en tant que classe ayant un rôle historique à jouer.

    C’est là où nous posons que l’affirmation de la civilisation socialiste mondiale s’oppose frontalement au mode de vie libertarien éparpillé dans des pays capitalistes en compétition.

    Les masses n’ont pas la conscience historique de cette nécessité de la civilisation socialiste mondiale, même si à de multiples niveaux cela s’exprime indirectement.

    La conséquence directe est l’implosion des tissus sociaux du pays. Il n’existe plus d’unité, ni de continuité ; les vécus sont à la fois tout à fait similaires et radicalement différents.

    Ce qui distingue les situations des Français, c’est leur rapport au rythme du mode de vie libertarien. Celui-ci est plus ou moins puissant, plus ou moins qualitatif ou quantitatif.

    Ce rapport au temps détermine chaque espace du pays, avec en toile de fond l’accélération de la séparation – unification des villes et des campagnes.

    Le capitalisme est né des villes : désormais il les vide de leur substance et les fait s’étaler de plus en plus, dans un phénomène de rurbanisation absolument massif.

    L’artificialisation des sols, chaque année, équivaut à ajouter une surface urbaine de la taille de Marseille. Cependant, au-delà de cela, il y a la tendance générale à rendre fonctionnel à tout prix : c’est ce qui produit la France des ronds-points.

    L’espace est défiguré, absorbé par les exigences du temps capitaliste, toujours soucieux de rendement accéléré.

    Il faut se souvenir ici de l’explication de Karl Marx au sujet du capital. Le capitalisme ne vise pas qu’à produire du profit : il en faut toujours plus.

    Tout va donc de plus en plus vite.

    La géographie française ne doit, pour cette raison, pas être comprise de manière unilatérale avec d’un côté les villes et de l’autre les campagnes.

    En réalité, la distinction se fait par le rapport à l’accélération capitaliste.

    Plus on est lié à elle, même si on est un prolétaire, plus on est porté par une dynamique apportant un certain confort matériel et une « nourriture spirituelle » consumériste abondante.

    Moins on est lié à elle et plus on est mis à l’écart, déconnecté, dévalué, marginalisé.

    Dans le premier cas, on s’imagine avoir des valeurs nouvelles, apporter des choses différentes, ajouter de la culture, etc.

    On ne fait en réalité ici qu’accompagner l’élargissement du marché, mais on s’imagine novateurs, progressistes.

    Cette version de « gauche » du capitalisme est bien entendu liée aux centre-villes, de manière directe ou indirecte.

    Elle a comme base les cadres supérieurs, les professions libérales, les professions intellectuelles, les travailleurs du numérique, à quoi il faut ajouter les étudiants (qui rêvent de s’installer) et les fonctionnaires (qui sont installés, même si pas forcément comme ils l’auraient voulu).

    Dans le second cas, on éprouve un sentiment de confusion, avec un profond ressentiment contre une mondialisation à la fois abstraite et lointaine qui abîme tous les repères du quotidien, sans en fournir de nouveaux.

    Tout est très bien condensé par le propos provocateur d’Emmanuel Macron, déjà président de la République, en 2021, pour l’inauguration d’un campus de start-up : « Une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien. Parce que c’est un lieu où on passe. Parce que c’est un lieu qu’on partage. »

    Le capitalisme, à l’époque du mode de vie libertarien, ne consiste pas seulement à être riche ou aisé. Il faut en permanence être dans la nouveauté consumériste.

    C’est la raison pour laquelle les « bourgeois à l’ancienne » ont pratiquement disparu.

    C’en est fini du bourgeois conservateur et cultivé, arc-bouté sur ses privilèges, mais intellectuellement capable.

    Dans la France de 2026, tous les bourgeois sont des opportunistes et de plus en plus des incapables.

    C’est la décadence d’une classe, inévitable, et le mode de vie libertarien est son chant du cygne.

    En attendant, il faut prendre le « rêve » capitaliste au sérieux : les restructurations sont une réalité, la tentative de réactiver le capitalisme par l’élargissement des consommations et par l’intelligence artificielle est un fait.

    C’est même une nouvelle bourgeoisie que le capitalisme cherche à produire, sous la figure du « bobo », qui ne vit pas seulement dans les centre-villes : sa figure irradie dans tout le pays, en particulier dans la jeunesse qui s’imagine « contestataire ».

    La vraie géographie française oppose, en substance, ceux qui pensent qu’il y a des choses à tirer du capitalisme et ceux qui se retrouvent mis de côté.

    On ne fait pas la révolution sur du ressentiment et les masses mises de côté par la mondialisation qui choisissent le nationalisme passent à côté du problème, elles gaspillent toutes leurs forces.

    Inversement, il faut être aveugle pour ne pas voir que le capitalisme est capable de vendre du rêve à des jeunes, y compris loin des centres-villes, en faisant miroiter des métiers dans la finance, dans le divertissement (influenceur, créateur de contenu, etc.), dans le luxe, dans le sport de haut niveau, etc.

    La porte de sortie individualiste est très présente idéologiquement et elle amène des pans entiers de la jeunesse à rêver d’elle.

    Le petit commerce notamment est particulièrement valorisé comme étape intermédiaire pour progresser socialement.

    Un aspect essentiel tient ici aux fast-foods, du McDonald’s aux kebabs, qui correspondent parfaitement au consumérisme libertarien : catastrophique sur le plan nutritif, immoral au possible dans le rapport aux animaux, ultra-rapide et individualisé.

    Qu’on trouve ces fast-foods à la fois dans la France « rapide » et dans la France « lente » est indéniablement une expression de la tendance de fond dans notre pays.

    C’est le nivellement par le bas, accompagné de l’individualisation, avec des espoirs plus ou moins grands, plus ou moins déçus.

    Il semble n’y avoir, dans un tel panorama, aucun espace pour la conscience de classe.

    Et cet espace n’existe pas, en effet, dans un capitalisme devenu absolutiste.

    Il ne peut même plus y avoir de bulles vivant à l’écart, qu’elles relèvent des punks, de la techno, des rastas, des gothiques, du hip-hop, des squats, etc.

    Ce qui est donc décisif, de manière indiscutable, c’est la rupture.

    En France, dans le capitalisme qui a tout conquis, ce qui est indiscutable, c’est le poids croissant de la subjectivité révolutionnaire.

    La rupture est ainsi d’abord mentale. On décide de ne plus s’aligner avec le rythme imposé par le capitalisme. On ressent le besoin de Communisme.

    Ce besoin se fait en rapport avec l’exigence d’une vie épanouie, de mener une vie productive, où on développe ses propres facultés, où on cesse de mépriser l’art, de mettre la Nature de côté, de considérer les animaux comme des objets.

    On sent qu’on a besoin d’un saut qualitatif.

    C’est le moment où la conscience particulière d’une personne entre en résonance et en communion avec la conscience collective de l’Humanité, où le besoin d’harmonie avec la Vie, avec la Biosphère règle et aligne la subjectivité et les actes sur une conformité relativement différenciée, mais dirigée dans un cadre et dans une direction commune.

    Ce moment est le fruit de l’expérience même de l’existence, et si toute personne peut fondamentalement développer ainsi sa subjectivité révolutionnaire, à l’échelle sociale, le prolétariat est à la fois la classe porteuse de ce rapport et la classe en mesure de renverser l’ordre bourgeois par son entrée collective en rupture.

    En fait, développer sa subjectivité révolutionnaire, c’est s’aligner sur l’esprit prolétarien.

    C’est cette dynamique qui produit le Parti révolutionnaire, avant-garde de la rupture prolétarienne.

    Bien entendu, toute la question est alors celle du rapport avec le prolétariat, puisque l’esprit prolétarien ne peut exister sans le prolétariat, sans liaison avec le prolétariat, sans participation à sa vie, sans bataille en son sein.

    Quel rapport établir avec lui pourtant, alors qu’il ne semble pas intéressé par la révolution ?

    C’est là où joue son rôle le Parti et la science qu’est le matérialisme dialectique, comme expression synthétique de l’époque et condensation du parcours révolutionnaire historique.

    Grâce au Parti et à la science, on dépasse le moment de la prise de conscience, la lucidité critique, pour parvenir littéralement à une conversion de la réflexion intérieure, au passage d’une conscience dispersée dans les formes de la vie bourgeoise à une intériorité unifiée par une exigence de justice et d’universalité.

    On cesse d’être un individu abstrait au sein du capitalisme, on devient une personne réelle, en pleine conscience du devenir historique de l’humanité et de la nature de l’être humain, cet animal social sorti de la Nature, mais qui aspire à y revenir, en conservant les acquis de son parcours.

    C’est la question de la vision du monde qui est ainsi centrale.

    Le capitalisme veut empêcher que les gens aient un aperçu global sur la réalité, il veut empêcher les prolétaires de partir d’un point de vue de classe.

    Le capitalisme apporte l’obscurité dans les consciences.

    Le Parti amène la lumière, en présentant la science, le matérialisme dialectique. C’est son but, comme l’ont enseigné Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Zedong.

    Le Parti porte la vision du monde qui est juste, qu’il réactualise à chaque étape historique, qu’il précise en fonction des situations propres à chaque pays.

    La conscience de classe n’est jamais le produit mécanique d’une situation sociale, et encore moins dans un capitalisme à la fois absolu et en effondrement.

    Elle vient de l’extérieur de la classe, elle vient du Parti.

    C’est ce que Lénine résume parfaitement dans « Que faire ? » en expliquant que

    « la conscience politique de classe ne peut être apportée à l’ouvrier que de l’extérieur, c’est-à-dire de l’extérieur de la lutte économique, de l’extérieur de la sphère des rapports entre ouvriers et patrons.

    Le seul domaine où l’on pourrait puiser cette connaissance est celui des rapports de toutes les classes et couches de la population avec l’État et le gouvernement, le domaine des rapports de toutes les classes entre elles ».

    Le Parti a une vision globale, qui lui permet de voir les choses de manière correcte.

    Et depuis Mao Zedong et la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne chinoise, on sait que la bataille ne porte pas que sur le pouvoir de l’État et la conscience de classe : il y a également la culture, la science, en fait tous les domaines de la vie.

    Car c’est toute une manière différente de voir les choses, toute une sensibilité nouvelle, tout un intellect nouveau qui doivent triompher.

    La révolution porte ainsi une culture nouvelle, qui seule peut sauver la civilisation et lui permettre d’avancer de nouveau.

    Le mode de production capitaliste a fait son temps, les mentalités qu’il produit sont contre-productives.

    Il y a d’ailleurs, comme on peut le voir, des résurgences de phénomènes de cannibalisme social propres au féodalisme et à l’esclavagisme, avec le développement important des mafias.

    C’est pourquoi le vrai sens de la rupture subjective par rapport au capitalisme se trouve dans la saisie du principe de « temps long ».

    Le regard matérialiste dialectique sur l’humanité s’inscrit dans une temporalité longue, celle de l’histoire sociale de l’humanité, ouverte avec la sédentarisation néolithique et la formation des premières structures sociales en tant que telles.

    Cette histoire sociale de l’humanité condense un immense processus historique où les forces productives se sont accumulées, où les contradictions sociales se sont progressivement développées et imbriquées jusqu’à rendre possible leur dépassement.

    Le prolétariat est l’héritier historique de la bourgeoisie, tout comme celle-ci a hérité de la noblesse, et que cette dernière avait été l’héritière des esclavagistes.

    C’est l’avancée vers le Socialisme, ou le recul vers la barbarie, pour relancer un cycle où réapparaîtra de nouveau la nécessité du Socialisme.

    Le Socialisme est un saut qualitatif, par la culture, au service de la civilisation. Il doit être compris de cette manière et pas autrement.

    Le retour à la barbarie ne serait pas seulement une régression matérielle, ce serait la perpétuation des rapports de domination sous des formes dégradées ou violentes accumulées en couches épouvantables.

    La rupture prolétarienne, au contraire, tend vers une universalisation des acquis de la civilisation, en les libérant de leur inscription dans l’inégalité sociale et l’appropriation privée.

    De la première division sociale du travail aux formes modernes du capitalisme, se déploie une dynamique conflictuelle, où la tendance à la civilisation le dispute à la barbarie, dont le prolétariat constitue l’aboutissement et la mise en crise finale et absolue de l’Histoire.

    Tel est le sens du programme révolutionnaire : le prolétariat est l’antagoniste social de la bourgeoisie, il est l’accomplissement contradictoire et civilisationnel de l’Histoire dans sa dimension sociale.

    La rupture qu’il incarne suppose d’assumer l’héritage des formes culturelles, techniques et symboliques produites par l’Humanité, tout en les arrachant aux divers rapports de domination qui les ont façonnées.

    C’est cet héritage civilisationnel que le capitalisme tente justement de massacrer, de liquider, de détruire au moyen du mode de vie libertarien.

    Son but est d’empêcher le saut historique, en supprimant l’héritage historique.

    La rupture portée par le prolétariat désigne fondamentalement une conflictualité historique totale, inscrite dans la longue durée des sociétés humaines.

    Depuis les premières formes de domination issues de la sédentarisation néolithique, les rapports sociaux ont été structurés par des antagonismes dont le capitalisme constitue finalement l’expression la plus développée, d’autant qu’il n’est pas parvenu à complètement éteindre ou dépasser les formes plus primitives ou obsolètes qu’il a lui-même combattues.

    C’est ce qui explique l’existence ou le surgissement de structures sociales semi-féodales comme le sont les religions par exemple, ou bien même semi-tribales semi-féodales comme le sont les mafias du narco-trafic ou de la prostitution.

    La rupture prolétarienne ne fait ainsi que porter à son point de tension maximale une contradiction ancienne et accumulée en couches, que l’Humanité est pour la première fois depuis les débuts même de l’Histoire en capacité de dépasser.

    Toutefois, on aura compris que la lutte contre une telle masse sombre de contradictions accumulées derrière le capitalisme exige une lutte de très haute intensité.

    C’est l’Humanité qui joue ici sa plus importante partie.

    La lutte même est donc un acte intense, elle doit être comprise comme un processus prolongé et approfondi conduisant de la rupture à la fondation d’un Nouvel Ordre.

    C’est ce que nous appelons la Guerre Populaire, telle que conceptualisée dans sa substance par Karl Marx et Friedrich Engels, par Lénine et Staline, puis par Mao Zedong.

    Ainsi comprise, elle ne doit pas être considérée d’abord comme une simple modalité militaire, mais comme la forme historique d’un affrontement global entre deux logiques de civilisation, entre deux visions du monde.

    Elle exprime la nécessité d’une rupture pleine et entière, non seulement avec des structures économiques, mais avec un ensemble de représentations, de valeurs et de pratiques qui organisent la reproduction de l’ordre bourgeois.

    La Guerre Populaire a donc un statut particulier : au plan du matérialisme historique, elle vise à dépasser un ordre devenu obsolète, et au plan du matérialisme dialectique, elle vise à accomplir le devenir de l’humanité sociale en la fondant dans la Nature, dans le Cosmos.

    C’est cette profondeur totale et gigantesque qui la définit comme une « lutte finale » au sens où elle concentre et résout les contradictions fondamentales de l’histoire des sociétés de classes, sans pour autant clore l’histoire comme processus ouvert et infini.

    Car cette rupture n’est pas une fin, mais un seuil.

    Elle ouvre sur une nouvelle historicité, dans laquelle l’humanité cesse d’être séparée de ses propres conditions d’existence.

    Là où les formations sociales antérieures instituaient une distance entre l’Humanité et la Nature médiatisée par la domination et l’appropriation, s’esquisse la possibilité d’un rapport réconcilié, fondé sur un rapport dialectique productif, conscient et collectif, à la planète comme Biosphère.

    Dans cette perspective, la Guerre Populaire doit être pensée comme intrinsèquement liée à la civilisation elle-même.

    Elle ne peut se confondre avec la destruction ou la barbarie, car elle porte en elle l’exigence d’universalisation des acquis humains.

    C’est pourquoi elle s’oppose, dans son principe, aux formes de violence aveugle qui annihilent les conditions mêmes de la vie sociale, telles que les destructions indiscriminées, l’usage d’armes de destruction comme la bombe atomique ou les atteintes aux populations non impliquées dans le conflit.

    La rupture prolétarienne implique ainsi une normativité interne de la violence : elle est orientée par les valeurs qu’elle prétend instituer.

    En ce sens, elle est déjà, dans son mouvement même, affirmation de la Culture et production d’une Nouvelle Humanité.

    Elle transforme les rapports sociaux non seulement en les renversant, mais en les reconfigurant selon des principes de collectivisme, de démocratie populaire et de responsabilité collective, dans la compréhension de l’universalité de la dialectique.

    Ce processus confère à la lutte une dimension éducative.

    Elle ne produit pas seulement un nouvel ordre, mais une nouvelle subjectivité, façonnée dans et par l’expérience du collectif et de la Guerre elle-même.

    L’esprit prolétarien ne s’impose pas abstraitement : il se réalise dans des pratiques, des organisations et des formes de vie qui préfigurent, au sein même du conflit et de ses exigences, les traits d’une humanité à venir.

    Et c’est le sens du Parti que de porter cette proposition stratégique historique, d’en établir les perspectives concrètes dans un pays donné par une pensée en mesure de guider, de diriger la révolution où les larges masses se transforment pour transformer le monde.

    Guerre populaire jusqu’au Communisme !

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  • La peinture néerlandaise s’impose

    La peinture néerlandaise est admirable ; elle est le fruit des images qui sont chassées des églises, pour arriver innombrables dans la vie quotidienne.

    Pour la première fois, on a des êtres réels, dont la vie intérieure est exposée.

    On voit comment ils ressentent, comment ils pensent.

    Dans la peinture montrant un joueur de luth avec une femme, de Hendrik Martenszoon Sorgh en 1661, on a une scène réelle, le chien est de la partie bien entendu, lui aussi on sait ce qu’il pense.

    Et c’est pareil pour le chat, sous la table, qui reste bien discret.

    La scène est tranquille, en général, elle est d’esprit néerlandais, avec un sens prononcé de la fête, mais tourné vers un cadre bien déterminé.

    Tout dans la composition vise à retranscrire ce sentiment doucement rêveur, ce moment plaisant et sans risques.

    On a là le résultat de tout un parcours de l’humanité ; pour qui raisonne en mode de production, on a ici une réaffirmation du bonheur simple.

    C’est le début du retour à l’Éden, de la marche en avant historique de l’humanité vers l’Éden retrouvé.

    Le besoin de communisme suinte de tous les pores de ce tableau.

    Que dire également de la capacité de la peinture néerlandaise à poser la dignité du réel, non pas simplement avec la vie intérieure représentée, mais avec l’attitude !

    C’en est fini de la préférence pour les rois et les nobles, pour ceux qui seraient supérieurs de droit divin.

    S’il y a bien une hiérarchie encore, celle-ci repose sur une réalité matérielle en transformation.

    Et, dans cette situation nouvelle, les femmes en particulier conquièrent leur affirmation, dans une affirmation existentielle.

    Que ce soit ici avec Johanna Visscher représentée par David Bailly en 1628, ou ce Portrait de femme par Michiel Jansz. van Mierevelt en 1625, on a une stature qui s’impose.

    La peinture néerlandaise parvient à imposer, elle réussit à dé-montrer.

    Il est évident que la peinture néerlandaise est incontournable ; sa manière de s’imposer sans s’imposer, puisqu’elle ne formalise pas ses principes, ne lui a pas permis une affirmation idéologique au sens strict.

    Le réalisme socialiste, cependant, c’est-à-dire l’art à l’époque historique où les masses forment une classe avec le prolétariat, ne peut que revendiquer pour lui la peinture néerlandaise.

    La bourgeoisie, en tant que classe devenue dominante et encore révolutionnaire alors, a bien entendu un matérialisme bien moins développé que le matérialisme dialectique.

    Il y a un fétichisme du moment, une incompréhension de ce qu’est une synthèse ; il y a une obsession pour la portraitisation à outrance, une incapacité à placer les choses en rapport avec le « tout » qu’est l’Histoire, la société, la Nature.

    Cependant, loin de la fascination abstraite pour la symétrie ou le culte des proportions, la peinture néerlandaise assume la dignité du réel.

    Elle ne vise pas à élaborer quelque chose d’idéal substantiellement, mais à représenter dans les faits.

    Elle s’impose ainsi, car la réalité s’impose d’elle-même, et toujours.

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    la peinture néerlandaise

  • De nombreux scientifiques : un contexte de la peinture néerlandaise

    Il serait erroné de ne pas comprendre l’effervescence propre aux Pays-Bas au 17e siècle, et il est nécessaire ici de souligner l’importance d’autres penseurs que Baruch Spinoza et Christian Huyghens.

    Dans une lettre à ce dernier, l’Allemand Leibniz souligne que :

     « J’aime mieux un Loeuwenhoek qui me dit ce qu’il voit qu’un cartésien qui me dit ce qu’il pense. »

    C’est une référence à Antoni van Leeuwenhoek (1632-1723), un marchand en tissus qui a perfectionné les lentilles, au point d’établir un microscope lui permettant la découverte des protozoaires et des spermatozoïdes, et d’affirmer l’existence des bactéries.

    Parallèlement, Jan Swammerdam (1637-1680) fit la découverte des différentes phases de la vie d’un insecte (œuf, larve, nymphe et adulte), ainsi que des globules rouges.

    Herman Boerhaave (1668-1738) fut un botaniste, chimiste et médecin qui joua un grand rôle : en renouvelant l’enseignement de la médecine, il transforma l’université de Leyde en le premier centre médical d’Europe.

    C’est lui qui le premier instaura l’utilisation du thermomètre dans la pratique clinique.

    Willebrord Snell (1580-1626) fut un astronome et un mathématicien, Il a notamment trouvé, parallèlement à René Descartes (qui a par ailleurs vécu 21 ans aux Pays-Bas), les lois de réflexion et de réfraction de la lumière. Il a également découvert les principes de la triangulation.

    Simon Stevin (1548-1920) fut l’auteur de la division de la gamme en douze demi-tons tempérés égaux, telle que nous la connaissons aujourd’hui ; il a réactivé l’utilisation des fractions décimales (oubliées depuis Abu’l-Hasan al-Uqlidisi au 10e siècle).

    Il a également fait des apports en géométrie, en trigonométrie, en physique, en ingénierie militaire, etc.

    Pieter van Musschenbroek (1692-1761) fut un physicien précurseur du condensateur électrique ; Johan Hudde (1628-1704) fut un mathématicien et physicien, par ailleurs bourgmestre d’Amsterdam.

    Reinier de Graaf (1641-1673) fut un médecin pionnier dans la biologie de la reproduction ; Hugo Grotius (1583-1645) fut un théologien, ainsi qu’un juriste qui posa le premier la question du droit international.

    Telles sont les principales figures parallèles à la peinture néerlandaise, et traiter des milieux de l’édition demanderait une analyse en soi, tellement les Pays-Bas ont irrigué l’Europe en ouvrages, portés par leur libéralisme intellectuel et leur quête de vérité sur les choses en particulier.

    La société des Pays-Bas est, au 17e siècle, vigoureuse ; son activité est immense et ses découvertes se font dans tous les domaines.

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