Il serait erroné, au sens strict, de considérer qu’on puisse établir une définition étroite de la peinture néerlandaise.
Il peut y avoir une définition pour des formes qui relèvent de l’idéalisme ou du subjectivisme, parce qu’on est alors dans la possibilité de dire qu’il y a des règles absolues, ou que justement il n’y a aucune règle.
Avec la peinture néerlandaise, on est au contraire dans une activité qui cherche l’infini dans le réel.
Il n’y a cependant, évidemment, pas de recul réel sur l’activité menée. Si le réalisme socialiste avait conscience de ce qu’il faisait, de ce à quoi il œuvrait, la peinture néerlandaise relève du matérialisme immédiatiste.
Le principe de synthèse n’est pas maîtrisé, ni même connu, sauf de manière relative dans la pratique.
C’est ce qui permet la dignité du réel, comme ici dans le tableau de Michiel Sweerts des années 1658-1658, Jeune Homme et entremetteuse.

C’est une œuvre formidablement réussie, d’un réalisme performant dans sa force de représentation.
Le portrait d’une jeune femme, du même peintre, en 1661, reflète un réel travail de fond également, une capacité à aller au réel.

La représentation du peintre, riche entrepreneur et collectionneur d’art Jan van de Capelle par Gerbrand van den Eeckhout, en 1653, va dans le même sens.
C’est là qu’on comprend que la peinture néerlandaise n’est véritablement elle-même que lorsqu’elle est en mesure de se confronter à la vie intérieure.

C’est tout à fait logique étant donné que le calvinisme, le moteur des Pays-Bas, se concentre sur la sensibilité de la conscience. C’est là où se concentre toute l’attention du peintre, qui cherche alors à retranscrire ce qu’il voit.
La peinture néerlandaise n’est pas une peinture de genre, mais une peinture à visée portraitiste.
CeJeune joueur de flûte, peint par Judith Leyster, au début des années 1630, est emblématique de cette approche de la peinture néerlandaise.

Si on ne comprend pas la reconnaissance du particulier, on se contente de n’y voir que de l’universel et, pour le commentateur bourgeois, c’est seulement de la peinture de genre.
Or, pour la bourgeoisie alors révolutionnaire des Pays-Bas, il y a de l’universel dans le particulier et la capacité à plonger dans le particulier, pour aller à l’universel, tout comme chaque conscience peut personnellement se tourner vers Dieu, est la démonstration de la justesse de l’approche.
On a la preuve de tout cela avec l’infinie fragilité qu’on retrouve ouvertement présentée.
Cela ne correspond pas du tout au discours outrancier sur l’austérité calviniste.
Il va de soi qu’on a la même chose en Allemagne, où le romantisme s’est largement développé alors qu’une partie du pays a été tourné vers le luthérianisme.
Il n’y a pas de sensibilité sans admission de la vie intérieure, sans une étude de son expression.
C’est cela qu’on retrouve dans le Portrait d’un jeune homme de Willem Drost, vers 1654, ou bien le Portait d’une jeune femme d’Isaack Luttichuys, en 1656.


Il y a, si l’on veut, la reconnaissance de différentes tonalités.
Là où la Renaissance italienne cherche l’harmonie, et décide de basculer dans l’idéalisme pour la trouver de manière abstraite (le nombre d’or, les proportions idéales, etc.), la peinture néerlandaise reconnaît qu’il y a toute une rythmique propre à la vie.
Pour faire un parallèle avec la musique, la Renaissance italienne a apporté l’harmonie, mais la peinture néerlandaise a réussi à saisir le principe du contrepoint, du rapport interne entre les notes, et à ancrer l’harmonie dans un mouvement réel.
La peinture n’est plus un refuge : elle participe désormais à la vie.
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la peinture néerlandaise