La guérilla urbaine témoin de l’irruption de l’informatique: l’informatique vue négativement

Pour les guérillas urbaines, l’informatique est un thème récurrent. Mais cela ne veut nullement dire qu’il y ait une réflexion sur la nature de cette technologie en tant que développement de la pensée humaine.

L’informatique n’est jamais abordée que de deux manières, toutes deux négatives : comme support aux armées impérialistes, comme support au contrôle des masses.

Ce n’est pas dans le discours sur l’informatique qu’il faut trouver la dimension « informatique » dans les guérillas urbaine d’Europe occidentale.

Voici quelques exemples de ce discours.

« QUE TOUTES LES FORMES DE MONSTRUOSITÉ SOIENT VAINCUES !

Mercredi 24 mai 1972, deux bombes d’une charge de 200 kg de T.N.T. ont explosé au Quartier général des Forces armées américaines en Europe, situé à Heidelberg [détruisant l’ordinateur coordonnant les bombardements américains au Nord-Vietnam]. »

Fraction Armée Rouge, 1972

« Il faut analyser une bonne fois le projet militaire qu’ont les Américains en se servant de la social-démocratie : intégration des appareils chargés de la sécurité intérieure et extérieure (c’est-à-dire intégration des appareils policiers dans la structure de l’OTAN), transformation de l’ensemble de l’appareil d’État, y compris des appareils idéologiques (écoles, médias, ensemble des administrations), en un gigantesque réseau tentaculaire de renseignements.

Un processus qui oblige tous les fonctionnaires et employés à faire des rapports au service de surveillance de la constitution [=aux services secrets]. Un seul journal en a parlé jusqu’à présent.

Voilà la stratégie au niveau des institutions de ce nouveau fascisme qui fait de la justice politique un instrument de la counter-insurgency [contre-insurrection], de la police politique.

Cependant que parallèlement on installe la machine du Conseil de Sécurité de l’État : le Bureau fédéral de la police criminelle (BKA), à l’intérieur de ce bureau le département « terrorisme » (TE), qui siège à Bonn, la police des frontières (BGS), les sections mobiles d’intervention (MEK).

On développe la police encasernée, on homogénéise les polices des Länder [=régions] sous le commandement de la BKA, on multiplie les ordonnances de police.

Et l’informatique représente encore un saut qualitatif : le fichier manuel devient un ordinateur électronique, qui permet pour la première fois des techniques nouvelles de répression empruntées au système de communication de masse et que la guerre psychologique met en application. »

Andreas Baader et Ulrike Meinhof, document-projet pour l’intervention au procès pour l’occupation de Stockholm, 1976

« La liquidation [des prisonniers de la RAF] a été depuis longtemps préparée dans l’opinion publique au moyen d’une information d’une campagne psychologique menée de manière précise par une information de masse offensive. »

Brigades Rouges, La lutte ne fait que commencer, 1977

« Enfin : frapper à tous les niveaux les analystes et les programmateurs des centres d’informations, les « techniciens clefs » dans le jargon militaire.

Bombarder à coups de bazookas les systèmes informatiques, les banques de données et les réseaux de calculateurs… qui constituent la base matérielle « technique » de l’information et du contrôle total.

Quand c’est possible, infiltrer des taupes rouges parmi le personnel spécialisé.

S’il est vrai que l’informatique ne peut pas atteindre les objectifs « impensables » que la bourgeoisie impérialiste affamée et excitée s’assigne (c’est politiquement impossible, en plus que techniquement, sans compter que la « réduction mathématique » du réel que cela comporte amène dans un cul-de-sac le système en entier), il est vrai aussi que cela constitue un puissant instrument de guerre pour ses performances immédiatement répressives. »

Brigades Rouges: Les vingt thèses finales, 1980

« Nous avons attaqué cette nuit le centre informatique de la base des forces navales à Washington.

Simulation de batailles navales, entraînement à la mort programmée de millions d’êtres humains pour protéger les intérêts de la classe dirigeante US.

Ces ordinateurs sont une composante de la technologie de mort que le gouvernement US utilise afin d’écraser les combats des peuples qui luttent -pour une libération nationale, pour le Socialisme et pour la Paix. »

Armed Resistance Unit, 1983

« Cette nuit, des unités de l’United Freedom Front ont attaqué les bureaux et installations de la Motorola Corporation dans le quartier de Queens de la ville de New-York (…). Bien que la réputation publique de Motorola comme marchand de mort ne soit pas aussi évidente qu’elle ne l’est pour d’autres corporations tel Honeywell, elle a pour le moins un long passé sanglant de production de guerre. »

United Freedom Front, 1984

« Nos dernières attaques à la bombe étaient dirigées contre Siemens et la compagnie informatique Nixdorf.

Ils promeuvent le développement d’une nouvelle technologie de domination pour créer des possibilités encore plus sophistiquées de guerre de production et de contre-révolution.

Ils servent aussi à remodeler les conditions de travail, en particulier sur le dos des femmes du monde entier. La technologie de ces compagnies exploite les femmes ici en les faisant travailler isolées les unes des autres dans des boulots à temps partiel, sans sécurité sociale. »

Rote Zora, Interview, 1984

« L’attaque du QG d’HONEYWELL EUROPE, sis à côté de l’immeuble HONEYWELL SA qui limite ses activités à la Belgique, a été réalisée au moyen d’une forte charge que notre Cellule y a placée malgré le dispositif policier et les mesures de sécurité prises par HONEYWELL (caméras, vigiles, etc.).

Cette action s’inscrit exactement dans l’esprit de la « Campagne anti-impérialiste d’octobre » que nous avons débutée le 2 de ce mois, car en effet le trust HONEYWELL, multinationale bien connue de l’électronique et de l’informatique, collabore activement au programme de construction des missiles Cruise en fournissant, entre autres, l’électronique du système de direction.

Honeywell, c’est aussi le principal fournisseur dans la fabrication des missiles intercontinentaux de type « MX Peacekeeper », le fabricant des systèmes de navigation du bombardier géant B-52 (actuellement équipé de la version air-sol des missiles Cruise-type AGM86 ), et le producteur d’une gamme d’armements allant des torpilles aux radars, des ordinateurs militaires aux bombes à fragmentations ce qui place HONEYWELL parmi les 20 principaux collaborateurs militaires des USA.

Et comme nous avons un peu de mémoire, nous rappellerons que c’est HONEYWELL qui avait fabriqué l’ordinateur qui coordonnait les bombardements massifs de 1972 sur le Nord Vietnam, et que la FRACTION ARMÉE ROUGE — Commando du 15 juillet — a détruit lors de son attaque contre le QG de l’armée américaine en Europe, Heidelberg.

Le nouveau coup porté ce matin contre HONEYWELL permet maintenant d’exprimer un point de vue que nous n’avions pas encore soulevé et qui est essentiel. Voici quelques faits :

— Le 14 octobre 1982, le groupe révolutionnaire « DIRECT ACTION » a attaqué à la bombe (un camion piégé de 200 kg d’explosifs ) la compagnie industrielle LITTON SYSTEM CANADA LTD, à l’endroit même où sont fabriqués les systèmes de guidage des Cruise, causant ainsi des dégâts très importants.

— Le 23 juin 1983, à Düsseldorf, LITTON BUSINESS SYSTEM a été attaqué par des révolutionnaires qui y ont placé une bombe incendiaire.

— Le 19 septembre 1983, les CELLULES RÉVOLUTIONNAIRES ont fait sauter le centre informatique de l’usine MAN de Mayence (RFA) où sont fabriqués les châssis des véhicules porteurs et lanceurs des missiles Pershing.

— Le 20 novembre 1983, c’est HONEYWELL BULL à Düsseldorf qui est à son tour attaqué par les CELLULES RÉVOLUTIONNAIRES.

— Le 14 décembre 1983, une Unité de I’UNITED FREEDOM FRONT a attaqué, également à l’explosif, les bureaux et les installations d’HONEYWELL à New York. »

Cellules Communistes Combattantes, 1984

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